HypnoFanfics

Evil Twins

Série : Supernatural
Création : 30.05.2012 à 17h19
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Pré-série. Une créature démoniaque jure de venger la mort de sa sœur jumelle, exterminée par John et Dean. Désirant les faire souffrir à leur tour, elle décide de s’attaquer à Sam. » Lydean 

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- Jeanne ? C’est Dean.

 

- Dean ? Comment as-tu eu ce numéro ?

 

- Sam me l’a donné, éluda-t-il, estimant qu’elle n’avait pas besoin de savoir qu’il enquêtait toujours sur les relations de son petit frère. Est-ce que tu sais où il est ?

 

- Il m’a déposée tout à l’heure …

 

- Quand exactement ?

 

- Ben j’sais pas, il y a environ dix minutes. Je crois qu’il a dit qu’il voulait faire un tour avant de retourner te chercher. Pour une fois que tu lui prêtes la voiture, c’est normal qu’il en profite, non ?

 

- Attends. C’est ce qu’il t’a dit ?

 

- Quoi ?

 

- Que je lui avais prêté ma bagnole.

 

- Oui. Il a dit que ça n’avait pas été facile parce qu’il n’y a rien de plus important pour toi que ta voiture. Mais que, finalement, tu avais cédé. Tu devrais lui faire plus confiance, tu sais. Sam est un excellent conducteur.

 

            D’accord, si c’était effectivement ce qu’il lui avait raconté, alors ça prouvait bien que son frangin avait une idée derrière la tête.

 

- Comment il était ?

 

- Comment ça ?

 

- Est-ce qu’il avait l’air d’aller bien ? Il était calme, énervé … ?

 

- Ben, il avait l’air normal. Il souriait, comme d’habitude. Apparemment il avait l’impression d’avoir réussi son examen. Alors forcément, ça l’a aidé à être de bonne humeur. Et puis, je lui ai filé mes cours pour qu’il puisse rattraper ce qu’il avait manqué. Du coup, il a décidé qu’il n’avait pas besoin d’aller à la bibliothèque et on est rentré plus tôt. Donc je dirais que Sam m’a paru tout à fait détendu et oui, il allait bien. C’est quoi toutes ces questions ? Tu t’inquiète pour ta voiture ? Tu ne devrais pas. Elle ne risque rien avec Sam. C’est quelqu’un de très prudent et de très réfléchi. Quand il prend une décision, il l’a toujours très mûrement cogitée. Enfin, tu le sais bien. Après tout, c’est ton frère.

 

            Ca, oui, il le connaissait bien et c’était ce qui l’inquiétait le plus. Alors comme ça, avec elle il était calme et réfléchi mais avec lui c’était une vraie boule de nerfs qui faisait n’importe quoi. Que devait-il en conclure ? Que son frère se foutait de lui depuis le début ? Si c’était le cas, il allait lui faire payer … et très cher !

 

- Par où est-il parti ?

 

- Euh, vers l’est je crois. Il a dû penser qu’un p’tit tour à la campagne lui ferait du bien.

 

            Ben voyons ! « Un p’tit tour à la campagne. » Il raccrocha sans prendre le temps de la remercier. Il appuya sur l’accélérateur mais la vieille guimbarde toussa et crachota. Elle devait être à sa vitesse maximale. Il frappa le volant avant de tourner violemment la poignée à sa gauche pour ouvrir la vitre. Il avait besoin d’un peu d’air frais et ce n’était pas juste à cause de l’odeur pestilentielle de pieds moisis qui régnait à l’intérieur de l’habitacle. Il était en proie à de sérieux doutes. Il ne savait plus si ce qu’il ressentait était de la colère ou de l’inquiétude mais quelque soit ce sentiment, il était directement dirigé vers son frère. Il secoua la tête. La réponse viendrait en son temps et ce n’était pas ce qui allait l’empêcher de le retrouver.


Lydean  (08.10.2012 à 22:03)

              Il était paumé au milieu de nulle part. Il se pencha en avant pour observer la végétation à travers le pare-brise. Il ne voyait même pas le ciel. Il était cerné par les arbres, les fougères et les ronces. Quoi de plus normal puisqu’il s’était engagé sur un chemin qui s’enfonçait dans une immense étendue forestière. Sur le moment, ça lui avait paru être une bonne idée. Le sentier n’était pas totalement sec en raison de l’humidité offerte par le sous-bois. Du coup, la peinture de l’Impala s’était progressivement constellée de crasse. En plus, c’était relativement drôle de faire du rodéo entre les arbres. Alors il ne s’était pas aperçu tout de suite que quelque chose clochait.

              La Chevrolet avait commencé par donner des à-coups puis, malgré le fait qu’il enfonçait la pédale d’accélérateur au maximum, elle s’était arrêtée complètement. Il avait bien essayé de la redémarrer mais elle refusait obstinément de fonctionner. Pourquoi lui faisait-elle ça ? Ce n’était pas du tout ce qu’il avait prévu. Non, ça n’avait rien avoir avec son plan. Il voulait juste donner une leçon à son frère, pas lui donner une bonne raison de le tuer !

             Quelle merde ! Il n’arrivait même plus à réfléchir. Il était toujours furieux contre son aîné mais pour une raison qu’il ignorait, une certaine appréhension en provenance de son subconscient cheminait doucement jusqu’à son esprit. Sa respiration devint laborieuse alors il tenta de se raisonner. Il devait faire quelque chose. Si ça se trouve, ce n’était rien du tout. Un petit réglage, un de ces espèces de tuyau à rebrancher ou un bon coup pour décrasser la machine et tout rentrerait dans l’ordre.

 

             Pour avoir vu Dean le faire un nombre incalculable de fois, il réussit à ouvrir le capot. Malheureusement, même si la nuit n’était pas encore tombée, il faisait très sombre et il ne distinguait rien. Il récupéra une torche dans le coffre et illumina le moteur. OK, maintenant il voyait bien … mais ça ne l’avançait pas beaucoup. Il persévéra néanmoins car son appréhension se muait lentement mais sûrement en une crainte profonde. Il frissonnait. Il se rassura : Il n’y avait rien d’étonnant là-dedans, son tee-shirt ne faisait pas le poids face à l’humidité du sous-bois ajouté au crépuscule. Ces frissons n’étaient donc qu’une réaction normale de son corps face à la fraîcheur qui l’entourait. S’il voulait échapper à l’hypothermie, il devait se bouger un peu plus. Repérant la batterie, il tenta de vérifier les cosses. Ses doigts avaient à peine touché le métal que la sensation de brûlure lui fit faire trois pas en arrière. Enervé, il balança deux coups de pieds sur le pare-choc. Mais la seule conséquence de ce geste rageur fut une nouvelle douleur dans son pied droit. Saloperie de bagnole ! Il retourna dans le coffre, saisit une clé à molette et revint à la charge. Il resserra un boulon par ci et un boulon par là avant de faire un nouvel essai … rien. Il insista sur la clé de contact, pompa sur la pédale d’accélérateur … toujours rien. Il serra les poings et replongea de nouveau dans le capot, la torche dans la main gauche et la clé dans la droite. Complètement désespéré, il commença à tapoter sur le gros cylindre en face de lui, puis sur l’espèce de boitier près du tableau de bord. Mais la nouvelle tentative fut aussi concluante que les précédentes. Il frappa donc plus fort avant de faire un ultime essai.

 

            Putain de bagnole de merde ! De rage, il ressortit de la voiture, claqua la portière derrière lui, referma le capot avec force, empoigna une grosse branche sur le sol, l’arma comme s’il s’agissait d’une batte de base-ball et l’abattit de toutes ses forces sur l’Impala. Les deux premiers coups résonnèrent dans le sous-bois. Le troisième envoya valser des milliers de petits bouts de verre lorsque l’optique de phare explosa.

 

            Non ! Non, non, non ! Horrifié, il lâcha son arme improvisée et se pencha pour évaluer les dégâts. Non seulement le bébé de son frère ne démarrait plus à mais en plus, maintenant, elle était borgne ! Envahi par de lourds regrets, il se mit à caresser la carrosserie avant de se figer sur place. Devenait-il fou ? Ne voyait-il donc pas à quel point ce geste était absurde ? Qu’est-ce qu’il croyait ? Qu’elle allait lui pardonner s’il lui présentait des excuses ? A moins qu’il n’espérait un miracle. Ah oui, ça, ça aurait été bien. Parce que là il était foutu, complètement foutu. Il glissa le long de l’aile gauche et se laissa tomber à même le sol, le dos appuyé sur la roue avant.

 

            Pourquoi ? Qu’est-ce qui … ? Comment en était-il arrivé là ? Il était seul, perdu au milieu de nulle part. Il était frigorifié et la seule personne qui aurait pu être en mesure de l’aider, allait, à coups sûrs, lui en vouloir à mort.

 

            Sans vraiment y faire attention, il sortit l’objet qui le gênait dans la poche arrière de son jeans. Il l’observa un moment, se demandant s’il devait l’utiliser ou le balancer le plus loin possible. Il avait éteint son portable parce qu’il ne voulait pas donner les moyens à Dean de le retrouver. Son frère et lui avaient vu ça un soir, dans un reportage : Un enfant qui avait été enlevé avait pu être localisé grâce à son téléphone. Inutile de dire que Dean avait trouvé ça très intéressant. Alors il avait préféré ne pas lui octroyer cette possibilité. Mais maintenant il se demandait si ça avait été une si bonne idée. Il aurait tellement voulu qu’il soit là. Enfin, si ça avait été dans d’autres circonstances. Son pouce survola les touches, attendant l’ordre d’appuyer dessus. Après tout, qu’est-ce que ça lui coûtait de l’allumer ?

            La mise en route était à peine terminée, que déjà son téléphone lui indiqua qu’on avait cherché à le joindre. Il considéra l’écran un moment. Il y avait un appel de Jeanne perdu au milieu d’une multitude de messages en provenance de Dean. Devait-il vraiment les écouter ? Au point où il en était, quelques reproches et menaces supplémentaires ne le toucheraient plus.

 

« Sam, t’as intérêt à avoir une excellente explication pour avoir piqué ma bagnole sans me le dire ! T’as cinq minutes pour revenir ici. »

 

            Il souffla son abattement. Le délai étant dépassé depuis un bail, il avait peu d’espoir que la suite lui soit plus favorable. Peut-être serait-il préférable de raccrocher …

 

« Les cinq minutes sont passées ! Qu’est-ce que tu fous, bordel ? Reviens immédiatement ! »

 

            Pourquoi était-il incapable d’appuyer sur la touche qui le libèrerait de ce calvaire ? Tout bien considéré, ce genre de messages le touchait plus qu’il ne voulait bien l’admettre – le pire n’étant pas vraiment les mots mais le ton utilisé par son aîné.

 

« Sam, putain réponds ! J’te préviens : je suis à ta recherche alors tu f’rais mieux de me rappeler avant que je te retrouve ! »

 

            Oui, alors là, il voulait bien le croire ! Pourtant ça ne l’encourageait pas franchement à le rappeler. Pourquoi, malgré tout, espérait-il au plus profond de lui que son grand frère parvienne à le retrouver ?

 

« Bordel Sam, rallume ton putain de portable ! »

 

            Ca c’était fait. Mais à y repenser, ça n’avait pas été la meilleure idée du siècle. Son mal-être s’amplifia sans demi-mesure.

 

« Sam, c’est Jeanne. »

 

            Le changement de voix le fit tressaillir. Il aurait dû être heureux de l’entendre. Elle était si gentille. Mais la seule chose à laquelle il pensait à cet instant était de trouver un moyen de se sortir de là.

 

« Ecoute, je viens d’avoir un appel de Dean. Il avait l’air furax que tu lui aies pris sa voiture. Je ne comprends pas. Ca fait un moment que tu aurais dû lui rapporter. Je suis très inquiète pour toi. S’il te plait, rappelle-moi. On trouvera une solution tous les deux. Tu pourras même dormir à la maison le temps que ton frère se calme. Je n’en reviens pas qu’on puisse se mettre dans des états pareils juste pour une voiture. C’est complètement dingue. J’te laisserai pas tomber, rappelle-moi ! »

 

            Sur ce coup-là, Jeanne avait tout faux ! « … juste pour une voiture. » Première erreur ! C’était la base du problème. L’Impala n’était pas juste une voiture, c’était ce qui comptait le plus aux yeux de Dean. Et non seulement, il lui avait piqué mais en plus il … Son regard se porta sur les petits éclats de verre qui constellaient le chemin. Bien sûr que son frère était furax. Il avait toutes les raisons de l’être. Et quand il verrait l’état de sa bagnole, ça n’allait pas s’arranger ! Pas de doute possible. Autant dire qu’il n’y avait aucune chance pour qu’il se calme avec le temps. Bien au contraire. Le connaissant, plus les minutes s’écoulaient sans qu’il l’ait retrouvé et plus il serait sur les nerfs.

 

             Il raccrocha avant d’écouter le dernier message. C’en était trop. De nouveau, son esprit s’embrouilla. Il ressentait toujours cette colère sourde dont il était incapable de déterminer l’origine. Il avait envie de tout démolir, de frapper tout le monde. Et en même temps, il était extrêmement malheureux, complètement désespéré. Toute cette fureur venait de s’orienter vers lui. Dean avait toutes les raisons de lui en vouloir. Qu’est-ce qui lui avait pris ? Pourquoi s’était-il mis dans cet état ? Comment en était-il arrivé là ? Tout ça n’avait plus réellement d’importance. L’unique chose qui comptait à présent était qu’il était tout seul, qu’il avait froid, qu’il ne savait pas où il était et qu’il n’avait même plus la possibilité de demander de l’aide à la seule personne en qui il avait toujours pu compter. Tout ça parce qu’il avait déconné ! Il était vraiment catastrophique comme petit frère. Non, c’était pire que ça, il était monstrueux. Tout ce qu’il avait fait ces derniers temps, ça ne lui ressemblait pas et pourtant c’était bien lui. Il détestait ce qu’il était en train de devenir mais il n’arrivait pas à le maîtriser. C’était un peu comme si sa nature profonde faisait soudain surface alors qu’il avait essayé de la cacher pendant toutes ces années. Finalement, cette situation était peut-être un signe. Il avait fait suffisamment de mal comme ça et il refusait de continuer de cette manière. Le mieux serait sans doute qu’il disparaisse pour de bon.

            Totalement désespéré, il continuait à fixer son téléphone. Il restait un message, un seul. Peut-être devait-il faire l’effort de l’écouter. A ce stade, il n’avait plus rien à perdre. Pourtant, il avait peur. Il craignait que ces derniers mots n’anéantissent l’infime espoir qui se battait encore au fond de lui : Il était possible – avec un éventuel petit coup de pouce divin – que la situation s’arrange, s’il faisait le choix d’affronter la colère de son frère. Après tout, il s’agissait de Dean. Anxieux mais résigné, il lança la lecture du dernier appel.

 

« Sammy, déconne pas ! Quand tu auras rallumé ton portable, rappelle-moi. J’veux juste savoir si tu vas bien. Il faut que … Oublie tout ce que je t’ai dit avant, ok ? Allez, déconne pas, Sammy. Rappelle-moi, s’il te plait. »

 

            Dès le premier mot, des larmes chaudes avaient sillonné sur ses joues gelées. L’ensemble de son corps fut soumis à des tremblements qu’il ne put empêcher. Il plia ses genoux et appuya ses coudes dessus afin de mieux enfouir sa tête dans la cachette que lui procuraient ses bras. Il était incapable de réfléchir. Il était complètement perdu. Que devait-il faire ?


Lydean  (10.10.2012 à 17:40)

            Dean scruta les alentours et emprunta le troisième chemin qu’il trouva sur sa gauche. Il avait inspecté les deux premiers sans aucun succès. La nuit était tombée et il ne distinguait rien à plus de cinq mètres tant ces feux de croisement étaient faibles. Quant à ses pleins phares, ils étaient inexistants. C’était à croire que le sort s’acharnait sur lui. Quelle galère !

            Malgré tout, il persévérait. Sam était forcément dans le coin et il n’avait pas d’autre choix que de poursuivre ses recherches dans cette vieille caisse pour le retrouver. D’autant plus qu’il savait qu’il se rapprochait de lui car son dernier appel avait porté ses fruits. Le simple fait de ne pas tomber directement sur la messagerie, lui avait redonné l’espoir. Même si son cadet n’avait pas fait l’effort de le rappeler alors qu’il avait remis en fonction son téléphone, lui, au moins, avait toujours la possibilité d’essayer de le joindre. Et il n’avait pas hésité une seconde. Après quatre sonneries interminables, il avait enfin entendu la voix de son frère :

 

- Dean, je suis désolé, avaient été les premiers mots qu’il avait murmurés.

 

            N’ayant que faire de ses excuses, il lui avait demandé où il se trouvait. La réponse avait tardé mais entre les microcoupures dues à la perte intermittente du réseau, il avait finalement compris où il devait cibler ses recherches. Puis sa batterie l’avait lâché au moment où il lui avait ordonné de rester où il était – anéantissant par la même occasion tout espoir de pouvoir le recontacter.

            Le sentier qu’il arpentait était très chaotique mais la dépanneuse filait droit car il n’avait pas relâché son emprise sur le volant depuis des lustres. D’ailleurs, ses articulations lui faisaient un mal de chien mais c’était plus fort que lui. A priori, Sam allait bien mais le temps qu’il ne s’en serait pas assuré par lui-même, il serait dans l’incapacité de se détendre. Et même après ça, il ne pouvait pas être certain que tout s’arrangerait. Il était en colère, vraiment très en colère ! Il ne se souvenait pas avoir été à ce point fâché contre son cadet – sauf peut-être le jour où ce petit crétin avait décidé de fuguer. Mais même là, il avait tellement été heureux de le retrouver qu’il avait été incapable de se souvenir de sa rancœur et il lui avait tout pardonné en une fraction de seconde. Aujourd’hui, c’était différent : Sam faisait n’importe quoi. Il passait son temps à se mettre en danger. C’était intolérable et il fallait que ça cesse ! Si pour qu’il revienne à la raison, il devait le secouer alors ce ne serait vraiment pas un problème !

 

            Il plissa les yeux lorsqu’il discerna une forme sombre en face de lui. En se rapprochant, il sut qu’il était enfin arrivé à destination. La première chose qu’il aperçut fut son petit frère assis sur le sol, adossé à la Chevrolet, les genoux repliés sur lui-même et la tête enfouie dans ses bras. Lorsqu’il s’arrêta juste derrière l’Impala, il vit Sam se redresser doucement. Il coupa le moteur mais laissa néanmoins les phares allumés. Il observa son cadet à travers le pare-brise encrassé : Ses mouvements étaient restreints et peu assurés et lorsqu’il daigna relever légèrement la tête, le faisceau des feux de croisement de la dépanneuse accentua son teint blafard. Quant à ses yeux, il ne les reconnaissait plus : derrière un soupçon d’appréhension et une lueur d’espoir, il pouvait voir une colère sourde sommeiller au fond de lui. Ce n’était malheureusement pas la première fois qu’il voyait ce regard et un frisson glacé longea sa colonne vertébrale. La personne qu’il avait devant lui dans ces moments-là n’était plus vraiment Sammy et il détestait ça. Même ses bras ballants n’avaient pas trouvé le chemin pour que ses mains puissent s’enfouir dans ses poches. Ses sourcils se froncèrent d’eux-mêmes sans qu’il s’en aperçoive. Il sortit en toute hâte du véhicule lorsqu’il constata l’état déplorable de cet être à l’allure si fragile qu'il reconnaissait à peine. Il avait l’air frigorifié : il tremblait de partout et sa peau était bleue. Il savait bien pourtant qu’il faisait horriblement froid quand la nuit tombait ! Il aurait pu penser à prendre de quoi se couvrir, plutôt que de rester bêtement en tee-shirt ! Mais qu’avait-il donc en tête ?! Si cet imbécile choppait en plus une pneumonie, il ne manquerait pas de le soigner à sa manière ! Tout en ôtant sa veste, il avança à grands pas vers lui, déterminé à mettre un point final à cette situation.


Lydean  (12.10.2012 à 19:57)

Chapitre 16

 

             L’arrivée de son aîné le rassura dans un premier temps. Il n’était plus seul. Dean allait le sortir de ce merdier dans lequel il s’était fourré. Mais lorsqu’il le vit descendre de la voiture, il résista à l’envie de s’enfuir à toutes jambes ! Après avoir claqué la portière plutôt violemment à son goût, son frère avança d’un pas décidé vers lui. Son visage était fermé, ses sourcils froncés et ses yeux reflétaient une certaine colère qu’il aurait préféré éviter. Visiblement très énervé, il venait d’enlever sa veste d’un geste brusque. Vraiment tout ça n’annonçait rien de bon pour lui ! Il aurait pourtant dû se douter que ça ne se passerait pas si facilement.

 

- Mets ça ! Ordonna Dean sur un ton sec, en lui tendant le vêtement.

 

            Il esquissa un pas en arrière en secouant négativement la tête. Mais son aîné ne l’entendait pas de cette manière et grâce à quelques mouvements rapides et agiles, il s’approcha suffisamment près de lui pour lui attraper le poignet. Il le serra tellement fort qu’il crut un instant que ses os allaient se briser. Il leva la tête vers lui et se trouva face à cette lueur déterminée qu’il connaissait bien – même si d’ordinaire elle ne lui était pas destinée – et qui l’obligea à obéir.

            Tout en enfilant la veste, il prit conscience du grand bouleversement qui venait de s’effectuer au sein de son organisme. Cet immense sentiment de rage qui le hantait depuis des jours l’avait déserté en partie, au moment même où son frère avait saisi son poignet. Réconforté par la chaleur que lui fournissait ce vêtement si confortable, il n’en restait pas moins très mal à l’aise. La culpabilité qui sommeillait en lui, prit rapidement de l’ampleur. D’autant plus que Dean continuait de le fixer. Il l’interrogeait du regard, espérant très certainement comprendre ce qui lui était passé par la tête. Il aurait voulu lui dire quelque chose mais aucun mot n’était en mesure de franchir ses lèvres. En plus, rien ne lui disait que la colère résiduelle circulant encore dans ses veines, ne lui ferait pas dire des horreurs. Il évita donc les yeux inquisiteurs de son grand frère et préféra admirer la pointe de ses chaussures. De toute façon, que pouvait-il bien lui dire ? Il ne trouvait aucune explication logique à ses actes et son moral était au plus bas. Il se sentait minable et maudissait cette solitude qui découlait de ses agissements. Il avait fait une sale vacherie à l’unique personne qui aurait pu lui remonter le moral. Mais pourquoi avait-il fait ça ? Il resserra la veste de son frère autour de lui dans une tentative désespérée de combler ce besoin vital de réconfort.

 

- Monte dans la dépanneuse, lui ordonna Dean, froidement.

 

            Il s’exécuta sans se faire prier. Il voulait en finir et partir d’ici le plus vite possible. En s’installant sur le siège passager, il observa son aîné évaluer les dégâts sur l’Impala. Il était déjà bien remonté et malheureusement ça n’allait pas s’améliorer. Pourtant, dans son dernier message, Dean avait l’air moins en colère et bien plus inquiet. Son changement d’humeur avait dû rebasculer au moment où il avait constaté qu’il allait bien. A moins que ce ne soit parce qu’il ne l’avait pas rappelé alors que c’était la seule chose qu’il lui avait demandée – presque suppliée. Ou encore parce que sa patience, déjà très limitée, avait été mise à rude épreuve. Il ne pouvait pas l’en blâmer. Lui-même ne pouvait plus se supporter.

 

            Dean grimpa dans la dépanneuse et mit le contact. Il amorça une marche arrière sans se préoccuper de son passager. Pourtant, Sam le regardait, abasourdi : Son aîné n’allait tout de même laisser sa voiture, son « bébé », ici, au milieu de nulle part ! A cet instant, il se dit que finalement, il avait plus de chance que la Chevrolet car lui au moins,  n’avait pas été abandonné aux fins fonds des bois. Mais quelques mètres plus loin, la dépanneuse effectua un demi-tour avant de repartir en marche arrière dans le sens inverse. Bien sûr ! Dean allait remorquer l’Impala. A aucun moment il n’avait envisagé de la laisser tomber. Elle était bien trop précieuse à ses yeux. La question maintenant était de savoir si lui aussi avait encore un peu de valeur aux yeux de son grand frère. Parce qu’une chose était sûre : il ne l’avait jamais vu aussi en colère. Pourquoi ne disait-il rien ? Pourquoi ne s’énervait-il pas une bonne fois ? Il n’allait tout de même pas faire comme s’il n’existait pas. Non, il n’avait pas le droit de l’ignorer comme ça !

 

            Malheureusement pour lui, son aîné c’était de toute évidence octroyé ce droit. Mis à part les couinements épouvantables provenant de la vieille guimbarde, le trajet jusqu’au garage s’effectua dans un silence de mort. Dean avait tout du robot qui suivait son programme à la lettre sans se laisser distraire par quoi que ce soit … ou qui que ce soit. Il agissait de manière mécanique, impassible, glacial. D’abord il libéra la Chevrolet de son harnais. Puis il récupéra les clés de contact sur la dépanneuse, repartit en claquant la portière et pénétra dans le bureau dans lequel son patron devait encore travailler puisque la lumière artificielle filtrait à travers la fenêtre. Il en sortit environ cinq minutes plus tard avec un bidon et disparut dans l’obscurité derrière l’Impala.

            Il avait une furieuse envie de se retourner pour voir ce que son aîné fabriquait. Dans le but d’être plus discret, il orienta le rétroviseur intérieur dans la bonne direction. Mais la faible luminosité des lampadaires de la rue ne lui permettait pas d’y voir quoi que ce soit. Il soupira. Pourquoi ne sortait-il pas tout simplement de cette vieille bagnole qui puait des pieds ? En plus, il commençait à avoir des fourmis dans les jambes. Sa décision prise, il grimaça lorsque les gonds de la portière se mirent à grincer affreusement. Peut-être que le bruit aurait le mérite de rappeler à son frère qu’il était toujours là ! Mais encore une fois, il fut déçu de son manque de réaction. Dean referma le réservoir d’essence et s’installa au volant. Aussitôt, le moteur riposta mais au deuxième essai, il s’emballa et le ronronnement familier résonna dans la pénombre.

            Etait-il possible que la panne vienne de là ? Non, ça ne pouvait pas être un simple manque d’essence. Il s’en serait aperçu ! Quoique, en y repensant, il ne se souvenait plus d’avoir vraiment vérifié. D’ailleurs, il ne se rappelait pas de grand-chose, juste qu’il était hors de lui. Mais là encore, impossible de savoir pourquoi …

            Le phare de l’Impala s’illumina, Dean amorça une marche arrière et son cœur se serra d’un coup. Son frère n’allait quand même pas partir sans lui ?! Il envisagea sérieusement de se ruer sur la portière pour s’installer furtivement à l’intérieur. Mais il restait bêtement planté là, partagé entre l’angoisse et la colère. Puis Dean coupa le moteur et il se détendit de nouveau. Grâce à la luminosité du lampadaire, il put observer les moindres faits et gestes de son aîné qui ne mit pas plus de quelques secondes à changer l’ampoule du phare avant gauche. Finalement, mis à part la boue qui envahissait tout le bas de caisse et l’absence de l’optique qui laissait l’ampoule à nue, la Chevrolet était comme neuve. Dean avait su la réparer en moins de cinq minutes et sans effort particulier. Alors, s’il était si doué pour arranger les choses, pourquoi n’essayait-il même pas de l’aider lui, son propre petit frère ? Pourquoi se bornait-il à s’occuper de sa foutue bagnole sans même lui accorder un regard ? Il sentit la colère l’envahir de nouveau et fit son possible pour la maîtriser. D’un autre côté, il n’allait pas le laisser l’ignorer comme ça. Ses jambes se mirent en mouvement et il monta dans l’Impala. Comme ça, au moins, Dean ne repartirait pas sans lui !

 

            Et, effectivement, ils rentrèrent tous les deux, toujours dans un silence de plomb. Une heure plus tard, rien n’avait changé – sauf peut-être le fait qu’ils n’étaient plus assis en voiture mais étendus sur leurs lits.

 

            Impossible de dormir ! Il en était malade. Accablé, vide, fautif, malheureux, sur les nerfs, il ne savait pas laquelle de ces douloureuses sensations était la plus difficile à supporter. S’il voulait arrêter de se torturer l’esprit, avoir l’infime espoir de se sentir mieux, il n’avait pas le choix : il devait mettre tout ça au clair avec son aîné.

 

- Je paierai la réparation, s’engagea-t-il d’une voix si faible qu’il se demanda si son frère l’avait entendu.

 

            Au bout d’un moment, il soupira. Une chose était sûre : Dean ne dormait pas. Le problème était qu’il ne réagissait pas non plus. La rage subsistante qui affluait toujours dans son système nerveux, affleurait sa peau et il n’était pas sûr d’être en mesure de la gérer encore longtemps. Décontenancé, il réitéra malgré tout sa tentative.

 

- Si tu me montres, ou juste que tu m’expliques, je pourrais peut-être faire la réparation moi-même.

 

            Toujours pas de réaction. Le désespoir qu’il ressentait se traduisit par une exaspération telle qu’il devint agressif.

 

- Dean, merde ! Je sais que tu ne dors pas alors réponds, bordel !

 

- L’optique de phare ne me coûtera rien et je n’ai pas besoin de toi pour réparer ma bagnole.

 

            Ces quelques mots eurent l’effet d’un coup de massue sur le sommet de son crâne. La réponse n’était pas à la hauteur de ses espérances et le ton était glacial. Il sombra de nouveau dans la démoralisation la plus totale.

 

- Alors quoi ? Y a rien à faire, c’est ça ?

 

            Derrière cette question anodine, se cachait en réalité son ultime et infime espoir. Ses pensées étaient à des milliers de kilomètres de l’Impala maintenant. La seule chose qu’il voyait était que si son grand frère ne cherchait plus à l’aider alors il n’y aurait effectivement plus rien à faire, plus rien à espérer … 


Lydean  (14.10.2012 à 17:00)

            La voix cassée de son petit frère l’incitait à le réconforter. Il voulait lui dire qu’il ne devait pas s’en faire pour l’Impala, que ce n’était pas ce qui importait et qu’il n’y avait rien à ce sujet qui puisse justifier qu’il se torture encore. Sauf que ça allait à l’encontre de son plan. Ca faisait un bail que son instinct lui hurlait que quelque chose de beaucoup plus grave se cachait derrière tout ce foutoir et il avait besoin d’en avoir le cœur net. Malgré ses réactions étranges de ces derniers temps, il connaissait très bien son cadet. Et comme rien de tout ce qu’il avait fait jusque-là n’avait été très concluant, il avait décidé d’adopter cette attitude dédaigneuse, l’ignorant superbement. C’était bien une chose que Sammy ne supportait pas et qui l’inciterait forcément à réagir. En plus, ça n’avait pas été très difficile car il lui en voulait énormément. Cette situation ne pouvait plus durer. Il était hors de question que son petit frère se mette une nouvelle fois en danger aussi stupidement. Le moment était venu de s’expliquer clairement et il ne flancherait pas jusqu’à ce que tout soit résolu !

             Il s’assit donc sur le bord de son lit et appuya sur l’interrupteur. La lumière soudaine dégagée par l’ampoule du plafond leur agressa les yeux. Après quelques secondes d’adaptation, il constata que Sam était toujours allongé sur le dos et qu’il s’était caché en plaçant son avant-bras sur son visage.

 

- Dis-moi ce qui t’es passé par la tête, lança-t-il de but en blanc.

 

            Voyant que son cadet restait muet, il l’incita à réagir.

 

- Sam ! C’est toi qui a voulu parler alors parle !

 

            Le plus jeune soupira : maintenant Dean n’allait pas le lâcher. Et le plus désespérant était qu’il n’avait aucune réponse à lui apporter. Il ne savait même pas lui-même ce qui le mettait dans ces états extrêmes. Il se dit alors qu’il aurait mieux fait de s’abstenir. Pourquoi avait-il fallu qu’il commence cette foutue conversation ? Après tout, passer une nuit blanche n’était pas si terrible. Il avait l’habitude, surtout ces derniers temps. Maintenant, c’était trop tard. Il sentait le regard insistant de son aîné braqué sur lui. C’était irritant au point qu’il en serra les mâchoires et les poings.

 

- J’te l’ai déjà dit, articula-t-il difficilement entre ses dents. J’ai pas d’explication. Y’a rien à dire !

 

- Y’a rien à dire ?! Explosa le plus vieux en se levant brusquement. Arrête de te foutre de moi ! Tu fais n’importe quoi. Tu ne manges plus rien. Si ça continue c’est tes fringues qui vont te porter. Et puis, ça fait combien de temps que tu n’as pas dormi ? Oh, et évite les conneries du genre : « Mais non, Dean ! Tu te fais des idées, Dean ! J’vois pas de quoi tu parles, Dean ! … »

 

            Cette imitation plus qu’approximative et cette pseudo-analyse de son problème ne plurent pas le moins du monde à Sam qui laissa son ressentiment s’exprimer.

 

- Ben voilà, c’est ça ! Je suis anorexique, je m’empêche de dormir et mon seul plaisir est de te pourrir la vie. Oui c’est ça, je fais tout ce qu’il faut pour être crevé et devenir un emmerdeur de p’tit frère !

 

- Tu n’es pas un … enfin si, t’en es un ! Surtout quand tu réagis comme ça. Mais ça ne peut pas durer. Dis-moi c’qui cloche ! Et regarde-moi, bordel !

 

            Le plus jeune souffla son exaspération et s’exécuta. Il ôta son bras de son visage et s’assit sur le bord de son lit. Malgré tout il n’avait aucune envie de lever la tête pour croiser le regard furieux de son frère. En plus, Dean ne cessait d’arpenter la chambre dans tous les sens et ça lui donnait le tournis.

 

- C’est si difficile à croire pour toi que j’puisse être comme ça, lui demanda-t-il finalement.

 

 - C’est-à-dire ?

 

- J’suis un mec normal de seize ans, Dean ! J’étais tellement en rogne contre toi ce matin que j’ai eu envie de te faire chier. Et bousiller ta bagnole m’a paru un bon moyen d’arriver à mes fins. C’est tout. Inutile de te creuser les neurones pour essayer d’élucider le mystère. Alors si ça t’énerve tant que ça, tu n’as qu’à m’en coller une et on n’en parle plus !

 

            Le poing de Dean siffla dans les airs avant de s’abattre violemment sur la table de chevet qui séparait leurs deux lits.

 

- Arrête de me prendre pour un con ! Hurla-t-il, exaspéré.

 

            L’aîné se calma net dès qu’il croisa enfin le regard de son petit frère. Sa réaction explosive l’avait fait sursauter et il avait fini par relever la tête, médusé. A présent, il pouvait voir les cernes noirs qui se creusaient sous ses yeux rougis par la fatigue. Cette vision agit instantanément sur son humeur et il se radoucit en une fraction de seconde. Il se rassit sur son lit et se massa les arcades sourcilières dans un geste qui se voulait apaisant. Pour autant, il n’avait pas envie d’en rester là. Après tout, rien n’avait encore été résolu.

 

- Sam, c’est pas de la bagnole dont je suis en train de parler. J’m’en fous de la bagnole …

 

- Ouais ! Souffla ironiquement le cadet en se levant. C’est ça ! J’vais t’croire !

 

- Quoi ? S’étonna le plus vieux en l’imitant.

 

           Le changement de ton ne lui plut pas du tout mais la lueur de rage qu’il venait de croiser dans le regard de son petit frère lui indiqua que l’explosion allait être imminente. Alors il se prépara moralement et physiquement à encaisser. De toute façon, ils devaient en passer par là !

 

- Tu ne te rends pas compte à quel point tu es pathétique mon pauvre Dean ! Commença Sam en arpentant la chambre de long en large. Tu veux que j’arrête de te prendre pour un con ? Ben mon p’tit pote t’as qu’à commencer par utiliser ta tête. De quoi tu voudrais que je te parle ? De toute façon tu n’comprends rien ! T’es incapable de réfléchir par toi-même. Il faut toujours qu’il y ait quelqu’un pour te souffler les réponses. Et si tu ne trouves personne pour t’aider et ben tu restes planté là tout seul comme un con et tu ne fais rien ! T’es même pas foutu de t’en rendre compte parce que tu ne t’es jamais posé cette question ! C’est dramatique ! T’as aucune personnalité. Ta foutue bagnole de merde, tes goûts musicaux – si on peut appeler ça comme ça – et même ta veste en cuir, rien ne t’appartient vraiment. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu n’es rien ! Tu n’es personne !

 

- T’as fini ?! Intervint Dean en essayant tant bien que mal de garder un semblant de calme.

 

- Oh, non ! Je suis loin d’en avoir fini ! Finalement t’es quoi ? T’es qu’une pâle copie de notre père ! Et encore, même ça t’es pas foutu de le faire correctement ! Mais tu sais quoi ? C’est pas plus mal. Non mais franchement tu pouvais pas te trouver un meilleur modèle ? John Winchester, hurla-t-il en faisant de grands gestes avec ses bras, le plus grand chasseur de monstres de tous les temps ! Formidable ! Ben tu sais quoi, c’est tout ce qu’il est ! Il est tellement borné qu’il ne vit que pour sa putain de vengeance et sa quête à la con. Résultat, la seule chose qu’il est à mes yeux, c’est un géniteur ! Il n’est jamais là pour nous et il se fout complètement de nous mettre en danger …

 

- Bon allez, c’est bon ! T’as fini ! S’énerva l’aîné.

 

           Il ne supportait plus d’entendre autant d’horreurs sur leur père ni sur sa vengeance qui n’avait vraiment rien d’anodine puisqu’elle concernait quand même le meurtre de leur mère. Il serra les poings, résistant à l’envie d’incruster la tête de son frangin dans le mur derrière lui.

           Mais ça, Sam l’avait bien compris et il savait où appuyer pour que ça fasse mal ! La machine était lancée et il ne contrôlait plus rien. Les mots fusaient et se plantaient directement dans le mille à chaque fois. Il déversait toute la fureur qu’il avait en lui mais rien ne le soulageait vraiment. Alors il poursuivit en affichant un sourire malsain :

 

- Ah, non, non ! Tu voulais qu’on parle, alors on parle ! Quoi ? J’tai vexé ? Mais y a qu’la vérité qui blesse mon p’tit Dean ! Tu me détestes, hein ? T’inquiète, c’est réciproque. J’suis sûr que là, t’as vachement moins envie d’être mon grand frère ultra protecteur. Je sais que t’en as marre de moi. Mais tout ça c’est de la faute de ton idole : Ta vie serait tellement plus simple si papa m’avait laissé cramer avec mam …

 

            Dean ne le laissa pas finir sa phrase et mit un point final à cet épouvantable monologue.

 


Lydean  (17.10.2012 à 13:15)

- Je sais que t’en as marre de moi. Mais tout ça c’est de la faute de ton idole : Ta vie serait tellement plus simple si papa m’avait laissé cramer avec mam …

 

            Il n’eut pas le temps de la voir arriver. En revanche, il ressentit pleinement la gifle que lui administra son frère. Il recula de deux pas sous l’effet de l’impact. Aussitôt, il appliqua sa main gauche sur sa joue tout en essayant de faire face aux différents ressentis qui l’assaillaient.

            Comme au poste de police, le « Sam diabolique » venait de disparaître en une fraction de seconde, le laissant seul face à ses méfaits. Il n’y avait plus une once de colère en lui, juste une épouvantable masse de remords. Dean le fixait, attendant certainement une réaction de sa part. Malheureusement, il en était incapable. Il était comme pétrifié. En soi, la gifle avait été douloureuse mais supportable. En revanche, la symbolique du geste fit naître en lui une souffrance indescriptible. Il avait terriblement mal. Les propos que son double maléfique lui avait fait dire étaient blessants et injustes. Il n’en pensait pas le moindre mot et regrettait amèrement que son aîné les ait entendus. Cinq minutes auparavant, il aurait tout fait et tout dit pour faire réagir son frère, lui rappeler qu’il était là et qu’il avait besoin de lui – au risque de déclencher une bagarre avec lui et provoquer une rupture irrévocable entre eux. Et maintenant qu’il était parvenu à ses fins, il aurait fait n’importe quoi pour que ce moment n’ait jamais eu lieu. Pourquoi n’avait-il pas su éteindre ce feu rageur qui l’avait consumé de l’intérieur et avait réduit en cendres la relation si forte qui le liait à son frère ? A ce stade, les excuses étaient inutiles, le pardon impossible ! Il sentit un grand vide se former au sein de son corps. Sa gorge était nouée. Ses yeux le brûlaient tant il refusait de laisser ses larmes couler. Il ne devait pas pleurer, il n’en avait pas le droit !

          Puis ce fut son estomac qui se manifesta. Décidément, tous ces bouleversements entraînaient des conséquences extrêmement désagréables au sein de son organisme. Il se retint et se précipita vers la salle d’eau. Il eut juste le temps d’atteindre la cuvette des toilettes avant de vomir une mousse jaunâtre. Il suffoquait et commençait à éprouver des vertiges. Cette désagréable sensation lui donna des sueurs froides. Un moment, il crut percevoir la présence de son grand frère derrière lui mais lorsque les spasmes s’arrêtèrent enfin, il jeta un œil autour de lui et constata qu’il était seul, désespérément seul. Epuisé et misérable, il pivota sur le côté et se laissa tomber à même le sol, se servant du mur pour y accoler son dos. Il laissa son coude et son avant-bras sur la cuvette pour avoir un point d’appui en cas de deuxième round avec son estomac qu’il estimait décidément peu stable. Il percevait les larmes ruisseler sur ses joues brûlantes. Il ressentait des fourmillements dans les jambes et ses oreilles bourdonnaient comme si elles étaient soumises à une trop forte pression. Il posa sa tête sur son bras et ferma les yeux pour faire passer ce malaise. Il vainquit un nouveau haut-le-cœur. Son petit déjeuner était un lointain souvenir et seule la bile acide remontait le long de son œsophage. Dès qu’il eut maîtrisé sa respiration, il se concentra sur les signes qui auraient pu indiquer la présence de son aîné dans la pièce d’à côté.

            A bout de force, il décida néanmoins de se redresser lorsqu’il entendit une porte claquer. Même s’il l’avait mérité, il ne voulait pas perdre son frère. Il ne fallait pas qu’il parte. Seul le désespoir lui permit de sortir de la salle d’eau. Il fut obligé de prendre appui sur les murs pour progresser. Ses jambes ne le supportaient plus. Sa tête tournait tellement qu’il ne savait même plus où il était. Mais il continuait à avancer car la seule chose qui résistait encore en lui était son désir inébranlable de le retrouver. Malheureusement, le sol devint dangereusement instable et ses genoux se dérobèrent sous son poids. Il s’effondra et sombra dans l’inconscience avant même que sa tête heurte le parquet.


Lydean  (19.10.2012 à 23:16)

            Formidable ! Magnifique ! Enfin ! Comme quoi tout venait à « poing » à qui savait attendre ! Bon sang, qu’elle était fière de son jeu de mots ! C’était l’extase due à sa grande réussite. Ca valait vraiment le coup de poireauter là pendant des heures dans le froid. D’accord, elle devait bien avouer qu’à certains moments elle avait été assaillie de doutes. Ce grand nigaud de Dean qui ne s’énervait pas et ce p’tit crétin de Sam qui ressentaient déjà des remords alors que le combat du siècle n’avait pas encore eu lieu. C’était vraiment dépitant ! Heureusement que sa p’tite boule de nerfs préférée avait su se rattraper par la suite. Elle avait mis de grands espoirs en lui et il se devait de ne pas la décevoir.

            Le grand dadais, par contre, avait été plutôt frustrant. Non mais c’est vrai, quoi ?! Pour un guerrier qui arborait l’œil du tigre, se limiter à balancer une petite baffe comme ça, c’était proche du ridicule ! Mais bon, elle se contentait de ce qu’elle avait et lorsque cet imbécile, long à la détente, avait eu la bonne idée de partir en claquant la porte d’entrée, elle avait tout de suite compris qu’elle avait gagné ! Elle était à deux pas de la maison, juste assez éloignée pour ne pas être repérée et suffisamment près pour intervenir le moment venu. Elle attendait donc que Dean s’en aille à bord de sa foutue bagnole et elle partirait à la charge aussitôt. Elle n’avait pas de temps à perdre. Lorsque le grand frère reviendrait, il trouverait son petit Sammy sans vie. C’était tellement triste qu’elle aurait presque pu feindre la larmichette. Enfin, elle n’allait certainement pas se gâcher l’appétit ! La faim et la soif de vengeance se faisaient ressentir depuis des jours, des mois ! Alors, à table !


Lydean  (20.10.2012 à 11:08)

Chapitre 17

 

              Il était seul, perdu au milieu de nulle part. Il courait à en perdre haleine dans l’obscurité oppressante de ce lieu glacial, cherchant désespérément une présence, quelqu’un à qui se raccrocher, l’unique personne capable de l’aider à s’échapper d’ici, à se sortir de cette situation inextricable.

 

             Les battements de son cœur étaient si rapides et si puissants qu’il craignait de voir cet organe vital s’expulser lui-même de sa poitrine. Ses côtes ne seraient jamais suffisamment solides pour contenir une telle explosion ! D’ailleurs, il se demandait comment elles arrivaient encore à contenir de si violents martèlements. Même ses poumons refusaient de travailler correctement. L’air ne faisait que sortir et dédaignait obstinément de soulager cette pression qui comprimait de plus en plus férocement sa cage thoracique. Le peu d’oxygène qu’il réussissait à emmagasiner lui brûlait chaque bronchiole. Sa respiration laborieuse se fit sifflante. Il suffoquait. Malgré tout, il continuait à courir. S’il voulait garder un infime espoir de s’en sortir, il devait le trouver.

 

              Il s’évertuait de toutes ses forces à l’appeler, à crier son prénom. Mais lorsqu’il ouvrait la bouche, aucun son n’en sortait. Etait-ce parce qu’il n’avait plus de souffle ? Il s’arrêta un instant, essayant de contrôler son corps et son esprit mais l’angoisse était trop forte. Il ne supportait plus d’être seul, dans ce lieu lugubre, inhospitalier. Il prit la plus grande aspiration qu’il put et hurla toute son angoisse mais ses espoirs furent anéantis par ce long silence lourd de conséquences. Il n’avait pas d’autre choix que celui de repartir à sa recherche. Il reprit donc sa folle course, se battant contre ce corps qui refusait d’avancer, qui ne comprenait pas la gravité de cette tentative désespérée. Il fallait impérativement qu’il le trouve.

 

              Il essayait d’optimiser sa vision, scrutant autant que possible les environs, essayant de détecter un tout petit signe de sa présence. Mais malheureusement, au-delà de l’obscurité si tenace, tout était flou. Impossible d’identifier quoi que ce soit. Malgré tout, régulièrement, il jetait des coups d’œil par-dessus son épaule, vérifiant ainsi qu’il n’était pas passé à côté de quelque chose d’essentiel. D’ailleurs, en y regardant de plus près, n’était-il pas déjà passé par là ? Tournait-il bêtement  en rond comme un lion en cage ? La panique l’envahit soudainement et le besoin de le retrouver devint vital.

 

              Il transpirait à grosses gouttes, la sueur dégoulinant sur son front, ses tempes et sa nuque. Comment cela pouvait-il être possible, alors qu’il faisait si froid ? D’ailleurs, son corps entier était parcouru de douloureux frissons. Il tremblait tant que ses jambes menaçaient de le laisser tomber à tout instant. Pourtant, il savait que s’il abandonnait, il ne s’en sortirait pas. Cette solitude menaçait de le tuer. Comment pourrait-il encore lutter s’il ne le retrouvait pas ?

 

             Il s’arrêta une nouvelle fois et observa ses mains qui le faisaient terriblement souffrir. Sa peau se boursoufflait et prenait une teinte noirâtre. Epouvanté, il s’aperçut que la transformation avait déjà commencé. Non ! Il ne voulait pas ! Il refusait de devenir un monstre ! Il se prit la tête entre les avant-bras mais de fins lambeaux de chair se détachèrent sous cette pression inattendue. Il retira donc vivement ses mains et arracha par la même occasion des poignées de cheveux. Ses pulsations cardiaques s’engagèrent dans un rythme invraisemblable, entraînant dans leur élan sa respiration déjà laborieuse.

 

             C’est à ce moment-là que sa volonté s’effondra. Il fondit en larmes et se laissa tomber à genoux. Son corps et son esprit refusaient de le porter plus longtemps. Il se sentait terriblement vide. C’était trop tard. L’épouvantable chose qui sommeillait en lui apparaissait au grand jour. La normalité était un précepte disparu à tout jamais. A présent, il savait qu’il ne réussirait pas à trouver celui qu’il cherchait si ardemment car cet être si important à ses yeux n’avait nulle envie de le revoir et encore moins sous cette apparence abominable. Il avait pourtant tellement besoin de lui.

 

             Avant tout ça, il avait toujours pu compter sur lui. Avant tout ça, celui qu’il considérait comme un héros aurait remué ciel et terre pour le retrouver et n’aurait jamais faibli avant d’y être arrivé. Avant tout ça, il l’aurait aidé à affronter cette malédiction. Avant tout ça, il n’aurait jamais eu l’idée de l’abandonner à son triste sort, désespérément seul, perdu au milieu de nulle part. Mais ces temps-là étaient révolus, le pire étant qu’il ne pouvait s’en prendre qu’à lui. Car oui, tout était de sa faute ! Il regrettait tellement. Son sentiment de culpabilité était un fardeau encore plus oppressant que ses difficultés à respirer. Il aurait dû lui dire … Il aurait dû lui faire part de ses tourments … Il aurait dû être honnête au lieu de se réfugier derrière cette colère malveillante qui lui avait fait perdre la raison et la seule personne en qui il avait toujours pu compter.

 

             Totalement découragé, il se laissa sombrer dans le désespoir. A quoi bon lutter ? Pourquoi se battre ? De toute façon, sans lui, il ne s’en sortirait pas. Et puis en avait-il réellement envie ? Il avait tout perdu. Il n’avait plus rien. Loin de la normalité à laquelle il avait toujours aspiré, il se transformait en cette chose qu’il redoutait tant et il ne pouvait plus faire marche arrière. Le sol devint instable et commença à se dérober. Il comprit que cette chose informe qui lui servait de corps était en train de s’enfouir lentement dans une sorte de gouffre sans fond. Il savait que la fin était proche mais ça ne le perturbait plus. Il l’attendait même avec soulagement. Après tout, son grand frère vivrait bien mieux sans lui …

 

            Il sentit deux mains enserrer son visage. Quelqu’un essayait de lui ouvrir les paupières mais il était trop fatigué pour réagir. Les doigts se baladèrent ensuite le long de son cou et de ses tempes. Il distingua également quelque chose au niveau de son nez. Sans qu’il ne comprenne pourquoi, le rapport d’autopsie qu’il avait lu quelques mois auparavant lui revint en mémoire. Il n’était pas en mesure de réfléchir à ce qui se passait mais il n’y opposait aucune résistance. Etait-ce cela que les victimes avaient ressenti ? A présent, il les comprenait. Quand on n’avait plus rien, on n’avait plus de raisons de se battre. Et quand on avait fait autant de mal, alors on endurait sans broncher cette descente aux Enfers. La seule chose qui le perturbait encore était de ne pas avoir eu le temps de dire à son frère qu’il ne devait pas croire toutes les absurdités qu’il lui avait balancées. Parce que c’était tout le contraire ! Oui, Dean était tout pour lui. Il l’avait toujours été. Alors, maintenant que tout était fini, il fallait absolument que sa dernière pensée soit pour lui, son héros, son frère.


Lydean  (22.10.2012 à 19:57)

            Après chaque dispute, c’était toujours pareil : il s’en voulait à mort. D’accord Sam avait abusé sur ce coup-là, mais méritait-il réellement qu’il le frappe ?! Il prit une grande bouffée d’air. L’odeur et le contact du cuir de son bébé l’aidaient à réfléchir. Il enserra le volant aussi fort qu’il comprima ses mâchoires. Si ! La baffe, il l’avait méritée. Ce p’tit con n’aurait jamais dû dire – ni même penser – qu’il aurait préféré qu’il soit … Non ! Il n’aurait pas dû ! Parce que sans lui, sa vie n’aurait aucun sens.

            A bien y réfléchir, c’était sur ce coup-là que son insupportable frangin avait eu raison : il n’était rien, il n’avait aucune valeur. Son existence ne vaudrait pas un pet de lapin s’il perdait Sammy. Son job consistait à le protéger. C’était là sa seule vocation, sa seule utilité.

            De rage, il frappa le volant à plusieurs reprises. Il lui en voulait tellement. La dernière phrase de son petit frère le hantait toujours. Sam n’avait pas le droit de dire des trucs pareils. Il ne l’autorisait même pas à y songer – ou plus exactement à y gamberger ! Parce que c’était Sam et que ses neurones ne fonctionnaient jamais comme ceux des autres. Il avait une furieuse envie d’y retourner et de lui incruster sa façon de penser dans sa sale caboche d’intello ! C’était peut-être pour ça qu’il n’avait pas encore mis le contact pour s’éloigner à toute allure.

            Non ! Ce n’était pas pour cette raison. Quelque chose l’empêchait de partir. Au-delà de la colère qu’il éprouvait envers son frère, il percevait un autre sentiment qu’il n’était pas en mesure d’expliquer. Pour sûr cette épouvantable sensation le rendait très mal à l’aise. Une onde glaciale remonta insidieusement le long de sa colonne vertébrale et il sortit en trombe de la Chevrolet. Il ouvrit la porte d’entrée à la volée, dirigea directement son regard vers l’endroit où il l’avait vu à peine cinq minutes plus tôt et se figea une fraction de seconde lorsqu’il le repéra, avant de se ruer vers son corps inanimé.

 

- Sam ! Hurla-t-il en tombant à genoux à côté de lui et en saisissant sa tête entre ses mains.

 

            Il retira les mèches de cheveux collées sur son visage par la transpiration. Puis, grâce à ses pouces, il entreprit de soulever doucement ses paupières mais se retrouva devant un regard blanc, vide. Il fit glisser ses doigts jusqu’à ses tempes et son cou pour chercher son pouls et rapprocha son visage de son nez et de sa bouche pour déceler sa respiration. L’ensemble de ses signes vitaux était faible mais bien présent. En partie rassuré, il souleva tant bien que mal son frère et l’allongea sur son lit. Bon sang ! C’était dans ces moments-là qu’il prenait conscience que son cadet avait grandi !

 

- Sammy, l’appela-t-il de nouveau en le secouant légèrement pour le réveiller.

 

            Cette tentative se soldant par un échec, il décida d’employer les grands moyens. Il se rendit précipitamment dans la cuisine, empoigna le premier récipient suffisamment grand, le remplit d’eau du robinet et fit demi-tour. Une fois au dessus de son frère, il plongea la main dans le bol avant de l’appliquer toute dégoulinante sur son visage.

 

- Bon, Sammy ! T’as assez dormi ! S’énerva-t-il tant son angoisse se faisait ressentir. J’te jure Sammy ! T’as intérêt à te réveiller parce que sinon j’vais te balancer l’ensemble du bol sur la trogne et j’vais te secouer jusqu’à ce que tu ouvres les yeux !

 

            Tout en crachant ces mots, il déposa le récipient sur le chevet et retira sa veste qui entravait ses mouvements et le faisait se sentir comme dans un sauna tant il bouillait de l’intérieur. Il la balança négligemment derrière lui. Pour autant, il ne lâcha pas des yeux son frère dont les râles incompréhensibles parvenaient difficilement à franchir ses lèvres fissurées par la déshydratation.

 

- Ok ! Tu l’auras voulu, lança-t-il en exécutant sa menace.

 

            L’eau froide n’eut pas le temps de s’écouler de part et d’autre de son visage que le torse de Sam se souleva brusquement enclenchant la mécanique respiratoire. Aussitôt, sa bouche s’ouvrit en grand pour permettre à un maximum d’oxygène de filer vers les poumons. Libérée de cette semi-apnée, la cage thoracique se leva et s’abaissa dans un rythme ample et régulier, proche de celui de l’essoufflement. Dans le même temps, ses paupières avaient dévoilé un regard perdu qui ne retrouva sa petite étincelle de vie qu’au moment où il se fixa dans les yeux de son grand frère.

 

- Hey, Sammy ! Bien dormi ? Articula Dean difficilement, se laissant tomber aux côtés de son cadet car ses jambes ne le soutenaient plus.

 

          Sam se demandait toujours si c’était bien la réalité. Alors qu’il se sentait sombrer, il avait cru entendre sa voix. Il avait cherché à déterminer sa provenance, essayant de savoir si cet écho n’était pas une illusion, résultant de ses espoirs inconscients. Il s’était donc focalisé sur le bourdonnement lointain qui lui parvenait et avait pu distinguer un mot : Le « Sammy » prononcé avec ce timbre si particulier, ça ne pouvait venir que de lui. Alors, il avait fait son possible pour l’appeler, lui signaler sa position, mais aucun son intelligible n’était sorti de sa gorge nouée. Il aurait pourtant dû faire quelque chose. Dean était là ! Contre toute attente, son frère ne l’avait pas abandonné. Il était donc obligé de se battre. Il lui devait bien ça. Et c’était ce qu’il avait fait : il s’était battu pour rester à la surface malgré ces centaines de mains invisibles qui le tiraient vers le fond. Il avait rassemblé ses dernières forces jusqu’à ce qu’une vague glacée et revigorante déferle sur son visage. Ce coup de fouet lui avait permis d’ouvrir les yeux et il s’était retrouvé nez à nez avec son grand frère. Dean était vraiment là, penché au-dessus de lui, son regard reflétant toute son inquiétude.

           Sans attendre un seconde, il se redressa et l’enserra aussi fort qu’il le put. Chacune de ses mains agrippa un morceau du tee-shirt blanc que portait son aîné. Il était incapable de différencier cauchemar et réalité mais une chose était sûre, s’il lâchait son frère, il sombrerait à tout jamais, sans aucun espoir de s’en sortir.

 

           Dean n’avait aucun mal à déterminer le degré de détresse de son cadet. Par conséquent, bien que cette étreinte lui coupât le souffle, il n’essaya pas de l’arrêter. Malgré tout, il restait très mal à l’aise face à cette situation. Il commença donc par tapoter son dos dans un geste maladroit destiné à le réconforter et, avec un peu de chance, l’inciter à relâcher un peu sa prise. Mais cette tentative se solda par un échec alors, sans en avoir réellement conscience, ses bras l’enlacèrent à son tour et exercèrent une pression égale à son anxiété.

 

- Chut, Sammy, je suis là, murmura-t-il en sentant le rythme effréné des pulsations cardiaques de son petit frère.

 

            Sam se mit à pleurer sur son épaule. Décidément, il n’était pas doué pour ce genre de chose !

 

- J’en peux plus, Dean, entendit-il si imperceptiblement qu’il eut tout loisir de remarquer un autre bruit étrange en provenance de l’extérieur de la maison.

 

            Le hurlement bestial s’était propagé en écho jusqu’à ses oreilles. S’il s’agissait bien d’un animal, alors c’était une espèce inconnue. Et quoi que ce soit, cette créature était dotée d’une vue perçante parce que la désagréable sensation d’être observé venait de faire son grand retour.

 

- Sammy, on va aller faire un tour, décréta-t-il en se dégageant et en se redressant.

 

            Dean enfila sa veste, rechercha celle de son frère, ainsi que ses chaussures et les lui lança. Il tira d’un coup sec sur son téléphone portable encore en charge afin d’en débrancher le fil de la prise de terre. Puis il rassembla quelques affaires et enfouit le tout dans son sac.

 

- Tu peux marcher ? S’intéressa-t-il en s’apercevant de l’extrême lenteur des gestes de son frère, encore hagard.

 

- J’veux pas aller à l’hôpital, fut la seule réponse qu’il obtint.

 

- Sam, bouge-toi, on y va, lui ordonna-t-il en saisissant la couverture de son propre lit pour la fourrer en partie dans son sac.

 

            Il balança son paquetage sur son épaule et empoigna le bras de son cadet pour l’aider à se mettre debout. Ils devaient impérativement atteindre l’Impala et partir le plus loin possible d’ici.


Lydean  (24.10.2012 à 09:20)

            Sam n’avait pas d’autre choix que de suivre le mouvement mais il avait beaucoup de mal à comprendre ce qui se passait. D’un autre côté, il ne cherchait pas vraiment d’explications. Il se contentait de faire de son mieux pour suivre les directives de son frère et surtout lui faire savoir qu’il pouvait marcher droit, sans assistance. Il était épuisé mais il refusait de le montrer au risque d’être interné dans un centre hospitalier. Ce dont il avait vraiment besoin, c’était de dormir un peu. Après un trajet qui lui parut interminable, il se laissa tomber avec soulagement sur le siège confortable de l’Impala. Il entendit le ronronnement du moteur puis vint le doux balancement lorsque la Chevrolet s’engagea sur la voie. Inutile d’être bercé pour sombrer de nouveau dans le sommeil. Il était fatigué et maintenant qu’il était avec Dean, il était en sécurité. Du coup, il ne craignait même plus de chavirer dans l’un de ses affreux cauchemars. Tous les éléments étaient réunis pour qu’il se détende. Pourtant, il gardait les yeux ouverts. Ce départ précipité ne lui disait rien qui vaille. Le fait d’être assis – sans aucun effort physique à fournir – l’aida à reprendre un peu ses esprits et l’encouragea à réfléchir. D’accord, il était dans un état déplorable mais il savait qu’en fournissant un peu d’efforts il s’en sortirait. Et pour ça, il n’avait besoin que d’une seule chose : que son frère ne l’abandonne pas dans une de ces horribles cliniques psychiatriques ou tout autre établissement médicalisé. La simple idée de se retrouver de nouveau seul le terrorisait et accaparait l’ensemble de sa pensée.

            Il se tourna vers son aîné, l’observant, cherchant un moyen d’entamer cette conversation et surtout de la conclure de la meilleure manière qui soit.

 

            Dean détourna son regard de la voie qui défilait à toute allure devant eux et porta son attention sur lui.

 

- Comment tu te sens ? Lui demanda-t-il en jetant régulièrement des coups d’œil furtifs à la route.

 

- Ca va … Euh ! Dean ? Peut-être qu’on devrait s’arrêter quelque part pour manger.

 

- Attends … Quoi ? Toi, t’as faim ?

 

- Ouais.

 

- Oh, j’le crois pas ! Quel menteur !

 

            Sam grimaça puis soupira. Peut-être ferait-il mieux d’emprunter la voie directe. Après tout, c’était Dean et il ne pouvait pas l’embobiner.

 

- D’accord, se lança-t-il. La vérité c’est que je n’ai pas faim et que je suis crevé. Mais je suis prêt à avaler tout ce que tu veux et à dormir, là, tout de suite, si tu me promets de ne pas m’emmener à l’hôpital ou dans tout établissement qui pue le formol et qui contient des gens qui se baladent en blouse blanche.

 

            Finalement, ça n’avait pas été si difficile que ça. Les mots étaient sortis tous seuls et maintenant il ne lui restait qu’à attendre la promesse de son frère. Sauf que celle-ci se faisait désirer et que, plus les secondes s’égrainaient, et plus il sentait naître une pointe d’appréhension. Quand l’Impala se gara sur le bas-côté de la route, il comprit qu’il venait d’obtenir une totale attention de la part de son aîné. Il décida qu’il était temps de donner un petit coup de pouce à sa requête :

 

- S’il te plait, Dean ! Je sais que je dois faire des efforts pour aller mieux. Et je les ferai, je te le promets ! Je comprends que c’est pas évident pour toi avec tout ce qui s’est passé mais tu peux compter sur moi. Laisse-moi une chance de te prouver que tu peux toujours me faire confiance. J’peux m’en sortir. J’frai tout ce qu’il faut pour ça. Allez, Dean ! S’il te plait ! Promets-moi que tu ne m’emmèneras pas à l’hôpital.

 

            Ils se fixèrent un moment jusqu’à ce que la bouche du plus vieux se torde en une grimace résolue. Il se détendit en se passant une main revigorante sur le visage puis ce fut à son tour de soupirer.

 

- Putain Sam, t’es encore plus lourd que les poches que t’as sous les yeux ! Décréta-t-il en secouant la tête. C’est d’accord … Mais c’est moi qui fixe les termes du contrat. A partir de maintenant, tu fais ce que je te dis et t’as plutôt pas intérêt à râler. Pour commencer, tu vas prendre l’habitude de manger trois repas par jours. Et quand je dis « repas », je ne parle pas d’un gobelet de café et d’une feuille de salade ... Les autres clauses viendront au fur et à mesure. Au moindre écart de ta part, je t’attacherai moi-même sur un lit d’hôpital. C’est compris ?

 

- Ouais, c’est très clair, répondit l’intéressé, véritablement soulagé par cette décision.

 

- Parfait ! On va s’arrêter en ville pour se prendre un truc à manger et après on se trouvera un coin tranquille pour dormir.

 

            Sam acquiesça d’un hochement de tête. Totalement rassuré, il se sentait prêt à tout accepter du moment qu’il pouvait conserver ce sentiment de plénitude qu’il n’avait plus ressenti depuis une éternité.


Lydean  (26.10.2012 à 21:33)

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