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Série : Supernatural
Création : 24.04.2012 à 12h32
Auteur : Elisab
Statut : Terminée
« "Hey, je peux vous aider ?" Lorsque la main tendue est celle de Dexter Morgan, il faut y réfléchir deux fois avant de l'accepter, surtout si l'on s'appelle Winchester. » Elisab
Cette fanfic compte déjà 21 paragraphes
Chapitre 11
- C’était qui ? Questionna Bobby lorsque Dean raccrocha le téléphone.
- Personne. Répondit-il en ajustant son sac de voyage sur les épaules. J’avais pas suffisamment la voix grognon pour qu’on me laisse un message !
- Idiot ! S’exclama le vieux chasseur.
- C’est bizarre tout de même… Laissa échapper le jeune homme.
- Quoi ?
- Une drôle d’impression… tu vas dire que j’hallucine mais j’ai cru reconnaitre la respiration de la personne au bout du fil… mais laisse tomber ! Abandonna-t-il en secouant la tête. Je prends mes désirs pour des réalités !
Le chasseur s’approcha de lui et le regarda avec insistance.
- Tu penses que c’était Sam ?
Le regard que Dean lui lança confirma le sens de sa question. Il y avait tellement d’espoir et de fatalisme dans les yeux de ce gosse que même l’ours mal léché qu’il était se sentit ému par sa tristesse. Dean sans son frère était comme une âme en peine. Cette séparation l’avait beaucoup plus touchée et l’indifférence affichée par son père le rendait encore plus malade. Et maintenant, John avait décidé de l’emmener en Floride l’éloignant du seul point d’encrage où il tentait difficilement de se remettre.
- Ecoutes ! Le rassura-t-il. Je vais me renseigner sur cet appel et si je tiens une piste, je te contacte tout de suite !
L’aîné des Winchester lui répondit par un sourire reconnaissant et allait ajouter quelque chose lorsque son père le héla fermement par la porte d’entrée restée ouverte.
- Bon il faut que j’y aille. Soupira Dean. Je te remercie pour tout ce que tu fais Bobby, c’est très important pour moi.
- Je sais gamin ! Veilles sur ton paternel, il a pas l’air comme ça, mais il est autant inquiet que toi.
Dean eut un sourire amer. La dessus, il avait du mal à le croire.
- C’est ça ! Lui répondit-il en lui faisant une accolade avant de s’en aller.
Le jeune homme s’engouffra dans le 4x4 de son père et fit un dernier salut à l’attention de son vieil ami. Les pneus crissèrent ensuite sur le bitume et le véhicule s’éloigna rapidement du Cass-auto de Bobby. Ils allaient rouler plus de trois mille quatre cent kilomètres en moins de deux jours pour atteindre la Floride et mener cette enquête que John voulait ou plutôt exigeait de faire à tout prix.
Plus vite ils en termineraient avec cette chasse, plus vite Dean pourrait se consacrer à la recherche de son frère et cette pensée le consola un tout petit peu.
Régulièrement, John s’arrêtait sur le bas-côté de la route pour se dégourdir les jambes et pour passer plusieurs coups de fils puis reprenait ensuite le volant, l’humeur de plus en plus massacrante. Il n’avait pas l’intention de s’arrêter trop souvent et les nouvelles que lui communiquaient les quelques chasseurs qui étaient informés de la situation ne lui donnaient pas envie de traîner en chemin. Il savait qu’il devait se rapprocher du lieu de la disparition de son cadet pour avoir des pistes plus fiables et maintenant que Dean allait physiquement un peu mieux, il fallait s’activer.
Parce que John voulait faire absolument cette chasse. Il voyait trop de jeunes gens mourir de façon épouvantable. Il ne voulait pas faire le rapprochement avec la disparition de son plus jeune fils. Cependant, il se disait en son fort intérieur, que s’il arrivait à résoudre cette affaire, quelqu’un d’autre, quelque part, pourrait en faire autant pour sauver Sam. Alors oui, il souhaitait découvrir qui étaient ceux qui perpétraient ses sacrifices, car d’après ses recherches il s’agissait effectivement bien de cela et oui il voulait également trouver quels démons ou autres créatures étaient invoqués et pourquoi ? Rufus avait appuyé aussi dans ce sens car « tous les corps retrouvés par la police étaient disposés d’une drôle de façon comme si on voulait théâtraliser la scène du crime ».
Il fallait donc faire vite et pour ne pas perdre de temps, John appuya sur l’accélérateur.
Lorsque la nuit fut bien avancée, ils atteignirent une aire de repos où un seul bâtiment et une petite station d’essence faisaient office de relais pour les touristes de passages égarés qui avaient empruntés involontairement la voie secondaire.
Dean pénétra dans la pièce climatisée et appuya sur la sonnette disposée sur le petit comptoir pour alerter le propriétaire. Il fit un rapide état des lieux et se retourna pour apercevoir une jeune femme aux cheveux châtains qui se dirigea vers lui le sourire aux lèvres.
- Je peux vous aider ? Questionna-t-elle.
Le jeune homme enclencha involontairement un sourire charmeur.
- Je souhaiterais réserver une chambre pour mon père et moi, juste une nuit.
- Vous avez de la chance ! S’exclama-t-elle.
Elle lui tendit une clef surmontée d’un joli numéro trois en métal.
- C’est notre dernière chambre de disponible. Il y a un lit d’une personne et un canapé dépliant qui peut faire l’affaire. Elle s’avança et lui chuchota avec connivence. Je vous le conseille, il est beaucoup plus confortable !
Dean allait lui demander si elle l’avait déjà testé mais son père entra à son tour, imposant immédiatement, simplement par sa présence, crainte et respect.
La jeune femme se redressa et lui fit un salut aimable de la tête ne pouvant s’empêcher de penser que le père était aussi séduisant que le fils.
- Vous savez où nous pouvons nous restaurer ? Questionna John en se frottant sa barbe de plusieurs jours.
- Nous avons juste un distributeur de sandwichs à côté de la cabine téléphonique. Vous ne pouvez pas la rater elle est juste à la sortie des toilettes à l’arrière de la station service.
John la remercia et emprunta l’escalier qui le mènerait jusqu’à sa chambre. Dean, quand à lui, lança le plus beau de ses regards à l’attention de la jeune femme qui se mit rapidement à rougir de plaisir.
En pénétrant dans la chambre, le sourire du jeune homme s’effaça lentement à la pensée des reproches qu’aurait fait son frère concernant son attitude éternellement puérile. Il avait tellement écumé les chambres d’hôtels avec son cadet que de ne pas le sentir près de lui, entendre sa respiration ou voir son ombre dans son environnement proche le mettait terriblement mal à l’aise.
Dean soupira encore devant cette culpabilité qui le prenait à la gorge dès qu’il pensait à son frère. Il en avait ras-le-bol de ce malaise qui le submergeait à chaque fois qu’il pensait à lui. Ses mains devenaient moites, les battements de son cœur s’accéléraient et son souffle se bloquait dans les poumons. Il avait la désagréable sensation d’être un gosse pris en flagrant délit de vol dans un magasin de jouets.
Un flash d’une extrême violence le fit sursauter lorsqu’il se vit projeter Sam contre une porte. Il entendit le bruit mat du choc et vit du sang s’écouler de la bouche de son frère.
- Mon Dieu ! S’exclama Dean en se frottant les yeux pour chasser cette vision cauchemardesque.
John s’aperçut tout de suite que son aîné allait mal.
- Dean tu vas bien ? S’inquiéta son père.
- Ca va ! Ça va ! Lança le plus jeune avec animosité, ne maîtrisant pas cette colère soudaine.
Devant le comportement étrange de son fils, John se renfrogna et l’envoya immédiatement chercher leur repas au distributeur.
Dean soupira puis fit demi-tour en claquant la porte. En descendant les escaliers, il ralentit et passa une main dans la poche arrière de son pantalon. Il en retira une photographie de Sam et de lui qui avait été prise par un ami de leur père lors d’une chasse aux vampires. Le jeune homme l’observa et respira plus calmement. La photographie avait vieillie mais il l’avait toujours conservée précieusement au fond de son sac et depuis la disparition de son cadet elle ne le quittait plus.
Dean se sentit de nouveau étrangement calme, préférant ne pas trop penser à ce qu‘il venait de voir, parce qu’il ne comprenait pas ou plutôt parce qu’il avait peur de fouiller sa mémoire. Ca ne pouvait pas être lui, c’était impossible et franchement inimaginable qu’il puisse faire du mal à son petit frère. Dean secoua la tête pour chasser cette idée et mit ça sur le compte des effets secondaires des drogues qu’ils avaient prises.
Arrivé en bas, Dean passa de nouveau devant la jeune propriétaire, ralentit, puis recula pour lui faire face.
- Ne me dîtes pas que vous faite ce sourire à tous les voyageurs qui viennent ici, sinon je vais me vexer. Lança-t-il charmeur.
La femme se mit à rire franchement et ses yeux pétillèrent de satisfaction.
- Seulement pour les beaux gosses dans votre genre, oui ! Répondit-elle du tac-au-tac.
L’aîné des Winchester élargit son sourire tout en s’approchant du comptoir. Il tenait toujours la photographie de son frère dans la main quant elle fit un mouvement du menton dans sa direction.
- C’est pas très discret de jouer les Don Juan alors qu’on tient la photo de sa copine dans la main !
- Quoi ?! S’interrogea Dean ne comprenant rien à ce qu’elle venait de dire, puis après quelques secondes il comprit son allusion.
- Oh ! Non… non… c’est une photo de mon frère avec moi !!!
Le regard de la jeune femme se fit de nouveau rieur.
- Je peux voir ? Demanda-t-elle curieuse.
Dean regarda encore la photographie et la lui tendit avec embarras.
- Il a disparu depuis plusieurs semaines et mon père et moi sommes à sa recherche…
- Voyons si je peux vous rendre service. Lança-t-elle en étant certaine du contraire. Il y avait pas mal de gens qui passaient ici et réussir à se souvenir de quelqu’un avec précision était peu probable.
Pourtant elle eut l’air surprise et approcha la photographie plus près de son visage pour mieux la détailler.
Dean remarqua le changement, retint sa respiration et se mit inconsciemment à espérer.
- Ah ! Je ne suis pas sûre… Hésita-t-elle. Pourtant sa tête ne m’est pas inconnue…
- Vous l’avez eu comme client ? S‘exclama-t-il.
- Non, Il était dans une voiture avec un autre type, un blond de belle allure qui est venu faire le plein.
Le cœur du jeune homme se mit à battre plus vite. Il s’était redressé et aspirait les paroles de la propriétaire des lieux plus qu’il ne l’écoutait. Si elle avait vue Sam, c’est qu’il était en vie et s’il était en vie, il pourrait le retrouver. Son espérance qui s’était peu à peu effritée ces dernières semaines reprit de nouveau vie et se déploya au creux de son estomac.
- Et il vous a dit quelque chose ?
- Hey, tout doux, je ne retiens pas toutes les conversations des touristes de passage ! La jeune femme le regarda en haussant les sourcils puis reprit :
- Le type qui l’accompagnait devait s’appeler Dave, ou Alex… oh non… c’était plutôt comme Robert, non… ça y est ! S’exclama-t-elle en claquant des doigts. Il s’appelait Dexter !
La jeune femme se releva fièrement, heureuse de s’être souvenue du prénom de son voyageur.
- Il vous a parlé ?
- Heu… oui, il voulait savoir si j’avais de l’aspirine pour combattre une méchante migraine. Je lui ai fait remarquer qu’il n’avait pas la tête d’un migraineux et c’est à ce moment là qu’il m’a dit que c’était pour son ami qui dormait dans la voiture, alors je lui ai répondu que oui et je l’ai dépanné de plusieurs comprimés. Il était tellement gentil !
- Une migraine ? Questionna Dean pensant tout de suite à Sam qui en était souvent sujet.
- Oui, pas cool hein ! S’exclama-t-elle compatissante.
- Il vous a demandé autre chose ?
- Oui, si on avait un téléphone. Je lui ai indiqué l’endroit et ensuite il est parti.
- Et vous avez pu parler à mon frère ?
- Je vous l’ai déjà dit, je ne l’ai juste qu’aperçu. J’ai apporté à ce Dexter deux petites bouteilles d’eau pour son voyage et c’est comme ça que j’ai reconnu votre frère avec ses cheveux dans les yeux. Il dormait. En tout cas, c’est l’air qu’il me donnait.
- Il ne vous a pas dit par hasard où il allait ? Tenta-t-il.
La jeune femme lui envoya un sourire triomphant. Elle se souvenait avoir vu l’autocollant humoristique placardé à l’arrière de la voiture qui disait tout simplement « I LOVE Miami, it’s MY city ». Du doigt elle invita Dean à s’approcher d’elle. Ce qu’il fit le cœur frappant encore plus fort sous sa cage thoracique, les battements puissants faisant écho jusque dans ses oreilles.
- M.I.A.M.I. Epela-t-elle triomphante.
Dean s’avança alors tout près d’elle, s’empara de son visage rond et lui fit le plus long, le plus profond et le plus sincère baisé sur la bouche qu’il est pu faire depuis longtemps.
Lorsqu’il la relâcha, il ne lui souffla qu’un seul mot :
- Merci.
Encore sous le choc, elle reprit doucement son souffle et s’éventa avec un magasine de sport qui traînait sur le comptoir. Elle entendit l’aîné des Winchester enjamber les marches de l’escalier quatre par quatre pour le voir disparaître ensuite à l’étage.
- Papa ! Papa ! S’exclama Dean heureux comme jamais en surgissant dans la chambre. Sam est à Miami !
John attablé devant ses armes qu’il nettoyait consciencieusement cessa brusquement tout mouvement et regarda son fils avec soulagement.
Sans un mot, ils se comprirent et la tension qu’il y avait entre eux depuis la disparition de Sam s’évapora instantanément.
Tout convergeait décidément vers une seule et même destination. D’une part, John et Dean avaient une piste concrète pour retrouver Sam. Avec la description du véhicule, la direction qu’il avait prise et le signalement de l’homme qui l’accompagnait, ils ne pouvaient que le retrouver. Ce n’était désormais plus qu’une question de temps. D’autre part, Il y avait cette série de meurtres avec mutilations que John voulait résoudre, et cette enquête les menait également vers Miami. Satisfait, John se frotta les cuisses de ses mains et les frappa ensuite avec enthousiasme.
- Dean, on plie bagage dès l’aube !
- Bien chef ! Répondit l’aîné des Winchester le sourire en coin.
A suivre…
Je n’ai plus de connexion en ce moment (RIP pour ma Box) et me voilà donc chez une amie qui me laisse utiliser son ordinateur. Du coup, voilà la suite avec une journée d’avance ! Attention à partir du prochain chapitre tout va s’accélérer…
Chapitre 12
Sam n’aurait jamais cru cela possible, mais travailler dans une bibliothèque n’était pas si désagréable que ça. Il trouvait que c’était plutôt facile, tranquille, pas du tout ennuyeux et très instructif. Au bout d’une semaine, il avait compris son fonctionnement et enregistré les procédures lourdes et rébarbatives qu’exigeaient cet organisme.
Betty l’avait accueillie à bras ouverts après avoir lu les recommandations de Dexter. Au bout de deux jours, elle lui avait confié quelques tâches plus complexes et les jours suivants, elle s’arrêta de vérifier le travail qu’elle lui avait donné. La semaine suivante, La jeune femme lui laissa gérer son poste durant deux bonnes heures, alors qu’elle devait se rendre de toute urgence à l’hôpital du secteur pour récupérer sa fille de dix ans qui avait fait une mauvaise chute en sport.
A son retour, elle fut ravie de voir que tout se passait bien et que Sam avait géré cela comme un professionnel. Elle avait déniché la perle rare et elle avait décidé qu’elle ferait tout pour le garder.
Les jours qui suivirent, confirmèrent son impression première et une complicité s’installa doucement entre elle et Sam. Malgré sa jeunesse, il ne rechignait pas à la tâche, était toujours aimable et travaillait avec la même application quelque soit son activité. Elle lui accorda alors un peu de temps libre pour qu’il puisse profiter de cette grande et fantastique bibliothèque. Car en plus d’être brillant, c’était un jeune homme qui adorait se plonger dans les livres et elle fut surprise de voir la variété et la quantité d’ouvrages qu’il commença à emprunter.
D’ailleurs de son bureau elle l’observait, assis à une table, quelques livres ouverts devant lui, plongé dans je ne sais quoi qui le captivait beaucoup. Curieuse, elle pianota sur son ordinateur et nota le dernier ouvrage qu’il avait emprunté « Lieux de cultes en Floride ». Tiens donc ! pensa-t-elle ravie. Et en plus il est croyant !
Seulement, Sam ne cherchait pas un lieu de culte pour y prier. Cela faisait trop longtemps qu’il avait retranché sa foi, exclusive et personnelle, derrière une porte de son esprit fermée à double tours. Non, il recherchait des indications qui lui permettraient de trouver et de situer l’église qu’il avait vue dans sa vision lorsqu’il était au restaurant.
Sam se redressa sur son siège et expira doucement pour soulager ses côtes. Il ne ressentait plus à ce niveau qu’une légère gène de temps à autre, surtout lorsqu’il restait trop longtemps immobile.
Il ne put s’empêcher de soupirer de nouveau lorsqu’il comptabilisa cent onze paroisses situées rien que dans la ville de Miami*. En recherchant la localisation des différentes églises rattachées à celles-ci, il put déjà en supprimer une bonne moitié, de construction trop moderne et qui ne correspondait en rien à ce qu’il avait vu dans sa vision. Il élimina ensuite celles qui étaient accolées à de grands immeubles puis celles qui étaient constamment occupées par des évènements divers.
Il lui restait désormais quatorze églises qui pouvaient potentiellement cadrer avec celles qu’il avait vues. Il nota précieusement leurs coordonnées puis les indiqua sur le plan de la ville qu’il avait pris soin d’emmener avec lui.
Il devait maintenant se dépêcher car la lune serait définitivement pleine à la fin de la semaine. Il fallait qu’il obtienne un maximum d’informations qu’il pourrait transmettre ensuite à la police afin d’éviter un nouveau meurtre particulièrement répugnant à ses yeux.
Sam, malgré cette envie puissante de tourner la page sur son passé, n’en restait pas moins un Winchester et il ne pouvait pas rester là sans rien faire en sachant qu’un pauvre type allait se faire torturer d’ici peu.
Depuis son altercation violente avec son frère, Sam s’était arraché définitivement de ce monde obscur et terrible qu’avait été le sien jusqu’à présent pour le remplacer par une vie simple mais tellement plus agréable.
Il savait également qu’il ne pouvait plus appeler Bobby, non, surtout plus maintenant qu’il était en compagnie de son père et de Dean. Il ne pouvait pas non plus contacter d’autres chasseurs qui iraient automatiquement les prévenir de sa démarche. Alors la police restait sa dernière solution, et il avait un flic sous la main. Une fois informé, Dexter pourrait alors remonter l’information à ses supérieurs le jour adéquat.
Cependant il devait réussir à le convaincre et là c’était une autre histoire. Dexter était un personnage très complexe et Sam avait du mal à le cerner. Il était performant et pointu dans son domaine, extrêmement réceptif à son environnement et très protecteur lorsqu’il s’agissait de sa sœur. Il était aussi un type formidable qui lui avait permis de sauter à pieds joints dans une nouvelle vie dépourvue de monstres et de démons. Pourtant le policier restait constamment sur ses gardes, comme s’il craignait qu’une épée de Damoclès ne tombe sur sa tête à l’improviste. Sam devrait donc être suffisamment convainquant et éviter à tout prix de mêler le surnaturel à son histoire pour ne pas perdre en crédibilité.
Le jeune homme regarda la grosse pendule blanche et noire qui ornait le centre de la pièce et rassembla tous ses documents pour se préparer à sortir. Il se releva doucement mais ne pu s’empêcher de grimacer lorsqu’il se redressa. Il jeta ensuite un œil à l’accueil et fit signe à Betty qu’il allait déjeuner. Elle répondit par un grand sourire et avec la main lui indiqua qu’il pouvait débarrasser le plancher.
Au moment où il empruntait les grandes portes tournantes automatiques en bois pour quitter les lieux, il croisa Dexter les mains chargées de plusieurs sachets/repas à emporter.
- Sam ! Lança Dexter le sourire aux lèvres en montrant les paquets. Je venais vous chercher pour manger un morceau, ça vous dit ?
Le jeune homme accueillit sa proposition avec plaisir et ensemble ils se dirigèrent vers un petit parc jouxtant la bibliothèque.
Tout en marchant, le jeune Winchester laissa les rayons du soleil le caresser et il nota avec étonnement que depuis toujours il avait vécu dans l’opacité de la nuit au lieu de profiter de la lumière du jour. Il prit un certain plaisir à déambuler tranquillement à côté de Dexter sans se soucier des ombres qui se déplaçaient habituellement dans l’obscurité.
La verdure explosait par ses couleurs, le soleil lui réchauffait le corps agréablement et Sam se fit la remarque que « Putain, là, maintenant, il se sentait franchement bien ! ».
Ils trouvèrent une table en plein air et s’y installèrent tranquillement à l’abri de quelques arbres qui longeaient la route. La circulation à l’heure de midi était plus dense, mais ne gênait en rien les habitués qui prenaient leur repas à l’ombre des grands arbustes.
- Betty est vraiment contente de vous ! Remarqua Dexter en distribuant des boîtes de « crudité poulet ». Elle aimerait bien vous embaucher en fixe.
- J’avais remarqué. Constata Sam. Mais ça me fait bizarre… d’être apprécié pour…
- Pour un travail qui ne sort pas de l’ordinaire. Coupa Morgan qui avait pris depuis peu l’habitude de finir ses phrases. Un travail qui vous rend fière de vous !
- Fière peut être pas, mais satisfait oui. Répondit le plus jeune réaliste.
- Vous allez voir, Sam, comme c’est agréable de faire partie de la lumière, de quitter l’ombre pour vivre au grand jour. Faire partie de la vraie vie, de la réalité !
- Je n’arrive pas encore à me rendre compte de la chance que j‘ai. Reprit le jeune homme.
- Et bien il va falloir vous y faire, parce que maintenant c’est votre vie !
Sam observa Dexter puis commença à manger, un sourire involontaire se dessinant sur son visage. Pourtant, après quelques instants, un pli se dessina doucement sur son front et il reporta son attention vers son compagnon de table.
- Dites-moi ! Commença-t-il. Vous pourriez peut être m’aider…
- Encore ? Plaisanta Dexter.
- Oh non, c’est juste un renseignement. Répondit Sam à demi amusé. J’ai vu, étant plus jeune, un dépliant sur lequel il y avait une photographie d’une jolie petite église ou chapelle, je ne sais plus… et je me suis souvenu qu’elle était située à Miami. Vous pensez qu’en vous la décrivant vous pourriez m’aider à la trouver ?
- Voilà une étrange demande ! Lança Morgan étonné.
- J’ai beaucoup imaginé lorsque j’étais enfant que j’allais dans cette église pour prier et… j’aimerais vraiment savoir si elle existe vraiment ?
Le jeune Winchester lança un tel regard chargé de sentiments et d’espoir que Dexter se laissa convaincre.
- Décrivez-moi ça alors, je vais essayer de vous aider.
- Bien… merci beaucoup… vous ne pouvez pas savoir comme c’est important pour moi.
Sam ferma les yeux et essaya de décrire sa vision.
- C’est une petite église et les vitraux extérieurs représentent un chemin de croix. Le cœur est surmonté d’une rosace dont les couleurs sont de plusieurs verts très soutenus. L’autel est tout en marbre gris, un peu comme celle des pierres tombales et derrière, il y a un grand crucifie sculpté entièrement en bois et le christ semble se fondre avec la croix comme une vigne agrippée à des tuteurs. Le sol et fait de grandes plaques de marbre noire et l’autel est surélevé par une grande estrade en chêne.
- Tout ça était sur votre prospectus ? Questionna Morgan surprit.
- Oui. Mais je pense que maintenant l’église doit être très peu utilisée ou même à l’abandon.
- Et bien, hésita Dexter, je ne suis pas trop un adepte des églises, mais ce dont je suis sur, c’est qu’il y en a pas mal dans le secteur.
- Justement ! Renchérit Sam. J’ai fait des petites recherches et je pensais commencer à faire des visites après mon travail, vous pourriez peut être me dire ce que vous en pensez ?
Sam se pencha pour récupérer dans son sac les recherches qu’il venait de faire. Il en sortit le plan de la ville et lui montra les différentes églises qui semblaient correspondre à sa description.
Dexter se pencha sur la carte et l’examina consciencieusement.
- Vous pouvez éliminer celle-ci. Montra-t-il du doigt. Elle a été démolie l’année dernière. Et celle-ci a été achetée par des particuliers pour en faire un loft. Humm… St Genèse a été entièrement repeinte dans une couleur qui a faillit déclencher une émeute dans le quartier. Non… Celle-ci non plus n’existe plus… Et à la place de l’église Saint Bernard il y a un merveilleux centre de relaxation !
- Peut-être l’église Sainte Maria del Sol. Reprit-il en tapotant du doigt sur la carte. Elle est assez excentrée de la ville et n’est plus utilisée depuis un bout de temps ! Il faudrait y aller pour voir si elle ressemble à votre description.
- Okay… J’irai jeter un œil dans la soirée. Lança Sam perdu dans ses pensées.
- Et vous pourrez alors vous y recueillir !
- Quoi ? Oh oui… bien sur !
Dexter l’observa silencieusement et essaya de découvrir ce qu’il cachait derrière ce mensonge. Il n’était pas dupe. Cependant il n’arrivait pas à comprendre pourquoi Sam lui mentait encore et pourquoi il recherchait désespérément cette église ?
Le policier scientifique avait remarqué que le jeune Winchester avait changé depuis qu’il avait eu cette migraine au restaurant lorsqu’il était avec sa sœur et maintenant il le trouvait différent, plus silencieux et préoccupé.
Dexter avait du mal à comprendre pourquoi, alors qu’il avait renoncé à sa vie passée, Sam avait cherché à joindre une espèce de garagiste/ferrailleur dans le Dakota du sud pour lui raccrocher au nez la peur au ventre. Quelque chose ne tournait pas rond chez son jeune colocataire et Dexter voulait découvrir de quoi il s’agissait.
Décidément Sam Winchester restait toujours un grand mystère pour lui.
Alors que le jeune homme repliait tranquillement son plan de la ville et se penchait pour tout remettre dans son sac, une Chevrolet Impala noire passa derrière lui suivit de très près par un 4x4 sombre.
Les deux voitures poursuivirent leur route pour s’arrêter devant la bibliothèque. Deux hommes en sortirent et enlevèrent leur veste beaucoup trop chaude pour le soleil de Miami. L’un était de taille moyenne et dans la force de l‘âge tandis que l’autre était grand et plus jeune.
Un frisson glacé glissa le long de la colonne vertébrale de Dexter lorsque son regard s’arrêta sur eux et qu’il reconnut immédiatement John et Dean Winchester.
Il jeta un regard discret vers Sam qui, installé dans le sens opposé à la route, n’avait rien vu de ce qui se tramait dans son dos.
- Si vous le voulez je peux vous y emmener tout de suite Sam ! Proposa Morgan, l’air toujours aussi décontracté. Nous pouvons y être en moins d’une demi-heure !
Sam parut ravi de sa proposition et accepta volontiers. Il se leva et Dexter l’entraîna rapidement vers sa voiture qu’il avait garée un peu plus loin, en remerciant intérieurement sa bonne fortune de n’avoir pas trouvé de place de stationnement libre plus près.
- Oups ! Lança Morgan en se frappant le front, faignant d’avoir oublié quelque chose. J’ai dû laisser mes clefs sur la table. Allez-y je vous rejoins tout de suite.
- Okay ! Répondit Sam en le regardant s’éloigner rapidement.
Arrivé à destination, Dexter fit semblant de ramasser ses clefs et observa à la dérobé les Winchester qui venaient d’emprunter les grandes portes de la Bibliothèque de Miami.
- « Merde » Ragea Dexter contrarié.
A suivre…
* Pour info, je trouvais que cela faisait beaucoup mais la ville de Miami compte bien 111 paroisses (20% de catholiques) pour 4 300 000 habitants environ.
Chapitre 13
- Alors tu me suis ? Demanda John en regardant son fils.
C’était plus un ordre qu’une question et Dean, avant de s’exécuter, se retourna pour regarder la grande rue bordée de palmiers. Ses yeux firent le tour de l’horizon sans chercher quelque chose en particulier. Une habitude qu’il avait prise depuis qu’il chassait avec son père. Pourtant son regard fit le chemin inverse pour s’attarder vers l’entrée d’un petit parc où des personnes flânaient doucement sous un soleil de plomb.
- Y’a un problème Dean ? Questionna son père sur le qui-vive.
- J’en sais rien… Admit-il. J’ai l’impression qu’on nous observe.
John Winchester parcourut à son tour la ville avec attention.
- Je ne vois rien de particulier. Conclut-il dubitatif. Ne perdons pas de temps. Prenons nos renseignements et ensuite on file.
Le plus vieux entra dans la Bibliothèque et, sans regarder derrière lui pour voir si son aîné le suivait, se dirigea vers l’accueil. Une femme dynamique, travaillant derrière son bureau, leva vers eux un sourcil interrogateur.
- Je peux vous aider Messieurs ?
- Oui. Commença John. Nous recherchons des articles de presse depuis deux mois jusqu’à maintenant.
- Quel secteur et quelle rubrique s‘il vous plait ?
- Juste la ville de Miami et les faits divers.
La jeune femme pouffa de rire involontairement.
- Et bien vous allez en avoir du boulot avec tous les malades qui traînent dans le coin !
- Je sais ! Admit John sérieusement.
- J’espère que vous êtes informatisés ? Lâcha Dean en s’imaginant mal feuilleter des journaux pendant des heures.
La femme le regarda offusquée. Elle allait répondre lorsqu’une jeune femme élancée arriva comme une tornade et se jeta littéralement devant elle l’air pressée.
- Betty ! Souffla-t-elle, bousculant John sans complexe. Dis-moi que mon frère est là ?
- Excusez-moi coupa sèchement le plus vieux des Winchester. Je voudrais terminer ma conversation…
La jeune femme se retourna vers lui, surprise qu’on ait pu l’interrompre et l’observa sans gène de la tête aux pieds.
- Je vous ai coupé la parole ? Oh j’en suis désolée. Puis elle se retourna vers Betty ignorant délibérément le chasseur.
- Alors ?
- Il est parti il y a une demi-heure Debra.
- Merde. Lâcha-t-elle contrariée. Si tu le revois dis lui de me rappeler d’urgence ! C’est important !
La jeune femme se redressa et se retourna vers John.
- Voilà j’ai finis, y’avait pas de quoi péter une durite !
Sans attendre la moindre réponse de sa part, elle se précipita vers la sortie aussi vite qu’elle y était entrée.
- Excusez-moi ! Reprit l’employée de la Bibliothèque gênée, se tassant un peu plus derrière son bureau, s‘en servant comme d’un bouclier devant l‘air peu avenant du plus vieux des Winchester.
- Vous pouvez vous rendre au premier étage sur votre droite.
John lui envoya un regard assassin et marmonna un merci du bout des lèvres avant de prendre la direction indiquée, suivi de Dean qui n’avait pas quitté des yeux la jeune femme, examinant sa silhouette avec admiration.
C’est au bout de deux bonnes heures qu’ils trouvèrent ce qu’ils cherchaient. Ils firent plusieurs photocopies et quittèrent les lieux soulagés d’avoir enfin terminé. C’était toujours Sam qui faisait les recherches et les Winchester se rendirent compte de l’efficacité qu’avait le plus jeune pour trouver rapidement les articles de journaux recherchés.
Munie d’une liste correspondant aux différentes victimes, ils prirent la direction de l’hôtel qu’ils avaient réservé, tout proche de la sortie de la ville, pour mettre au point leur enquête.
Assis face à face sur leur lit respectif, les documents éparpillés un peu partout autour d’eux, ils énumérèrent chacun à leur tour les indices qui pouvaient être intéressants et commentèrent les rapports de police qu’ils avaient subtilisés illégalement.
En se frottant le menton d’un air concentré, Dean eut comme une révélation et se retourna pour prendre une feuille qu’il souleva triomphalement.
- Regarde papa ! Lança ce dernier en montrant un dessin représentant un pentagramme.
- Oui est alors ? Questionna son père ne voyant pas où il voulait en venir.
- Le premier corps à été découvert au sud-ouest de la ville à moitié enterré, dans un chantier d’un immeuble en construction.
- C’est exact.
- Le deuxième corps à été retrouvé à peine calciné dans un four à pain traditionnel d’une chaîne de boulangerie.
Dean indiqua sur une carte le sud-est de Miami.
- Humm…
- Le troisième corps à été récupéré pendu dans les airs accroché par les pieds en haut d’une grande roue dans un parc d’attraction au nord-ouest de la ville… tu me suis toujours ? Questionna Dean en regardant son père.
- Toujours.
- Le dernier corps a été localisé sur la baie en train de cuire au soleil face de la mer au nord-est de Miami. Et regarde ! Indiqua-t-il en montrant de nouveau le symbole.
- « Earth » le chantier, « Fire » le four à pain, « Air » la grande roue et « Water » le corps à côté de la plage !!!! L’aîné des Winchester traça sur le plan chaque localisation des victimes et un pentagramme se dessina sur la carte.
Dean pointa son stylo au nord du symbole.
- Il manque une dernière victime au nord de la ville, qui correspond à « Spirit » et le pentagramme sera complet.
John regarda son fils avec satisfaction. Son analyse était pertinente et il se pencha sur la carte pour l’étudier de plus près.
- « Spirit » l’esprit, correspond sûrement à un lieu de culte. Il faut chercher s’il n’y a pas d’églises ou de chapelles dans le secteur. Compléta John heureux de voir son enquête avancer à grands pas.
Il se redressa et plongea ses yeux bienveillants dans ceux de son fils.
- Je me demande juste une chose. Ajouta cependant Dean perplexe.
John haussa un sourcil interrogateur.
- Une fois le pentagramme terminé, qu’est-ce qui va se passer ? Et qu’est-ce qui va sortir de cette invocation ?
- Allons repérer les lieux immédiatement ! Décida John en se levant. La lune est quasiment pleine, c’est le moment idéal pour faire un nouveau sacrifice. Prends tes armes et on y va !
Dean approuva de la tête puis hésita un court instant.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Questionna calmement le plus vieux.
Son fils se frotta les lèvres de sa main droite ne sachant pas comment s’exprimer sans provoquer la colère de son père.
- J’aimerais avoir un peu de temps pour rechercher Sam… lança-t-il le regarde pressant.
John se figea sur place. Bien sur, son fils avait raison. Il savait que Sam avait pris la direction de Miami et maintenant qu’ils étaient sur place, son aîné plaçait la recherche de son frère en priorité. C’était tout à fait légitime et il culpabilisa à l’idée de ne pas y avoir pensé avant.
Sam était son fils, pourtant il préférait finir cette chasse avant de le retrouver. Qui était-il pour passer l’un de ses enfants au second plan ? Pour Dean, il aurait remué ciel et terre, sans hésitation. Alors pourquoi ne ressentait-il pas la même chose pour son cadet ?
John ne se voila pas la face très longtemps. Il savait au fond de lui-même qu’un jour ou l’autre il perdrait son cadet. Tout ça à cause de ce que lui avait fait le Démon Azazel lorsqu’il n’avait que six mois. Alors pour ne pas souffrir outre mesure, il s’était peu à peu détaché des sentiments qui le liait à lui. Et maintenant, inconsciemment, il ignorait l’urgence de la situation.
D‘un autre côté, il appréhendait son retour et leurs querelles journalières. C’était récurant depuis qu’il était revenu auprès de lui après la mort de Jessica. Il ne pouvait pas se passer une journée sans qu’ils se disputent.
C’est Dean qui avait donc pris la relève et qui s’était chargé de le protéger. Dean qui avait toujours été là pour l’encourager, le soutenir et l’aider comme il aurait dû le faire lui. Et maintenant John comprit toute l’émotion que devait ressentir son aîné lorsqu’il lui demandait du temps, le suppliait presque, pour le rechercher.
John soupira et regarda son fils tristement.
- On jette un œil dans le secteur et après tu as quartier libre pour le reste de la soirée, ça te va ?
Dean acquiesça vivement et se leva à son tour pour se préparer rapidement, plaçant par habitude son arme derrière son dos maintenue par la ceinture de son pantalon.
Une heure plus tard alors que le soleil commençait sa lente descente derrière l’horizon, ils arrivèrent dans le quartier nord de Miami. L’Impala noire sillonna les rues à la recherche d’une bâtisse qui pourrait faire office de lieu de culte. Ils s’éloignèrent progressivement des voies de circulation trop fréquentées pour prendre celles de plus en plus petites et isolées. Ils traversèrent également des quartiers peu sûrs et très typés où la musique sud américaine filtrait à travers les fenêtres ouvertes des habitations vétustes.
John s’arrêta plusieurs fois pour se renseigner et emprunta une petite route qui devint rapidement caillouteuse. Dean se demanda si les personnes que son père avait interrogées ne s’étaient pas foutues de lui, mais son avis changea du tout au tout lorsqu’ils aperçurent le toit d’une chapelle apparaître entre plusieurs arbres.
Le plus vieux des Winchester gara la voiture non loin de là. Par précaution ils prirent quelques armes et finirent leur chemin à pieds.
La chapelle était abandonnée et la végétation avait sérieusement envahie les lieux. Quelques vitraux jadis lumineux étaient ternis par la crasse et cassés par endroit. Un groupe d’oiseaux s’échappèrent et s’envolèrent du petit clocher déserté de ses carillons, surprenant les chasseurs sur le qui-vive.
Ils s’approchèrent après quelques minutes de la vieille porte en chêne et pénétrèrent silencieusement dans la chapelle, s’habituant progressivement à la pénombre.
Le regard de Dean fut attiré par le grand crucifie entièrement en bois étrangement sculpté et ne put s’empêcher de sourire en pensant à certains tire-bouchons noueux qui avaient cet aspect.
John lui fit signe et ils s’avancèrent un peu plus dans le cœur de la petite église. La fraicheur intérieure les fit frissonner malgré eux. Les Winchester se regardèrent de nouveaux, s’inquiétant soudain du silence trop intense qui régnait ici.
C’est presque sans surprise qu’ils entendirent ensuite le hurlement d’une personne provenant du presbytère. Un cri déchirant qui les firent frémir involontairement.
John et Dean se précipitèrent aussi silencieusement que des chats vers le cri du désespéré, détaillant chaque millimètre de leur environnement, s’attendant à voir surgir un ennemi potentiel à tout moment.
Ils approchèrent de la pièce obscure et distinguèrent dans le noir des mouvements trop rapides pour identifier quoique ce soit.
Des gémissements à peine audibles envahirent l’ancienne habitation du prêtre. Ils se poursuivirent encore quelques secondes avant de se transformer en une sorte de râle étranglé suivi d’un raclement de gorge qui se termina par une expiration profonde.
C’est à ce moment là que John et Dean comprirent que l’individu qu’ils avaient entendu crier était mort. Ils se précipitèrent alors dans la salle, allumant rapidement leur lampe torche pour aveugler le meurtrier.
John reçut un coup violent dans le ventre sans avoir pu voir d’où venait l’attaque. Reculant de deux pas pour ne pas perdre l’équilibre, il reprit difficilement son souffle. Pendant ce temps, Dean tira en direction le l’ombre qui s’était mise à bouger à quelques millimètres de lui.
Le silence se refit, lourd, pesant. Le bal des faisceaux de lumière dansèrent dans la salle à la recherche de l’agresseur. Rien. La pièce était vide.
Ils sursautèrent lorsqu’ils entendirent soudainement une porte claquer violemment.
Dean se précipita de nouveau vers le bruit, cherchant une ouverture qui aurait permis au meurtrier de s’enfuir. Mais rien dans les murs n’indiquait une quelconque sortie. John rejoignit son fils l’arme au poing, prêt à agir puis se retourna et courut vers la porte d’entrée pour contourner la chapelle et rattraper le fuyard.
Pendant ce temps, Dean s’approcha du corps mutilé qui gisait sur le sol baignant dans une mare de sang. Les doigts des pieds et des mains éparpillés ça et là autours de lui. L’aîné des Winchester eut un haut le cœur devant l’expression de douleur fixée à tout jamais sur le visage de la victime. Les yeux exorbités, la bouche crispée dans un dernier cri d’agonie.
S’arrachant douloureusement de ce spectacle morbide, Dean entendit son père l’interpeller d’urgence.
- Dean ! Cria son père. On quitte les lieux… Une voiture approche.
Le jeune homme recula, puis rejoignit au pas de course son père qui avait déjà pris la direction de leur voiture, remerciant le ciel d’avoir bien dissimulé l’Impala aux regards indiscrets.
Caché derrière les fourrés, John prit quelques secondes afin d’apercevoir un homme blond de bonne taille, son insigne de police attachée autour de son cou, l’arme bien en main, prendre le même chemin qu’ils avaient pris quelques instants plus tôt.
Comment la police avait-elle fait pour arriver aussi vite sur les lieux du crime alors que tout semblait abandonné ici ? Etait-ce les cubains qu’ils avaient questionnés auparavant qui les avaient prévenus ou est-ce que les policiers de Miami menaient vraiment cette enquête avec une terrible efficacité ?
Le plus vieux des Winchester n’eut pas le temps de répondre à ses interrogations. Il entendit de nouveau une portière de voiture qui se refermait et sut que le coéquipier du policier n’allait sûrement pas tarder à le rejoindre. John s’éloigna alors rapidement pour retrouver son fils qui l’attendait patiemment dans son véhicule noir.
Sam regarda Dexter s’avancer prudemment de la dernière chapelle abandonnée qu’ils avaient entrepris de visiter dans la soirée, le policier lui ayant proposé son aide pour inspecter plusieurs églises après leur journée de travail afin de lui faire gagner un temps précieux.
Suivant du regard son compagnon qui s‘éloignait progressivement, Sam le perdit de vue un instant. L’angoisse lui serra alors brusquement l’estomac. Il ne pouvait tout simplement pas le laisser aller tout seul ainsi. Soufflant de dépit par peur qu’il ne lui arrive quelque chose de dangereux, il ne put s’empêcher de le rejoindre.
Sam s’extirpa du véhicule de Dexter et le suivit pour couvrir ses arrières.
A suivre…
Chapitre 14
- Sam… vous feriez mieux de rester dans la voiture ! Lança calmement Dexter en le voyant s’approcher.
- Et si vous faisiez une mauvaise rencontre ? Rétorqua le jeune homme inquiet.
- Ecoutez ? Coupa le plus vieux en percevant au loin le bruit du moteur d’une voiture.
Sam tendit d’oreille, mais n’entendit rien, à part le souffle continu du vent qui s’engouffrait entre les feuilles des arbres.
- Vous pensez qu’il y a un rapport avec le coup de feu qu’on a entendu en arrivant ici ? Questionna-t-il.
- J’n’en sais rien. Répondit Dexter, s’avançant toujours lentement vers la chapelle.
Tout comme les Winchester l’avaient fait un peu plus tôt, ils passèrent par la porte d’entrée restée entrouverte et s’engagèrent à l’intérieur. Une odeur âcre et légèrement amère flottait désagréablement dans l’air et semblait s’appesantir dans le fond de la sacristie.
Dexter plongea ses yeux dans ceux de Sam et ils comprirent immédiatement, sans émettre le moindre mot, que ce qu’ils allaient découvrir ne serait pas beau à voir.
Lorsqu’ils arrivèrent devant le corps mutilé gisant sur le sol dans une large flaque de sang, Morgan empêcha le plus jeune de s‘approcher.
- Regardez. Lança le policier scientifique. Il y a une emprunte de pas dans le sang ! Faites attention.
Sam ne bougea plus, pâlit puis avala difficilement sa salive en découvrant le visage du cadavre. C’était exactement celui qu’il avait vu dans sa vision, son expression de douleur s’était cependant figée dans la mort comme un masque de comédie antique.
Devant la pâleur du jeune homme, Dexter s’approcha pour se placer devant lui, cachant de ce fait cette vision cauchemardesque. Il observa Sam et fut surpris par son expression. Il s’attendait à y voir du dégout, de l’horreur, mais il y vit au contraire une certaine froideur, comme s’il avait déjà été confronté à un spectacle semblable. Puis Dexter pensa au passé du jeune Winchester et aux situations auxquelles il avait dû être confrontées dès son plus jeune âge.
- Sam ? Qu’est-ce qui se passe ?
Les paroles du policier tirèrent Sam de sa torpeur et le ramenèrent à la réalité avec une sensation étrange et dérangeante d’être constamment observée.
- Je… je crois… que… nous ne sommes pas seuls ici ! Articula-t-il difficilement.
Dexter eut un frisson de satisfaction et sentit l’adrénaline se diffuser rapidement dans ses veines. Sam, tout comme lui, avait eu cette désagréable impression et maintenant elle se vérifiait. Il savait désormais que quelqu’un, caché dans la chapelle, épiait leurs moindres gestes.
- Vous devriez retourner dans ma voiture. Ordonna-t-il en chuchotant presque afin de le protéger.
- C’est hors de question ! Rétorqua Sam aussi sec. A deux nous avons plus de chance de l’attraper.
Le Policier découvrit alors avec étonnement le jeune homme prendre une toute autre attitude. Il n’y avait plus devant lui cette personne réservée et mal dans sa peau qu’il avait côtoyée jusqu’à présent, mais il découvrait quelqu’un qui se maîtrisait parfaitement comme serait un chasseur qui a trouvé une proie et qui la traque.
Sam observa la salle avec intérêt et s’approcha à la gauche du mur.
Avec une grâce féline, il se déplaça doucement vers le meuble en bois entièrement sculpté qui prenait toute la longueur de la pièce et commença à déplacer ses mains dessus, caressant du bout des doigts les reliefs, afin de trouver une poignée ou un bouton secret qui ouvrirait une porte dissimulée dans les murs.
Lorsqu’un petit déclic se fit entendre alors qu’il passait sa main sur l’une des ailes d’une colombe incrustée dans le bois, Dexter se retourna rapidement face à une porte qui se déverrouilla. Il s’avança lentement devant elle et la poussa doucement.
Le policier vit alors une forme indistincte dans le noir bouger précipitamment et plusieurs coups de feu éclatèrent dans l’église. Dexter se déplaça à côté de la porte maintenant complètement ouverte et Sam roula de l’autre côté évitant une autre série de tirs.
Le jeune homme observa son compagnon et remarqua une tache de sang qui s’élargissait sur le tissu de son avant bras. Il le regarda soudainement inquiet et leva un sourcil interrogateur. Dexter lui fit non de la tête et indiqua de nouveau la porte où s’était réfugié le tueur.
Sam prit la décision de passer de nouveau devant l’ouverture pour rejoindre Morgan et une nouvelle série de coups de feu résonnèrent autours d’eux.
- Mais vous êtes fou ?!!!! Chuchota Dexter en colère.
- C’est une arme automatique. Rétorqua le jeune Winchester sûr de lui. Il ne devrait lui rester que trois balles maintenant.
Le policier resta bouche-bée quelques secondes puis plaqua Sam contre le mur.
- Vous ne bougez plus de là, espèce d’inconscient. Laissez-moi faire mon job !
Dexter retint sa respiration et passa à son tour devant la porte alors que les tirs reprirent au rythme d’un métronome. Seulement au quatrième coup il n’y eut qu’un clic indiquant, comme Sam l’avait prévu, que le tueur n’avait plus de munitions.
D’un seul corps, les deux hommes s’engouffrèrent alors dans le noir de la salle secrète et plongèrent sur le meurtrier.
Soudain Sam grimaça de douleur, le tueur avait toujours son couteau de chasse et venait de l’utiliser en lui tailladant l’épaule. Il le projeta ensuite violemment sur le sol. Sam essaya de se dégager lorsqu’une poigne d’une force surhumaine lui compressa la gorge, il sentit que le tueur aurait vite le dessus si Dexter n‘intervenait pas rapidement.
Répondant à sa prière, le jeune Winchester put de nouveau reprendre sa respiration lorsque le policier maîtrisa momentanément le criminel. Mais Dexter reçut à son tour un coup de couteau dans la cuisse. Il poussa un cri de douleur et de rage et emprisonna de ses deux mains le poignet de son assaillant qui maintenait la lame dangereusement proche de sa poitrine.
Sam ramassa l’arme qu’avait perdue Dexter dans sa lutte et tira sur le meurtrier à plusieurs reprises. L’homme s’effondra lourdement sur le sol, entraînant avec lui le policier à bout de souffle.
Dexter le repoussa brutalement sur le côté et se redressa le regard fixé sur le corps sans vie du criminel. Sam l’observa à son tour et fut effrayé par l’étincelle de folie qui brillait dans ses yeux. Un regard qui donnait l’impression qu’il jubilait devant la dépouille désarticulée de l’ancien meurtrier.
Sam se rendit compte, pour la première fois, que Dexter n’était pas seulement l’homme charmant et aimable qu’il connaissait jusqu’alors, mais qu’il était aussi un flic qui n’en était pas à son premier homicide et qui n’avait pas l’air d’être affecté outre mesure par cet évènement alors qu’il observait avec détachement le cadavre comme un vulgaire morceau de viande.
Le policier fit sursauter son compagnon lorsqu’il alluma une lampe torche qui éclaira soudainement la pièce et leur fit découvrir une vision d’horreur : Les murs étaient recouverts de centaines de photographies représentant les victimes et de ce qu’elles avaient subi par la suite, du début de leur calvaire jusqu’à leur dernière agonie. « Un peu comme le chemin de croix du Christ avant sa crucifixion » songea le jeune chasseur.
Sam reporta son attention sur les clichés et sentit son cœur se soulever. Pourquoi ce malade avait-il fait ça ? Pourquoi avait-il voulu transformer et sacrifier ces hommes de cette façon ?
Doucement il releva la tête et observa l’obscurité.
- Vous pouvez éclairer le plafond ? Demanda-t-il ne reconnaissant presque plus sa voix rendue trop grave par l’appréhension qui l‘assaillait.
Dexter s’exécuta et ils découvrirent un gigantesque pentacle sanguinolent. A chaque extrémité était représenté un symbole différent au centre duquel étaient accrochés des effets personnels appartenant aux jeunes hommes démembrés. Enfin, si l’on considère que les ongles, un peu de peau et les cheveux pouvaient faire parti des effets plutôt très personnel des victimes. Seul l’endroit qui représentait le monde spirituel était dépourvu de trophées.
Sam eut un frisson dans le dos en se rendant compte qu’ils venaient d’interrompre une invocation démoniaque. Le dernier rituel n’ayant pas été fait correctement, il était désormais impossible de faire venir qui que ce soit pour lui demander d’exhausser le moindre vœu.
Le jeune homme reporta son attention sur le cadavre à ses pieds et s’agenouilla près de lui. Dexter l’imita et enleva la cagoule qui recouvrait le visage du tueur. Ils eurent tous les deux un mouvement de recul et de dégout devant le visage complètement brûlé du criminel qui avait du souffrir le martyre durant des années avant que les plaies ne cicatrisent.
Sam n’eut pas à chercher loin pour savoir ce que désirait celui qui avait commis ces crimes monstrueux et désespérés. Seul un acte surnaturel aurait pu venir en aide à ce misérable. Et contrairement à ce qu’il aurait pu croire, le jeune Winchester éprouva de la pitié pour cet homme.
Puis, il secoua la tête pour se remettre les idées en place. Comment pouvait-il avoir de la compassion pour cet homme qui en avait torturé d’autres ? Sam se releva et quitta soudainement la pièce confus, laissant Dexter seul.
Lorsqu’il sortit de la chapelle et qu’il pu enfin respirer l’odeur de la forêt avoisinante, Sam reprit contact avec la réalité. Voilà qu’il se retrouvait de nouveau plongé dans ce qu’il avait désespérément cherché à fuir. Décidément, il était maudit et où qu’il aille, il fallait constamment que son passé le rattrape. Il n’en pouvait plus. Il avait tenu le coup jusqu’à présent parce que son frère l’avait toujours soutenu. Mais à partir du moment où Dean lui avait craché à la figure la vérité sur ce qu’il pensait réellement de lui, son monde s’était écroulé. Sam avait perdu ses repères. En fait, il constata amèrement qu’il avait tout perdu.
Une main réconfortante lui caressa le dos et Sam se retourna surpris.
- Ca va ? S’inquiéta Dexter devant le visage désorienté du plus jeune.
Sam le regarda silencieusement et trembla.
- Je… je vais vous attendre dans la voiture.
- Qu’est-ce qui se passe Sam ? Questionna de nouveau le policier en lui saisissant le bras pour l‘arrêter. Vous saviez ce qui allait se passer ici ? Comment l’avez-vous su ?
- C’est… un pur hasard ! Bredouilla Sam en se dégageant d’un mouvement brusque pour prendre la direction du véhicule.
Dexter le regarda s’éloigner, les yeux plissés et le sourcil arqué. Le jeune Winchester était un excellent chasseur et il l’avait bien vu, ce n’est pas de courage qui lui manquait, bravant les balles comme l’aurait fait un flic aguerri. Mais pourquoi maintenant il semblait si perturbé ? Comment avait-t-il fait pour découvrir le meurtrier ? Il avait fait des recherches à la bibliothèque mais ce n’est pas ça qui lui avait permis de trouver le tueur. Sam n’était presque pas sorti de chez lui et n’avait rencontré quasiment personne. Il fallait qu’il sache comment il avait fait !
Morgan se promit qu’une fois rentré, il allait trouver rapidement des réponses car le temps lui était compté désormais. Mais pour le moment, il fallait qu’il appelle ses collègues pour les prévenir de ce qui s’était passé ici. Il fallait également établir un périmètre de sécurité afin de préserver les indices.
Le meurtrier n’était pas seul lorsqu’ils étaient arrivés et par peur il s’était réfugié dans sa cachette avant que Sam et lui n’interviennent. Quelque chose ou quelqu’un l’avait fait fuir, il fallait donc rester prudent et ne pas faire de conclusion trop hâtive.
Le policier prit son portable et appela sa sœur qui, d’abord inquiète pour sa santé, l‘assaillit de questions et lui envoya par la suite de toute urgence une équipe de policiers et une ambulance.
En moins d’un quart d’heure Angel Batista et d’autres flics encadrèrent la scène du crime. Masuka se chargea de prendre les photos des corps retrouvés et les indices furent répertoriés avec soin.
Pendant ce temps, Dexter avait rejoint Sam dans la voiture. Le jeune homme somnolait un peu la tête appuyée contre le dosseret, les yeux dans le vague à demi clos. Il n’avait pas ouvert la bouche depuis qu’il s’était réfugié dans le véhicule et semblait ruminer des idées noires. Dexter l’observa encore et se décida enfin à lui parler.
- Il faudrait peut être soigner cette épaule avant que tout votre sang n’imprègne le siège de ma voiture ! L’ambulance est arrivée.
Sam tourna la tête vers lui.
- Oui, vous avez raison… Il semblerait que vous ayez toujours raison en fait ! Rajouta-t-il ensuite en sortant du véhicule imité de près par Morgan.
Dexter posa ses avant bras sur le capot et pointa un index sur le plus jeune.
- Je vais devoir faire un rapport sur ce qui c’est passé et j’indiquerai que vous ne faisiez que m’accompagner. Votre blessure est dû au fait que vous avez voulu m’aider. C’est clair Sam ?
- Limpide ! Répondit le plus jeune.
- Allez vous faire soigner et ensuite rentrez chez nous. On se retrouve tout à l’heure !
- Okay ! Murmura Sam sombrement.
- Et ne vous inquiétez pas Sam, les meurtres à Miami sont monnaie courante et votre implication dans celui-ci est un pur hasard ! Rajouta Dexter en insistant sur le dernier mot.
Le jeune Winchester haussa des sourcils et sourit amèrement. S’il savait le nombre de fois où les ennuis lui étaient tombés dessus par hasard, il en aurait fait une syncope. Sam fuyait les problèmes, mais eux venaient se coller systématiquement à lui comme une mouche sur une merde. C’était peu être ça sa malédiction. Etre le type le plus malchanceux de la terre. Et cette idée, aussi stupide soit-elle, le fit sourire.
- Je crois que même perdu en plein milieu du désert, les éclairs trouveraient le moyen de me foudroyer !
- Vous ne seriez pas un tantinet pessimiste Sam ? S’exclama Dexter avec humour.
- Non, extrêmement réaliste plutôt ! Conclut le jeune homme en se dirigeant vers l’ambulance.
Dexter le regarda s’éloigner lorsqu’il vit sa sœur surgir comme une furie vers lui. Elle semblait vraiment en colère et lorsqu’elle arriva devant lui, elle se maîtrisa difficilement pour ne pas le gifler.
- T’es complètement débile ou quoi ?!!! Lui hurla-t-elle furax avant de le prendre dans ses bras et de le serrer si fort qu’il eut l’impression d’étouffer.
- Outch… Gémit Dexter.
- Putain Dex, on ne va jamais tout seul sur une intervention, même un bleu sait ça ! Tu m’as foutu une trouille d’enfer !
Debra le relâcha, recula et le regarda soudain plus sérieusement. Son attitude passant de la sœur inquiète et protectrice au lieutenant de police inquisiteur. Dexter étonné par ce changement de comportement la regarda troublé.
- Tu peux m’expliquer pourquoi tu héberges le fils d’un criminel en cavale ?
A suivre…
Chapitre 15
- Allo John ?
- Bobby ? Tu as des nouvelles ? Questionna John en passant son portable d’une oreille à l’autre pour mieux l’entendre.
Il venait de jeter son sac chargé d’armes et de munitions sur le lit et regarda la porte de la salle de bain où Dean venait de s’enfermer pour se rafraichir.
- Et bien… Hésita le vieux chasseur. Avant votre départ j’ai reçu un coup de fil anonyme… et je me suis renseigné… Je sais pas si ça peut être utile… mais l’appel venait d’une cabine téléphonique publique de la ville de Miami… Je t’envoie l’adresse exacte sur ton portable.
John nota l’information et se demanda si Sam n’avait pas essayé de joindre son vieil ami.
- Merci Bobby ! J’enverrai Dean jeté un œil dès qu’on se sera un peu décrassé, il fait une chaleur à crever ici !
- Pas d’quoi ! Tant que c’est pour retrouver le gosse !
Le chasseur raccrocha et toqua à la porte de la salle de bain.
Quelques minutes plus tard, Dean apparut beaucoup plus détendu et plus frais qu’avant, les cheveux encore mouillés formant quelques épis indisciplinés au dessus de la tête. Il leva un sourcil interrogateur en direction de son père.
John lui tendit un bout de papier sur lequel était griffonnée une adresse.
- Tiens, Bobby a retrouvé l’adresse de ton coup de fil mystérieux ! Tu y vas en planque et si tu ne vois rien de suspect tu as quartier libre pour le reste de la soirée. De mon côté je vais essayer d’avoir des informations sur le type qui s’est fait tuer dans cette chapelle.
- Tu penses que les meurtres ne sont pas finis ? Questionna Dean en passant rapidement un tee-shirt noir beaucoup moins chaud que celui qu’il portait avant.
- J’n’en sais rien… Hésita John. Quand nous sommes partis, le meurtrier était toujours en liberté. Donc il peut encore tuer. Je crois que cette chasse n’est pas encore terminée !
- Okay ! Admit Dean en prenant les clefs de l’Impala ! J’y vais tout de suite et je te tiens au courant.
John le regarda partir et s’installa devant l’ordinateur de Sam pour pirater différentes informations provenant de la police.
Lorsqu’il entendit de nouveau la chanson « Thunder struck » résonner dans l’habitacle de sa Chevrolet, Dean s’aperçut qu’il venait de retourner dans le lecteur de sa voiture, pour la quatrième fois d’affilée, la cassette d’AC/DC usée jusqu’à la trame. Garé discrètement derrière plusieurs véhicules à l’angle d’une rue, il avait une vue imprenable de la cabine téléphonique. Un réverbère, tout proche l’illuminait généreusement, lui permettant d’observer les rares passants qui voulaient téléphoner ou qui se retrouvaient dans un tel état d’ébriété, qu’ils avaient besoin d’un appui d’urgence suffisamment solide pour utiliser leur propre téléphone.
L’aîné des Winchester se retrouva plusieurs fois en train de rire tout seul devant certaines situations, allant du groupe de filles aux jupes trop courtes et aux talons exagérément trop grands, zigzagant lamentablement après avoir ingurgité trop d’alcool, pour finir par se prendre la cabine dans la figure de plein fouet. Ou bien de l’homme d’affaire trop pressé qui ne savait plus utiliser ce genre de matériel trop vétuste et qui cherchait désespérément l’endroit où insérer la carte. « Rien de plus drôle que de voir un mec en costard cravate péter un plomb devant une machine qui lui répétait six fois de suite d’une voix monocorde : veuillez insérer votre carte téléphonique s’il vous plait » Pensa Dean avec humour.
Son rire se figea lorsqu’il vit une jeune femme marcher précipitamment vers la cabine. Elle s’arrêta devant, sembla l’observer méticuleusement et en fit le tour comme si elle y avait perdue quelque chose. Le lampadaire grésilla soudainement puis éclata, projetant des éclats de verre un peu partout sur le sol.
Dean prit immédiatement son arme et vérifia s’il était bien chargé ainsi qu’un flacon d’eau bénite qui lui permettrait d’éloigner toutes sortes de créatures venues de l‘Enfer.
Il sortit sans se faire remarquer et se rapprocha prudemment.
- Qu’est-ce qu’un putain de démon faisait là ? Se demanda le chasseur intrigué.
Il s’avança à pas de loup et eut la sensation étrange qu’il allait y avoir un problème. Il arriva bientôt à l’angle de la rue et jeta un rapide coup d’œil vers l‘être démoniaque.
Soudain, le cœur de Dean s’arrêta brusquement lui provocant une douleur insupportable. Un flash le transporta dans le bar ou il avait perdu la mémoire. Cette femme… Putain de merde… Cette femme était La femme avec qui il avait passé la soirée… Rachel ! Il entendit son rire éclater dans sa tête comme une craie que l’on crisse sur le tableau.
Dean colla l’arrière de son crâne contre le mur et s’accroupit pour reprendre ses esprits. Il souffla plusieurs fois profondément pour se calmer. Putain, il s’était fait piéger aussi bêtement qu’un débutant. De rage il se cogna un peu plus fort la tête contre la surface froide en pierre et ferma les yeux.
Il devait reprendre son calme.
Maintenant.
Il aspira l’air plusieurs fois pour remplir totalement ses poumons et se précipita vers la jeune femme qui eut un mouvement de recul, surprise de voir le chasseur en face d’elle. Ses yeux prenant instantanément une couleur noire intense.
- Tiens donc ! Lança-t-elle en se ressaisissant rapidement. Dean Winchester en personne.
- J’ai l’impression que tu n’es pas contente de me voir, saleté de démon ? Sourit le chasseur l’air bravache.
- Oh non… surtout surprise de te voir en pleine forme… mais… tu es tout seul dit-moi mon trésor ? Qu’as-tu fait de ton petit frère ?
Le démon fit une moue boudeuse et se rapprocha doucement du jeune homme.
- Mais bien sûr ! Reprit l’être démoniaque. Tu t’en es débarrassé… mais alors dis-moi Dean… Comment tu gères ta conscience maintenant mon chéri ?
Dean eut une seconde d’hésitation et baissa un moment sa garde. Ainsi donc tout avait été manigancé depuis le début et c’est par ruse qu’il avait été drogué. Un frisson glacial lui parcourut l’échine. Mon Dieu, qu’est-ce que cette pétasse insinuait et qu’avait-elle fait à Sam ?
- Qu’est-ce que vous avez fait de Sam ? Hurla Dean haineux.
La femme possédée éclata de rire. Elle la tenait sa vengeance. Elle voyait enfin l’incertitude et la peur dans le regard du chasseur.
- Moi rien ! Fit-elle innocente. Et toi ? Qu’as-tu à dire pour justifier ce que tu lui as fait ?
Dean était maintenant livide, paralysé par les mots du démon sortant de sa bouche comme du venin.
- …
- Quoi tu n’as rien à dire ? Reprit-elle avec humour. Un Winchester qui ferme sa jolie petite gueule, ça c’est une première !
Pour répondre à son insulte, le chasseur voulut lui lancer l’eau bénite à la figure, mais d’un mouvement de la main elle le projeta contre le mur, l’immobilisant complètement. Elle s’avança ensuite tout près de lui, si près qu’il sentit le souffle de sa respiration contre sa joue.
- Tu as de la chance mon mignon ! C’est pas toi que je cherchais aujourd’hui… Mais j’ai vraiment pris mon pied en te voyant aussi pitoyable... Tu sais…
Puis après un petit moment de réflexion elle lui lança :
- Je vais te laisser un petit cadeau pour la peine…
Elle fouilla dans sa poche de jean’s moulant et en sortie un petit comprimé blanc. Dean comprit immédiatement de quoi il s’agissait et serra fortement la mâchoire.
- Humm, laisse-toi faire Dean ! Ça va t’aider à te rappeler et ensuite…
Le démon lui arracha l’arme qu’il tenait dans la main gauche et la glissa méchamment dans la ceinture de son pantalon.
- … ensuite tu pourras te tirer une balle dans la tête !
La jeune femme donna un coup de poing violent sur le visage du chasseur bloqué contre le mur, puis lui saisit le menton qu’elle ouvrit avec force. Elle lui glissa ensuite le comprimé dans la bouche et lui écrasa férocement la mâchoire d‘une main puissante. Dean entrechoqua ses dents et du sang s’écoula de sa bouche. Il tenta de ne pas l’avaler mais la coupure qu’il s’était faite à la langue inonda sa gorge de son propre sang et pour ne pas étouffer il déglutit par reflex.
Le démon le relâcha et le regarda satisfait.
- Très bien Winchester… j’aurais le plaisir de te voir bientôt en Enfer !
Dean sentit la pression qui l’écrasait disparaître et il se retrouva projeté sur le sol, enfin libre de ses mouvements. Il releva difficilement la tête et constata que la jeune femme avait disparu.
Rapidement il se mit deux doigts dans la bouche et se fit vomir pour recracher la drogue qu’il avait avalée. Le goût désagréable du sang lui remonta dans les narines et il vida le contenu de son estomac sur le trottoir. Avec son pied il étala la flaque nauséabonde et lorsqu’il y trouva le comprimé blanc à moitié dissous baignant dans son propre sang, il se laissa glisser le long du mur pour reprendre son souffle.
Du revers de la main il s’essuya la bouche et ferma les yeux. « Qu’as-tu fait de ton petit frère ? » « Tu t’en es débarrassé » « Comment tu gères ta conscience maintenant mon chéri ? » Dean grimaça et s’agrippa les cheveux de colère essayant vainement de chasser la voix imposante du démon dans son crâne.
Dean se releva péniblement et tituba jusqu’à sa voiture. Il s’y installa tant bien que mal pour y retrouver un peu de contenance. Pourtant, alors qu’il restait immobile, il avait la désagréable impression d’être dans un manège en mouvement lui amenant le cœur au bord des lèvres. Les images se dédoublaient devant lui. Il flottait au dessus d’un nuage cotonneux puis chuta de nouveau et se tassa dans son siège. Il lui semblait qu’il était coincé à tout jamais dans une machine infernale et n’avait aucune possibilité de l’arrêter.
Laborieusement, il réussit à se saisir de son portable et devant les touches qui fuyaient sous ses doigts, Dean ferma les yeux et composa le numéro de téléphone son père.
Mais il pensait tellement à son frère, à ce qu’il avait pu lui faire, à ce que le démon lui avait insidieusement fait comprendre et ne pouvant maîtriser le flot de phrases qui explosaient dans sa tête comme des coups de fouet, Dean composa le numéro de son cadet.
Prostré, l’aîné des Winchester attendit et s’accrocha à son portable, espérant que son père décroche rapidement.
- Décroche putain !!! Geignit-il en s’agrippant au volant de sa voiture pour ne pas tomber dans un précipice imaginaire qui le plongerait définitivement dans les flammes de l’Enfer.
La tonalité se fit lentement, presque au ralenti. Une attente interminable pour Dean. C’est lorsqu’il allait raccrocher désespéré qu’il entendit la connexion.
- Allo ?
La voix était hésitante et inquiète et Dean réalisa que c’était celle de son frère. Son petit frère qu’il recherchait depuis des semaines.
Sam qui, de son côté, observait son portable comme un objet étrange prêt à lui brûler les mains. Le plus jeune des Winchester n’avait jamais rebranché son téléphone depuis qu’il vivait chez Dexter et il ne comprenait pas pourquoi il avait fonctionné cette fois-ci ? Il ne reconnaissait même pas le numéro qui s’y était affiché. Alors pourquoi avait-il décroché, réagissant plus par instinct que par curiosité ?
- Sam… Sam… ! Bafouilla Dean. Je t’en supplie ne raccroche pas ! Je…je t’en prie Sammy.. NE RACCROCHE PAS !
Le silence prolongé au bout du fil lui fit penser que son petit frère avait tout simplement rejeté l’appel.
- J’écoute. Lança la voix impersonnelle de son cadet.
- Sammy… Je t’en prie… j’ai besoin d’aide… le démon… il m’a…
Dean ouvrit la portière de l’Impala en urgence et projeta sur le bitume le peu de nourriture qu’il lui restait dans l’estomac.
- Dean ? Questionna la voix cette fois-ci inquiète.
- …
- Pourquoi tu n’appelles pas papa ?
- …
Sam entendit la respiration laborieuse de son grand frère à travers son portable.
- Où est-ce que tu es ?
- Je suiiiiiis… à l’angle de… de… de… Bégaya Dean avec difficulté.
- Putain de merde !!! Reprit son aîné excédé en respirant fortement. Je suis à l’angle de la NW103rd Street et de la E8th avenue…
- Tu es à Miami ?!!!!! S’étrangla Sam au bord de la panique.
- Ca fait… des semaines qu’on te cherche Sammy ! Soupira son frère. Samm… j’me sens vraiment… pas… bien !
Dean lâcha son portable qui tomba à ses pieds et ne put s’empêcher d’appuyer la tête contre le volant de sa voiture, un filé de salive blanchâtre s’échappant des commissures de ses lèvres. Il marmonna ensuite des paroles sans suite qui se terminèrent par un silence inquiétant.
- Dean ? Questionna Sam de nouveau, ne voulant pas céder à la panique.
- Dean réponds moi tout de suite ! Dean ???
Et devant l’absence de réponse de son frère, Sam reprit :
- Restes où tu es j’arrive tout de suite !
Sam sortit en trombe de son appartement le portable toujours connecté à la main, il dévala les escaliers et courut en direction de l’immeuble voisin où son frère devait se trouver. Il remarqua sur le sol plusieurs traces de sang et reprit sa course. A bout de souffle, il s’arrêta à l’angle de la rue et aperçut la Chevrolet noire.
Le jeune Winchester pressa le pas et se retrouva devant la voiture, mais lorsqu’il vit Dean inanimé, Sam passa en mode panique et ouvrit précipitamment la portière côté conducteur.
Son frère s’effondra alors lourdement sur lui inconscient.
- Merde Dean ! Cria Sam.
A suivre…
Chapitre 16
- Je ne comprends pas pourquoi tu te mets en colère Debra ! Lança Dexter tout en avançant tranquillement devant chez lui. Tu ne peux pas accuser le fils des erreurs de son père. Pas toi !
Sa sœur rassembla ses cheveux longs par nervosité et les rejeta en arrière d‘un mouvement fluide.
- D’accord Sam est un chic type, mais je t’ai déjà dit que recueillir n’importe qui pourrait un jour t’apporter des emmerdes et là tu as les deux pieds dedans.
- Tu exagères toujours. Soupira l’aîné. Je t’assure qu’il n’a rien à se reprocher. J’ai vérifié je te l’assure.
- Je reste persuadée du contraire. Renchérit-elle en se mordillant nerveusement la lèvre inférieure. J’ai lu son dossier et je ne suis pas dupe, tu l’as trafiqué et si quelqu’un le découvre tu ne seras pas le seul à en subir les conséquences espèce d’enculé. Je suis sur un siège éjectable et tes conneries peuvent me faire perdre ma place !
La jeune femme ragea intérieurement devant la naïveté que pouvait parfois avoir son frère. Elle arriva en haut de l’escalier et le regarda dans les yeux.
- Dexter, je ne veux pas qu’il arrive quelque chose à mon grand frère préféré et là je suis vraiment inquiète.
- Tu n’as pas d’autre frère ! Ironisa-t-il.
Sa cadette lui envoya un coup de poing amical dans l’épaule et lui sourit.
- Justement, je veux le garder !
- Ecoute, je ferai attention je te le promets, mais je t’assure encore que tu te trompes au sujet de Sam. C’est vraiment quelqu’un qui essaye de s’en sortir… Il faut lui laisser cette chance sœurette !
- Arrêtes de m’appeler comme ça trou duc’ ! Pesta Debra. J’ai plus de couettes depuis longtemps.
Elle s’avança doucement vers lui et lui posa un baiser sur la joue.
- Tu veux que je reste ? Chuchota-t-elle.
- Non. Lui répondit-il gentiment. Sam occupe ton ex-chambre et il doit être aussi passablement secoué par ce qui lui est arrivé tout à l’heure.
- Ca aussi c’est une sacrée connerie de l’avoir emmené sur un homicide ! Renchérie Debra. T’as pensé à quoi ?
- Je t’ai déjà tout expliqué, on ne va pas recommencer, j’ai vraiment besoin de me reposer un peu.
- D’accord je te laisse tranquille ce soir, mais demain prépare toi officiellement à prendre un savon devant tous tes potes du commissariat et s’il te plait... Reprit-elle en le prenant fermement dans ses bras. Essayes de te reposer ! Je t’aime frangin.
- Moi aussi Debra. Murmura Dexter.
Il la regarda s’éloigner en lui faisant un petit signe de la main puis se retourna pour rentrer chez lui lorsque son geste se figea. Son sourire disparut et il observa, méfiant, la poignée de la porte d’entrée tachée de sang.
Il se pencha doucement pour prendre l’arme blanche qu’il avait toujours fixée à son mollet dissimulée sous son pantalon, puis avec un pan de sa chemise il entreprit d’ouvrir délicatement la clenche sans faire de bruit.
Dexter sentit au fond de lui-même l’adrénaline pulser dans son sang lui donnant l’impression d’être enfin entier, libéré de toutes entraves. Son passager de l’ombre essayait de refaire surface, grattant l’intérieur de son être pour pouvoir s’échapper et assouvir enfin son envie de meurtre.
Le policier retint sa respiration et se déplaça à pas de loup vers la cuisine puis découvrit sur le sol des gouttes de sang qui se dirigeaient d’abord vers la salle de bain puis prenaient la direction de la chambre de Sam.
L’inquiétude se dessina alors sur son visage.
Lentement il s’approcha de quelque pas, écouta le silence puis appela d’un air dégagé son colocataire.
- Sam… Je suis rentré !
Dexter s’avança de trois pas supplémentaires pour se rapprocher un peu plus de la chambre quand il entendit un léger mouvement derrière la porte.
Lorsqu’il vit Sam surgir de la chambre, en jean’s et torse nu, plaquant fermement une large compresse sur l’entaille qu’il avait à l’épaule, Dexter dissimula rapidement son arme derrière le dos.
Le jeune Winchester referma rapidement la porte et sourit maladroitement à son hôte.
- J’ai voulu prendre une douche et ma plaie s’est rouverte ! Se justifia-t-il en se dirigeant vers le salon. Je nettoierai les taches de sang que j’ai laissées un peu partout ! Rajouta-t-il en suivant le regard de Dexter allant du parquet jusqu’à lui.
Le policier regarda en direction de la chambre de Sam puis l’examina soupçonneux. Il réalisa avec une certaine délectation qu’il était de nouveau en train de lui mentir. Il lui mentait sûrement pour protéger quelqu’un de proche qu’il devait cacher chez lui. Un Winchester à tous les coups ! Maintenant Dexter n’était plus dupe. Si Sam était entré en contact avec l’un d’eux, il subirait de nouveau leur mauvaise influence et se laisserait manipuler au détriment de lui-même, gâchant ainsi tout ce qu’il avait construit depuis son arrivée à Miami.
Dexter retint sa rage et lui fit un mouvement positif de la tête.
- Je me suis inquiété un court instant après la journée que nous venons de passer ! Amenez-moi la trousse à pharmacie que je vous mette correctement le bandage.
Sam disparut un instant dans la salle de bain puis réapparut très rapidement la trousse dans une main et une chemise jetée négligemment sur l’épaule.
- Vous avez tout prévu ! Constata Dexter.
Le jeune homme s’installa sur le canapé et le policier commença les soins nettoyant la blessure méticuleusement.
Profitant de leur proximité, il l’observa de nouveau.
Sam avait la bouche pincée et le regard fuyant. Il semblait également tendu et soucieux. Ses yeux voyageaient constamment dans toute la pièce pour observer les moindres recoins.
Quelque chose n’allait pas ! Constata Dexter. Sam avait-il subit des menaces ? Il semblait en réalité mort de trouille. Mais que s’était-il passé durant son absence et qu’est-ce qu’il lui faisait peur à ce point ?
- Voilà un bandage digne d’un embaumeur de momie ! Plaisanta-t-il faussement.
Sam se passa une main dans les cheveux pour en remonter une grande partie vers l’arrière, puis se frotta l’arcade sourcilière en fermant les yeux. Il semblait vraiment abattu et ne releva pas la plaisanterie du plus vieux.
- Je crois que je vais aller rejoindre les bras de Morphée ! Souffla-t-il doucement en lui lançant un regard de gosse fatigué.
- Désolé de vous laissez encore tout seul. Coupa Dexter. Mais je dois me rendre sur mon bateau pour y faire quelques préparatifs. Je dois prendre la mer ce week-end. Ca ne vous dérange pas si je vous laisse quelques heures ?
Sam sembla soulagé par ses paroles.
- Non… non, non, non… bafouilla-t-il. Je peux très bien survivre tout seul !
- Pas si sûr ! Songea Dexter.
- Reste concentré sur ton objectif final. Éclata la voix d’Harry dans la tête du policier. Ne te laisse pas griser par ton arrogance… C’est un Winchester qui a réussi à semer le F.B.I…. ne te laisse pas berner par son apparence innocente… Il te manipule pour l‘instant, mais c’est lui la marionnette… et c‘est sa famille qui tire les ficelles.
Dexter chassa les paroles de son père au plus profond de lui-même, soupira et fit une tape amicale sur le genou du jeune homme. Il se releva doucement pour éviter de réveiller la douleur récente de sa blessure à la cuisse, puis se dirigea vers la sortie.
- N’oubliez pas de prendre vos antidouleurs avant de vous coucher et mangez quelque chose avec !
- Je n’oublierai pas ! Promit-il déjà l’esprit ailleurs.
Dès que Sam entendit le policier descendre tranquillement les escaliers, il se précipita vers sa chambre où Dean reposait inconscient sur le sol en position latérale de sécurité, le dos bloqué par un oreiller.
Sam enfila sa chemise rapidement et s’agenouilla à son côté, lui prit le pouls et posa une main sur son front humide. Il écouta ensuite sa respiration qui était faible mais régulière.
Il installa doucement la tête de son aîné sur ses genoux pour le surélever, puis avec une serviette humide qu’il avait trempée dans une bassine d’eau fraiche un peu plus loin, il lui essuya le visage et lui nettoya la bouche.
- Aller Dean… tu vas te réveiller ! Marmonna-t-il plus pour lui-même que pour son frère.
Le corps de Dean se crispa et son bras droit bougea nerveusement.
Sam passa ses bras autour de son torse et le redressa un peu plus.
- Tu vas réagir bordel de merde ! Pesta le plus jeune les larmes au bord des yeux, le berçant inconsciemment comme un petit enfant.
Quand la main de Dean se leva péniblement et agrippa l’avant bras de son cadet, Sam arrêta tout mouvement.
- Dean ! Ca va aller, t’inquiètes… t’inquiètes pas ! Je suis là !
- Soif… Murmura Dean faiblement.
- Je ne peux pas te donner à boire tout de suite frangin sinon tu risques encore de vomir… mais tu peux t’humidifier un peu la bouche avec la serviette humide… tiens…
- Sammy…
- Chut ! Repose-toi !
La main de Dean retombera lentement sur le sol et il se laissa envahir pas l’obscurité.
Lorsqu’il émergea de nouveau, il était installé plus confortablement sur le lit et une nouvelle serviette mouillée reposait sur son front pour le soulager. Sa veste avait disparu et une couverture le recouvrait sommairement.
- Sammy ?
Une ombre dansa devant lui avant que sa vision ne devienne plus nette et qu’il puisse reconnaître son petit frère. Dean se redressa d’un bon et oubliant une forte nausée qui cherchait à l’envahir, s’agrippa à son frère qui, par surprise et par peur, eut un mouvement de recul.
- Bordel Sammy j’ai cru que t’étais mort ! Geignit-il la bouche pâteuse et l’esprit encore confus ! Pourquoi t’es parti comme ça ?
Sam ne répondit pas alors que Dean le sentit tressaillir entre ses bras. Son cadet se dégagea doucement et posa de nouveau une main sur son front.
- Comment tu te sens ? Demanda-t-il en ne répondant pas délibérément à sa question.
- Ca va mieux. Souffla Dean. J’ai juste les valseuses coincées sous la gorge… je pète de soif et… quand tu parles… j’ai l’impression que tu gueules !
Sam eut un sourire involontaire.
- Hey ben, qu’est-ce que c’est quand tu vas pas bien !
- Sammy… Reprit Dean sérieux. Tu m’as pas répondu… Qu’est-ce… Qu’est-ce que je t’ai fait dis-moi ?
- Je… nous n’avons pas trop le temps… Est-ce que tu te sens capable de te relever ?
Dean regarda son cadet et lui saisit les poignets.
- Putain Sam !!!!
Un frisson de terreur glaça le sang de Sam qui se dégagea brusquement et s’éloigna de plusieurs pas.
- Arrêtes de dire ça ! Cria cette fois son petit frère. Arrêtes de faire comme si tu ne savais pas !
L’aîné des Winchester posa ses jambes lourdes sur le sol et se redressa difficilement. Il s’accrocha à son lit pour ralentir les images qui tanguaient devant lui et fixa son regard sur son cadet.
- Je t’assure que je me souviens plus de rien… et ce qu’a insinué ce putain de démon… me fait imaginer le pire !
- Et bien tu imagines parfaitement Dean ! Coupa Sam en maîtrisant péniblement ses émotions.
- Je n’étais pas moi-même. Soupira son aîné. Ce que j’ai pu te dire oublie le… C’est un tas de conneries !
- Des conneries ?! S’étrangla presque Sam. Des conneries… Lorsque tu dis qu’à cause de moi, papa et toi n’avez jamais pu avoir une vie normale ? Qu’il aurait mieux fallu que je meure avec Jessica ? Que tu en avais par-dessus la tête d’avoir sacrifié ta vie pour un connard dans mon genre ?
- Dean. Reprit le jeune homme après avoir avalé péniblement sa salive. Ce que t’a donné ce démon t’a juste fait dire le fond de ta pensée !
- Tu… tu peux pas dire ça ! Souffla Dean mal à l’aise. J’ai toujours veillé sur toi et c’est pas par obligation… T’es mon petit frère !
Sam observa Dean avec colère et crispa la mâchoire pour ne pas lui répondre. De toute façon c’était inutile, le mal avait été dit.
- Ce n’est ni le moment, ni l’heure d’essayer de te justifier Dean ! Lança-t-il de nouveau. Maintenant appelle papa et dis lui qu’il vienne te rechercher rapidement. Tu ne peux pas rester ici, Dexter va bientôt revenir !
Dean secoua la tête, entre l’envie de lui balancer un bon coup de poing dans la figure pour lui remettre les idées en place et celle de le convaincre encore de son innocence.
- Faut que tu rentres avec nous Sammy !
- C’est Sam ! Lâcha son petit frère en lui tendant son portable.
Dean arracha le téléphone de ses mains et composa le numéro de son père.
- Et puis c’est qui ce type, Dexter ? Questionna son aîné.
- Un flic ! Coupa Sam, mettant fin immédiatement à la discussion.
Le téléphone sonna dans le vide avant que le répondeur ne se mette en marche. Dean raccrocha perplexe et se frotta le visage l’air soucieux.
Sam perçut le malaise de son frère.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Papa attendait mon coup de fil… Je ne comprends pas pourquoi il ne décroche pas ?
- Réessaye ! Ordonna son cadet.
Dean s’exécuta et compta le nombre de sonneries. Au bout de la cinquième, le répondeur se réenclencha : Ici John Winchester, si c’est urgent, appelez mon fils Dean au 866.907.3235.
- Y’a un truc qui va pas ! S’inquiéta-t-il. Faut que je retourne à l’hôtel.
Dean se leva mais un vertige affreux le fit immédiatement se rassoir. Sam s’approcha de lui pour le soutenir.
Son grand frère n’était tout simplement pas encore en état de faire quoi que se soit tout seul.
- Attends, je prends ma veste et je t’accompagne. Mais après, je te laisse te débrouiller avec papa.
- Sam ?!!! Soupira encore une fois Dean.
- C’est à prendre ou à laisser ! Proposa son petit frère.
- Okay ! Répondit l’aîné, un nœud se formant au creux de son estomac. Allons-y !
A suivre…
Chapitre 17
D’abord se fut le noir, puis le bourdonnement dérangeant d’un insecte qui essayait de sortir de son crâne, qui réveilla son attention. Une douleur insupportable à l’arrière de la tête le fit grimacer lamentablement et le tira définitivement de l’obscurité dans laquelle il était plongé.
Lorsqu’il ouvrit péniblement les yeux, l’éclairage aveuglant de l’unique lampe suspendue au plafond lui brûla la rétine. Il referma un instant les yeux puis cligna plusieurs fois des paupières avant de pouvoir supporter l’incandescente lumière.
Il voulut porter une main sur la douleur vive qu’il ressentait à la base du cou mais son geste fut immobilisé par une entrave inconnue. En fait, tout son corps refusait d’obéir à ses ordres parce qu’il était maintenu par des bandes de plastiques transparentes.
Du plastique ! S’étonna-t-il.
Il en aurait pleuré de rire si la situation n’avait pas été aussi dramatique.
Jamais de sa vie il aurait imaginé immobiliser quelqu’un de la sorte et pourtant, il connaissait une multitude de moyens pour neutraliser n’importe qui ou même n’importe quoi.
Mais du plastique !
Ses yeux se déplacèrent difficilement afin d’observer la pièce dans laquelle il était enfermé. Il remarqua alors que tout était encore recouvert de cette même matière transparente, du sol au plafond.
Il tendit son corps pour tester la solidité de l’enveloppe en cellophane qui l’immobilisait mais il s’aperçut que cela ne lui servirait à rien. Il était emballé comme un vulgaire poulet disposé dans un rayon de supermarché.
De dépit il soupira encore, puis il se rendit compte, troublé et mal à l’aise, que son ravisseur l’avait complètement déshabillé avant de l’attacher et qu’il était de ce fait complètement nu.
Nu, immobile et vulnérable face à un inconnu qui l’avait laissé seul devant un avenir qui ne risquait pas d’être tout rose.
La rage le submergeant soudain, il gesticula avec force, cambra le dos pour détendre le plastique, mais rien ne bougea ! Il était bel et bien prisonnier.
Rapidement, il essaya de se souvenir de ce qui c’était passé, à partir du moment où Dean était parti en planque jusqu’à maintenant.
John avait contacté plusieurs chasseurs et amis dans la police qui lui confirmèrent que le meurtrier avait bien été tué lors de son arrestation. Et comme il l’avait supposé, l’homme était resté dans la chapelle au lieu de s’échapper et c’est le policier blond, que le chasseur avait vu derrière les fourrés, qui l’avait maîtrisé. Il avait ensuite pu obtenir un rapport assez complet de la scène du crime qui confirma encore que le meurtrier avait tenté de faire appel à des forces occultes pour pouvoir satisfaire un désir personnel. Cette affaire semblait donc définitivement terminée pour lui.
Il était resté cependant frustré de ne pas avoir lui-même achevé son travail, en même temps il était satisfait que les meurtres soient enfin stoppés. Il pouvait donc se consacrer désormais entièrement à la recherche de son fils cadet. Sam, qui restait toujours aussi introuvable.
A ce moment là, il avait reçu un sms de son fils aîné lui demandant en quelques mots de le rejoindre de toute urgence en y mentionnant également le prénom de Sam.
Le chasseur avait alors pris quelques armes et avait sauté dans son véhicule pour rejoindre Dean, l’esprit en ébullition à l’idée de retrouver éventuellement le plus jeune de ses fils et à la façon dont il allait l’aborder, car Sam avait disparu pour une raison obscure et n’avait jamais voulu ou réussi à donner de ses nouvelles. Les retrouvailles risquaient d’être complexes, entre le soulagement de le revoir en bonne santé et la découverte de ce qu’il avait fait durant sa disparition. Avait-il souffert ? Était-il en possession de tous ses moyens physiques et mentaux ?
C’est dans cet état d’esprit que John avait pris la direction qu’avait emprunté Dean quelques heures plus tôt, songeant à lui qui, par soucis de discrétion, avait préféré laisser un message écrit plutôt que de se faire repérer bêtement.
Il allait passer à la prochaine intersection, lorsqu’il avait remarqué une voiture à l’arrêt au travers de la route, un vélo d’enfant coincé entre la roue avant et le dessous du véhicule. La portière grande ouverte, il avait vu surgir un homme paniqué, qui s’était précipité dehors puis s’était jeté à genoux pour chercher désespérément quelque chose sous la voiture, appréhendant l’affreux spectacle qu’il s’attendait à découvrir.
A tous les coups, le chauffeur n’avait pas vu venir à lui le cycliste et le choc avait dû être violent. L’homme s’était relevé et avait cherché du regard du secours, puis il avait vu le 4x4 de John et lui avait fait de grands signes avec les bras pour l’arrêter.
Le chasseur avait freiné et s’était garé derrière l’autre voiture. A travers la fenêtre arrière, il avait pu voir quelques jouets d’enfants ainsi que le nécessaire indispensable pour changer un bébé.
« Rien de plus horrible que de percuter un enfant lorsqu’on est père également » Avait songé John en s’avançant vers le malheureux conducteur.
L’homme s’était agrippé les cheveux des deux mains de désespoir et respirait trop vite, la panique le submergeant complètement. Il avait croisé le regard du chasseur et d’une voix tremblante avait gémi.
- Je… je viens de tuer un gosse… bon Dieu… il… il… est coincé sous ma voiture… j’l’ai pas vu arriver… il allait tellement vite…
- Vous avez appelé les secours ? Avait interrogé John en se rapprochant du véhicule accidenté.
L’homme avait fait oui plusieurs fois de la tête, les yeux remplis de larmes.
John s’était penché à son tour, avait pris sa respiration pour se préparer à ce qu’il allait voir et avait observé le dessous de la voiture. Avec étonnement il avait constaté qu’il n’y avait personne. Aucun enfant, juste un vélo complètement disloqué.
Avec incompréhension il s’était retourné vers l’homme dont le visage lui rappelait quelqu‘un, mais avant de s’en rendre compte, l’autre l’avait plaqué au sol avec son genoux et avant même de pouvoir se débattre il avait senti une piqûre à la base de son cou.
Tout était devenu alors flou et il avait sombré inconscient avant que son visage ne touche le sol.
Et maintenant, John se retrouvait prisonnier dans cette pièce mal éclairée, bâchée du sol au plafond, seul.
Cependant il sentit un léger courant d’air qui fit frissonner la peau nue de ses hanches qui n‘était pas recouverte de plastique et voulut voir qui venait de rentrer dans la pièce. Il entendit des bruits de pas et leva les yeux pour découvrir un visage familier.
John observa le policier qu’il avait vu lorsqu’il chassait le tueur près de la chapelle puis il se souvint de lui sur la route malgré son déguisement sommaire. Il avait les mains gantées, un long tablier de cuir marron protégeait ses vêtements et il portait sur le front des lunettes de protection transparentes.
Le chasseur se tordit de cou pour essayer de mieux l’observer mais il était trop bien maintenu. L’homme afficha ensuite, toujours aussi silencieusement, des photographies sur le mur en face à lui. Des visages d’hommes, de femmes et d’enfants qui ne lui étaient pas inconnus. John se rappela alors de l’affaire de la dame Blanche à Jéricho avec la disparition de plusieurs hommes infidèles, puis celle des wendigos et du massacre de plusieurs campeurs. Il y avait là d’autres visages, tous ayant un lien avec les affaires qu’il avait résolues seul ou avec ses fils.
Soudain son regard s’arrêta sur un doux visage qu’il avait appris à connaître, celui de la petite amie de son plus jeune fils, Jessica, décédée de la même manière que sa femme Mary. Il chercha son persécuteur et lorsqu’il accrocha son regard il lui demanda :
- Qu’est-ce que je fais ici ?
- Vous n’en avez pas la moindre idée ? Répondit la voix extrêmement calme de Dexter en se déplaçant lentement derrière lui.
Le chasseur roula des yeux pour le suivre du regard.
- J’ai un nombre incalculable d’idées qui me viennent à l’esprit, mais ce que je ne sais pas, c’est pour quelle raison vous m’avez attaché ici ?
- Hum… Pouffa Dexter, vous savez, il y a des périodes dans la vie où tout va mal, malgré tous nos efforts pour y remédier et sans aucune raison, le destin s’acharne. Pourtant la plupart des gens n’entraînent pas leur famille sur les routes dans une déchéance malsaine semée de vols, d’effractions diverses, de violation de tombes et pour finir de meurtres. Comment avez-vous pu entraîner vos enfants dans votre délire ?
Le chasseur écarquilla les yeux et s’humidifia les lèvres.
- Qu’est-ce que mes enfants ont à voir la dedans ?
Dexter s’approcha encore plus près de lui et John sentit soudain une douleur vive lui piquer la joue droite. Du sang perla sur sa peau et il vit avec horreur son tortionnaire en récupérer quelques gouttes avec une pipette en verre.
Il l’observa déposer son sang prélevé sur une lamelle transparente et en appliquer une seconde sur la première pour le conserver.
- Et vous me traitez de malade ! Siffla John ironique.
- C’est la seule place que vous méritez dans ce monde. Quelques gouttes de sang préservées, une dernière trace de votre passage cruel et sanguinaire ! Répondit l’autre du tac au tac.
- Qu’est-ce qui vous permet de me juger ! Vous ne savez rien et vous ne comprendriez rien ! Souffla le chasseur.
- La seule chose qui est importante désormais, c’est que vos fils vont pouvoir vivre leur propre vie sans craindre les représailles de leur père.
- Vous délirez complètement ! Enragea John.
- Pensez vous vraiment que vous ayez préservé votre famille depuis que votre femme Mary est décédée ? Dès que quelqu’un s’approche de vous, ça finit toujours mal et quelques soient vos actes, vous êtes et restez le problème.
- J’aime mes enfants ! Fulmina John de colère.
Comment un inconnu pouvait-il lui cracher ça à la figure ? Songea-t-il en tirant vainement sur ses bras pour tenter de se dégager. Il sentait la colère lui ronger l’estomac après chaque parole que prononçait Dexter qui résonnait en lui comme des coups de fouet.
- Vous les aimez tellement ! Reprit Dexter, que vous les laissez pendants des mois livré à eux-mêmes et dès qu’ils semblent toucher du bout des doigts un semblant de vie normale, une catastrophe les fait retomber encore plus bas. Vous ne trouvez pas ça étrange ? Avez-vous pensez parfois à les protéger vraiment ?
- Je n’ai pas à me justifier devant vous ! Explosa John. J’ai toujours protégé mes fils !
- Tellement bien que j’ai récupéré Sam à moitié inconscient sur le bord d’une route ! Et vous tenez si bien votre aîné en laisse, qu’au moindre écart de sa part, il se retrouve à l’hosto, ne dites pas le contraire ! Je n’ai jamais vu un type de son âge avec autant de blessures et de fractures !!!!
Si John avait prit une douche glacée il en aurait ressenti le même effet.
- Sam est avec vous ? Il va bien ? Pourriture… j’espère que vous ne lui avez rien fait ?!!!
Dexter se saisit d’un long couteau et apprécia la pression de ses doigts gantés autours du manche en cuir puis d’un geste vif, le planta à quelques millimètres du visage de son prisonnier qui sursauta malgré lui.
- Contrairement à vous, Sam me fait confiance, mais la peur qu’il éprouve à votre sujet l’oblige à agir contre lui-même.
Le policier souffla de dépit puis approcha sa bouche près de l’oreille de John pour lui chuchoter :
- Rassurez-vous, l’avenir de Sam est tout tracé désormais. Mais tant que vous serez en vie, il ne pourra pas être entièrement libre, il aura toujours peur que vous ressurgissiez avec votre lot de cadavres derrière le dos.
Dexter écouta John respirer frénétiquement et reprit du même ton :
- Pourtant il va s’en sortir parce que sa jeunesse est son alliée. Avec le temps, il pourra construire son avenir et surtout il en aura un… quand à son frère ! Ajouta-t-il perplexe. J’ai bien peur qu’il ne soit trop tard et que votre folie l’ait déjà contaminé !
- Je vous interdis de toucher à un seul cheveu de Dean ! Ragea John le corps entièrement tendu et douloureux par les efforts qu’il faisait pour se débattre et se libérer.
- Hum… Murmura Dexter. C’est vrai que c’est votre préféré, celui qui n’a jamais osé se rebeller, celui qui exécute vos ordres sans sourciller, même s’il faut tuer quelqu’un ou le brûler et surtout… qui n’hésite pas à tabasser son frère à la façon des Winchester pour qu’il rentre dans le droit chemin !
Le policier lut soudain dans le regard de John de la surprise et de l’inquiétude mêlée.
- Oh ! S’étonna Dexter imitant l’innocence même. Vous ne le saviez pas ? Excusez-moi d’en douter !
- Jamais mon fils ne ferait du mal à Sam ! Se défendit-il. Son job c’est de le protéger pas de le blesser !
- Son Job !!! Eclata Dexter en pointant un index accusateur vers lui. Voilà la vérité ! Vous ordonnez, il exécute !
- Vous êtes un malade ! Constata John horrifié.
- Peut être ! Admis Dexter, mais contrairement à vous, j’ai su camoufler ma vraie nature auprès de ma famille, j’ai su les préserver, j’ai pourtant du mal à éprouver des sentiments, mais j’ai appris à faire semblant et c’est devenu presque une seconde nature, mais vous… pourquoi les avoirs entraîné dans votre folie ?
John se renfrogna et songea avec amertume que cet homme n’avait peut être pas tort.
- J’ai essayé d’être le plus honnête possible avec eux ! Ils savent vraiment qui je suis réellement et ils feront tout pour me retrouver, parce qu‘ils sont mes enfants et qu‘ils m‘aiment !
- Bien sur qu’ils vont vous retrouver. Lâcha Dexter avec jubilation. J’ai laissé un indice tellement visible dans votre chambre que votre fils aîné ne pourra pas passer à côté et il le fera remonter jusqu’à nous !
L’angoisse et la panique s’empara alors du chasseur qui observa le policier avec horreur.
- Vous n’avez pas l’air content ? Reprit le Policier devant le silence de John. J’ai vraiment hâte de m’entretenir avec Dean. Est-ce que je vais lui laisser une chance ou peut être vous rejoindra-t-il sur cette table ? Le monde se porterait beaucoup mieux si vous disparaissiez tous les deux de la circulation, qu’est-ce que vous en pensez John Winchester ?
Dexter se saisit du manche du couteau laissé près du visage du chasseur et le retira lentement en veillant à ce que la lame laisse une profonde entaille sur sa joue.
John grimaça et respira difficilement à l’idée que Dean puisse se jeter dans la gueule du loup et risquer sa vie.
- Il ne sera pas aussi stupide ! Lança-t-il bravement faisant une confiance totale en son fils.
Dexter lui lança alors un sourire mystérieux. Un sourire qui avait l’air si dénué de toute haine ou de folie qu’il lui fit encore plus peur que tous les actes et les paroles qu’il avait fait ou prononcé jusqu’à présent.
Le policier s’éloigna de lui et se dirigea vers la porte.
- Ah votre avis John. Termina Dexter. Vous pensiez vraiment que Dean vous aurait envoyé un SMS ? Il a simplement fallu que je mentionne sur son portable le prénom de Sam pour que vous accouriez immédiatement. Priez pour que votre fils soit plus intelligent que vous !
John entendit la porte se refermer et se retrouva de nouveau dans le noir le plus total.
Dexter se détourna et laissa John Winchester hurler toute sa rage mêlée de désespoir.
A suivre…
Chapitre 18
Dean regarda la route, puis Sam qui conduisait l’Impala. Il essaya ensuite de contacter de nouveau son père sur le portable de son frère, le sien restant introuvable après qu’il se soit évanoui lamentablement dans sa Chevrolet.
La ligne téléphonique restait désespérément silencieuse et ne faisait qu’augmenter le stress qui lui tordait déjà l’estomac.
Cependant, à chaque fois qu’il regardait son cadet assis à côté de lui, il ne pouvait s’empêcher de soupirer de soulagement. Pour lui, les choses étaient presque redevenues normales : Sam, sa voiture et lui, ensemble sur les routes avec une affaire à résoudre sur les bras. Mais là, elle concernait la disparition de son père et son inquiétude était réelle.
Dean déconnecta l’appareil et le rangea dans la poche intérieure de sa veste.
Après s’être réinstallé sur le siège à la recherche d’une meilleure position, ses yeux glissèrent de nouveau sur Sam.
- Tu me regardes encore ! Constata Sam d’une voix neutre.
- Je suis subjugué par ta beauté ! Ironisa son aîné.
- Jerk ! Répondit son cadet avec un léger sourire.
- Nan… Reprit Dean après quelques longues minutes de silence, hésitant à remettre sur le tapis la conversation qu’ils avaient débutée à son réveil. Je… je voulais juste m’excuser… sincèrement !
Sam, les traits tirés par la lassitude, crispa ses doigts sur le volant et serra la mâchoire, son regard fixant l’horizon avec détermination.
- J’ne veux pas que tu me répondes Sammy ! Reprit Dean. C’que je t’ai dit, c’que je t’ai fait, je ne peux pas l’effacer… mais ce qui est sûr, ce qui est vrai… là… maintenant… c’est que tu es mon petit frère et que tu le resteras toujours… tu représentes ce à quoi je tiens le plus sur cette putain de terre, et que… je…
Dean leva la main et la laissa retomber, impuissant à dire ou à exprimer ce qu’il avait vraiment sur le cœur. Il dirigea la tête vers son jeune frère et le regarda, essayant par la même occasion, de transmettre à travers ses yeux, tout ce qu’il ressentait réellement.
Sam tourna un instant son visage vers celui de son frère, plongea son regard dans le sien pour y sonder toute sa vérité, allant jusqu’au fin fond de son âme. Touché par ce qu’il ressentit au plus profond de son cœur, il baissa les yeux puis observa de nouveau la route.
Le jeune homme se racla la gorge et demanda à son aîné :
- Tu penses que le démon qui t’a attaqué en voulait aussi à papa ?
Dean se sentit alors étrangement apaisé. L’absence de réponse de Sam équivalait à une réponse en soi. Il ne lui pardonnait peut être pas tout pour l’instant, mais il passait à autre chose. Il sourit amèrement devant la fierté bornée qu’avaient tous les Winchester pour ne pas dire ce qu’ils ressentaient vraiment, puis sa bouche se plissa doucement et se termina en un sourire discret et sincère.
Il se frotta ensuite les yeux ainsi que le front pour se remettre les idées en place.
- Je n’en sais rien, je pense que le démon était plus à ta recherche qu’à la sienne, ou peut être qu’on a servi d’appât pour l’atteindre. Lui répondit-il comme si rien ne s’était passé.
- J’espère qu’on va trouver des indices qui vont nous permettre de le retrouver. Reprit son cadet soucieux.
Lorsqu’ils pénétrèrent dans la chambre qu’occupait John quelques heures plus tôt, ils observèrent méticuleusement les moindres recoins pour retrouver un élément qui les amènerait vers leur père mais au bout d’un moment, Dean souffla de dépit et se posa sur le rebord du lit, fatigué de cette journée qui ne se terminait pas.
- Y’a rien putain ! Constata-t-il pessimiste.
Sam le regarda aussi inquiet que lui puis se dirigea vers la sortie.
- Je vais inspecter le couloir et le hall d’entrée on ne sait jamais !
Mais au moment où il ouvrit la porte, il entendit le bruit d’un objet qui raclait le sol. Il baissa les yeux et aperçut un portable. Sam se pencha pour le ramasser et questionna son frère du regard.
Dean se leva lentement pour éviter un étourdissement et prit l’objet des mains de son frère.
- Hey… c’est mon téléphone ? Constata-t-il surpris. Qu’est-ce qu’il fout là ?
- Consultes tes messages ! Proposa son cadet.
Son aîné pianota rapidement sur les touches et leva les sourcils d’étonnement.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Questionna Sam.
- J’ai jamais laissé de message à papa ! Et pourtant je lui ai demandé par sms de me rejoindre à la Marina parce que j’avais une piste pour te retrouver !
De plus en plus troublé, les deux frères se sentirent terriblement mal à l’aise, flairant le piège à plein nez.
- En tout cas, nous savons où nous devons aller maintenant ! Constata Sam.
- Je ne comprends pas ! Rajouta Dean. Si papa est prisonnier, et qu’on souhaite nous attirer là-bas, ça veut dire que c’est nous qu’on recherche… J’aime pas ça du tout !
- Ecoute, ça vaudrait peut être le coup de demander de l’aide, tu ne crois pas ?
- Bobby est trop loin et le temps qu’il nous rejoigne il sera peut être trop tard pour papa.
- Je ne pensais pas à lui ! Répondit Sam.
Dean regarda Sam et laissa montrer son agacement.
- Tu penses à ton flic. Grogna-t-il. Tu sais bien qu’on ne mêle pas des étrangers à nos affaires !
- Mais il connait bien la ville et son aide peut nous faire gagner un temps précieux.
- Faut d’abord qu’on réfléchisse à un plan ! Se renfrogna le plus vieux sentant de nouveau son mal de tête revenir au galop.
- Ecoute, j’appelle Dexter, il doit être sur place actuellement, je vais lui dire que je passe le voir sur son bateau et pendant ce temps tu nous trouves une idée de génie !
- Je n’ai pas confiance en lui ! Blâma Dean.
- Tu n’as pas confiance ou tu es simplement jaloux que je puisse avoir d’autres amis que papa ou toi ? Lança Sam irrité, ses yeux lançant de nouveau des éclairs.
- Je te demande juste d’être lucide Sam ! Le ton de sa voix augmenta d’un niveau alors qu’il appuyait son index sur la poitrine de son frère de façon à accentuer ses paroles. Tu sais bien que l’on ne peut compter que sur nous !
- Et si je ne suis pas d’accord, tu vas de nouveau me casser la gueule ? Lui jeta son petit frère à la figure.
- T’es qu’un pauvre con !
La goutte d’eau venait de déborder du vase et Dean empoigna Sam par le haut de sa veste et le plaqua violemment contre le mur avec une furieuse envie de lui remettre du plomb dans la cervelle. Mais lorsqu’il vit la peur agrandir les yeux de son frère, sa respiration se bloquer dans l’attente du prochain coup à venir, Dean se maîtrisa et reprit son calme. Il desserra ses poings et lui étreignit doucement les épaules pour l’apaiser.
- Okay, va voir ton Dexter et démerdes toi pour trouver des arguments cohérents afin qu’il nous aide. Et dès que c’est fait, tu me préviens pour que je me rende à l’adresse qui est indiquée sur mon portable. Je compte sur toi pour faire vite. J’aime pas servir d’appât !
Sam grimaça en songeant à la blessure qu’il avait à l’épaule, il se détendit néanmoins et trouva que le plan de Dean était risqué mais qu’il pouvait marcher. Dexter était un bon flic et avait la tête sur les épaules. A trois, ils pourraient maîtriser le kidnappeur. Et même s’il y avait quelque chose de démoniaque là-dessous, Sam pourrait demander au policier de délivrer son père en attendant qu’ils viennent à bout du Démon.
Le jeune homme acquiesça plusieurs fois de la tête et murmura son accord, un peu honteux du comportement qu’il venait d’avoir envers son aîné.
- Dean, susurra-t-il comme pour s’excuser. T’as pas l’air complètement remis… je pensais qu’un coup de main supplémentaire ne serait pas de trop… je ne voulais pas…
- C’est bon ! Coupa Dean. On ne va pas passer la nuit à s’excuser chacun son tour. Allons-y !
Ils arrivèrent sur les quais de la Marina en moins de vingt minutes après avoir longé le quartier Art Déco non loin de la Lincoln Road. L’accès avait été rapide suite aux conseils avisés de Dexter qui avait accepté de rencontrer Sam sur son bateau, pour prendre une bière ensemble et écouter les choses importantes qu’il avait à lui dire.
Après avoir suivi la baie quelques instants, ils arrivèrent enfin à destination. Sam fut ébahi de voir autant de bateaux de différents tonnages amarrés de chaque côté de ponts flottants qui couraient sur la mer. « Il devait y en avoir plus de deux cents » songea-t-il admiratif.
Les deux frères se regardèrent et pensèrent en même temps que c’était la première fois de leur vie qu’ils pouvaient admirer ce genre de spectacle alors que la lune reflétait, à travers le mouvement des vagues, les silhouettes des navires.
- On se croirait presque en vacances ! Lança Dean avec un certain humour.
Sam tapota affectueusement le torse de Dean après avoir détaché ses yeux du paysage nocturne.
- Je vais rejoindre Dexter sur son bateau, le « Slice of life » quai numéro 6. Tiens-toi prêt !
Son petit frère se passa nerveusement la main dans les cheveux trop longs qu’il avait devant les yeux puis engouffra ses mains dans les poches de sa veste, plus par habitude que pour les protéger du froid, avant de se diriger vers le quai correspondant.
Dean le regarda s’éloigner en se faisant la réflexion que les sentiments que lui portait son petit frère restaient encore indécis et fragiles et qu’un rien le rendait susceptible et méfiant. Mais le pire, c’est cette crainte qu’il avait vu briller dans ses prunelles claires. Sam avait eu peur de lui et ça, Dean ne le supportait pas.
Il se jura qu’il ferait tout pour que son cadet ait de nouveau confiance en lui, car Dean se reprochait aussi toutes les horreurs qu’il avait pu lui sortir lorsqu’il était sous influence de la drogue. Monstruosités qui lui revenaient par vagues depuis qu’il était de nouveau en contact avec son frère. « Il y a parfois des choses que l’on pense sans vraiment vouloir qu’elles se réalisent » pensa-t-il. Comme souhaiter la mort de quelqu’un plutôt que de le voir souffrir. Parfois, ça lui était arrivé d’en vouloir à Sam, mais pas plus de quelques secondes, mais à cause de ce démon, ses pensées étaient ressorties au mauvais moment avec la mauvaise personne en face de lui et aujourd’hui il s’en voulait terriblement.
Pourtant Sam lui avait montré, à sa façon, qu’il tenait encore à lui. Il était venu à son secours et l’aidait à retrouver leur père. Toutefois, Dean avait toujours en tête les paroles que son petit frère lui avait jeté à la figure, lui rappelant qu’une fois son père retrouvé, il le laisserait se débrouiller.
Sam avait-il l’intention de rester ici et de mener une nouvelle vie ? Voulait-il vraiment les quitter ? Souhaitait-il faire une croix sur son passé et les laisser seul ?
Dean secoua la tête et prit la direction de la baie de Biscayne en attendant le feu vert de son frère.
Sam n’eut pas à chercher longtemps le bateau de son colocataire. Dexter se tenait sur le pont une canne à pêche à la main.
- Les poissons ne dorment pas la nuit ? Questionna Sam intrigué.
- La lumière des réverbères les attire. Répondit le policier. Montez, je vous attendais !
Le jeune homme agrippa la main tendue de Dexter et se retrouva hissé sur le bateau. Il regarda l’horizon puis l’intérieur du petit navire avec curiosité.
- Une bière ? Questionna le plus vieux.
- Volontiers.
Dexter lui en tendit une et s’installa sur grosse caisse en plastique, en attendant que Sam en fasse de même.
- Votre coup de fil m’a intrigué Sam ! Reprit-il. Vous m’expliquez ?
Le jeune homme se frotta le visage puis avala une gorgée de bière.
- Et bien, je vais être franc avec vous, je vous dois bien ça ! Commença-t-il. Je sais que vous n’appréciez pas franchement ma famille et qu’elle est recherchée par la police… mais… mon frère m’a contacté… pour me prévenir que notre père avait disparu… qu’il avait été kidnappé plus exactement…
Lisant de la surprise dans les yeux de Dexter, Sam s’arrêta de parler et observa son attitude.
- Je suppose qu’il est difficile pour vous, dans ce cas là, de prévenir la police de sa disparition ! Répondit le policier.
Le jeune Winchester acquiesça de la tête pour confirmer ses dires.
- Ce qu’il y a… Reprit Sam. C’est que je connais l’endroit où il est maintenu prisonnier et que j’aurais besoin de votre aide pour le délivrer !
- Et vous connaissez ses ravisseurs ? Questionna de nouveau Dexter étrangement calme.
Sam se passa de nouveau une main dans les cheveux, montrant ainsi son trouble, puis se frotta nerveusement le bas du visage.
- Je pense qu’il s’agit d’une ancienne affaire dont papa s’est occupée… qu’une personne cherche à se venger où quelque chose comme ça !
- Quelque chose comme ça… répéta Dexter septique avant d’avaler lui aussi une gorgée de bière.
- Vous pensez bien que vous me mettez dans une situation délicate Sam ! Reprit le policier. Vous me demandez d’aider un fugitif… Vous devriez plutôt penser à votre avenir et laisser votre père et votre frère se débrouiller !
Sam eut un sursaut de surprise, montrant ainsi son désaccord avec ce qu‘il venait de lui suggérer, s’étranglant presque avec le reste de sa boisson. Non, il ne pouvait pas laisser son père comme ça et il ne pouvait absolument pas laisser son frère s’en charger surtout dans l’état déplorable dans lequel il se trouvait actuellement.
- Vous rigolez ?!!!
- Non, Sam. Je ne plaisante pas ! Mais je vois bien que je ne vous ferai pas changer d’avis. Je crois, par contre, que vous faites erreur. Si votre père a été kidnappé, c’est qu’on cherche plutôt à atteindre l’un de vous deux ! Ou peut être avez-vous eu une demande de rançon ? Une exigence particulière ?
Le jeune homme se frotta le front plusieurs fois, sentant une étrange douleur s’immiscer à travers les tempes puis s’étendre vers l’arrière de son crâne. Il cligna plusieurs fois des yeux pour en chasser les effets et termina le reste de sa bière.
- Je pense que vous avez raison ! Reprit Sam. On cherche à nous piéger c‘est certain. C’est pour ça que j’ai besoin de votre aide !
- Et où se trouve votre père ? Questionna le policier en s’approchant de lui.
Sam soupira lourdement, se sentant de nouveau bizarre, entre une soudaine envie de dormir et une étrange sensation d’être à côté de ses pompes. Il fouilla cependant ses poches et en sortit un bout de papier qu’il lui tendit.
Dexter le prit et regarda l’adresse qu’il connaissait parfaitement bien. C’était celle où attendait patiemment John Winchester.
- Je connais ! Lança-t-il rassurant. Et je vais vous aider Sam ! Juste parce que vous avez besoin d’être libéré de votre famille. Il faut en terminer définitivement avec votre passé et envisager sérieusement votre avenir. Allons-y !
Le plus jeune fronça des sourcils en le regardant, ne comprenant pas vraiment les dernières paroles de Dexter. Il se leva pour prendre son portable et prévenir Dean, lorsque tout devint trouble. Ses jambes sans force l’abandonnèrent et il tomba lourdement sur les genoux avant qu’une chape de plomb ne s’écrase sur ses épaules et l’entraîne irrésistiblement vers le sol.
Sam lâcha son portable et s’effondra inconscient alors que le policier reprenait la bouteille de bière contenant le narcotique qui avait plongé le jeune Winchester dans un profond sommeil.
- Et de deux ! Totalisa Dexter satisfait. Allons-nous occuper maintenant de ce cher grand frère !
A suivre…
Chapitre 19
- Qu’est-ce qu’il fout bordel ! Jura Dean en regardant encore une fois sa montre. Sam mettait vraiment beaucoup trop de temps pour le contacter et les appels téléphoniques qu’il lui avait passé étaient restés sans réponses.
Il regarda la baie, puis les grandes habitations cachées derrière la végétation composée essentiellement de pins, espérant voir apparaître son frère d‘un instant à l‘autre.
Il avait voulu lui faire confiance et le laisser appeler ce flic de la Miami Metro Police Département et maintenant il se maudissait d’avoir accepté. Il sentait au fond de ses trippes que ce Dexter était une menace pour son cadet sans en déterminer la cause. « Jamais un mec n’en aiderait un autre sans arrière-pensée, à moins d‘être un saint » songea-t-il excédé.
Dean espérait cependant que Sam ait été retenu pour une raison quelconque plutôt qu’il ne soit poursuivi encore par sa mauvaise étoile qui avait une fâcheuse tendance à le fourrer dans des situations inextricables.
- Putain de bordel de merde ! Jura-t-il de nouveau. Son père et Sam étaient injoignables, Bobby quand à lui était à des milliers de kilomètres et Dean réalisa qu’il était résolument seul sur ce coup là.
Pourtant il ne devait pas flancher, il devait être à la hauteur pour sauver sa famille et malgré cette journée qu’il qualifierait de franchement merdique il devait y faire face.
Alors, prenant son courage à deux bras, il alla chercher dans le coffre de sa voiture, un maximum d’armes qu’il pourrait emporter avec lui pour affronter toutes sortes de créatures. Il chargea son fusil à canon scié de gros sel, prit son révolver muni de balles en argent, glissa à l’arrière de son dos son colt calibre 45 semi-automatique préféré chargé de balles réelles puis attacha une machette le long de sa cuisse.
Il arracha également plusieurs pages concernant le rituel d’exorcisme qu’il n’arrivait jamais à retenir par cœur, une fiole d’eau bénite et plusieurs sachets contenant des plantes et talismans qu’il pourrait éventuellement utiliser. Il se jaugea ensuite satisfait.
- Mieux que Rambo ! Lança-t-il bravache.
Maintenant qu’il se sentait prêt et un peu plus confiant, il prit la direction de l‘endroit où devait se trouver son père, tout en veillant à ne pas se faire trop remarquer des badauds qui profitaient de la nuit pour se rafraîchir.
L’adresse indiquait une maison cossue et moderne habitée par des personnes aisées qui voyageaient toute l’année à travers le monde. Ce n’était pas la maison en elle-même qui l’intéressait mais plus exactement le hangar à bateaux situé à l’arrière de la demeure.
A pas de loup, il avança lentement à travers les arbres, observa les alentours et se cacha derrière les buissons au moindre bruit suspect. Il continua sa progression jusqu’à ce qu’il atteigne le bâtiment. En faisant attention de ne pas éveiller les soupçons, il longea le mur et jeta un coup d’œil furtif au travers de la seule petite fenêtre qui semblait entrebâillée. Mais l’obscurité de celle-ci et son étroitesse l’obligèrent à continuer ses recherches. « Ce n’est pas par là que je pourrai entrer » Songea-t-il.
Le jeune homme jugea alors que le seul moyen de lui permettre d’accéder à l’intérieur était tout simplement d’y aller par la mer. Il souffla à l’idée de « se foutre à l’eau en pleine nuit » mais se consola en se disant qu’un bain de minuit lui remettrait les idées en place après une journée comme celle-ci.
Portant ses armes à bout de bras afin d’éviter de les mouiller, le chasseur pénétra dans l’eau et longea la rive jusqu’à ce qu’il atteigne l’entrée. Il se cacha sous le petit pont flottant qui s’engouffrait vers le hangar et s’avança doucement en observant à travers les lattes de bois tout mouvement suspect.
Plus il progressait, plus le niveau de l’eau diminuait. Au bout de plusieurs mètres, il entendit un bruit sourd et s‘immobilisa. Dean écouta le silence, tout en prenant son 45 dans la main droite. Le contact du métal lourd et froid entre ses doigts le rassura et il reprit sa marche.
Il s’appuya à la coque d’un petit navire et leva le regard vers la rambarde qui entourait le pont tout en retenant sa respiration lorsqu’il sentit un frisson glacé lui parcourir le dos. Il pouvait désormais lire à la poupe du bateau le nom du navire, le « Slice of life ».
Les suppositions les plus farfelues lui traversèrent alors l’esprit, se demandant si son frère et Dexter ne l’avaient pas devancé et mis à l’écart volontairement pour lui épargner une nouvelle bagarre ? Sam en serait bien capable. Le chasseur imagina également un autre scénario, plus plausible cette fois-ci, où le policier serait mêlé d’une manière ou d’une autre à l’enlèvement de son père.
Fataliste, Dean secoua négativement la tête et envisagea sérieusement de ne plus jamais mettre les pieds en Floride le reste de sa vie.
Reprenant de nouveau contenance, il grimpa sur le pont fixé au planché du hangar et s’approcha de la petite porte qui menait à une pièce faisant office de réserves, quand il entendit soudain des pas s’approcher dangereusement de lui.
Se plaquant derrière une énorme caisse en bois, il observa un homme d’âge mûr qui s’apprêtait à entrer dans la pièce. Il était entièrement vêtu de noir et sa démarche souple montrait la parfaite aisance de ses gestes. Il était blond, de taille moyenne et d’allure sportive.
Dean était passé en mode chasseur et constata qu’il n’avait en face de lui qu’un simple humain. Son expérience lui hurla cependant de faire attention. Avec les créatures démoniaques il savait quoi faire, tandis qu’avec les humains il devait se méfier, leur comportement était souvent irrationnel.
Il sortit de sa cachette et pointa son calibre 45 en direction de l’homme.
- Les mains en l’air ! Ordonna-t-il en s’avançant doucement.
L’interpellé se retourna l’air surpris et leva les mains lentement.
- Wow ! Qu’est-ce qui se passe ? Questionna l’individu inquiet. Ce n’est pas nécessaire de pointer une arme sur moi !
- Qui êtes-vous ? Reprit Dean en s’approchant prudemment de la porte.
L’homme fronça des sourcils puis parut le reconnaître.
- Vous êtes Dean, le frère de Sam, c’est ça ?
- Et vous Dexter ?
L’homme en question baissa les bras de soulagement et fit un pas vers le jeune chasseur.
- Ne bougez pas ! Ordonna Dean de nouveau, se fiant à son instinct.
Dexter s’immobilisa.
- Hey ! Pourquoi me menacez-vous ?
- Où est Sam ?
Les yeux du policier s’agrandirent un instant et ses lèvres se pincèrent imperceptiblement.
- Il m’a dit qu’il viendrait me rejoindre. Commença-t-il. Et comme il n’est jamais venu, j’ai pris mon bateau et me voilà ! Sam m’avait donné l’adresse, je pensais qu’il était toujours avec vous !
Dean tiqua lorsqu’il entendit Dexter parler de la disparition de son frère.
- Nan, il est parti vous retrouver. Reprit Dean inexpressif. Qu’est-ce qu’il y a derrière cette porte ?
Dexter haussa des épaules.
- J’allais justement regarder ! Vous préférez peut être y jeter un coup d’œil vous-même ?
Le chasseur, toujours sur ses gardes, bougea son arme pour indiquer au policier d’entrer le premier.
Celui-ci s’exécuta et pénétra dans la réserve plongée dans l’obscurité la plus totale. Dean le suivit de prêt, le colt pointé derrière la nuque de Dexter.
Soudain, une lumière vive le surprit et lui fit cligner des yeux. Il n’eut pas le temps de réagir que la porte se referma violemment sur lui l’assommant à moitié et lui faisant malencontreusement lâcher son arme.
Instinctivement, il se déplaça sur le côté évitant de justesse de prendre le pied de son agresseur dans le ventre. Au lieu de fuir, il se précipita vers Dexter et lui envoya un uppercut à la pointe du menton.
Le policier flancha mais se ressaisit immédiatement en esquivant le coup suivant, donnant à son tour un brutal coup de tête dans le plexus du chasseur suivit d’un coup bien senti au foie.
Dean fut projeté quelques pas vers l’arrière le souffle coupé, mais il en avait vu d’autre et il parvint à reprendre contenance. Le regard plein de haine, il fixa son assaillant qui ne semblait pas avoir été touché par son attaque.
- Et bien, Dean. Lança Dexter, un léger sourire se dessinant au coin de la bouche. Nous voilà arrivé à destination.
Le chasseur ne comprit pas tout de suite où il voulait en venir. Mais quand il observa la pièce totalement tapissée de plastique, une boule se forma dans sa gorge. Examinant un peu plus son environnement, il sentit son cœur faire un sérieux raté lorsqu’il aperçut son père maintenu prisonnier, allongé sur une table, bâillonné et plastifié comme un roastbeef.
John qui tentait vainement de se détacher alors que son fils discutait avec ce fou furieux.
Dean, tout en fixant le policier, pointa du doigt son père.
- Détachez-le tout de suite ! Commanda-t-il.
- Faite le vous-même. Répondit Dexter en l’invitant de la main.
Le chasseur se saisit alors de sa machette qu’il avait à la cuisse et s’avança menaçant vers l’autre.
- Alors, vous avez fait tout ça pour nous piéger ? Lança le jeune homme essayant de comprendre les motivations de Dexter, cherchant désespérément du regard où Sam pouvait être.
- Votre frère n’est hélas pas avec nous ! Répondit Dexter face à son interrogation silencieuse. Il a un voyage assez long à faire !
- Où est-il ?
- Oh, il attend sagement dans la cale de mon bateau.
Dean se sentit devenir livide, imaginant le pire pour son cadet.
- Pourquoi vous faites ça ?
- Mais c’est évident voyons ! Dexter parut surpris. J’éradique notre bonne ville de Miami d’individus comme vous.
- Vous êtes un malade ! Constata Dean atterré.
- Non... Le policier secoua négativement la tête. Je ne suis pas un malade… je suis juste un tueur en série qui élimine des criminels dangereux dans votre genre pour assouvir et canaliser une forte envie de meurtre !
Après avoir dit cela, Dexter se précipita vers le jeune Winchester avec une brutalité surprenante. Il sentit à peine la machette lui entailler l’épaule et passa derrière lui pour le saisir à la gorge et le maîtriser avec son avant-bras.
Dean planta son arme blanche dans la cuisse du policier qui poussa un cri étouffé mais ne desserra pas sa prise, l’obligeant même à poser un genou sur le sol.
La pression était d’une force inouïe et Dean s’agrippa aux cheveux de son agresseur pour le faire basculer vers l’avant, mais Dexter se sentant faiblir, lança un violent coup de genoux dans la colonne vertébrale de Dean qui ressentit une douloureuse décharge électrique qui se propagea dans tout le corps.
Le souffle coupé, le chasseur lâcha sa prise et tenta de desserrer le bras qui l’empêchait de respirer. Il essaya de se débattre encore mais des étoiles commencèrent à papillonner devant ses yeux.
Le visage du policier était collé contre son oreille et Dean pouvait entendre sa respiration profonde et saccadée. Son corps le poussait irrémédiablement vers le sol, l’obligeant à se recroqueviller de plus en plus sur lui-même, lui coupant alors complètement la respiration.
Essayant d’aspirer vainement une dernière bouffée d’oxygène, le jeune chasseur sentit sa tête douloureuse être plaquée par terre.
Dean entendit très clairement les battements de son cœur marteler ses tempes, il cracha un dernier souffle comme une plainte et demeura immobile.
John s’agita de plus en plus, se tordant dans tous les sens pour essayer de voir son fils désormais inconscient. Il déplaça difficilement sa tête pour observer le policier traîner Dean jusqu’à l’angle de la pièce où il lui attacha les pieds et les mains ensemble.
Le chasseur voulut crier, déverser sur le policier toute sa haine.
Jamais il n’avait ressentit un telle envie de tuer quelqu’un depuis la mort de Mary. Il sentait ce maudit bâillon lui brûler la bouche par la pression qu’il exerçait pour essayer de hurler.
Hurler, parce que maintenant, ils étaient tous les trois à la merci d’un simple humain, mais celui de la pire espèce. Celui qui sait se fondre dans la société sans se faire remarquer. De camoufler sa vraie nature pour évoluer parmi ses proies. D’être un monstre dont l’âme était plus noire que celle d’un démon pour assouvir, comme il l’avait dit lui-même, son envie de tuer.
Le chasseur craignait sérieusement pour sa vie comme pour celle de ses enfants. Il voyait Dexter évoluer dans la pièce, vacant à des occupations obscures, ignorant toutes les tentatives qu’il faisait pour s’échapper.
John oublia volontairement le plastique qui lui coupait les poignets jusqu’au sang et la douleur de ses muscles tendus qui lui faisait ressentir d’insupportables crampes, pour tenter de se libérer.
Les yeux brillants de souffrance et de crainte à la fois, John fixait son aîné, espérant qu’il se remette rapidement à respirer, voyant ses lèvres violacées tirant dangereusement vers le bleu et sa peau anormalement cramoisie. Il guettait le moindre mouvement mais Dean demeurait absolument inerte.
- « Il va mourir » ! Pensa John paniqué. « Il va mourir asphyxié sous mes yeux sans que je puisse l’aider !»
Alors le chasseur appela Dexter, le supplia à travers sa bouche scellée, cria de nombreuses fois pour attirer son attention.
Le policier s’aperçut enfin des suppliques du Winchester qui lançait des regards désespérés vers son fils inanimé.
Dexter s’approcha du plus jeune et posa deux doigts sur sa carotide. Ne sentant presque plus de pouls, Il le déplaça afin de dégager son cou pour lui permettre de respirer plus facilement, puis il lui frotta le thorax vigoureusement durant quelques minutes.
Des minutes qui parurent durer des heures pour John qui avait cessé lui aussi de respirer tant son inquiétude était grande.
Quand Dean se réveilla en sursaut, complètement désorienté.
Il hoqueta plusieurs fois avant de pouvoir avaler péniblement une gorgée d’oxygène salvatrice qui lui permit ainsi de reprendre difficilement conscience avec la réalité. Les larmes inondant ses yeux coulèrent involontairement sur ses joues tandis que son visage reprenait peu à peu une couleur normale.
- « Dean est vivant ! » Soupira John soulagé en fermant les yeux. « vivant !»
A suivre…
Chapitre 20
Sam avait chaud, très chaud et ses cheveux mouillés de sueur collaient désagréablement sur son front et sa nuque. Il émergea brutalement de son sommeil artificiel lorsqu’il se releva et se cogna contre le plafond bas de la cale du bateau de Dexter. Il gémit et porta ses mains douloureuses vers sa tête, constatant avec étonnement que ses poignées avaient été solidement fixés ensemble par une corde si serrée qu’il sentait à peine le bout de ses doigts.
Il regarda autours de lui et remarqua qu’il ne pouvait même pas se tenir assis tellement l’endroit était exigu. Il identifia autours de lui quelques bouteilles d’huile de moteur et d’essence, diverses sortes de cordes, de nombreux rouleaux de sacs poubelles noirs ainsi que des bâches en plastique transparentes.
Le jeune homme se passa la langue sur ses lèvres sèches et constata également que ses chevilles engourdies étaient entravées.
Il avança ses genoux vers lui et testa la solidité des liens qui attachaient ses pieds entre eux et tira sur la corde, mais elle était trop bien fixée et Sam se rallongea en soufflant de dépit.
L’air était lourd et chargé d’humidité ce qui n’arrangeait en rien la migraine qui avait élu domicile dans sa tête.
Il leva une nouvelle fois les jambes et donna plusieurs coups de pieds pour ouvrir la trappe qui se trouvait au milieu du plafond, mais elle ne bougea pas d’un millimètre.
Le temps semblait défiler au ralenti et les minutes parvenaient laborieusement à atteindre les suivantes avec une lenteur désespérante.
Sam s’essuya le front avec son avant bras et grimaça lorsqu’il sentit son mal de tête élire domicile devant ses yeux, lui envoyant des flashs de lumière trop vifs. Ce n’était ni l’heure ni le moment pour avoir une migraine, songea-t-il. Son père et son frère étaient en danger et il devait absolument trouver une solution pour sortir d’ici. Il aspira plusieurs fois par la bouche pour se calmer et essaya de faire le vide dans son esprit tout en fermant les yeux.
Mais la douleur était sournoise et elle s’amplifia jusqu’à devenir insupportable. Sam grogna et se laissa submerger par une prémonition dont la venue n’avait jamais été aussi brusque.
Il grimaça involontairement lorsqu’il se retrouva projeté, sur le port industriel de Miami, dans un conteneur de stockage vide dans lequel se trouvaient deux petits garçons de trois à six ans baignant dans une mare de sang, du sang venant de plusieurs corps horriblement démembrés dont celui de leur mère.
« Laura » éclata une voix dans la tête de Sam qui sentit un filet de sang couler de son nez vers la bouche. Soudain, il eut l’impression que sa vision changeait d’angle de vue. Il voyait maintenant devant lui le même petit garçon qui pleurait silencieusement en agrippant son grand frère « Biney… Biney… » Suppliait-il sans fin, ne réussissant pas à dire correctement le prénom de son frère aîné Brian.
Sam ressentit une forte envie de vomir qu’il essaya de retenir, mais la nausée était trop intense et il eut juste le temps de se retourner pour déverser sur le sol tout le contenu de son estomac.
Il n’eut pas le temps de souffler qu’une autre vague de douleur explosa dans sa tête. Il avait tellement chaud, ses vêtements collaient désagréablement à sa peau et l’odeur insupportable de son propre renvoi lui soulevait de nouveau le cœur.
Il se trouvait maintenant dans une grande salle de bain et voyait de nouveau un enfant blond, plus petit cette fois, assis au milieu d’une flaque de sang pleurant à chaude larme. Il regardait avec incompréhension sa mère immobile dans son bain couleur carmin et ne comprenait pas pourquoi elle ne venait pas le réconforter comme à son habitude lorsqu‘il était triste.
L’enfant se sentit soulagé lorsqu’il vit son père ouvrir la porte et se précipiter vers lui pour le consoler dans ses bras. Son père qui regardait épouvanté sa femme sans vie baignant dans son propre sang.
- Dexter ! Gémit le jeune homme les yeux mi-clos, le corps tremblant comme une feuille malgré la chaleur.
Sa vision concernait le policier et Sam comprit que l’enfant dans le conteneur et Dexter ne faisait qu’un et que le petit garçon qui se retrouvait auprès de sa mère sans vie était son fils Harrison.
Le chasseur s’appuya sur ses avant-bras pour s’asseoir, mais le simple fait de bouger lui provoqua un haut le cœur qu’il ne put éviter cette fois-ci, lui souillant le bras par un jet de bile.
Jamais une vision n’avait été aussi douloureuse et l’étroitesse de la cale l’empêchait de reprendre clairement ses esprits.
Il pria juste pour que cela s’arrête.
Mais se fut le contraire qui se passa. Les flashs doublèrent d’intensité et Sam eut la sensation de perdre le contrôle de son corps. Il se retrouva juste à côté de Dexter le touchant presque, épaule contre épaule, dans une pièce sombre seulement éclairée par une unique ampoule. Le policier qui tenait entre ses mains gantées une machette recouverte de sang.
Sam vit avec horreur cette lame se baisser lentement vers le torse de son père qui ne pouvait faire aucun mouvement malgré ses vaines tentatives. L’arme toucha sa peau au niveau du cœur et pénétra doucement dans sa chair le faisant hurler.
Le jeune Winchester agrippa les mains de Dexter pour le stopper dans son geste et plongea son regard dans le sien pour y lire une volonté farouche, proche de la folie, d’achever son épouvantable tâche. Lorsque Sam observa de nouveau son père, il fut bouleversé, ce n’était plus John qui se trouvait sous la lame mais Dean qui gémissait de douleur.
Le choc fut si violent qu’il se réveilla encore plus mal qu’avant, avec une forte envie d’en finir plutôt que de subir encore les assauts de cette prémonition qui lui broyait le cerveau avec un étau chauffé à blanc. Il souffla comme s’il avait couru le Marathon et se sentit enfin reprendre progressivement possession de lui-même, déterminé plus que jamais à porter secours à sa famille afin qu’elle ne se réalise pas.
Sam se redressa sur les coudes et grinça des dents pour retenir un cri étouffé, fermant encore les yeux pour reprendre son équilibre.
Déterminé à s’enfuir, il porta les liens de ses poignets à la bouche et commença à les broyer et les mordre. Il était concentré à sa tâche lorsqu’il entendit un bruit sur le pont. Il s’arrêta et essuya les gouttes de transpiration qui perlaient sur ses tempes et attendit.
Des pas plus net se firent de nouveaux entendre et le jeune Winchester pensa que son calvaire allait peut être enfin se terminer.
Lorsqu’il entendit la petite porte se déverrouiller son espoir augmenta d‘un échelon.
L’ouverture s’agrandit et laissa une vague de fraîcheur envahir l’habitacle. Sam respira à pleins poumons, se soulevant encore un peu plus pour soulager son mal de tête qui pulsait régulièrement dans son crâne.
C’est alors qu’il vit une jeune femme s’engouffrer dans la cale et le regarder avec une ironie presque moqueuse. Elle grimaça lorsqu’elle respira l’odeur écœurante de vomis, de chaleur et de transpiration mélangée qui régnait ici puis elle se faufila plus près de Sam pour s’accroupir enfin devant lui.
- Mais qui voilà tout ficelé et prêt à être livré ? Questionna-t-elle en jubilant.
Sam l’observa inquiet, sentant que ce qui allait se passer n’allait pas lui plaire.
- Qui êtes-vous ? Demanda-t-il la voix s’éraillant malgré lui.
- Tu ne te souviens pas de moi ? Je suis une grande amie de ton frère !
Le jeune homme plissa des yeux et se rappela la rencontre malencontreuse de son frère avec le démon qui avait cherché à le tuer.
Surpris, Il se projeta vers l’arrière mais son dos rencontra le mur froid et métallique du bateau.
La jeune femme possédée pencha la tête sur le côté et lui fit l’un de ses plus beau sourire alors que ses yeux devenaient aussi noirs que de l‘encre.
- Ne t’inquiètes pas Sam, je ne suis pas là pour te tuer ou pour jouer avec toi, mais pour te parler seul à seul.
- Je n’ai rien à vous dire ! Cracha-t-il avec haine.
- Il m’a fallut du temps pour t’isoler de ta famille et pour te retrouver enfin en face de moi ! Continua-t-elle. Je suis tellement contente et fière de te parler.
- Fière ?
- Tu ne te rends pas compte de la valeur que tu as à nos yeux, Sam Winchester, aux yeux de certains démons, et je suis la première qui peut enfin discuter avec toi !
Sam sentit une boule se former au creux de la gorge et un frisson glacial lui parcourut de nouveau le corps.
- Je n’ai aucune valeur … je suis un chasseur minable… incapable de sentir un putain de démon à plus d’un mètre de moi ! Ragea-t-il plus contre lui-même qu’envers l‘être démoniaque.
- C’est peut être parce que tu nous ressembles plus que tu ne le crois ? Lança la jeune femme sur un ton plus doux en lui essuyant le sang séché qu’il avait sous le nez.
Sam se dégagea d’un geste brusque et agrandit ses yeux de surprise.
- Vous racontez n’importe quoi !
- Qu’importe ! Le démon haussa des épaules. Je crois que tu es dans une position où tu ne peux rien me refuser.
- Je ne vais pas marchander avec toi !
- Mais qui te parle de marchander ? S’étonna-t-elle. Tu n’as pas le choix. Tu acceptes de faire ce que je te demande et je te libère. Tu pourras alors sauver ton stupide frère et ton père… Tu refuses et je les laisse se faire crever par ton cher ami le policier ?!!!
- Tu as trouvé encore le bon allié à ce que je vois. Reprit-elle moqueuse en le voyant se figer. Un bon tueur psychopathe à la rescousse d’une âme égarée, comme c‘est mignon !
- La ferme ! Hurla Sam se sentant pris au piège.
Le démon s’approcha si près de lui qu’il pouvait sentir son souffle sur son visage.
- Allons, Sam, rends-moi service… accepte… avant que Dexter n’exécute sa sentence, qu’il ne découpe ta famille en morceaux avant de les mettre dans de jolies sacs poubelles. Bye bye papounet… bye bye Dean…
- Qu…Qu’est-ce que vous voulez ? Capitula le jeune Winchester au bord des larmes.
- Bien ! Lança la jeune femme victorieuse en s’installant à califourchon sur les genoux de Sam. Elle sortit un couteau à cran d’arrêt et libéra la lame de son manche. Ecoute-moi bien Sam…
Maintenant le démon chuchota plus qu’il ne parla obligeant le jeune homme à fixer son attention sur lui.
- D’ici quelque temps, tu vas combattre sept des mes compatriotes. A un moment, tu vas être mis en difficulté et quelqu’un va te sauver la vie. Je veux que tu écoutes cette personne et que tu lui fasses confiance.*
- Co… Comment je la reconnaîtrai ? Souffla-t-il désappointé.
- Elle possède un couteau qui peut tuer les démons et je veux… Dit-elle en insistant sur le dernier mot, que tu fasses ce qu’elle te demandera. C’est clair ?
- Une arme qui peut tuer les démons ? S’étonna-t-il. Il existe une telle arme ?
- Ce n’est qu’un détail ! Lui répondit-elle évasive.
- Et si elle me demande de tuer une personne qui m’est cher, c’est hors de question ! Haleta Sam mal à l’aise.
- Rien de tout cela ! Confirma la jeune femme.
- Et c’est tout ? S’inquiéta le jeune chasseur.
- Oui. Affirma-t-elle. Bien sûr, si tu n’obéissais pas ou si je mourrais malencontreusement avant cette rencontre, nous nous ferions un malin plaisir d’éliminer la famille Winchester au complet. Tu as bien compris ? Tu es d’accord ?
Sam était inquiet mais la demande du démon paraissait acceptable. Ecouter quelqu’un parler ne lui semblait pas franchement dangereux. Donner sa confiance aveuglément, par contre, lui semblait plus difficile. Il venait récemment d’en faire la douloureuse expérience avec Dexter.
Pourtant tout en lui criait de refuser, sentant le piège à plein nez d’autant plus que les conséquences de son refus semblaient plus graves que la demande en elle même. Mais comment faire autrement alors qu’il avait les mains et les pieds liés et qu’il était à la merci d’un démon qui le menaçait de son arme ? Il devait être libre pour pouvoir délivrer son frère et son père et surtout arriver avant qu’il ne soit trop tard.
Il n’avait pas d’autre choix que d’accepter espérant que les conséquences ne seraient pas trop graves.
- Je suis d’accord, à la condition que tu m’aides à sauver Dean et mon père !
La jeune femme se renfrogna et sembla elle aussi peser le pour et le contre. Laissant glisser la lame de son couteau sur la chemise de Sam.
Elle avait réussit à prendre contact avec le jeune Winchester et lui avait transmis le message de son maître. Son job était terminé, mais Sam était trop craquant lorsqu’il cherchait à sauver les membres de sa famille. Et puis, l’aider maintenant lui servirait peut être plus tard, lorsqu’il serait quelqu’un d’important dans son monde.
- On est d’accord ! Lâcha-t-elle en l’embrassant sur la bouche goulûment afin de sceller son contrat, s’éternisant toutefois sur le baiser afin d’en profiter un maximum.
Lorsque Sam tourna la tête pour y mettre un terme, le démon trancha les liens qui emprisonnaient ses pieds et ses mains et le libéra.
Le jeune homme grimaça lorsqu’il sentit le sang irriguer de nouveau le bout de ses doigts et se releva pour s’extraire de la puanteur de cale du bateau, suivi de près par le démon silencieux.
Le hangar était plongé dans l’obscurité et seul le bruit de l’eau se jetant sur les bords du petit pont flottant troublait le silence.
Ils s’engagèrent rapidement vers l’unique pièce qui servait de réserve. La jeune femme regarda le jeune chasseur la suivre péniblement. Sam avait beau être sorti du bateau, il ne s’était toutefois pas débarrassé de cette migraine qui l’empêchait d’être complètement opérationnel. Il avait les traits tirés par la fatigue qui lui donnait un air beaucoup trop jeune au goût du démon.
Cependant sa détermination était sans faille et malgré l’envie de baisser les bras et de se laisser envahir par une somnolence bénéfique qui le soulagerait, Sam préférait se battre et secourir sa famille.
Il se déplaça doucement près de la porte et avança la main vers la poignée pour l’ouvrir.
Le démon lui fit un signe de la tête et sortit une arme à feu qu’il lui tendit alors qu’il raffermissait sa prise autour du manche de son couteau.
- A trois on entre. Chuchota la jeune femme en trépignant d‘avance du combat à venir.
Sam actionna lentement la partie pivotante du loquet qui maintenait la porte fermée, le plus silencieusement possible.
Lorsque le démon souffla le chiffre trois, ils se précipitèrent à l’intérieur.
La jeune femme arrêta Dexter dans son mouvement alors qu’il abaissait violemment sa machette vers John et le précipita contre le mur, l’immobilisant grâce à son pouvoir démoniaque.
Sam resta interdit quelques secondes devant le spectacle horrible qu’il venait d’éviter avant de se précipiter vers son père pour le sauver.
Dexter regarda la jeune femme avec incompréhension. Comment pouvait-elle l’immobiliser de la sorte ? Et pourquoi Sam ne semblait pas étonné par cet acte surnaturel ? Il avait beau utiliser toute sa force, aucun muscle de son corps n’acceptait de lui obéir. Il restait plaqué contre le mur paralysé par une force qu’il ne comprenait pas.
Lorsque le jeune Winchester libéra complètement son père soulagé, il se dirigea vers Dean qui se trouvait pieds et mains liés dans un recoin de la pièce.
Sam lui trancha les liens et le prit immédiatement dans ses bras heureux de l’avoir retrouvé sain et sauf.
- Tu es en retard ! Lança son aîné heureux d’avoir retrouvé son petit frère bien vivant.
- J’ai fait un peu de tourisme ! Répondit le plus jeune avec humour.
John, sachant ses fils secourus, se retourna alarmé vers le démon et son tortionnaire. Il se précipita rapidement vers les armes que le policier avait disposées sur un établi et se saisit d’un révolver qu’il pointa dans leur direction. Il allait faire feu lorsque Sam se jeta sur lui et leva l’arme qui se déchargea dans le plafond.
- Arrête papa !
Dean, au comble de la stupéfaction, regarda Sam comme dans un état second. Il ne comprenait pas pourquoi son cadet avait empêché son père d’éliminer le démon qui avait tenté de le tuer à plusieurs reprises.
Son père jeta un coup d’œil interrogateur vers Sam et observa son aîné perplexe.
- Qu’est-ce qui te prend Sam ? Questionna John d’une voix grave.
A suivre…
* Pour celles et ceux qui sont plus Dexter que Supernatural, le démon fait référence ici, lorsqu’il parle de sept de ses compatriotes, aux sept péchés capitaux personnifiés par des démons échappés par l’une des portes de l’Enfer (voir l’épisode 1 de la saison 3).
** Plus qu'un chapitre et c'est la fin ! A la semaine prochaine...