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Série : Supernatural
Création : 16.11.2012 à 10h14
Auteur : Elisab
Statut : Terminée
« Pré-série : Sam 17 ans / Dean 21 ans. Sam étouffe. Sam n'en peut plus, alors il ose... Pourtant John et Dean l'ont toujours mis en garde... » Elisab
Cette fanfic compte déjà 12 paragraphes
Chapitre 11
Lorsqu’ils arrivent devant la petite maison abandonnée perdue à mi-chemin entre la forêt et la route, les chasseurs voient leur ami Caleb apparaître par la porte entrouverte. Il les accueille avec un franc sourire, son fusil de chasse bien en main.
- Tu as trouvé un docteur ? L’interroge Jim sans aucune autre forme de politesse en ouvrant la portière arrière de sa voiture pour laisser Dean et John extraire Sam à moitié abruti par la fièvre.
- Ça n’a pas été facile, mais j’en ai trouvé un ! Répond le jeune chasseur.
Le plus vieux des Winchester se saisit de Sam et le transporte à l’intérieur de la maison. Il paraît si jeune et vulnérable alors qu‘il se trouve à moitié inconscient dans ses bras, la tête pendante contre sa poitrine, que John à le cœur qui se serre.
Caleb s’écarte pour les laisser entrer.
- La chambre est au fond du couloir à droite ! Reprend-il.
Quand John entre dans la pièce suivit de près par Dean et le pasteur Jim, il ne voit pas l’homme terrorisé et recroquevillé sur une chaise qui attend près de la fenêtre. Il a une grosse sacoche noire sur les genoux et les regarde avec des yeux ronds tout juste cachés par de petites lunettes dorées.
Sam est déposé doucement sur le premier lit qui est à disposition et qui a été recouvert au préalable d’un épais drap blanc.
Dean se précipite alors à ses côtés pour lui saisir la main et le rassurer.
- Monsieur Winter ? Interroge une voix étonnée derrière eux.
Les deux Winchester se retournent d’un seul mouvement et découvrent pour la première fois le docteur Shatner. Celui-là même qui a soigné Dean après son accident.
- Pouvez-vous m’expliquer ce qui se passe ici ? Reprend le médecin. On me kidnappe, on m’enferme…
- Je suis désolé ! Coupe John qui n’a pas vraiment l’air de l’être. Mais il faut que vous soigniez mon fils tout de suite !
- Vous auriez pu tout simplement venir à l’hôpital ! Rajoute le médecin en observant Dean. C’est vrai que vous avez une mine affreuse jeune homme !
- C’est de mon frère Sam dont il s‘agit ! Grogne l‘aîné.
Le médecin est perturbé, il n’a jamais été en présence d’hommes armés autour de lui, il perd ses moyens et prend peur. Cependant, lorsqu’il baisse le regard vers Sam, son sang froid reprend le dessus, toutefois il reste stupéfait.
- Mon Dieu, c’est un enfant ! S’exclame t-il en s’avançant vers lui pour le soigner. Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?
- Il était avec moi dans l’accident. Commence Dean fatigué. Un type l’a ensuite kidnappé et lui a donné des tas de médicaments et maintenant… pourriez-vous la fermer… et commencer votre boulot… s’il vous plait !
Le médecin, bouche bée, s’assoit avec précaution près du jeune homme et pose une main sur son front brûlant, il lui soulève ensuite les paupières puis pose deux doigts sur sa carotide.
- J’aimerais que le vous déshabillez totalement pour que je puisse lui faire un examen complet et je souhaiterais être également seul avec lui.
- C’est hors de question ! Répondent ensemble le père et le fils.
Dean tourne un regard interrogateur vers John. Il veut rester auprès de Sam et inconsciemment il ressert sa main autour de celle de son frère.
Sam, comme s’il avait ressenti la détresse de son aîné, tourne la tête vers lui et susurre quelques mots incompréhensibles.
- Papa ! Murmure son aîné implorant.
Le pasteur pose une main sur l’épaule du chasseur pour qu’il accède à sa demande mais le plus vieux des Winchester passe par plusieurs émotions avant de prendre sa décision. Dean a toujours été celui qui comprend le mieux son cadet, mais il n’en reste pas moins le père et si quelqu’un doit rester c’est bien lui. Cependant, après tout ce que Dean à vécu pour le retrouver, il serait injuste de l’évincer.
- Docteur, il est hors de question de le laisser seul avec vous, nous sommes sa famille !
Dean soupire de soulagement. Jim sort alors de la pièce et referme la porte doucement derrière lui pour les laisser seul.
- Bon… et bien… il me faut beaucoup d’eau et aussi des serviettes propres. Demande le médecin. Il faut déjà le débarrasser de toute cette crasse avant de commencer quoi que ce soit !
Et c’est vrai que les vêtements de Sam empestent, entre l’odeur d’humidité, de sueur, d’urine et de sang. Le mélange est écœurant. Mais crapahuter dans une forêt pendant des jours tout en étant blessé et trop malade pour s’en rendre compte, ne vous laisse pas frais et dispos.
Lorsqu’ils ont terminé de le déshabiller, Sam se retrouve nu comme un ver. Par pudeur, le médecin dépose une serviette sur ses parties intimes et commence son examen. L’aspect du jeune homme est un gâchis. Sur chaque membre, il peut voir une agression. Il hausse des sourcils lorsqu’il regarde son bras.
- Il a été blessé par une arme à feu ? S’étonne t-il.
- Oui, c’est un accident ! Répond John mal à l’aise. Ce n’est pas lui qui était visé.
- Humm, répond le médecin. Ce n’est pas la première fois qu’il a été touché par ce genre de projectile !
- On ne vous demande pas de soigner ses anciennes blessures ! Lance de nouveau froidement son père.
- Les brûlures qu’il a sur le torse sont dues aussi à un accident malencontreux je suppose ? Reprend Shatner outré qu’un jeune homme de son âge puisse avoir déjà subit tout cela.
- C’est exact !
- Je comprends maintenant pourquoi vous m’avez kidnappé monsieur Winter ! Répond calmement le médecin. Personne ne vous laisserait la garde de votre fils dans l’état où il se trouve actuellement ! D’ailleurs, dès mon retour, je ferai un signalement dans se sens.
- C’est noté ! Retourne John dont la voix laisse percer sa désapprobation.
- Les bleus sur les genoux et sur les coudes montrent que votre fils a tenté de s’échapper et qu’il a dû ramper sur un sol accidenté. Mais il n’a rien de cassé... Le torse va être douloureux mais il n’y a là rien d’inquiétant… La blessure par balle est bien soignée… je suppose que c’est du travail artisanal… mais c’est correctement fait… Mon Dieu ! Il a aussi des traces de strangulation qui date de quelques jours…
- Le kidnappeur a essayé de l’étranger. Ajoute Dean pour enlever tout doute possible.
- Vous avez écouté si sa respiration avait changé depuis ? Reprend le médecin.
- J’ai vérifié sa trachée et il respire bien ! Observe John à l’écoute de toutes les remarques du docteur Shatner.
- Bien, j’aimerais maintenant que vous le retourniez.
John et Dean s’exécutent précautionneusement en veillant à ce que Sam puisse respirer toujours facilement.
- Ah ! S’exclame de nouveau le médecin. Voilà une chose bien plus sérieuse. La plaie a été récemment soignée et la blessure semble moins vive et douloureuse.
- Il est resté avec un éclat dans la peau plusieurs jours durant. Lance Dean qui observe les moindres faits et gestes du praticien. Mais nous avons réussi à lui enlever !
- C’est très bien, sans cela il aurait pu faire une infection plus grave !
- Les hématomes qui sont répandus sur toute cette surface descendent jusqu’aux hanches. Il est tombé ? Reprend le docteur.
- Non, son agresseur l’a projeté vers l’arrière ! Continue John dangereusement calme.
- Pff… Soupire le docteur en poursuivant son inspection.
Lorsque le regard du médecin s’attarde sur le bas de son dos, Dean commence à se sentir mal à l’aise. Si Sam était conscient de ce qui se passe, jamais il ne se serait laissé regarder de la sorte.
Captant le regard meurtrier de l’aîné, le docteur lui sourit avec bienveillance.
- Rassurez-vous, votre frère n’a pas été agressé à cet endroit, mais il fallait que je vérifie puisque vous n’avez dit qu’il a été kidnappé… et parfois avec certain agresseur…
Le médecin laisse traîner sa phrase en suspens alors que John et Dean réalisent à peine les paroles de Shatner.
- Et bien voilà quelque chose à laquelle nous n’avions pas pensé ! Lance John qui pour une fois perd toute contenance.
- Je vous conseillerais fortement d’emmener votre fils dans un hôpital ! Monsieur Winter. Insiste de nouveau le médecin en continuant son auscultation. Les blessures physiques sont une chose, mais je vois bien qu’il montre clairement une dépendance à un ou plusieurs produits et sans analyse de sang, je ne peux pas l’aider !
- Et bien faites sans ! Il est hors de question qu’il y mette les pieds !
- Alors il faut que je le réveille pour lui poser quelques questions ! Souffle Shatner avec énervement. Essayez de le redresser.
Aussi mou qu’une poupée de chiffon, Dean et John le manipulent de nouveau. Ils réussissent à l’installer contre le dosseret du lit et le cale avec plusieurs oreillers.
Sam commence à frissonner et émerge difficilement du brouillard dans lequel il est plongé.
- Frrroid ! Murmure-t-il faiblement.
Dean se jette rapidement sur l’autre lit au bout de la pièce et y retire une première couverture qu’il dépose sur son petit frère pour le couvrir des épaules à la pointe de ses orteils.
Le médecin observe l’aîné des Winchester et fronce de nouveau du front.
- J’aimerais Dean que vous arrêtiez de gesticuler de la sorte et que vous vous installiez à côté de votre frère. Vous n’arrêtez pas de grimacer chaque fois que vous bougez. Vous allez finir par me faire un malaise.
- Je vais bien ! Râle-t-il.
- Pas avec moi jeune homme ! J’ai encore en tête les radios que je vous ai faites après votre accident ! Vous ne serez d’aucune utilité pour votre frère si vous êtes cloué dans un lit !
L’argument fait mouche et Dean prend place sagement à côté de Sam.
Le docteur s’approche un peu plus près du cadet et lui fait respirer un produit mentholé extrêmement fort qui le tire de son engourdissement.
- Hey bonjour Sam ? C’est bien ça ?
L’interpelé cligne plusieurs fois des yeux avant de fixer son regard sur le médecin puis acquiesce de la tête.
- Bien… Comment vous sentez vous actuellement ? Sur une échelle de zéro à dix ?
Sam à l’air de ne pas comprendre la question et Dean passe un bras protecteur autour de ses épaules pour le soutenir d’avantage.
- J’n’ai… plus envie de vomir… Réussit à dire Sam lentement… alors siiiix ou… sept !
- C’est déjà une bonne chose ! Répond le docteur. Maintenant, concernant les médicaments que vous avez pris… est-ce que vous vous en souvenez ?
Sam s’agite un peu, lance des regards paniqués vers son père puis son frère avant de revenir vers le médecin. D’un mouvement rapide du menton, il lui fait signe que oui.
- Je vais vous poser quelques questions et vous me direz juste si c’est oui ou non, d’accord ?
Sam acquiesce de nouveau et retient un frisson qui le saisit complètement.
- Très bien. Il y en avait contre la fièvre ?
- Oui, plus… plusieurs… Murmure Sam… à la cod…codéine…
- C’est parfait Sam, et les autres, ils sont différents n’est-ce pas ? C’est important pour moi de connaître leur nom, mais c’est aussi important pour vous, vous me comprenez ?
Le plus jeune des Winchester se met à respirer plus vite et lance des regards inquiets vers son père.
- Ouuui… il y avait aussi des anti… dépresseurs…
- Ne vous inquiétez pas Sam. Tente de l’apaiser Shatner, Dites-moi quoi d’autre ?
Sam baisse les yeux brillants de fièvre et observe ses mains tremblantes puis lâche en expirant d’une seule traite :
- Des anxiolytiques...
Le médecin soupire lorsque ses doutes se confirment. Il pose une main réconfortante sur la jambe de Sam.
- Et depuis quand avez-vous commencez à prendre tous ses médicaments ?
- …
Dean secoue doucement son frère qui somnole par à-coups. Il veut désormais tout savoir même si cela lui tord les trippes comme jamais et que cette dure réalité lui fait mal.
- Sam ? Insiste-t-il.
Au point où il en est, le jeune homme n’a plus rien a cacher et ignore délibérément le regard noir que son père lui lance. Il finit par avouer en baissant la tête :
- Juste depuis quelques mois.
Le médecin se retourne alors vers son aîné :
- Vous n’aviez jamais remarqué que Sam se plaignait de fatigue ou de maux de tête et qu’il semblait parfois désorienté ou avait des difficultés d’endormissement ?
- Tout le monde éprouve un peu ça non ? Répond Dean étonné.
- Hum Hum, Je vais être plus direct Dean, l’avez-vous déjà vu désorienté ou donner l’impression qu’il hallucinait avant son kidnapping ?
Dean reste sans voix. Leur accident de voiture est la preuve criante de vérité que oui, Sam a déjà eu un épisode hallucinatoire. Son petit frère était déjà dans un état second avant même qu’ils ne prennent la route. Il se souvient très bien de la panique qu’il a eu soudainement dans l’Impala avant de s’écraser dans le fossé.
Et bien évidement, lui, le grand Dean Winchester, celui qui est capable à vingt-et-un ans de tuer un loup-garou à mains nues ou d’éliminer un esprit, ne s’était même pas rendu compte que son petit frère était complètement à l‘ouest.
Parce qu‘il voulait être prêt à temps pour rejoindre leur père et parce qu’il se sentait toujours obligé de faire ce qu’il demande. Tout ça pour commencer une putain de nouvelle chasse.
- Je crois que oui ! Avoue Dean aussi mal à l’aise que son cadet.
- Mais qu’est-ce que c’est que ces questions ? S’étonne John qui souffle soudain de colère et commence doucement à réaliser ce qui se passe réellement dans cette pièce.
Même si Sam est encore dans un état pitoyable. Toute son attitude montre qu’il éprouve de la culpabilité.
Et pourquoi éprouverait-il de la culpabilité s’il n’avait pas quelque chose à se reprocher ? En déduit son père les yeux brillants de rage.
Tout comme Dean l‘avait fait lorsqu‘il traquait encore l‘esprit de Peter Green, John fait une analyse logique de la situation et en vient à la même conclusion que son aîné.
Il réalise alors toute l’horreur de la situation : Sam, bien avant d’être blessé, se faisait déjà ses petits mélanges médicamenteux.
John devient furieux et lorsque Sam s’en aperçoit, sa respiration se bloque.
Dean en fait de même, mais pour une autre raison. Il s’attend à tout moment à ce que son père explose de colère.
John est terriblement déçu par son cadet. Il lui a menti délibérément et a mis la vie de Dean et la sienne en danger lorsqu’ils chassaient, et cela pendant plusieurs mois. Tout ça pour se faire un trip perso comme un putain d’ado désœuvré qui n’en a rien à foutre des autres. Par pur égoïsme.
Le plus vieux des Winchester est au-delà de la déception qu’il éprouve pour Sam. Il se sent trahi et soupire de dégoût. Sans un regard pour son plus jeune fils, il quitte la pièce en claquant la porte. Les murs tremblent et de la poussière se détache instantanément du plafond.
Sam sent une boule naître au fond de sa gorge et gonfler si rapidement qu’elle manque de l’étouffer tellement elle est immense. Lorsqu’il jette un rapide coup d’œil vers Dean, il ne réussit pas à lire sur son visage la moindre émotion. Le regard de son frère est lointain et perdu dans ses pensées et Sam en déduit que lui aussi le considère comme un lâche et un faible.
Il perd alors pieds et pense que son aîné l’abandonne lui aussi, que la honte qu’il éprouve à son sujet est plus forte que tout le reste.
De dépit, il se dégage fébrilement de son frère qui ne fait rien pour le retenir et s’enroule dans la couverture comme s’il voulait s’y cacher. Il se recroqueville ensuite sur lui-même pour finalement se retourner et fixer sans le voir le mur nu qu‘il a en face de lui.
Dean réagit enfin, sort de sa torpeur et se penche vers son frère.
- Hey Sam ! Lui chuchote-t-il doucement.
- Laisse moi Dean… Murmure son cadet au bord de la rupture émotionnelle, la voix enrouée par le flot du chagrin qui le submerge.
- Sammy ! Insiste Dean.
La suite et la fin la semaine prochaine...
Chapitre 12
Le mépris, le dégoût, la déception. Voilà ce qu’éprouvent mon père et Dean à mon sujet.
Je suis vraiment désolé papa de te décevoir à ce point, mais je ne suis pas le bon petit soldat que tu aurais voulu que je sois ! Je ne suis pas la copie parfaite de mon aîné qui exécute tes ordres aux pieds de la lettre et qui ne cherchera jamais à remettre en cause tes décisions. Je ne suis tout simplement pas Dean. Je ne peux pas tout encaisser sans rien dire, faire juste mon travail et me taire jusqu’à la prochaine chasse.
Je devrais peut être essayer d’étouffer ce que je ressens, d’étouffer mes propres désirs et ne faire qu’obéir. Etre juste une arme supplémentaire dans ton arsenal. Celle qu’on utilise en cas d’urgence et que l’on jette ensuite dans le coffre d’une voiture quand on en a plus besoin.
Désolé Dean de t’avoir tellement déçu. J’ai agi comme un lâche et j’ai préféré me réfugier dans un monde d’oubli plutôt que te demander de l’aide. Et maintenant, je sais qu’il est trop tard pour faire machine arrière.
Je finis par me dire que je ne suis peut être pas digne de porter le nom de Winchester…
Je sens à peine une main réconfortante sur les épaules qui tentent vainement de me consoler. Elles sont chaudes et leurs mouvements réguliers pourraient m’apaiser si je ne me sentais pas aussi mal.
-Sammy ! Murmure la voix lointaine de mon frère que je reconnaitrais entre mille.
Pourtant je ne réagis pas et reste retranché derrière le mur que je me suis construit pour me protéger de toutes attaques affectives. Les sentiments font mal et se déchirent dans ma tête. C’est presque aussi douloureux que la blessure que j’ai dans le dos ou lorsque Peter m’a possédé. La lutte ne s’arrête jamais, c’est l’enfer qui se déchaîne à l’intérieur de mon crâne.
Paradoxalement, je sens un vide en moi que je ne peux combler. Une coquille d’œuf dont l’intérieur a été aspiré et n’attend plus qu’à être broyée d‘une simple pression de la main. Il me manque cette sensation de bien être, cette terrible impression que rien ne peut vous atteindre et que tout va bien. Je suis privé de ce cocon de douceur qui me soutenait et qui faisait partie de moi depuis si longtemps. L’absence de tout cela me fait hurler et déchire ma chair.
Je constate alors amèrement que je suis tout simplement en manque.
Que mon corps souffre et demande sa ration quotidienne de médicaments que je lui ai procuré.
Je hurle en étouffant le son de ma voix dans l’oreiller que j’agrippe comme un désespéré.
- Arrête Sam ! Lance la voix de plus en plus inquiète de mon aîné.
- Je vais m’occupé de lui ! Intervient une autre voix plus grave que je n’identifie pas.
- Je ne peux pas le laisser seul alors qu’il est si mal. Reprend Dean en me caressant doucement les cheveux. Ça fait trois jours qu’il est comme ça !
La pitié. Ce mot éclate dans ma pensée comme une balle de revolver et je me rends encore plus malade que je ne le suis déjà, rien qu’à l’idée que mon frère reste auprès de moi à cause de ce sentiment.
- Il lui faut encore quelques jours avant que sa dépendance diminue, ensuite je lui prescrirai un traitement qu’il devra prendre un certain temps avant de le réduire progressivement jusqu’à complète guérison.
- Vous pensez qu’il ira mieux après ? S’interroge Dean.
- Lorsque qu’il vous dira pourquoi il a fait ça, alors seulement vous pourrez commencer à souffler !
Je ne sais pas ce qui se passe par la suite, mais tout devient confus et je vois le fantôme de ma mère, puis ceux des gens que j’ai connu et qui sont mort, pour finir par Peter qui me tend une bible avec un sourire carnassier si atroce qu’il ferait pâlir un mort. « Repends toi de tes pêchés » me chuchote-t-il si près de mon visage que j’en frémis de peur. Je sens un liquide chaud couler entre mes jambes et je m’aperçois avec consternation que je me suis pissé dessus.
Puis vient enfin le noir complet qui me laisse un moment de répit.
Je ne sais pas combien de temps cela dure mais lorsque j’émerge de mon sommeil insolite je ne ressens plus qu’un mal de tête qui pulse derrière ma nuque. Je me laisse alors dériver passivement dans cet engourdissement confortable.
Soudain j’entends des cris près de moi qui me troublent. J’ouvre les yeux instantanément et mon corps se contracte immédiatement.
Mon regard s’accroche automatiquement sur mon père et Dean qui laisse enfin échapper sa colère en essayant cependant de faire le moindre bruit possible pour ne pas me réveiller.
Trop tard !
Je reste immobile, attentif et ferme les yeux en retenant ma respiration un peu honteux de les entendre sans leur dire que je suis conscient.
-Justement. Siffle mon frère, engagé dans un face à face avec John, où les yeux servent d’armes aussi tranchantes que des lames de rasoir. Si tu avais été plus présent, jamais il n’aurait fait ça !
- Nous sauvons des vies Dean. Rage également mon père d‘une voix feutrée. Il faut cesser de se regarder le nombril et faire notre job. Tu es capable de le faire alors il le peut également.
- Papa, il n’a que dix-sept ans, et contrairement à toi, il n’a jamais rien connu d’autre qu’un entraînement militaire et un monde que personne n’aurait jamais pu imaginer. Comment veux-tu qu’il s’en sorte indemne ? Dis-le-moi papa ?
J’observe mon père à la dérobée qui se frotte nerveusement le menton, et je sais que lorsqu’il fait ça, c’est qu’il n’est pas loin d’exploser et de se jeter sur son adversaire pour lui casser la gueule. Seulement, là, il se trouve en face de mon frère et sa maîtrise est spectaculaire.
Je reste également pantois face aux paroles de mon frère. Il ose s’opposer à mon père et prendre ma défense. Ça me va droit au cœur. Je me dis alors qu’il va peut être arranger les choses, qu’il va lui faire comprendre que j’étouffe dans cette vie qu’on m’a imposé et que peut être…
- S’il n’apprend rien, sa vie sera en danger Dean ! Et quand il sera mort, tu pourras m’envoyer tes bonnes paroles à la figure, il sera trop tard !
- Il n’y a pas de monstres cachés derrière chaque arbre papa !
- Vous êtes mes fils, et rien que pour ça vos vies sont constamment en danger. Je croyais que tu l’avais compris ! Souffle John avec déception.
- Tu ne lui laisses jamais du temps pour lui ! Rajoute Dean.
- Je lui demande juste de m’obéir. Même toi, à quatre ans, tu l’avais compris, il ne fait que contredire tout ce que je dis. Il n’en fait qu’à sa tête et tu vois où ça l’a mené ? Il c’est drogué Dean ! Même toi tu ne t’en es pas rendu compte. Je n’ai tout simplement pas été assez ferme avec lui. Voilà toute l’histoire et quand il ira mieux, j’aurai une sacrée discussion avec lui !
- Ce n’est pas en lui donnant une correction qu’il va changer d’avis ! Rage Dean.
- Je ferai ce qu’il me chante et tu n’as rien à dire, parce que c’est moi qui décide des règles et c’est MOI son père ! Lâche John en appuyant son index plusieurs fois sur le torse de son fils.
- Tu ne le connais pas papa, j’ai l’impression que tu ne l’as jamais compris et si tu continues comme ça, il va partir et nous ne saurons plus jamais où il est !
La voix de mon frère est maintenant si chargée d’inquiétude que je ne peux m’empêcher de penser que j’ai là le plus merveilleux des frangins.
- Il a juste besoin d’être maté. Feule sinistrement mon père. Il doit faire face aux conséquences de ses actes et je vais me charger personnellement à ce qu’il rentre dans le droit chemin !
- Tu vas tout faire foirer ! Rugit Dean bouillant de colère.
Mon père qui s’était retenu jusqu’alors, agrippe la chemise de Dean et le claque brusquement contre la paroi du mur de ma chambre.
Dean déglutit péniblement et attrape les poignets de mon père pour se dégager.
Je suis tellement choqué par ce que je vois, que je me lève d’un bon et sort de mon lit pour me diriger vers eux afin de les séparer. Seulement mon envie d’aider mon frère est arrêtée subitement lorsque je tangue dangereusement comme si j’étais complètement ivre. J’essaye de m’agripper à mon lit, le rate de quelques centimètres et me cogne maladroitement contre la petite table de nuit. Je renverse tout ce qu’i y a dessus et me retrouve par terre, la respiration trop rapide et la vision complètement trouble.
Mon intervention a stoppé net la dispute qui commençait sérieusement à dégénérer.
Dean se précipite vers moi et me saisit les épaules pour me relever alors que mon père reste immobile.
John reprend doucement son calme et me fixe sans montrer la moindre émotion sur son visage.
J’ai de nouveau envie de pleurer mais je ne lui ferai pas ce plaisir. Je me retiens et accroche mon regard sur celui de mon frère, le seul pilier de cette famille sur lequel j’ai toujours pu m‘accrocher. Je me rends compte également que j’ai été vraiment cruel de lui avoir fait subir ça et mon père a sûrement raison lorsqu’il dit que je suis un égoïste et que je dois assumer mes erreurs.
- Pardon Dean. Lui dis-je en me retenant à lui. Je suis désolé. Je… je ne veux pas que tu crois que j’ai voulu te le cacher… Je voulais faire comme toi… être fort… toujours près… et… ne rien ressentir, ne rien montrer… j’ai tout foiré Dean… Ne me déteste pas s’il te plait… mais… je n’y arrive tout simplement pas… parce que… je… je ne veux pas être un chasseur… je ne veux pas me venger de quoi que se soit... je veux juste mener une vie normale… sans… sans tout ça…
J’enroule mes bras autour de lui et cache mon visage contre son épaule pour qu’il ne voit pas les larmes qui s’échappent malgré moi et inondent mon visage rongé par le remord et la culpabilité.
Je me confie enfin à mon frère alors que mon père m’écoute encore, silencieusement, aussi immobile qu’une statue de marbre.
Dean réagit finalement et répond à mon étreinte maladroite puis m’ébouriffe les cheveux tout en sachant que j’ai toujours détesté ça. Mais aujourd’hui, pour rien au monde je ne lui ferais de remarques. Je n’ai pas envie de le perdre lui aussi.
- Sam, jamais je ne te détesterai ! M’avoue t-il avec sincérité. Mais là tu dois encore te reposer, d’accord.
- Tu… tu sais que je vais arrêter Dean. Je ne voulais pas te mettre en danger. Je voulais juste… m’évader d’ici… faire le vide dans ma tête… mais je te le promets Dean, je ne recommencerai plus !
Mon frère s’écarte de moi tout en me retenant les épaules et me regarde droit dans les yeux.
- Tu mériterais que je te casse la gueule pour ce que tu as fait Sam. Me lâche-t-il sévèrement. Tu ne te rends pas compte que tu as commencé à te bousiller la tête avec ton mélange de médocs ! Il t’a fallu… Dean hésite et regarde un petit calendrier accroché derrière moi sur le mur. Il t’a fallu douze jours pour que tu émerges de toutes ces saloperies ! Tu réalises sale petit con comment tu as pu nous inquiéter ?
Je reste sans voix lorsqu’il me dit que je suis resté tout ce temps dans le brouillard. Je n’ai pas vu le temps passer et lorsque je l’observe de plus près, je m’aperçois qu’il ne s’est pas rasé depuis plusieurs jours, que ses yeux sont rouges de fatigue et j’en déduis que, comme d’habitude, il a du veiller sur moi vingt-quatre heures sur vingt-quatre en oubliant de se soigner lui-même. Je comprends alors sa colère et le laisse m’incendier en ayant cependant chaud au cœur de savoir que je compte encore pour lui.
- Je ne veux pas que tu te détruises Sam. Continue-t-il avec véhémence. Et désormais, je vais être le grand frère le plus chiant que t’aies jamais connu ! Tu vas savoir ce que c’est d’être fliqué non stop jusqu’à ce que j’ai la certitude que je peux de nouveau te faire confiance ! Tu m’as compris ?
Il me crie maintenant dessus et me claque le haut de ma tête avec le plat de sa main pour me faire rentrer mieux l‘information qu‘il vient de me donner. Surpris par le geste, je chancelle et m’aperçois que mon nez se met à saigner doucement.
Dean pâlit et devient aussi blanc que mes draps.
- Merde !!! Lâche-t-il confus.
J’essuie du revers de la main les quelques gouttes de sang qui s’échappent et coulent sur mes lèvres puis secoue la tête pour que mes cheveux se remettent en place.
- C’est rien Dean. Lui dis-je avec un sourire maladroit. J’l’ai bien mérité celle-là !
Je relève mon visage et soupire profondément. Je me sens enfin le droit d’expulser toute cette tension qui c’était agglutinée en moi depuis des semaines.
Dean soupire également. Ses lèvres tremblent comme s’il voulait rajouter quelque chose mais il se tait, parce qu’il a déjà trop parlé de ce qu’il a ressenti et que, normalement, Dean ne montre jamais ses sentiments.
J’affronte alors le regard de mon père qui n’a cessé de m’observer depuis que Dean s’est occupé de moi. Son attitude n’a pas changé et j’ai bien l’impression qu’il faudra un long moment avant qu’il ne m’en veuille plus.
Je crois d’ailleurs qu’il a lu dans mes pensées lorsqu’il ordonne à Dean de le laisser seul avec moi.
Dean hésite et se retourne vers moi rassurant.
- Je suis juste derrière la porte, d’accord ! Me chuchote-t-il en s’exécutant, sans avoir lancé au préalable un regard lourd chargé d’avertissements pour mon père.
Je lui fais un signe positif de la tête mais reste tout de même sur mes gardes lorsque mon père s’approche de moi. Sa colère est retombée mais je le sens encore contenir son ressentiment avant de me parler.
Il s’arrête à côté de mon lit puis s’y installe sans jamais cesser de me dévisager.
Le nœud que j’ai dans l’estomac ne fait que grandir et je m’aperçois que j’ai peur de mon père avant même qu’il n’ouvre la bouche. Je deviens livide quand il dépose sur le lit devant moi un petit calibre 45.
J’ai l’impression que mon cœur va s’arrêter et je regarde la porte derrière laquelle se trouve Dean. J’ai envi d’hurler son nom pour qu’il surgisse pour me sauver. J’avale difficilement ma salive et sens mes pulsations cardiaques battre rageusement dans mes tempes.
Pourquoi mon père a posé une arme devant moi ? Est-ce qu’il veut me tuer ?
- Les Winchester ne font rien à moitié ! Lance mon père d’une voix grave qui me fait sursauter. Si tu cherches à te détruire. Fais-le vite et bien !
Il se saisit de l’arme et me l’a tend.
Je suis anéanti et reste tétanisé devant l’arme.
- La vie que je t’ai offerte n’est certainement pas la meilleure. Avec ton frère nous formons une famille et nous t’aimons. Mais nous sommes là pour traquer et tuer ce qui n’est pas humain. C’est notre job, notre vie et c’est ta destinée Samuel Winchester. Je refuse de te voir la foutre en l’air. Si tu ne la supportes pas, fais le nécessaire pour que ça s’arrête correctement.
John pose l’arme sur mes genoux et se relève.
- Si tu décides de continuer à te battre, ce que je crois, alors je tournerai la page et nous passerons à autre chose. Nous ne faisons rien à moitié Sammy. Insiste-t-il encore une fois.
Il se retourne et se dirige alors vers la porte sans me regarder et la referme derrière lui, me laissant désespérément seul face à mon destin.
Bordel de merde ! Si je n’étais pas assis je tomberais par terre. Mon père me laisse deux alternatives, soit je continue ma vie avec eux et j‘accepte d‘être un bon petit soldat, soit je me tue ! Je n’en reviens pas. Il ne me laisse pas d’autres options.
Mon cœur est déchiré par le peu d’affection qu’il peut ressentir à mon égard.
Il ne pense qu’à venger maman et c’est moi qu’il traite d’égoïste.
Mon cerveau carbure à cent à l’heure et je finis par penser que, tout compte fait, il a peut-être raison…
Les secondes s’accélèrent, les minutes s’emballent et j’ai l’impression de rester des heures à observer l’arme que je caresse du bout des doigts.
Puis je pense à Dean.
Je l’imagine entrer dans ma chambre et découvrir ma cervelle éparpillée dégoulinante un peu partout contre le mur… Jamais il ne le supporterait… Mon frère à toujours tout fait pour que ma vie soit plus agréable, il n’a jamais cessé de prendre ma défense, il s’est systématiquement interposé contre le mal pour me protéger… et je lui laisserais mon cadavre comme récompense ?
Non papa, je ne te ferai pas ce plaisir. Tu as beau penser ce que tu veux de moi, mais je suis plus fort que toi, je vais me battre, jusqu’à ce que je trouve une solution pour m’en sortir et Dean sera fier de moi !
Epilogue
Quant on mène la vie qu’on a pas choisi, quand on vous dicte ce que vous devez faire, quand vous n’avez pas la possibilité d’en parler à quelqu’un d’autre que sa famille, alors choisissez bien celui ou celle qui vous accordera son soutien coûte que coûte, qui sera votre allié. Il peut être un père, une mère, une sœur ou un frère.
Moi, j’ai choisi mon frère. Nous pouvons être complice, nous engueuler, nous battre parfois mais nous serons toujours là l’un pour l’autre…
- T’as fini de déjeuner ? Me demande Dean en prenant son sac chargé d’armes et de munitions. Nous partons rejoindre papa pour la Floride.
- Laisse-moi cinq minutes et j’arrive.
- Tu te rends compte Sammy ! S’exclame-t-il aussi heureux qu’un gosse recevant un cadeau de Noël. La Floride ! Les filles, la plage, le soleil…
Je ris sincèrement devant l’enthousiasme de mon frère.
- Ça va nous changer de ce putain de temps de merde ! Rajoute-t-il poétiquement. Sérieux mec, ça fait quinze jours qu’on n’a pas vu le soleil !
Il m’observe de la tête au pied et je sens de nouveau son regard protecteur entrer en action.
- N’oublie pas de mettre ta veste ! Je sens qu’il va encore pleuvoir.
Gagné ! Cette pensée me fait sourire.
Je jette un dernier coup d’œil dans la chambre que j’ai occupée depuis plusieurs semaines et ouvre le petit tiroir de ma table de nuit pour y retirer l’arme que m’a donné mon père. Je la glisse derrière mon dos, entre ma chemise et mon pantalon. Je pose ensuite ma veste sur mon paquetage puis rejoints mon frère qui attend impatiemment dehors confortablement installé dans sa Chevrolet.
J’ai à peine fait vingt pas, qu’un orage gronde. Le temps s’assombrit rapidement et un déluge de pluie s’abat sur moi comme si je prenais une douche.
Lorsque j’atteins enfin l’Impala pour me mettre à l’abri, je vois Dean sourire victorieusement.
- Tu vois, je te l’avais bien dit !
FIN
Voilà, c’est fini pour cette histoire. Je sais que ce dernier chapitre ne va pas vous laisser indifférent (surtout le comportement de John, mais il a, de cette façon, fait réagir Sam).
Merci de m’avoir suivie tout au long de ces semaines et de m’avoir laissé vos commentaires et vos réactions par mp ou dans les épisodes virtuels.
Je vous dis à très bientôt pour de nouvelles aventures !
Elisab