Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : Supernatural
Création : 09.02.2011 à 14h57
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« Le Pilot de Supernatural selon la première idée d'E. Kripke » Lydean
Cette fanfic compte déjà 27 paragraphes
Ils arrivèrent bien malgré lui devant une maison délabrée. La clé tourna d’elle-même dans le contact et le ronronnement du moteur s’arrêta. Sam lança un œil craintif dans le rétroviseur où il comprit que, non seulement la femme était toujours là, mais qu’en plus son image vacillait sensiblement comme s’il était devant un écran soumis à une mauvaise réception.
- Ne faîtes pas ça, la supplia-t-il alors qu’il prenait conscience de ce qui était arrivé à ses prédécesseurs.
- Je ne rentrerais jamais chez moi, se contenta-t-elle de dire sans lui porter plus d’attention que nécessaire.
Dans l’incompréhension totale, il se retourna doucement de manière à se retrouver face à face avec elle mais il fut étonné de ne voir personne. Complètement désorienté, il tâtonna la banquette arrière pour s’assurer que cette étrange femme était bien partie. Tout en soufflant le semblant de soulagement qu’il ressentit en cet instant, il se laissa retomber sur le siège en fermant les yeux. Il les rouvrit aussitôt car son subconscient l’avertit que son regard venait de croiser la mystérieuse jeune femme juste à côté de lui.
De manière langoureuse, elle commença par se frotter sur lui avant de s’installer à califourchon sur ses genoux. Pétrifié, il tenta tant bien que mal de s’éloigner et se retrouva coincé dans l’angle que formait le siège avec la portière.
- Serre-moi ! J'ai tellement froid, lui susurra-t-elle.
Il secoua la tête de droite à gauche, montrant pleinement qu’il n’en avait aucune intention. Malheureusement, elle était totalement collée à lui, le maintenant fermement de sa main gauche et le caressant de la droite.
- Allez, serre-moi, enlace-moi, lui ordonna-t-elle à l’oreille.
- Non ! Laissez-moi … s’il vous plait … non.
Elle se redressa et plongea ses yeux dans les siens.
- Tu ne me trouves pas jolie ?
Il ne savait même pas quoi lui répondre. Et puis y avait-il réellement une bonne réponse ? De toute façon, ses cordes vocales avaient beaucoup de mal à fonctionner normalement et la boule qui grossissait de minute en minute dans sa gorge l’empêchait également de respirer. Ses pulsations cardiaques étaient si rapides et si fortes que sa cage thoracique le faisait souffrir atrocement. Alors la seule chose qu’il souhaitait ardemment était de se sortir de cette situation inextricable.
Mais de toute évidence, ce n’était pas l’intention de cette magnifique brune qui l’embrassa voluptueusement. Il essaya de se dégager de son emprise, actionnant de nouveau la poignée dans l’espoir vain d’ouvrir la portière. Enervée par son comportement, la jeune femme prit appui sur son torse et se redressa brusquement.
Epouvanté, il assista à sa métamorphose. Par intermittence, le visage angélique de Constance prenait des allures cadavériques. Sa peau s’effaçait soudainement, révélant son crane décharné et blanchâtre. La lueur de la lune accentuait cette vision horrifique en fournissant à l’ensemble une luminosité hors du commun. Ses globes oculaires paraissaient démesurément grands et ses pupilles dilatées restaient fixées sur lui, pénétrant insidieusement son esprit.
Il n’était plus en état de penser à quoi que ce soit. La seule chose dont il était certain se révélait être sa mort imminente. Après une brève disparition, la créature revint, enfonçant d’abord ses ongles puis ses longs doigts dans sa poitrine. Il hurla de douleur. Il sentit la main se refermer sur son cœur et il n’avait aucun moyen de l’en empêcher. Ses forces l’avaient abandonné et sa volonté s’était effritée au moment où il avait compris qu’il n’y avait plus rien à faire. Il n’espérait plus qu’une chose : mourir vite afin de ne plus souffrir.
D’un simple coup d’œil Dean avait repéré l’Impala stationnée devant la vieille maison délabrée. Entrainé par sa vitesse et dans un dérapage pas si bien contrôlé que ça, il réussit malgré tout à s’arrêter à proximité. Alors qu’il allait descendre de voiture, il distingua une étrange silhouette blanche à l’intérieur de la Chevrolet. D’un geste instinctif, il empoigna la seule arme qu’il avait à sa disposition : la barre métallique qu’il avait jetée plus tôt sur le siège passager. Puis il ouvrit la portière, sortit en faisant le moins de bruit possible et s’approcha prudemment, angoissé à l’idée de ce qu’il allait découvrir. Mais un épouvantable hurlement de souffrance déchira le silence oppressant qui régnait depuis qu’il avait coupé le moteur. Il reconnut instantanément le timbre de voix de Sam et l’adrénaline fusa à une vitesse insolite dans chaque fibre de son corps.
Sans même prendre le temps de la réflexion, il se rua sur la poignée, tirant de toutes ses forces pour que la portière daigne enfin s’ouvrir. A travers la vitre il pouvait distinguer la torture que cette créature étrange faisait subir à son partenaire : ses doigts anguleux pénétraient la poitrine de Sam comme s’ils s’enfonçaient dans du beurre et lorsque sa main, ainsi que le reste de son corps, disparaissaient comme par enchantement, il subsistait les cinq trous ensanglantés à l’emplacement exact de son cœur. Cette vision le mit hors de lui et il balança son arme improvisée dans la vitre du côté passager qui explosa dans un fracas effroyable en une multitude de petits fragments de verre. L’extrémité de la barre métallique passa au travers de l’étrange femme qui disparut soudainement.
La distraction occasionnée par l’intervention de Dean procura quelques secondes de répit à Sam qui en profita pour prendre une grande aspiration, se redresser un peu et tenter une nouvelle fois d’ouvrir la portière qui restait désespérément close.
Afin de vérifier l’état de santé de son partenaire, Dean avait réussi à introduire tout le haut de son corps par la fenêtre fracturée. Sa présence eut le mérite de rassurer Sam. Il retrouva l’espoir et ressentit soudainement un regain d’énergie. Ce fut ce moment que choisit Constance pour faire son grand retour et reprendre sa torture inhumaine là où elle l’avait laissée.
Cette fois les deux hommes réagirent en même temps :
- Espèce de sale pétasse ! Crièrent-ils de concert.
En voyant que son poing passait lamentablement en travers et n’avait donc aucun effet sur cette apparition démoniaque, le plus vieux ressortit rapidement pour récupérer la tige métallique qu’il avait laissée tomber au sol et qui avait eu un résultat très intéressant quelques secondes plus tôt.
Remonté à bloc, le plus jeune tourna la clé dans le contact, enclencha la première et appuya vigoureusement sur l’accélérateur. L’Impala fila droit vers la maison et défonça la balustrade puis le mur avant de se stopper net contre une des cloisons à l’intérieur. Tout ça se fit devant le regard horrifié de Dean qui se précipita pour constater les dégâts sans se soucier un instant de la menace que constituait l’étrange créature.
- Sam ! Hurla-t-il.
Paniqué, il ne mit que quelques secondes pour atteindre la fenêtre fracturée de la Chevrolet.
- Sam ! Répéta-t-il dans un souffle, attendant avec impatience un signe de sa part.
- Ouais, grogna-t-il enfin.
- Ca va ?
- J’sais pas … oui, je crois.
Cette fois Dean réussit sans trop forcer à ouvrir la portière qui, toutefois, émit un sérieux grincement de contestation.
- Tu peux bouger ? Lui demanda-t-il tout en plongeant dans l’habitacle.
- Ouais... Aide-moi !
Dean s’exécuta en le saisissant fermement au niveau de l’épaule et de son bras droit tout en le tirant vers l’extérieur de la voiture.
- C’est quoi cette merde ? Questionna le plus jeune, complètement perdu.
Son partenaire, qui n’avait aucune réponse à lui apporter et qui se sentait tout aussi démuni que lui, se contenta d’hausser les épaules. Ils eurent à peine le temps de se redresser que leur attention fut attirée sur leur gauche. Constance venait de réapparaître dans le coin de l’ancienne pièce de vie.
Elle ramassa un cadre tombé sur le sol et contempla des deux jeunes enfants souriants sur l’image vieillie par le temps, tout en caressant leurs visages du bout des doigts. Lorsqu’elle s’aperçut que les deux hommes la dévisageaient, elle jeta la photographie d’un geste rageur et disparut dans un grésillement électrique pour réapparaître dans l’instant près d’une commode, quelques mètres plus loin. Par sa simple volonté, elle envoya le meuble massif sur eux, les immobilisant contre la voiture.
Ils se débattirent, unissant leurs forces pour se libérer mais rien n’y fit. Ils n’eurent pas d’autres choix que d’assister aux nouveaux événements surnaturels qui s’ensuivirent. A commencer par la lumière qui se mit à faiblir considérablement. Elle vacilla, éclairant partiellement la rampe d’escalier. Du premier étage, de l’eau s’écoula lentement, gouttant de marche en marche. Le ruissellement s’intensifia copieusement, débordant sur le côté et constituant une flaque sur le plancher du rez-de-chaussée qui s’élargit abondamment de secondes en secondes.
Comme les deux hommes, Constance regardait, médusée, la cascade aquatique qui dévalait l’escalier. En levant les yeux vers le premier étage, ils assistèrent à l’apparition fantomatique des deux enfants représentés sur la photographie. Dans un geste qui aurait dû paraître naturel, ils se donnèrent la main. Mais cet acte n’avait rien d’innocent et leurs regards dénués d’expression ne laissaient rien présager de bon. Leurs petites voix enfantines et néanmoins terrifiantes résonnèrent à l’unisson dans la cage d’escalier :
- Tu reviens à la maison maman ?
Pétrifiés, Sam et Dean n’eurent pas le temps de comprendre que les deux enfants avaient disparus avant de les retrouver soudainement juste derrière leur mère. Les étranges bambins enserrèrent la femme en blanc qui émit un cri strident. Après une série d’éclairs grésillants, les trois silhouettes ainsi enlacées se disloquèrent en une flaque visqueuse.
Après un long moment d’incompréhension totale, les deux hommes commencèrent à se remettre de cette extraordinaire mésaventure.
- Allez, lança Dean pour encourager Sam à l’aider dans sa tache.
A eux deux, ils réussirent sans mal à pousser la commode et se dégager de cette entrave. Ils approchèrent prudemment de l’endroit où Constance et ses enfants avaient disparu.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu crois que c’est terminé ? Demanda Sam dans un souffle.
- J’en sais rien mais ça m’en a tout l’air.
Le plus jeune des deux avait énormément de mal à se ressaisir. Tout ce qui venait de se passer n’avait aucune logique et pourtant c’était bien réel. Il l’avait vu, il l’avait senti, il l’avait vécu ! Comment en était-il arrivé là ? Comment une telle chose avait-elle pu se produire ? C’est alors qu’il réalisa qu’il avait failli mourir. Tout en déglutissant difficilement, il essaya de faire part de son malaise :
- J’arrive pas à y croire.
Ce n’était pourtant qu’un murmure mais il fut suffisant pour attirer l’attention de Dean qui détacha enfin son regard de la flaque opaque pour constater l’état déplorable de son partenaire. Avec sa bouche ouverte, ses yeux fixes, son teint blafard et les tremblements qui parcouraient tout son corps de manière aléatoire, il paraissait en état de choc. Cette vision obligea le plus vieux à réagir bien qu’il ait lui-même beaucoup de mal à reprendre ses esprits.
- Putain, moi non plus je n’arrive pas y croire ! S’exclama-t-il après s’être retourné et en avançant à grands pas vers sa voiture. T’es pas bien ! T’as vu c’que t’as fait à mon bébé ?! Qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?!
- Ben, c’est que je savais plus quoi faire, bafouilla Sam, très mal à l’aise, en constatant, en même temps que son partenaire, les dégâts sur la Chevrolet. D’abord ce … cette chose m’oblige à venir jusqu’ici et après elle me sort qu’elle ne peut pas rentrer chez elle et elle m’enfonce ses putain de doigts crochus dans le torse ... J’ai bien cru que mon cœur allait exploser dans ma poitrine ... En plus j’étais prisonnier … je n’arrivais plus à sortir ! Et crois-moi j’ai essayé ! Alors ça m’a paru la seule chose à faire … Enfin c’est surtout que je ne savais pas comment réagir … Qu’est-ce que t’aurais fait toi à ma place ?
Il s’arrêta là, complètement décontenancé. Après l’expérience limite traumatisante qu’ils venaient de vivre, Dean n’allait tout de même pas lui en vouloir pour de la tôle froissée ! D’autant plus que c’était lui qui avait explosé la vitre de sa chère voiture ! Il se rapprocha sensiblement afin de s’assurer qu’il n’était pas véritablement fâché.
- Dean ?
L’interpellé ne répondit pas mais il releva la tête vers lui. Ce n’est qu’en le regardant d’un peu plus près que Sam s’aperçut qu’il n’y avait aucune colère dans le regard de son partenaire. Malgré son angoisse flagrante pour « l’état de santé » de son « bébé », les petits plis de chaque côté de ses yeux et son léger sourire en coin montraient sans aucun doute qu’il se moquait ouvertement de lui. Il aurait pu s’offusquer de ce comportement mais il n’en fit rien. Au contraire, il se sentait rassuré. Ce petit intermède lui avait permis de réagir et de penser à autre chose qu’à ces événements surnaturels qui l’avaient profondément ébranlé. Il recouvrait doucement ses esprits et constata que Dean avait également l’air soulagé. Après tout, ils ne s’en étaient pas si mal sorti que ça.
En deux temps trois mouvements, Dean avait rafistolé au mieux l’Impala. L’un des phares n’avait malheureusement pas survécu au drame et la vitre du côté passager était obstruée par une vieille bâche opaque qui sentait le renfermé et qui dégageait par moments, de lourds relents d’urine d’animaux variés. Le moteur quant à lui n’avait pas subi de dommage – ou, en tous cas, aucun problème majeur qui aurait pu les empêcher de quitter la ville à vive allure.
- Bon alors, qu’est-ce qu’on … que tu veux faire maintenant ? S’enquit le plus jeune tout en choisissant avec grand soin les termes à employer.
Le conducteur le récompensa de ses efforts en lui lançant un sourire ironique. Puis il reprit un air sérieux et expliqua :
- S’il y avait pas ces foutus flics, je serais bien resté un peu plus longtemps pour savoir ce qui est arrivé à l’inconnu de la chambre douze.
- Tu crois qu’il s’est fait avoir par … tu sais … la dame blanche, quoi ?
- Non, j’crois pas. On le prenait pour un allumé mais il a tout l’air d’être un expert au contraire. Ca m’étonnerait qu’il se soit fait couillonné aussi facilement.
- Ouais, t’as raison. Mais où a-t-il disparu alors ?
- Ben c’est bien ce que j’aimerais savoir. Putain, s’énerva-t-il en frappant le volant. Le problème c’est que je crois que je me suis un peu trop fait remarquer et il va falloir du temps avant que je puisse remettre les pieds à Jericho.
- J’peux peut-être y retourner moi.
- Sûrement pas ! S’exclama Dean sur un ton ferme.
Devant les yeux arrondis par la surprise de son partenaire, il expliqua :
- Reprenons les choses dans l’ordre. Tu débarques dans ma vie et on est confronté au surnaturel ; j’te confie mon bébé, tu l’exploses ; tu pars enquêter seul alors que je t’avais demandé de m’attendre et, bien sûr, tu te fais piéger. Et pas par un tueur en série ! Non, non, toi tu ne fais pas les choses à moitié : Tu te fais choper par une dame blanche. Une dame blanche, Sam ! Je ne savais même pas que ça existait avant de la voir vautrée sur toi en train de t’arracher le cœur avec ses doigts – une scène digne d’un film d’horreur, j’te jure. Alors faut te rendre à l’évidence mec : T’es un aimant à emmerdes, une vraie boule de poisse !
Il n’avait pas terminé son laïus mais il s’arrêta un instant. En voyant la mine déconfite de Sam, il comprit que ses propos n’avaient pas été interprétés de la manière qu’il l’aurait souhaitée. Au contraire, il avait mis les deux pieds dans le plat et s’en voulait terriblement. Il ne savait pas comment lui dire qu’avec ses agissements inconsidérés, il aurait pu mourir et que ça l’avait rendu fou d’angoisse. Il n’avait jamais eu de tact pour parler aux gens, ni faire comprendre ce qu’il ressentait. C’était bien pour cette raison qu’il s’exprimait si peu et qu’il évitait de montrer ses sentiments, d’ordinaire. Pour une fois qu’il se lâchait, ce n’était vraiment pas une réussite. Il essaya malgré tout de rattraper le coup en utilisant des mots simples qui décrivaient exactement le fond de sa pensée.
- Ce que je veux dire c’est que si tu compte poursuivre ta carrière dans ce boulot, t’as pas le choix, il va falloir nous supporter moi, mon caractère et mes règles parce qu’il est impératif que je couvre tes arrières. Et si on doit suivre la piste de notre expert en … bizarrologie, c’est tous les deux ou pas du tout. On a commencé cette enquête ensemble alors on la termine ensemble ! C’est clair ?
- Très clair ! S’empressa de répondre Sam, tout sourire.
Si le début de cette conversation n’était pas de bon augure pour le plus jeune, la fin, en revanche, comblait toutes ses espérances. Après tout, Dean ne venait-il pas de l’accepter comme partenaire ? C’était déjà inespéré mais en plus il lui offrait sa protection. A ce moment précis, il était tellement ravi, qu’il se sentait prêt à accepter toutes les conditions que lui soumettrait son équipier et à supporter sans mal son caractère si particulier. C’était bien la première fois depuis des mois qu’il ne se sentait plus seul et ça avait une importance capitale pour lui.
Il avait l’impression d’être regonflé à bloc et retrouvait sa motivation d’antan. Il se dit qu’il avait vraiment envie de retrouver cet inconnu lui aussi. Une multitude de questions fourmillaient dans son esprit et n’attendaient qu’à être posées. C’est alors qu’un détail lui revint en mémoire. Il attrapa son sac, le posa sur ses genoux et fouilla à l’intérieur.
- Ca peut peut-être aider pour notre enquête ?! Demanda-t-il en brandissant fièrement quelques petits rectangles de plastique noir.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Les cassettes de vidéo surveillance des deux caméras fixées devant l’accueil. Une était orientée sur le parking et l’autre sur les portes des chambres.
- Comment tu les as eues ?
- Je les ai piquées à l’accueil, quand tu t’es fait embarquer, marmonna-t-il, honteux.
Devant le sourire à la fois sarcastique et admiratif du conducteur, il rechercha de nouveau dans son sac et ajouta :
- J’avais pas beaucoup de temps alors j’ai pris tout ce qui me venait sous la main et qui pourrait nous être utile, déclara-t-il en sortant le registre de l’hôtel et un disque dur.
- Ca c’est du bon Sammy ! S’exclama Dean avec enthousiasme.
Obtenir une telle reconnaissance de sa part lui fit presque oublier ce surnom ridicule qu’il venait de lui attribuer. Enfin presque !
- Euh … Dean ? Moi c’est Sam. Sammy, ça fait un peu trop gamin.
- Ben ouais, normal pour un sale mioche !
- Mais j’suis pas un … commença-t-il alors que le conducteur augmentait considérablement le volume de l’autoradio. Foutue tête de lard !
- Quoi ? J’entends rien, la musique est trop forte, cria Dean pour couvrir la voix de Brian Johnson, sans se déparer de son sourire sarcastique.
Lorsque John revint chercher son journal et, accessoirement, finir sa chasse, il fut surpris de constater des scellés devant sa porte de chambre. Sans prendre plus de précautions que nécessaire, il arracha le ruban plastifié et introduisit la clé dans la serrure. Voyant que celle-ci avait été changée, il la fractura en quelques secondes tout en jetant des regards furtifs aux alentours, s’assurant que personne n’était en mesure de le voir faire.
Lorsqu’il entra, il comprit facilement que sa chambre avait été fouillée. Grâce à un inventaire rapide, il put s’assurer que seul son journal semblait avoir disparu. Il rassembla hâtivement les affaires qui restaient et les enfourna dans son truck. Mais au moment où il allait se mettre au volant, il se ravisa. Il se dirigea vers l’accueil, bien décidé à obtenir les renseignements dont il avait besoin.
Il ouvrit la porte à la volée et s’assura que son colt était toujours glissé dans la ceinture de son jean. Il avança près du comptoir et commença son interrogatoire.
- Qu’est-ce qui s’est passé dans ma chambre ?
- M. Aframian, suffoqua le réceptionniste avec de grands yeux arrondis par la surprise et la peur.
- Vous avez deux secondes pour répondre à ma question.
- C’est que … je ne suis pas autorisé à vous répondre, monsieur, fit-il, un peu trop poli au goût du chasseur. Vous devriez voir ça avec la police …
- Deux, finit-il de compter tout en braquant son arme sur le front de sa victime.
Ce n’était pas dans ses habitudes d’agir ainsi mais il n’avait vraiment pas de temps à perdre et puis de toute façon, il n’appréciait pas plus que ça l’espèce de cul serré qui tenait l’accueil.
- Un homme a pénétré illégalement dans votre chambre alors j’ai dû prévenir la police, s’empressa-t-il de répondre, incapable de maîtriser les tremblements qui secouaient l’ensemble de son corps.
- Il me manque quelque chose. Qui l’a pris ?
- C’est pas moi ! C’est pas moi !
- Les flics ?
- Non, ils n’ont touché à rien.
- L’inconnu ?
- Il n’avait rien sur lui vous appartenant quand il a été arrêté.
- Qui alors ?
- Celui qui est entré chez vous avait un complice. Ils ont réservé deux chambres sous le même nom.
- Quel nom ?
- J’m’en souviens plus.
John appuya plus fermement le canon sur son front.
- J’le jure ! J’le jure ! J’m’en souviens plus. Je crois que c’est un journaliste, comme vous. Demandez aux flics ! Ils doivent savoir.
- Donne-moi le registre !
- Je ne l’ai plus. On me l’a volé le jour où il a été arrêté !
- Alors je veux les cassettes de vidéo surveillance !
- Volées aussi !
- Eh merde ! Autre chose a disparu ?
- Oui, mon disque dur.
- Putain ! Quel enfoiré !
Décidément, c’était une mauvaise période pour lui. La piste qu’il venait de suivre avec son ami Caleb était un cul de sac. Autant dire qu’ils s’étaient mis en danger pour rien. Et maintenant, un inconnu avait subtilisé son bien le plus précieux et le retrouver allait s’avérer plutôt difficile !
Il partit en claquant la porte. Inutile de rester dans le coin trop longtemps car le cul serré derrière le comptoir avait déjà son téléphone collé à l’oreille. Quant aux flics, il les soupçonnait de ne pas être très coopératifs après avoir découvert la décoration un peu singulière de sa chambre, d’autant plus avec ce qu’il venait de faire.
Il s’installa au volant et s’éloigna rapidement de Jericho avec la ferme intention de retrouver son journal et de faire payer celui qui lui avait subtilisé.
Sam était assis et attendait patiemment à l’intérieur du bureau de Bobby. Ce dernier discutait avec Dean qui venait de lui montrer le journal de bord de l’inconnu. Il essayait de convaincre celui qu’il considérait plus comme un père que son patron du bienfondé de leurs futures investigations.
Le début de la conversation avait été plutôt houleux. De toute évidence, Bobby ne croyait pas en ces balivernes, niaiseries et autres débilités selon ses propres mots ! Il avait même hurlé que ce n’était pas le « Weekly World News » et qu’il était exclu que leurs élucubrations viennent entacher la solide réputation du journal !
Le plus jeune voyait ses chances de faire équipe avec Dean, s’amenuiser de secondes en secondes. S’ils n’obtenaient pas l’accord de leur chef, il pouvait faire une croix sur cette collaboration tant attendue. Mais c’était sans compter sur l’entêtement de son partenaire qui ne lâcha rien et gagna du terrain petit à petit.
- Et vous travailleriez là-dessus … tous les deux ? Demanda le patron en fixant intensément Dean.
- Oui, décrétèrent les deux plus jeunes en même temps.
Si l’affirmation était commune, leurs expressions de visage quant à elles divergeaient sensiblement. Le « oui » de Sam était enthousiaste et impatient. Celui de Dean correspondait plus à un « C’est bon. T’as gagné, j’vais faire équipe avec le gamin. T’es content ? » Et certes, Bobby était ravi, vraiment heureux de voir que tout n’était pas perdu pour son associable rejeton. Il résuma les informations qu’il avait réussi à rassembler :
- Alors votre objectif principal est de retrouver cet homme et de confronter son expérience disons … paranormale à la réalité. Vos articles feront état d’une explication logique à ce genre de phénomènes, on est bien d’accord ?
L’absence de réponse n’annonçait rien de bon mais il se résigna.
- Vous vous croyez dans X-Files ? Demanda-t-il sur un ton plus ironique que suspicieux.
- Ouais et c’est lui Scully, l’informa Dean en désignant du pouce le jeune homme à ses côtés.
- Eh ! S’offusqua celui qui venait se voir attribuer le rôle de la belle rousse dans la série.
- Ben quoi ? C’est bien toi qui essaie de trouver une explication logique à tout.
- Parce que toi tu crois que la vérité est ailleurs !
- C’est bien ce que je disais.
- Bon, ça suffit les deux comiques ! Les interrompit le plus âgé. Vous avez une piste à suivre au moins ?
- Ouep ! Impossible de voir son visage. Ce mec est un vrai pro. Mais dans le reflet du rétroviseur d’une autre bagnole, Sam a pu identifier une partie de la plaque d’immatriculation du truck foncé dans lequel notre homme est monté. On a fait une liste de toutes les possibilités et éliminé tout ce qui nous semblait improbable. Il nous en reste deux : une au nom d’Hartnett et une autre au nom de Winchester. Il ne nous reste plus qu’à aller vérifier sur place.
- Parce que bien évidemment tu as trouvé un moyen légal de localiser ces deux véhicules !
Devant la grimace contrite de son fils adoptif, Bobby préféra revenir au sujet principal.
- Qu’est-ce qui vous dit qu’il n’a pas changé de plaques en découvrant que vous étiez allé fouiner dans ses affaires ?
- Ben c’est justement ce que l’un des deux vient de faire, annonça le plus jeune d’un ton vainqueur.
- Et c’est Winchester qui remporte le gros lot ! Finit son partenaire.
Bobby devait bien admettre que ces deux là avaient fait des recherches consciencieuses. Mais ce fut le fait de les voir travailler en équipe qui l’aida réellement à prendre sa décision.
- C’est d’accord. Mais vous faîtes gaffe ! Au moindre danger, vous m’appelez !
- Aucun problème, assura Dean. Tu me connais ?!
- C’est bien c’qui me fait peur, renchérit son père en fronçant les sourcils devant son sourire enjôleur.
En sortant du bureau, Sam ne résista pas à l’envie de demander :
- Alors ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- Prends tes chaussures de rando et ta doudoune, Sammy. On va à Blackwater Ridge.
****FIN****