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Evil Twins

Série : Supernatural
Création : 30.05.2012 à 17h19
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Pré-série. Une créature démoniaque jure de venger la mort de sa sœur jumelle, exterminée par John et Dean. Désirant les faire souffrir à leur tour, elle décide de s’attaquer à Sam. » Lydean 

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            Sam remercia son examinateur avant de le regarder s’éloigner à bord de son véhicule. Puis il jeta un œil à l’attestation qu’il avait entre les mains et se retourna fièrement en direction de l’Impala. Tout en balayant du regard les alentours à la recherche de son frère, il se rapprocha de la Chevrolet. Finalement, il découvrit Dean avachi sur le siège du conducteur, les bras croisés sur la poitrine, la tête légèrement penchée en arrière et les yeux, certainement clos, cachés derrière sa paire de lunettes de soleil.

            En comprenant que son grand frère s’était endormi, Sam sourit malicieusement. Il contourna l’Impala, saisit la poignée de la portière du côté conducteur et l’ouvrit avec le plus de délicatesse possible. Lorsque l’entrebâillement fut suffisant pour passer le haut de son torse, il s’arrêta. Quelques centimètres de plus risquaient de faire grincer les gonds et son plan aurait échoué. Il glissa la main dans l’ouverture, se pencha considérablement pour être à la bonne hauteur et étira au maximum son bras jusqu’à l’épaule pour atteindre le klaxon. Ravi, il accéda enfin à son objectif. Malheureusement, son élan enthousiaste fut interrompu par une main solide qui venait de saisir fermement son poignet.

 

- T’as besoin de quelque chose ?! Lui demanda Dean d’une voix rauque.

 

            Raté ! Note pour plus tard : exit la délicatesse, le secret est dans la rapidité ! Il ouvrit la portière en grand et dégagea son bras pour se redresser et reprendre contenance.

 

- Non ! C’est que … euh … J’arrive pas à croire que tu dormais alors que j’étais en train de passer mon permis de conduire ! Lança-t-il finalement sur un ton de reproche qui sonnait horriblement faux.

 

- Qu’est-ce que tu voulais qu’je fasse en attendant ? Que j’me bouffe les ongles ! J’étais sûr que tu l’aurais, bougonna Dean en s’extirpant difficilement de la Chevrolet pour se planter en face de son frère.

 

- Quoi ? S’offusqua Sam qui avait du mal à discerner l’humeur réelle de son aîné à travers ses lunettes. T’as quand même pas soudoyé l’examinateur pour que j’aie mon permis ?!

 

- Mais non, tête de piaf ! C’était juste impossible que tu foires puisque tu as eu le meilleur prof de conduite du monde : MOI ! Annonça le plus vieux en trahissant son ton sérieux par un sourire espiègle.

 

- Ouais, ben ça a été moins une ! Pourtant j’ai tout fait comme tu me l’as appris : j’ai monté le son de l’autoradio à fond et j’ai chanté à tue-tête pour faire chier mon passager. J’ai roulé au milieu de la route et j’ai forcé les bagnoles d’en face à s’engager dans le fossé pour utiliser tout l’espace qui m’est dû. Et, bien évidemment, j’ai pensé à incendier l’ensemble des autres conducteurs à cause de leur incapacité à tenir un volant car je suis le seul et l’unique expert en la matière !!!

 

            De son index, Dean fit glisser ses lunettes sur l’arrête de son nez jusqu’à ce qu’elles en arrivent à l’extrémité. Par-dessus la monture, tout en fronçant les sourcils, il lança un regard de défi à son petit frère. Aussitôt, le visage de Sam s’éclaira d’un immense sourire vainqueur.

 

- Donc … fanfaronna-t-il en agitant l’attestation juste devant les yeux de son aîné ... « grâce à toi » … je l’ai eu ! Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

 

- Ben j’sais pas. A partir de maintenant et pour le reste de cette journée, c’est toi qui décides, laissa entendre son grand frère tout sourire en réajustant ses lunettes et en lui tendant les clés de l’Impala.

 

- Quoi ? Tu déconnes, Dean ! Souffla Sam, les yeux arrondis par la surprise. Y a pas deux semaines, t’as failli me faire la peau juste parce que j’ai émis l’idée de m’installer au volant !

 

- Mais y a deux semaines tu n’avais ni le permis, ni seize ans ! Argumenta-t-il en lui faisant balancer le trousseau devant les yeux. Cette offre n’est valable qu’aujourd’hui mais bon si ça ne t’intéresse pas …

 

            Il laissa sa phrase en suspens, affichant un air faussement détaché, tout en commençant à s’éloigner de son cadet. Avec un sourire jusqu’aux oreilles, le plus jeune s’empara furtivement des clés et se précipita pour s’installer au volant. Lorsqu’il saisit la poignée, Dean l’empêcha d’ouvrir la portière en la maintenant fermement de sa main.

 

- J’ai une condition, expliqua-t-il en le fixant droit dans les yeux.

 

- Je sais, Dean ! Je te promets d’en prendre le plus grand soin. Je passerai les vitesses avec douceur pour préserver le boitier, je ne braquerai pas le volant à fond pour ne pas niquer la direction et j’appuierai délicatement sur l’accélérateur pour éviter de dépasser les limitations de vitesse, énuméra-t-il avec le plus grand sérieux.

 

- Impressionnant ! Mais c’est pas c’que je voulais dire. Cet après-midi tu nous emmènes où tu veux sauf au lycée, à la bibliothèque ou tout autre endroit qui t’inciterait à bosser. Aujourd’hui c’est détente, Okay ?

 

- Okay ! S’empressa-t-il de répondre sans se faire prier.

 

            Etrangement, l’idée de rentrer pour faire ses devoirs ne lui avait même pas effleuré l’esprit. Il était terriblement excité, ravi d’avoir enfin la possibilité de conduire le « bébé » de son aîné. Il s’installa pendant que Dean contournait la voiture pour prendre place à ses côtés. Il le vit l’observer discrètement quand il caressa le volant avant d’enfoncer délicatement la clé dans le neiman.

 

             Les sentiments qu’il éprouvait à l’égard de cette voiture étaient confus. Il l’avait toujours connue. Elle représentait un peu le foyer qu’il n’avait jamais eu. Il y avait dormi, mangé, joué … Et puis, il y était toujours en compagnie de sa famille. Ce sentiment de stabilité  lui procurait un certain réconfort.

             Et puis parfois il la détestait. Il ne savait pas vraiment pourquoi mais une chose était sûre, c’était pire depuis que leur père l’avait officiellement confiée à Dean. Il n’était pas jaloux de ce cadeau ! Ca non ! Il ne comprenait même pas l’intérêt de son aîné pour cette voiture. D’ailleurs ce n’était plus de l’intérêt mais une passion, un amour sans borne qu’il lui portait. Il tenait à ce qui n’était finalement que de la tôle - de la jolie tôle, certes, mais de la tôle quand même - comme à la prunelle de ses yeux. Et ça c’était vraiment gonflant ! Après tout ce n’était qu’un moyen de transport, un objet sans vie. Mais quand son aîné s’occupait de son « bébé », rien d’autre n’avait d’importance pour lui … même pas son propre cadet ! En tous cas c’était ce qu’il ressentait. Parfois il avait l’impression de passer après cette foutue bagnole aux yeux de son grand frère et ça ne lui plaisait pas plus que ça. La preuve : pour lui apprendre à conduire, Dean ne lui avait mis que les vieux tacots trouvés dans la casse de Bobby entre les mains. A deux ou trois reprises, il avait même conduit des bagnoles volées – « empruntées pour la bonne cause » d’après son incroyable frangin ! Mais à aucun moment, non aucun, il n’avait été autorisé à mettre les mains sur le volant de l’Impala. Et pourtant il avait suivi à la lettre tous les conseils de son aîné qui, en fin de compte, avait bien été obligé d’admettre qu’il conduisait extrêmement bien. Mais de toute évidence, pas encore assez bien pour qu’il lui confie son précieux tas de tôle ! Si ça ce n’était pas de l’injustice !

 

             Lorsque le moteur se mit à ronronner, toute cette pensée négative s’évapora comme par enchantement. Elle fut remplacée par un immense sentiment de fierté qui l’envahit soudainement. Cette voiture était la chose la plus précieuse aux yeux de Dean et pourtant, aujourd’hui, c’était bien lui qui tenait le volant. Il la conduisait avec le consentement de son aîné. C’était un cadeau à la valeur inestimable. La journée s’annonçait excellente !


Lydean  (05.08.2012 à 09:41)

Chapitre 9

 

- Oh, non ! Pas elle ! Râla Dean en tentant de cacher son visage derrière son sandwich.

 

            Parmi tous les restaurants que Sammy aurait pu choisir pour déjeuner, il avait fallu qu’il prenne celui-ci ! Son cadet le regarda, étonné, jusqu’au moment où la jeune femme s’approcha de leur table.

 

- Dean ! S’exclama-t-elle froidement en croisant les bras pour montrer la rancœur qu’elle éprouvait à son encontre. Tu ne m’as toujours pas rappelée !

 

- Hey, Tina ! Lança-t-il comme s’il venait juste de remarquer sa présence.

 

- Genna ! Lui rappela-t-elle, offusquée. Tu avais dit …

 

- Wow, wow, wow ! Je n’ai jamais rien dit, ni même promis, d’ailleurs, l’interrompit-il, passablement agacé.

 

- Oui mais j’avais pensé qu’après notre soirée …

 

- Ah, mais j’ai passé une excellente soirée. Je m’en souviens très bien, avoua-t-il devant l’attitude fière et comblée de la jeune femme. Mais ce n’était pas celle-là et ce n’était certainement pas avec toi !

 

             C’en fut trop pour Genna qui perdit son sourire, serra les dents, s’éloigna à grand pas et quitta la cafétéria en claquant la porte. L’aîné des Winchester soupira d’aise. Cette fois, il avait peut-être réussi à s’en débarrasser. Depuis qu’il l’avait rencontrée au garage, elle l’avait d’abord relancé pour passer une soirée avec lui – idée qu’il avait acceptée de bonne grâce – et elle l’avait ensuite harcelé pour « officialiser » les choses. A partir de là, c’était devenu problématique. D’une part, il détestait les engagements et il lui avait bien fait savoir. D’autre part, la soirée avait été agréable mais il en avait connues de meilleures. C’était comme si chaque minute passée avec cette femme lui rappelait qu’il n’avait rien à faire là, que sa place était ailleurs … Cette sensation ne l’avait pas quitté jusqu’à ce qu’il décide finalement d’écourter les réjouissances. Décision qu’il aurait dû prendre plus tôt car, en rentrant cette nuit-là, il avait trouvé Sammy en plein cauchemar, transpirant et haletant. Il avait eu toutes les peines du monde à le réveiller et lorsqu’il avait enfin réussi, cette tête de mule s’était murée dans le silence. Depuis, chaque nuit, c’était le même cirque. Autant dire que les événements ne jouaient pas en sa faveur. De toute façon, Sam n’allait vraiment pas bien ces derniers temps et il était de son devoir d’aîné de prendre les choses en main. Pour cela, il ne devait rien laisser interférer. Par conséquent, exit les jolies nanas … pendant un certain temps … en espérant que ce ne soit pas trop long quand même !

             Il quitta la porte des yeux et se retourna pour se trouver nez à nez avec son frère dont les yeux ronds exprimaient pleinement sa contrariété.

 

- Quoi ? Lança-t-il le plus innocemment possible.

 

- T’as été HORRIBLE avec elle, expliqua son cadet, visiblement outré. T’es vraiment qu’un sale …

 

- Un sale quoi ?! Le défia l’aîné au bout de quelques secondes de silence. Vas-y ! J’t’écoute.

 

            De nouveau, il venait de déceler dans le regard de Sam, cette petite lueur hargneuse qui ne le quittait plus depuis quelques temps, une étincelle de rage qui ne lui ressemblait pas du tout, un éclair bourré d’agressivité qui ne lui convenait vraiment pas et qui le contrariait plus qu’il ne voulait bien le dire. Mais alors qu’il continuait à le fixer, les traits du visage de son irascible frangin changèrent du tout au tout et s’adoucirent jusqu’à ce que ses yeux soient attirés inexorablement vers son assiette pleine de salade.

 

- C’est juste que … t’aurais pu être plus sympa quand même, marmonna-t-il finalement.

 

             Dean soupira. Sammy n’avait pas totalement tort.

 

- D’accord ! Accepta-t-il en fin de compte mais avec une idée derrière la tête malgré tout. Je suis tout ouïe, monsieur l’expert en gente féminine. Explique-moi : Comment tu t’y prends avec Jeanne ?

 

            Sam abandonna sa verdure pour fixer à nouveau son aîné.

 

- Pour la millième fois, Jeanne n’est pas ma petite amie, Dean !

 

- Il se passe bien quelque chose entre vous.

 

- J’te dis qu’non ! S’énerva le plus jeune devant tant d’insistance.

 

            Cette réponse n’était pas très satisfaisante. Dean avait non seulement remarqué l’étrange comportement de son frère mais également les changements qui s’étaient effectués chez la jeune fille. La première fois qu’il l’avait rencontrée, Jeanne était joviale, pleine de vie et incontestablement séduisante. Au fil du temps, il avait appris à l’apprécier en tant qu’amie de Sammy. Les deux lycéens s’entendaient très bien et il n’avait jamais vu son petit frère aussi heureux. Mais depuis quelques temps, elle n’était plus elle-même. Elle avait gardé son sourire mais il sonnait faux. Quant à son regard, il cachait quelque chose d’étrange, presque malsain. Le changement l’avait vraiment frappé le fameux jour où il était allé récupérer son frangin au poste. Ca avait été une foutue journée ! Le plus bizarre dans cette histoire, c’est que son frère n’avait pas l’air d’avoir remarqué ces changements. Ou plus exactement, il refusait de les admettre …

 

- Et si tu me racontais ta chasse de cette nuit, l’interrompit Sam dans ses pensées, en essayant d’être le plus naturel possible.

 

             Dean l’observa, suspicieux.

 

- Quoi ? Se renseigna le plus jeune en se concentrant sur sa dernière fourchette de salade.

 

- Toi ? Tu veux savoir comment s’est passée la chasse ?! T’aurais pas plutôt envie de changer de sujet ?

 

- Non ! J’m’intéresse, c’est tout ! Et puis j’vois pas c’qu’il y a d’étonnant là-dedans. Tu m’as dit que c’est un simple « salt and burn » alors moi j’aimerais comprendre pourquoi papa avait tant besoin de toi.

 

            Voilà bien une question à laquelle l’aîné n’avait pas réellement envie de répondre. D’autant plus que derrière cette interrogation plutôt banale de Sammy se cachait la véritable problématique : « Pourquoi lui avait-il demandé de rester là alors que, pour une fois, il voulait venir avec lui ? » Surtout que leur père avait exigé la présence de ses deux fils – élément que Sam ignorait totalement.

            Impossible de lui expliquer la vraie raison de ce départ précipité. Il ne pouvait pas lui dire qu’il s’inquiétait énormément pour lui et que cette chasse n’avait été qu’un prétexte pour pouvoir discuter de ce qui le perturbait avec leur père. Même si, malheureusement, cette conversation tant attendue n’avait pas été à la hauteur de ce qu’il avait imaginé. Au début, John avait montré un grand intérêt pour ce qu’il lui racontait au sujet de son cadet mais finalement, il lui avait dit de ne pas s’en faire, que Sammy traversait difficilement l’adolescence et qu’ils ne pouvaient rien faire d’autre que d’attendre que ça passe. Bien sûr, il respectait les paroles de son père. Sa sagesse et son expérience attestaient sans aucun doute qu’il avait raison. Et pourtant, il ne pouvait s’empêcher de penser que quelque chose clochait. L’adolescence, hein ? Elle avait bon dos ! Sammy était bien plus mature que les jeunes gens de son âge. Il était également très intelligent et suffisamment cultivé. Ce n’était pas dans ses habitudes de réagir aussi bêtement et encore moins d’être à ce point agressif, voire violent. Il ne dormait plus, il ne mangeait plus et son humeur changeait du tout au tout en moins de cinq minutes. Bien évidemment, il n’était ni son père, ni médecin mais pour lui, ce comportement s’apparentait plus à une dépression qu’à une simple crise d’adolescence. Alors plutôt que d’attendre que ça passe, il allait garder un œil sur son petit frère et faire de son mieux pour que cette situation s’améliore.

              Le regard pressant de Sammy lui rappela qu’il était censé répondre à sa question. S’il ne le faisait pas, ce p’tit fouineur deviendrait suspicieux et il le harcèlerait jusqu’à ce qu’il obtienne satisfaction. Alors autant céder avant qu’il ne soit trop tard. Et puis, tout bien réfléchi, s’il prenait soin de minimiser certains événements pour que son frère ne sombre pas dans le dramatique, il y avait matière à raconter.

 

- OK ! Mais pas ici, lança-t-il finalement en se levant et en payant l’addition.


Lydean  (09.08.2012 à 00:49)

- Papa avait besoin de moi parce que les os qu’on devait brûler étaient enterrés dans la cave de la maison qui, bien sûr, était hantée par l’esprit vengeur qu’on voulait exterminer. Donc, pendant que je creusais, Papa me protégeait.

 

            Tout en conduisant, Sam détailla son passager de la tête aux pieds.

 

- Ah, ouais ? Ben il n’a pas été très efficace sur c’coup-là, observa-t-il finalement.

 

- Garde les yeux sur la route, ordonna Dean pour toute réponse, conscient des ecchymoses qui devaient consteller son corps. Papa a fait tout ce qu’il a pu … c’est moi qui n’ai pas fait assez attention.

 

- Ben, voyons.

 

- Sam !

 

- Quoi ? Se défendit le plus jeune devant le ton réprobateur de son aîné. Tu l’as dit toi-même : il devait te protéger ... Raconte-moi c’qui s’est passé. J’veux tout savoir.

 

              Dean n’était pas vraiment d’humeur à entamer son récit. Il était terriblement fatigué et n’aspirait qu’à une chose : dormir. Mais Sam avait encore quitté la route des yeux et braquait son regard sur lui, alors …

 

              Il commença par encenser leur père qui avait fait un travail de recherche remarquable et qui avait su mettre à profit toute son expérience pour mener à bien cette chasse. Devant l’ennui évident ressenti par son cadet, il aborda l’entrée dans la maison. Il se souvenait parfaitement de chaque moment, du plus inquiétant au plus douloureux.

 

              Le quartier étant très fréquenté, leur père et lui avaient dû attendre le milieu de la nuit pour intervenir. Ils s’étaient équipés au mieux, avaient traversé discrètement le jardin et s’étaient efforcés d’ouvrir une fenêtre du rez-de-chaussée. Cette dernière étape avait constitué l’un des premiers obstacles. De toute évidence, l’esprit qu’ils étaient venus exterminer n’était pas très enclin à les laisser faire. Impossible donc d’entrer, malgré leur acharnement. Si cela n’avait tenu qu’à lui, il aurait carrément mis le feu à toute la baraque mais pour le côté discret, il y avait mieux. Sans compter qu’il aurait pu embraser tout le quartier avec la sècheresse qui sévissait depuis quelques jours.

              John et lui avaient donc cherché une alternative à leur problème. Chacun de leur côté, ils avaient contourné la maison à la recherche d’une petite trappe ou d’une ouverture quelconque qui leur aurait permis d’accéder à la cave de la vieille demeure.

             Au bout d’un temps qui lui avait paru interminable, il s’était retrouvé, de nouveau, devant une petite fenêtre, à environ deux mètres cinquante du sol. Elle était recouverte d’un film plastique, certainement pour préserver des regards extérieurs. Cette lucarne devait déboucher sur une salle de bain ou une pièce d’eau quelconque. Il s’était donc  reculé pour évaluer son envergure et son accessibilité. Puis il avait entassé de vieilles palettes trouvées au fond du jardin, de manière à monter dessus et avoir un meilleur angle pour défoncer la vitre avec sa pelle. Le tranchant de l’outil étant en fer, ce foutu fantôme ne pouvait rien tenter pour le contrer. Tout se déroula comme il l’avait prévu … ou presque. Comme il s’y était attendu, le film plastique collé sur la vitre avait retenu tous les éclats de verre et l’ensemble s’était brisé avec un bruit sourd, inaudible pour les voisins endormis. Ce dont il n’avait pas pensé, en revanche, c’était que le monticule sur lequel il était grimpé se serait écroulé sous son poids au moment où il avait frappé la vitre. En dehors d’un certain nombre de blessures superficielles, le bruit avait provoqué l’aboiement de tous les chiens des environs. Leur père avait accouru. Et cet acte irréfléchi lui avait valu le premier regard réprobateur de la soirée.

 

               Il leur avait fallu se cacher et attendre que le calme revienne pour pénétrer enfin dans la maison. Afin d’accéder à l’ouverture, ils devaient s’entraider à tour de rôle. Comme le plus aguerri des deux chasseurs avait souhaité, ou plutôt ordonné, entrer en premier, Dean avait dû rester à l’extérieur en attendant son tour. Il n’était pas seul depuis une seconde que déjà il avait entendu le combat acharné qui sévissait juste derrière cette maudite cloison. Ne pouvant rester à rien faire pendant que son père se démenait contre l’assaut de l’esprit frappeur, il avait escaladé tant bien que mal la façade et jeté un œil par l’ouverture.

               Dans la pièce sombre, une forme incertaine apparaissait par intermittence. La luminosité que cette chose dégageait éclairait faiblement le visage blafard de John. Celui-ci avait, de toute évidence, beaucoup de mal à respirer. Il était plaqué sur le carrelage grisâtre du mur qui donnait en face, à droite de la fenêtre. Ses pieds ne touchaient plus le sol et ses bras étaient maintenus par une force invisible. La chevelure hirsute de l’esprit s’approchait dangereusement de sa victime. L’heure n’était donc plus à l’observation mais à l’action. Alors il s’était démené et était entré de manière peu conventionnelle dans la pièce d’eau : il avait d’abord fallu qu’il se hisse à la force de ses bras, puis il avait « rampé » sur le bord pour se laisser finalement tomber lourdement sur le sol, épuisé. Bien évidemment, dans cette lamentable tentative de sauver son père, il avait attiré l’attention de l’esprit qui s'était intégralement tourné vers lui.

              La chose était une femme d’une laideur épouvantable. La paille qui lui servait de cheveux ne suffisait pas à cacher son ignoble visage. La fureur qui déformait ses traits ne jouait pas non plus en sa faveur. Quant à son regard sombre, il lui avait fait l’effet d’un gouffre sans fond, un précipice dans lequel on tombe pour l’éternité sans jamais trouver l’espoir d’en sortir. A cette vue, son sang s’était glacé. Sa raison lui avait bien ordonné d’agir mais il était comme pétrifié. La vision d’horreur s’était approchée de lui et il avait eu tout loisir de discerner les distorsions de sa bouche qui se transformait en un rictus diabolique. Instinctivement, il avait porté sa main droite à sa cheville et saisit fermement le manche de son couteau. Dans un mouvement vif, il avait scindé en deux la silhouette immatérielle qui avait disparu instantanément.

             Malheureusement, le soulagement avait été de courte durée et le grésillement significatif indiquant son retour s’était mis à siffler très vite dans ses oreilles. Il s’était redressé rapidement mais avait été aussitôt projeté contre le mur qu’il avait heurté de plein fouet. Sa respiration avait été mise à rude épreuve et sa vision s’était troublée. Mais au moment même où la chose était réapparue, John s’en était débarrassé une nouvelle fois. Momentanément, certes, mais la force qui l’avait maintenu contre le mur s’était évaporée avec elle. Libéré, il s’était affalé lamentablement sur le sol. 

 

- Où sont tes affaires ? Lui avait lancé leur père en lui tendant la main pour l’aider à se relever.

 

            Ce fut à ce moment précis qu’il s’était aperçu qu’il les avait laissées à l’extérieur. John l’avait vite compris et lui avait lancé un deuxième regard réprobateur. Cette fois, il avait dérogé à une règle fondamentale : un chasseur devait toujours avoir ses armes avec lui. Il s’était donc précipité à la fenêtre mais leur père l’avait retenu par le bras.

 

- On n’a pas le temps ! On s’débrouillera avec les miennes, lui avait-il soufflé en l’entraînant dans le couloir.

 

             La traversée de ce passage exigu avait été tout aussi folklorique que l’entrée dans la vieille bâtisse. Les tableaux et autres objets contondants volaient en tous sens et il était vraiment très difficile de les éviter dans l’obscurité environnante. Seuls les éclairs liés aux successives apparitions de l’esprit et l’extraordinaire mémoire de John leur avaient permis de trouver la porte qui menait à la cave. Bien évidemment, ouvrir le battant avait constitué le défi suivant. N’ayant pas le temps de faire dans la subtilité, leur père avait entrepris de la défoncer à grands coups d’épaule. Il s’était donc immédiatement associé à lui et avait déployé toutes ses forces pour obtenir un résultat satisfaisant. La bonne nouvelle : leurs efforts combinés avaient payé et l’accès à la cave avait été dégagé. La mauvaise nouvelle : Emporté par son élan, il avait été projeté sur le palier et avait dû attraper la rambarde pour éviter de plonger dans l’escalier. Malheureusement, le bois était complètement vermoulu et sa tentative s’était soldée par une chute spectaculaire, emportant avec lui quelques marches. Comme si sa maladresse n’avait pas été suffisante, l’esprit en avait profité pour s’attaquer à lui. Il avait donc été envoyé aux quatre coins de la pièce avant que John puisse descendre le rejoindre  pour le secourir.

             A eux deux, ils avaient combattu comme des forcenés tout en traçant un cercle de sel autour de l’endroit où avaient été enterrés les ossements. Lorsqu’enfin ils avaient retrouvé un peu de calme, ils s’étaient aperçus qu’ils n’avaient pas de pelle. A ce moment précis, même dans le noir, il avait pu ressentir le troisième regard réprobateur de leur père. Le sol était trop dur pour creuser avec leurs mains et leurs couteaux n’étaient pas adaptés pour que ce travail se fasse rapidement. Il leur fallait définitivement autre chose, comme l’un de ces instruments qu’il avait « rencontrés » lors de sa « visite forcée » de la cave. Alors, dans la mesure où tout ce désastre était de sa faute, il était sorti du cercle protecteur sous les cris surpris et mécontents de leur père. Grâce aux éclairs stroboscopiques lancés par l’esprit, il avait repéré les outils de jardin et s’était jeté dessus. Au moment où il avait senti ses pieds quitter le sol – alors qu’il ne leur avait rien demandé, soit dit en passant – il avait lancé la pioche à John. Le fait de la balancer à travers l’esprit lui avait donné quelques secondes de répit pour reprendre appui sur ses jambes et saisir la pelle. Mais alors qu’il s’empressait d’aller l’aider à creuser, il avait dû affronter la folle furieuse qui avait fait son grand retour … en force ! Il s’était débattu au mieux mais son calvaire n’avait vraiment pris fin qu’au moment où leur père avait allumé le feu de joie ! L’horrible chose immatérielle s’était consumée en des cris déchirants, tout aussi épouvantables qu’elle.

              Le soulagement dû à l’extermination de l’esprit avait été de courte durée : cette fois, le nouveau regard réprobateur fut accompagné de réprimandes qui se poursuivirent jusqu’à ce qu’il rejoigne son bébé et qu’il reprenne enfin la route.

 

- … donc, comme tu peux le constater, je suis assez grand pour me faire des bleus tout seul !

 

             Il accompagna ses derniers mots d’un regard à Sammy. Celui-ci paraissait perdu dans ses réflexions. Il fixait l’horizon et ne disait pas un mot. Cet air sérieux plaqué sur son visage ne lui disait rien qui vaille et, étrangement, pour une fois, il n’était pas très sûr de vouloir connaître le fond de la pensée de son petit frère. 


Lydean  (12.08.2012 à 09:47)

            Pendant son récit, Sam avait été très attentif – tellement intéressé qu’il n’avait roulé que quelques minutes avant de stationner l’Impala près d’un lac. Puis tous deux en étaient sortis pour s’installer confortablement sur l’herbe, à l’ombre d’un arbre. Il avait pu poursuivre son histoire sans que son petit frère n’intervienne une seule fois. Ce qui était très inhabituel de sa part. Malgré tout, il n’avait pas besoin de l’entendre exprimer ses impressions puisque les différentes expressions qui s’étaient succédé sur son visage avaient parlé pour lui. A présent, tout en regardant au loin, il arborait un air grave, indéchiffrable, même pour lui. Peut-être préférait-il se taire plutôt que dire à voix haute ce qu’il pensait du comportement déplorable de son aîné au cours de cette chasse.

            Il était très mal à l’aise face à cette idée. La déception dans les yeux de son père était une chose mais s’il  devait la lire dans le regard de son petit frère … Pourtant, en faisant le bilan de cette soirée, il ne pouvait que constater sa médiocrité. Il n’avait pas assuré – vraiment pas ! Son manque de professionnalisme était évident. Il comprenait parfaitement les reproches de son père. Il se décevait lui-même. Il avait ressassé ça pendant tout le trajet du retour. Il avait beau faire tout son possible, jamais il ne serait à la hauteur du grand John Winchester.

 

- Papa a eu de la chance de t’avoir à ses côtés, décréta finalement son cadet avec sérieux.

 

             Surpris, Dean observa son frère. Il ne s’était pas attendu à ce que ce silence pesant soit interrompu par ces quelques mots - des mots qu’il pensait ne pas mériter mais des mots qui avaient l’avantage de lui remonter le moral. C’était comme si un poids énorme venait soudainement de s’envoler. N’ayant aucune idée de la manière à laquelle il devait répondre à ça, il préféra garder le silence et se borna à fixer le scintillement du soleil à la surface du lac. Au bout d’un instant pourtant, il céda à la pression exercée par le regard de Sammy qu’il sentait de nouveau sur lui. Il lui accorda donc toute son attention et surprit un sourire facétieux se dessiner sur son visage.

 

- Quoi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils et en plissant les yeux.

 

- Oh ! Trois fois rien ! Répondit son cadet sur le ton de la plaisanterie. Je me disais juste qu’en deux chasses, c’était la deuxième fois que tu te prenais une raclée par une femme.

 

- Non, non, non ! Réfuta-t-il sur un ton très pédagogique. Ce ne sont en aucun cas des femmes. J’te rappelle mon p’tit Sammy que l’une d’entre elles était une sorte de démon d’un autre siècle et que l’autre était une saloperie d’esprit vengeur ! Ce ne sont pas des femmes Sammy, ce sont des putains de créatures cauchemardesques !

 

- Mouais, si tu le dis, avoua Sam sur un ton destiné à montrer qu’il était peu convaincu. Enfin il n’empêche que ces « putains de créatures cauchemardesques » t’ont mis la pâtée ... deux fois ! Devant le regard très évocateur de son aîné, il ajouta : Non mais ne le prends pas mal, hein ?! Mais bon, jamais deux sans trois et tu me parais un tantinet rouillé.

 

- C’est gentil de t’inquiéter pour moi, Sammy, lui répondit-il, amusé, sur un ton faussement compréhensif. Et tu sais quoi ? T’as entièrement raison. J’vais nous concocter un entraînement aux p’tits oignons. Et on commence dès demain à six heures.

 

- Du mat’ ? Ah, non mais ça va pas être possible ! Moi j’ai cours demain !

 

- Ah, oui, c’est vrai ! Donc cinq heures !

 

- Tu déconnes ? S’inquiéta le plus jeune sans prendre la peine de cacher son air déconfit.

 

            Ravi de l’effet produit sur son cadet, Dean sortit son téléphone de la poche de sa veste avant de la plier pour s’en servir d’oreiller. Il vérifia qu’il n’avait pas d’appel en absence en provenance de leur père. Puis il déposa l’appareil près de lui et s’allongea confortablement.

 

- Dean ? Insista Sam, avec l’infime espoir qu’il lui avoue que tout ça n’était qu’une plaisanterie.

 

            Pour toute réponse, il lui lança un sourire goguenard et ferma les yeux. Il l’entendit râler encore un peu avant de s’allonger à son tour. Complètement détendu, il s’endormit instantanément.

 

            Lorsqu’il se réveilla, le soleil descendait derrière les arbres, de l’autre côté du lac. A environ deux mètres de lui sur sa droite, Sammy était toujours plongé dans un sommeil tranquille. Si le fait de dormir lui avait fait beaucoup de bien, voir son cadet aussi serein était une véritable bénédiction. Il ne se souvenait même plus depuis combien de temps il l’avait vu passer une seule nuit paisible sans se réveiller à cause de l’un de ses foutus cauchemars.

              Tout en s’asseyant, il se passa une main revigorante sur le visage. Il s’étira et massa sa nuque avant d’attraper son téléphone. John lui avait certifié qu’il appellerait dans la journée et il trouvait très étonnant qu’il ne l’ait pas encore fait. Au moment où il allait vérifier l’écran, il constata que son frère venait également de s’éveiller et qu’il devait faire des efforts considérables pour se redresser et se maintenir dans une position assise. Il se moqua ouvertement de lui en voyant sa tête encore endormie.

              Puis il reporta son attention sur son téléphone et se trouva face à un écran obstinément noir. Il avait du mal à croire que la batterie se soit déchargée en quelques heures. Mais lorsqu’il parvint à le rallumer, il comprit la véritable raison de son extinction. D’autant plus que l’attitude silencieuse de Sam et son regard fuyant révélaient incontestablement un lourd sentiment de culpabilité.

 

- Dis-moi qu’t’as pas fait ça !

 

- Mais Dean, t’avais besoin de dormir alors …

 

- C’est pas vrai, Sam ! S’énerva-t-il en se levant d’un bond tout en composant le numéro de leur père.

 

               Il s’éloigna de quelques pas en attendant que la première sonnerie se fasse entendre. La seconde n’eut pas le temps de retentir car déjà, la voix de John hurlait dans le combiné. Comme il s’y attendait, son père lui passa un savon dans les règles – qu’il encaissa sans broncher – avant de l’informer qu’il les rejoindrait Sam et lui dans la semaine avec un nouveau cas à leur exposer et qu’ils devaient se tenir prêts.

              Ce n’est que lorsqu’il entendit la tonalité à l’autre bout du combiné qu’il comprit que la conversation était terminée. Les mâchoires crispées et la respiration laborieuse, il raccrocha avec la ferme intention de choper son débile de frangin par le cou et lui exprimer clairement sa façon de penser. Non mais de quel droit se permettait-il d’éteindre son … En se retournant, il se trouva nez à nez avec l’objet de sa colère et fit de son mieux pour cacher sa surprise de le voir si près. Sammy avait les mains dans les poches de son jean. Sa tête au trois quarts baissée était enfouie dans le creux que formaient ses épaules relevées. Quant à sa manière de le regarder …

             Son cadet était presque plus grand que lui, il fêtait ses seize ans aujourd’hui et pourtant, dans ces moments-là, la seule chose qu’il voyait c’était le petit gamin, à peine âgé de quatre ans qui tirait sans cesse sur sa veste pour attirer son attention. Il ne se lassait pas de ces petits retours dans le passé. Il soupira et secoua légèrement la tête : de toute façon il était inutile qu’il s’énerve contre lui. D’autant plus que ses intentions n’étaient pas si mauvaises en fin de compte. Et puis, tout dans son attitude montrait qu’il ne recommencerait plus. Alors, il décida de mettre un terme à son calvaire.

 

- Dis t’aurais pas prévu une escale dans un petit resto sympa ?

 

- Quoi ? … Euh … T’as faim ?

 

- Tu rigoles ?! Je suis affamé !

 

            Sam retrouva le sourire. Ils récupérèrent leurs affaires et regagnèrent l’Impala.


Lydean  (16.08.2012 à 11:35)

Chapitre 10

 

            Séra en avait plus qu’assez d’écouter les louanges de Dean Winchester ! Il n’avait rien du mec formidable décrit par Sam. C’était plutôt un sale petit branleur qui avait anéanti un travail de près de deux semaines en à peine vingt-quatre heures ! Comment s’y était-il pris ? Ca, c’était un mystère !

            Lorsqu’elle l’avait vu partir à bord de sa Chevrolet le samedi dans l’après-midi, elle en avait été enchantée. Il avait laissé Sam seul, au moins pour la soirée, et ça lui procurait une bonne marge de manœuvre pour peaufiner ses affaires en cours. A ce moment-là, l’état de sa victime favorite atteignait la perfection, après s’être dégradé bien gentiment. Ne voulant pas relâcher l’effort, elle l’avait appelé pour lui proposer de passer un moment avec lui. Idée qu’il avait tout naturellement rejetée. Ces derniers temps, étrangement, il n’avait plus goût à rien ! C’était jouissif ! Elle n’avait pas insisté, surtout qu’il lui avait appris que Dean était parti retrouver leur père et qu’il ne rentrerait certainement pas avant la fin du week-end. Encore une bonne nouvelle qui lui laissait une chance de rester avec Sam toute la journée du dimanche. Mais sa joie avait été de courte durée lorsqu’elle était arrivée le lendemain matin et qu’elle avait vu les deux frères partir en Chevrolet, sans espoir de pouvoir les suivre.

 

              La journée lui avait paru interminable. Elle détestait se retrouver dans l’ignorance la plus totale. L’après-midi, elle avait appelé Sam pour glaner un peu d’informations. Mais cet imbécile avait éteint son portable ! Dans la soirée, ils étaient enfin rentrés. Ils s’étaient couchés après avoir fait et échangé des banalités affligeantes. Elle n’avait donc rien eu à se mettre sous la dent … et pourtant elle avait les crocs ! La seule chose qu’elle avait remarquée l’horripilait au plus haut point : elle n’avait pas pu ignorer le changement intégral qui s’était opéré chez Sam. Il avait l’air détendu et il souriait. Ca, c’était vraiment inacceptable, insupportable ! Même son hôte se foutait d’elle ! Cette sale gamine avait le chic pour la titiller de l’intérieur. Comme si elle n’avait pas suffisamment à gérer avec les frangins Winchester !

            Que devait-elle faire pour que ces deux là s’étripent une bonne fois ? Ce n’était pourtant pas si compliqué d’habitude ! Et puis, ils étaient tellement différents que tout ça aurait dû se faire naturellement sans même qu’elle n’ait à bouger le petit doigt. Mais à chaque fois qu’elle pensait atteindre son objectif, elle devait faire face à un nouvel obstacle.

          Ce matin, alors qu’elle espérait enfin comprendre ce dernier revirement de situation, elle avait été exaspérée de constater que Sam ne montait pas dans le car. Elle avait donc fait une heure de trajet avec tout un tas de boutonneux aux hormones surdéveloppées et à l’hygiène parfois douteuse, pour rien ! Arrivée au lycée, elle l’avait vu descendre de la voiture de son frère, frais et dispo. Il lui avait expliqué que « Dean avait préféré l’emmener ». Ben voyons ! Et vue sa tête, il avait bien profité de ce temps supplémentaire pour dormir. Au moment où elle avait abordé le sujet « activités du week-end » la sonnerie du lycée avait retenti et ce p’tit crétin lui avait dit qu’il n’avait pas le temps de lui raconter car les cours allaient commencer. Argh ! Mais qu’avait-elle fait de si répréhensible pour mériter ça ?!!! Il avait fallu qu’elle supporte toute une matinée de cours ennuyeux comme la mort avant d’atteindre enfin l’heure du déjeuner. Et comme si son calvaire n’était pas suffisant, maintenant, il fallait qu’elle écoute les éloges de cet abruti de Dean ! Bien évidemment, Sam ne faisait qu’énumérer les différentes étapes qui avaient constitué sa journée de la veille. Il était visiblement enjoué mais il modérait ses propos. A aucun moment, il n’avait utilisé de mots concrets pour encenser son frère. Mais elle le connaissait parfaitement. Elle avait appris à lire entre les lignes. Et tout, dans son comportement, montrait à quel point il respectait son aîné. C’en était écœurant ! … Et surtout tellement éloigné de son objectif !

 

            D’un autre côté, elle savait qu’elle avait misé juste en s’attaquant à ce lien si fort qui subsistait entre eux. Dès qu’elle aurait réussi à le briser, ces deux là seraient à sa merci. Ce n’était qu’une question de temps car elle y parviendrait. Elle n’en doutait pas. En revanche, sa patience avait des limites qui venaient d’être franchies. Et même si elle devait garder la tête froide, elle n’avait pas d’autre choix que de passer à la vitesse supérieure.

 

- Qu’est-ce qui ne va pas ? Demanda soudainement Sam.

 

- Quoi ? Moi ? Rien ! Bafouilla-t-elle, surprise.

 

            Elle pensait pourtant avoir fait son possible pour garder un air béat et enjoué, à la limite du débile !

 

- Ah, ben, tu devrais voir ta tête.

 

- Dis donc, tu sais parler aux femmes, toi ! Ironisa-t-elle tout en réfléchissant à une réponse digne de son insatiable curiosité. C’est juste que je viens de m’apercevoir que c’était ton anniversaire et je ne t’ai même pas fait de cadeau.

 

- Oh, ben, c’est pas grave. Tu ne pouvais pas devi …

 

            Elle l’empêcha de terminer sa phrase en l’embrassant et se félicita intérieurement pour cette initiative. D’une part, elle n’avait plus à l’écouter parler de tous les « trucs merveilleux » qu’il avait faits avec son « formidable frère ». D’autre part, son hôte n’opposait pas réellement de résistance à cette action. Et enfin, cette méthode était bien plus efficace pour les échanges – que ce soit de fluides … ou de rage. L’homéopathie n’étant pas très efficace, elle passa directement à un traitement lourd, tout en prenant garde à ne pas provoquer d’overdose.

 

- Joyeux anniversaire, Sam, lui susurra-t-elle en le fixant droit dans les yeux.

 

            Elle était toujours à quelques centimètres de son visage. La place idéale pour assister à son changement d’humeur. Ses iris clairs s’assombrirent soudainement et les traits de son visage se durcirent comme par enchantement. Voilà une bonne chose de faite. A présent, elle devait canaliser toute cette fureur et l’orienter dans la bonne direction. Une petite formalité qu’elle allait régler dès à présent.


Lydean  (19.08.2012 à 15:48)

- Apparemment, nous avons affaire à des créatures de la famille des Hyaenhomnidae.

 

- Des Hyanenquoi ? S’étonna Dean entre deux bouchées de pizza, la savourant bruyamment pour inciter son petit frère à en manger un peu.

 

- Qu’est-ce que c’est que ça ? Ne put s’empêcher de réagir Sam en faisant mine de ne pas avoir remarqué les insinuations à peine dissimulées de son aîné. C’est bien la première fois que j’en entends parler.

 

            Les trois Winchester étaient réunis dans leur pièce de vie autour de documents divers éparpillés sur la table. Tout en leur montrant une photographie, le père exposait leur future chasse.

 

- Ce sont de grands carnivores d’apparence humaine mais qui vivent en meute comme les hyènes. Ce ne sont pas des charognards à l’instar des goules. Ce sont des chasseurs comme les hyènes tachetées. Ils ont l’agilité des félins, l’instinct des plus grands prédateurs et leur apparence leur permet de se fondre dans la masse.

 

- Génial ! Ironisa Dean.

 

- Et comment on fait pour les reconnaître alors ? Se préoccupa le cadet.

 

- Quand ils ont trouvé leur nourriture, ils émettent des cris suraigus qui ressemblent à un rire ignoble.

 

            Sam lança un regard goguenard à son frère qui y répondit par un sourire caustique, montrant qu’il avait compris le sous-entendu.

 

- Y a pas autre chose ? Parce que ça c’est pas vraiment un critère de sélection, insista le plus jeune.

 

- D’après ce que m’a dit Bobby, les femelles sont plus grosses, plus agressives et bien plus nombreuses que les mâles. Seules les femelles dominantes sont accompagnées d’un mâle.

 

- Leur mec ?

 

- Leur fils. On ne sait pas ce que deviennent les autres mâles. Autre chose : leurs organes sexuels sont plus développés comme chez certaines hyènes.

 

            Au fur et à mesure des explications de leur père, les expressions de visage de Sam et Dean évoluaient simultanément, passant de la surprise au dégoût, de l’intérêt à l’inquiétude.

 

- Donc, pour résumer, abrégea l’aîné, on est à la recherche d’une bande de Castafiore dirigée par des grosses nanas genre travelos ! Ben, ça devrait se remarquer de loin.

 

- Pas dans une mégapole comme celle-là, lui fit remarquer Sam. Comment les exterminer ? S’inquiéta-t-il auprès de son père.

 

- Comme n’importe quel autre mammifère, dès qu’un point vital est touché, ils meurent.

 

- OK ! Ca ne devrait pas être trop compliqué, lança Dean en retrouvant le sourire.

 

- Laisse-moi finir ! C’est en quelque sorte une mort provisoire. Ils se régénèrent en moins de quarante-huit heures.

 

- Même si on les fait cramer ? S’étonna l’aîné.

 

- Non, c’est une option pour les plus jeunes. Mais le problème c’est que les femelles dominantes sont beaucoup plus résistantes et elles engendrent de nouvelles générations très rapidement. Ce sont donc elles nos cibles prioritaires. Chaque clan est composé de quatre ou cinq lignées matrilinéaires. Le meilleur moyen d’exterminer la meute est de couper la tête de ces femelles dominantes. D’après les informations qu’a recueillies Bobby, s’il l’une d’elle meurt, toute sa lignée disparaît avec elle.

 

- J’ai hâte de voir ça, ironisa Dean en ingurgitant le reste de sa part de pizza.

 

- Tant mieux parce qu’on part ce soir, décréta John en commençant à réunir les documents pour les classer dans le dossier.

 

- Quoi ? S’écria soudainement Sam. Non, pas ce soir. Demain j’ai un exam important et lundi aussi.

 

- Des vies sont en jeu, Sam, grogna son père.

 

- Et MA vie alors ?! Ces exams sont décisifs pour valider mon année …

 

- Tu pourras toujours les repasser !

 

- OK, inutile de s’énerver, on peut trouver une solution qui conviendra à tout le monde, intervint Dean pour éviter que la pression montante dans la pièce atteigne le point de non retour.

 

- Non ! Je n’ai pas l’intention d’aller au rattrapage alors que j’ai bossé et que j’ai toutes les chances de les avoir du premier coup,  poursuivit Sam, trop concentré dans son débat avec son géniteur pour faire attention à ce que venait de dire son frère. J’en ai marre de passer après tes foutues chasses. Je suis ton fils, bordel !

 

- T’es surtout un putain de gamin qui ne pense qu’à lui …

 

- On est mercredi. Si on part demain soir, ça nous laisse trois jours et quatre nuits pour …

 

- La ferme, Dean ! S’écrièrent furieusement les deux autres Winchester.

 

            OK ! Raz le bol de ces deux là ! Cette fois, ils n’avaient qu’à se débrouiller seuls. Ils pouvaient se faire la peau, ce n’était plus son problème. Exécuter les ordres de son père était quelque chose de naturel en soi, même si ces ordres lui étaient balancés en pleine poire comme maintenant. Mais il avait beaucoup plus de mal à affronter la haine qu’il venait de lire dans les yeux de son petit frère. Ce regard froid lui avait glacé le sang. Incapable de rester plus longtemps au milieu de cet affrontement infernal, il sortit prendre l’air.

            Il se serait bien installé au volant pour partir loin d’ici mais d’une part, son bébé était bloqué dans l’allée par le 4x4 de son père et d’autre part, ses clés étaient enfouies dans les poches de sa veste qui se trouvait sur une chaise de la pièce de vie, lieu exact qu’il voulait éviter par tous les moyens. Sans oublier qu’il ne pouvait pas partir trop loin : si ça tournait mal, il devrait intervenir. Les laisser « s’expliquer » ne voulait pas dire les laisser s’entretuer. Or, les hurlements étaient si violents qu’ils traversaient les vieilles cloisons épaisses de la maison. Il gardait donc une main sur la poignée, se demandant s’il devait entrer dès maintenant et surtout, lequel des deux il devrait assommer en premier. La réponse lui parvint au moment où une porte claqua violemment à l’intérieur de la maison, introduisant un silence de mort. Il tendit l’oreille un instant, s’assurant que cette dispute était bel et bien terminée. Puis il lâcha la poignée et s’assit sur les marches du perron. D’un geste las, il se passa la main sur le visage. Si seulement cet affrontement avait été le point final à tous leurs conflits. Parfois, une bonne bagarre pouvait résoudre beaucoup de choses. Malheureusement, il n’était pas dupe et ce souhait lui paraissait tout à fait irréalisable.

 

          Quelques instants plus tard, la porte d’entrée s’ouvrit derrière lui. Il tourna la tête et découvrit son père équipé de la tête aux pieds.

 

- Bobby m’attend sur place, l’informa-t-il en passant à sa hauteur. On va essayer de trouver la meute cette nuit. Mais on a besoin d’être plus nombreux pour les tuer.

 

- On viendra papa, lui assura-t-il, confiant.

 

- Demain soir, dernier délai, décréta John en balançant ses affaires dans son 4x4.

 

           Il fixa son fils aîné pour s’assurer qu’il avait bien enregistré ses ordres. Dean était tout à fait conscient qu’il aurait dû se lever et lancer un « Oui, monsieur ! » énergique. Mais il ne bougea pas et se contenta d’un bref signe de tête. Il vit son père serrer les dents, s’installer au volant et s’éloigner rapidement.

           Un de parti ! Il n’en restait plus qu’un à gérer. A priori, ce serait moins compliqué … quoique !


Lydean  (22.08.2012 à 19:57)

           Tel qu’il le connaissait, Sammy était allongé sur son lit, la tête enfouie dans un coussin. Il attendait que leur père ait déguerpi et, peut-être aussi, que son grand frère vienne lui remonter le moral. Sur ce coup-là, il pouvait toujours courir ! Il n’avait pas l’intention d’écouter ses lamentations. Les seuls mots qu’il voulait entendre sortir de sa bouche, c’était des explications. Alors il allait attendre ici, bien patiemment, que cet idiot de frangin se décide à venir le voir. Il n’avait aucun doute sur le fait que Sam débarquerait dans les minutes à venir avec une phrase tout ce qu’il y a de plus banale, histoire de prendre la température. Il réagissait toujours comme ça : il culpabilisait énormément après coup. Son frère était un cérébral qui, parfois, se prenait la tête pour un rien. Pour qu’il se sente mieux il suffisait de trouver les mots justes ou d’agir de la bonne manière. D’ordinaire, c’était plutôt simple à gérer car, après tout, ça faisait partie intégrante de son job d’aîné. Mais ces derniers temps, ça devenait problématique. Avec tous ses changements d’humeur, il ne savait plus où donner de la tête.

            Il entendit la porte d’entrée s’ouvrir et ne prit pas la peine de se retourner. A quoi ça aurait servi ?

 

- Il reste de la pizza, l’informa doucement son cadet.

 

- C’est ta part, lui répondit-il pour lui rappeler qu’il n’avait encore rien avalé.

 

- J’ai pas très faim.

 

            Ben voyons ! Dean soupira et ferma les paupières une seconde. Puis il se leva, gravit les deux dernières marches du perron et fit face à son frère.

 

- C’est quoi ton problème ? lui demanda-t-il le plus simplement du monde en le fixant droit dans les yeux.

 

- Oh, lâche-moi, Dean, souffla Sam sur un ton mêlé de fatigue et d’exaspération.

 

            Non ! Il ne le lâcherait pas. Et ce regard fuyant qu’il avait en face de lui montrait qu’il avait raison d’insister. Alors il attendit qu’il se décide enfin à ouvrir la bouche.

 

- J’ai pas de problème, d’accord ? S’emporta finalement son cadet. En tous cas, c’est pas moi qui ai un problème … insista-t-il en montant le ton. Ca ne te suffit pas ?! Qu’est-ce qu’il te faut pour que tu comprennes ?!  T’as pas remarqué que les deux dernières chasses que tu as faites avec lui ont merdé royalement.

 

            Dean plissa les yeux et fronça les sourcils. Il avait de plus en plus de mal à reconnaitre son frère. Son calme habituel disparaissait au profit de cette attitude hargneuse qui ne le quittait plus depuis quelques temps. Et lorsqu’il était dans cet état, Sammy n’était plus capable de raisonner sereinement alors ça pouvait vite dégénérer. Ca devenait vraiment problématique puisque d’ordinaire, c’était plutôt Sam qui lui permettait de rester calme, quelques soient les circonstances. Or, dans ce cas précis, les rôles devaient s’inverser. C’était à lui de faire en sorte que cette discussion ne tourne pas au cauchemar. Malheureusement, il savait pertinemment que la patience n’était pas son point fort alors il puisa tout au fond de lui, la sérénité nécessaire pour poursuivre cette discussion.

            Il relativisa. Une chose était sûre : Sammy ne lui disait pas tout. Mais c’était un début. Et il avait de quoi le rassurer sur ce point.

 

- Je te l’ai déjà expliqué. Ce n’était pas de la faute de papa. Lui, il a assuré. C’est moi qui ai déconné. Mais c’est le résultat qui compte et on s’en est très bien sorti. En plus, c’est en faisant des erreurs qu’on apprend. Alors, crois-moi, je ne me laisserai pas avoir deux fois.

 

            Il lança un sourire confiant pour appuyer ses paroles. Satisfait, il ne s’attendit pas du tout à la réaction excessive de son cadet.

 

- Trop tard ! T’es con ou quoi ? C’est déjà la deuxième fois que tu te fais niquer la gueule. Jamais deux sans trois, Dean ! Et cette fois, ce sera peut-être la bonne.

 

            Sur ce coup-là, Dean était complètement perdu. Il voulait bien faire des efforts mais il était évident que ça ne servait pas à grand chose. Tout ça ne présageait rien de bon.

 

- Et si tu arrêtais ton numéro du joyeux parano ?! lui suggéra-t-il en le fixant intensément. Ca va bien se passer. J’en suis sûr. Je le sens. Et puis, Papa sait ce qu’il fait sinon il ne nous demanderait pas de venir avec lui. En plus, il a besoin de nous, alors on va aller l’aider.

 

- Ouais ! Souffla Sam, acide. Comme d’habitude, il te siffle et tu accours.

 

- Oui ! C’est comme ça que ça doit se passer ! Et ce serait bien que ça rentre une fois pour toute dans ta foutue tête de pioche ! Répondit-il sèchement, sentant qu’il perdait son calme de manière progressive et irrémédiable.

 

- Ben, non ! Moi je ne suis pas un chien ! Et j’ai une vie, figure-toi ! Une vie à laquelle je tiens et je n’y renoncerai pas pour suivre le Grand John Winchester dans ses croisades à la con ! J’te rappelle que c’que t’as entre les deux oreilles ne sert pas qu’à exécuter les ordres de ce taré. Si toi, t’es pas foutu de vivre en dehors de son ombre, c’est ton problème. Mais t’as pas le droit de m’entrainer dans toute cette merde !

 

- Tu sais quoi ? Fais ce que tu veux. C’est ce que tu sais faire le mieux de toute façon, fulmina Dean en entrant dans la pièce de vie pour attraper sa veste.

 

- Où est-ce que tu vas ? Lui demanda son frère en le suivant à l’intérieur.

 

            Il n’avait aucune intention de lui répondre. La seule chose à laquelle il pensait, c’était s’éloigner au plus vite avant de faire quelque chose qu’il regretterait par la suite. Alors, lorsque Sam attrapa son avant-bras pour le retenir, il se libéra rapidement et franchit le seuil tout en claquant la porte d’entrée derrière lui.

            Ce ne fut qu’au moment où l’Impala commença à rouler qu’il réussit à reprendre une respiration normale. Quel sale petit con ! Comment osait-il critiquer et insulter leur père après tout ce qu’il avait fait pour eux ? Cet homme était un héros : Pour sauver des vies, il risquait la sienne chaque jour. Il devait sacrifier énormément de choses pour mener à bien cette cause si difficile mais tellement honorable. Il avait terriblement souffert après la mort de sa femme. Et depuis ce drame, toute son existence n’était que douleur et abnégation. Pourtant, il se tenait droit et ne relâchait jamais l’effort. C’était un exemple pour tous qui ne méritait certainement pas toutes les vacheries que lui balançait son fils cadet. Sammy n’était encore qu’un bébé lorsque leur maman était morte alors il n’avait pas pu voir l’état de délabrement dans lequel avait été plongé leur père. Il ne pouvait pas comprendre à quel point ça avait été dur pour lui. Il n’avait pas conscience de ce que John avait pu ressentir, ni comment il avait développé cet esprit de vengeance qui lui permettait d’avancer chaque jour. Cela nécessitait une force de caractère à toute épreuve. Alors, de son côté, même s’il avait conscience qu’il ne serait jamais à la hauteur de ce surhomme qu’était son père, il ferait tout son possible pour lui ressembler – que ça plaise ou non à Sam !

             Il relâcha son emprise sur le volant pour se passer la main sur le visage. Il soupira et secoua la tête. Jusque-là, il était persuadé que la chasse à venir allait bien se passer car en plus de John, Bobby serait présent. Avec leur expérience, ces deux chasseurs pouvaient venir à bout de n’importe quoi. Quant à Sam et lui, ils formaient une équipe solide. Ils n’avaient jamais besoin de se parler pour se comprendre et ils partageaient une confiance mutuelle qui leur permettait de se concentrer sur ce qu’ils avaient à faire.

             Mais la donne venait de changer. Il n’avait aucun doute sur le fait que son petit frère les accompagnerait malgré le refus catégorique qu’il lui avait balancé en pleine poire quelques instants auparavant. D’ailleurs, tel qu’il le connaissait, il était déjà en train de culpabiliser et de préparer son sac pour partir le lendemain. Mais ses changements d’humeur incessants de ces derniers temps étaient un vrai problème. Cette instabilité inhabituelle représentait un risque qu’il n’était pas prêt à prendre. Cette rage qui sommeillait en lui pouvait lui faire prendre les mauvaises décisions, l’empêcher de voir un danger ou pire encore, déverser toute cette haine à peine contenue vers l’un de ses alliés – leur père se situant en haut de la liste. Cette chasse était un travail d’équipe où la confiance entre coéquipiers était la clé de la réussite. Même s’il avait toujours pu compter sur Sammy et qu’il était profondément convaincu que rien ne pourrait changer ça, il ne pouvait s’empêcher de craindre le pire pour son petit frère. Il allait donc devoir s’assurer qu’il s’en sortirait indemne. Il ferait en sorte qu’il ne lui arrive rien. Il ne le lâcherait pas d’une semelle et le protègerait coûte que coûte.

             Sa décision prise, il commença à se détendre. Tout se passerait bien. Il en était de nouveau convaincu. Peu importait ce qu’il devrait faire pour y parvenir, il veillerait sur lui. 


Lydean  (26.08.2012 à 09:02)

Chapitre 11

 

             Peu importait ce qu’il devrait faire pour y parvenir, il veillerait sur lui. C’était le moins qu’il puisse faire. Au moment où il avait attrapé le bras de Dean pour l’empêcher de partir, toutes ses paroles et la dispute dans son ensemble lui étaient revenues en pleine face comme un boomerang. Une bonne partie de la colère qu’il avait accumulée s’était évanouie et il avait dû faire face à cette intolérable solitude, avec ce lourd sentiment de culpabilité qui l’avait assaillit brutalement.

          Il n’avait aucune idée de ce qui avait pu se passer entre ce moment et maintenant. Il avait dû déambuler comme un zombie et se laisser tomber sur le lit car il était étendu là, les yeux fixés sur le plafond, à se repasser en boucle les horreurs qu’il avait lancées à son frère.

 

            Après la dispute avec leur père, il avait ressenti le besoin de venir discuter avec son aîné. Il avait l’intention de lui expliquer pourquoi il avait réagi de cette manière et surtout, il voulait que Dean comprenne à quel point il était inquiet pour lui. Il avait vraiment un très sale pressentiment et le fait qu’ils doivent de nouveau affronter des femmes ne faisait qu’empirer les choses. Il ne pouvait pas l’expliquer mais il était persuadé que son frère aurait de graves ennuis à cause d’elles ou, au moins, à cause de l’une d’entre elles. Et ça le rendait malade.

             Il avait à peine eut le temps d’ouvrir la bouche que tout avait dérapé sans qu’il puisse l’en empêcher. Il ne comprenait pas ce qui s’était passé. Il ignorait les raisons qui l’avaient poussé à s’énerver à ce point. Il ne savait même pas d’où il avait pu sortir tous ces propos haineux, incohérents et totalement injustes. Il faisait pourtant tout son possible pour garder son calme et, par conséquent, sa raison. C’était un combat de chaque jour, de chaque minute, et malheureusement il n’en était que très rarement le vainqueur. Il ne contrôlait rien et ça le terrifiait.

 

              Résultat, il avait dit des choses qu’il ne pensait pas ou, tout au moins, qu’il n’aurait pas exprimé de cette manière en temps normal. Certes il en voulait à son père de ne pas faire plus attention à ses fils. Son paternel pouvait quand même avoir plus de considération pour Dean qui lui était totalement dévoué et qui n’hésitait pas à exécuter tous ses ordres, même les plus aberrants. Combien de fois son frère avait-il fini à l’hôpital avec des blessures plus ou moins graves juste parce que John l’avait entraîné avec lui dans ses chasses débiles ?! En quoi laisser son propre fils agoniser faisait-il de lui un héros ? C’était tout aussi déroutant qu’horripilant !

             En revanche, il n’avait rien contre son aîné. Bien au contraire. Il lui était même reconnaissant. Impossible d’ignorer tout ce que Dean faisait pour lui. En plus du reste, son grand frère faisait preuve d’une patience exemplaire avec lui or personne ne pouvait nier que ce n’était pas l’une de ses qualités premières. Il avait certainement vu qu’il allait mal et il faisait son possible pour l’aider, résistant même à l’envie de lui en coller une alors qu’il lui balançait des horreurs à la figure. Le simple fait d’y repenser lui donnait la nausée. Comment avait-il pu être ignoble à ce point ? Que lui arrivait-il ? Devenait-il fou ? N’y avait-il rien à faire pour éviter qu’il se transforme en monstre ?! Pour sûr, il détestait ce qu’il devenait et comme si ça ne suffisait pas, tout ce qu’il entreprenait pour arrêter le processus se soldait par un échec. Il partait inexorablement à la dérive et s’il continuait comme ça, il perdrait son seul point d’ancrage, l’unique personne qui le maintenait à la surface et l’empêchait de sombrer.

             De nouveau, le besoin d’avoir Dean à ses côtés se fit ressentir. Malheureusement, il pouvait le chercher du regard, il ne le trouverait pas. Il était bel et bien seul dans cette vieille baraque pourrie et il ne pouvait s’en prendre qu’à lui.

 

             Pendant qu’il arrivait encore à réfléchir, il devait impérativement rattraper le coup avec son frère. Il se redressa et s’assit sur le bord de son lit. Il attrapa son téléphone et l’observa un moment. Devait-il l’appeler ? Il en avait terriblement envie mais ce n’était décidément pas une bonne idée. Il n’y avait aucun doute qu’il s’emporterait encore car il sentait toujours cette rage transpirer par tous les pores de sa peau. Et comme il n’avait pas trouvé le moyen de la maîtriser … De toute façon, il était préférable de résister à ce besoin insupportable d’avoir son frère près de lui. Cette distance était sans doute mieux pour eux deux – ou, tout du moins, pour son aîné. Il ne voulait plus lui faire du mal et il devait trouver une manière de se faire pardonner. Pour Dean les actes étaient bien plus importants que les mots. C’était donc cette ligne de conduite qu’il devait suivre.

 

             Il se leva difficilement et farfouilla au fond du placard, à la recherche de son sac. Une fois trouvé, il le balança sur son lit et sélectionna quelques vêtements à emporter. Puis il vérifia le bon fonctionnement de ses armes comme Dean le lui avait appris et rangea le tout dans le sac qu’il déposa au pied de son lit, bien en évidence. Enfin, dans la mesure où il devait impérativement garder son esprit occupé et qu’il avait de l’énergie à revendre, il quitta la chambre et s’affaira à ranger la pièce de vie. Sur la table, il y avait toujours le carton de pizza dans lequel il restait deux énormes parts. Il n’avait vraiment pas faim et la garniture ne lui faisait pas du tout envie. Pourtant c’était celle qu’il préférait d’habitude. Dean l’avait certainement choisie dans le but qu’il en mange un peu. Il n’arrêtait pas de lui reprocher son manque d’appétit mais qu’y pouvait-il ? Il avait un dégoût de tout. Sans compter que le simple fait de mâcher le fatiguait. Il avait bien conscience qu’il s’agissait d’un cercle vicieux mais de toute façon, pourquoi se forcer ? Pourquoi se battre ? S’il tenait encore debout c’était uniquement à cause de toute cette hargne qui parcourait son corps. La même hargne qui le faisait se disputer avec son frère. Celle qui le faisait se détester. Celle qui l’incitait à se demander chaque jour s’il ne serait pas préférable pour tous qu’il n’appartienne plus à ce monde.

 

            La sonnerie de son téléphone le fit sortir de sa léthargie. Il s’empressa de le récupérer, prêt à prendre l’appel. En jetant un œil à l’écran, il se ravisa. Ce n’était pas Dean, c’était Jeanne. Une vague de déception le submergea, entraînant avec elle un profond désespoir. Il s’effondra sur la chaise à côté de lui et abandonna son téléphone sur la table. Il n’avait aucune envie de lui répondre. Il ne voulait parler à personne, il ne voulait voir personne et pourtant, il ne voulait plus être seul. Il se sentait tellement perdu, tellement mal. Que devait-il faire pour que cette horrible sensation cesse ? Son regard s’attarda sur la grande pièce vide puis sur la porte d’entrée. Il resta figé un moment, réfléchissant à ses options, de la plus simple à la plus complexe, voire irréalisable. Il se tortura l’esprit au point que son mal-être en devint plus qu’insupportable. Ses idées s’embrouillèrent jusqu’à ce que tout devienne clair. Quand finalement il valida sa décision, il sentit comme une brise de soulagement envahir son esprit.


Lydean  (30.08.2012 à 11:01)

            Dean appuya sur l’accélérateur. Il s’était éloigné pour se calmer et éviter de faire quelque chose qu’il regretterait par la suite mais dès qu’il avait réussi à dompter sa rancœur, il s’était aperçu que la plus grosse erreur qu’il ait faite avait été de partir. Son torse lui faisait un mal de chien. Sa colère s’était amenuisée au profit d’une certaine appréhension. Celle-ci s’était rapidement muée en tourment. Et maintenant, il devait faire face à une angoisse profonde, à la limite de la panique.

            Sammy n’aurait quand même pas profité de son absence pour faire un truc stupide ! Il y a encore quelques temps, cette idée ne lui serait jamais venue à l’esprit. Mais depuis qu’il avait été obligé de traverser le pays pour retrouver son petit frère qui n’avait rien trouvé de mieux que de fuguer, il était devenu un peu plus méfiant. Pendant cette escapade, il aurait pu lui arriver n’importe quoi. C’était son job de le protéger mais comment pouvait-il le faire si son petit frère décidait de partir loin de lui ?

 

             Il fixait la route, long et interminable cordon de bitume perdu au milieu de la végétation. Mais de toute façon, devant ses yeux, n’apparaissait qu’une seule image, toujours et encore le même visage furieux et fermé de celui qu’il ne reconnaissait plus. Pourtant, à mesure qu’il repassait leur dispute dans sa tête, il commençait à distinguer quelque chose qu’il n’avait pas remarqué jusque-là. Il percevait cette petite lueur distinctive dans le regard de Sammy. Derrière toute cette incroyable rage, elle avait réussi à se frayer un chemin. Ecrasée et affaiblie, elle se battait encore pour lui prouver que son petit frère était toujours là, bien qu’il ne paraisse plus lui-même. Et cette petite lueur, avec toute sa ténacité, lui criait de lui venir en aide !

             Dean déglutit difficilement. En partant aussi précipitamment, c’était lui qui avait fugué. Il avait fui ses responsabilités. Il avait tourné le dos à l’appel au secours de Sammy. Il l’avait abandonné. Cette conclusion provoqua une remontée acide dans son œsophage. Une multitude d’idées plus sombres les unes que les autres lui traversèrent alors l’esprit. Parmi elles, l’éventuelle fugue de Sam lui parut être la moins dramatique de toutes, voire même, la seule option qu’il serait en mesure de gérer.

 

             Il arriva devant la maison et s’aperçut qu’elle était plongée dans l’obscurité. Il coupa le moteur avant même d’être totalement à l’arrêt et se précipita à l’intérieur. Tout était calme. Il n’y avait aucun bruit. Il appuya sur l’interrupteur. La lumière éclaira la grande pièce, vide. Son regard se porta aussitôt sur sa droite : La porte de la chambre était fermée. Il fit quelques pas pour l’atteindre et saisit la poignée. Il resta figé un instant, tiraillé entre l’envie et la crainte de découvrir ce qui se cachait derrière cette porte. Sa raison prit le dessus rapidement : parfois quelques secondes pouvaient faire toute la différence.

             L’ouverture du battant permit à la lumière de la pièce de vie de pénétrer dans la chambre. La faible luminosité révéla d’abord son lit puis celui de Sam. Dean ajusta sa vision et monopolisa tous ses autres sens pour vérifier sa première impression. Il sentit ses jambes se dérober et préféra s’adosser contre l’encadrement. Sammy était là, allongé sur son lit. Il ne bougeait pas. Il lui tournait le dos. D’où il était, il ne pouvait donc pas voir son visage. Pourtant, il avait compris. Il savait. Oui, il savait que son petit frère faisait semblant de dormir … comme il le faisait toujours dans ces cas là !

 

             L’air pénétra enfin dans ses poumons presque asphyxiés. Il tenta de se ressaisir et prit la direction de la salle de bain où il aspergea généreusement son visage d’eau fraîche. Il prit appui sur le lavabo et releva la tête pour découvrir son reflet dans le miroir. Vraiment, il avait une sale tête !

             Il ne comprenait pas. Son instinct ne l’avait jamais trahi auparavant. A quoi était due cette épouvantable angoisse qui lui torturait les entrailles ? Qu’est-ce que c’était qu’ce délire ?

             Sammy était ici, avec lui. Il respirait et il paraissait en bonne santé. Il n’y avait donc aucune raison de s’en faire. Pourtant le soulagement dû à ce constat ne l’avait pas totalement libéré du poids qu’il avait sur la poitrine. Il avait toujours ce gouffre au sein de son abdomen et ça ne le rassurait pas du tout. Il quitta la salle de bain pour se rendre dans le coin cuisine. Il ouvrit le frigo et en ressortit une bière qu’il décapsula avant de la porter à ses lèvres.

             Tout en appréciant la fraîcheur de ce liquide salvateur, il prit le temps d’observer autour de lui. La pièce était rangée. Les cartons de pizza étaient entassés dans un coin. Par curiosité, il les ouvrit un à un. Un pâle sourire apparut sur son visage quand il constata qu’ils étaient tous vides. Sammy avait finalement prit la décision de se nourrir. Il retourna sur ses pas et se posta dans l’encadrement de la porte de la chambre. Cette fois, ses yeux se portèrent sur le sac bien apprêté et posé en évidence devant le lit de son frère. Lequel, d’ailleurs, ne dormait toujours pas.

             Il secoua la tête. Pourquoi continuait-il à s’en faire ? C’était du Sammy tout craché. Il n’y avait rien d’anormal dans ce comportement. Il se rappela alors les paroles de son père : c’était juste un mauvais cap à passer. Même s’il avait de sérieux doute, il n’avait aucun droit de contredire ses propos. Après tout, son père avait de l’expérience alors il savait mieux que lui. Et puis s’il continuait à s’inquiéter pour un rien, il allait devenir parano.

 

- Comment tu sais que la chasse va bien se passer ? Marmonna soudainement Sam.

 

             Il s’attendait à une question mais il fut surpris de son contenu. Comme la réponse se faisait attendre, son cadet se tourna vers lui.

             Il actionna l’interrupteur. La lumière révéla le visage défait de son petit frère : Il avait l’air épuisé, terriblement faible. C’était à se demander s’il avait réellement mangé. Dans son regard sommeillait toujours cette rage inouïe mais c’était comme si elle avait perdu en intensité.

 

- Dean, insista Sam. Qu’est-ce qui te fait dire que ce sera différent des deux dernières fois ?

 

            Formulée de cette manière la question lui parut bien plus intéressante :

 

- Facile, Sammy. Cette fois, tu seras avec moi.

 

            Les traits du visage du jeune Winchester se détendirent. De toute évidence, malgré ses doutes raisonnables sur le bienfondé de cette réponse, c’était ce qu’il avait besoin d’entendre.

 

- Tu sais, Dean. Demain j’aurai fini vers onze heures. Tu veux qu’on parte juste après ?

 

- Ouais, je passerai te prendre. Et je t’emmènerai au bahut aussi. Il faut que je fasse un tour au garage de toute façon ... J’vais faire quelques vérif. sur mon bébé avant de prendre la route.

 

            Tout en parlant, Dean s’était  rendu dans la cuisine à la recherche de quelque chose à grignoter. Après un tri sélectif de ce qui pouvait encore être comestible, il s’arrêta sur un paquet de céréales. Il en versa une bonne quantité dans un saladier et ajouta le reste du lait. Sur le chemin de la chambre, il s’empara d’une cuillère et la plongea dans la mixture. Il tendit le tout à son frère qui l’interrogea du regard tout en déclinant son offre d’un signe de tête.

 

- Me regarde pas comme ça, Sammy, insista-t-il en lui plaçant le saladier sous le nez. Qu’est-ce que t’as fait des deux dernières parts de pizza ?

 

            Le visage de Sam s’était de nouveau fermé. Sa respiration était devenue saccadée. Ses yeux s’étaient durcis et venaient de quitter l’amalgame de céréales pour lancer des éclairs en direction de son aîné. Leurs regards entrèrent en contact et se verrouillèrent. Ils se fixèrent un moment avant que le plus jeune ne commence à céder du terrain. Au prix d’énormes efforts, il réussit à contrôler sa respiration en prenant de plus grandes bouffées d’oxygène. Ses sourcils se détendirent et ses mâchoires se relâchèrent lentement.

 

- J’les ai balancées au chien de la vieille peau qui habite en face, admit-il finalement en saisissant le saladier à contre cœur.


Lydean  (02.09.2012 à 19:19)

             Il devait faire confiance à l’instinct de Dean : cette chasse aurait un heureux dénouement. Il croyait en son frère plus qu’en lui-même alors ce ne devrait pas être si difficile de s’en convaincre. En tout cas, d’habitude c’était simple. Mais cette fois, il y avait un problème : il se méfiait de ses propres réactions. Il était de moins en moins maître de ses agissements. A chaque fois qu’il voulait suivre sa volonté, il devait fournir des efforts inimaginables. Du coup, derrière cette rage qui ne le quittait plus, il éprouvait également une profonde angoisse.

             Trois coups secs frappés sur la vitre le firent sortir de ses préoccupations. Comme convenu la veille, son aîné était passé le prendre au lycée juste après son examen. Ils avaient roulé pendant plus d’une heure. Le trajet avait été plutôt silencieux – ce qui l’arrangeait bien – jusqu’à ce que Dean se plaigne de sa fringale grandissante. Ils s’étaient donc arrêtés dans une station service et ce goinfre venait d’en ressortir les bras chargés de victuailles diverses. Et maintenant il lui tendait une partie de ses provisions avec son sourire débile.

 

- J’suis pas une oie, Dean ! S’énerva-t-il après avoir ouvert sa portière.

 

            Sans se formaliser, l’aîné haussa les épaules et déversa tout ce qu’il avait dans les bras sur les genoux de son frère. Il garda néanmoins les gobelets de café installés sur leur support cartonné. Puis il referma la portière et contourna l’Impala pour s’installer au volant. Sam le fixa avec de grands yeux ronds, totalement exaspéré par cette attitude. Il ne lui fallait déjà pas grand-chose pour qu’il s’énerve alors si en plus cet abruti le cherchait, ça risquait de vite dégénérer. Son irritation augmenta lorsqu’il entendit la sonnerie de son téléphone retentir. L’objet était dans la poche arrière de son jean et pour le récupérer, il lui fallait d’abord se débarrasser de ce fourbi. D’un geste rageur, il expédia le tout sur son aîné. Puis il se contorsionna et réussit enfin à faire glisser le portable hors de sa poche.

 

- Tu le couves ou quoi, se moqua Dean en le voyant s’agiter.

 

- J’te rappelle que c’est toi qui as exigé que je l’aie toujours sur moi, répondit-il sèchement, sans lui adresser un regard.

 

            Il prit connaissance du message et commença à répondre. A côté de lui, son aîné contribuait au rangement des provisions en engloutissant la nourriture et en balançant les emballages sur la banquette arrière. Mais malgré son insatiable boulimie, ses yeux restaient fixés sur lui. Cette sale manie était parfaitement exaspérante. Ne pouvait-il donc pas avoir une vie privée ? Il soupira et décida de l’ignorer. Il poursuivit la rédaction de son message tout en cachant au mieux l’écran de son téléphone. Puis il s’affaira à enfouir son portable dans la poche avant de son jean en prenant bien soin de ne pas croiser le regard inquisiteur de son frère.

 

- Jeanne ? Demanda finalement le plus vieux entre deux gorgées de café.

 

- J’croyais qu’on devait s’arrêter qu’cinq minutes, lança-t-il pour toute réponse en piquant rapidement le deuxième gobelet avant qu’il ne subisse le même sort que celui que tenait son aîné.

 

            Dean souffla son exaspération. Il balança le plateau en carton vide sur la banquette arrière et se débarrassa de la nourriture encore emballée en la répartissant tantôt sur le tableau de bord, tantôt sur les genoux de son cadet. Il mit le contact, enfonça la cassette dans le lecteur de l’autoradio et augmenta le volume. Aussitôt, Hard As A Rock résonna dans l’habitacle. La Chevrolet regagna la route et prit de la vitesse.

            Sam ne parvenait pas à savourer son café. Cette foutue musique était trop forte ! Son frangin était un abruti ! Et sa vie était merdique ! Il enfouit le plus possible le nez dans son gobelet mais du coin de l’œil, il voyait toujours son frère, les sourcils froncés, les yeux rivés droit devant lui comme si le fait de suivre la route lui demandait une vigilance extrême. Ils n’allaient quand même pas faire tout le chemin comme ça ?! Il y en avait pour des heures ! Un profond malaise s’installa au fond de lui. D’ordinaire, en entendant cette chanson, Dean ne pouvait pas s’empêcher de battre la mesure sur le volant. D’ailleurs c’était en le voyant faire quand il l’entendait à la radio que lui était venue l’idée de lui offrir l’album « Ballbreaker » dès sa sortie. C’était il y a près de quatre ans aujourd’hui. A ce moment-là tout était beaucoup plus simple. Peut-être était-ce la nostalgie, mais le fait de voir les doigts de son aîné cramponnés sur le volant de cette manière ne lui convenait pas du tout. Il profita de la transition entre deux chansons pour baisser considérablement le volume et tenter de relancer un peu la discussion.

 

- Jeanne était inquiète parce que ne suis pas au lycée.

 

- Tu ne l’avais pas prévenue que tu partais ? S’intéressa son aîné en lui octroyant enfin un regard.

 

- Ben, je ne l’ai pas vue puisqu’on est arrivés à la bourre ce matin et qu’il a fallu qu’on parte juste après mon exam, répondit-il amèrement.

 

- Tu me reproches quelque chose là ?! Non, parce que je te rappelle quand même que c’est toi qui m’as dit qu’on pouvait partir dès onze heures et il me semble bien qu’on s’est pointés dix minutes avant la sonnerie ce matin.

 

- C’était un exam, Dean, il fallait être présent vingt minutes avant le début de l’épreuve, s’emporta-t-il, incapable de se contrôler.

 

- J’peux pas deviner si tu m’le dis pas.

 

- C’est sûr ! C’est pas avec le nombre d’exams que t’as passés qu’tu peux le savoir.

 

            Cette fois, Dean ne répondit pas mais il n’augmenta pas le volume de l’autoradio pour autant. Il se concentra de nouveau sur sa conduite, les mâchoires serrées à l’extrême et le visage fermé. Sam abaissa ses paupières un instant. A son tour, il serra les dents avant de secouer indistinctement la tête : il avait encore foiré ! Cette attitude allait à l’encontre de ce qu’il avait décidé la veille. Il avait opté pour la solution la plus difficile : celle qui consistait à se battre jusqu’au bout. Cette décision il l’avait prise pour son frère – parce qu’il lui devait – mais jusque-là ce n’était pas une réussite. Il voulait s’excuser mais il avait peur d’ouvrir de nouveau la bouche. Dans sa tête, tout s’embrouillait. Il essayait tant bien que mal de se maîtriser, de faire des efforts et tout était anéanti en une micro seconde. Tout ça parce que l’ensemble de son corps se rebellait contre lui : Son cœur battait la chamade, ses poumons s’asphyxiaient, sa peau ruisselait, ses mâchoires se crispaient, ses muscles se tendaient, ses poings se serraient et ses cordes vocales prenaient un malin plaisir à faire résonner des énormités. Il n’était plus du tout sûr d’avoir pris la bonne décision. S’il voulait vraiment faire quelque chose pour son frère, alors peut-être devrait-il plutôt sauter de la voiture en marche !

            Malheureusement, c’est à cet instant précis que Dean stoppa l’Impala à un croisement. Toutes les voies étant désertées, il aurait pu poursuivre sa route mais il n’en fit rien.

 

- Quoi ? S’inquiéta Sam. T’attends que le panneau STOP passe au vert ?

 

            D’un geste brusque, Dean éteignit complètement l’autoradio.

 

- Sammy, j’ai besoin de savoir, commença-t-il après un moment d’hésitation. Est-ce que tu … Tu prends de la drogue ?

 

- Quoi ?! Non ! s’écria le plus jeune, outré par la question.

 

- Si tu en prenais, tu me le dirais ?

 

- Non, souffla-t-il sans même prendre le temps de la réflexion.

 

            Franchement, à quoi cela servirait-il ? Dean était au courant de tous ses faits et gestes sans même qu’il ne prononce un mot. Il devinait tout et anticipait toujours le moindre de ses mouvements. Il n’aurait même pas eu le temps de porter un joint ou un cachet d’extasie à la bouche que déjà son frère le lui aurait arraché des mains. Et puis l’idée ne lui était même pas venue à l’esprit.

 

- D’accord ! C’est pas la drogue, conclut le conducteur en fixant son passager comme s’il pouvait lire dans son esprit. Alors qu’est-ce que c’est ?

 

            Prisonnier du regard torturé de son aîné, Sam aurait vraiment voulu lui apporter une réponse honnête. Malheureusement, il était tout aussi perdu que lui et de toute façon, il estimait qu’il était préférable pour eux deux qu’il n’ouvre pas la bouche. Ce fut donc le plus vieux qui reprit la parole.

 

- Alors je vais t’dire, peut-être que t’en as juste marre d’avoir ton imbécile de frangin sur le dos ; peut-être qu’en ce moment tu as tout simplement un trop plein d’hormones en ébullition mais une chose est sûre : il y a un truc qui cloche et je vais trouver ce que c’est. Et dès que j’aurais trouvé, je résoudrai le problème rapidement – avec ou sans ton aide ! Est-ce que j’me suis bien fait comprendre ?

 

            Ca ne pouvait pas être plus clair ! Au-delà des mots, le regard de son grand frère était envahi de cette volonté farouche qui le caractérisait si bien lorsque quelque chose lui tenait à cœur. Si Dean l’avait décidé alors il réussirait. Il n’y avait aucun doute là-dessus. Sam acquiesça d’un signe de tête bref mais franc. Pendant que la Chevrolet reprenait sa route, il s’intéressa à ce qu’il avait sur les genoux et commença à picorer avant de prendre de vraies bouchées. Etonnamment son appétit revenait doucement. Encore plus surprenant : il s’aperçut que le ciel était dégagé et que le soleil lui envoyait une douce chaleur à travers les vitres de l’Impala.


Lydean  (05.09.2012 à 21:51)

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