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Out Of Memory

Série : Supernatural
Création : 19.05.2010 à 07h56
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Après un choc, Dean perd la mémoire. Entre cauchemars, souvenirs douloureux, traque du FBI et chasse d’une créature, le lien qui l’unit à son frère sera-t-il suffisant pour s’en sortir ? » Lydean 

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             Il décrocha d’autant plus rapidement lorsqu’il s’aperçut de la provenance de l’appel.

 

- Bobby ? Tu vas bien ? T’étais où ? Pourquoi tu ne répondais pas ?

 

- J’pouvais pas vous répondre mais je vais bien. Vous pensez être là quand.

 

            Il répéta la question à son aîné.

 

- Si tout va bien, avant la tombée de la nuit, lui répondit Dean sans relâcher la pédale de l’accélérateur.

 

- T’as entendu ? S’enquit-il auprès de son ami.

 

- Ouais. Vous pouvez me rejoindre au Rodeway Inn&Suites, 1704 North Main Street à Sheridan, chambre 27.

 

- OK, est-ce que …

 

            Il s’arrêta là car le long bip à l’autre bout du fil lui indiqua que son interlocuteur avait raccroché.

 

- Qu’est-ce qu’il y a ? Il va bien ? Demanda son frère, visiblement toujours inquiet.

 

- Oui, il m’a dit qu’il allait bien mais … J’sais pas trop. Bobby n’a jamais été loquace mais quand même. Il vient de raccrocher sans même me lancer un « débile » ou un « abruti ».

 

- Il était peut-être fatigué, expliqua Dean qui ne paraissait pas si sûr que ça de ce qu’il venait de dire. Il bosse sur quoi ?

 

- Il essaie d’exterminer quelque chose qui peut prendre l’apparence de ses victimes.

 

- Polymorphe ?

 

- Ben apparemment non ! Bobby l’a truffé de balles en argent et il s’est barré comme si de rien n’était.

 

- Goule ?

 

- Non plus ! D’après Bobby, notre bébête mystère se nourrit de chair fraîche et pas de cadavres et elle a un appétit d’ogre. Les victimes sont nombreuses et parfaitement bien … récurées, finit-il par dire, se rappelant de la description ignoble de son ami. Les restes ont été retrouvés un peu partout dans les alentours de Sheridan. Son terrain de chasse a l’air plutôt grand.

 

- Il y en a peut-être plusieurs.

 

- C’est ce que je lui ai dit mais ça colle pas non plus. Les légistes ont repéré des traces d’énormes griffes sur les os et Bobby a dit qu’il devait en manquer une sur l’une des pattes et que ce signe distinctif se retrouvait sur les victimes.

 

- Des griffes, hein ? Comme celles d’un animal ?

 

- De la taille de celle d’un ours, parait-il. D’ailleurs ça me fait penser aux paroles de Bobby quand il disait que les victimes avaient été déchiquetées comme si c’était un lion qui les avait attaquées. Et aussi que cette saleté se déplaçait aussi vite que l’éclair …

 

- Comme un oiseau ? Demanda son frère avec une idée derrière la tête.

 

- Comme un oiseau, confirma-t-il avec la même idée derrière la tête.

 

- J’suis sûr que tu as un nom pour « polymorphe-capable-de-prendre-aussi-l’apparence-des-animaux », puits de sciences ! Lui lança Dean en quittant furtivement la route des yeux et en affichant son sourire entendu.

 

- Qu’est-ce que tu penses de métamorphe, gouffre sans fond ?! Lui répondit-il de la même manière.

 

            Son aîné lui lança une moue offensée mais le sourire qui émanait de ses yeux reflétait son véritable état d’esprit. Il reporta son attention sur la route et répliqua :

 

- Tiens ben puisqu’on en parle, j’ai comme un p’tit creux moi. J’réfléchis mieux quand j’ai l’estomac plein et il va falloir qu’on trouve un moyen d’éliminer ton machinmorphe … si c’est bien ça, ajouta-t-il, en murmurant apparemment pour lui-même, avant de poursuivre son raisonnement plus fort. Ca tombe bien, on arrive à Billings … et puis, il faut qu’je donne à manger à mon bébé de toute façon.

 

            Que d’arguments pour expliquer qu’il devait s’arrêter pour faire le plein dans tous les sens du terme ! Il soupçonnait son si peu subtil frangin de faire cette pause pour s’assurer qu’il prendrait bien ses comprimés à l’heure indiquée et qu’il avalerait un minimum de nourriture. Comme lui, Dean devait penser qu’il était impératif qu’ils soient au meilleur de leur forme, ou plutôt le moins mal possible, pour affronter cette chasse qui les attendait. Il devait également s’inquiéter pour sa santé alors qu’il se sentait bien mieux depuis qu’il l’avait soigné. Mais il n’arriverait pas à le changer du jour au lendemain. Alors bien qu’il n’ait pas réellement faim, il fit un effort pour lui :

 

- T’as raison, j’mangerais bien un truc moi aussi.

 

            Il sourit lorsqu’il vit que ces quelques mots eurent l’effet escompté et profita pleinement de ce moment. Après tout, ils n’avaient pas d’idée précise de ce qui les attendait à Sheridan.


Lydean  (14.08.2010 à 11:16)

Chapitre 15

 

            Comme prévu, ils arrivèrent à l’hôtel avant la nuit et même deux heures avant que le soleil daigne se coucher ! La pause déjeuner avait été rapide et le trajet sans encombre. Pour un « deux étoiles », l’établissement paraissait très sobre. Il se vantait de mettre à disposition de ses clients, une piscine extérieure qui ne donnait pas l’envie d’y mettre un pied, surtout en cette fin d’avril.

             Il stationna l’Impala entre quelques camions et camping-cars garés ça et là sur l’énorme parking. Il n’avait pas mis un pied à l’extérieur qu’un avion passa au-dessus de sa tête, un peu trop bas à son goût, l’hôtel étant situé « commodément » à proximité de l’aéroport. Le sourire moqueur de Sam ne lui échappa pas mais il fit mine de ne pas y prêter attention. Finalement, les deux seuls points positifs qu’il accordait à ce lieu étaient l’accès à Internet et surtout le petit déjeuner gratuit ! Même le fait de revoir Bobby posait problème. S’il avait été rassuré d’entendre son frère parler avec lui au téléphone, son soulagement n’avait été que furtif. Comme Sammy, il se méfiait. Quelque chose clochait et il voulait en avoir le cœur net. Ce fut donc bien armé qu’il frappa à la porte de la chambre de leur ami, avec son cadet sur les talons.

 

            Coiffé de son indissociable casquette, Bobby vint leur ouvrir.

 

- Vous avez pas trainé ! Constata-t-il en jetant un œil à sa montre. Ben restez pas planté là, entrez !

 

            Ils le suivirent à l’intérieur de sa chambre. Une carte touristique était étalée sur la petite table. De nombreuses croix y étaient dessinées et une zone zébrée au marqueur rouge avait été délimitée. Sur le lit, deux livres étaient ouverts au milieu de dossiers médicaux, apparemment des autopsies et des rapports de médecins légistes. Il s’approcha des photographies pour les observer de plus près. Elles montraient des restes épars de victimes plus que mutilées. Les os étaient récurés de telle sorte que même le cartilage n’était plus visible. Le crâne, ou ce qu’il en restait, trônait invariablement au sommet de cette masse informe étalée sur le sol d’une pièce dont seule la déco changeait d’une image à l’autre. Il n’y avait aucune trace de lutte. Les meubles étaient à leur place. Même le magazine posé négligemment sur une table de salon ne semblait avoir subi aucune perturbation. Tout était bien rangé et relativement propre. Trop propre ! Ce fut ce détail qui le frappa le plus. Si l’agresseur prenait l’apparence d’un proche, cela pouvait expliquer l’absence de lutte de la part de la victime qui avait été prise par surprise. En revanche l’état des ossements exposait clairement la voracité de l’assaillant, alors le sang aurait dû gicler ! A quoi avaient-ils affaire au juste ? Un « ogre-monsieur-propre » ? Un moustique géant ?

 

- Qu’est-ce t’as ? C’est ton amnésie qui te travaille ? Lui demanda soudainement le vieux chasseur qui n’avait cessé de le fixer depuis son arrivée.

 

- Quoi ? Non ! J’ai retrouvé la mémoire et je suis totalement opérationnel ! Jugea-t-il bon d’ajouter.

 

- Opérationnel, tu parles ! s’exclama Bobby. T’as un bras dans le plâtre, un trou dans le crâne et la tête d’un mec qui aurait avalé trop de laxatif !

 

            Il ne prit pas la peine de lui répondre car l’expression de son visage devait très certainement refléter son sentiment. Il s’attendait à entendre Sam pouffer mais il n’en fut rien. Intrigué, il l’observa : son cadet avait l’air fasciné par les mêmes photographies que lui.

 

- Ce sont des photos des lieux des crimes ? Demanda son petit frère en désignant les clichés, les sourcils froncés.

 

- Ouep ! Confirma leur ami. Toutes les victimes, enfin ce qu’il en reste, ont été retrouvées chez elles, bien entassées en plein cœur de leur pièce de vie.

 

- Comment tu expliques l’absence de sang ? Poursuivit Sam dans son raisonnement.

 

- Elles ont été tuées ailleurs, expliqua Bobby.

 

            OK, cette explication sonnait bien mieux que celle de « Mousticman » ! Mais il y avait autre chose qui ne collait pas et il en fit la remarque :

 

- J’vois pas l’intérêt de ramener les miettes de sa bouffe dans le garde-manger.

 

- Pour moi, cette créature est extrêmement intelligente. Elle prend plaisir à chasser. Elle s’amuse avec ses proies, un peu comme un chat avec une souris. Et une fois qu’elle les a piégées et dégustées, elle ramène leurs restes tels des trophées. Un peu comme si elle voulait que sa valeur soit reconnue aux yeux de tous.

 

            Il devait bien avouer que cette explication tenait debout. Mais il n’appréciait pas vraiment le ton presque admiratif du chasseur devant cette saleté. Il était comme fasciné et c’était dérangeant. Le regard en coin que lui lança Sam lui apprit qu’ils avaient remarqué la même chose tous les deux.

 

- J’suis sûr que son repère est quelque part par là, indiqua Bobby de son index sur la carte. C’est en plein cœur de la forêt nationale de Bighorn.

 

- Comment t’as trouvé ça ? Se renseigna-t-il.

 

- J’l’ai déjà expliqué à Sam hier soir.

 

- Tu m’as juste dit qu’en regardant de plus près les attaques, tu avais pu établir son circuit touristique et que notre prédateur faisait une pause à Sheridan. Je ne me rappelle pas que tu m’aies parlé de cette forêt, lui rappela l’intéressé, suspicieux.

 

- Et qu’est-ce que tu crois qu’j’ai fait cette nuit, p’tit malin ?

 

- Ouais, ça va nous avancer, ça, Bobby, intervint-il. Mais maintenant qu’on sait où la trouver, t’as une idée de comment on va pouvoir exterminer cette créature ?

 

- Une chose est sûre, c’est que les balles en argent n’ont aucun effet. Inutile de s’encombrer de ça.

 

- On pourrait peut-être la faire griller ?

 

- J’suis pas sûr que ça fonctionne mieux. Elle a l’air invincible. Mais il faut bien essayer quelque chose !

 

- Sammy, tu penses à c’que j’pense ? Demanda-t-il à son cadet avec un grand sourire.

 

            S’ils avaient toujours leurs lance-flammes maison, il se ferait un plaisir d’allumer un feu de joie.

 

- Y a pas de problème, le matos est dans le coffre, l’informa son frère, beaucoup plus modéré et visiblement inquiet.

 

            C’était rassurant de constater qu’ils étaient toujours sur la même longueur d’onde tous les deux. Ils se méfiaient et leur flair de chasseur ne leur laissait aucun répit. Mais quoiqu’il en soit, il préférait agir naturellement, faire comme si il n’avait rien remarqué. Bobby n’avait pas l’air d’être lui-même mais ce n’était qu’une intuition et le mieux qu’ils avaient à faire pour le moment était de suivre cette piste qu’il leur offrait. De ce fait, lorsque leur ami leur demanda s’ils étaient prêts à partir en chasse, il l’informa qu’ils avaient deux ou trois petites choses à faire avant de partir et encouragea Sammy à le suivre jusqu’à la Chevrolet en prétextant faire l’inventaire du matériel qu’ils apporteraient. De cette manière, il savait pouvoir discuter de la situation seul à seul avec son frère.


Lydean  (16.08.2010 à 17:15)

            Lorsque son aîné avait évoqué l’idée de préparer le matériel, il avait tout de suite compris qu’ils avaient à parler avant de prendre une décision définitive. Il n’attendait que ça depuis que Bobby leur avait ouvert la porte. Il trouvait l’attitude de leur ami plutôt singulière. C’était pourtant bien lui : son physique, sa façon de s’exprimer, ses souvenirs, son attitude … mais un petit quelque chose qu’il n’arrivait pas à identifier, titillait son attention comme pour lui démontrer le contraire. Et puis il y avait les dossiers et les différents clichés qu’il avait eu l’occasion d’étudier, un peu trop à son goût, d’ailleurs. Il avait déjà vu des trucs immondes, et même un paquet, mais là c’était différent. Cette fois, ils n’auraient pas affaire à une créature identifiée et donc potentiellement destructible. En plus ce truc était vorace et extrêmement intelligent, voire carrément sadique. Sans compter qu’ils n’avaient aucune idée de l’apparence qu’elle pouvait revêtir à ce moment précis. Plus il y pensait et plus il était certain d’être sur la bonne piste quand il parlait d’un métamorphe. Le problème se situait au niveau de l’ignorance totale dans laquelle ils étaient plongés. Le journal de leur père n’évoquait même pas cette créature et jusque là, ses recherches sur le Net s’étaient avérées infructueuses. Par conséquent, devaient-ils vraiment avoir une confiance aveugle en Bobby et partir en chasse tête baissée ? Et surtout dès ce soir, sans même avoir pris les précautions nécessaires pour éviter un maximum de mauvaises surprises !

          Il accéléra le pas, résolu à exposer ses doutes à son frère. Dès qu’ils furent suffisamment éloignés et que Dean eut ouvert le coffre de l’Impala, il aborda le sujet :

-Qu’est-ce que tu en penses ? Tu crois que c’est une bonne idée d’y aller comme ça, sans préparation ?

- J’crois que c’est la seule chose à faire, Sammy. Cette forêt me parait être un bon refuge pour notre bébête, surtout si c’est un "machinmorphe" comme tu l’as dit tout à l’heure. J’sais pas si t’as vu, il y a plus de 4 500 km² à ratisser et c’est notre seule piste.

 

- Tu crois que c’est vraiment lui … j’veux dire Bobby ?

 

- J’en sais rien, Sammy. Il lui ressemble. Il parle comme lui. Il se comporte de la même manière mais …

 

- Ouais, moi aussi ! confirma-t-il en réponse à la phrase restée en suspens par son frère. Mais si c’est pas lui alors …

 

            Il ne pouvait pas exprimer sa sombre pensée à voix haute. La simple idée qu’ils soient arrivés trop tard pour sauver leur ami l’anéantissait.

 

- Eh ! On n’en sait rien, d’accord ?! Lui rappela son grand frère en le saisissant par l’épaule pour qu’il le regarde. Si c’est bien lui, alors il a fait un sacré bon boulot et notre chasse n’en sera que plus simple. Et si ce n’est pas lui, alors le truc qui a pris sa place …

 

- Va nous attirer dans un piège, poursuivit-il, à la fois réaliste et défaitiste.

 

- Moi j’aurais plutôt dit qu’il allait nous entraîner sur son terrain de chasse.

 

- Ben justement ! T’as envie de finir sur une des photos qui sont sur le lit de Bobby, toi ?

 

- Sammy, on n’est pas des gens lambda qui vivent leur p’tit train-train quotidien sans même avoir l’idée que tous ces monstres existent ! Expliqua Dean en fronçant les sourcils et en le fixant droit dans les yeux. A nous deux, on est capable d’affronter n’importe quoi ! Tu m’entends, Sammy ? Alors garde confiance ! Ajouta-t-il d’un ton catégorique. Son grand frère était tellement sûr de lui que cette foi lui parvint en une onde terriblement revigorante. Comment faisait-il pour toujours réussir à le convaincre que tout allait bien se passer ? Et pour revenir à ce que je disais, s’il nous emmène sur son terrain de chasse, on gagnera du temps pour trouver sa planque. Rappelle-toi que les polymorphes gardent leurs victimes en vie pour s’approprier leurs souvenirs. Je te le répète c’est notre meilleure chance.

 

- C’est surtout qu’on n’a pas trop le choix. Il faut qu’on y aille dès ce soir. Si on part du principe que ce mec n’est pas Bobby alors on a peu de temps pour lui venir en aide. De toute façon, le métamorphe, si c’est bien ça, va certainement s’en prendre à quelqu’un cette nuit. Soit il va s’attaquer à des individus « lamba » comme tu dis, soit il va nous chasser et si …

 

- Tu sais quoi ? J’aime autant ta deuxième solution, le coupa son frangin, certainement pour éviter d’entendre ses idées noires. Parce que nous au moins, on aura de quoi se défendre, lui sourit-il en saisissant le lance-flammes. Et quoiqu’il arrive, cette nuit, Bobby, toi et moi on va se faire un barbec géant avec brochettes et grillades de « machinmorphe » !

 

          Il n’était pas dupe. Il savait bien que Dean avait les mêmes appréhensions que lui. Mais comme d’habitude, son si prévisible frangin faisait son possible pour le rassurer, lui redonner la confiance en lui dont il avait besoin pour affronter cette situation. Sa méthode toute personnelle qui consistait à se cacher derrière ses blagues à deux balles et à montrer une assurance sans faille était assez peu conventionnelle. Mais le plus étonnant là-dedans, c’était que ça fonctionnait ! D’ailleurs, pour être tout à fait honnête, n’était-ce pas ce qu’il attendait de lui lorsqu’il avait entamé cette conversation ?!

            Ce fut donc avec une volonté certaine qu’il empoigna également quelques armes pour partir en chasse et les enfouit dans son sac. Il constata que son aîné avait gardé son colt et qu’il se munissait de nouvelles balles en argent.

 

- Dean, pourquoi tu prends ça ? Bobby a dit que …

 

            Il s’arrêta là. Le regard de son frère en disait long sur ce qu’il pensait des certitudes de leur ami. En complet accord avec lui, il l’imita. Puis la main de son aîné farfouilla dans son sac et en retira le petit flacon de pénicilline. Avec un sourire entendu, il lui lança :

 

- J’sais pas pour toi mais toutes ces émotions ça creuse, hein Sammy ?

 

           Loin d’être naïf, il lui sourit à son tour. Par cette simple phrase, il avait compris qu’il n’aurait pas d’autre choix que de continuer à se soigner et de se nourrir avant de faire quoi que ce soit d’autre. Dès qu’ils furent fin prêts matériellement et psychologiquement, Dean ferma le coffre et ils se dirigèrent côte à côte vers la chambre de Bobby, parés à partir en chasse.


Lydean  (18.08.2010 à 09:55)

            A bord de l’impala, ils suivaient le pick-up de Bobby lancé à vive allure. Ils auraient pu monter dans une seule voiture pour se rendre sur place mais il avait préféré répondre au besoin d’être seul avec son cadet car il le sentait à cran. Il était donc indispensable de parler un peu plus en profondeur de leur chasse imminente et de trouver un moyen de le rassurer un peu mieux. Afin de justifier ce choix auprès de leur ami, il avait prétexté qu’il refusait de laisser son bébé au milieu de ses monstrueux camions qui auraient pu l’érafler en venant se garer trop près d’elle ! Il savait pertinemment que le vieux chasseur était obligé de prendre son propre pick-up. En effet, la zone où ils étaient censés aller se situait dans la réserve forestière et n’était pas accessible en véhicule motorisé. Bien sûr, ils pouvaient s’en rapprocher considérablement en empruntant la Byway Bighorn Scenic qui traversait la grande étendue sur environ quarante-huit kilomètres. Mais ensuite, s’ils voulaient pénétrer un peu plus profondément dans la forêt de pins, les roues motrices du véhicule de leur ami leur seraient indispensables.

            Il avait beaucoup de mal à déterminer s’il s’agissait du véritable Bobby. Tout dans son attitude, son physique ou le timbre de sa voix, démontrait que c’était bien lui. Du coup, il n’arrivait pas à comprendre d’où provenait ce doute qui s’accrochait vigoureusement sans espoir de le voir disparaître. Alors en attendant de déterminer avec certitude son identité, cette petite pause sans lui était plus que bénéfique. C’était d’autant plus vrai depuis qu’il avait vu l’attitude de Sam dans la chambre d’hôtel, une heure auparavant. Pendant qu’il abordait certains points avec Bobby, son cadet, de son côté s’était isolé dans un coin avec son ordinateur portable et s’était évertué à enrichir ses connaissances sur les métamorphes, recherchant essentiellement un moyen de les détruire. A voir son panel d’expressions frustrées, dépitées et passablement énervées, il en avait déduit que ses investigations s’avéraient infructueuses. Bien qu’il fut de l’autre côté de la pièce, il avait aisément deviné la tension et l’appréhension qui avaient ressurgi dans l’esprit de son petit frère.

            A présent qu’ils n’étaient plus que tous les deux, il avait éteint l’autoradio et pouvait profiter pleinement des soupirs de détresse de Sammy. Pour répondre à cet appel presque silencieux, il ouvrit la conversation :

 

- Alors ? Qu’est-ce qu’ont donné les recherches ?

 

- Ben pas grand-chose à vrai dire. Tout ce que j’ai pu trouver ne fait que confirmer ce qu’on savait déjà.

 

- Qui est … lui demanda-t-il de poursuivre en le voyant aussi peu loquace.

 

- Que les métamorphes ont la capacité de changer leur apparence en une autre personne, un animal et même parfois en objet. Je sais aussi que leur origine n’est pas uniquement humaine comme le sont les loups-garous ou encore les changelins. C’est en quelque sorte les seules données « scientifiques », indiqua-t-il en marquant les guillemets de ses doigts, sur lesquelles on est sûr de pouvoir se baser.

 

- OK, alors parle-moi un peu des données non « scientifiques », l’imita-t-il avec un sourire.

 

            Tel qu’il le connaissait, il savait parfaitement que Sammy avait fait des recherches bien plus poussées que ça. Et même si certains renseignements pouvaient leur paraître inconsistants, voire parfois ridicules, ils n’en demeuraient pas moins essentiels dans certains des cas qu’ils avaient rencontrés jusque-là.

 

- C’est que, les autres infos, je les ai trouvées sur des sites parfois pas très crédibles. Mais j’ai pas eu beaucoup le choix, se justifia-t-il.

 

- Vas-y, j’t’écoute ! L’encouragea-t-il.

 

- Alors dans tous les cas, on apprend que ce sont d’excellents chasseurs. Ce serait dû certainement à leurs gènes bestiaux. Certains possèderaient par exemple des glandes toxiques sous les ongles et ils seraient capables de tuer quelqu’un par simple griffure. D’autres auraient des dents remplies d'un poison. Du coup, une morsure et c’est la fin. Et il y aurait aussi la sécrétion de sueur qui serait un acide corrosif.

 

- Sympa ! Et tu sais comment ils s’y prennent pour se métamorphoser ? Ca pourrait être utile pour les contrer.

 

- Certains pensent qu’ils peuvent se transformer en acquérant l’ADN de leur victime par simple contact physique. D’autres estiment qu’ils sont limités par la corpulence de l’être qu’ils souhaitent imiter mais que c’est malgré tout possible avec le temps et l’expérience. Ce serait une sorte de science ou un pouvoir qui apparaîtrait vers l’adolescence et qui pourrait se perfectionner en s’exerçant. Mais j’ai aussi lu sur certains sites que seuls des magiciens, comme les druides par exemple, seraient en mesure de prendre les formes d’animaux de la forêt.

 

- Ouais ben j’sais pas c’que t’en penses mais pour moi, notre métamorphe est plutôt un dérivé du polymorphe qu’on connaît déjà. Sauf que celui-là a aussi la faculté de prendre l’apparence des animaux.

 

- D’accord avec toi. Il y a un autre terme qui pourrait désigner ces créatures. On les appelle aussi des thérianthropes. Ca correspond assez à la description qu’on en a.

 

- Tu veux dire un truc mi-homme, mi-animal avec transformation complète ou partielle.

 

            Amusé, il constata l’étonnement de Sam. Dans la famille, l’intello cultivé c’était incontestablement le plus jeune. Alors à chaque fois que l’aîné montrait qu’il connaissait quelque chose, la réaction était immédiate. Et de toute évidence, sur ce coup-là, il avait mis dans le mille. Fier de ses connaissances, jamais il n’admettrait devant son petit frère que sa culture provenait essentiellement des comics et des séries télévisées qu’il consultait à ses heures perdues lorsqu’il était plus jeune. Il prit donc un air offusqué et lança :

 

- Eh, moi aussi j’me cultive !

 

            Son cadet afficha une moue sceptique avant de reprendre ses explications.

 

- Donc, comme tu le sais déjà, insista-t-il, quelque peu sarcastique, ce terme très ancien repose sur le chamanisme. Il est possible d’en voir des représentations dans les grottes préhistoriques et on en parle dans de nombreuses légendes. L’exemple le plus probant étant celui des Dieux égyptiens.

 

            A l’écouter parler, il avait l’impression que son frère essayait de lui prouver qu’il était sur la bonne voie ou encore qu’il tentait d’obtenir son approbation pour continuer son explication. Pourtant, de son côté, il était persuadé que ce petit intello était sur la bonne piste. Ca lui paraissait totalement évident qu’ils avaient affaire à un thérianthrope. Il lui fit donc savoir :

 

- Ouais, c’est sûr que notre bébête mystère a un lien de parenté très étroit avec ce genre de créature. Et puis avec tout ce qu’on a vu, j’vois pas pourquoi on ne croirait pas à ces trucs-là. Pour moi, si les traces de ce phénomène sont si anciennes alors ça me suffit pour penser que ça existe.

 

- Ben en fait, le terme exact n’apparaît qu’au début du XXème siècle parce que le mot « lycanthrope » était trop réducteur. La transformation de l’homme en animal ne se résumait pas à la métamorphose d’un humain en loup.

 

- Et donc, on a une petite idée de la manière de l’éliminer !

 

- Non justement, j’ai rien de ce côté-là, avoua Sam, plutôt désœuvré.

 

            On y était ! C’était à ce niveau précis que se situait le vrai problème, celui qui perturbait tant son petit frère. Il décida d’y remédier au plus vite.

 

- Ben pourtant, c’est toi qui viens de m’en souffler le moyen ! Devant le regard interrogateur de Sammy, il s’expliqua : Finalement, notre « terriblenthrope », c’est un cousin des polymorphes et des loups-garous. Et que ce soit l’un ou l’autre, il n’y a qu’une manière d’en finir …

 

- Les balles en argent, l’interrompit son cadet avec une lueur d’espoir dans les yeux.

 

- Les balles en argent ! Confirma-t-il avec un grand sourire.

 

- Oui mais Bobby … s’inquiéta de nouveau Sam.

 

- Je sais ce qu’a dit Bobby, le coupa-t-il. Mais c’est notre meilleure piste. Et puis je trouve qu’il a un peu trop insisté tout à l’heure pour qu’on laisse ce genre de munitions en dehors de notre chasse. C’était pas très subtil.

 

- Donc tu pars du principe que l’homme qu’on se borne à suivre n’est pas Bobby ! Et par conséquent, on se dirige de notre plein gré et les mains dans les poches, droit dans un piège.

 

           Sam et sa logique imparable !

 

- Ecoute, j’n’en sais rien, d’accord !? S’énerva-t-il avant de se reprendre. C’est vrai que j’ai un énorme doute sur l’identité du mec « qu’on se borne à suivre » comme tu dis, mais que ce soit un piège ou pas, on n’a pas vraiment le choix parce que dans ce cas-là, Bobby est en danger … et il me semble qu’on a déjà eu cette conversation.

 

- Je sais Dean et tu sais que tu peux compter sur moi mais … c’est juste que … t’es d’accord avec moi que jusqu’à hier soir, c’était bien Bobby ?

 

- Oui, c’est mon impression.

 

- Et bien, il m’a dit l’autre jour qu’il lui avait tiré dessus avec des balles en argent et que ça n’avait pas eu l’effet auquel il s’attendait.

 

- Peut-être parce qu’il ne l’a pas touché au bon endroit …

 

- Tu penses au cœur ?

 

- Ouais, et si ça ne suffit pas, je lui logerais une balle entre les deux yeux. M’étonnerait qu’il fasse le malin après ça.

 

            Sam ne répondit pas mais il n’en pensait pas moins. Et le pire dans tout ça c’est qu’il avait raison : il se jetait dans la gueule du loup et il y entrainait son cadet. Il n’avait pas le droit de l’obliger à se mettre en danger. Son instinct lui criait d’aller dans cette forêt. Ca le rongeait de l’intérieur. C’était donc vital et sa décision était prise ! Malgré tout il ne pouvait se résoudre à faire prendre des risques à Sam sans s’assurer au préalable de son engagement à ses côtés.

 

- Je ne peux pas te promettre que tout va bien se passer, Sammy. Je suis conscient qu’on n’est pas suffisamment préparés et comme tu l’as dit, on fonce tête baissée dans ce qui pourrait être un piège. Alors je comprendrais que tu …

 

- Tu rigoles ? C’est hors de question, Dean ! S’exclama-t-il avec ses sourcils froncés et ses yeux plissés par la colère.

 

           De toute évidence, son petit frère avait compris où il voulait en venir et comme il s’y attendait, il le prenait plutôt mal. D’un autre côté, sa détermination le rassura et le motiva de plus belle. Il le remercia donc à sa manière :

 

- Tant mieux parce que j’ai besoin de toi.

 


Lydean  (20.08.2010 à 08:00)

[Note : Désolée d'être aussi tardive pour vous poster la suite. C'était le mariage de ma petite soeur ce week-end. Alors bien évidemment c'est énormément de bonheur et de fête mais c'est aussi beaucoup de boulot et très peu de temps pour penser à quoi que ce soit d'autre !!!! Ce qui ne veut pas dire que je vous ai oubliés et j'en profite pour vous remercier tous pour vos adorables messages !!!! Et tout de suite ... la suite ! lol !] 

 

Chapitre 16

 

            Son aîné avait stationné l’impala sur une petite aire près de la route principale puis ils avaient poursuivi leur chemin avec le pick-up de Bobby sur quelques dizaines de kilomètres. A présent, ils progressaient à pieds au milieu de cette forêt dense. Ils s’enfonçaient, pas après pas, dans l’obscurité et leur torche ne leur permettaient pas de voir à plus d’un mètre car le faisceau lumineux était obstrué par la végétation. Il y avait près de deux mille quatre cents kilomètres de sentiers et eux s’évertuaient à passer en travers pour soi-disant gagner du temps. Ils suivaient à contre courant un petit ruisseau qui alimentait la rivière Bighorn. Celle-ci s’écoulait près de neuf cents mètres plus bas et ils continuaient leur ascension sans jamais s’arrêter. Sur la carte qui était en évidence dans la chambre de l’hôtel, il avait pu voir que l’altitude des montagnes variait de mille cinq cents à quatre mille mètres et il espérait sincèrement que leur destination ne les obligerait pas à aller si haut. L’effort le faisait transpirer mais il ressentait malgré tout la fraicheur humide du sous-bois. Tout aussi essoufflé que lui, son frangin hyperprotecteur lui lançait des regards furtifs. Il voulait certainement s’assurer que son petit frère tenait toujours debout. C’était plutôt ironique de sa part puisque lui-même était dans un état lamentable bien plus préoccupant que le sien. Son bras dans le plâtre l’empêchait de prendre appui sur son côté gauche et les différents hématomes qui ornaient ses côtes devaient assurément rendre sa respiration plus difficile. Quant à sa plaie à la tête, elle n’apparaissait presque plus mais il n’oubliait pas que son aîné venait à peine de retrouver la mémoire. Et enfin, il restait persuadé qu’il n’avait pas fermé un œil au cours de la nuit dernière. Des deux, ce n’était donc pas à Dean d’être le plus inquiet pour la santé de son frère et pourtant …

 

            C’était comme la conversation qu’ils avaient eu dans la voiture en venant ici. Son aîné avait décelé ses craintes par rapport à cette chasse et il avait trouvé un moyen infaillible pour lui fournir l’énergie et la volonté de les surmonter : lui faire savoir qu’il n’était pas obligé de l’accompagner et lui faire comprendre qu’il pouvait rester assis bien sagement à l’abri du danger pendant que lui se battrait seul au front ! Autant dire que la fureur qui s’était développée en lui à cause du simple fait qu’il ait osé évoquer cette idée, lui avait fait oublier la raison de ses doutes. Sa détermination s’en trouva amplifiée lorsque son grand frère lui avait finalement avoué qu’il avait besoin de lui. Ses quelques mots avaient mis un point final à ses tourments. Comme il lui avait déjà dit, à eux deux, ils pouvaient venir à bout de n’importe quoi ! Alors il ne le lâcherait pas d’une semelle et ils réussiraient à exterminer cette chose !

 

           Dean et lui suivaient Bobby qui paraissait plutôt à l’aise dans cet environnement inhospitalier. Il avançait rapidement et était même très alerte par rapport à d’habitude. Leur ami était un excellent chasseur, doté d’une solide expérience. Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce qu’il ait traqué la bête jusqu’ici mais sa façon de se déplacer lui faisait penser à celle d’un prédateur. Et puis ça faisait un moment qu’ils marchaient sans avoir décelé le moindre indice qui leur montrerait qu’ils étaient sur la bonne voie. Alors qu’est-ce qui avait bien pu l’amener dans ce sinistre endroit ? D’autre part, son explication plus qu’évasive pour justifier le fait qu’il n’avait pas répondu au téléphone pendant au moins douze heures ne le convainquait pas le moins du monde. Son frère devait penser à la même chose que lui car il s’arrêta soudainement de marcher et l’interrogea sur un ton suspicieux :

 

- Dis-moi, Bobby ! J’te savais fin limier mais là tu m’épates. Qu’est-ce qui t’a emmené jusqu’ici ?

 

- Et si tu commençais par arrêter de me foutre ta lampe en pleine poire !

 

            Il était évident que Dean cherchait à voir si les yeux de Bobby n’émettaient pas la lueur si particulière aux polymorphes lorsqu’ils étaient en contact avec la lumière artificielle. Mais rien ne se produisit. Etait-ce encore une preuve que ce chasseur était bien leur ami ? Pourtant, comme son aîné, il avait de sérieux doutes quant à l’identité de l’homme qu’ils suivaient aux fins fonds de cette forêt.

 

- Regardez ça, leur intima le vieux chasseur en s’accroupissant et en désignant une marque sur la base du tronc d’un des pins tordus. Rappelez-vous qu’il n’y a plus de grizzlis dans ces contrées depuis le début du XXème siècle.

 

            Pendant que son frère étudiait minutieusement l’empreinte avec les yeux plissés et les sourcils froncés, il rappela une donnée qu’il estimait importante :

 

- Il y a d’autres grands mammifères qui peuplent la forêt et les ours noirs sont apparemment très répandus ici. Qu’est-ce qui nous prouve que …

 

- Ca, l’interrompit son aîné en l’obligeant à s’avancer pour qu’il examine de plus près les traces de griffes sur l’écorce.

 

            Il remarqua alors qu’il manquait un sillon : une griffe faisait défaut à la patte de l’animal qui avait laissé sa marque, sa signature. Cette empreinte était bien visible, voire trop distincte. Il croisa le regard de son grand frère et il comprit qu’ils étaient arrivés à la même conclusion.

            Ils suivirent Bobby sur quelques centaines de mètres jusqu’à ce qu’une odeur nauséabonde vienne leur titiller les narines. Soudain Dean s’arrêta et tendit son bras pour l’inciter à faire de même, laissant l’homme devant eux continuer seul sa progression. Il sortit son arme et lui demanda de l’imiter d’un simple regard. Apparemment, il n’avait plus aucun doute sur le fait que cet individu n’était pas Bobby et comme lui, il devait penser qu’ils étaient enfin arrivés à son repaire. Lentement, ils reprirent leur marche le plus silencieusement possible, restant attentifs au moindre bruissement. Il était tellement concentré qu’il n’eut pas le temps de réagir lorsqu’une énorme patte poilue et toute noire se plaqua sur sa bouche. Quelque chose l’encercla si fort autour de ses bras et de son torse qu’il manqua de mourir étouffé. En une fraction de seconde, il se sentit décoller du sol et s’éloigner de l’endroit où il était dans des balancements qui lui donnèrent la nausée.


Lydean  (24.08.2010 à 16:50)

 

            C’était instinctif ! Il l’avait senti tout de suite et s’était retourné instantanément. Mais il n’avait fallu qu’une fraction de seconde pour que Sam s’évapore dans les airs. A l’endroit où il devait se trouver, où il venait juste de le voir, où il décelait encore sa présence, il n’y avait plus personne. Même son odeur était encore là. Il ne comprenait vraiment rien. Il se surprit à tâtonner l’air de sa main droite comme s’il était devenu tout bonnement invisible. Son premier reflexe fut de pencher la tête en arrière et de scruter la cime des arbres. Pourquoi regardait-il en l’air ? Son frère ne s’était tout de même pas envolé ! Puis il étudia le terrain, foulant du pied les ronces, la mousse et les quelques branches qui jonchaient la terre rocailleuse pour déceler un trou ou un piège dans lequel son cadet aurait pu tomber. Là encore, il dut se rendre à l’évidence, le sol n’avait pas non plus englouti son frère. Il essaya de trouver une piste. Personne ne pouvait disparaître comme ça, sans un bruit, sans laisser de marques et aussi rapidement. Il fouillait de ses yeux, tâtait de ses mains, optimisait chacun de ses sens pour déceler un indice aussi infime soit-il qui pourrait lui indiquer le chemin qui le mènerait à son cadet. Malheureusement, aucune trace, aucune empreinte, aucun bruit, ni même une quelconque odeur n’attira son attention. Les arbres poursuivaient tranquillement leur léger balancement au gré du vent, le narguant en faisant croire qu’il ne s’était rien passé, que la présence de son frère quelques secondes auparavant n’était qu’un songe.

 

- Sammy ? L’appela-t-il. Putain Sam, réponds ! T’es où bordel ?

 

            Il ne reconnaissait même pas le timbre de sa voix tant elle était marquée par l’inquiétude. C’était un cauchemar ! Il avait été pourtant extrêmement vigilant, attachant autant d’importance à leur chasse qu’à la sécurité de son frère. C’était ça le travail d’équipe. C’était LA règle d’or. C’était LE précepte indispensable à leur réussite. Ils ne devaient pas se lâcher d’un pouce. Ils devaient rester soudés. Cette condition essentielle venait de s’évanouir au moment où son partenaire de confiance avait disparu. Il savait que Sammy n’aurait jamais trahi sa promesse, qu’il se serait tenu à ce principe fondamental, donc … Putain, c’était de sa faute ! Il n’aurait jamais dû le quitter des yeux. Mieux, il aurait dû insister pour qu’il ne vienne pas avec lui. Il le savait pourtant que ça allait mal tourner !

            Dès qu’il l’avait vu à l’hôtel, il avait su que ce mec qui leur avait ouvert la porte ne pouvait pas être Bobby. Il avait l’habitude de suivre son instinct qui ne l’avait jamais trompé. Il avait aussi compris que leur ami était en danger et qu’il avait besoin d’aide de toute urgence. Il ne pouvait pas se résoudre à l’abandonner aux griffes de ce monstre. Il savait que cette saloperie l’emmènerait jusqu’à son repère et donc jusqu’à Bobby et autant dire qu’il ne s’était pas trompé. Au moment où il avait senti cette odeur putride de sang et de mort, il avait su qu’ils étaient arrivés à destination. Il avait incité Sam à la prudence, s’était armé et avait engagé la chasse. Mais ça, ce n’était pas prévu au programme. Il avait conscience que son plan avait des failles mais jamais il n’aurait pensé qu’il serait séparé de son petit frère. Les rôles venaient de s’inverser : Les chasseurs étaient devenus les proies. Séparer pour mieux régner, voilà un concept intéressant qui n’avait pas échappé à leur prédateur ! Et maintenant, il se trouvait face à un dilemme. Il devait retrouver Sam, délivrer son ami et affronter le métamorphe alors qu’il n’avait aucune idée de l’apparence que cette chose aurait lorsqu’il serait face à elle. Tout ça dans un ordre indéterminé et avec les moyens du bord puisqu’il n’avait pas réellement de certitude quant à la manière de l’exterminer. Enfin cela n’avait que peu d’importance car il la dépècerait à mains nues si elle avait osé faire du mal à son petit frère. Le plus angoissant à ce moment précis aurait dû être le fait qu’il se trouvait sur le terrain de chasse d’un prédateur hors norme. Mais en fin de compte, ce qui le perturbait le plus, c’était d’ignorer ce qu’il était advenu de Sammy. Il restait persuadé qu’il était toujours vivant … mais dans quel état ?!

 

            Il avança donc prudemment en essayant de contrôler son corps. Les battements de son cœur tambourinaient tellement fort dans ses oreilles qu’il avait du mal à différencier les bruits naturels de la forêt de ceux qu’il avait besoin d’entendre pour s’orienter dans la bonne direction. Il s’aperçut qu’il avait même cessé de respirer pendant un temps indéterminé. Ce n’était vraiment pas de cette manière qu’il pourrait aider son cadet. Il s’exhorta au calme, tout en observant autour de lui. Soudain, il sentit qu’on le fixait. Il se détourna rapidement et entraperçut deux yeux jaunes luisants. Le regard félin qui était braqué sur lui paraissait affamé. Il déglutit difficilement avant de se diriger prudemment mais bien déterminé dans sa direction.

 

- Qu’est-ce que tu as fait de mon frère, enfoiré ?! Lui lança-t-il pour briser le silence religieux qui venait de s’installer.

 

            Même les pins ne bougeaient pas d’une aiguille. Le vent ne faisait plus danser les branches. La nature semblait s’être arrêtée de respirer. Il se planta devant la créature, laissant entre eux une distance de sécurité qui lui paraissait suffisante. Loin d’être impressionnée par son attitude, l’horrible chose sortit de sa cachette. Qu’est-ce que c’était qu’ce truc ? Un tigre ? Non ! Autour de sa gigantesque tête, des poils se hérissaient et devenaient de plus en plus longs. Avec cette crinière, le fauve se transforma en un étrange lion.

            Il maintenait fermement son arme braquée devant lui, prêt à tirer. Mais la métamorphose de la créature l’intriguait et son regard perçant qui ne cessait de le fixer l’avait comme hypnotisé. Soudain, elle se redressa sur ses pattes arrière, sa fourrure orangée s’assombrissant jusqu’à devenir brune. Son museau s’aplatit. Ses larges pattes s’épaissirent et ses épaules se redressèrent.

            Il recula d’un pas pour s’éloigner de l’ours de près de trois mètres de haut qui se dressait devant lui. La cible était immanquable. Il visa le cœur et tira. Sous l’impact au son métallique, la créature eut un mouvement de recul mais garda sa position. Il eut juste le temps de voir la balle tomber sur le sol avant d’observer un nouveau changement. Un sourire diabolique apparut sur le visage de cet horrible monstre, un rictus bien trop large et suffisamment sadique pour qu’il sente un frisson glacé parcourir son corps. Ses yeux devinrent humains et au sommet de son crâne, se dessina un objet insolite. Lorsque les couleurs apparurent, il reconnut sans conteste la casquette de Bobby. OK ! Qu’est-ce que c’était qu’ce bordel ? En se moquant ouvertement de lui, la chose devenue informe emprunta la voix de son ami pour lui suggérer :

 

- Attrape-moi, Dean !

 

            Il tira à nouveau mais le métamorphe s’était déjà retranché à couvert dans un bond rapide et agile. Il avança de quelques pas, regarda la balle écrasée qui gisait sur le sol, puis, sans réfléchir, il se rua à sa poursuite. Il courait à en perdre haleine, espérant suivre sa piste et l’exterminer une bonne fois pour toutes. A bout de souffle, il s’arrêta finalement, comprenant qu’il n’avait aucune chance de le rattraper. Il laissa son sac tomber sur le sol et appuya ses deux mains sur ses genoux pour tenter de retrouver une respiration normale. Puis, de frustration, il frappa violemment son bras plâtré contre un tronc. L’onde de douleur vibra d’abord jusqu’à son épaule et parcourut son corps jusqu’à la pointe de ses orteils.

 

- SAAAMMM ! Hurla-t-il à plein poumons.

 

            Son cri se répercuta en écho sur tout le flanc de la montagne boisée puis le silence repris ses droits à son grand désarroi.

 

- Tiens bon Sammy, j’arrive ! Rajouta-t-il à voix basse en remettant son sac sur son dos, intimement persuadé qu’il réussirait à le retrouver.

 

            Il rebroussait chemin quand il entendit un bruissement anormal à quelques mètres de lui sur sa gauche. Il s’arrêta, restant le plus silencieux possible. Tout en braquant son arme dans cette direction, il resserra son index sur la gâchette, prêt à faire un carton. Il restait persuadé que ces balles en argent étaient le seul moyen de tuer cette sale bête. Et s’il ne pouvait pas l’abattre en visant le cœur alors il tenterait d’en loger une entre ses deux yeux !

            Quoique ce soit, ça se rapprochait doucement de lui. Il s’attendait à tout mais lorsque les broussailles s’écartèrent révélant son visiteur, il sentit ses yeux s’arrondir par la surprise.


Lydean  (26.08.2010 à 10:00)

            Il n’allait quand même pas rester accroché là jusqu’à ce que quelqu’un vienne le chercher ! Il baissa les yeux et eut tout loisir de contempler le grand vide sous ses pieds. Putain c’qu’il était haut ! Il essaya de prendre une grande aspiration pour faire cesser le tangage des autres arbres près de lui qu’il arrivait difficilement à distinguer dans l’obscurité ambiante. Il venait à peine de retrouver ses esprits. Il avait pourtant été conscient tout le long de son enlèvement. Mais la surprise et l’épouvantable frayeur qu’il avait ressentie en s’apercevant qu’il était totalement démuni face à ce monstre gigantesque l’avaient complètement sonné. La sale bestiole l’avait emmené au sommet d’un pin et s’arrangeait pour agencer les branches autour de lui de manière à ce qu’il soit parfaitement séquestré. Pendant qu’elle œuvrait, il put apprécier – si c’était bien le mot - chacun de ses traits, les particularités de son attitude, ainsi que sa morphologie générale. C’était un gorille ! Un putain de gorille énorme avec une intelligence hors du commun ! Son regard perçant le sommait de ne pas bouger. Etrangement, même avec la meilleure volonté du monde pour le contrer, il se sentait incapable d’amorcer le moindre geste.

            Lorsqu’il se fut assuré que son prisonnier ne pourrait pas s’échapper de sitôt, l’énorme primate obscur lui montra l’arme qu’il lui avait subtilisée. Il le nargua en lui agitant sous le nez. Puis quelques éléments de son visage se transformèrent graduellement. Peu à peu, son visage s’éclaircit et s’affina. Son pelage brun réintégra l’épiderme ne laissant qu’une légère barbe de deux jours et des sourcils bien marqués. Les billes noires et luisantes logées dans leur orbite mutèrent en deux yeux aux iris clairs. Certains traits s’affinèrent et l’espace d’un instant, il reconnut son grand frère. Puis un grand sourire narquois s’étala avec une lenteur déconcertante sur sa face qui s’élargit par la même occasion. Cette expression sadique lui donnait un air encore plus malveillant, démoniaque. Son sang se glaça et un frisson lui donna la chair de poule.

 

- Ben alors Sammy, ne me dis pas qu’t’as le vertige ! Ironisa le monstre en utilisant la voix de Dean.

 

            L’intonation et le fait d’entendre son surnom de la bouche de cette … chose, provoquèrent une colère froide qu’il eut du mal à contenir.

 

- C’est SAM ! S’énerva-t-il sans desserrer les dents, désirant plus que tout lui arracher son rictus arrogant, maudissant ces liens qui entravaient le moindre de ses mouvements.

 

            Pour toute réponse, la créature souffla son dédain par le nez sans se déparer de son ignoble sourire moqueur. Puis elle descendit en deux temps trois mouvements avec une aisance déconcertante. Il se pencha légèrement pour voir sa progression alerte. Arrivée au sol, elle se métamorphosa en un félin, une sorte de panthère - à moins que ce soit des rayures qu’il discernait de son perchoir - un tigre peut-être ?! Quoiqu’il en soit le fauve huma l’air avant de se diriger vers l’ouest d’une démarche aussi agile que rapide. Lorsqu’il fut hors de vue, il se redressa et tenta de se calmer. Il n’arrivait plus à réfléchir. La colère, l’angoisse, la frustration, tous ces sentiments se mélangeaient allègrement dans sa tête déjà bien douloureuse.

 

            Pourquoi cette chose ne l’avait-elle pas tué ? Elle aurait pu lui briser la nuque d’un simple geste ou lui faire exploser le crane d’une petite clé de bras. Sa puissance était telle qu’il n’aurait jamais eu la force, ni même le temps d’esquisser un mouvement pour se défendre. Sa fureur se mua en une angoisse profonde. Le métamorphe était en train de jouer avec un plaisir malsain, pervers, sadique. Il les avait séparés et à présent, il pouvait s’amuser avec chacun d’eux. Les paroles de Bobby à l’hôtel lui revinrent en mémoire : cette saleté aimait joué avec ses proies ! Il s’inquiéta à l’idée que ce monstre n’avait plus besoin de leur ami pour les appâter. Puis il fut terrorisé lorsqu’il comprit qui la bête était en train de traquer. Il se débattit pour se libérer de l’emprise de ces satanées branches qui l’encerclaient comme le feraient les barreaux d’une cage. Il tirait comme un forcené mais rien ne cédait. Il se rappela alors qu’il avait toujours son couteau. Il s’accroupit tant bien que mal et se saisit de cette lame salvatrice. Tout en se relevant, il asséna quelques coups tranchants à des endroits qu’il estimait stratégiques.

          D’abord satisfait de constater que ses liens se relâchaient, il n’en fut pas moins surpris lorsque la branche sur laquelle il avait pris un appui tout relatif céda inopinément. Sa chute brutale lui fit heurter les ramures du pin les unes après les autres. Il avait lâché son couteau et s’évertuait à se raccrocher à tout ce qu’il pouvait mais sa course effrénée ne s’arrêta que lorsqu’il percuta violemment le sol. Le choc lui coupa le souffle et il dut attendre plusieurs minutes avant de retrouver une respiration à peu près normale. Il avait mal partout. Il lança malgré tout un œil reconnaissant aux branches à présent cassées qui l’avaient ralenti dans sa chute. Sans elles, en tombant de cette hauteur, il ne s’en serait jamais sorti vivant. Lorsqu’il essaya de se remettre debout, il eut l’impression que tout était cassé dans son corps. Il se rallongea donc et attendit quelques instants supplémentaires. Pensant à son frère qui courait un danger imminent, il se redressa prestement et maîtrisa les vertiges qui l’assaillirent. Il réussit néanmoins à se maintenir debout en prenant appui sur le tronc.

 

          A quelques mètres de lui, il aperçut son sac. Il s’en approcha difficilement et farfouilla à l’intérieur pour découvrir que tout était là. Au moins, il n’était pas totalement désarmé. Aussitôt, une hypothèse lui traversa l’esprit : si le métamorphe ne lui avait pris que son colt chargé avec des balles en argent, c’était peut-être parce que ce genre de munitions était le seul à pouvoir en venir à bout. Il prit donc son deuxième pistolet et le chargea avec les quelques balles qu’il avait emportées en réserve, tout en remerciant l’instinct de son aîné. En pensant à son frère et au danger auquel il était exposé, il s’obligea à se mettre en route. Pour cela, il força ses membres ankylosés à bouger et il commença à marcher en direction de l’ouest. A mesure qu’il avançait, il sentait ses muscles se détendre alors il en profita pour accélérer le pas. Il marchait depuis moins de dix minutes lorsqu’il entendit Dean hurler son nom.

            Son premier réflexe fut de s’arrêter net pour déterminer d’où provenait ce cri. Puis, ignorant la douleur, il se précipita vers son frère en priant d’une part pour que ce soit bien lui et d’autre part pour qu’il ne lui soit rien arrivé de dramatique. Arrivé près de son objectif, il ralentit considérablement sa course et continua précautionneusement. Il braqua son arme devant lui, prêt à tirer en cas de mauvaise surprise. Après quelques mètres qu’il estima suffisamment silencieux, il se dégagea des broussailles et resta figé, effaré de ce qu’il voyait.

 


Lydean  (28.08.2010 à 15:10)

Chapitre 17

 

            Génial ! Il avait failli tuer son propre frère ! Enfin, si c’était bien lui !?! Ils se tenaient en joug mutuellement, s’observant, essayant de savoir à qui ils avaient affaire exactement. Il comprenait parfaitement ce que pouvait éprouver l’homme qui se tenait en face de lui : il ressentait les mêmes appréhensions et avait des doutes identiques. Il le scrutait avec la plus grande attention pour établir avec certitude si c’était bien Sam qui lui adressait ses yeux suspicieux. Il était certain qu’il devait y avoir un élément physique qui pourrait l’aider à déterminer sa véritable identité… son regard peut-être. Tout en l’examinant, il ne put ignorer son allure générale. Si ce mec était bien son petit frère, il était dans un état pitoyable. Ses vêtements étaient déchirés et il paraissait blessé car des filets de sang s’échappaient ça et là et formaient de longues rayures écarlates le long de son corps. Il résistait à l’envie de s’approcher de lui pour évaluer les dégâts car d’une part, il sentait sa réticence - qu’il estimait légitime - et d’autre part, il n’avait aucune certitude concernant sa véritable identité. Pour ces deux raisons, il resta à bonne distance mais il ne réprima pas plus longtemps son envie de savoir ce qu’il lui était arrivé.

 

- Eh, Sammy !

 

- Eh, Dean ! Lui répondit le concerné, visiblement toujours aussi suspicieux.

 

- Je croyais qu’on devait rester ensemble.

 

- On ne m’a pas vraiment demandé mon avis, l’informa froidement celui qui avait l’apparence de son cadet, toujours sur la défensive.

 

- T’es blessé, constata-t-il en lui indiquant d’un léger mouvement de tête l’état général de son corps.

 

- C’est supportable.

 

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

 

            Il le vit ouvrir la bouche pour lui répondre lorsque leur attention fut attirée par un son suspect sur la gauche. En une fraction de seconde, il comprit qu’il s’agissait de bruits de pas. Quelqu’un marchait dans leur direction et venait de ralentir considérablement son allure. Sans se quitter des yeux, les deux hommes qui se tenaient toujours en joug, attendirent silencieusement. Le nouvel arrivant prenait beaucoup de précautions pour s’approcher d’eux et la tension était palpable. Au bout d’une minute qui lui parut interminable, les broussailles s’écartèrent enfin pour laisser apparaître … un deuxième Sam ! Putain, il ne manquait plus que ça !

            A gauche, Sam n°2, nouvellement arrivé, était dans le même état de délabrement que Sam n°1 qui se tenait sur droite. Ses deux … frères se mirent en joug aussitôt, ignorant pendant une vingtaine de secondes sa présence. De son côté, il n’avait aucune idée de l’homme sur lequel il devait braquer son arme. Il la rabaissa donc, au moins le temps qu’il n’arrivait pas à déterminer lequel des deux était réellement son cadet.

 

- Dean, putain, qu’est-ce que tu fous ? S’énerva Sam n°2 en lui jetant des coups d’œil furtifs et furieux. Ne baisse pas ton arme comme ça ! Cet enfoiré pourrait en profiter pour te descendre !

 

- Ben voyons ! Comme si j’allais descendre mon propre frère, ironisa le Sam de droite. Par contre, toi, je n’aurais aucune hésitation à te faire la peau ! Comme tu n’as pas hésité à me séquestrer en haut d’un pin !

 

- TU m’as séquestré en haut d’un pin et JE suis tombé de toute sa hauteur ! Mes vêtements et les blessures que j’ai un peu partout sur le corps peuvent le prouver !

 

- Tu peux te métamorphoser en n’importe quoi, alors je ne suis pas étonné que tu aies pris mon apparence et les bleus qui vont avec.

 

- Non, c’est toi qui as pris mon apparence ! Et qu’est-ce que tu as fait de Bobby ?

 

- Je te retourne la question ! On est sur ton territoire alors tu dois mieux le savoir que moi. D’ailleurs, c’est l’unique raison pour laquelle tu es encore en vie.

 

- Ah ouais ? Ben moi, c’est pas ça qui m’inquiète le plus parce que maintenant qu’on t’a suivi jusqu’ici, on devrait le retrouver rapidement. Mais j’te jure que si tu lui as fait du mal …

 

            Effaré, il assistait à leur échange féroce, tournant la tête de gauche à droite et de droite à gauche comme s’il était le spectateur d’un match de tennis où les raquettes seraient des armes et dans lequel il était fortement préférable que les balles restent chacune de leur côté. La pression montait sensiblement entre les deux hommes et il pressentait qu’ils allaient bientôt tirer. Les index des deux Sam se crispaient dangereusement sur la gâchette. Ils appuieraient sur la détente en même temps, il en était certain. Et le problème c’est que le seul gagnant dans cette histoire serait le métamorphe. Qu’elle soit basique ou en argent, la balle qui atteindrait son petit frère lui serait certainement fatale. Il s’empressa d’intervenir :

 

- La ferme tous les deux ! Hurla-t-il. Ils tournèrent la tête vers lui en même temps. OK, on se calme « Docteur Sammy et Mister Sam » ! Ajouta-t-il satisfait d’avoir au-moins obtenu leur attention.

 

            Il ne savait pas quoi faire, ni quoi dire. Il devait pourtant gagner du temps pour déterminer lequel des deux était son frère. Ca ne devrait pas être aussi difficile que ça quand même ! Après tout, il le connaissait depuis sa naissance. Il l’avait pratiquement élevé. Tout thérianthrope qu’il soit, ce truc ne pouvait pas connaître son petit frère aussi bien que lui. Depuis le début, il les étudiait l’un après l’autre, espérant trouver la faille dans leur attitude ou leurs propos. Malheureusement, cette saleté avait tout copié de son frangin, de son apparence à sa personnalité. Pourtant les paroles qu’ils avaient échangées avaient fait naître un léger doute sur l’un des deux, sans compter cette subtile différence dans leur regard. Mais ce pressentiment était encore bien trop minime pour qu’il se permette de balancer une balle entre les deux yeux de son suspect. Il se lança donc dans une tentative désespérée pour consolider son intuition :

 

- Sammy ? Demanda-t-il en jouant avec son arme et en faisant mine de ne regarder aucun des deux. Je retire ce que je t’ai dit dans la voiture : finalement je vais avoir besoin de toi. Il va falloir que tu m’aides sur ce coup-là.

 

            Il ne s’étonna pas de voir une réaction instantanée sur sa droite : Sam n°1 venait de baisser son arme. A gauche, le Sam qui était arrivé plus tard le tenait toujours en joug et le fixait, attendant visiblement une explication à son geste. Devant leur regard interrogateur, Sam n°1 argumenta :

 

- Je sais que tu as besoin de moi, Dean ! Comme moi j’ai besoin de toi. Mais là c’est sans issue. On ne va pas rester comme ça pendant des heures. Et tu sais aussi bien que moi qu’on ne peut pas se permettre de laisser d’autres personnes mourir. Je sais que c’est dur pour toi de déterminer lequel de nous deux est le monstre qu’il faut exterminer. J’te connais bien. Je pense que tu as déjà une petite idée mais si tu te plantes … si tu prends le risque de descendre l’un de nous deux et que ce ne soit pas le bon alors tu feras une cible trop facile pour cet enfoiré et c’est lui qui aura gagné. Il faut qu’tu penses à Bobby aussi. Il a besoin qu’on le sorte de là. Alors le mieux c’est que tu ne réfléchisses pas et que tu nous abattes tous les deux. S’il te plait, Dean. Tu sais que j’ai raison.

 

            Tout en prononçant sa tirade, il avait soutenu son regard de ses yeux suppliants. Il faisait preuve d’une attitude totalement altruiste, démesurément désintéressée, limite suicidaire, avec un penchant humain bien trop marqué, bref, une attitude « Samiesque » dans toute sa splendeur ! Avec ces quelques mots, il venait de se faire une idée encore plus précise de celui qu'il allait protéger. Il regarda Sam n°2 qui braquait toujours son arme sur le Sam de droite et attendit de savoir ce qu’il avait à répondre à ça.

 

- Grosse erreur, mec ! Commença l’intéressé avec un sourire vainqueur à l’intention de son double. Ce que tu viens de dire, là, c’est effectivement ce que je pense et jusqu’à cette nuit, c’est exactement ce que j’aurais dit. Mais le problème tu vois, c’est que mon frère ici présent n’hésiterait pas une seconde à me botter le cul si je trahissais la promesse que je lui ai faite ce matin ! Ma vie a bien plus de valeur que la tienne et ce n’est pas en me laissant abattre comme un con que ça va aider Dean. Surtout depuis qu’il m’a avoué dans la voiture qu’il avait besoin de moi.

 

            Avec ces quelques mots, son frère venait de confirmer ce qu’il savait déjà. Il n’eut plus aucune hésitation. Mais pour plus de précautions, il visa la main qui tenait le colt et tira en même temps que son cadet sur Sam n°1 qui hurla plus d’énervement que de douleur. Il releva sensiblement son arme et l’ajusta en direction de la tête de cette sale bestiole. Il hésita une seconde car le métamorphe avait toujours l’apparence de Sammy mais il se raisonna très vite.  Sa deuxième balle atteignit le front de la créature, à présent désarmée. Un instant il crut qu’il en était venu à bout car elle ne bougeait plus.  

           Mais ça aurait été trop simple ! Soudain, elle émit un hurlement strident. Ses yeux se plissèrent montrant pleinement la fureur qui venait d’exploser en elle. Elle se muta en une chimère monstrueuse. Sa métamorphose s’accompagna du craquement effroyable que produisirent les os sous la transformation, ainsi que divers bruits de succion au moment où les muscles et la peau s’adaptèrent à leur nouvelle forme. Si la vision de cette chose grouillante était déjà passablement écœurante, les bruits immondes qu’elle émettait auraient inévitablement provoqué des cauchemars atroces et des nausées à n’importe quelle personne témoin de ce phénomène.

            Il ne savait pas ce qu’il en était pour son jeune frère mais son estomac avait une manière toute particulière de le faire terriblement souffrir et il se battait intérieurement pour garder en lui le flot de bile qui remontait continuellement le long de son œsophage. Il se demanda un moment si son tube digestif n’était pas le seul à fonctionner au sein de son corps. Il ne sentait même plus les battements de son cœur et il avait même cessé de respirer. Il ne comprenait pas non plus d’où venait son incapacité à réagir.

            L’énorme bête nouvellement formée émit un terrible rugissement et se précipita sur lui. Ce fut comme s’il sortait soudainement de sa torpeur. Il entendit son petit frère hurler son prénom et tirer pour le couvrir. Mais il n’eut ni le temps ni la possibilité d’agir, les yeux jaunes reptiliens de cette espèce de fauve à tête d’ours restants braqués sur lui. La masse puissante vint le heurter violemment et l’envoya valdinguer quelques mètres plus loin. Il atterrit durement contre un tronc avant de s’avachir à même le sol. Sonné, il se força malgré tout à redresser la tête pour constater que son agresseur s’était enfui et que Sammy était toujours debout, en relative bonne santé. Puis il se laissa tomber complètement et abandonna toute volonté de se relever.


Lydean  (30.08.2010 à 10:38)

            Il était toujours incapable de bouger. Il ne comprenait pas pourquoi il n’avait pas réagi plus tôt. Pourquoi il était resté le spectateur impuissant de la métamorphose de ce monstre. Pourquoi il n’avait pas essayé de protéger son frère avant que la créature ne fonce droit sur lui. Il venait d’assister au vol plané de son aîné et il avait entendu ce craquement si caractéristique qu’il détestait tant au moment où son corps avait heurté si violemment le tronc. Ensuite il l’avait vu se redresser pour finalement retomber et depuis il ne bougeait plus. La peur qui lui avait tordu l’estomac jusqu’à en avoir la nausée au moment où il avait entendu le thérianthrope se muer en cette horreur, n’était rien comparée à la terreur qu’il éprouvait maintenant à l’idée de s’approcher du corps de son frère gisant immobile sur le sol et de découvrir qu’il ne pourrait plus jamais rien faire pour l’aider … parce que c’était trop tard, parce qu’il avait été incapable de réagir assez vite, parce qu’il n’avait pas eu la force de contrer ce monstre.

 

- Dean ? Essaya-t-il entre deux aspirations brèves.

 

            Il se raisonna et s’approcha rapidement malgré ses jambes flageolantes. D’une main tremblante, il commença par prendre son pouls. Le choc avait été tellement violent qu’il s’étonna de le trouver aussi vite.

 

- Arrête de m’tripoter ! L’entendit-il marmonner.

 

            Il lui fallu quelques secondes pour assimiler le fait que son frère était toujours en vie. D’une voix hésitante, il lui demanda :

 

- Dean, ça va ?

 

- Ouais, c’est bon !

 

- T’es sûr ? Voulu-t-il s’assurer à la fois soulagé de le savoir toujours en vie mais malgré tout très inquiet devant la faiblesse du ton employé par son aîné.

 

- Si j’te l’dis. J’suis juste dans le brouillard, expliqua son frère en s’aidant de ses bras pour se redresser un peu.

 

- Mais tu … tu sais qui je suis ?

 

- Oui, t’es mon frère, Sam.

 

            Cette réponse, pourtant correcte, sonna faux à son oreille. Son angoisse s’amplifia de nouveau. Avait-il encore perdu la mémoire ? Etant donné le choc, il n’y aurait rien d’étonnant à ça. Non, il refusait d’y croire. Dean était plus fort que tout. Il allait s’en remettre, il en était certain. Enfin ses certitudes n’étaient pas si ébranlables que ça et un méchant doute s’était frayé un chemin dans son esprit. Il l’aida donc à s’asseoir, lui soutint le dos en l’accolant contre le tronc, le maintint en appliquant chacune de ses mains sur ses épaules et chercha son regard pour s’assurer que les dégâts n’étaient pas trop graves.

 

- Sammy, j’t’ai dit qu’ça allait ! Confirma Dean plus fermement cette fois, devant son inquiétude flagrante. J’suis juste un peu sonné c’est tout.

 

            Avec ces quelques mots, la pression retomba aussitôt. Mais il n’en continua pas moins de l’ausculter, farfouillant sous ses vêtements, le fixant droit dans les yeux par alternance pour déceler le moindre signe de blessure ou de traumatisme.

 

- Putain de bestiole ! Grogna son grand frère en se relevant difficilement. Je crois que j’ai mal partout … mais surtout à la tête … J’ai le dos en bouillie !  … Ah et puis les jambes, c’est pas mieux ! … Et j’te raconte pas entre les deux !

 

            Il était tellement angoissé pour lui, à essayer de le soutenir, à regarder partout où il désignait les douleurs qu’il ressentait, qu’il n’avait pas vu le sourire ironique que lui lançait son idiot de frangin. Ce n’est que lorsqu’il se tut après avoir dit ses derniers mots qu’il s’en aperçut.

 

- Putain t’es con, Dean ! S’énerva-t-il. Tu m’as foutu les j’tons !

 

- J’t’ai dit que ça allait mais tu ne m’as pas écouté, se justifia son aîné. Et puis tu t’es pas regardé ! Le look detroy, ça t’va pas bien au teint, Sammy ! Bon, je propose qu’on fasse la check liste de nos blessures quand on aura retrouvé Bobby.

 

            Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Le métamorphe n’avait plus besoin de leur ami maintenant et en plus il était furieux. Dean avait raison, ils devaient le retrouver au plus vite. Il aida donc son aîné à récupérer ses affaires et ils avancèrent le plus rapidement possible vers l’ouest en suivant l’odeur âpre qui s’intensifiait au fur et à mesure dans leurs narines.

            Il avait une bonne idée de ce qui pouvait provoquer ces relents putrides alors il s’était préparé mentalement à voir des horreurs. Malgré tout, l’air chargé qu’il respirait suffisait à lui donner la nausée.

 

- Sammy … chuchota Dean.

 

            Il tourna la tête sur le côté et l’observa, attendant la suite de sa phrase. Malgré la détermination et la force qui émanaient de son grand frère, il avait l’air accablé.

 

- T’avais raison, finit par avouer son aîné. On est vraiment dans la merde là. J’aurais jamais dû t’obliger à me suivre.

 

            A entendre cette confession, un nouveau frisson lui parcourut l’échine et remonta insidieusement pour finalement exploser dans son crâne.

 

- Putain Dean, tu m’fais chier avec ça ! S’énerva-t-il franchement, tout en essayant de maîtriser l’amplitude de sa voix, afin de ne pas être repéré. Pour qui tu me prends ? J’suis assez grand pour prendre mes décisions tout seul et si tu crois que je t’aurais laissé aider Bobby tout seul, c’est qu’tu m’connais vraiment mal !

 

            Son aîné s’arrêta devant lui, l’obligeant à faire de même et braqua son regard dans le sien.

 

- C’est justement parce que j’te connais trop bien que je te dis ça ! Et je sais que tu voulais qu’on soit plus préparé mais j’ai préféré foncer tête baissée et maintenant …

 

- On n’avait pas le choix, Dean, tenta-t-il pour le rassurer, lui montrer qu’il était bel et bien de son côté et qu’il le soutiendrait quoi qu’il arrive. Tu sais aussi bien que moi que Bobby a besoin de nous. C’était la seule possibilité qu’on avait. Depuis le début de cette histoire c’est toi qui a raison. On n’allait quand même pas s’évertuer à faire des recherches qui ne menaient à rien de toute façon alors que la vie de Bobby est en jeu.

 

            Son frère le considéra un instant puis tourna les talons et ils reprirent leur progression ne pouvant pas se permettre de perdre plus de temps. Mais la conversation ne s’arrêta pas là.

 

- Le problème, Sammy, c’est que tout à l’heure j’étais plus que sûr qu’en visant au bon endroit, on pourrait l’exterminer avec des balles en argent mais c’est la deuxième fois que je lui tire dessus et que ça foire ! Je crois que je me suis planté en beauté et maintenant on est en danger tous les trois !

 

- Moi, je crois que tu as mis dans le mille pour les balles en argent. Et puis je sens même que tu as failli l’avoir tout à l’heure.

 

- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

 

- Sa réaction ! Déjà, comme tu l’as dit dans la bagnole, il a beaucoup trop insisté pour qu’on n’emmène pas ce genre de munitions. Quand j’étais accroché en haut de mon arbre, la seule arme qu’il m’a prise était le colt chargé avec ces mêmes balles.

 

- Ouais et puis le carton de tout à l’heure ne lui a pas vraiment plu.

 

- C’est sûr ! S’il était si invincible que ça alors pourquoi s’est-il enfui ?

 

- J’suis d’accord avec toi. Et j’sais pas si t’as remarqué mais il n’a pas vraiment apprécié quand je lui ai tiré dans le crâne. Pourtant la balle est retombée comme toutes les autres. On dirait que son corps est recouvert d’une putain de carapace !

 

- Oui et cette réaction montre que tu t’es sensiblement rapproché de l’objectif. Il doit bien avoir une partie de son corps qui n’est pas aussi bien protégée.

 

- T’as raison, on va finir par l’avoir cette pourriture, affirma Dean remonté à bloc.

 

            La détermination et la confiance qu’il pouvait lire dans les yeux de son aîné le rassura et le motiva au plus haut point. Il en oublia presque les douleurs dues à sa mauvaise chute. En revanche, il ne put ignorer la puanteur qui alourdissait l’air environnant. Cette zone était incontestablement sauvage depuis très longtemps. Leur progression était plus que difficile et même les animaux n’osaient s’y frotter. D’ailleurs, il n’entendait absolument rien. Le vent avait également déserté les lieux et les avait abandonnés à leur triste sort. La lourdeur de l’air et la densité de la végétation étaient les seuls à se disputer l’hostilité de cet étrange endroit. Ces mauvais présages provoquèrent une certaine tension au sein de son organisme.

 

- C’est pas vrai ! lança Dean dans un souffle, tout en se stoppant net devant lui, l’obligeant à faire de même.

 

            Intrigué, il se décala un peu sur la droite mais les branches fournies qui se dressaient devant lui et les broussailles denses ne lui permettaient pas de voir quoi que ce soit. Il jeta donc un œil à son aîné. Son teint livide faisait ressortir ses yeux exorbités d’horreur. Il fixait apparemment l’extrémité du faisceau lumineux produit par sa torche et balayait une zone devant lui tout en déglutissant difficilement comme s’il faisait tout son possible pour ne pas vomir ou au moins ravaler ce qui essayait de sortir. L’attitude de son grand frère ne l’encourageait pas réellement à découvrir ce qu’il regardait avec tant d’insistance et d’épouvante. Mais la curiosité et la nécessité de savoir ce qui mettait Dean dans cet état l’emportèrent. Comme son aîné lui barrait le passage et l’empêchait l’accès à la visibilité, il se plaça derrière lui et observa la scène par-dessus son épaule, accompagnant du regard tout ce qu’éclairait la lampe de son grand frère.

            Jamais il n’aurait pensé voir ça un jour ! Un frisson glacé parcourut son corps, précédant une vague de sueur froide. Epouvanté, il recula d’un pas et se pencha sur le côté afin de laisser un fluide acide s’écouler par jets jaunâtres. L’odeur agressive et morbide ne lui permettait pas de calmer les spasmes qui secouaient son torse et les mêmes images épouvantables tournaient sans cesse dans son esprit. Il ne maîtrisait plus rien et le liquide gastrique s’évacua également par le nez, brûlant son œsophage et ses cavités nasales au passage. Il ne se calma un peu que lorsqu’il sentit la main de son grand frère sur son épaule et qu’il croisa son regard quémandant son aide. Il respira un grand coup et se redressa pour lui montrer qu’il pouvait compter sur lui. Malgré tout, il n’allait toujours pas bien. Non, vraiment, il s’était attendu à beaucoup de choses mais jamais il n’aurait pensé voir ça un jour !


Lydean  (01.09.2010 à 20:15)

Chapitre 18

  

            Il attendit que Sam reprenne quelques couleurs. Cette petite pause à regarder son frère, à s’assurer qu’il allait mieux, était salvatrice pour lui. Il ne pouvait pas chasser cette odeur fétide qui était définitivement incrustée dans ses narines mais au moins, il n’avait plus cette immonde vision qui lui brûlait la cornée et retournait son estomac déjà bien malmené. Après un instant qui lui parut décidément trop court, lui et son cadet échangèrent un regard qui mit fin à leur trêve. Ils n’avaient pas le choix. S’ils voulaient aider Bobby, ils devaient faire abstraction de leur dégoût et traverser cet enfer, farfouiller parmi toutes ces horreurs en priant pour qu’ils le retrouvent vite et surtout, pour qu’il soit en bonne santé – ou tout du moins toujours vivant. Il chassa la pensée contraire pour atténuer l’angoisse qui le tiraillait.

            Ils avancèrent donc dans le passage exigu qui leur permit de pénétrer avec précautions dans la petite clairière. D’un commun accord et grâce à un simple regard, ils se répartirent la tâche. Dos à dos, ils dirigeaient leur lampe, Sam à droite et lui à gauche, afin d’effectuer une fouille minutieuse tout en se protégeant l’un l’autre. Ils se trouvaient dans le repère du métamorphe et ça n’allait certainement pas beaucoup lui plaire ! Il s’attendait, comme son cadet, à une attaque imminente et avait toujours cette fâcheuse tendance à regarder en l’air. Il avait ce pressentiment malsain que le danger arriverait d’en haut. D’un autre côté, son regard était continuellement attiré par le décor macabre qui s’offrait à ses yeux.

            Si les os avaient été rapportés bien gentiment au domicile des victimes, il n’en restait pas moins quelques trophées au cœur de cette forêt. Et même si Sam et lui avaient déjà vu un paquet de ces situations plus écœurantes les unes que les autres, il devait bien avouer que, sur ce coup-là, c’était une grande première ! En faisant abstraction des tas de viscères pourrissants à même le sol, il y avait, accrochés aux branches des arbres, les vestiges des épidermes des proies de ce psychopathe. Partout, il voyait des « chemises » ou des « pantalons » de peau. Tous ces gens avaient été dépouillés comme de vulgaires lapins mais avec une précision chirurgicale tout aussi étonnante qu’écœurante.

            Il était toujours dans la contemplation de ce spectacle morbide lorsqu’il sentit le coup de coude de Sam dans ses côtes. Il se retourna et suivit le faisceau lumineux de la torche de son frère. Atterré, il aperçut à quelques mètres ce qui faisait tant pâlir son cadet.

             Un corps dont la corpulence faisait penser à celle d’un homme – et plus précisément à celle de leur ami – était suspendu par les pieds à une branche qui culminait à un peu plus de deux mètres du sol. Ils approchèrent précautionneusement de la victime. Ses vêtements étaient entassés un peu plus loin. La peau de ses bras et de son torse pendait mollement, toujours attachée au niveau du cou et cachant le visage du malheureux. Elle avait été séparée de la carcasse comme un fourreau. Certainement de manière à l’éviscérer plus facilement, la cavité abdominale présentait une large fente. Ouverte en grand, elle montrait sans aucun doute que la cage thoracique avait été écartée pour mieux y retirer les poumons et autre autres organes vitaux. Sur le sol gisaient ses entrailles. Le tas visqueux d’où dégoulinaient ses intestins était caressé négligemment par la peau pendante et grouillait d’insectes divers. Les mouches voletaient allègrement tout autour et les vers avaient commencé leur dur labeur.

           Toute son enveloppe corporelle avait été retournée comme un gant. Seuls les pieds et les mains étaient encore recouverts d’épiderme jusqu’à la hauteur des chevilles et des poignets. En regardant de plus près, il était possible de voir les incisions circulaires à la base de chacune des jambes juste au dessus du talon et une autre au niveau du bassin. De la même manière, une longue incision avait été réalisée de l’intérieur d’un mollet à l’autre, en passant par les cuisses et le pubis. La peau avait été séparée des muscles et étendue un peu plus loin sur la même branche, comme un vulgaire pantalon sur un fil à linge. Sa chair saillante avait été entamée par endroits et les os de son bras droit étaient déjà parfaitement récurés.

 

- Dean, souffla imperceptiblement son frère à côté de lui.

 

            Bien qu’il ait beaucoup de mal à se détacher de sa contemplation morbide, il tourna automatiquement la tête vers son cadet. Celui-ci arborait un visage de plus en plus pâle. Il n’avait aucun mal à comprendre son malaise. Lui-même avait cessé de respirer au moment où il avait émis l’idée que cette dépouille était peut-être celle de Bobby. Puis il avait dû faire son possible pour se raisonner afin de ne pas suffoquer. Mais le temps qu’il n’aurait pas soulevé la peau de ce malheureux pour l’identifier avec certitude, il lui était totalement impossible de gérer son cœur qui battait la chamade, en menaçant de lui faire exploser la poitrine. Sam continuait de le fixer avec des yeux ronds. Il voulait assurément lui faire comprendre quelque chose. Malheureusement, il ne savait pas si c’était l’angoisse qui l’en empêchait mais il avait beaucoup de mal à déterminer ce qu’il essayait de lui faire passer. Il l’interrogea donc du regard. D’un simple mouvement de tête, son cadet lui désigna finalement un objet près du tas de vêtements qu’il avait aperçu quelques minutes auparavant. Il plissa les paupières comme pour régler l’autofocus de ses yeux et adapter sa vision afin de palier l’obscurité et la distance qui le séparaient de … la casquette de Bobby.

 

             Cette fois son cœur eut un raté et son corps subit bien malgré lui une attaque massive de sueurs froides. Non, ça ne pouvait pas être réel ! Il refusait d’y croire. Il devait impérativement en avoir le cœur net et en rencontrant les deux pupilles assombries de son petit frère, il sut que cette nécessité était partagée. Il attrapa donc une branche morte de sa main plâtrée, gardant son bras valide pour tenir fermement son arme et laissant à Sam le soin d’éclairer les lambeaux de chair qui masquaient toujours l’identité de cet homme. Il s’accroupit et lança un dernier coup d’œil à son petit frère. Il trouva dans son regard le soutien dont il avait besoin pour effectuer cette pénible tâche. C’était quelque chose qu’ils devaient faire ensemble. La présence de son cadet à ses côté lui procura la force de soulever la peau suffisamment haut pour découvrir une nouvelle vision d’horreur.

 


Lydean  (04.09.2010 à 09:40)

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