Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : Supernatural
Création : 03.01.2011 à 20h19
Auteur : Madie
Statut : Terminée
« Novembre 1983. Novembre 2005. Sam et John, frappés de la même tragédie, engagés dans le même combat. » Madie
Cette fanfic compte déjà 36 paragraphes
John a perdu Mary...22 ans plus tard, Sam perd Jess. Dean a bien failli les perdre tous les deux.
Alors que l'ainé tente de prendre soin d'un Sam prêt à craquer, ses propres souvenirs refont surface. Ou comment John et lui ont surmonté la perte de Mary.
Mais attention à ce qu'un trop plein de souvenirs n'attire pas l'attention de créatures malfaisantes...
LE MUR DU SILENCE
PROLOGUE
Lawrence, Kansas - 2 novembre 1983
La journée avait été une succession de petites choses qui font qu'un enfant se sent parfaitement comblé. Déjà, c'était mercredi, ce qui signifiait qu'il n'y avait pas d'école. Ensuite, le réveil avait été doux, sa mère l'avait tiré de son sommeil d'un tendre baiser sur le front lui disant qu'il était temps de venir prendre son petit-déjeuner. Dean était descendu en trottinant, se précipitant dans la cuisine pour aider maman, comme papa lui demandait souvent. D'un sourire, Mary le renvoya s'assoir à la table à côté de son petit frère qui se mit à rire aux éclats à la première grimace de son ainé.
John n'était pas là, encore occupé au garage, alors pour distraire ses enfants, Mary décida de les emmener au parc. Et après les avoir correctement couverts, ils se mirent en route. Le soir venu, Dean gambadait dans tout le salon, sachant que son père allait bientôt revenir.
- Dean...il est tard...viens te coucher. Le pria Mary avec tendresse.
L'enfant suivit sa mère sans rechigner à l'étage, mais une fois mis en pyjama, il protesta.
- Peux aller dire bonne nuit à Sam ?
Un sourire illumina le visage de la jeune femme qui porta son fils jusqu'à la chambre du dernier né.
- Bonne nuit Sam ! Murmura Dean à son frère en se penchant sur lui pour déposer un baiser sur son front.
Le bébé agita légèrement ses bras en souriant, une seconde plus tard, c'était sa mère qui l'embrassait.
- Dean ? Appella la voix familière de John.
- Papa ! S'exclama le garçon en courant vers lui.
C'était tous les soirs le même rituel, Dean sautait dans les bras de son père, un immense sourire sur le visage. Son père...John Winchester, c'était tout simplement son héros. Après un échange de sourires et de plaisanteries, l'ainé fut emmené par ses parents dans sa chambre pour laisser son cadet dormir.
La première chose qui réveilla Dean cette nuit là, fut le cri de sa mère. Pensant d'abord qu'il avait rêvé, il s'apprêta à se rendormir quand ce fut le hurlement de son père qui le fit sursauter. Le garçon se leva doucement de son lit, mais les pleurs de son petit frère redoublèrent en intensité, cela suffit à le faire courir jusqu'à sa chambre.
Le bruit, l'odeur, et la chaleur furent des indicateurs suffisant pour lui faire comprendre que quelque chose n'était pas normal. A peine se montra t-il dans le couloir que son père arrivait vers lui précipitement.
- Emmène ton frère dehors aussi vite que tu peux, ne te retournes pas ! Lui ordonna John.
Il déposa le bébé dans les bras de son frère, qui par instinct, le serra bien fort contre lui. Il eut un instant de doute où il allait demander sa mère, mais le ton de son père changea...Et il changea à tout jamais.
- Aller vas-y Dean cours !
Alors, Dean se mit à courir. Il dévala les escaliers en prenant soin de ne pas râter de marches et se précipita dans le jardin. Il n'avait pas eut le temps d'enfiler des chaussettes, rendant le contact de l'herbe mouillée sur ses pieds nus à la limite du supportable. Pourtant, il oublia sa douleur, préférant rassurer son petit frère qui continuait de pleurer.
- Tout va bien Sammy.
L'enfant leva les yeux vers la fenêtre d'où s'échappaient les flammes...Même à quatre ans, il avait comprit...Comprit que sa mère ne reviendrait pas...Comprit que plus jamais elle ne le réveillerait comme elle l'avait fait ce même matin...comprit que désormais, plus rien ne serait comme avant.
Dean se sentit soulevé de terre, et emmené rapidement sur le trottoir d'en face pour être à l'abri de l'explosion, ravangeant le premier étage de leur maison.
Tout le voisinnage était sortit, s'exclamant, hurlant, ou pleurant...Mais pas eux. Assis sur la vieille Chevrolet Impala de son père, Dean se serrait contre lui tandis que son petit frère avait finit par se calmer, grâce aux bras réconfortants de John. Les pompiers et les secours avaient beau émettre des sons, des paroles...Mais les Winchester étaient irrévocablement silencieux. Les derniers mots qui résonnaient encore dans la tête du petit garçon avaient été ceux qu'il avait prononcé pour rassurer son frère..."Tout va bien Sammy"...Instinctivement, Dean posa ses yeux sur le bébé qui, lui aussi, regardait autour de lui sans comprendre. L'ainé tendit sa main vers lui, aussitôt, le nouveau né lui attrapa un doigt comme si ce contact suffisait à le calmer.
John ressera sa prise autour de ses fils, rapprochant involontairement Dean de son petit frère. Délicatement, l'enfant caressa le dessus de la main du nourisson avec le pouce, Sam ferma les yeux pour s'endormir quelques minutes plus tard.
"Tout va bien Sammy" murmura Dean tout bas, sans être entendu de son père, qui déjà relevait la tête, avide de réponses et de vengence.
Université de Stanford, Californie - novembre 2005
Pour la première fois depuis quatre ans, Sam ressentait une parfaite plainitude. Cette chasse avec Dean avait été éprouvante, leur père avait disparu, mais le jeune homme en avait tout de même tiré un bon côté : son frère ne lui en voulait plus. Du moins, plus autant qu'avant. L'approbation de son ainé avait toujours été quelque chose d'important pour lui, voir le plus important, mais ce soir là, quand il avait quitté sa famille, il avait eut l'impression de briser cette confiance entre eux. Par la suite, Dean et lui ne s'étaient que rarement appellés au téléphone, trop fiers, l'un comme l'autre pour avouer qu'ils se manquaient. Partir sur les routes pour traquer ce fantôme avait été bénéfique, Sam avait pu démontrer à son ainé qu'il n'était pas si rouillé que ça, et Dean avait remarqué à quel point son cadet menait une vie rangée.
Un sourire naquit sur son visage quand il entendit l'eau de la douche couler dans la salle de bain. Avec un soupir, il se laissa tomber sur le lit profitant de ce moment de repos amplement mérité. Le sommeil allait le prendre d'un instant à l'autre quand il sentit quelque chose de chaud lui goutter sur le visage. Intrigué, il rouvrit les yeux.
La suite lui fit l'effet d'une descente aux Enfers.
Jessica était au plafond, une profonde entaille lui lacérant le ventre...Pourtant, elle le regardait...ses yeux exprimaient l'incompréhension, la peur, la douleur, l'amour et la peine...Sam hurla sans s'en rendre compte tandis qu'une seconde plus tard, la jeune femme prenait feu.
La chaleur, les flammes, l'odeur, la fumée, la vision de l'amour de sa vie qui s'embrase...Tout cela empéchait le jeune Winchester de bouger. Il resta là, allongé sur le lit à crier et à l'appeller...Mais elle était morte...
Il n'entendit même pas son frère hurler son prénom...il ne le vit même pas entrer dans la chambre...La seule chose qui lui fit comprendre que Dean était là, ce fut cette ferme poigne qui l'agrippa pour le sortir de ce brasier. Pourtant, Sam ne voulait pas quitter la jeune femme...il voulait rester, la sauver...Mais il se sentit repousser avec une force contre laquelle il ne pourrait pas lutter. Dean lui parlait, lui criait des paroles qu'il ne percuta pas...il ne voyait que le corps de celle qui fut son unique amour, calciné au plafond.
Nevada - novembre 2005
Sam se réveilla en sursaut, le front baigné de sueur comme s'il sortait réellement d'un brasier. Le jeune homme se passa la main sur le visage en remarquant que celle-ci tremblait fortement. Un coup d'oeil vers le lit de son frère le rassura...Dean dormait toujours n'ayant, pour une fois, pas entendu son cadet faire un cauchemard. Celui-ci s'extirpa maladroitement des draps pour aller s'enfermer dans la salle de bain. Il mit de longues minutes à essayer de retrouver une respiration normale, et même en mettant la tête sous le robinet d'eau froide, il eut du mal à y parvenir.
Son image dans le miroir aurait dû lui faire violence, mais Sam décida de l'ignorer...La pâleur, les cernes, les yeux rougis par le manque de sommeil...Il se fichait de tout ça...Il n'y avait qu'un sentiment qui l'habitait en ce moment, la douleur.
Trois jours...trois jours s'étaient écoulés depuis la mort de Jessica. Le chagrin le sumbergeait, mais plus le temps passait, plus il laissait la place à un énorme vide, quelque chose que plus personne ne pourrait combler. Il ne se souvenait plus très bien des paroles de Dean... il savait juste que son frère l'avait forcé à quitté la Californie, disant que le démon n'y était plus depuis longtemps. Ils étaient arrivés la veille dans ce motel miteux du Nevada, et encore une fois, son ainé lui avait dit quelque chose que Sam n'entendit pas...En fait, il n'était plus tout à fait présent...presque inconscient de la simple présence de Dean.
Il ne put retenir un long soupir quand il le vit s'enfermer dans la salle de bain. Une seconde plus tard, l'eau se mit à couler et il comprit qu'il devait essayer de se calmer. Dean se rassit sur son lit, le corps engourdis et l'esprit torturé. Son petit frère avait refusé de dormir depuis cette nuit là, mais il n'avait plus eut la force de résister et s'était assoupit pour la première fois durant leur voyage vers le Nevada. L'ainé avait alors été obligé de le réveiller brusquement tellement le cauchemard du plus jeune avait été violent. Depuis, Sam ne passait plus une nuit sans revivre sa mort et à chaque fois, Dean était là pour le tirer de ses sombres rêves.
Un bruit de verre cassé aussitôt suivit d'un gémissement plaintif le fit carrément sauter de son lit. Le jeune homme courut vers la porte, et sans prendre la peine de frapper, il entra. Sam se tenait la main en grimaçant, du sang dégoulinant d'une profonde entaille goutta sur le sol où s'était brisé un petit flacon de médicament. Tout penaud, le plus jeune se justifia.
- Je...je voulais juste...j'avais mal à la tête alors...
Dean se pencha exactement au même moment que son frère qui s'apprêtait lui aussi à ramasser les dégâts qu'il avait causé.
- Laisse ça...Lui murmura gentiment son ainé.
- Non je...
- Sam, je te dis de laisser ça ! Répetta Dean en levant la tête vers lui.
Son frère le dévisagea, l'air encore plus penaud, mais ce qu'il ne semblait pas avoir comprit, c'est que son ainé n'était pas fâché après lui...Juste inquiet. Sam se redressa et rejoignit la chambre tandis que Dean mit les restes du flacon d'aspirine à la poubelle en prenant soin de ne pas se couper.
Quelques instants plus tard, il retournait auprès de Sam qui était assis sur le lit, le regard perdu. Dean prit place en face de lui et lui attrapa sa main blessée, il fut surprit que son cadet n'oppose aucune résistance. Ce n'était qu'une égratinure, mais c'était déjà trop aux yeux de l'ainé qui se mit à la lui désinfecter avec soin.
- Pourquoi tu ne m'as pas réveillé Sam ? Demanda t-il alors, brisant le silence qui s'était installé depuis un moment.
Le regard toujours dans le vague, le plus jeune haussa les épaules.
- T'as besoin de dormir...
Un léger rire ironique prit Dean par surprise...C'était lui qui disait ça ?
L'ainé appliqua une compresse antiseptique sur la coupure de son cadet et lui fit un bandage, histoire d'être sûr que ça ne s'infecterait pas. Puis, il releva la tête vers lui en l'observant attentivement.
- Tu as encore une migraine ?
Sam resta silencieux, mais se contenta d'approuver d'un simple mouvement de sourcil, comme s'il commençait à s'y habituer.
- Je vais te préparer une aspirine.
Dean retourna auprès de lui quelques minutes plus tard, un verre d'eau à la main, un comprimé dans l'autre. Il lui tendit le tout, vérifiant qu'il les avalait bien. Un sentiment de culpabilité le prit tout d'un coup quand Sam fit une légère grimace, en baissant les yeux vers le verre.
- Qu'est-ce que...Commença t-il sans comprendre.
Son frère le repoussa gentiment pour qu'il s'allonge, bien sûr, le plus dû optantérer puisque les médicaments faisaient déjà leurs effets. Dean prit la couverture qu'il rabattit sur son cadet tandis que celui-ci fermait les yeux, succombant aux somnifères qu'il venait de prendre à son insu.
Pour lui, la nuit était bel et bien terminée puisque désormais, il passerait le reste de son temps à veiller Sam, à vérifier qu'il ne fasse pas de cauchemard et à être près de lui si jamais il en faisait un.
Au bout de deux heures, son frère semblait toujours dormir d'un sommeil calme et l'ainé s'autorisa à s'éloigner de lui. Il entra dans la petite cuisine tout en gardant le lit où était son cadet à proximité des yeux. Il prit son portable et composa le numéro sans même regardé les touches.
- Ici John, je ne suis pas joignable pour le moment mais...
Dean ne lui laissa pas le temps de terminer son message qu'il avait refermé son téléphone avec mauvaise humeur...Où était-il ? Et que faisait-il de si important qui passe avant Sam ? Les entrailles du chasseur se tordirent dans tous les sens...trop de sentiments et d'émotions le submergeaient d'un coup...La peur qu'il avait ressentit pour Sam quand il l'avait vu dans cette chambre en flamme... L'inquiétude de voir chaque jour son état se détériorer un peu plus...La colère qu'il avait envers John...John qui ne répondait pas...John qui choisissait d'ignorer ce qui venait d'arriver...John qui une fois encore, n'était pas là pour Sam...
Dean se passa une main sur le visage, comme il le faisait toujours quand il avait un trop pleins d'émotions qu'il n'arrivait pas à gérer. Il aperçut alors son frère commencer à s'agiter dans son lit. Il reposa son portable pour s'approcher de lui.
- Je suis là Sam...je suis là...
Pardon si la suite se fait attendre, mais j'ai un problème avec mon Pc, je suis donc obligée de squatter l'ordinateur parental...Je ne pense pas que ça soit un problème car la plupart d'entre vous connaît déjà cete histoire.
En espérant ne pas trop tarder, Madie.
Lawrence, Kansas - novembre 1983
Elle était morte. Son épouse était morte. La mère de ses fils était morte. Mary n'était plus, et John n'était plus non plus. Cette image de sa femme collée au plafond, le ventre laceré, le visage blanc exprimant trop de sentiments pour quelqu'un en train de mourir...cette image le hantait. Lui aussi était mort cette nuit là, John était partis en fumée avec elle, leur histoire n'était plus qu'un lointain souvenir. En une nuit, il avait oublié la personne qu'il était et ne pensait même pas encore à se reconstruire. John était un homme brisé.
Par bonté, le patron du garage dans lequel il travaillait accepta de les éberger, lui et ses fils. Mais l'environnement n'était pas favorable à un gamin de quatre ans. Pourtant, celui-ci ne se plaignait pas...il restait silencieux. Pas une seule fois il n'avait réclamer sa maman, sachant parfaitement qu'elle ne reviendrait jamais...La femme de Mr Jenkins l'avait couvé, prête à céder au moindre de ses caprices. Mais Dean n'avait rien demandé, il n'avait d'ailleurs même pas parlé à cette étrangère qui n'était pas sa mère. En deux jours, il n'avait pas vu son père très souvent, celui-ci était trop occupé à vaquer on ne sait où l'esprit et la mine torturée.
Un matin, Dean avait sursauté...un bruit en bas l'avait alerté, c'était son petit frère : il pleurait. Le garçon devala les marches, s'attendant presque à trouver Mme Jenkins morte elle aussi, en train de brûler. Mais la réalité fut tout autre, la femme avait prit le bébé dans ses bras, essayant vainement de le calmer en lui chantant une berceuse.
- Oh...Mon lapin tu es réveillé ? Demanda t-elle d'une voix mielleuse.
Elle tourna la tête vers le nourisson en mimant une expression sévère.
- Tu as vu Samuel, tu as réveillé ton grand frère...C'est pas bien !
Dean traversa la cuisine et tendit les bras pour bien faire comprendre à Mme Jenkins qu'il était temps pour elle de lui rendre son petit frère. Surprise, la femme céda tout en changeant d'expression quand elle se rendit compte que le nourisson cessa aussitôt de pleurer.
- Sammy déteste les étrangers. Avait-il dit.
Quatre mots...Quatre simples petits mots qui suffirent à faire comprendre à cette femme qu'elle n'avait aucun droit de s'occuper de son frère à sa place.
John rentra bien plus tard, la démarche peu assurée, l'air débraillé, la mine malade. Dean, qui avait endormit son frère plusieurs heures auparavant fut alerté de son entrée par une violente dispute en bas.
- ça ne peut pas continuer comme ça John ! S'emporta Mr Jenkins.
- Fous-moi la paix...Avait simplement répondu son père.
L'enfant n'avait que quatre ans, mais il savait très bien...il avait parfaitement compris...John était saoul.
- Tu ne va pas redresser la pente comme ça voyons !
- Je...t'interdis...De me faire...la morale...
Les mots avaient été si détachés, sans doute parce que dans son état, il avait du mal à les prononcer de manière clair.
- Pense à tes enfants John ! Dean reste là toute la journée sans rien dire...et Sam...tu as bébé je te rappelle ! Tu ne crois quand même pas que c'est ton fils de quatre ans qui va s'en occuper à ta place ?
Un brouhaha épouvantable suivit d'un cri fit sursauter le gamin qui écoutait depuis les escaliers. Mme Jenkins se mit à hurler tandis que son mari lui ordonna de quitter les lieux....Incapable de se contrôller vu son état, John avait du frapper son patron.
Une minute plus tard, le père avait finit par réussir à gravir les escaliers et grogna après Dean d'un ton bourru.
- Rassembles tes affaires...on s'en va...
Même s'il ne savait pas encore lire correctement l'heure, l'enfant remarqua pourtant qu'il était très tard. Malgré tout, il ne protesta pas sachant que ce serait parfaitement inutile.
Et le voilà, au beau milieu de la nuit à errer dans les rues à bords de l'Impala. Leur maison n'avait pas encore été complètement refaite rendant impossible un possible retour sur les lieux du drame.
- Essais de dormir Dean...Finit par soupirer son père qui avait retrouvé un peu de sobriété.
Le gamin vérifia que le bébé à côté de lui était correctement couvert et s'enroula comme il le put dans son manteau. Un sursaut le prit quand il sentit une chaleur supplémentaire se poser sur lui, John venait de le recouvrir de sa veste en cuir. Il passa une main sur son visage avec tendresse et murmura.
- Je suis désolé.
Puis, plus un mot ne fut prononcé. Dean ferma les yeux, simulant le sommeil et John resta impassible, le regard noir dirigé sur quelque chose qui n'existait pas.
***
Une semaine plus tard, la maison avait été remise à neuf par des ouvriers volontaires. Pourtant, aucun des Winchester n'était très pressés d'y remettre les pieds. Mais le fait d'avoir un bébé avec eux les y persuada. Dean s'attendait presque à sentir cette odeur en entrant...Cette odeur qui le hantait et qui l'empéchait de dormir...Sauf que tout était propre...en fait, tout laissait croire que rien ne s'était passé ici et que Mary pourrait passer la porte à tout moment. Mais ça n'arriva pas...ça n'arriverait plus jamais. D'un commun accord pourtant silencieux, Dean et John décidèrent de rester en bas. Seul le père trouva assez de force en lui pour monter chercher quelques affaires leur permettant de dormir en bas.
La première nuit fut la plus dûre car tous dormirent très mal. John fixait les photos de Mary en silence tandis que Dean s'était allongé en lui tournant le dos pour lui dissimuler ses larmes qui le prenaient dès que le jour tombait. Le calme apparent fut pourtant troublé par les pleurs de Sam. D'abord, personne n'y prêta attention, puis les sanglots doublèrent d'intensité laissant penser qu'il ne s'agissait pas d'une fringale nocturne.
John sortit de sa torpeur en soupirant pour se pencher au dessus du berceau de son fils. Il voulu le prendre dans ses bras, le consoler, mais quelque chose l'en empécha...Quelque chose qu'il ne pouvait pas expliquer...En pleurs, le bébé avait déjà tendu ses bras vers lui, espérant sans doute être rassuré par son père...mais celui-ci était figé...figé devant ce nourisson...il ne savait plus quoi faire...il ne savait pas comment faire...
- Papa ?
La voix mal assurée de Dean le fit sursauter, comme s'il était totalement inconscient du fait d'être observé par son fils ainé. Presque horrifié, John recula de quelques pas, refusant même de poser ses yeux sur ce dernier né...
- Dean...s'il te plait...occupe toi de ton frère...
Le gamin ne se le fit pas répetter, il sauta du canapé pour venir prendre le bébé dans ses bras. Il retourna s'assoir pour être plus à l'aise et le berça doucement.
- Tout va bien Sammy...
Le nourisson continuait pourtant de pleurer, réclamant ce père qui le rejettait pour une raison qu'il ne s'expliquait pas. Dean ressera sa prise autour du bébé, chantonnant tout bas un air que Mary lui fredonnait avant d'aller dormir. La voix de son ainé dû l'appaiser puisque Sam cessa presque aussitôt de crier attrapant même maladroitement d'un doigt la main de son frère.
John sentait un noeud se former au creu de sa gorge...un noeud de dégoût...De dégoût pour lui même... Il avait été incapable de prendre Sammy contre lui, de le rassurer...l'ancien John l'aurait fait lui, et plutôt deux fois qu'une...Mais quand il avait posé les yeux sur ce bébé, tout ce qu'il avait ressentit c'était de la peine...Les souvenirs de cette nuit là étaient tous remontés à lui d'un coup...
Heureusement que Dean avait prit le relais...la voix enfantine de son fils avait réussit à calmer le nourisson, mais elle l'avait calmer lui aussi...Il regarda tristement son ainé bercer son cadet, comprenant que le chemin serait long...long et dur...
Je suis désolée pour l'attente et la mise en page râtée de ce paragraphe, mais j'ai un tout nouvel ordinateur, et il faut que je fasse connaissance avec lui...
Lawrence, Kansas - novembre 1983
Dix minutes déjà que l'Impala était garée là. John était assis à la place conducteur, les mains crispés inutilement sur le volant, Dean était à l'arrière, juste à côté de son frère et regardait son père sans comprendre. Pourquoi s'arrêter devant une Eglise ?
- Papa ?
Apparement, le seul son de sa voix suffit à tirer John de ses pensées puisqu'il sursauta en jetant un coup d'oeil dans le rétroviseur arrière. Une seconde plus tard, il était descendu et ouvrait la portière pour prendre Sam contre lui.
- Viens Dean.
L'enfant rejoignit son père en trottinant pour prendre la main qu'il lui tendait. Ils gravirent ensemble les marches et passèrent d'immenses portes en pierre. Dean ne disait rien, mais il avait peur...Que pouvait bien garder un batiment avec d'aussi grandes portes ?
A l'intérieur l'air était froid, et ça manquait sérieusement de lumière. Les vitres étaient toutes de couleurs différentes, décorées de drôles de dessins pas très bien faits au goût de Dean. Un homme, tout vêtu de noir s'approcha vers eux, le visage grave.
- John !
- Bonjour mon père...
Mon père ? C'était donc son...son papy ? Les yeux de l'enfant passèrent d'un homme à l'autre, sans comprendre. L'homme, qui devait donc être son grand père, posa une main sur l'épaule de John.
- Viens...Allons discuter dans un endroit plus tranquille.
- Plus tranquille qu'une église ? Demanda le père des Winchester avec un léger sourire ironique.
- On a besoin de se voir en privé.
Alors, après être passés par un dédale de couloirs tous plus austères et glauques les uns que les autres, les Winchester arrivèrent finalement dans une pièce, chaude et assez spatieuse, mais tout de même très rudimentaire.
- Alors...vous êtes mon papy ? Demanda maladroitement Dean très curieux de connaitre l'identité de cet homme mystérieux.
L'homme en question éclata de rire, un son qui n'avait pas retentit dans les oreilles de l'enfant depuis quelques temps déjà. Il posa une main sur sa tête avec tendresse.
- Non Dean...L'homme que tu vois là est prêtre...On l'appelle donc Père Jim ou mon père...Lui expliqua patiement John qui s'était accroupis pour se mettre à sa hauteur.
Dean hocha la tête en n'étant pourtant pas sur de comprendre.
- Tiens prends ton frère et va t'assoir là bas, on en n'aura pas pour longtemps. Reprit John en lui mettant le bébé dans les bras.
Le gamin déposa son petit frère sur le sofa, le temps d'y monter lui aussi, puis, voyant qu'il dormait, il décida de rester simplement près de lui.
- John...John ! L'appella la voix de Jim Murphy.
Celui-ci sursauta alors qu'une minute auparavant il avait les yeux posés sur ses deux fils sur le canapé.
- Pourquoi tu tenais tant à me voir John ? Demanda le prêtre lentement comme pour s'assurer que l'autre l'écoutait bien.
John reprit ses esprits...pourquoi déjà ? Et bien avec le recul, il ne savait plus trop, il n'était même plus très sûr de ce qu'il avait vu...
- Je deviens fou...
Le père Jim secoua la tête, en signe de dénis.
- Ressentir ce que tu ressens John...c'est tout à fait normal...Perdre Mary comme ça...
- Justement Jim ! Le coupa John brusquement. C'est à propos de ça que je perds la tête !
Le prêtre fronça des sourcils.
- Comment ça ?
Un nouveau regard vers Dean lui arracha un sourire, son ainé jouait avec le bébé, lui parlant, même parfoit riant à cause des gazouillis du nourisson...Il avait deux fils, il ne devait pas devenir fou...Qui leur resterait-il après ?
- J'ai...j'ai cru voir des choses...ce....cette nuit-là.
Il y eut un léger silence au cours duquel le visage du prêtre se fit plus sombre, plus soucieux. Puis, il demanda, la voix très basse cette fois.
- Quelles choses ?
- Je...Je l'ai entendu crier...elle était dans la chambre de Sammy et elle a crié...quand je suis arrivée...elle...La suite se perdit dans un sanglot que John fut incapable de réprimer. Il baissa la tête, cachant son visage dans ses mains, honteux de se montrer dans un tel état.
Jim se fit patient, ne désirant sûrement pas le mettre plus mal à l'aise qu'il ne l'était.
- Elle était au plafond Jim...Elle saignait...elle a essayé de me dire quelque chose...et elle...elle a prit feu...
Pour combattre les nouvelles larmes qui menaçaient de le submerger, John soupira bruyament, relevant la tête vers le prêtre qui le détaillait d'un drôle d'air.
- Tu dis qu'elle était au plafond ? Comme si elle...comme si elle y était...Attachée ?
John hocha la tête silencieusement...pourquoi avait-il l'impression qu'il le croyait.
- Comment...comment est-ce possible ? Est-ce que je deviens fou ? Est-ce que j'ai imaginé des choses ?
Jim se leva de sa chaise pour faire le tour du bureau, il se rapprocha de John et après avoir vérifié qu'il n'était pas entendu de Dean, il murmura.
- Et si ce n'était pas le cas ? Si ce que tu penses avoir vu c'était réellement passé ? Si la mort de Mary n'était pas un accident ?
- Mais alors qu'est-ce qui s'est passé ? Qui a fait ça ?
Le prêtre posa une main sur l'épaule de John, comme pour accompagner une dure révélation.
- Pas qui...quoi...
Le père des Winchester cilla et tenta de lire une trace de folie dans les yeux du Père Jim...Pourtant, il n'y en avait aucune...il semblait sincère...
- Comment ça quoi ?
- John...tu l'as dit toi même...ce qui s'est passé cette nuit là n'était pas normal...une fuite de gaz d'accords, mais jamais une fuite n'aurait pu faire crier Mary et encore moins la coller de la sorte au plafond...
Tout un tas de questions et d'idées traversèrent l'esprit de John qui tenta alors de les refouler...Comment ? Pourquoi ? Quoi ? Qui ? Et si ? Et si....et si c'était vrai ?
- De quoi est-on exactement en train de parler Jim ? Demanda finalement le père, perdu.
- De questions qui n'ont pas de réponses...Ou du moins, de questions auxquelles la plupart des gens ne trouvent pas de réponses rationelles et logiques...La mort de Mary n'avait rien de rationelle John...Admets-le.
Celui-ci, sans lâcher le prêtre des yeux hocha la tête pour confirmer...Mais que voulait-il dire exactement ?
- Je ne comprends pas...
- Oh que si...Si John, tu as parfaitement vu où je voulais en venir...Quand la logique et la raison ne donnent aucune réponse, il faut bien envisager d'autres possibilités...Comme pour ce qui s'est passé dans la chambre de Sam l'autre nuit...
- Vous...vous dîtes que la mort de ma femme serait...ne serait pas d'origine naturelle...Qu'elle aurait été causée par...
Jim hocha la tête une nouvelle fois.
- C'est exactement ce que j'essaie de te dire John...Il existe un monde...un monde dont la plupart des gens ne soupsonnent pas l'existence...et ce monde vient juste de s'ouvrir à vous les Winchester...
En temps normal, John l'aurait prit de haut, il serait partis en claquant la porte, lui hurlant dessus, le traitant de fou...Pourtant, il connaissait le père Jim depuis quelques années maintenant, c'était même lui qui les avaient mariés Mary et elle, il avait aussi baptisé Dean...Et il voyait bien qu'il n'y avait pas de mensonge dans ses yeux.
Sans parler de sa peine...Ce chagrin qui le rongeait un peu plus chaque jour...Sa soif de vengence et de réponse aurait été assouvies par n'importe quoi. Et quand bien même l'hypothèse d'un monde des esprits était dingue, il ne pouvait pourtant pas rejetter l'idée...Quelque chose le poussait à y croire...
- Mais alors...Supposons pendant un instant que je te croie... Pourquoi... Quelque chose s'attaquerait à Mary ? Et si cette chose revenait...Pour mes enfants ?
Jim se leva pour retourner se mettre derrière son bureau tout en répondant à John qui avait reporté son attention sur ses fils. Dean était désormais occupé à soulever son petit frère à bout de bras, le secouant avec une extrème délicatesse, déclanchant des éclats de rire chez le bébé. Même le visage du petit garçon s'illumina en un sourire, sourire que son père ne lui avait vu depuis longtemps...
- Je ne peux malheureusement pas te dire ce qui s'est attaqué à Mary, ni même te garantir qu'elle ne reviendra pas...Je peux juste te conseiller d'appeller cette femme...Elle saura répondre à tes questions...Du moins en partie.
John prit la carte que lui tendait le prêtre c'était la carte d'une médium : Missouri Mosley.
- Une voyante ?
- Absolument...Mais pas la madame Irma du coin...une vraie voyante...
Le père des Winchester balança son regard entre le prêtre, la carte et ses fils...Comme s'il lisait dans ses pensées, Jim reprit d'un ton grave.
- Il est temps d'oublier qui tu étais John...Désormais tu as une mission.
Californie - Novembre 2005
La nuit était tombée depuis déjà plusieurs heures, plongeant la route quittant l'état de Californie dans le noir le plus total. L'Impala filait droit vers le Nevada, sans montrer de signe de ralentissement. Les mains fermement fixées au volant, Dean conduisait sans que son attention ne relâche, pourtant, le coeur n'y était pas. Il était partagé entre l'envie de s'arrêter dans le premier motel venu, et quitter cet état au plus vite. Un regard sur le siège passager ne le rassura guère, Sam était toujours éveillé, les yeux fixés dans le vague. Il n'avait plus reparlé depuis la cérémonie à l'Eglise.
- Eh Sam, tu as faim ? Tenta vainement l'ainé.
Le plus jeune ne cilla même pas, comme s'il ne l'avait pas entendu.
- Sam ?
Dean s'autorisa à quitter la route des yeux une seconde pour observer son frère.
- Sammy ?
Comme il s'obstinait à ne pas l'entendre, l'ainé passa une main devant ses yeux, le faisait légèrement sursauter.
- Hein ?
Un sourire bienveillant se dessina sur le visage de Dean.
- Tu as faim ?
- Ah...euh...non.
Un soupir prit le grand frère qui vit une alternative contre laquelle son cadet ne pourrait pas lutter.
- Ben moi je meure de faim !
Dix minutes plus tard, la Chevy se rangeait sur le parking d'un petit café en bord de route. Dean coupa le contact et éteignit les phares tout en se tournant vers Sam qui s'était replongé dans ses reflexions silencieuses.
- Tu viens ?
- Non je..je t'attends là.
L'ainé ne répondit pas, il descendit de l'Impala pour en faire le tour. Il ouvrit la portière pour attraper le bras de son jeune frère qui émit quelques protestations, cependant Dean lui coupa la parole d'un ton autoritaire.
- Il est hors de question que je te laisse seul dans la voiture Sam !
- Mais enfin...
- Il n'y a pas de "mais"...je vais manger, et tu vas venir avec moi...Il fait froid, il fait nuit, et le parking est désert...
Son cadet fit une légère grimace.
- Tu veux que je vienne avec toi pour m'avoir à l'oeil ou alors parce que tu as peur que je me fasse tuer par un routier sociopathe ?
Dean réfléchit une seconde.
- Euh...les deux !
Sans laisser le temps à son frère d'ajouter un mot, il le prit par le bras pour l'entrainner à sa suite.
Le café n'était pas bondé, mais curieusement, il n'était pas désert non plus. Quelques personnes étaient installées à table, certains l'air soucieux, d'autres l'air un peu trop gais pour reprendre la route, mais les mines renfrognées faisaient tout de même l'unanimité. Les deux frères s'attablèrent dans le plus grand silence et furent accueillis une minute plus tard par une jolie serveuse. La jeune femme prit tout son temps pour noter la commande de Dean qui, pour une fois, ne lui accorda même pas un regard.
- Mange un peu Sam...L'encouragea son ainé en poussant la salade qu'il avait commandé pour lui.
Le plus jeune avait toujours ce même regard perdu, comme s'il voyait quelque chose qui n'existait pas...
- Sammy...
Son grand frère ne savait pas quoi faire. Il se souvenait très bien de la piplette qu'était son cadet, depuis qu'il savait parler il était comme ça...Mais pas aujourd'hui...plus aujourd'hui... Sam restait de marbre, comme s'il était dans une bulle, inconscient du monde qui l'entourait. Dean se sentait vraiment perdu face à une telle létargie, il n'avait encore jamais eut affaire à un Sam brisé comme il l'avait en face de lui...Il ne savait pas quoi dire...Il n'était pas non plus du genre à avoir un geste tendre de consolation pour quelqu'un, mais il se dit qu'il ne risquait rien à tenter le coup. Alors, doucement, et maladroitement il posa une main sur la sienne.
Dean avait tout envisagé, sauf ça...Son cadet tressauta et retira brusquement sa main, détournant le regard encore une fois. Déçu qu'il se renferme de la sorte, l'ainé opta pour une parole gentille.
- Elle...elle était vraiment très jolie...
- Non Dean....
Surpris qu'il retrouve brusquement l'usage de la parole, le jeune homme leva la tête soulagé...Mais il ne souffrit qu'un peu plus en voyant les yeux de Sam.
- S'il te plait...
Comprenant qu'il ne voulait pas en parler, Dean hocha la tête avec un léger sourire.
- Ok...excuse-moi.
Un nouveau silence s'installa entre eux, mais l'ainé savait que c'était à lui de le combler. Il ne voulait surtout pas que Sam ne détourne le regard pour le perdre encore une fois. Alors, il changea de tactique.
- Dis-moi, je ne t'ai pas raconté la chasse que papa et moi on a faît pour mon anniversaire ?
Le plus jeune ne réagit pas, signe qu'il s'en fichait, mais Dean poursuivit tout de même.
- On est tombé dans une ville de vrais dingues ! Il y avait ce type...Frank...Firenze...Filibert...Enfin peu importe ! Ben ce gars là, il voulait fêter un truc...les vingts ans de la ville ou je sais pas quoi...Et il a décidé d'organiser une soirée costumée...Sauf que ce qu'il ne savait pas, c'était que sa femme était une sorcière et elle s'est amusée à transformer tous les invités en ce en quoi ils étaient habillés !
Il marqua une pause en rigolant bêtement.
- Tu aurais dû nous voir ! Papa se battait contre une Wonder-Woman travestie et moi j'étais aux prises avec Dark Vador !
Dean rit un instant à ce souvenir et reporta son attention sur Sam qui le regardait sans même sourire.
- Tu n'as pas besoin de faire ça Dean.
- De faire quoi ? Demanda l'autre avec innocence.
- D'essayer de me remonter le moral.
L'ainé lui accorda un clin dont lui seul avait le secret.
- Ben tiens tu crois que je vais me gêner ? Je sais que j'arriverai à te faire sourire Sammy...ça prendra le temps que ça prendra, mais j'y arriverai.
Sam baissa les yeux en soupirant, secouant la tête d'un air dépité sous le regard inquiet de son ainé qui reporta son attention sur l'assiette pleine de son compagnon de table.
- Aller...mange un peu...
- Fous moi la paix. Grogna le plus jeune avec mauvaise humeur.
Mais ne comprenant pas qu'il était temps pour lui de s'arrêter, Dean en remit une couche. Il repoussa le plat vers son benjamin avec un sourire.
- S'il te plait Sammy...
Sam se leva d'un coup, faisant sursauter son ainé qui ne s'y était pas attendu.
- Je t'ai dit de me foutre la paix !
- Sammy je...Commença son frère, mais il se fit aussitôt rembarré par le plus jeune qui criait désormais.
- Mais arrêtes de m'appeller comme ça ! Arrêtes de me traiter comme un gamin Dean ! Il n'y a plus de "Sammy" tu m'entends ? Je ne suis plus un enfant !
Sans même s'excuser pour avoir causé le trouble dans le café, Sam tourna les talons pour sortir en claquant la porte. Dean resta là une minute, embarassé et surtout triste...triste que son frère se soit emporté contre lui comme ça...choqué qu'il se soit mit aussi en colère...qu'il refuse sa protection.
Le jeune homme soupira pour reprendre un peu de contenance et déposa un billet vert sur la table, large dédommagement pour les dégâts causés. Il se pressa de sortir, de peur que Sam ne prenne l'Impala pour partir sans lui. Il le retrouva, appuyé contre la portière, se massant le front avec une grimace de douleur. Dean s'approcha en silence s'attendant presque à un nouvel éclat de colère, mais ce fut l'inverse qui se produisit...
- Excuse-moi Dean...
L'ainé détailla longuement le visage du plus jeune qui avait daigné relever la tête pour lui parler en face.
- Je...je sais pas ce qui m'a pris...
Mais lui savait...Sam était en colère...en colère pour ce qui était arrivé à Jessica, et il ne pouvait pas le blâmer. Il avait alors été le seul bouc émissaire à sa portée, mais ses paroles avaient sûrement dépassé sa pensée...
- C'est rien Sammy...Sam...Se reprit Dean.
Mais bizarrement, le benjamin ne semblait pas avoir envie de relever. Il se passa une nouvelle fois les mains sur le front, explirant bruyament. Dean posa une main sur son épaule, comprenant qu'il était encore une fois sujet à une migraine.
- Allez monte...tu as besoin de te reposer un peu...
- Non...tu...tu as conduit pendant des heures...Je peux te remplacer...
Mais le grand frère avait déjà ouvert la portière côté passager pour faire assoir son cadet, qui fut incapable de résister.
- C'est hors de question...Avec la tête que tu as...on finirait empalé au sommet d'un sapin !
Alors, il se remit derrière le volant, reprenant la route, retombant dans le silence. Mais Dean pouvait tenir...il avait l'habitude...Pourtant, il s'était mis à la recherche d'un motel soucieux que son frère passe la nuit dans un vrai lit bien au chaud, pas assis là, la tête posée contre la vitre.
Il ne lui fallut pas plus d'une heure pour trouver la ville la plus proche, et par chance, dix minutes plus tard, il garait la Chevy sur le parking d'un motel. Sans réveiller Sam qui s'était endormis depuis un moment, il descendit en silence pour aller réserver une chambre...Il fit deux allers et retours, les bras chargés de leurs affaires et ouvrit la portière de son cadet avec précaution.
- Sam ?
Pour une fois qu'il semblait dormir paisiblement, Dean se sentait mal de le réveiller...
- Sammy ?
Alors, il le secoua doucement, mais la réaction du plus jeune fut vive et brutale. Il sursauta violement, faisant également tressauter son ainé, et se recula par instinct.
- Wow...Du calme...c'est moi !
Le plus jeune soupira en se frottant les yeux.
- Pardon...
- Aller...Sors de là avant de me faire avoir une attaque cardiaque.
Dean aida son benjamin à s'extirper de la Chevy en notant que celui-ci ressera sa veste autour de lui, frissonant de tout ses membres.
- On a la chambre 47. Lui indiqua son ainé en lui faisant signe de passer devant.
Sam déambula maladroitement titubant de froid, de faim, de sommeil, et de douleur à cause de sa migraine. Il trébucha à plusieurs reprises, comme s'il était ivre...Bien sûr, Dean fut à côté de lui en une seconde pour le soutenir.
Il se détestait...il détestait ce qu'il était devenu...ce que la mort de Jessica avait fait de lui...Un moins que rien...Voilà ce qu'il était...il n'osait même plus regarder son reflet dans une glace tellement il haïssait l'image que le miroir lui renvoyait.
Il ne s'aperçut qu'il était dans la chambre que lorsqu'il se sentit pousser doucement sur un lit, plus ou moins, moelleux. Sam s'allongea sans resistance, trop occupé à penser...
Etait-ce la mort de Jessica qui avait fait de lui cette loque ? Ou bien était-ce son absence ? Le tragique êvenement était-il responsable de sa descente aux Enfers ou bien était-ce la seule présence de la jeune femme qui faisait de lui ce qu'il était avant ?
Son esprit était torturé par toutes ses questions, lui provoquant une terrible migraine...Il avait mal, mais il ne savait même plus où...Partout en fait...à l'estomac parce qu'il n'avait pas mangé, à la tête, au coeur...mais il avait mal aussi à l'intérieur...Comme si une quelconque bête le rongeait littéralement...
Alors il pleura...incapable de se retenir...d'ailleurs, il ne voulait pas se retenir...Il se détestait... et il avait mal...il ne savait pourtant plus très bien si c'étaient des larmes de chagrin ou des larmes de douleurs...Peut-être un subtil mélange des deux ?
Dean rabattait sur lui la couverture quand il vit les larmes lui couler sur les joues...Une flèche trempée dans de l'acide lui transpercerait le coeur, ressortirait et recommencerait ce même chemin qu'il n'aurait pas eu aussi mal...Sam pleurait...non...Sam ne devait pas pleurer...Il s'était fait diverses promesses au cours de sa vie : ne jamais désobéir à son père, ne jamais montrer de signe de relachement, de jamais rappeller une fille en premier, ne jamais manger de cookies à la pistache...Mais celle-ci en faisait partie, et c'était sans doute la plus importante : jamais...jamais son petit frère ne devait pleurer...
Tant pis, il mettait bien volontier son côté "homme insensible" et s'assit dans le lit, près de son cadet. Il le prit contre lui, l'étreignant avec une tendresse qui ne lui était pas familière. Le peine fit craquer le plus jeune qui s'accrocha à lui comme s'il avait peur de couler, et il pleura...Encore et encore...Etouffant même quelques cris de chagrin.Chaque soubresauts, chaque sanglots un peu plus forts que les autres fit toujours plus mal à son frère qui ferma les yeux. Il lui caressa les cheveux, comme il le faisait quand Sam n'était qu'un enfant et lui chuchota des paroles rassurantes. Il avait été toujours là pour lui, jouant divers rôles...Celui du grand frère protecteur, moralisateur, moqueur...Celui du père, l'élevant à la place de John...et même parfois, celui de la mère...Comme cette nuit, où c'était lui qui le consolait, lui assurait que tout irait bien, qu'il serait toujours là pour lui.
Finalement, totalement vidé de ses forces, Sam tomba endormi, sur les genoux de Dean qui avait posé un regard froid sur le mur...Comme il avait dû aimer Jessica pour ressentir une telle peine...d'un côté, il regrettait de ne pas avoir fait parti de sa vie à ce moment là, de ne pas l'avoir vu heureux et comblé avec elle...Mais il était trop tard pour les regrets...Désormais, un seul sentiment l'animait : la vengence...la vengence pour celui qui avait osé faire du mal à son frère.
Lawrence, Kansas - novembre 1983
Dean émit un gémissement plaintif quand il reçut les premiers rayons du Soleil en pleine figure. Son premier réflexe fut de regarder autour de lui à la recherche de sa mère, mais le souvenir douloureux de cette nuit là lui revinrent vite en mémoire. L'enfant voulait pleurer, mais il ne devait pas. Papa s'énervait après Sammy quand celui-ci pleurait...Et il ne devait pas énervé papa...car papa était triste...Justement, les sanglots d'un nourisson ne tardèrent pas à se faire entendre depuis la cuisine.
- Sammy ?
La peur s'empara de Dean...Où était papa ? Et pourquoi son petit-frère pleurait-il aussi fort ? Alors, l'enfant se précipita, alarmé par le volume des cris du bébé. Il poussa la porte, mais s'aperçut avec soulagement que c'était papa qui était avec Sammy...Seulement son relachement fut de courte durée, car John semblait fâché...sa voix était dûre et son regard était sombre.
- Tais-toi...je t'en supplie tais-toi Sam !
Dean s'approcha doucement derrière lui, inquiet de voir le bébé pleurer aussi fort...On aurait presque dit que son petit frère sentait l'exaspération de son père et qui lui était impossible de se calmer. Alors, John tenta une nouvelle tactique : crier plus fort que lui...Mais le résultat fut décevant, le nourrisson hurlait désormais rendant le père encore plus à cran.
- Fermes-là !
Il ne savait plus quoi faire pour le calmer...Ce bébé était une vraie teigne ! Pourtant, quand Mary était là, leur dernier né ne pleurait que rarement, faisant même ses nuits bien plus tôt que les autres enfants de son âge...John pouvait sentir ses mains trembler tellement la colère montait en lui....il voulait juste qu'il se taise...il voulait juste être plongé dans un silence calme et reposant. Alors, une petite main tira sur le pant de sa veste, l'obligeant à baisser les yeux.
- Dean ?
- Il lui faut la chanson de maman...Dit simplement le gamin avec beaucoup de calme.
John fronça des sourcils, se demandant bien de quelle chanson il parlait. Il regretta alors d'avoir passé tant de temps au garage, ne rentrant parfois que très tard...Mary avait-elle instauré un rituel pour coucher Dean et Sam ? Avait-elle une quelconque formule magique qui empéchait le bébé de pleurer ?
Son ainé tendit les bras vers le nourisson et son père lui donna doucement. Peut-être l'attitude calme de son fils était-elle en partie responsable, mais dès qu'il se sentit serrer contre son grand frère, les pleurs du bébé s'estompèrent. Dean fredonna quelque chose, un air que John avait déjà entendu...Une douce mélodie qui résonna en lui avec douleur...Cette berceuse, Mary la chantait à leur premier fils au dessus de son berceau.
Sammy cessa alors de pleurer, ouvrant ses grands yeux bleus pour écouter son frère qui s'était assis pour plus de confort. John resta là à les regarder, le coeur lourd...Pourquoi était-il incapable de s'occuper de son fils alors que son ainé le pouvait lui ? D'ailleurs, il nota que les seuls moments où Dean parassait apaisé et serein étaient ceux qu'il passait à veiller sur son petit frère...Il ne l'avait pas vu pleurer, ni même réclamer sa mère, préférant prendre le nourisson contre lui en lui fredonnant la mélodie de Mary...
Quelqu'un frappa à la porte d'entrée, tirant le père de ses reflexions. Il quitta la pièce, suivit un instant du regard de son fils ainé. Mais très vite, Dean reporta son attention sur son cadet qui lui tenait le doigt en le dévisageant, comme s'il réclamait la suite de la berceuse. Voir ses grands yeux bleus posés sur lui, lui fit oublier un instant tout le reste ...La mort de sa mère, l'incendie, le mutisme de son père...L'ainé ne put faire autrement que de répondre par un sourire, vraiment sincère...Sourire que lui rendit le dernier né, avant de rire aux éclats en agitant les bras.
Californie - Novembre 2005
Quand Dean rouvrit les yeux, il s'aperçut que c'était à cause de ce rayon de Soleil qui lui tapait droit dans l'oeil, un soupir las le prit, mais il n'eut pas le coeur à bouger. Un noeud se forma dans sa gorge en repensant à son rêve...Ce souvenir de John dans la cuisine, à bout, qui ne savait plus comment s'occuper de Sammy...Et lui, qui l'avait prit contre lui pour le consoler...La suite, il ne s'en rappellait plus...Il se souvenait juste qu'après lui avoir fredonné la berceuse de Mary, son petit frère s'était calmé, riant même quelques instants plus tard pour son plus grand bohneur... Déclancher les éclats de rire de son petit frère volontairement avait toujours rendu leur mère heureuse...il se rappellait très bien de Mary dans la cuisine, qui les regardait tous les deux alors que l'ainé faisait des grimaces au bébé pour qu'il rit aux éclats, rires qui devenaient vite contagieux.
Mais aujourd'hui, Sammy ne riait plus...Dean baissa les yeux vers son cadet qui dormait d'un sommeil profond, il semblait appaisé pour la première fois depuis longtemps. Il passa une main dans ses cheveux, comme l'aurait fait un père pour consoler son plus jeune enfant. Il profita de ce moment de calme pour vérifier qu'il n'avait pas reçu d'appel de leur père...Mais John restait absent..John était toujours absent pour Sam...Dean reposa son téléphone avec colère, pourquoi diable agissait-il ainsi ? Son petit frère venait de vivre un drame qui le marquerait à jamais...Un drame similaire à celui que John avait vécu, et il restait introuvable...introuvable et muet.
Il sentit son jeune frère bouger doucement, signe qu'il commençait à émerger. Dean s'en inquiéta...Comment allait-il être ce matin ?
- Sammy ?
- Mmhh ???
L'ainé baissa les yeux vers lui pour le voir froncer les sourcils avant d'entre-ouvrir les yeux tout doucement. Apparement, il ne se souvenait pas de tout ce qui s'était passé car il mit un certain temps à comprendre où il était, cherchant presque son frère des yeux, quand il le vit il lui adressa un regard de pure incompréhension.
- Comment tu te sens ?
Sam se reposa une seconde contre son frère en soupirant, se pinçant le front entre les yeux.
- Tu as encore une migraine ?
Toujours silencieux, le benjamin se contenta de faire "non" de la tête, soupirant de nouveau.
- Tu as faim ?
D'abord, il lui refit signe que non, mais il stoppa soudain son geste, réfléchissant...
- Euh..si...
Un sourire satisfait illumina le visage de Dean qui se dégagea doucement, Sam le laissa faire et se relaissa tomber aussitôt sur l'oreiller.
- Bouge pas...J'ai vu un café par très loin, je vais chercher un truc et je reviens.
Le cadet ne répondit pas, il avait déjà refermé les yeux, profitant du calme et de la sérenité qui l'avaient envahis. Dean enfila une veste, et après avoir jeté un dernier coup d'oeil à Sam, il quitta la chambre pour aller se ré-approvisionner.
Vingt minutes plus tard, il était de retour après avoir pratiquement dévalisé le petit café. Il déposa le tout sur le lit où Sam avait finit par s'assoir, la quantité de nourriture diminua rapidement attaquée par les deux garçons affamés. Dean jeta un rapide regard à son cadet mais fut rassuré de le voir manger aussi, au moins, il avait de l'appétit.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Finit par demander le plus jeune à son grand frère.
- Maintenant, tu files prendre une douche et on se dépèche de partir.
- Non je veux dire...
- Je sais parfaitement ce que tu veux dire Sam...Et moi je te réponds qu'on va déjà quitter cet Etat. Répondit simplement l'ainé avec beaucoup de calme.
Cela dû suffir au plus jeune qui hocha la tête comme dire que c'était okay, et il descendit maladroitement du lit pour aller s'enfermer dans la salle de bain. Une fois encore, il évita son reflet, peu désireux de voir ce qu'il était devenu, et entra sous l'eau chaude en se passant une main sur son front, toujours douloureux.
Une fois prêt, il avala deux aspirines, comme un mécanisme bien rôdé et ressortit pour laisser la place à son ainé qui le scrutait d'un oeil qu'il voulait discret. Sam savait très bien qu'il voulait vérifier son état, c'était plus que normal après ce qui s'était passé la veille...Oui il s'en rappellait...il se rappellait de tout en fait... Il se souvenait avoir littéralement craqué, il se souvenait que Dean l'avait prit contre lui en le rassurant, il se souvenait avoir déversé plus de larmes que son corps n'en contenait, il se souvenait l'avoir appellé...Elle..espérant qu'elle reviendrait en voyant sa peine...Alors, comprenant que c'était finit, et que plus jamais il ne la reverrait, il avait appellé son frère, le suppliant de l'aider...Mais Dean n'avait rien fait...parce qu'il ne pouvait pas...Il l'avait bercé doucement en lui caressant les cheveux, comme il avait l'habitude de le faire quand il n'était qu'un gosse...Alors, Sam s'était calmé, totalement vidé de toutes ses forces...Oui, il se rappellait de tout...Mais il ne voulait plus jamais en parler.
Une fois que Dean fut ressorti, il constata avec surprise que toutes leurs affaires avaient été mises dans la voiture. Sam devait tarder d'impatience à l'idée de quitter la Californie...Son jeune frère lui tournait le dos, inconscient de sa présence car il ne l'avait sans doute pas entendu. L'ainé s'approcha doucement, remarquant qu'il se massait toujours les tempes, cette expression de douleur sur le visage.
- Tu es prêt ? Demanda t-il.
Sam se retourna, stoppant son geste avec innocence et passa devant, sans un mot, sans même croiser son regard. Dean le suivit, le coeur lourd mais eut un moment d'arrêt quand il voulu refermer la porte, ses yeux se posèrent sur le lit défait... Son petit frère avait perdu les derniers vestiges de son innocence avec ce drame...Cette peine qu'il avait laissé sortir hier soir l'habiterait pour toujours, le rongeant doucement de l'intérieur...Mais il serait là...il ne le laisserait pas devenir cet homme froid et insensible qu'était devenu leur père.