HypnoFanfics

Evil Twins

Série : Supernatural
Création : 30.05.2012 à 17h19
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Pré-série. Une créature démoniaque jure de venger la mort de sa sœur jumelle, exterminée par John et Dean. Désirant les faire souffrir à leur tour, elle décide de s’attaquer à Sam. » Lydean 

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- Oh ! J’le crois pas ! On a manqué le car !

 

- Bah, c’est pas grave, Dean nous ramènera. Il bosse au garage, expliqua Sam à son amie tout en farfouillant dans son sac. Mais où est-ce que je l’ai fourré ?

 

- Qu’est-ce que tu cherches ?

 

- Mon portable. Pourtant, j’suis sûr de l’avoir pris ce matin.

 

            D’ailleurs, il ne risquait pas de l’oublier. Depuis que ces trucs-là existaient, Dean l’obligeait à l’avoir toujours sur lui. S’il ne le retrouvait pas rapidement … Il sortit de sa réflexion lorsqu’il sentit la main de Jeanne sur la sienne.

 

- Laisse tomber. On a qu’à le rejoindre là-bas directement, lui proposa-t-elle en lui souriant.

 

- Ouais, mais c’est juste que … ça m’énerve de l’avoir perdu ! Et vue l’heure qu’il est, on a tout intérêt à se magner sinon il sera parti avant qu’on arrive. Quelle merde !

 

- Calme-toi, tenta-t-elle de le raisonner en caressant son avant bras. Allez viens, on y va !

 

            Tout en commençant à marcher, Sam observa son amie. Comment pouvait-elle être aussi sereine alors que tout allait de travers ?! C’était en train de le bouffer de l’intérieur et même le fait d’accélérer le pas ne lui était d’aucune aide. Une onde électrique avait parcouru ses veines et à présent c’était son corps entier qui bouillonnait. A force d’appuyer ses dents les unes contre les autres, il avait mal aux mâchoires. Quant à ses poings, ils étaient tellement serrés, que ses articulations étaient devenues blanches. C’était vraiment une journée pourrie !

 

- Tu crois que c’est raisonnable ? Demanda une petite voix à côté de lui.

 

- Quoi ? S’étonna-t-il, se rappelant soudain qu’il n’était pas seul.

 

- Traverser ce quartier. C’est un peu dangereux, non ? On ne ferait pas mieux de passer par le parc ? Suggéra Jeanne.

 

- Pas le temps, lui indiqua-t-il en accélérant encore la cadence.

 

Elle n’allait pas s’y mettre elle aussi ! S’il avait fait le choix de passer par là, c’est qu’il avait ses raisons ! Lesquelles, ça c’était un mystère. Mais il avait autre chose à faire que de se prendre la tête avec des questionnements foireux qui ne le mèneraient à rien. Une chose était sûre : il avait les nerfs !

Il sentit deux mains enserrer son bras. Quoi encore ? Il s’arrêta de marcher et regarda la jeune fille qui avait eu la mauvaise idée d’entraver ses mouvements. Il lui lança un regard agacé tout en soulevant les sourcils pour l’interroger.

 

- C’est que … hésita-t-elle, je n’aime pas trop la manière dont ils nous matent ceux-là.

 

Il se retourna pour regarder dans la direction indiquée par Jeanne et découvrit cinq paires d’yeux qui les fixaient étrangement. Les regards s’étaient à peine croisés que déjà la petite bande se dirigeait vers eux. Manquait plus qu’eux ! Ce n’était pourtant pas le moment de l’énerver plus qu’il ne l’était déjà. En plus, ils se prenaient pour des terreurs avec leurs muscles gonflés aux hormones et leurs regards à deux balles ?! N’avaient-ils pas remarqué qu’il faisait une tête de plus qu’eux ? Ramenez-vous les nains ! Après tout, une petite bagarre aurait le mérite de le défouler. Si son père avait été là, il aurait été ravi de constater que son cher fiston ne manquait pas une occasion de s’entraîner.

 

- Sam, on ferait mieux de partir, suggéra Jeanne qui venait de lui prendre la main pour l’entrainer avec elle. Ils ont des couteaux.

 

            Et alors ? Il avait l’habitude de se battre contre des loups-garous, des wendigos et des esprits frappeurs. Ce ne serait pas cinq minables petits caïds même pas surnaturels qui allaient lui faire peur. Peu importait le nombre, peu importait la force des adversaires, tout était question de volonté. C’était ce que Dean lui répétait sans cesse.

            Cette dernière pensée lui fit l’effet d’un électrochoc. Il s’était libéré de l’entrave de Jeanne et pourtant il se sentait retenu par un lien invisible. Mais qu’est-ce qu’il était en train de faire ? Qu’est-ce qu’il foutait ici ? Si ces mecs ne l’achevaient pas, son frangin s’en chargerait sans aucun doute dès qu’il l’apprendrait. Malheureusement il était déjà trop tard pour reculer et de toute façon il avait beaucoup d’énergie à revendre. Il ordonna à son amie de s’enfuir et se prépara à affronter les cinq délinquants qui l’avaient déjà encerclé.

 


Valdora  (15.07.2012 à 20:43)

- Prem’s ! s’écrièrent les deux hommes en même temps.

 

            Un sourire malicieux s’étala sur leurs visages : La guerre était ouverte et l’affrontement serait féroce. Une jolie blonde, très féminine, visiblement perdue venait d’entrer dans le local de réparation du garage. En bons sauveurs de ces dames, Dean et son collègue se dirigèrent tous deux vers elle, empreints de « bonnes intentions ».

 

- Bonjour mademoiselle, je peux vous aider ? Demanda Jay avec un sourire enjôleur.

 

- Je l’espère, oui. C’est ma voiture …

 

- Où est-elle ? L’interrompit Dean sur un ton qui se voulait détaché.

 

- Je l’ai garé là-bas, à l’entrée du parking.

 

- Bien, je vais aller voir ça, l’informa-t-il, très professionnel.

 

- Souhaitez-vous un café, en attendant que mon collègue jette un œil ? Se précipita Jay pour attirer de nouveau l’attention de la jeune femme.

 

- Qu’est-ce qui vous inquiète ? S’interposa l’aîné des Winchester en se dirigeant lentement vers la fameuse voiture.

 

- Eh bien, elle fait des bruits bizarres et quand je roule, j’ai l’impression de faire du tout terrain dans un 4x4 tellement c’est chaotique, expliqua la jolie blonde qui trottait derrière lui.

 

- Depuis quand ?

 

- Ca fait bien une demi-heure ! Ca a fait un grand bruit, un peu comme une explosion. Heureusement que je ne roulais pas vite ! Aussitôt, j’ai recherché un garage. Et puis c’est là que je vous ai trouvé !

 

- Oh, belle mécanique ! S’exclama Dean en la détaillant alors qu’elle marchait depuis peu devant lui pour lui indiquer le chemin.

 

- Je vous demande pardon ? S’étonna-t-elle, presque outrée.

 

- Une Buick modèle Skylark de 1962, expliqua-t-il comme si de rien n’était, en désignant la décapotable rouge. Moteur V8 de deux cent cinquante chevaux, roues à bâtons chromés de chez Kelsey-Hayes et les ailerons si caractéristiques qui donnent à cette compacte sportive, un design très intéressant. C’est vraiment une belle mécanique que vous avez là.

 

- C’est tellement réconfortant de confier sa voiture à quelqu’un qui s’y connaît, papillonna-t-elle, impressionnée.

 

            Le jeune homme lança à Jay son regard vainqueur et ce dernier abdiqua en secouant la tête, dépité. Puis il contourna le véhicule et trouva tout de suite où se situait le problème. Il désigna à la jeune femme le pneu crevé et l’informa qu’en continuant à rouler elle avait également abimé la jante.

 

- Vous devez me trouver stupide, s’inquiéta-t-elle, espérant très nettement qu’il la contredise.

 

- Bien sûr que non, mademoiselle …

 

- Genna, appelez-moi, Genna.

 

- Eh bien Genna, je ne devrais pas en avoir pour très longtemps.

 

- Vous êtes mon héros. Comment pourrais-je vous remercier ?

 

            Il allait lui suggérer quelque chose d’extrêmement intéressant lorsqu’il vit une jeune fille courir dans sa direction. Il la reconnut aussitôt. C’était Jeanne, la copine de son frère et elle avait l’air paniquée. Il regarda derrière elle et quand il constata que Sammy ne l’accompagnait pas, il sut tout de suite qu’il lui était arrivé quelque chose. Délaissant complètement la jeune femme qui se languissait déjà de lui, il partit en direction de Jeanne tout en l’interrogeant du regard.

 

- Dean, c’est Sam, lui répondit-elle, essoufflée.

 

            Déçue, Genna comprit qu’elle n’avait plus aucune importance aux yeux du jeune homme qui l’ignora complètement et porta toute son attention sur ce que lui racontait la jeune fille.

 

- Jay, il faut que j’y aille, lança Dean en courant vers les vestiaires pour saisir sa veste avant de se précipiter dans la ruelle où il avait stationné l’Impala.

 


Valdora  (16.07.2012 à 21:16)

 

- Où est-ce qu’il est ? T’es sûre que c’était là ?

 

- Je ne sais pas, Dean ! Quand je suis partie, il était là.

 

- Sam ! Hurla-t-il tout en scrutant les alentours.

 

Il était sorti de la Chevrolet pour avoir une meilleure vision mais pour plus de sécurité il avait demandé à Jeanne de rester à l’intérieur. Il aurait même préféré qu’elle attende au garage avec Jay mais elle était la seule à connaître exactement l’endroit où la bagarre avait eu lieu et donc la seule à pouvoir lui indiquer où était son frère. Mais lorsqu’ils étaient enfin arrivés, l’ensemble du secteur avait été déserté. Il devait pourtant être au bon endroit car il y avait des signes de lutte çà et là. Bien sûr, avec la réputation du quartier, il se pouvait que ce champ de bataille date de plusieurs heures, voire de quelques jours. Mais les traces de sang, elles, étaient toutes fraîches. Il déglutit en se redressant. Il y avait un peu trop d’hémoglobine à son goût ! En reculant d’un pas, son pied heurta un monticule de canettes de bières. Instinctivement il jeta un œil et découvrit une lame en métal. Il balaya la zone de la pointe de sa chaussure et reconnu le manche de l’objet : c’était le couteau de Sammy. Il souffla pour tenter d’évacuer son angoisse et ramassa l’arme pour l’enfouir discrètement dans la poche de sa veste. Il profita de ce mouvement pour ressortir son téléphone et composa le numéro de son petit frère. La première sonnerie retentit en quelques secondes. Intrigué, il s’aperçut qu’il entendait également la mélodie caractéristique du portable de son cadet. Il éloigna le combiné, tendit l’oreille et fixa son attention sur l’Impala. A l’intérieur, Jeanne agitait l’objet à proximité du pare-brise pour qu’il le voie.

 

- Qu’est-ce que tu fous avec le téléphone de mon frère ? Lui demanda-t-il sèchement tout en ouvrant la portière.

 

- Je … je l’ai entendu sonner. Il était sous le siège. Sam a dû …

 

- Quelle merde ! La coupa-t-il tout en claquant la portière. Sam ! S’époumona-t-il dans une nouvelle tentative désespérée.

 

            Et bien sûr, il n’y avait pas âme qui vive dehors, personne qui puisse l’aider à retrouver son frère ! Certains rideaux des premiers étages s’étaient fermés comme par magie dès son arrivée. Une furieuse envie de faire bouffer les stores à ces enfoirés lui avait traversé l’esprit. Il ne pouvait même pas prévenir les flics car son père lui avait dit et répété de ne jamais faire appel à eux ou de ne les utiliser qu’en tout dernier recours. Hommes de lois et affaires familiales ne faisaient vraiment pas bon ménage ! Mais ce ne serait certainement pas ce qui allait l’arrêter. Puisqu’il le fallait, il irait taper à toutes les portes de chaque appartement de chacun de ces immeubles pourris et si personne ne voulait lui ouvrir, il forcerait le passage ! Il allait appliquer cette excellente résolution lorsque son téléphone se mit à sonner. Il ne prit pas le temps de regarder qui l’appelait et décrocha :

 

- Putain Sam ! Ca va ? Où est-ce que tu … Papa ?


Valdora  (18.07.2012 à 12:33)

C’était presque trop facile ! Avec le savon que lui passait son père, Dean ne pourrait être que furieux vis-à-vis de son frère. C’était hilarant de constater que l’objet de sa vengeance était un allié de choix dans l’exécution de celle-ci. Ce devait être ce que l’on appelait à juste titre, l’ironie du sort !

D’où elle était, elle pouvait apprécier pleinement le spectacle. La voix colérique de John dans le combiné lui parvenait parfaitement et elle avait un visuel très intéressant sur le fils aîné qui, de toute évidence, n’attachait d’importance qu’à une seule phrase : « Oui, Sam va bien … » A ce moment précis, le soulagement était apparu sur son visage marqué par l’angoisse. Depuis, aucun autre sentiment n’avait été ne serait-ce qu’esquissé. Et pourtant il y avait matière à s’énerver dans les propos du père. Parmi les vociférations, il y avait entre autre, la fin de la phrase «  … mais il a été arrêté, Dean ! », ou encore des « C’est de ta faute ! … Si tu n’es pas foutu de prendre soin de lui correctement … Tu dois t’occuper de ton frère ! C’est ton job ! » et enfin un  « Tu te démerdes comme tu veux mais je ne veux plus entendre parler de cette histoire ! Va le chercher et occupe-toi de lui comme tu aurais dû le faire dès le départ ! » Un simple « Oui, monsieur. » ponctua cet énergique monologue très instructif.

 

            Puis Dean réintégra la voiture et mit le contact sans même lancer un regard à sa passagère qui s’adressa à lui sur un ton très concerné :

 

- Ca va ? Qu’est-ce qui se passe ?

 

- Sam a été arrêté. Je vais le chercher au poste de police, grogna-t-il tout en appuyant sensiblement sur l’accélérateur.

 

- Oh ! Fit-elle compatissante. Et il va bien ?

 

- Oui.

 

Voilà une réponse brève et concise digne de Dean Winchester ! Si elle avait pris l’habitude de son manque d’élocution, elle avait toujours autant de mal à cerner ses émotions. Elle l’observait discrètement du coin de l’œil mais ses tentatives restaient vaines. Et puis, de son côté, elle devait maîtriser son propre engouement.

Bon sang qu’il était difficile de simuler l’ignorance et de feindre l’inquiétude lorsqu’on savait tout et qu’on était excité et enjoué à ce point ! Elle n’avait qu’une envie : lui éclater de rire au nez ! Mais bien sûr qu’il allait bien son cher petit frère ! Sam avait mené le combat de bout en bout, lançant un coup de pied par-ci et un crochet par-là ! Ses assaillants avaient vu voler leurs couteaux sans qu’ils puissent réagir. Alors bien sûr il avait dû encaisser quelques coups bien placés mais à aucun moment il ne s’était trouvé en réelle difficulté. Il avait même réussi à aligner le flic qui avait tenté de le maîtriser. Et puis il avait eu la présence d’esprit de planquer son couteau quand il avait vu qu’il allait être arrêté. Du grand art ! Un combat superbe ! Des membres cassés, des nez explosés, des côtes brisées … que d’images qu’elle souhaitait garder en mémoire ! Et pour conclure, un bon rendement : Sur les six combattants, trois étaient partis en ambulance et Sam ne faisait pas partie du lot. Pourtant, il avait été pas mal amoché lui aussi. Mais le fait qu’il ait frappé un policier avait dû jouer en sa défaveur et il s’était retrouvé à l’arrière d’une voiture banalisée en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire. Quel moment exaltant ! Cette première expérience allait bien au-delà de toutes ses espérances et sa vengeance se présentait sous les meilleurs augures.

Et puis ça lui avait permis d’en apprendre bien plus sur les facultés de Sam en matière de combat. Il n’avait rien à envier aux deux autres membres de la famille. Sa taille et sa jeunesse étaient de sérieux atouts. En revanche, son âge aurait pu refléter une totale inexpérience et ce n’était visiblement pas le cas. Lors de l’affrontement, il avait enchaîné les prises avec une facilité déconcertante et il avait encaissé les coups sans broncher. Son visage était resté serein alors qu’il calculait mentalement chacun de ses mouvements. Ses yeux si doux, à la limite de l’innocence d’ordinaire, s’étaient métamorphosés en un regard dur et froid comme l’acier. A présent, le « petit Sammy » lui paraissait bien moins fragile et innocent qu’aux premiers abords. Elle avait tout intérêt à se méfier et à la jouer fine.

 

 Quant aux complexes interactions entre les trois membres de cette famille de chasseurs, elles devenaient de plus en plus claires à ses yeux. C’était plus qu’intéressant : c’était fascinant ! Tout d’abord, il y avait cette adoration du fils aîné envers son père. Il le considérait indubitablement comme un héros – alors qu’à ses yeux à elle, ce John n’était qu’un meurtrier sanguinaire. Le cadet, lui, ne partageait pas les mêmes sentiments que son frère à l’égard de son géniteur. Il régnait de fortes tensions entre eux et toute occasion était bonne pour entrer en conflit. C’était le duo qu’elle préférait ! Elle n’avait même pas besoin d’intervenir. A chaque fois qu’ils étaient en présence l’un de l’autre, ils ne cessaient de s’envoyer des vacheries. C’était jubilatoire ! Jusqu’à ce que Dean intervienne et anéantisse le spectacle. Quel rabat-joie celui-là !

Elle avait beaucoup de mal à cerner John. D’abord parce qu’il n’était pas souvent présent et ensuite parce qu’il n’exprimait rien ni par ses propos, ni par son attitude. Quant à sa manière d’élever ses garçons, elle relevait plus de la discipline militaire inculquée par un instructeur que la protection naturelle d’un père affectueux. Mais cela ne l’inquiétait pas plus que ça : la fibre paternelle du chasseur se dévoilerait certainement à mesure qu’il perdrait ses fils !

Enfin, l’interaction la plus passionnante se situait incontestablement entre les deux frères. Ils étaient totalement différents et pourtant si proches. Leurs petites querelles s’opposaient en tous points aux conflits incessants entre le cadet et son père. Bien qu’ils ne soient pas toujours d’accord, ils s’octroyaient une confiance mutuelle qui leur permettait de vivre une relation fraternelle saine et harmonieuse. C’était révoltant ! Ils se connaissaient parfaitement et ne cessaient de s’inquiéter l’un pour l’autre. Si l’aîné avait endossé tout naturellement son rôle de grand frère protecteur, son cadet, de son côté, le lui rendait bien en lui vouant une admiration et un respect sans borne. Le lien qui les unissait était extrêmement fort. Mais bien heureusement pour elle et grâce à la rancœur qu’elle éprouvait à l’égard de cette famille, rien ne serait assez puissant pour réussir à l’arrêter. C’était là que résidait le challenge : elle devait tout faire pour les monter l’un contre l’autre.

 

Toute à ses pensées, elle se souvint que la partie du jour n’était pas encore terminée. Elle devait s’assurer que les sentiments éprouvés par Dean à ce moment précis correspondaient bien à ses attentes. Du coin de l’œil, elle essaya de déchiffrer une quelconque émotion derrière son visage impassible.

 

- Quoi ? Lui demanda-t-il de but en blanc.

 

            D’abord surprise, elle préféra jouer la carte de la prudence tout en gardant une part de franchise.

 

- Tu es étrange. Je n’arrive pas à savoir si tu es inquiet ou fâché.

 

            Il ne prit même pas la peine de lui répondre alors elle insista.

 

- Puisqu’on sait qu’il va bien, ça devrait nous rassurer, non ? Tu n’as aucune raison de t’inquiéter ... Tout à l’heure, c’était votre père au téléphone ?

 

            Suspicieux, Dean fronça les sourcils mais acquiesça d’un léger hochement de tête. Elle poursuivit.

 

- Je ne pouvais pas entendre ce qu’il disait mais il avait l’air drôlement en colère. Je trouve ça vraiment injuste. Tu n’es pas responsable de ce qui est arrivé.

 

Tout en parlant, elle avait appliqué sa paume sur la main de Dean qui tenait le levier de vitesse. Elle devait s’assurer qu’il serait suffisamment furieux. Or, son don était un petit coup de pouce très appréciable dans ces moments-là. Elle avait donc fait en sorte que le toucher soit un geste très naturel, une simple attention de réconfort qui n’aurait choqué personne … sauf cette tête de mule ! Il avait dégagé sa main d’un geste brusque et avait braqué ses yeux sur la route comme si de rien n’était. Mais alors qu’elle pensait avoir échoué, elle vit sa mâchoire se contracter et ses poings se resserrer sur le volant. Satisfaite, elle fit mine de regarder le paysage qui défilait par la fenêtre pour dissimuler son sourire vainqueur.


Valdora  (20.07.2012 à 10:29)

Il se sentait animé d’une rage féroce et ça ne lui ressemblait pas du tout. Il n’avait qu’une envie : étriper tous ceux qui partageaient sa cellule. En même temps, il aurait vite fait le tour ! Entre le poivrot de service qui venait de se vomir dessus et le toxico qui planait à deux mille, ça ne méritait même pas qu’il s’attire de nouveaux ennuis. Et par « ennuis », il voulait dire « vrai sale merdier » ! Sa raison refaisait peu à peu surface et il n’arrivait toujours pas à réaliser ce qui venait de se passer. Pourtant, il faisait de réels efforts. Son esprit menait une dure bataille contre son corps. Son torse ne lui faisait pas mal à cause des coups qu’il avait reçus mais plutôt parce qu’une pression énorme appuyait sur sa cage thoracique. Pris dans cet étau invisible ses poumons ne fonctionnaient pas comme ils l’auraient dû et sa respiration en était difficile. Pourquoi ne pouvait-il pas se raisonner et se calmer ? D’où venait cette colère froide qu’il ressentait encore ? Que lui arrivait-il ?

 

            Il entendit la porte au bout du couloir s’ouvrir. Il jeta un œil entre les barreaux de sa cellule et découvrit qu’il s’agissait de l’agente qui l’avait enfermé ici. Etonnamment, cette femme gardait sa mine joviale et, curieusement, il la trouvait sympathique. Pourtant c’était elle qui l’avait menotté après qu’il ait cassé le nez de son collègue. C’était elle qui l’avait conduit jusqu’au poste de police dans sa voiture banalisée. C’était elle qui l’avait interrogé pour connaître son nom et le numéro de téléphone de ses parents ... Et c’était lui qui l’avait renvoyée balader ! Elle lui avait expliqué que, comme il était mineur, elle était tenue de prévenir son représentant légal mais il s’était obstiné à garder le silence. Qu’espérait-il à ce moment-là ? Qu’elle le relâcherait en lui disant « merci d’être passé » ? Quel idiot ! Décidément, cette attitude ne lui ressemblait pas du tout.

 

- Ca va mieux ? Lui demanda la gardienne en arrivant devant la porte de sa cellule.

 

            Assis sur le banc miteux, Sam leva les yeux vers elle et acquiesça d’un infime signe de tête.

 

- J’ai une bonne nouvelle : vous allez bientôt sortir, lui annonça-t-elle en enfonçant la clé dans la serrure.

 

            Il la regarda d’un air indécis. Devait-il se réjouir ou s’inquiéter ?

 

- D’accord, je l’avoue, poursuivit-elle en le conduisant hors de la cellule, j’ai un peu fouiné dans votre sac et j’y ai trouvé les informations dont j’avais besoin. J’ai donc pu joindre votre père mais comme il était en déplacement assez loin – d’après ce que j’ai compris – il envoie votre frère vous chercher.

 

Il ne manquait plus que ça ! Quelle poisse ! Dean allait être furax ! Et le pire dans tout ça c’est qu’il n’avait même pas une raison valable à évoquer pour plaider sa cause. Comment pourrait-il donner des explications à son frère alors qu’il ne comprenait même pas ce qui lui était arrivé ?

            L’agente l’entraîna dans un box près du comptoir d’accueil et l’encouragea à s’asseoir devant un bureau. Puis elle ressortit tout en lui demandant de ne pas bouger et d’attendre patiemment. Où voulait-elle qu’il aille de toute façon ? Ca grouillait de flics ici. Inutile de perdre du temps à élaborer un plan d’évas… Il tendit l’oreille lorsqu’il reconnut la voix de l’autre côté de la fine cloison du box. De nouveaux sentiments vinrent s’ajouter à la colère, le soulagement étant le plus évident et le plus réconfortant. Mais il devait bien l’avouer, une légère appréhension assombrissait cette agréable sensation. Dean venait d’arriver et au-delà de cette apparente bonne nouvelle, il n’avait qu’une hâte : que cette histoire soit enfin terminée.

 

            Il écouta attentivement la conversation qui avait lieu juste de l’autre côté de la séparation en contreplaqué. Il entendit l’agente évoquer les charges et rappeler à quel point il était dangereux de passer dans ce quartier malfamé, même en plein jour. Mais après qu’elle eut insisté lourdement sur le fait qu’il serait bon de bien lui rappeler cet état de fait, il fut surpris de constater qu’elle trouvait également des excuses à son comportement odieux. Apparemment, il aurait été sous le choc après l’agression et il avait mis tant d’énergie à se défendre contre ses assaillants qu’il n’avait pas fait attention à l’agent de police qui était intervenu pour les séparer. Le fait qu’il lui ait cassé le nez n’était donc pas un geste prémédité. D’autre part, elle avait bien remarqué qu’il était un jeune homme de bonne famille et par conséquent une simple victime dans cette histoire et qu’il n’était donc pas nécessaire que cet événement devienne une affaire d’Etat. Affirmation sur laquelle Dean rebondit instantanément en demandant pourquoi, dans ces conditions, son petit frère était toujours retenu. La réponse arriva tout naturellement : Sammy était mineur et il devait être confié à une personne majeure.

Son aîné devait avoir son regard de tueur car Sam remarqua que la policière poursuivait lourdement sa plaidoirie. Cela ne signifiait qu’une chose : elle essayait de le calmer. Et elle était douée. Elle était terriblement convaincante mais malheureusement Dean connaissait son cadet mieux que quiconque et il n’allait certainement pas se laisser abuser par ce genre de propos. En toute honnêteté, son aîné serait certainement plus proche de la vérité en étant absent que cette pauvre femme qui lui cherchait désespérément des excuses bidons alors qu’elle était présente. Dommage, c’était bien tenté !

A entendre l’agente se démener pour prendre sa défense, son sentiment de culpabilité s’amplifia. Elle le faisait passer pour une victime alors qu’il était le seul fautif dans toute cette histoire. La totalité de ses actes était répréhensible. Il ne s’expliquait toujours pas pourquoi il avait agi comme ça. Il était pourtant parfaitement conscient de ce qu’il faisait à ce moment-là. Si, par exemple, il avait eu la présence d’esprit de planquer son couteau quand il avait vu les voitures de police approcher, alors autant dire qu’il aurait pu éviter de balancer son poing sur le nez du policier qui s’était interposé entre lui et les membres restants de la bande rivale.

 

- Où … est … mon … frère ?! Entendit-il articuler Dean en exagérant sur chaque mot.

 

Il s’agissait, sans aucun doute, de montrer l’importance de sa question. Et le ton de sa voix révélait, sans aucun doute non plus, à quel point il était exaspéré.

 

- Il est là, juste derrière, répondit son interlocutrice. Vous pouvez allez le voir … Attendez !… Vous allez devoir remplir quelques formalités … D’accord, je retrouve les documents et je vous rejoins.

 

- Sammy, ça va ?

 

            Il sursauta. Il ne s’attendait pas à ce que Dean l’ait rejoint aussi vite. Avait-il sauté par-dessus le comptoir d’accueil au lieu de le contourner ? Alors qu’il reprenait ses esprits, il réalisa que son frère venait d’utiliser son surnom. C’était plutôt bon signe ! Malgré tout, il se borna à regarder le sol. Il ne pouvait se résoudre à croiser son regard furieux. Et il avait toujours cette colère inouïe qui sommeillait au fond de lui.

 

- Oui, souffla-t-il le plus fermement possible.

 

            Cette réponse succincte ne convainquit en rien l’aîné qui fronça les sourcils et commença à faire un état des lieux général.

 

- Dean, je vais bien, lui rappela-t-il sur un ton irascible pour essayer d’échapper à ce trop plein d’attention.

 

Mais c’était sans compter la ténacité de son grand frère qui attrapa son menton et l’obligea à relever la tête sans ménagement. Ce simple geste eut des conséquences tout à fait inattendues.

 


Valdora  (22.07.2012 à 12:55)

Chapitre 7

 

            Sa tête tournait tellement qu’il en avait la nausée. Puis soudainement, plus rien ! Cette sensation n’avait duré que quelques secondes mais les effets avaient été brutaux. A présent, il se sentait complètement vidé, comme dénué de toute émotion. Non ! Tout bien considéré, le seul sentiment qui venait de l’abandonner véritablement c’était la rage qui s’était insinuée dans chaque parcelle de son corps et qui l’avait désorienté au cours de ces dernières heures. Il venait de se délivrer de ses entraves invisibles et avait repris possession de ses moyens. Il était de nouveau libre, maître de ses pensées et c’était un soulagement énorme. Il aurait pu se questionner sur cet étrange phénomène, ses causes et ses conséquences mais pour l’heure son regard était plongé dans celui de son aîné et ses préoccupations se tournaient intégralement vers lui. Les traits de son visage montraient qu’il était fâché mais pas furieux comme il l’avait imaginé. Ses sourcils étaient froncés à l’extrême. Quant à ses yeux, ils trahissaient une certaine incompréhension et surtout une immense inquiétude. Cette observation pourtant succincte accentua son sentiment de culpabilité. Il s’en voulait déjà beaucoup pour ce qu’il avait fait, mais infliger ça à son frère était pire que tout. Il se ressaisit rapidement et adopta une attitude plus digne, une posture censée montrer qu’il allait parfaitement bien physiquement – à défaut d’être anéanti moralement. Et puis il se lança dans la seule chose qui lui paraissait indispensable en cet instant :

 

- Dean, je …

 

- Voilà, j’ai les documents, le coupa la policière qui entra en trombe tout en brandissant fièrement deux feuilles de papier. Il me faudrait une pièce d’identité stipulant que vous avez plus de vingt et un an, ajouta-t-elle à l’intention de l’aîné.

 

- Oh … euh … oui ! Bien sûr, répondit finalement l’intéressé sans réellement détourner son regard de son petit frère.

 

            Il lui avait fallu un certain laps de temps pour comprendre que la femme en uniforme s’adressait à lui. Toute son attention se portait sur l’état déplorable de son cadet. Il était loin d’avoir terminé l’inventaire de ses différentes blessures. Quant à leur importance, il n’avait pas eu le temps de l’évaluer avec précision mais il redoutait le pire.

            Alors comme ça un médecin était venu l’examiner ?! Et cet incapable n’avait pas vu la nécessité de réaliser des examens plus approfondis. Il s’était planté de patient ou quoi ?! Lui, en entrant dans le box, la première chose qu’il avait vue, c’était le corps brisé de son petit frère avachi sur la chaise de bureau. Comment ça avait pu échapper à ce crétin de médecin ?! D’un simple balayage du regard, il avait remarqué le gonflement légèrement coloré de son avant-bras droit. Sam avait bien essayé de lui dissimuler en tirant sur les manches de sa veste mais trop tard. Au mieux, il n’avait qu’un claquage. Au pire, c’était une entorse. Rien qu’il ne puisse soigner, mais quand même !

            Et puis il y avait eu ce court instant où il avait cru que son frère allait perdre connaissance. Son regard était parti dans le vague et l’ensemble de son corps s’était affaissé, comme soumis à un épuisement démesuré. Même si Sammy était d’un naturel sensible, il était impossible que ce phénomène soit la conséquence d’un trop plein d’émotions. Lors des chasses qu’ils effectuaient avec leur père, son frère avait vécu des situations bien pires et il n’avait jamais flanché. Alors peut-être avait-il pris un mauvais coup sur la tête au cours de la bagarre. Dans ce cas, une commotion cérébrale était une possibilité non négligeable. A moins que ce ne soit lui qui ait réagi trop brutalement quand il avait constaté que Sammy refusait obstinément de détacher les yeux du sol. Il voulait juste s’assurer de son état et il ne pouvait pas le faire sans voir son visage ! Sur le moment, l’attitude bornée de son petit frère l’avait passablement agacé et l’obliger à pencher la tête en arrière lui avait paru la meilleure chose à faire. Mais la réaction inattendue que Sammy avait eue l’avait angoissé à un point qu’il n’aurait jamais pu imaginer. Sa maudite impulsivité avait encore sévi et elle aurait pu lui coûter cher. A cet instant précis, il n’avait pas pensé qu’il pouvait aggraver l’état de son frère. Quel idiot ! Si Sammy avait des séquelles par sa faute, il ne se le pardonnerait jamais. Enfin, il n’allait sûrement pas sombrer dans le mélodrame car, maintenant qu’il le regardait de plus près, il devait bien admettre que les lésions visibles n’avaient rien d’aussi alarmant que ce qu’il avait cru au premier abord.

             Avec la nouvelle posture qu’il venait d’adopter, son cadet était passé de grand blessé à hospitaliser d’urgence à « Oups ! Je crois que j’ai un peu exagéré sur le maquillage gore pour ma soirée halloween ! » Sam faisait son possible pour dissimuler ses blessures et minimiser la douleur. Par cette attitude, il cherchait obstinément à ne pas l’inquiéter plus qu’il ne l’était déjà. Ca ne pouvait dire qu’une seule chose : cet idiot de frangin avait bien toute sa tête !  En plus, il pouvait apparemment marcher et il ne présentait pas de difficultés à respirer, c’était toujours ça de gagné.

             Mais malgré ces observations plus que rassurantes, il ne réussissait pas à être totalement serein. Le problème, c’était qu’il n’avait aucune idée des dégâts non apparents. Si son torse était dans le même état que son visage, ça ne présageait rien de bon. Ses pommettes étaient tuméfiées. Son arcade sourcilière gauche était enflée et un pansement posé négligemment jusque sur sa tempe était teinté de pourpre. En dessous, il y avait une trace de sang séché mal nettoyée qui courait le long de son cou. Sa lèvre inférieure était gonflée. Seuls le nez et les dents paraissaient être rescapés du massacre. Bref, Sammy avait la tête d’un boxeur professionnel après un combat. Et perdu au milieu des hématomes, ses yeux contrastaient d’une étrange manière. Ce fut à ce moment précis de l’inspection que l’envie de lui passer un sérieux savon pour son inconscience s’estompa comme par enchantement.

 

- S’il vous plait, insista la femme avec un regard soutenu.

 

            Dean se recentra sur la conversation en cours et sortit son portefeuille de la poche intérieure de sa veste. Après avoir consulté son contenu, il en retira sa carte d’identité. C’était celle qu’il possédait depuis plus de trois ans, celle qui lui donnait un accès illimité partout, celle dont il se servait pour boire dans les bars, celle qui indiquait qu’il avait plus de vingt et un an. Bref, celle qui n’avait rien de légal. Les deux frères échangèrent un regard complice au moment où la policière approuva son authenticité.

            C’était bien la première fois que Sam était ravi de voir que son aîné était en possession de faux papiers et qu’il réussissait à arnaquer les forces de l’ordre. S’en suivirent quelques signatures çà et là, sans omettre un interminable sermon de la part de cette femme qui lui rappela qu’un jeune homme aussi intelligent que lui devrait comprendre son intérêt à ne pas passer dans des bouges infâmes comme celui-là et qu’elle espérait que cet incident lui serve de leçon. Elle ajouta pour conclure qu’elle était vraiment heureuse et soulagée qu’il s’en sorte aussi bien compte-tenu des circonstances. Pendant tout son interminable laïus, Dean n’avait pas ouvert la bouche une seule fois. Estimait-il que son petit frère avait eu son compte ou allait-il au contraire en rajouter une couche ? Il allait bientôt le découvrir car il fut enfin autorisé à partir.


Lydean  (23.07.2012 à 14:13)

            L’air frais de ce début de soirée vint fouetter son visage endolori. Il refreina une envie de grimacer et pris une grande bouffée d’oxygène. Exceptionnellement, il avait mis son sac de cours sur son épaule gauche, son bras droit refusant obstinément de le porter. Il avait l’impression que ses bouquins pesaient une tonne mais il faisait en sorte de marcher d’un pas alerte. Il espérait ainsi que son comportement ne trahirait pas ses blessures auprès de son aîné. Celui-ci venait de lui expliquer qu’il avait garé l’Impala dans une ruelle assez éloignée du poste de police et depuis aucun mot n’était sorti de sa bouche. Il n’avait jamais été très loquace mais à ce point, ce n’était pas bon signe. Le trajet à pied allait-il être aussi pénible physiquement qu’il serait lourd de silence ?

 

- J’suis pas sûr que c’qu’on a dans la trousse de secours suffira. On devrait passer chez un médecin avant de rentrer, intervint finalement Dean sur un ton neutre.

 

- Non, c’est pas la peine. J’te l’ai dit : j’vais très bien, j’ai rien … Haw !

 

            Son aîné venait de saisir son bras droit et bien qu’il ait fait très attention à ne pas le serrer, ça lui avait fait un mal de chien.

 

- D’accord, c’est vrai, je ne vais pas si bien qu’ça, admit-il en marmonnant. Ce que je voulais dire, c’est que je n’ai rien de grave ou rien qu’on n’ait l’habitude de soigner, expliqua-t-il en le fixant pour prouver sa bonne foi.

 

            Dean fit une moue peu convaincue puis il passa derrière lui, attrapa le sac de cours et le balança sur ses propres épaules. Sam allait rétorquer quand il croisa son regard. Il se ravisa et choisit de porter son attention sur la route devant lui. Lorsqu’ils arrivèrent dans la ruelle où était stationnée l’Impala, le plus jeune plissa les yeux et scruta l’intérieur de l’habitacle.

 

- Si tu cherches Jeanne, comprit instantanément son aîné, je lui ai payé un taxi pour qu’elle rentre chez elle.

 

- Elle va bien ?

 

- Ouais.

 

            D’un même mouvement, ils ouvrirent leur portière respective et s’installèrent à l’intérieur de l’Impala.

 

- Alors ? Lança Dean de but en blanc.

 

- Quoi ? murmura son frère qui savait très bien où il voulait en venir.

 

- Tu vas me dire c’qui s’est passé ou faut qu’j’devine tout seul ?!

 

- Dean, tenta le plus jeune sur un ton suppliant avec l’infime espoir que cette conversation n’aille pas plus loin.

 

- Non, Sam. J’suis sûr que tu as une excellente explication et je veux l’entendre.

 

- Ben, non. J’en ai pas. J’ai merdé, c’est tout, se contenta-t-il de marmonner tout en reprenant la fascinante observation de ses genoux.

 

- C’est tout, hein ? Sauf que de nous deux, le frangin impulsif qui n’hésite pas à se mêler à la baston et qui n’aurait aucun remord à exploser le nez d’un flic, ben … c’est pas toi !

 

- J’l’ai pas fait exprès.

 

- Ouais, c’est ça ! A d’autres ! Et ça ne me dit pas c’qui t’est passé par la tête !

 

- C’est que … j’sais pas c’qui m’a pris. J’en sais rien. J’en sais vraiment rien, Dean.

 

            L’honnêteté transperça son regard et vint frapper les prunelles inquiètes de son aîné. Les deux frères se fixèrent ainsi un instant avant que le plus vieux mette le contact et affiche une moue soupçonneuse en reprenant la parole.

 

- Tu voulais impressionner ta petite amie.

 

- Non ! Et Jeanne est juste une copine, rappela Sam pour la cent-millième fois sur un ton boudeur. De toute façon, elle est plus attirée par le genre vantard qui fait saillir sa musculature à la moindre occasion même s’il dégouline de transpiration, qu’il est recouvert d’huile de moteur et qu’il pue le bouc !

 

            Dean pouffa et son visage s’anima d’un sourire sincère. Il savait bien que son petit frère avait lancé cette boutade pour briser la glace. Malgré tout, il était toujours sous tension. Le stress qu’il avait subi ne s’effaçait pas aussi facilement.

 

- Qu’est-ce que tu veux mon p’tit Sammy : c’est un talent naturel. J’essaierai de t’apprendre quand tu seras plus grand, se moqua-t-il à son tour. Et t’inquiète pas, après la manière dont j’ai réexpédiée ta p’tite amie chez elle ce soir, les seuls regards qu’elle me lancera seront pour me fusiller.

 

- Qu’est-ce que tu lui as fait ? S’inquiéta le cadet qui savait exactement ce dont Dean était capable quand il se faisait du souci pour lui.

 

- Eh, me regarde pas comme ça ! J’ai été très diplomate, tu me connais ! Et puis j’ai payé le taxi … ajouta-t-il pour mettre en valeur sa bonne foi. Mais elle voulait absolument venir avec moi au poste pour s’assurer que tu allais bien et moi j’la voulais pas dans mes pattes. Et disons que c’est moi qui ai eu le dernier mot … Ah ! Et tant qu’j’y pense, faudra que tu l’appelles dans la soirée.

 

- Oui … euh … à ce propos, commença Sam qui venait de se souvenir d’un autre problème.

 

- Regarde dans la boîte à gants, conseilla l’aîné devant la mine déconfite de son petit frère.

 

            Sam s’exécuta et retrouva avec soulagement son téléphone portable ainsi que son couteau. Tout en récupérant ses biens, il jeta un œil au conducteur. Une multitude de questions assaillirent son esprit mais il comprit que l’heure était plutôt aux justifications.

 

- J’comprends pas comment j’ai pu perdre mon téléphone. J’le mets toujours dans cette pochette à l’intérieur de mon sac parce qu’elle a une fermeture éclair …

 

- Ben, t’avais oublié de la fermer alors parce que Jeanne l’a retrouvé sous le siège.

 

- Ouais, ça doit être ça, finit-il par avouer, peu convaincu, après quelques secondes de réflexion. En ce qui concerne le couteau, j’ai pas eu le choix, Dean.

 

- Je sais. Ca aurait fait tache dans ta panoplie du parfait petit lycéen. C’était bien joué aussi le coup de mettre la fliquette dans ta poche.

 

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

 

- Fais pas l’innocent. Tu lui as fait le coup du pauvre gamin qui a perdu son doudou et elle a craqué.

 

- Non, j’ai rien fait de particulier, assura Sam en se remémorant son attitude plus déplorable qu’adorable.

 

- C’est ça l’truc. T’as pas besoin de faire quoi que ce soit. C’est naturel chez toi. Il aura suffit qu’elle jette un œil à ta trogne. Et comme c’est une nana, elle s’est tout de suite laissée attendrir et a ressenti le besoin de te protéger. C’est bien les filles, ça ! Fallait voir comment elle se faisait du souci pour toi cette pauv’femme.

 

- Alors que toi, tu n’as pas été inquiet pour moi une seule seconde, pas vrai ?

 

- A aucun moment ! Assura Dean sur un ton léger avant d’ajouter le plus sérieusement du monde, en fronçant les sourcils et en le fixant droit dans les yeux : Mais ne recommence plus jamais ça !


Lydean  (25.07.2012 à 11:49)

- Sam ! J’attendais justement ton appel. Tu vas bien ?

 

- Oui. Et toi ? S’inquiéta-t-il en prenant garde à ne pas parler trop fort.

 

            Il avait prit soin de fermer la porte derrière lui et venait de s’installer sur son lit pour appeler son amie. Dean était parti prendre une douche et bien que la salle de bain soit accolée à la chambre, la cloison devait être suffisamment épaisse pour garantir un minimum d’intimité. A priori, il n’y avait donc aucune raison pour que son frère entende la conversation. Mais deux précautions valant mieux qu’une, il préféra modérer l’intensité de sa voix.

 

- Je vais très bien, lui répondit-elle avec assurance. Ce n’est pas pour moi qu’il faut s’inquiéter.

 

- Jeanne, je regrette vraiment de t’avoir mise en danger. Tu dois m’en vouloir.

 

- Arrête ! Je ne t’en veux pas du tout ! Et ne me dis pas que tu es un de ces machos qui pensent que tout leur incombe car les femmes ne sont pas capables de prendre leurs décisions par elles-mêmes ?!

 

- Hein ? Euh, non ! Balbutia-t-il incertain.

 

- Tant mieux. Alors arrête de te rendre responsable des risques que j’ai choisis de prendre et raconte-moi plutôt ce qui t’es arrivé ! Tu sais, je me suis fait vachement de souci pour toi et en plus, Dean n’a jamais voulu que je l’accompagne au poste.

 

- Oui, il est carrément buté parfois. J’espère qu’il n’a pas été trop désagréable avec toi.

 

- Non, mais j’avais peur qu’il ne soit pas très sympa avec toi. Il avait l’air drôlement en colère.

 

- Ah ? J’ai plutôt l’impression qu’il était super inquiet pour moi. J’te l’ai dit, quand il s’y met, c’est une vraie mère poule !

 

- Si tu l’dis. En tous cas, moi aussi j’étais anxieuse. Il a fallu que je t’abandonne pour aller chercher de l’aide alors que tu étais en très mauvaise posture et depuis j’attends de tes nouvelles avec impatience. Alors je veux savoir tout ce qui s’est passé et dans les moindres détails.

 

- C’est que j’peux pas trop te parler là.

 

- Oui, je comprends. Mais promets-moi que tu le feras !

 

- Promis. On aura le temps demain au bahut ou même pendant le trajet en car.

 

- Certainement pas ! Entendit-il crier de l’autre côté de la porte. Demain, tu restes là !

 

- Dean ! C’est une conversation privée ! Hurla-t-il après avoir posé sa main sur le combiné pour préserver les oreilles de son amie.

 

- Je crois que ton frère n’est pas convaincu que tu ailles si bien que ça.

 

- Mais si, ça va ! La rassura-t-il avant de reprendre en chuchotant : J’te laisse, à demain.

 

- A demain.

 

            Sera raccrocha et poursuivit l’observation de sa victime favorite à travers la fenêtre. La nuit était sombre et sans lune alors elle s’était rapprochée considérablement de la maison sans aucune crainte d’être repérée. Elle avait besoin de comprendre ce qui avait échoué lamentablement dans son plan. Tout avait l’air de si bien fonctionner. Sa petite expérience se déroulait à merveille. Sur la route pour aller au poste de police, Dean semblait hors de lui. D’ailleurs, avec les éclairs dans ses yeux, son regard ténébreux et les traits de son visage illustrant à la perfection la colère froide qui l’habitait, il était extrêmement séduisant. Si elle n’avait pas eu cette furieuse envie de lui broyer le crâne et de lui dévorer la cervelle à la petite cuillère pour avoir participé au meurtre de sa sœur, elle aurait certainement succombé à ses charmes. Voilà bien un point sur lequel elle n’était pas en total désaccord avec son hôte !

            Malheureusement, alors qu’elle pensait que tout se présentait sous les meilleurs hospices, une partie de la rage que Dean avait accumulée, s’était redirigée vers elle. En moins de temps qu’il n’en avait fallu pour qu’elle réalise, il avait stoppé net la voiture sur le bas côté, lui avait remis quelques billets et lui avait demandé de prendre un taxi pour rentrer chez elle. Elle avait bien essayé de le convaincre de la laisser l’accompagner mais c’était peine perdue. Il s’était même penché sur elle pour lui ouvrir la portière d’un mouvement sec. Ce geste était accompagné d’un regard qui aurait fait pâlir un boxeur de la catégorie poids lourd. Quel sale caractère ! Comme Sam l’avait souligné, il était vraiment buté. Pour le cadet, il s’agissait d’un défaut. Pour elle, c’était une véritable calamité car cette détermination faisait de lui quelqu’un de fort, aussi bien physiquement que mentalement. Et si elle n’avait pas eu foi en ses propres dons, elle aurait pu croire qu’il était invincible. Alors comment cet homme si tenace avait-il pu passer de l’œil du tigre à Papa ours, ronchon mais attentionné, en si peu de temps ? En arrivant devant chez eux, elle l’avait vu prendre soin de son petit frère comme si rien ne s’était passé, comme s’il avait tout oublié. Par moments, alors qu’il le soignait, il avait râlé mais aucun conflit n’avait vraiment éclaté entre eux. C’était tout simplement inimaginable. Elle avait certainement manqué quelque chose. Et pour le découvrir, il lui fallait combler les blancs.

 

             Lorsque Dean l’avait si « aimablement » congédiée, elle s’était précipitée au  poste de police et avait assisté à une bonne partie de la scène jusqu’à ce que les deux frères s’éloignent dans leur voiture. Elle avait donc manqué deux moments déterminants : leur première retrouvaille au poste juste après que Dean ait sauté par-dessus le comptoir d’accueil pour s’engouffrer dans le box et leur conversation dans la Chevrolet.

             Si Sam disait vrai, il était fort probable que l’inquiétude de Dean pour son frère ait supplanté la colère qu’il éprouvait à son encontre. C’était peu probable mais elle allait devoir faire avec cette éventualité. Il faudrait donc qu’elle trouve le truc qui exaspèrerait totalement le plus vieux, sans que Sam ne soit réellement en danger pour que le conflit éclate enfin. En attendant qu’elle découvre la solution, elle s’occuperait d’affaiblir le plus jeune.

             Sam était un cérébral. Il se torturait l’esprit sans cesse et se culpabilisait pour tout et n’importe quoi. L’empêcher de dormir serait un jeu d’enfant. Chaque jour, pendant une durée indéterminée, elle lui administrerait une dose homéopathique de colère. Pas trop élevée pour qu’il soit en pleine possession de ses moyens et ait conscience de son état, mais suffisamment importante pour qu’il comprenne que quelque chose clochait et se pose une multitude de questions. Le connaissant, il en perdrait le sommeil. La fatigue, ajoutée à une énorme dispute avec son aîné, l’entraînerait immanquablement dans l’état dépressif dont elle avait besoin pour mener à bien son projet. Satisfaite par cette idée, elle sourit en imaginant sa victoire.

 

            Après avoir jeté un œil à l’heure, elle se dit qu’elle devait impérativement rentrer. Le père de son hôte lui ferait encore une scène si elle ne respectait pas le couvre-feu qu’il lui avait imposé. Elle avait plus de trois cents ans et ce jeunot pensait qu’il pouvait lui imposer des règles. Ah, vraiment ! Sa situation n’était pas enviable ! Elle avait déjà beaucoup à faire avec la tête de mule qu’elle habitait. Contrairement à ce qu’elle avait pensé, Jeanne ne s’habituait pas du tout à sa présence et au lieu de s’affaiblir, sa volonté prenait de l’ampleur de jour en jour. Du coup, il devenait de plus en plus difficile de la domestiquer. Bien sûr elle réussissait à avoir le dessus mais c’était épuisant. Et quand ce n’était pas son hôte qui lui prenait la tête – littéralement – c’était son père qui se mêlait à la fête.  Le pire, c’est qu’elle ne pouvait même pas le bouffer parce que ça attirerait trop l’attention ! Non ! Vraiment ! Ce n’était pas facile tous les jours !

 

            Elle allait tourner les talons mais se ravisa. Elle voulait connaître la conclusion de la conversation en cours, même si, encore une fois, elle était la spectatrice de l’un de ces petits moments fraternels qui l’écœurait tant. Sam essayait de convaincre son frère de le laisser aller au lycée le lendemain malgré ses blessures. Dean s’affairait à nettoyer son arme et refusait obstinément de lui accorder un regard. A la série de raisonnements et de questions établis par le plus jeune, il répondait toujours par la négative et opposait des arguments tout aussi valables. A ce stade de la conversation, il en était à évoquer les risques d’utiliser le transport en commun sur un trajet aussi long.

 

- D’accord, tu as raison. Je ne prendrai pas le bus …, concéda Sam sans pour autant s’avouer vaincu. Tu me prêterais l’Impala dans ce cas ?

 

            Dans un même mouvement, Dean souffla, posa son arme à côté de lui sur son lit, se leva et planta son regard dans celui de son cadet.

 

- C’est bien c’que j’pensais, lança-t-il en plissant les yeux comme s’il examinait l’intérieur de la tête de son petit frère. T’as pris un trop grand coup sur le crâne. Mon pauv’Sammy ! T’as le neurone qui flanche ! Ecoute bien c’que j’vais t’dire : T’as pas le permis, c’est MON bébé alors tu ne mettras certainement pas tes sales paluches sur son volant !

 

- Je vois ... Alors, dans ces conditions, c’est toi qui m’emmèneras au lycée demain ?!

 

            Ils se fixèrent un moment. Puis les épaules de l’aîné s’affaissèrent et Sam esquissa un sourire vainqueur.

 

- Laisse-moi te donner un conseil, menaça Dean en pointant son index juste devant le nez de son cadet. A partir de maintenant, il vaudrait mieux que ton portable soit sur toi et pas sous le siège de ma bagnole ! S’il y a un truc qui cloche, tu m’appelles ! Et si moi je t’appelle, tu décroches !

 

            Sam avait repris son sérieux dès que son frère avait ouvert la bouche. Avant même que le dernier mot ne soit prononcé, il acquiesça d’un bref mais très net signe de tête.

 

- Ouais ben t’as plutôt intérêt ! Insista son aîné. Sinon tu verras de quoi est capable « une vraie mère poule carrément butée » !

 

            Ravi du petit effet produit par la répétition des paroles de son frère, Dean récupéra son arme et sortit de la chambre pour regagner la pièce de vie. Sam resta planté un instant. Sa bouche se tordit en une grimace embarrassée avant de se transformer rapidement en un sourire discret, soulagé et satisfait. 


Lydean  (27.07.2012 à 22:12)

Chapitre 8

 

2 mai 1999

 

           Ce matin-là, ce furent les premiers rayons du soleil qui l’obligèrent à ouvrir les yeux. Il était encore tôt et il pouvait rester couché bien plus longuement puisqu’il n’avait pas cours aujourd’hui. C’était dimanche. Un jour de repos bien mérité, ensoleillé, qui aurait dû lui prodiguer un sentiment de bonheur, au moins de bien-être. Mais étrangement ce n’était pas le cas.

             Son premier réflexe fut de jeter un œil au lit vide qui se tenait à côté du sien. Dean n’était toujours pas rentré. Rien d’étonnant compte tenu de la situation mais ça n’avait rien de rassurant non plus et c’était très énervant. Ca faisait deux jours que son père s’était trouvé une nouvelle chasse dans un bled situé à plus de sept heures de route du taudis qu’il osait appeler leur maison. Apparemment, il s’agissait d’une affaire de fantôme tout à fait banale mais qui nécessitait, malgré tout, la présence de son fils prodigue. Alors, la veille, il l’avait appelé à la rescousse. Bien trop heureux de lui donner un coup de main, Dean s’était empressé de sauter dans son Impala pour le rejoindre. Cette réaction aussi rapide qu’irréfléchie de la part de son aîné avait eu le mérite de lui taper sur les nerfs. En essayant d’évacuer cette tension toujours bien ancrée en lui, il se frotta vigoureusement le visage et se décida à se lever. Il jeta un œil au radio réveil : sept heures moins le quart. Il contourna le lit de son frère pour atteindre la fenêtre, ouvrit les rideaux d’un mouvement brusque et ferma les yeux devant ce trop plein de luminosité. Il fronça les sourcils et laissa ses paupières se soulever lentement, laissant à sa vue le temps de s’adapter.

 

           Le ciel était vraiment magnifique. Le soleil venait de se lever et ses rayons traversaient la vitre, inondant la chambre d’une incroyable chaleur. Voilà qui aurait dû le remonter le moral. Alors pourquoi n’était-ce pas le cas ? Peut-être parce qu’il faisait déjà très chaud. Ou peut-être parce qu’il avait cette désagréable impression que la pièce rétrécissait et que tout devenait irrespirable. Il ouvrit la fenêtre en grand pour aérer et s’obligea à savourer la légère brise qui vint lui caresser le visage. Tout était calme … trop calme ! Ce silence allait le rendre dingue. Il se pencha et suivit la route du regard jusqu’à ce qu’il arrive à la ligne d’horizon. Il attendit un instant. Qu’espérait-il exactement ? Dean ne serait pas de retour avant des heures. Peut-être même n’arriverait-il que demain. A moins que leur père ne leur ait trouvé un autre moyen de risquer leurs vies et dans ce cas il ne rentrerait pas avant des jours. Cette perspective ne l’enchantait pas le moins du monde. Il regrettait de plus en plus de ne pas l’avoir accompagné. C’était vraiment … bizarre. Cette façon de penser ne lui ressemblait pas du tout

 

            Il avait bien remarqué que, depuis quelques temps, il n’était plus lui-même. Il aurait dû être ravi de ne plus avoir son insupportable frangin sur le dos. Il aurait pu profiter de ce moment bénéfique pour faire tout ce dont il avait envie sans qu’il n’ait à faire face aux sarcasmes, aux regards en coin ou aux sourires moqueurs. Oui, il aurait dû être soulagé de le voir partir. Après tout, son aîné, lui, n’avait pas hésité une seconde à l’abandonner ici, tout seul. Il avait justifié cette décision arbitraire en lui rappelant qu’il n’était pas totalement remis de ses différentes blessures et en particulier de son entorse et que, par conséquent, il ne pourrait pas se battre ni se protéger d’une éventuelle attaque. Foutaises ! D’ordinaire, c’était plutôt lui qui aurait sorti cette excuse bidon car dans un sens, l’idée de ne pas aller chasser était vraiment un soulagement. D’un autre côté se retrouver seul, en particulier aujourd’hui, le dérangeait plus qu’il ne voulait bien l’admettre. Alors, qu’aurait-il dû faire ? Tenter de retenir Dean ? Voilà bien une chose qui aurait été totalement inutile. Depuis sa sortie de l’hôpital, son grand frère était frustré de ne pas avoir repris les « affaires familiales ». Il s’était entraîné tous les jours pour retrouver la santé et s’était plongé corps et âme dans son boulot provisoire dans le but de combler cette sensation d’inactivité qui, pour lui, s’apparentait à l’inutilité. Cette semaine, il avait cumulé un nombre incalculable d’heures au garage et chaque soir, il était rentré sur les rotules. A le voir dans cet état, il en était presque à regretter de l’avoir incité à se trouver un job. Quelqu’un de normal aurait profité de son week-end pour se reposer mais il devait se rendre à l’évidence : Son aîné n’appartenait pas à cette catégorie de personnes. Une vie bien rangée, calme et stable était contre nature pour lui. Résultat : lorsque leur père lui avait demandé de venir l’aider et donc de risquer sa vie encore une fois, Dean avait retrouvé dans son regard cet éclat si caractéristique qui n’appartenait qu’à lui. Bref, rien n’aurait pu l’arrêter.

 

- Ce sera un simple « salt and burn », lui avait-il expliqué, juste avant de partir, avec l’intention de le rassurer. Demain ce sera terminé et je serai de retour si vite que je risque même d’interrompre quelque chose que je ne préfère pas savoir. Pour éviter que ça arrive, n’hésite pas à mettre une de tes chaussettes sur la poignée de la porte, ce sera le code !

 

            Il avait bien saisit l’allusion – d’autant plus que Dean avait accompagné ses dernières paroles d’un regard entendu et d’un sourire salace – mais il n’avait pas eu l’envie de relever cette plaisanterie douteuse. Pas plus qu’il n’avait eu le cœur à organiser une soirée avec qui que ce soit. Jeanne avait pourtant essayé de le convaincre. Elle devait avoir un sixième sens très aiguisé puisqu’elle l’avait appelé à peine dix minutes après que l’impala ne soit plus dans son champ de vision. Il avait décliné son offre en essayant d’être le plus courtois possible. Puis il avait tenté d’évacuer son exaspération en allant courir pendant près de deux heures. Quand il était rentré, il avait pris une bonne douche chaude pour se détendre et s’était attelé à ses devoirs. Mais rien n’y faisait. Il ne comprenait pas pourquoi Dean devait impérativement aller aider leur père puisque ce n’était qu’un simple « salt and burn ». Il ne voyait pas non plus d’où pouvait provenir cette rancœur qu’il avait à l’encontre de son propre frère. Et enfin, il n’avait absolument aucune idée de l’origine des sentiments contradictoires qui se heurtaient continuellement dans son esprit. Il se laissa tomber sur le matelas de Dean et fixa le plafond pendant un moment.

 

            Dans l’impossibilité de se vider la tête, il regarda la table de chevet qui séparait leurs deux lits et tendit le bras pour attraper son téléphone portable. Il le manipula pour en faire un check-up complet : il était bien allumé, sa batterie était chargée, le volume était à son maximum et il n’avait aucun message ni aucun appel en absence. De toute façon, comment aurait-il pu manquer un appel puisqu’il n’avait pas dormi de la nuit. Pourtant, il avait obtenu de son aîné qu’il l’appelle dès que la chasse serait terminée, quelle que soit l’heure. Promesse que Dean avait respectée à deux heures du matin. Il avait même pris son ton paternaliste pour lui dire que leur père et lui allaient très bien et qu’il pouvait donc s’endormir en toute quiétude après avoir mangé quelque chose. Deux conseils qu’il aurait bien suivis s’il avait réussi à trouver le sommeil et s’il n’avait pas perdu l’appétit. En temps ordinaires, quand il n’accompagnait pas les deux autres membres de la famille à la chasse, il s’endormait peu de temps après que Dean soit entré dans son champ de vision. Il pouvait ainsi se faire une réelle opinion de l’état dans lequel se trouvait son frère. Une fois rassuré, il pouvait se détendre et donc s’assoupir très rapidement.

 

            Mais cette nuit, tout avait été différent. Et le souci qu’il se faisait pour son frère n’était pas la seule raison de son manque de sommeil. Ces derniers temps, le moindre événement, la moindre contrariété, ou même une simple broutille, lui portait sur les nerfs. C’était comme si son esprit se rebellait contre sa raison. Il détestait cette sensation. Il voulait être maître de lui-même. Or, la colère qu’il ressentait par moments lui embrouillait la tête et lui faisait commettre des erreurs qui le faisaient terriblement culpabiliser après coup. Alors, dès qu’il avait les idées claires, il essayait de comprendre cet étrange phénomène et se maudissait pour ses réactions exagérées de la journée. Pourquoi ne pouvait-il rien maîtriser ? Allait-il se transformer en un de ces monstres qu’il chassait avec son père et son frère ? Quand finalement il réussissait à s’endormir, c’était pour se réveiller en sursaut à peine quelques minutes plus tard. Et toutes les nuits depuis plus d’une semaine, c’était la même chose : il se retrouvait assis sur son lit, son cœur battant la chamade, transpirant, complètement angoissé, le regard inquiet de Dean fixé sur lui. Il faisait de son mieux pour reprendre ses esprits, demandait à son aîné d’aller se recoucher et lui tournait le dos en faisant mine de se rendormir. Il n’avait pas de réels souvenirs du cauchemar qu’il traversait mais il savait qu’il s’agissait toujours du même et qu’il ne pouvait prendre fin qu’au moment où Dean viendrait le réveiller. Parfois en entendant la respiration lente et régulière de son grand frère, il réussissait finalement à s’assoupir pendant une ou deux heures. Qui aurait pu croire qu’un jour les ronflements de son frangin lui manqueraient ? A cette pensée, un pâle sourire se dessina sur son visage.

 

             Il jeta encore un œil à son portable et soupira. Huit heures et demie. Il ne pouvait pas l’appeler. Dean devait probablement dormir. Il était certainement épuisé après la semaine qu’il avait passée. Pffff ! Qu’allait-il faire de sa journée ? Cette nuit, il avait terminé tout son boulot pour le lycée et il avait même pris de l’avance. Il aurait pu aller courir mais il ne s’en sentait pas la force. Il était vidé. D’ailleurs son estomac le rappela à l’ordre en grondant. Depuis combien de temps n’avait-il pas mangé ? Il se souvenait bien des cafés qu’il avait sirotés à la chaîne mais … Ah, oui ! Dean l’avait forcé à prendre un p’tit dèj’ la veille ! Ca devait donc faire plus de vingt-quatre heures. Il grimaça en pensant à la réaction de son frère s’il avait su ça. Alors il se leva et se dirigea vers la pièce de vie avec l’intention de combler son manque de caféine et trouver un truc à grignoter pour calmer son estomac. Au moment où il attrapa la poignée du réfrigérateur, il crut entendre un bruit familier. Il fronça les sourcils et tendit l’oreille. Non ! Ca ne pouvait pas être ça. La fatigue lui faisait prendre ses désirs pour la réalité. Pourtant c’était bien le ronronnement d’un moteur qu’il entendait. Peut-être un de leurs voisins ou des gens qui se baladaient … De toute façon, ça ne pouvait pas être Dean. Etant donnée l’heure, il aurait fallu qu’il prenne la route juste après la chasse et qu’il roule à vive allure pendant tout le reste de la nuit. Alors en toute logique et selon toutes probabilités, ça relevait de l’impossible. Et pourtant … Le ronronnement du moteur cessa et le grincement caractéristique de la portière qu’on ouvre avec la délicatesse « deanesque » se fit entendre.

              Il devait en avoir le cœur net. Il parcourut la pièce en trois grandes enjambées et ouvrit la porte d’entrée. Lorsqu’il sortit de la maison, son regard fut aussitôt attiré par la Chevrolet noire rutilante qui était garée de l’autre côté de la rue. Adossé contre la portière côté conducteur, les bras croisés sur la poitrine, son aîné le fixait et lui adressait ce sourire si particulier qui lui donna aussitôt l’envie irrésistible de l’imiter.

 

- Dean ?!

 

- Hey, Sammy ! Qu’est-ce que tu fais enfermé par une si belle journée ? Habille-toi et prends tes affaires, on va faire un tour.


Lydean  (30.07.2012 à 16:21)

            Du coin de l’œil, Dean observait son frère. Assis sur le siège passager, Sammy s’intéressait au paysage qui défilait tout en  engloutissant les beignets qu’il lui avait rapportés. Entre chaque bouchée, il ingurgitait une gorgée de café. Il avait bien meilleure mine que lorsqu’il l’avait vu sortir de la maison quelques minutes auparavant : un vrai zombie en pyjama ! En plus de ses épaules tombantes, son visage blafard était marqué par des cernes foncés qui montraient son manque évident de sommeil. Quant à sa silhouette étriquée, elle lui donnait la dégaine de Spider Man … mais sans la morsure de l’araignée ! En gardant une posture droite et forte, Sammy était capable de faire croire qu’il était en super forme. Avec cette attitude, il pouvait tromper tout le monde – enfin tout le monde sauf lui. Il le connaissait mieux que quiconque et il savait pertinemment que sous le déguisement Marvel, se planquait en réalité le p’tit Peter Parker !

            En quelques mois, son petit frère avait pris des dizaines de centimètres et de toute évidence, il n’avait pas encore atteint sa taille maximale. Alors il était naturel que cette poussée de croissance l’affaiblisse. Pour compenser, il s’entraînait régulièrement, développant une musculature nécessaire à ses activités « extra scolaires ». Mais cette tête de mule n’avait pas encore compris qu’il devait aussi manger pour prendre des forces. Ce n’était certainement pas son régime digne des lapins ou autres gallinacées qui allait lui procurer l’énergie nécessaire à son développement. Et encore, le voir se nourrir de luzerne, c’était dans les bons jours ! Ce qui n’était pas du tout le cas ces derniers temps. Depuis qu’il avait dû aller le récupérer chez les flics, Sammy ne dormait plus ou très peu. Et tous les jours il devait se battre pour lui faire avaler un minimum d’aliments consistants. D’ailleurs, cette tête de lard avait certainement profité de son absence pour oublier de manger ! En plus, il s’énervait d’un rien, se repliait sur lui-même et restait des heures confiné dans sa chambre. Il y avait définitivement quelque chose qui clochait.

            Il quitta de nouveau la route des yeux pour voir son cadet avaler avec avidité sa dernière bouchée. Sammy n’avait pas quitté sa mine réjouie depuis qu’il lui avait proposé d’aller faire un tour. C’était plutôt bon signe. Il s’inquiétait peut-être pour rien. Après tout, son père avait certainement raison : ce n’était qu’un mauvais cap à passer.

 

- Tu sais qu’on est dimanche, Dean ?! lança soudainement Sam tout en finissant de mâcher son beignet. J’ai pas cours aujourd’hui.

 

- On ne va pas au lycée.

 

- Où alors ?

 

- Tu verras !

 

- C’est encore loin ?

 

- Non.

 

- Donc on y sera bientôt ?!

 

- Oui.

 

- Quand exactement ?

 

- Dans pas longtemps.

 

            Devant la moue faussement boudeuse de son cadet, il réprima une furieuse envie de rire. Il prit son meilleur ton réprobateur et lui lança :

 

- Manque plus qu’tu me dises qu’t’as envie d’aller pisser et j’aurai l’impression de trimballer un gosse de six ans.

 

            L’effet attendu fut immédiat : Sam haussa les épaules, croisa les bras et tourna la tête pour faire mine de se concentrer sur le paysage. Il avait seize ans aujourd’hui mais il ne changeait vraiment pas. Cette fois, il laissa son sourire s’épanouir tranquillement sur son visage. Il venait d’obtenir dix minutes de silence, sans questions auxquelles il n’avait pas l’intention de répondre. C’était plus qu’il n’en fallait pour arriver à destination.

 

            Quand le garage apparut finalement au bout de la rue, Sammy se tourna de nouveau vers lui et leva un sourcil interrogateur. Il se contenta de lui lancer un regard mystérieux avant de s’arrêter près de l’unique voiture stationnée sur le parking. En les voyant arriver, un homme en costume clair d’une cinquantaine d’années en descendit.

 

- C’est qui ? S’étonna Sam en indiquant l’inconnu d’un signe de tête.

 

- C’est monsieur Stevens. C’est lui que tu vas devoir impressionner si tu veux obtenir ton permis de conduire.

 

- Quoi ? Mais qu… comment t’as… ?

 

- Mon boss me devait un service, lui répondit-il d’un air désinvolte.

 

            Inutile d’entrer dans les détails. Sammy n’avait pas besoin de connaître les clauses du deal qu’il avait passé avec son patron. Ce dernier avait obtenu ce rendez-vous avec l’examinateur en contrepartie du travail qu’il avait effectué toute la semaine. Il avait dû mettre les bouchées doubles pour que son petit frère puisse passer son permis de conduire le jour même de ses seize ans qui tombait, malheureusement, un dimanche !

            L’expression sur le visage de Sammy venait de changer. La surprise était passée et la petite étincelle qui venait d’apparaître dans ses yeux montrait sans aucun doute qu’il avait tout compris. Mal à l’aise devant tant de reconnaissance, il se précipita derrière son bouclier naturel : l’humour.

 

- Quoi ? T’as oublié ton anniversaire ?! J’ai un bon moyen mnémotechnique pour toi : Tous les ans, ça tombe à la même date !

 

- Merci Dean, souffla son cadet avec la plus grande sincérité.

 

- Ah mais de rien ! C’est aussi comme ça que j’m’en souviens !

 

- Mais non ! Pas pour ça, gros débile ! … Tu sais très bien c’que j’veux dire.

 

            Ils poursuivirent cette conversation silencieusement, grâce à un simple échange de regards. Puis ils sortirent de l’Impala, saluèrent l’examinateur et Dean regarda son cadet s’installer au volant de la berline grise.

            Seize ans. Aujourd’hui, son petit frère avait seize ans.


Lydean  (02.08.2012 à 11:33)

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