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29 days later

Série : Supernatural
Création : 05.03.2012 à 19h39
Auteur : Madie 
Statut : Terminée

« Suite de "Requiem pour un fou" » Madie 

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Reflexes d’un Winchester 


New Castle, Colorado – Mai 2000 

Très peu habitué à avoir son dernier né en voiture avec lui, John ne cessait de lui jeter des coups d’oeil nerveux, d’abord parce qu’il était inquiet pour lui, ensuite, parce qu’il ne savait pas quoi lui dire pour le réconforter. De toute façon, ça aurait été peine perdue, pensa-t-il au bout d’un moment, puisque Sam somnolait à moitié, légèrement tourné dos à lui, comme s’il cherchait involontairement à échapper à toute discussion avec son père. Alors, John n’insista pas, et préféra reporter son attention sur la route. 
Le soleil commençait à se coucher au loin, et le chasseur se dit qu’il serait grand temps de trouver un motel pour passer la nuit. Leurs blessures à chacun n’étaient pas toutes cicatrisées, et il était évident qu’ils avaient tous besoin de repos. 
- Hey Sam, ça te dit qu’on s’arrête ici ? Essaya-t-il en apercevant un panneau indiquant un motel. 
Il tourna la tête vers lui, s’attendant au moins à un haussement d’épaule. Sauf que Sam resta impassible, les yeux grands ouverts fixés sur un point invisible, complètement sourd aux paroles de son père. 
- Sam ? Hey Sam, tu m’as entendu ? 
Comprenant qu’il n’obtiendrait aucune réponse, John reporta son attention sur la route en laissant échapper un soupir de frustration. 

Les mêmes gestes, la même routine s’était emparée d’eux. Dean allait réserver une chambre et John s’occupait de prendre quelques armes. 
Une fois à l’intérieur, ce dernier s’occupa de tracer des lignes de sel partout avant de disposer d’autres protections, sans cesser de jeter des regards vers son ainé, lui demandant silencieusement d’aller s’enquérir de l’état de son frère. 
Mais Dean n’avait même pas eu besoin que son père le lui demande, d’instinct, il alla trouver Sam qui s’était laissé tomber sur le canapé, les yeux fixés sur le feu de cheminée que leur père avait allumé. 
- Alors ? On dirait que la fièvre a baissé…Constata l’ainé avec un soulagement certain. 
Il n’y comprenait rien, mais il se souvenait que les médecins avaient parlés de ce genre d’effets secondaires…Quand il l’avait réveillé tout à l’heure dans l’Impala, son frère était en train de faire un cauchemar…Peut-être que c’était un stress de trop pour son corps qui s’était défendu comme il avait pu ? En tout cas, s’il n’était plus bouillant, on aurait dit que quelqu’un l’avait soudain ré-éteint…Il ne réagissait simplement plus. Ni aux mots, ni aux gestes…rien… 
- Allez Sam, dis quelque chose…Insista son ainé, presque désespéré. 
La douce lueur qui émanait de la cheminée éclairait le visage de son petit frère d’une lumière délicate, sans la moindre agressivité. Une larme brilla sur sa joue avant de venir couler sur la main de Dean, qui essayait de le secouer tout doucement. 
- Sammy… 
Le plus jeune cligna des yeux, les joues baignées de nouvelles larmes. Son regard, pourtant humide resta étrangement fixé sur le feu de cheminée, et son frère comprit qu’il n’était plus vraiment avec lui. 
- Je suis là Sammy…C’est fini. Murmura-t-il tout doucement. 
Dean senti le regard de leur père se poser fréquemment sur eux mais décida de l’ignorer. 
- Sam… 
Le visage toujours aussi impassible malgré les larmes qui l’humidifiaient, le benjamin ne réagit même pas lorsque son grand frère prit place en face de lui. Alors, Dean s’interposa entre lui et la lumière hypnotisante de l’antre de la cheminée. Lui prenant le visage dans les mains, il le força à réagir. 
- Regarde-moi p’tit frère ! Regarde-moi merde !! 
Le ton cette fois beaucoup plus autoritaire qu’il avait employé joua en sa faveur puisque Sam finit par cligner des yeux avant de poser un regard hésitant et perdu sur son ainé. 
- C’est terminé Sammy ! C’est terminé tu m’entends ? Tu es en sécurité désormais ! Je ne laisserai personne te faire du mal. 
Le plus jeune l’observa pendant de longues secondes, bien incapable d’empêcher ses larmes de continuer à couler. 
- Je les ai laissé mourir Dean…Réussit-il à articuler d’une voix presque inaudible. 
Si inaudible que John lança un regard perplexe à son ainé, qui l’ignora. 
- Sammy…tu as fait tout ce que tu as pu… 
- Je l’ai ai laissé mourir…Répéta-t-il, comme s’il avouait un crime de toute une vie. 
Les larmes l’emportèrent, et comme si elles étaient honteuses, Sam se cacha le visage d’une main, cherchant instinctivement la présence de son frère de l’autre. 
Le cœur de John se serra et sa gorge se noua même un peu plus lorsqu’il vit son ainé prendre l’adolescent contre lui, lui frottant le dos dans un geste de réconfort et lui murmurant des paroles de soutien. 
Ce week-end les avait tous changé constata le chasseur…D’abord Sam…Et ça, c’était l’indéniable constat. Le jeune ado de 17 ans, rebelle et désireux de prendre son envol avait laissé sa place à un gamin qui en avait beaucoup trop vu pour son âge. Affaibli physiquement et moralement, son cadet n’était plus l’ombre que lui-même. 
Mais il y avait aussi son ainé…Le Dean de 21 ans charmeur, railleur et beau parleur avait également disparu, remplacé par un jeune homme ayant mûrit beaucoup trop vite, rongé par la culpabilité pour ce qui était arrivé à son frère. Il ne vivait plus désormais que pour Sam, que pour se faire pardonner ce qu’il s’était passé dans cette forêt, et cela, même s’il n’y était pour rien. 
En fait, John avait presque l’impression d’avoir été épargné par tous ces changements…Il se sentait toujours aussi perdu, voir même inutile…une ombre insignifiante entre ce lien qui unissait ses enfants. Une chose était désormais sûre à ses yeux, s’il était amené à disparaître, ses garçons auraient du mal à faire leur deuil, mais ils s’en remettraient…Par contre, si Sam perdait Dean, ou Dean perdait Sam…Alors, Dieu seul sait de quoi serait capable l’autre pour le sauver. 
C’est presque timidement que John fit un pas vers eux, mais très vite, avant même d’avoir prononcé le moindre mot, il se sentit de trop et comprit qu’il n’avait pas sa place…Qu’il n’aurait jamais sa place dans ce lien qu’il avait lui-même créé. Alors, il choisit de se mettre en retrait, préférant surveiller les alentours, assombris par la nuit sans lune . 

*** 

Sam s’était finalement assoupi totalement à bout de force. Son frère avait également sombré dans le sommeil, sur le fauteuil tout près de lui. Depuis la fenêtre, John les observait pensivement. Quand son ainé avait recouvert le plus jeune d’une couverture, il lui avait jeté un coup d’œil qui lui avait donné des frissons. Le visage de Dean venait presque de prendre dix ans. 
- Il a réussi à s’endormir. Avait-il simplement dit. 
Et John lui avait demandé comment il allait. 
- Je vais rester près de lui… 
Il s’était assis dans le fauteuil, et quelques minutes plus tard, c’était à son tour de tomber endormis. Alors, son père avait déposé une veste sur lui. 

Le feu dans la cheminée avait fini par s’éteindre, laissant la pièce se refroidir peu à peu tout en laissant le noir l’envahir. Mais John n’y fit pas attention, ayant déjà reporté son attention sur la fenêtre, les sens étrangement en alerte. 
Intrigué, le chasseur scruta les alentours pourtant très calmes…La route, peu fréquentée, l’était encore moins à une heure aussi avancée de la nuit, et ce n’étaient pas les bois tout près qui allaient apporter leur lot de passants trop ivres qui auraient pu être une explication à ce léger bruit qu’il avait entendu. 
Le vent souffla un peu plus fort, tordant au passage les hautes cimes des sapins qui semblaient regarder le motel d’en haut, se moquant d’eux depuis leur hauteur presque exagérée. La plainte que poussa le vent était à peine audible, cependant, elle s’engouffra rapidement dans la chambre par l’antre de la cheminée, forçant John à pointer son arme vers elle, par pur réflexe. 
Le chasseur essaya de se détendre quelque peu, comprenant très bien que son imagination lui jouait des tours. Tout à coup, ses réflexes lui firent braquer son arme vers la fenêtre, certain d’avoir entre-aperçu quelque chose…une ombre…Oui…il avait vu une ombre passer, il en était sûr ! 
Parfaitement silencieux, le chasseur s’abrita contre le mur tout en jetant un coup d’œil très discret par la vitre…Mais le parking était toujours aussi calme…Il hésita à réveiller son ainé, après tout Dean avait besoin de repos presque autant que Sam. 
Cependant, il n’eut plus l’occasion d’hésiter longtemps car un cri déchirant s’éleva dans la nuit, le faisant sursauter et tirant ses deux fils de leur sommeil brusquement. Malgré la fatigue et sa blessure récente, les réflexes de Dean étaient toujours dignes des meilleurs chasseurs, aussi il fut debout en une fraction de secondes, son arme braquée vers la porte. A l’inverse, les blessures de Sam ne lui permettaient pas une telle réactivité, et son réveil, tout aussi brusque que celui de son frère, fut néanmoins plus douloureux. A peine se fut-il redressé qu’il porta une main au niveau de sa cicatrice, poussant un faible gémissement. 
- C’est quoi ce bordel ? Jura l’ainé en se postant automatiquement entre la porte et son frère. 
- Reste ici avec Sam, j’y vais ! 
- Quoi ? S’étrangla le plus jeune. Non papa ! 
Mais il était déjà trop tard, John avait quitté la chambre, en prenant soin de refermer la porte derrière lui. Sam se leva rapidement, trop rapidement sans doute puisqu’il vacilla, son genou refusant encore de le soutenir. 
- Dean…Soupira-t-il, mi effrayé, mi agacé. 
- Je ne bougerai pas d’ici Sammy. Répondit simplement son grand frère, le visage aussi dur que déterminé. 


Les minutes qui s’écoulèrent ensuite leur parurent durer une éternité. La pièce et tout le motel semblaient avoir été de nouveau plongés dans le silence, et l’atmosphère s’alourdie. 
Les doigts fermement serrés autour de leurs armes, les deux frères échangèrent un regard. Au premier coup d’œil, Dean comprit que son benjamin n’aurait pas la force de mener le moindre combat, aussi, il se fit violence et se prépara à réagir immédiatement en cas de besoin. 
Dehors, le vent se mit à gémir doucement, comme s’il annonçait avec un rire sadique l’arrivée imminente d’un danger, le cadet frissonna. 
- C’est lui Dean… 
- Non Sam ! Répliqua fermement son frère. Il est mort ! Mort ! Tu m’entends ? Papa l’a tué ! 
Dean n’eut même pas eu le temps de finir sa phrase que quelqu’un tambourina à la porte de leur chambre, hurlant au secours. 
- Pitié !!! Aidez-moi !!! 
Sam se figea avant de jeter un regard quasi horrifié à son frère. Sans même attendre son consentement, le plus jeune entama un mouvement pénible vers la porte. 
- Sam ! Cria aussitôt son frère en lui barrant le chemin. Attend, tu ne sais pas ce qu’il y a derrière ! 
- Quoi ? Enfin Dean ! 
- Aidez moi !!! 
La détresse dans la voix de cette femme chamboula le plus jeune qui lança un regard larmoyant à Dean. 
- Tu me demandes de rester les bras croisés alors que quelqu’un a besoin d’aide ? 
Dean saisit parfaitement le message et lui fit signe de ne pas bouger pendant que lui s’occupait d’aller ouvrir. 
- Reste où tu es Sam ! 
Le plus jeune ne se fit pas prier et resserra ses mains autour de son arme, sans grande conviction, le cerveau hanté de flashs et de voix, et le corps soudain parcouru de frissons glacés et douloureux. 
Dean attrapa la poignée de la porte, tout en gardant précieusement son revolver dans l’autre, prêt à s’en servir. Il l’ouvrit doucement, et fut surpris de ne trouver personne derrière. Sa respiration s’accéléra, comme si quelque part en lui, il pressentait déjà le piège qui l’attendait. Pour une raison qu’il ne comprit pas, le jeune chasseur fit un pas à l’extérieur…Il eut tout juste le temps d’entendre Sam crier quelque chose et il se sentit violemment plaqué au sol, quelque chose de visqueux lui dégoulinant sur la joue. 
Le jeune homme se remit très vite les esprits en place et parvint à repousser son assaillant d’un coup de pied, lui permettant ainsi d’apercevoir son visage…Du moins, ce qu’il restait de son visage…Ce qui devait être un homme n’en était plus un depuis bien longtemps. Les traits effacés par les dégâts du temps, sa peau s’était teintée de vert et avait perdu tout aspect humain…Un cadavre…voilà ce qu’il avait en face de lui…Un cadavre répugnant et plein de force ! 
La chose ne demanda pas son reste et se rua sur lui, poussant un grognement hystérique au passage. De nouveau plaqué au sol, Dean sentit les mains poisseuses de son agresseur se resserrer autour de son cou en même temps qu’il approchait ce qu’il restait de son visage. Le jeune homme plissa le nez, le cœur au bord des lèvres quand il vit l’autre grogner…L’odeur qu’il dégageait était juste insupportable…Et pourtant, il en avait senti des fantômes, des goules et des démons ! 
- Sam ! Appela-t-il presque à bout de souffle. 

En voyant son frère plaqué au sol, cette chose hideuse prête à tout pour le tuer, le plus jeune eut un premier réflexe qui fut de tirer une balle dans la tête de la créature. Sauf que cette dernière ne réagit pas, elle ne daigna même pas tourner la tête vers lui. 
- Sam ! Souffla péniblement son frère. 
L’adolescent se retrouva tout à coup désarmé, ne sachant plus du tout ce qu’il convenait de faire…Inévitablement, l’image de l’Homme en noir lui revint en mémoire…Et à vrai dire…tout ce qu’il s’était passé dans cette forêt lui revint en mémoire…La nuit…le froid…le sang…Du sang partout… Tim et son jumeau…Lindsey, Daniel…Julia…James…Chris…Billy… 
- Sammy ! 
Sam eu l’impression que l’Homme en noir venait de le poignarder de nouveau, il sentait sa lame le transpercer, il sentait son sang couler… 
- Sam !! 
- Qu’est-ce qu’on fait Sam ? Demanda l’écho de la voix de Julia dans sa tête…Sam ! Aide-nous ! 
- Sam ! De l’argent !!! 
Quelque chose remua en lui…Peut-être le chasseur qu’il avait été un jour…Quoi qu’il en soit, cette partie de lui le poussa à réagir avant même que son corps ne pousse sa première protestation. Oubliant son genou et sa cicatrice, Sam se rua sur le sac d’armes de son père et en sorti un chargeur de balles d’argent. Avec des gestes sûrs, il l’enfonça dans son revolver, pointa le canon dans la direction du cadavre et tira. Une fois…un unique coup et la balle vint directement se loger dans le crane dégoulinant de la chose, qui tomba, cette fois belle et bien morte. 

Encore essoufflé, Dean tourna la tête vers son frère, complètement surpris par ce brusque revirement. Cependant, Sam semblait au moins aussi surpris que lui, aussi, après quelques secondes sans avoir bougé d’un pouce, le plus jeune laissa tomber l’arme et vacilla en arrière, une main sur ses côtes. 
- Sammy ? 
- Dean ! Appela la voix de leur père. 
John réapparut aussitôt, leur lançant à tous les deux un regard inquiet. 
- ça va vous ? Demanda-t-il à bout de souffle. 
Dean jeta un coup d’œil à Sam, appuyé contre le mur, les yeux de nouveau perdus au sol. 
- Heureusement que Sammy était là ! Lança l’ainé avec un soulagement certain. 
John ne manqua pas d’afficher son étonnement par un haussement de sourcils avant de désigner leurs sacs d’un geste. 
- On n’a pas de temps à perdre ! Il faut partir, tout de suite ! 


Valdora  (30.04.2012 à 12:18)

Aveux 

Fort Morgan, Colorado – Mai 2000 

Sans même se poser de question, Sam était remonté en voiture avec son frère, silencieux et renfermé, l’esprit obnubilé par ses souvenirs, tous remontés brutalement à la surface. Il ne pouvait plus penser à autre chose, et ce malgré ce qu’il venait de se passer au motel… 
- ça va ? Demanda la voix lointaine de Dean. 
Le plus jeune se laissa à moitié hypnotisé par le reflet défilant de la route dans le rétroviseur et sentit la fatigue le prendre doucement. Derrière eux, les arbres de la forêt semblaient s’enfuir rapidement, alors qu’en réalité, c’était eux qui fuyaient. 
- Sam ? 
Ce dernier ne répondit pas, tombant déjà à moitié dans un sommeil tout sauf réparateur. Pour une raison encore inconnue, Sam s’éveilla brutalement, au pied d’un immense sapin, allongé dans un amas de feuilles mortes. 
La douleur qui émanait de son genou se rappela brusquement à lui, l’obligeant à se recroqueviller sur le côté, le souffle court. 
- Dean ! 
Pas de réponse…Simplement ce gémissement du vent qui parcourut la forêt comme une longue plainte menaçante. Alors, Sam comprit…Péniblement, il se redressa et leva la tête vers le haut du bosquet duquel il venait de dégringoler. Et il était là, l’Homme en noir, immobile, et pourtant déjà tellement effrayant avec sa machette dégoulinante de sang dans la main droite. Le jeune Winchester ne demanda pas son reste et se mit debout, commençant à courir aussi vite qu’il le pouvait encore, parfaitement conscient que l’autre lui suivait. 
Le souffle vint bientôt à lui manquer et c’est à ce moment-là que Sam se rendit compte qu’il faisait nuit…Intrigué, il s’arrêta, n’entendant plus les pas de son assaillant derrière lui…Il n’était plus dans la forêt, mais aux abords de cette maison de pêche abandonnée…Celle qui servait de refuge à l’Homme au masque. 
- Sam ! Cria la voix terrifiée de Julia. 
Le jeune homme se tourna vers elle, au moment même où un éclair lumineux déchira le ciel…Elle était aussi trempée que lui et le regardait d’un air horrifié. Alors il comprit...Sa respiration s’accéléra et il hésita à se retourner, certain de trouver l’Homme en noir derrière lui. Pourtant, il se tourna quand même, comme s’il ne pouvait plus contrôler son corps…Aussitôt, il sentit une douleur froide et violente le transpercer, du sang se mit à obstruer sa gorge, l’empêchant de respirer et il sut qu’il allait mourir. 

Le souffle court, Sam ouvrit les yeux en se redressant brusquement, cherchant aussitôt à faire entrer de l’air dans ses poumons. 
- Sammy ? S’inquiéta son ainé, qui venait de faire un bond de surprise. 
Il observa son cadet qui, une main sur sa cicatrice essayait de retrouver un souffle normal. Il fut secoué d’une quinte de toux et dû se forcer mentalement à se calmer. Quelques minutes plus tard, Sam retrouvait une respiration quasi normale et rouvrit les yeux. 
- Nom de Dieu Sam ! Jura Dean qui avait bien du mal à s’occuper de la route, qui était soit dit en passant, totalement déserte. 
La main toujours contre lui, le plus jeune lui accorda un bref regard. 
- Je vais bien… 
- Ah oui ça se voit ! Répliqua aussitôt Dean, en lui désignant le visage. Tu te réveilles en sursaut, sans pouvoir respirer, tu ne parles plus, tu restes prostré dans un coin, tu ressasses et tu culpabilises, et au passage, tu t’es regardé dans une glace dernièrement ? Non parce que si ce n’est pas le cas, laisse-moi te dire que tu fais peur à voir ! 
Un courant d’air glacé passa sur le visage du plus jeune qui demanda d’un ton froid. 
- ça y’est, t’as fini ? Tu te sens mieux ? 
Dean reporta rapidement son attention sur la route, pour écarter tout danger, avant de retourner la tête vers son frère. 
- Si je vais mieux ? Non Sam je ne vais pas mieux ! Tu crois que je dis tout ça pour que tu te sentes encore plus mal ? Je voudrais juste que tu réussisses à tourner la page…J’aimerais retrouver mon petit frère d’avant ! 
- Tu penses que je n’ai pas envie d’oublier tout ça ? Sincèrement, je ferai n’importe quoi pour oublier Dean…n’importe quoi ! Et ça me tue de savoir que toi ou papa vous y arriveriez…ça me tue de ne pas pouvoir en être capable. 
Le plus âgé resta silencieux un moment, tout comme son petit frère, avant de murmurer. 
- Si ça ne te tue pas tout court. 
Il vit son cadet ciller légèrement, bien qu’il ait reporté son regard sur la route au loin… 
- Peut-être que comme ça je pourrai oublier. Lança froidement le plus jeune. 
Dean dû faire face à une profonde lutte intérieure pour ne pas garer la voiture sur le bas-côté et sortir son cadet par le col pour lui remonter les bretelles…La raison qui l’en empêchait était très simple, il ne voulait pas que John s’en mêle. 
- Tu peux répéter ça ? 
Sans bouger d’un pouce, Sam cilla de nouveau, visiblement pas prêt à attiser un peu plus la colère de son ainé. 
- Qu’est-ce que tu viens de me dire Sam ? Demanda son ainé en levant le ton. 
- Dean…Tenta vainement le plus jeune. 
- Tu penses sérieusement ce que tu viens de dire ? Hein ? Réponds-moi ! 
L’ainé avait tourné la tête vers lui, le gratifiant d’un de ses regards de grand frère en colère qu’il arborait quand il désirait faire des remontrances à son cadet. Ce dernier à l’inverse, avait retrouvé un visage fatigué et juvénile, qui pendant un bref instant, faillit faire perdre le fil à Dean. Cependant, le jeune homme se reprit, se rappelant qu’après de telles paroles, il ne devait en aucun cas se laisser apitoyer. 
- Je…j’en sais rien…je sais plus…Souffla le cadet, penaud. Je n’arrive plus à réfléchir. Je…Je suis juste fatigué. Je voudrais dormir…dormir pour de vrai. Mais je n’arrête pas d’y repenser…je n’arrête pas de me dire que j’aurais dû agir autrement…J’aurais dû agir en chasseur…Après les jumeaux…on aurait dû tous restés groupés, ne pas s’arrêter…Lindsey serait sûrement encore en vie…Et Daniel…C’est moi qui aurait dû aller dans la réserve…J’aurais dû savoir que c’était un piège…J’aurais dû prévoir…J’aurais dû…
- Tu serais mort Sammy. 
Le plus jeune daigna enfin tourner la tête vers son frère qui l’observait d’un air inquiet. 
- Tu serais mort et ce malade s’en serait pris aux autres de toute manière…Il aurait peut-être même tué Billy aussi…Tu serais mort pour rien…tu serais mort, et papa et moi on aurait retrouvé ton cadavre. Tu imagines Sam ? Est-ce que tu as pensé ne serait-ce qu’un instant à nous ? Comment papa aurait réagi à ton avis ? Comment moi j’aurais réagis ? 
Sam cligna des yeux, incapable de dire quoi que ce soit. 
- Tu penses sincèrement qu’on aurait été capable de s’en remettre ? Que j’aurais été capable de m’en remettre ? Tu es mon petit frère Sammy. C’est mon rôle de te protéger…Et j’ai foiré… Je n’ai pas été là quand tu en as eu besoin. Tu t’es retrouvé livré à toi-même dans cette forêt…tu as dû prendre des décisions difficiles que peu d’hommes à ta place auraient été capable de prendre. Tu as fait de ton mieux pour protéger tes amis…Et moi je t’ai laissé y aller…Je t’ai laissé Sam. Est-ce que tu penses sincèrement que je ne me sens pas coupable ? 
- Dean… 
- Si j’avais su Sammy…Si j’avais su ce qu’il y avait dans cette forêt…Je t’aurais emmené de force à l’autre bout du pays…Et tu sais ce qu’il serait arrivé ? Billy, Lindsey, Daniel et les autres…Et bien ils seraient tous morts. Mais j’en ai rien à foutre, parce que je t’aurais sauvé toi…Tu crois que ça fait de moi quelqu’un de bien ? Tu penses sincèrement que je suis meilleur que toi ? 
Sam observa son grand frère en silence pendant un long moment. Gêné d’avoir étalé ses angoisses comme ça, Dean avait préféré reporter son attention sur la route, les sourcils froncés, la main étroitement serrée autour du volant. 
- Sur…sur cette route…Commença le plus jeune tout bas, d’une voix très hésitante. 
Comprenant qu’il allait enfin parler un peu de ce qu’il s’était passé, Dean afficha un air plus doux. 
- Quand Billy et moi on y est enfin parvenu…Il est arrivé…L’Homme en noir…J’ai…j’ai dit à Billy de s’enfuir, et j’ai essayé de le ralentir. 
L’ainé tournait régulièrement la tête vers lui, intrigué par ce qu’il avait à dire…Cette partie-là ne figurait pas dans le témoignage de la jeune fille… 
- Après tout ce qui était déjà arrivé…j’ai juste voulu donner une chance à Billy. Je me suis dit que c’est ce que toi ou papa feraient. On s’est battu…mais il était beaucoup plus fort j’en sais rien…et il a pris l’avantage…C’est là qu’on est tombé…On a dévalé le ravin. J’ai dû me cogner la tête contre une pierre parce que j’ai perdu connaissance pendant un petit moment. Quand je me suis réveillé, j’ai mis un peu de temps à me souvenir de tout ce qui était arrivé…Et puis il est arrivé…Je savais qu’il allait me tuer…Mais je n’avais plus la force de me battre…ou le courage je ne sais pas…Alors j’ai couru. 
Dean essaya de ne pas laisser la culpabilité le ronger et lança d’un ton calme. 
- Personne ne t’en veux pour avoir essayé de sauver ta vie Sammy… 
Ne l’écoutant qu’à moitié, Sam reprit. 
- En tombant, je me suis déboîté le genou…Quand je l’ai vu, j’ai eu tellement peur…Je l’ai remis en place moi-même et j’ai couru…J’avais mal, mais je ne pouvais pas m’arrêter de fuir…je ne pensais plus qu’à me sauver Dean…Je ne voulais pas mourir. 
- Où est le mal Sammy ? Dis le moi ! Ce malade s’était lancé dans un jeu de massacre sans fin…Même papa a eu du mal à le tuer…Personne ne pouvait l’arrêter, personne ! Tu devais fuir Sam…Et je suis content que tu l’aies fait… 
- Mais Dean…Qu’est-ce que ça fait de moi ? 
- Tu n’es pas un trouillard Sam ! S’emporta l’ainé. 
- J’ai eu peur dans cette forêt ! Cria tout à coup le plus jeune, imposant ainsi un silence gênant dans l’Impala. 
Dean observa son petit frère, qui venait apparemment de se rendre compte de ce qu’il venait de dire. L’ainé soupira intérieurement, une part de lui était heureuse que Sam ait enfin mis un mot sur ce qu’il ressentait, car jusqu’à présent, son frère avait refusé d’aborder le sujet, et les seules fois où il l’avait fait, c’était pour se reprocher la mort de ses amis…Jamais encore il n’avait évoqué sa propre crainte…Et pourtant, c’était elle qui le rongeait aujourd’hui encore. 
Alors, simplement, Dean lui lança un regard protecteur. 
- Je sais. 


*** 

Dunning, Nebraska – Mai 2000 


- On sera chez Bobby demain. Annonça John en montrant du doigt le trajet qu’il leur restait encore à parcourir. 
- A quelle heure ? Demanda Dean, penché au-dessus de la table. 
Son père haussa des épaules. 
- En fin de matinée…Si on part aux aurores. 
L’ainé approuva avec un soulagement certain. Enfin ils arriveraient chez Bobby ! Enfin ils pourraient se sentir un peu plus en sécurité…Enfin Sam pourrait recommencer à vivre ! 
Et justement, Sam s’était perdu en pleine lecture d’un épais volume qui contenait trop de pages pour susciter l’intérêt de Dean, cependant, le plus jeune semblait suffisamment absorbé par son livre pour ne pas penser à autre chose. 
- Plus vite on sera chez Bobby, mieux ça vaudra. 
John suivit le regard de son ainé avant de demander d’une voix neutre. 
- Comment il va ? 
Soudain quelqu’un frappa à la porte de la chambre voisine à la leur, Dean et son père se contentèrent de tourner la tête alors que le plus jeune avait brutalement relevé le nez de son bouquin, observant la porte comme si quelqu’un allait la défoncer à tout instant. 
L’ainé poussa un faible soupir avant de répondre à voix basse. 
- Comment il va ? A ton avis, papa…Comment il va ? 
John reporta son attention sur la carte qu’il roula avec soin, pensant sans doute que sa question était idiote. 
- Si je te demande ça Dean, c’est parce que je pense sincèrement qu’il n’y a que toi qui pourra l’aider.
Dean leva un œil surpris vers son père qui reprit. 
- Il ne m’écoute plus…Oh bien sûr, il ne m’écoutait déjà pas beaucoup avant, mais là…j’ai l’impression qu’il n’y a plus de dialogue possible. 
- Tu sais il ne parle presque plus…Tamponna le jeune homme avec tact. 
- Mais il t’a parlé n’est-ce pas ? Il t’a dit quelque chose. 
Dean observa son père un instant, légèrement surpris. 
- Comment tu le sais ? 
John esquissa un sourire à la fois triste et plein d’émotion. 
- Parce que ça se voit. 
Le jeune Winchester comprit qu’il n’aurait pas plus d’explication et se dit silencieusement que c’était peut-être un sixième sens de père…Quoi qu’il fût un peu surpris que John ait ce sixième sens… 

La soirée était déjà bien avancée quand le patriarche des Winchester annonça qu’il allait faire le tour du motel et du parking afin de vérifier les alentours, peu désireux d’être de nouveau surpris par des zombies en chasse. Dean approuva tandis que Sam l’ignora…L’ignora, ou ne l’entendit pas. 
Profitant de l’absence de leur père, l’ainé décida qu’il était temps d’aller s’enquérir de l’état de son frère. Aussi, par habitude, il s’approcha doucement de lui. 
- Hey… 
Le plus jeune leva les yeux de son livre. 
- Qu’est-ce que tu lis ? 
Sam jeta un coup d’œil à la couverture, 
- Un policier… 
Son ainé ne put s’empêcher de sourire. 
- Je pari que tu sais déjà qui est le meurtrier ? 
- C’est tellement évident ! Répliqua le plus jeune avec un sourire involontaire. 
Dean profita de cet instant de légèreté pendant lequel son frère oublia ses problèmes et se contentait de rire, comme un ado de 17 ans devait rire. 
Finalement, un peu plus sérieusement, le plus âgé des deux reprit. 
- ça va toi ? 
Contrairement à ce à quoi il s’était attendu, Sam ne se renferma pas…Non, il avait déjà cessé de rire, pourtant, son visage garda la trace d’un léger sourire, faisant ainsi ressortir toute la fragilité de son état. 
- ça ira mieux je pense…Le temps guérit toutes les blessures parait-il. 
Devant le scepticisme sous-jacent de son cadet, Dean insista. 
- Je ne te promets pas que tu n’auras pas quelques cauchemars de temps en temps…Mais je suis sûr que tu vas réussir à t’en sortir…Et que tu n’en seras que plus fort. 
- J’en sais rien…Avoua Sam d’une demi-voix. 
Dean préféra rester silencieux un instant et se contenta simplement d’observer son benjamin qui passa inconsciemment une main sur ses côtes. L’ainé ne put s’empêcher de repenser à cette vision d’horreur, celle qui repassait inlassablement dans ses cauchemars…Celle où il revoyait ce malade inhumain poignarder son petit frère, lui transperçant le thorax avant de remonter sa lame en lui brisant plusieurs côtes au passage. 
Le jeune homme réprima un frisson et se sentit soudain prit d’une légère nausée, lui aussi hanté par des souvenirs trop lourds à porter. Mais Dean ne serait pas Dean s’il avait choisi de s’éclipser dans la salle de bain plutôt que de demander à son frère avec inquiétude. 
- ça te fait encore mal ? 
Prenant sans doute soudain conscience de son geste, Sam ôta sa main et afficha un air désintéressé qui sonnait faux. 
- Oh non ! 
- Sammy…Insista Dean d’un ton presque sévère…(Presque !) 
- Je m’en remettrai. Soupira le plus jeune. 
Frustré, l’ainé pinça des lèvres, comprenant qu’il n’obtiendrait pas une réponse claire de son petit frère, et comme Sam n’était pas un Winchester pour rien, il changea subtilement de sujet. 
- Tu crois que ça ne va pas gêner Bobby de nous voir débarquer à l’improviste comme ça ? 
Décapsulant la bière qu’il avait pris sur la table, Dean haussa des épaules. 
- Il a fait le chemin jusqu’à L.A quand t’as été blessé. Il est resté jusqu’à ce qu’il soit sûr que tu ailles mieux… 
Sam observa son frère en silence, une expression naïve et touchante expression inquiète sur le visage malgré les dires de son ainé. Aussi, Dean reprit. 
- Non, je suis sûr que ça ne va pas le déranger. Il sera même ravi je pense. 
- Mouai enfin…je ne sais pas s’il sera ravi de revoir papa. Marmonna Sam en reportant son attention sur les pages de son livre. 
Intrigué, son grand frère l’interrogea d’un regard. 
- Pourquoi tu dis ça ? 
Le plus jeune releva le visage vers son frère, légèrement mal à l’aise. 
- Oh…Et bien j’ai…je les ai entendu se disputer…Devant ma chambre. J’étais…j’étais à moitié dans les vappes mais j’ai bien reconnu leurs voix. Ils…enfin Bobby reprochait à papa d’être parti, de nous avoir laissé sans vérifier que…Qu’il n’y avait pas de danger ou une affaire en cours dans le coin. John a répliqué que…Bon…tu connais papa. 
Mais les paroles de Sam avaient trop suscités l’intérêt de son ainé pour qu’il le laisse s’arrêter là. 
- Qu’est-ce que papa a répondu ? 
Gêné, Sam s’agita légèrement. 
- Que…Que c’était lui notre père. Que Bobby n’avait pas à s’emmêler quant à sa manière de s’occuper de nous…Il...Il lui a dit qu’il nous pensait adultes et responsables. 
Dean sentit une colère sourde résonner en lui. 
- Bobby s’est énervé…il lui a demandé s’il se rendait compte de ce qu’il disait. Il lui a aussi dit que si quelqu’un était à blâmer dans toute cette histoire, c’était lui. 
L’ainé échangea un regard avec son petit frère, qui paraissait vraiment gêné de jouer ainsi les rapporteurs, toutefois, Dean ne put que noter avec quelle exactitude Sam avait enregistré les paroles de John et Bobby…à croire que cette conversation lui avait trotté dans la tête pendant des jours après qu’elle ait eu lieu. Le jeune homme en parlait rarement, voir jamais, et il le mentionnait encore moins à voix haute, mais il avait presque toujours été en désaccord avec John sur sa vision du rôle de père…Et visiblement Bobby était de son avis. 
- Allez, t’en fais pas pour ça Sammy…il ne va quand même pas le mettre à la porte…Peut-être le laisser dormir dans la voiture, mais ça n’ira pas plus loin ! 
Cette note de légèreté arracha de nouveau un faible sourire à son petit frère et l’ainé s’en félicita aussitôt. Soudain, la porte d’entrée s’ouvrit sur un John maugréant qui effaça aussitôt toute trace d’innocence sur le visage du cadet qui replongea automatiquement dans son bouquin, sous les yeux tristes de Dean qui comprit que les efforts devraient également venir de John. 


Valdora  (13.05.2012 à 15:12)

Chez Bobby Singer… 

Sioux Falls, Dakota du Sud – Mai 2000 

Bobby Singer n’était pas du genre à aller proposer à son voisin en rémission, un plat tout préparé. Il n’était pas non plus le genre d’homme qui recevait ce genre de visite. 
Bobby Singer ne se mêlait pas des affaires de ses voisins…Et ses voisins ne se mêlaient pas des siennes. 
De toute façon, Bobby Singer n’avait pas de voisin…Pas dans les 5 km à la ronde. Il n’en souffrait pas, satisfait d’être ignoré et d’ignorer les aléas de la vie quotidienne des gens normaux. 

Pourtant, et ce depuis quelques semaines, Bobby Singer regrettait cette solitude. Seul dans son immense maison poussiéreuse, le vieux chasseur passait le plus clair de son temps à broyer du noir, l’esprit torturé de milles et une questions…Des questions, mais aussi des regrets, de l’amertume, de la colère refoulée…La raison ? Oh, c’était très simple et ça tenait en deux mots : John Winchester ! 
Singer dû réprimer un frisson quand il se rappela bien involontairement le coup de fil d’un médecin inconnu qui l’appelait depuis une clinique de Los Angeles… « Vous êtes la famille la plus proche qu’on ait pu trouver »…Bobby avait alors sentit son estomac se contracter douloureusement…Et ce fut encore pire quand ce docteur à la voix tremblante le pria de venir sous peu. 
Il n’avait pas eu plus de détails, et ça l’avait achevé…Pourtant, un instinct qu’il ignorait avoir le poussa à se jeter hors de sa maison et de faire le chemin jusqu’en Californie d’une traite. 
Arrivé à l’hôpital, il avait appris…Et il eut l’impression que sa maison lui tombait dessus. John s’était pris une balle, Dean avait été sérieusement blessé tandis que Sam était toujours au bloc. 
Même après avoir passé quelques jours avec John et l’ainé, Bobby n’avait pas vraiment su ce qui leur était arrivé…Ce qui savait ce résumait en une phrase, prononcée sombrement par Dean : « Il y avait quelqu’un dans cette forêt…un malade…il a tué tout le monde…Sam s’en est sorti de justesse ». 
Singer avait bien vu que le sujet était sensible, aussi lorsqu’il avait interrogé John, sa réponse avait été presque aussi vague. 
- Je ne peux pas vraiment te répondre…Sam est tombé sur un monstre dans cette forêt… 
Bon…un monstre d’accord…mais quel genre ? S’était demandé le vieux chasseur. Il n’avait pas su…Et quand il avait revu Sam pour la première fois, il n’avait pas insisté, choqué par l’état catatonique du cadet. Son regard d’habitude plein de vie et si expressif s’était éteint…S’était comme si quelque part, Sam était mort. 
John avait mentionné une certaine Billy qui était avec Sam, la seule survivante. Bobby avait bien cherché à la rencontrer, mais la jeune fille semblait presque aussi éteinte que le jeune Winchester, et quand Singer se faisait passer pour un journaliste, elle se renfermait en pleurant, suppliant qu’on la laisse tranquille. 
John s’était énervé…Et Bobby n’avait pas compris sur le moment, avant d’entendre l’autre chasseur rejeter la faute sur ses fils. Singer, fidèle à son rôle d’ami, d’oncle de substitution, de mentor et de parrain avait essayé de lui remettre les idées en place, comprenant très bien que sous cette colère, John était en fait mort d’inquiétude pour son fils cadet qui ne se remettait pas. 
Et puis une affaire avait requis son attention…Alors il était parti. Caleb était aussi son ami et il avait besoin d’aide. Toutefois, depuis qu’il était revenu, Bobby ne pouvait plus s’empêcher de se faire un sang d’encre pour les Winchester. 

L’homme était en pleine lecture d’un de ses nombreux ouvrages poussiéreux qui ornaient sa bibliothèque quand son instinct de chasseur lui fit relever la tête. Intrigué, Bobby s’éloigna de son bureau pour aller se poster derrière le rideau de sa fenêtre, certain de ne pas pouvoir être vu, un fusil à la main. 
Il aperçut deux voitures sombres qui s’engageaient sur le chemin menant vers sa casse…Il y avait un pick-up et une…Oh…Singer n’eut même pas besoin de chercher à reconnaître la marque de la voiture, il savait très bien que c’était l’Impala de Dean. Toutefois, la prudence était mère de sureté chez Bobby, aussi, c’est toujours armé que le vieil homme sortit sur le porche pour accueillir les nouveaux venus. 
Plus les voitures approchaient, plus Singer pouvait en noter les contours, et même les passagers. John était au volant de son tout terrain tandis que ses deux fils étaient dans la Chevrolet…Rien d’étonnant ! Pensa le vieil homme. Les autos finirent par se stopper devant sa maison, soulevant au passage un nuage de poussière qui ne fit même pas cligner des yeux le chasseur. 

Dean fut le premier à descendre, un soulagement certain sur le visage, et Bobby baissa presque aussitôt son fusil, trop heureux de revoir ce gosse. Oubliant les manières bourrues qui le caractérisaient tant, le chasseur l’accueillit avec une étreinte paternelle que le jeune homme lui rendit volontiers. 
- Vous ne pouvez pas savoir comme ça me fait plaisir que vous soyez là. Avoua le vieil homme. 
Dean s’écarta avec un léger sourire et fut presque aussitôt rejoint par John qui lui eut droit à une poignée de main et un regard sévère. 
- John Winchester pourquoi tu ne t’es pas décidé à venir ici plus vite ? 
- Je ne voulais pas attirer les soupçons de la police sur toi Bobby… 
Ce dernier balaya l’argument d’une expression dédaigneuse avant de tourner la tête vers Sam, qui venait de s’extirper maladroitement de l’Impala, encombré par ses béquilles. Le plus jeune gratifia Singer d’un très discret sourire forcé qui eut pour effet de faire soupirer le chasseur. 
- Sam… 
- Salut Bobby. 
Bobby gratifia le cadet de la même étreinte qu’il avait réservé à Dean, trop soulagé de les savoir enfin ici. 
- Euh…Doucement Bobby…Marmona Sam. 
Le vieil homme s’écarta en bégayant des excuses. 
- Comment…comment tu te sens ? 
Sam sembla hésiter un instant avant de murmurer doucement. 
- ça va…j’ai…j’ai juste besoin de me reposer un peu. 
Bobby ne dit rien, mais il sut aussitôt que Sam lui mentait…Du moins, en partie. Il le savait car il avait appris à lire dans les yeux de ce gamin…Ses yeux qui eux étaient une source d’information sur l’état mental du cadet…Et le léger tressaillement ainsi que le coup d’œil vers son frère avaient parlé pour lui. Pourtant, Singer choisit de ne pas le mettre mal à l’aise dès son arrivée et approuva. 
- Bien sûr…va, entre…Dean va t’aider. Pendant ce temps, John et moi on va ramener les armes à l’intérieur. 

*** 

Dans un premier temps, la présence des Winchester chez lui avait rassuré Bobby. Le chasseur ne s’inquiétait plus de les savoir quelque part sur la route sans avoir la moindre idée du moment où il les reverrait, et d’autre part il était soulagé d’avoir les gamins près de lui, en sécurité. Pourtant, dans un second temps après le soulagement, vint l’angoisse. Ce n’était pas une angoisse au sens propre, mais un genre d’ambiance pesante qui s’était peu à peu répandue dans la maison. John allait de fenêtre en fenêtre sans même s’en rendre compte, le visage fermé, nettoyant ses armes entre deux allées et venues. 
Cependant, Bobby choisit de ne pas le questionner ou de lui faire remarquer que lui et ses fils n’avaient rien à craindre ici. Il ne savait très bien ce qu’il s’était passé en Californie, mais il était persuadé qu’il en apprendrait un peu plus au fur et à mesure du séjour des Winchester. Et justement, Singer s’éclipsa silencieusement du salon pour aller voir ce que trafiquait l’ainé dans la cuisine. 
- Alors ? Lança-t-il d’un ton neutre pour lui demander comment il allait. 
Dean, assis sur le plan de travail à côté du frigo continuait de grignoter innocemment les quelques restes de nourriture qu’il y avait trouvé. 
- Mmh…’scuse-moi…’chavé un ptit creu ! 
Singer fit un signe de la main pour lui faire comprendre que ça ne le dérangeait pas. 
- Je ne l’aurai pas terminé de toute façon. 
- ‘on ? ‘as ‘ord…’ché bon ! 
Cette réflexion purement « Deanesque » arracha un sourire au vieux chasseur qui s’installa sur la table de la cuisine, d’un air un peu plus sérieux. 
- Comment tu vas ? 
- Moi ? Ben super ! Avoua Dean trop vite après avoir vidé sa bouche. 
Bobby lui lança un faux regard sévère. 
- Pas avec moi Dean. Quand je suis parti, tu sortais à peine de l’hôpital. 
Comprenant sans doute qu’il ne pourrait pas échapper à la conversation, le jeune homme effaça involontairement le sourire de son visage, reprenant un air beaucoup plus grave et préoccupé. 
- Je vais bien Bobby. Au final, ce n’était qu’une égratignure…une de plus. 
Il y eut un bref moment de silence au cours duquel Singer observa le plus jeune avec un regard perçant, puis ce dernier finit par reprendre la parole. 
- Je ne m’inquiéterai pas pour moi à ta place. 
Le chasseur analysa aussitôt le changement de ton de l’ainé et laissa échapper une supposition qu’il savait pourtant évidente. 
- Tu t’inquiètes pour Sam pas vrai ? 
Le silence du jeune homme suffit à lui répondre, et puis il fronça des sourcils, adoptant une expression presque las. 
- Bien sûr que je m’inquiète pour Sam enfin ! Je m’inquiète aussi pour papa…il gère ça comme il le fait d’habitude, mais je vois bien qu’il s’en veut…Et il ne sait pas comment le dire à Sam…Et Sam lui ne peut pas le comprendre… 
- En somme tu crains qu’ils ne finissent par s’éloigner…Conclut Bobby parfaitement neutre. 
- Evidemment ! Quelques jours avant…Avant que toute cette histoire ne commence, papa et Sam se sont disputés…et ils en ont presque venu aux mains…J’ai même cru que John allait… 
Dean se tut, revoyant sans doute la scène devant ses yeux. 
- Si tu les avais vu Bobby…c’était comme si ils se haïssaient…Ils ne se sont pas reparlés ensuite…et maintenant Sam… 
Le jeune homme jeta un coup d’œil à son cadet, profondément endormis sur le canapé. Bobby suivit son regard et attendit. 
- Maintenant Sammy est différent…Et John ne sait pas comment agir avec lui. J’ai…j’ai peur que ça ne les éloigne pour de bon Bobby. 
Ce dernier continua d’observer le cadet avant de tourner les yeux vers John qui avait soudain délaisser ses armes pour s’approcher de son fils. Singer resta silencieux, bien conscient que son ami n’avait pas noté ni son regard à lui, ni celui de son ainé. Déposant son revolver sur la table près de lui, John attrapa ensuite une couverture en laine qu’il déposa doucement sur son benjamin, avec une attitude plus paternelle que jamais. Même depuis la cuisine, Bobby pouvait distinguer la ride qui barrait le front de Sam dont les yeux s’agitaient sous leurs paupières, quelques paroles incompréhensibles sortaient parfois de sa bouche et le cadet tourna la tête d’un côté, en proie à un nouveau cauchemar. 
John s’accroupit près de son fils en le secouant très doucement de manière à le tirer de ce mauvais rêve. Surpris par cet aspect protecteur que ni Singer ni Dean ne lui connaissaient, les deux chasseurs continuèrent de l’observer discrètement. 
- Sam…Sammy… 
Le plus jeune frissonna en ouvrant les yeux avec un léger sursaut. Il cilla plusieurs fois avant sans doute de se rendre compte de la présence de John. 
- Qu’est-ce qu’il se passe ? Demanda-t-il d’une voix endormie, comme s’il était prêt à se lever pour quitter les lieux au plus vite. 
- Tu faisais un cauchemar… 
Sam ne dit rien, sans doute déjà à bout et cligna des yeux de nouveau, les traits tirés. 
- Repose-toi un peu…Bobby et moi on s’occupe de tout. Finit par murmurer John en posant une main rassurante sur l’épaule de son fils. 
Celui-ci approuva en refermant les yeux, parfaitement incapable de lutter contre la fatigue qu’il accumulait depuis des semaines. Sans doute John avait-il fini par sentir des regards posés sur lui car à peine Sam rendormis, il tourna les talons et se dirigea vers la cuisine. 
- Une fringale Dean ? Lança-t-il gentiment à son ainé. 
Ce dernier approuva vaguement, continuant d’observer son petit frère. 
- Il est épuisé. Constata simplement John. 
- Il y a de quoi ! Répliqua Dean d’un ton modéré. Ca fait des semaines qu’il ne dort presque pas…Il fait des cauchemars sans arrêt…Je pense que je ne dormirai pas non plus à sa place. 
Bobby approuva silencieusement avant de déclarer d’un ton rassurant. 
- Il va pouvoir se reposer ici…Vous allez tous les trois pouvoir vous reposer. Jim est dans le coin je vais peut-être lui demander de passer. 
- Je pense que ça ferai plaisir à Sam. Approuva Dean chaleureusement. 
John avait également hoché la tête et Singer prit cela comme un consentement. 
- Parfait ! En attendant, John et moi on va faire des tours de garde…va te reposer Dean…Et ne cherche même pas à discuter. 
A peine avait-il ouvert la bouche que l’ainé la referma, comprenant sans doute qu’il ne pourrait pas obtenir le dernier mot. Le jeune homme s’éloigna d’un pas lourd, choisissant instinctivement le confortable fauteuil dans le salon, qui lui offrait bien sûr la possibilité de garder un œil sur son petit frère, profondément endormis. L’ainé eut à peine le temps de s’installer confortablement que le sommeil le prit à son tour, laissant sa sécurité et celle de son cadet entre les mains de Bobby et de John qui s’étaient armés jusqu’aux dents, juste pour l’occasion ! 


Valdora  (13.05.2012 à 15:14)

Round 2 … 

Sioux Falls, Dakota du Sud – Mai 2000 

Lorsque Dean ouvrit les yeux, il se sentit étonnement bien reposé. Confortablement installé dans le fauteuil, le jeune homme supposa que Bobby ou son père s’étaient souciés qu’il n’attrape pas froid puisqu’il avait été recouvert d’une épaisse couverture en laine imprégnée par l’odeur du grenier. L’ainé s’étira paresseusement quand il sentit une présence. 
- Bien dormi ? Demanda la voix bourrue, mais concernée de Singer. 
Le jeune homme approuva vaguement, sans même prendre la peine de réprimer un bâillement. 
- Où est Sam ? 
- Il est monté il y a quelques heures, il avait besoin de dormir dans un lit…Et tu vas me faire le plaisir de faire pareil cette nuit ! 
Dean marmonna quelques paroles d’approbation avant de décréter qu’il avait besoin d’une douche. Le vieux chasseur se contenta simplement de lui signaler que la nuit avait été très calme et que personne ne semblait les avoir suivis jusqu’ici. 
Ce fut un soulagement. Tout en montant les escaliers, Dean ne cessait de se dire qu’il était heureux que toute cette histoire soit terminée…Que John ait tué ce…cet homme en noir…A supposé qu’il ait été humain…Ni lui, ni son père n’en étaient sûrs…Et ils ne le sauraient sans doute jamais. 
En passant devant la chambre dans laquelle avait pris l’habitude de dormir son jeune frère, l’ainé ne put s’empêcher d’y jeter un rapide coup d’œil (histoire de s’assurer que tout allait bien pour lui), la porte étant restée entre-ouverte. Il le vit, allongé sur le lit, lui tournant le dos, avec une immobilité qui laissait à supposer qu’il était endormi. Soulagé, Dean entra dans la salle de bain, bien décidé à oublier un instant tous leurs problèmes à travers un nuage humide de condensation. 

** 

S’appliquant à adopter une respiration aussi calme que possible, Sam s’était perdu dans la contemplation du mur, en proie à de nouvelles angoisses. La respiration courte, le jeune homme luttait pourtant contre ces souvenirs qui le hantaient un peu plus à chaque instant. Mais dès qu’il fermait les yeux, il les revoyait…Il revoyait Julia…Julia qui s’était faite tuée en essayant de lui venir en aide…Julia qui était morte à sa place cette nuit-là… 
- C’est toi qui aurais dû mourir ! Ne cessaient de répéter les images à moitié dévisagées de tous ceux qui étaient morts là-bas… 
Parfois même, dans ses cauchemars, ils tendaient leurs bras décharnés vers lui, essayant de le faire tomber dans les abymes avec eux… 
Sam frissonna, se méprisant pour avoir peur de la mort et ferma les yeux, avant de sentir honteusement une larme glisser du coin de son œil avant d’aller couler sur l’oreiller. 

Dean se sentait bien plus léger et propre en sortant de la salle de bain, toutefois il n’était pas parvenu à se distancier de ses soucis, de ses souvenirs, ni de ses craintes. Il n’en parlait et n’en parlerait à personne, mais il n’était pas rare qu’il se repasse les images de ce qui s’était passé ce week-end là en boucle dans sa tête. La découverte de la disparition de son frère, les dires et les rumeurs concernant la forêt, la déclaration de cette vieille folle, la panique, l’humidité, le froid, les bois sombres, menaçants et étouffants, les campements désossés, les traces de fuite, le sang, la pauvre Billy, la peur, la caverne, l’odeur, l’obscurité, l’Homme en noir, Sam… 
Le jeune homme se surprit lui-même à frissonner, soudain conscient qu’il venait de s’arrêter devant la porte de la chambre de son frère. Ne s’étant même pas rendu compte de sa soudaine pâleur, Dean réprima ses propres angoisses en entendant son petit frère réprimer un sanglot. Bien que touché, le jeune homme ne sut pas quoi lui dire, de peur de le vexer ou même de le surprendre. 
- Hey…Lança-t-il instinctivement depuis le pas de la porte. 
Il entendit Sam renifler avant de lui répondre d’un ton étouffé. 
- ‘Est-ce qu’il y a ? 
Peu désireux de le mettre mal à l’aise, Dean demanda avec innocence. 
- ça va ? Tu as besoin de quelque chose ? 
Il attendit quelques secondes, que son frère se décide de nouveau à parler…Il s’attendait déjà à un renfermement et à ce que Sam lui demande de rester seul, pourtant, contre toute attente, le plus jeune se repoussa maladroitement du matelas en murmurant. 
- Ouai…ouai, je veux bien que tu m’aides à me lever. 
Dean se précipita, trop heureux de le voir enfin sortir de son mutisme, même si ce n’était qu’un premier tout petit pas, ça restait un pas quand même ! 
- Doucement. Souffla le plus âgé en entendant son benjamin pousser un soupir de douleur après avoir fait un geste maladroit. 
Assis sur le lit, Sam avait ramené une main sur sa cicatrice en grimaçant tandis que Dean s’était emparé de ces béquilles. 
- Tu as mal ? Demanda-t-il un peu bêtement. 
- Non. Lui mentit son cadet encore plus bêtement. 
Dean lui lança un regard sévère qui fit soupirer le plus jeune. 
- Oui… 
Et quoi de plus normal après tout ? Il s’était fait poignardé…transpercé même par une machette… Rares étaient ceux qui s’en étaient sortis. 
- Tes antalgiques sont en bas… 
D’habitude, Sam pestait, vociférait, tapait du pied ( enfin, façon de parler) pour ne pas les prendre…Pourtant cette fois, il se contenta d’approuver docilement ce qui eut pour effet d’assombrir un peu plus l’esprit et le visage de Dean, conscient que la douleur devait être à la limite du supportable, voir même au-delà. 
- Allez viens, je vais t’aider. Souffla-t-il en le soutenant pour le remettre debout, imaginant le mal qu’il aurait à le faire tout seul. 
Une fois Sam sur ses deux jambes, (opération pénible pour le dos de son ainé qui était de plus en plus complexé par la taille que commençait à atteindre celui qui devait, normalement, être son petit frère ), Dean lui remit ses béquilles, l’escortant hors de la chambre et dans le couloir, attentif aux moindres de ses mouvements. 
Arrivé en haut des marches, Sam ne put s’empêcher de soupirer, déjà fatigué des quelques mètres qu’il avait parcourût. 
- Viens on y va doucement. L’encouragea toujours Dean qui descendit en premier devant lui. 

Il leur fallut en tout et pour tout près de cinq minutes pour descendre les escaliers, Sam n’avait pas encore pris l’habitude avec ses béquilles et sa blessure ne lui permettait pas de faire une telle gymnastique. Le corps complètement endoloris, le plus jeune fronça des sourcils, seul moyen pour lui en ce moment d’exprimer son mal. Son frère le précéda pour entrer dans la cuisine et fut surpris d’y trouver leur père, debout devant la fenêtre, une tasse de café à la main. 
- Où est Bobby ? Demanda Dean, légèrement inquiet de savoir que son père et son frère allaient rester dans la même pièce. 
- Il est parti en ville ce matin pour faire une course. Il ne devrait plus tarder. 
Le regard de John s’attarda alors sur Sam, qui semblait hésiter à entrer dans la cuisine. Pourtant, comme pour l’encourager, son ainé s’écarta de son chemin, non sans rester attentif à l’échange qui allait suivre. 
- Sam. 
- ‘Pa. 
- Je suis content de te voir debout. 
Tout cela sonnait si officiel que Dean eut envie de soupirer, pourtant, il préféra s’en abstenir, continuant d’attendre. John lança alors, ce qui aurait dû être une plaisanterie. 
- Tu es descendu pour t’entrainer ? 
L’ainé vit son petit frère serrer des dents avant de se déplacer péniblement vers la chaise la plus proche. 
- Compte pas sur moi. 
Apparemment surpris, et légèrement vexé, son père reprit d’un ton neutre. 
- Pourtant il faudra bien t’y remettre Sammy. Tu n’as pas le choix. 
- Bien sûr que si j’ai le choix…on a toujours le choix. Répliqua le plus jeune très calmement. 
Il y eut un instant de silence au cours duquel John sembla analyser les propos de son cadet, et Dean rester le plus impassible possible. 
- Tu n’y penses quand même pas Sam ? 
- Bien sûr que si ! Pourquoi je voudrais continuer hein ? Dis-moi ! 
- Parce que tu es un Winchester ! S’écria John en se levant. 
Le plus âgé des frères ferma les yeux en soupirant…Le match John VS Sam était lancé ! 
Le benjamin, le visage plus las que jamais s’expliqua d’une voix teintée par une fatigue générale. 
- Je n’en peux plus papa…je n’en peux plus de courir le pays…de ces motels à répétition…De ses chasses…De ces monstres. Je n’en peux plus de cette vie… 
- Mais enfin Sam, cette vie c’est la nôtre ! C’est la mienne, c’est celle de ton frère ! C’est la tienne ! 
Sam observa son frère un instant avant de tourner son regard vers John, continuant d’un calme toujours aussi surprenant. 
- Tu te trompes.. C’est pas ma vie…C’est pas la vie que je veux… 
Touché là où ça faisait mal, son père l’observa d’un regard un brin moqueur, avant de lui demander, les bras croisés. 
- Alors vas-y Sam…Dis-moi de quelle vie tu rêves ! 
- Je n’en peux plus de tout ça papa ! Je ne veux plus chasser ! Je veux une vie normale…je veux…je veux une vraie maison…je veux pouvoir donner mon véritable nom…je veux aller à l’université… 
- ça suffit Sam ! Trancha soudain John qui était devenu tout blanc. 
Le plus jeune, légèrement ébranlé, l’observa en clignant des yeux un instant avant de murmurer. 
- Tu ne pourras pas m’en empêcher éternellement. 
Un éclair de peur passa dans les yeux de son père dont le visage se blinda aussitôt, affichant une expression encore plus sévère. 
- Et qu’est-ce que tu feras à l’université Sam ? Oh oui attends…tu feras des études supérieures pour nous prouver à ton frère et moi que tu es de loin le plus intelligent de nous. 
- Je n’ai jamais dit… 
- Tu t’installeras dans un petit appartement trop cher pour toi, tu cumuleras les jobs pour le payer et tu étudieras la nuit…Très bien ! Et tu sais ce que tu feras ensuite Sam ? Tu te feras tuer…Oui parfaitement…Reprit John en notant le changement d’expression de son cadet. Tu auras passé tellement de temps à travailler que tu te seras ramolli…Adieu les réflexes enseignés par ton idiot de père…et un soir en rentrant chez toi, et bien tu te feras surprendre par un fantôme…Ou un démon qui sait ? Il te surprendrait dans une ruelle et il t’étriperait… 
- Arrêtes… 
- Et attends…imagine que ce soit pire que ça Sam…imagine un peu que ce ne soit pas une créature de l’Enfer qui t’ai…Imagine que ce soit quelque chose comme dans cette forêt… 
Le cadet ne lâcha pas son père des yeux, malgré les larmes qu’il ne parvenait plus à retenir. 
- ça suffit ! Avertit la voix forte de Dean. 
- Alors qu’est-ce que tu feras Sam ? Reprit John. Qu’est-ce que tu feras si ça arrive ? Qu’est-ce que tu crois que ton frère et moi ferons ? Rien…et tu sais pourquoi ? Parce qu’on sera trop loin pour te protéger…Tu mourras, tout seul…et peut-être même que tu revivras le cauchemar que tu viens de vivre… 
- ça suffit papa ! Cria Dean qui s’avança vers lui pour le repousser. 
Malgré tout, John se dégagea et se mit à crier en pointant son index vers son plus jeune fils. 
- Tu veux vraiment que ça se termine comme ça Sam ? Tu n’as pas le droit de nous abandonner ! Tes amis sont morts ! Ils sont tous morts et tu n’as rien pu faire pour eux ! Comment tu feras si tu laisses tomber la chasse hein ? Comment tu les sauveras Sam ? 
Bien que comprenant la crainte non verbalisée de son père, Dean n’était absolument pas d’accord avec sa façon de la faire ressortir, aussi trop conscient de tout le mal qu’il venait de faire à son jeune frère, l’ainé repoussa son père beaucoup plus brutalement, l’éloignant de Sam au maximum. 
- ça suffit maintenant, la ferme ! 
D’abord choqué, John observa son ainé avant que la colère de s’inscrive dans ses yeux. 
- Ne me parle pas sur ce ton Dean ! Je parle à ton frère ! Sam regarde-moi ! Relève la tête et regarde-moi ! 
- T’es qu’un connard…Souffla soudain le plus jeune d’une voix brisée. 
- Je t’interdis de me manquer de respect tu m’entends ? Vociféra le chasseur qui tenta de se précipiter vers son cadet. 
Dean lui barra aussitôt la route, et se fit repoussé sur le côté. Le jeune homme s’écrasa contre le plan de travail et se retrouva légèrement engourdis par une douleur sourde qui se propageait le long de son dos. John en avait profité pour rattraper son benjamin et le pousser contre le mur. 
- Nous abandonner signerait ton arrêt de mort ! Cria-t-il, le visage presque collé au sien. Tu dois continuer et te battre Sam ! 
- Lâche-moi ! 
- Tes amis ont été tué Sam ! Je pensais que ça t’aurais permis de comprendre qu’il n’y a qu’en étant un chasseur aguerris que tu pourras en sauver le maximum ! 
Dean s’apprêta à se ruer sur son père quand, à sa grande surprise, ce fut son frère qui le repoussa de toutes ses forces en hurlant, hors de lui. 
- Tu ne les as pas sauvé non plus ! 

Apparemment tout aussi surpris que son fils ainé, John se retrouva déséquilibré et fit plusieurs pas en arrière, choqué par les paroles de son cadet. 
Un silence gênant s’installa pendant un moment…un long, très long moment…Finalement, le visage baigné de larmes de chagrin et de rage, Sam reprit en s’en prenant directement à son père. 
- Tu veux que je devienne comme toi ! Tu veux que je devienne ce chasseur aguerri que tu penses être ? Mais tu ne les as pas sauvé non plus papa ! 
John resta silencieux, comme s’il accusait ce que Sam lui disait…C’était maintenant au tour de ce dernier de pointer son index vers lui en criant. 
- Tu ne les as pas sauvé ! Tim…Lindsey…Daniel..James…Julia…Tu ne les as pas sauvé papa ! Et moi non plus tu ne m’as pas sauvé ! 
- Sammy…Marmonna son père d’une voix redevenue très faible. 
Ne cherchant même plus à cacher ses larmes, Sam continua, à bout de forces. 
- Si tu étais un si bon chasseur tu aurais su ! Tu aurais su qu’il y avait quelque chose là-bas ! Tu aurais su ! Mais tu n’as rien fait…Je pensais que tu viendrais papa…j’espérais…Mais tu n’es pas venu…c’est toi qui m’a abandonné. 
John se laissa tomber sur une chaise, comme s’il venait de se prendre un upercut qui venait de lui couper le souffle. Dean quant à lui hésitait entre ne rien dire et demander à son frère de s’assoir à son tour. Au lieu de ça, Sam tourna les talons et s’éclipsa en silence, sans doute dans l’intention de retourner se morfondre dans le salon à l’écart. 
- Ne croyez surtout pas que je vais faire ça tous les jours ! Grogna soudain la voix de Bobby. 
Le vieil homme, les bras chargés de sacs, entra dans la cuisine et resta un moment à observer les Winchester, surpris. 
- J’ai raté quelque chose ? 


Valdora  (18.05.2012 à 13:52)

Absence 

Sioux Falls, Dakota du Sud – Mai 2000 

Le reste de la journée fut calme, trop calme au goût de Dean qui avait passé son temps à essayer de contenir sa colère et sa rancœur envers son père. Les mots de Sam, bien que destinés à John, l’avaient profondément ébranlé… « Tu ne m’as pas sauvé…tu n’étais pas là »…Non…non leur père n’avait pas été là…Mais lui non plus. 
Le jeune homme était sorti prendre l’air quelques heures en compagnie de Russel, le rottweiller de Bobby. Quand il était revenu, John était toujours dans le bureau, le nez plongé dans son journal, le visage fermé et sans doute l’esprit presque aussi préoccupé que son fils ainé. Mais pour le moment, ce n’était pas les états d’âmes de son père qui l’intéressaient, non…il était plutôt inquiet pour son frère. Ne le trouvant pas au rez-de chaussée, Dean monta les escaliers, se demandant bien comment Sam avait pu monter sans que personne ne le voit. 
Mais Sam n’était pas non plus à l’étage…Cette fois, la panique commença à gagner le jeune homme. 
- Bobby ? Bobby ! Appela-t-il comme un perdu en redescendant les marches en courant. 
- Quoi ? Grogna l’autre. 
- Où est Sam ? 
Le vieux chasseur haussa des épaules. 
- Je pensais qu’il était en haut… 
- Ben il n’y est pas ! Répliqua le jeune homme en refaisant le tour des pièces au rez de chaussée. 
- Sam ! 
Intrigué par le vacarme, John émergea du bureau. 
- Qu’est-ce qu’il se passe ? 
- Sam n’est plus dans la maison. Expliqua Bobby dont la panique commençait également à transparaître sur son visage. 
Sans prendre la peine de réfléchir plus longtemps, Dean se précipita à l’extérieur, une arme à la main. Il s’apprêta à crier le nom de son frère lorsqu’il l’aperçu, dans le garage, appuyé contre la carcasse d’une vieille jaguar. 
- Sam ! 
L’ainé se mit à courir vers lui et le rejoignit en quelques ne manquant pas de constater au passage qu’il paraissait complètement désorienté. 
- Mais nom de Dieu Sam ! ça ne va pas de me foutre une trouille pareille ! Qu’est-ce qui t’as pris ? 
La démarche peu sûre, le plus jeune trébucha maladroitement en marmonnant. 
- Il…il était là…il l’a tué…et il a pris son corps… 
Le cœur serré, Dean s’approcha doucement de son cadet. 
- Calme-toi Sammy…tu as fait un cauchemar… 
Arrivé à sa hauteur, il le soutint en le rassurant. 
- Allez viens p’tit frère, je te ramène… 
Le regard perdu, Sam chercha autour de lui, comme s’il s’attendait à voir quelqu’un ou quelque chose…Quelque chose qui aurait dû être là. 

*** 

Le lendemain, John et Dean continuaient de s’éviter tandis que Bobby essayait de jouer les tampons entre les deux. Mais dans l’état actuel des choses, l’ainé en avait assez d’essayer de comprendre les erreurs et les gaffes de père. Pour le moment, il y avait deux choses qui comptaient à ses yeux : que tous les trois reprennent des forces, et que Sam puisse enfin tourner la page de Big Bear Lake. 
Depuis son cauchemar de la vieille, le plus jeune semblait étrangement calme, presque indifférent. John avait bien tenté de lui parler une ou deux fois, mais le cadet n’avait même pas daigné réagir. Ce nouveau changement d’attitude avait surpris son frère, qui, ne sachant pas trop ce qu’il convenait de faire, avait espéré que la réponse vienne du père Jim, qui devait arriver dans la journée. 
Dean passa près du bureau de Bobby et remarqua aussitôt qu’il était occupé à rassembler divers éléments pour une future enquête. 
- Qu’est-ce que c’est ? L’interrogea le jeune sans vraiment attendre de réponse. 
- Etrange. Répliqua le vieux chasseur sans relever le nez des coupures de journaux. Plusieurs cas de disparitions…des signes de lutte, des traces de sang…beaucoup de sang…Mais pas de corps, rien… 
- Un point commun entre les victimes ? Demanda John depuis le recoin le plus sombre de la pièce. 
- Aucun…ils n’habitaient même pas dans le même état… 
Dean n’en su pas davantage, et il s’en moquait de toute façon…Des disparitions, des meurtres, c’était le genre d’affaire dont il ne souhaitait pas s’occuper maintenant. Pour le moment, il préférait aller voir son frère. 
Sam était assis sous le porche, installé dans un fauteuil en bois, une couverture sur les genoux, le regard fixe et perdu au loin. Dean se manifesta doucement. 
- Hey… 
Le plus jeune resta silencieux, ce qui inquiéta légèrement son grand frère qui tourna la tête un instant vers l’objet de son attention. Mais il n’y avait rien…Rien à part la route au loin, et les arbres la jonchant. 
- Tu n’as pas froid ici ? 
Il attendit quelques instants que son cadet ne murmure quelque chose, n’importe quoi, au lieu de ça, Sam resta impassible, sans bouger, sans rien dire. 
- Le père Jim va bientôt arriver…Sam ? 


La porte était fermée…Il était sûr de l’avoir refermé derrière lui, même s’il était monté en catastrophe. Tant pis, il n’irait pas vérifier…Il devait déjà être entré… Le shérif Finnigan, 20 ans de service n’avait jamais vu ça…L’horreur l’avait déjà saisie lorsqu’il avait aperçu le cadavre de Mme Carlson, mais ce n’était que le début du cauchemar…Dehors, un orage s’était abattu sur leur ville sans même avoir été annoncé par la météo. La maison, l’immense et vieille demeure de la défunte avait soudain été plongée dans le noir. Le policier, bien que surpris, avait alors sortit sa lampe torche, continuant de chercher des indices…Sauf que ces vingt et fidèles années de service dans la police ne l’avaient pas préparées à ça…le rayon lumineux de sa lampe entra alors un bref instant en contact avec une forme sombre qui se faufila derrière un fauteuil. Le shérif s’en approcha prudemment, certain d’avoir confié tous les chats de Mme Carlson aux voisins. 
- Petit, petit petit… 
Il fit un petit bond sur le côté, prêt à surprendre l’animal clandestin, mais il n’y avait rien. Comprenant qu’il avait affaire à un petit fuyard, Finnigan entama un tour sur lui-même…Soudain, il se trouva face à…une chose…une chose qu’il ne sut pas décrire sur l’instant. Poussant un cri de terreur, le policier se rua hors du salon, refermant brutalement la porte derrière lui avant de s’enfuir bêtement à l’étage où il alla s’enfermer dans la salle de bain. 
Le souffle court, le shérif se redessina le visage qu’il avait vu en bas, et qui devait très certainement être en train de monter les escaliers…un homme…oui, il ressemblait à un homme…Sauf que ces yeux étaient…étaient rouges sang et qu’il…oui, qu’il avait des crocs…Des canines immenses… 
Comme il n’entendait plus rien, Finnigan hésita à entre-ouvrir la porte. Il prit la poignée dans sa main et colla son oreille contre elle. Soudain, une voix, tout sauf humaine se mit à chantonner, mais pas depuis l’extérieur…elle était à l’intérieur, enfermée avec lui… 
- Ainsi font font font les petites marionnettes… 
Il y eu un cri…un seul hurlement qui déchira une nouvelle fois le calme de la nuit, et tout redevint silencieux. 


Valdora  (18.05.2012 à 13:54)

Deux nouveaux… 

Sioux Falls, Dakota du Sud, Mai 2000 

- Hey Sam tu m’entend ? Insista Dean qui commençait à s’inquiéter de la non-réaction de son frère. 
Cependant, contre toute attente, ce dernier tressaillit à cause d’un coup de vent un peu plus frais que les autres. Il cligna des yeux et observa son ainé comme s’il était surpris de le trouver là. 
- Ils sont morts…Murmura-t-il soudain. 
Pour Dean, il était évident que son frère avait fait un nouveau cauchemar et qu’il s’était encore rappelé de ses amis, tués dans cette forêt. 
- Sammy…Soupira-t-il presque avec lassitude. Ce n’était pas ta faute… 
Le plus jeune cligna des yeux sans vraiment l’observer et répéta. 
- Il les attendait…D’abord elle…Et puis lui… 
- Sam… 
- C’était un piège… 
- ça suffit ! ça suffit Sam s’il te plait ! S’énerva Dean qui leva la voix. 
Surpris, son cadet lui lança un regard de « Sammy-mal-aimé », mais son grand frère ne céda pas. 
- Arrête de ressasser tout ça ! Il est temps que tu essais de tourner la page bon sang ! 
Le benjamin cligna une nouvelle fois des yeux, comme s’il ne comprenait pas avant que son regard ne soit attiré par l’arrivée d’une voiture. Dean se releva aussitôt, les sourcils froncés, essayant d’identifier leur visiteur. C’était un tout-terrain sombre, qui ne ressemblait en rien à la voiture qu’avait l’habitude de conduire le père Jim. Ne sachant pas trop à qui ils allaient avoir affaire, l’ainé vérifia que son arme était bien chargée et se posta en haut des marches avant d’ordonner à son frère. 
- Va prévenir Bobby. 
Le plus jeune s’exécuta, sans doute peu enclin à participer à une éventuelle bagarre…De toute façon, il n’était pas en état. 
Il ne fallut que quelques secondes à Singer et John pour le rejoindre sur le porche, tous les deux armés. 
- Ce n’est pas Jim. Souffla l’ainé sous le coup de l’évidence. 
Son père observa la voiture avec un peu plus d’insistance avant de confirmer : 
- Je ne vois pas Caleb non plus… 
Le 4x4 se stoppa finalement, laissant deux hommes en sortir. A leur allure, Dean pouvait facilement supposer qu’il s’agissait de deux chasseurs. Ils semblaient assez jeunes, peut-être avaient-ils son âge ou étaient-ils légèrement plus âgés…Leurs traits ne laissaient pas supposer de liens de parenté, aussi, le jeune homme pencha plutôt pour deux collègues, deux cousins, ou deux amis. 
- Jake ? Paul ? Surpris, Dean se tourna vers Bobby qui venait d’abaisser son arme. John demanda d’un ton abrupt : 
- Tu les connais ? 
- Salut Bobby ! S’écria l’un d’entre eux. 
- J’ai eu l’occasion de bosser sur quelques affaires avec eux. Approuva Singer qui alla saluer les jeunes chasseurs. 
Dean et son père, restés en retrait, échangèrent un regard méfiant jusqu’à ce que John murmure : 
- ça commence à faire un peu auberge tu ne penses pas ? 
L’ainé approuva en silence avant de remarquer la présence d’une troisième personne, qui venait de sortir par la porte arrière du tout-terrain. 
- Jim ! 
Le prêtre s’avança vers lui avec un demi-sourire, à la fois ravi et sérieux. 
- Dean. 
Soulagé de le savoir ici, l’ainé lui serra la main chaleureusement, oubliant d’aller se présenter aux deux inconnus. 
- Merci d’être venu. Murmura le jeune homme. 
Jim approuva d’un simple regard. 
- C’est normal voyons… John ! Salua-t-il en se tournant vers le père des Winchester. 
- Jim…je suis content de te savoir ici. 
- A vrai dire je n’aurais pas pu faire autrement…il s’est passé des choses étranges ces derniers jours. 
- Ah oui ? 
Dean ne voulait pas en écouter d’avantage, aussi, il rejoignit Bobby et se présenta très brièvement aux deux autres chasseurs. 
- Dean Winchester . 
- Jake Flint. Répondit le plus petit des deux, brun, le visage sombre et la corpulence légèrement trapue, ressemblant de ce fait à un petit bouledogue bodybuildé. 
L’ainé lui serra la main avant de se tourner vers l’autre. 
- Paul Doyle . 
A l’inverse, celui-ci avait tout des fils à papa que Dean détestait tant. D’allure élancée, il était blond, les cheveux impeccablement coiffés avec une petite raie sur le côté droit du crâne. Il sourit poliment à l’ainé qui eut l’impression de se trouver en face d’un acteur de publicité pour dentifrice. 
- Vous êtes chasseurs ? Demanda le jeune Winchester, un peu curieux, et surtout, un peu surpris. 
- Ouai…on a déjà travaillé sur plusieurs affaires avec Jim, Caleb ou Bobby…On est tombé sur le prêtre au Lac Sharpe…on était sur le même job. 
- Ah… Approuva simplement Dean qui prit aussitôt congé, ne souhaitant pas non plus en apprendre d’avantage sur une autre chasse. 
S’éloignant des deux acolytes, le jeune homme passa à côté de Bobby, de Jim et de John et entra en premier dans la maison, bientôt suivit par les autres chasseurs. 

*** 

Sam se plaisait à lui faire remarquer qu’il n’était pas sociable…Et Dean commençait à penser qu’il avait entièrement raison. Assis dans un coin, occupé à nettoyer ses armes distraitement, le jeune homme ne cessait de lancer des regards méfiants à ceux qu’il considérait comme des intrus. Jake, Paul, Bobby et John avaient longuement discuté de cette fameuse affaire qui avait attiré leur attention…Et d’après ce que Dean avait pu entendre, il ne s’agissait que de disparitions inexpliquées. L’ainé avait reporté son attention sur son arme, ne pouvant pas s’empêcher de repenser à l’Homme en noir…Lui qui avait été responsable de tellement de disparitions, de tellement de morts non élucidées. Finalement, les chasseurs avaient expliqué qu’ils avaient retrouvé la trace de l’auteur de ses disparitions…un fantôme…un simple fantôme ! Se vanta Paul avec son sourire fraicheur plus. Dean roula des yeux, et poussa un soupir de soulagement lorsque le groupe se décida enfin à se dissoudre. Toutefois, son soulagement fut de courte durée lorsqu’il entendit Jake geindre auprès de Bobby. 
- On a plus un rond…tu veux bien qu’on reste ici quelques jours, le temps de se refaire ? 
Evidemment, Singer avait accepté…Et pendant quelques minutes, Dean maudit la générosité de son ami. 


Toute la journée, le jeune homme parvint à éviter les deux autres chasseurs, ne souhaitant pas engager la moindre conversation avec eux. Il n’eut pas non plus l’occasion de discuter avec le père Jim car celui-ci s’était entretenu avec Bobby pendant plusieurs heures à l’écart. Ce n’est que vers la fin de l’après-midi que le prêtre s’approcha du jeune homme, alors occupé en salle d’entrainement en sous-sol. 
- Je savais que je te trouverai là. Se vanta inutilement Jim. 
Poursuivant ses exercices, Dean bredouilla entre deux respirations. 
- J’ai besoin de m’entrainer. ‘Faut que je retrouve mes réflexes. 
L’autre chasseur approuva d’un hochement de tête en prenant un instant le temps de l’observer. 
- T’as l’air assez en forme ! Le complimenta-t-il. 
Dean se laissa tomber de la barre asymétrique à laquelle il s’était suspendu, et retomba avec agilité sur ses deux jambes, à peine essoufflé. 
- Vous êtes allé voir mon frère ? Demanda-t-il sans détour. 
Car oui, la vérité était que le jeune homme n’attendait pas de son ami qu’il vienne s’inquiéter pour lui. Il avait espéré qu’il pourrait aider son cadet. Sam et le père Jim s’étaient toujours bien entendu, le prêtre avait d’ailleurs été l’un des rares à comprendre le benjamin de l’équipe et à sa connaissance, ils ne s’étaient jamais disputés. 
L’homme d’église approuva avec une moue peu convaincue. 
- Je réessaierai un peu plus tard…Il avait besoin de se reposer. 
Repensant à l’état catatonique de son petit frère en ce début d’après-midi, Dean hocha la tête. 
- Il n’est pas très bien aujourd’hui…J’ai un peu l’impression qu’il y a des jours avec et des jours sans. 
- Sans doute. Répliqua Jim d’un air pensif qui intrigua l’ainé. 
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? 
Le chasseur haussa des épaules avant de faire un pas vers le jeune homme. 
- J’en sais rien…Que s’est-il passé exactement dans cette forêt Dean ? 
Ce dernier revit aussitôt l’image qui le hantait dans tous ses cauchemars, la vision de son jeune frère, émergeant depuis un couloir sombre et malodorant, le visage transformé, presque méconnaissable après ces deux jours de pure horreur. Réprimant un frisson, Dean répondit d’un ton morne. 
- John a récupéré le témoignage de Billy…C’est la seule rescapée avec Sammy. 
Jim dû comprendre que c’était trop dur pour lui de se remémorer le rapport de police, aussi il se contenta de dire qu’il irait le consulter. 
- Vous avez gardé contact avec cette jeune fille, Billy ? 
Dean secoua la tête. 
- Non…Elle n’a pas été gravement blessée comme Sammy ou papa, elle a pu sortir de l’hôpital plus tôt…Papa m’a dit qu’il avait essayé de retourner la voir quelques jours après… 
- Comment était-elle ? 
Le jeune homme soupira, ne regrettant pas de n’avoir pas vu par lui-même. 
- Brisée…C’est ce que ses parents ont dit…Il paraît qu’elle ne voulait plus rester seule, qu’elle pleurait tout le temps sa meilleure amie, qu’elle ne comprenait pas pourquoi elle n’était pas morte. D’après papa, ses parents ont décidé de partir s’installer quelque part en Europe. 
- Un nouveau départ donc. Conclut Jim pensivement. C’est logique… 
Incapable de retenir sa question, Dean demanda : 
- Sam va s’en remettre ? 
- J’en sais rien. Avoua le prêtre. 
Le jeune homme écarquilla les yeux, ne s’étant pas du tout attendu à ce genre de réponse fort peu rassurante. 
- Mais… 
- Ce que je veux dire Dean, c’est que ton frère s’est retrouvé confronté à quelque chose d’inattendu auquel il n’était absolument pas préparé… 
- Ce taré en aurait fait voir à plus d’un chasseur ! 
- Je ne parlais pas de ce malade. Reprit Jim très calmement. Certes Sam a dû affronter un psychopathe dans cette forêt…Mais il s’est aussi retrouvé confronté à lui-même. Au chasseur qu’il est devenu. Aux responsabilités que doit avoir un chasseur. 
Dean secoua la tête, ne voyant pas exactement où le prêtre voulait en venir. 
- Sam a toujours été chasseur ! 
- Evidemment…Ton frère chasse depuis qu’il a quoi ? Huit, peut-être neuf ans…Et quel âge a-t-il aujourd’hui ? 
- Dix –sept ans…Il a eu dix-sept ans quelques jours avant de partir à LA. 
Jim lui lança un regard grave. 
- Dix-sept ans…Ton père, qui a quand même plus d’expérience, s’est fait tirer dessus. Et bon nombres de chasseurs se seraient fait avoir aussi. Et ton petit frère de dix-sept ans a dû prendre en charge le sauvetage de tout un groupe de personne, les mettre à l’abri, les rassurer, les protéger contre quelque chose qu’il ne connaissait pas et contre lequel il n’était pas en mesure de lutter. Est-ce que tu imagines Dean…tu imagines ce qui a dû se passer dans sa tête lorsqu’il a compris ça ? Lorsqu’il a vu qu’il commençait à tous les perdre les uns après les autres, et que finalement, il a su, que lui-même allait faire partis des victimes…Est-ce que tu peux essayer d’imaginer un instant ce qu’il s’est passé dans sa tête à ce moment ? Sam a vu…il a compris qu’il n’était pas assez expérimenté pour tous les sauver… 
Alors est-ce que ton frère pourra s’en remettre ? Physiquement, oui…Est-ce qu’il pourra retourner chasser ? Je n’en sais rien. 
Jim resta alors silencieux, observant Dean comme pour s’assurer que celui-ci prenait pleinement conscience de ses paroles. Et c’était le cas, le jeune homme était resté pensif, et arriva à la triste et dure conclusion que son frère lui criait de façon détournée depuis le début. 
- Il se déteste. 
- Sûrement. Approuva Jim. Connaissant Sam c’est sûrement le cas. 
- Il pense que papa a honte de lui…Qu’il l’a déçu. 
- Qu’il vous a déçu Dean. Rectifia le prêtre. A ses yeux ton estime ou celle de votre père compte tout autant. 
Le jeune homme s’éverva bien malgré lui. 
- Mais il ne m’a pas déçu ! Si Billy est en vie aujourd’hui c’est grâce à lui…Et il est en vie lui aussi…c’est ça le plus important pour moi. Avoua Dean à demi-voix. 
- Je sais. Approuva Jim. Mais ça, Sam n’est pas encore capable de l’entendre. Pour l’instant, c’est sa propre image qu’il doit affronter…C’est le poids de ce qu’il s’est passé…De ce qu’il a fait. 
- Combien de temps ça prendra ? Demanda Dean, presque désespéré. 
- J’en sais rien…là-dessus je n’ai pas de réponse. 


Parler avec le père Jim avait au moins eu pour effet d’atténuer la migraine de Dean, qui commençait à apparaître ces derniers jours lorsqu’il se faisait trop de souci pour son frère. Là au moins, il savait que le prêtre pourrait l’aider à lui redonner goût à la vie, car quelque part, il s’agissait bien de cela. John et Bobby n’étaient pas très doués…John ne l’était pas avec Sam et Bobby lui, ne l’était pas avec les émotions et les paroles rassurantes…Jim et lui se partageraient le boulot, ne doutant pas sur le fait que Singer et John aient également à cœur le recouvrement du cadet. 
Ignorant toujours avec soin Jake et Paul, le prêtre et lui décidèrent d’aller s’enquérir de l’état de Sam, resté prostré à l’étage depuis trop longtemps au goût de Dean. 
Ils n’eurent pas besoin de le chercher car il n’avait pas bougé, allongé sur son lit, le dos tourné à la porte, il était immobile, en position de chien de fusil. 
- Sammy ? Appela aussitôt son grand frère qui s’inquiétait de cette soudaine rechute. 
Tous les deux s’approchèrent et contournèrent le lit pour mieux voir son visage. Comme Dean s’y était attendu, il dormait, et pour une fois, il semblait dormir paisiblement. 
L’ainé se tourna vers le prêtre qui dû comprendre son geste car il lui fit signe de sortir. Une fois à l’extérieur, Dean avoua, un brin soulagé… 
- ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu dormir si calmement. 
- Laissons-le se reposer. 

*** 

- Allons inspecter les alentours, juste histoire d’être sûr. Proposa la voix de John. 
Légèrement intrigué, Dean lui lança un vague coup d’œil avant de comprendre qu’il parlait sans doute d’un tour de garde. Très peu pour lui, il préférait rester ici et garder un œil sur son frère. 
Quelques minutes plus tard, John et Bobby étaient partis pour effectuer leur tour de garde, les visages fermés et soucieux. Leur départ plongea la maison dans un nouveau silence pesant. Ce calme ne fut perturbé que par Jim qui annonça d’une voix joyeuse qu’il avait préparé un repas. Jake et Paul furent les premiers à se précipiter dans le salon, sous le regard exaspéré de Dean qui prit tout de même le temps de demander au prêtre, un peu à l’écart. 
- Il y a un truc que je devrais savoir ? 
- A propos de quoi ? Répondit Jim distraitement en débouchant une bouteille de vin. 
- John et Bobby ont l’air inquiet… 
Toutefois, Dean n’eut pas l’occasion d’avoir sa réponse car son ami leva la tête, un sourire illuminant son visage. 
- Sam ! 
L’ainé oublia bien vite sa question et reporta son attention sur son petit frère, qui finissait de descendre péniblement les dernières marches avec ses béquilles. Inconsciemment sans doute, Dean et Jim s’approchèrent pour l’aider, mais le cadet se contenta de leur sourire gentiment. 
- ça va, ça va… 
Apparemment, vu l’expression sur son visage, descendre seul cet escalier était un défis personnel qu’avait dû se lancer Sam en se réveillant tout à l’heure, aussi, son ainé pu noter la satisfaction sur ses traits lorsqu’il parvint à descendre de la toute dernière marche, sans aide, et sans encombre. 
- Sam ! Je suis tellement content de te voir mon grand ! Avoua sincèrement Jim, tel un professeur qui retrouverait un ancien élève particulièrement brillant. 
N’étant plus trop habitué à sourire, le plus jeune se contenta de répondre gentiment, 
- C’est bien que vous soyez là. 
Jim posa une main amicale sur la joue du benjamin, observant plus attentivement ses traits. 
- Tu as une mine affreuse. 
- Il paraît. 
Imaginant son inconfort à rester debout, Dean se permit de mettre fin aux retrouvailles en accordant une brève tape sur le bras de son frère. 
- Viens te mettre à table. 
L’adolescent suivit son ainé jusque dans le salon, continuant de refuser la moindre aide. En entrant dans la pièce, Dean dû s’empêcher de soupirer…il en était venu à oublier Jacob et Pierre…euh…Jake et Paul ! Sur les pas de son ainé, Sam s’arrêta, surpris. 
- Salut ! Dit bêtement Pasquier…Paul plutôt… Moi c’est Paul ! Et lui Jake. 
Le plus jeune lança un bref regard à son ainé qui fit tous les efforts du monde pour ne pas rire, tellement l’expression sur le visage de son frère s’y prêtait. En fait, il se serait retrouvé face à un duo de cacahuètes habillés en hawaïennes en train de faire la danse du ventre qu’il aurait fait la même tête. 
- Jake et Paul sont chasseurs. Expliqua Jim. Ils vont rester un peu, le temps de… 
- Oh ça ne sera l’histoire que de quelques jours ! Promit l’un d’entre eux. 
Sam se contenta de hocher la tête avant de venir s’assoir sur une chaise, aussitôt imité par son frère et par Jim. 
- Qu’est-ce qu’on mange ? Demanda soudain Paul. 


Valdora  (30.05.2012 à 18:15)


Un père à terre, un fils héros 

Sioux Falls, Dakota du Sud – Mai 2000 

L’inconfort de Sam était flagrant, même pour deux crétins comme Paul et Jake qui ne cessaient de lui jeter des regards idiots. Le cadet du groupe touchait à peine à son assiette, si bien qu’il finit par s’attirer les remontrances du père Jim. Mais l’adolescent n’était visiblement pas d’humeur, aussi, il finit par bredouiller qu’il préférait sortir de table et quitta la pièce. Son frère ainé le suivit des yeux avant de reporter son attention sur Jim, qui affichait un air déçu. 
- Il est bizarre non ? Demanda gaiement Jake. 
Dean se contenta de lui lancer un regard noir tandis que le prêtre lança d’un ton tranchant : 
- Jake, j’ai une suggestion à te faire... 
- Ah oui ? 
- Oui…Ferme-là. 
L’ainé s’apprêta à partir à la suite de son frère, mais son ami l’en empêcha d’un geste. 
- J’y vais. 
Le prêtre se leva et quitta la salle à manger pour se rendre dans la bibliothèque, alors plongée dans le noir. Pour une raison que Dean ne parvenait pas à comprendre, Sam avait tendance ces derniers temps à trouver refuge dans ce genre d’endroits peu éclairés…Le contraire aurait été plus logique. 
Le jeune homme eu bien du mal à détacher son regard de Jim, qu’il avait vraiment très envie de suivre, pourtant, une part de lui n’arrêtait pas d’essayer de le raisonner, de lui dire que Murphy était tout à fait à même de faire sortir Sam de cette coquille de protection dans laquelle il s’était enfermé…L’autre partie était la plus pessimiste… 

Jim trouva le cadet debout près de la fenêtre, les yeux cherchant quelque chose à l’horizon et le visage tendu par l’inquiétude. 
- Sam ? 
Le plus jeune ne lui accorda pas un regard et continua de scruter les alentours, comme s’il s’attendait à la venue de quelqu’un, ou de quelque chose. Son inquiétude était tellement visible, que le prêtre finit par ressentir une certaine angoisse lui aussi, alors, il décida de le rejoindre à la fenêtre. Observant les environs, il n’y vit rien de suspect, ce qui entraina aussitôt sa question. 
- Qu’est-ce qu’il y a Sam ? 
Les traits de plus en plus inquiets, le benjamin répondit dans un souffle, continuant de regarder au loin. 
- Je…j’en sais rien…Je crois qu’il…je crois qu’il se passe quelque chose. 
Jim l’observa attentivement pendant une seconde avant de jeter un bref coup d’œil vers le salon, afin de s’assurer que Dean y était bien resté. Puis, certain d’être seul avec le jeune Winchester, il demanda d’une voix blanche, 
- C’est une intuition ? 
Ne prêtant pas attention au ton mystérieux de son interlocuteur, Sam approuva vaguement en fronçant des sourcils, ce qui entraîna une nouvelle question du prêtre. 
- Tu as mal à la tête Sam ? 
Cette fois par contre, la question intrigua le plus jeune qui se désintéressa un instant de la fenêtre et préféra tourner la tête vers Jim avant d’approuver tout bas. 
- Un peu…Pourquoi vous me demandez ça ? 
Comprenant que s’il continuait à l’interroger de la sorte, l’adolescent allait démasquer le fait qu’il était porteur d’un secret, Murphy changea de direction, 
- Tu n’as pas l’air dans ton assiette…Tu ne manges rien et tu fuis la lumière. 
Sam cligna des yeux avec une innocence qui lui était propre et daigna finalement quitter son poste de garde pour aller s’assoir sur le canapé, sous le regard inquiet et mystérieux de Jim. 
Le secret qu’il gardait, seul John, lui et un autre chasseur le partageaient…Elkins avait découvert les véritables projets d’Azazeal pour Sam…il savait tout…tout ce à quoi était destiné ce gosse…Quand John l’avait su, c’était comme si Mary était morte une seconde fois…On venait de lui retirer un autre membre de sa famille. Oui, il allait le perdre, un jour, c’était inévitable. Lorsque Jim avait été mis dans la confidence, il s’était juré de veiller sur Sam, promettant à John de surveiller les premiers signes de manifestations de pouvoirs que lui aurait légué le démon aux yeux jaunes. 
Il l’avait observé, pendant des années…Et il avait vu des changements s’opérer…Oh rien de bien significatif…juste des attitudes plus renfermées, des réflexes acquis plus rapidement, un isolement progressif, une tendance aux migraines et aux cauchemars…Ainsi que la fâcheuse habitude de s’attirer les faveurs de tous les démons qui passaient, surtout ceux qui sortaient directement de l’Enfer avec des plans machiavéliques et apocalyptiques en tête… 
- Ne le dîtes pas à Dean. Le pria soudain la voix de Sam. 
Revenant brusquement à l’instant présent, Jim mit de côté ses sombres inquiétudes et accorda un sourire rassurant à l’adolescent. 
- Promis. Mais tu sais Sam, ton frère n’est pas idiot…il te connait par cœur et il sait très bien quand quelque chose ne va pas. 
- Je sais…C’est juste que…je ne veux pas qu’il se fasse trop de soucis…il s’en fait déjà bien assez. 
Le prêtre ne put retenir un léger rire, amusé par la façon qu’avaient les deux frères de veiller l’un sur l’autre. 
- Je ne dirai rien. 

*** 

Le calme et le silence étaient revenus dans la maison, les lumières avaient été toutes éteintes progressivement jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une faible lueur s’échappant en une petite raie lumineuse sous la porte de la cuisine. Sam ne savait pas très bien où étaient partis les deux chasseurs dont il avait déjà oublié les prénoms, et se demanda pourquoi Bobby les avait accueillis. 
Le jeune homme jeta un coup d’œil à l’horloge numérique dont les chiffres mutèrent aussitôt de « 2h59 » à « 3h00 ». Sam soupira. Après le repas, il était remonté dans sa chambre à cause du regard sévère que Dean lui avait lancé lorsqu’il avait déclaré ne pas être fatigué. Alors, pour éviter de s’attirer les remontrances de son ainé, le benjamin n’avait pas fait d’histoire et était allé se coucher. Inévitablement, un autre cauchemar l’avait réveillé et il sut immédiatement qu’il ne parviendrait pas à retrouver le sommeil. Alors, il était descendu…Oh ça lui avait bien pris dix minutes pour descendre l’escalier sans tomber, mais il y était parvenu. Il aperçut Paul qui veillait, arme aux poings près de la fenêtre et l’ignora. 
Ensuite, il se laissa tomber sur le canapé du salon, le corps endolori par l’effort de sa descente. L’adolescent se sentait tellement diminué qu’il entreprit alors de faire quelques allers et retours depuis la cuisine jusqu’à la bibliothèque, sans ses béquilles. Evidemment, cette vaine tentative se solda par un échec cuisant et par une douleur encore plus intense au genou. 
- Sam ? 
Le cœur de Sam manqua de s’arrêter, complètement surpris par cette intrusion inattendue du père Jim. Voyant qu’il l’avait effrayé, le prêtre s’excusa aussitôt. 
- Oh je suis désolé je…je pensais que tu m’avais entendu arriver… 
Comprenant qu’il ne l’avait pas fait exprès, le cadet balaya l’excuse d’un geste de la main tout en affichant un air rassurant. 
- Non c’est…C’est rien… 
S’approchant de quelques pas, Jim l’observa plus attentivement et demanda, 
- Qu’est-ce que tu fais debout ? 
- J’avais envie de faire un jogging. 
Le prêtre ne se laissa pas avoir par la plaisanterie et renchérit, 
- Sam…Tu as besoin de dormir. 
- Je sais…Avoua ce dernier en oubliant ses sarcasmes. J’aimerais pouvoir. 
Jim entama un mouvement pour se mettre à hauteur du jeune homme quand le téléphone sonna, le prenant lui et Sam par surprise. Après s’être échangé un regard interloqué, le plus âgé s’empara du combiné. 
- Oui ?...Oh, Caleb ? 
Le benjamin interrogea le prêtre du regard, mais celui-ci le pria d’attendre d’un geste de la main. 
- Ok ok…ralentis je t’entends mal. 
- Qu’est-ce qui se passe ? 
Sam se tourna vers le nouvel arrivant dont il ne parvint pas à se remémorer le prénom…Du coup, il l’ignora. 
- D’accord…dis-moi où tu es je te rejoins…Ok…ok j’arrive. 
Sitôt qu’il eut raccroché le téléphone, le cadet lui demanda, inquiet. 
- Caleb a des ennuis ? 
- Oui…il n’est pas très loin d’ici…Répondit Jim, le visage préoccupé. 
Rassemblant le peu d’affaires dont il avait besoin, à savoir revolvers, munitions en sel et sa bible, le prêtre fut prêt en quelques minutes, faisant ainsi monter l’angoisse chez Sam, qui lui lança sans le vouloir, un regard triste. 
- Qu’est-ce qui se passe Jim ? 
- Ecoute Sam, il faut que je rejoigne Caleb d’accord. Alors toi, Dean, Jake et Paul, vous restez ici jusqu’à ce que Bobby et ton père reviennent. En attendant, fermez bien la porte et vérifier qu’il y ait du sel partout ! 
- Où ils sont ? 
- T’inquiète pas mon grand. Répondit simplement Jim en posant brièvement une main sur son épaule. 
Il passa sa veste sur ses épaules et se dirigea vers la porte d’entrée en hélant des instructions, 
- Organise des tours de garde Paul, et va réveiller Jake ! 
Le dénommé Paul approuva vaguement tandis que Sam peinait à suivre le prêtre et n’accorda même pas un regard à ses béquilles qui tentaient vainement de lui faire comprendre qu’elles pourraient l’aider. 
- Est-ce que Caleb va bien ? Jim ! 
La précipitation avec laquelle ce dernier venait de quitter la maison réussit à faire remonter à la surface toutes les angoisses de Sam qui ne put s’empêcher de se demander pourquoi le destin s’acharnait tant contre eux…La respiration saccadée par l’anxiété, l’adolescent ne fit pas attention à Paul qui le rejoignit d’un pas mou. 
- Bon…Je te laisse répandre le sel ok ? 


Un frisson parcourut l’échine de Dean, le réveillant en un sursaut abrupt. Parfaitement réveillé, le jeune homme regarda autour de lui, presque certain que quelque chose était en train d’arriver, ou allait arriver…C’était le genre d’intuition que tout chasseur avait, cette sensation que quelque chose n’allait pas, qu’une tempête se préparait. L’ainé n’eut même pas se dire de bouger que son corps s’était déjà mis en mouvement, sortant du lit, enfilant veste et chaussures rapidement avant de glisser une arme dans sa ceinture et de sortir de la chambre, se précipitant vers celle de Sam. Le lit vide qu’il y trouva ne fit qu’augmenter son angoisse, et le fit se précipiter en bas, attiré par les bruits de conversations qui s’en dégageaient. 
Une fois au rez-de-chaussée, le jeune homme trouva Jake et Paul, occupé à échanger leurs points de vue sur la manière de venir à bout d’une armée de démons. 
- Qu’est-ce qui se passe ? S’inquiéta Dean. 
- Oh…Caleb a appelé, il a des ennuis…Murphy est parti lui prêter main forte. 
L’ainé ressentit un pincement à l’estomac pour son ami, et se mit à espérer sincèrement qu’il ne lui était rien arrivé. 
- Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Il va bien ? 
- ‘Sais pas. Balbutia Paul qui ne semblait pas plus préoccupé par la situation que la paire de béquilles posées dans un coin. 
- Où est Sam ? Demanda aussitôt le jeune homme. 
L’autre chasseur lui désigna le salon d’un vague geste de la main, reprenant sa conversation fort intelligente avec son ami. Dean entendit vaguement Jake proposer de « catapulter » des cartouches de sel et préféra fermer ses oreilles à tout autres mots sortant de la bouche de l’un ou de l’autre. 
Il trouva son frère en train de répandre ledit condiment près de fenêtres et des portes, le visage blanc et les sourcils froncés. 
- Qu’est-ce qui se passe Sam ? 
Le plus jeune releva la tête vers son frère et haussa des épaules, sans pour autant s’interrompre dans sa tâche. 
- J’en sais rien…Apparemment, Caleb a des ennuis…Jim est parti l’aider mais je n’en sais pas plus…Bobby et John ne devraient plus tarder à revenir maintenant. 
Dean, observant l’inquiétude et l’angoisse sur le visage de son frère qui boita vers une autre fenêtre, aussi, il fit l’effort de paraître plus calme, plus rassurant. 
- Je suis sûr que Caleb va très bien Sam. 
- J’espère. Bredouilla ce dernier. 
Soudain, il se prit les pieds dans un tapis et évita la chute de justesse. Se rattrapant maladroitement à la table sur sa droite, le cadet poussa un juron tout en fermant les yeux. Son grand frère le rejoignit aussitôt avant de poser une main protectrice sur son épaule. 
- Sammy… 
Reprenant doucement son souffle, le plus jeune resta d’abord silencieux, essayant visiblement de faire passer la douleur. 
- Viens, viens t’assoir un peu. 
L’adolescent se laissa soutenir par son frère avant de se laisser tomber sur une chaise, posant instinctivement une main sur son genou. 
- Pourquoi tu ne prends pas tes béquilles Sam ? Le réprimanda un peu son frère. 
Sam lança un regard méchant aux objets en question. 
- J’arrive pas à me déplacer avec ces trucs… 
La réponse arracha un bref sourire à Dean qui ne put qu’approuver intérieurement, lui-même ne se voyait pas trop se déplacer avec ça. 
- Reste-là un peu, je vais continuer à répandre le sel. 


*** 

- Surtout si vous êtes trop fatigués, dîtes-le hein…je ne voudrais pas que vous vous sentiez mal. 
La réflexion sembla surprendre Jake et Paul qui observèrent Dean avec des yeux étonnés, comme s’ils ne voyaient pas où était le problème…Eux ne faisaient rien pendant que l’ainé s’occupait de tout…Non…tout était normal ! 
Décidant qu’il était inutile de prêcher dans l’oreille d’un sourd, le jeune homme laissa échapper un « pff » méprisant avant de quitter la pièce pour rejoindre son frère. Ce dernier avait renoncé à rester tranquillement installé sur le canapé et était retourné se poster derrière la fenêtre. 
- Sam je t’en prie…ils ne vont revenir que dans des heures… 
Mais l’expression de son cadet changea du tout au tout, et Dean sentit l’adrénaline monter lorsqu’il le vit sursauter avant de s’exclamer, 
- Dean ! Dean, dépêche-toi ! 
Le jeune homme ne comprit pas tout de suite, aussi, pendant que Sam partait déjà vers la porte d’entrée, il prit un instant pour jeter un coup d’œil par la fenêtre, et ce qu’il vit lui glaça le sang. 
Une seconde plus tard, la porte s’ouvrait dans un fracas terrible, aussitôt accompagnée par des appels urgents de Bobby. 
- Dean ! 
Le jeune homme fonça vers son ami pour l’aider à soutenir John, qui paraissait bien mal au point. 
- Qu’est-ce qui s’est passé bon sang ? Demanda-t-il en constatant que son père saignait abondamment. 
- Je…je sais pas trop…C’était un démon ou quelque chose s’en approchant…Il lui a renvoyé la balle qu’il venait de tirer. 
Le jeune homme aida Singer à allonger John sur la table et resta un moment choqué par la blessure, apparemment grave de son père. 
- Va me chercher de l’eau Dean…Et fais-là chauffer ! Ordonna Bobby. 
Mais l’ainé resta tétanisé, ne parvenant pas à se focaliser sur autre chose que son père, gisant sur cette table. 
- Dean ! Secoue-toi un peu ! 
Le jeune homme n’eut même pas le temps de ciller qu’il sentit quelqu’un le bousculer sur sa droite, il fut d’autant plus surpris lorsqu’il s’aperçut qu’il s’agissait de son frère, qui amenait une bassine d’eau chaude. 
- Qu’est-ce que je peux faire ? Demanda-t-il d’une voix sûre que son ainé ne lui reconnut pas. 
Il y avait tellement longtemps que Sam n’avait pas parlé de cette manière, si mâture, si sûr de lui…Dean, trop bouleversé par la vision de son père agonisant sur la table, choisit de se reculer, comprenant que, bizarrement cette fois-ci, ce serait son petit frère qui serait plus à même d’intervenir.

Il vit avec effroi Bobby découper la chemise de John et exposer sa blessure, alors sanguinolente. Le jeune homme entendit vaguement Paul dire qu’il se sentait mal et l’ignora, ce qui ne fut pas le cas de Singer qui aboya après Jake, 
- Va surveiller les alentours avec Paul ! Exécution ! 
Les deux chasseurs obéirent tandis que le doyen et le benjamin observèrent plus attentivement l’état de John. 
- La balle est toujours à l’intérieur. Constata Sam d’une voix extrêmement calme. 
- Va falloir l’enlever. 
Se rongeant les ongles sans même s’en apercevoir, Dean fit un petit pas en avant. 
- Je…je peux aider ? 
- Oui, tiens-le ! Répliqua Bobby qui venait de s’emparer d’un petit canif. 
L’ainé prit la bouteille de whisky que lui réclamait son père et lui en fit boire quelques bonnes gorgées avant de lancer un regard vers son frère, qui venait d’allumer un briquet. 
Les soins d’urgences, les Winchester connaissaient…Les balles, les griffures de Wendigowaks, de loups-garou, les morsures de monstres divers, les fractures, démissions d’épaules, commotions, chutes brutales…Leur expérience de chasseurs leur avait forgé le caractère, même si les blessures plus graves, restaient plus rares. 
Dean s’était attendu à ce que ce soit Bobby qui extrait la balle, mais contre toute attente, ce fut Sam qui prit les choses en mains, allant même jusqu’à prévenir son père qu’il allait avoir mal. John Winchester était définitivement taillé pour être chasseur et résistait très bien à la douleur, et cela même lorsque son fils de 17 ans lui ouvrit la peau avec un canif chauffé à blanc. 
Le cœur battant, l’ainé observa son petit frère qui venait de plonger deux doigts dans le flanc droit de leur père à la recherche de la balle. Du sang coula le long de la main du plus jeune qui, pendant un bref instant, se figea, le regard posé sur son père. 
- Sam ? S’inquiéta Singer. Tu l’as trouvé. 
Le visage du benjamin se mit à pâlir au fur et à mesure que des images devaient revenir le hanter, du moins, c’est ce que Dean supposa. 
- Sam ! Le pressa Bobby. 
- Sammy ? 
- ça y’est ! Soupira ce dernier en retirant doucement la balle. Il faut cautériser Bobby… 
Le vieux chasseur s’exécuta tandis que le cadet déposa la balle sur un coin de table avant de reculer d’un pas, observant ses mains ensanglantées avec un effroi soudain. 
- ça va aller ? S’inquiéta Dean en interrogeant Singer du regard. 
- L’hémorragie a été stoppée. La balle ne risque plus de le gêner…Et aucun organe vital n’a été touché…ça ira… 
L’ainé se permit de soupirer avant de jeter un coup d’œil vers le visage de son père, qui somnolait à moitié. 
- ‘Ammy…Essaya-t-il d’appeler en tendant une main vers son plus jeune fils. 
Dean, restant auprès de son père, se tourna alors vers Sam, un très léger sourire au coin des lèvres, désireux de lui dire combien il était fier de lui…Mais son frère ne leur accorda pas le moindre regard et préféra filer aussi vite que son état le lui permettait. 
- ‘am… 
Comprenant qu’il s’agissait d’un contre coup de la montée d’adrénaline, Dean essaya de calmer son père, affaibli par l’intervention…de sauvetage. 
- ça va aller….Repose-toi maintenant. 


Valdora  (30.05.2012 à 18:17)

Mal-être 

Sioux Falls, Dakota du Sud – Mai 2000 

Un soupir épuisé s’échappa de sa gorge, brûlante et douloureuse. Le froid du carrelage contrastant avec la chaleur de son front lui donnait des frissons et ne fit qu’augmenter sa nausée. Tremblant des pieds à la tête, il avait froid…il se sentait mal…il avait eu peur…Terriblement peur…Et c’est cette peur qui l’avait fait se précipiter dans la salle de bain, incapable de contrer sa brusque envie de vomir. 
Le jeune homme, complètement groggy, s’était ensuite laissé choir contre le mur, assis par terre, les bras tombant le long du corps, le regard vague et perdu. Mon Dieu…et si…et si John y était resté ? Et si ?...Et si son père était mort ?...Et s’il n’avait pas pu le sauver lui non plus ? Et s’il était mort sous ses yeux ? Comme James, ou Julia… 
Incapable de se contrôler, l’adolescent se repoussa une nouvelle fois vers la cuvette et évacua son angoisse de la seule manière possible. 

Une fois certain que son père s’en était sorti, Dean aida Bobby à le transporter sur le canapé, où il serait plus confortablement installé. 
Le vieux chasseur et lui l’observèrent un instant avant que le premier ne jette un coup d’œil vers le couloir, par lequel Sam avait disparu. Dean approuva silencieusement. 
- Reste avec lui. 
Le jeune homme quitta le salon et vint toquer timidement à la porte de la salle de bain où il entendait son frère tousser à en recracher ses poumons. Son inquiétude prit alors le pas sur sa diplomatie, aussi, il se permit d’entre-ouvrir la porte. 
- Sam ? 
Il vit son frère se laisser glisser mollement contre le mur, le visage blafard, l’air plus mal que jamais. 
- Oh Sammy…Soupira-t-il plus pour lui-même que pour son frère. 
Dean referma la porte derrière lui et s’approcha de son cadet avant de venir s’accroupir près de lui. Il posa une main sur son front, constatant sans surprise qu’il était brûlant. Pas besoin d’être un expert pour deviner où était le problème… 
- Tout va bien Sam…papa va s’en sortir, grâce à toi. 
D’une voix lointaine, Sam secoua vaguement la tête. 
- Et si… et s’il était mort…lui aussi… 
Ne le laissant pas terminer, Dean porta la main qu’il avait posé sur son front sur la joue de son petit frère, espérant le faire revenir quelque peu sur terre. 
- Hé, hé Sammy ? Ce n’est pas le cas d’accord ? Tu m’entends ? Papa va bien ! Papa va très bien. Tu as compris ? 
- Mais s’il était mort Dean ! Et s’il était…Et si la balle avait touché son cœur ? Ou si on n’avait pas réussi à l’enlever ? Ou si on lui avait tiré dans la tête…ou…si… 
Le jeune homme observa son petit frère, le cœur lourd, tandis que celui-ci s’était mis à pleurer et qu’il avoua, d’une voix épuisée, 
- J’en peux plus Dean…j’en peux plus d’avoir peur pour lui…pour toi…pour nous tous...j’en peux plus de tout ça…J’en peux plus de cette vie… 
Les derniers mots n’avaient pas été très bien articulés, mais Dean avait compris…Et ce même à travers les larmes qui inondaient les yeux de son petit frère qui était tout simplement en train de craquer. L'ainé, dans une attitude protectrice et rassurante, le prit contre lui, le laissant pleurer à sa guise, parfaitement conscient que, bizarrement, il s’agissait d’une étape indispensable dans sa guérison…Sam avait besoin d’évacuer toute cette crainte, toute cette culpabilité et tout ce ras-le bol. 
Malgré cela, Dean sentait son cœur s’alourdir à chaque nouveau sanglot de son petit frère, aussi, il ne put contenir une larme…une seule larme qui lui coula sur la joue gauche alors qu’il le réconfortait d’une voix très calme. 
- Je suis là…je vais bien, papa va bien…Tu n’as rien à craindre Sam…Tu es épuisé c’est tout. 
A bout de nerfs, l’adolescent murmura des choses…Des choses qui révélaient un peu plus en détails ce qu’il avait vraiment vécu lors de ce fameux week-end…Silencieux, Dean l’écoutait pourtant très attentivement, se rendant pourtant parfaitement compte que son frère n’était pas tout à fait conscient de se confier de la sorte… 
Sam parlait de Daniel et de l’épisode de la réserve…de l’angoisse qu’il avait ressenti alors qu’il s’était dirigé vers la remise, comme s’il pressentait que quelque chose allait arriver…il parlait de l’odeur…l’odeur qui le réveillait parfois…il mentionna aussi l’obscurité qui l’avait pétrifiée, du froid…le froid revenait tout le temps… « J’avais tellement froid »… « Il faisait si froid »… « Je ne sentais plus mon corps tellement j’avais froid ». 
Inconsciemment, Dean resserra sa prise autour de son petit frère dont les paroles commençaient à s’espacer dans le temps et à devenir plus calmes, comme si l’épuisement remplaçait le relâchement des nerfs. 
Puis, au bout de deux ou trois minutes peut-être, l’ainé le sentit se calmer et supposa qu’il devait être vidé. 
- Pourquoi ça m’est arrivé à moi Dean ? Demanda soudain la voix fatiguée de Sam. 
Cette question, le jeune se l’était posée un millier de fois…et jusque-là, il n’avait trouvé aucune réponse satisfaisante. 
- J’en sais rien Sammy…J’en sais rien… 

*** 

Ce matin-là, Bobby eu un choc en entrant dans le salon. La lumière du jour commençait peu à peu à s’y infiltrer et éclairait partiellement quelques endroits stratégiques de la pièce, la bibliothèque, la cheminée, un fauteuil. Face à la fenêtre, au milieu de cette lumière se tenait Dean qui lui tournait le dos. Droit et fier, les épaules carrées et d’allure athlétique, l’image que projetait le jeune homme ne ressemblait en rien à celle que Singer lui connaissait…Non…elle ressemblait plutôt à celle de son père. D’ailleurs, Bobby avait failli protester en le voyant debout avant de s’apercevoir qu’il s’agissait en réalité de Dean. 
Ce gamin ne faisait pas ses 21 ans…Du moins, pas en ce moment…Son aspect si imposant reflétait parfaitement le rôle central qu’il jouait. Dean portait sa famille à bout de bras. 
- ça va gamin ? Demanda-t-il gentiment en s’approchant de lui. 
Le jeune homme se tourna, toujours aussi droit et aussi fier et accepta volontiers la tasse de café que lui tendait Bobby. 
- Merci. 
- Tu n’as pas dormi ? 
Dean secoua la tête avant de reporter son attention sur le café brûlant. 
- J’ai pas réussi. 
- Tu te faisais trop de soucis ? Supposa Singer à juste titre. 
Le jeune homme se passa une main sur le front. 
- D’abord Sammy…Et ensuite papa… 
Dean marqua une légère pause, les yeux perdus dans le vague, puis il reprit d’une voix brisée. 
- Je ne l’ai jamais vu comme ça Bobby… 
Comprenant parfaitement qu’il n’était pas en train de parler de John, le vieux chasseur demanda. 
- Où est-il ? 
L’ainé désigna un fauteuil dans lequel Sam semblait plus épuisé qu’endormis. Singer ne put retenir un soupir triste en le voyant. Prostré dans le fauteuil, l’adolescent avait croisé les bras contre lui, se protégeant inconsciemment, la tête basculant légèrement sur le côté gauche. 
- Je n’ai jamais vu un gamin avec un tel sang froid Dean, à part toi…Ton frère est fait pour la chasse. Déclara Bobby, comme un compliment. 
Il pensait que ses paroles auraient rendu le jeune homme fier, mais au contraire, Dean en sembla attristé. 
- Ce n’est pas ce qu’il veut…Ce n’est jamais ce qu’il a voulu. 
- Mais vous êtes…vous êtes tous les trois, et faisant avec ce qu’il a, Sam se débrouille très bien…Il n’en a pas conscience, mais moi je tenais tout de même à le dire. Ton frère a l’étoffe d’un grand chasseur Dean… 
Ce dernier reporta plutôt son attention sur Singer et l’observa d’un visage grave, prenant sans doute en considération les paroles de son ainé. Il se tut une minute avant de dire d’une voix monocorde. 
- Sam vient d’avoir dix sept ans. 
Dans un premier temps, Bobby eut l’impression d’avoir reçu un coup de poing…Puis, il se rendit compte de ce que Dean venait de lui dire, et surtout, de la véracité de ses paroles…Bon sang, il avait raison…Il jeta un coup d’œil à la date du jour, affichée près de l’annuaire trônant sur la table…27 mai…Il y a à peine un mois, le benjamin avait encore seize ans… 
Dean, sentant sans doute que ses paroles avaient fait leur effet, s’éloigna pour venir s’approcher de son petit frère qu’il recouvra avec une veste, faute d’avoir mieux. Il resta un moment là, à le regarder dormir quand il entendit quelqu’un s’agiter derrière lui….S’agiter, et l’appeler. 
- ‘Ean… 
- Papa ? 
Légèrement groggy, John essaya instinctivement de se lever tout en portant une main sur son flanc blessé. 
- Reste allongé tu vas te faire mal ! 
Toutefois, têtu comme une mûle, le chasseur parvint à se mettre en position assise et resta un moment à regarder autour de lui, l’air nauséeux et évasif. 
- Comment tu te sens ? Demanda son fils un peu naïvement. 
Gardant une main sur sa blessure, John prit un instant le temps de souffler et répondit d’une voix sans trémolos. 
- Je m’en remettrai. 
L’homme parcourut la pièce des yeux un instant, comme s’il cherchait à se remémorer ce qui s’était passé. Bobby fit un pas en avant. 
- Tu t’es fait tirer dessus John…Le, la chose qui nous a surpris dans la ruelle…Elle t’a renvoyé la balle que tu as tiré. 
John cligna des yeux avant de se passer une main sur le front. 
- Je…je ne me souviens plus. 
- T’en fais pas c’est pas grave. Le rassura Bobby en posant une main sur son épaule. 
Soudain, le blessé se mit à chercher quelqu’un des yeux et pendant une seconde, Dean imagina qu’il s’agissait de Sam…Leur père voulait sans doute le remercier de lui avoir sauvé la vie… 
- Où est Jim ? 

*** 

Les conseils et les grognements de Bobby n’eurent aucun effet, John se leva comme si de rien n’était et se remit à ses tâches quotidiennes, à savoir des recherches, des patrouilles, des entrainements, des tours de garde. Si bien que finalement, Dean commençait à se demander pourquoi ils étaient encore chez Singer, John paraissait tellement désireux de se replonger dans une nouvelle chasse que le jeune homme se demandait bien ce qui l’en empêchait…Sam ? Peu probable, son père et son frère ne s’étaient que vaguement adressés la parole depuis le réveil du premier. Le cadet lui avait demandé gentiment comment il se sentait. 
- Bien. Avait dit John. Bobby devrait être diplômé médecin. 
- C’est vrai. 
La question n’avait même pas été retournée et John n’avait sans doute pas pensé une seconde que son recouvrement si rapide avait été rendu possible uniquement grâce à l’intervention de Sam…Sam qui s’était bien gardé de s’en vanter. 
Toutefois les divergences entre son père et son frère n’étaient pas le sujet principal de l’inquiétude de Dean aujourd’hui…non, il s’agissait même de tout autre chose…En effet après que son benjamin ne se soit retrouvé face à ses peurs en soignant leur père, l’ainé aurait pensé qu’il aurait peu à peu retrouvé le Sam d’avant…Mais il se trompait. 
Sam était toujours renfermé, il dormait peut-être un peu plus mais cherchait toujours l’isolement, fuyant son père comme personne, si bien que Dean se décida à aller le trouver pour lui demander où était le problème, mais les choses ne se passèrent pas comme prévu. 
Le jeune homme avait vu son frère entrer dans la cuisine, aussi il s’apprêta à y entrer quand il entendit des voix…C’étaient celles de Jake et Paul. 
- C’est juste trop énorme ! S’emballa l’un d’entre eux. 
Ne voyant pas pourquoi il devrait s’empêcher d’entrer, Dean passa la porte de la cuisine, l’air de rien et alla se servir un café, non sans jeter un bref coup d’œil à son frère, assis à la table, le nez soit disant plongé dans un livre. 
- John Winchester quoi…Ce gars est une légende ! 
Une tasse bouillante dans les mains, l’ainé s’appuya sur le plan de travail en observant les deux autres chasseurs, légèrement étonné. 
- Vous le saviez ? Que votre paternel était une vraie légende dans le monde de la chasse ? 
Dean lança un regard à son cadet qui choisit de hausser une épaule avec un désintérêt certain. Désintérêt qui piqua au vif la curiosité de Jake….ou Paul … 
- T’es pas d’accord Stan ? 
- Sam. 
- Quoi ? 
- Sam…C’est comme ça que je m’appelle...Sam…Expliqua ce dernier à l’autre chasseur comme s’il s’adressait à un interlocuteur au QI particulièrement « ras les jonquilles ». 
- Oui peu importe…John Winchester ! Ce gars s’est même forgé une réputation parmi les démons à ce qu’on dit…Tu te rends compte ? On parle de lui jusqu’en Enfer ! 
Sam ne broncha pas et continua sa lecture. 
- ça ne te fait rien ? 
Haussement d’épaules. 
- Sérieusement Sam ! 
Nouvel haussement d’épaules. 
Jake fit un geste de la main en soupirant, comme si le désintérêt de Sam ne prouvait en fait que son inutilité. 
- La première fois que j’ai entendu parler de lui, c’était après cette affaire de démons dans l’Iowa…toute une série de filles massacrées…Découpée en petits morceaux…impossible de recoller les corps ! 
Un sourire idiot se dessina sur le visage de Jake, apparemment fier de sa plaisanterie…Dean lui, avait parfaitement remarqué le changement d’expression sur le visage de Sam qui n’avait pu réprimer un frisson avant de lever finalement le visage de son livre, l’air énervé. 
- Et tu trouves ça drôle ? 
Surpris, l’autre chasseur ravala le reste de son histoire en se tournant vers le plus jeune. 
- Quoi ? Oh si on ne peut plus rigoler ! T’es vraiment un coincé Stan ! 
- Rigoler ? Répéta le plus jeune, le regard soudain noircis par la colère. Et rigoler de quoi ? De ses pauvres filles assassinées ? De la cruauté de leur tueur ? Ou des souffrances qu’elles ont dû endurer avant de mourir ? De leur peur ? Du chagrin de leur famille peut-être ? 
Jake observa le cadet avec contrariété tandis que Dean s’obligea à rester silencieux, désireux de voir jusqu’où cette conversation allait les mener. 
Reprenant doucement son calme, Sam déclara d’une voix plus pausée, 
- Si vous admiriez vraiment John, vous sauriez que lui au moins ne manque pas de respect aux victimes. 
Jake se trouva bête tandis que Paul, les yeux plissés répliqua du tac au tac, 
- C’est important pas vrai Sam ? Surtout quand on a eu le rôle de victime soit même ? 
Dean, aussi surpris que son frère, reporta son attention sur l’autre chasseur tandis que son cadet bégaya, 
- Quoi ? 
- Ben oui, tu crois que je ne lis pas la presse…je sais pourquoi vous êtes là…Je sais ce qui s’est passé en Californie…j’en ai entendu parler… 
- Non tu ne sais rien. Souffla froidement Sam. 
- Oh si je sais…je sais que sans John, tu serais mort…je sais aussi que tu es le seul survivant… 
- La ferme. L’avertit Dean d’un ton autoritaire. 
Mais Paul reprit, plus hargneux que jamais. 
- Donc je sais pourquoi tu détestes ton père à ce point…Parce que lui c’est un héros…Et toi t’es qu’un raté, t’as failli faire tuer toute ta famille ! 
L’ainé avait déjà entamé un mouvement pour aller mettre une correction à cet imbécile, sauf qu’il fut devancé par Sam qui s’était littéralement rué vers lui, lui envoyant son poing droit dans les dents en le prenant totalement par surprise…D’ailleurs, ils le furent tous, mais momentanément. 
Comprenant que Paul n’attendait que ça, Dean se précipita vers son frère pour, petit un, empêcher que les choses ne dégénèrent encore plus, et petit deux, éviter que Sam ne se blesse d’avantage car l’autre chasseur venait déjà de lui renvoyer son coup de poing, faisant s’enrager un peu plus le cadet. 
- Arrête ça tout de suite ! Ordonna-t-il d’une voix forte en attrapant son benjamin comme il put. Il le tira vers l’arrière tandis que, alerté par le boucan, Bobby arriva en trombe. 
- Qu’est-ce qui se passe ici ? 
La lèvre en sang, Paul fut le premier à parler, désignant Sam comme s’il s’agissait d’une bête particulièrement sauvage. 
- C’est lui qui m’a attaqué…il n’y a que la vérité qui blesse ! 
Singer se tourna vers les Winchester, Dean continua de retenir son frère péniblement. 
- Sam ? 
Au lieu de laisser son benjamin s’exprimer, ce fut l’ainé qui choisit de prendre la parole. 
- Oui, après que tu l’aies provoqué. 
D’ailleurs, s’il n’était pas si occupé à essayer de retenir Sam, Dean se serait bien jeté sur lui aussi…après tout ce crétin l’avait bien mérité. 
- Bon ça suffit, Dean emmène ton frère ! Vous deux, il faut qu’on ait une conversation ! 
Le jeune homme n’attendit pas de savoir ce que Bobby allait raconter à ces deux débiles, il entraina Sam à l’écart…bien péniblement. 

Une fois dans le salon, il dû lui barrer la route pour l’empêcher de retourner dans la cuisine. 
- Arrête ça à la fin Sam ! Dis-moi exactement ce que tu comptes faire ? 
- Le tuer ! 
Dean le repoussa une énième fois, 
- Sam ! 
Sentant une baisse de résistance, le jeune homme s’adoucit, voyant que son frère commençait à percevoir qu’il n’aurait pas dû s’emporter de la sorte. Clignant des yeux à plusieurs reprises, Sam sembla oublier Paul et ses provocations et se mit à chercher à reprendre son souffle, comme si soudain il était à cours d’oxygène. 
- Sam ? 
L’adolescent porta une main sur son torse, pile à l’endroit de sa cicatrice et se laissa tomber sur le canapé, juste derrière lui, le visage crispé. 
- Oh Sammy…regarde dans quel état tu te mets ! Le réprimanda Dean plus inquiet qu’en colère. 
- Je…Je ne suis pas un raté…Dean ! Protesta inutilement Sam. 
Un sourire protecteur se dessina sur le visage de son grand frère qui vint s’asseoir sur la petite table en face de lui, une main posée sur son bras. 
- Bien sûr que non Sammy…je ne l’ai jamais pensé ! Et papa non plus. 
Le plus jeune l’interrogea d’un regard et Dean confirma. 
- Je te promets que non Sam. 
Sam continua d’observer son frère pendant quelques instants avant de baisser la tête, les sourcils froncés. 
- Je ne me sens pas bien Dean. Murmura-t-il d’une voix basse, comme s’il avait longtemps hésité à le dire. 
Son ainé fit instinctivement un geste comme pour se rapprocher en demandant aussitôt, 
- Tu as mal quelque part ? 
- Non ! Protesta le plus jeune sans élever la voix. Ce n’est pas de ça que je te parle…Je me sens mal…d’une manière général…je me sens mal. 
Dean le couva d’un regard bienveillant, 
- Je sais p’tit frère. 
- Quand est-ce que ça va aller mieux ? Demanda l’adolescent avec des yeux innocents. 
Et son frère avoua sincèrement, la gorge serrée. 
- J’en sais rien Sammy… 


Valdora  (30.05.2012 à 18:18)

Complicité… 

Sundance, Wyoming – Mai 2000 

- Bouclez tout le périmètre ! Ordonna le shérif de la ville d’une voix autoritaire. 
Aussitôt, des dizaines de policiers en civil se mirent à graviter autour de lui, avant de s’éloigner progressivement à coups de sifflets et de grands gestes visant à éloigner les passants un peu trop curieux. 
Martin Genz, le shérif, se pencha au-dessus de la victime, ou plutôt de ce qu’il restait de la victime…Elle n’avait plus de membres…la tête aussi manquait…Il y avait juste un buste, un buste d’homme, sur lequel avait été gravé un message à même la peau, « Patammon » n’étant pas une lumière en langues étrangères, Genz nota la formule, certain qu’une secte satanique était à l’origine de ce cadavre. 

Le soir, Martin resta très tard au bureau, tellement tard que tout son personnel, et même sa secrétaire prirent congé avant lui. Certes il n’était pas allé à l’école très longtemps…Mais il n’était tout de même pas idiot ! Ces mots inscrits sur le torse de la victime voulaient forcément dire quelque chose ! 
Le nez plongé dans ses recherches, le shérif ne remarqua pas les lumières qui s’éteignirent progressivement au-dessus des bureaux derrière le sien. Si bien que ce ne fut que lorsqu’il fut plongé dans le noir qu’il leva le nez de son ordinateur, lui aussi, complètement éteint. 
- ‘Ya quelqu’un ? 
Pas de réponse…Lily, sa secrétaire devait déjà être partie… 
- Lily ? C’est vous qui avez éteint ? 
Il eut sa réponse lorsqu’il entendit quelque chose courir derrière lui. 
- Hé oh ? Appela-t-il de nouveau d’une voix mal assurée en se retournant. 
Mais il ne voyait rien…personne. 
- Lily ? 
Un courant d’air le fit frissonner, et sa chaise pivota automatiquement face à son bureau tandis qu’il se surprit à imaginer que son ordinateur le fixait avec deux yeux rouges. Surpris, le shérif se repoussa de son bureau avec un cri de frayeur, avant de se rendre compte que son imagination lui jouait des tours. 
La respiration saccadée, Martin essaya de retrouver son calme lorsqu’il sentit quelque chose se déplacer derrière lui. 
- Ainsi font font font, les petites marionnettes… 
Doucement…tout doucement, le shérif se retourna… Une femme, c’était pourtant une vieille dame…mais elle avançait à quatre pattes, l’observant avec un sourire édenté tout en chantant cette berceuse qui n’avait jamais eu sonorité plus effrayante. Avançant comme un prédateur, la vieille pencha la tête sur le côté en souriant un peu plus. 
- Ainsi font font font, trois p’tit tours et puis s’en vont. 
Martin Genz comprit…il comprit avant même de réagir…Et ce fut son erreur. 

*** 

Sioux Falls, Dakota du Sud – Mai 2000 

- Sam ! 
- Non ! 
- Sam, arrêtes c’est moi ! 
- Non ! 
Dean manqua de se prendre un coup et parvint à l’esquiver au dernier moment. Il essaya tant bien que mal d’attraper les bras de son frère pour l’empêcher de l’assommer, et surtout, pour le calmer. Cela faisait quelques jours déjà que Sam n’avait pas refait de cauchemars, et c’était un peu plus serein qu’il était monté se coucher. Dean l’était également. Mais cette sérénité fut de courte durée, l’ainé fut réveillé en pleine nuit par des gémissements, des plaintes inarticulées qui lui parvenaient depuis la chambre de son frère. Il n’avait alors même pas cherché à réfléchir ou à espérer que ça passe, il s’était levé et précipité, sentant bien que quelque chose n’allait pas. Lorsqu’il était entré, Sam se débattait contre quelque chose dans son cauchemar, cherchant à s’en échapper avec un désespoir certain. Mais sa peur avait redoublée lorsqu’il s’était sentit saisir pour de vrai, aussi, il entreprit de lutter contre cet agresseur…Agresseur qui était en fait son frère ainé. 
- C’est moi Sammy ! Dit le jeune homme d’une voix forte. C’est Dean ! 
Le visage couvert de sueur, l’adolescent cligna plusieurs fois des yeux, le souffle court. 
- C’est moi. Répéta Dean inutilement…Sam l’avait reconnu. C’est moi p’tit frère…C’est fini… 
Sam avait alors soupiré et avait repris peu à peu une respiration plus normale, et finalement, il s’était rallongé, épuisé. 

Le lendemain, Dean se servit une grande tasse de café, arme absolue contre des nuits trop courtes. Il remarqua que Jake et Paul avaient pris leur petit-déjeuner très tôt puisqu’ils étaient déjà dehors en train de s’entrainer. 
L’air à peu près aussi fatigué que lui, John entra dans la pièce, non sans le dévisager quelques instants. 
- T’as l’air fatigué. Constata-t-il en se servant à son tour une tasse de café. 
- La nuit a été courte. Se contenta de répondre Dean d’un ton légèrement amer. 
Il remarqua le regard surpris que lui lança son père mais n’eut pas l’occasion de lui rappeler que, une fois encore, il n’avait pas été là pour Sam…Qu’il ne l’avait jamais été jusqu’à présent et qu’il ne voyait pas pourquoi ça changerait aujourd’hui...Non, il n’eut pas l’occasion de lui dire tout cela car son frère venait de les rejoindre, la démarche maladroite ( dû certainement au fait qu’il n’avait pas ses béquilles). 
- Déjà debout ? Demanda John à son cadet. 
- Depuis quand c’est mon habitude de faire la grasse matinée ? Répliqua Sam du tac au tac. 
Bon…Apparemment il n’était pas dans un bon jour, constata Dean …Et quoi de plus normal après tout ? Leur père but une gorgée de café avant de sortir de la cuisine, sans même accorder une autre parole à ses fils. Toutefois, Dean choisit qu’il était plus important de s’occuper de son frère et remit sa discussion avec John à plus tard. 
- Alors, comment tu te sens ? 
Après s’être servi un café à son tour, Sam se laissa tomber sur une chaise en face de son ainé, il poussa un profond soupir. 
- J’ai l’impression d’être passé sous un rouleau compresseur si tu veux tout savoir. Ironisa le plus jeune en retenant à peine une grimace de douleur. 
- Tu devrais peut-être prendre un peu plus d’antalgiques ? Suggéra Dean en jetant un regard imperceptible à la boîte de cachets. 
Se passant une main sur le front, Sam rechigna. 
- Tu sais que je déteste prendre des médicaments… 
Son frère n’insista pas et préféra réorienter la conversation. 
- Tu as l’air fatigué. 
Ne sachant pas si son benjamin allait ou non se souvenir de l’épisode de cette nuit, il préféra rester évasif. 
- J’ai mal dormi. 
- Encore ? 
- Je…oui…je…je crois que j’ai dû faire un cauchemar…je ne me rappelle plus trop en fait. 
L’ainé ne préféra pas enfoncer le couteau dans la plaie et s’apprêta à parler de tout autre chose quand Jake entra en trombe dans la pièce, tout essoufflé en criant : 
- Jim est revenu !!! Jim est revenu !!! 
Essayant de faire passer son envie de coller la tête de ce débile dans le micro-onde et d’appuyer sur le bouton « on », Dean se leva aussitôt, sachant que si Jim était là, il y avait de grandes chances pour que Caleb le soit également. 

Sam vit Jake et son frère quitter la pièce, se précipitant vers l’entrée en toute hâte…Il mourrait d’envie de faire pareil, mais il ne pouvait pas…Oh, il essaya de se lever aussi, mais tout son corps se rappela brusquement à lui et l’adolescent eut la très désagréable impression d’être incroyablement limité…Ravalant un juron, il reprit appui sur la table pour essayer de se lever, sans succès. C’était comme si ses muscles refusaient de lui répondre…trop endoloris ou trop épuisés. Une légère vague de désespoir le gagna tandis qu’il jeta un regard vers la porte par laquelle avait disparu son frère. 
- Dean ? Essaya-t-il d’appeler doucement. 
Ne le voyant pas revenir, le cadet fit une nouvelle tentative…tentative qui se solda par un échec cuisant…Il aurait voulu hurler, hurler à son corps qu’il devait lui obéir, qu’il pouvait encore se lever…d’ailleurs, pourquoi se gênerait-il ? 
- Sammy ? 
Surpris, l’adolescent tourna la tête vers le montant de la porte d’où son père venait de rentrer. 
- ça ne va pas ? Demanda John d’une voix inquiète. 
Essoufflé, honteux aussi, Sam expliqua pitoyablement. 
- Je…j’arrive pas à… 
Comprenant avant même qu’il ne finisse sa phrase, John s’approcha. 
- Oh attend…Laisse-moi t’aider… 
Son père passa un bras derrière lui et le laissa prendre appui sur lui avec l’autre. Sam se servit de cet appui, et avec l’aide de John, parvint finalement à se remettre debout, non sans que la douleur ne manifeste tout son mécontentement en l’irradiant d’un seul coup. 
- Sam ? S’inquiéta la voix de John. 
- ça va…Soupira l’adolescent. Ça va… 
Mais le regard que lui lança son père laissait bien voir qu’il n’était pas dupe, et qu’il avait parfaitement compris qu’il lui mentait. 
- Allez…on y va doucement. L’encouragea-t-il d’une voix que son cadet ne lui reconnaissait pas. 
A chaque nouveau pas, Sam maudissait son corps, il maudissait ses blessures qui cicatrisaient trop lentement à son goût, il se maudissait d’être un tel fardeau. 
- Excuse-moi…Bredouilla-t-il pour la énième fois après avoir trébuché de nouveau, heureusement retenu par John. 
- C’est rien…C’est rien Sammy. 
Profitant de ce bref instant de complicité, le plus jeune demanda en accordant un très léger coup d’œil vers son père. 
- Comment va ta blessure ? 
John eut une expression désinvolte, 
- Oh cette petite blessure ? Il en faudrait plus pour me clouer sur un lit d’hôpital ! 
- ça fait quand même…la deuxième fois que tu te fais tirer dessus…En un mois…Constata l’adolescent d’une voix douloureuse. 
Son père reprit, 
- Je suis un chasseur Sammy…les blessures sont les risques du métier. Mais ça passe, c’est comme tout…le temps les efface. 
Le plus jeune comprit qu’il y avait un message caché et préféra ne pas relever, trop heureux d’être arrivé sur le palier de la porte. 


Dean et Caleb échangèrent une poignée de main amicale, en bons amis qu’ils étaient, toutefois, il ne pouvait échapper à personne qu’ils étaient tous les deux heureux de se retrouver. 
- Dean…je me faisais du souci pour toi et Sam ! 
Le jeune homme esquissa un sourire avant de lui renvoyer le compliment, 
- Nous aussi on s’inquiétait…Qu’est-ce qui s’est passé ? 
- On va discuter à l’intérieur si ça ne vous dérange pas. Intervint le père Jim calmement avant que son regard ne passe par-dessus l’épaule de Dean. 
Intrigué, celui-ci se retourna, et fut tout à fait surpris de voir Sam, soutenu par John sur le perron…Jim et leur père échangèrent à leur tour une poignée de main, 
- Content de te revoir en un seul morceau. Déclara le père des Winchester sincèrement. 
- Je suis content aussi d’être en un seul morceau ! 
La réplique les avait fait tous les deux sourires avant que le prêtre ne reporte son attention sur Sam et ne le réprimande doucement, 
- Où sont tes béquilles ? 
- Jim… 
- Excusez-moi de tous vous déranger, mais ça vous ennuierait de continuer vos jérémiades de gonzesses à l’intérieur ? 



Caleb et Dean lancèrent un regard amusé à Bobby tandis que John marmonna quelque chose que personne ne comprit mais que tous prirent comme un ronchonnement. Toutefois, tout le monde obéit et entra dans la maison. 

*** 

Le salon de Bobby avait pris des airs de quartier général pour chasseurs, Jake et Paul s’étaient installés un peu comme s’ils allaient assister au duel politique du siècle et observaient Jim et Caleb avec un intérêt presque démesuré….D’ailleurs, Dean hésita à leur proposer du popcorn… 
Les mines aussi fatiguées l’une que l’autre, Caleb et Jim échangèrent un regard, comme si chacun attendait le signal de l’autre pour commencer son récit. 
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Redemanda Bobby pour la énième fois. 
L’ainé chercha inconsciemment son père et son frère des yeux, et il trouva John en premier…Là-bas, debout près de la fenêtre, le visage pensif et fermé tourné vers les alentours, toutefois prêt à écouter. Et Sam…Sam n’était pas avec eux, sans doute n’avait-il pas envie d’entendre d’histoires de démons en ce moment. Pourtant, l’ainé n’eut pas l’occasion de le chercher que Caleb commença, 
- J’étais dans une ville paumée dans l’état voisin…J’enquêtais sur des disparitions… 
- C’est-à-dire ? Demanda aussitôt Paul. 
- C’est-à-dire des gens qu’on ne retrouve pas. Répliqua Dean sans même sourciller. 
Caleb esquissa un demi sourire et reprit comme s’il n’avait pas été interrompu. 
- J’ai d’abord essayé de trouver un lien entre les victimes…et je n’en ai trouvé aucun…Toutefois, leur disparitions avaient toutes quelque chose en commun… 
- Laquelle ? Demanda Dean qui essayait de ne pas faire de lien avec l’affaire de l’Homme en noir. 
- Des accidents…Avant chacune de leur disparitions, toutes les victimes ont été liées de près ou de loin à un accident…Un type a failli renverser quelqu’un, un autre a mis le feu à son magasin, il y a même eu cette fille qui a manqué de se faire tuer par un ours, pour préciser elle travaillait dans un zoo. 
Dean reporta son attention sur Bobby, qui paraissait aussi sceptique que lui. 
- Donc ? 
- Ben je n’ai pas fait de lien tout de suite...Expliqua Caleb…je ne savais même pas ce que je chassais à vrai dire… 
Le plus jeune sur le groupe présent formula sa question à voix haute, 
- Et aujourd’hui ? Tu le sais ? 
Son ami haussa des épaules, 
- Je dois dire que non...Fantôme, démon ou une créature que je ne connais pas…je ne sais pas…Mais je peux vous dire que c’est quelque chose de puissant… 
- Et quel rapport avec les accidents ? Demanda Bobby. 
Caleb s’apprêta à répondre mais il fut devancé par John, toujours le même regard fermé perdu par la fenêtre. 
- C’est Lui…c’est Lui qui les as surpris….ça a dû leur apparaître comme un rêve ou un mirage, et le type a perdu le contrôle de sa voiture, l’autre n’a plus fait attention à ses gestes et la femme n’a pas refermé la porte de la cage. 
L’explication était tellement logique que Dean ne put qu’approuver, aussi Bobby posa une nouvelle question, 
- Bon et alors, qu’est-ce qui s’est passé pour que Jim vienne t’aider ? 
Tous reportèrent leur attention sur Caleb. 
- C’est là que les choses ont commencé à devenir bizarres…Quelques jours à peine après mon arrivée, les gens ont commencé à se comporter de manière étranges envers moi…Comme s’ils savaient pourquoi j’étais là…Et puis un jour, il y a eu une nouvelle victime…Un shérif…je ne l’avais encore jamais vu et je ne lui avais jamais parlé…je ne sais rien sur lui…Mais c’est le seul pour qui on ait retrouvé le corps. 
- Dans quel état était-il ? Demanda Jake, l’air un peu trop excité aux yeux de Dean. 
- Pas réjouissant…La tête avait été…Enfin disons qu’il n’était plus reconnaissable. Et quelque chose avait été inscrit sur son torse… « Patammon »… 
- Qu’est-ce que ça veut dire ? S’étonna de nouveau Bobby. 
Caleb fit une moue et tous tournèrent aussitôt la tête vers Jim qui, pour une fois, semblait aussi perplexe qu’eux. 
- Tempête. 
Surpris, les chasseurs reportèrent leurs attentions sur Sam qui, le nez plongé dans un livre affichant clairement sa non prise part à l’enquête, venait de leur donner la réponse. 
- Pardon ? 
Sans même lever les yeux des pages qu’il lisait, l’adolescent répéta avant d’expliquer. 
- Patammon…ça veut dire tempête en algonquin…En Sioux si je ne m’abuse. 
Jim afficha un sourire fier tandis que Paul observa le plus jeune en clignant des yeux, mais sa question, c’est John qui la posa, ne lui laissant même pas le temps d’ouvrir la bouche. 
- Comment tu le sais ? 
Cette fois, Sam se désintéressa de son bouquin une seconde, 
- ça m’arrive d’aller en cours. 
Dean vit clairement leur père ravaler des paroles qu’il risquerait de regretter tandis que Jake fit remarquer d’une voix bête. 
- On n’apprend pas ça en cours ! 
Et quelque part, il avait raison, mais l’ainé lui, avait parfaitement compris que Sam mentait…Toutefois, il savait aussi qu’il mentait par pudeur, et il ne désirait pas le mettre mal à l’aise, aussi il ne parla pas de la jeune indienne qui fut le premier béguin amoureux de son frère il y a un an et demi de cela. 
- Quoi qu’il en soit, à peine quelques heures après avoir trouvé le corps de ce type, les gens ont tous désertés la ville…En deux heures à peine, c’est devenu une ville fantôme…J’ai écumé les rues, les magasins…jusqu’à ce que j’entre dans cette petite épicerie… 
- Ils étaient là ? 
- Oui…mais ce n’étaient plus les gens que j’avais croisé…C’était des…des monstres…des démons ou des zombies je ne sais pas…ils n’en sont pris à moi et j’ai réussi à me barricader…C’est là que j’ai appelé Jim. 
Les chasseurs restèrent silencieux, méditant chacun les paroles de Caleb qui, à sa manière de boire sa bière, s’estimait très heureux d’être encore en vie. Sam quant à lui, continua de lire l’air de rien, ne dupant pourtant pas son frère. 
- Bon…En résumé on a affaire à quelque chose qui enlèvent les gens, gravent des messages indiens sur d’autres et transforment les derniers en zombies…. 
- En résumé c’est ça. Approuva Caleb presque joyeusement. 
- Sam ? Est-ce que tu as déjà entendu parler d’un Dieu amérindien qui aurait ce type de modus operandi ? 
Le plus jeune, l’air pincé referma son livre doucement avant de reporter son attention sur son père. 
- Premièrement il n’y a pas de « Dieu amérindien », juste ce que les Anciens appellent des « esprits »…Deuxièmement, je te l’ai déjà dit, je refuse de me mêler de cette affaire…Je ne veux plus chasser. 
- Tu feras ce que je te dis de faire Sam Winchester ! Vociféra aussitôt John en poitant son index vers son fils cadet. 
- John ! Intervint Jim à mi-voix. 
- Quoi ?! 
- J’ai à te parler…En privé. 


Valdora  (05.06.2012 à 11:11)

Menace intérieure 

Sioux Falls, Dakota du Sud – Mai 2000 

- Pourquoi tu ne veux pas prendre part à la chasse Sammy ? Demanda Dean doucement. 
Bien qu’il imagine déjà la réponse, le jeune homme n’avait pas pu s’empêcher de poser la question. Jim et leur père avaient quitté le salon et étaient sortis discuter à l’extérieur. Caleb et Bobby avaient continué à parler de l’affaire tandis que Sam s’était éclipsé, et son frère était venu l’aider à remonter dans sa chambre. Visiblement, épuisé, le jeune homme s’était laissé tomber sur son lit, et son ainé n’avait pu se retenir de lui demander. 
Alors, Sam soupira et posa un regard infiniment triste sur le sol avant de répondre, 
- J’ai plus la force…Je ne me sens pas capable d’affronter tout ça de nouveau Dean…tu comprends ? 
Dean se contenta de lui accorder un sourire bienveillant, que pouvait-il faire d’autre ? 
- Bien sûr…tu as besoin de temps. 

Le plus jeune étendit péniblement sa jambe sur le lit en méditant les paroles de Caleb…Pourquoi cette affaire le dérangeait-il ? Pourquoi pressentait-il que quoi qu’il fasse, il ne pourrait lui échapper ? Pourquoi avait-il le sentiment que la Chasse n’en avait pas encore fini avec lui ? et question encore plus glauque…pourquoi avait-il cette drôle d’impression ? Celle que la Chasse allait effectivement le rattraper et récupérer son dû…à savoir, lui. 
Sam n’aimait pas les mélodrames, mais ces derniers temps plus que n’importe quand, il le sentait…C’était presque comme si le destin se rappelait à lui avec cette enquête…il avait survécu. Et il n’aurait pas dû. 

Dean déposa les béquilles de son frère près de lui, de manière à ce qu’il puisse s’en servir en cas de besoin, et s’apprêta à le laisser tranquille, pensant que son silence était un message caché pour dire qu’il voulait rester seul. Pourtant, quelque chose sur le visage de Sam l’intrigua…c’étaient ses yeux…ils avaient l’air…ailleurs… 
- Sammy ? L’appela-t-il doucement. 
Réprimant un tressaillement, son petit frère reporta son attention sur lui. 
- Mmh ? 
- ça va ? 
- Oui. 
Génial…très convaincant ! Dean continua de l’observer, la mine sévère, ayant parfaitement entendu le mensonge que venait de lui sortir son frère. Pourtant, Sam ne semblait pas décidé à parler, il lui jeta un regard innocent sans ajouter le moindre mot. 
- T’es sûr ? 
- Arrête un peu de t’en faire toujours pour moi. 
Sans attendre de quelconques réprimandes de son ainé, le plus jeune reprit le livre qu’il avait emprunté à la bibliothèque de Bobby et y plongea son attention. Et Dean soupira, ne sachant pas comment le faire parler. Alors, à contre cœur, il quitta la pièce, non sans lui souffler avant de partir : 
- Je suis là en cas de besoin. 

*** 

Furibond, John entra dans le bureau, Jim sur les talons. Il n’en revenait pas que Sam se comporte ainsi, qu’il ose le contredire devant tant d’autres chasseurs…Qu’il ose penser abandonner la chasse ! 
- John ! 
- Cette fois c’est trop Jim ! Je suis son père et il me doit un minimum de respect ! 
- John ! Intervint le prêtre d’une voix plus forte, finissant par faire taire le père des Winchester. 
Apparemment soulagé d’avoir obtenu son attention, Murphy reprit. 
- Sam ne devrait pas prendre part à cette chasse. 
Les yeux de John lancèrent des éclairs de contrariété. 
- Ah non ? Et pourquoi ça ? 
- S’il te plait John, arrête de t’énerver et essais de m’écouter un instant ! 
Le chasseur se renfrogna avant de s’appuyer contre le bureau, comme un enfant qui venait de se faire disputer. Soulagé, Jim pu s’expliquer. 
- Je dis que Sam ne devrait pas prendre part à cette chasse pour deux raisons. Premièrement, il n’est pas remis… 
- Je ne lui demande pas d’aller sur le terrain…Commença John. 
- Ah, ne m’interromps pas je te prie ! Deuxièmement, il n’y a rien qui te semble étrange dans cette affaire ? Ce meurtre dont Caleb nous a parlé ? 
Le père des Winchester fronça des sourcils, 
- Comment ça ? 
- Le message ! Le message était en indien ! 
Devant le scepticisme de son ami, Jim reprit, 
- Les apparitions aux victimes, les gens de la ville qui disparaissent…Et tu as remarqué que les disparitions ont suivis votre route ? 
Apparemment, cet argument avait fait mouche puisque John cilla, laissant l’opportunité au prêtre pour reprendre, 
- Quelle que soit la chose qui est à l’origine de tout ça, elle vous suit…Et comme tout prédateur, elle veut envoyer un message à sa proie, lui faire savoir qu’elle le poursuit… 
Le visage de son interlocuteur pâlit soudain, 
- Le message….le message en indien… 
- Oui…Il n’y a que Sam qui pouvait le déchiffrer… 

John resta silencieux pendant plusieurs minutes, et son ami le laissa méditer sans l’interrompre, bien conscient de lui avoir jeté une bombe à la figure. Finalement, Winchester reprit d’une voix étouffée en secouant la tête. 
- Je n’ai pas le choix… 
- Quoi ? 
- Comment ça quoi ? Tu voudrais que j’emmène Dean avec moi dans un autre état et que je laisse Sam ici ? Seul ? 
Jim leva la main pour l’interrompre. 
- Laisse cette affaire à d’autres John…reste ici le temps que Caleb et Bobby s’en chargent…Sam n’a vraiment pas besoin de ça en ce moment…Et Dean non plus. 
- Tu veux que je reste sagement ici jusqu’à ce que cette chose arrive et frappe à la porte ? C’est ça que tu veux que je fasse Jim ? Que je l’attende sans rien faire ? 
Jim secoua la tête avant de lui répondre d’un ton grave, 
- Non…Mais tu devrais essayer de te comporter en père avant de te comporter en chasseur. 

*** 

La soirée fut tendue, et quand Dean demanda à son père pendant le repas s’ils allaient partir, celui-ci répondit froidement qu’il n’avait pas encore pris sa décision. A l’autre bout de la table, le jeune homme vit Bobby et Jim échanger un bref regard. 
Sam resta aussi silencieux que John, et ni l’un ni l’autre ne s’adressa la moindre parole si bien que Caleb, lassé, finit par lancer un sujet tabou à savoir les rumeurs sur l’orientation sexuelle de Jake et Paul. Il se fit rappeler à l’ordre plusieurs fois par Jim, qui devait juger ses questions et ses réflexions trop embarrassantes, mais au moins, Dean eut un fou rire, et même Sam parvint à esquisser un sourire. 
Finalement, la discussion redevint plus sérieuse et leurs récentes chasses respectives furent évoquées. Et même John prit part à cette conversation, ne manquant pas de donner quelques détails sur l’Homme en noir qu’il avait eu l’occasion d’affronter. 
Dean, Bobby et Jim reportèrent immédiatement leur attention sur Sam qui, visiblement plus que mal à l’aise, annonça qu’il allait se coucher. L’adolescent sortit de table et quitta la pièce en clopinant avec ses béquilles. 
- T’étais obligé de parler de ça ? Grogna aussitôt Bobby. 
- On peut beaucoup apprendre de nos erreurs Bobby c’est toi-même qui me l’a appris. 
Dean serra la mâchoire en faisant tout son possible pour ne pas lancer une réplique désagréable lui demandant s’il avait appris lui, de la mort de leur mère ? 

Deux heures plus tard, des tours de garde furent instaurés, et malgré sa demande, Dean n’en avait écopé d’aucun…. « Tu as besoin de repos ! » lui avait dit Bobby gentiment. Et il avait raison…le jeune homme se sentait épuisé, et même s’il faisait tout pour l’ignorer, pour donner l’impression inverse, son corps réclamait du sommeil. 
Alors, le pas lourd, non sans un détour par celle de Sam pour s’assurer qu’il dormait bien, l’ainé regagna sa chambre et se laissa tomber à plat ventre sur son lit, avec un soupir las. Il s’endormit quelques minutes plus tard. 


Dehors la nuit était tombée, accompagnée par une pluie qui s’intensifia à mesure que le froid et la brume entouraient la maison. L’intérieur était calme, ponctué par les passages silencieux au rez de chaussé de Bobby, John et Jim. Caleb, épuisé par sa chasse avait été également prié d’aller se reposer. 
L’étage était apparemment tout aussi calme, et mis à part les trombes d’eau qui claquaient contre les carreaux et imprégnaient les murs d’une légère résonnance soporifique, aucun bruit ne vint perturber les couloirs déserts du premier. 
Pourtant, perdu aux tréfonds de son sommeil, Sam n’était pas en paix…La pluie qui assaillait la maison, l’aissaillait également dans son rêve, et s’agitant doucement, l’adolescent chercha à revenir à la réalité. 
Il courait…il courait en cherchant à échapper au diable en personne. Le sol, devenu boueux à cause des trombes d’eau, glissait, le faisant plusieurs fois tombé, ce qui inévitablement, le ralentissait. Il se perdait au milieu des arbres, espérant semer son poursuivant. Il l’entendait se rapprocher, de plus en plus…il savait que d’ici quelques secondes, il le rattraperait…Et il le tuerait. 
Gelé, épuisé et le souffle court, l’adolescent ne put faire autrement que de se retourner…Les sillons entre les arbres n’étaient que ténèbres, il ne voyait rien à deux mètres devant lui…Mais il était là, il le savait. Il le pressentait. 
Soudain, la froideur le gagna d’un seul coup et une vive douleur le fit sursauter. 

Sam s’éveilla en sursaut, comme s’il manquait d’air, le cœur battant à la chamade, secoué par son cauchemar...Le jeune homme n’eut même pas le temps d’essayer de reprendre son souffle qu’il vit une ombre noire se précipiter sur lui. Ce fut son instinct qui le força à réagir…Son instinct et rien d’autre…Il lui commanda de rouler sur le côté, tombant ainsi du lit et échappant à son agresseur dont le bras, armé d’un couteau s’abattit une fraction de secondes plus tard sur l’oreiller. 
Engourdi, l’adolescent se remit sur ses pieds, Dieu seul sait comment et se redressa, s’attendant à voir l’Homme en Noir lui sauter dessus et le tuer….Mais la surprise la gagna quand il reconnut son assaillant. 
- Paul ??? 
Tout vêtu de noir, le chasseur esquissa un sourire terrifiant, dévoilant ainsi un visage aux traits méconnaissables…le teint grisâtre, ses dents s’étaient étirées jusqu’à devenir des sortes de crocs aiguisés comme des poignards, son nez avait également disparu ne laissant plus que deux trous sanguinolents, et ses yeux, ses yeux étaient tout sauf humains, ses pupilles avaient rougis comme pour exprimer leur soif de sang et de profondes cernes les soulignaient…le regard exorbité, Paul le fixa et marmonna. Et là encore, ce fut la surprise…Sa voix…Sa voix était profonde, cassé…comme s’il avait perdu l’habitude de parler depuis longtemps. 
- Je te promets que je vais faire vite Saaaammm… 
Paul leva son couteau et se rua sur lui à une vitesse ahurissante. L’adolescent n’eut pas le temps de réagir et se retrouva cloué au sol, retenant de justesse le bras de Paul qui s’apprêtait de nouveau à le poignarder. 
Le plus jeune chercha quelque chose de son autre main, n’importe quoi pour repousser son adversaire. Ses doigts rencontrèrent soudain le livre qu’il lisait depuis son arrivée ici…Parfait, il faisait 300 pages ! Sam mit toutes les forces qu’il avait dans le coup qu’il porta à Paul, et ses efforts ne furent pas vains puisque l’autre se retrouva sonné pendant quelques instants et fut repoussé au loin. L’adolescent se remit debout péniblement, sentant la douleur l’envahir peu à peu. Il observa l’autre chasseur et remarqua, non sans un quelconque soulagement, qu’il avait lâché son couteau. 
Paul se remit debout, et hocha la tête avec un sourire sadique. Le jeune Winchester jeta un regard vers la porte, comprenant qu’il ne pourrait jamais l’atteindre…Alors à défaut, il tenta le tout pour le tout et se précipita vers le poignard. Une fois de plus, son agresseur fut plus rapide et le repoussa violemment contre le mur, à plusieurs mètres de là, lui plaquant au passage son bras sur la trachée. D’abord sonné à cause du choc, Sam tenta ensuite de se dégager. Paul éclata d’un rire animal et lui administra un coup de genoux dans les côtes, exactement à l’endroit où la lame de l’Homme en noir l’avait traversée. L’effet fut brutal et immédiat, le cadet eut le souffle coupé et fut envahi de toute part par une douleur insupportable et atroce. Il ferma les yeux et fut parfaitement incapable de produire le moindre son, il ne pouvait que subir cette nausée électrisante qui lui tordit les entrailles. 
Sam tomba à genoux, totalement à la merci de son assaillait qui paraissait satisfait. Plié en deux, l’adolescent ne voyait plus rien, il n’entendait plus rien…il n’était plus du tout conscient de ce qui l’entourait…la douleur était insupportable, il avait presque l’impression de s’être fait poignardé une seconde fois. 

- Dean !!!! 
Une voix lui hurla dans les oreilles pendant son sommeil, et le jeune homme se réveilla en sursaut, une arme dans la main, cherchant autour de lui qui pouvait bien l’avoir appelé de la sorte… 
Ne voyant personne, il commença par se dire qu’il avait fait un cauchemar…Oui…oui ça devait être ça….Pourtant son instinct de chasseur lui cria une seconde fois qu’il se passait quelque chose, et Dean comprit…il comprit que personne ne l’avait appelé…Que ce n’était que son subconscient…ou son côté chasseur qui lui ordonnait de se réveiller…Alors, sans même réfléchir davantage, le jeune homme sauta de son lit, et vérifia le chargeur de son revolver avant de se précipiter dans le couloir. Aussitôt, les voix effarées et horrifiées de Bobby et John lui parvinrent depuis le rez de chaussée. 
- Caleb ! 
L’effroi s’empara de lui, conscient que quelque chose était arrivé…Aussi, son instinct de chasseur, ou de grand frère, prit le pas sur l’angoisse et le fit se précipiter dans la chambre de Sam…Persuadé qu’il avait des problèmes. 
Et effectivement, arrivé à quelques mètres, il entendit des bruits de lutte suivit par un fracas. Dégondant la porte d’un coup de pied, Dean entra en trombe et eut tout juste le temps de voir Paul mettre son petit frère à terre d’un coup de genoux dans le sternum, récupérant au passage un couteau par un petit tour de télékinésie. 
Ne cherchant même pas à comprendre, l’ainé pointa son arme dans la direction du chasseur et tira une balle…une seule et unique balle qui vint se loger dans sa tête, le tuant sur le coup. 


Valdora  (05.06.2012 à 11:13)

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