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Série : Supernatural
Création : 04.09.2011 à 17h22
Auteur : Madie
Statut : Terminée
« Suite de "La Fleur du Mal" et "Retour aux sources" » Madie
Cette fanfic compte déjà 60 paragraphes
Mantotohpa
Helena, Montana – 2011
- Dean !.... Dean !!!
Revenant brusquement à l'instant présent, l'ainé des Winchester eut soudain l'impression qu'il venait de sortir la tête d'une mer particulièrement agitée.
- Quoi ?
Son frère du présent, bien plus grand que dans son souvenir le regardait avec inquiétude.
- ça va ?
Par-dessus l'épaule de Sam, Dean nota également la présence de Chenoa, qui elle aussi le dévisageait avec une certaine anxiété.
- Euh... Oui... Oui ça va très bien. Bredouilla-t-il tout en essayant de chasser ce souvenir de son esprit.
- Non c'est faux, vous êtes troublé. Coupa Mantotohpa en observant le jeune homme très attentivement.
Le chasseur eut la très désagréable impression d'être un livre particulièrement passionnant pour le vieil indien, aussi, il se mit sur la défensive.
- Ah oui ? Et comment vous pouvez le savoir ?
C'était puérile et sans intérêt comme question, Dean le savait bien, mais il préférait de loin que les attentions se portent sur Man-truc plutôt que sur lui.
- Je le sais parce que je le vois. Répondit l'autre de manière évasive.
- Ah super...Commenta le jeune homme dans sa barbe.
Mantotohpa ne releva pas et se contenta d'observer les trois compères uns à uns.
- D'ailleurs, vous êtes tous troublés...
Intrigués, Dean, Sam et Chenoa interrogèrent le cheyenne d'un simple regard, et celui-ci reprit.
- Vous, commença-t-il en regardant l'ainé, vous êtes hanté par votre passé...Par les décisions que vous avez été amené à prendre. Vous vous sentez responsable de quelque chose...La perte d'un proche, ou d'un ami peut-être...
Le plus âgé détourna aussitôt le regard, sachant pertinemment que Man-Yoda venait de viser juste. Il était effectivement hanté par le remords. Il ne cessait de se dire que s'il était venu en aide à Castiel plus tôt, alors son ami n'aurait peut-être pas commis l'impensable. Mais outre cela, Dean se sentait happé par son passé, par ces souvenirs de lui et de Sam alors qu'ils n'étaient encore que de gosses et qu'ils avaient été placés en famille d'accueil. Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi tout cela remontait aujourd'hui au cours de cette mission ? Il n'avait pas la réponse.
- Vous, continua Mantotohpa en se tournant vers le cadet. Vous vous savez sur le fil du rasoir, vous savez que n'importe quel détail peu vous faire basculer à tout moment. Vous êtes en sursis, et vous avez peur. Peur de devoir y retourner, peur de redevenir celui que vous avez été pendant un an. Peur de vous-même plus que du reste.
A son tour, Sam détourna la tête, comme troublé par les paroles de l'indien. Son frère ainé le connaissait bien, mais il devait avouer que depuis quelques mois, il avait de plus en plus de mal à lire en lui car son benjamin avait pris la fâcheuse habitude de tout garder pour lui. Et si Dean se doutait que certains souvenirs de l'enfer lui revenaient parfois, il ne s'était jamais douté, jusqu'ici, que la menace grandissante de l'effondrement de son « mur » le terrorisait à ce point. Quelque part, il en était même rassuré, Sam n'en était qu'un peu plus humain.
- Quant à toi, finit le cheyenne en regardant Chenoa. Tu es troublée... Troublée par son retour, par votre passé ensemble...Et tu ne cesses de te demander si vous avez un avenir. Mais par-dessus tout, tu as peur. Peur que la menace qui plane sur votre monde ne vous entraine dans les ténèbres. Tu veux te battre...Quoi qu'il en coûte tu ne veux pas baisser les bras, et ce nouvel aspect de toi-même te fais peur.
La jeune femme échangea un regard avec les deux frères, qui avaient tous les deux la très désagréable impression de n'avoir plus de secret pour le vieil indien. Laissant passer un bref moment de silence, Dean reprit malgré tout, n'ayant pas oublié la raison de leur présence ici.
- Bon...Maintenant que les présentations sont faîtes, vous allez peut-être pouvoir nous aider ?
***
Tous ses sens en alerte, Bobby guettait le moindre coup de vent suspect, le moindre craquement étrange de brindille, le moindre cri d'oiseau qui pourrait sembler bizarre. Et puis soudain, il sursauta. Oh, pas à cause d'un Néphélim sortant de l'ombre ou d'une attaque surprise de Wendigo non... C'était tout simplement à cause d'un bruit de claquement...un claquement de mains. Agacé, Bobby se tourna vers son collègue angélique, qui observa ses paumes avec une certaine fierté.
- Quoi ?! Il y avait un moustique qui n'arrêtait pas de me tourner autour !
Roulant des yeux, le chasseur essaya de mettre de côté son agacement et retourna à sa surveillance. Tout paraissait pourtant très calme... Peut-être même un peu trop aux yeux d'un Bobby Singer plus qu'expérimenté.
- Il y a quelque chose de bizarre. Murmura-t-il pour prévenir Balthazar de son pressentiment.
L'ange ne lui répondit pas tout de suite, prêtant plus attentivement l'oreille tout en se rapprochant de deux pas du vieux chasseur.
- Ce ne sont pas des démons.
- Comment vous le savez ? S'étonna Bobby.
- Les démons sentent mauvais.
Le vieil homme reporta son attention sur le chemin, légèrement dissimulé par l'ombre des arbres, et se permit de pousser un nouveau soupir, regrettant amèrement la décision de Castiel.
- J'comprends pourquoi Cass disait que vous étiez bizarre. Ronchonna-t-il.
- Ah c'est comme ça qu'il me qualifiait ? Reprit l'ange.
Bobby le dévisagea des pieds à la tête avant d'arquer les sourcils, pour bien lui faire comprendre qu'aux yeux de n'importe qui, il semblait étrange. Pourtant, Balthazar ne semblait pas vexé, aussi, il répliqua :
- C'est drôle, moi j'avais l'habitude de dire de lui qu'il était trop coincé !
- Là vous marquez un point.
Un bruissement dans les feuilles attira soudain leurs attentions à tous les deux, et tandis que Bobby tira son revolver de sa ceinture, Balthazar fit rapidement glisser une épée d'ange de sa manche.
- Je sens qu'on va enfin avoir un peu d'action ! Commenta ce dernier joyeusement.
***
Dean lança un regard perplexe à son frère qui lui répondit d'un simple haussement d'épaule avant de se tourner à son tour vers Chenoa, qui contrairement à eux observait Mantotohpa avec intérêt. Le vieux cheyenne avait ravivé le feu de son campement à l'aide d'une mystérieuse poudre et chantonnait quelque chose en fermant les yeux.
- Qu'est-ce qu'il fait ? Finit par demander l'ainé à la jeune femme.
Sans doute soucieuse de ne pas troubler le rituel, Chenoa se pencha légèrement vers les deux frères qui firent de même.
- Ils invoquent les esprits.
- Voilà qui va nous aider... Ironisa Dean en jetant un regard mauvais au cheyenne.
- Dean...
- Quoi ? Je ne crois pas aux diseuses de bonne aventure, je ne vais pas croire au rituel magique d'un indien-sorcier !
L'ainé s'attira alors les regards sévères de Sam et Chenoa, vue comme ça, le jeune homme avait presque l'impression d'avoir à nouveau sept ans, et qu'il était en train de se faire gronder par ses parents.
- Arrêtez de me regarder comme ça...Vous me faîtes flipper !
- Mantotohpa est sans doute l'homme le plus sage que je connaisse. Expliqua la cheyenne. Si quelqu'un peut savoir où se trouve Hiamovi, c'est bien lui.
- Laisse-lui une chance. Rajouta Sam.
Dean aurait bien voulu répliquer que pendant que Manonomachin se faisait un trip à l'encens, Hiamovi était Dieu sait où et que la Fleur risquait de tomber entre de mauvaises mains, mais il préféra pourtant s'abstenir, sûrement parce que Chenoa avait confiance en ce vieux fou. Et Sam avait confiance en Chenoa...Et lui...ben lui avait confiance en son frère.
- Hiamovi a été choisi.
Surpris qu'il se remette soudain à parler, Dean et Sam se tournèrent brusquement vers le vieil indien qui avait rouvert les yeux.
- Choisis ?
- Pour protéger quelque chose. Quelque chose de dangereux.
Le plus jeune des deux frères secoua la tête, comme s'il se noyait peu à peu sous les informations.
- Attendez mais... pourquoi Hiamovi ? Je veux dire...c'est Hiamovi...
Mantotohpa l'observa sans comprendre.
- Voilà ce que j'appelle parler pour ne rien dire.
En temps normal, Dean se serait volontiers délecter de la situation, d'autant que le regard perdu que lançait son jeune frère à l'indien était particulièrement drôle... Sam en face d'un exercice de maths...Voilà à quoi son ainé pensait en le voyant observer Mantruc de la sorte.
- Non ce que Sam demande c'est, pourquoi Hiamovi ? Qu'a-t-il de spécial pour avoir été choisis pour cette mission ? Interrogea Chenoa.
Le vieux sage la dévisagea un instant, l'air surpris.
- Chenoa...toi plus que quiconque tu devrais le savoir. Cholena et toi avez le même don.
- Cholena ? Répéta Sam à voix basse en se tournant vers elle.
- Ma grand-mère... Elle...On dit qu'elle voyait l'âme des gens.
Le jeune homme échangea un rapide coup d'œil avec son ainé, qui paraissait soudain presque aussi perplexe que lui, malgré tout, Chenoa reprit.
- Man'... Hiamovi est-il un Nashoba ?
Le visage du vieil indien s'illumina soudain, signe que, quelle que soit la question, la réponse était affirmative. Dean, plus perdu que jamais lança un coup d'œil à Chenoa dont l'expression était un peu près la peine que si elle venait de résoudre une énigme mathématique vieille de plusieurs siècles. Perplexe, le jeune homme se tourna vers Sam, qui à son grand dam, arborait la même expression.
- Bon et pour les derniers de la classe qui préfère avec les sous-titres ça donne quoi ?
Il n'obtint pas de réponse...Non car tous venaient de sursauter en entendant soudain le hurlement proche de ce qui devait être un chien des Enfers. D'un même mouvement, Dean, Sam, Chenoa et Manmouchou se redressèrent, les sens à l'affut.
- Ce n'est quand même pas ce que je crois ? Murmura Chenoa d'une voix mal assurée.
Les deux frères échangèrent un rapide et discret regard, confirmant malheureusement leurs craintes à tous. Le vieil indien attrapa alors une branche qui agonisait lentement dans le feu au centre du campement. Puis, il se mit à dessiner un immense cercle autour d'eux, continuant de psalmodier quelque chose qui devait être de l'algonquien, mais que Dean ne saisit pas.
- Restez à l'intérieur !
Personne n'osa désobéir, tous avaient déjà eu affaire aux chiens de l'enfer, Dean il y a trois ans, Sam et Chenoa au cours de la mission de la Fleur du Mal à Glasgow l'an passé.
Aucun des cerbères n'était visible et c'était sans doute mieux ainsi, car l'ainé ne se rappelait que trop bien de leur venue, de leur allure, de leurs griffes, et de leurs crocs.
- Qu'est-ce qu'on fait ? S'angoissa Chenoa en agrippant inconsciemment le bras de Sam.
Le jeune chasseur sortit son arme de sa ceinture avant de chercher l'approbation dans le regard de son ainé qui lui désigna d'un simple coup d'œil un fourré devant lequel devait se tenir l'une des créatures. Le plus jeune pointa son revolver dans cette direction et tira un unique coup. Décharge de sel qui dû se loger directement dans la tête du monstre qui poussa un grognement de douleur et de colère.
Des traces de griffures se dessinaient peu à peu tout autour du cercle magique dessiné par Mantotohpa, et les chasseurs comprirent rapidement que les cerbères ne seraient pas repoussés très longtemps.
- Quand le cercle sera rompu...Courrez le plus vite possible. Ne vous retournez surtout pas ! Ordonna Dean en appuyant particulièrement son regard sur Sam.
Son frère du saisir son message puisqu'il prit la main de Chenoa dans la sienne, bien déterminé à la mettre en sécurité avant tout. Le plus jeune fit un léger signe affirmatif de la tête avant de reporter son attention sur un des chiens, qui devait se trouver à quelques centimètres à peine de lui.
Et puis soudain, une lumière blanche aveugla tout le monde. Les deux frères, d'abord réticents à l'idée de se cacher les yeux et de perdre ainsi de vue les Chiens, cédèrent finalement lorsqu'ils s'aperçurent que les créatures elles aussi semblaient avoir été surprise par cet éclat lumineux.
Indifférent au juron que lança son frère ainé, Sam se força à entre-ouvrir très légèrement les yeux quand il sentit une nouvelle présence arriver dans la clairière. Il eut juste le temps d'apercevoir deux silhouettes arrivées en courant, tirant à volonté sur les cerbères qui s'écroulèrent les uns après les autres, puis une voix, celle de Balthazar leur ordonna de fuir.
Laissant volontiers les créatures à l'ange, le jeune chasseur attrapa la main de Chenoa et emboîta le pas à son ainé qui avait saisi Mantotohpa par le bras, le forçant ainsi lui aussi à quitter le campement.
Dès qu'ils furent parvenus à se mettre à l'abri sous les arbres, un peu plus loin, tous se permirent de rouvrir les yeux sans crainte, aussi Dean se tourna vers son frère, l'air satisfait.
- Bonne idée de les laisser en renforts tous les deux !
- Je commence à avoir l'habitude des surprises de dernière minute. Grogna Sam sincèrement.
Cette réflexion lui attira le regard tristement amusé de son ainé qui approuva d'un simple hochement de tête avant de reporter son attention aux alentours, comme aux aguets.
- Quoi ? S'inquiéta Chenoa aussitôt.
- Vous entendez ?
- Entendre quoi ?
Sam prêta l'oreille à son tour, et comprit aussitôt les angoisses de son ainé. Le silence, voilà ce que Dean avait entendu...Tout était silencieux autour d'eux, pourtant, en plein jour, la forêt devait regorger de vie, et même si celle-ci ne se voyait pas, elle devait au moins s'entendre. Mais pas là...Ici tout était sombre...Tout semblait mort. Difficile pour le jeune Winchester de ne pas se rappeler de ce week-end cauchemardesque qu'il avait vécu en Californie, alors qu'il n'avait que seize ou dix-sept ans.
- Quelque chose approche. Annonça Mantotohpa d'une voix mystérieuse.
- Cool...on peut dire que tu sais bien mettre l'ambiance. Commenta Chenoa en se rapprochant inconsciemment des deux frères.
Le plus jeune se tourna vers Dean, lui demandant silencieusement ce à quoi ils allaient avoir affaire. Car, même si ses talents de chasseurs s'étaient bien développés au cours de cette année passée à traquer, seul ou avec les Campbell, montres et Alpha, Sam devait bien avouer que sa perte de pouvoirs depuis son retour des Enfers s'avérait parfois être un véritable handicap. Il ne pouvait plus envoyer balader les démons, et ne percevait plus la présence de Néphélims...
Et justement, Dean sortit lentement une lame noire de son sac avant d'entendre une à son frère et une autre à Chenoa.
Et effectivement, les hybrides ne se firent pas attendre. Deux d'entre eux surgirent tout à coup des buissons, pensant sans doute prendre le groupe par surprise. Ils furent bien mal accueillis, tous les deux tués en une fraction de secondes par les deux frères, qui lancèrent d'un même geste les armes qu'ils venaient de prendre. Les Néphélims s'écroulèrent lourdement au sol tandis que Mantotohpa et Chenoa leur lancèrent un même regard étonné.
Dean haussa des épaules en affichant un faux sourire humble pendant que son frère récupérait leurs armes et rendait celle à son ainé.
Les autres hybrides ne se firent pas priés non plus et attaquèrent presque aussitôt, mais de manière plus organisée cette fois, séparant ainsi les membres du groupe.
Réticents à l'idée de s'éloigner trop de Chenoa les deux frères furent pourtant surpris de la voir mettre à terre l'un de leur ennemi avant d'en tuer en autre, le tout sans la moindre difficulté. Sam se tourna vers son ainé qui haussa de nouveau une épaule avant de se rapprocher cette fois du vieil indien, qui lui non plus ne se laissait pas faire. Mais il était leur seule chance de retrouver Hiamovi, il ne devait rien lui arriver.
Repoussé légèrement à l'écart du groupe, Sam désarma un de ses adversaires et se servit de sa prise autour de son bras pour se retourner vivement, le Néphélim devant lui, en parfait bouclier contre un autre hybride qui espérait le prendre par surprise en se servant de ses pouvoirs. Mais tout ce que la créature réussit à faire, fut de tuer son « collègue ». Profitant de l'effet de surprise, Sam ne perdit pas une seconde et tua le second ange déchu en lui plantant la lame noire en plein cœur. Son attention fut alors détournée par Chenoa, en difficulté contre l'un de ses attaquants. Avertit au dernier moment par un cri de son frère, Sam tua un Néphélim qui avait tenté vainement de le prendre par surprise en le prenant à revers. Sans même lui accorder un regard, le chasseur s'élança au cœur de la mêlée, mettant ainsi plus de distance entre la cheyenne et l'hybride.
Dean poussa un grognement, jurant pour lui-même contre son frère. Il avait trop dépeint sur lui, se dit-il. Sam était peut-être calme et réfléchis dans la vie de tous les jours, mais en chasse c'était autre chose...Depuis que leur père l'avait autorisé à les accompagner, le seul mot qui définirait son frère sur le terrain était « impétueux ». Ce gosse se lançait au cœur d'une bataille, pensant toujours à sauver le maximum de personnes, toujours au dépend de sa propre sécurité. Et c'était une fois de plus sa fougue qui avait pris le pas sur sa raison, le rendant ainsi aveugle à la menace qui s'approchait discrètement derrière lui.
Combien de fois Dean l'avait-il tiré d'un mauvais pas ? Il ne comptait même plus. Il avait presque l'impression d'avoir passé une bonne partie de sa vie à le sortir des ennuis, ou tout simplement à lui éviter d'en avoir. Repoussant avec un mépris inconscient le Néphélim qui avait désespérément tenté de se mesurer à lui, le chasseur s'élança en courant vers son cadet et Chenoa qui combattaient ensemble un hybride particulièrement tenace. Prenant appui sur une souche d'arbre, Dean imita son frère et ne réfléchit plus, se servant de cet élan pour se ruer sur l'un des anges déchus qui s'apprêta à poignarder son cadet par derrière.
Le plaquage fut violent, mais le chasseur parvint sans difficulté à désarmer son adversaire, sauf que celui-ci contra presque aussitôt et lui envoya un coup de tête qui le sonna quelques instants.
Partagé entre l'envie d'en finir avec le Néphélim qui s'opposait à lui et Chenoa et celle de voler au secours de son grand frère, Sam ne para pas assez vite l'attaque de son propre ennemi qui parvint à lui entailler l'épaule avec une épée d'ange. Le chasseur parvint pourtant à bloquer la seconde attaque et le repoussa un coup de pied dans l'abdomen, l'éloignant ainsi de plusieurs mètres. Pourtant, le Néphélim poussa un cri de surprise et de douleur, avant de rester parfaitement immobile.
C'est alors que Sam remarqua qu'un bout de lame noire dépassait de son sternum, il leva les yeux par-dessus l'épaule du cadavre et nota, non sans un certain soulagement, que Balthazar avait décidé de se joindre à eux.
Le cri d'un autre Néphélim attira son attention. Bobby venait de tuer l'hybride qui était parvenu à reprendre le dessus sur un Dean, légèrement sonné.
- On n'peut pas vous laissez seuls cinq minutes ! Constata le vieux chasseur en tendant une main à l'ainé qui la saisit bien volontiers.
Le groupe constata silencieusement le carnage de Néphélim autour d'eux, puis, Balthazar passa une main sur sa veste tachée, dans l'espoir sans doute de la nettoyer.
- C'est malin...Elle vient de Paris cette veste !
Allez, je me m'attarde pas mais je voulais juste remercier Elisab et liliju pour leur message...Et oui...comme vous, je suis une grande fan de Balthazar !
La veille
Castle Rock, Colorado – 1994
Dean n'avait pas prêté la moindre attention à ses professeurs...Ceci dit, cela ne lui changeait pas vraiment ses habitudes, mais aujourd'hui, c'était sans doute pire. Il se faisait presque l'impression d'être un rocher lisse, sur lequel tout glissait sans qu'il n'ait à s'en préoccuper. La seule chose qui lui occupait l'esprit, c'était leur fuite du lendemain.
Il n'avait que trop conscience des enjeux de leur fugue, s'ils étaient rattrapés, ils seraient définitivement séparés, et cette fois, il aurait beaucoup plus de mal à retrouver son frère, et il serait sans doute placé en maison de redressement.
Le jeune homme accueilli la fin de la journée comme une libération, trop heureux de se débarrasser de ses professeurs constipés et de pouvoir retrouver son frère, même si ce n'était que le temps du trajet de retour.
Comme il s'y était attendu, Sam l'attendait sagement à la sortie de l'établissement, assis sur un banc le regard perdu, l'une de ses mains jouant nerveusement avec la fermeture éclair de son blouson, ignorant totalement la pluie qui tombaient en trombe.
- Tu cherches à attraper froid ? Le réprimanda son ainé en s'approchant vivement.
L'enfant releva la tête vers lui, plissant forcément des yeux quand ses cheveux trempés envoyèrent quelques gouttes d'eau sur ses paupières.
- Quoi ?
- Tu ne pouvais pas te mettre à l'abri ?
Sam jeta un regard autour de lui, comme s'il cherchait ce qu'il avait fait de mal.
- Mais j'aime bien la pluie moi.
- Je sais, mais tu as été malade il y a pas si longtemps que ça Sammy...Il va falloir que tu sois en forme pour...Enfin, tu sais.
Le plus jeune baissa alors la tête, comme pris en faute et marmonna un inintelligible « mouais t'as raison ». Le cœur de son frère se serra, et l'ainé se demanda comment son cadet faisait pour accabler tout le monde d'un simple regard de chien battu. Il avait beau essayer lui, ça ne fonctionnait pas...
- Allez viens...vaut mieux rentrer à l'heure pour ne pas éveiller les soupçons.
Dean fut légèrement étonné que le trajet de retour se fasse dans le plus grand silence, régulièrement le jeune homme lança des regards intrigués à son frère qui ne daigna même pas relever la tête vers lui, sans doute totalement inconscient d'avoir attisé la curiosité et l'inquiétude de son ainé.
Au bout de dix minutes de ce silence pesant, l'adolescent brisa la glace.
- Ben qu'est-ce qu'il se passe Sammy ?
- Comment ça ? Marmonna le plus jeune en accordant finalement un regard à son grand frère.
Un sourire se dessina sur le visage de ce dernier, malgré une certaine réticence à aborder inévitablement un sujet qu'il savait risquer.
- Ben d'habitude faut que je te menace de t'assommer pour te faire taire, et là, tu ne dis pas un mot.
Le plus jeune buta légèrement contre le rebord d'un trottoir et reporta son attention sur ses pieds un instant, tout en haussant des épaules.
- J'ai rien à dire.
- Oh c'est vrai ça ?
La pluie ne s'était pas arrêtée, bien au contraire, elle avait même empiré. Pourtant ni l'un ni l'autre ne semblait décidé à accélérer l'allure, parfaitement indifférents aux trombes d'eau qui à l'inverse, faisaient courir tous les passants qui avaient eu le malheur de s'aventurer dehors.
- Sammy. Insista pourtant Dean qui savait très bien que son frère était rongé par quelque chose. Et ce quelque chose, il savait pertinemment ce que c'était.
Et finalement, Sam capitula et s'arrêta net.
- Bon d'accord... Où est papa ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
Dean pinça les lèvres, bien qu'il se soit attendu à cette question. Cependant, la réponse restait toujours aussi hypothétique, ce qui ne serait sans doute pas suffisant pour rassurer son frère. Ignorant toujours la pluie battante qui les avait définitivement trempés comme des soupes, le jeune homme s'accroupit et prit son frère par les épaules, appréhendant alors silencieusement qu'un jour, Sammy ne devienne Sam et qu'il ne se laisse plus berner par ses belles paroles et ses regards réconfortants.
- Je ne vais pas te mentir Sammy... Je ne sais pas où est papa. Je n'ai pas réussi à joindre ni Bobby, ni Caleb, ni même le père Jim... Je ne sais pas du tout ce qu'il en est pour lui, mais tout ce que je peux te dire, c'est qu'il va bien. J'en suis sûr.
Silencieux, Sam observa son ainé un moment avant de froncer des sourcils et de secouer la tête, la voix soudain plus basse et plus tremblante.
- Comment tu peux en être sûr ?
- Parce que c'est papa...Et que c'est le meilleur.
- Mais...
- Il n'y a pas de « mais » Sammy... Même Bobby le dit souvent, que c'est le meilleur chasseur avec qui il a travaillé. Où qu'il soit, je suis sûr qu'il va bien et qu'il est en train de trouver un moyen pour s'en sortir, si ce n'est pas déjà fait.
Inévitablement, Dean eut droit au regard de chiot en détresse de son cadet, ce qui le fit légèrement ciller et Sam en profita pour poser une autre question.
- S'il est aussi fort que ça...Comment ça se fait qu'il se soit fait attraper ?
Légèrement prit au dépourvus, l'adolescent mit un instant à trouver une réponse un tant soit peu valable.
- Même les meilleurs peuvent se faire avoir bêtement.
Heureux de voir un léger sourire se dessiner sur le visage de son frère, Dean constata avec inquiétude qu'ils étaient tous les deux trempés.
- Allez ...on ferait bien d'y aller.
- Hey Dean...
- Oui ?
- Papa va être super en colère quand il va revenir.
Cette fois, le jeune homme ne put retenir un rire sincère.
- T'as raison !
***
Sioux Falls, Dakota du Sud- 1994
- Mais j'en ai rien à foutre moi ! Hurla Bobby, le combiné du téléphone sur l'oreille.
Installé au bureau du vieux chasseur, Jim Murphy regardait son ami aller et venir, le visage aussi écarlate qu'une tomate confite.
- Alors expliquez-moi un peu pourquoi on paye autant si vous dîtes que vous ne pouvez rien faire ?!
Des bruits de pas indiquèrent que la mauvaise humeur de leur hôte avait également attiré l'attention de Rufus, arrivé quelques heures seulement auparavant.
- Me calmer ? ME CALMER ??? Ecoutez-moi bien espère de gros tas de billets plein d'gras, si vous ne trouvez pas une solution dans l'heure, je débarque à votre bureau, je vous décolle de votre siège et je vous jette du toit, est-ce que c'est clair ?
Le dernier arrivé détacha alors son regard de son ami et le reporta sur le prêtre, resté quasiment impassible.
- A qui parle-t-il aussi gentiment ? J'espère que ce n'est pas à une femme...
Un sourire involontaire échappa à Jim qui secoua la tête.
- A un avocat...il cherche un moyen de récupérer les garçons de John.
- Je vois...Et ben en attendant, j'ai peut-être une piste pour Winchester.
Intrigué, le prêtre fit signe à Bobby de raccrocher. Quelques secondes plus tard, Singer entrait dans le bureau, le visage rouge de colère.
- Les gars qui l'ont emmenés, ils ont dit être du FBI ?
- Oui. Pourquoi ?
- Parce qu'ils ne l'étaient pas.
Le chasseur à la casquette se retourna vers Jim qui se leva aussitôt de sa chaise.
- Quoi ? Mais on a demandé à voir leurs badges...
- Combien de fois on nous a demandé les nôtres ? Répliqua Rufus en se tournant vers Bobby.
Jim nota aussitôt la culpabilité et l'horreur se dessiner sur les traits du vieux chasseur, il comprit tout de suite qu'il pensait à Sam et Dean.
- Mais si...si ces types n'étaient du FBI...Qui...
- J'te préviens, la réponse ne va pas te plaire.
Les regards anxieux que lui lançaient Singer et Murphy obligèrent le troisième homme à poursuivre.
- J'ai eu Rogers au téléphone...Il était dans l'Idaho sur une affaire de possession démoniaque...Enfin bref, il est tombé sur l'un de ses choses. Et elle s'est mise à parler. Elle a dit qu'ils avaient gagnés...Qu'ils avaient eu John Winchester et que désormais, ils n'avaient plus rien à craindre des chasseurs.
- Tu...tu es en train de me dire que John est entre les mains des Démons ? Souffla Bobby plus touché que Jim ne l'aurait cru.
Il connaissait Bobby Singer depuis longtemps, avant même que Missouri ne conseille à John de se rendre chez lui. Peu de gens avaient conscience du monde, du véritable monde dans lequel ils vivaient, par conséquent, les chasseurs se connaissaient pratiquement tous entre eux. Et jusqu'à ce que les Winchesters débarquent dans la vie de Bobby Singer, le père Jim était resté tristement persuadé que plus rien ne pourrait refaire sourire ce vieux solitaire. Et pourtant...John Winchester lui avait redonné la détermination et l'énergie de se battre. Dean l'avait rouvert sur le monde, et Sam l'avait fait sourire.
Il regarda en silence son vieil ami se passer une main sur le visage, et posa l'inévitable question.
- Mais si John est retenu prisonnier par des démons...Où sont les garçons ?
Rufus haussa doucement les épaules, l'air désolé.
- J'ai besoin d'un verre. Grogna alors Bobby en sortant de la pièce.
Jim approuva d'un simple hochement de tête, sachant très bien que c'était un moyen pour le chasseur de mettre ses idées au clair.
***
Castle Rock, Colorado – 1994
Sam avait quitté son frère à contre cœur. Mais il savait très bien que quoi qu'il arrive, Dean ferait tout pour qu'ils restent ensemble. Dean était là de toute façon...Quoi qu'il se passe pour eux...Où qu'ils soient il savait qu'il pourrait toujours compter sur lui. D'ailleurs, c'était cette pensée qui le faisait tenir, parce qu'il savait que son grand frère viendrait le chercher et qu'ensemble, ils rentreraient chez eux.
Sam n'était encore qu'un enfant, mais très vite il avait appris à compter sur Dean. A vrai dire, il avait compris qu'il ne pourrait compter que sur son frère. John était soit absent, soit en chasse, soit pas disponible, soit trop triste, soit trop préoccupé pour s'occuper de lui. Alors dès qu'il fut en âge de parler et d'exprimer ses peurs et ses angoisses, Sam avait préféré se confier à son ainé. Parce que Dean était comme une bouée de sauvetage à laquelle il pourrait toujours se raccrocher, ou bien la représentation qu'un gosse de dix ans se faisait d'un ange gardien. Dean se moquerait sans doute de lui s'il le lui disait...mais pourtant, c'était ce qu'il représentait à ses yeux. Un ange gardien. Un peu comme l'était Bobby Singer aussi, à la différence que Bobby veillait aussi sur Dean.
Depuis qu'il avait été placé dans ce foyer, Sam n'avait pas prononcé un mot, le doyen de la famille allant même jusqu'à le qualifier de « retardé ». Mais l'enfant s'en moquait pas mal, il avait appris à n'avoir confiance en personne, surtout lorsqu'il était seul. Et peu importe qu'il mette les nerfs des assistances sociales et autres psys en pelote, il ne voulait rien dire qui puisse compromettre son frère et son père.
Il n'osait même pas imaginer la tête de ses interlocuteurs s'il se mettait à parler goules et fantômes. Alors il se taisait. Pour le bien de tous. Sauf du sien.
Dean lui avait promis qu'ils s'enfuiraient tous les deux le lendemain, aussi dès qu'il était rentré, Sam s'était précipité dans la pièce qui lui servait de chambre et avait rassemblé ses affaires. Ce qui ne lui prit que quelques minutes étant donné qu'il n'avait presque rien à emmener. Il avait tout de même pris soin de se changer et d'enfiler des vêtements secs avant que quelqu'un ne le prenne pour une éponge des mers. Dès que son sac fut près, l'enfant le glissa sous son lit et fit mine de s'attaquer à ses devoirs, le tout dans le plus grand calme.
Seulement la seule vue de ses exercices de maths suffit à lui retourner l'estomac, et pour une fois ce n'était pas parce qu'il ne comprenait pas, non...C'était bien le dernier de ses soucis...Mais inévitablement, le plan de Dean lui revint en mémoire et il se mit à angoisser tout bas.
Le soleil commençait déjà à se coucher, son règne éclipsé par de gros nuages sombres témoignant des torrents d'eau qui menaçaient d'engloutir la ville si jamais ils ne cessaient de tomber. Le bruit martelant de la pluie contre les carreaux attira inévitablement le regard de l'enfant par la fenêtre et celui-ci se mit à rêvasser. Le silence régnait à l'intérieur de la maison, ce qui rendait le fond sonore de la pluie encore plus soporifique, pourtant, Sam ne se sentait pas fatigué. Il jeta un regard autour de lui, impatient de quitter cet endroit qui lui donnait plus l'impression d'être une prison qu'un foyer d'accueil. La vie normale n'avait pas le moindre intérêt si c'était pour être séparé de son frère et savoir son père enfermé dieu sait où.
- A table !
Ça c'était Mme Finn...sa « mère d'accueil » comme elle se plaisait à le redire sans arrêt. Sam ne répondait pas, il ne répondait jamais, pourtant ses regards en disaient longs. Mr et Mme Finn avaient dépassé la quarantaine, et muent par un besoin presque malsain de ne pas se sentir vieillir trop vite, ils s'étaient fait famille d'accueil. Seulement Hector, alias Mr Finn, était un homme plein de défauts...Raciste, sournois, paranoïaque et irrévocablement égoïste, il ne cessait de rappeler à Joan, son épouse névrosée et passionnée par la vie tristement morne de ses voisins, qu'elle ne servait qu'à deux choses : faire à manger, et faire le ménage. Et c'est au sein de ce couple de tordus qu'avait débarqué Sam. L'enfant avait très vite cerné la personnalité de chacun et avait donc pris soin de ne pas prononcer une parole, attirant les moqueries d'Hector et l'agacement de Joan. Mais il préférait ça plutôt que de tenir une conversation à cette triste représentation d'un couple d'aujourd'hui.
Un pas lourd se fit entendre dans les escaliers, et Sam comprit que Mme Finn montait le prévenir, pensant sans doute qu'il n'avait pas entendu son cri strident...Sauf qu'il avait parfaitement entendu...Tout le quartier devait avoir entendu !
- A table ! Répéta Joan en ouvrant la porte brusquement.
Le jeune Winchester ne réagit pas, sachant très bien comment avoir la paix. Il garda le nez baissé sur ses feuilles de cours, faisant mine d'être très concentré.
- Hé ! Tu m'as entendu ?
Alors, lentement, Sam leva la tête vers elle avant de lui désigner son travail d'un regard. Le visage potelé de Mme Finn sembla s'illuminer.
- Ah !!!!
Et sur cette remarque débordante de logique et d'intelligence, Joan quitta la pièce. Et plus personne ne vint l'ennuyer de toute la soirée.
***
Sam avait attendu que le silence et le noir se soient définitivement installé pour la nuit dans la maison. Hector et Joan étaient donc partis se coucher, sans même se soucier de savoir s'il avait mangé ou non. Mr Finn avait sorti les poubelles pendant que son épouse faisait la vaisselle, il avait ensuite fumé un cigare dans le salon, le tout accompagné d'un verre d'alcool pendant que Joan finissait de recoudre une de ses chemises. Et puis, à vingt-deux heures tapantes, le mari s'était étiré avec un grognement assez semblable au bâillement d'un lion et Mme Finn s'était précipité dans la cuisine pour aller leur chercher une bouillote.
Le rituel dura encore dix minutes et puis un claquement sonore signala enfin à Sam qu'ils s'étaient couchés. L'enfant poussa un soupir de soulagement et s'accorda quelques instants, le temps d'être certain que ni l'un ni l'autre ne se relèveraient. Et puis, au bout d'une ou deux minutes, il s'éloigna de son bureau et tira son sac qu'il avait caché sous son lit. Inévitablement, il porta son regard par la fenêtre, l'absence de lumière dans sa chambre facilitait l'adaptation de sa vue à l'extérieur, et Sam nota avec une certaine amertume qu'il pleuvait toujours autant. Leur fuite n'en serait que plus dure...
L'enfant toussota et réprima un frisson, puis il se laissa tomber sur le lit, fouillant dans son sac à la recherche de son bien le plus précieux. Au gré de plusieurs secondes d'intenses recherches, il parvint à tirer du fond de son sac une petite photo toute froissée. Etouffant une nouvelle quinte de toux avec le revers de la main, Sam observa tristement le cliché, cherchant un peu de courage en regardant les traits des membres de sa famille. C'était une photo prise quelques mois après sa naissance, il ne s'en souvenait pas bien sûr, mais c'était l'un des seuls vestiges de leur passé. La trace que sa mère avait bel et bien existé, même s'il n'avait pas le moindre souvenir d'elle. Les images qu'il avait de Mary étaient celles des photos...Son sourire était figé, son visage prisonnier d'un cliché, condamné à garder éternellement la même expression...C'était triste à en mourir. Pensa l'enfant en soupirant.
Réprimant une soudaine envie de se laisser aller à pleurer, Sam décida qu'il devait avant tout se reposer un peu. Alors, à contre cœur, il s'allongea sur son lit sans même le défaire et prit soin de garder la photo dans sa main, incapable d'en détacher le regard. La gêne et le malaise qui lui oppressait la poitrine le fit de nouveau tousser, sans qu'il ne s'en soucie d'avantage. Une fois qu'il eut repris sa respiration, Sam soupira légèrement, impatient de pouvoir retrouver les membres de sa famille.
De son côté, Dean avait eu une soirée un peu plus agitée. La famille dans laquelle il était tombé avait déjà accueilli d'autres « jeunes en difficultés » comme ils disaient, et le jeune Winchester restait persuadé que si la plupart d'entre eux ne finissait pas à la morgue, les autres deviendraient tueurs en série ou futurs esprits frappeurs psychotiques.
Il en eut la preuve en rentrant un peu plus tôt, après avoir raccompagné Sam jusqu'à sa rue. L'un des futurs fantômes meurtriers l'agressa directement, l'accusant de mille maux sans même en avoir la preuve. Peu impressionné par les menaces de morts que proférait ce débile en colère, Dean passa son chemin et fit l'erreur de lui tourner le dos. Alors, l'autre lui sauta dessus, dans le naïf espoir de passer ses nerfs sur lui. Sauf que le jeune Winchester réagit bien trop vite pour ce fumeur de pétard qui se retrouva les fesses par terre, à moitié assommé contre la porte du réfrigérateur. Mme Kenneth, arriva en courant, presque au bord des larmes, depuis longtemps dépassée par l'évolution de la jeunesse.
- Mais...Que...Qu'est-ce...
Dean ne lui laissa pas le temps d'énumérer tous les conjonctions de subordination qu'elle connaissait et préféra s'éclipser dans sa chambre.
Manque de chance pour lui, il n'était pas le seul locataire de cette pièce, occupée par un autre pensionnaire qui, à l'inverse des autres, paraissait beaucoup plus calme et posé. Le jeune Winchester, bien que peu loquace avait appris les raisons de sa présence ici, et depuis, Michael, c'était son prénom, était la seule personne pour qui il avait de la compassion ici. Michael Jones, âgé de seulement 13 ans avait perdu toute sa famille dans un accident de voiture. Ses parents, sa sœur de 7ans et son frère de 18. Depuis, il ne parlait presque plus et passait son temps, le nez plongé dans des bouquins, tous plus vieux et plus épais les uns que les autres.
Assis sur son lit, Dean l'observait du coin de l'œil, constatant qu'une fois de plus, le gosse ne semblait pas au mieux de sa forme. Pourtant, où qu'il aille, quoi qu'il se passe, il avait toujours un livre à la main...Et le jeune Winchester n'avait pas tardé à faire le rapprochement avec son frère. Persuadé que si un drame les frappait lui et son père, Sam finirait sans doute aussi muet et introverti que ce Michael.
- ça va ? Ne put-il s'empêcher de lui demander.
L'autre releva le nez de son bouquin et répondit d'une voix douce.
- Et toi ? Tu as une sale tête.
- Oh c'est rien...juste une altercation.
Jones hocha la tête avant de se replonger dans sa lecture, attisant un peu plus la curiosité de Dean.
- C'est bien ? Demanda-t-il en désignant le livre d'un mouvement de menton.
Pour toute réponse, il obtint un nouveau hochement de tête.
- C'est drôle...où que tu ailles, tu as toujours un livre à la main. Constata Dean.
Michael releva finalement le nez de son pavé, avant d'observer le jeune homme en silence. Puis, doucement, il confessa.
- ça m'aide à m'évader.
Le jeune Winchester, soudain intrigué, fronça des sourcils.
- C'est pour ça que tu lis ? Pour t'évader ?
- Oui...La vie est...Est tellement moche que j'ai...j'ai besoin de...De me vider la tête pendant quelques heures. Je ne pourrai pas tenir sinon.
Dean approuva silencieusement, imaginant parfaitement que son frère devait avoir les mêmes raisons pour se plonger régulièrement dans la lecture de gros pavés. Oublier.
- Tu pars quelque part ? Demanda soudain Michael avec intérêt en regardant le sac sur lequel Dean avait inconsciemment posé une main.
- Je...non...
- T'as retrouvé ton p'tit frère ?
- Oui... Avoua le jeune homme au bout d'un moment.
Un sourire, légèrement forcé, se dessina sur le visage de Jones.
- C'est bien... Barrez-vous dès demain...et ne vous retournez pas.
- Qu'est-ce que tu vas faire toi ? S'inquiéta Dean bien malgré lui.
- La même chose que je fais d'habitude. Je n'ai plus que trois ans à tenir et je pourrai me faire émanciper...Ensuite, je ne sais pas trop...Peut-être que j'irai à l'université...Il paraît que Stanford est très réputé...
Le jeune Winchester le considéra en silence, touché par la tragédie qui l'avait touché, et surtout par la personnalité de ce gamin qui lui rappelait tellement Sam. Mais sa priorité était ailleurs...et cette priorité, c'était son frère justement. C'était sa famille... ça avait toujours été sa famille et ça le serrait toujours.
Nashoba
Helena, Montana – 2011
Un violent coup de vent poussa un gémissement plaintif qui résonna dans toute la forêt et ses alentours, ayant pour conséquence de mettre le petit groupe en alerte. Puis, le hurlement cessa et les chasseurs baissèrent leur garde. Tous retournèrent là où ils avaient laissé leurs voitures, certain le pas plus lourds que d'autres, mais toujours dans le silence le plus grave.
Lorsque l'Impala fut en vue, pour Sam et Dean, ce fut comme si on leur ouvrait la porte d'un refuge particulièrement sûr et familier, et sans même se concerter, ils poussèrent un léger soupir de soulagement. D'un même réflexe acquis de leur père, les deux chasseurs ne purent s'empêcher de jeter un rapide coup d'œil aux alentours, pour être bien sûr que personne ne les avait suivis jusqu'ici.
Arrivé à quelques mètres à peine de la Chevy, Sam fit volte-face, bien décidé à en apprendre davantage.
- Bon ça suffit...Dîtes-nous où se trouve Hiamovi ! S'impatienta le jeune homme en dévisageant Mantotohpa.
Il s'était attendu à des réprimandes, au moins de la part d'une personne. Sauf que ni son frère, ni Bobby, ni Chenoa et encore moins Balthazar ne réprouvèrent son impatience.
Le vieux cheyenne leur jeta à tous un coup d'œil, et, quand il comprit qu'il serait obligé de répondre, il murmura mystérieusement.
- Tu as la réponse Samuel Winchester.
Sauf que Sam n'était pas d'humeur à se la jouer Luke Skywalker face à maître Yoda.
- Mais bon sang vous êtes aveugle ou quoi ? Les Néphélims et les Chiens de l'enfer qui nous ont attaqué n'étaient pas là pour nous...Ils venaient pour vous ! Parce que vous savez où est Hiamovi...Parce que vous savez où est la Fleur !
Dean resta silencieux, et le plus jeune comprit alors qu'il le soutenait totalement. Toutefois, Chenoa se décida à intervenir.
- C'est grave Man'... J'ai vu ce que la Fleur pouvait faire. Si jamais elle venait à tomber entre de mauvaises mains.
- Mais elle n'est pas en de mauvaises mains. Trancha le vieil homme buté.
- Pas encore. Commenta Bobby.
La réflexion déclencha un moment de silence et de réflexion dans le groupe, au cours duquel Mantotohpa les dévisagea un à un.
- Tant que Hiamovi est avec la Fleur, rien de grave ne peut se passer...C'est un Nashoba !
Bobby et Dean échangèrent un regard perplexe tandis que Sam sembla réfléchir, et Chenoa douter.
- ça va faire tâche si je demande ce que c'est un Nashoba ? Se risqua Balthazar d'une voix neutre.
Les Winchester et Singer pensèrent que la réponse viendrait du vieux sorcier, mais ce fut la jeune cheyenne qui répondit.
- Un Nashoba est un être supérieur dans la tribu des cheyennes. Quelqu'un doté de grands pouvoirs magiques.
- Des pouvoirs ? S'inquiéta Dean.
Mais avant même que l'ainé ou quiconque n'ait pu faire un commentaire, Sam se tourna vers Chenoa, abasourdi.
- Nashoba...C'est du cheyenne pas vrai ? Et ça...ça se traduit bien par...
Le simple regard qu'elle lui lança suffit à lui répondre, et le jeune homme tomba des nus avant de pousser un juron quasi-inaudible.
- Pardon hein, coupa l'ange une nouvelle fois, mais en plus de 10 000 ans d'existence je n'ai pas trouvé le temps d'apprendre le Cheyenne....Oh c'est une honte je l'entends bien, mais peut-être pourriez-vous nous éclairer nous autres incultes ?
Même sous la torture, Dean ne l'aurait jamais avoué, mais le fait est qu'il commençait à apprécier cet ange.
Chenoa ne releva pourtant pas la plaisanterie et reprit avec un visage grave. Visage qui n'annonçait rien de bon étant donné que Sam arborait la même expression préoccupée.
- Nashoba veut dire « loup » en cheyenne.
- Que...Qu'est-ce que ça veut dire ? Demanda alors Bobby, manquant soudain d'assurance.
Et cette fois, la réponse vint du plus jeune des frères.
- ça veut dire que Hiamovi est un homme-loup.
***
Tous furent d'accord pour ne pas retourner au QG des chasseurs, et choisirent plutôt le motel où logeaient les Winchesters, comptant principalement sur la discrétion de leur conversation.
En entrant, Balthazar n'avait pas pu s'empêcher de jeter un regard circulaire à la pièce, affichant une moue boudeuse en s'apercevant du manque de luxe de cet espace. Les autres choisirent de l'ignorer et s'attablèrent autour d'une carte et d'un tas de bouquins poussiéreux que Sam avait parcouru des yeux pendant des jours.
- Mais enfin...on l'aurait remarqué si...Si Hiamovi était...
Dean n'en revenait pas... Et non seulement il n'en revenait pas, mais il avait aussi beaucoup de mal à y croire. Des fantômes, des goules, des vampires...Et des hommes-loups ? Comme...Comme ce type qui se transformait en chien qu'ils avaient chassé au début de l'année ?
- On aurait dû se douter qu'il avait quelque chose Dean. Coupa calmement son frère. Toutes ses visions qu'il m'envoyait...
Sam tourna presque involontairement son regard vers Chenoa, et fut légèrement surpris de la trouver en train de le dévisager avec insistance. Pourtant, il sut immédiatement qu'elle voulait lui parler...Pas besoin de prononcer le moindre mot. Il approuva d'un très léger hochement de tête avant de remarquer que l'échange n'avait pas échappé à son frère qui reprit aussitôt, comme s'il n'avait rien vu.
- Bien...Mani...je peux vous appeler Mani ?
- Non.
- Tant pis je vais quand même vous appeler Mani. Dîtes-nous où est Hiamovi.
Le cheyenne se renfrogna.
- Je ne peux pas.
- Ne m'obligez pas à lire dans vos pensées. Souffla Balthazar presque exaspéré.
- Ne vous fatiguez pas, vous ne pourrez pas.
- On pari ? Répliqua l'ange vexé.
Bobby leva une main en signe d'apaisement.
- Ok ok !!! On se calme...Man'..Mani...on ne convoite pas la Fleur...On veut juste la protéger. Mais il se trouve que des personnes mal attentionnées la recherche...
Mantotohpa approuva.
- Oui...Un Ange et un Démon...C'est comme ça depuis la nuit des temps.
- Un démon ? S'étonna Chenoa. Je croyais que vous vouliez simplement la protéger de Raphaël ?
Dean secoua la tête tandis que son frère se passa discrètement une main sur les yeux, réprimant une nouvelle migraine.
- C'est en effet ce qu'on croyait...Mais la présence des Néphélims et des Chiens nous laisse penser que quelqu'un d'autre s'intéresse à la Fleur...
- Qui ? S'inquiéta la jeune femme.
Bobby, Dean et Balthazar échangèrent un regard en silence...Parfaitement conscient de l'identité de cette troisième inconnue venue s'ajouter à leur équation.
- Crowley.
Un coup de vent brulant le frappa en plein visage, et soudain, tout le décor changea. La chambre de motel dans laquelle il se trouvait se volatilisa tout comme les personnes qui se trouvaient à l'intérieur. A la place, ce fut des murs de flammes qui se dressèrent autour de lui, l'entourant d'une épaisse fumée étouffante. Soudain, quelqu'un s'agrippa à son bras.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Où est-ce qu'on est ?
Sam reconnut tout de suite cette voix, puisque c'était celle de son frère...Enfin, de son demi-frère Adam. Le visage dévasté par la peur et la douleur, le plus jeune le regardait, comme lui avait eu l'habitude de regarder Dean pendant si longtemps. Plaçant tous ses espoirs dans un grand frère en qui il avait une totale confiance. Et aujourd'hui, c'était à son tour d'être le grand-frère et de protéger. Dean n'était plus là...ils étaient seuls...ils étaient seuls dans la Cage, avec Saint Michel et Lucifer.
- Sam ! Appela Adam presque avec désespoir.
La silhouette du Diable se dessina derrière une barrière de feu, barrière qu'il franchit très facilement.
- ça va allez. Souffla Sam à son jeune frère, sans trop savoir ce qui allait se passer.
- Oh tu es sûr de ça ? Sourit Lucifer en le dévisageant.
- Sam ? Sam !
La voix de son frère le fit revenir brusquement à la réalité, et le jeune homme ne put s'empêcher de sursauter lorsqu'il sentit une main lui tapoter le bras, c'était Chenoa qui le rappelait à l'ordre.
- Quoi ? Bredouilla-t-il en s'apercevant que tout le monde le regardait.
- Est-ce que tu as eu une autre vision de Hiamovi depuis sa disparition ? Demanda son frère. Et Sam eut le sentiment que ce n'était pas la première fois qu'il posait la question.
- Je...euh...non...
- Alors on doit le contacter autrement. Coupa Mantotohpa en se tournant vers Bobby et Dean.
Pourtant, ce dernier ne semblait plus l'écouter, il observait son cadet, qui lui, à l'inverse évitait son regard. Soucieux de dissimuler au mieux son trouble, Sam s'éclipsa dans la salle de bain, la tête détournée.
Se promettant d'essayer de relancer le sujet de ses cauchemars, Dean reporta son attention sur le vieux cheyenne.
- Je peux essayer de le retrouver, mais pour ça, je vais avoir besoin d'un peu de temps.
- Pourquoi vous ? On peut y aller tous ensemble.
- Non, seul un autre Nashoba peut retrouver un de ses semblables. Expliqua Chenoa d'une voix douce. Man irait beaucoup plus vite sans nous.
Bien que réticent à l'idée de placer tous leurs espoirs en ce vieil indien un peu fou, Dean ne voyait pas tellement d'autres solutions.
- Bon...pendant ce temps on ferait bien de ralentir Crowley.
- ça ne devrait pas être trop dur. Commenta Balthazar, assis sur le canapé, les jambes croisées avec nonchalance.
- Tu as une idée ?
L'ange s'affala un peu plus sur le sofa, puis une fois qu'il fut parfaitement à son aise, il souffla.
- Je sais où il se cache.
- Comment tu le sais ? Demanda Sam qui venait d'émerger de la salle de bain, le visage légèrement humide, signe qu'il avait essayé de se changer les idées en se le passant sous l'eau.
- Parce que contrairement à vous les humains, nous les Anges avons des sens décuplés...Je repère donc très facilement un repère de démons à l'odeur qui s'en dégage.
Un sourire se dessina au coin des lèvres de Dean qui échangea un regard malicieux avec Chenoa.
- Génial...J'ai une maison remplie de chasseurs qui se tournent les pouces... Rien de tel pour les occuper un peu.
***
L'idée de Balthazar était quasiment suicidaire selon Sam. Dean comprenait ses craintes, il les partageait même, mais son instinct de chasseur le poussait à agir. Mandibule partirait dès la nuit tombée à la recherche de Hiamovi, et dès qu'il s'en apercevrait, Crowley enverrait des sbires pour l'éliminer ou pour le suivre. L'occuper un peu ne ferait pas de mal, d'autant que lui avait des comptes personnels à régler avec le démon qui avait enlevé il y a quelques semaines Ben et Lisa, le forçant ainsi à renoncer à la seule vie normale qu'il avait jamais eu.
Mettant toute sa frustration, son chagrin et sa colère dans une profonde inspiration, il essaya de rejeter le tout en poussant un soupir plaintif. Le chasseur se servit une bière avant d'aller se poster à la fenêtre de la chambre, observant silencieusement son frère qui en était sorti il y a quelques minutes déjà.
- ça va ? S'inquiéta Bobby non loin de lui.
Ils étaient désormais seuls dans la pièce, Balthazar étaient parti d'un coup d'ailes, et Mantotomachin avait le nez plongé dans le journal de John. Chenoa quant à elle, venait de sortir pour rejoindre Sam.
- J'en sais rien. Souffla Dean qui ne prenait pas la question pour lui.
Les souvenirs de son frères revenaient...Il lui était de plus en plus fréquent de s'éclipser mentalement pour revivre son séjour en Enfer, de faire des cauchemars impliquant Lucifer, ou même Adam. Adam...voilà un sujet qu'ils n'avaient plus jamais abordés depuis son retour de la Cage. Mais depuis quelques semaines, Dean voyait bien que le sort de leur demi-frère était presque devenu une obsession pour son cadet, si bien qu'il ne pouvait s'empêcher à son tour de penser à lui, et de se demander ce qui avait bien pu se passer en bas pour que le souvenir d'Adam hante son benjamin à ce point.
- J'ai peur pour lui Bobby. Avoua-t-il au bout d'un moment.
- John et toi l'avez bien formé... Ce n'est plus un gosse Dean... Sam est devenu un excellent chasseur.
Le quittant des yeux un instants, l'ainé se tourna vers son oncle de cœur.
- Je ne parlais pas de ça Bobby, et tu le sais.
Le visage, soudain vieux et fatigué de Singer rappela au jeune homme toutes les épreuves qu'ils avaient traversé ensemble.
- Je sais de quoi tu parlais Dean ...
Le mur dans la tête de Sam allait s'écrouler...Ce n'était qu'une question de temps. Bobby le savait, Dean le savait et Sam le savait aussi...Mais tous espéraient qu'ils auraient le temps de régler le problème « Purgatoire » avant.
L'épuisement...C'était un des sentiments qui assaillait l'ainé ces derniers temps. Il était épuisé à force de courir à travers tout le pays... A force de contrer les Anges, les démons et de craindre le pire pour son frère. Parfois, il aurait voulu être simplement égoïste et ne pas avoir à sauver tout le monde. Il aurait voulu pouvoir se retirer, et protéger ainsi Sam du sort qui l'attendait...Il voulait vivre.
Se retournant de nouveau vers la fenêtre, Dean se passa une main sur le visage, constatant alors que son frère et Chenoa semblaient en grande discussion.
Sam s'était retiré pour plusieurs raisons. D'abord, il avait besoin de prendre l'air, ensuite il voulait être un peu seul. Ne plus sentir le regard quasiment alarmé de son frère sur lui, comme s'il s'attendait à ce qu'il s'écroule à n'importe quel instant. Ceci-dit, ce n'était pas une hypothèse tellement idiote...
Le jeune homme en était arrivé à un point où il ne savait même plus quel âge il avait. Physiquement, il paraissait jeune, mais lui se sentait tellement vieux. ..Vieux et fatigué. Parfois il se surprenait à imaginer encore quelle aurait pu être sa vie avec Jess. A l'heure d'aujourd'hui, il serait avocat, vivant sans doute dans une belle maison, spacieuse, mais pas trop, marié avec un ou des enfants, menant un trin trin quotidien des plus reposants.
Mais non...Dean et lui n'avaient pas le droit à tout ça. Le Paradis et l'Enfer menaient toujours une lutte sans merci à laquelle ils étaient obligés de participer bien malgré eux...Et cela causerait à coup sûr leur perte. Ou du moins, la sienne.
Après avoir laissé échapper un soupir fatigué et s'être de nouveau passer une main sur le visage, Sam sentit deux regards posés sur lui. Il y avait son frère bien sûr...à qui sa vision de tout à l'heure n'avait sans doute pas échappé. Et il y avait Chenoa.
- ça va ? S'inquiéta cette dernière en s'approchant doucement.
Arborant une expression neutre, le jeune homme se retourna.
- Et toi ?
Elle haussa des épaules.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Oh c'est...C'est Hiamovi...je...j'ai peur que...j'ai peur de ne pas si bien le connaître que ça.
Un sourire rassurant et involontaire se dessina sur le visage de Sam.
- Ce type a toujours été un vrai mystère. Même quand on était gamins...Je me rappelle que personne ne voulait aller dans sa librairie...les gens avaient peur de lui.
- C'est vrai je me souviens ! Avoua Chenoa en souriant à son tour. Faut dire qu'il n'a jamais été très sociable !
Le chasseur se rapprocha d'elle sans même s'en rendre compte.
- Il avait ses secrets... On en a tous, n'est-ce pas ?
La cheyenne leva la tête vers lui, comprenant parfaitement où il voulait en venir. Et comme s'il avait vu qu'elle avait saisi le message, il entra dans le vif du sujet.
- Donc ta grand-mère pouvait lire l'âme des gens ?
- C'est ce qu'on dit...
- Et toi ?
- J'en sais rien. Avoua-t-elle honnêtement. En général, je cerne bien les gens...Mais de là à lire leurs âmes, il ne faut pas exagérer.
- Peut-être que c'est un don que tu dois travailler. Proposa Sam avec innocence. En tout cas, je ne vois pas quel mal il peut y avoir à ça...
Chenoa fit la moue.
- Mouais...je préfèrerai ne pas avoir à me dire que je suis différente...
- Et te fondre dans la masse ? Tu n'y arriverais pas, même avec toute la bonne volonté du monde !
Incapable de dissimuler un nouveau sourire, la jeune femme demanda.
- C'est un compliment ?
- Prends-le comme tu veux ! Répondit Sam qui arborait soudain une mine joyeuse.
Ils partirent dans un fou rire à la fois nerveux et gêné, tout aussi heureux et mal à l'aise par la présence de l'autre. Puis, après quelques instants occupés à retrouver leurs souffles, Chenoa demanda d'une voix blanche.
- Hey Sam...
- Mmh ?
- C'est vraiment grave ? Tout ça...
Le sourire du jeune Winchester disparut alors.
- Oui.
Ohh tout plein de reviews !!! Merci à Elisab, liliju, GLEMJYC et july4o pour vos message...Et j'en ai pas oublié là ??? J'ai un doute...
Enfin, ça me touche toujours autant, et sachez que j'essaie de publier aussi souvent que possible.
Allez, je ne vous embête plus avec mon blah blah et je vous poste la suite !
Retour chez soit
Lawrence, Kansas – 1969
John Winchester n'avait jamais vraiment aimé le lycée. Le collège non plus d'ailleurs... En fait, c'était l'école en général qu'il n'aimait pas. Le fait de rester assis pendant des heures à regarder des profs s'écouter eux-mêmes l'exaspérait au plus haut point, et seules certaines matières semblaient dignes d'attiser son intérêt. Il n'était pas mauvais en sport, plutôt doué même s'il en croyait les échos de l'entraineur de hockey. Et il avait une étonnante facilité en littérature. Sauf que les maths étaient définitivement sa bête noire !
John n'avait jamais été un élève à problème, c'était même le genre d'étudiants sans histoire que les professeurs ne reconnaissaient même plus une fois l'année écoulée. Son nom ne restait pas dans les mémoires et sa présence passait presque inaperçue. Aux yeux de tous, il finirait avec un boulot quelconque, vivant dans une banlieue quelconque, marié à une femme quelconque. Sa mère n'avait d'ailleurs jamais été très exigeante avec lui, jusqu'à ce tragique jour où elle succomba à une longue et terrible maladie. Agé de seulement seize ans, elle avait fait promettre à son unique enfant que quoi qu'il choisisse de faire de sa vie, il faudrait qu'il soit heureux. John avait promis.
Et depuis, il lui avait semblé tout naturel de reprendre le garage de son père. L'adolescent et lui s'étaient éloignés après la mort de sa mère, l'autorité presque étouffante de celui-ci avait été la cause de nombreux désaccords qui s'étaient souvent terminés par des claquements de portes. Ils ne se parlaient presque plus, mais John reprendrait le garage de son père...De toute façon, il n'avait pas tellement d'autres ambitions.
Et puis un jour, ses projets d'un avenir quelconque furent bouleversés. Bouleversés par l'arrivée d'une nouvelle élève au lycée. Mary Campbell. Issue d'une famille dont il n'avait aperçu que la mère que de loin, la jeune fille était son stricte opposé. Elève brillante, en à peine quelques jours, tous les professeurs se souvenaient de son nom et tous, s'accordaient à dire qu'elle avait un avenir prometteur. Les autres étudiants aussi l'avaient remarqué...En particulier les garçons. Mary s'attira les faveurs de la majorité d'entre eux et les regards désapprobateurs et jaloux des autres filles.
Pourtant, ce n'étaient ni de nouvelles rencontres, ni l'appréciation de l'équipe enseignante qu'elle recherchait, et ça John le comprit très vite, sûrement avant tout le monde d'ailleurs. Car même si Mary semblait populaire et apprécié de la majorité du lycée, elle semblait seule. Le jeune Winchester irait même jusqu'à s'accorder à dire qu'elle paraissait triste.
Or, en ce lundi du 1 novembre 1969, John se décida finalement à l'aborder. Mary était assise sur le banc, au pied du chêne qui avait été planté l'année même de la fondation du lycée. Ses boucles blondes s'agitèrent doucement sous l'effet du vent, ne la faisant même pas réagir. La jeune fille semblait trop absorbée par la lecture d'un épais volume dont le titre était écrit dans une langue que John ne connaissait pas.
- Salut. Dit-il banalement.
Il s'attendait presque à se faire rembarrer aussitôt, car Mary Campbell était aussi connue pour ça. Une fois, elle avait même mis un jouer de foot à terre parce qu'il l'avait provoqué. Voyant qu'elle ne réagissait pas, John se risqua à reprendre.
- Qu'est-ce que tu lis ?
Une fois de plus, le jeune homme se sentit parfaitement ridicule, n'obtenant aucune réponse. Alors, il se risqua à se pencher légèrement vers elle, observant plus en détails les pages du bouquin qui semblait au moins aussi vieux que le lycée lui-même.
- Whoua...C'est quoi comme langue ?
- Du latin.
Evidemment...à vrai dire, John n'en avait pas grand-chose à faire, tout ce qui l'importait, c'était qu'elle lui avait répondu.
- ça va ? Demanda-t-il alors.
- Pourquoi ça n'irait pas ? Aboya la jeune fille.
Parce qu'elle avait encore dû repousser les assauts du Terry Martins le capitaine de l'équipe de foot ! Avait envie de répondre John. Mais il préféra s'abstenir.
- Tu sembles triste.
Alors, contre toute attente, Mary releva le visage de son bouquin, sans doute pour répliquer quelque chose, cependant, à l'instant même où elle croisa le regard de John, elle se figea. Et lui eut l'impression d'avoir eu les jambes coupées.
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John n'eut même pas la force d'essuyer le sang de son visage, de toute façon, il n'en avait pas envie. Que verrait-il s'il ouvrait les yeux ? Le feu ? Les démons ? La cellule dans laquelle ils l'avaient enfermé ? Non...il était mieux perdu dans ses souvenirs, à se rappeler de sa toute première rencontre avec Mary.
Son corps ne lui faisait même plus mal, à vrai dire, il ne le sentait plus vraiment. La réalité et l'imaginaire se confondaient dans son esprit mais il ne s'en plaignait pas, Mary était semblait plus présente comme ça. Des voix s'élevèrent dans le couloir de l'autre côté de la porte, mais il ne fit pas attention. Peu lui importait de ce que les démons projetaient de faire de lui...le tuer, continuer à le torturer...Du moment qu'elle était là. D'ailleurs, il ne se souvenait plus vraiment de ce qui lui était arrivé, le FBI, ses deux fils qui lui avaient été enlevés et tout...John en avait oublié ses responsabilités, il était juste fatigué.
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Lawrence, Kansas – 1970
Se fondant parmi la foule d'élèves pressés de quitter le lycée, John passa son sac de cours sur l'une de ses épaules avec un soupir. Ce cours de maths l'avait achevé, et il n'avait qu'une hâte : retrouver Mary !
Et elle était là bien sûr, l'attendant dehors car elle avait terminé une heure plus tôt, un sourire radieux, mais préoccupé sur le visage, les cheveux lâchés avec une désinvolture et une élégance dont elle seule avait le secret.
- Enfin ! Ria-t-elle en le voyant arriver.
- Non s'il te plait...Aucun commentaire.
John envoya balader son sac et lui vola un baiser passionné, s'attirant les regards jaloux d'une bande d'élèves, assis sur un banc non loin de là. Une fois sûr que le cours de maths n'était plus qu'un lointain souvenir, le jeune homme se séparait de sa petite copine et passa tendrement une main sur sa joue.
- ça va ? Tu à l'air inquiet...
Un léger sourire s'étira au coin des lèvres de Mary qui lui prit la main gentiment avant de la lui retirer de son visage.
- Je vais très bien... Je suis juste inquiète pour mon père...Il n'est pas rentré de son travail.
Ah...le père de Mary ! Samuel Campbell ! Voilà bien l'un des mystères entourant la vie de la jeune fille. Cela faisait déjà plusieurs mois qu'ils sortaient ensemble, mais jusque-là, Mary avait toujours refusé que John ne rencontre son père. Il avait eu l'occasion de parler à Dina, sa mère, mais Samuel était toujours indisponible. Et tout comme lui, les relations entre Mary et Mr Campbell semblaient plutôt...Compliquées.
- Je suis sûr qu'il va très bien... Tu m'as toujours dit que c'était le meilleur dans son domaine non ? La rassura innocemment John, qui n'avait pas la moindre idée du job que pouvait bien faire son mystérieux père.
Mary approuva d'un léger hochement de tête avant de sourire sincèrement.
- Oui... C'est ce qu'il dit aussi. Il se croit sans faille. Invincible. Mais l'arrogance est un défaut qui parfois, peut coûter très cher !
John ne la contredit pas, il choisit plutôt de la prendre dans ses bras, essayant de lui donner une étreinte aussi rassurante qu'amoureuse.
- Allez viens ! Tenta-t-il plus gaiement. Je t'invite à dîner !
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L'image du sourire de Mary provoqua un léger sursaut chez John, qui ignora la larme qui coulait au coin de son œil. A moitié dans les vapes à cause des drogues qui lui avaient administrés ses ravisseurs, il ne vit même pas que l'un des démons, celui qui avait le costume noir, l'observait par la petite meurtrière.
Crowley referma rapidement l'écoutille, mettant toute sa mauvaise humeur dans son geste. Alors qu'il s'éloignait dans le couloir, plusieurs hommes aux yeux noirs, d'autres rouges, s'approchèrent de lui.
- Plus de glaçons ! Exigea-t-il en agitant son verre comme si le fait qu'il soit à moitié vide soit une offense personnelle.
Le démon arriva dans une pièce plus luxueuse, un bureau...Celui d'Azazeal quand il n'était pas occupé à parcourir le pays pour griller des gens au plafond.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda la voix mielleuse d'une petite fille.
C'était Lilith. Crowley avait pris l'habitude depuis quelques années de la voir elle, ou Azazael remonter des Enfers pour surveiller le bon déroulement des opérations. Pourtant, leurs présences ici ne l'arrangeait guère...Il savait très bien ce qu'ils avaient prévu, ce qu'ils projetaient de faire avec les Winchester. Mais lui ne voyait pas tellement son intérêt à faire sortir Lucifer de sa cage. Mais depuis la nuit des temps, il était habitué à bosser en solo...Son job se limitait à faire passer un maximum de pactes aux humains, point. Enfin..ça c'était la partie visible de l'iceberg, car Crowley n'avait pas l'intention de rester les bras croisés qu'un gosse capricieux rejeté par son père ne déclenche l'Apocalypse. La fin du monde n'était pas dans ses intérêts. Aussi, il avait depuis longtemps décidé de rester en retrait, approuvant et obéissant aux ordres en entendant de voir qui commettrait l'erreur qui ferait exploser la machine. Que ce soit Azazeal et ses enfants démons, ou Lilith et ses sceaux ou Lucifer et son big-bang, il savait que tôt ou tard l'un d'entre eux feraient une boulette...Et alors, il serait là...prêt à reprendre le flambeau, mais uniquement pour lui cette fois !
- Pourquoi garder John Winchester en vie ? Demanda-t-il vaguement à l'adresse de Lilith.
La gamine sauta du canapé sur lequel elle était assise et foudroya le démon du regard.
- Mort, il ne nous servira à rien, et tu le sais très bien !
- ça va...Je demandais juste. Soupira Crowley. Pas la peine de monter sur tes grands chevaux !
Sa plaisanterie, même si elle eut pour effet de le faire ricaner ne provoqua pas l'hilarité de Lilith, qui fulmina de rage. Comprenant qu'il était encore allé trop loin, le démon se servit un verre et hésita à en remplir un autre.
- Whisky ? Ah pardon... Tu n'es pas majeur !
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Castle Rock, Colorado – 1994
- Samuel !!! Tu vas être en retard !!!
Joan Finn...ou l'art de la discrétion et de la douceur incarnée. Comme il avait pris cette habitude, Sam ne répondit pas. Il vérifia une énième fois que toutes ses affaires étaient prêtes. Son sac à dos dans lequel rentraient ses vêtements sans la moindre difficulté était bouclé, il y avait également glissé une lampe de poche, une boussole, une carte et son couteau papillon était soigneusement dissimulé dans sa boot. L'angoisse de leur fuite l'avait empêché de trouver le sommeil, et ce matin, le manque de repos semblait l'accabler plus que d'habitude. Ignorant une fois de plus cette toux qui l'assaillait régulièrement depuis plusieurs jours maintenant, Sam enroula une écharpe autour de son cou avant de passer son manteau sur lui. La voix de Joan lui brailla une fois de plus qu'il allait être en retard, et le jeune Winchester prit son sac avant de quitter la chambre.
- Ah ben quand même ! Tu ne m'avais pas entendu ou quoi ? Grogna Mme Finn en le regardant de biais.
Sam ne répondit pas...Sam ne répondait jamais de toute façon.
- Essaie de rentrer à l'heure pour une fois !
L'enfant se contenta d'approuver vaguement d'un signe de tête avant de se diriger vers la porte d'entrée, qu'il passa sans même se retourner.
Dean avait bien insisté sur le fait qu'il devait avant tout avoir l'air le plus naturel possible. S'il attirait les soupçons des Finns, ou de n'importe qui, tout leur plan tomberait à l'eau et alors il n'aurait plus la moindre chance de rentrer chez lui.
Par chance, la pluie de la veille semblait s'être un peu calmée, seule une légère bruine continuait de tomber inlassablement sur la ville, la plongeant dans une brume grisâtre et fraiche, étouffant ainsi le moindre son. Castle Rock était plongé dans un silence matinal dont Sam se serait bien passé, une voiture passait à l'occasion à côté de lui, soulevant un nuage de gouttelettes dans son sillage.
Les mains dans les poches et l'oreille aux aguets, Sam se dirigeait presque machinalement vers le lycée, se remémorant silencieusement les instructions et indications de son frère pour rejoindre leur lieu de rendez-vous, qui ne serait certainement pas le parvis de l'établissement.
Arrivé à l'embranchement qui le mènerait soit au lycée, soit vers leur fugue, Sam n'hésitait même pas et tourna à droite, s'engageant ainsi dans une rue encore moins fréquentée que les autres, dans laquelle la brume semblait se plaire tout particulièrement.
Ne sachant pas trop si c'était son instinct de chasseur (instinct qu'il doutait avoir), ou si c'était la voix de Dean dans sa tête qui l'avait mis en garde toute sa vie contre ce genre de situation, mais Sam ralentit tout à coup son allure...Là, à travers la brume matinale, se dessinait une silhouette, appuyée contre un mur, un peu plus loin.
- Dean ?
La silhouette bougea, et tourna la tête dans sa direction, si bien que pendant un instant, l'enfant pensa qu'elle appartenait bien à son frère. Sauf qu'à la seconde même où elle se décolla du mur et s'avança vers lui, il sut que ce n'était pas le cas...Dean n'avait pas ce genre de démarche.
- Tu es perdu ? Demanda l'inconnu.
Et Sam ne put retenir un frisson...Ce type avait tout d'un tueur en série psychopathe...De taille plutôt moyenne c'était le genre de gars qui n'attirait aucun regard...C'était même plutôt l'inverse. Un pantalon de velours verdâtre trop court, sa chemise à carreaux dépassait d'une grosse doudoune dont même un SDF n'aurait pas voulu.
- Euh... non...non j'attends juste quelqu'un. Répondit Sam d'une voix calme en essayant d'éviter le regard dérangeant de l'inconnu.
- Non parce que si tu es perdu, je peux t'aider à retrouver ton chemin tu sais ?
- Sammy !
Dès qu'il entendit la voix de son frère, Sam fit volte-face, soulagé. La mine sombre et le souffle court, Dean semblait avoir couru pour venir jusqu'ici. Quasiment arrivé à la hauteur de son petit frère, le jeune homme lança un regard méfiant à l'inconnu.
- Qu'est-ce que vous voulez vous ?
- Moi ? Mais rien je...il m'a dit qu'il était perdu...Je voulais juste aider.
L'ainé n'eut même pas à regarder son frère, il savait que Sam ne ferait jamais confiance à un étranger. Surtout un étranger qui avait l'allure d'un sociopathe névrosé. Dean fit un pas vers lui, sans même sourciller.
- On n'a pas besoin d'aide. Alors maintenant, dégage.
- T'énerve pas enfin...Sourit le psychopathe en jetant un coup d'œil à Sam, comme si celui-ci allait prendre sa défense.
Toutes ses années passées sur les routes avec son père, Bobby ou Caleb, avaient appris à Dean que la folie et le mal pouvait arborer différents visages. Et le jeune homme les reconnaissait sans peine. Ecartant légèrement le pan de sa veste, le chasseur dégagea ainsi la vue son couteau.
- J'ai dit dégage.
Apparemment, l'autre n'avait pas assez de cran pour s'opposer à Dean...Encore moins à un Dean armé et prêt à tout pour défendre son frère et lui-même. Il l'observa un instant, et finit par lever les mains en reculant, en signe d'apaisement.
- ça va...je ne veux pas de problème.
Dean envoya un léger « c'est ça », non mécontent de se débarrasser de cette gêne. Une fois le sociopathe hors de vue, le jeune homme se tourna vers son frère.
- ça va ? Combien de fois je t'ai dit de ne pas parler avec des inconnus ?
- Je ne lui ai pas parlé ! C'est lui qui est venu...Et puis j'ai cru que c'était toi. Se défendit son frère sincèrement.
Par instinct, le jeune homme vérifia une nouvelle fois qu'ils étaient bien seuls dans la ruelle.
- C'est rien...Bon...tu es prêt ?
Sam approuva.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
- Maintenant on rentre chez nous !
Rassemblement
Helena, Montana – 2011
Retourner au QG des chasseurs n'était pas l'idée la plus réjouissante pour Sam, il y reverrait Cléo, Geez et Kyle...Mais Chenoa avait raison... Ils allaient avoir besoin du plus de chasseurs possibles s'ils voulaient attaquer le repère des démons.
Le jeune homme essaya alors de dissimuler au mieux sa réticence et se contenta d'hocher la tête avec neutralité lorsque la cheyenne lui demanda s'il était d'accord. Dès qu'elle eut tourné le dos, Sam ne put s'empêcher de soupirer en levant les yeux au ciel. Trainant les pieds comme une âme en peine, il retourna à l'intérieur de la maison pour avertir son frère qu'ils allaient devoir quitter le motel.
Dehors, la pluie s'était remise à tomber, comme si quelqu'un là-haut, trouvait ça drôle de plonger Helena dans une atmosphère humide et inquiétante la vieille d'une bataille. Sam trouva son ainé dans la cuisine, le regard perdu par la fenêtre, silencieux, comme s'il regardait la pluie sans vraiment la regarder.
- Hey...Tenta-t-il distraitement.
Dean ne réagit pas.
- 'Faut qu'on retourne là-bas...Chenoa dit qu'on devrait emmener un maximum de chasseurs avec nous. Expliqua Sam tout en se servant une bière.
Il n'obtint toujours pas de réponse. Cette fois réellement intrigué, le jeune homme se tourna vers son frère.
- Dean ?
Apparemment, la mention de son prénom fit réagir ce dernier. Il tressauta et se tourna vers son cadet, le visage fatigué.
- Quoi ?
- ça va ?
- Ouais...Pourquoi ?
Sam but une gorgée de bière, l'air de rien avant de murmurer calmement.
- Tu as l'air ailleurs.
En général, lorsque « Dean était ailleurs », son frère avait droit à un haussement d'épaules, à un soupir, ou même à un « mêles-toi de tes affaires ! »...Mais pas là...Pas aujourd'hui. L'ainé reposa sa bière sur le comptoir et se tourna vers le plus jeune, un demi-sourire triste sur le visage.
- Je...Je pensais à...
Sam attendit.
- Non laisses tomber. Finit par souffler Dean en détournant le regard et en baissant la tête.
Le cadet reposa à son tour sa bouteille et stoppa son frère d'un geste, frère qui venait d'amorcer un mouvement pour s'en aller.
- Non dis-moi...à quoi tu pensais ?
Le plus âgé évita son regard pendant un instant, comme s'il hésitait à se confier. Alors, Sam attendit, et usa inconsciemment de son arme secrète, lançant des yeux insistants à son ainé qui finit par céder.
- Castle Rock...en 94...papa avait été arrêté. Et nous on...on avait été placés dans des familles d'accueils.
Sam observa attentivement son ainé, les sourcils froncés...Ce souvenir ne faisait pas partis de ses meilleurs, donc il se demandait inévitablement où son frère voulait en venir.
- Je me rappelle... Mais pourquoi tu me parles de ça Dean ?
Ce dernier leva lentement les yeux vers lui, et l'observa en silence. Pendant un bref instant, le plus jeune se sentit désarmer face à un tel regard, il avait presque l'impression que Dean essayait de lire dans ses pensées.
- On l'a échappé belle...et toi tu...
- Dean. Coupa aussitôt son cadet d'un geste. Qu'est-ce que tu essayes de me dire ?
L'ainé se racla la gorge en détournant presque aussitôt le regard, gêné et peu habitué à se confier...Que ce soit à Sam ou à n'importe qui d'autre.
- Rien...je me demande juste comment...Comment on a réussi à se tirer de certaines situations.
Là, le plus jeune fut pris totalement au dépourvus. Il entre-ouvrit la bouche avant d'observer son frère, complètement incapable de lui répondre. D'ailleurs à vrai dire...Cette question il se l'était souvent posé.
- Parce que vous pensez peut-être que la chance fait partie de votre quotidien ? Demanda alors une troisième voix.
Surpris, les deux frères se tournèrent vers Balthazar qui venait de faire son entrée dans la cuisine.
- Quoi ?
- Ben oui... Avec tout ce qui vous est arrivé, vous ne pensez pas sérieusement que vous vous en êtes tirés à chaque fois sur un coup de chance ? Sinon expliquez-moi pourquoi aucun d'entre vous n'a jamais pris la peine d'acheter un ticket de loto ?
Sam referma bêtement la bouche tandis que Dean fronça des sourcils, comme si la perspective de jouer à des jeux de hasards était un concept qu'il avait déjà envisagé.
- Tu es en train de nous dire que...Commença le benjamin sans être sûr de la fin de sa phrase.
- Que quelqu'un a toujours veillé sur vous...D'une certaine manière.
Si le cadet commençait à comprendre, son frère ainé s'emporta.
- Arrête ! Dieu a déserté depuis longtemps...il nous l'a prouvé assez souvent !
- On ne parle pas de Dieu là. Rétorqua l'ange très calmement.
- De qui alors ? S'énerva Dean.
Mais la réponse, il l'avait...Sam la connaissait aussi d'ailleurs. Au lieu de prononcer son nom, Balthazar choisit d'observer l'ainé sans prononcer le moindre mot. Son silence, finit par troubler le chasseur qui laissa échapper un rire sarcastique.
- Me fait pas rire !
Cette fois, l'ange n'avait plus cette expression de « jem'enfousdetout » sur le visage, il avait un air grave, presque sévère.
- Castiel a peut-être déconné avec ce tordu de Crowley ! Mais ne remet jamais en doute sa loyauté ! Il a toujours veillé sur vous...Quitte à s'attirer des ennuis avec la hiérarchie ! Il était votre ange gardien.
Sam se risqua à tourner la tête vers son ainé, qui paraissait partagé entre l'envie de tout détruire dans la pièce et celle d'appeler Castiel pour lui demander s'il s'agissait bien de la vérité.
Mais personne n'eut jamais l'occasion de savoir quelle décision Dean aurait prise, puisque Chenoa entra timidement dans la pièce et annonça d'une voix douce.
- Il va falloir y aller.
***
- Tu crois qu'ils vont accepter ? Demanda tout à coup Sam en se tournant vers lui.
Dean fut légèrement soulagé...Soulagé que son frère se soit enfin décidé à briser ce silence pesant qui s'était installé dans l'Impala depuis leur départ.
Bobby, Chenoa et Mani étaient partis dans la voiture du premier, laissant les Winchester en famille.
- Pourquoi des chasseurs refuseraient d'aller se foutre sur la gueule avec des démons ? Rétorqua l'ainé avec un léger sourire.
Malgré un rire discret, Sam haussa des épaules.
- Ben...Geez et Cléo...Ce n'est pas le genre à nous rendre service.
- Je sais...Je me méfie de Brannagh comme d'un polymorphe « dents de sabre ».
Le plus jeune se tourna vers son frère, un sourire intrigué sur le visage.
- Un polymorphe-dents-de sabre ? ça existe ça ?
Dean balaya la question d'un geste de la main avant de reprendre avec le plus grand sérieux.
- Bref...Geez ne brille pas par son intelligence, mais je ne vois pas pourquoi il voudrait nous mettre des bâtons dans les roues.
Tout en reportant son attention sur la route, Sam entreprit de résumer la situation avec l'autre chasseur.
- Ben disons que la dernière fois que je l'ai vu, il a voulu que je réduire à néant une bonne douzaine de démons à moi tout seul.
- Quoi ? S'étrangla Dean en détachant un instant ses yeux de la route.
Le plus jeune n'avait pas trop envie de relancer le sujet « sang de démon », mais il savait bien que s'il n'expliquait pas la situation dans son ensemble, son frère ne pourrait pas comprendre.
- C'était quand...après que Lucifer se soit échappé. On s'était séparé et...Enfin je suis tombé sur lui et il a su pour...disons qu'il savait pourquoi j'avais arrêté. Il a voulu se servir de moi pour tuer tous ces démons.
Dean, qui malgré les passages passés sous silence, se représentait parfaitement la scène, observa son frère un instant, sans se rendre compte que ses doigts s'étaient resserrés autour du volant.
- ET qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Il a dû se débrouiller tout seul. Souffla son cadet d'une voix morne, les yeux tournés vers la fenêtre.
Dean l'imita et reporta son attention sur la route, se promettant silencieusement de surveiller Geez et ses agissements.
***
L'idée d'une attaque surprise dans une planque de démons fut certainement mieux accueillit que le groupe lui-même. Mis à part Karl, tous les autres chasseurs ne cessèrent de jeter des regards suspicieux aux frères, et encore plus à Balthazar qui ne s'était pas présenté.
- Pourquoi on vous croirait ? Aboya l'un d'entre eux.
Sam, bien que resté silencieux depuis le début, ne cessait de s'étonner de la bêtise du genre humain...Encore plus de ceux qui disait défendre les leurs en combattant l'Enfer.
- La question n'est pas de nous croire ou non pauvre idiot ! Rétorqua Bobby de mauvaise humeur. Mais plutôt de savoir si oui ou non vous voulez nous aider.
Apparemment, le chasseur n'apprécia guère d'être appelé « idiot », et presque aussitôt, il monta sur ses grands chevaux, faisant même un pas vers Bobby. Accablé, Sam se réjouit tout de même intérieurement que Dean lui barre la route. Les choses auraient pu dégénérées, mais une fois de plus, avec sa douceur habituelle, Chenoa tenta de calmer le jeu.
- Je comprends que vous vous sentiez frustrés...Il y a beaucoup de choses dont on ne peut pas vous parlez dans cette mission. Mais croyez-moi si je vous dis que c'est d'une importance capitale.
Tout comme Sam, Kyle avait été silencieux depuis le début et se contentait d'écouter, les bras croisés sur la poitrine, hochant la tête de temps à autre.
- Si justement c'est très important, je pense qu'on devrait tous être au courant ! Proposa Cléo d'une voix révolutionnaire.
N'ayant pas vu que son ainé s'apprêtait à répondre, Sam le devança, se laissant cette fois emporté par sa colère.
- Oh c'est vrai que tu as prouvé ta fiabilité Cléo ! Lança-t-il ironiquement.
Piquée au vif, Brannagh s'apprêta à répondre, mais le jeune Winchester ne lui en laissa pas le temps.
- Il nous faut des gens de confiance...Et ce n'est pas ton cas.
- Parce que c'est le tien ? Répliqua Geez, trop heureux d'avoir réussi à en placer une.
Le bref instant de silence qui suivit encouragea le chasseur à reprendre.
- Tu continues à prendre du sang de démon ?
- La ferme ! L'avertit Bobby le visage crispé de colère.
- Oh et il y a de drôles de rumeurs qui circulent à ton sujet Sam...Il paraît que certains d'entre nous ont peur de travailler avec toi...Que depuis quelques temps t'es plutôt du genre solitaire...Que t'as pété les plombs.
Sam n'eut même pas le temps de se défendre que Bobby avait envoyé une droite à Geez, et que Dean tentait de se jeter sur lui, retenu in-extremis par Karl. Presque aussitôt, ce fut la cohue. Des voix mécontentes s'élevèrent, certains en profitèrent même pour régler leurs comptes en en venant aux mains.
Soudain, il y eut un coup de tonnerre et toute la pièce fut momentanément plongée dans le noir le plus complet. Et tous posèrent un regard ébahi sur Balthazar, éclairé par un mince rayon de lumière. Sur le mur derrière lui, se projetaient les ombres de deux immenses ailes noires. Une fois certain que le calme était revenu, l'ange mis fin à sa démonstration et tout redevint normal..Sauf que tous étaient silencieux.
- Je déteste faire ça. Ronchonna-t-il.
Geez, Cléo et les autres chasseurs le regardèrent bouches-bées tandis que Bobby, les Winchesters et Chenoa observèrent les réactions de chacun.
- Maintenant que j'ai votre attention à tous...Je m'appelle Balthazar et au cas où certains d'entre vous n'aient pas eu leur dose de caféine ce matin, je suis un Ange. Je ne vous demande pas de saisir la subtilité de la situation, c'est une cause perdue...Tout ce que je veux, c'est que vous vous montriez digne de ce titre que vous prétendez détenir, à savoir celui de chasseur. Les Winchester et Bobby ont empêché l'Apocalypse...La moindre des choses que vous pourriez faire c'est répondre à leur demande...Ce n'est pas le débarquement de Normandie qu'ils vous demandent de faire... On a besoin que vous occupiez des démons...A moins que je ne me sois fourvoyé, c'est votre job non ?
Donc je vais formulez ça autrement...Obéissez leur, ou alors vous aurez à subir la colère d'un Ange.
Comme par magie, tous avaient alors accepté de les suivre. Et ce fut aux frères et à Bobby d'établir la stratégie. Non contents d'avoir un peu la paix, les deux frères s'isolèrent avec leur « oncle », et Balthazar dans une autre pièce, soucieux de trouver un plan.
- « vous aurez à subir la colère d'un Ange ! ». Imita Dean quand il vit l'Ange arriver.
Incapable de retenir un rire, Sam leva furtivement les yeux vers lui et Balthazar haussa des épaules.
- Oh ça va...fallait bien les faire réagir...Et pour votre information, le truc de la colère d'un ange, c'était plutôt à Uriel...moi je préfère m'amuser.
- On avait eu l'occasion de s'en rendre compte. Commenta Dean qui ne se souvenait que trop bien de l'homme « flaque de sang », ou du scalp aux criquets.
L'ange haussa des épaules et alla se poster à la fenêtre tandis que l'ainé reporta son attention sur le plan de l'entrepôt.
- Je persiste à dire que c'est une mauvaise idée.
- Je persiste à dire que je suis d'accord avec toi. Répondit Sam avec un demi sourire.
NB : Concernant le polymorphe «dents de sabre», me demandez pas...je ne sais pas ce que c'est ! :D
Coucou !!!
Avant de vous publier la suite que je vous ai promise, je voulais juste redire une fois de plus à quel point j'étais heureuse pour Jared et Gen !!!!
Voilà voilà...Elisab...ma fidèle revieweuse...mille mercis !
Colère, lettre et steak-frites !
Sioux Falls, Dakota du Sud – 1994
Même Missouri n'avait rien trouvé et Bobby se demandait comment il faisait pour ne pas désespérer. Le chasseur avait l'habitude de passer par toutes les phases de colère et d'inquiétude avec les Winchesters, mais là, il se sentait comme vieillit de dix ans.
John était introuvable, sûrement entre les mains des démons. Et ses fils étaient Dieu sait où, séparés sans nul doute. Bobby avait épluché tout son répertoire, cherchant de l'aide parmi le moindre de ses contacts. Certains avaient tout simplement ignoré ces appels, d'autres lui avaient raccrochés au nez, une autre poignée avait lancé qu'ils se renseigneraient, et les derniers avaient prétexté qu'ils étaient occupés.
- Bande de...
- Bobby. Appela alors la voix calme de Jim.
Terminant de pousser son juron dans sa tête, Singer raccrocha le téléphone en se tournant vers le prêtre.
- Quoi ? Grogna-t-il.
- J'ai eu Caleb...il est sur une chasse dans son secteur, il a promis de venir dès qu'il aurait terminé.
Bobby remercia son ami d'un bougonnement accompagné d'un bref signe de tête. Il ne parlait plus beaucoup depuis ces derniers jours, il ne dormait plus non plus d'ailleurs, et il était d'une humeur massacrante. Seul des habitués pouvaient le supporter...Comme Jim Murphy, ou son ami Rufus Turner, qui comprenaient parfaitement son angoisse.
- Tu devrais aller te reposer un peu. Suggéra gentiment le prêtre.
- Hors de question !
- Jim a raison Bobby...t'as pas vu la tête que t'as ! Tu ferais fuir une goule !
Pour toute réponse, Rufus s'attira le regard mauvais de son ami, qui s'éloigna de quelques pas avant de se diriger vers la cafetière. Il remplit une tasse jusqu'aux ra-bords et se tourna vers les deux autres chasseurs, comme s'il les défiait de lui dire quelque chose.
Comprenant qu'il n'aurait pas le dernier mot, Jim déposa les armes et reprit, appréhendant légèrement la réaction de Bobby.
- Bobby...Missouri n'a rien trouvé concernant John.
- Je sais. Grogna Singer, le regard perdu dans sa tasse.
Le prêtre lança un bref regard en biais à Rufus qui l'encouragea d'un indistinct sourcillement.
- Il faudrait peut-être que...qu'on revoit nos priorités.
Mais, contrairement à ce qu'il craignait, Bobby n'entra pas dans une colère noire, il se contenta simplement de fermer les yeux en soupirant.
- Je sais.
Et en effet, Bobby savait bien qu'il devait revoir ses priorités. Il avait d'ailleurs redouté ce moment. Recherché John avait été mis au sommet de sa liste de manière tout à fait naturelle. Il était entre les mains des démons, ce qui faisait de cette affaire un job comme un autre. Oui, mais plus le temps passait, plus les chances de le retrouver vivant diminuaient, et plus les risques de ne jamais revoir les fils Winchesters augmentaient.
D'ailleurs, Singer savait bien qu'elle aurait été la volonté de John. Non pas qu'il pensait déjà à lui comme s'il était mort, mais il lui avait toujours demandé de veiller sur ses enfants. Et c'était précisément ce que Bobby comptait faire.
- On doit retrouver Sam et Dean.
Jim parût soulagé, mais il ne dit rien, au lieu de cela il reprit avec un calme olympien.
- Bien. Dans ce cas, j'ai peut-être une idée pour que tu puisses obtenir leur garde de manière légal. Tant que John n'est pas là bien entendu.
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Dire que Crowley était contrarié aurait été un euphémisme. D'ailleurs, il avait avancé la date limite de certains de ses contrats juste pour se passer les nerfs. Il avait détruit son bureau était tué quelques démons de seconde zone qui ne servaient à personne. Il avait ensuite fait un lancé de bouteilles de whisky, et l'avait regretté aussitôt, puisqu'il n'avait plus rien à boire.
Les rumeurs qui couraient sur John Winchester étaient vraies, il avait eu l'occasion de s'en rendre compte un peu plus tôt alors que Lilith était venue le voir avec une idée qu'elle avait trouvé brillante.
- On va le libérer ! Avait annoncé joyeusement la gamine en sautillant sur place et en tapant des mains.
Impassible, Crowley avait continué à faire tourner ses glaçons dans son verre.
- Tu m'expliques où est l'intérêt ?
- Ben on le renvoie chez lui, mais on fait en sorte que ça ne soit pas lui...
Le démon s'était alors désintéressé de sa boisson et avait levé les yeux vers Lilith qui s'était mise à sauter avec frénésie.
- Oh dis oui dis oui dis oui !!!!
Crowley arquait un sourcil, toujours aussi surpris par l'attitude de cette folle.
- Si tu veux...
Lilith avait donc quitté la pièce, plus ravie que jamais et était partie chercher le démon idéal. Elle l'avait trouvé assez vite, et après lui avoir expliqué sa mission, celui-ci s'était dirigé vers la cellule de John. Curieux, l'amateur de whisky avait observé la scène.
Trop faible pour voir le danger arrivé, le chasseur n'avait réagis que trop tard lorsque l'épaisse fumée noire l'entoura, et déjà, Lilith se mis à éclater d'un rire cruel et sadique.
Sauf que la joie de la gamine fut de courte durée...A peine quelques secondes après que le démon ne soit installé dans son nouveau corps, il s'était mis à grimacer, et ses yeux noirs avaient presque aussitôt disparus...John avait repris le contrôle, et avait profité de ce moment de lucidité pour réciter un exorcisme.
Le démon avait alors été expédié de son corps avant de s'enfuir, évitant ainsi de justesse un piège à démon, dessiné au plafond juste au-dessus de la porte. Epuisé mais satisfait, Winchester était tombé à genoux avant de lancer un regard de défis à Lilith et Crowley, qui avait tout vu depuis la meurtrière.
La gamine était alors entrée dans une rage folle, pestant, jurant, tuant, tapant...Et bien évidemment, elle hurla à l'adresse du démon des croisements que tout était de sa faute et qu'il ne servait à rien. Le tout sous les yeux amusés du chasseur.
Donc oui, Crowley était hors de lui...parce que Lilith était une folle furieuse qui ne reconnaissait pas ses erreurs. Parce que John Winchester était digne de sa réputation et parce qu'il était passé pour le dernier des idiots. Sauf qu'il était rancunier...Très rancunier même. Lilith le prenait pour un incapable ? John lui riait au nez ? Parfait.
- Vous m'avez demandé ?
La voix tira alors le démon de ses réflexions, aussi il reporta son attention sur le nouveau venu.
- Oui, rassemble les autres vous partez en mission.
- Bien...Quelle est-elle ?
Crowley but une nouvelle gorgée d'un liquide qu'il n'avait pas encore identifié et souffla.
- Ramenez-moi les fils Winchester !
***
Castle Rock, Colorado – 1994
Parfois, Dean avait l'impression d'oublier son âge. Il oubliait même qu'il 'était ni majeur, ni adulte, même s'il se comportait comme si c'était le cas. Il avait tout juste seize ans, mais savait conduire depuis longtemps. Il repérait les coins douteux de chaque villes dans lesquelles lui et sa famille allait, et sentait le danger à des kilomètres. Il connaissait quelques bons remèdes contre la gueule de bois et s'en servait parfois pour son père, lorsque celui-ci revenait d'un job particulièrement pénible et qu'il s'était arrêté quelques heures dans un bar avant.
Il connaissait les motels, leurs avantages, leurs dangers et savait gérer un propriétaire en colère. Il savait trouver de la nourriture, même quand ils n'avaient plus un sous et enfin, il était parfaitement capable de se servir de presque n'importe quelle arme. Bref, parfois, Dean avait l'impression qu'il avait été programmé pour prendre soin de son père et de son frère.
Quelques fois, l'enfant qu'il n'avait presque pas été regrettait cette situation. Dans ces moments-là, l'ainé sortait, soit pour aller draguer, soit simplement pour se changer les idées. Mais la plupart du temps, Dean se montrait responsable et mature...Du moins, en situation de crise comme aujourd'hui.
N'importe quel adolescent de son âge qui se serait retrouvé à sa place aurait eu pour priorité : « rentrer à la maison et retrouver papa ». Mais pas lui...Non, sa priorité était plutôt : « ramener Sammy à la maison sain et sauf ».
Il lui arrivait de se demander si son comportement de grand frère hyper protecteur avait été engendré par l'incendie et la mort de leur mère...Ou s'il l'avait toujours eu...Peut-être que si Mary était toujours en vie, alors Dean continuerait de se comporter comme ça avec son frère...Peut-être pas, mais ça, il n'arrivait même pas à l'envisager.
- Tu t'es battu ?
Le jeune homme savait bien que Sam faisait référence à la marque violacée qui ornait sa mâchoire, vestige de son altercation de la veille.
- C'est rien. Souffla-t-il.
Il avait choisi les ruelles...Les types qu'ils croisaient étaient peut-être louches et malsains, mais ou moins, ils ne risquaient pas de tomber sur des flics. Peut-être était-ce l'angoisse de se faire reprendre, ou l'urgence de leur situation, mais Dean avait attrapé la main de son frère il y a de ça quelques minutes, et l'avait entrainé à sa suite, courant dans les ruelles humides. Finalement, ils s'étaient stoppés à la sortie de l'une d'entre elle, qui venait de déboucher sur un carrefour plus fréquenté.
Le jeune homme s'accorda quelques instants pour reprendre son souffle et en profita pour se tourner vers Sam. Instinctivement, il noua son écharpe autour de son cou avec soin.
- ça va ? Lui demanda-t-il avec inquiétude.
L'enfant jeta un coup d'œil à la rue avant de répondre tout bas.
- Moui... est-ce que tu as un plan ?
- Prend un air naturel...Et surtout, le plus important Sammy...
- Evite de croiser le regard des gens ! Termina ce dernier en chantonnant.
C'était à la fois dur et triste...Combien de fois avaient-ils été livré à eux même dans une ville, obligés de parcourir des kilomètres pour retrouver leur père...Dean ne comptait même plus, il constatait simplement que Sam avait retenu la leçon, et ça c'était le plus important. Car lui était presque adulte, il savait se débrouiller...Mais un jour ou l'autre, son frère se retrouverait forcément livré à lui-même, peut-être même plus tôt que prévu, et alors, les conseils et les avertissements de Dean et de John lui reviendraient et l'aideraient sans doute à se tirer d'une quelconque situation délicate.
- Très bien. Tu es prêt ?
Il approuva.
Et évidemment, la désagréable impression d'être observé par tous les assaillit. Pendant quelques secondes, Dean avait même imaginé tous les passants avec des yeux noirs. Et puis, Sam avait attiré son attention sur la droite, lui montrant des allées moins fréquentés. Ils ne tardèrent pas à s'y engager.
Par chance, la pluie ne tombait pas encore, mais les gros nuages noirs qui assombrissaient le ciel de minutes en minutes n'étaient pas vraiment annonciateurs de beau temps.
Ils avaient pris deux bus, et ce fut aux alentours de 15h que la ville sembla peu à peu s'éloigner.
- Où est-ce qu'on va maintenant ? Demanda Sam, qui n'avait pas ouvert la bouche depuis des heures.
Sans doute s'était-il aperçu que Dean était à cran, écoutant, observant, prévoyant le moindre danger...Mais la route s'était transformé en chemin de campagne et se perdait au milieu d'immenses champs avant de disparaître à l'horizon d'une colline. Le ciel grondait au loin, et les menaçait d'un orage d'un moment à l'autre.
Dean s'arrêta alors, parcourant les environs d'un regard circulaire.
- La priorité est de se mettre à l'abri...j'aimerai mieux ne pas rester ici si un orage se déclare.
- Il y a une forêt là-bas.
L'idée n'avait rien de réjouissante, bien au contraire...le jeune chasseur qu'il était ne savait que trop bien quel genre de créatures s'abritaient dans une forêt. Comme s'il avait lu dans son esprit, Sam insista.
- On ne peut pas retourner dans la ville...ça nous retarderait et en plus, on pourrait très bien tomber sur quelqu'un qu'on connait ou sur des flics.
Dean approuva d'un vague hochement de tête.
- Tu as raison...Mais on reste à la lisière, on ne s'y enfonce pas compris ?
Et ils avaient bien fait, car l'orage éclata environ quinze minutes plus tard, et c'est trempés que les garçons allèrent s'abriter sous les arbres. Ils trouvèrent refuge sous un immense sapin, qui les protégeait parfaitement grâce à ses longues branches allongées. Epuisés, ils se laissèrent glisser contre son tronc avant de reprendre doucement leur respiration.
Machinalement, Dean sortit son arme et vérifia qu'elle était bien chargée avant d'être troublé par son frère, qui toussoutait sur sa droite. Une main devant sa bouche, il avait presque l'impression que Sam essayait de rester discret.
- ça va ?
Presque aussitôt, l'enfant retrouva un semblant de respiration normale et hocha négativement la tête.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? S'inquiéta Dean.
- J'ai faim...
Sam se mit à regarder autour de lui, comme si un steak particulièrement imprudent aurait eu pour mauvaise idée de passer par là...Dans l'hypothèse peu probable que les frites suivent le mouvement, Dean préféra se rabattre sur quelque chose de plus réel...Et de moins goûteux.
- T'as de la chance d'avoir un frère comme moi ! Se vanta-t-il en ouvrant son sac.
Le benjamin reporta son attention sur lui, permettant ainsi au steak et aux frites imaginaires de partir en courant.
- J'ai pensé à préparer des sandwichs avant de partir...J'en ai fait plein ! Alors ?
- Alors quoi ?
- Je ne suis pas le meilleur frère du monde ?
Cette question arracha un sourire à Sam.
- Du monde je n'sais pas...mais t'es mon frère préféré !
Dean tandis le sandwich à son cadet ( sandwich qui devait soudain regretté que les steaks ne soient pas de nature imprudente), et fit semblant de bougonner.
- C'est facile...vu que t'en as qu'un !
***
Sioux Falls, Dakota du Sud – 1994
Le cœur lourd, Bobby avait finalement décidé de laisser Rufus s'occuper de retrouver John, pendant que lui et Jim se chargeaient des fils Winchesters.
Turner s'était donc isolé dans une pièce afin de ne pas perturber son ami avec ses recherches et ses coups de téléphone. La décision n'avait pas été facile, car à part le fait que John Winchester était un emmerdeur, qu'il en faisait qu'à sa tête et qu'il finissait toujours toutes les bières, il restait son ami...Sans doute son meilleur ami. Et Bobby n'aimait pas l'idée de l'abandonner.
- Si John était là, il te dirait de te focaliser sur les garçons.
Le vieux chasseur retira sa casquette avant de se passer une main sur le visage.
- Vas-y...C'était quoi ton idée ? Demanda-t-il brusquement, essayant au maximum de ne pas repenser à son ami, ni à l'endroit où il devait se trouver.
Assi en face de lui, Jim posa les coudes sur ses cuisses avant de joindre ses mains, comme s'il s'apprêtait à prier.
- John m'a donné quelque chose...il y a quelques temps déjà...Mais je l'ai mis de côté et je n'y ai plus repensé. Jusqu'à aujourd'hui.
Intrigué, Bobby fronça des sourcils et reposa sa casquette sur la table à côté de lui.
- Et qu'est-ce que c'était ?
- Une lettre.
Le prêtre fouilla dans sa poche et en sortit un bout de papier plié, et légèrement froissé, qu'il lui tendit.
- Lis-là.
Légèrement hésitant, Bobby l'attrapa néanmoins, la déplia, et commença à l'étudier.
Cher Bobby,
Pardonne-moi de ne pas t'avoir remis cette lettre en mains propres, mais j'imaginais ta réaction si je m'étais risqué à avoir cette conversation avec toi. C'est donc au père Jim que je laisse mes instructions, parce que tu auras besoin de lui.
Si tu lis cette lettre aujourd'hui, c'est que je ne suis plus de ce monde, que j'ai disparu, ou pire encore. Avant tout Bobby, je voulais te dire merci...merci pour nous avoir ouvert ta porte il y a de ça 7 ans. Tu m'as appris tout ce que je sais, et tu nous as offert un refuge à moi et à mes enfants. Je pourrai encore continué sur toute l'aide que tu nous as apporté, et sur la dette éternelle que je te dois, mais je sais très bien que ça va te faire râler.
Inévitablement, Bobby grogna avant de reporter son attention sur le prêtre.
- Pourquoi tu me donnes ça ? John n'est pas mort que je sache ! S'énerva-t-il.
- Non...continue s'il te plait.
Le monde dans lequel nous vivons est froid, cruel, et le danger est partout. Je l'ai appris à mes dépends. Tu es mon ami Bobby, et j'ai confiance en toi plus qu'en n'importe qui d'autre...Alors j'ai une dernière requête, une ultime faveur à te demander.
Dans le cas où il m'arriverait quelque chose, n'importe quoi, et que je sois soit mort, soit plus moi-même, je veux que tu t'occupes de Sam et Dean. Bien sûr, d'un point de vue légal tu n'es pas leur dernier parent, ( même s'ils te considèrent comme leur oncle, sache-le ), alors je te demande de l'être...Leur dernier parent. J'ai tout réglé avec le père Jim, tu as juste à dire oui.
Encore une fois Bobby, je te remercie...pour moi, et pour tout ce que tu as fait, et ce que tu feras pour les garçons.
Amitiés, John Winchester.
La lettre terminée, Bobby leva un regard à la fois interloqué et ému vers Jim.
- Je ne comprends pas. Avoua-t-il.
- Non ? S'étonna le prêtre. Bon sang Bobby c'est pourtant très clair ! John te demande d'être le parrain des garçons !
Attaque surprise.
Helena, Montana – 2011
C'était à la limite de la caricature, se disait silencieusement Sam, resté assis dans un coin de la pièce à observer les autres chasseurs. Tous se pressaient autour des tables où avaient été étalées diverses armes, ils avaient les mines renfermées et concentrées, comme s'ils étaient prêts à exploser à tous moment. C'était la caricature des personnages des vieux westerns, ou des films épiques où tous les héros prenaient le temps de faire un magnifique discours pour réunir les troupes, toujours en sous-nombre face aux méchants.
Un sourire inconscient se dessina sur son visage et il reporta son attention sur son arme, continuant de la nettoyer tranquillement. La voix de son père résonnait dans sa tête, et lui répétait inlassablement toutes les instructions à suivre.
- Je vais tous les crever ! S'écria de manière vomitive l'un des chasseurs.
Le regard toujours fixé sur son arme, Sam entendit Kyle lui répondre calmement.
- Rappelles-toi que c'est une diversion qu'on va faire...on n'essaie pas de déclencher la Troisième guerre Mondiale.
Le jeune Winchester se dit qu'il tenait là des paroles bien sages, mais préféra continuer le nettoyage de son revolver.
- Ben dès que j'entrerai, ça ne sera plus une diversion, mais un génocide !
Content de lui, le chasseur éclata d'un rire gras, qui eut pour effet de faire sursauter Chenoa, non loin de là.
« Le premier et le dernier truc que tu dois vérifier Sammy, c'est que la sécurité est enclenchée » Expliqua la voix de John dans l'esprit de son plus jeune fils, qui ne pouvait s'empêcher de se demander comment ce gars qui tenait plus d'un hamburger que d'un humain pouvait être chasseur.
- Mais euh...Se risqua la voix de Kyle, hésitant. Pourquoi tu as pris des balles en argent ?
- Ben on ne va pas chasser des loups garous ?
Dean n'avait rien entendu de la conversation, d'ailleurs, il ne leur avait prêté attention que lorsque Kyle envoya une droite dans la mâchoire d'un gros tas particulièrement puant.
- J'pense que c'est mieux que celui-ci reste là ! S'était justifié l'autre avant de s'éloigner de quelques pas.
L'ainé ne dit rien, même s'il avait compris que l'ami de Chenoa leur rendait des comptes à lui et à Sam...Ce dernier avait d'ailleurs reporté son attention sur son arme, réprimant péniblement un fou rire. Soudain, Dean se sentit soulagé que son frère ait enfin retrouvé son âme, car il savait que lorsque la bataille éclaterait, il pourrait compter sur lui, au lieu de le surveiller du coin de l'œil, s'attendant presque à ce qu'il le poignarde dans le dos sans le moindre sourcillement.
Non loin de lui, Kyle et Chenoa semblaient en grande discussion. Le premier lui demandait d'être prudente et la seconde lui répondait d'un sourire qu'il n'avait pas à s'en faire pour elle. A l'autre bout de la pièce, Sam s'était renfrogné.
Laissant un moment l'aiguisage de son couteau, Dean évita le gros machin assommé et s'avança vers son frère.
- On va bientôt devoir partir. Annonça Sam, presque froidement.
L'ainé ne le prit pas pour lui, il savait très bien pourquoi son cadet réagissait ainsi.
- Tu penses qu'il y aura des Valaacs ? Demanda-t-il avec innocence.
- Non je n'crois pas...Les Valaacs étaient contrôlés par Lucifer...Mais des Chiens de l'Enfer je n'dis pas.
Dean grinça des dents, trouvant l'idée vraiment peu réjouissante. Alors, Sam cessa soudain de nettoyer son arme et observa la pièce en poussant un soupir. Comprenant qu'il avait besoin de parler, son ainé s'assit à côté de lui.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- On est trop nombreux...
Etonné, le plus âgé ne put retenir un sourire.
- Quoi ? C'est pas ce dont on avait besoin ?
- C'est pas ce que je veux dire, Dean. Répondit Sam en secouant la tête.
Il gratifia la pièce d'un nouveau coup d'œil avant de souffler à voix basse.
- Je ne fais pas confiance à la moitié d'entre eux.
Et voilà...Sam avait mis le doigt sur le problème principal de cette mission...La confiance. Ils ne connaissaient pas la plupart de ces chasseurs. Ils avaient travaillés avec Geez, Karl, Cléo, Chenoa...mais là encore seulement deux d'entre eux s'avéraient être fiables. La menace pouvait aussi bien venir de l'extérieur que de l'intérieur.
- Ecoute Sam...j'ai bien regardé les plans du bâtiment, et d'après Balthazar, Crowley est à l'étage. On les laissera s'occuper des démons et des Chiens, pendant que toi, moi, et Bobby on ira s'occuper de lui d'accord ?
Le plus jeune hocha la tête avant de demander d'une voix blanche.
- Et si Castiel est avec lui ?
Cette hypothèse, Dean l'avait déjà envisagé...et il y avait déjà longtemps réfléchi.
- On n'est pas là pour Cass ce soir.
Sam se tourna vers lui, et l'observa en silence un moment. Puis, par crainte que son chagrin ne se lise sur son visage, Dean se détourna, sachant très bien que son frère pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert. Son benjamin n'insista pas...C'était ce qu'il y avait de bien avec Sam, il savait quand insister et quand laisser filer.
Soudain, Bobby, Balthazar et Manipoupoupidoup firent leur entrée, les visages graves.
- On doit y aller.
***
Dean avait presque l'impression de trainer une armée d'empotés...Un peu comme ces deux crétins qu'ils avaient eu la malchance de rencontrer deux fois de suite lors d'une chasse aux fantômes banale.
Certains étaient bruyants et s'étaient fait assommé par un Balthazar impatients, d'autre ronchonnaient qu'ils voulaient être aux commandes.
Mantotohpa était partis dans la direction opposée avec Sam, qui rejoindrait le groupe un peu plus tard.
Finalement, lorsqu'ils arrivèrent enfin à proximité du repère de Crowley, Dean prit la parole.
- Bien...Balthazar, Bobby, Chenoa et Karl vous venez avec moi...Les autres, vous restez en bas...Kyle vous les dirigerez.
Ce dernier hocha la tête avec obéissance.
- On doit être rapides et efficaces...il faut à tout prix les désorganiser et les prendre par surprise c'est clair ?
Ils approuvèrent, certains plus sincèrement que d'autres, mais ils approuvèrent...C'était déjà un soulagement. Dean se tourna de l'autre côté et écarta légèrement les branches qui lui dissimulaient la vue sur l'entrepôt. Sur le mur est de celui-ci se dessinaient quelques reflets, crées par le lac qui semblait dormir paisiblement à ses pieds.
- Qu'est-ce qu'on attend ? Lui demanda Chenoa tout bas.
- Le signal de Sam.
Sam avait quitté le QG avec Mantotohpa, un peu avant le reste du groupe. Ils s'étaient dirigés vers la forêt et avaient alors emprunté un chemin différent. Jetant un coup d'œil à sa montre, le jeune chasseur se demanda pourquoi le cheyenne s'était finalement stoppé.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ici c'est très bien.
Jurant intérieurement, Sam se balança d'un pied à l'autre en observant Mani.
- ça va prendre longtemps ?
- De quoi ?
- Comment ça « de quoi » ? La transformation ! S'énerva le plus jeune.
- Ah ça...Euh non...Je vous recontacte dès que j'ai retrouvé la piste de Hiamovi.
Par « recontacter », Sam supposait...Non, d'ailleurs il n'en avait pas la moindre idée.
- Vous comptez m'envoyer un texto ? Ironisa-t-il.
Mais Mantotohpa n'eut pas le temps de saisir la plaisanterie qu'il s'était déjà transformé, si bien que le jeune chasseur regretta soudain d'avoir cligné des yeux, puisqu'il n'avait de ce fait, pas eu l'occasion de voir la métamorphose. Une seconde auparavant, il discutait avec un vieux cheyenne, tout plein de rides et légèrement vouté, et voilà que désormais, il avait en face de lui un magnifique loup gris au regard sage et apaisant. Il y eut un léger coup de vent et l'animal s'éloigna en courant, dans le plus grand silence.
- Hey attendez ! Vous ne m'avez pas répondu !!!!!
Non loin de là, une chouette se mit à hululer, lui faisant ainsi comprendre que Mani était bel et bien parti. Mais Sam savait qu'il ne pouvait rester là, le temps lui était compté et le groupe de Dean attendait son signal. Poussant un juron, le chasseur se mit en route vers le point de rendez-vous.
Il y parvint quelques minutes plus tard, essoufflé et contrarié. Mais Sam avait appris à mettre sa colère et sa frustration de côté pendant une mission, surtout une mission aussi dangereuse que celle-là. Dès qu'il aperçut l'entrepôt, il s'y dirigea en courant, le tout dans le plus grand silence.
Le dos plaqué contre le mur du bâtiment, le jeune homme s'accorda quelques secondes, le temps d'être sûr que personne ne l'avait repéré. Puis, il se mit au travail.
***
- Peut-être qu'il s'est fait prendre ! Suggéra Cléo, non sans un certain espoir.
- Personne t'a demandé ton avis ! Répliqua Chenoa.
Bobby les fit taire d'un geste de la main avant de se tourner vers Dean, ce dernier secoua négativement la tête, un poids sur la poitrine.
- Laisse-lui un peu de temps...je sais qu'il va réussir.
En effet, dessiner des pièges à démons à tout autour d'un entrepôt prenait un peu de temps ! Surtout quand on était tout seul à le faire.
- Pourquoi on ne peut pas aller l'aider ? Désespéra Chenoa.
- Parce qu'on se ferait repérer. Expliqua Balthazar...Sam a du sang de démon, sa présence passera plus inaperçue.
C'était logique se répétait inlassablement Dean. Les Néphélims sentaient la présence des humains...Mais il n'empêche, qu'il détestait quand même ce plan. Le jeune homme s'apprêta à franchement s'angoisser quand un reflet leur parvint depuis un recoin sombre de l'autre côté de la forêt.
- C'est lui ! On peut y aller !
Dean amorça un mouvement pour s'approcher quand il sentit une main se poser sur son épaule, c'était celle de Balthazar.
- Laisse-les partir d'abord. Murmura l'ange en jetant un coup d'œil à la bande de chasseurs. Ce sera ensuite plus facile pour nous de nous glisser à l'intérieur pour trouver Crowley.
L'idée n'était pas idiote...Non ce qui embêtait Dean, c'était que la bande de nouilles qui le suivaient risquaient de tout faire foirer. Cependant, le regard insistant que lui lança l'ange le poussa à accepter.
- Ok...Allez-y !
Kyle fit signe aux autres d'y aller et se mêla à eux, après avoir sorti une lame noire.
- On va essayer de les occuper le plus longtemps possible !
Dean le remercia, en se disant que ce gars n'était peut-être pas aussi crétin que Sam le pensait...Mais jamais, ô grand jamais il n'oserait lui dire en face !
Les minutes qui suivirent furent longues...très longues même. Un sursaut involontaire avait secoué Dean lorsque des cris de rage avaient retenti à l'intérieur...Démons, Néphélims, Chiens des Enfers...La bataille faisait rage et il ne devait pas bouger. Soudain, un bruissement de feuilles attira son attention sur le côté, et tous, sauf Balthazar qui était assis sur une souche d'arbre les jambes croisées, sortirent leurs armes.
- Hey ! C'est moi ! Appela la voix étouffée de Sam.
- Vous êtes vraiment tendus. Constata l'ange en passant deux doigts autour d'une feuille toute rabougrie qui reprit soudain toute sa beauté et sa couleur.
- N'empêche que si ça avait été un ours, tu te serais fait attaquer en premier ! Répliqua Dean à bout d'argument.
Emergeant des fourrés, Sam se vexa.
- Ah parce que je fais autant de bruit qu'un ours c'est ça ?
Chenoa étouffa un rire tandis que Bobby se racla bruyamment la gorge, incitant les frères et l'ange de cesser les chamailleries. Dean haussa des épaules, comme s'il s'agissait de son argument final et observa son cadet.
- Tu as commencé la fête sans nous ou quoi ?
Sam passa une main sur son front en constatant qu'il saignait légèrement.
- Il a rencontré un ours peut-être. Suggéra Balthazar impassible.
- Haha...très drôle ! Grogna le plus jeune. Un Néphélim...je n'l'ai pas entendu arriver.
Il essuya machinalement la lame noire, plein du sang de la créature et se tourna vers l'entrepôt.
- On devrait peut-être y aller ?
Se tournant vers l'Ange, Dean attendit son approbation. Balthazar se désintéressa soudain de la végétation et se concentra.
- Oui, allons-y !
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Des chasseurs ! Bordel de Lucifer ! Comme à son habitude lorsqu'un danger le prenait par surprise, Crowley chercha immédiatement à s'évaporer...Sauf qu'il ne pouvait pas...Car en plus des chasseurs, il y avait des pièges à démons !
Jurant et pestant, le roi des Enfers n'eut pas à attendre très longtemps pour comprendre qu'ils étaient entrés dans l'entrepôt, et qu'ils occupaient désormais presque tous les démons qui s'y trouvaient.
Les Winchesters ! C'était forcément eux qui étaient derrière tout ça...Mais comment ? Comment avaient-ils pu savoir qu'il se cachait là ? A moins que...
- Castiel ! Hurla-t-il en levant les yeux vers le plafond. Descends de là et ramène tes fesses espèce d'emplumé !
Presque une seconde plus tard, il y eut un bruissement d'ailes et l'ange apparut derrière lui, le visage en colère.
- Un jour il faudrait vraiment que tu penses à apprendre la politesse.
Faisant fi de la remarque, le démon vociféra.
- Qu'est-ce que t'as encore fait ?
Castiel parût réfléchir un moment.
- Oh tu parles de ça ?...J'y suis pour rien. Jura-t-il avec neutralité, bien qu'une pointe d'ironie soit détectable dans sa voix.
- Ah non ? Grogna l'autre, qui sentait l'étau se resserrer autour de lui. Pourtant je suis sûr que c'est une idée des Winchesters ça...Comment peux-tu ne pas être au courant ?! Cria Crowley.
- Est-ce que tu vas taper du pied par terre ? Demanda Castiel impassible en observant le démon de haut en bas.
La rage lui faisait presque perdre ses moyens, et après avoir bafouillé pendant quelques secondes, le roi des Enfers se reprit.
- Bordel Castiel on avait un accord ! Tu sais ce qu'il se passe quand on rompt un accord ? Je pète les plombs ! Et quand je pète les plombs, j'ai une fâcheuse tendance à imaginer les têtes de Sam et Dean Winchester sur un plateau ! C'est ça que tu veux ?
Crowley n'eut même pas le temps d'ajouter un mot qu'il se retrouva projeté à des mètres de là, avant de se retrouver le dos collé contre le mur en béton derrière lui, La main de l'Ange dangereusement serrée autour de son cou.
- Oui on a un accord ! Mais il ne faisait nulle part mention que tu chercherais à t'emparer de la Fleur du Mal...Personne ne doit toucher à cette Fleur, tu m'entends ? Personne ! Ni toi, ni moi, ni Raphaël ! Cette affaire concerne les Winchesters...Je suis l'un des gardiens de la Fleur, tu cherches à t'en emparer, le contrat tombe à l'eau et je te tue c'est clair ?
Comme pour prouver qu'il n'était pas en train de bluffer, il y eu un éclair, et soudain, deux immenses ailes sombres se déployèrent derrière lui.
- C'est clair ? Répéta-t-il d'une voix plus forte.
Sauf que Crowley n'eut pas le temps de répondre, car la porte qui le séparait de la bataille qui faisait rage au rez-de-chaussée céda.
Pendant une seconde environ, plus personne ne bougea. Dean, Sam et Bobby regardaient Castiel, qui lui, les observait aussi. Puis, les yeux de ce dernier se détournèrent légèrement vers la quatrième personne présente, et, un bruissement d'ailes plus tard, il avait disparu.
Légèrement perturbé, Dean reprit très vite contenance et pointa le Colt en direction de Crowley, qui s'était décollé du mur.
- Oh, mais nous n'avons pas eu l'honneur d'être présenté ! Ironisa-t-il en lançant un sourire à Chenoa.
- Oui et je m'en porte très bien. Répliqua la jeune femme sans même sourciller.
Le démon chercha à se reculer de quelques pas, mais Dean pointait toujours son arme dans sa direction.
- Oh voyons...on ne peut même pas discuter un peu avant ?
Avec le pouce, l'ainé chargea le Colt. Le sourire de Crowley disparut tout à coup, et tout à coup, il y eu un coup de tonnerre. Tout se passa très vite, le roi des Enfers claqua des mains, un cri retentit et Dean tourna la tête. Et l'autre en profita pour s'éclipser, non content que Castiel soit tenu de le sortir de là, simplement à cause de leur deal.
Quand il s'aperçut que Crowley avait disparu, Dean poussa un juron sonore. Mais il n'eut pas le temps de s'énerver davantage, car la colère fut bientôt remplacée par la rage, et par l'horreur. En effet, pour favoriser sa fuite, le démon avait eu recours à une diversion, et un Chien des Enfers s'était jeté sur Bobby, et était désormais occupé à le tirer dans un coin.
Sam avait réagi avant tout le monde et s'était lancé à son secours, une lame noire dans la main. Il se rua vers Bobby et lui attrapa la main, mécontent, le Chien sembla relâcher sa proie et dû sauter vers le plus jeune...Du mois, c'est ce que Dean comprit, lorsque la créature poussa un gémissement de douleur et s'empala sur la lame que son frère avait brandit devant lui au dernier moment.
Personne n'eut le temps de demander à Bobby s'il allait bien que la bataille se propagea jusqu'à eux. Chenoa évita de justesse un autre Chien et Dean se retrouva nez à nez avec deux démons. Il s'en débarrassa très vite grâce au Colt et chercha des yeux l'autre Ange. Balthazar était au centre de la pièce, armé de deux lames noires, combattant avec aisance des Néphélims. Il repoussa l'un d'entre eux avant de poser sa main sur le front de l'autre, le tuant dans un éclat lumineux. Un Chien de l'Enfer tenta sa chance, mais l'Ange se contenta de le réduire en cendre d'un coup d'ailes.
Dean croisa le regard de son frère, qui lui aussi observait Balthazar avec un certain étonnement...Aucun d'eux n'aurait pu se douter que l'ami de Castiel, décrit comme plaisantin et légèrement trouillard, était un si redoutable guerrier.
- Dean ! L'appel de Chenoa troubla l'ainé qui se tourna aussitôt vers elle.
La pauvre semblait en bien mauvaise posture, entourée de démons, elle ne savait plus où donner de la tête. Le chasseur n'hésita même pas, il pointa le colt dans leur direction et en élimina trois, laissant Chenoa s'occuper des deux autres à l'aide d'eau bénite et d'exorcisme.
Cependant ce bref instant d'inattention coûta cher à l'ainé, puisque, Dieu seul sait comment, il se retrouva projeté dans les airs et se réceptionna à plusieurs mètres de là, juste à côté d'une immense fenêtre.
- Dean !
Dans sa confusion, le jeune homme ne reconnut pas la voix qu'il supposa appartenir soir à Sam, soit à Bobby. Complètement sonné, il mit un certain temps à rassembler ses idées, n'imaginant que trop bien la violence du choc qu'il venait de subir. Il ne voyait donc pas le Néphélim se rapprocher de lui, un couteau dans la main.
Ensuite, il y eut pleins de cris...il y en eut trop pour que Dean puisse tous les saisir...Il y eut des « Dean ! », des « non ! » et un ensemble de « Sam ! » juste une seconde après. Allongé sur le dos, l'ainé prit appuie sur ses coudes et nota enfin la présence de l'hybride, qui se précipitait sur lui, bien décidé à le tuer. Il pensa qu'il n'aurait pas le temps de réagir, quand soudain, il comprit pourquoi tous avaient hurlé le prénom de son frère. Lorsqu'il le vit, c'était déjà trop tard et Dean poussa un juron incontrôlable.
Voyant son ainé en danger, Sam n'avait pas réfléchi, et il s'était jeté sur le Néphélim...Son élan les entraina inévitablement tous les deux vers la fenêtre, et en une fraction de seconde, ils avaient disparus.
Lorsque toutes ses idées se remirent finalement en place, Dean se remit debout, titubant légèrement. Oubliant son propre vertige et sa douleur, il se précipita vers la fenêtre et s'y pencha, aussitôt rejoint par Chenoa.
- Sam !
Constatant que, par chance, ils se trouvaient du côté du lac, Dean se mit à scruter la surface noir de celui-ci, légèrement agité par les remous provoqués par la chute des deux hommes. Les secondes s'écoulèrent, et rien ni personne ne remonta à la surface.
- Là ! Cria alors Chenoa en pointant quelque chose du doigt.
Dean se pencha un peu plus et aperçut une forme sur le rivage... Seul l'instinct le guidait désormais, et c'est celui-ci qui lui redonna toute sa vitalité. Le jeune homme se précipita vers la porte qu'ils avaient défoncés tout à l'heure et se rua dans les escaliers avant de se diriger vers la sortie. Dehors, tout semblait calme, et ce léger silence le perturba légèrement. Pendant quelques instants, Dean chercha son chemin, et puis le léger clapotis de l'eau le fit tourner à gauche.
- Sam !
Il reconnut presque aussitôt la veste de son frère, allongé à plat ventre sur le rivage, immobile. L'ainé se laissa tomber à genoux près de lui et le retourna délicatement. Son frère tourna la tête sur le côté et toussa, recrachant toute l'eau qu'il avait avalé.
- Tu es blessé ? S'inquiéta Dean en examinant le plus jeune d'un regard avant de remarquer que sa chemise était pleine de sang.
- N...non...pas grave... Balbutia Sam, qui continuait de toussoter.
- Ne me refais plus jamais un truc pareil !
Il s'avéra que la chute avait été sans gravité, mais la bataille sous-marine avec le Néphélim, elle, avait laissé quelques généreuses entailles à Sam, qui dû s'appuyer sur son ainé pour retourner dans l'entrepôt. Il fut accueilli par un sourire soulagé de la part de Chenoa, aussitôt suivit d'un regard qu'il n'aurait su déchiffrer. Derrière eux, la bataille semblait se calmer peu à peu quand soudain, Dean perçut la voix de Balthazar qui murmurait.
- Restez tranquille...Restez tranquille Bobby...
Les deux garçons se détournèrent alors vers la voix, et furent saisit d'horreur.
Allongé sur le sol, Bobby gisait, au milieu d'une mare de sang...il avait dû se prendre le Chien de plein fouet.
Cependant, l'Ange avait posé une main sur sa poitrine, et petit à petit, ses blessures semblèrent diminuer. Quand il ne resta plus la moindre trace de sang, Balthazar se tourna vers eux.
- Il faut le ramener...il va avoir besoin de repos.