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Evil Twins

Série : Supernatural
Création : 30.05.2012 à 17h19
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Pré-série. Une créature démoniaque jure de venger la mort de sa sœur jumelle, exterminée par John et Dean. Désirant les faire souffrir à leur tour, elle décide de s’attaquer à Sam. » Lydean 

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            Si ce mec en blouse blanche ne lui enlevait pas rapidement ce foutu tube en plastique de la trachée, il se le retirerait tout seul et lui balancerait en travers de la tête ! Ca faisait bien dix minutes maintenant que le médecin avait fait sortir son frère et son père de la chambre et depuis il cherchait une explication au fait que son patient n’avait pas été extubé en salle de réanimation.

            De son côté, Dean commençait à perdre patience. Apparemment, d’après ce qu’il pouvait entendre, ses constantes étaient bonnes. D’ailleurs, il ne se sentait pas si mal que ça. Alors il n’avait qu’une envie : partir d’ici au plus vite ! Il n’en avait rien à faire qu’on lui ait injecté du « solumédrolbidule » pour éviter une réaction inflammatoire, un œdème ou tout autre truc pourri ! Apparemment l’injection du « produit miracle » n’avait pas été faite au bon moment et pour éviter tout risque, il devrait attendre encore … quoi ? Une heure ?! Alors là, certainement pas !

 

 

            De l’autre côté de la porte, dans le couloir, les deux autres Winchester avaient cessé de s’affronter du regard et se concentraient sans en avoir l’air sur ce qu’ils entendaient dans la chambre.

 

- Non, monsieur Beard ! Soyez raisonnable ! … tentait le médecin pour raisonner son patient récalcitrant. C’est d’accord, c’est d’accord, je vais vous l’enlever mais lâchez ce tube ! Vous m’entendez ? Bien … Bon alors vous allez prendre une grande aspiration et quand je vous le dirai vous soufflerez aussi fort que possible. Prêt ? Maintenant !

 

            La toux rauque et tenace qui s’ensuivit encouragea Sam à saisir la poignée de la porte pour aller rejoindre son frère. John le stoppa dans son geste lui rappelant que le personnel médical était plus capable que lui pour aider Dean, ce qui ne manqua pas de créer une nouvelle tension entre eux.

 

 

            En ressortant de la chambre quelques minutes plus tard, le médecin fut assailli de questions par l’adolescent qu’il avait eu tant de mal à faire sortir. Mais lui aussi avait des interrogations qui nécessitaient des réponses claires et nettes. Il encouragea donc le père à aller voir son aîné et expliqua au cadet qu’il devait attendre son tour et qu’il lui expliquerait tout ce qu’il souhaitait savoir pendant ce laps de temps. Il l’entraîna dans un petit espace muni de chaises et d’un distributeur de boissons. Il le fixa gravement, ne sachant pas exactement comment aborder le sujet. Les yeux interrogateurs de l’adolescent devinrent véritablement inquiets.

 

- Ne vous faites pas de souci. Votre frère est hors de danger, tenta-t-il de le rassurer.

 

- Alors pourquoi vous me regardez comme ça ? C’est quoi le problème ?

 

- Eh bien, au regard des radios et autres examens médicaux, il apparait que votre frère a subi bon nombre de traumatismes. Certaines lésions datent de quelques semaines, d’autres encore les précèdent ...

 

- Oui, mon frère a un don pour se fourrer dans les ennuis, s’empressa de couper l’adolescent, alors que son regard affichait clairement sa méfiance à présent.

 

- Quel genre d’ennuis ?

 

           Devant l’attitude suspicieuse de son interlocuteur qui venait de se refermer comme une huitre, il ajouta :

 

- Sachez que je suis soumis au secret professionnel et que tout ce que vous auriez envie de me dire restera entre nous. Je suis en mesure de vous aider et …

 

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, mentit le jeune homme. Quant au fait que je suis censé vous faire confiance, je vous rappelle que nous sommes ici parce que vous vous êtes engagé à répondre à mes questions.

 

- Absolument, concéda le médecin qui réalisa sans difficulté qu’il venait de perdre cette partie. Je vous écoute.

 

- Pourquoi mon frère est resté si longtemps au bloc ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

 

- Le choc qu’il a subi a provoqué l’enfoncement de sa cage thoracique et certaines de ses côtes se sont brisées. Je pensais que c’était l’une d’entre elles qui avait provoqué le pneumothorax mais il s’avère que la cause est tout autre. De toute évidence, c’est un objet en bois qui a transpercé son poumon droit. Heureusement, le foie n’a pas été touché, ce qui a évité une hémorragie beaucoup plus importante. Tout bien considéré, il a eu beaucoup de chance, insista-t-il en appuyant son regard pour que son interlocuteur comprenne la gravité de la situation. En entendant des pas lourds qui se dirigeaient dans leur direction, il poursuivit son explication. Nous avons donc effectué un drainage thoracique. C’est une technique très efficace qui assure la ré-expansion du poumon et qui favorise la cicatrisation.

 

- Comment ça marche ? S’intéressa Sam, sans aucune considération pour l’arrivée de son père.

 

- On place un drain thoracique en aspiration dans la cavité pleurale.

 

- Et alors, ça a fonctionné pour Dean ?

 

- Oui, il a très bien réagi. Malgré ses graves blessures, il a parfaitement supporté les différentes interventions. D’ailleurs, il est rare de voir un patient se battre avec autant de hargne.

 

- Quand pourra-t-il sortir ? Se préoccupa John.

 

- Dans quelques jours.

 

- Bien.

 

- Ce qui ne voudra pas dire qu’il sera totalement rétabli, s’empressa d’ajouter le médecin.

 

- Qu’est-ce qu’il faudra faire pour qu’il aille mieux ? S’inquiéta d’emblée Sam dont les yeux lançaient des éclairs de défi à son père.

 

- Pour le moment, nous lui administrons ce qu’on appelle une oxygénothérapie composée d’un mélange hélium-oxygène. Lorsqu’il va sortir, il devra suivre une bonne dizaine de séances de kiné respiratoire et surtout rester au repos pendant les trois semaines à venir car le taux spontané de ré-expansion d’un poumon est de deux pourcent par jour. Même si votre frère sera remis d’ici sept à huit jours, son poumon ne sera pas encore totalement fonctionnel et il nécessitera un temps de latence pour éviter tout risque d’un nouveau décollement. Je vais donc lui prescrire des antalgiques et surtout, j’insiste bien là-dessus, du repos. Il faut à tout prix éviter une récidive.

 

            Sur ce dernier avertissement, il s’excusa, prétextant aller voir ses autres patients, et s’éloigna rapidement. John interrogea son cadet du regard. Celui-ci s’arma d’un sourire cynique et se fit une joie de lui répondre :

 

- Il pense que c’est toi qui as fait ça à Dean !

 


Lydean  (22.06.2012 à 21:55)

            Contrairement à ce qu’avait l’air de penser Sam, John aimait ses fils. Il n’avait peut-être pas la façon idéale de le montrer, voilà tout. Il se demandait si ce foutu gamin essayait au moins de le comprendre. Son cadet s’opposait à tout ce qu’il essayait de lui inculquer. Il était désespérément récalcitrant. Cette attitude avait toujours existé d’aussi loin qu’il s’en souvenait et le passage de l’adolescence n’arrangeait rien. Ne voyait-il donc pas que tout ce qu’il faisait avait pour but de les protéger lui et son frère ? Il était tout de même leur père ! Il avait déjà perdu sa femme alors il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver ses enfants – que ses méthodes plaisent ou non à Sam.

            Depuis l’hospitalisation de Dean, la situation s’était envenimée. Rares étaient les mots qu’ils échangeaient et l’ambiance était encore plus froide que le climat instable qui sévissait en cette fin d’hiver. Du coup, son fils aîné faisait le médiateur, comme à son habitude. Mais ses tentatives se soldaient inévitablement par un échec. Sam tenait son propre père directement responsable de ce qui était arrivé. Mais il ne savait rien : après tout, il n’était même pas là ! Il n’avait aucune idée de ce qu’il avait pu ressentir en voyant son fils agoniser à côté de lui. Ce n’était pas lui qui s’était senti démuni face à la respiration laborieuse de Dean. Ni lui qui avait failli perdre la raison au moment où il avait cru que la mort allait aussi lui prendre un de ses garçons. Non, il ne savait rien !

 

            Il s’était efforcé d’être reconnaissant envers ceux qui avaient sauvé la vie de son aîné. Et ça n’avait pas été facile, loin de là. Il avait respecté toutes les prescriptions de ce petit fouineur de médecin. Il avait patienté de longs jours à la clinique, supportant les regards méfiants et souvent mauvais du personnel hospitalier. Malgré le boulot monstre qui l’attendait à l’extérieur il était resté près de son fils aîné, s’éloignant juste le temps de leur dégoter cette petite bicoque isolée. Là encore, il avait suivi les conseils des médecins et autres individus « bien pensants » – ces mêmes personnes qui le prenaient pour un père maltraitant. Mais toute rancœur mise à part, il devait bien admettre que Dean avait besoin de repos et de stabilité jusqu’à ce qu’il recouvre une santé digne de ce nom.

 

           Alors il avait prospecté et il avait choisi cette vieille baraque. Celle-ci répondait parfaitement à ses critères de sélection : elle était située suffisamment en retrait de la ville, évitant ainsi d’attirer l’attention ; les voisins étaient pour ainsi dire inexistants ou grabataires et surtout elle était loin de l’hôpital où avait séjourné son fils aîné et donc loin d’éventuelles enquêtes sociales.

 

           Evidemment, cette maison comportait également quelques inconvénients. La distance avec le lycée le plus proche constituait le point qu’il redoutait d’aborder avec Sam. Il fallait près d’une heure pour y accéder par le transport en commun. Et connaissant l’importance des études aux yeux de son cadet, il fut vraiment surpris de constater qu’il n’avait pas encore émis l’idée de profiter de ce temps de pause pour s’inscrire dans le premier établissement du coin. Il avait bien essayé d’évoquer ce sujet avec lui mais le dialogue était impossible. A moins que ce soit son fils qui soit impossible ! D’ailleurs, en ce moment même, il l’entendait se disputer avec son frangin derrière la porte qui séparait les deux seules pièces de leur logement de fortune.

 

           Il n’y avait qu’une chambre qu’il avait dotée de lits jumeaux pour ses garçons. Lui s’était octroyé le canapé de la pièce de vie. Cette couchette improvisée n’avait rien de confortable mais son intention n’était pas d’y dormir souvent. Le boulot n’attendait pas et il tournait en rond depuis trop longtemps maintenant. Il avait appelé ses contacts mais Bobby faisait en sorte que les chasses n’arrivent pas jusqu’à ses oreilles. Ce vieux renard avait pris la fâcheuse habitude de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Et quand ça concernait les garçons, il devenait carrément irrationnel.

          Enfin, peu importait : il avait décelé deux ou trois petits problèmes dans la région qu’il se ferait une joie d’éradiquer. Le principal étant de s’éloigner quelques temps, d’être seul pour se recentrer et se consacrer corps et âme à retrouver l’enfoiré qui avait tué sa femme. Il n’aurait de repos que lorsqu’il aurait retrouvé et exterminé la chose démoniaque qui avait ça. Chaque jour, il imaginait les différents moyens qu’il pourrait entreprendre pour mettre à bien sa vengeance. Ses recherches progressaient petit à petit, trop lentement à son goût et parfois, ses découvertes étaient déconcertantes. Récemment, il avait eu vent de rumeurs redoutables qui touchaient de près son cadet. Cette nuit-là, la mort de Mary n’avait peut-être pas été le seul drame qui avait affecté leur famille. Il avait besoin d’en avoir le cœur net. Et pour ce genre de choses, il préférait prospecter seul.

 

           De toute façon, il ne pouvait pas compter sur Dean durant sa convalescence. Quant à Sam, il était trop préoccupé à prendre soin de son frère ... contre l’avis du principal intéressé à en croire les grognements qui émanaient de la chambre. D’ailleurs, il s’étonnait de ne pas avoir encore vu son aîné sortir en trombe de la maison pour prendre l’air. Intrigué, il tendit l’oreille. La discussion paraissait plus calme qu’au moment de leur réveil, une demi-heure plus tôt. Apparemment, Sammy avait décidé de changer de stratégie et il vantait les mérites d’une activité stable et peu éprouvante physiquement pour gagner de l’argent en toute légalité. De toute évidence, il n’avait pas digéré la petite escapade de son aîné, la veille, pour gagner quelques billets au billard ou au poker – voire, participer à des activités plus … physiques. C’est à ce moment précis que la porte de la chambre s’ouvrit à la volée. Dean scruta la pièce principale, avança jusqu’à la chaise pour s’emparer de sa veste, vérifia que les clés de la Chevrolet s’y trouvaient et informa son père dans un marmonnement à peine audible :

 

- J’vais faire un tour.

 

            Il avait abandonné son habituel sourire désinvolte. Son visage fermé affichait des traits marqués qui accompagnaient à la perfection ses sourcils froncés. Il gagna l’entrée à grandes enjambées et disparut du champ de vision de John en une fraction de seconde.

 

- Dean ! Tenta en vain le plus jeune qui se tenait debout dans l’encadrement de la porte de la chambre.

 

            Les bras ballants, Sam soupira bruyamment. Ses mâchoires se crispèrent mais ses yeux restaient fixés sur le lourd battant en bois qui venait de se refermer derrière son aîné. Ce n’est que lorsque le ronronnement du moteur de l’Impala devint imperceptible qu’il soupira et daigna octroyer un regard à son père.

 

- T’aurais pu dire quelque chose, lui lança-t-il amère, avant de réintégrer la chambre en claquant la porte derrière lui.

 

           John ferma les yeux et s’obligea à garder une respiration profonde et régulière. Les coudes posés sur la table, il enfouit son visage dans la paume de ses mains et le massa tout en se frottant les yeux. Il était fatigué de tout ça. Il en avait assez. Sa décision était prise : Il partirait dans la journée.


Lydean  (26.06.2012 à 21:25)

 

            Ce foutu frangin allait le rendre complètement cinglé !

            Dean s’était arrêté dans le snack d’une station service en périphérie de la ville voisine. Il sirotait son café tout en engloutissant quelques donuts. Le brouhaha qui régnait dans la salle lui paraissait bien plus reposant que le ton réprobateur de son petit frère dès le réveil. Avoir Sam sur le dos vingt-quatre heures sur vingt-quatre à surveiller le moindre de ses mouvements, à juger du bienfondé de ses actions et à lui dire ce qu’il devait faire ou – plus exactement – ne pas faire, lui tapait sur le système. Il ne pouvait pas faire un pas dehors sans avoir Sammy collé aux basques. Il en était à souhaiter sa prochaine séance de kiné respiratoire car, même si ce pot de colle l’accompagnait jusque dans la salle d’attente et même si ce n’était pas une partie de plaisir, il pouvait au moins avoir la paix pendant une heure.

            Dean soupira et avala d’un trait le reste d’un donut au glaçage multicolore. Il devait bien admettre que si les choses avaient été inversées, il aurait réagit de la même manière que Sammy. Après tout ses intentions n’étaient pas mauvaises. Il était juste inquiet. Le seul problème c’est que c’était à lui, l’aîné, de prendre soin de son petit frère, et non l’inverse. Et puis si son cadet voulait tellement l’aider, il pourrait commencer par arrêter de se friter avec leur père sans arrêt. Leur petite guéguerre le mettait sur les nerfs. Il ne se passait pas une journée sans qu’ils se jettent toutes sortes de saloperies au visage. Même leur silence était pesant. Quant aux regards qu’ils daignaient échanger, ils étaient souvent précurseurs d’une violente dispute se terminant momentanément par le claquage d’une porte. Il devenait urgent qu’ils se trouvent une activité qui nécessiterait toute leur attention. Les vacances, ce n’était pas fait pour les Winchester. Malheureusement, Sammy avait raison sur un point : il n’était pas assez remis pour participer à une chasse. Ses insuffisances respiratoires auraient fait de lui un boulet plus qu’une aide. Pourtant, il devait impérativement trouver une solution. Il ne pouvait pas se résoudre à fuir la maison constamment, comme il l’avait fait la veille ou encore ce matin. Leur père pourrait peut-être allé chasser seul. Quant à Sammy … Mais oui ! C’était si simple. Pourquoi n’y avait-il pas pensé avant ?

            Un sourire malicieux se dessina sur son visage. Une jolie blonde assise à une autre table lui rendit son sourire. Le physique fort sympathique de la jeune demoiselle l’enjoignit à lui faire un petit signe. Il aurait été dommage de ne pas profiter d’une occasion pareille. Ce n’est que lorsqu’il croisa finalement ses yeux qu’il rejeta l’opportunité. Il ressentit comme une onde électrique parcourir son corps. Le message d’alerte reçu par son cerveau le stoppa net dans son élan. Cette femme était néfaste. Derrière le masque charmeur de son visage jovial et proche de la perfection, son regard était voilé d’une animosité féroce, d’un petit quelque chose de malsain qu’il n’aurait su définir avec exactitude. Il reporta donc toute son attention sur son gobelet et termina son café. Puis il se dirigea vers le comptoir où il commanda d’autres boissons et provisions à emporter avant de payer la note.

            Il sortit nonchalamment du snack et regagna sa voiture comme si de rien n’était. Cela ne l’empêcha pas de ressentir tout le poids du regard de l’inconnue qui suivait le moindre de ses mouvements. Il démarra l’Impala et partit retrouver sa famille tout en s’assurant qu’il n’était pas suivi.

 

            Toujours installée à sa table, la femme le regarda s’éloigner d’un air satisfait. Elle n’avait pas eu de grandes difficultés à retrouver leurs traces. Il lui avait suffit de prospecter dans les hôpitaux les plus proches de l’immeuble où résidait sa sœur. Elle avait emprunté le corps d’une infirmière pour enquêter à son aise et avait compris, pour son plus grand malheur, que le jeune chasseur avait survécu. Toutefois, l’importance de ses blessures ne lui permettait pas de voyager loin et pour une rémission complète, il devait impérativement suivre des séances de kiné respiratoire. Voilà deux éléments qui avaient joué en sa faveur. Elle avait donc pu réduire son cercle d’investigations et la chance lui avait finalement souri ce matin en plaçant devant elle l’objet de ses recherches ! Inutile de le suivre. Le type de voiture que ce garçon conduisait serait facilement repérable. Elle ne devait rien faire dans la précipitation. D’autant plus qu’elle avait également découvert que les deux chasseurs étaient en réalité de la même famille. Alors, aujourd’hui, elle voyait les choses avec philosophie. Sa vengeance n’en serait que plus savoureuse.


Lydean  (27.06.2012 à 18:34)

Chapitre 4

 

- Arrête, Dean ! Si tu veux que je retourne au lycée c’est uniquement pour que je te foute la paix.

 

           Le sourire moqueur mais approbateur de son aîné ne lui échappa pas. Il préféra donc détourner son regard du conducteur et feindre l’observation du paysage qui défilait derrière la vitre du côté passager de l’Impala.

           Ca faisait deux semaines qu’ils avaient quitté l’hôpital et depuis il n’avait eu de cesse de prendre soin de son grand frère, s’assurant qu’il suivait bien son traitement, l’empêchant d’aller crapahuter à droite et à gauche et l’éloignant envers et contre tout des chasses trouvées par leur paternel. Et c’était comme ça qu’il le remerciait ?! L’idée même de retourner en cours ne lui était pas venue à l’esprit et pourtant il était un fervent adepte de ce genre de chose.

           Quand Dean lui avait annoncé qu’il l’avait inscrit au lycée du coin, il n’avait pas su comment réagir. D’un côté, il se réjouissait de pouvoir reprendre le cours normal de sa vie. D’un autre, combien de temps cela durerait-il ? Il craignait qu’en son absence, son aîné fasse n’importe quoi. Cet inconscient avait toujours cette fâcheuse tendance à présumer de ses forces et à se jeter dans la gueule du loup juste pour satisfaire les attentes démesurées de leur père. John ne tarderait pas à dégotter une des ces créatures surnaturelles impossibles à éliminer sans l’aide précieuse de son fils prodigue et alors tout reprendrait selon la rengaine habituelle : départ précipité, chasse, hôpital …

 

- T’as pas bientôt fini de bouder, Sammy ?! Tu me bassines avec ça depuis des années et aujourd’hui tu freines des quatre fers pour aller en cours. Faudrait savoir ce que tu veux. Tu devrais être content de reprendre tes chères études et ta p’tite vie normale.

 

- Pour combien de temps ? Quand j’aurais le dos tourné, qu’est-ce qui me dit que tu ne vas pas faire n’importe quoi ? Je suis sûr que tu vas trouver un prétexte pour appeler papa et te jeter dans la première chasse venue. Pourquoi tu ne veux pas te poser un peu ? Qu’est-ce qu’il y a de mal à suivre les prescriptions du médecin ? A la première occasion, tu …

 

- Eh, oh ! C’est MA convalescence et je suis assez grand pour prendre soin de moi tout seul.

 

- Pfff ! Tu parles, rumina le plus jeune sans détacher son regard de la vitre. Et puis d’abord tu ne devrais même pas conduire.

 

- Me gonfle pas Sam ! L’aîné ici c’est moi. Alors tu t’occupes de tes cours et je m’occupe de ma santé. Point final.

 

            Le cadet serra les mâchoires. Inutile de rétorquer. Impossible de discuter avec cette foutue tête de mule de frangin. Et pourtant il enrageait de pouvoir le faire.

            Arrivés devant le lycée, il saisit son sac sur la banquette arrière d’un geste brusque, s’extirpa rapidement de la Chevrolet et claqua la portière sans un mot, ni même un regard en arrière. Satisfait, il entendit Dean râler tout ce qu’il pouvait.

 

            Il observa un court instant l’immense bâtisse qui se dressait devant lui. Encore une nouvelle école ! Il ne les comptait même plus. Le vrai problème n’était pas d’y entrer mais plutôt de savoir combien de temps il allait y rester. Il soupira et profita de l’arrivée d’un car scolaire pour s’insérer au milieu du flot d’élèves. Il n’avait pas mis un pied dans l’enceinte de l’établissement, qu’il sentit une présence féminine se rapprocher considérablement sur sa droite. Pourvu que cette bonne âme ne lui adresse pas la parole. Il n’était vraiment pas d’humeur.

 

- T’es nouveau ?

 

            Raté ! Il ne lui accorda même pas l’ombre d’un regard furtif, préférant scruter les pointes de ses chaussures, l’ignorant superbement. Seulement c’était sans compter la ténacité de la jeune demoiselle qui insista lourdement.

 

- Eh ! Salut ! T’es nouveau ?

 

- T’es perspicace.

 

- C’est ton frère là-bas ? Poursuivit-elle, loin de s’offenser de son manque de dialogue, ni de son ton abrupte.

 

- Ouais, fit-il blasé, sans même prendre la peine de vérifier de qui elle pouvait bien parler.

 

- Ben dis donc, il …

 

- Ouais je sais : Il est beau, il est cool et il a une super bagnole. Laisse-moi deviner : Tu veux que je te le présente.

 

- Waouh ! Quel caractère ! Je vois : cas avéré de jalousie aigue !

 

- Moi, jaloux de mon frère ?! Pfff ! J’aurais tout entendu ! Maugréa-t-il sans détacher son regard des marches qu’il gravissait pour atteindre la porte du bâtiment principal. Tu lui dis « parallèle » et il stresse parce qu’il croit qu’il va devoir partir en avion !

 

            Il avait marmonné cette dernière phrase histoire d’évacuer sa rancœur à l’égard de Dean sans penser que la jeune fille l’aurait entendu mais elle devait avoir l’ouïe fine car elle éclata de rire avant de poursuivre avec un accent qu’il n’avait pas décelé jusque-là :

 

- J’allais effectivement dire qu’il avait une très jolie voiture mais pas besoin que tu me le présentes puisque j’ai déjà un exemplaire familial sous la main. Au premier abord, le physique pas désagréable c’est un trait de famille, minauda-t-elle pour le faire réagir. Alors si j’ai bien compris, ton frère a hérité du gène du mec cool et toi, celui de l’asocial de service ?! Ben tu sais, faut pas t’en faire, ton cas n’est pas complètement désespéré.

 

            Il s’arrêta de marcher et quitta ses chaussures des yeux pour rencontrer le visage souriant, un tantinet moqueur de ce moulin à paroles. Cette fille était magnifique. Ses cheveux châtains, longs et lisses retombaient en cascade sur ses frêles épaules. Ses yeux reflétaient sa gentillesse, son intelligence et sa simplicité. Sa tenue vestimentaire était vraiment sobre et pourtant c’était comme si elle rayonnait. Et sa silhouette menue ne l’empêchait nullement d’imposer une présence plutôt agréable.

 

- Jeanne, se présenta-t-elle.

 

- Prénom français ? Demanda-t-il en acceptant la main qu’elle lui tendait.

 

- Toi aussi t’es perspicace ! Se moqua-t-elle gentiment avant de s’expliquer. Je suis née en France et j’ai vécu un peu partout. Mon père voyage beaucoup avec son boulot. Ca n’est pas toujours facile de s’intégrer quand on est nouveau. Je sais ce que c’est, j’en ai fait souvent l’expérience.

 

            Au bout du couloir, deux autres jeunes filles la hélèrent joyeusement. Jeanne leur fit signe qu’elle arrivait puis reporta son attention sur le jeune Winchester.

 

- Si tu cherches le secrétariat, c’est par là, lui indiqua-t-elle avant de se diriger vers ses amies. Et si tu cherches quelqu’un avec qui parler, je serai dans le coin.

 

- Euh, moi c’est Sam, la renseigna-t-il finalement alors qu’elle s’était déjà éloignée de plusieurs mètres.

 

            Elle se retourna quelques secondes, tout sourire, pour lui lancer :

 

- Enchantée, Sam.

 

            Elle entraîna ses amies dans une des salles de cours et il se dirigea vers l’administration.


Lydean  (30.06.2012 à 13:31)

            Après un dernier coup d’œil aux voitures qui circulaient tant bien que mal devant le lycée, Sam monta à regret dans l’autocar. Ses cours étaient terminés depuis un peu plus d’une heure mais il avait préféré attendre sur le trottoir jusqu’à ce qu’il n’ait pas d’autre choix que de prendre le dernier transport en commun en mesure de le ramener chez lui.

           Il s’installa près d’une vitre, calla son sac entre ses pieds et scruta l’horizon avec l’espoir d’apercevoir la Chevrolet noire. La perspective d’être coincé pendant une heure n’était pas réjouissante. « Coincé », c’était bien le mot ! Ses jambes étaient tellement longues que ses genoux s’incrustaient carrément dans le siège devant lui. En plus son sac entravait le moindre de ses mouvements. Il aurait pu le poser sur la place à côté de lui mais ça n’enlèverait rien au fait qu’il aurait été bien mieux installé dans l’Impala ! Il resserra ses bras autour de son torse et appuya son front sur la vitre. Pourquoi Dean n’était-il pas venu le chercher ? Où était-il ? Qu’avait-il bien pu se passer depuis ce matin qui pourrait justifier son absence ? Il n’était tout de même pas reparti en chasse avec leur paternel ?! Ca, non ! Il lui avait promis et en plus, il était loin d’être guéri …

 

- Tu as l’air préoccupé.

 

            Sam sursauta en s’apercevant que Jeanne venait de s’installer sur le siège à côté de lui. Il la considéra un instant afin de reprendre ses esprits. Devant le regard concerné de la jeune fille, il se décida à partager son appréhension.

 

- Mon frère m’a laissé un message pour me dire de prendre le bus. Devant le regard incrédule de son interlocutrice, il poursuivit. Il m’a dit de ne pas m’en faire, qu’il m’expliquerait tout ce soir mais quand j’ai essayé de le rappeler, je suis tombé sur sa messagerie.

 

- Si tu t’inquiètes pour lui, tu devrais appeler tes parents. Ils en sauront peut-être un peu plus que toi.

 

            Le jeune Winchester se stoppa net. Il parlait avec elle comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Mais tout bien considéré, il ne l’avait rencontré que le matin même. Il venait de réaliser qu’elle ne savait rien de lui, tout comme lui, ignorait totalement qui elle était.

 

- J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? S’inquiéta Jeanne.

 

- Ma mère est morte quand j’étais bébé et mon père est un fervent adepte des abonnés absents.

 

- Oh, je suis désolée.

 

- Tu ne pouvais savoir, tenta-t-il de la rassurer.

 

            Après un bref silence, elle reprit.

 

- Si ton frère t’a dit de ne pas t’inquiéter alors peut-être que tu devrais l’écouter. Si ça se trouve, il sera chez toi quand tu rentreras et il pourra tout t’expliquer.

 

- Ouais, répondit-il peu convaincu. C’est juste que ce n’est pas son genre. Il est plutôt du style à me materner. C’est la première fois qu’il n’est pas là, à m’attendre, après une première journée de cours.

 

            Jeanne lui sourit avec compassion. Elle avait tissé le même genre de lien avec son aînée et faisait de son mieux pour être une grande sœur à la hauteur vis-à-vis de son petit frère. Malheureusement, elle ne les voyait pas aussi souvent qu’elle le voulait car tous deux étaient en France avec leur mère pendant qu’elle, de son côté, étudiait à l’étranger pour ne pas laisser son père seul. Elle en fit part à Sam qui l’écouta avec attention. A chaque mot, chaque sourire, chaque expression de son visage, il se sentait de plus en plus proche d’elle. Il n’avait aucune idée d’où ce phénomène pouvait provenir. Il savait qu’il pouvait lui faire confiance, voilà tout. En l’écoutant vanter les mérites des membres de sa fratrie, il décida qu’il était temps pour lui de rendre justice à son aîné.

 

- Oui, euh, à propos de ce que j’ai dit ce matin sur mon frère … commença-t-il, j’ai peut-être un peu exagéré.

 

- Quoi ? Ton frère est encore plus cool qu’il le parait ? Se moqua-t-elle gentiment.

 

- En tous cas, il l’est plus que ce que j’ai pu te dire. Tu sais parfois il peut être vraiment exaspérant mais …

 

- Mais c’est ton frère.

 

- Ouais et au fond, c’est quelqu’un de bien.

 

- J’en suis persuadée et finalement, j’ai bien envie que tu me le présentes. Si tu veux, je pourrais l’attendre avec toi, ce soir ? Mon père ne rentrera pas avant des heures.

 

            Il l’observa un moment, méfiant. Ce n’était vraiment pas dans les habitudes familiales de ramener une inconnue chez eux, encore moins lorsque celle-ci avait été rencontrée le jour même. C’était enfreindre sciemment l’une des principales règles des Winchester. Mais leur père étant absent pour une durée indéterminée, seul Dean pourrait lui en faire le reproche. Ce même Dean qui, le matin même, lui avait dit – ou plutôt ordonné – de reprendre une vie normale. Qu’y avait-il de plus normal que d’inviter une copine de lycée à la maison ? En plus, son frangin pourrait constater de ses propres yeux que son cadet n’était pas en reste lorsqu’il s’agissait d’être en compagnie d’une très jolie fille. Enfin … Dean ne rencontrerait Jeanne qu’à la condition qu’il daigne rentrer. A ce propos, ce serait plutôt à lui de fournir des explications ! Son grand frère n’avait aucune considération pour le souci qu’il se faisait pour lui. Au moins Jeanne, elle le comprenait. Celle-ci l’observait, attendant patiemment une réponse de sa part. Il croisa son regard d’une extrême douceur et prit sa décision. Il accepta sa proposition en lui offrant de l’accompagner chez lui jusqu’au retour de Dean. La jeune fille en fut ravie et lui expliqua qu’elle détestait rester seule chez elle.

 

            Le reste du trajet ne parut pas si long à Sam. Avec Jeanne, ils descendirent du car et marchèrent pendant le kilomètre qui les séparait de la maison. Le jeune Winchester avait espéré que son frère l’attendrait à l’arrêt de bus mais sa déception fut encore plus grande lorsqu’il s’aperçut que l’Impala n’était pas garée à sa place habituelle. Frustré et de plus en plus inquiet, il pénétra dans la grande pièce principale, suivi de la jeune fille. D’un même mouvement, tous deux jetèrent un œil circulaire à l’intérieur. L’une par curiosité, l’autre à la recherche d’un indice qui l’aurait aidé à retrouver son grand frère. Il croisa, sans le vouloir, le regard amusé de Jeanne et se sentit soudainement gêné du désordre qui régnait dans la pièce. Il se hâta de rassembler les vêtements qui trainaient ça et là et les balança négligemment dans la chambre tout en prenant bien soin de refermer la porte. Puis il s’activa à débarrasser la table des cartons de pizzas et autres canettes avant de l’enjoindre à s’installer et de lui offrir quelque chose à boire. Il ouvrit le réfrigérateur et se tourna vers elle avec une grimace embarrassée.

 

- De l’eau, ça te tente ?

 

            Sam ne prit pas la peine d’écouter la réponse car il venait d’entendre le ronronnement de l’Impala. Ce doux bruit familier eut le mérite de le rassurer. Ce soulagement fut de courte durée et laissa la place à l’exaspération au moment même où la porte d’entrée s’ouvrit.

 

- Eh Sammy … Wow, d’accord ... Ben pour une surprise ! D’habitude les choses super bonnes que Sammy nous ramène du lycée, ce sont ses notes.

 

- Dean ! S’offusqua le cadet dont les yeux devinrent aussi ronds que des soucoupes avant de reprendre un semblant de contenance pour s’adresser à Jeanne. Excuse mon frère, il a été élevé par les loups !

 

- Et lui, il a perdu ses bonnes manières à la maternelle. Donc, salut, moi c’est Dean ! Se présenta-t-il en tendant la main à la jeune fille.

 

- Enchantée, moi c’est Jeanne, souffla-t-elle indistinctement, charmée par son sourire angélique.

 

- T’étais où ? Les interrompit Sam.

 

La tournure de la conversation ne le satisfaisait pas vraiment et il estimait que son grand frère avait des explications à lui fournir. Dean brandit fièrement devant lui quelques billets verts. Aussitôt, Sam se renfrogna. Non ! Il n’avait pas osé ?! Pas après leur dernière dispute de la veille !

 

- Arrête de froncer Sammy ou ton visage va rester figé en trou de balle ! … C’est pas ce que tu crois. J’me suis trouvé un job.

 

- Laisse-moi deviner : un lutin t’a recruté pour bosser dans une immense fabrique de jouets, au pôle nord ?! Se moqua-t-il avec un regard suspicieux censé camoufler le profond soulagement qu’il ressentit à cet instant.

 

            Dean lui lança son meilleur sourire acerbe. Puis tout en enlevant sa veste, il raconta que grâce aux talents qu’il avait développés avec leur ami Bobby, il avait été embauché dans un garage non loin du lycée où étudiait son frère.

 

- J’y donne un coup de main à l’occasion … quand il y a beaucoup de boulot. J’dois dire que mon nouveau patron est très content de mes prestations, se vanta-t-il devant la jeune fille qui ne détachait plus ses yeux de lui.

 

- Oui, Dean est un manuel, s’empressa de souligner Sam. C’est le travail physique qui le branche.

 

- C’est ce que je vois, confirma-t-elle en appréciant sa musculature.

 

- Les seules fois où tu le vois prendre un livre c’est lorsqu’il a peur qu’il n’y ait plus de papier aux toilettes, poursuivit le jeune Winchester pour détacher Jeanne de sa fascination.

 

            Elle éclata de rire et reporta son attention sur Sam qui n’en fut pas mécontent. Derrière elle, Dean plissa ses yeux et lança à son cadet son regard : « D’accord frérot, tu veux jouer à ça, on verra bien qui est le plus fort ! » Puis il se dirigea vers le réfrigérateur pour y stocker des plats à emporter et des packs de bière qu’il avait pris soin de rapporter. En tournant le dos aux deux jeunes gens, il ne put réprimer un sourire. Ca faisait un bail qu’il n’avait pas vu son petit frère aussi bien. Ravi de cette métamorphose, il n’en oublia pas pour autant d’élaborer sa revanche !


Lydean  (02.07.2012 à 05:33)

              Quand Sam sortit de cours ce jour-là, il était hors de lui. Dean avait tout intérêt à être bien planqué parce que sinon, il lui ferait la peau ! Il jeta un œil aux voitures stationnées aux alentours et n’y décela aucune trace de la Chevrolet. Il attendit quelques minutes avant de se rendre à l’évidence : son imbécile de frangin n’était pas là. Il devait certainement travailler au garage. Deux possibilités s’offraient donc à lui : Soit il prenait le car et il attendait bien patiemment que ce p’tit comique à deux balles daigne rappliquer, soit il se rendait à pieds au garage pour lui expliquer sa façon de penser. La deuxième option lui parut bien plus adaptée à son ressenti du moment.

              Sa décision prise, il commença à marcher d’un pas assuré. Seul problème, pour se rendre rapidement au garage, il devait traverser un quartier vraiment malfamé et – en dehors du fait que Dean lui ait strictement interdit de le faire – il était suffisamment raisonnable pour ne pas prendre de risques inutiles. Rien que la semaine précédente, une guerre de gangs avait provoqué la mort de plus de cinq jeunes âgés de douze à dix-sept ans. Il prit donc la direction du parc – itinéraire bien plus long mais plus sécurisé.

             Il augmenta l’amplitude de ses enjambées mais ses pieds lui faisaient un mal de chien. Il réduisit donc l’allure et observa les baskets miteuses, source du désagrément. Il avait dû enlever ses chaussures si confortables avant même la fin de la matinée. Jeanne avait fait tout son possible pour lui trouver de quoi les remplacer mais sa pointure ne se trouvait pas si facilement. Ces reliques blanchâtres étaient tout ce qu’elle avait réussi à lui dégoter et bien qu’elles aient une taille en moins, il était très reconnaissant vis-à-vis de sa nouvelle amie.

            Tout le temps du trajet, il rumina sa rancœur et lorsqu’il arriva finalement dans la rue où se trouvait le garage, une idée de vengeance s’était peaufinée dans son esprit. Ca faisait près de deux semaines que les plaisanteries se succédaient et prenaient de l’ampleur. Ca devenait ingérable et il fallait que ça cesse … mais pas avant qu’il ait prit sa revanche. Malheureusement, pour que le canular soit à la hauteur de la blague de mauvais goût dont il avait été la victime, il allait devoir impliquer la seule chose qui avait réellement de la valeur aux yeux de son frère. Et le retour de bâton risquait de faire très mal. Mais tout bien considéré, Dean méritait d’en baver lui aussi et il était tellement furieux contre lui en cet instant qu’il se moquait éperdument des conséquences de ses actes.

 

            Quand Sam entra dans le local, son aîné était plongé dans le capot d’une voiture accidentée. Il communiquait à Jay, son collègue du même âge, les coordonnées de la pièce à changer qu’il devrait commander. Il lui fallut une fraction de seconde pour s’apercevoir que son petit frère venait d’arriver et s’était posté, droit comme un i, à ses côtés. Il se redressa et prit le temps d’évaluer le degré de rage qu’il pouvait lire dans ses yeux. Satisfait, il lui lança joyeusement :

 

- Hey, Sammy ! Comment s’est passée ta journée ?

 

- Tu me dois une paire de godasses neuves !

 

- Quoi ? Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles, lui répondit-il avec un sourire ravi et des yeux faussement innocents.

 

- Tu ne vois pas de quoi je parle, hein ? S’énerva le plus jeune en levant sa jambe droite pour montrer les vestiges de ce qui avait pu être une chaussure de sport.

 

- Chouettes baskets ! Tu t’es inscrit dans l’équipe de foot pour impressionner ta p’tite amie ?

 

- Jeanne n’est pas ma … ! Il respira un grand coup avant de poursuivre. Tu sais quoi ? Je te hais et faudra pas venir te plaindre quand je me serai vengé !

 

- Eh, mon p’tit Sammy ! Je te rappelle que c’est toi qui as commencé et tu sais très bien comment ça se finit en général. Tu devrais prendre cette petite blague avec humour et t’arrêter là avant d’atteindre le point de non retour.

 

- Prendre ta « petite » blague avec « humour » ? S’écria Sam hors de lui en marquant les guillemets de ses doigts. Mais putain Dean, quel frangin sain d’esprit irait planquer des tranches de fromage puant et dégoulinant sous les semelles, dans les chaussures de son petit frère ?!

 


Lydean  (04.07.2012 à 21:19)

Chapitre 5

 

            Il aurait dû s’en douter. Il avait remarqué l’attitude étrange de Sammy la veille au soir. Il lui avait paru bien détendu … bizarrement détendu, avec son sourire idiot plaqué sur son visage de faux frère !!! Et puis, ce crétin l’avait informé que ce matin, il prendrait le car pour aller en cours et qu’il était inutile qu’il passe le prendre le soir. Rien de très inhabituel là-dedans car depuis que Sammy avait rencontré Jeanne, tout était bon pour passer du temps avec elle – même rester coincé dans un bus bondé pendant une heure. Alors bien qu’il s’attendait à des représailles après sa dernière blague, il ne s’était pas inquiété plus que ça. Et du coup, il n’y avait vu que du feu jusqu’à cet après-midi où son boss lui avait fait remarquer l’affiche qui avait été scotchée sur son bébé, du côté passager. Voilà pourquoi toutes les personnes qu’il avait croisées s’étaient détournées sur son passage ! Et dire qu’il s’était même senti flatté par le regard de certaines jeunes femmes tout à fait à son goût. Dans la mesure où les hommes l’intéressaient bien moins, il avait fait abstraction de leur attitude étrange, dédaigneuse et parfois moqueuse. Personne, non personne, n’aurait pu ignorer ce gigantesque message écrit à la peinture rouge sur une affiche blanche :

 

Je suis une preuve vivante de l’adage :

grosse bagnole + grande gueule

= toute petite bite.

 

            Enfin … personne n’aurait pu l’ignorer sauf lui ! Et à ce moment précis, il avait eu une folle envie de tordre le cou de son frère. Mais lorsqu’il avait essayé de décoller l’affiche, il s’était dit que la mort serait trop douce pour cet inconscient. Alors il était rentré, avait préparé deux ou trois petites choses et s’était assis sur le perron de leur maison pour attendre son retour. Cette attente ne fut pas longue car déjà il aperçut la démarche à la Gaston Lagaffe de son frangin. Dean se leva et les regards des deux garçons se croisèrent. Les enjambées de Sam diminuèrent considérablement et lorsque l’ainé brandit devant lui la fameuse affiche, le cadet esquissa une grimace significative. Malgré tout, le plus jeune poursuivit sa progression et, arrivé à sa hauteur, lui lança sans se démonter :

 

- Tu as reçu un mot doux de l’une de tes admiratrices ?

 

- Je ne trouve pas ça drôle ! Regarde ce que tu as fait à mon bébé ! Tu l’as toute défigurée !

 

            Sam leva les yeux au ciel. Pourquoi fallait-il toujours que Dean exagère ? Contraint de regarder dans la direction indiquée par son aîné, il s’aperçut qu’il y avait effectivement quatre grandes bandes brillantes qui formaient un impeccable rectangle. La publicité n’était donc pas mensongère : Ce ruban adhésif était extrêmement puissant. Même lorsqu’on réussissait à l’enlever, la colle, elle, préférait rester. Voilà qui n’allait pas arranger ses affaires.

 

- Ben, au moins, ça n’a pas arraché la peinture, tenta le plus jeune pour minimiser le problème.

 

            Dean lui adressa un regard meurtrier et prit une grande bouffée d’oxygène avant de décréter :

 

- Pour résoudre le problème, je ne vois que deux options. La première : tu utilises le matériel que je mets à ta disposition pour que mon bébé redevienne étincelant. Et ne t’inquiète pas ! Pour que le résultat corresponde à ce que j’attends, je me ferai un plaisir de superviser ton travail.

 

            Sam jeta un œil au baquet plein d’eau moussante, à l’éponge végétale et aux gants en plastique roses placés bien en évidence sur le bord du seau. L’idée d’enfiler ses choses pour nettoyer la Chevrolet pendant des heures jusqu’à ce que Dean soit pleinement satisfait ne le réjouissait pas vraiment. D’un autre côté, son subconscient lui criait que la deuxième option ne serait pas meilleure. Alors il fit de son mieux pour ne pas poser l’inévitable question.

 

- Et la deuxième ?

 

            Raté !

 

- La deuxième ? Se fit un plaisir de répondre Dean avec un sourire qui en disait long. Je serai contraint d’utiliser le matériel que j’ai à ma disposition pour parvenir au même résultat.

 

            Sam serra les dents. C’était un piège. Il ne devait surtout pas poser la question qui lui brûlait les lèvres.

 

- Quel matériel ?

 

            Encore raté !

 

- Ta langue !

 

            Il aurait dû s’en douter ! Une nouvelle grimace fit son apparition sur son visage boudeur.

 

- Si j’accepte la première option, on fait une trêve ? Finit-il par demander sceptique mais en gardant malgré tout l’espoir d’une réponse positive.

 

            Prisonnier du regard de son petit frère, Dean fit son possible pour rester intraitable. Sammy n’aurait pas dû toucher à son bébé ! C’était impardonnable … ou presque. Non, il était totalement inutile qu’il le regarde de cette manière car il ne cèderait pas d’un pouce ... bon ! une phalange à la rigueur, mais pas plus ! Un « On verra » peu audible lui échappa soudainement sans qu’il puisse l’empêcher. Maudit regard !

 

            Les deux frères s’observèrent encore un instant. Dès qu’il fut certain d’avoir obtenu gain de cause, Sam se résigna à attraper les gants et les enfila devant son aîné qui se réinstalla sur les marches du perron avec un sourire comblé.

            Brusquement, Dean abandonna son attitude radieuse et fronça les sourcils. Il arbora un air grave tout en portant son regard au loin, sur le petit bois qui dessinait la ligne d’horizon en direction de l’ouest. Depuis quelques temps, il avait toujours cette irritante impression d’être observé et ça avait pour conséquence l’activation de son alarme mentale.


Lydean  (06.07.2012 à 08:33)

             Séra se réfugia instinctivement derrière un arbre avant de regagner finalement sa position initiale. Dean l’avait surprise en fixant son regard dans sa direction. Mais la distance qui la séparait des deux jeunes gens était suffisamment importante pour qu’elle soit totalement invisible à leurs yeux. Si elle pouvait les voir et même les entendre grâce à ses dons, eux, en revanche, n’en avaient pas la possibilité. Malgré tout, elle était intriguée par les facultés du frère aîné : Son instinct était aiguisé comme un couperet. Et par conséquent, toute tentative visant à l’approcher par la voie directe était vouée à l’échec. Il lui était difficile, voire impossible, d’assouvir sa revanche dans de telles conditions. Elle avait besoin de lui pour faire souffrir le père, l’assassin de sa sœur adorée. Elle allait donc devoir emprunter un chemin détourné.

 

             Heureusement pour elle, une récente découverte allait lui permettre d’accomplir sa revanche. La famille de chasseurs était composée d’un troisième membre âgé d’une quinzaine d’années. Elle n’avait pas encore eu l’opportunité d’observer la relation qui unissait les garçons avec leur père mais elle avait tout de suite compris à quel point les deux frères étaient proches. Depuis quelques jours, elle les épiait et elle trouvait cette dépendance mutuelle fascinante. La marche à suivre était donc limpide : elle se rapprocherait du plus jeune et ferait en sorte de briser le lien fraternel. Cette étape ne présentait aucune difficulté apparente et aurait le mérite de plonger le jeune Sam dans la dépression. Cette condition était nécessaire : sans la volonté de vivre, ses proies plongeaient dans un état catatonique qui lui permettait de faire d’eux ce qu’elle souhaitait, et en particulier, les déguster aisément.

             Ensuite, tout devrait s’enchaîner très naturellement. Brisé par la perte de son frère, l’aîné serait sa cible suivante. Elle prendrait un soin tout particulier à l’assécher lentement et avec une grande application, de manière à ce qu’il souffre le plus longtemps possible. Tout ceci devrait bien évidemment avoir lieu devant le regard impuissant de son criminel de père. Quoi de plus délectable que de se nourrir tout en savourant les cris et les supplications de ses victimes. Et lorsqu’elle puiserait la dernière goutte de ce succulent nectar, elle pourrait simultanément jouir du désespoir paternel. Un seul point restait à définir : Que ferait-elle de lui quand elle aurait exterminé ses deux fils ? Lui servirait-il de dessert ? Le laisserait-elle sombrer et vivre dans la désolation jusqu’à la fin de ses jours ? A moins qu’elle ne combine ces deux excellentes idées … ou qu’elle en trouve de nouvelles. Cette perspective plus que réjouissante contribuait à son réconfort.

 

             Elle sortit de sa réflexion lorsqu’elle décela le bruit sourd d’un moteur. Le véhicule apparut dans son champ de vision une minute plus tard et dans les secondes qui suivirent les deux garçons s’étaient redressés et s’apprêtaient à recevoir ce visiteur assurément inattendu. L’ambiance si légère jusque-là se ternit soudainement sans demi-mesure. Le 4x4 noir se gara dans la petite allée derrière la Chevrolet. Un homme brun et trapu en descendit. Dean, souriant, avança pour le saluer tandis que Sam restait un peu en arrière, le visage fermé. Elle ajusta sa vision et attendit de découvrir le visage de ce nouvel arrivant. Il se retourna pour saisir un sac à l’arrière de son véhicule et ce mouvement confirma sa première impression : le meurtrier de sa sœur faisait son grand retour.

 

             Elle réprima une furieuse envie de se précipiter sur lui pour lui arracher le cœur. Elle détourna donc son regard, s’adossa au tronc et se laissa glisser jusqu’au sol. Elle fit de son mieux pour maîtriser sa respiration haletante. La rage consumait sa raison et elle devait impérativement se reprendre pour mener à bien sa vengeance. La douleur s’estompa à mesure qu’elle imaginait l’insupportable torture qu’elle avait pris soin d’élaborer pour eux. Finalement, un sourire sadique se dessina sur son visage : les réjouissances allaient pouvoir commencer.


Lydean  (08.07.2012 à 10:13)

            Les violents éclats de voix qui résultaient de l’affrontement entre le père et le fils cessèrent au moment où Dean entra dans la maison. Sam remarqua tout de suite qu’il n’avait pas l’air ravi. Le connaissant, leur « petite » conversation n’était très certainement pas à son goût. Son teint légèrement rougi, les traces de transpiration sur ses tempes et sa respiration saccadée étaient indubitablement dus à sa course quotidienne d’une heure. En revanche, son regard, lui, trahissait son humeur du moment. Et ça n’était pas bon du tout !

 

- On vous entend à des kilomètres à la ronde, fit-il remarquer froidement, évitant soigneusement les yeux réprobateurs et colériques de son père mais soutenant les prunelles pressantes de son cadet.

 

- Mais Dean … commença Sam pour se justifier.

 

            Il s’arrêta là. Son aîné lui lançait son regard noir et ça lui faisait toujours le même effet. Tel un produit réfrigérant, il s’insinuait dans son corps et glaçait son sang. Et bien qu’il ait la même taille que Dean à présent, dans ces moments-là, il se sentait tout petit. Contrairement aux sentiments qu’il réservait à son père, il avait pour son frère un profond respect. Il se contenta donc de s’exécuter tout en le fixant de son regard implorant.

            Dean n’avait pas eu d’autre choix que d’entendre le sujet de la dispute. Il fit son possible pour détacher ses yeux de son jeune frère et se concentra sur John qui fourrait rageusement le reste de ses affaires dans son sac. Il se passa une main apaisante sur le visage avant de s’adresser finalement à son père :

 

- C’est la chasse dont t’a parlé Caleb ?

           

- Oui et il faut partir maintenant.

 

- Je ne sais pas si je vais pouvoir t’aider, papa, admit l’aîné dans un souffle, devant les regards surpris des deux autres membres de la famille.

 

- De quoi tu parles ? S’inquiéta John en fronçant les sourcils. Je croyais que tu allais mieux.

 

- Oui, mais, euh … Ben, j’essaie de m’entraîner, de courir longtemps et de plus en plus vite. J’te jure, je travaille mes réflexes et tout mais je m’essouffle encore d’un rien alors je crois qu’il me faut un p’tit peu plus de temps pour me remettre. J’veux pas être une charge pour toi, tu comprends ?

 

- Je vois, fit son père quelque peu contrarié.

 

            Le vieux chasseur n’était pas dupe et connaissait ses garçons mieux que quiconque. Une fois encore, son fils aîné avait pris le parti de son frère et avait dû trouver une excuse plus que douteuse pour satisfaire aux exigences de son petit protégé. Si d’un côté, il était rassuré de les voir aussi complices, d’un autre, il rageait de constater les subterfuges qu’ils utilisaient pour lui désobéir. Il savait que Dean aurait préféré se crever les deux yeux plutôt que d’admettre une faiblesse qu’il l’empêcherait de participer à une chasse. Seulement voilà, son fils cadet exerçait une telle emprise sur lui qu’il lui cédait tout. A l’inverse lorsqu’il voulait s’assurer que son plus jeune fils fasse ce qu’il lui demande, il n’avait pas d’autre choix que de passer par son aîné. Celui-ci était le seul à pouvoir lui faire entendre raison. Et quand ces deux là s’alliaient, ils faisaient bloc et nul ne pouvait contrecarrer leur plan, même pas lui. Il était pourtant leur père ! Ces fils ne lui devaient-ils pas le respect ?!

            Ses mâchoires se serrèrent et sa respiration devint laborieuse. La colère essayant d’évacuer son corps par tous les moyens possibles, il sentit ses narines se rétracter et ses yeux se plisser. Il s’exhorta au calme sans grand succès. Ses relations avec Sam étaient plus que tendues et elles ne s’amélioraient pas avec temps. Jusque-là, il avait toujours pu compter sur le soutien et la totale dévotion de Dean. Mais aujourd’hui, son aîné soutenait tant bien que mal son regard, tiraillé entre ses obligations d’obéissance à son père et son désir irrationnel de soutenir son frère quoiqu’il lui en coûte.

            Malgré sa rancœur, John abandonna. Il fit son possible pour inhaler suffisamment d’air et décréta finalement :

 

- Tu as tout intérêt à être prêt pour la prochaine chasse.

 

            Il empoigna son sac d’un geste vif et se dirigea vers la porte sans accorder un seul regard à ses fils. Avant de sortir, il lança :

 

- Tu sais ce que tu as à faire.

 

            Au moment où le moteur du 4x4 du patriarche se mit à vrombir, de nombreux sentiments se partageaient l’espace de la pièce miteuse où étaient restés plantés les deux jeunes Winchester. Le soulagement, la joie et une immense reconnaissance émanant de l’un d’eux s’opposaient au mal-être et à la culpabilité de l’autre. Dean ne se souvenait pas d’une seule fois où son père était parti sans lui rappeler que c’était à lui de prendre soin de son petit frère. Si d’ordinaire il en avait assez d’écouter sans cesse la même rengaine, étrangement ce jour-là, il aurait préféré l’entendre.

            Malgré tout, l’échange d’un simple regard entre les deux fils Winchester suffit à apaiser les tensions et les appréhensions. Et sans un mot ils reprirent leurs activités respectives.


Lydean  (10.07.2012 à 22:08)

            Séra avait beaucoup de mal à s’adapter à ce nouveau corps. Jusque-là, elle avait pris le temps de ne choisir que des enveloppes charnelles simples d’utilisation, sans grande volonté, et qui lui permettait d’accéder facilement à sa nourriture. Mais depuis qu’elle avait quitté l’Afrique précipitamment pour assouvir sa vengeance, de nombreux obstacles se mettaient en travers de son chemin.

            Pour survivre, elle devait passer d’un corps à un autre. Elle avait donc abandonné celui qu’elle avait habité depuis près d’un an pour se glisser provisoirement dans celui d’une hôtesse de l’air. Le plus difficile avait été de passer inaperçu auprès des collègues de cette jeune femme et s’occuper au mieux des passagers. Pour cela, elle devait fouiner dans la mémoire et les habitudes de son hôte – tâche plus ou moins aisée selon la personnalité de l’individu qui l’hébergeait. Dans ce cas précis, ce fut une vraie galère !

            Puis elle avait intégré l’infirmière qui, une fois la surprise passée, avait fait son possible pour l’évacuer de son corps. Heureusement qu’elle pouvait maîtriser ses gestes car cette folle aurait été capable de s’injecter une substance mortelle dans les veines juste pour être libérée. D’ailleurs, dès qu’elle avait eu quitté son corps, elle s’était demandé si elle ne ferait pas mieux de l’exterminer pour de bon.

            En général, elle tissait des liens affectifs avec ses différents hôtes. Après tout, elle les choisissait toujours avec soin. Plus elle restait longtemps et plus ce lien était fort. Quand elle les quittait, c’était un déchirement – même si eux n’avaient plus aucun souvenir d’elle. Elle laissait derrière elle des corps désorientés et amnésiques. Mais avec l’infirmière, c’était différent et elle avait hésité longtemps sur la bonne marche à suivre. Finalement, en s’apercevant qu’elle avait bien perdu la mémoire, elle lui avait laissé la vie sauve. Son bon cœur la perdrait ! Et puis, elle devait bien avouer que, grâce à ses deux précédentes hôtesses, elle avait pu faire de succulents repas. La nourriture dans les avions et les hôpitaux était bien plus goûteuse qu’on ne s’accordait à le dire ! En plus, avec ces apparences, il était vraiment facile d’approcher et de caresser les hommes. Les disputes maritales qui en avaient découlé étaient excellentes et l’état dépressif dans lequel ses proies avaient été plongées était tout autant savoureux. Son déjeuner lors du long courrier avait même fait les gros titres : « Un jeune marié pris de démence frappe sa nouvelle épouse avant de se suicider dans les toilettes ». C’était amusant de voir son œuvre dans le journal. Ah, la possession ! Tout un art !

 

            A présent qu’elle était rassasiée, elle pouvait se consacrer entièrement à sa mission. Elle devait malgré tout gérer le tempérament de sa nouvelle enveloppe charnelle. La détermination de la jeune fille était tellement forte qu’elle en arrivait à se demander si elle ne ferait pas mieux d’élaborer un nouveau plan. Ces ados, quelle plaie !

 

            Heureusement pour elle, tout n’était pas si compliqué. John, le patriarche de la famille était reparti en chasse. Tout généreusement, il lui avait abandonné ses deux rejetons qui avaient préféré rester dans le coin. Inconscients ! Elle allait donc pouvoir réaliser, en toute quiétude, un petit essai sur sa victime numéro un. Le défi de la journée consistait à faire enrager Sam au point de lui faire faire quelque chose dont il n’aurait jamais eu l’idée. De préférence quelque chose de violent, susceptible de créer une première querelle avec son frère mais qui ne l’endommagerait pas totalement et qui n’attirerait pas trop l’attention. Ces deux derniers points seraient les plus délicats. C’était bien connu : dans l’euphorie de la situation, il était toujours plus difficile de se maîtriser. Or il ne fallait pas achever le cobaye dès la première expérience. Ce ne serait pas très professionnel ! Quant à la discrétion … c’était plus complexe ! En Afrique, elle se servait des différentes guerres pour couvrir ses traces. Elle pouvait même créer de nouveaux conflits sans que ça ne choque qui que ce soit. Ce mode de vie était bien plus confortable que celui qu’avait choisi sa sœur. Malgré tout, si aucune guerre n’était déclarée sur ce continent, elle avait repéré des moyens tout aussi utiles et elle saurait, sans aucun doute, les mettre à profit.


Lydean  (11.07.2012 à 13:04)

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ShanInXYZ, 01.06.2026 à 20:39

Nouveau mois sur les quartiers Cat's Eyes et Doctor Who, n'hésitez pas à passer

CastleBeck, 02.06.2026 à 11:38

Bannières et thème en vote, si vous avez 30 secondes pour cliquer. Merci.

choup37, Avant-hier à 12:26

Nouveaux sondages sur kaamelott et Doctor Who

ShanInXYZ, Hier à 02:07

Nouveau sondage sur le quartier Cat's Eyes, pas besoin de connaître la série

Luna25, Hier à 08:58

Nouveau mois sur les quartiers Legends of Tomorrow, Reign et Supernatural, n'hésitez pas à passer !

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