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Série : Supernatural
Création : 09.03.2011 à 17h27
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« OS d’origine pour le concours n°9 du quartier. » Lydean
Cette fanfic compte déjà 11 paragraphes
Et oui, je persiste ! Je m’accroche aux branches et j’envahis une nouvelle fois l’espace ! Euh … désolée !
Voici « The Wishmaster VTL (Version Trop Longue) » !!!! Inutile de vous rappeler les instructions du dernier concours d’écriture sur ce quartier ! Voilà l’OS d’origine, sans la contrainte des 2500 mots. Ben oui, il avait fallu que je sabre un peu … beaucoup … à la folie (!!!) pour que ça rentre dans les quotas et que je puisse participer !!!! lol ! ^^
Have fun hunters !
23 décembre 2006
La foule s’était amassée autour de la bâtisse municipale. La nuit était tombée depuis quatre bonnes heures et la neige durcissait à mesure qu’elle atteignait le sol, transformant celui-ci en une impeccable patinoire. Mais l’angoisse ressentie par tous les parents échauffait les esprits et concurrençait ce froid polaire. Alors qu’ils étaient venus récupérer leurs enfants à la crèche après la fête organisée par la communauté, ils avaient trouvé les portes closes. Désemparés par les cris qui émanaient de l’intérieur, ils avaient tout tenté pour y pénétrer et secourir leur progéniture. Malheureusement, leurs essais échouèrent tous, sans exception. Alertées, les forces de l’ordre essayaient tant bien que mal d’établir un contact avec cet étrange preneur d’otages mais là encore, leurs efforts furent vains.
C’est alors que, venus de nulle part, deux jeunes agents du FBI en tenue civile leur avaient demandé de se calmer, leur expliquant qu’ils savaient à qui ils avaient affaire et qu’ils géraient la situation. Mais cela faisait bien trente interminables minutes qu’ils avaient disparus et les pleurs des enfants à l’intérieur étaient toujours aussi déchirants.
En passant par les égouts, les deux hommes avaient réussi à entrer dans la cuisine du local. Mis à part leurs pantalons mouillés jusqu’aux genoux qui étaient en train de geler, cette chasse ne présentait pas de difficulté particulière. Ils connaissaient leur cible, ils savaient comment l’exterminer et la localiser avait été un jeu d’enfants, au sens propre comme au figuré. Il ne leur restait plus qu’à agir. Ils sortirent d’étranges tasers de leurs ceintures et les armèrent. Ils jetèrent un œil rapide à la situation dans la grande salle de jeux puis se remirent à couvert. Finalement, ce serait plus compliqué qu’ils ne le pensaient. Deux assistantes maternelles étaient retenues prisonnières dans un coin de la pièce mais les autres adultes gisaient inanimés sur le sol. Le croque-mitaine, quant à lui, regardait tous ces bébés avec envie. Salivant abondamment, il n’était pas difficile de comprendre qu’il allait satisfaire son appétit morbide dans peu de temps. Le plus vieux des agents ne perdit pas de temps et commença à avancer lorsque son partenaire le retint par le bras. Sa voix couverte par les pleurs d’enfants, il chuchota :
- Attends, Dean !
- Quoi ?
- On ne peut pas lui envoyer 2000 volts comme ça au milieu de tous ces gamins. C’est trop dangereux.
- Bon point pour toi, Sammy ! Il va falloir l’attirer par ici et fissa, parce qu’il va entamer les amuse-gueule dans quelques secondes !
- Qu’est-ce qu’on fait ? S’il nous voit ou s’il nous sent, il va tous les tuer.
Ils réfléchissaient à un plan lorsqu’une petite main attrapa la jambière de Dean. Ils sursautèrent dans un même élan.
- Dis, monsieur, tu viens nous aider ? Demanda le bambin, à peine âgé de cinq ans.
- Euh, oui, bafouilla le plus vieux.
- Tant mieux parce que lui c’est un gros méchant, indiqua une petite fille qui venait de quitter sa cachette pour les rejoindre.
Une demi-douzaine de jeunes enfants sortirent des placards et s’approchèrent. Sam et Dean échangèrent un regard avec une idée en tête. Ce n’était décidément pas la meilleure qu’ils aient eu mais contraints par l’urgence de la situation, ils s’en accommodèrent.
A peine une minute plus tard, deux petits se placèrent dans l’encadrement de la porte et hélèrent le monstre.
- Eh toi ! Sam il a dit que t’arriverais pas à nous attraper !
- Ouais et même que Dean il a dit que t’avais une face de pet ! Renchérit le second, avant de s’enfuir en entraînant son copain avec lui.
Le croque-mitaine n’apprécia que très moyennement de voir sa nourriture s’échapper. Il abandonna un instant ses hors d’œuvre et se précipita à la recherche des rescapés. Lorsqu’il pénétra dans la cuisine, il entendit une porte de placard se fermer. Il s’approcha avec un sourire mauvais, révélant deux rangées de crocs jaunes et acérés. Soudainement, il se figea. Il huma bruyamment l’air grâce à ses narines caverneuses et renifla une présence inopportune. Ses yeux s’illuminèrent comme l’auraient fait ceux d’un chat, ce qui lui permit de scruter les alentours. Il n’eut pas le temps de s’enfuir lorsque le piège se referma sur lui. Les deux hommes jaillirent de leur cachette et tirèrent simultanément à bout portant sur le géant qui hurla sa rage et sa douleur. L’onde électrique irradia son corps, révélant son squelette par intermittence, derrière sa chair illuminée par les éclairs. Après une série de convulsions et de cris glauques, il s’effondra en un tas de cendres fumantes.
Un grondement sourd se fit entendre et les portes de l’établissement s’ouvrirent enfin. La foule amassée à l’extérieur pénétra en un temps record dans la salle municipale. Tout en lançant des regards craintifs et épouvantés, les parents purent retrouver leurs enfants sains et saufs. Dans l’incompréhension totale mais totalement soulagés, ils ne prêtèrent pas attention aux deux hommes du FBI qui reprirent rapidement et le plus discrètement possible, le chemin des égouts.
24 décembre 2006
Assis sur le capot de l’Impala, les frères Winchester fêtaient le réveillon de Noël à leur manière. Exit le festin aux bougies dans une chaumière chaleureuse décorée de multiples guirlandes colorées et lumineuses ! Ils avaient stationné la Chevrolet dans un parc enneigé et totalement déserté en cette soirée glaciale. Un désodorisant en forme de sapin trônait fièrement sur le rétroviseur intérieur, seul signe distinctif de cette période festive. Ils avaient acheté des plats à emporter et les avaient avalés tout en sirotant des bières et en scrutant silencieusement le ciel. Celui-ci était dégagé depuis peu et ils pouvaient admirer les constellations comme ils avaient l’habitude de le faire. Deux frères, assis côte à côte et profitant du moment présent. Si ces simples conditions pouvaient paraître futiles à une grande majorité de personnes, pour eux, elles étaient indispensables à l’idée qu’ils se faisaient du bonheur. C’était leur conception du parfait réveillon et ils le savouraient dans la mesure du possible.
Malheureusement, comme souvent, ils ne pouvaient s’empêcher de ressasser les derniers événements. Une fois leur chasse terminée, ils avaient fui la ville en toute hâte. Ils n’avaient vraiment aucune intention de répondre aux multiples questions qui brûlaient les lèvres des habitants. Là-bas, ils faisaient figure de héros sans visage. Mais si la mission avait été un franc succès, il ne leur restait pas moins un lourd sentiment de culpabilité : Se servir de si jeunes innocents pour mener à bien cette chasse, même s’ils n’avaient pas eu le choix, les rendait malades. Et invariablement dans ce genre d’occasion, ils se remémoraient leur propre enfance, ruminant leurs espoirs déçus, leurs regrets et leur existence difficile.
- J’aurais préféré ne jamais rien savoir, murmura Sam, tout à ses pensées.
- J’aurais également voulu que tu gardes ton innocence, Sammy, lui répondit Dean avec un sourire contrit.
Chacun d’eux avait formulé ce souhait invraisemblable avec une extrême conviction. Mais à aucun moment ils ne pensèrent que l’étoile filante qui venait de traverser le ciel puisse réaliser leur vœu. Une rafale glaciale les saisit soudain et Sam ne put réprimer un frisson.
- Et si on rentrait voir le match ? Proposa innocemment Dean.
En réalité, il était soucieux de voir son jeune frère transi mais la pudeur masculine l’obligeait à trouver un argument convainquant qui ne laisserait rien transparaître. Loin d’être dupe, son cadet approuva néanmoins d’un léger signe de tête. Après tout, ne seraient-ils pas mieux installés bien au chaud ?!
Lorsqu’ils pénétrèrent dans l’habitacle, leurs narines furent agressées par le parfum « fraîcheur boisée » du désodorisant. Mais le doux confort fourni par l’Impala compensa ce léger inconvénient et ils reprirent doucement le chemin du motel.
Lorsque Dean ouvrit les paupières ce matin là, il eut du mal à se repérer. Il frotta vigoureusement ses yeux à l’aide des paumes de ses deux mains avant de se redresser. Il reconnut alors le canapé du petit appartement de son frère dans lequel il avait l’habitude de dormir lors de ses visites. Il se leva difficilement, courbaturé. Sa dernière chasse avait été éprouvante physiquement et il avait dû attendre que ses blessures guérissent avant de pouvoir venir à Stanford. Il aurait aimé que les contusions disparaissent totalement avant de revenir le voir mais aujourd’hui c’était Noël et Sammy lui aurait reproché son absence. Sans compter que depuis deux mois, il était trop préoccupé par la sécurité de son petit frère pour s’éloigner aussi longuement de lui. Il avait donc camouflé au mieux ses bandages et ses différents points de suture grâce à ses vêtements, ne laissant apparaître que quelques marques sur son visage. L’inconvénient était qu’avec ses pantalons et ses tee-shirts à manches longues, il avait terriblement chaud et sa transpiration n’arrangeait rien à ses blessures. Mais au moins, il n’avait pas eu à inventer une histoire rocambolesque et mentir encore à Sam.
En se dirigeant vers la fenêtre, il se passa une main sur le visage pour mieux se réveiller. Il observa la fine couche neigeuse en contrebas. De la neige en Californie ! Même en plein hiver, c’était quelque chose d’exceptionnel, presque impossible … et pourtant. Tout était silencieux. Comme à chaque vacance, le campus avait été déserté mais en cette période de fête, il lui semblait qu’il n’y avait plus aucune forme de vie mis à part son frère et lui. Les rayons du soleil filtraient à travers les nuages cotonneux et ajoutaient un peu plus de sérénité à ce moment. Il se sentait bien. Il était ici, avec Sammy, et c’était tout ce qui comptait pour lui. Il profita donc de l’instant jusqu’à ce qu’il se remémore les tragédies de l’année écoulée. 2005 touchait à sa fin et le bilan était catastrophique. Les chasses s’accumulaient, les chasseurs étaient débordés et le danger devenait alarmant. Les démons envahissaient peu à peu leur quotidien, supplantant en nombre les créatures surnaturelles qu’ils avaient l’habitude d’éliminer. Grâce à des pièges peints au plafond ou sous des moquettes, ils pouvaient les emprisonner mais ils avaient mis du temps à trouver des exorcismes qui les renvoyaient en Enfer. Et en attendant, combien d’hommes étaient morts ? Des inconnus mais aussi des amis de leur père, des personnes sur qui ils avaient toujours pu compter, des chasseurs expérimentés, tous avaient été exterminés les uns après les autres !
Le plus inquiétant à ses yeux, était le fait qu’il ne pouvait pas protéger son frère comme il l’aurait souhaité. Il imaginait sa réaction s’il lui peignait une clé de Salomon sur le plafond de sa pièce de vie ou s’il répandait du sel devant chaque ouverture ! Pourtant ça aurait peut-être sauvé la vie de Jessica, la fiancée de Sammy. Un démon était entré dans son ancien appartement, environ deux mois auparavant, alors que Sam et lui étaient sortis chercher à manger. A leur retour, la radio s’était mise à grésiller dans l’Impala et un orage électrisait le ciel. Demandant à son cadet de décharger les courses, il s’était précipité à l’intérieur et avait trouvé Jess, les bras en croix, stigmatisée au plafond de la chambre en train de hurler sa douleur. Du sang s’écoulait de son ventre et gouttait abondamment sur le lit. Les flammes avaient alors explosé de part et d’autres de son corps meurtri et s’étaient répandues à une vitesse incroyable dans la pièce. Il avait dû développer une force à toute épreuve pour empêcher son frère d’entrer afin de secourir sa petite amie.
Depuis Sammy, était anéanti. Il avait perdu tout cet entrain qui le caractérisait si bien auparavant. Malgré tout, il avait décidé de poursuivre son cursus, prétextant que c’était ce qu’aurait voulu Jessica. Il avait déménagé à l’autre bout du campus et jour après jour, il essayait de se convaincre que l’incendie était accidentel, qu’il allait mieux et que son frangin surprotecteur pouvait à présent le laisser un peu respirer. Mais de leur côté, les deux autres Winchester savaient que le coupable était en réalité le démon qui avait tué Mary, exactement vingt-deux ans plus tôt. Ces deux drames étaient incontestablement liés et c’était extrêmement inquiétant. A chaque fois, Dean avait sauvé son frère des flammes in extremis. Aujourd’hui, il avait encore du mal à se remettre de l’angoisse qu’il avait ressentie à l’idée de le perdre. Et la simple pensée de le laisser seul était insupportable. Même lorsque Sammy lui avait fait comprendre qu’il avait besoin d’un peu d’espace, il était resté à proximité, l’épiant discrètement, l’appelant régulièrement ou passant des jours en planque dans sa voiture. Si John n’avait pas été en danger imminent, réclamant impérativement son aide, il n’aurait pas participé à cette dernière chasse afin de rester le plus près possible de son frère.
Pourquoi le sort s’acharnait-il sur eux ? Il avait pourtant tout fait pour le protéger, le préserver de cette vie pourrie dans laquelle lui-même était obligé de se débattre. Il se souvenait de ce Noël où son jeune frère, âgé alors de huit ans avait trouvé le journal dans lequel leur père relatait avec précision ses chasses. Sammy n’avait pas eu le temps de lui quémander quelques précisions car il s’était mis dans une colère noire. Il lui avait fait jurer de ne plus jamais fouiller dans leurs affaires puis il s’était sérieusement occupé de convaincre leur père de le placer en internat afin de le préserver de la dure réalité qui les entourait. John était resté buté et avait longtemps refusé en prétextant que son plus jeune fils était plus en sécurité avec eux. Mais un jour, il était rentré d’une chasse, déconcerté, abattu comme jamais auparavant. Il n’avait rien voulu lui dévoiler mais après quelques temps l’aîné eut finalement gain de cause. Sam en avait été extrêmement malheureux au début. Toutefois, il avait pu poursuivre une scolarité irréprochable, à la hauteur de ses capacités et de ses espérances. D’un côté ça lui faisait plaisir pour son jeune frère – sans compter qu’il se sentait rassuré de le savoir en sécurité, loin de cette existence dangereuse et morbide – mais d’un autre côté, ces longues périodes de cours étaient interminables tant il lui manquait. Il s’était donc réfugié dans les chasses où l’entraînait leur père et s’était perfectionné au fil du temps tout en s’assurant que son cadet n’apprenne jamais rien.
Pendant les vacances, il profitait de chaque instant avec Sam et redoutait les jours de rentrée. L’éloignement avait fait qu’ils n’étaient plus aussi proches qu’avant. Malgré tout, ils mettaient tous deux un point d’honneur à préserver ce lien si fort qu’ils partageaient.
La relation entre John et son plus jeune fils, quant à elle, s’était lentement détériorée. Le plus vieux était vite devenu froid et distant. L’adolescent qu’était Sam à l’époque disait que ça lui convenait parfaitement mais il en était tout autre en réalité. Il en avait terriblement souffert sans jamais l’avouer. Aujourd’hui, ils ne se parlaient presque plus. Pourtant, Dean entendait toujours des « Garde un œil sur Sam ! » ou « Surveille Sam ! » – lui rappelant continuellement son rôle essentiel d’aîné. Malgré tout, quelque chose avait changé car avant, les recommandations paternelles ressemblaient plutôt à « Fais attention à Sammy ! » ou « Veille sur Sammy ! » Ce bouleversement s’était effectué dès son retour de cette mystérieuse chasse. Il était persuadé que son père connaissait une information capitale sur Sam que lui ignorait et ça l’horripilait.
Dean sortit de ses pensées lorsqu’il entendit son cadet se lever. Après un brouhaha étrange et une série de jurons l’informant que Sam avait dû se cogner, il le vit enfin passer la porte de sa chambre. Il l’observa discrètement, remarquant les cernes marqués sous ses yeux, conséquence de son manque de sommeil. Il savait pertinemment que leur soirée de la veille ne l’aurait pas plongé dans un tel état d’abattement. Il en déduisit que son frère était toujours hanté par de douloureux cauchemars et qu’il faisait en sorte de dormir le moins possible afin de ne pas y être confronté.
- Hey, Perry Mason ! Bien dormi ? Lui lança-t-il tout sourire pour tenter de le faire sortir de sa torpeur.
- Mmm, grogna l’intéressé en relevant mollement et très légèrement sa main pour le saluer tout en se dirigeant vers la cafetière. Merde ! Reste que ça ?! Ronchonna-t-il en désignant le récipient pratiquement vide.
- T’as des trous de mémoire en plus ?! Hier, tu en as bu plusieurs litres en un temps record. D’ailleurs, tu devrais peut-être y aller mollo avec ça.
- C’est pas de la drogue, Dean !
- Ouais, mais peut-être que tu dormirais mieux.
- J’vois pas de quoi tu parles, marmonna-t-il en détournant le regard, mal à l’aise.
Le silence s’installa. Les frères Winchester n’avaient pas vraiment l’habitude des grandes conversations à cœur ouvert et dans ce cas précis c’était officiellement une lacune. Même si l’aîné avait une sainte horreur de ces moments qu’il qualifiait allègrement de « papotages de gonzesse », il s’inquiétait sincèrement pour son petit frère et il aurait aimé qu’il se confie un peu.
De son côté, le plus jeune en avait bien conscience mais même s’il avait un grand respect et une totale confiance en son aîné, il n’avait aucun moyen d’évoquer ce qu’il ressentait. Le gouffre immense qui avait envahi tout son être depuis la disparition de Jess, ne lui permettait pas de réfléchir correctement ni de s’exprimer ou encore de vivre normalement. Non seulement il n’arrivait pas à oublier mais en plus, dès qu’il fermait les yeux, il revivait le soir de sa mort. Il se sentait sombrer et la seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher était Dean. Sa simple présence suffisait à lui maintenir la tête hors de l’eau. S’il n’avait pas été là pour le soutenir, il aurait coulé depuis bien longtemps. Reconnaissant, il se décida à lui accorder un regard et croisa ses yeux inquiets.
Embarrassé par la situation et attendri par la mine malheureuse de son frère, l’aîné tenta une nouvelle approche :
- Ben, si tu veux, à défaut de café, il reste du lait de poule.
Sam attrapa le gobelet qu’il lui tendait et en huma le contenu.
- Pouah, tu l’as corsé ?! S’exclama-t-il en grimaçant, dégoûté par la forte odeur d’alcool qui s’en dégageait.
- Il a bien fallu ! J’avais l’impression que c’était la mère Noël qui l’avait préparé pour le p’tit Jésus, se moqua le plus vieux en retrouvant son sourire.
- Ouais, ben moi j’ai besoin de café ! Décréta le cadet qui commençait à éprouver le manque.
En quantité suffisante, l’absorption de caféine diminuait la sensation de somnolence. Le besoin de dormir devenait insupportable et il avait de plus en plus de mal à y résister. Or sa logique était simple : Pas de sommeil, pas de cauchemars, pas de douloureux souvenirs, pas de cris ni de pleurs mal étouffés et donc pas d’interrogatoire désagréable émanant de son grand frère surprotecteur. Dean s’inquiétait suffisamment pour lui et il n’avait pas l’intention d’en rajouter. Par conséquent, ce fut sans attendre qu’il partit se préparer pour sortir chercher son précieux breuvage.
En cette journée de Noël, aucun établissement du campus n’était ouvert. Les Winchester arpentaient les rues où ils croisaient de temps à autres quelques jeunes gens tout aussi perdus qu’eux. Sam se sentait vraiment fatigué et bien qu’il fasse en sorte de ne pas le montrer, l’attitude de Dean prouvait qu’il s’en était déjà aperçu. Le plus vieux ne cessait de lui lancer des regards inquiets. Il avait même proposé de prendre l’Impala pour aller faire des courses dans la ville voisine, au risque de glisser sur une plaque de verglas et d’égratigner son précieux bébé ! Bien sûr Sam avait catégoriquement refusé en prétextant qu’ils allaient bien trouver quelqu’un sur place pour leur fournir un peu de café. Frustré, il frappa donc aux portes du peu de voisins qui n’avaient pas quitté le campus. Mais l’accueil fut aussi chaleureux que le climat polaire qui régnait à l’extérieur. Pourtant, il avait reconnu des personnes qu’il avait aidées depuis qu’il habitait ici. Il persista malgré tout jusqu’à la dernière porte. N’essuyant que des refus, il regarda son aîné avec ses yeux de chien battu, en espérant que sa proposition soit toujours d’actualité.
- Tu sais quoi Sammy, sur ton CV tu devrais ajouter proctologue, lui indiqua Dean.
- Quoi ?
- Ben ouais , ici t’es entouré de trous du cul !!!!
- Très drôle, maugréa-t-il sans pouvoir s’empêcher d’esquisser un sourire. Tu t’attendais à quoi ? On n’est pas dans Friends … ni dans Sex And The City, ajouta-t-il pour tenter de détacher le regard lubrique de son frère des jolies étudiantes qui les croisèrent en gloussant.
- Pfff ! Rabat-joie ! … Allez viens, Ally Mc Beal ! On va te trouver ta dose de caféine.
Habitué aux surnoms peu conventionnels que son aîné lui affublait sans cesse, il ne releva pas. Ce qui ne l’empêcha pas d’afficher sa contrariété avec une moue toute personnelle.
Dean s’en réjouit avant de l’entraîner dans l’Impala, à la recherche d’une boutique ouverte.
Ils durent sortir du campus et parcourir plusieurs kilomètres avant de trouver une station service ouverte. Ils s’empressèrent d’y entrer mais à peine avaient-ils passé la porte qu’ils se figèrent sur place. A quelques mètres d’eux, le caissier se faisait braquer. La seule chose que vit Dean fut l’arme pointée sur le pauvre gérant. Il glissa discrètement sa main sous sa veste au niveau de son dos, à la recherche de son colt. Avant d’intervenir, il se plaça instinctivement devant son frère. Mais alors qu’il dégainait son arme, Sam attrapa son bras et le stoppa avec de grands yeux ronds. Interloqué, il le dévisagea. Le fait de croiser son regard lui indiqua clairement que son cadet ne voulait pas qu’il intervienne de cette manière et qu’il avait une autre idée en tête. Il était encore en train de peser le pour et le contre lorsque le braqueur les interpella :
- Eh ! Vous ! Venez ici que je vous vois.
Découverts, ils n’eurent pas d’autres choix que d’obéir. Ils avancèrent donc prudemment. Tout en restant sur ses gardes, Dean profita d’être dissimulé par le rayon pour camoufler son arme dans la ceinture de son pantalon. Il sursauta lorsque Sam prit la parole :
- On est désolé … on voulait juste du café.
- J’suis pas un criminel, d’accord ?! Se justifia l’homme en tremblant. Moi j’veux juste que mes enfants soient heureux pour Noël.
Ce n’est qu’à ce moment précis que l’aîné s’aperçut de ce qui était posé sur le comptoir : de la nourriture et des jouets ! Il comprit alors la réaction de son frère. Mais bien qu’il soit impressionné par son courage, il garda sa main sur son colt, juste au cas où !
- Vous avez raison, poursuivit Sam, les bras levés en signe de paix. Aujourd’hui c’est Noël et tout le monde devrait être heureux. Alors je vous propose un marché : je paie tous vos achats et en échange, vous baissez votre arme et vous vous engagez à ne blesser personne. Parce que c’est évident que vous n’êtes pas un criminel …
D’abord réticent, le braqueur écouta les nouveaux arguments pertinents du jeune homme qui sortit sa carte de crédit afin de lui prouver qu’il respectait ses engagements. Dean surveillait tous les faits et gestes des trois protagonistes et l’angoisse qu’il ressentait pour son cadet était en train de réveiller son ulcère. Une fois l’encaissement terminé, le voleur entassa ses courses dans des sacs et partit sans les quitter des yeux. Arrivé à la porte, il marmonna quelques mots d’excuses et s’enfuit en courant. Très fier de ce que venait d’accomplir son jeune frère, l’aîné des Winchester lui fit remarquer sur le ton de la plaisanterie :
- Impressionnant plaidoyer, maître.
Sans même lui accorder un regard, Sam prit ses paquets de café, régla son dû au caissier et prit un gobelet fumant au distributeur. Puis il se dirigea vers l’Impala, toujours dans un silence religieux. Son aîné l’observa attentivement, essayant de comprendre cette attitude étrange, avant de se résoudre à le suivre. Il allait quitter l’établissement lorsqu’il s’arrêta puis se retourna pour lancer un « Joyeux Noël ! » retentissant à l’homme au visage livide qui ne réagissait toujours pas. Enfin il rejoignit son frère déjà assis dans l’impala en train de fixer un point imaginaire droit devant lui, tout en sirotant son café.
Le trajet du retour se fit au son des guitares électriques de Deep Purple. Jusqu’à l’appartement, Dean lança régulièrement des regards furtifs à son passager, les sourcils froncés, essayant désespérément de comprendre où pouvait se situer le problème. Arrivés à destination, il ne put se retenir plus longtemps.
- Quoi ? Demanda-t-il simplement en refermant la porte d’entrée derrière lui.
- Rien, répondit le plus jeune en allant préparer la cafetière.
- Sam.
Le silence s’installa à nouveau mais le cadet, qui sentait les yeux inquisiteurs de son frère braqués sur lui, explosa :
- D’accord. Tu veux savoir ? J’en ai marre. Tu as une arme, Dean ! Un putain de flingue ! Et encore, je ne te parle même pas du couteau que tu planques sous ton oreiller …
Comme pour prouver ses dires, il sortit la lame que son aîné avait planquée bien soigneusement dans son sac sous le canapé et la brandit devant lui. Il se figea en croisant le regard furieux de son frère mais reprit contenance très rapidement, bien décidé à obtenir les réponses qu’il désirait depuis si longtemps.
- C’est pas la peine de me regarder comme ça. J’ai plus huit ans et ici c’est chez moi alors je peux farfouiller autant qu’je veux ... Et cette fois tu ne pourras pas te débarrasser de moi aussi facilement, ajouta-t-il en se remémorant ce douloureux souvenir. J’veux qu’tu m’expliques pourquoi tu te balades avec tout cet arsenal et surtout j’exige que tu me dises ce que tu fais comme foutu job.
L’absence de réponse et l’attitude stoïque de son interlocuteur le frustrèrent au plus haut point. Il sentit ses mâchoires et ses poings se serrer. Pourquoi son frère n’avait-il pas suffisamment confiance en lui pour lui dévoiler la vérité ? Quel était ce si lourd secret qui avait brisé leur complicité lorsqu’ils étaient enfants et rongeait insidieusement la confiance qu’ils essayaient de s’accorder aujourd’hui ? Il était adulte maintenant. Il pouvait comprendre. Il pouvait encaisser. Et il voulait savoir ! La colère le submergea et il s’emporta :
- Tu m’emmerdes, Dean ! Tu ne veux rien me dire ? Très bien ! Mais tu ne peux pas m’obliger à te regarder te foutre en l’air.
- Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Demanda l’aîné sur la défensive, en fronçant les sourcils.
- Regarde-toi, mec ! T’es une vraie loque. Quand t’as pas le look d’un boxeur amateur, c’est celui du poivrot du coin. Depuis qu’t’es tout petit, ta seule ambition c’est de suivre les traces de Papa et autant dire que ça ne t’a pas réussi.
- Laisse Papa en dehors de ça !
- Pourquoi ? Tout ça, c’est de sa faute ! Il t’a entraîné dans cette vie de merde et …
- Sam !
Ils se toisèrent un moment, se lançant mutuellement des regards incendiaires. Le silence soudain devint vite oppressant et ce fut le plus vieux qui bougea le premier. Il commença par récupérer le couteau des mains de son frère, puis saisit son sac tout en rassemblant ses affaires.
- Qu’est-ce que tu fais ? S’inquiéta le cadet.
- D’après toi ?! … lui répondit sèchement son frère tout en se dirigeant vers la sortie. Ne t’inquiète pas Sam, tu n’auras plus à supporter la loque chez toi !
- Non, attends ! C’est pas …
Sa phrase fut interrompue par le claquement de la porte d’entrée. Quelques secondes plus tard, il entendait le ronronnement de l’Impala s’éloigner. Il se laissa tomber sur le canapé, totalement anéanti. Il posa ses coudes sur ses genoux et profita de cette position pour enfouir son visage dans ses mains. Ce n’était pas ce qu’il voulait. Non, c’était même à l’opposé de ce qu’il espérait. Comment ça avait pu si mal tourner ? Pourquoi les mots qu’il avait employés n’avaient pas eu le sens qu’il avait voulu leur donner ? C’était pourtant simple : Il aurait aimé faire comprendre à son grand frère qu’il s’inquiétait vraiment pour lui. Que s’il poursuivait dans cette voie, tout irait de plus en plus mal jusqu’au jour où ... Il s’arrêta là. Il s’interdisait d’y penser. La survie de son grand frère dépendait des choix qu’il ferait maintenant et il était de son devoir de l’aider à s’orienter vers ce qui serait bien pour lui. Dean méritait mieux que cette vie de débauche. Il devait cesser de prendre des risques. Il fallait qu’il comprenne que c’était trop dangereux. Parce que, pour être tout à fait honnête, il avait besoin de lui et il refusait de le perdre sous prétexte qu’il se bornait à suivre la sinistre route imposée par leur père.
Malheureusement, ce qu’il avait dit avait eu l’effet inverse. Dans un souffle bref, il laissa échapper un petit rire triste avant de secouer la tête entre ses mains devenues moites. Il avait réussi à empêcher un drame à la station service mais avait été totalement incapable de raisonner son frère. Pourquoi était-ce si difficile de parler avec lui ? Il s’en voulait terriblement de ne pas avoir trouvé les mots justes. Dire qu’avant ils se comprenaient d’un simple regard.
« Avant », voilà bien le terme qui suffisait à tout résumer. Il leur arrivait souvent d’être en désaccord mais au point que Dean parte en claquant la porte, c’était assez rare. La dernière fois qu’il l’avait vu aussi fâché, il n’était âgé que de huit ans. Il avait dit à son aîné qu’il avait trouvé cet étrange journal que leur père rédigeait régulièrement et sa réaction avait été explosive ! Il avait tout tenté pour se faire pardonner mais rien n’y avait fait : il s’était quand même retrouvé à l’internat, loin de sa famille, loin de son frère. Il détestait ce journal, son père et tout ce qui lui rappelait cette maudite journée qui, il le savait, avaient déterminé ce changement si radical de son existence. Mais étrangement, il n’en voulait pas du tout à Dean. Il avait pris conscience que son grand frère avait fait tout ça dans son intérêt, afin qu’il n’ait pas la même vie que lui. Il se sentait même redevable et avait décidé que c’était son tour de prendre soin de lui. Son aîné était tout pour lui alors il refusait de le perdre sous prétexte qu’il n’avait pas su se faire comprendre.
Il décida d’attendre un peu, le temps qu’il se calme, puis il l’appellerait pour s’excuser.
Quand il entendit frapper quelques minutes plus tard, il retrouva l’espoir et se précipita pour ouvrir. Il recula d’un pas et changea d’expression lorsqu’il vit celui qui se tenait sur le perron.
- Papa ?
L’impala venait de quitter le campus et filait droit devant elle, dans une direction indéterminée ou, tout du moins, pas encore définie par son conducteur.
Derrière le volant, Dean était toujours aussi énervé et il n’arrivait pas à se calmer. Il était incapable de décider ce qui était le plus difficile pour lui : le fait de s’être disputé avec Sam ou l’image que son petit frère avait de lui. Ils n’avaient échangé que quelques mots mais les paroles résonnaient encore dans ses oreilles et c’était extrêmement douloureux. Pourtant, il ne pouvait pas lui en vouloir. Son cadet n’avait aucune idée de la vie qu’il menait alors comment pourrait-il comprendre ses agissements. Depuis qu’il avait fait le choix de préserver son petit frère de cette existence épouvantable, il s’était également engagé à tout mettre en œuvre pour préserver ce secret. Et qui disait « secret », disait « cachoterie » et donc « mensonge ». Impossible de demander à Sam de lui faire confiance après ça.
Et puis la découverte des armes n’arrangeait pas les choses. Tout petit déjà, Sammy adorait fouiner partout et de toute évidence, il n’avait pas perdu cette sale manie. Ses mâchoires se crispèrent si fort qu’il n’aurait pas fallu beaucoup plus de pression pour que l’émail de ses dents ne s’effrite. Il se maudissait de ne pas avoir été suffisamment vigilent. Quitte à briser leur complicité en lui cachant sa vie de chasseur, il aurait dû aller jusqu’au bout des choses. Cela impliquait de prendre de la distance, de le laisser vivre, choisir sa propre voie … Seulement il en avait été incapable. Il n’avait jamais pu se résoudre à s’éloigner de lui. C’était trop difficile. Et puis c’aurait été comme l’abandonner … encore. Il n’oublierait jamais le regard que lui avait lancé son petit frère lorsqu’il l’avait laissé la première fois dans cet établissement scolaire – un internat qui leur faisait penser à un bâtiment pénitencier. Sammy lui en avait terriblement voulu et il avait fallu énormément de temps avant qu’il daigne répondre à ses nombreux courriers où il avait essayé de lui expliquer que c’était mieux pour lui. Il avait parfaitement compris son ressenti et se détestait, encore aujourd’hui, de lui avoir fait subir ça.
Pourtant, puisque l’objectif principal était de le protéger, il n’avait pas eu le choix. Il restait persuadé que la décision qu’il avait prise à douze ans était celle qui avait permis à son petit frère d’avoir une vie meilleure. Au moins, Sammy avait un avenir. C’était un homme brillant, intelligent et doué dans tout ce qu’il entreprenait. Il méritait d’avoir une vie sereine, sans tous les tourments qui accompagnaient le quotidien des chasseurs. Il n’avait pas à dormir dans sa voiture ou dans un motel miteux, être constamment sur le qui-vive, être le témoin des horreurs infligées aux victimes … Et surtout, il ne risquait pas sa vie à chaque instant …
Il frappa le volant d’un geste rageur, freina sensiblement et stationna la Chevrolet sur le bas-côté. Sa colère l’avait aveuglé et il en avait oublié le plus important : veiller à ce qu’il ne lui arrive rien. Si Sam n’était pas un chasseur, sa situation actuelle n’avait rien de bien rassurant pour autant. Il se passa une main revigorante sur le visage avant de faire demi-tour.
L’impala fila dans l’autre sens, sous un ciel étrangement électrique en cette fin décembre.
- Sam, il y a certaines choses que tu dois savoir, lui avait dit son père en pénétrant chez lui.
Et il lui avait tout dévoilé – froidement, sans même une once d’empathie – depuis l’assassinat de Mary à celui de Jess, en passant par ses différentes chasses. Sam encaissa sans un mot, perdu entre ce qu’il entendait et ce qu’il pouvait croire. Tout ça lui semblait tellement irréel. Et puis, pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Que s’était-il passé pour que John débarque comme ça et lui déballe tout de but en blanc ? Comment devait-il réagir devant ces révélations plus troublantes les unes que les autres ? Il se sentait perdu et n’avait plus qu’un désir en tête : que Dean soit à ses côtés. Il avait besoin de lui et même s’ils s’étaient disputés, il savait que, s’il l’appelait, son frère serait là pour lui. Il ne l’abandonnerait jamais quoiqu’il arrive.
Tout à ses pensées, il balaya la pièce des yeux à la recherche de son téléphone portable. Trop perturbé pour se souvenir où il avait bien pu le poser, il se surprit à espérer que la télépathie soit devenue un moyen sûr pour communiquer avec son aîné. Plongé dans ses divagations, il n’entendit pas la porte d’entrée s’ouvrir lentement derrière lui, réalisant par la même occasion son souhait le plus cher en cet instant.
En effet, le mince entrebâillement dévoila Dean, armé d’un colt au canon extrêmement long. Il entra lentement dans la pièce, le regard suspicieux, les sourcils froncés, sur la défensive. Puis ses yeux s’arrondirent de surprise en apercevant le visiteur de son cadet.
- Papa ? S’étonna-t-il, faisant sursauter Sam au passage.
Le sourire sadique que lui adressa John précéda le changement de teinte de ses iris qui passèrent du cyan à l’ocre. Dean comprit alors que les signes qu’il venait de repérer ne s’étaient pas trompés : le démon était là. Il angoissait déjà à l’idée de l’affronter mais le fait qu’il ait pris possession du corps de leur père, n’arrangeait décidément pas les choses. Sa simple présence étant un danger pour Sammy, il ne perdit pas de temps et braqua le colt singulier sur la tête de son paternel, déterminé à appuyer sur la détente.
- Dean ! Nargua l’homme aux yeux ambrés, devant le regard ahuri de Sam. C’est justement toi que je voulais voir.
D’un simple signe de la main, il le désarma et l’envoya s’écraser contre un mur. Le choc brutal coupa le souffle de Dean qui suffoqua et dut se battre pour ne pas perdre connaissance.
- J’attendais ce moment avec impatience ! Persiffla le démon en s’approchant de lui d’une démarche menaçante. J’ai tout fait pour que ton frère devienne l’un des nôtres. Tout ! D’abord j’ai dû tuer votre mère. Avoue que c’était idiot de sa part de vouloir m’empêcher de prendre mon bien ! Et puis le temps a passé et bien sûr, il a fallu exterminer la petite blonde. Elle était une entrave à mes plans. Tu te rends compte, il envisageait de se marier avec elle ?! « Couler des jours heureux », voilà bien quelque chose qui allait à l’encontre de ce que j’avais prévu pour lui ! Normalement, la mort quelque peu violente et étrange de sa fiancée aurait dû permettre à notre petit Sammy de développer ses dons. La rage, l’envie de vengeance, voilà qui aurait bien arrangé mes affaires. Après tout c’est un trait de famille, pas vrai ? J’avais pourtant pris grand soin de lui laisser suffisamment de temps pour qu’il soit éperdument amoureux d’elle !!! Il aurait dû être dévasté, sentir la colère monter en lui, avoir des envies de meurtres. Mais non, toi, tu te fous toujours en travers de mon chemin. J’vais t’avouer un truc, Dean : C’est gentil d’avoir pris soin de ton frère pour moi mais ton côté surprotecteur … comment je pourrais te dire ça ? … Eh bien, il me porte sur le système ! Tu es comme une putain d’épine plantée dans mon pied et il faut que ça cesse ! Il approcha son visage près de l’oreille de sa victime et ajouta sur le ton de la confidence : Il faut te rendre à l’évidence, fiston : Le destin, c’est le destin ! Et tu ne peux rien faire contre lui. Mais ne t’inquiète pas, je vais te permettre de réparer tes erreurs ! Tu vas m’aider à redonner sa vraie nature à mon p’tit protégé.
- Va te faire foutre ! Articula Dean difficilement.
- Ben, c’est que … tu comprends … l’échéance arrive à son terme. Je vais avoir besoin de lui dans peu de temps alors …
Pétrifié, Sam avait assisté à la scène sans pouvoir réagir. D’abord, son esprit avait refusé de croire ce qu’il voyait et encore plus ce qu’il entendait. Mais, par la suite, et malgré sa volonté, il s’aperçut qu’il restait figé sur sa chaise, comme ligoté par un lien invisible. Il désespérait de voir Dean en danger. Il savait qu’il avait besoin de son aide. Alors il se débattait pour se libérer de cette étrange torpeur qui l’empêchait d’agir. Il se focalisa sur son grand frère et constata, horrifié, que des flots de sang s’échappaient de son corps et se répandaient en une flaque épaisse sur le sol. L’adrénaline envahit son organisme et dans un cri désespéré, il hurla le prénom de son aîné. John tourna alors sa tête vers lui en affichant une moue faussement affligée avant que ses lèvres s’étirent en un sourire mauvais. Sam crut devenir fou. Soudain, comme par magie, il se sentit libéré de ses liens. Il ne perdit pas une seconde et se rua sur son père pour lui asséner une série de coups plus violents les uns que les autres. Devenu enragé, il développa une force surhumaine, écrasant littéralement la tête de celui qui avait osé s’en prendre à son frère. Il ne cessa que pour reprendre son souffle.
- Félicitations, Sam ! Grogna la masse informe et ensanglantée. T’as tué ton propre père. Bienvenue parmi nous !
Une fumée noire sortit soudainement par la bouche de celui qui avait été son père, laissant son corps sans vie sur le sol. Au même moment, Dean s’effondra, inerte. Le cadet se précipita vers lui et assista, démuni et épouvanté, au dernier souffle de son frère.
Ils se réveillèrent en sursaut, en même temps, haletants, transpirants. Recherchant mutuellement la présence de celui dont ils avaient le plus besoin à cet instant, ils tournèrent la tête l’un vers l’autre. En partie réconfortés, ils se dévisagèrent un moment, reprenant doucement leur souffle et leurs esprits.
- Toi aussi ? Demanda Sam pour savoir si son frère avait vécu le même cauchemar.
- Ouais. Putain c’est quoi ce bordel ? Si c’est la nouvelle version de l’Etrange Noël de Monsieur Jack, elle craint !
Ils profitèrent des quelques secondes d’un silence salutaire pour essayer d’analyser ce qui venait de se passer. Ce fut le plus jeune qui arriva le premier à sa conclusion toute personnelle.
- Euh … Dean ?
- Quoi ?
- Je retire ce que j’ai dit hier soir.
L’aîné fixa son frère sans prendre la peine de lui répondre. Un simple échange de regards suffisait amplement pour qu’ils se comprennent. Et puis, avec ce qu’ils venaient de vivre, il admettait bien volontiers que les choses n’étaient pas si mal comme elles étaient. Le fait que Sam ait perdu son innocence avait fait de lui un chasseur émérite et un partenaire de confiance et il ne voulait rien changer à ça. Non, vraiment, tout bien considéré, ils s’en sortaient plutôt bien !
***
A l’extérieur de la chambre, un petit bonhomme de neige inoffensif prit des allures de Jack Frost. Il s’anima imperceptiblement et chuchota avec un sourire empreint de malice :
- Ravi que vous ayez saisi la morale de cette histoire. J’espère que vous aurez aimé mon cadeau. L’embrouilleur vous souhaite un joyeux Noël !
*** Fin ***