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Evil Twins

Série : Supernatural
Création : 30.05.2012 à 17h19
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Pré-série. Une créature démoniaque jure de venger la mort de sa sœur jumelle, exterminée par John et Dean. Désirant les faire souffrir à leur tour, elle décide de s’attaquer à Sam. » Lydean 

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Evil Twins

 

Pré-série. Une créature démoniaque jure de venger la mort de sa sœur jumelle, exterminée par John et Dean. Désirant les faire souffrir à leur tour, elle décide de s’attaquer à Sam.

Spoilers : Cette fiction se déroule avant le début de la série donc, a priori, pas de spoilers ! Malgré tout, j’ai prélevé des souvenirs de leur enfance (et adolescence) parmi ceux évoqués tout au long des épisodes, des saisons.

Personnages : Sam et Dean Winchester essentiellement et quelques apparitions de John.

Résumé: Dean, 20 ans, aide son père à exterminer une créature démoniaque. Celle-ci utilisait son charme pour plonger ses victimes dans la dépression et se nourrir tranquillement de leur liquide céphalo-rachidien jusqu’à ce qu’ils meurent. Ce qu’ignoraient les Winchester, c’est que cette créature avait une sœur jumelle qui jure de se venger. A l’inverse de sa sœur, sa spécialité à elle c’est la discorde. Elle décide de faire subir à John la douleur qu’elle a ressentie. Pour parvenir à ses fins, elle se rapproche de Sam. Elle pense ainsi venir facilement à bout de l’aîné pour ensuite faire sombrer le père.Durant les quelques mois au cours desquels va se dérouler cette histoire, il y aura d’autres chasses, Sam fêtera ses seize ans, ... Si tout va bien, la grosse vilaine méchante devrait avoir légèrement sous-estimé le lien fraternel indestructible des deux frangins !!!!!! Mais ça … c’est si tout va bien ! ^^ 

          Cette histoire a été écrite pour Jeanne, ma petite Supernatural’s sister et il n’était pas réellement prévu que je la poste. Le manque de temps, le trop plein de boulot, une saison 6 qui m’a un peu déstabilisée … ont fait que je n’avais plus ni les moyens, ni l’envie d’écrire.  Seulement voilà, ma p’tite Jeanne m’a fait une attaque de Puppy eyes à laquelle je n’ai pas pu résister. J’ai commencé Evil Twins il y a plus d’un an et je n’ai pas vraiment trouvé le temps de la poursuivre jusqu’à ces derniers jours grâce à ma tite twin (Valdora) qui a obtenu le poste de responsable des épisodes virtuels sur le quartier. Félicitations ma tite twin ! J’ai également dû faire face à des attaques de puppy eyes pour mettre cette histoire en ligne et comme j’ai toujours beaucoup de mal à résister ben … j’ai cédé. Mais maintenant il ne faudra pas se plaindre si je squatte le quartier ^^

          Comme d’habitude, mon côté sadique s’exprime pleinement, que ce soit au niveau des victimes ou de nos frères préférés. Donc âmes sensibles s’abstenir ! lol ! J’espère développer cette histoire de manière à ce qu’elle reste proche de Supernatural (lors des premières saisons). Si ce n’est pas le cas, n’ayez pas peur de me le dire. Je ne mange personne et même si je le voulais ce serait hyper compliqué via Internet … quoique …^^

          D’autre part, certains termes médicaux que j’emploie correspondent à deux ou trois recherches et quelques restes de connaissances que j’ai eus … un jour … autrefois ! lol ! Je ne prétends en aucun cas m’y connaître en médecine. Enfin, j’ai détourné quelques créatures surnaturelles issues de mythes pour les besoins de l’histoire. Tout cela reste dans le domaine de la fiction. Merci de votre indulgence !

 

         Je posterai un chapitre par semaine, ce qui correspond à un paragraphe tous les deux ou trois jours.

         N’hésitez pas à m'envoyer des messages : toutes les critiques sont les bienvenues et j’adore papoter et débattre.

Bonne lecture !


Lydean  (30.05.2012 à 17:22)

Prologue

 

         Il était seul, perdu au milieu de nulle part. Il courait à en perdre haleine dans l’obscurité oppressante de ce lieu glacial, cherchant désespérément une présence, quelqu’un à qui se raccrocher, l’unique personne capable de l’aider à s’échapper d’ici, à se sortir de cette situation inextricable.

 

       Les battements de son cœur étaient si rapides et si puissants qu’il craignait de voir cet organe vital s’expulser lui-même de sa poitrine. Ses côtes ne seraient jamais suffisamment solides pour contenir une telle explosion ! D’ailleurs, il se demandait comment elles arrivaient encore à contenir de si violents martèlements. Même ses poumons refusaient de travailler correctement. L’air ne faisait que sortir et dédaignait obstinément de soulager cette pression qui comprimait de plus en plus férocement sa cage thoracique. Le peu d’oxygène qu’il réussissait à emmagasiner lui brûlait chaque bronchiole. Sa respiration laborieuse se fit sifflante. Il suffoquait. Malgré tout, il continuait à courir. S’il voulait garder un infime espoir de s’en sortir, il devait le trouver.

 

       Il s’évertuait de toutes ses forces à l’appeler, à crier son prénom. Mais lorsqu’il ouvrait la bouche, aucun son n’en sortait. Etait-ce parce qu’il n’avait plus de souffle ? Il s’arrêta un instant, essayant de contrôler son corps et son esprit mais l’angoisse était trop forte. Il ne supportait plus d’être seul, dans ce lieu lugubre, inhospitalier. Il prit la plus grande aspiration qu’il put et hurla toute son angoisse mais ses espoirs furent anéantis par ce long silence lourd de conséquences. Il n’avait pas d’autre choix que celui de repartir à sa recherche. Il reprit donc sa folle course, se battant contre ce corps qui refusait d’avancer, qui ne comprenait pas la gravité de cette tentative désespérée. Il fallait impérativement qu’il le trouve.

 

      Il essayait d’optimiser sa vision, scrutant autant que possible les environs, essayant de détecter un tout petit signe de sa présence. Mais malheureusement, au-delà de l’obscurité si tenace, tout était flou. Impossible d’identifier quoique ce soit. Malgré tout, régulièrement, il jetait des coups d’œil par-dessus son épaule, vérifiant ainsi qu’il n’était pas passé à côté de quelque chose d’essentiel. D’ailleurs, en y regardant de plus près, n’était-il pas déjà passé par là ? Tournait-il bêtement  en rond comme un lion en cage ? La panique l’envahit soudainement et le besoin de le retrouver devint vital.

 

      Il transpirait à grosses gouttes, la sueur dégoulinant sur son front, ses tempes et sa nuque. Comment cela pouvait-il être possible, alors qu’il faisait si froid ? D’ailleurs, son corps entier était parcouru de douloureux frissons. Il tremblait tant que ses jambes menaçaient de le laisser tomber à tout instant. Pourtant, il savait que s’il abandonnait, il ne s’en sortirait pas. Cette solitude menaçait de le tuer. Comment pourrait-il encore lutter s’il ne le retrouvait pas ?

 

      Il s’arrêta une nouvelle fois et observa ses mains qui le faisaient terriblement souffrir. Sa peau se boursoufflait et prenait une teinte noirâtre. Epouvanté, il s’aperçut que la transformation avait déjà commencé. Non ! Il ne voulait pas ! Il refusait de devenir un monstre ! Il se prit la tête entre les avant-bras mais de fins lambeaux de chair se détachèrent sous cette pression inattendue. Il retira donc vivement ses mains et arracha par la même occasion des poignées de cheveux. Ses pulsations cardiaques s’engagèrent dans un rythme invraisemblable, entraînant dans leur élan sa respiration déjà laborieuse.

 

       C’est à ce moment-là que sa volonté s’effondra. Il fondit en larmes et se laissa tomber à genoux. Son corps et son esprit refusaient de le porter plus longtemps. Il se sentait terriblement vide. C’était trop tard. L’épouvantable chose qui sommeillait en lui apparaissait au grand jour. La normalité était un précepte disparu à tout jamais. A présent, il savait qu’il ne réussirait pas à trouver celui qu’il cherchait si ardemment car cet être si important à ses yeux n’avait nulle envie de le revoir et encore moins sous cette apparence abominable. Il avait pourtant tellement besoin de lui.

 

       Avant tout ça, il avait toujours pu compter sur lui. Avant tout ça, celui qu’il considérait comme un héros aurait remué ciel et terre pour le retrouver et n’aurait jamais faibli avant d’y être arrivé. Avant tout ça, il l’aurait aidé à affronter cette malédiction. Avant tout ça, il n’aurait jamais eu l’idée de l’abandonner à son triste sort, désespérément seul, perdu au milieu de nulle part. Mais ces temps-là étaient révolus, le pire étant qu’il ne pouvait s’en prendre qu’à lui. Car oui, tout était de sa faute ! Il regrettait tellement. Son sentiment de culpabilité était un fardeau encore plus oppressant que ses difficultés à respirer. Il aurait dû lui dire … Il aurait dû lui faire part de ses tourments … Il aurait dû être honnête au lieu de se réfugier derrière cette colère malveillante qui lui avait fait perdre la raison et la seule personne en qui il avait toujours pu compter.

 

 

       Totalement découragé, il se laissa sombrer dans le désespoir. A quoi bon lutter ? Pourquoi se battre ? De toute façon, sans lui, il ne s’en sortirait pas. Et puis en avait-il réellement envie ? Il avait tout perdu. Il n’avait plus rien. Loin de la normalité à laquelle il avait toujours aspiré, il se transformait en cette chose qu’il redoutait tant et il ne pouvait plus faire marche arrière. Le sol devint instable et commença à se dérober. Il comprit que cette chose informe qui lui servait de corps était en train de s’enfouir lentement dans une sorte de gouffre sans fond. Il savait que la fin était proche mais ça ne le perturbait plus. Il l’attendait même avec soulagement. Après tout, son grand frère vivrait bien mieux sans lui …


Lydean  (30.05.2012 à 17:25)

Chapitre 1

 

Février 1999

 

- Fous le camp ! J’veux plus te voir ! Jamais ! Hurlait-elle en balançant ses affaires sur le trottoir où il se trouvait.

 

       Il était planté là, les épaules tombantes, le visage décomposé. Il n’essayait même pas d’esquiver. L’une de ses chaussures le heurta violemment au visage mais il ne bougea pas d’un millimètre. Il était anéanti. Sa vie était détruite et tout était de sa faute. Comment avait-il pu se transformer en cet horrible monstre ? Au bout de quelques minutes interminables, les cris cessèrent, ponctués par le claquement de la porte d’entrée. Si sa femme n’était désormais plus dans son champ de vision, son image, elle, était à jamais gravée dans son esprit. Il voyait son visage ruisselant de larmes, ses yeux qui exprimaient sa colère et reflétaient sa déception. Il l’avait trahie. Comment avait-il pu ? Lui qui idolâtrait son épouse depuis plus de vingt ans.

       Il se souvenait péniblement de ce qui l’avait conduit à cette nuit de débauche à peine douze heures auparavant. Il ne comprenait absolument pas ce qui avait pu l’y pousser. La veille, il avait levé le nez de ses dossiers pour s’apercevoir que la nuit était tombée. C’est en réalisant l’heure tardive qu’il avait rassemblé ses affaires et quitté son bureau pour rejoindre hâtivement sa famille. Il avait rencontré bon nombre de ses collègues dans les locaux mais il n’avait jamais vu cette femme avant. D’ailleurs, il n’avait même pas remarqué sa présence jusqu’à ce qu’elle lui effleure le bras en le croisant. C’est à ce moment-là qu’il était tombé sous son charme. Pourquoi ? Que s’était-il passé ? Il n’en avait aucune idée. A bien y repenser, elle n’avait rien d’extraordinaire. En tous cas, elle n’arrivait pas à la cheville de son épouse. Il n’en revenait toujours pas. C’était comme si ses désirs l’avaient emporté sur sa volonté, comme si son corps agissait sans que son esprit lui en ait donné l’ordre, comme s’il était prisonnier à l’intérieur de son propre organisme. Tout s’était déroulé dans un flou artistique et il s’était réveillé à ses côtés, complètement dénudé. Une fois ses esprits retrouvés, il avait été horrifié de comprendre ce qu’il avait fait. Il avait dû être honnête avec son épouse qui était terriblement inquiète de sa disparition, qui n’avait pas dormi de la nuit et qui s’était jeté dans ses bras, les yeux rougis et ruisselants lorsqu’il avait franchi le seuil. Malheureusement, ses aveux avaient eu l’effet escompté : elle ne lui pardonnerait jamais. Pourtant il se devait de lui dire la vérité. Il n’aurait pas pu vivre avec ce lourd secret, cette abomination. Il avait tout détruit et pour quoi ? Pour qui ?

 

       Une légère brise vint frapper sa chemise trempée de larmes et il frissonna. Combien de temps était-il resté là, planté, à fixer cette maison ? Ce foyer si cher qui abritait sa famille, ses adorables enfants, sa merveilleuse femme. Il sentit ses jambes se dérober. Alors qu’il allait s’effondrer au milieu des vêtements et autres objets personnels qui jonchaient le sol, il fut retenu in extremis. Il sortit tant bien que mal de sa torpeur et observa qui l’avait secouru. Il tenta de se dégager lorsqu’il reconnut la tignasse blond platine et les yeux peinturlurés. C’était elle ! Celle avec qui il avait détruit sa vie. A ce moment précis, il la trouva d’une laideur épouvantable mais elle attrapa sa main et sa beauté le frappa de nouveau. Elle lui sourit et l’entraîna vers sa voiture. Il la suivit sans opposer de résistance.

 

        Il avait dû s’évanouir car, lorsqu’il ouvrit les yeux, il s’aperçut qu’il était allongé sur le canapé au milieu d’un appartement miteux. Elle était là et lui parlait mais il ne l’entendait pas. De toute façon, plus rien n’avait d’importance. Il avait tout perdu. Il n’avait plus de raison de vivre. Alors, lorsqu’elle lui caressa le visage, il ne réagit pas. Il n’esquissa pas le moindre mouvement non plus au moment où les doigts délicats de la jeune femme s’allongèrent anormalement et pénétrèrent dans ses narines et ses conduits auditifs. Il n’eut même pas le réflexe de se débattre quand ces sondes improvisées traversèrent douloureusement ses tympans et accédèrent tout naturellement à son cerveau. Il ne pouvait rien entendre mais les battements réguliers qu’il percevait indiquaient un mouvement de succion. Une substance indéterminée s’évacuait de l’intérieur de son crâne. Il sentait bien que quelque chose de mauvais était en train de se produire mais peu lui importait. Elle pouvait bien lui manger le cerveau à la petite cuillère, au moins il ne penserait plus à ce qu’il avait fait, peut-être même, avec un peu de chance, que ses remords s’évanouiraient avant de mourir. Après tout, le monstre qu’il était devenu méritait amplement de subir ce martyre. Il assista, impuissant, à la jouissance de l’étrange créature qui se tenait à califourchon sur son abdomen. Au bout d’un moment qu’il ne put déterminer, tout devint noir. Sa conscience le réveilla un peu plus tard et il discerna l’étrange femme. Les traits déformés de son visage semblaient montrer qu’elle souriait. Ce qui lui servait de lèvres bougeait mais il ne distinguait que des grondements sourds.  De nouveau, elle s’installa sur lui et les doigts froids et rigides pénétrèrent ses narines. Revivrait-il cet instant éternellement ? Peut-être était-ce ça l’Enfer ? Il eut l’occasion de se poser les mêmes questions à deux reprises avant de sombrer définitivement dans l’inconscience.


Lydean  (03.06.2012 à 10:04)

1 mois plus tard.

 

         Assis à la table du petit espace cuisine, Sam essayait en vain de se concentrer sur son livre. Intrigué, il jetait régulièrement des regards à son frère, affalé dans le sofa tout miteux du coin de la pièce. Ca faisait bien une heure que Dean était plongé dans la lecture du document que leur père lui avait soumis avant de partir enquêter. D’après ce qu’il avait pu entendre, c’était une copie du rapport légiste de la dernière victime, le fameux examen médical qui les avait entraînés jusqu’ici pour une chasse.

          Dans la région, le taux de suicide était anormalement élevé mais aucun élément surnaturel n’avait attiré l’attention de leur paternel jusqu’à ce que l’oncle d’une des victimes ait pris l’initiative d’exercer sa profession de médecin légiste sur son propre neveu. Le résultat de l’autopsie avait dû provoquer un électrochoc à John parce que moins d’une heure plus tard, ils étaient en route.

 

           Dean sortit enfin de sa fascination morbide et leva les yeux vers son cadet qui l’observait toujours en coin.

 

- Quoi ? Lui demanda-t-il en soulevant un sourcil inquisiteur.

 

- Ca a l’air fascinant ce que tu lis, décréta le plus jeune sur un ton ironique pour tenter de ne pas montrer l’intérêt qu’il pouvait porter au dossier que son frère avait entre les mains.

 

- Non, c’est dégueu ! Répondit franchement Dean en jetant le document à côté de lui sur le canapé et en se levant d’un coup pour se dégourdir les jambes. Ca m’a presque coupé l’appétit … enfin presque ! Papa en a pour un moment et j’ai besoin de prendre l’air. Ca te dit de faire un p’tit tour, histoire qu’on se trouve un café et un truc à grignoter ?

 

- Bof, non ! Je n’ai pas très faim. Devant le regard déçu de son aîné qui commençait à se rasseoir, il ajouta : Mais vas-y, va prendre l’air et j’veux bien que tu me ramènes un café.

 

- Et te laisser tout seul ici ?

 

- Dean, j’ai seize ans …

 

- Quinze et demi ! Rectifia-t-il en le pointant du doigt avant que son visage s’illumine d’un sourire malicieux. OK, j’te ramène ça … mais pas de bêtise en mon absence, hein ?!

 

            Sam se renfrogna et lui adressa une grimace acerbe. Quand est-ce que son irrécupérable frangin s’apercevrait-il qu’il avait grandi ? Ils faisaient tous les deux la même taille à présent et pourtant il le traitait comme s’il n’avait pas plus de dix ans ! Il le regarda sortir et attendit que le ronronnement de l’Impala s’éloigne pour se précipiter sur le rapport légiste. D’ordinaire, il accordait peu d’importance aux chasses dans lesquelles il était entraîné de force par son père. Ce n’était décidément pas la vie qu’il voulait et il avait d’autres ambitions pour son avenir – La principale étant de vivre normalement au milieu de gens normaux, dans un environnement normal ! Malgré tout, il avait toujours été d’un naturel curieux et il n’avait jamais lu ce genre de document auparavant. D’autre part, les différentes expressions affichées consécutivement sur le visage de son aîné l’avaient intrigué. Il s’installa donc à son tour dans le sofa et commença l’examen du dossier.

 

          Sur la page de garde se trouvaient les informations administratives concernant la victime : Nom, Prénom, date de naissance et de décès, numéro d’identification, adresse … ainsi que les données relatives à l’autopsie : heure, date de début et lieu de réalisation …

          Les nom, prénom, titre et juridiction de l’autorité requérante n’étaient pas renseignés. De même, il manquait les pièces autorisant cette autopsie telle que l’ordonnance du juge d’instruction. Ce document n’avait donc rien d’officiel mais il avait pourtant été complété avec un sérieux à toute épreuve ! Il suffisait de parcourir les pages suivantes pour en être persuadé.

 

           La seconde feuille rassemblait les données de l’enquête, la levée de corps, les examens radiologiques prodigués ainsi que l’analyse externe du corps. La victime avait été retrouvée étendue sur son canapé, une bouteille d’alcool et deux flacons d’anxiolytiques et de somnifères vides à ses côtés. Les autres renseignements fournis dans cette partie étaient infimes et peu instructifs par rapport à leur chasse en cours : aucune trace externe ni signe distinctif justifiant le décès. Il n’y avait pas de lésion, ni déformation ou mobilité anormale. Malgré tout, Sam s’attarda sur la description des phénomènes cadavériques qu’il trouva très enrichissante. Il y était évoqué, entre autre, la rigidité du corps, la circulation posthume, le degré de décomposition du corps, tout d’abord dans son ensemble puis, plus précisément, en commençant par la tête pour finir avec les membres inférieurs.

 

            Ce n’est que lorsqu’il aborda l’autopsie à proprement parlé qu’il comprit ce qui avait tant perturbé son frère. L’examen était relaté dans les moindres détails. L’explication était tellement précise que Sam avait l’impression de se trouver à côté du médecin légiste et de pratiquer les différentes incisions lui-même. Il sentit le malaise monter en lui.

            N’était-ce pas l’horrible craquement des côtes soumises à l’écartement de la cage thoracique qu’il venait d’entendre ? Et d’où venait cette odeur ? Du cœur posé négligemment sur la balance ? Ou encore des poumons que l’oxygène avait définitivement abandonnés ? Il sentit la nausée l’envahir. L’examen de l’abdomen n’arrangea rien. Il avait l’impression que c’était lui qui soutenait le foie de la victime dans sa main, le faisant pivoter pour mieux l’analyser. Les descriptions de l’aspect de la vésicule biliaire et de la rate provoquèrent une remontée acide qu’il réussit à contrôler jusqu’à l’inspection plus que détaillée du contenu de l’estomac et des intestins. Il se sentait de plus en plus nauséeux mais il ne pouvait détacher ses yeux de cette lecture morbide. Il n’y avait pourtant rien d’anormal : pas d’atrophie, pas de nodule, pas d’athérosclérose, d’ulcère, d’anévrysme ou de thrombose. C’était juste un corps ordinaire, banal … mais dépecé ! Dire que les médecins légistes faisaient ce boulot jour après jour !

          Finalement, il oublia presque tout ce mal-être lorsqu’il tomba sur la première observation aussi intéressante qu’inattendue : le canal central de la moelle osseuse contenue dans le squelette vertébral et pelvien était étrangement sec. De ce fait la matière s’était asséchée et était maintenant réduite à une poudre granuleuse et opaque. Sam ne put réprimer une grimace de dégoût.

          S’ensuivit alors l’autopsie du crâne. Là encore, au début, rien d’étrange n’apparaissait : pas d’hématome sur le cuir chevelu, absence de fracture sur la voûte, aspect normal de l’endocrâne … mais concernant les méninges, c’était une autre histoire. Leur volume était pratiquement réduit à néant. Seule une sorte de fine membrane desséchée indiquait sa précédente existence. Quant au cerveau, si on pouvait toujours l’appeler ainsi d’après la description, il se résumait à l’état de ridicules petits lobes déshydratés. Bien qu’il n’en ait pas réellement besoin, le médecin avait analysé de manière très rigoureuse les différentes parties de cet ensemble de matières entièrement dépourvues de liquide corporel. Comment cette substance vitale avait-elle pu quitter le corps sans laisser de trace ? De quelle manière était-il possible de l’extraire ainsi, dans son intégralité ? Elle ne s’était tout de même pas évaporée !?

           La réponse apparut dans le paragraphe suivant : Il y avait des marques d’irritation au niveau des narines et des conduits auditifs, ainsi que des traces de sang séché près des tympans déchirés. De nombreuses éventualités vinrent frapper l’esprit de Sam mais aucune d’entre elles n’étaient vraiment agréable !

           Le paragraphe résumant l’autopsie et les examens des prélèvements réalisés indiquait clairement que les circonstances du décès étaient indéterminées. Il ne pouvait s’agir d’un suicide ! L’organisme ne contenait aucune trace de drogue ou d’alcool. Le corps ne révélait pas de marques de coups, ni de quelconque blessure. Les organes étaient sains. En revanche, la conclusion concernant la cause du décès était plus qu’évidente : La victime était totalement dépourvue de liquide céphalo-rachidien.

           C’était comme si ce jeune athlète d’une vingtaine d’années s’était laissé ponctionner son liquide cérébrospinal sans se débattre, de manière tout à fait consciente. Rien d’étonnant donc que ce dossier ait fini dans les mains expertes de John Winchester.

 

           Il tourna la page et trouva les photos rassemblées en annexes. Les images mentales qu’il s’était créées en lisant les différentes descriptions étaient déjà suffisamment immondes mais elles étaient bien loin de l’ignoble vérité. La nausée le reprit au moment où la porte d’entrée s’ouvrit à la volée. Surpris, il sursauta et releva la tête pour se trouver nez à nez avec son frère qui fronça aussitôt les sourcils :

 

- Wow ! T’en fais une tête ! T’as vu un mort ou quoi ?

 

            Dean avait dit ça avec une totale décontraction et une touche d’humour toute personnelle accompagnée d’un sourire moqueur. Mais ses yeux reflétaient une certaine inquiétude. Ca, c’était lui tout craché ! Impossible de trouver le bouton off pour désactiver son mode « grand-frère ultra protecteur ». Sam ne prit donc pas la peine de lui répondre mais utilisa son arme à lui pour obtenir rapidement un accord à sa requête.

 

- Dean, tu m’emmènerais à la bibliothèque pour que je fasse quelques recherches ?


Lydean  (06.06.2012 à 08:47)

            Décidément, il n’avait aucun pouvoir face au regard de chien battu de son cadet. Il s’était dit qu’avec le temps cette étrange aptitude fraternelle s’amenuiserait mais il savait pertinemment que l’espoir était vain. Sammy allait bientôt souffler sa seizième bougie. Malgré cela, ce qu’il voyait dans ces moments-là à travers ses yeux, c’était toujours le p’tit bonhomme de quatre ans qui avait besoin de lui. Comment pourrait-il lui refuser son aide ? Et c’était ainsi qu’il se retrouvait en train de s’ennuyer ferme à la bibliothèque de la ville d’à côté. Il n’avait aucune aversion pour les livres mais ce genre d’établissement lui filait des boutons : ça puait le renfermé, les seules filles présentes qui auraient pu l’intéresser étaient trop studieuses pour penser à autre chose qu’à leurs chères études et dès qu’on osait bouger un peu ou, pire, ouvrir la bouche, on se faisait inonder de « chuuuut ! » autoritaires !

          Bref, il se maudissait d’avoir, une fois de plus, cédé à la requête de son petit frère. Foutue faiblesse ! Il devait au moins essayer de la combattre avant qu’elle ne le mène à sa perte ! Aujourd’hui, c’était faire face à un ennui mortel la bibliothèque mais un jour, qui sait, ce serait peut-être mastiquer de la salade et ronger une carotte dans un restaurant végétarien ! L’horreur !

          Son affliction devait être gravée sur son visage, à moins que ce soit son attitude qui l’ait trahi, car Sam souffla son exaspération avant de lui chuchoter sur un ton faussement compatissant :

 

- Tu sais que tu n’es pas obligé de rester là, Dean ? Tu peux aller faire un tour si tu veux.

 

- Non, je préfère t’attendre. De toute façon, il va falloir qu’on y aille parce que papa va bientôt rentrer. J’peux peut-être te donner un coup de main, proposa-t-il avec l’espoir d’en terminer plus vite avec cette torture.

 

            Sur ces mots, il lança un regard de défi à la bibliothécaire dont le « chut ! » prêt à sortir de ses lèvres pincées s’évapora comme par enchantement. Puis il rapprocha sa chaise dans un grincement strident et se pencha pour jeter un coup d’œil à l’écran d’ordinateur où son cadet s’affairait depuis ce qui lui semblait être des heures ! Il fut surpris de ce qu’il y vit et se tourna pour porter toute son attention sur cet étranger qui avait pris les allures de son frangin.

 

- Quoi ? Demanda Sam, légèrement sur la défensive en sentant le regard inquisiteur de son aîné.

 

- Je croyais que tes recherches concernaient un boulot pour l’école mais ça m’a tout l’air d’être en rapport avec la chasse de papa.

 

            Seul un grognement à peine audible fit écho à cette remarque. Ravi de voir son petit frère s’intéresser aux « affaires familiales », Dean poussa plus avant son interrogatoire :

 

- Alors t’as trouvé des trucs intéressants qui pourraient nous aider ?

 

            Sam lui lança une série de regards incertains. Que pouvait-il lui dire ? Il n’avait décelé aucun élément en lien direct avec leur chasse mais les recherches qu’il avait faites et la lecture du rapport légiste l’avaient ébranlé sur bien des points et il ressentait le besoin d’en discuter. Or la seule personne avec qui il pouvait le faire était en face de lui. Il savait que Dean l’écouterait et qu’il aurait certainement les mots qu’il fallait pour le rassurer. Seulement, en évoquant ses doutes et ses craintes, il montrait aussi à son grand frère qu’il avait besoin de lui et ça allait à l’encontre de ce qu’il essayait de lui prouver depuis un certain temps déjà : qu’il était assez grand pour se débrouiller tout seul et suffisamment mature pour prendre ses propres décisions !

           Il décida d’exprimer ses découvertes sur un ton qui se voulait détaché, tout en espérant que son aîné parvienne aux mêmes conclusions que lui, sans qu’il n’ait à trahir ses appréhensions.

 

- Regarde ! Il est dit ici que le volume de liquide céphalo-rachidien d’un adulte est d’environ 150 ml et qu’il est renouvelé trois à quatre fois en moyenne par jour, c'est-à-dire toutes les six à huit heures …

 

- Ouais … et alors ? Demanda Dean qui ne voyait pas où cet intello de service voulait en venir mais qui, en revanche, avait bien décelé le mal-être évident qui émanait de lui.

 

- Ben … hésita encore l’adolescent.

 

         Comme Sam s’y attendait et tel qu’il le connaissait, son frangin ultra protecteur était loin d’abandonner ses sales manies et, par conséquent, il ne le lâcherait pas avant d’avoir obtenu une réponse de sa part. D’ailleurs, même en fixant l’écran devant lui, il pouvait sentir son regard insistant braqué sur lui. Il n’eut donc pas d’autre choix que de poursuivre :

 

- Tu crois que … enfin, quelle que soit cette chose … tu crois qu’elle vide ses victimes et qu’elle attend que le liquide se soit régénéré pour recommencer jusqu’à ce que le pauvre gars meure ?

 

            Après avoir froncé les sourcils en signe de compréhension, l’aîné afficha une moue de dégoût.

 

- Où est-ce que tu vas chercher ça ? Demanda-t-il finalement. J’imagine que quand on n’a plus de ce liquide, on est mort.

 

- Bah, j’en suis pas si sûr. Les rôles principaux du liquide céphalo-rachidien sont de protéger le cerveau, éviter les infections et transporter des hormones et des nutriments. Toutes les victimes ont été retrouvées allongées. Elles étaient donc à l’abri des chocs. Et puis il n’y a aucun renseignement sur le temps qu’il faut pour mourir quand on vient à en manquer.

 

- Peut-être parce que dans le monde normal, tout ça n’est pas censé arriver.

 

- Oui mais ce que j’essaie de t’expliquer c’est que rien ne nous dit qu’un seul prélèvement soit fatal !

 

- T’es un vrai geek ! J’vais te dire, j’espère que tu as tort parce que dans le cas contraire, j’aimerais vraiment pas être à la place de ces pauvres gars !

 

- Moi non plus. Tu trouves pas ça bizarre qu’ils ne se défendent pas ? Même s’ils étaient tous dépressifs, ça ne veut pas dire qu’ils aient eu envie de mourir de cette manière. Elle les a peut-être hypnotisés ?

 

            Sam était de nouveau parti dans ses pensées, essayant d’analyser toutes les données qu’il avait en main afin de trouver une explication logique. Mais la pâleur qu’il affichait alerta Dean qui réagit aussitôt :

 

- Quoi encore ?

 

- Ils étaient peut-être conscients ?! J’veux dire : si on part du principe que le liquide se régénère, il faut que la personne soit en vie. L’autopsie a révélé qu’il n’y avait aucune trace de coup sur le corps ni de substance inhabituelle dans l’organisme. Comment pourraient-ils dormir avec la menace qui plane au-dessus de leur tête sans un recours à la médicamentation ou à un assommage en règle ?

 

- Wow, wow, wow ! Arrête ! Tu te poses bien trop de questions ! On n’en sait rien, d’accord ? Inutile de te faire des films alors qu’on n’est sûrs de rien ! Moi, tout ce que je vois, c’est qu’il va falloir exterminer cette chose et le plus tôt sera le mieux.

 

- Mais … vous l’avez identifiée ?

 

- Moi, non. Mais je suis sûr que papa va trouver.

 

- Vous savez où elle se planque ?

 

- Non plus.

 

- Ben, comment vous allez faire pour l’exterminer alors ?

 

            Contrairement à son cadet, l’unique question qui vint à l’esprit de Dean à ce moment-là fut : « Mais pourquoi ai-je laissé le rapport d’autopsie à sa portée ? »


Lydean  (08.06.2012 à 21:18)

Chapitre 2

 

            Il ne se sentait pas vraiment à l’aise. Il aurait pu attribuer son mal-être au fait qu’il était en route pour chasser une créature surnaturelle. Quoi de plus stressant que de risquer sa vie en combattant un être maléfique, puissant et violent ?  Enfin … pour des personnes normales, comme dirait son petit frère. Parce que pour lui, c’était un truc tout à fait banal.

            Du coup, de ce côté-là ça allait plutôt pas mal. Et puis il n’était pas seul : il se trouvait avec le meilleur chasseur du monde, son père, qui avait réussi l’exploit de localiser cette chose en moins d’une semaine.

            Ensuite, il y avait le fait que Sam était à l’abri, loin du danger. Ce n’était pas qu’il n’avait pas confiance en son frère, ça non ! Sammy était doué dans tout ce qu’il entreprenait. Seulement, c’était la première fois qu’ils avaient affaire à une telle créature. Ils n’avaient donc qu’une petite idée de sa force, de son degré d’intelligence, ou de la puissance de ses pouvoirs. Le plan de leur père nécessitait la présence de deux chasseurs. Il se devait donc de lui prêter main forte, mais la présence de Sam n’était pas indispensable et à ses yeux, il était vraiment inutile et complètement débile de le placer face au danger. Malheureusement, ce qui paraissait être une évidence pour lui ne l’était pas forcément pour les deux autres membres de sa famille et il avait dû batailler dur pour que John se fasse à cette idée. En tant que chasseur émérite, le patriarche des Winchester voulait transmettre son savoir à ses deux fils et pour lui l’apprentissage se faisait sur le terrain et pas le nez enfoui dans les bouquins. Alors pour une fois que son cadet montrait un tant soit peu d’intérêt pour une de leur chasse, il avait sauté sur l’occasion pour le rallier à la cause. Surtout que Sammy boudait sérieusement les « activités familiales » depuis un bon moment, refusant de s’impliquer, se heurtant à l’autorité paternelle pour se destiner à une vie un peu plus « normale ». Difficile donc d’éteindre cette étincelle d’espoir paternel !

          De son côté, Sam ne lui en voulait pas vraiment de ne pas l’avoir laissé venir. C’était bien évident qu’il était intrigué par cette histoire – Qui ne le serait pas après avoir jeté un œil au rapport d’autopsie ? – mais ses priorités avaient clairement changé depuis environ deux ans. Alors, à part son inquiétude surdimensionnée pour la santé des deux seuls membres de sa famille, son cadet n’avait, d’après ses propres termes, « aucune envie d’aller crapahuter aux fins fonds de nulle part pour se faire massacrer par une créature maléfique avec l’infime espoir d’avoir le dessus et de l’exterminer pour de bon ». Sam admettait bien volontiers que cela sauvait des vies mais il se plaignait également que ce soit au détriment des leurs. Dans un sens, Dean comprenait son cadet, ou tout du moins, il comprenait que Sammy ait besoin de stabilité, de normalité. Lui, de son côté, avait choisi de suivre son père car cet homme n’hésitait pas à se sacrifier pour aider les gens et détruire les forces du mal. John Winchester était un héros et bien qu’il ne lui arrive pas encore à la cheville, il avait bien l’intention de suivre ses traces, de se perfectionner et pourquoi pas, un jour, de donner de bonnes raisons à son père d’être fier de lui.

         Du coin de l’œil, il l’observa. John était au volant de son 4x4, les yeux rivés sur la route, ses sourcils sombres froncés à l’extrême, le visage concentré. Nul doute qu’il serait le grand gagnant de l’affrontement de cette nuit. En plus, leur ami Bobby avait trouvé un moyen radical pour tuer le monstre qu’ils allaient chasser : Une dague en argent recouverte du sang d’une de ses victimes planté « délicatement » entre les deux yeux et le tour était joué ! Et comme deux précautions valent mieux qu’une, John avait tout prévu en double. Quant à la victime, ils avaient la certitude d’en trouver une sur place. Prélever son sang pour en enduire la lame ne serait pas non plus très sorcier. Les deux chasseurs étaient ainsi très bien équipés. Si l’un des deux venait à manquer sa cible, l’autre n’aurait aucun mal à rattraper le coup.

 

          Finalement, ce qui le tourmentait n’était pas la chasse en elle-même, ni les risques que son père et lui devraient prendre et encore moins l’issue de cet affrontement. Le réel problème était le fait que cette chose avait squatté le corps d’une femme innocente et que, pour s’en débarrasser une bonne fois pour toutes, il n’y avait pas d’autre moyen que de sacrifier l’hôte. Cette idée avait frappé Sammy de plein fouet lorsqu’il avait entendu ce qu’expliquait Bobby. Les frères avaient donc évoqué ce problème sans qu’aucun des deux n’admette son mal-être face à cette situation.  Pourtant bien qu’il ne l’ait pas avoué à son cadet, ça le hantait autant que lui.


Lydean  (11.06.2012 à 18:34)

           John avait stationné son 4x4 quelques rues plus loin afin de ne pas trop attirer l’attention. Les deux hommes s’étaient équipés et longeaient à présent les murs en évitant de s’exposer à la lumière des réverbères. Apparemment la créature qu’ils allaient chasser possédait des sens surdéveloppés – l’ouïe et la vue n’étant bien évidemment pas en reste. Les rideaux de l’appartement étaient tirés mais Dean pouvait constater la faible luminosité de la pièce. Une ombre vaporeuse passa lentement devant la fenêtre. Malgré le manque de visibilité, il identifia clairement une silhouette féminine. Aucun doute là-dessus : les formes qu’il avait décelées ne pouvaient échapper à son œil expert !

           Les deux chasseurs pénétrèrent dans l’immeuble, à l’affut du moindre bruit. Ils décidèrent d’éviter d’allumer la lumière de la cage d’escalier et de choisir l’éclairage plus discret de leurs lampes de poche. Au rez-de-chaussée se trouvaient les locaux de stockage et l’équipement collectif. Une fois qu’ils se furent assurés de l’absence d’un concierge, ils gravirent les marches qui les séparaient du premier étage. Là, seule la toux rauque d’un homme âgé se fit entendre. Ils poursuivirent leur progression à pas feutrés, attentifs aux éventuelles présences à chaque pallier. Le bâtiment paraissait déserté mais dans la mesure où il n’était pas loin de deux heures du matin, la plupart des habitants devait dormir. Etant donné le bruit qu’ils ne manqueraient pas de faire, ils redoutaient de réveiller les locataires. Or, dans ce job, l’absence de témoin était plus que favorable. Surtout que parfois, l’idée saugrenue d’appeler les forces de l’ordre émergeait dans leurs esprits ensommeillés et immanquablement, ça leur mettait des bâtons dans les roues. Arrivés au quatrième, ils se postèrent devant la porte à la peinture écaillée. Pendant que John faisait le gué, Dean s’accroupit et, muni d’une petite tige métallique dans chaque main et la lampe dans la bouche, crocheta la serrure en quelques secondes. Après un regard à son père, il tourna doucement la poignée et poussa légèrement le battant, grimaçant au risque de faire grincer les gonds. A voir la vétusté des lieux, il s’étonna de constater que l’ouverture se fasse dans un silence quasi religieux. L’entrée dans les lieux fut plutôt aisée, peut-être même un peu trop. Ils accédèrent à la pièce partiellement éclairée qu’ils avaient pu repérer de la rue.

 

           Tout en restant sur leur garde, ils approchèrent du vieux divan posé négligemment sur un tapis poussiéreux et partiellement dépouillé. Les effluves de moisi se mêlaient avec l’odeur ignoble de crasse et quelques relents écœurants difficilement identifiables. Les deux chasseurs contournèrent de part et d’autre la banquette et s’arrêtèrent net en découvrant le corps inanimé d’un homme. Il gisait sur le dos, les yeux partiellement ouverts. De fins filets de sang s’écoulaient de ses oreilles et de ses narines. Seul son torse se soulevait au rythme de sa respiration lente et régulière. Il était encore en vie. Dean s’approcha de lui avec l’idée de lui venir en aide. Arrivé à sa hauteur, l’individu ouvrit soudainement ses paupières - geste inattendu qui eut le mérite de le faire sursauter. Dans ce regard vitreux, le jeune chasseur ne put lire qu’une résolution morbide. Il se pencha de manière à se trouver suffisamment près de son visage, essayant de déceler un appel au secours, un petit quelque chose qui lui prouverait que son père et lui n’étaient pas arrivés trop tard pour ce pauvre homme. Aussi se redressa-t-il et recula-t-il d’un pas lorsqu’il vit son père enfoncer la lame de sa dague dans l’épaule de cet individu. Elle en ressortit dégoulinante de sang. Le liquide gluant et opaque goutta sur le tapis et sur le sol, formant des rosaces écarlates. Dean ne pouvait détacher ses yeux de l’homme qui, cette fois, semblait hurler sa détresse, ou tout du moins sa douleur, à travers son regard. Avait-il ressenti la souffrance ? Rien dans son attitude ne pouvait réellement le présager. Il restait là, inerte, comme mort. Tous les propos de Sam lui revinrent alors à l’esprit et il se demanda qu’elle était la bonne marche à suivre : Devait-il appeler les secours sans tarder ou au contraire, abréger ses souffrances ? 

            John attira alors son attention et d’un mouvement vif de la tête, il enjoignit son fils à faire comme lui. Son visage grave et ferme permit à Dean de reprendre ses esprits. Mais ce n’est que lorsqu’il sentit un souffle anormal dans sa nuque que ses hésitations disparurent complètement. Devant l’urgence de la situation, il imita son père d’un geste froid et mécanique. Puis, sans perdre une seconde, il fit volte-face. Les deux chasseurs restèrent en garde, côte à côte, alors que la silhouette féminine se dessinait lentement dans l’obscurité du coin de la pièce. A mesure qu’elle avançait, ses traits étaient de plus en plus précis et son visage prenait forme. Sa présence envoutante ne suffit pas à ensorceler John qui se rua sur elle dans un geste leste. Les iris sombres de leur proie prirent une teinte bleutée aux reflets argentée et le chasseur retraversa la pièce d’un trait, sans que ses pieds ne touchent le sol, jusqu’à ce qu’il percute le mur de plein fouet. Il retomba mollement sur le revêtement, inerte, juste à côté de son arme.

            Dean, qui venait d’assister à la scène, détacha son regard horrifié de son père et se retourna pour faire face à la créature, bien déterminé à lui faire payer le prix fort pour ce qu’elle venait de faire. Malheureusement, elle avait été bien plus rapide qu’il n’aurait pu l’imaginer. Avant même qu’il ait fini de tourner la tête, elle se tenait là, juste devant lui. Il ne laissa aucun temps à la surprise. Saisissant l’opportunité de cette proximité, il brandit sa dague, prêt à frapper. C’est alors qu’il sentit une main délicate et glacée caresser sa joue.

           Sur la photographie prise par son père lors de ses investigations, le jeune homme avait trouvé cette femme assez jolie mais plutôt quelconque. Or, à présent qu’il était à quelques centimètres de son visage et qu’il pouvait s’enivrer de son parfum, il la trouvait vraiment magnifique, d’une beauté à faire pâlir de jalousie la plus belle des déesses. Sa splendeur était telle qu’il l’aurait enlacée dans la seconde s’il n’avait pas entendu un râle de douleur derrière lui.

           Cette voix il la connaissait. C’était celle de quelqu’un qui comptait plus que sa propre vie. Une personne qui avait besoin de lui. Son père ! La décharge d’adrénaline qui s’ensuivit lui suffit à retrouver ses esprits. La torpeur dans laquelle il s’enlisait jusque-là commença à s’évaporer doucement. Ses pieds tentèrent d’éloigner son corps mais ses yeux obligeaient son cerveau à garder cette étrange fascination. Il se força donc à fermer les paupières. Malheureusement, celles-ci se rouvraient comme si elles étaient soumises à la tension de ressorts. Malgré tout, chaque battement aidait sa volonté à se libérer de ces liens mentaux. Il serra les mâchoires, prit une grande aspiration et resserra son étreinte sur le manche de son arme. Il leva d’un seul coup son bras, prêt à asséner le coup fatal. Il allait enfouir la lame visqueuse entre les deux yeux de son ennemie lorsque le visage se métamorphosa, révélant la personnalité de l’hôte, exposant son regard torturé et effrayé.

             Dean se rappela alors que cette femme était innocente. C’était une victime possédée et manipulée par la créature. Son hésitation ne dura qu’une fraction de seconde mais elle fut déterminante. Les pupilles bleutées et scintillantes précédèrent le rictus sadique qui fit apparaître une rangée de dents carnassières. Et le jeune chasseur fut projeté à son tour de l’autre côté de la pièce. Avant de percuter le mur, il heurta un objet qui s’écrasa sous son poids. Cette rencontre fortuite eut l’avantage d’amortir le choc. Dean estima qu’il s’en était bien tiré compte tenu qu’il était toujours conscient. Tout en essayant difficilement de retrouver un semblant de respiration, il chercha à distinguer la silhouette de son adversaire malgré sa vue brouillée. Lorsqu’il la discerna enfin, elle s’était considérablement approchée. Il avisa la dague qu’il tenait toujours fermement dans sa main droite. Il prit appui sur son coude gauche et se redressa aussi vite que possible. Grave erreur.

           Il avait bien remarqué la douleur fulgurante qui l’avait assaillit au moment de la collision mais il n’en comprit la cause exacte que lorsqu’il réussit à se libérer du monticule boisé sur lequel il était tombé. Dans un bruit de succion, il sentit que quelque chose s’extirpa de son dos. Sa respiration si difficile jusque-là devint totalement inexistante sous l’effet de l’intense souffrance. Son corps n’étant plus en mesure de le soutenir, il retomba à plat ventre. Sa tête bascula sur sa joue droite, face au mur. Là, il aperçut les restes d’une vieille chaise en bois. L’assise en osier était clairsemée de points écarlates, de même que le fragment de l’un des pieds qui dépassait tel un pieu aiguisé. Un liquide visqueux s’y écoulait lentement en fins filets jusque sur le sol. Du sang. Son sang.

  

           Si son esprit le forçait à réagir, ses muscles, eux, ne l’entendaient pas de cette oreille. Privé d’oxygène et d’une partie de son sang, son corps était considérablement affaibli. Dean ne sut s’il s’agissait de l’esprit de conservation ou d’une curiosité morbide mais il trouva malgré tout la force de tourner la tête vers son ennemie. A quelques centimètres du bout de son nez, il aperçut la pointe de ses chaussures à talons. A bout de force, il obligea ses yeux à suivre ses longues jambes, ses hanches puis sa poitrine avant d’avoir enfin accès à son visage. Elle s’était légèrement penchée en avant, l’observant, visiblement satisfaite de son œuvre. Avec un sourire sadique lorsque leurs yeux se rencontrèrent, elle croisa les bras, faisant mine d’attendre patiemment qu’il se décide enfin à mourir.

           Si le fait d’être têtu pouvait exaspérer certaines personnes, pour Dean, c’était assurément une bénédiction. Et une fois encore, sa survie en dépendait. Il développa donc une volonté sans égale pour se sortir de cette situation mais son corps refusait catégoriquement de le soutenir. Il rageait intérieurement de ne pouvoir se libérer de cette contrainte physique. Chaque essai se soldait par un échec. Le manque d’oxygène anéantissait le moindre espoir. Toute force l’avait abandonné. Même la douleur semblait s’atténuer. Il crut entendre cette foutue bonne femme jubiler en le voyant se débattre mais étrangement, cela ne lui faisait plus rien. Il n’éprouvait même plus le besoin de lutter. Sa vue se brouilla de nouveau. Il ferma les paupières. Cette fois, Sammy allait réellement lui en vouloir.

 

- Dean !

 

           Sammy ? Instinctivement, ses paupières se rouvrirent d’elles-mêmes. Ce petit électrochoc eut le mérite de le réveiller un peu, juste le temps de comprendre que quelque chose venait de changer. Les yeux exorbités de sa tortionnaire accompagnèrent l’émission d’un cri aigu de surprise. Elle resta figée pendant quelques secondes avant d’être secouée par des tremblements. Les traits de son visage se déformaient inlassablement, alternant sa vraie nature et l’expression terrifiée de l’hôte. Puis elle se pétrifia en une statue de glace. A l’intérieur de cette forme translucide jaillissaient de violents éclairs bleutés. Le champ magnétique qui s’y développait était si intense que les étincelles s’assemblèrent en une même boule scintillante qui se mit à gonfler considérablement avant de se rétracter et de s’éteindre d’un coup, provoquant l’implosion de la structure. Cet incroyable spectacle dura quelques secondes avant que le tas de cristaux ne s’effondre enfin, révélant John, debout, les sourcils froncés, déterminé. Il avait réussi. Son père était un véritable héros. Soulagé, il se laissa envahir par l’obscurité.


Lydean  (13.06.2012 à 19:08)

          Elle hurlait sa douleur. Elle hurlait sa peine. Elle hurlait sa rage. Elle hurlait la perte de sa sœur.

          Elle était à des milliers de kilomètres mais elle avait tout vu. Epodithra était sa sœur jumelle et outre leurs pouvoirs respectifs, elles étaient constamment connectées. Elle l’avait pourtant prévenue que sa voracité lui porterait préjudice. Faire autant de victimes, en si peu de temps et en plein cœur des Etats-Unis était similaire à un suicide. Sa sœur avait été trop gourmande, pas assez réfléchie ni suffisamment discrète, et les chasseurs l’avaient découverte.

          La case où elle s’était allongée pour se délecter de son dernier repas était en flammes. Sa victime crépitait et se décomposait sous la chaleur intense mais de son côté, elle ne transpirait même pas. L’enveloppe corporelle qu’elle habitait était protégée par ses pouvoirs. Elle pouvait jouer avec les molécules du corps qu’elle possédait sans que ça n’altère quoi que soit à son hôte. Mais le plus intéressant pour elle, était de manipuler sa victime à sa guise. Dès que cet homme avait perdu le goût à la vie, il s’était volontairement offert à elle et maintenant il était sous son influence. Ses pouvoirs sur lui étaient sans limite.

          Elle regarda le corps se décomposer dans le brasier. D’abord les yeux - ils étaient toujours ouverts puisque l’homme était en état de transe -  Ils s’asséchèrent progressivement jusqu’à devenir deux petites boules noires à peine perceptibles dans leurs orbites avant de disparaître complètement. Les cheveux et les vêtements étaient partis comme des fétus de paille. La peau carbonisée précéda la dislocation des chairs.

          Déçue, elle constata que le squelette était toujours intact alors que l’intensité des flammes s’amenuisait. Elle augmenta donc la température, dépassant allègrement les trois mille degrés et attendit que le squelette soit réduit en cendres. Le problème avec ce spectacle morbide était qu’il n’atténuait en rien sa fureur. Elle sortit donc des décombres, laissant derrière elle, un tas informe encore fumant.

          La couleur écarlate qui avait empli ses yeux dévoilait la rage qui explosait en elle. Les derniers instants de sa jumelle repassaient en boucle dans son esprit. Elle avait vécu toute sa souffrance mais surtout elle avait très nettement vu le visage de ses meurtriers.

          A l’heure actuelle, le plus jeune des deux devait certainement être mort. Mais dans le cas contraire, elle y remédierait rapidement et avec beaucoup de délectation. Ces hommes allaient payer l’assassinat de sa jumelle. Elle ne trouverait pas de repos avant de les avoir fait souffrir atrocement. Contrairement à sa sœur, elle savait limiter son appétit et prendre le temps d’élaborer des stratégies d’attaque. C’était une grande guerrière, un incroyable stratège. Elle pouvait faire preuve d’une patience sans borne pour atteindre un objectif. Son arme à elle était la discorde et elle avait su perfectionner ses dons au cours des dernières décennies. Par conséquent, sa vengeance prendrait le temps qu’il faudrait mais elle serait implacable et sans limite.


Lydean  (15.06.2012 à 06:22)

            Dean avait de plus en plus de mal à emmagasiner l’air nécessaire à sa survie. Il perdait peu à peu conscience, se sentait partir mais refusait de succomber. Alors il se concentrait sur l’intense douleur qu’il ressentait dans la poitrine. Cette atroce et cuisante contraction aurait pu lui faire penser à une crise cardiaque si elle n’avait pas été localisée à droite. Le soutien de son père qui ne cessait de lui parler lui était également secourable. Il n’avait qu’un vague souvenir de ce qui venait de se passer mais il savait que le héros qu’était son père avait détruit la créature et qu’il n’avait pas hésité une seule seconde à lui porter secours alors qu’il était lui-même blessé. Il l’avait transporté jusque dans ce cocon confortable que représentait la voiture, dévalant les escaliers de l’immeuble, repoussant les habitants qui venaient entraver son chemin, redoublant d’efforts pour parcourir l’interminable distance qui les séparait du véhicule. Par conséquent, il ne pouvait pas lui faire l’affront de se laisser aller mourir. Et pourtant, cette volonté n’avait de cesse de décliner à chaque seconde.

            John filait à toute allure sur la grande ligne droite sombre et désertée. Il se demanda s’il en verrait le bout un jour. Il appuyait de tout son poids sur l’accélérateur. Son compteur indiquait qu’il avançait à près du double des limitations de vitesse et pourtant il avait cette fâcheuse impression de faire du surplace. Par ces coups d’œil incessants, il s’assurait constamment que son fils n’avait pas sombré dans l’inconscience et, par la même occasion, assistait démuni à sa respiration laborieuse et sifflante. Malgré l’obscurité qui régnait à l’intérieur de l’habitacle, il avait remarqué le changement de couleur de ses lèvres qui avaient pris une teinte bleutée. Le contour de ses yeux ne valait guère mieux.

           En arrivant en ville, la lumière des lampadaires éclairait par intermittence son visage blafard et les cernes noirs qui se creusaient sous ses yeux pratiquement clos. Le contraste entre l’obscurité des orbites, la pâleur des joues et la couleur inhabituelle des lèvres lui rappelait les victimes rencontrées au cours de ses différentes chasses. Des personnes sans vie. Des cadavres.

            Il chassa bien vite cette douloureuse pensée, fixant le plus possible la route.

 

- On y est ! Ne t’endors pas ! lui ordonna-t-il alors qu’il le voyait sombrer.

 

            Malheureusement, malgré sa volonté, Dean n’était plus en état de respecter les ordres de son père. Plus rien n’avait d’importance désormais. Il se délecta donc de la douce torpeur qui l’assaillit enfin. C’est à ce moment précis qu’il perçut une sorte de tintement suivi de près par une voix grave. Tout ceci n’aurait pas eu le moindre intérêt s’il n’avait pas entendu cette même voix hurler : « Non, Sam ! Tu restes à l’hôtel. C’est un ordre ! »


Lydean  (16.06.2012 à 22:18)

Chapitre 3

 

            « Il y a eu un problème … j’emmène ton frère aux urgences … je t’appellerai lorsque j’aurais plus de nouvelles. » Ces quelques mots de son père tourbillonnaient et résonnaient dans son esprit lui provoquant une migraine effroyable. Il sentait son cœur battre la chamade, son inquiétude le dévorant insidieusement de l’intérieur.

            Le taxi s’arrêta devant la porte de l’accueil de l’hôpital général. Il tendit les billets qu’il avait déjà préparés au chauffeur et sortit du véhicule en trombe sans attendre la monnaie. Pourquoi ces portes coulissantes étaient-elles aussi lentes ? Il rattrapa tout ce temps perdu en courant vers l’accueil et en arrivant au comptoir en une fraction de seconde. Il poussa presque la personne âgée qui s’en éloignait à pas mal assurés et demanda des nouvelles de son aîné.

 

- Comment s’appelle votre frère, jeune homme ? Lui demanda l’infirmière qui pianotait déjà sur son clavier avant de relever la tête devant l’absence de réponse.

 

            Il s’aperçut avec horreur qu’il n’avait aucune idée du nom d’emprunt donné par son père.

 

- Dean …, articula-t-il difficilement, il est arrivé aux urgences il y a peu de temps, mon père est avec lui, s’embrouilla-t-il.

 

- Calmez-vous, jeune homme, nous allons trouver votre frère, essaya de le rassurer cette femme d’un certain âge, prisonnière du regard torturé et suppliant de l’adolescent.

 

            Elle ne pouvait absolument pas résister à ce visage si triste et angoissé et rechercha activement sur son ordinateur. Elle parcourut du regard le moniteur en fronçant les sourcils et expliqua :

 

- Nous avons effectivement un Dean Beard, d’une vingtaine d’année.

 

- Oui, c’est lui ! S’exclama-t-il, associant immédiatement ce nom à Franck Beard, le batteur de ZZ TOP. Où est-il ?

 

- Il a été admis il y a plus de trois heures déjà. Il est resté presque deux heures au bloc et vient de sortir de la salle de réveil. Il est dans la chambre 412 au quatrième …

 

- Merci, lança Sam sans attendre la fin de la phrase.

 

            Il se rua vers l’ascenseur, attendit qu’il arrive avec une patience si limitée qu’il se dirigeait déjà vers la cage d’escalier lorsque les deux portes s’ouvrirent, accompagnant le tintement significatif qui annonçait sa venue. Il s’engouffra dans la petite cabine et appuya sur le bouton du quatrième étage. La lenteur de l’ascension lui fit regretter amèrement de ne pas avoir gravi les marches quatre à quatre. Il se maudissait toujours pour sa stupidité lorsqu’enfin il arriva au niveau demandé. Il se glissa dans l’entrebâillement que lui offraient les deux portes en s’ouvrant. Loin de se préoccuper de l’infirmière postée derrière la vitre de l’accueil, il balaya rapidement des yeux les différents panneaux et se dirigea à grands pas dans le grand couloir de droite. Arrivé au bout, il s’orienta de nouveau et parvint enfin devant la chambre 412. Il ouvrit la porte à la volée et se figea. Sa respiration haletante se bloqua quasi instantanément.

            Sur le lit en face de lui était étendu son grand frère, un tube enfoncé jusque dans sa gorge, son bras droit branché à une perfusion et le haut de son torse bandé, muni d’électrodes reliées au monitoring. Le souffle de la pompe qui faisait gonfler sa cage thoracique de manière calme et régulière faisait écho au bip retentissant qui rythmait le battement de son cœur. Il déglutit difficilement devant ce spectacle épouvantable.

 

- Dean, souffla-t-il imperceptiblement en retrouvant provisoirement l’usage de ses poumons.

 

- Qu’est-ce que tu fais là ?! Je t’avais dit de rester à l’hôtel.

 

            Il tourna la tête vers son père, assis sur une chaise dans le coin de la petite chambre. N’ayant que peu de considération pour ce qu’il était en train de lui dire, il reporta son attention sur son aîné et s’approcha précautionneusement de lui comme s’il voulait éviter de faire trop de bruit.

 

- Sam, je te parle, insista John qui s’était levé et l’avait rejoint près du lit.

 

- Tu m’avais surtout dit que tu me rappellerais, lui reprocha amèrement son jeune fils en essayant de contrôler l’intensité de sa voix. Qu’est-ce qu’il a ? Se renseigna-t-il, les yeux rivés sur le corps pratiquement inerte de son frère.

 

- Des côtes cassées, un poumon perforé et des contusions. Le médecin a dit qu’il était hors de danger.

 

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

 

- Il a hésité. Il n’aurait pas dû. Je lui avais pourtant dit …

 

- Non mais tu vas me faire croire que c’est de sa faute en plus ! S’énerva franchement Sam, ne contrôlant plus rien et surtout pas sa voix.

 

- Ne me parle pas sur ce ton !

 

- Tu n’as pas d’ordre à me donner !

 

- Je suis ton père ! Tu me dois le respect et si ton frère m’avait obéi et avait écouté mes ordres, il ne serait pas là maintenant !

 

- Si tu ne lui avais pas demandé de t’accompagner dans ta chasse à la con, il n’y serait pas non plus !

 

            Le monitoring de Dean s’emballa et les deux hommes entendirent un râle qui leur fit tourner la tête vers le jeune alité dont les yeux s’ouvraient péniblement.

 

- Dean ! S’étonna son jeune frère en se penchant au-dessus de lui. Dean, comment tu te sens ?

 

            L’aîné n’avait malheureusement pas l’opportunité de lui répondre, ce que Sam apprécia finalement lorsqu’il croisa son regard. Le plus jeune était malade de voir son frère dans cet état mais ce fut pire lorsque l’infirmière entra précipitamment dans la chambre et leur demanda, à son père et à lui, d’en sortir. Il fallut l’intervention du médecin pour qu’il accepte enfin de patienter dans le couloir.


Lydean  (17.06.2012 à 20:13)

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Vendredi 5 juin à 21:10
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Un si grand Soleil, S08E199
Vendredi 5 juin à 20:40
1.47m / 9.7% (Part)

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Vendredi 5 juin à 19:15
1.86m / 15.6% (Part)

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Demain nous appartient, S09E199
Jeudi 4 juin à 19:15
2.08m / 15.0% (Part)

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Grey's Anatomy, S22E16
Mercredi 3 juin à 22:00
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