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Série : Supernatural
Création : 05.03.2012 à 19h39
Auteur : Madie
Statut : Terminée
« Suite de "Requiem pour un fou" » Madie
Cette fanfic compte déjà 29 paragraphes
Avant de commencer, je tiens vraiment à remercier Elisab et liliju pour leur message et leur soutien ;) Sans elles, je n'aurais pas commencer à publier cette fic.
Mais bon, il on ne vit qu'une fois !
Cette histoire s'intitule donc "29 days later..." et il s'agit de la suite directe de "Requiem pour un fou". J'ai décidé pour une fois, de n'écrire que dans le passé...
La fic reprendra donc directement la suite des évènements de "Big bear Lake".
Sam se remet difficilement de ses blessures physiques et psychologiques sous les regards inquiets et parfoit impuissants de Dean et John.
Mais être un Winchester est une lourde responsabilité, et très vite, une nouvelle chasse va croiser leur route...D'un peu trop près...
29 days later...
PROLOGUE
Le son de la trotteuse qui courait de son pas éternel sur le cadran de l’horloge était la seule musique, le seul écho qui raisonnait dans la maison. Lorsque l’aiguille hyperactive passa la barre du douze, un gong sourd se répandit lourdement dans le salon, ne troublant en rien sa tranquillité quasi morbide.
Le feu dans la cheminée crépitait en gémissant tout bas, comme s’il agonisait doucement. Les lumières de petits chandeliers accrochés aux murs grésillèrent, attirant finalement l’attention de Mme Carlson.
Mme Carlson, octogénaire, avait toujours vécu seule dans son immense maison, depuis que son époux, dont elle mentionnait le nom sans cesse, était décédé lors de la Seconde guerre Mondiale. La femme ne s’était jamais remariée, elle n’avait pas non plus d’enfants et passait le plus clair de son temps à préparer des gâteaux ou à broder des mouchoirs.
Les gens de la ville ne venaient pas ici, et la vieille Carlson avait même entendu dire que les enfants lui avaient trouvé un sobriquet…la sorcière…
En y repensant, elle eut un rire gras qui fit de nouveau sursauter la lumière. Reportant son attention sur l’ouvrage en cours, la vieille femme se mit à chantonner, parfaitement inconsciente que la porte d’entrée venait de s’ouvrir à son insu.
- Ainsi font font font…
La trotteuse glissa une nouvelle fois devant le douze qui gronda de son bruit sourd.
- Les petites marionnettes …
Une ombre s’avança dans le noir, glissant silencieusement dans l’obscurité.
- Aïe !
La vieille Carlson fronça des sourcils en appuyant sur le bout de son doigt, blessé par le bout de l’aiguille.
- Oh…
Gong !
Levant les yeux vers l’imposante horloge à pieds, l’octogénaire se dit qu’il était temps pour elle d’aller dormir.
Gong !
Au douzième coup de minuit, elle monterait.
Trois…Quatre…Cinq…Six…
Six… ?
Mme Carlson jeta de nouveau un coup d’œil à son horloge, étrangement silencieuse. La trotteuse avait elle aussi arrêtée sa course folle et semblait comme figée sur le cadran.
Et puis soudain, l’aiguille remonta…elle remonta vite, très vite et se mit à tournoyer dans l’autre sens, affolant au passage les lumières des chandeliers qui se mirent à s’allumer et à s’éteindre sans raison. Le feu dans la cheminée se raviva brusquement, plongeant la pièce dans une lumière si rougeoyante qu’elle en était presque malfaisante. La vieille femme se leva lentement, son cœur fragile battant la chamade. L’âtre de la cheminée s’éteignit soudain, la laissant dans le noir le plus complet, même l’horloge s’était soudain stoppée.
Mme Carlson entendit soudain quelque chose…une mélodie…ou plutôt, c’était le son d’une voix..une voix qui fredonnait la berceuse qu’elle chantonnait quelques minutes auparavant.
Dehors, la nuit était froide et calme. Tout semblait dormir, la nature, les Hommes, la Vie…Cette plénitude fut soudain perturbée par un hurlement...Un hurlement lointain. Et puis le silence reprit le dessus. Comme si de rien n’était.
Requiem pour un Winchester
Los Angeles, mai 2000
L’angoisse, l’horreur et la mort.
La peur, le froid et l’obscurité.
La terreur, la douleur et les ténèbres…
Voilà de quoi étaient faits ses rêves désormais. Voilà ce qu’il voyait dès l’instant où il fermait les yeux. Voilà les sentiments qui l’avaient envahi. Voilà ce qu’il était devenu.
Le frisson que l’on ressentait en présence d’un fantôme ou d’une entité n’était rien, comparé au trou béant qui creusait son estomac sous l’effet de la peur quand il repensait à l’obscurité de cette forêt. La peur…oui, la peur à l’état brut. Et inévitablement, la honte prenait le relais. Honte d’avoir peur ? Certainement…Honte d’en être arrivé là ? Pour sûr ! Honte de ce qu’il était devenu, de ce qu’il voyait dans le miroir ? Absolument.
Et finalement, alors que le bruit de ses pas se rapprochait, l’enveloppant peu à peu dans une obscurité froide et étouffante, la vérité le frappa…
Honte d’être en vie ?
Oui…
Ce ne fut ni le froid, ni le courant d’air, ni même son sursaut qui le tirèrent brusquement de son cauchemar, mais la désagréable sensation d’avoir besoin d’air.
Reprenant son souffle d’un seul coup, Sam se retrouva en position assise sur son lit, le visage et le corps trempés de sueur, tout emmêlé dans ses draps. L’absence de rideaux aux fenêtres du motel laissait tout le loisir aux rayons lunaires de pénétrer dans la pièce, venant frapper de leur douce lumière grisante le carrelage au sol.
Le jeune homme se perdit un bref instant dans la contemplation de l’astre, en profitant au passage pour reprendre son souffle.
C’était une belle nuit de printemps…Ou du moins, elle aurait pu être belle en d’autres circonstances. Le ciel était dégagé, déployant presque avec fierté son magnifique manteau d’étoiles, le tout illuminé par une resplendissante pleine lune.
Sam frissonna de nouveau, avant de baisser les yeux vers la route, jonchant le parking du motel…Sur la route, et sur la forêt qui la bordait. Le frisson se transforma en courant d’air glacé qui le parcourut de la tête aux pieds, ne manquant pas au passage de creuser ce trou d’angoisse au creux de son estomac. Réprimant tant bien que mal une brusque nausée, le jeune homme s’extirpa de son lit précipitamment avant de se ruer, aussi vite que son genoux blessé le lui permettait, dans la salle de bain.
Dean ouvrit les yeux en soupirant. Oh, ce n’était pas un soupir d’agacement non…C’était de l’inquiétude. L’ainé s’assit sur son lit, observant les draps entremêlés de son frère, témoins d’un nouveau cauchemar. Puis, il reporta son attention sur la porte de la salle de bain avant de se passer une main sur le visage. Sam était malade….Encore. Sam était toujours malade…Toujours depuis…Enfin depuis ce week-end.
Le jeune homme lança un coup d’œil sans grand espoir à sa montre…4h19…Encore une courte nuit !
N’ayant de toute façon plus le cœur à dormir, Dean s’extirpa à son tour de ses couvertures et resta un instant assis au bord, tendant l’oreille vers la salle de bain, dont un rai de lumière passait sous la porte. L’ainé jeta ensuite machinalement un coup d’œil par la fenêtre, s’attendant quelques peu lui aussi à revoir surgir l’Homme en noir. Mais tout semblait calme.
Peu à peu, le silence reprit sa place dans la salle de bain et Dean se décida à aller voir son frère. Attrapant au passage les béquilles que ce dernier n’avait pas eu le temps de prendre, il s’avança doucement vers la porte.
- Sammy ? Appela-t-il d’une voix très calme avant de toquer.
Toujours se manifester avant…Sinon le moindre bruit, la moindre arrivée un peu brusque et c’était le sursaut garanti.
- Je vais entrer ok ?
Pas de réponse…De toute façon, même si Sam lui avait crié dessus, il serait entré malgré tout.
Il le trouva assis sur le carrelage froid, près des toilettes, le dos et la tête appuyés contre le mur. L’air aussi épuisé qu’abattu.
Dean avait toujours méprisé les médecins et leurs beaux et prestigieux diplômes…Ces pédants en blouse blanche avaient peut-être des années d’études que lui n’avait pas derrière eux, mais il avait toujours décrété, et ce depuis tout petit, qu’il était le mieux placé pour ce qui était de s’occuper de son frère. Pourtant, il était tombé d’accord avec eux quelques jours auparavant, quand il avait eu l’occasion de parler plus longuement avec son benjamin une fois que celui-ci fut plus lucide. Le constat avait été alarmant pour Dean qui avait attendu que les médecins mettent un mot sur l’état de son petit frère…Un traumatisme…Traumatisé…ou état de choc…Tous les trois sonnaient aussi violemment aux oreilles du jeune homme qui, depuis que son cadet avait été autorisé à quitter la clinique, avait pu constater que ces mots avaient été très bien choisis.
- Tu vas attraper froid. Se contenta-t-il de murmurer doucement.
Sam cligna des yeux et sembla soudain remarquer sa présence.
- Je…je t’ai réveillé ? Demanda-t-il d’un ton désolé.
- T’en fais pas pour ça, je ne dormais que d’un œil.
- Je suis désolé.
Dean balaya l’excuse d’un sourire et vint s’accroupir en face du plus jeune avant de lui prendre le bras.
- Allez…reste pas par terre.
Sam ne dit rien, il ne protesta pas ni ne chercha la moindre parole rassurante de son frère. Et son ainé n’en fut pas surpris…Il n’en parlait pas. « Il faut attendre qu’il soit prêt » avaient dit tous les médecins, et Dean commençait à croire qu’ils avaient peut-être raison. En attendant, lui se contenterait d’être là, espérant que lorsqu’il aurait besoin de parler, il se tournerait vers lui.
- Dean attends !
Ce dernier obéit, aidant et soutenant son petit frère qui avait bien du mal à se remettre debout avec son genou blessé. Il leur avait vaguement expliqué à John et lui qu’il s’était déboité la rotule en chutant le long d’une pente…Ils n’avaient pas eu plus de détails. De toute façon, Sam ne semblait pas se rappeler de plus pour le moment, alors ils n’avaient pas insisté.
Le plus jeune se remit debout avec peine, bien incapable de retenir une grimace de douleur lorsqu’il fut obligé de poser son pied sur le sol.
- Tiens. Murmura simplement Dean en lui donnant ses béquilles.
Se libérant du soutien de son ainé, Sam sortit de la salle de bain sans un mot, les yeux baissés sous le regard inquiet et concerné de son frère qui l’observa silencieusement.
En quelques enjambées, le cadet retourna s’assoir dans son lit, posant ses béquilles non loin de lui avant que ses yeux ne se perdent par la fenêtre. Même s’il lui tournait le dos, Dean vit nettement un frisson lui parcourir l’échine et décida qu’il était temps pour lui d’essayer de jouer son rôle de grand frère.
- Hey…
Il retourna lui aussi s’assoir dans son lit, lui obstruant ainsi la vue de la fenêtre.
- ça te dit que demain je t’emmène conduire un peu ? La Chevy a besoin de se dégourdir les jantes !
Sam cligna des paupières avant de hausser simplement les épaules. Puis, sans le moindre mot, il s’allongea, en prenant soin de tourner le dos à son frère.
- Bon…je prends ça pour un oui. Reprit Dean avec un faux sourire. De toute façon, je ne te laisse pas le choix.
-‘ mmetuveux…
Le visage de l’ainé se fit plus sérieux, plus inquiet aussi. La nuit était belle et bien terminée pour lui, bien décidé à rester éveillé pour veiller sur son petit frère. Demain, John et lui devraient avoir une conversation.
Désemparés
Los Angeles, mai 2000
- Surtout cache ta joie ! Railla Dean, le sourire au bord des lèvres.
Bougonnant à moitié, Sam l’avait suivi hors de la chambre de motel, avant de se stopper à la porte de celle-ci, en appui sur ses béquilles.
- Allez Sam ! C’est pas tous les jours que je te laisse conduire mon bébé ! Renchérit l’ainé qui s’apprêtait à monter côté passager.
Il s’attendait à un ronchonnement…ou même un grognement de mauvaise humeur de la part de son frère. Mais rien ne vint. Sam resta étrangement silencieux. Si silencieux que cela intrigua son ainé qui releva la tête vers lui.
- Sam ?
Mais son cadet ne broncha pas, le regard perdu par-dessus l’épaule de Dean, oubliant même sa présence et la raison pour laquelle il l’avait presque trainé de force ici.
L’ainé cligna des yeux avant de finalement se rendre compte du teint palissant de son frère.
- Sammy ? ça ne va pas ? S’inquiéta-t-il
Ce dernier frissonna avant de ciller à son tour.
- Je…non…je…je ne me sens pas très bien. Je préfère rentrer…’Scuse-moi.
Faisant demi-tour, Sam retourna dans la chambre de motel, sans même un regard ou une parole pour son père qui venait de faire le mouvement inverse. John lança un coup d’œil perplexe à son plus jeune fils avant de se tourner vers l’ainé qui laissa échapper un soupir de défaite.
Le père descendit les quelques marches et rejoignit Dean auprès de l’Impala, ce dernier leva un bras dans la direction de la chambre où était parti se réfugier son frère.
- Il ne peut même plus sortir…
John suivit son regard sans un mot, laissant son ainé poursuivre.
- Je lui ai proposé de venir conduire un peu…Histoire de se changer les idées. Il ne peut pas mettre les pieds dehors !
- Il a encore fait un cauchemar cette nuit ? Demanda son père.
Dean approuva d’un soupir.
- Il ne dort plus…il ne mange rien non plus…Je ne sais plus quoi faire.
- Les médecins ont dit qu’il aurait besoin de temps…Essaya de justifier inutilement John.
- Les médecins je les emmerde papa ! Du temps hein ? Mais combien de temps ? Le temps qu’il tombe malade ? Ou pire !
- Dean…
Mais ce dernier renchérit, trop inquiet pour dissimuler plus longtemps sa colère.
- Mais merde quoi ! Tu ne vois pas ce qu’il se passe ? Ce malade est en train de gagner ! Il faut voir la réalité en face papa, si on ne réagit pas, on va laisser Sam mourir à petit feux !
Apparemment, ces derniers mots secouèrent John puisque Dean le vit ciller avant que son visage ne s’adoucisse légèrement. Il resta silencieux un moment avant de reprendre d’un ton très calme.
- Je sais Dean…Je sais…
Désemparé, l’ainé demanda.
- Qu’est-ce qu’on doit faire papa ?
John se passa une main sur son visage, réfléchissant sans doute aux meilleures options.
- Il va falloir l’aider à tourner la page.
***
Dean n’avait rien répondu. Peut-être fulminait-il intérieurement contre lui ? Peut-être le rendait-il en partie responsable de l’état de Sam ? Peut-être le jugeait-il indigne dans son rôle de père ?
Ou bien c’était lui ?
Le son d’un klaxon le tira de ses réflections et le chasseur redémarra avant de passer le feu, désormais vert.
Qu’aurait-il bien pu répondre à Dean de toute façon ? Lui-même ne savait pas ce qu’il convenait de faire…Et en cela résidait toute sa honte…Sam…c’était de son plus jeune fils dont il était question…Et il ne savait pas quoi faire…
A chaque fois qu’il fermait les yeux, qu’il dormait ou même qu’il somnolait, il revoyait le visage terrifié de son cadet. Il revoyait cet homme en noir qui s’attaquait à ses fils avec une brutalité quasi bestiale. Il revoyait les cranes et les bouts de cadavres jonchant les galeries de son repère. Il ressentait cette odeur de putréfaction. Et pire que tout…il revoyait la lame de ce malade s’abattre sur ses garçons…
Refermant la portière avec rage, le chasseur jeta un coup d’œil dans la rue, avant d’entrer dans le bureau du shérif. C’était un remplaçant, et ce depuis quelques jours, mais il avait promis de s’occuper de cette affaire avec le plus grand sérieux.
John se présenta à la secrétaire, expliquant qu’il avait rendez-vous pour faire sa déposition. Il ne savait pas exactement pourquoi il se conduisait comme n’importe quel citoyen…Peut-être était-ce pour prendre un peu de distance de l’atmosphère pesante du motel, ou bien voulait-il savoir où la police en était de l’enquête, même si lui savait parfaitement qu’il avait lesté et mit le corps de ce malade dans l’eau. Sam ne parlait pas du tout de ce qui s’était passé là-bas, et John s’était dit qu’entendre la déposition de Billy pourrait peut-être l’aider à comprendre l’état de son fils.
- Il faudrait vraiment que votre fils vienne ici. Insista le shérif une fois qu’ils furent installé dans son bureau.
John secoua la tête de manière catégorique.
- Je vous l’ai déjà dit…Sam ne se souvient de rien pour le moment. Je ne peux pas lui imposer ça.
- Tout de même…D’après l’autre jeune fille, il était au cœur des évènements…Son témoignage pourrait drôlement nous aider.
- Je vous assure qu’à l’heure actuelle…il ne vous apportera rien.
- Bon…Commençons alors si vous voulez bien…Racontez-moi comment vous êtes arrivés au chalet.
Le chasseur s’exécuta…modifiant ou oubliant quelques détails qui pourraient être étranges ou portés les soupçons sur lui. Le shérif l’écouta sans l’interrompre, fronça des sourcils parfois ou faisant tourner bêtement le coin de sa moustache avec les doigts. John expliqua qu’il avait retrouvé Sam grâce à Billy et que celui-ci avait réussi à s’enfuir de la grotte, mais qu’il était gravement blessé. L’homme en noir avait surgit et une bataille s’en était suivi. Il était parvenu à le blesser avec une branche et l’assassin s’était enfui dans les bois, leur permettant à lui à ses deux fils et à Billy de s’enfuir.
- Bon…je pense que j’ai tout ce qu’il me faut.
John hocha la tête avec innocence.
- Je vous demanderais tout de même de rester en ville.
- Ah ?
- Oui…j’ai des collègues qui tiennent à vous rencontrer.
Les sens du chasseur se mirent aussitôt en alerte, et il comprit qu’il avait été démasqué. Restant parfaitement impassible, John se leva en même temps que le shérif et lui serra poliment la main avant de prendre congé.
Le départ
Los Angeles – Mai 2000
L’obscurité avait finalement envahit la totalité de la pièce, la plongeant au passage dans un silence morbide et inquiétant. Plus rien ne bougeait dans la petite chambre de motel…Seules les ombres des branches agitées par le vent dehors se mouvaient avec une grâce angoissante sur le sol.
Oubliant la nuit, la pluie et le froid un instant, Dean cligna des yeux. Il regardait son frère…Son frère, qui n’était plus vraiment là non plus. Assis sur une chaise près de la table, son cadet avait le regard perdu, le regard vide…et surtout, le visage fermé. Ailleurs…Sam était ailleurs.
Ce constat serra la gorge de Dean qui se passa machinalement une main sur le visage, prêt à tout et n’importe quoi pour que son petit frère retrouve enfin un peu goût à la vie. L’horreur…oui, Sam avait côtoyé l’horreur et la folie pendant deux jours…il avait même été traqué par elles.
- Sam ?
Le plus jeune ne réagit pas…il ne cilla même pas. Et pendant une minute, Dean pensa qu’il ne l’avait pas entendu.
- Sammy ?
Le ton calme et protecteur de sa voix ne suffit pas à tirer le cadet de ses sombres pensées, et le plus âgé comprit que, s’il voulait le faire revenir, il devrait le faire réagir. Or, depuis ces derniers jours, Dean avait appris à ne pas surprendre son frère…Il prenait un soin tout particulier à faire du bruit avant d’entrer dans la pièce où il se trouvait et veillait à ne pas le laisser seul dans le noir. Car oui, l’obscurité favorisait la remontée de souvenirs.
Le jeune homme s’avança lentement vers Sam et s’accroupit près de lui avant de poser très doucement une main sur son avant-bras.
- Sammy ?
Presque aussitôt, le plus jeune fut secoué d’un frisson et cligna des yeux à plusieurs reprises, comme s’il se réveillait d’un profond sommeil. Un sourire bienveillant se dessina sur le visage de Dean.
- Tu as faim ?
Sam le regarda un long moment sans répondre, sans même réagir, comme s’il ne l’avait pas entendu.
- Tu veux manger un peu ? Répéta son frère très calmement.
- N…Non…
Mais Dean ne le laissa pas s’enfermer dans son mutisme, il n’en avait pas l’intention. Reprenant son ton de grand frère autoritaire et paternel, il ne lui laissa pas le choix.
- Il faut que tu manges Sam…tu n’as rien avalé depuis hier matin.
Le plus jeune ne leva pas la tête vers son ainé lorsque celui-ci se redressa pour s’éloigner dans la cuisine et se contenta de hausser des épaules.
- Et alors ?
- Alors tu dois manger ! Rétorqua Dean depuis les fourneaux.
Quelques instants plus tard, l’ainé observa le contenu de l’assiette sans grande conviction et se tourna vers la chambre, toujours plongée dans le noir. Il s’apprêta à retourner auprès de son cadet lorsqu’il s’arrêta, hésitant, près de l’interrupteur. Lorsqu’il se décida enfin à l’allumer, il ne fut pas surpris que son petit frère sursaute en se protégeant instinctivement les yeux d’une main.
Dean retourna près de lui, l’assiette dans les mains, imaginant déjà l’expression de dégoût de son cadet.
- Tiens.
Sam retira alors sa main de ses yeux et reporta son attention sur le plat que son frère lui avait apporté.
- Dean…Soupira-t-il, presque épuisé.
Pas presque…Sûrement…Constata l’ainé avec inquiétude. Ce gosse ressemblait plus à un cadavre qu’à un ado de 17 ans…La pâleur de sa peau n’était que davantage accentuée par les marques rouges sous ses yeux, soulignant de profondes cernes et des pupilles voilées et rosies par le manque de sommeil. La fatigue n’était pas la seule à marquer le visage juvénile de Sam…Il y avait autre chose…Autre chose qui avait creusé ses joues et durcis ses traits…Autre chose qui lui donnait cet air d’avoir passé plusieurs mois dans un lit d’hôpital alors qu’il n’y avait passé que quelques jours.
- Oh Sammy…Soupira-t-il bien malgré lui.
Sam détacha son regard de l’assiette et soupira.
- Je vais bien…
- C’est ça.
Le verrou de la porte fit sursauter Dean, qui attrapa d’instinct son arme, prêt à mettre en joux la moindre menace, ou le moindre intrus.
- C’est moi ! Annonça aussitôt la voix de John, qui devait se douter de la réaction de son fils.
L’ainé abaissa aussitôt son revolver et s’autorisa à respirer de nouveau, allant même à la rencontre de son père.
- ça va ? Demanda machinalement Dean en remarquant le visage soucieux du plus âgé.
Ce dernier se passa une main sur le visage, geste qu’il avait légué à son fils et jeta un coup d’œil au second.
- Comment va-t-il ?
Dean se contenta de hausser des épaules et John poussa un profond soupir fatigué.
- Qu’est-ce qu’on fait alors ? S’inquiéta le jeune homme en constatant l’air épuisé de son père.
- On ne peut plus rester ici. Finit par répondre John. Je crois bien que la police m’a repéré.
L’ainé reporta automatiquement son regard sur Sam et approuva d’un simple hochement de tête.
- Je m’occupe de lui.
- Sammy ?
Le cadet détacha son regard du néant dans lequel il semblait se noyer un peu plus à chaque instant, et reporta son attention sur son grand frère.
- Quoi ?
- Il faut partir. Expliqua calmement Dean en posant une main sur son épaule.
Sam cligna des yeux, en constatant au passage que leur père était revenu.
- Alors Sammy ? Lança celui-ci avec un sourire inquiet et bienveillant.
- Euh…mais…Qu’est-ce qu’il se passe ?
Dean et John échangèrent un léger coup d’œil, chacun d’eux répugnaient à l’idée de faire part à Sam de leurs soucis avec les autorités.
- Rien de grave Sammy…mais il vaut mieux partir….ça te dit de retourner chez Bobby quelques temps ?
L’ainé observa son cadet, remarquant parfaitement que Sam avait saisi le message caché dans la proposition de leur père. Le Sam d’avant se serait fâché, aurait presque hurlé sur John qu’il n’était plus un enfant et qu’il n’avait pas à être mis sur la touche, que la seule raison pour laquelle il proposait ça, c’était pour se débarrasser de lui…Oui, pensa Dean…Le Sam d’avant aurait dit ça…Mais plus le Sam d’aujourd’hui. Pour le moment, Sam était un peu comme ses ampoules qui ne diffusent plus de lumières car elles arrivent en fin de vie…Pour le moment, Sam était à moitié éteint.
- O…Okay…
Même John parut déçu et pris au dépourvus par le manque de combativité de son plus jeune fils. Il demanda en un regard lancé à son ainé de prendre soin du plus jeune, ce que Dean fit sans même réfléchir.
- Je…Dean, ça va…je peux me débrouiller…Râla Sam lorsque son frère vint l’aider à se remettre debout.
La blessure laissée par la lame de ce psychopathe n’était pas tout à fait cicatrisée et semblait même se rappeler à Sam au moindre de ses gestes. Dean également avait eu droit à une marque de ce genre, mais même s’il aurait le droit à une belle cicatrice dans le dos, l’arme de l’homme en noir n’avait fait que l’érafler…une chance pour lui.
S’approchant de son frère inconsciemment, l’ainé se tenait prêt à le rattraper au moindre faux mouvement, et même si Sam se mouvait lentement, il semblait plus que déterminé à retrouver une certaine aisance, même si les discrètes grimaces sur son visage trahissaient sa douleur.
- Rassurez-moi…Murmura-t-il au bout d’un moment. Bobby sait qu’on vient ?
Un sourire crispé étira les traits fatigués de John.
- Ben non…Sinon, ça ne serait pas drôle !
***
Je ne mérite pas qu’on s’inquiète pour moi !
Le gémissement froid et plaintif du vent se glissa jusqu’à lui, le réveillant d’un frisson glacé. Encore groggy par un demi-sommeil pas tout à fait reposant, Sam ramena inconsciemment sa veste contre lui en clignant des yeux. Puis, il constata, surpris, qu’ils étaient arrêtés. Jetant un coup d’œil par la fenêtre de la Chevy, le jeune homme fronça des sourcils.
- Pourquoi on s’arrête là ? Demanda-t-il à son frère d’une voix endormie.
Les alentours étaient déserts…il n’y avait même pas une station-service qui aurait pu être une raison valable de pause…non…juste…Des champs…Et du brouillard.
- Dean ?
Se tournant vers son frère, Sam fut soudain pris d’un haut le cœur. Du sang…Du sang partout…Dean était couvert de sang et avait les yeux grands ouverts, à la fois surpris et effrayé. Le plus jeune ne s’entendit même pas l’appeler, horrifié et ne vit pas non plus la forme noire se glisser de son côté de la voiture. Ce n’est que lorsqu’un bras brisa la fenêtre pour venir le saisir par le cou qu’il comprit que l’Homme au masque était revenu et qu’il avait tué son frère.
Phoenix, Arizona – mai 2000
Dean fut pris d’un sursaut au même moment que son frère, surpris par le réveil brutal et inattendu de celui-ci. Reprenant un peu de contenance, il se tourna vers le plus jeune, qui regardait autour de lui d’un air perdu.
- ça va ? Demanda-t-il un peu bêtement.
Comprenant sans doute qu’il venait de faire un nouveau cauchemar, Sam se renferma un peu plus sans même répondre à son ainé. Il s’aplatit dans son siège en ramenant sa veste sur lui, laissant ses yeux se perdre par la fenêtre.
Dean reporta à son tour son attention sur la route, pestant et jurant intérieurement contre lui-même…Si seulement il savait quoi lui dire !
Le paysage avait bien changé depuis leur départ, le temps s’était rafraichi aussi, assombrissant le ciel et décapitant les arbres au loin à coup d’épais nuages de brouillard obstruant la vue de leurs cimes.
- Où est-ce qu’on est ? Demanda Sam à mi-voix.
- On approche de Phoenix.
Et ce fut tout. Dean jeta un coup d’œil à son cadet, bien tenté de lancer le sujet tabou, mais Sam avait déjà reporté son attention par la fenêtre le visage tellement fermé que son ainé n’eut pas le courage de briser le silence.
Les minutes passèrent, se transformant peu à peu en heures. Ils traversaient parfois quelques villages, et croisaient quelques voitures aussi, mais le calme était revenu depuis environ 10miles. A quelques mètres derrière la Chevy, Dean pouvait voir le tout-terrain de leur père, roulant lui aussi à allure constante. Pas de musique…un paysage peu fascinant…un petit frère muet…Le jeune homme s’ennuyait !
Un mouvement sur sa droite attira son attention. Sam commençait à s’agiter un peu. Dans un premier temps, l’ainé fit mine de ne pas avoir vu, mais quand son petit frère se mit à gigoter de nouveau et ce, en soupirant, il ne put que lui demander.
- ça va ?
Le plus jeune ne tourna même pas la tête vers lui, se contentant simplement de grimacer légèrement avant de se crisper discrètement, passant une main sur son genou.
- On…on peut s’arrêter un peu tu penses ? Demanda-t-il tout bas.
- Evidemment.
Ils n’eurent pas besoin de rouler encore très longtemps avant de tomber sur une station-service. L’ainé y engagea la Chevy, aussitôt suivit par le 4x4 de John. Il se gara un peu à l’écart, la force de l’habitude, et coupa le moteur avant de se tourner vers Sam, qui n’avait pas bougé d’un pouce.
- On y va ?
Dean sortit en premier et pendant qu’il récupérait les béquilles de son frère à l’arrière, il lança un regard éloquant à leur père qui approuva silencieusement.
Sam avait déjà ouvert la portière quand son ainé le rejoignit pour l’aider à se lever. Dean retint une légère grimace de douleur en se penchant, le dos toujours marqué d’une récente et large cicatrice, témoin de sa rencontre avec l’Homme en noir. Oubliant sa propre douleur, il aida son petit frère à se redresser. Cela semblait être à chaque fois aussi pénible pour Sam qui, une fois debout, portait automatiquement sa main sur ses côtes, les sourcils froncés, les lèvres pincées.
- Tiens. Dit simplement son grand frère en lui tendant les béquilles.
- Non je…
- Sam ! Insista Dean, ne le laissant même pas refuser. Il faut que tu les gardes encore plusieurs semaines, tu as entendu les médecins ?
Le plus jeune maugréa quelque chose d’incompréhensible avant de commencer à s’éloigner tout seul vers la station, prétextant qu’il avait besoin d’aller se rafraichir.
- Non attend ! Murmura John doucement en retenant Dean. Laisse-le y aller seul.
Bien que le jeune homme mourrait d’envie de rejoindre Sam pour le surveiller, imaginant que trop bien le genre d’ennuis dans lesquels il avait l’habitude de se fourrer, il choisit de rester avec son père.
Ce dernier s’appuya sur le capot du 4x4 avant d’attirer l’attention de son fils avec un dossier.
- Qu’est-ce que c’est ? Demanda celui-ci en le rejoignant.
- Le témoignage de Billy.
Le regard que Dean portait un instant auparavant sur les papiers changea du tout au tout. Il se souvenait de cette nuit-là…Il se souvenait aussi de l’air paniqué de la jeune fille qui leur avait simplement et vaguement expliqué qu’un Homme tout en noir les avait traqué pendant tout le week-end, tuant tous ses amis. Ils n’en avaient pas su davantage.
A lire l’expression fermée et vide sur le visage de son père, Dean comprit qu’il l’avait lu.
- Alors ?
John jeta un coup d’œil au dossier avant de laisser échapper un rire nerveux.
- Les êtres humains sont vraiment la pire des espèces Dean.
Le jeune homme cligna des yeux, comme s’il écoutait les paroles d’un sage.
- Que s’est-il passé là-bas papa ?
***
S’il l’avait pu, Sam aurait volontiers disparu sous le jet d’eau du robinet. Se redressant avec un soupir, le jeune homme hésita à regarder dans le miroir en face de lui. Ses oreilles bourdonnaient encore, les voix de Julia, Daniel, James et tous les autres résonnaient encore dans sa tête. Un cri lointain qui n’était que le produit de son imagination l’obligea à se passer le visage sous l’eau une nouvelle fois.
La porte claqua doucement et le jeune chasseur sentit une présence. Le pas clopinant qui suivit n’était pas plus inquiétant que cela, aussi, Sam se redressa doucement, s’autorisant enfin à jeter un coup d’œil au reflet du miroir. Le nouveau venu ne fit même pas attention à lui et partit cuver son vin dans l’une des cabines, en prenant soin de chanter à tue-tête « Mon beau sapin ».
Le jeune Winchester soupira avant de tourner les yeux vers son image. Image qu’il ne supportait plus…Pourquoi n’avait-il sauvé ses amis ? Pourquoi avait-il été incapable de les sauver ? Pourquoi fallait-il que lui soit en vie, alors que tous étaient morts ?
La porte s’ouvrit de nouveau, laissant apercevoir le reflet de Dean qui venait d’entrer à son tour. Ne bougeant pas d’un pouce, Sam l’observa à travers le miroir.
- ça va ? Demanda son frère.
Levant un sourcil, le plus jeune répéta d’un ton froid.
- Si ça va ? Tu me demandes si ça va Dean ?
Comprenant sans doute que sa question était un peu maladroite, le jeune homme changea d’appui, mal à l’aise avant de s’approcher légèrement.
- Sam…
- Comment tu crois que ça va franchement, Dean ? Demanda Sam un peu plus fort en se tournant vers lui.
Ce dernier, le visage triste leva une main en signe d’apaisement.
- Ecoute je…je suis désolé…je m’inquiète c’est tout.
Le plus jeune laissa échapper un rire qui n’avait rien de joyeux avant de prendre la direction de la sortie en lançant d’un ton acerbe :
- Je ne mérite pas qu’on s’inquiète pour moi.
- Sam !
Le voyant s’éloigner, Dean insista.
- Sam !!
- Mon beau sapin, roi des forêts !
Confrontation
Phoenix, Arizona – mai 2000
Quand la ville de Phoenix fut en vue, l’habitacle de l’Impala était toujours plongé dans un silence taciturne. Dean avait bien senti que son frère n’était pas d’humeur, et il s’était dit que le laisser se calmer tout seul n’était pas une si mauvaise idée. Mais malgré sa non-envie de le braquer, l’ainé était préoccupé et devait faire tous les efforts du monde pour ne pas aborder le sujet.
John avait d’abord refusé de lui donner le dossier, et ce que Dean n’avait pas compris, c’était que c’était pour son bien…Alors il était monté sur ses grands chevaux, expliquant à son père que s’il voulait l’aider, il devait savoir ce qu’il s’était passé là-bas.
- Dean…je t’assure que ça ne va pas t’aider ! Avait juré John gentiment. Tu vas te sentir encore plus coupable après…On a déjà assez du mal avec Sam, je ne veux pas en plus que tu t’y mettes !
Mais le jeune homme n’avait rien voulu savoir.
- C’est de Sammy qu’on parle papa…C’est moi qui l’ait autorisé à y aller…Tu ne crois pas que je me sens déjà assez coupable comme ça ?
L’argument avait dû être valable puisque son père finit par lui tendre le dossier, les lèvres pincées en murmurant.
- Je persiste à dire que ça ne va pas t’aider.
Sa main droite se resserra sur le volant nerveusement…Non ça ne l’avait pas aidé à se sentir mieux. Bien au contraire. Il avait l’estomac retourné depuis qu’il avait lu le témoignage de Billy. L’estomac retourné, le cœur déchiré et le ventre noué…La culpabilité l’assaillait…
- Sammy je…Tenta-t-il finalement.
Comme s’il avait lu dans ses pensées, Sam le coupa aussitôt.
- Non Dean…Je…Non…s’il te plait.
Ne pouvant faire autrement, Dean tourna la tête vers lui prêt d’insister. Mais son frère l’avait précédé et lui lançait déjà une « puppy face » qui resterait sans doute dans le top 5 de toutes celles qu’il lui avait déjà lancé. Son ainé ne lui demanda rien.
***
- Ok...ok, comme tu veux. Approuva Dean en refermant son téléphone portable.
Sam tourna la tête vers lui, un point d’interrogation à la place du visage.
- On va s’arrêter dans un motel en ville.
- Mais…il ne fait pas encore nuit. S’étonna le plus jeune.
- Ben papa et moi on a marre de conduire figure-toi ! Répliqua Dean d’un ton faussement outré.
Sam murmura quelque chose que son frère comprit comme « lorçasmétonerai », arrachant un sourire amusé à ce dernier.
Dix minutes plus tard, les deux voitures se garèrent sur le parking d’un motel au nom quasi-imprononçable. L’ombre timide de la lune commençait à pointer le bout de son nez, soigneusement cachée par les quelques nuages grisâtres qui avaient obstrués le ciel toute la journée.
Dean et John furent les premiers à se rejoindre entre les deux voitures, tandis que Sam arriva en boitant quelques secondes plus tard.
- Pourquoi on s’arrête ? Demanda ce dernier.
- Parce qu’on a tous besoin de se reposer un peu. Répondit John d’un ton tranchant.
Le plus jeune ne dit rien, mais son frère et son père l’observaient discrètement, ils le virent distinctement jeter un coup d’œil aux alentours, non pas avec un œil avisé de chasseur, mais plus avec un œil craintif, comme s’il cherchait par où pourrait arriver l’Homme en noir.
- Sam, va avec Dean prendre une chambre ! Ordonna John un instant plus tard, avant d’échanger un court regard avec son ainé.
Le benjamin ne broncha pas et suivit son grand frère vers le hall d’entrée du motel. Forcément ralentit par ses béquilles, il jetait parfois quelques coups d’œil vers lui pour s’assurer qu’il l’attendait bien, ce que Dean faisait.
Celui-ci entra en premier avant de saluer le gérant, avachis derrière le comptoir.
-‘ske vous voulez ?
- Un double cheesburger avec du bacon servi par Miss Monde en maillot de bain s’il vous plait.
- Ah…on fait pas ça…
- Bon…une chambre alors.
***
Le confort de la chambre louée par Dean était tout relatif, mais ils avaient connu pire. Une fois leur peu d’affaires transportées depuis la voiture, les trois Winchester s’autorisèrent à se poser un peu. John, devant son journal, Dean dans la cuisine près des bières, et Sam à l’écart.
Depuis sa place, l’ainé observa son père et son frère tour à tour. Les mêmes visages…l’un raffermi par l’âge et la traque, l’autre durcit par le souvenir et les cauchemars.
Et quoi de plus normal ? Pensa Dean…Il relut mentalement les dires de Billy… « Les jumeaux ont disparus du campement…alors Sam est allé voir…Il a retrouvés leurs corps découpés près du lac. »
Le jeune homme se passa une main sur le visage, continuant d’observer son frère, assis sur l’un des lits, une jambe tendue devant lui, le regard perdu sur le sol…Immobile.
Comme s’il se remémorait ces mêmes souvenirs en même temps que son ainé, Sam tressaillit légèrement en soupirant avant d’essayer de trouver une position un peu plus confortable pour son genou.
« Ils avaient disparus du camp…Personne ne s’en était aperçu. Quand ça été le cas, c’était déjà trop tard depuis longtemps. Ils étaient morts. Tous les deux. Quand Sam est revenu, on ne réalisait pas…Pas encore. Et ça été le début du cauchemar ».
Les lignes noires du dossier hantaient l’esprit de Dean. Le témoignage de Billy était crucial…Parce qu’entre elle et Sam, c’était elle qui se rappelait. Le jeune homme en était sûr ; l’esprit de son frère avait occulté quelques détails, voir même une bonne partie de ce qui s’était passé.
Dean surprit le regard de son père tourné vers lui, l’air mystérieux. Pourtant, l’ainé avait compris…Compris que John s’inquiétait également pour Sam et que, aussi bon chasseur qu’il était, il repasserait dans son rôle de père (autant se l’avouer !). Il était au moins aussi désemparé que Dean.
La nuit finit inévitablement par tomber, et l’obscurité remplit la pièce progressivement, alourdissant un peu plus l’ambiance déjà pesante. Aucun des trois Winchester n’avait ouvert la bouche depuis leur arrivé dans la chambre, deux n’osaient pas ou ne savaient pas quoi dire, et le troisième était juste enfermé dans sa bulle.
- ça vous dit qu’on sorte pour manger ? Proposa d’un seul coup John.
Tirés de leurs pensées, ses deux fils levèrent la tête vers lui, avec des airs étonnés. Dean, bien que partant anticipa la réponse de son frère qui commençait déjà à s’agiter et le devança
- Et si on restait là ? Je suis fatigué et demain on a encore de la route…
John approuva en hochant des épaules, aveugle au regard empli de reconnaissance de Sam à son ainé.
- Comme tu veux. Je vais aller chercher de quoi manger…
- Non reste…j’y vais moi. Trancha Dean, qui rêvait de prendre l’air, ne serait-ce que cinq minutes. Je n’en aurai pas pour longtemps.
Le jeune homme attrapa sa veste, glissa son arme dans sa ceinture et se dirigea vers la porte.
- Sois prudent. L’avertit son père presque machinalement.
L’ainé se tourna vers lui en approuvant d’un signe de tête avant de jeter un bref coup d’œil à son frère, qui était retourné s’enfermer dans sa bulle de silence, le visage fermé et impassible.
***
La légère brise nocturne qui adoucissait l’air ce soir était reposante. Le froid humide de Big Bear Lake était derrière eux…Et Dean veillerait personnellement à ce que son petit frère puisse tourner la page.
Le fast-food ne grouillait pas de clients…et le chasseur, en entrant, pris une seconde pour repérer toutes les sorties, jeter un coup d’œil aux clients, les sens toujours en alerte…Déformation professionnelle ! N’ayant rien noté de suspect, l’ainé s’avança vers le comptoir, en offrant son plus beau sourire à la serveuse et passa sa commande.
Sur le chemin du retour, il profita de cet air douceâtre qui se mélangeait parfaitement à l’odeur des frites qui s’échappaient du sac…Du moins, c’était son avis ! De bonne humeur, le jeune chasseur revint sur ses pas tranquillement, espérant s’imprégner au maximum de ce sentiment de bien-être avant de retourner dans cette chambre…
Et justement, arrivé au motel, Dean s’engagea dans le couloir qui le menait à celle-ci et ce sentiment de bien-être disparu aussitôt.
- Il faut que tu réagisses Sam ! Cria la voix de son père depuis la chambre.
Le jeune homme avait déjà accéléré le pas, sans même s’en rendre compte quand la voix de John s’éleva de nouveau.
- Tu ne peux pas te laisser abattre comme ça !
Dean se précipita vers la porte, l’ouvrant à la volée. Il trouva son père, debout, les traits crispés, maintenant fermement Sam pour l’empêcher de s’éloigner. Par réflexe, l’ainé ferma la porte en prenant soin de la faire claquer, histoire de manifester sa présence. Pendant un instant il pensa, peut-être naïvement, que cela allait calmer les choses…Mais John continua de réprimander son cadet, espérant sans doute le faire réagir.
- Tu m’entends Sam ?! Hein ?! Tu dois te battre !
Le regard porté quelque part au loin, le plus jeune le pria très calmement.
- Laisse-moi tranquille.
- Non ! Non Sam ça suffit maintenant ! Tu ne peux pas continuer comme ça !
Dean, qui commençait à avoir une triste expérience des confrontations John vs Sam sentait bien que les choses allaient déraper…Si elles ne dérapaient pas déjà.
- Papa…Tenta-t-il doucement.
- Sam regarde-moi ! Insista ce dernier. Regarde-moi !
Le regard encore plus fuyant, Sam essaya vainement de se dégager, cette fois beaucoup plus mal à l’aise.
- Non…
- Si tu penses que je vais rester là à te regarder sombrer… Sam merde ! Regarde-moi !
Faisant un pas de plus vers eux, Dean nota les larmes qui commençaient à humidifier les yeux de son frère, et il sut que la situation allait dégénérer…Ce n’était qu’une question de secondes. John, lui, ne s’en était pas rendu compte et resserra sa prise autour de son fils qui leva finalement son regard vers lui.
- Sam, tu es un Winchester…Tu es un chasseur. Un chasseur ne faiblit pas !
Il y eut un silence au cours duquel le cadet observa son père comme s’il venait de le poignarder en plein cœur. Ce n’était pas de la colère qu’il y avait dans ses yeux…non…C’était du chagrin…et ce fut sans doute l’un des pires que Sam eu vécu puisque son visage se mit à pâlir à vue d’œil, il fronça des sourcils en détaillant son père. L’image d’un enfant à qui l’on venait d’annoncer que le père noël n’était qu’un gros tueur psychopathe se forma dans l’esprit de Dean, et il eut une brusque envie de frapper son père.
- Ben tu vois…Murmura Sam tout bas. Tu l’as dit.
John cilla, sans comprendre son involontaire et maladroite gaffe.
- Je t’ai déçu pas vrai ? C’est ce que je fais de mieux non ? Je suis ta plus grande déception…et pourquoi ? Parce que je ne suis pas comme toi ou Dean !
- Sam…
- Et bien dis-le ! Je ne suis pas digne d’être ton fils c’est ça ? Je déshonore la mémoire de maman aussi ? Demanda Sam doucement, la voix pourtant glacée.
Et voilà…Les choses avaient dérapé…
- Je n’ai jamais dit ça ! Se défendit John.
- Mais tu le penses !
- Non Sam…C’est toi. Répliqua son père très calmement.
Il y eu un nouveau silence pendant lequel père et fils échangèrent un long regard. Lorsqu’une première larme lui échappa, Sam se dégagea violemment de l’emprise de John.
- Arrêtes Sam ! Le pria ce dernier.
- Laisse-moi tranquille !
Et cette fois, ce n’était plus le même ton posé et calme…Cette fois, le benjamin criait, sentant sans doute que ses défenses tombaient et que son frère ne viendrait pas à son secours.
- Laissez-moi tranquille tous les deux ! Je…Je veux juste que vous me foutiez la paix…Je veux juste être seul…Déclara-t-il d’un ton brisé qui allait decrescendo en volume.
Se reculant maladroitement, Sam retourna dans la chambre doucement, sans leur accorder le moindre regard.
- On n’a pas terminé Sam !
- Papa ! L’interrompit Dean en se plaçant automatiquement sur sa route alors qu’il s’apprêtait à le rejoindre. Arrête…Laisse-le se calmer.
John lança un regard presque désespéré vers son plus jeune fils qui s’était assis sur le lit, leur tournant le dos, les yeux rivés vers la fenêtre.
- Je…Commença-t-il.
- Il va lui falloir du temps. Déclara Dean sagement.
Appel au secours
Phoenix, Arizona – mai 2000
La culpabilité rongeait le visage de John ce soir, et c’est l’esprit torturé qu’il alla s’attabler dans le salon pour vérifier l’état des armes. Il n’avait pas ouvert la bouche depuis son altercation avec Sam. Et ce dernier non plus. Dean voyait bien que son père s’en voulait, mais quelque part, il ne lui en voulait pas d’avoir essayé de faire réagir son frère…Certes sa démarche avait été maladroite et un peu trop brusque, mais le tact n’avait jamais fait partie des qualités principales de John Winchester !
Profitant du fait que Sam soit dans la salle de bain, le jeune homme se permit de déranger son père. Il s’approcha doucement, pris une chaise et s’installa en face de lui.
- Au fait ?
- Mmh ? Marmonna distraitement le chasseur, le nez toujours plongé dans ses munitions.
- Pourquoi Phoenix ? C’est vrai quoi le Dakota du Sud c’est à l’opposé…
Apparemment la question valait la peine que John se désintéresse un instant de son travail, puisqu’il oublia ses revolvers et reporta son attention sur Dean.
- Pour deux raisons : Déjà, je brouille les pistes et je vérifie que personne ne nous suit.
- Et la seconde raison ?
Un imperceptible tressaillement passa sur le visage jusque-là impassible de John, doucement il répondit.
- Deuxièmement je pensais qu’un petit voyage ne ferait pas de mal.
Dean admira une nouvelle fois la maladresse presque touchante de John.
- Sammy est blessé papa…Voyager en voiture ne l’aide pas vraiment. Je pense que le mieux pour lui serait de pouvoir se reposer chez Bobby un moment…
John fronça des sourcils, tout à fait prêt à entendre l’opinion de son ainé.
- Ecoute j’ai parlé à Jim…
- Ah oui ? S’étonna le jeune homme.
- Oui…je l’ai appelé tout à l’heure…Il m’a dit que Sam avait besoin d’un environnement sécurisant pendant un temps.
Dean approuva d’un hochement de tête évident.
- Il pense que c’est le seul moyen pour qu’il puisse faire le point, qu’il parle et qu’il finisse par tourner la page.
- Jim est toujours source de bons conseils ! Sourit l’ainé sincèrement.
John laissa échapper un rire sans joie avant que son visage ne replonge dans cette culpabilité qui l’assaillait tant. Aussi, au bout de longues secondes de silence, il dû comprendre que Dean avait noté son changement d’humeur, et il reprit tout bas.
- Tu sais à propos de tout à l’heure…J’ai…Enfin j’ai juste voulu le faire réagir.
- Je sais.
Et ce fut tout. John n’allait pas dire à haute voix qu’il avait eu tort, qu’il s’y était mal pris avec Sam…Non…Car John Winchester refusait tout bonnement de laisser entre-apercevoir ce qui pourrait être qualifié comme une faiblesse. Et cela, Dean l’avait parfaitement compris.
***
Sam n’avait coupé l’eau que lorsqu’elle était devenue glacée, profitant des bienfaits de sa chaleur jusqu’au bout. Cela faisait quelques minutes déjà qu’il était sorti de la douche et qu’il avait commencé à se rhabiller doucement, peu désireux de retourner dans la chambre…Et surtout peu désireux d’arriver au pire moment de la journée : celui où le sommeil allait le guetter…Faisant planer au-dessus de lui une menace silence de sombres rêves et de cauchemars sans fin.
Le benjamin s’apprêta à passer un t-shirt quand son regard rencontra son reflet dans le miroir. Ses yeux s’arrêtèrent automatiquement sur l’énorme cicatrice qui le marquait. Les points de suture noirs étaient toujours là, lui donnant un peu l’air d’être l’une de ces créatures rafistolées que l’on voyait dans les films d’horreur. La plaie séchée, elle n’en était que plus gênante car elle se rappelait à lui au moindre de ses mouvements. Doucement, Sam porta les doigts sur cette cicatrice quand il fut soudain pris d’une série de flashs.
Les scènes qui défilaient devant ses yeux étaient sombres….elles étaient froides…Et sanglantes. Il voyait la tête d’un des jumeaux, baignant dans le lac depuis des heures…Le cadavre de Daniel dans la réserve…La discrète Julia qui pleurait dans un coin de la cabane…Et le noir…le masque noir. Et la douleur…
Sam revint brusquement à lui, dans un sursaut étouffé. Le souffle court, il jeta un regard paniqué à son reflet comme s’il venait de redécouvrir certaines scènes de ce week-end.
- Qu’est-ce qu’on fait Sam ? Demanda l’écho de la voix de Billy dans sa tête.
- Sam !
- Je veux parler à un adulte responsable !
- Qu’est-ce qu’il se passe enfin ?
- On va tous mourir !
Se passant le visage sous l’eau pour faire taire les voix, Sam resta un moment penché en avant, laissant les gouttes couler sur sa peau, il poussa un profond soupir avant de se redresser. Son reflet n’exprimait rien…Son image n’exprimait plus rien…C’était comme si quelque part, il était mort.
Tout en se forçant à passer un t-shirt, le cadet se demanda si cette impression passerait un jour, où s’il avait définitivement perdu la raison.
Attrapant ses béquilles à contre-cœur, le jeune homme finit par ressortir de la salle de bain, espérant que son absence prolongée n’ait pas éveillé les soupçons de son frère ou de son père. Pourtant, au moment même où il prit un premier appui pour sortir, il sentit le regard de Dean posé sur lui. L’appréhension le gagna…John avait été le premier à essayer de le faire parler…Et il avait été sur le point de craquer…Il n’en revenait toujours pas d’avoir été au bord des larmes ! Se maudissant intérieurement, Sam cessa de lutter contre la partie de lui-même qui lui clamait haut et fort que de toute façon, il était faible et que pleurer n’était que la preuve de plus qu’il n’avait rien en commun avec son père ou son frère…Eux étaient forts ! Eux auraient sauvé tous ces gens ! Eux n’auraient pas eu peur !
Oui…cette part de lui-même était dans le vrai…Il portait peut-être le nom de Winchester, mais il ne le méritait pas…Tout comme il ne méritait de vivre alors que ses amis étaient morts…alors que sa mère était morte…Dean aurait pu être heureux ! Son grand frère aurait pu être heureux sans lui…Car oui, il aurait eu Mary…Mary et John…une famille heureuse et unie. Pas comme celle qu’ils formaient aujourd’hui ? Dessoudée, sans repères et occupée à chasser le Mal.
Ce fut finalement le sac de voyage de Dean sur son chemin qui le tira de ses sombres pensées…Trop occupé à broyer du noir, le jeune homme ne l’avait pas vu et l’une de ses béquilles s’était prise dedans, le bloquant net.
- Et merde ! Pesta-t-il entre ses dents, vexé et confus.
- Attend ! Non attend Sam.
Dean s’était déjà levé pour l’aider quand Sam s’énerva tout seul, essayant même de repousser le sac avec son pied. Inévitablement la douleur lui irradia littéralement la jambe et le cadet se crispa en retenant sa respiration, les yeux fermés.
- Tu vois ? Le réprimanda inutilement son grand frère. Tu te fais mal tout seul !
Rendu muet par la douleur, le plus jeune ne trouva même pas la force de répliquer quelque chose et se contenta de jeter au sol avec mauvaise humeur ses béquilles…Car bien sûr, c’étaient elles les responsables !
Dean lui porta un regard compatissant et bienveillant tout en lui tendant une main avant de murmurer très calmement.
- Laisse-moi t’aider Sammy.
Ce dernier, oubliant de marmonner des paroles désagréables se surprit à repenser à ses longues nuits d’hivers où il avait dû rester couché à cause d’une mauvaise grippe. Son grand frère avait toujours su quand ranger ses railleries pour arborer un discours plus protecteur, plus rassurant. C’était Dean qui restait avec lui quand il n’était encore qu’un enfant et qu’il était malade. C’était lui qui le consolait quand leur père était en chasse…C’était lui qui était toujours là.
Ravalant sa mauvaise humeur, Sam accepta l’aide de son frère, non sans un certain soulagement. Si en ce moment, Dean lui servait d’appui au sens littéral, le cadet le voyait comme un soutien sans faille. Il avait quelque chose d’apaisant…Sam n’avait pas d’autres mots. Alors peut-être était-ce parce qu’ils étaient frères, il n’en savait rien…Mais la simple présence de son ainé avait toujours eu des vertus apaisantes. Et aujourd’hui, ça n’avait pas changé…Il l’avait bien senti. Dean lui avait toujours répété, et ce depuis qu’il était tout petit, que tant qu’il serait là, rien de mal ne pourrait lui arriver. Sam avait fini par le croire.
Il n’y avait que quelques pas qui les séparaient de la chambre, pourtant, ces quelques pas furent lourds de sens pour Dean aussi. Il avait passé le bras de son frère sur ses épaules et le soutenait…Il sentait bien que Sam s’appuyait totalement sur lui. Arrivé près du lit, le plus âgé ralentit.
- Voilà…Doucement.
Le cadet s’y assis en grimaçant légèrement.
- ça va ? S’inquiéta presque aussitôt son ainé.
Sam rouvrit les yeux en approuvant d’un hochement de tête.
- Merci.
Les deux frères échangèrent un long regard et Dean comprit. Les yeux de Sam ne mentaient pas et il y pu y lire toute sa reconnaissance et sa détresse. Comme s’il le suppliait silencieusement de l’aider.
- Tu as mal quelque part ?
- Dean…Le coupa-t-il d’une voix basse.
L’ainé sut aussitôt que son cadet ne voulait pas être entendu par John, aussi il lui jeta un bref coup d’œil pour s’assurer qu’il ne les écoutait pas. Le chasseur avait replongé le nez dans ses armes…ou semblait avoir replongé le nez dans ses armes…
- Dean je…je suis désolé. Reprit Sam tout bas.
- De quoi voyons ?
- Pour…
Incapable de terminer, le plus jeune secoua la tête, refoulant sans doute des paroles lourdes de culpabilité et préféra reprendre.
- Dean…j’ai…j’ai l’impression d’être en train de me noyer.
Pour rien au monde, Dean ne l’aurait interrompu, trop conscient de l’effort que ça lui demandait de commencer à se livrer ainsi.
Réprimant des larmes, le cadet murmura maladroitement.
- Je…j’ai l’impression de ne plus être moi-même…J’ai…j’ai l’impression de couler un peu plus à chaque instant…De ne plus pouvoir respirer…d’avoir froid…D’être vide…Je suis en train de me noyer Dean…je m’en rends compte…Et je ne peux pas réagir.
Comprenant qu’il s’agissait d’un appel à l’aide, l’ainé s’assit sur le lit en face de celui de son frère en se penchant légèrement en avant, histoire que ses paroles ne soit adressées qu’à lui.
- Sammy…c’est normal d’avoir peur…c’est normal d’avoir peur après ce qu’il s’est passé…C’est parfaitement humain…Et ce n’est pas parce qu’on ne le montre pas que papa et moi on n’a pas eu peur aussi.
- Mais Dean…
- Je ne te laisserai pas te noyer Sammy ! Coupa l’ainé doucement.
Le plus jeune l’observa sans un mot tandis que Dean reprit, l’air plus déterminé que jamais.
- Je sais que tu es mal…je le vois…Mais je ne te regarderai pas couler sans rien faire.
Le visage plus las que jamais, le cadet demanda tout bas.
- Tu ne me laisseras pas tomber ? Quoi qu’il arrive ?
- Jamais ! Tu pourras toujours compter sur moi Sammy. Toujours.
Il pleuvait des cordes ce soir, rendant les routes de goudron glissantes et celles de campagnes impraticables.
Jason venait de rendre son tablier pour la soirée, plus que soulagé de pouvoir enfin rentrer chez lui embrasser sa compagne. Enfin, sa futur femme, il l’espérait…Ce n’était que pour payer la bague qu’il avait accepté ce stupide boulot dans ce stupide fast-food auprès de ce stupide patron ! Enfin bref, il ne comptait pas passer toute sa vie à faire cuire des frites…non, il allait bientôt être diplômé ! Médecin ! Lianne et lui n’auraient pas à s’inquiéter de l’avenir de leurs enfants.
S’enfonçant le plus possible dans son manteau, le jeune homme pris son courage à deux mains et sortit du restaurant. Il se mit à courir vers le parking mal éclairé, rendu aveugle par les trombes de pluie, et sourd par le martellement qu’elle faisait en tombant sur le sol.
Bien sûr, il avait garé sa voiture à l’autre bout ! Oui...Mais à ce moment-là, il ne pleuvait pas !
Courant aussi vite que possible, il dédallait entre les autos quand il aperçut quelque chose…Une ombre…Juste une ombre, mais elle venait de passer rapidement entre deux voitures un peu plus loin devant. Se stoppant net, le jeune homme appela.
- Y’a quelqu’un ?
Il sentit un second courant d’air derrière lui qui le fit sursauter. L’ombre venait de repasser sur sa gauche et s’était finalement évanoui dans un recoin sombre du parking.
- Eh oh ?
Les contours imperceptibles d’une silhouette lui parvinrent depuis ce coin reculé…Il y avait quelque chose là…Un chien peut-être ?
- Hey ?
D’un pas prudent, Jason s’approcha, mais plus il se rapprochait, plus il doutait que cette mystérieuse silhouette soit celle d’un chien…Un chien ne chantonnait pas !
- Hey ? Qui est là ? Demanda-t-il doucement.
Une voix lui parvint…Elle marmonnait une mélodie que le jeune homme connaissait…Il n’arrivait simplement pas à la reconnaître.
- Eh oh ?
L’ombre prit peu à peu une forme plus saisissable et Jason faillit mourir de rire quand il reconnut les contours d’une silhouette humaine. Cependant, sa moquerie de lui-même fut de courte durée…En effet il venait d’apercevoir les cheveux blancs et bouclés de l’intrus…C’était une vieille dame…une pauvre vieille dame qui ne devait sans doute pas avoir d’abris.
- Oh…Bonsoir madame ? Vous m’entendez ?
Accroupie, le dos tourné, elle continuait de chantonner.
- Vous allez bien ?
- Ainsi font font font les petites marionnettes…
Jason tendit la main, inquiet.
- Madame ?
Soudain, et ça en une fraction de secondes, la vieille femme se retourna, le visage couvert de sang, un lambeau de tissu dépassant entre ses dents pointues. Jason pourra un cri de terreur, mais il était déjà trop tard, elle s’était jeté sur lui.
Flash
Phoenix, Arizona – mai 2000
Dean eut l’impression que quelqu’un venait de verser sur lui un sceau d’eau glacé, le réveillant dans un brusque sursaut. Pendant un moment, le jeune homme se demanda, l’esprit encore embrumé, ce qui avait pu le tirer aussi violemment de son sommeil.
La réponse vint de sa gauche quand il entendit Sam se débattre dans son rêve, comme s’il cherchait à se débarrasser d’un adversaire plus que coriace. L’ainé se dégagea aussitôt de ses couvertures pour venir le tirer de son cauchemar.
- Sam ! Sam réveille-toi !
Le plus jeune se débattit encore plus, inconscient que c’était son frère et non l’homme en noir qui essayait de le réveiller.
- Ouvre les yeux Sam !
Peut-être était-ce parce qu’il avait haussé le ton, toujours est-il que Sam obéit, essayant encore plus désespérément de se dégager de l’emprise de son ainé qui dû se reculer légèrement pour ne pas se prendre un coup.
- Sam c’est moi !
Le plus jeune se retrouva tout à coup à bout de souffle, et oublia la présence de son ennemi imaginaire, préférant chercher de l’air presque avec panique.
- Dean ? Appela la voix de John.
- Sammy ? S’inquiéta celle de l’ainé.
Le cadet se redressa d’un seul coup, basculant sur le côté du lit en position assise.
- Calme-toi Sammy. Calme-moi…Ce n’était qu’un cauchemar. Expliqua la voix étonnement posée de Dean.
Les yeux fermés, le benjamin avait agrippé le bras de son frère d’une main et avait porté l’autre sur ses côtes.
- Respire doucement…ça va passer.
Il fallut encore de longues secondes à Sam pour retrouver une respiration quasi normale, secondes au cours desquelles son frère lui parla doucement, espérant le calmer.
- Tu vois ? ça va mieux…
John, dans l’embrase de la porte, se passa une main sur le visage…Une crise d’angoisse. Les médecins lui avaient dit que ça risquait d’arriver…Il le savait, mais le fait de savoir n’amoindrissait pas le choc d’avoir vu Sam dans un tel état de panique..
- Encore un cauchemar ? Demanda-t-il fatigué.
Sam rouvrit les yeux doucement, le teint cireux.
- Je…je crois.
***
La nuit était une nouvelle fois belle et bien terminée pour les Winchester. Sam était allé se réfugier sur le canapé, les yeux perdus dans la contemplation du tapis déchiré étalé sur le sol. John et Dean, quant à eux, étaient en grande conversation dans la cuisine, surveillant le plus jeune par des regards en biais alternés.
- Les médecins ont dit que ça pouvait arriver Dean…Essaya d’expliquer John.
- Je les emmerde les médecins ! Répliqua vigoureusement l’ainé en adoptant pourtant un ton très bas. Ils ne sont bons qu’à déblatérer des théories, et ils ne donnent jamais de solutions !
Le père leva une main apaisante vers lui en jetant un coup d’œil à son plus jeune fils, vérifiant bien qu’il ne prenait pas part involontairement à leur discussion. Mais Sam semblait encore enfermé dans un de ses songes.
- Dean…Je…je suis aussi en colère que toi !
- Alors ça ça m’étonnerait !
Piqué au vif, John resta silencieux un instant avant de demander, le visage froid.
- Je te demande pardon ?
Peu impressionné par la soudaine autorité de son père, Dean reprit avec toujours autant de virulence.
- C’est moi qui l’ai autorisé à partir papa ! C’est mon frère et je suis censé veiller sur lui…Et j’ai foiré ! J’ai foiré sur toute la ligne…Sam avait besoin de moi, et je n’ai pas été là ! C’était à moi de le protéger. Aujourd’hui s’il est dans cet état, c’est uniquement à cause de moi !
Ne laissant même pas le temps à son père de répliquer quoi que ce soit, l’ainé tourna les talons, préférant retourner auprès de son cadet.
- Hey…
Sam cligna des yeux, brusquement tiré de ses rêveries et leva la tête vers son frère qui vint s’assoir sur la table basse face à lui.
- Tu te sens un peu mieux ?
- Je…je sais pas.
Dean laissa le silence faire naturellement une transition avant d’oser demander.
- Tu repenses à eux ?
Le plus jeune fronça des sourcils sans comprendre.
- A tes amis…Billy et tout ça…
Mais si Sam avait fait quelques progrès minimes ces derniers jours, il ne semblait pas encore prêt à aborder ce sujet. Changeant maladroitement de position, il détourna aussitôt le regard, et cela suffit pour que Dean comprenne.
- Rassemblez vos affaires, on s’en va ! Annonça la voix autoritaire de John tout à coup.
Ses deux fils posèrent sur lui des regards surpris, et Sam fut le premier à demander.
- En pleine nuit ?
- Oui en pleine nuit ! ça fait deux fois que je vois un le même type passer là-bas…je crois qu’il nous surveille.
Dean, toujours prêt à l’action sauta presque sur son arme.
- Pas d’affrontement direct ce soir Dean ! Ordonna la voix de son père. Je préfère jouer la carte de la prudence…
L’ainé échangea un bref regard avec Sam, qui capitula d’un simple hochement d’épaules avant d’entamer un mouvement pour se mettre debout. Son ainé fut comme d’habitude, une aide précieuse, marmonnant même quelque chose qu’il ne saisit pas. Non…Car à peine fut-il debout qu’un flash l’aveugla…Oh il ne dura qu’une fraction de secondes, un peu comme si quelqu’un venait de changer de chaine brièvement dans son cerveau…Tout à coup, l’image ensanglantée d’une vieille femme lui sauta aux yeux tandis qu’un instant plus tard, il revoyait la silhouette de Dean qui se précipitait vers lui.
- Hey Sammy ? ça va ?
Le plus jeune cilla plusieurs fois, étourdis par son vertige, et surtout, perturbé par cette chanson idiote qui s’était installée Dieu seul sait comment dans un coin de sa tête.
- Sam !
La main de Dean se resserra autour de son bras, le ramenant définitivement parmi les siens.
- Qu…Quoi ?
- Tu te sens bien ? Demanda son frère, le visage fatigué et inquiet.
- Je…Non…non pas trop j’ai…j’ai un peu la tête qui tourne. Avoua-t-il très sincèrement.
Inconscient du fait que son père s’était également rapproché, le plus jeune observa son frère, complètement déboussolé.
- Assieds-toi…Je vais m’occuper des sacs.
Sam obéit et replongea aussitôt dans ses préoccupations…Pourquoi venait-il d’avoir ce flash ? Y avait-il eu un passage occulté durant ce terrible week-end ? Sinon, qui était cette femme ? Ou…Qu’était-elle ? Et pourquoi lui était-elle apparu de cette façon ? Non…il ne se souvenait pas de tout ce qu’il s’était passé dans cette forêt…il se souvenait de…90%...mais peut-être…peut-être qu’il s’agissait de l’un de ses souvenirs qui se rappelait à lui ? Oui…oui, ça ne pouvait être que ça…
Sur la route
Phoenix, Arizona – mai 2000
Ce fut avec un geste machinal que Dean avait mis en route la radio une fois que lui et son frère furent installés dans l’Impala. Le jeune homme n’avait pas eu son quota de sommeil, et entendre ACDC à fond dans ses oreilles était une garantie de rester éveillé.
Mais si lui, le rock l’empêchait de somnoler, ce n’était pourtant pas le cas de son frère. Et quoi de plus normal ? Pensa Dean. Sam dormait plus, et les rares fois où la fatigue l’emportait, ses rêves étaient hantés par les souvenirs sombres, les cris, le sang et la terreur…Sam dormait très peu, mais Sam ne se reposait pas !
Refusant obstinément le sommeil qui menaçait de le prendre, le plus jeune changeait quelque fois de positions, sans grande convictions, les corps déjà à moitié endormis. Lui jetant un bref coup d’œil, Dean baissa discrètement le volume de l’auto-radio avant de reporter son attention sur la route.
- On en a encore pour des heures Sam, essais de te reposer. Dit-il doucement.
Ce dernier ne lui répondit pas, sans doute déjà vaincu par sa fatigue. Ne changeant rien à l’atmosphère rassurante qui imprégnait l’habitacle, l’ainé s’appliqua à adopter une conduite souple et régulière, tout comme le faisait John plusieurs mètres devant eux.
Le calme qui régnait désormais dans la Chevy était propice au cogitement de l’ainé. Le dossier que son père avait volé lui revint immédiatement en mémoire.
« Quand Sam est revenu, on ne réalisait pas…Pas encore. Et ça été le début du cauchemar. Il a dit qu’on devait partir…Qu’on devait partir le plus vite possible. Alors il a voulu nous emmener trouver les gardes-forestiers, ils avaient leur QG à quelques kilomètres…C’était la meilleur chose à faire.
On a mis plusieurs heures à s’y rendre…il faisait nuit, et la plupart d’entre nous commençait à douter de ce que Sam et Henry avaient vu. Et c’est là qu’il s’est montré… »
« Qui ? » Avait demandé le shérif, comme il l’avait stipulé sur son rapport.
« L’homme en noir…Il a tué Lindsey…Alors on s’est enfui…Sam a essayé de l’aider…Mais c’était déjà trop tard »…
Dean ne pouvait pas s’empêcher de se jouer inlassablement la scène dans sa tête, c’était presque une obligation malsaine…Mais il en avait besoin…Il devait savoir ce que son frère avait vécu là-bas…Il ne lui en parlait pas, il ne pouvait pas…C’était donc à lui de faire le premier pas pour l’aider.
Les dires de Billy ne l’avaient pas surpris…Sam essayait toujours d’aider les autres, même si pour cela il devait se mettre en danger à leur place. Un sourire triste passa sur son visage…Sur ce point, son petit frère pourrait dire ce qu’il voulait, mais il était bien un Winchester !
***
Monticello, Colorado - mai 2000
Le vent tiède de l’Arizona avait finalement cédé sa place à la fraicheur humide de celui du Colorado…Les montagnes étaient déjà visibles au loin et les villes jonchant l’autoroute se faisaient plus rares, remplacées depuis peu par des sapins et des petits groupes d’épicéas, annonçant la proximité d’une forêt sans doute beaucoup plus dense.
Ils roulaient d’allure soutenue depuis plusieurs heures quand John se décida finalement à faire des appels de phare à son ainé, qui saisit aussitôt le message. Heureusement pour eux, la prochaine ville n’était plus très loin, et ce n’est qu’un quart d’heure plus tard que Dean pu, avec un soulagement certain, couper le moteur de la Chevy.
S’extirpant douloureusement de l’Impala, le jeune homme s’étira sans retenue en poussant un soupir plaintif, presque aussitôt rejoint par son père. Ce dernier jeta un coup d’œil surpris vers la porte côté passager, qui restait résolument fermée.
- Il a réussi à s’endormir. Expliqua Dean.
- Laissons-le se reposer. Approuva John en sortant une carte. Alors, on est ici.
Il désigna une ville, perdue au milieu d’un site vert sur le planisphère.
- Le Colorado ? Super…Maugréa l’ainé. On en a encore pour plusieurs jours de route…Je ne sais pas comment Sam va supporter.
- On n’a pas le choix Dean.
- Et on ne peut pas essayer de rejoindre Caleb ? C’est plus près d’ici.
John secoua négativement la tête.
- Caleb est sur une affaire bizarre avec un autre chasseur dans le Wyoming.
- Et ben ? S’obstina l’ainé qui ne comprenait pas. Il est chez lui donc !
- Oui…Mais ce n’est pas le problème…J’ai une entière confiance en Caleb, tu le sais…C’est le type avec qui il travaille dont je me méfie…C’est le genre obstiné…un peu trop.
Dean haussa des épaules sans vraiment voir où son père voulait en venir, mais visiblement, John n’était pas d’humeur à argumenter.
- Donc tu penses qu’il vaut mieux faire encore deux à trois jours de route ?
- Crois-moi quand je te dis que oui.
- Bon…Tu as réussi à joindre Bobby ?
John fit de nouveau « non » de la tête tout en roulant la carte.
- Je préfère ne pas prendre le risque…on s’est fait remarquer en Californie, je ne voudrais pas que les flics s’intéressent de trop près à nous ou nous surveille. Je pense qu’il vaut mieux limiter au maximum nos communications.
C’est donc des soucis et des préoccupations plein la tête que Dean se préparait à reprendre la route, toujours étonné que son frère dorme encore.
Et pourtant, Sam n’avait pas bougé d’un pouce, enfoncé dans son siège, les bras croisés ramenant au maximum sa veste sur lui, une mince plissure entre ses sourcils, signe que son sommeil n’était pas si tranquille qu’il pourrait laisser croire.
John pria son ainé de rester avec le plus jeune tandis qu’il allait leur chercher de quoi manger un peu et prendre le journal du coin, pour se tenir informé d’une quelconque affaire pouvant malheureusement croiser leur route. John Winchester était peut-être un intrépide chasseur et un père maladroit, mais il avait parfaitement conscience du fait que Sam ne devait pas se retrouver plongé dans un nouveau cas de sitôt. Le boulot attendrait !
Dean, appuyé contre la Chevy en vint finalement à se dire que son frère aurait sans doute besoin de se dégourdir les jambes. Bien que peiné de devoir le réveiller, le jeune homme s’exécuta doucement. Ouvrant la portière, il exerça une légère pression sur son bras.
- Sam ?
D’habitude, le moindre bruit, le moindre geste ou effleurement tirait le plus jeune de son sommeil avec un brusque sursaut…Pas cette fois. Alors Dean le secoua un peu plus fort.
- Sammy ?
Le cadet fronça un peu plus des sourcils avant de pousser un gémissement plaintif.
- ‘oi ???
D’abord soulagé que son frère n’ait pas eu un réveil brutal, Dean lui expliqua.
- ça fait des heures qu’on roule, tu ne veux pas te dégourdir les jambes un peu ?
Sam marmonna quelque chose qui ressemblait à de la mauvaise humeur, aussi, son frère insista.
- Allez ! Tu crois que tu pourras laisser tomber plus vite ces béquilles en restant assis ?
Mais Sam ne bougea pas, murmurant des bouts de phrases sans le moindre sens ou poussant des protestations contre les vains efforts de son ainé. Finalement, Dean nota les quelques gouttes de sueur qui coulaient sur le front de son cadet.
- Hey Sammy, tu te sens bien ? Demanda-t-il en se baissant, plus doucement.
Le plus jeune secoua la tête, les yeux fermés.
- ‘on…
- En route ! Annonça la voix autoritaire de John derrière lui.
Dean fit volte-face, arborant une mine inquiète.
- Sam est malade.
Le chasseur s’arrêta avant de reporter son attention vers le siège passager. Il s’approcha et passa à côté de son ainé tout en se penchant pour venir poser une main sur le front de Sam.
- Il a de la fièvre…ça doit être un contrecoup…Supposa-t-il.
Dean n’attendit pas que son père se relève pour exprimer ses craintes.
- Il ne tiendra pas jusqu’à Sioux Falls.
- Du sang…Marmonna ce dernier dans un délire qui n’était que sien. Il lui faut du sang…
- Sam est fort…Contrecarra aussitôt John qui chercha l’approbation de son cadet.
L’ainé laissa clairement entendre son mécontentement, ce qui ne fit pourtant pas réagir son père.
- Voilà ce qu’on va faire…Je vais prendre Sam avec moi et tu vas nous suivre avec l’Impala.
- Quoi ? Pourquoi ? S’indigna Dean.
- Parce que tu es fatigué, tu as été blessé aussi ! Si Sam a chopé un virus, je n’aimerais autant pas qu’il te le refile…J’ai besoin d’avoir au moins un de mes deux fils en renfort.
Dean dû faire tous les efforts du monde pour ne pas protester…Déjà, parce qu’il se sentait très bien…Ensuite parce qu’il était tout à fait capable de s’occuper de son frère (et sûrement plus que son père d’ailleurs !) et enfin…pour le principe quoi !
- Allez, on n’a pas de temps à perdre alors ne discute pas !