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Série : Supernatural
Création : 26.04.2013 à 21h43
Auteur : Hecate
Statut : Terminée
« Attention, Les apparences peuvent être trompeuses. Juste une chasse banale qui passe d’un peu compliquée à complètement hors de contrôle ^^ Mais comme on dit : A bon Winchester, bon monstre. » Hecate
Cette fanfic compte déjà 38 paragraphes
Chapitre 9.
Les frères Winchesters restèrent cois devant l’intrusion d’un second Ranger. Comment n’avaient-ils pas pu entendre l’arrivée de ce deuxième homme alors qu’ils étaient sensés être à l’affût du moindre bruit avertissant la venue éventuelle de la bête responsable du carnage. Dépitant… voir même déroutant. Il fallait vraiment qu’ils limitent les blessures à la tête.
- « Bon je vais répéter en supposant que vous êtes juste légèrement attardés : Où est Baker et qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
Dean tourna la tête en direction de Sam qui lui, semblait totalement impuissant. Le connaissant parfaitement il pouvait assurer que son petit frère se sentait responsable de ce qui s’était passé et en vue de sa grimace fétiche accentuée de ses yeux larmoyants, il se décida donc à prendre la parole le premier.
- « Je crois qu’on peut répondre à vos deux questions en une seule réponse…. » Lança t-il renfrogné.
- « Vous voulez bien vous expliquer et me dire enfin où est mon coéquipier ?
- Et bien pour être honnête je dirais que votre équipier est un peu partout et pour m’expliquer de ma première allusion en faite… Baker c’est ce bordel ! » Ajouta l’aîné des Winchester de manière sarcastique.
Le Ranger changea de couleur en comprenant la réponse de ce jeune homme aux airs assurés. Il regarda le sol, tourna sur lui-même, faisant une totale abstraction de ses comparses, puis déglutit longuement.
- « Vous voulez dire que tout ce sang et tous ces… morceaux… appartiennent à Jim ?
- J’en ai bien peur…je crois que c’est justement l’un de ses doigts juste à coté de votre pied….
- Mon Dieu, mais qu’avez-vous fais ? » Chuchota de détresse le vieil homme sans faire état de la dernière remarque de Dean.
- « Oh non, nous on a rien fait du tout, c’est pas nous qui l’avons mis dans cet état… » Intervînt Sam se protégeant de toutes accusations.
- « Oui ben ça c’est vous qui le dîtes, va falloir rendre vos comptes au chérif messieurs et après un tel carnage estimez vous heureux que la peine de mort ne soit plus d’actualité dans cet état.
- S’il vous dit qu’on n’est pas responsable, on a eu un accident de voiture et le Ranger Baker est venu nous prêter main forte. Mais le temps qu’on remonte de ce putain de précipice votre pote était déjà éparpillé partout… ! » Renchérit Dean, qui n’aimait pas le ton de l’homme en vers son cadet.
- « Un peu de respect je vous prie, cet homme était un Ranger et l’un de mes amis proches ! Je vous interdis de parler de lui comme un vulgaire bout de viande… »
Dean se retourna vers son frère un léger sourire morbide sur le visage exprimant son humour glauque.
- « J’aurais pas dit ‘un’ bout viande… mais plutôt plusieurs. » Marmonna t-il pour qu’uniquement Sam ne puisse l’entendre.
Seulement son cadet, lui, ne le prit pas sur le ton de l’humour et lui envoya un regard noir pour lui exprimer une franche désapprobation face à sa blague de mauvais goût. Il se retourna ensuite vers le Ranger, une émanation compatissante sur son visage ensanglanté et s’exprima avec autant de commisération que possible.
- « Nous sommes réellement désolés pour la mort de votre ami et nous comprenons votre désarrois face à cette scène affligeante, mais nous ne sommes aucunement responsables de ce qui s’est passé ici. Cette bête qui nous a fait quitter la route est, je pense, la seule coupable…
- Une bête ? Vous avez vu quelque chose ?
- Et bien oui, c’est une sorte de….
- De loup !! » Le coupa Dean en faisant les gros yeux à son petit frère, le dissuadant d’expliquer à cet individu l’existence d’une probable bestiole surnaturelle.
- « Mais un loup ne pourrait pas faire ça à un homme » Reprit le Ranger septique et attristé.
- « Ben il avait l’air plus gros qu’un loup normal et peut être était il enragé, d’où cette férocité…
- Ça pourrait expliquer pas mal de chose en effet !... Nous avons eu des cas de barbarie du à un animal sauvage ces derniers temps et Jim et moi étions justement en train de patrouiller à la recherche de cette bête que vous semblez décrire…. »
Dean paraissait satisfait de la tournure que prenait la conversation. Il semblait que le Ranger change d’avis sur leur culpabilité et grâce au regard émouvant habituel de son frère, ils pourraient probablement repartirent sans ennuis de la part de la police du comté.
- « …Cependant je ne peux pas vous laisser filer car même si vous n’êtes pas responsables - ce qu’il reste encore à prouver - vous êtes tout au moins des témoins de ce qui vient de se passer, et croyez-moi la mort d’un Ranger ne passera pas impunie dans notre petite ville d’Alridge, il faudra un coupable … »
Le vieil homme se détendit un peu mais sans toutefois baisser sa garde. Le fusil toujours devant lui, retendu en directions des frères Winchester, il leur ordonna de lever les bras devant eux avant d’enchaîner leur poignés à des menottes communes agrémentées d’une chaine d’un peu moins de 40 centimètres de longueur entre les deux bracelets d’acier.
- « …C’est la loi messieurs, je ne peux rien faire d’autre que de vous emmener au poste ! »
Il commença alors à marcher et attrapa sa radio sur le côté de sa veste avant de la porter à sa bouche :
- « Equipe un à poste principal ; Georges, Nicols, vous me recevez ? » Visiblement pas de réponses mais le Ranger continua tout de même son compte rendu : « Equipe un au rapport : Ranger Baker décédé, probable animal sauvage extrêmement dangereux, deux témoins suite accident de voiture ; je mets en place un périmètre de sécurité. Besoin urgent de renfort scientifique et policier dans la zone balisée sud-ouest. »
Il y eu juste un grésillement en provenance de la radio mais une voix essoufflée se fit finalement entendre après quelques seconde d’attentes.
- « Bien reçu équipe un. Je contact de suite les autorités gradées du comptés, ils seront sur place dans la soirée.
- Nicols ? Où t’étais passé Bon Dieu ? Où est Georges ?
- Je t’expliquerais ça quand tu seras de retour. Terminer.
- Bien noter. Je ramène les témoins au poste. Terminer. » Et le vieil homme rangea sa radio en soufflant et enfonça une balise satellitaire au sol avant de reprendre son chemin.
Dean se sentit déprimer d’un coup, une fois de plus attaché par des menottes. Mais ce n’était rien comparé à Sam qui commençait, limite, à s’affoler. Lui ne supportait d’être enchaîné, et rien que l’idée probable qu’il soit mis en cellule le perturbait au plus haut point.
- « Hé ! Panique pas mec, c’est qu’une simple formalité ! Arrivés en ville, on explique nos petits malheurs au shérif, tu nous joues la carte du pauvre gars qu’à pas de bol agrémenté de ton regard de chien battu et le tour est joué… en plus de quoi tu te plains, tu trouves pas ça amusant d’être enchaîner à ton génial de grand frère, y a pire quand même !!
- Y a mieux aussi et je vois pas en quoi c’est amusant!! … Dean y a quand même un Ranger de mort, ils vont jamais nous laisser repartir comme ça, ils vont vouloir des détails !
- Et ben pour une fois on va leur dire la vérité : on a rien vu du tout, que dalle !!
- Mouais, je suis pas sur que ça suffise à les dissuader …!
- Assez de messes basses pour ce matin messieurs, veuillez avancer, mon 4x4 est juste derrière cette colline, il y a 500 mètres à faire… vous allez y arrivé ? » Cracha le vieux Ranger en fixant les deux jeunes hommes dans un état pitoyable.
Dean lui répondit d’un sourire narquois. Quand à son cadet il se contenta de baisser la tête et d’avancer en bougonnant en direction du véhicule.
- « … Hé une minute mon gars, vous n’allez pas la laisser là ? » Scanda l’ainé en se retournant vers le vieil homme, s’arrêtant net et bloquant Sam dans sa lancée.
- « Quoi ? Il y a une autre personne en plus de vous deux ici ? » S’inquiéta le Ranger en regardant partout autour de lui.
- « Comment je vais faire pour la récupérer, on peut pas laisser mon bébé ici toute seule dans le froid » Continua le plus vieux des Winchester en scrutant sa Chevrolet.
- « Vous parlez de votre … voiture ?
- Il y tient beaucoup » Intervint le cadet aussi dépité que le Ranger.
- « Mouais ! Quoiqu’il en soit, votre …‘bébé’… fait partie de la scène du crime, elle reste donc une preuve à conviction.
- Quoi ? Mais quand je vais pouvoir la reprendre, et y a toutes nos affaires à l’intérieur…
- Mes collègues vont la remorquer. Vous récupérerez vos biens quand on aura finit de tout inspecter! »
Sam et Dean se lancèrent un regard qui voulait en dire long. Si la police fouillait la voiture, il ne sortirait finalement pas de si tôt de leur garde à vue. L’attirail dans le coffre les incriminerait d’office. Cette chasse était définitivement une vraie plaie et ils n’étaient pas prêts de s’en débarrasser.
Chapitre 10.
Le 4x4 avançait avec précaution dans la poudreuse épaisse. Les frères Winchester, assis sur la banquette arrière, regardaient attentivement le paysage à la recherche du moindre signe de la créature responsable du carnage. Le Ranger restait muet, concentré sur le semblant de route qui se dessinait devant lui. Dean cru apercevoir une larme couler sur la joue du vieil homme, mais n’intervint pas, respectant l’état de deuil de ce dernier. Il profita de ce temps pesant pour vérifier du coin de l’œil l’état physique de son frère - pas brillant de toute évidence – et se bander lui-même deux de ses doigts pour maintenir péniblement celui cassé à l’aide de son éternel bandana.
Ce n’est qu’au bout d’un petit quart d’heure de torture mentale et physique qu’il engagea la conversation afin de détendre un peu l’atmosphère qui régnait dans l’habitacle et briser ce silence de plomb.
- « heu, Ranger…
- Hamilton.
- Ranger Hamilton… à combien de kilomètres somme nous de Alridge ?
- Plus très loin maintenant, je dirais encore une petite vingtaine de bornes… »
Dean leva les yeux au ciel, à cette allure ils en avaient encore pour au moins une demie heure à être ratatinés avec son frère sur ce siège à ressort plus qu’inconfortable.
- « Depuis combien de temps connaissiez-vous le Ranger Baker ? » S’interposa Sam en commençant à poser des questions comme à chaque fois que sa nervosité maladive prenait le dessus sur son impatience.
- « Ça aura fait 62 ans cet été…, on était ensemble à la crèche si vous voulez tout savoir. Né dans ce patelin… mort dans ce patelin…
- Désolé. Je ne savais pas que vous étiez si proche…
- On en a vécu des trucs tout les deux ! Il y a deux ans, ce cher Jim a voulu faire le malin avec un grizzli, ça lui a valu une oreille, un bout de sa langue et une bonne leçon à la clé… J’ai cru que s’était la fin pour lui cette matinée là, mais non ! Ce vieux bougon restait solide comme un rock. Il aurait pu prendre sa retraite après ça, mais c’était sans compter la tête de mule qu’il était ! Il n’aurait jamais raccroché le temps que je restais en service… juste pour assurer mes arrières….
- Oui je peux comprendre ça. » Murmura Dean presqu’à lui-même.
- « …Il a voulu qu’on se sépare ce matin pendant la patrouille. Pour couvrir plus de terrain selon lui… j’aurais jamais du accepter… j’aurais du rester avec lui !
- Et vous seriez probablement mort avec lui! » Intervînt l’aîné des frères lorsqu’il vit les yeux accablés de son cadet face au récit du vieil homme. « C’est arrivé très vite, vous savez. On essayait de remonter de cette foutue falaise, on a juste entendu deux coups de fusils et c’était déjà trop tard. Je pense que vous n’auriez rien pu faire pour votre ami à part vous faire tuer également. Ce… loup, m’a l’air très entraîné. Je pense qu’une simple battue ne suffira pas à l’arrêter ; à part peut-être augmenter son appétit…
- Je vous trouve bien au courant de la situation pour de simples touristes ?! ».
Les frères se regardèrent quelques secondes et c’est Sam qui reprit la parole pour plus d’explications.
- « C'est-à-dire que mon frère et moi nous sommes… les neveux de Lily et Jeff…
- MacAllister ?
- Oui ! On a entendu ce qui leur était arrivé la nuit dernière et en tant que détectives privés on a voulu venir voir ce qui s’était passé de plus prés. Vous comprenez, la famille c’est important et on ne pouvait pas rester sans rien faire…
Dean sourit à son petit frère devant tant d’imagination. Il arrivait toujours à trouver une histoire bien ficelée, et avec sa prestance et ses yeux respirant la confiance, n’importe qui tombait dans le panneau... la plus part du temps.
- Jeff m’avait pas dit qu’il avait des neveux…
- On est du coté de Lily ! » S’exclama Dean expressément.
- Ah… j’ai jamais vu sa famille en quatre ans qu’ils habitaient ici…
- C'est-à-dire que notre mère - sa sœur - et Lily ne s’entendaient plus vraiment… vous savez ce que c’est les disputes dans les familles… » Récita l’aîné essayant de se dépatouiller de la situation.
- Ouais c’est sûr ! » Marmonna le Ranger gobant l’histoire des Winchester mais restant tout de même sur ses gardes. « Donc comme ça vous êtes détectives privés ? Et vous avez une plaque ?
- Bien sur ! » Affirma Sam un peu contrarié.
- « Dans la boite à gants de la voiture… » Continua Dean sur la défensive.
- « On vérifiera tout ça ! » Grogna le vieil homme en pianotant sur un petit clavier.
- Euh... qu’est ce que c’est ? » S’exclama le cadet pour changer de conversation en montrant du doigt ce qui ressemblait à un petit ordinateur de bord.
- « Une radio satellitaire à écran digital! On peut envoyer et recevoir des messages oraux et écris. Toutes nos voitures en sont équipées. Depuis l’accident de Jim, on a fait installer ça dans nos 4x4 ; on pouvait communiquer malgré ses problèmes d’audition et de langage. En plus, la réception est très mauvaise dans ce coin et une simple radio ne capte pas toujours…
- C’est comme ça que vous nous avez retrouvés ?
- Oui ! Baker m’a envoyé un message disant qu’il avait vu une voiture sortir de la route et qu’il partait pour donner un coup de main !
- S’il n’avait pas été là, on serait probablement mort mon frère et moi » Continua Sam à peine audible.
- « Dites-moi Ranger Hamilton, vous-êtes quand même sacrément équipé pour une ville aussi … ‘reculée’ qu’Alridge… » Intervint Dean, pensant que le changement de sujet était plus que nécessaire sentant que son frère recommençait à se morfondre une fois de plus.
- « La ville en elle-même est en effet ridicule si on doit la comparer à une métropole. Nous n’avons qu’une seule école, un médecin, quelques magasins réapprovisionnés une fois dans la semaine, juste le nécessaire à notre petite population pour vivre en toute sérénité. Un centre hospitalier ou une université par exemple est à plusieurs heures d’ici - donc à ce propos, j’espère pour vous que vos blessures ne sont pas trop sérieuses …. Mais pour en revenir à notre matériel, il faut savoir que contrairement à la ville, nos terres s’étendent sur des milliers d’hectares ; des forêts, des champs, des zones rocheuses… Nous sommes seuls ici à garantir la cohabitation des hommes, de la nature et de tous les dangers qui s’y raccrochent. L’état de l’Idaho nous aide donc à cette tâche et concède à toutes nos demandes de fonds ou de matériel.
- Pratique…
- Nécessaire surtout. Nous avons aussi l’aide de temps en temps de la police de Linvingston quand nous avons des cas qui nécessitent plus d’hommes. Mais comme ils sont à plus de 150 kilomètres de là, on ne les dérange qu’en cas d’extrêmes urgences… comme c’est le cas ici.» Répondit le vieil homme en regardant la route tristement.
- « Mais sinon combien êtes-vous de Rangers pour …‘garantir la cohabitation’ ?
- Nous avons trois postes différents composés de deux ou trois équipes maximum. Un se trouve à une quarantaine de kilomètres au nord. Un autre près de la rivière au pied de la montagne à environ soixante dix kilomètres au sud-ouest. Et il y a le notre à une dizaine de kilomètres des frontières de la ville d’Alridge : composé de deux équipes, le shérif et son adjoint, eux-mêmes Rangers, et la seconde… et bien, c’était Jim et moi. »
Il y eu de nouveau un silence embarrassant dans le 4x4 peu confortable et c’est donc Sam, très mal à l’aise qui continua.
- « Ça me semble quand même très peu pour couvrir tant de terrain…
- Nous n’avons jamais eu de gros problèmes jusqu’à maintenant. Nous avons des sentiers balisés pour les randonneurs, et c’est à ce niveau là que nous nous concentrons le plus pour la sécurité des gens. Pour le reste nous essayons de limiter un maximum la surpopulation de certaines espèces. Lorsqu’un grizzli ou tout autre animal féroce est trop près des habitations, nous essayons de le délocaliser… ou s’il fait du dégât et bien nous nous en débarrassons …
- Donc vous n’avez jamais eu à faire à ce… loup auparavant ? » Poursuivit le cadet, revenu en mode chasseur.
- « Non, en fait les seuls meutes de loups que nous avons recensés se trouvent bien plus au sud. Nous n’avons jamais eu d’attaque de loups dans cette partie de la région, aussi loin que je me rappelle. »
Les frères Winchester se retournèrent l’un vers l’autre. D’où sortait cette bestiole ? Et pourquoi elle ne pointait le bout de son nez que maintenant ?
Leur réflexion fût vite interrompue lorsque le petit ordinateur de bord émit un son aussi strident que des ongles sur un tableau noir. Le Ranger pianota un instant avant de se retourner vers les deux jeunes hommes fortement préoccupés par ce signal d’alerte qui n’annonçait rien de bon.
- « Rien d’inquiétant messieurs, juste une petite tempête qui s’approche par le nord. On va rester au poste un peu plus longtemps c’est tout…. »
Dean passa sa main gauche sur son visage, essayant d’enlever le stress qui s’accumulait malgré lui, avant de se retourner vers son frère qui lui leva les yeux au ciel totalement déconcerté. Un simple regard ponctuant l’idée principal : ‘de mieux en mieux’ - ironiquement parlant bien sur.
Ils n’eurent pas vraiment le temps de demander plus de renseignements sur les évènements à venir que le conducteur se gara sur ce qui semblait être un petit parking - recouvert de neige comme tout le reste. Devant eux se dressait un vieux bâtiment d’un étage en béton au toit plat. Caricature complète d’un minuscule poste de Rangers dans les montagnes.
- « Bien, messieurs… nous sommes arrivés ! Le shérif va procéder à votre interrogatoire. Votre voiture va être remorquée jusqu’ici dans le courant de la soirée pour être inspecté - enfin si le temps nous le permet - et on vérifiera vos plaques aussi. Donc en attendant, et bien, je vous conseil de vous détendre un peu… »
Sam et Dean descendirent de voiture en soufflant, toujours enchainés, avant de se diriger vers la porte d’entrée du poste. Une fois à l’intérieur, leur geôlier les fit s’assoir l’un à côté de l’autre sur des chaises en bois alignées au fond de la pièce.
L’endroit était d’un calme plat, bien trop calme au goût des Winchesters, surtout après ce qu’il venait de vivre. En quelques heures, ils avaient eu une rencontre fort déplaisante avec la fameuse créature qu’ils venaient chasser, avaient eu un accident de voiture qui leur valait quelques blessures pour le moins incommodantes, avaient été accusé du meurtre d’un homme qui s’était fait déchiqueter et éparpiller sur des mètres carrés, et enfin avaient été emmenés dans un poste de Ranger au milieu de nulle part attendant perplexes l’arrivée d’une tempête neigeuse, menottés et sans armes.
Ils posèrent leur tête en même temps sur le mur en brique juste derrière eux.
Dean souffla avant de murmurer un : « Euh…Sammy ? » ce que l’intéressé répondit en marmonnant un « Ouais, je sais : on est vraiment dans la merde… ».
Chapitre 11.
Ils étaient assis depuis déjà plus d’un quart d’heure mais la situation n’avait pas réellement évolué. Le vent commençait à souffler légèrement à l’extérieur du poste et Dean pouvait voir la neige tombait à gros flocons à travers la petite fenêtre depuis maintenant cinq bonnes minutes.
Quand à Sam il restait fixer sur le Ranger Hamilton en pleine conversation avec un jeune homme d’une vingtaine d’années à l’autre bout de la pièce. Conversation qu’il n’entendait pas mais qui semblait pour le moins agitée. Le jeune homme en question devait être l’adjoint au shérif vu son âge. Il y avait quelque chose d’étrange chez ce garçon mais Sam n’arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui le dérangeait vraiment. Il s’était montré dés que le guide et eux-mêmes avaient passé le pas de la porte d’entrée, et semblait extrêmement anxieux. Il s’était dirigé droit vers l’homme le plus âgé, sans faire cas de leur présence, et avaient entamé leur discussion en mode sourdine dans un premier temps mais commençaient sérieusement à monter le niveau sonore des paroles et à y accompagner des gestes tout aussi nerveux. Etait-ce au sujet de la mort de Baker ou de l’arrivée inopportune de la tempête ? Bonne question. Et où était le shérif ? Encore une bonne question. Il n’y avait de toute évidence personne d’autres qu’eux quatre dans le bâtiment, ce qui n’était guerre plus rassurant. Pour une chasse qui paraissait si banal dans la tête de Sam au départ, les choses évoluaient vraiment très mal. Il ne savait pas si c’était les évènements passés ou ceux à venir qui l’angoissaient le plus. Ou peut-être que ce n’était finalement que ses blessures qui l’incommodaient plus qu’il ne l’admettait et le rendaient si fébrile ; Et dire que c’est lui qui avait insisté pour venir jusqu’ici et traiter cette affaire…. Mais quoiqu’il en soit, son grand frère allait de toute façon se rendre compte très vite de son état déplorable et ça n’allait pas arranger la situation.
L’aîné des Winchesters, lui, commençait sérieusement à s’impatienter : ses fesses déjà endolories depuis l’épisode du 4x4 criaient à la protestation de l’inconfort de ses chaises en bois bancales sur lesquelles il ne pouvait bouger sans faire grogner son cadet immuablement enchainé à lui. Son frère qui d’ailleurs n’avait pas une mine qui respirait la parfaite santé d’un jeune homme en pleine force de l’âge. Même si l’éclairage était digne d’une grotte préhistorique, on pouvait parfaitement observer le contraste évident entre la pâleur de son teint et le rouge foncé du sang séché sur sa tempe et sa joue droite ; sans parler de ses yeux brillants et de sa respiration bien trop rapide à son goût.
La patience n’étant pas sa vertu principale, Dean dévisageait son cadet d’un œil insistant dans l’infime espoir d’avoir un geste ou un regard exprimant le fameux : ‘arrête de me fixer, je vais bien ‘ qui apaiserait un tant soit peu son inquiétude grandissante envers son petit frère. Seulement il n’eût que des yeux fuyants, une tête baissée faisant de ce fait tomber ses cheveux en bataille, cachant volontairement son visage exténué. Une attitude qui camouflait piètrement sa mauvaise condition physique et morale. Et il n’en fallait pas plus pour le grand frère un ‘tantinet’ protecteur pour entrer en mode : ‘prendre soin de Sammy’.
- « Hé, oh, Ranger Hamilton ! Je voudrais pas vous interrompre dans votre bisbille à la ‘Gossip Girl’, mais au cas où ça se verrait pas à nos tronches ensanglantées, on a quand même eu un sacré accident de bagnole et mon frère a salement morflé. Un toubib’ serait pas de trop…
- Dean… » Souffla Sam à peine audible en fermant les yeux de dépits. Et voilà, son aîné était rentré dans la phase protection fraternelle ‘chiantissimement’ renforcée, et il pouvait être un emmerdeur notoire croisé d’une tête de mule sans limite quand il s’agissait de sa santé ou simplement de son bien être.
Les deux Rangers contrariés stoppèrent leur conversation houleuse et se retournèrent en même temps devant l’interpellation fortement déplaisante du jeune homme. C’est le plus vieux qui se décida à répondre en s’avançant vers les ‘rescapés’.
- « Comme je vous le disais, messieurs, l’hôpital le plus proche est à des heures d’ici et je ne peux pas faire déplacer le Doc d’Alridge avec la tempête qui se prépare. Il va donc falloir vous contenter de la mallette de premiers soins qui se trouve dans la salle de bain du premier étage - que l’adjoint Nicols, ici présent, va très généreusement aller vous chercher. Votre frère n’a pas l’air mourant, ça devrait donc faire l’affaire…
- Ça devrait faire l’affaire ? Mon frangin a probablement une commotion cérébrale et vous voulez le soigner avec du mercurochrome et un pansement ‘Babar’ ? Pourquoi pas un ‘bisou réparateur’ tant qu’on y est ?!
- Dean… » Deuxième grognement de la part du cadet qui, lui, essayait de rester calme.
- « Ecoutez-moi bien monsieur le détective privé, j’ai des affaires plus urgentes à régler pour l’instant et votre frère n’est pas une priorité ! »
Mauvaise réponse.
Dean se leva de son siège ‘légèrement’ énervé, embarquant sans le vouloir, le bras de son cadet, toujours menotté au sien. Les dents serrées, le regard assassin, il pointa du doigt le vieil homme, prêt à lui exprimer ‘amicalement’ son point de vue contradictoire au sien. Ce dernier fit un pas de plus en sa direction lui faisant comprendre que lui ne se laisserait pas faire par un gamin insolent. Sam attrapa alors le poignet de son aîné pour le faire rassoir gentiment avant qu’il n’ouvre la bouche une fois de plus et ainsi éviter une guerre ouverte avec un Ranger en colère bâti comme un ours. Il lui gronda un « détends-toi, je vais bien » à peine audible pour apaiser son tempérament colérique.
La tension entre l’aîné des Winchesters et le vieil homme ne dura cependant que quelques secondes puisque le bip horripilant d’un téléphone satellitaire se mit à résonner dans la salle, interrompant ainsi le silence inconfortable qui s’était installé dans la pièce suffocante. Hamilton lança à son tour un dernier regard ‘aimable’ à Dean avant de se diriger vers la table où était posée la radio, à seulement quelques mètres d’eux.
Une fois le Ranger hors de porter de paroles et l’adjoint disparu derrière la porte menant probablement au premier étage, c’est le cadet qui se retourna furibond. Il poussa son frère à l’épaule de sa main libre.
- « Non mais ça va pas, t’es malade ! T’es pas encore assez amoché ou quoi ?
- Quoi ? il l’a cherché. C’est quoi ce type franchement ? Il est pas sensé aider son prochain et garantir la protection de la population contre les dangers de la nature ; être aimable avec les gens et blablabla …
- C’est ce qu’il a fait en nous ramenant ici Dean! On est en lieux sûr et c’est déjà pas mal….
- Non Sammy, il nous a menottés et nous laisse poireauter sur des chaises de merde alors que tu es blessé et à la limite de tomber dans les pommes…
- Je ne vais pas tomber dans les pommes…
- Ça serait seulement que la troisième fois en quelques heures !
- Arrête tu veux. J’ai vu pire…
- Ben c’est bien ce qui m’inquiète.
- Parce que toi c’est vrai que t’as une gueule à passer dans le magazine de la bonne santé…
- Moi, j’ai pas besoin de points de sutures…
- Pas encore… parce que c’est ce qui va se passer si tu mets ces gars en rogne ! »
Dean restait bougon face à la répartie de son frère. Il tourna la tête dans l’infime espoir de dissuader ce dernier de continuer le débat et se concentra sur le guide à l’autre bout de la pièce en pleine conversation - avec toujours une oreille, plus ou moins active, pour son petit frère.
Voyant que son aîné jouait la carte du faux calme prêt à exploser, Sam continua dans sa lancée pour tenter de le détendre un peu et éviter les problèmes supplémentaires.
- « Ok…écoute… le but c’est pas de faire de ces types nos ennemis, d’accord ? C’est des Rangers et ils peuvent nous être utiles. Surtout que je te ferais remarquer qu’on n’est pas menotté par hasard. On est suspects dans le hachis d’un Ranger…
- Témoins !
- Témoins ou suspects, ça change rien au fait qu’on n’est pas en position de force. Donc tu te tiens tranquille jusqu’à ce qu’on ait plus ces menottes aux poignets et qu’on soit sorti de ce satané poste !
- Ça n’empêche que t’as besoin de soins…
- Dean ! T’as écouté ce que je viens de dire ? ».
De toute évidence la réponse à cette question rentrait dans l’ordre de la négation. L’ainé était maintenant totalement attentif à la conversation téléphonique du Ranger Hamilton plutôt qu’aux remontrances de son cadet. Ce dernier était alors prêt à répliquer, mais la voix dominante du vieil homme interrompit ses élans et attira à son tour sa curiosité.
- « …non mais enfin Georges, t’es malade ! Avec cette bestiole qui se balade et qui bouffe tout le monde, tu pars seul en reconnaissance ? T’es shérif bordel, tu crois que te faire tuer va garantir la sécurité des habitants ? [...] Arrête, je me fous que t’ais eu une piste sur les gamins disparus du mois derniers ! [...] non, il est mort, tu m’entends, Jim est mort, c’était un vrai carnage, pire que chez les McAllister. Et t’as intérêt à rentrer vite fais si tu veux pas finir de la même façon [...]. Merci mais ça le ramènera pas [...] Evidemment qu’il faut instaurer un couvre feu [...] Ouais, je suis au poste avec les deux gars que Baker a tenté de sauver [...]. Non, ils disent qu’ils ont rien vu mais va falloir que tu les cuisines un peu, je les trouve louches [...]. Tu es à combien du poste ? [...] Ok, fais gaffe au retour, la tempête sera sur nous dans moins d’une demi-heure maintenant et du coup la police de Livingston va être retardée [...].Non, probablement demain ou même plus tard, ça va dépendre du temps [...] Ouais c’est bon, je tiens le coup, tu me connais [...]. OK. Terminer. »
Sam et Dean baissèrent leur tête innocemment, lorsque le Ranger Hamilton raccrocha et se retourna vers eux, lui faisant croire qu’ils n’avaient pas le moins du monde écouter la conversation. L’aîné lança un coup d’œil furtif à son cadet qui lui rendit son regard en guise d’affirmation : mode chasseur en alerte. La police de la ville la plus ‘proche’ ne pourrait se déplacer dans l’immédiat à cause de la tempête : moins de futurs morts, moins d’interrogatoires, plus de tranquillité. Les choses s’éclaircissaient également un peu : la discussion agitée avec l’adjoint une demi-heure plus tôt devait être en rapport avec le fait que le Shérif ait déserté son poste, insouciant du danger. Quand à leur chasse, il semblerait que le couple de retraités ne fût pas les premières proies de la créature ; de toutes évidences, d’autres avaient servi d’apéritif il y a un mois de cela.
- « Hé ! J’ai entendu la radio, t’as eu le shérif en fin de compte? » Cria le jeune homme du premier étage, interrompant la ‘mise à jour’ des frères Winchesters.
- « Ouais, cette andouille sera là dans en fin d’aprem’, d’ici deux ou trois heures… enfin s’il a pas trop d’embuches d’ici là avec cette tempête qui pointe le bout de son nez… »Répondit fortement le Ranger Hamilton pour que son jeune ami l’entende, posant ses deux mains sur la petite table devant lui et baissant sa tête, l’air totalement dépassé par les évènements.
- « Tu sais comment il est : il fonce tête baissé….
- Jim était pareil et ça lui a coûté la vie…
- Ecoute… je suis vraiment désolé pour Baker, vraiment… mais on va trouver ce qui lui a fait ça et… »
L’adjoint ne termina pas sa phrase de réconfort qu’un bruit sourd résonna à l’étage du bâtiment, suivi d’un cri de douleur puis d’un grognement assourdissant, interpellant les trois hommes du rez-de-chaussée, pris au dépourvu.
- « A moins que ce soit ce truc qui nous trouve en premier… » Marmonna Dean à l’intention de son frère visiblement tout aussi inquiet que lui.
Chapitre 12.
Son appétit grandissait. Il ne voulait plus simplement jouer avec sa nourriture, non il voulait la dévorer tout entière, mais il fallait quand même se restreindre, responsabilités obligent. Maintenant qu’il avait gouté l’humain, toute autre viande était sans saveur, et bien moins nourrissante. Il aurait du s’y mettre avant…
Approvisionner son garde manger ne serait peut être pas une mauvaise idée, après tout il avait déjà fini les randonneurs du mois dernier et ne lui restait plus que la moitié d’un humain - vieux, du deuxième poste de Ranger - et malheureusement cette viande faisandait rapidement au point que dans une semaine le goût ne serait plus du tout le même. Rien ne valait un bon cœur qui battait la chamade, ou un muscle encore chaud et frémissant à l’intérieur de sa bouche.
Le temps passait rapidement et il devait absolument faire des provisions. Il aurait pu avoir ce vieux bougre de bon gabarit dans sa tanière aujourd’hui mais cet imbécile lui avait tiré dessus. La colère avait largement dépassé la raison et il avait préféré se venger en le désintégrant plutôt que de garder quelques morceaux de choix - même s’il avait légèrement gouté à ses intestins sur le moment.
Pourquoi les proies devaient-elles toujours se défendre ? D’abord cette femme avec des ciseaux à ongles et maintenant ce gros barbu avec un fusil. Heureusement les autres avaient été bien plus dociles, lui offrant des déjeunés ou dîners en toute quiétude - malgré, il faut bien le dire, quelques hurlements ici et là avant qu’ils ne s’étouffent dans leur propre sang. Mais maintenant il avait besoin de plus de protéines, c’était de son avenir dont il était question et il ne pouvait pas tout abandonner maintenant.
De ce qu’il venait d’entendre, le shérif ne serait pas là avant plusieurs heures, limitant ainsi d’autres blessures par balles très désagréables. Les seules proies qui demeuraient dans le bâtiment paraissaient bien plus manipulables : deux hommes menottés en mauvais état, et pour le reste, un Ranger fatigué et déprimé… rien qu’il ne pourrait gérer. Il fallait sauver les apparences, ne pas se faire démasquer et agir vite. Il y avait quand même un beau menu qui l’attendait un étage plus bas, des steaks sur pattes à collectionner dans son antre : une aubaine. A table.
- « Nicols ? » Appela pour la deuxième fois Hamilton inquiet en levant les yeux vers le plafond où quelque chose semblait se mouvoir.
Il n’attendit pas la réponse - qui selon lui ne viendrait probablement jamais - et se dirigea d’un pas sûr vers l’armoire à l’entrée du poste, ouvrit les battants en bois et y prit un fusil à pompe. Le cri qui venait sans doute de son jeune ami, puis celui d’un probable animal sauvage annonçaient clairement la situation… et elle n’était pas bonne.
Dean et Sam s’étaient redressés à l’instant même où le premier bruit avait résonné dans le bâtiment, les sens en alerte. Ils savaient, avant même d’entendre l’adjoint au shérif, que la bête était dans la place - ce qui fût confirmé à peine une demie seconde plus tard par le hurlement strident puis le rugissement un tantinet terrifiant.
La seule image dans la tête des Winchester au moment présent était le Ranger Baker… enfin ce qu’il en restait une fois la chose passée ; et ils n’avaient vraiment pas envie de finir comme ça.
- « Hey, Ranger Hamilton, enlevez-nous les menottes. Tout de suite. » Cria Dean à l’intention du vieil homme qui avançait déterminé vers la porte des escaliers.
- « Vous deux vous rester là, je vais voir ce qui se passe…
- Mais enfin on sait déjà ce qui se passe ! Le truc qui a émietté votre partenaire - et probablement l’adjoint aussi maintenant - vient nous faire notre fête… enlevez-nous ces putains de menottes !
- Ne bougez pas d’ici, je m’en occupe ! Il est à moi ! » Gronda le Ranger en serrant les dents, comme si la vengeance étouffait totalement la peur qu’il aurait du avoir.
- « Non non non non non… Hamilton ! » Hurla Dean essayant de stopper le Ranger en vain, qui avait déjà disparu. « Merde ! » Vociféra-t-il frustré de ne pas se faire écouter. « Sam…suis-moi ! »
Les deux frères contournèrent les bureaux et se dirigèrent à leur tour vers la petite armoire. Dean ouvrit les petites portes d’un geste rapide et prit le dernier fusil accroché avant de le charger avec deux cartouches d’une boite en carton, posée au préalable sur une étagère plus haut, que Sam lui tendit.
- « Faut se tirer d’ici et vite fait… » Commença l’aîné en posant la main sur la poignée de la porte d’entrée.
- « Dean, Non ! On peut pas laisser ce gars se faire déchiqueter ! » Sam stoppa son frère dans sa lancée et le fixa de ses yeux de chiens battus, une fois de plus.
- « Bordel Sammy, ce truc là-haut n’attends qu’une chose : nous bouffer ! Et toi tu veux jouer au héro ?
- C’est notre boulot ! On est ici pour l’empêcher de tuer d’autres personnes tu te souviens… ?
- Hé, c’est pas la peine de me faire la leçon hein, c’est pas moi qui l’ai forcé à monter tout seul sans renforts pour se faire une bestiole surnaturelle…
- Mais il ne sait même pas à quoi il a affaire Dean !
- Et nous non plus je te ferais remarquer ! Tout ce qu’on sait c’est comment ça finit une fois que ce truc passe : charcuterie à volonté…
- Dean, s’il te plait … » Le renforcement du regard attristé ne dura que quelques secondes, pas besoin de plus de temps : efficacité prouvée.
L’aîné souffla dépité, son frère n’avait pas tord. Mais ils ne connaissaient rien de la créature, ils n’étaient pas préparés et pas non plus vraiment en état de faire un round avec une bestiole mangeuse d’homme. Sans parler du fait qu’ils avaient toujours ses fichues menottes aux poignets qui les empêchaient d’être libres de leur mouvements - pas forcément pratique quand on chasse un monstre. Dean fixa son frère un temps infime et roula ses yeux aux plafonds par capitulation. De toute façon il fallait prendre une décision… et rapidement.
- « D’accord… mais on a qu’un fusil pour deux alors tu restes à côté !
- Au cas où tu n’aurais pas remarqué, on est toujours attaché l’un à l’autre… Donc j’aurais un peu de mal à m’éloigner !
- Oh, la ferme. » Dean grogna et arma son fusil avant de se diriger lui et son frère vers la fameuse porte derrière laquelle les deux Rangers s’étaient engouffrés un moment plus tôt.
Ils avancèrent avec précaution dans les escaliers jusqu’au premier étage et débouchèrent dans un petit couloir étroit offrant 7 portes en bois au total : 3 de chaque côté, fermées, plus une en face à l’autre bout, semi-ouverte. Sur le sol étaient éparpillés des morceaux de vêtements déchirés, des boots totalement disloquées ainsi qu’une arme de petit calibre ; mais étrangement pas de sang, et pas non plus de traces du jeune adjoint à qui ces affaires devaient appartenir.
Dean se retourna vers son frère avec la fameuse grimace exprimant le « tu vois je te l’avais bien dit que ce n’était pas une bonne idée », quand à Sam il lui offrit la tête qui déclarait un ‘ah, c’est bon, maintenant qu’on n’y est, on n’y reste…’ avant de continuer son avancée prudemment.
Il n’y avait pas un bruit dans tout le poste, ce qui était encore plus stressant. Le Ranger devait lui aussi être en chasse et devait donc probablement évoluer en toute discrétion. L’appeler révèlerait à la bête leur position et ce n’était pas du tout envisageable. Cependant il n’y avait pas non plus de signe cette créature et c’était vraisemblablement ce qui était le plus dérangeant. Ils pouvaient d’ailleurs se demander si c’était bien eux qui chassaient le monstre ou bien si c’était lui qui les traquait : à savoir qui trouverait qui en premier…
L’aîné jouait le renfort armé prêt à appuyer sur la gâchette à chaque bruit ou vibration suspects, tandis que son petit frère ouvrait doucement les portes une à une pour contrôler chaque recoin de chaque pièce. Les quatre premières étaient relativement identiques : des chambres d’une bonne dizaine de mètres carrés qui offraient un lit collé contre un mur de briques rouges - semblables à celles du rez-de-chaussée - ainsi qu’un placard mural, un bureau étriqué et une petite commode en bois clair. Les seuls différences demeurées dans la couleur les dessus de lit et les cadres photos posés sur les diverses tables de chevet.
Une fois les dortoirs inspectés, les frères Winchesters continuèrent la reconnaissance et avancèrent à pas feutré en direction des 3 dernières pièces vers le fond du couloir. Ils n’eurent cependant pas le temps de toucher la poignée suivante que des tapements sourd de sabots sur le plancher attirèrent leur attention. Comme d’habitude, les frères Winchesters pouvaient communiquer d’un simple regard et c’est Sam qui commença par une grimace explicite d’incompréhension sur son visage fatigué ‘ c’est quoi ce délire… y a un cheval au premier étage ?’, ce que Dean répondit silencieusement en fermant les yeux quelques secondes totalement perdu et en soulevant ses sourcils de dépit, signifiant sans aucun doute la même perplexité fasse à ces fameux bruits ‘heu… non…, non là je sais pas…joker.’.
Ils se stoppèrent un moment fixant la porte, incrédules, à l’autre extrémité du couloir attendant probablement un autre signe de la créature ou quoi que ce soit. Attente ou appréhension, ils n’étaient sûrs de rien ; mais ce n’est que lorsqu’ils entendirent le Ranger Hamilton hurler, puis les deux coups de fusils résonner dans la pièce du fond, que les frères Winchesters accélérèrent le pas. Dean tendit le fusil droit devant lui, lança un coup d’œil à son frère pour s’assurer qu’il soit bien derrière lui et se ruât sur l’ouverture.
Ils ne purent néanmoins atteindre leur destination que l’accès se ferma brusquement dans un fracas, amenuisant le tapage d’une vraisemblable lutte. Le hurlement strident du vieil homme continuait de faire écho dans le bâtiment comme une sirène d’alarme exprimant incontestablement le: ‘attention monstre en pleine tuerie’. Le cadet crût entendre le cliquetis d’une arme qui se rechargeait se confirmant par une nouvelle détonation à peine quelques secondes plus tard dans le local fermé.
- « Ok, Sam, t’es prêt ? A trois…. » Le cadet acquiesça d’un signe de tête et se mit en position. « Un…Deux…Trois ! » et les frères Winchesters frappèrent la porte d’un coup de pied simultané. Seulement cette dernière ne céda pas comme ils auraient pu l’espérer. « Bordel de m… » Cracha Dean en reprenant son équilibre. « Ok on se le retente…prêt ? »
L’aîné des Winchester commençait à reprendre le compte à rebours qu’un énième coup de feu retentit, suivit d’un sifflement terrifiant qui se perdit après ce qui semblait être le brisement d’une vitre.
Plus de hurlements, plus de rugissements, plus de sifflement. Le calme plat.
Le regard de Sam fût attiré par le sol où du sang commençait à s’éclipser de dessous la porte. Il reporta alors son regard troublé sur son frère qui n’avait également plus beaucoup d’espoir quand à la survit du Ranger ; et sans un mot ils assenèrent un second coup de pied qui cette fois fît céder la serrure.
Chapitre 13.
La première chose qu’ils ressentirent en entrant dans la pièce fût le froid. Un froid polaire véhiculé par un vent violent qui s’engouffrait allégrement par une fenêtre totalement disloquée en face d’eux. Les frères Winchester se protégèrent les yeux un moment, la neige, telles des épines glacées, venait picorer la peau de leur visage. Ils avancèrent vers les restes de la fameuse fenêtre et Dean regarda en contrebas. La visibilité était très amoindrie mais il pouvait assurer qu’il n’y avait pas de créature au sol, ni même dans les proches environs, qu’elle soit morte ou vivante : cette chose s’était volatilisée... encore une fois.
C’est Sam qui se tourna en premier pour voir une marre de sang sur le sol, et au milieu, un homme assis dans un coin de la pièce, contre le mur carrelé. Il manquait une jambe au Ranger Hamilton mais le reste de son corps paraissait relativement conservé tel qu’il était avant de rentrer dans ce qui semblait être la salle de bain du poste. Le cadet s’accroupit doucement en fixant le vieil homme et tomba presque à la renverse quand ce dernier ouvrit les yeux subitement.
- « Dean ! Dean… Il est vivant ! »
L’intéressé se retourna alors à son tour. Il s’était attardé sur la décoration carmin macabre façon tuerie bestiaire des murs qui un moment plus tôt devaient probablement être blancs. Quand à la couleur du sol, il n’était plus sûr de rien, mais il avait sans aucun doute changé également de teinte : il était maintenant du style ketchup gluant passé de date. Dean fit un pas en arrière, le bras tendu à cause des menottes, et regarda en direction de la porte de sortie.
- « Il faut le sortir de ce congelo, aide-moi à l’emmener dans le couloir… »
Sam se releva alors et s’approcha un peu plus de son frère pour que le blessé ne les entende pas, une mine grave accompagnée d’un regard démuni.
- « Si on le bouge, il mourra Dean…
- Parce que tu crois que si on le laisse là on va le sauver ? Il va mourir de toute façon Sammy ! Tout ce sang par terre et sur les murs c’est le sien ! Il a une jambe arrachée - portée disparue - sans parler des différentes blessures internes qu’il doit avoir et qu’on n’est pas en mesure de soigner. Y a pas de médecin et rien qui peut le soulager… la seule chose qu’on peut faire pour lui c’est de le mettre le plus confortable possible et au chaud, c'est-à-dire au moins hors de cette pièce ! » Son cadet le fixa un moment découragé, il savait que son grand frère avait raison mais ne pouvait s’y résoudre. Dean regarda le vieil homme agoniser et se retourna une fois de plus vers son frère accompagné à son tour d’un regard compatissant mais déterminé «Sam, aide-moi à le déplacer. ».
Le cadet baissa la tête, et sans un mot de plus attrapa le bras droit du Ranger pour que Dean puisse prendre le gauche malgré les menottes qui entravaient leurs mouvements. Ils le hissèrent finalement jusqu’à l’une des quatre chambres et le déposèrent sur le lit. Une route de sang s’était formée dans le couloir après le passage du Ranger. Ce dernier avait hurlé de douleur durant tout le pénible déplacement. Sam s’écarta légèrement pour que son frère puisse allonger le vieil homme dans le sens de la longueur du lit en une position confortable. Au moment ou l’aîné voulu se redresser, le Ranger attrapa sa veste d’une main ferme.
- « … Pas… un… loup… » Dit-il avec peine.
Dean pouvait sentir les yeux meurtris de son petit frère sur lui. Il baisa la tête puis replongea son regard dans celui du blessé. Après tout il pouvait lui dire la vérité, il était trop tard pour lui de toute façon.
- « Non, en effet, ce n’est pas un loup, c’est bien plus gros, c’est…
- Vous ne … comprenez… pas ! » Le coupa l’homme haletant. « Ça ne ressemble pas… du tout… à un loup…
- Quoi ? » Intervint Sam en s’approchant un peu plus du lit « qu’est-ce que vous voulez dire ?
- « Cette … créature… elle avait… des ailes… »
L’aîné des frères se retourna vers son cadet exprimant d’un regard le ‘ tu vois je te l’avais bien dit’ puis se focalisa de nouveau sur le Ranger qui continuait sa description.
- « Sa tête… mon Dieu… sa tête !
- Quoi, qu’est-ce qu’elle a sa tête ? » Demanda Dean intrigué, à l’affût de la moindre piste possible sur la créature.
- « Des yeux jaunes en amande… teintés de sang,… un bec crochu affuté comme… comme des lames de rasoirs…
- Un bec ? Comment ça un bec ? Comme heu… un oiseau ? un rapace ?
- Oui…oui, un aigle… mais… il était énorme… et il… il avait quatre pates… des sabots…»
Sam fronçait des sourcils, ce n’était pas la description de la chose qu’il avait vu dévaler de la montagne, rien à voir. Quant à son aîné il affichait encore sa grimace fétiche du ‘ je suis encore complètement perdu’ mais s’efforçait tout de même de trouver une explication... raté.
Le vieux Ranger se mit à gémir de douleur, interrompant momentanément les réflexions des Winchester. Il demanda d’un geste que les deux jeunes hommes se rapprochent de lui pour leur susurrer probablement ses derniers mots. Sam et Dean se baissèrent alors jusqu’à sentir le souffle saccadé du blessé.
- « Je … l’ai… eu…
- Quoi ? Comment ça ? » Insista Dean.
- J’ai … j’ai buté ce fils de pute… un coup de fusil dans sa sale gueule de monstre… »
Sam interrogea alors son frère des yeux et Dean lui fit un léger signe négatif de la tête ; il avait regardé par la fenêtre quelques minutes plus tôt : la créature n’était pas morte, aucun signe d’elle. Le dernier coup de fusil qu’ils avaient entendu avant de rentrer dans la salle de bain avait peut-être blessé cette chose, la renvoyant malgré elle par la fenêtre, mais elle s’en était sortie quand même ; de toute évidence les balles simples ne suffiraient pas.
- « J’ai… vengé Jim… j’ai réussi… » Fit le Ranger dans un dernier souffle avec un rictus de victoire sur son visage livide.
Sam acquiesça à son tour d‘un sourire accablé mais réconfortant pour affirmer ses dires - même si ce n’était qu’un mensonge - mais cet homme avait le droit de mourir en paix après tout.
- « Attendez ! Et pour l’adjoint au shérif ? Vous l’avez vu ? Il est vivant ? Où est son corps ?... Hamilton ! »
Mais Dean n’eut pas plus de réponses. L’homme avait gardé ses yeux ouverts mais plus rien ne s’y reflétait. S’en été fini, la mort l’avait finalement emporté.
Sam s’adossa durement contre le mur, souffla de dépit, les mains posées sur ses genoux, au bord de la crise de nerfs.
- « Sam ça va ?
- Non Dean, ça ne va pas d’accord… ce type vient d’y passer, on n’a pas réussi à le sauver…
- On ne pouvait rien faire de plus Sammy.
- On aurait du lui dire dés le départ que ce n’était pas un loup, on aurait du…
- Quoi ? lui dire qu’une créature surnaturelle a becté les deux retraités et a explosé son partenaire ?
- Oui, pourquoi pas ?!
- Tout simplement parce qu’il nous aurait pris pour des tarés et c’est pas des menottes qu’on aurait eu mais la camisole de force - et ça c’est en ayant de la chance - parce que l’autre alternative c’était une balle dans la tête ! Il nous a surpris en train de trifouiller dans les restes de son pote je te signal ! On était déjà suspect de meurtre à la base alors si en plus on lui avait parlé de monstre mangeur d’homme, il aurait pensé qu’on se foutait de sa gueule et on était foutu. Même s’il nous tuait pas sur place pour sa vendetta perso, il nous aurait cloitré dans une cellule à moisir gentiment, ce qui aurait voulu dire : rien pour nous défendre quand la bestiole aurait pointé le bout de son nez… et dans tous les cas, ça aurait terminé de la même façon pour lui…
- On peut pas en être certain… s’il avait su, il aurait peut-être pris plus de précautions !
- Mais enfin Sam ouvre les yeux nom de Dieu ! Ce type était aveuglé par la vengeance, même s’il avait été au courant pour ce truc, il serait quand même monté avec juste son fusil, exactement comme il l’a fait là… et la conclusion aurait donc été la même ! » Dean fixait son cadet se passer ses mains dans ses cheveux, preuve de son intense amertume. Il souffla à son tour, essayant d’évacuer tout le stress qui s’accumulait malgré lui et chercha à récupérer le regard devenu fuyant de son petit frère. « Ecoute mec,… Sammy, regarde-moi. On ne peut pas changer ce qui vient de se passer de toute façon, donc arrête de te torturer comme ça ! Cette chose qui tue tout le monde sur son passage c’est sur ça qu’on doit se concentrer maintenant. Elle a une sacrée de longueur d’avance sur nous et il faut qu’on rattrape ce foutu retard… »
Sam releva les yeux et acquiesça fébrilement d’un signe de tête léger.
- « Ok, … alors qu’est-ce tu proposes ? » Marmonna t-il finalement, totalement déprimé mais qui comme d’habitude s’était apaisé grâce aux paroles de son frère.
- « Ben dans un premier temps il faut qu’on s’enlève ces putains de menottes et ensuite il faudra récupérer la bagnole et nos armes, se trouver un coin tranquille et faire quelques recherches…
- Dean on pourra pas récupérer la voiture, enfin pas ce soir… t’as vu le merdier dehors ? On n’y voit rien avec cette tempête, on connait pas le coin, les routes doivent être totalement impraticables…
- C’était déjà le cas avant je te ferais remarqué mon p’tit Sammy !
- Sauf que là on verra même pas la différence entre le chemin et un champs d’accord… c’est du suicide de sortir maintenant, c’est un coup à se retrouver une seconde fois au bord d’un ravin et franchement j’en ai pas gardé un bon souvenir la première fois ...
- T’étais dans les vapes les trois quart du temps, tu dois pas avoir trop de ‘souvenirs’…
- Je me rappelle pourtant t’avoir vu tombé de cette saloperie de portière et avoir pensé que t’étais mort… » Sam restait droit comme un ‘i’ ses yeux tristes campés sur ceux de son frères, attendant que ce dernier abdique ; ce qui ne tarda pas…
- « Ok, c’est bon… » un point de plus pour le petit frère « on reste planqué ici ce soir…. Mais faudra quand même la récupérer dés qu’on en à l’occaz’ et surtout avant la venue de la cavalerie de Livingston… »
Sam opina d’un signe positif de tête avant de reporter son regard sur le défunt Ranger. Dean tira alors une des couvertures placées au préalables au pied du lit, et y recouvra le corps de l’homme jusqu’à la tête.
- « Faut barricader le bâtiment, cette bestiole sais qu’on est coincé ici… elle va probablement vouloir récupérer son diner et j’ai pas forcément envie de satisfaire ses caprices… »
Son cadet lui fit un léger sourire blasé pour lui faire comprendre qu’il était tout à fait d’accord avec lui.
- « Il faut juste espérer que la blessure que lui a infligée Hamilton va la calmer quelque temps…
- Ouais… c’est le mot juste Sammy : espérer».
Chapitre 14.
Les horloges affichaient à peine 16 h30 mais la luminosité extérieure était équivalente à une nuit d’hiver des plus maussades. La tempête faisait rage maintenant : le vent sifflant entre les arbres tenaces et la neige camouflant toujours d’avantage le paysage déjà très cotonneux. On ne pouvait déjà plus distinguer le petit parking situé au devant du bâtiment des chemins sinueux qui y arrivaient et y repartaient. Seuls les pins donnaient encore du relief sur cet épais manteau neigeux de quelques mètres visibles.
La première chose que Dean Winchester fit une fois le corps du défunt Ranger recouvert fût de trouver un moyen de retirer les menottes qui l’enchainaient à son frère. Même si l’objet en question permettait d’avoir son cadet à ses côtés en permanence, les inconvénients y étaient quand même bien plus nombreux. En y repensant, heureusement que la créature ne s’était pas attaquée directement à eux car ils n’auraient pu se défendre bien longtemps avec ces entraves fortement déplaisantes.
Il avait donc d’abord cherché du regard une solution immédiate aux alentours mais la pièce n’offrait pas le moindre résultat concluant. Il se retourna alors vers son frère qui lui non-plus ne semblait pas avoir décelé quoique ce soit d’utile pour résoudre leur problème. La chose la plus simple restante était sans aucun doute de soulever le drap mortuaire et de chercher dans les poches de la veste du mort; mais évidement avec sa ‘chance’ habituelle, Dean ne trouva absolument rien, pas de traces de ces foutues clés. Avec une grimace qui en disait long sur son blasement, il avait alors continué son exploration dans la poche du pantalon - enfin celle qui restait, l’autre étant partie en même temps que la jambe - et évidement, une fois n’est pas coutume, il n’y avait rien non plus.
- « Combien tu paris que les clés se trouvaient dans la poche qui manque et sont maintenant dans l’estomac de ce truc de merde avec la gambette du gars… »
Sam regarda son aîné, les bras ballants, totalement amorphe, il souffla et souleva ses mains en même temps que ses sourcils en signe de dépit profond.
- « Il doit bien y a voir un double quelque part…
- Ben faut espérer mon p’tit Sammy parce qu’à en juger les serrures, ces saloperies ont l’air d’être dernier cri et je dirais qu’un trombone ne suffira pas à en venir à bout - même avec ta dextérité légendaire… » Dean regarda un peu plus son bracelet d’acier et y accompagna un grognement non dissimulé. « Sérieux, c’est quoi ces machins, c’est pas du made in Taiwan ça je peux te le dire ! Même la chaine à l’air d’être renforcée… Ils s’attendaient à croiser Hannibal Lecteur ou quoi… ?
- C’est bon, au pire une pince coupante devrait en venir à bout quand même ; on est dans un poste de Rangers, ils doivent bien avoir ça quelque part… si on ne trouve pas les doubles des clés, on aura au moins cette solution…
- Ah, tu vois, ça c’est ce que j’appelle de l’optimisme ; comme quoi ton cas n’est pas totalement désespéré en fin de compte.
- Oh la ferme…. »
Le cadet tira alors d’un coup sec son bras vers l’avant en sortant de la chambre, entrainant son grand frère malgré lui dans un élan le faisant presque trébucher. Dean bougonna un « susceptible !» accompagné d’une moue toute aussi expressive et passa alors devant Sam pour contrôler la marche en bon aîné qu’il était.
Une fois arrivés dans le couloir, Dean se retourna vers la pièce du fond où le vent et la neige s’engouffraient en grande quantité. Il s’y approcha doucement, amenant sans forcément le vouloir, son petit frère avec lui.
- « Dean ? Qu’est-ce que tu fous ? Faut qu’on s’enlève les menottes avant de tout barricader… et plus vite ça sera fait, plus vite on pourra tout sécuriser ! … Dean, tu m’écoutes ?!
- Ouais… » Répondit sans grande conviction l’intéressé en s’approchant quand même de la porte de la salle de bain - enfin ce qu’il en restait. Pourquoi avait-il cette impression qu’il passait à côté de quelque chose d’important ? Il avait ce sentiment d’avoir les réponses justes en face de lui mais sans pouvoir les déchiffrer…
- Dean… ?
- C’est bon Sammy, … on y va… » Finit-il par lancer en se retournant vers son cadet et enfin reprendre le chemin en sens inverse.
Avant d’emprunter l’escalier, il jeta un dernier regard à la scène derrière lui, les sourcils fronçaient, les yeux inquisiteurs, et se décida malgré tout à retourner au rez-de-chaussée en dépit de ce ressentiment d’insatisfaction.
Quant à Sam, il savait très bien que son frère avait de nouveau cette mauvaise appréhension qui revenait au galop. Son ainé était pire que les EMF pour les fantômes : c’était un vrai détecteur à emmerde, et quoique qu’il puisse en dire sur le fait que son grand frère suivait toujours son instinct, il fallait bien avouer que ce dernier se révélait être souvent dans le vrai - si ce n’est toujours. Il souffla légèrement et regarda à son tour une dernière fois la ‘scène de crime’ avant de finalement passer la porte.
Les minutes passaient mais le temps restait définitivement un ennemi redoutable. Ils avaient fouillé les différents bureaux, placards, tiroirs, armoires, les moindres recoins : partout ; Et même s’ils avaient trouvés les clés des portes intérieures et extérieurs du bâtiment - ainsi que celles de l’évidente armurerie - il n’y avait pas de traces de celles qui les intéressaient le plus : à savoir les clés qui ouvriraient ces satanés bracelets. En revanche ils avaient découverts plusieurs autres pièces qui pouvaient s’avérer tout de même utiles. La cuisine étant probablement en tête de liste pour Dean - enfin surtout pour son estomac qui semblait crier famine. Seul autre problème : pas de débarras avec du matériel de Rangers en vue ; en tout cas rien d’attenant au poste à proprement parler, ce qui voulait dire qu’il devait y avoir probablement un autre local à part … à l’extérieur. Les frères Winchesters essayèrent donc de débloquer les menottes avec ce qui leur tombait sous la main, à savoir tout ce qui pouvait être pointu, fin ou susceptible de rentrer dans les serrures et donc de les crocheter.
Lorsque Dean explosa la troisième paire de ciseaux en tentant une énième fois d’écarter les maillons qui formaient la chaine, c’est Sam qui balança de colère sa fourchette à travers la pièce n’arrivant pas lui non plus à faire céder ces saletés de verrous.
- « Ok, on passe au plan B, il nous faut une pince coupante… » Sam posa ses mains sur la table devant lui, essayant désespérément de calmer ses nerfs et ses mots de tête.
- « Sauf que sans vouloir t’offusquer MacGyver, j’ai pas vu de cisailles rangées à côté des petites cuillères…
- Ils doivent bien avoir ça quelque part pourtant…
- Ben trouve-toi des caches-oreilles et des moufles alors, parce qu’à coup sûr la remise avec le matos : c’est dehors ! »
Le cadet souffla ouvertement et s’adossa cette fois contre le mur en posant sa tête en arrière. Les tambours jouaient à l’intérieur de son crâne lui rappelant incessamment les chocs qu’il avait subit plus tôt dans la journée. Aller à l’extérieur… génial ! Sous une neige battante, un vent frigorifique et où la visibilité devait être quasi nulle - sans parler qu’une bestiole bouffeuse d’homme ne devait pas être loin à les attendre… quelle bonne idée, pensa-t-il ironiquement en fermant les yeux quelques secondes.
- « Hé mec, ça va ? » Fit l’ainé en faisant une tape légère sur l’épaule de son petit frère.
Sam rouvrit les yeux et fit un signe affirmatif de la tête accompagné de son habituelle grimace du ras-le-bol général, avant de se redresser et faire comprendre à son grand frère qu’il était prêt pour aller chercher le fameux ‘plan B’. Quand à Dean il récupéra son fusil posé juste à ses côtés avant de lancer un dernier regard crispé à son cadet : quand faut y aller… faut y aller !
Comme ils pouvaient s’y attendre la météo n’était effectivement pas clémente. Il tombait toujours plus de neige : des flocons énormes étaient malmenés par un vent violent glacial. Les frères Winchester avaient réellement du mal à avancer puisque la couche de poudreuse avoisinait maintenant les trente centimètres sur le parking qui était à peine glacé il y a juste quelques heures de cela.
Dean ronchonnait allégrement, n’arrivant pas à mettre un pied devant l’autre sans trébucher. Son frère et lui s’étaient munis de lampes torches qu’ils avaient trouvés également dans l’armoire à l’entrée du poste qui abritait les fusils à pompe et les munitions. L’ainé avait callé sa lumière sur son arme pour éclairer la visée tandis que Sam maintenait la sienne en l’air vers l’horizon pour pouvoir se diriger ; mais malgré cela, leur visibilité se bornait à moins deux mètres… en se concentrant.
Ils contournèrent donc le bâtiment par la droite, non sans mal, et se retrouvèrent devant ce qui semblait être un hangar de petite taille. Juste derrière eux, à terre, se trouvaient les vestiges de la fenêtre de la salle de bain du premier étage qui commençaient également à être engloutis par la neige.
Dean regarda un instants aux alentours mais ne distingua rien : pas d’empruntes de pas ou de trace de sang venant de la créature, juste des bouts de bois et de verres brisés éparpillés. Lorsqu’il sentit son bras enchainé s’agiter plus qu’il ne devait, il détourna son regard pour se focaliser sur son frère, qui en fait, essayait désespérément de trouver la bonne clé qui ouvrirait la porte de la fameuse remise.
- « Putain c’est laquelle, elles se ressemblent toutes nom de Dieu… » Sam tentait pour la troisième fois une nouvelle clé dans la serrure mais rien n’y faisait, aucune d’entres-elles ne convenaient.
Dean regarda aux alentours, toujours à l’affût d’un quelconque danger, avant de diriger sa propre lumière en alternance vers les mains tremblantes de froids de son frère et la serrure gelée du bâtiment.
- « Essaye celle avec le bout noire…
- Je l’ai déjà fait celle-là, y en a pas une qui rentre ! »
L’aîné serra les dents : non, la patiente n’était définitivement pas son fort. Il posa sa main sur l’épaule de son cadet en lui grognant un « recule-toi », pointa son fusil en direction de la porte et appuya sur la gâchette. Le coup de fusil résonna un instant mais fût vite étouffé par le vent qui sifflait affreusement. La serrure se disloqua en plusieurs morceaux, laissant à la place un trou de bon diamètre. Après avoir retiré le paquet de neige qui obstruait le bas de l’ouverture, Dean attrapa le reste de la poignée et tira un coup sec pour décoller la porte qui était gelé à l’encadrement.
Sam regarda son frère, les sourcils levés. Dean lui fit alors un léger sourire victorieux, l’air innocent.
- « Quoi ? On va pas se faire emmerder par une porte d’accord ? On a déjà de quoi faire avec ces putains de menottes et là tu vois, on s’est bien assez pellé les miches comme ça sans attendre que tu trouves la bonne clé… »
Le cadet sourit à son tour devant l’impétuosité de son grand frère et entra d’un pas chancelant dans le hangar.
Si pour la plupart des gens, cette remise en brique était synonyme de dépotoir poussiéreux, pour les frères Winchester c’était la caverne d’Ali baba. Des haches, cordes, couteaux en tous genres et autres pièges à ours étaient dispersés un peu partout sur des étagères.
Sam et Dean se retournèrent l’un vers l’autre avec la même expression dans le regard : « jackpot ! ». Ils ne leur valurent qu’une demi-douzaine de secondes pour trouver le saint graal : un coupe-boulon.
L’aîné donna alors son fusil à son frère, se jeta sur l’énorme pince coupante et la prit à plaine mains avant de disposer la chaine qui les entravait à l’intérieure de la mâchoire d’acier. Il serra de toutes ses forces, agrémenta son action d’un « bordel de merde » ronchonné, accentué par une grimace d’énervement non-dissimulée puisque l’objet en question résistait sérieusement à sa puissance légendaire. Mais son entêtement couplé du manque de temps et du froid eurent finalement raison des maillons… enfin.
Dean cria un « oui ! » puissant de pleine victoire tandis que son petit frère souffla de soulagement en fermant les yeux quelques secondes. Les bracelets ainsi qu’un bout de la chaine étaient toujours à leurs poignets mais ils étaient au moins libres de leur mouvement et pouvaient maintenant entamer les choses sérieuses.
Ils ne purent cependant apprécier à juste titre leur liberté qu’un cri étouffé par le vent les interpella. Les deux frères se remirent instantanément en mode chasseur. Sam pointa aussitôt le fusil vers l’extérieur, les yeux grands ouverts, le cœur battant ; tandis que Dean s’empara d’une hache, prêt à déchiqueter toute éventuelle menace.
Chapitre 15.
Le mot fureur n’était qu’un doux euphémisme en comparaison à son ressentiment actuel. Comment avait-il pu être si naïf, comment avait-il pu tout foirer comme ça… ? Se faire avoir par un vieil homme… c’était tout bonnement inadmissible ! Il n’avait même pas pu récupérer son butin en entier en plus: une jambe… non sérieusement, à peine un encas. Mais au moins grâce à ce petit bout de viande il avait quand même réussi à reprendre quelques forces et donc à expulser tous les plombs douloureux que cet imbécile avait foutus dans son crâne et au niveau de sa jambe. Les blessures n’étaient pas toutes refermées pour autant, il allait falloir du temps et il allait falloir être malin, surtout ne pas refaire les mêmes erreurs, être patient. Etudier ses proies, voilà ce qu’il fallait faire : se renseigner, observer, connaitre leurs points faibles ; et alors plus rien ne pourra se mettre en travers de son chemin… et de ses projets.
Jouer et attendre… il allait tout simplement attendre.
Les râlements continuaient de faire échos jusqu’à leurs oreilles mais Sam et Dean n’arrivaient pas à voir d’où ils pouvaient provenir ; Ils étaient donc sortis de la remise mais plus ils avançaient dans l’épaisse couche de neige, plus les sons ressemblaient fortement à des plaintes venant d’un homme.
Malgré qu’ils ne soient plus attachés ensembles par les menottes, les deux frères restaient tout de même très proches en distance : moins d’un mètre les séparait. Ils évoluaient dans le froid en alternant leurs regards affutés vers l’horizon - à guetter la moindre menace - et les coups d’œil furtifs vers l’un ou l’autre pour être sûr que tout aller bien. Ce qui n’était pas réellement le cas, puisque Dean, en plus des diverses coupures et autres contusions, souffrait toujours de son doigt cassé, bandé grossièrement, sans parler du fait qu’il lui manquait toujours un ongle - qu’il s’était du coup totalement arraché pour plus de ‘tranquillité’ - également à sa main gauche, et que le froid n’arrangeait finalement rien à la douleur contrairement à ce qu’il aurait pu penser . Quant à Sam, malgré ses yeux concentrés et sa posture droite, on pouvait facilement deviner que c’était l’adrénaline du danger imminent ou bien le fait qu’il devait assurer les arrières de son frère qui le maintenaient debout - pas vraiment étonnant après deux chocs violent à la tête. Mais en dépit de leurs blessures et de la tempête qui n’arrangeait rien à leur état physique précaire, ils avançaient tout de même en direction des cris... et ne mirent finalement que dix minutes de plus pour en trouver l’origine.
Ils étaient arrivés sur le côté gauche du poste et à environ deux mètres devant eux se trouvait une forme de la taille d’un homme qui se lamentait de douleur et essayait désespérément de ramper sur la neige. Dean s’approcha alors et retourna délicatement l’individu. Il s’agissait de l’adjoint au shérif, blessé et entièrement nu. Sam enleva aussitôt sa veste pour la mettre autour du jeune homme frigorifié.
- « Faut le ramener à l’intérieur Dean, il est en train de mourir de froid ! »
L’aîné fronça les sourcils en regardant le jeune Ranger. Comment s’était-il retrouvé ici ? Et depuis combien temps ? Il devrait déjà être mort d’hypothermie, c’est insensé …
Malgré toutes ses interrogations, Dean passa rapidement le bras gauche de l’homme au dessus de son épaule droite et son cadet fit de même de l’autre côté avant de prendre le chemin du retour vers la devanture du poste.
Une fois à l’intérieur, Dean déposa lourdement l’homme grelotant sur l’une des chaises de bureau avant d’aller fermer d’un pas vif la porte d’entrée à double tour ; tandis que Sam montait en quatrième vitesse à l’étage chercher des couvertures.
Une fois ce dernier redescendu, il enleva son blouson détrempé du garçon et l’entoura des multiples plaides qu’il avait récupérés.
- « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda soudainement l’aîné en s’approchant du rescapé.
L’homme en question ne répondit pas tout de suite, sa tête était baissée, son corps recroquevillé sur lui-même, tous ses membres tremblaient. On pouvait apercevoir plusieurs blessures sur ses jambes maigres et principalement sur son visage : des plaies importantes bleuies par le froid. Il se redressa et se tourna alors vers Sam qui s’était assis sur une des tables justes à côté.
- « Il y avait… cette bête… » Commença le Ranger en hoquetant. « Elle était… énorme !
- Dites-nous ce qu’il vous est arrivé. » Fit le cadet sur un ton compatissant accompagné comme toujours de son regard plein de commisération.
- « Elle est apparue derrière moi au premier étage… j’ai essayé de courir mais elle m’a rattrapé, cramponné et déchiré mes vêtements… j’ai hurlé … et je me suis débattu mais elle était d’une force …incroyable… et ensuite… » L’homme s’arrêta, extrêmement épuisé, et essaya de reprendre sa respiration.
- « Ensuite quoi ? » Demanda Dean impatient et beaucoup moins compréhensif que son cadet.
- « Ensuite… elle m’a assommé contre le mur. Quand je me suis réveillé, elle me tenait entre ses pattes et Ranger Hamilton lui tirait dessus… et du coup… on a été projeté à travers la fenêtre de la salle de bain et … et elle m’a lâché en vol… elle semblait blessée… » L’adjoint reprit son souffle une seconde fois avant de relever la tête subitement, comme si quelque chose venait de l’interpeller « Mon Dieu… où est Jack ?
- Jack ? » Lança les deux frères d’une même voix.
- « Oui Jack… Hamilton. J’ai vu la bête s’en prendre à lui, c’était horrible ! Est-ce qu’il va bien ? »
Dean se retourna vers son petit frère, une grimace explicite exprimant sans conteste le mot « embarrassant » face à la situation. Sam prit également son air contrarié avant de reprendre la parole pour tenter d’apprendre à cet homme la mauvaise nouvelle.
- « Ecoutez, adjoint Nicols…
- Appelez-moi Steve…
- D’accord, donc… Steve. … Euh, en ce qui concerne le Ranger Hamilton, je suis désolé mais malheureusement il est… il est…
- Mort. » Interrompit Dean, mettant fin aux souffrances morales de l’adjoints et de son petit frère. « La bestiole lui a arraché une jambe, il s’est vidé de sang…
- Dean ! » Sam fit les gros yeux à son aîné lui faisant comprendre qu’un minimum de compassion n’aurait pas été de trop.
- « Oh mon Dieu… Jack ! » L’adjoint se lamentait de la perte de son ami et baissa la tête de nouveau.
- « Ecoutez mon gars… euh Steve…. Je suis désolé pour vous et pour vos collègues, d’accord ? vraiment. Mais on a toujours une créature en liberté et on est coincé ici pour le moment donc va falloir qu’on sécurise le bâtiment si on veut pas finir comme vos potes. Donc tout ce que vous pourrez nous apprendre sur cette saloperie pourra nous servir. Est-ce que vous vous rappeler de quelque chose, je ne sais pas, un détail sur son apparence, ou sur ce qu’elle aurait fait, quoique ce soit qu’on pourrait utiliser à notre avantage ?
- Un détail sur son apparence ? Ou… ou ce qu’elle aurait fait ? » Le jeune adjoint fixa Dean totalement abasourdi et exaspéré. « Non mais vous êtes malade ? y a un monstre qui vient de… de dévorer mes coéquipiers et on dirait que c’est normal pour vous…
- Steve calmez-vous, nous … » Continua le cadet doucement mais fut vite interrompu par le blessé.
- « Que je me calme ?! Que je me calme… très drôle ! Non,…non vous savez quoi, je ne vais pas me calmer d’accord ! Ce truc avait des ailes et quatre pattes monstrueuses ! C’était pas naturel ok ? Elle a explosé deux de mes amis en quelques heures… qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? Ses mensurations, vous pensez peut-être qu’elle m’a donné son nom de famille ?! »
Dean se tourna un instant vers son frère lui chuchotant un « Ça aurait été pas mal en effet » sans que l’interrogé ne l’entende. Sam lui jeta un regard de travers avant de continuer.
- « Je sais que c’est difficile pour vous, mais on est là pour vous aider et empêcher que cette chose ne tue plus de monde!
- Waouh, jolie travail !...Désolé de vous décevoir mais jusque là vous avez bien merdé votre coup !
- Hé ! » Cette fois c’est Dean qui s’interposa devant le manque de ‘gratitude’ du jeune homme. « Je vous signal qu’on a aussi failli y passé plusieurs fois dans la journée à cause de cette saloperie mon frère et moi ; on a essayé de sauver les fesses de votre coéquipier alors qu’on aurait très bien pu se faire bouffer de la même façon, sans parler du fait qu’on aurait aussi pu vous laisser crever de froid dehors en attendant que cette merde vienne vous becter… donc merci de vous défouler sur quelqu’un d’autre … ! »
Le cadet arrêta son frère dans sa lancer et le prit par le bras pour l’emmener un peu plus loin histoire de ‘discuter’ hors de portée des oreilles du garçon.
- « Dean, détends-toi tu veux, qu’est-ce que t’as ?
- Ce mec n’est pas nette Sam, y a un truc qui tourne pas rond chez lui…
- Il s’est fait attaqué pas une créature surnaturel et a perdu deux de ses amis en peu de temps… il est en état de choc Dean d’accord, … voilà ce qui tourne pas rond !
- Non, il y a autre chose…. »
L’aîné n’eût pas le temps d’exposer son point de vue qu’un bruit sourd leur fit tourner la tête : l’adjoint s’était écroulé au sol. Sam s’élança sur le jeune homme, le retourna et posa ses doigt sur sa carotide.
- « Il est juste inconscient !... Comme je disais : état de choc.
- Génial ! » Répondit Dean ironiquement en fixant le jeune Ranger. « Bon ben on va le mettre dans une des chambres jusqu’à ce qu’il se remette ; ensuite on barricade tout et on commence les recherches. Peut-être que d’ici là monsieur ‘je m’en sors indemne et je vous emmerde’ sera réveillé et nous en dira un peu plus… »
Sam souffla épuisé puis acquiesça les dires de son frère d’un signe de tête. Il attrapa alors les bras de l’inconscient tandis que Dean prenait ses pieds, et l’emmenèrent au premier étage, dans l’une des trois chambres restantes. Une fois l’adjoint déposé sur le lit, ils entamèrent les fameux ‘travaux’.
Il leur fallut un certain temps avant de condamner toutes les ouvertures du bâtiment. Le ‘changement de décoration intérieur’ ne s’était évidemment pas passé avec aisance puisque les blessures des frères les rappelaient à l’ordre régulièrement. Dean grognait ouvertement à chaque fois que son épaule douloureuse criait à la protestation de la lourdeur du ‘mobilier’, sans parler des ‘quelques’ coups non-prévus sur ses doigts amochés. Sam, lui, ne disait pas un mot, mais dés que son frère tournait le dos, il prenait quelques secondes pour se soutenir ou s’adosser au mur afin d’éviter que ses vertiges devenus récurrents n’aient raison de lui.
Malgré ces ‘légers’ désagréments, ils avaient finalement réussi à tout barricader en l’espace d’environ une heure. Ils avaient utilisé les portes en bois dégondées des différentes pièces ainsi que les sommiers des lits restants ou les quelques étagères dispersées ici et là pour condamner les fenêtres. Sur les sept salles de l’étage, cinq bénéficiaient chacune d’une lucarne : les quatre chambres ainsi que la salle de bain ; quant aux deux autres qu’ils n’avaient pas eu le temps d’explorer la première fois, il s’agissait en fait d’une buanderie et des toilettes, toutes deux dépourvues de sortie vers l’extérieur. Au niveau du rez-de-chaussée, les armoires en aciers et les multiples tables en teck avaient permis également de boucher les derniers accès restants - la porte d’entrée étant, elle, en chêne massif et fermée à double tour.
Une chose était sûre : si la bête leur rendait une autre visite, il n’y aurait aucun moyen pour elle de se faufiler à l’intérieur sans se faire repérer… normalement.
Chapitre 16.
Le vent sifflait toujours fortement à l’extérieur du bâtiment dans la nuit maintenant noire, faisant fluctuer l’intensité des néons dans les différentes pièces du poste.
Dean contrôlait une dernière fois les multiples renforts devant les fenêtres du rez-de-chaussée et se retourna en entendant arriver son frère, qui lui était parti vérifier l’état de l’adjoint à l’étage.
- « Comment va la belle au bois dormant ?
- Il n’a pas reprit connaissance. C’est déjà un miracle qu’il soit toujours en vie.
- Mouais…. » L’aîné restait perplexe au sujet de ce jeune rescapé mais reprit vite ses esprits lorsqu’il reposa ses yeux sur son petit frère, un regard déterminé qui trahissait facilement ses intentions. « En parlant de ça, c’est ton tour.
- C’est mon tour… pour quoi ?
- Check-up mec ! Je t’ai vu perdre l’équilibre à plusieurs reprises pendant qu’on barricadait tout… »
Sam baissa les épaules et ferma les yeux une demi-seconde : ‘putain il a vraiment des yeux derrière la tête.’ Il se redressa légèrement, fixa son frère avec son regard innocent avant d’essayer de se justifier.
- « Dean… je vais bien…
- Mais oui bien sûr… garde ça pour les demeurés tu veux. Parce que sans compter le nombre de fois où tu as failli t’étaler, faut pas être médecin pour voir que t’as vraiment une salle gueule de zombi.
- Merci…
- De rien, un grand frère c’est fait pour remonter le moral … et ça sait aussi quand son emmerdeur de petit frère ne va pas bien ! » L’aîné accentua fortement sur le mot ‘pas’, le tout en posant la mallette de premier soin sur le bureau devant lui.
- « D’où tu sors ça ?
- Je l’ai chopé après avoir colmaté la fenêtre de la salle de bain !
- Dean…
- Souffle, boude, grogne ou même gueule moi carrément dessus : je m’en tape totalement. Tu vas assoir ton cul sur cette chaise et tu vas me laisser t’examiner…. Et non, ce n’est pas une option, c’est un ordre ! »
Sam remonta ses mains, dépité : sur ce coup là il n’avait aucune chance que son frère le laisse tranquille. Il leva les yeux au ciel et décida finalement d’obtempérer.
Dean commença donc son examen en y accompagnant des souffles nerveux, le tout en serrant les dents au fur et à mesure que la colère prenait possession de ses nerfs en découvrant les balafres : Il aurait du le soigné plus tôt, monstre ou pas monstre. En majorité les blessures de son cadet semblaient quand même relativement bénignes. Une arcade sourcilière amochée - une fois de plus - quelques coupures dues probablement aux bouts de verres ainsi que de multiples contusions… rien d’inhabituel en somme. Mais il y avait cette entaille à son front qui, même s’il ne l’admettrait pas à voix haute, l’inquiétait fortement. Elle était due finalement au premier grand choc lorsque l’Impala avait heurté violemment le dernier arbre au bord de la falaise. Une blessure profonde très chaude à la base du cuir chevelu qui suppurait toujours un peu. Pas étonnant que le coup ait assommé son cadet au tout départ, et pas non plus étonnant qu’il ait toujours des répercussions maintenant ; ce qui l’était plus c’est comment son petit frère arrivait encore à tenir debout. N’importe qui serait soit mort soit dans le coma du à la commotion. Son petit frère avait vraiment la tête dure - au sens littéral du terme - et Dean était prêt à remercier le ciel pour ça. Mais malgré cela, le danger n’était pas totalement écarté, les vertiges de plus en plus fréquents qu’il subissait le prouvaient bien. Sam devait se ménager s’il voulait finir cette chasse en vie : et ça, ce n’était pas non plus une option. Il partit donc soudainement dans la cuisine et revint à peine trente secondes plus tard avec une bouteille de Whisky à moitié entamée à la main, qu’il avait repéré un moment plus tôt dans la journée.
Sam savait très bien ce qui allait se passer pour lui par la suite: son frère allait le recoudre et comme d’habitude, à défaut d’anesthésie locale, l’alcool serait le meilleur remède contre la douleur. Cependant la partie ‘privilégiée’ était sans aucun doute que pour une fois le fil de pêche, le couteau de chasse et le bourbon seraient remplacés par de vrais outils chirurgicaux et des produits désinfectants que la mallette de soins leur offrait généreusement.
Le cadet inspira puis expira fortement avant de porter à sa bouche la bouteille de Whisky que son grand frère lui tendait en grimaçant, exprimant sans aucun doute le : ‘bois ça, tu vas en avoir besoin parce que tu vas douiller…’. Et effectivement quelques gorgées d’alcool ne suffirent pas vraiment à amoindrir la douleur - mais au moins il arrivait à la supporter.
Sam maintenait donc ses cheveux en arrière le temps que Dean finisse les sept points de suture nécessaires ainsi que la désinfection et enfin le pansement. Ce dernier prit alors la tête de son petit frère entre ses mains et la bougea de haut en bas, de gauche à droite, dessus, dessous : bref, inspection général des moindres recoins à la recherche d’une autre blessure éventuelle que son frangin aurait pu lui cacher. Evidement le patient grogna un : « Dean…» d’exaspération mais se laissa tout de même faire… question d’habitude. Une fois le contrôle terminé, l’ainé se recula et tourna la chaise à roulette de son frère vers l’ordinateur posé sur le bureau.
- « Je te dirais bien de t’allonger mais j’ai à peu prés zéro chance que tu y restes plus de deux minutes… donc histoire que tu te ménages quand même un minimum, tu vas au moins rester assis et ne plus bouger…. Et que Dieu m’aide si tu tentes de te lever parce que je te promets que je t’attache… Donc commence les recherches et moi je vais voir ce que je peux nous trouver à manger.»
Sam ronchonna quelques mots incompréhensibles - probablement ‘non-courtois’ - le tout en allumant le PC et en suivant Dean du regard, qui lui se redirigeait vers la cuisine.
Ce dernier en revînt un petit quart d’heure plus tard, une assiette dans la main droite, contenant des sandwiches de pain de mis, et deux bières tenues un peu aléatoirement dans l’autre main. Il posa le tout sur la table où pianotait son cadet et rouvrit la mallette de soins dans le but de se soigner lui-même ses blessures et faire un bandage un peu plus décent à son doigt cassé.
- « Alors qu’est-ce que t’as trouvé ?
- Dean je cherche depuis un peu plus de dix minutes alors les résultats sont pas probants…
- Ben dis mois déjà ce que t’as ?
- Ok, comme tu veux… donc avec les mots ‘tête d’aigle’, ‘quatre patte’ et ‘sabots’ voilà tout ce que j’obtiens » Sam tourna alors l’écran de l’ordinateur avec une expression totalement désappointé, pour que son frère puisse jeter un coup d’œil à la créature ‘merveilleuse’.
- « Tu te fous de moi là?
- Non.
- Un hippogriffe ? J’aurais pas du te laisser boire autant de Whisky…
- Ben quoi c’est pourtant la parfaite description que nous a fait Hamilton…
- Merci Harry Potter : 10 points pour Gryffondor! »
Sam fit une légère grimace tout en soulevant ses sourcils. Il fallait bien l’avouer, ses trouvailles n’étaient vraiment pas concluantes.
- « Je t’avais prévenu que c’était pas probant.
- C’est le moins qu’on puisse dire…
- Je vais étendre mes recherches et voir si on peut pas avoir autre chose…
- Ça serait pas mal en effet parce que je me vois pas éclater le pote d’Hagrid. » Dean posa un dernier bout de scotch à son pansement et tendit un sandwich à son frère avec insistance.
- « Ce que je comprends pas c’est que la chose qu’à vu les Rangers au premier étage tout à l’heure ne correspond pas du tout à ce que moi j’ai vu descendre de la montagne ce matin. » Sam récupéra alors le sandwich mais le posa de l’autre côté de son écran.
- « Ouais mais tu sais entre Nicols qui s’est fait attaqué par derrière, qui s’est ensuite fait assommé et Hamilton qui perdait tout son sang, totalement en état de choc, je dirais que leur perception des choses étaient probablement limitée, tu crois pas ?
- C’est possible mais… » Le cadet continuait de taper sur les touches de son clavier, le tout en réfléchissant activement «… mais on a quand même tous les deux entendus des bruits de sabots dans cette fichue salle de bain…
- Ben tu vas pas me dire que t’avais réussi à voir les pieds de cette saloperie quand elle nous a coupé devant au départ?
- Non, c’est vrai qu’ils étaient dans la neige mais même sans ça, ça avait la gueule d’un loup et pas d’un rapace, ça j’en suis sûr ! Et en plus tu m’expliques comment un truc avec des sabots ça désintègre un homme sur plusieurs mètres carré ? »
Dean fit la grimace du ‘ouais t’as pas tort’ mais n’avais pourtant aucune explication supplémentaire à donner à son frère. Il s’assit donc en face de lui et alluma à son tour son ordinateur, le tout en mâchant ses dernières bouchées de sandwiches sans prétention.
Les minutes passaient et Dean regardait son cadet pianoter ardemment son propre clavier, ses yeux fatigués fixé sur son écran. A son expression, il pouvait certifier que ses recherches ne donnaient rien et que Sam n’en était que plus contrarié.
- « Sammy, ton assiette est juste sur ta gauche…
- Hein ? » L’interpellé ne déniait même pas regardait son grand frère dont les paroles paraissaient de toute évidence réellement inintéressantes ; il restait concentré sur les textes que faisaient défiler son PC.
- « Ton repas Sam… tu n’as rien mangé.
- J’ai pas faim… c’est quand même insensé : comment ça se fait que je ne trouve rien ; il devrait au moins y avoir…
- Stop ! » Dean s’était relevé sans même que son cadet ne le remarque et l’interrompit en plaçant sa main devant l’écran de l’ordinateur. « Ça va faire presque vingt quatre heures que tu n‘as rien avalé et avec ton état misérable…
- Sympa, merci…
- … de rien - Bref, avec ton état, tu dois reprendre des forces.
- Dean, c’est toi-même qui l’as dit : on doit faire des recherches sur ce truc qui bouffe tout le monde, et pour l’instant tout ce qu’on a c’est…
- Absolument rien, je sais ! En fait pour être précis : on a un gros paquet de ‘que-dalle’. Mais ça n’empêche que si tu veux pas t’écrouler avant de trouver quelque chose, ben faut manger mon vieux.
- Je vais b…
- Ah ! » Deuxième interruption exaspérée du grand frère qui de toute évidence ne pouvait plus entendre ces trois mots de la bouche de son cadet sur qui il venait de faire un certain nombre - bien trop important selon lui - de points de sutures il y a seulement quelques minutes. En plus de cela des gouttes de sueur commençaient à perler sur son front : ‘pas bon’, la fièvre allait visiblement se mettre de la partie « Non, tu ne vas pas bien ! Et si tu ne mets pas tout de suite un bout de ce sandwiche dans ta bouche, c’est moi qui le fait, et je te promets que tu trouveras ça moins fun ! »
Sam souffla excédé, prit son assiette sans ménagement dans sa main, accentua chaque geste et fit voir le moindre mouvement au ralenti à son aîné comme un enfant qui prouve qu’il est obéissant ; il porta son repas à sa bouche, toujours en fixant son frère insolemment.
Dean fit son sourire à la ‘continue de faire la malin c’est quand même moi qui gagne’ avant de prendre et de reposer la deuxième bière juste à côté de son frère lui faisant cette fois l’expression du ‘maintenant tu bois, vas-y je te regarde’.
Sam prit alors la petite bouteille et commença à boire une gorgée quand la porte d’entrée s’ouvrit soudainement. La cadet avala bien évidement de travers mais se mit tout de même sur ses gardes, tandis que Dean avait déjà attrapés le fusil pour le tendre en direction de l’ouverture. En face d’eux se trouvait un gros barbu, également un fusil à pompe en main, mais pointé vers eux cette fois.
- « Pose ton arme gamin !
- Désolé mais c’est hors de question. Qu’est ce que vous diriez de poser la votre… ? » Répondit Dean en se plaçant devant son frère, fixé sur l’homme qui semblait être, de toute évidence, le sheriff d’Alridge.
Ce dernier fit un signe négatif de la tête très lentement.
- « Je pense qu’on est dans une impasse mon garçon. » Et il arma son fusil.
Sam ne bougeait plus ; quant à Dean, il souffla totalement dépité : ‘encore une situation ‘relaxante’, rien de mieux pour finir cette ‘merveilleuse’ journée en beauté qu’un petit face à face armé’.
Chapitre 17
Alors que le vent, la neige et la glace régnaient en maitre à l’extérieur, c’est également un froid polaire mais cette fois psychologique, véhiculait par une tension pour le moins intense, qui dominait à l’intérieur du poste.
D’un côté il y avait un homme à la carrure démesurée - un de plus - sheriff du comté et Ranger de surcroît tenant fermement une arme de chasse pointée avec précision sur l’un des deux garçons qu’il ne connaissait absolument pas. De l’autre, Dean Winchester, également armé d’un fusil et tout aussi diligent que son assaillant, placé en première intension devant son frère cadet en protection, mais tout aussi menaçant, car fixé sur leur adversaire avec cet air comminatoire. Les deux hommes savaient très bien que l’un et l’autre avaient les prédispositions requises pour se servir correctement de leur moyen de défense rien que par la tenue des fusils, leurs postures respectives sans tremblements et les regards d’avertissements qu’ils pouvaient se lancer.
C’est donc après un temps qui semblait infini, que Sam prit la parole pour tenter de débloquer la situation.
- « Ok, on se détend tout le monde… pourquoi on discuterait pas un moment avant de se transformer mutuellement en passoire ? » Le cadet s’était alors relevé doucement sans gestes brusques, les mains en l’air, et attendait plus ou moins patiemment un mot, ou même juste un mouvement, de la part des deux autres hommes en guise de trêve provisoire. Rien ne se passa vraiment. Il prit donc les regards toujours plus agressifs comme éventuels signes - même s’ils n’en n’étaient absolument pas - pour continuer sur sa lancée. « D’accord… je vous sens pas ouverts à la négociation…
Dean fronça des sourcils : son petit frère ne s’exprimait pas comme à son habitude, son éternel ton compatissant était remplacé par la dérision - c’était plus son style à lui - cette fois c’était sûr : la fièvre avait pointé le bout de son nez.
- « Sammy, rassois-toi ! »
Mais malgré toute la volonté de Sam à écouter son grand frère, ses fesses loupèrent la chaise - qui roula un peu plus loin - et atterrirent au sol dans un fracas. L’aîné jeta alors un regard furtif pour voir si son cadet ne s’était pas fait mal en tombant et après être rassuré, se refixa dans la seconde sur le vieil homme.
- « Qu’est-ce qu’il a votre pote, il est bourré ? » Intervint l’homme en regardant le plus jeune essayant désespérément de se relever … raté.
- « Il a de la fièvre… ce qui donne à peut prêt le même résultat. » Répondit Dean sur la défensive.
- « Pourquoi ?
- Parce qu’il s’est bouffé un arbre et un ravin ce matin… et c’est pas mon pote, c’est mon frère.
- Vous êtes les deux hommes que Baker a sauvés d’un soi-disant accident de voiture.
- On a eu un accident de voiture à cause de vos routes de merde et de votre putain de ‘faune’ locale !
- Je ne suis pas fautif de ce qui a pu vous arriver…
- Ben de toute évidence je dirais que vous êtes le sheriff de ce patelin à la con donc responsable en quelque sorte… »
Le Ranger scruta ce jeune homme impétueux une poignée de secondes de plus, il y a avait quelque chose chez lui qui l’interpellait mais il ne pouvait dire quoi exactement : il semblait obstiné et en même temps il dégageait cette confiance qu’on pouvait avoir chez les soldats par exemple, comme si ce garçon avait vécu des horreurs mais restait un allié malgré tout.
- « Mon collègue m’a dit de me méfier de vous au téléphone tout à l’heure…
- Je sais, nous avons plus ou moins entendu votre conversation avec Hamilton.
- Et ?
- Et si vous baissez ce fusil, je vous raconte tout dans les moindres détails. »
Le sheriff inspira grandement, ses yeux fixés une fois de plus sur l’aîné et finit par capituler, sa propre intuition le faisant céder. Il baissa le canon de son arme avant de le déposer sur son épaule. « D’accord, alors je vous écoute… »
Dean fit le même geste que son interlocuteur, tout de même méfiant, et posa à son tour son arme doucement accolé au bureau. Il se retourna et finit par aider son frère à finalement se rassoir sur sa chaise avant de souffler pour évacuer un maximum de stress.
- « J’ai dit : je vous écoute ! »
L’aîné s’assied alors sur le bord de la table et se passa la main dans les cheveux, cet homme était de toute évidence aussi ‘ patient’ que lui. Pour autant il ne savait pas par quoi commencer, mais avec la situation bien ‘merdique’ dans laquelle ils s’étaient fourrés son frère et lui, et en vue des deux hommes allongés - dont un qui ne se relèverait pas - au premier étage, le mieux était encore probablement de dire la vérité.
- « D’accord… alors ça va vous sembler dingue mais… il y a une bestiole sur vos terres qui bouffe tout ce qui bouge…
- Et ça vous a pris dix minutes pour sortir un truc que je sais déjà… ben on n’est pas sorti…
- Je crois que vous avez pas vraiment compris ce que je viens de dire sheriff…
- Ah oui ? Ben éclairez-moi, parce que je rentre justement d’une battue pour avoir cette ‘bestiole’ comme vous dites.
- Cette chose n’est pas ce que vous croyez. Ce n’est ni un loup, ni un ours…ni aucune bestiole recensée dans votre encyclopédie animalière. »
L’homme de loi fronça les sourcils, il fallait bien l’admettre, ce garçon avait piqué sa curiosité, il savait des choses que lui ignorait de toute évidence.
- « Et c’est quoi alors hein?
- Je ne sais pas… enfin pas encore ; mais ce qui est sûr c’est que ce n’est pas naturel.
- Comment ça pas naturel ?
- Un monstre… une créature : une bestiole surnaturelle quoi ! » S’interposa Sam en continuant de pianoter sur son clavier d’ordinateur, suant à grosse gouttes.
- « Attendez, attendez,… vous êtes en train de me parler d’un truc comme quoi… ‘Big Foot’ ou ‘l’abominable homme des neiges’ ?
- On n’a pas de preuves pour ces deux là mais… ouais, c’est un peu dans ce style là… » Continua le cadet en se tournant cette fois vers le Ranger.
Dean fit signe à son petit frère de se taire et de boire car de toute évidence la fièvre ne baissait pas. C’est donc lui qui reprit la parole quand il s’aperçut que le vieil homme paraissait plus que sceptique.
- « Ecoutez, je me doute que vous avez du mal à nous croire mais les faits sont là : on a déjà quatre morts en vingt quatre heures et …
- Quoi ? Comment ça quatre ? »
L’aîné des Winchester baissa la tête : ‘merde, deuxième moment embarrassant’, il ne répondit donc pas tout de suite mais son silence faisait office de réponse et le sheriff ne mis pas une minute de plus pour comprendre qu’il était arrivé malheur à un autre de ses coéquipiers.
- « Oh non,… où est Jack ? et Nicols ? » Le Ranger se retourna et s’aperçut pour la première fois que son poste était entièrement barricadé et qu’aucun de ses amis n’était présent. « Qu’est-ce qui s’est passé ici ? Répondez !
- On a été attaqué par cette chose… Hamilton ne s’en est pas sorti,… je suis désolé. » Dean se redressa pour apprendre la mauvaise nouvelle et c’est donc l’homme qui s’appuya à son tour sur l’un des bureaux pour encaisser l’information.
- « … et Nicols ?
- Il est amoché, inconscient… mais vivant.
- Où sont-ils ?
- Nous les avons mis dans des chambres au premier étage. »
Le vieux Ranger attrapa alors la bouteille de whisky posée au préalable sur la table, et la porta à sa bouche avant d’ingérer quelques gorgées, les yeux brillants. Il releva la tête et fixa ensuite Sam, qui s’était arrêté dans ses recherches par évident respect pour son état de deuil, puis l’aîné, qui lui, le toisait de son regard désolé mais endurci.
- « Vous n’êtes pas de simples touristes. » Affirma le Ranger la voix rauque. Dean resta silencieux mais fit un signe négatif de la tête. L’homme se redressa alors prêt à entendre une vérité qu’il ne voulait probablement pas savoir « Qui êtes-vous ?
- Des chasseurs. » Répondit Dean simplement.
- « Des chasseurs de quoi ?
- … de choses que vous ne pouvez même pas imaginer… »
Et sur ces mots, le sheriff remis le goulot de la bouteille à sa bouche.
- « Ecoutez, on a appris pour les deux retraités d’hier soir et on est venu jeter un coup d’œil pour savoir si c’était bien un… ‘boulot’ pour nous. On n’avait pas encore atteint la ville que ce truc de merde nous a fait quitter la route, et après ça les choses n’ont fait qu’empirer… »
Le Ranger reposa la bouteille et se redressa, accablé mais décidé.
- « OK, c’est ‘dingue’, et vous deux vous êtes aussi complètement ‘dingues’… mais aussi ‘dingues’ que ça peut paraitre, … je suis prêt à vous croire.» Le vieil homme fit une pause avant de s’avancer vers Dean en lui tendant la main « … Je suis le Sheriff Georges Peterson, de quoi vous avez besoin ? »
Dean scruta Peterson d’un regard reconnaissant. Il ne s’attendait pas à ce que l’homme qui les menaçait avec un fusil à pompe il y a juste quelques minutes de cela les aide maintenant à chasser une créature surnaturelle dans sa propre ville.
- « Je m’appelle Dean et lui c’est mon frère : Sam.
- Pas de nom famille ?
- Sam et Dean seront suffisants. » Répondit l’ainé avec un léger sourire. « Avant tout il faudrait rappeler les hommes de Livingston… ces types ne doivent pas débarquer !
- Pourquoi, ça nous ferait du renfort ; si cette chose, ce monstre comme vous dites, est très fort alors toute aide serait la bienvenue non ?
- Ça ferait surtout plus de morts. Vos gars sont des Rangers expérimentés et se sont fait quand même exploser par cette merde comme des cafards sous une chaussure… . En plus de ça, si ces ‘experts scientifiques’ tombent sur ma voiture, je doute qu’ils soient aussi compréhensifs que vous ne l’êtes.
- Qu’est-ce qu’elle a votre voiture ?
- Ben disons qu’il y a tout notre matériel de… ‘chasse’ à l’intérieur…
- Ok, je veux pas vraiment savoir ce que vous avez dans votre bagnole n’est-ce pas ?
- Non, pas vraiment . »
Le sheriff s’approcha alors de Sam qui était toujours plongé dans ses recherches.
- « Qu’est ce que vous avez trouvé pour le moment ?
- Sam ? » Dean s’était également approché de son frère pour avoir des nouvelles. Son cadet n’avait pas répondu et ça n’annonçait rien de bon.
- « Rien ! J’ai absolument rien trouvé. J’ai essayé de regrouper les quelques infos récoltées, les ‘descriptions’ de cette bestiole, les conditions climatiques ou environnementales… et tout ce que j’ai c’est ‘la reproduction chez le castor d’Amérique du nord’…
- Ah ouais quand même.
- Ouais… et sans détails supplémentaires on va rester en dessous de ce truc dans la chaine alimentaire !
- OK Sammy, je pense que c’est l’heure pour toi de faire une pause de toute façon... je vais prendre le relais.
- Ça va, je vais ...
- … pas bien ! ta fièvre a augmenté donc tu vas faire : une pause. »
Sam souffla et regarda son frère avec insistance, c’est vrai qu’il ne sentait pas au meilleur de sa forme mais en même temps il devait avancer dans ses recherches avant que la créature ne refasse parler d’elle. Quand à Dean il regardait à droite et à gauche pour trouver une place où son cadet pourrait se reposer.
- « Dans mon bureau. » Fit le Sheriff en indiquant la petite salle transparente à leur droite « Il y a un canapé à l’intérieur et vous pourrez avoir un œil sur votre frère en permanence… » Finit-il par dire avec un léger sourire « Vous avez l’air d’un grand frère un peu protecteur… juste une intuition. »
Dean sourit à son tour avant de lancer un « merci » à peine audible. Il attrapa le bras de son cadet avant de le faire lever de sa chaise contre sa volonté.
Sam serra les dents mais se dirigea tout de même vers le minuscule office en boudant.
Il se laissa tomber de tout son poids sur la petite banquette de cuire. Dean lui avait apporté un vert d’eau avec un comprimé - probablement du paracétamol pour faire baisser sa fièvre. Il prit donc le médicament avant de s’allonger complètement et d’enfin fermer ses yeux. Il ne se rappeler plus à quel point s’était agréable de se détendre un peu : ‘ce n’est finalement pas une si mauvaise idée de se reposer’ pansa t’il en évacuant le stress. Et grand cri résonna une fois de plus au premier étage. ‘Et merde’.
Chapitre 18.
Le cri provenait sans aucun doute de la bouche du jeune adjoint et il ne fallut pas vingt secondes avant que Dean, le Sheriff, suivit de peu par Sam, fassent leur entrée au premier étage dans la précipitation.
- « Steve ?! Steve où tu es ?! » Le Vieil homme avançait d’un pas vif dans le couloir, son fusil en main, à la recherche de son jeune officier.
Deux portes étaient entrouvertes. La première, où le recherché adjoint avait été déposé, était vide. Ils se dirigèrent donc vers la deuxième, où était entreposé le corps d’Hamilton. Sam et Dean se stoppèrent derrière le vieux Ranger en entrant dans la petite pièce.
Dans un coin était recroquevillé Nicols totalement apeuré. Ses bras autour de ses genoux et sa tête entre ses jambes. Quant à Jack Hamilton, il n’était plus sur son lit de mort ; il ne restait que les draps froissés humidifiés de sang. Au fond de la chambre, les lambris et les fortifications avaient été totalement explosés et on pouvait observer dés à présent la nuit noire malmenée par le temps capricieux par la fenêtre ouverte endommagée.
- « Qu’est-ce qui s’est passé ici ? D’où sort tout ce sang ? Steve, tu es blessé ? » Peterson s’était un peu attardé sur le lit vide avant de s’approcher de son adjoint.
- « C’était la chambre où on avait déposé le corps d’Hamilton… » Répondit Sam un peu désappointé.
- « Donc la question est : où est ce vieux Jack ? Parce qu’il a pas pu s’enfuir tout seul. » Dean avait les dents serrées et se positionna à son tour juste à côté du jeune homme tremblant. « Stevie… on aurait besoin de quelques détails sur le : où est le putain de cadavre qu’on avait laissé ici ! » Finit-il par gronder, sentant son état colérique exaspéré monté d’un niveau supérieur.
- « Mais enfin vous ne voyez pas qu’il est en état de choc ! » Le sheriff ne dénia même pas tourner la tête vers l’aîné des Winchester ; Il posa une main sur l’épaule de son officier pour tenter de le réconforter.
- « Etat de choc hein ? Encore. Bien pratique pour ne pas répondre aux questions ! » Dean prit alors le bras de l’adjoint et le secoua légèrement, histoire de le sortir ne serait-ce qu’un peu de son ‘état de choc’. L’effet se fit ressentir très rapidement.
- « C’est cette chose qui est revenue, d’accord ?! » Nicols se retourna vers les trois hommes, les yeux meurtriers. Puis se détendit et passa en mode apeuré et traumatisé « Je me suis réveillé dans la chambre d’à côté … j’ai entendu un bruit… alors…alors je suis allé voir ce que c’était et il y avait… ce…ce…
- Prends ton temps Steve, on t’écoute. » Fit doucement le Sheriff avec une voix pleine d’affection tandis que Dean lui, bouillonnait de l’intérieur.
- « C’était ce monstre, le même qui m’a attaqué ! Il tirait Jack par sa jambe vers la fenêtre… je n’ai rien pu faire, il l’a juste… emmené et c’est tout.
- C’est tout ? » Lança Dean un peu confus « Comment ça : c’est tout !
- Comment ça se fait qu’on ait rien entendu ? On a quand même barricadé cette fenêtre, on aurait au moins du se rendre compte que la créature tentait d’entrer… » Sam était en train d’examiner les bouts de bois sur le sol et la fenêtre brisée.
L’ainé des Winchester se passa une fois de plus la main sur son visage exténué et regarda les trois hommes dans la pièce et les restes de barricade avec cet air exacerbé.
- « Ok. Sam tu m’emmènes Monsieur ‘état de choc’ en bas. » Dean se rapprocha de son frère avant de continuer en chuchotant « Essaye de le faire parler et fais gaffe, si quelque chose se passe, quoique ce soit, tu me rejoins illico presto ! » Le cadet acquiesça sans dire un mot et Dean se redressa « Le sheriff et moi on va re-barricader cette chambre et on vous rejoint en bas. »
Sans une parole supplémentaire, le jeune adjoint se mit debout doucement avant d’être emmené par le cadet des Winchester au rez-de-chaussée, tandis que l’aîné et Peterson commençaient à repositionner les diverses plaques de bois devant la fenêtre.
A peine quinze minutes plus tard et les deux hommes redescendirent du premier étage. Dean regarda autour de lui et ferma les yeux, contenant sa colère avant de se diriger vers son cadet qui pianotait devant son ordinateur.
- « Je croyais que tu devais le cuisiner ! Qu’est-ce qu’il fout sur le canapé du sheriff à pioncer?
- Tu veux dire à comater ! Parce qu’on n’était pas arrivé en bas tout à l’heure qu’il est tombé - enfin re-tombé - dans les pommes. Alors ben je l’ai posé là où je pouvais…
- Et ça se dit Ranger…
- Ouais ben quoiqu’il en soit on tirera rien de lui ce soir, autant le laisser récupérer, on aura peut être plus de chance demain.»
L’ainé se rassit lourdement sur la chaise en face de son petit frère. Il passa sa première puis sa deuxième main dans ses cheveux et enfin sur sa nuque. Il était épuisé, physiquement et moralement.
- « C’est toi qui devrait être sur ce canapé maintenant… t’as besoin de repos Sammy !
- A moins que tu préfères que j’aille dans une chambre à l’étage…
- Non !
- Bon ben problème résolu, y a pas d’autre canapé en bas donc autant que j’essaye de me rendre utile et …
- C’est bon arrête ton baratin.» Dean regardait la tête de mule en face de lui qui lui servait de petit frère. Sa fièvre avait baissé : bonne chose, mais il n’était pas serein pour autant. « Juste … reste tranquille un moment ok ? c’est tout… » Et il se leva de sa chaise, posa tendrement - enfin lourdement - une main sur l’épaule de son cadet avant de se diriger vers la cuisine où le sheriff s’était réfugier.
La petite pièce clignotait toujours, les tubes cathodiques vacillants en réponse à la tempête toujours active à l’extérieur. Peterson était appuyé contre un des plans de travaille, une nouvelle bouteille de bourbon à la main, la tête baissée, l’air accablé.
- « Cette merde a becté deux de mes plus proches amis. Mon adjoint est traumatisé à vie. Qu’est-ce que c’est que cette chose? Qu’est ce qu’elle fou ici ? Qu’est ce qu’elle veut bordel ? »
Dean ne répondit pas, il n’avait pas les réponses à ses questions et le sheriff le savait bien. Il se posa sur une des chaises en bois qui se trouvait autour de la petite table ronde au milieu de la cuisine.
- « Je suis désolé … pour vos amis » L’ainé des Winchester était sincère. Il était de toute façon lui-même assez désemparé. « Je vous promet qu’on va trouver cette saloperie et qu’on va lui faire sa fête. »
L’homme de loi fixa son interlocuteur un moment et lui fit un léger sourire attristé, reconnaissant pour les paroles réconfortantes.
- « Comment vous et votre frère vous êtes-vous retrouvés à ‘chasser’ des monstres ?
- Longue histoire…
- Ouais, je veux bien vous croire… » Et le sheriff sortit deux verres des placards encastrés au dessus de l’évier avant de les déposer sur la table avec le bourbon et de s’assoir en face du jeune homme. Il tourna la tête en direction des bureaux dans l’autre pièce et regarda Sam qui luttait pour ne pas s’endormir devant son ordinateur. « Votre frère à l’air d’avoir la tête dur…
- Vous n’avez pas idée à quel point.
- Je n’ai jamais eu de frère - enfin de sang je veux dire - je n’ai même jamais connu mes parents mais je ne me suis jamais sentit orphelin pour autant. Jack, Baker… les Rangers : c’est eux ma famille.
- Qu’est qu’il en est de Nicols, il a l’air très jeune pour être Ranger et Adjoint au sheriff ?
- C’est sur que par rapport à nous autres… »
Dean sourit à son tour en baissant la tête et Peterson fit de même avant de continuer.
- « Il y a un an, un de nos gars est parti à la retraite et pas longtemps après ça on a commencé à retrouvé des carcasses d’animaux morts ici et là ; on a d’abord pensé à un grizzli - ça aurait pas était la première fois dans cette région - mais plus ça aller et moins ça correspondait aux traces d’un ours. Alors on a recruté parce qu’on avait vraiment besoin de renforts… et de manière permanente vous voyez. Steve est le seul qui a répondu ; en même temps personne n’a vraiment envie de s’embourber dans un coin paumé comme le notre…
- Pourquoi Nicols l’a fait alors ?
- D’après ce que j’ai compris, et en lisant son dossier, il n’a pas non plus de famille. Il cherchait juste un coin tranquille où se sentir chez lui c’est tout. Ça va faire 9 mois qu’il est avec nous maintenant et je dois dire que je n’en suis pas mécontent.
- C’est assez étonnant pour un jeune homme de son âge.
- C’est vrai que c’est plutôt l’inverse d’habitude. Nos jeunes partent pour la ville quand ils en ont l’âge…. D’ailleurs c’est ce qui c’est passé avec la petite amie de Steve justement, enfin son ex-petite amie.
- Qu’est-ce qui n’a pas marché avec elle ?
- Je ne sais pas trop. Personne n’a vraiment compris ce qui s’était passé entre eux. Ça faisait huit mois qu’ils étaient ensemble et parlaient sérieusement de leur futur tous les deux. Elle n’avait pas non plus d’attache, de famille, et c’était réfugiée à Alridge pour fuir son passé… enfin de ce que j’en ai entendu. Elle était là depuis deux ans avant que Steve débarque et a filé sans un mot, rien. Disparu du jour au lendemain. Nicols m’a dit qu’ils s’étaient disputés et séparés et qu’elle préférait essayer de se trouver un nouveau job sur la cote ouest. Et s’en est resté là, Steve n’en a jamais reparlé… »
Peterson continuait son récit le tout en buvant son bourbon et en jetant des coups d’œil furtifs à son portable toutes les cinq minutes ce qui n’échappa pas à Dean qui essayait, lui, de récolter un maximum d’informations.
- « Vous attendez un coup de fil sheriff ? »
L’homme de loi releva la tête vers son interlocuteur avec son léger sourire habituel dessiné à ses lèvres. De toutes évidences rien n’échappait à ce ‘chasseur’ hors normes.
- « Je n’ai pas de nouvelles des autres postes depuis plusieurs heures ; ce qui est très inhabituel en période de tempête… surtout avec une ‘bestiole’ qui se balade.
- Peut être ont-ils justement des problèmes de communications avec ce temps…
- C’est très peu probable. Vous remarquerez que malgré la puissance de la tempête les réseaux internet et téléphone sont toujours au max. »
Dean regarda à son tour à son portable et confirma par un signe de tête que son téléphone captait effectivement très bien.
- « Nous avons l’habitude de ce genre d’intempéries et on s’est équipé pour parer à un peu tout style de temps.
- Pratique.
- Ouais c’est sur. Des fois je m’étonne même que c’est foutus portables fonctionnent mieux que nos téléphones satellitaires. Du coup je vous conseil sérieusement de garder le votre sur vous… ça peu servir. »
C’est au tour de l’ainé des Winchester de lancer un sourire expressif avant de lui-même prendre son verre et de boire une gorgée alcoolisée.
- « Mes gars sont toujours équipés plus que nécessaires et maintenant que je sais qu’il y a un truc qui becte tout ce qui bouge, ça ne me rassure pas.
- Le mieux sera peut être d’aller vérifier sur place…
- J’ai essayé tout à l’heure d’atteindre le poste le plus proche mais les routes sont bloquées par les arbres.
- On en saura plus demain, on peut pas faire grand chose pour l’instant…
- C’est bien ce qui m’agace… »
Au bout d’un moment le sheriff Peterson se leva et pris son fusil en main et vérifia qu’il était toujours bien chargé avant de se retourner vers Dean.
- « Vous avez passé une salle journée. Allez vous reposer, je prends le premier tour de garde. J’ai besoin que vous et votre frère soyez en forme pour exploser cette merde qui se balade librement sur mes terres. »
Dean acquiesça légèrement avant de se lever et de prendre tout de même son propre fusil avec lui. Il se dirigea ensuite vers les bureaux où Sam était avachi, dormant finalement aléatoirement sur son clavier et son tapis de souris. Il éteignit donc l’ordinateur grésillant et s’assit en face de son petit frère, le fixant quelques secondes. Il appuya ensuite sa tête sur le mur derrière lui avant de fermer ses yeux, son fusil sur se genoux, sa main droite sur la gâchette. En espérant que la journée suivante ne ressemble pas à celle qu’ils venaient de vivre.