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Série : Supernatural
Création : 26.04.2013 à 21h43
Auteur : Hecate
Statut : Terminée
« Attention, Les apparences peuvent être trompeuses. Juste une chasse banale qui passe d’un peu compliquée à complètement hors de contrôle ^^ Mais comme on dit : A bon Winchester, bon monstre. » Hecate
Cette fanfic compte déjà 38 paragraphes
Chapitre 19.
Lorsqu’il se réveilla tout était calme. S’il n’était pas totalement contorsionné sur cette chaise de torture où il avait du passé quelques heures, il aurait pu penser qu’il se trouvait dans une chambre d’hôtel douillette aux murs épais qui ne faisaient passer ni son ni lumière. Le calme : reposant, apaisant et insouciant. Il aurait pu rester comme ça, les yeux fermés, ses membres détendus et sa respiration lente ; mais sa personnalité couplée de son tempérament le lui en empêchait fermement ; et c’est donc en moins d’une seconde que cette ataraxie disparue au même titre que se manifestaient énergiquement de toutes nouvelles courbatures.
Dean avait donc ouvert les yeux et la première chose qu’il avait vu fût une chaise vide - chaise qui normalement, aurait du être occupée par un petit frère d’un mètre quatre vingt treize avec un bandage sur la tête à la manière d’un œuf de pâque. Sam avait déserté et n’était nulle part à portée de sa vision. L’aîné referma les yeux en soufflant une seconde - ok, ça commence mal - avant de les rouvrir et se lever d’un bond.
A quelques mètres de lui se trouvait toujours l’adjoint Nicols étendu sur le canapé dans l’office du sheriff, endormi ou inconscient - bref totalement inutile. Il se retourna et suivit l’odeur du café chaud jusqu’à la cuisine… vide également.
Son humeur matinale accentuant ‘légèrement’ son anxiété appariée à son aptitude innée à la patience en toute circonstance fît de Dean une boule de nerfs tendus prêts à lâcher. Il se mit donc au milieu des bureaux, les points serrés, et baissa la tête.
- « Saaam !!! » Méthode de recherche beaucoup plus bruyante mais qui avait aussi l’avantage d’être bien plus rapide « Sammy !!! » et qui généralement portait ses fruits.
Ce qui se confirma lorsque l’appelé passa la porte d’entrée telle une furie, les yeux apeurés, le souffle court et le fusil en main.
- « Quoi ?! Qu’est-ce qui se passe ? Quoi ? … Ça va ? » Sam regardait à gauche, à droite, partout, puis se focalisa sur son frère pour une éventuelle explication de sa performance vocale qui aurait pu facilement déclencher une avalanche.
- Depuis combien de temps tu es levé ? » Questionna Dean - relativement plus détendu maintenant qu’il avait son cadet en face de lui - mais qui essayait malgré tout de paraitre désinvolte.
- Hein ?
- Ton temps de repos Sammy…
- Quoi, c’est pour ça que tu viens de nous faire un remake ‘des griffes de la nuit ‘ ? Parce que tu voulais savoir combien de temps j’avais dormi…»
L’aîné ne répondit pas aux sarcasmes de son frère et préféra inspecter son pansement comme si de rien n’était, mais les yeux tout de même meurtriers.
- « Ok Dean, ton inquiétude est très touchante mais…
- Je ne suis absolument pas inquiet… seulement c’est mon fusil que tu as dans les mains… et je savais pas où il était…
- C’est quoi le rapport avec mon nombre d’heures de sommeil alors ?
- Oh la ferme ! Qu’est-ce que tu foutais dehors de toute façon ?
- On essayait de déneiger le 4x4…
- On ? Qui ça on ?
- Le sheriff et moi…. T’es sur que ça va toi ?
- J’ai pas encore bu mon café alors fous-moi la paix ! » Et Dean récupéra son fusil des mains de son frère d’un geste exaspéré avant de se diriger une nouvelle fois vers la cuisine en bougonnant.
Sam leva les yeux au ciel devant l’immaturité continuelle de son grand frère et repartit alors rejoindre Peterson à l’extérieur du poste.
La tempête s’était appauvrie quelques heures auparavant laissant la place à un soleil blanc. La bête n’avait pas refait parler d’elle durant le reste de la nuit ce qui avait permis aux résidants du poste de se reposer un minimum. Mais le stress était toujours présent en chacun et le temps qui passait inlassablement leur faisait comprendre qu’ils n’étaient pas au bout de leur surprise. La créature avait massacré quatre personnes dont deux Rangers expérimentés en un peu plus d’une journée et tous savaient qu’elle ne s’arrêterait pas en si bon chemin.
Dean avait pris un café express avant de rejoindre son frère et le vieil homme à l’extérieur. Le sheriff avait fait le tour des dégâts dus à la tempête qui se révélaient être minimes malgré la force de cette dernière. Quant aux Winchester, ils ne mirent pas trente minutes de plus pour déneiger le deuxième 4x4 garé sur le parking à l’allure d’un lac de glace.
- « Très bien, je dois aller en ville pour m’assurer que mes habitants sont tous sains et saufs… » Le sheriff s’était avancé vers les deux frères avant de leur tendre les clés de l’une des voitures. « J’ai appelé Livingston ce matin et leur ai dit que nous avions trouvé le responsable des tueries : … un ours que nous avons abattu ce matin aux premières lueurs.
- Et ils ont gobé votre histoire ? » Dean leva les sourcils en récupérant les clés de l’homme de loi dans sa main.
- « Honnêtement je crois qu’ils s’en foutent un peu, à partir du moment où ça ne les fait pas se déplacer, ils sont contents. » Peterson se dirigea alors vers son 4x4 et déposa son fusil sur a banquette arrière. « Quoi qu’il en soit je vous suggère de récupérer votre voiture - et tout ce qu’il y a dedans - avant d’entamer quoique ce soit de plus.
- Sachant que les recherches non pas étaient… d’un grand secours, je pense que ça serait pas mal d’aller jeter un coup d’œil à la maison des McAllister, histoire de trouver quelques indices sur notre ami mangeur d’hommes.» S’interposa Sam, les mains gelées dans les poches.
Dean acquiesça d’un signe de tête discret et interrogea des yeux le sheriff pour savoir ce qu’il en pensait.
- « D’accord, alors disons qu’on se rejoint chez Lili et Jeff dans deux heures, le temps pour moi de faire ma ronde et vous de ramener votre bagnole et votre matos ici…
- C’est bon pour moi. » Dean s’assit alors au volant du 4x4 avant de mettre la clé dans le contact.
- « Attendez ! Et qu’est ce qu’on fait de Nicols, on peut pas le laisser ici tout seul, c’est trop dangereux surtout quand on sait que la bestiole a embarqué le corps d’Hamilton sans qu’on s’en rende compte la nuit dernière… » Sam posa son bras sur le vieil homme qui avait ouvert la porte côté passager de sa propre voiture.
- « Je vais l’emmener avec moi et le déposer chez le toubib en ville, il y sera plus en sécurité. »
Sam approuva et s’installa alors à côté de son frère ; mais avant que Peterson ne rentre dans le poste pour aller chercher son adjoint c’est Dean qui l’interpella.
- « Heu… une dernière chose Sheriff… » L’intéressé se stoppa avant de se retourner alors vers son interlocuteur qui était moitié sorti de la voiture, la tête au dessus de cette dernière « On n’est pas vraiment du coin… comment je vais faire pour retrouver ma bagnole - surtout qu’elle doit être sous des tonnes de neige.
- De ce que j’ai compris, Jack avait mis une balise pour la police scientifique, vous pourrez la localiser avec le GPS du 4x4… et faites attention, les routes vont être merdiques…
- Elles l’étaient déjà avant.
- Elles le seront encore plus maintenant, après la tempête. Restez sur le chemin, ne déviez pas ou vous pourrez vous retrouver dans une situation peu confortable…
- Non merci… une fois ça suffit !
- Faites attention…
- Vous aussi !» Et sur ces dernières paroles, Dean ferma la portière et enclencha la marche arrière pendant que Peterson les regardait s’éloigner.
Il fallait bien l’admettre, un 4x4 de Ranger était bien plus malléable et pratique sur des routes cabossées et totalement recouvertes de neige qu’une Impala ancien modèle. Et c’est donc environ quarante minutes plus tard que les frères Winchester se stoppèrent à un peu plus de cinq cents mètres du point lumineux qu’indiquait leur GPS. Dean sortit le premier et scruta l’horizon à la recherche d’éventuelles menaces. Il chargea donc son fusil et ouvrit l’arrière du tout-terrain.
- « Ok, on enfile les raquettes et on y va. Plus vite on aura récupéré mon bébé, plus vite on aura de quoi se défendre… Putain j’ai hâte de retrouver mon 45 ! »
Sam ne sortit pas un mot mais n’en penser pas moins. Ils étaient de retour sur ce versant de la colline où tout avait commencé… très mal. Le GPS en main, ils avançaient en suivant la direction que leur offrait l’émetteur.
En vingt quatre heures le lieu avait vraisemblablement changé d’apparence. La place avait reprit son manteau blanc, plus aucunes traces de sang n’étaient visibles, ni restes, ni rien du tout, juste de la neige encore et toujours.
Le cadet se positionna alors au dessus de la balise et commença à creuser pour s’assurer qu’ils se trouvaient bien au bon endroit. Lorsqu’il finit de la déterrer c’est Dean qui essaya de se rappeler de la scène et donc de localiser sa voiture qui était probablement enseveli sous la neige. Il se fixa sur l’émetteur, regarda ensuite à droite et à gauche et fit donc un cent quatre vingt degré et observa une petite butte où son frère venait de se positionner. L’ainé s’élança alors et amorça la percée de l’épaisse couche de glace. Moins de dix minutes passèrent avant que la taule noire acier vienne chatouiller les doigts de son propriétaire pour son plus grand bonheur.
- « Oh merci mon Dieu ! T’inquiètes pas Bébé je vais te sortir de là… »
Sam leva une fois de plus les yeux au ciel mais aida quand même son grand frère à dégager totalement la carlingue. Dean ouvrit alors le coffre et prit un maximum d’armes sur lui avant d’en donner quelques unes à son cadet positionné juste derrière lui. Il s’installa ensuite sur le siège conducteur et caressa un moment le volant de cuir, inspira grandement et enfonça la clé de contact avant de tourner d’un quart de tour. Un ronronnement magnifique résonna entre les pins. L’Impala démarra du premier coup.
- « Bon sang que ça fait du bien… » Dean continuait de caresser son volant amoureusement tandis que Sam restait bouche bée devant la ténacité de la Chevrolet. « Tu vois Sammy, ça c’est une guerrière, une vraie…
- J’espère que je serais au moins le témoin à votre mariage.
- La ferme… L’écoute pas bébé, il est juste jaloux. » Dean grognait ouvertement en inspectant l’intérieur de sa cher voiture. « Bon c’est pas tout ça mais va falloir la remettre sur la route…
- Mouais ben elle y arrivera pas toute seule ta guerrière. » Sam souriais sournoisement avant de se tourner pour regarder vers d’où ils arrivaient. « Le mieux c’est que j’approche un peu plus le 4x4 et on essayera de la tirer avec le câble. »
L’aîné acquiesça sommairement mais pas sans avoir mis un coup de point léger dans le bras de son frère en passant à côté de lui par désapprobation légitime en réponse à ses railleries déplacées.
Il leur avait fallu un certain temps pour récupérer le tout-terrain des Rangers, défaire le câble puis l’atteler au pare-choc de l’Impala, mais ils y étaient finalement venus à bout avec une ou deux engelures de plus au bout des doigts. La Chevrolet était donc harnachée dés à présent en dépannage express.
Sam soufflait, le froid lui gelait les poumons mais son aîné n’était pas plus fier de son état frigorifié. Ce dernier était redescendu pour récupérer un de ses enjoliveurs laisser lourdement dans la poudreuse après le dernier remorquage. Il s’apprêtait alors à remonter lorsqu’un sifflement aigu résonna sur la colline le paralysant sur place. Il regarda autour de lui mais ne vit rien.
- « Dean ! Remonte ! Aller bouge ! Faut partir de là… tout de suite ! Aller aller… » La cadet avait armé son propre fusil mais restait fixer sur son frère jusqu’à ce qu’il le rejoigne. Son cœur battait la chamade et sa respiration s’était accélérée d’un coup.
- « Ok, faut qu’on dégage d’ici illico presto… » Dean était revenu en un temps record malgré la difficulté à courir dans la neige épaisse. « Bordel où c’est que j’ai foutue ces putains de clés. » Il cherchait frénétiquement dans la poche de son jean tandis que Sam était déjà installé sur le siège passager.
- « Mais qu’est-ce que tu fous ?
- Ça y est, ça y est, je les ai ! » Et il démarra le 4x4 avant d’appuyer à fond sur la pédale d’accélération.
Ils ne firent pas cents mètres qu’un bruit sourd fît écho sur le toit de la voiture. Sam et Dean se lancèrent un regard avant de regarder vers le haut.
- « Merde !!! »
Chapitre 20
Même si un 4x4 de Ranger tout-terrain était extrêmement fiable sur la neige, le fait d’avoir un monstre sanguinaire sur le toit n’aidait pas réellement à conserver cette stabilité. Surtout lorsque le conducteur essayait justement de faire chavirer la créature désespérément en donnant des coups de volant brusques et répétitifs - et ceci sans prendre en compte qu’une Chevrolet Impala cabossée accrochée au châssis, se dandinait lourdement sur la route gelée, ne contribuant pas vraiment non plus à une bonne tenue de route.
- « Bordel, je vais aplatir cette saloperie…
- Ben nous aplatit pas avec ! » Sam se tenait ardemment à la poignée de sa portière pendant les déviations de la voiture, mais rien n’y faisait, il se cognait un peu partout à chaque changement de direction.
- « Accroche-toi Sammy, cette merde m’a l’air un peu tenace !
- Ah ? j’avais pas remarqué… »Minauda le cadet en grimaçant à chaque esquive des pins sur leur route, lui rappelant incontestablement la dernière fois qu’il les avait vu ‘de près’ - voir de très près.
Ce dernier lâcha temporairement son maintient et attrapa alors comme il le put un des fusils de son frère sur le siège arrière entre deux secousses. Mais au moment où il se retourna, la vitre de Dean explosa dans un fracas et une patte poilue s’abattit sur l’aîné qui hurla - et jura - sous la douleur.
- « Saloperie de fils de pute, je vais m’la faire…
- T’arrête surtout pas ou on va se faire becter ! » Sam s’empressa de briser sa propre vitre avec la crosse du fusil et sortit sa tête pour viser la chose responsable de l’attaque.
Avec la vitesse et les soubresauts du 4x4 il ne put voir la bête et tira donc aléatoirement. Même s’il ne l’atteignait pas forcément, l’action avait au moins l’avantage de la tenir à l’écart de son frère. Seulement après quelques cartouches déchargées et un grondement de colère, la chose se retourna furieuse vers son assaillant. Les Winchester l’entendirent se mouvoir sur le toit, probablement pour préparer une autre attaque mais de l’autre côté du véhicule, à savoir là où se trouvait l’arme qui la mitraillait et donc aussi celui qui s’en servait.
- « Sammy rentre dans cette putain de voiture ! Maintenant !»
L’interpellé ne se fit pas prier pour écouter les conseils avisés de son grand frère et se rassit instantanément sur son siège au moment ou une main puissante fauchait son fusil, le tordant et l’envoyant valser dans les airs.
- « Putain. De. Merde ! » Le cadet ouvrit grand ses yeux et suivit les bouts de son arme se disloquer sur la route comme un jouet en plastique.
- « Ok, y en a marre… tiens le volant !
- Quoi ?!
- Fais ce que je te dis Sam, tiens-moi le volant !
- Mais qu’est ce que tu vas faire ? Dean ?! »
Le cadet se contorsionna alors pour atteindre les commandes du 4x4 que son frère avait décidément lâchées tandis que ce dernier attrapait le deuxième fusil à pompe, tombé au sol après les manœuvres un peu aléatoires que le tout-terrain venait de subir. Le pied toujours tendu sur l’accélérateur, il se positionna alors sur le dos, serra les dents et tira dans le plafond une première puis une seconde fois au même endroit. Sam fit un écart inattendu sur la route sous la surprise des détonations qui fit chavirer son ainé malgré lui - ainsi que la créature qui grondait de plus en plus.
- « Bordel Sammy, fait gaffe nom de Dieu ! » Dean essayait désespérément de récupérer sa troisième cartouche qu’il venait de faire tomber sur le sol, tout en écoutant les déplacements de la chose au dessus d’eux sur le toit.
- « Désolé mais le fait de tirer à l’intérieur de la bagnole ça m’aide pas à me concentrer sur ma conduite ! » Sam était à moitié couché entre les deux sièges, ses mains sur le volant, son dos contre les jambes de son ainé « … Laisse-moi ta place sur le siège conducteur ou on va se cracher ! »
- « OK, à trois je retire mes pieds des pédales, t’es prêt ?
- C’est bon pour moi, quand tu veux. » Le cadet commençait déjà à ramener ses jambes sur la gauche pour ne pas perdre de temps.
- Un. Deux. Trois ! » Et Dean s’enleva complètement de sa position initiale pour laisser la place à son petit frère.
Malgré leur vivacité d’esprit et leur agilité au déplacement, la voiture perdit en vitesse le temps que Sam remette ses pieds sur les pédales. Et il n’en fallait pas plus à la créature pour prendre l’avantage et les assaillir une seconde fois.
Elle explosa donc cette fois le pare-brise avant pour essayer de s’infiltrer à l’intérieur de l’habitacle. Mais c’était sans compter la ténacité de l’ainé des Winchester qui n’attendit pas de voir la tête de la chose pour tirer en sa direction. Cette dernière remonta sur le toit en sifflant, ses ongles se plantant de part et d’autre de la carrosserie, qui grinçait affreusement.
Le cadet avait eu du mal à reprendre le contrôle du véhicule : d’abord en raison des coups de volant inopportuns qu’il avait donné dans la précipitation - la route totalement gelée n’aidant en rien - et aussi du fait qu’une vitre qui explose en pleine course n’était pas réellement une situation des plus confortables, surtout lorsque les bouts de verres avaient tendance à se faufiler un peu partout.
Dean fixa quelques secondes son petit frère pour s’assurer qu’il n’avait pas était blessé durant l’attaque et leva ses yeux au plafond fortement contrarié. Il rechargea alors son fusil et appuya sur la détente. Il n’avait fallu que trois tires et un trou de petit diamètre s’était formé dans la carrosserie du toit. Il ne vit cependant pas le ciel car une masse noire difforme bouchait entièrement l’ouverture. Il récupéra alors d’autres cartouches dans sa veste et rechargea son arme avec hargne.
En entendant le cliquetis du fusil, la créature regarda par l’ouverture et un sourire s’étira sur sa face comme si le fait de voir ses proies piégées dans de la taule la rendait encore plus pernicieuse.
- « Ouais c’est ça, regarde par là saloperie… » Dean pouvait dés à présent observer les prunelles jaune d’or reptiliennes de la bête. Il referma alors son fusil chargé d’un geste rapide et posa son doigt sur la détente. « Attention le petit oiseau va sortir ! » et il tira à travers le trou sans plus attendre.
Aucun mot n’aurait pu décrire le cri de douleur du monstre qui résonna sur plusieurs kilomètres ; mais pour autant la chose resta accrochée au toit comme si de rien n’était - à part peut être un peu plus d’animosité de sa part.
- « Ok, donc le plomb dans sa salle gueule : inefficace ! » Bougonna Dean qui essayait désespérément d’attraper son 45 coincé dans sa ceinture.
- « Ouais ben tente autre chose parce que je la sens pas d’humeur amicale tu vois ! » Hurlait Sam en entendant les cris fulminants de leur assaillant.
Il jonglait avec ses regards, tantôt vers la route, tantôt vers son grand frère, tantôt vers le trou au dessus de lui en fonction ses appréhensions. Et ces dernières s’intensifièrent lorsque des doigts longs poilus se faufilèrent à travers la petite ouverture pour agrandir le trou comme un ouvre boite sur une conserve de supermarché.
- « Oh oh oh non !… Dean qu’est-ce que tu fous, elle est entrain d’exploser le toit !
- Bordel, c’est pas vrai ! » Dean avait réussi à sortir son arme mais le fait qu’un bras monstrueux essaye de le déchiqueter vivant ne l’aidait pas à remettre un chargeur plein.
Lorsqu’enfin son arme était prête à tirer, c’est la radio émetteur qui se mit à siffler. Un son strident sortit du petit ordinateur de bord qui fit grimacer les frères Winchester. Seulement les deux hommes ne furent de toute évidence pas les seuls à être incommodés par le sifflement aigu, puisque la créature retira son bras de la carlingue en quatrième vitesse et hurla de douleur - ce qui n’échappa pas à Dean.
- « Sam, monte le son !
- Quoi ?
- Monte le son de l’ordi … vas-y ! »
Lorsque le cadet tourna le volume à fond, le chuintement strident devint presque insupportable pour leurs oreilles. Mais à leur grande surprise, il l’était également pour la créature qui continuait de s’égosiller ; et en moins d’une seconde cette dernière avait déserté le toit.
- « Dean et Sam, ici Georges Peterson, vous me recevez ? » L’émetteur avait enfin transféré l’appel, mais la station restait tout de même brouillée et les grésillements dénaturaient la transmission.
- « Où elle est ? Où elle est passée ? Dean ? Tu la vois ?
- Non, elle s’est volatilisée, elle est nulle part, … » Dean scrutait l’horizon par méfiance et alternait son regard sur son épaule blessée « Bordel, c’était pas des sabots ça, on est d’accord, c’était des putains de griffes affutées comme des rasoirs !
- Le peu que j’en ai vu, ça ressemblait plus à ce qui nous a fait sortir de la route hier matin…
- Ouais mais comme tu dis, le peu que tu as vu ! Parce qu’à part un bras avec des poils et des griffes au bout, elle a pas fait voir son minois cette saloperie… »
- « Ici le sheriff Peterson, est-ce que vous me recevez ?! »
Sam appuya alors sur le petit ordinateur de bord pour répondre à son interlocuteur et le sifflement repartit de plus belle.
- « Argh, faut vraiment qu’ils fassent quelque chose avec ce truc… ça m’a niqué les tympans… » Dean s’était rassis sur le siège passager le tout en bouchant ses oreilles, mais ses yeux restants toutefois rivés sur l’extérieur.
- « Je crois que ce truc, comme tu dis, nous as sauvé la vie… » Le cadet continuait de rouler aussi vite qu’il le pouvait et attendit que l’émetteur stoppe les ultra-sons avant de parler dans la radio « Ici Sam, on vous écoute sheriff.
- Je commençais sérieusement à m’inquiéter quant à votre survie…
- On a eu de la visite, mais elle nous a faussé compagnie… pour le moment.
- Pas de blessés ?
- Rien qui ne peut se soigner… comment ça se passe de votre côté ?
- Nicols était conscient quand je suis retourné le chercher au poste. Visiblement en meilleur forme qu’hier. Il a refusé d’aller voir le doc et a préféré s’en aller se renseigner sur les autres équipes pendant que je faisais ma ronde en ville. Il s’est armé de deux fusils d’assaut mais je ne suis pas rassuré qu’il soit parti seul. J’ai pas de nouvelles de lui pour l’instant, je me dit que les routes doivent être barrées et qu’il va mettre un certain temps avant de rejoindre les autres…
- Rappelez-le et dites-lui que le monstre qu’on recherche n’ai pas un grand fan des ultra-sons, ça pourrait lui être utile ! » Fit Dean en se penchant vers le transmetteur pour que le sheriff puisse bien l’entendre.
- « C’est noté, je vais essayer de le contacter.
- Bien on est plus très loin de la frontière d’Alridge, le GPS nous indique qu’on est à moins de dix bornes des chez les McAllister.
- J’y suis déjà, je vous attends. Terminer.
- OK. Terminer. »
Sam ré-appuya sur l’ordinateur pour mettre fin à la conversation définitivement et se passa la main dans ses cheveux, preuve d’un stress évident. Dean était, lui aussi, loin d’être rassuré. Le temps que la bestiole n’était pas éparpillée partout sur le sol, il ne serait définitivement pas en paix.
Ils ne mirent finalement qu’un petit quart d’heure pour atteindre la maison des défunts retraités. Ils ne firent pas de détour pour déposer au préalable l’Impala au poste par manque de temps et de confort : une bonne majorité des armes étaient encore dans le coffre de cette dernière, et ce n’était pas négligeable. Devant le porche se tenait Peterson, une radio à la main qui semblait lui aussi très nerveux. Seulement son expression changea en incompréhension lorsqu’il vit arriver son 4x4, les Winchester à son bord.
- « Qu’est-ce qui est arrivé à ma voiture ?!
- Heu, comme on vous l’a dit par la radio, on a eu de la visite…
- D’un tank ?!! » S’époumona l’homme de loi en s’approchant doucement les yeux écarquillés.
Dean sortit de la voiture une grimace explicite sur son visage et se tourna alors vers le tout-terrain pour avoir une meilleure perspective sur les dégâts. En effet, le 4x4 si bien entretenue aurait peut-être quelques ‘réparations’ à faire.
Les trois vitres avants étaient explosées, la carrosserie était plus ou moins cabossées mais fortement rayée sur tout le long des flancs ; quant au toit, le mieux serait de le changer complètement, le trou béant de vingt centimètres de diamètre ne faisant pas bon effet.
- « C’est vrai que c’est bien stable sur la route c’est p’tite chose là. » Lança Dean en tapant sur le capot … qui se décrocha par inadvertance. « Euh, et si on allait inspecter la maison ? »
Sans un regard supplémentaire au sheriff, probablement au bord de la crise de nerf, Dean suivit Sam à l’entrée de la bâtisse. Ils auraient peut-être plus de chances avec la maison qu’avec les voitures… enfin peut être.
Chapitre 21.
La maison était entièrement conçue en bois clair, se mélangeant très naturellement avec le paysage. Il s’agissait d’une authentique demeure montagnarde de deux étages entourée d’un jardinet modeste mais tout de même suffisant pour des retraités. A quelques centaines de mètres, des fermes et autres bâtisses se fondaient dans le décor et témoignaient de l’humble population qui régnait dans la vallée d’Alridge.
Sur cette habitation là il y avait les fameux rubans jaunes et noirs qui barraient la porte d’entrée, signe d’un ou plusieurs décès qui nécessitaient une enquête, formant une croix d’interdiction de passer - ce qui n’était guerre efficace puisque les deux frères avaient tendance, au contraire, à vouloir les traverser à tout prix.
Dean arracha donc les bandes de plastique histoire de laisser place à son cadet pour une éventuelle entrée à la manière Winchester.
- « Mais qu’est-ce que vous êtes entrain de faire ? » Peterson les avait rejoints, une tête toujours aussi dépité pour ce que ces deux hommes avaient fait à son 4x4, s’interrogeant véritablement sur les agissements peu conventionnels de ces derniers.
- « Je sais que nos méthodes vont à l’encontre de votre boulot, mais si on veut inspecter la baraque sheriff, il va bien falloir entrer à l’intérieur… » L’aîné s’était retourné vers l’homme de loi, un sourire sournois illuminant son visage.
- « Je suis assez d’accord sur ce fait…Dean. En revanche ce que j’ai du mal à comprendre c’est : pourquoi votre frère essaye de crocheter la serrure ? » Le Ranger sourit à son tour devant le jeune homme un peu confus et sortit un trousseau de sa poche qu’il exhiba en l’air « Il me parait plus simple d’ouvrir une porte d’entrée avec sa clé … enfin pour ce que j’en dis.»
Dean posa alors une main sur l’épaule de son frère pour le stopper dans son élan. Ce dernier tourna la tête et se retrouva en tête-à-tête avec la fameuse clé qui se balançait insidieusement sous son nez, tenue entre l’index et le pouce du sheriff l’air moqueur. Sam attrapa alors l’objet d’un geste hâtif et se releva avant de l’enfoncer dans la serrure, essayant tout de même de rester désinvolte.
Le hall d’entrée reflétait parfaitement le confort d’une propriété d’un couple quinquagénaire recherchant tranquillité et bien-être. Tapisserie et lambris offraient un accueil chaleureux aux invités, tandis qu’un porte-manteau en fer forgé leur disait qu’il faisait bon vivre dans la demeure. Bref l’idéale de la ruralité - enfin jusqu’à ce que le salon soit à porter de vue. Car même si les meubles renversés et les objets brisés n’étaient pas réellement l’idéal en matière de décoration, le sang séché étalé un peu partout sur le parquet stratifié, ainsi que sur le tapis de sol luxueux, avait tendance à gâcher vraisemblablement la sobriété agréable du lieu.
- « Rien n’a été touché, tout est resté tel quel… enfin à part les corps qui ont été rapatriés hier en début de matinée - du moins ce qu’il en restait.» Lança le sheriff sans un regard aux Winchester, ses yeux étant bien plus attirés par la couleur du plancher.
Dean acquiesça sommairement, le tout en se mettant une main sous son nez en réponse à l’odeur fortement nauséabonde que dégageait la pièce. Quant à Sam, il était déjà accroupi en train d’inspecter les traces au sol.
- « Qu’est-ce que vous entendez par : ‘ce qu’il en restait’ ? » Le cadet releva la tête, attendant la réponse du Ranger.
- « Et bien, en ce qui concernait Jeff, son enveloppe corporelle était relativement intacte…
- Relativement ?
- Disons qu’on pouvait encore l’identifier. Sa nuque était brisée et sa tête était retournée à cent quatre vingt degrés, mais son visage restait ‘reconnaissable’. Par contre il avait été totalement vidé de l’intérieur : plus d’organes, plus de boyaux, rien. »
L’aîné grimaça de dégoût en écoutant les descriptions du sheriff et s’avança vers l’escalier juste sur sa gauche. Son petit frère, lui, continuait son examen des lieux et sa récolte d’informations sur les défunts.
- « Qu’en est-il de sa femme ?
- Là, c’est une autre histoire… on a déduit des restes qu’il s’agissait bien de Lily par la longueur des os - dont un avec une broche : elle était tombée de cheval il y a quelques mois - des dents et des bijoux qui étaient éparpillés tout autour du corps.
- Il ne restait que des os ?
- Non, il y avait aussi quelques cheveux, des morceaux de peau et comme je viens de le dire : des dents.
- Et vous en avez quand même conclu à une attaque d’ours ou de loup ?
- Ben on n’avait pas d’autres pistes qu’une attaque d’animal sauvage ? Et quelque part on n’avait pas totalement tort. D’accord c’est peut-être pas un qu’on connait - ou du moins qui est ‘recensé’ - mais il s’agit quand même bien d’une bête féroce.»
Dean releva les sourcils, concédant que le vieil homme marquait un point et se retourna vers son cadet qui était également assez d’accord avec cette conclusion.
Les trois hommes commencèrent donc l’inspection de la bâtisse en quête d’indices leur permettant de retrouver, identifier ou même tuer la responsable des carnages. Ils prirent donc chacun à un étage différent. Dean était au premier et Peterson au second tandis que Sam était resté au rez-de-chaussée, là où les deux corps avaient étaient retrouvés.
Le cadet désespérait de ne trouver aucune trace qui appartenait de près ou de loin à la créature. Pas d’empruntes de pas - ou de sabots - pas de poils, pas de griffes, rien pour l’aiguiller. Les seuls indices subsistants étaient des ongles, probablement de la défuntes femme, restés plantés dans le parquet, et quelques cheveux mi-longs tintés de sang entre les lames. Il pouvait cependant observer des traces de pas humains, courts, certainement ceux de Lily, qui laissaient des taches décolorées sur le plancher, comme si cette dernière avait couru les pieds nus et mouillés. Juste à coté de ces dernières, une autre marque, longue à la manière d’un bandeau ondulant, qui avait également blanchi le sol.
Au fur et à mesure que la journée passait, la luminosité s’amoindrissait, le soleil ne pouvant se frayer un chemin à travers les hautes montagnes, preuve que l’après midi était entrain de tirer sa révérence.
- « Regarde moi ça… » Dean descendait les escaliers d’un pas lourd en tendant sa main à son cadet qui s’était relevé en le voyant arriver.
- « Qu’est ce que c’est ?
- A toi de me le dire l’intello. » L’aîné déposa l’objet minuscule dans la paume de son petit frère et attendit impatiemment l’avis de ce dernier.
- « Ça ressemble… à une écaille.
- Une écaille ?
- Ouais, je dirais que c’est une écaille de serpent.
- … C’est bien que ce que je pensais. » Dean offrit à son cadet la tête du ‘mais si je le savais’ avant de reprendre sa trouvaille des mains de son frère pour la scruter de plus près.
- « Où est-ce que t’as trouvé ça ?
- A côté de la baignoire, sur des ciseaux à ongles. » Cette fois c’est Sam qui grimaça d’incompréhension. « Me regarde pas comme ça mec, j’ai pas d’idées …
- T’as trouvé un vivarium où… je sais pas, des indices qui prouveraient qu’ils avaient un serpent ‘domestique’ ?
- Non rien de tout ça juste des ciseaux à ongles par terre avec ce truc dessus et une baignoire remplis d’eau...
- Un bain … ?
- Ouais un bain moussant, même s’il y avait plus de mousse dedans je pense que c’était ça ; en quoi ça te titille ?
- Non, ça expliquerait juste les traces sur le plancher…
- Et… ?
- Et je pense que Lily McAllister était entrain de prendre ce fameux bain quand elle s’est faite attaquer : elle s’est défendue - avec ses ciseaux à ongles - et s’est enfuie par les escaliers, d’où les traces que j’ai trouvé ici.
- Et elle a été finie en bas par cette merde de bestiole. Son mari devait probablement déjà être mort… » Dean baissa ses yeux une seconde fois sur sa découverte au creux de sa main et la pris entre ses doigts pour la mettre à la lumière du jour. « Donc t’es entrain de me dire que cette saloperie a des écailles ?
- Ben je te l’avais déjà dit la première fois où on l’a ‘aperçue’… enfin quand elle nous a coupé la route, tu sais ?
- Ouais mais quand elle a passé son putain de bras meurtrier par le trou du toit de la bagnole tout à l’heure, j’ai pas vu d’écailles moi, j’ai vu que de la fourrure à la con … et des griffes au bout.
- Ben peut-être qu’elle n’a qu’une partie de son corps qui a des écailles… qu’est-ce que j’en sais franchement ? » Sam s’assit alors sur le canapé, une grimace explicite : les tambours recommençaient à tambouriner à l’intérieur de son crâne, ce qui n’échappa pas à son grand frère.
- « Hé, ça va ?
- Ouais… c’est cette chasse, c’est une vraie prise de tête…
- Ben surtout quand la tête en question s’est bouffé plusieurs sales coups. » Dean s’assit à côté de son cadet pour lui inspecter le pansement. « Faut refaire ton bandage, il est entrain de partir en couille.
- Ça va Dean, c’est bon, j’ai pas besoin de ce truc de toute façon…
- On rentre au poste et je te refais ton pansement. Fin de la discussion Sammy. »
Il fallait bien le reconnaitre, le poste de Ranger était plus que bien appréciable après une journée de décembre encore rocambolesque. La seule victoire de la journée - sans prendre en compte évidement qu’ils étaient toujours en vie - fût s’en nul doute d’avoir réussi à récupérer l’Impala. La visite de la maison des défunts retraités n’avait pas donné grand-chose - sachant qu’une écaille de serpent est loin d’être le saint graal – et qu’ils n’avaient toujours aucun indice sur le ‘à quoi’ ils avaient vraiment à faire.
Sam s’était donc réinstallé devant un ordinateur, un sandwich posé sur le bureau - un nouveau bandage propre autour de la tête - et s’entêtait assidument à faire des recherches infructueuses, le journal de son père ouvert à ses côtés. Le sheriff, lui, s’était glissé dans ses archives, les meurtres récents des jeunes randonneurs il y a un mois de cela avaient pu laisser une piste qu’il n’avait peut-être pas vue au départ. Quant à Dean, il s’était installé sous le capot de sa voiture pour une inspection minutieuse tout en ressassant les derniers évènements : peut-être aurait-il une illumination sur comment réglé cette chasse au plus vite.
Ce n’est que lorsque le ronronnement d’un 4x4 vînt s’étouffer sur le parking du poste que les trois hommes se stoppèrent dans leur activités. L’adjoint descendit alors de sa voiture, une mine pale et les membres tremblants.
- « Je n’ai pas réussi à atteindre le poste numéro deux, les différentes routes pour y aller étaient complètement bloquées. Et impossible de les joindre… ni par radio, ni par portable, je ne sais pas ce qui se passe, j’espère qu’ils vont bien…
- Calme-toi Steve, reprend ton souffle. Dis-moi ce qui s’est passé? Ton visage… tu t’es fait attaquer ? » Peterson s’approcha de son protégé pour observer les blessures de son adjoints de plus près.
- « Oui, … euh c’est cette chose qui m’a prise par surprise quand je roulais et je me suis défendu, d’où mes blessures…
- Est-ce que tu as réussi à la voir ? Comment tu t’en es sorti ? » Demanda Dean très impressionné mais sur ces gardes malgré tout.
- « J’ai eu votre message sheriff, sur les ultra-sons… alors j’ai fait siffler la radio comme je pouvais, et… ça a marché ! Elle est partie avant qu’elle ne puisse me tuer! »
Le vieux Ranger semblait rassuré que son homme s’en soit sortit et partit donc chercher la mallette de premier soins pour panser les blessures de son jeune adjoint. Ce dernier se retourna alors vers les deux Winchester un sourire satisfait sur son visage d’ange.
- « Mais j’ai une piste… je sais où elle est, j’ai vu ses traces dans les bois, je pense savoir où est sa tanière ! »
- Où ? »Lancèrent Sam et Dean d’une seule voix.
- « Je vais vous montrer sur la carte et vous n’aurez plus qu’à aller la chercher… ».
Chapitre 22.
Comment était-ce possible ? Ces deux énergumènes lui avaient encore échappé, incroyable. Et ce bruit ! Bon sang ce saleté de bruit, c’était horrible, il avait cru que sa tête allait exploser... déjà que le plus vieux des deux frères avait failli lui éclater la caboche avec son fusil à deux sous juste avant… non mais franchement…
Il avait pourtant pris son temps, il les avait écouté, étudié et avait attendu qu’ils soient seuls pour attaquer et éviter d’autres ‘blessures’ fortement contrariantes. Mais non. Ils s’étaient défendus et ils lui avaient même tiré dessus… inadmissible. La prochaine fois il faudrait les isoler dans un premier temps mais ensuite les séparer l’un de l’autre, il n’y aurait que ce moyen pour en venir à bout. En plus il ne pourrait pas les tuer tout de suite, il avait absolument besoin de réserve et quand la proie est morte, la viande se perd rapidement. Pourtant il en avait vraiment marre d’attendre de les bouffer ces deux là. Le mieux était encore de les attirer directement chez lui, au milieu de nulle part, là où il aurait tous les avantages pour lui… et là où eux n’auraient aucune chance.
Ils avaient passé une bonne partie de la nuit à planifier leur excursion sauvage du lendemain. Nicols leur avait annoté une carte pour situer les fameuses traces qu’il avait découvert dans la dense forêt et grâce à son expérience de Ranger, il leur avait conseillé des sentiers sûrs, sans trop de contraintes pour atteindre leur but. Dean et Sam devaient donc s’aventurer dans le bois, couvert par le poste numéro deux, se situant à soixante dix kilomètres au sud-ouest de leur localisation actuelle. Comme la route était totalement bloquée à partir d’un certain point - selon les dires du jeune adjoint - une grosse partie de leur expédition se ferait donc à pieds. D’après ce dernier, des anciennes cavernes de mineurs se trouvaient non loin de la rivière en bas de la vallée et comme les empruntes allaient en cette direction, il était fort probable que la créature y ait élu domicile. Les Winchester, ainsi que le sheriff, acquiescèrent à cette théorie qui tenait parfaitement la route : les conditions environnementales y étant favorables et les premiers jeunes randonneurs étant également dans cette zone lors de leur disparition.
La nuit avait donc été courte mais contre toute attente elle avait également été calme. Pas de tempête, pas de grosse chute de neige et surtout pas de visite surprise désagréable de la part d’une bestiole bouffeuse d’hommes. Donc le peu de repos qu’ils avaient tous eu fût tout au moins absolu. Les frères Winchesters se réveillèrent donc relativement reposés pour entamer leur troisième jour au milieu des montagnes Rocheuses d’Amérique du nord dans la calme vallée d’Alridge.
Il était à peine six heures trente du matin mais les quatre hommes semblaient pourtant parés au départ. L’appréhension surpassait allègrement l’excitation de l’aventure et tous avaient hâte d’en finir définitivement avec cette histoire.
- « Ok, notre 4x4 est chargé avec les armes que vous nous avez laissées … ‘ça’ c’est vraiment nécessaire ? » Le sheriff sortit une petite bombonne à moitié rouillée, posée au préalable sur la banquette arrière de la voiture.
- « Un lance flamme maison est souvent nécessaire sheriff. On sait toujours pas comme exploser cette saloperie donc autant avoir un peu de tout sous la main. » Dean était entrain d’inspecter ses propres armes et munitions une dernière fois, attendant que son frère ramène son sac, avant de fermer le coffre - toujours cabossé - de son Impala.
- « Vous êtes sûr de ne pas vouloir le dernier tout-terrain restant ? Enfin celui qui n’a pas de trou sur le toit je veux dire…
- Non merci, mais mon bébé à l’habitude de faire partie du voyage…
- Un peu comme un troisième membre de l’équipe hein? »
Dean sourit à la remarque pensant à ce que sa chère voiture avait traversé avec eux depuis qu’ils étaient petits, son frère et lui. Mais cette fois-ci elle avait sérieusement morflé : toute l’aile droite était enfoncée - Sam devrait d’ailleurs probablement batailler pour ouvrir sa portière, mais au moins cette dernière avait toujours sa poignée extérieur, ce qui n’était pas le cas de sa propre porte. La vitre côté passager et le pare-brise avant étaient toujours explosés, mais l’aîné avait retiré les derniers bouts de verres par sécurité - seulement le voyage qu’ils allaient devoir faire jusqu’à la forêt allait du coup être fortement restrictif en matière de chauffage. Le pare-choc avant était branlant mais tenait quand même par bidouillage express fait la veille au soir. Quant au châssis et à la pneumatique, Dean pensait que le fait que sa Chevrolet puisse toujours rouler relevait du miracle. Mais elle tenait le coup, et pour son propriétaire, c’est ce qui comptait le plus.
- « Bon, on se fait un dernier topo messieurs… » Le sheriff déplia une nouvelle fois la carte sur le capot de sa voiture en voyant arriver les deux jeunes hommes manquant, prêt à partir. « On en a bien pour deux heures avant d’arriver à ce point là, c'est-à-dire là où on manquera de route carrossable. On bifurquera donc à pied dans ce bois et c’est à cet endroit là qu’on va se séparer… c’est bon pour tout le monde ? » Le vieux Ranger suivait les annotations sur la carte à l’aide d’un stylo, le tout en regardant ses comparses pour s’assurer que chacun avait son planning en tête. « Nicols vous a noté en rouge le chemin à suivre jusqu’aux traces qu’il a trouvées et en vert celui des grottes. Vous allez y arriver ?
- C’est pas notre premier rodéo en forêt sheriff …
- Je l’espère pour vous, parce que ça me fait mal de le dire, mais si vous n’arrivez pas à nous débarrasser de cette merde qui bouffe mes hommes à répétion, je sais pas qui le pourra... »
Dean acquiesça à l’homme de loi, une expression plus ou moins confiante inscrite sur son visage. Lui aussi n’avait qu’une envie, celle d’exploser cette saloperie qui leur avait value certaines frayeurs non dissimulées à son frère et à lui.
- « Combien de temps ça va vous prendre pour atteindre le poste n°2 Nicols et vous ? »Demanda Sam en regardant une nouvelle fois la carte.
- « Ça va dépendre du chemin qu’on pourra prendre pour y parvenir. Steve pense que le sentier le plus court sera inaccessible…
- Oui, de ce que j’en j’ai vu, il y a eu pas mal de coulées de boues et des arbres sont tombés un peu partout à cause de la tempête, donc je pense qu’un passage par la crête ouest sera plus sûr…. » L’adjoint traçait le chemin sur la carte de son doigt que lui et son supérieur devrait alors prendre.
- « Du coup, c’est difficile à dire, on va probablement en avoir pour plusieurs heures.
- D’accord, une petite promenade de santé. » Lança Dean en repliant la carte avant de la donner à son frère.
- « Ça le sera plus pour nous que pour vous en tous cas … » Réplica le Ranger en sortant quatre appareils de son sac. « Comme prévu, on s’équipe tous d’un téléphone satellitaire mais s’il devait y avoir des problèmes de transmissions ou d’interférences, n’hésitez pas à utiliser votre portable, la qualité n’est peut-être pas la même mais la connexion est souvent meilleure. » Le sheriff lança donc un boitier à chacun avant de mettre le sien à sa ceinture.
- « On reste en contact… si la créature vous montre sa sale gueule, vous ne jouez pas aux héros, vous vous planquez comme vous pouvez et vous nous donnez votre position. » Dean mit lui-même son téléphone dans la poche intérieur de son blouson avant de se mettre au volant de son Impala. « Votre but à vous c’est de récupérer vos potes Rangers en vie… on évite les morts inutiles ! » La Chevrolet ronronna alors au démarrage et à peine quelques secondes plus tard les deux voitures partaient du parking enneigé du poste principale, le 4x4 en tête.
Ils avaient mis plus de deux heures pour arriver à la première destination prévue - à savoir jusqu’à ce la route soit totalement barrée - et encore une de plus pour atteindre l’embranchement présumée à la séparation des binômes. Après un bref serrage de mains et des regards de ‘bonne chance’ ou plutôt de ‘bon courage’, Peterson et son adjoint prirent un sentier sinueux tandis que Sam et Dean partaient en direction opposée.
La forêt était extrêmement dense et contrairement au paysage qu’ils venaient de quitter, la neige ne recouvrait pas le sol - même si le froid y était toujours persistant. Les frères Winchester avançaient d’un pas sûr au milieu des arbres, suivant le chemin indiqué par le jeune adjoint. Dean était en tête mais lançait régulièrement un regard à son frère pour s’assurer qu’il ne présentait pas de nouveau des signes de fièvre ou autres symptômes de sa récente commotion cérébrale.
- « Comment tu te sens ?
- Dean je préfèrerais que tu regardes devant toi plutôt que derrière…
- Ça répond pas à ma question.
- Je vais très bien, d’accord ? »
Le bandage de Sam avait été remplacé par un pansement large lui couvrant pratiquement la moitié du front. Quand à son ainé, il s’était rebandé les doigts plus finement pour une meilleure mobilité de sa main gauche, et s’était également pansé l’épaule après que la créature lui ait entaillé pendant la dernière attaque, prévenant toute infection. Après seulement deux jours dans la région, les deux frères cumulaient les blessures avant même que ne débute réellement la ‘chasse’.
Au bout d‘une bonne heure et demie de marche, Sam s’accroupit et stoppa son frère dans sa lancée. Des empruntes énormes de pattes étaient incrustés dans la boue juste sur sa droite.
- « Regarde moi ça, tu crois que c’est les traces que Nicols nous a parlé ?
- Ça y ressemble et c’est aussi le bon emplacement selon la carte…
- Si ça appartient vraiment à cette chose, comment ça se fait qu’on en ait pas vu autour des morts jusqu’à maintenant ?
- Ben d’après ce qu’on sait, cette merde sait voler donc elle a peut-être fait en sorte de ne laisser aucunes traces.
- Ouais , mais quand même…
- Regarde, les empruntes continuent dans cette direction… » L’aîné se redressa et commença alors à suivre les nouvelles pistes.
- « Non attends Dean, y en a par là aussi ! » Sam regardait dans la direction opposée à son frère, montrant du doigt d’autres marques.
- « Ça c’est le bouquet, ce cher Steve nous avait pas dit qu’il y avait deux chemins différents avec les mêmes saletés d’empruntes.
- Qu’est-ce qu’il a noté sur la carte ?
- Le sentier rouge s’arrête ici… et le vert commence un peu plus bas vers la rivière à environ trente bornes…
- Ok, donc le mieux c’est de prendre chacun une piste et on se retrouve à ce point de rendez-vous. » Sam posa son doigt au début du second tracé sur la carte, le tout en interrogeant son grand frère des yeux.
- « Non mais t’es malade ?!
- Quoi ?
- On se sépare pas…
- Pourquoi pas ?
- Parce que ! Y a un monstre bouffeur d’hommes dans cette putain de forêt Sam je te rappelle !
- Je suis au courant et c’est pour ça qu’il faut le trouvait et vite avant qu’il ne fasse d’autres victimes…
- On va le trouvait mais tous les deux : ensemble !
- Ça ira plus vite si on se sépare, on pourra couvrir plus de terrain et s’assurer qu’il nous file pas entre les pattes.
- C’est non ! Tu sais bien comment ça se finit dans les films dans ces cas là pourtant, c’est toujours pareil, d’abord les persos se fond exploser les uns après les autres et à la fin quand ils sont plus que deux survivants, au lieu de s’enfuir pour se sauver ensemble: non, ils font deux groupe de un, et devine quoi ? Ils se font choper par le méchant et crève chacun de leur côté…
- Dean…
- Résultat, c’est le méchant qui gagne…
- Sauf que là on n’est pas dans un film et on n’est pas non plus des pauvres étudiants sans défenses.
- Tu t’es explosé le crâne y a moins de quarante huit heures Sam… tu recommences juste à marcher droit…
- Si ça se trouve sa tanière se trouve au bout de l’une de ces pistes Dean.
- Ben justement !
- Ecoute, j’ai pas l’intention de me faire bouffer d’accord, mais on ne peut pas laisser cette créature tuer plus de gens…. Dean, si on la laisse s’échapper, on aura d’autres morts sur la conscience… » C’était le moment pour le cadet de sortir son arme ultime et jouer de ses yeux de chiens battus en mode renforcé.
- « Sammy…
- On reste en contact permanent et si on tombe sur la bestiole, on attend que l’autre arrive pour s’en occuper…
- Et si elle te repère avant que je puisse te rejoindre ?
- Je suis plus qu’armé et en plus je peux toujours utiliser le truc des ultras sons. Et toi aussi, tu lui as déjà fait sa fête une fois…
- C’est pas pour moi que je m’inquiète…
- Dean, c’est notre seule chance.
- Ça me plait pas Sam…pas du tout.
- Moi non plus mais on a pas le choix…»
Le cadet attrapa le téléphone satellitaire de son grand frère dans sa poche avant de tourner le bouton du dessus et de caler l’objet dans la main de ce dernier. Il prit alors le sien et fit la même manipulation.
- « Contact permanent. » Et il commença à partir sur sa gauche.
- « Sam ! » Dean appela son petit frère en le voyant prendre seul le chemin. « Fais gaffe, ok ?
- Toi aussi frangin … »
Et ils partirent chacun à l’opposé l’un de l’autre.
Chapitre 23.
L’humidité était constante, et même si la journée était bien avancée, le froid polaire persistait dans la vallée. Dean avançait à l’affût du moindre bruit, du moindre mouvement autour de lui, l’alertant de la présence du monstre qu’il chassait. Il avait déjà parcouru une bonne dizaine de kilomètres assez rapidement puisque son sentier était majoritairement en dénivelé, le tout en suivant évidemment ses propres pistes, son sac à doc rempli d’armes sur son épaule droite, et son téléphone satellitaire dans la main.
- « J’aime pas cette putain de forêt avec ces putains d’arbres à la con et ces putains de pierres qui glissent…
- Dean, arrête de râler. » Sam restait en communication permanente avec son grand frère depuis leur séparation environ une heure et demie auparavant. Lui-même en descente continue, il avait également couvert un bon tiers de son trajet ; mais à part des empreintes étrangement très distinctes dans le sol, il n’y avait aucune autre trace qui permettait de confirmer la présence de la créature dans un périmètre proche.
- « Je râle pas… je commente !
- Tu commentes en râlant…
- T’as qu’à te plaindre à ces putains d’ours qui vive dans ce … oh merde !
- Quoi ?
- Y en a un.
- Un quoi ?
- Comment ça ‘un quoi’ ? Un ours, tête de nœud! Y a un putain de grizzli à environ trente mètres devant moi ! » Le chuchotement était de tout évidence de rigueur mais Dean arrivait quand même à grogner, même si c’était à voix basse.
- « Il t’a vu ?
- Non, sinon je serais pas entrain de te taper la causette ; je serais plus entrain de détaler pour sauver mon cul.
- Alors quoi, qu’est-ce qu’il fait ?
- Je crois qu’il dort.
- Ben, t’approche pas et continue ton chemin !
- Il est sur mon chemin.
- Ben contourne-le ! A bonne distance si possible ! »Le cadet commençait sérieusement à augmenter le volume de sa voix au même rang que son anxiété.
- « Arrête de gueuler dans ce téléphone Sam !
- Je gueule pas… je commente!
- Très drôle ! » L’aîné fronça les sourcils et commença à se diriger vers l’animal. « Attends…
- Attends quoi ? Attends qu’il se réveille pour te bouffer ?... barre-toi !
- Non, … il est allongé… » Dean s’approchait doucement de la masse poilue, le combiné toujours à son oreille.
- « Ben s’il dort, je vois pas en quoi c’est étonnant qu’il soit allongé…
- Non je veux dire, on dirait que…
- Que quoi ?! Dean ?
- Il dort pas !
- Quoi ? Il s’est réveillé ? Qu’est-ce que t’attends pour te faire la malle alors?!
- Non… je crois que… qu’ il se réveillera plus… »L’ainé n’était maintenant plus qu’à quelques mètres de l’animal et l’observait en grimaçant.
- « Hein ?
- Il est canné Sam ! Mort ! Le bide en vrac, les tripes à l’air…
- Bon, ben t’as pu à t’en inquiéter alors… »Sam souffla de soulagement malgré lui et ferma les yeux quelques secondes pour évacuer le ‘léger’ stress qu’il venait de ressentir.
- « Je crois que c’est notre amie ‘bouffeuse de tout ce qui bouge’ qui s’en est chargée.
- Qu’est-ce qui te fait dire ça ? » Pour le coup, l’information devenait intéressante et le cadet se stoppa une deuxième fois en attendant que son frère lui donne plus de détails.
- « Y a des empreintes tout autour de la carcasse qui correspondent aux traces de tout à l’heure... et y en a d’autres… humaines : Un des Rangers a déjà du venir ici récemment. »
Dean s’était accroupi au niveau du cadavre et en dépit de l’odeur fortement nauséabonde que ce dernier renvoyait, il se pencha pour une meilleure observation.
- « Alors ? Qu’est-ce que tu vois ?
- Ben c’est surtout ce que je vois pas qui m’inquiète…
- Ça t’embêterait d’être plus explicite Dean ?
- Ce que je veux dire c’est qu’il est complètement vide de l’intérieur, à part quelques boyaux qui ressortent… pwah, ça c’est vraiment crade. » L’ainé avait pris une branche pour soulever la peau putréfiée de l’animal et avait ainsi délogé un nid d’asticots. Il déglutit difficilement et dirigea ensuite ses yeux vers la tête de l’ours « Merde, qu’est-ce que c’est que ça ?
- Quoi ?
- On dirait une morsure, au niveau de son cou,… mais les traces de dents sont énormes. N’importe quelle bestiole qui lui a fait ça doit être gigantesque... ».
Dean continuait son inspection tandis que son petit frère attendait d’autres informations de sa part, le tout en reprenant sa marche. C’est le cliquetis de la radio qui fit arrêter une fois de plus les Winchester dans leurs activités. Sam et son aîné tournèrent alors en même temps le fameux bouton pour changer de canal et attendirent chacun de leur côté les nouvelles des Rangers.
- « C’est Pet…son, …le post… ranger… tous morts.
- Sheriff, allez moins vite, la transmission est mauvaise. » Dean essaya de régler l’appareil mais en vain, la communication restant très saccadée.
- « … été attaqué… fuyez…il…un piège !
- Quoi ? Qui ça ‘il’ ? Quel piège ? Sheriff ?!
- Téléph… atellitaire trafiqués…reste moins … minute…communication… sortez…forêt…ite !
- Peterson ?!» Sam et Dean appelaient le vieux Ranger depuis leur localisation respective mais rien n’y faisait, la transmission avait été définitivement interrompue.
Ce genre d’appel ne confortait pas Dean dans l’idée d’avoir laissé partir son petit frère seul de son côté, se retrouvant dorénavant à plusieurs kilomètres de lui. Le peu qu’il avait compris de sa communication avec le sheriff n’était pas du tout de son goût. Les mots comme ‘piège’, ‘fuyez’ ou encore ‘téléphones satellitaires trafiqués’ - parce que c’est bien ce qu’il avait compris - avaient augmenté fortement son rythme cardiaque et décuplé ses alertes internes face aux emmerdes chroniques. Il regarda une seconde son boitier téléphone et rechangea de canal en quatrième vitesse pour reprendre la communication avec son cadet.
- « Sam ! Tu laisses la piste que tu es entrain de suivre et on se rejoint illico presto à mi-chemin! Je me fous qu’on couvre moins de terrain ou qu’on mette plus de temps à trouver cette saloperie, d’accord ? T’as entendu le sheriff, c’est entrain de merder à vitesse grand V… » Seulement il n’y eu pas de bip de retour et Dean ne reçut aucune réponse de la part de son cadet. « Sam ?! » Toujours rien, même pas un signal d’attente « Putain de bordel de merde, Sammy réponds à ce téléphone ! »
Dean appuya sur tous les interrupteurs et autres boutons avant de taper frénétiquement le bas du boitier dans sa paume de main - comme si le fait de secouer un appareil hautement technologique le ferait remarcher miraculeusement ; mais à sa plus grande - ou plutôt mauvaise - surprise, plus aucun son ou même grésillement ne se faisait entendre : son téléphone satellitaire était totalement hors service. « Et merde ! » Fût le cri d’énervement de l’ainé des Winchester en lançant énergiquement l’instrument contre l’arbre le plus proche - ce qui le disloqua et éparpilla les éléments qui le composaient un peu partout sur le sol.
Il se passa alors une main tremblante sur son visage avant de fouiller soudainement dans ses poches à la recherche de son portable. Il appuya expressément sur deux touches et attendit ‘patiemment’ que son cadet prenne l’appel. « Aller Sammy, attrape ton putain de portable. Décroche bon sang, décroche… » Et au bout de trois secondes de sonnerie, la tonalité se stoppa.
- « Sam ?! » Seulement Dean n’entendit que le bip horripilant annonçant cette saleté de voix off « le numéro que vous avez demandé n’est pas attribué ou est actuellement indisponible, merci de réessayer ultérieurement ou de contacter votre service techn... » Il raccrocha nerveusement puis retenta une seconde et une troisième fois : sans résultats.
Il récupéra alors son sac au sol, les dents serrées, et reprit sa route mais en sens inverse et en accélérant considérablement la vitesse de ses enjambées. Il avait tenté de joindre également le sheriff et l’adjoint, mais au même titre que son petit frère, les appels se terminaient inexorablement sur le répondeur.
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Après avoir tenté tant bien que mal de recontacter son frère avec son émetteur par satellite, le cadet des Winchester abandonna l’idée de faire re-fonctionner l’appareil en voyant que le dispositif ne donnait plus aucun son. Il essaya donc désespérément de rester calme mais sa situation à ce moment précis ne s’y prêtait pas vraiment. Le peu qu’il avait compris des paroles du sheriff ne l’avait absolument pas mis en confiance. Surtout quand le passage du ‘téléphone satellitaire trafiqué’ se révélait être vrai ; Il redoutait alors fortement les autres mots qu’il avait réussi à capter, à savoir : ‘fuyez’ et ‘piège’- le fait que sa communication avec son grand frère soit également interrompue ne l’aidait pas vraiment non plus à ralentir sa pulsation cardiaque.
Heureusement, il restait encore la solution portable et Sam n’attendit pas pour récupérer rapidement l’objet dans sa poche arrière de pantalon. Il n’eût cependant pas le temps de choisir son correspondant que la sonnerie retentit accompagnée de l’éclairage de l’écran affichant le très attendu ‘appel entrant : Dean’. Il souffla de soulagement avant de décrocher.
- « Dean ! » Mais le cadet n’eût que trois signaux sonores aigus et désopilants en guise d’interlocuteur.
Il enleva son portable de son oreille, regarda alors le symbole clignotant de son écran et serra les dents de dépits : « Batterie faible ? Comment ça batterie faible ?... Oh putain, si je me fais pas bouffer par cette bestiole, c’est Dean qui va me tuer. »
Il n’eût cependant pas le temps de réfléchir d’avantage que quelque chose d’énorme atterrit à moins de trois mettre derrière lui. Il attrapa instinctivement son Smith & Wesson chargé en balles d’argent, mais ne put se retourner à temps qu’une patte s’abattit sur son dos. Heureusement pour lui c’est son à sac qui prit une bonne partie de l’attaque. Il se dégagea grâce à l’adrénaline -qui avait augmenté considérablement dans ses veines - et réussit à courir jusqu’à une aire rocheuse ; Mais lorsqu’il se retourna à couvert pour tirer sur la responsable de l’offensive, cette dernière avait disparu. Il lâcha alors son portable hâtivement et essaya de chercher le téléphone satellitaire pour se défendre à coups d’ultra-sons ; seulement l’appareil était hors service - il avait légèrement oublié ce détail.
La bête souriait sournoisement à seulement quelques mettre au dessus de sa tête, elle savait que l’émetteur ne fonctionnait plus. Elle fondit alors sur sa proie en un instant, les griffes en avant. Sam leva les yeux au ciel en entendant le sifflement et se protégea instinctivement avec les restes de son sac à dos, qui partit en lambris dans la seconde qui suivait, éparpillant allègrement les objets qu’il contenait. Sous le poids de la créature, il tomba au sol, le souffle court du des côtes probablement cassées, et se coinça la cheville entre deux racines d’arbres qui le firent chavirer en avant. Sa tête percuta alors un rocher de plein fouet, l’assommant sur le coup… une fois de plus.
Il regardait sa proie avec envie - belle prise pour son garde manger - mais devait détaler avant que son frère n’arrive : ses forces n’étant toujours pas revenues à la normale à cause de ses dernière blessures. Il avait pu s’occuper de celui en plus mauvais état, mais pour l’autre, il avait tout intérêt à attendre. Il effaça donc sommairement les traces et attrapa une des jambes de sa victime avant de partir avec un sourire malsain mais victorieux sur son visage immonde : ‘un de moins’...
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Les minutes passaient et même s’il connaissait les coordonnées de la dernière localisation de son cadet, Dean savait qu’il lui faudrait un certain temps avant d’y parvenir, ce qui le faisait encore plus enragé. Il ne savait pas quel était le sentiment qui le rongeait le plus : la peur qu’il arrive quelque chose à son petit frère - maintenant injoignable - ou la colère envers lui-même de l’avoir laissé partir seul… probablement un bon mélange des deux ; Et malheureusement Dean avait largement eu le temps de cogiter sur ses ressentiments avant d’arriver à destination - même s’il avait coupé directement à travers le bois pour réduire la distance qui le séparait de Sam.
Quand enfin il parvint à l’emplacement de son cadet lors de sa dernière communication avec lui, le soleil commençait déjà sérieusement à s’épuisait derrière les hautes montagnes. Sa vitesse de course n’avait pas suffit puisqu’il ne trouva rien sur place à part quelques traces de pas futiles, qu’il suivit aveuglément.
- « Sam ?! … Sammy ?! » Malgré ses appels à répétions, plus forts les uns que les autres, il n’eût pas le retour escompté et continua donc d’avancer.
Son regard se figea cependant sur quelque chose cent cinquante mètres plus loin - à moins que ce ne soit ses jambes qui se tétanisèrent sur place contre sa volonté.
Juste devant lui se trouvait un espace rocheux entouré de quelques arbres faisant de l’ombre sommairement. Le problème n’était pas vraiment que les traces de pas s’arrêtaient en plein milieux de cet endroit clairsemé ; ce qui était le plus terrifiant fut sans nul doute de trouver un sac à dos vert armé bien connu, complètement déchiqueté, laissé en vrac à côté d’un rocher rougi par du sang - tout comme le large pansement qui y était posé sommairement. Un boitier satellitaire et des armes étaient dispersés un peu partout, et à deux mètres du champ de bataille, se trouvait le portable du disparu, éteint.
Dean ramassa le téléphone personnel de son petit frère avant de le serrer dans sa main et de regarder partout autour de lui, les larmes aux yeux.
- « SAM !!!!!! ».
Chapitre 24.
Le verbe ‘abandonner’ ne faisait pas partie du vocabulaire de Dean Winchester, et quand il s’agissait en plus de son petit frère, ce mot était même totalement prohibé.
Il avait pourtant cru que son cœur et le monde entier s’était arrêté lorsqu’il avait réalisé que son cadet avait été enlevé par la créature meurtrière qu’ils étaient venus chercher au départ. Il ne s’était pas attendu à ce que ce soit elle qui les chasse et encore moins qu’elle remporte la partie. Mais malgré les faits non encourageants qui lui brouillaient l’esprit, il s’obstinait à penser que son petit frère était toujours en vie quelque part dans cette forêt immense, et qu’il allait le retrouver - par n’importe quel moyen, quoiqu’il lui en coûte.
Il avait d’abord examiné le lieu où Sam s’était de toute évidence débattu. Les traces semblaient avoir été effacées mais il restait quand même quelques indices de ce qui s’était passé. En revanche, aucune empreinte ne ressortait de la scène et Dean en conclut que son frère n’avait pas été trainé ou tiré, mais emporté dans les airs - conscient ou non - ce qui n’était guère une bonne nouvelle puisqu’il n’avait de ce fait, aucune réelle piste à suivre.
Cependant il avait encore une alternative, et si son intuition était bonne, il pourrait peut-être retrouver son cadet. Son seul espoir demeurait donc dans les mines : des cavernes humides aux multiples galeries qui se perdaient indéfiniment dans le cœur de la montagne, mais qui restaient sans aucun doute l’endroit idéal pour une créature sanguinolente en mal de se faire un nid douillé ; Et c’est là qu’il se rendait. Evidement, la chose l’attendrait, il le savait. Ce monstre était de toute évidence loin d’être déficient mental et il savait qu’il était le prochain sur sa liste. Mais si son frère était effectivement là-bas, la réticence à se jeter dans la gueule du loup était minime voir inexistante : la vie de Sam en dépendait, et le reste, il fallait bien l’avouer, l’importait peu.
Il avait donc ramassé un maximum d’affaires et avait mis le portable éteint de son cadet dans sa poche de pantalon. Il avait alors passé une fois de plus la main sur son visage avant de fixer l’horizon d’un œil critique, jugeant l’étendue de la route - bien trop longue pour atteindre son but.
Après avoir longuement inspiré, essayant de retenir la rage et la peur qui le consumaient de l’intérieur, il avait prit le petit sentier qui descendait en direction de la rivière avec pour seule pensée : ‘J’arrive Sammy, tiens bon.’
Il marchait donc déjà depuis un temps infini selon lui. Le vent s’était ravivé au moment où le soleil s’était totalement éclipsé de la région quelques heures auparavant, intensifiant grandement l’impression déjà persistante du froid glacial. Il n’avait pas fait de pause et avait mangé en marchant - une des barres de céréales que le sheriff leur avait fourrées dans leur sac à doc en bon randonneurs qu’ils étaient. Il ne voyait presque rien et trébucha un nombre incalculable de fois. Il n’utilisait sa lampe torche qu’en cas d’extrême urgence - le paysage étant réellement meurtrier par endroit - mais la bête pouvait roder et la lumière l’attirerait inévitablement.
Il ne savait pas trop comment il pouvait encore arriver à mettre un pied devant l’autre. Le sommeil le rongeait, les douleurs musculaires le tiraillaient sans compter que ses pieds devaient probablement être dans un état pitoyable. Mais son petit frère avait besoin de lui alors il continuait malgré tout.
Il atteignit la rivière en plein milieu de la nuit. Pour lui le chant du ruissellement certifiait que les grottes se trouvaient tout prêt. Après une nouvelle heure de marche à suivre le cours d’eau, il se stoppa devant ce qui semblait être une falaise rocailleuse. Il écarta alors quelques branches et feuillages, la lampe torche tenue entre ses dents, et découvrit en contre bas une ouverture dans la roche, probablement creusée par des mineurs des dizaines d’années auparavant.
Il reprit alors son propre portable, tritura quelques touches pendant un instant, le tout en grommelant un ‘si les balles te calment pas, ça, ça va te détendre enfoiré’ et remit son téléphone dans sa poche à porter de main. Il vérifia tout de même que son arme soit bien chargée, tapa la crosse de son chargeur contre sa paume, et entra alors d’un pas discret dans les cavernes, sa lampe torche placée sur son 45 en éclairage de visée.
Contrairement à ce qu’il aurait pu penser, le sol était couvert d’empreintes… en tout genre. Traces de pattes de loups démesurées, de griffes, de serres d’oiseaux probablement aussi grands qu’un ours, des ondulations plus larges les unes que les autres, des sabots de la taille d’un éléphant et d’autres qui ne représentaient vraiment rien de reconnaissable. Bref, même si la faible luminosité de sa lampe torche pouvait lui jouer des tours, il était évident que quelque chose de surnaturel - ou peut être même plusieurs - vivait ici. Dean était partagé par ses découvertes, le faisant grimacer d’incompréhension, mais il suivit tout de même ces empreintes - ou quoi que ça puisse être - dans les galeries. Il réfléchirait à ça plus tard, quand son petit frère sera en sureté à ses côté.
Le problème qui se posait maintenant à lui fût sans nul doute de savoir quelle route prendre puisque les multiples ‘pistes’ partaient vers des sentiers différents à travers la roche. Il suivit donc une fois de plus son instinct pour choisir un des passages - même si les relents de chair en décompositions avaient largement influencé son jugement. Il avançait donc avec une seule chose en tête : ‘Pourvu que Sammy soit au bout de ce chemin’.
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Il faisait sombre, horriblement sombre. Mais ses yeux lui permettaient de voir comme en plein jour - quelques couleurs en moins peut-être - un atout que sa proie à l’autre bout de cette pièce de roche n’avait pas.
Ce dernier s’était d’ailleurs réveillé. Quel amusement de l’observer à chercher à comprendre où il était sans qu’il ne puisse voir quoique ce soit. Il le regarda se redresser pour se mettre assis, mais à en juger son état il ne pourrait pas lui fausser compagnie cette fois.
A quelques mètres de lui se trouvait les restes de sa toute première victime : un des jeunes randonneurs qu’il avait du déchiqueter et partager avec elle par manque de plus grosses proies animales il y a un mois de cela. L’humain s’était alors révélé être une viande plus que savoureuse est surtout abondante en protéines ; ce qui avait été un atout majeur pour lui… enfin surtout pour elle. Une aubaine pour son avenir. C’est d’ailleurs pour ça qu’il avait fait quelques réserves, mortes pour la plupart mais aussi vivantes : comme le sheriff, casé dans un autre souterrain un peu plus loin - et celui qu’il avait en face de lui bien sur. Mais il fallait admettre que pour celui-là, il n’y avait pas que le côté ‘repas’, il y avait aussi le côté ‘vengeance’ : ces deux frères étaient vraiment des emmerdeurs notoires et il en avait bavé à cause d’eux. Il ne comptait plus le nombre de blessures qu’ils lui avaient infligés. Il avait du changer ses plans, piocher dans ses réserves pour guérir, restait humain et subir la douleur, il avait du attendre, … et ça aurait pu avoir des conséquences pour elle. Mais heureusement elle allait bien, les quelques restes de viandes lui avaient suffit durant ce temps - même si ses besoins devenaient de plus en plus grand au fur et à mesure que la date approchait.
Il le scrutait avec envie. Il avait l’impression que ce grand dégingandé avait du mal à respirer - mais au moins il respirait encore, c’était déjà pas mal… enfin bon, ça n’allait pas durer de toute façon. Il tâtait le sol de ses mains pour les mettre ensuite sur son visage et examina son corps par le touché, pensant probablement que ce liquide chaud coulant sur ses doigts venait d’une de ces blessures… ah s’il savait qu’il venait en fait de lui.
Il grimaçait, probablement du à l’odeur et peut-être aussi à cause de la douleur ou du froid que cet humain pouvait ressentir : bien, il aimait le voir souffrir. Et quelle chance, il essaya même de se lever complètement - enfin juste essayer, puisqu’il lui avait cassé le tibia… par sécurité - mais son cri de douleur fût tout de même jouissif, ça valait le coup. Il se rassit donc malgré lui et posa sa tête contre la roche derrière lui pendant un long moment : trop long, c’était beaucoup moins divertissant pour lui.
Du coup il s’avança, contourna silencieusement la carcasse des restes du randonneur par la gauche, puis grimpa sur le mur, toujours sans un bruit, et se positionna au dessus du corps de son butin vivant. A distance dans un premier temps, il gagnait du terrain vers la tête chevelue - la bonne odeur de chair fraiche qu’elle dégageait étant presque impossible à résister. Au moment où ses long crocs s’avançaient vers son crâne, sa victime se redressa et ses membres se contractèrent - il avait probablement dû penser à quelque chose d’important ; peut être pensait-il à son frère, que lui aussi allait mourir… et être manger, doucement. Ce genre de réflexion pouvait en effet être préoccupante… enfin lui s’en fichait éperdument. Mais ce soudain soubresaut de sa proie l’avait quand même fait s’arrêter dans son élan.
Il ne pouvait cependant, plus empêcher les râles d’envie de sortir de son gosier, ni la bave d’impatience de couler de ses babines terreuses. Il se demandait si son futur ‘petit déjeuné’ savait qu’il était là, juste au dessus de lui. … Oui, il le savait. Il pouvait entendre les battements de son cœur s’accélérer et sa respiration s’accentuer malgré lui. Il savait qu’il était tout près. Il savait qu’il allait être dévoré. Ses tremblements trahissaient son anxiété. Il roula même ses yeux vers lui mais il ne voyait rien… dommage, il aurait aimé que sa victime voit qu’elle tête avait vraiment son bourreau. Il descendit tout de même de son mur pour se placer devant son butin. En fait il préférait voir la tête terrorisée de son repas avant d’y planter ses crocs.
Il le regarda un seconde supplémentaire fermer ses poings et ouvrir sa bouche pour crier.
- « DEAN !!!!!!!!! ».
Mais il pouvait hurler tant qu’il le voulait, cette fois s’en était fini pour lui. ‘d’ailleurs par quel morceau il allait commencer…’
Chapitre 25.
L’environnement n’était déjà pas très accueillant - des galeries crasseuses, sombres, humides où l’air glacé était à peine respirable ; mais l’odeur qui y régnait, gagnait haut la main le trophée de l’insupportable. La puanteur morbide qu’un corps en putréfaction dégageait, était déjà difficilement tolérable, et malheureusement pour Dean, l’effluve qui venait lui chatouiller les narines ne venait probablement pas que d’un seul corps - et à des stades différents de décomposition semblait-il ; et c’est donc en grimaçant, le cœur au bord des lèvres, qu’il avançait non sans peine dans l’obscurité.
Il déambulait dans ces couloirs de roche depuis déjà un certain temps. Temps qui devenait vraisemblablement un ennemi redoutable, puisque plus les heures passaient et plus les chances de retrouver Sammy en un seul morceau s’amenuisaient. Mais il n’aurait su comment l’expliquer, il avait cette sensation, cette perception, à l’intérieur de lui, qui lui susurrait que son petit frère était toujours en vie : il le ressentait au plus profond de son âme. Il avait foi en son instinct et s’y accrochait ardemment. Et il avait raison, car cette foi fût vite récompensée par un écho lointain mais bien réel : « Dean !!!! »
Il mit environ deux secondes pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une hallucination auditive due à son envie démesurée d’entendre la voix de son cadet, et courut donc vers l’appel qui venait incontestablement de ce dernier… en danger de toute évidence.
« Bordel de merde … » Furent les seuls mots qui se faufilèrent à plusieurs reprises à travers les dents serrées de l’aîné des Winchester qui suivait le chemin à grandes enjambées. La lampe le guidait sommairement, mais les tremblements incessants de ses mains dus à la nervosité, le stress et les mouvements saccadés en réponse à une marche quelque peu pressante, l’empêchaient très certainement une bonne visibilité. Mais qu’importe les nombreuses ecchymoses qu’il pouvait se faire contre la roche noire, le but était tout de même d’atteindre Sam le plus rapidement possible...
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Il l’avait senti bouger. Elle n’était plus au dessus de sa tête mais bel et bien devant lui, à probablement moins d’un mètre de ses jambes - qu’il avait tenté de replier légèrement. Pourquoi avait-il crié ? Il savait pourtant que ça ne le sauverait pas, mais peut-être avait-il envie que son dernier mot soit dédié à son frère. Pourvu que lui se sorte indemne de cette histoire, plus rien d’autre ne comptait vraiment pour lui maintenant. Mais même s’il savait qu’il allait probablement mourir, il ne ‘tomberait’ pas sans se battre.
Sam attendit donc tremblant, de respirer une nouvelle fois la chaleur nauséabonde de cette haleine putride qu’il avait perçue au dessus de sa tête quelques secondes auparavant - cette fois-ci au niveau de son cou, prouvant qu’elle était proche - et de glisser alors lentement sa main vers sa cheville droite. Il souffla de soulagement lorsqu’il posa ses doigts sur l’objet désiré - heureusement la bête ne l’avait pas fouillé à cet endroit - et sortit donc, sans geste brusques, un couteau de sa bottine, qu’il tourna et cacha derrière son poigné sans bouger le moindre autre muscle de son corps.
Il ne ‘patienta’ pas longtemps pour ressentir des reniflements et quelque chose d’humide posé sur sa peau - des dents probablement - et ne prit donc pas non plus le temps de réfléchir d’avantage pour planter sa lame, d’un geste direct et rapide, droit devant lui.
Il ne savait pas trop où il avait frappé, mais à coup sûr il avait mit dans le mille et avait touché un point sensible, puisqu’après un grondement féroce de la chose, il s’envola dans les airs malgré lui et atterrit lourdement contre une paroi de la grotte, puis sur le sol gluant, avec une douleur lancinante au niveau de son abdomen. Sa manœuvre de défense n’avait, de toute évidence, pas vraiment plu à son assaillante - qui l’avait donc envoyé valser probablement à l’aide d’une de ses pattes. Seulement il n’avait pas compté sur le fait que ses griffes à elle soient aussi tranchantes que son propre couteau, et même si elle avait certainement maintenant un trou béant de vingt centimètres de profondeur dans sa carcasse, lui se retrouvait avec plusieurs entailles non négligeables qui tenaient compagnie à son nombril. Le seul point positif était que maintenant il demeurait à une distance plus confortable de la meurtrière - enfin tout au moins des crocs de cette dernière, ces derniers n’étaient de ce fait plus en contact directe avec sa jugulaire.
Instinctivement Sam posa une main sur sa blessure et baissa les yeux pour y jeter un coup d’œil, et contre toute attente un faible filet de lumière jaunâtre éclairait partiellement sa main ensanglantée.
- « Sam ?! Sammy !!! » Dean avançait en sa direction, une lampe torche en main tandis que la deuxième cramponnait son arme à feu.
Le cadet releva automatiquement la tête et resta coi. En l’espace de quelques secondes, ses yeux durcis et fatigués par ce qu’il venait d’endurer, redevinrent ceux d’un enfant soulagé et émerveillé auquel on aurait fait le plus inestimable des cadeaux… Son grand frère était là, le rejoignant rapidement ; il était dans cette grotte avec lui, il était venu le chercher, il était vraiment là…
Seulement la bête était là elle aussi, et elle n’apprécia pas du tout la venue du deuxième Winchester si tôt alors qu’elle n’avait pas encore mâché le premier. Elle siffla de rage, retira le couteau fortement déplaisant de l’intérieur de son cou et fit retomber ses pattes avant sur le sol pour se positionner en mode ‘attaque’.
Même si la lampe de Dean était de relativement faible intensité, le fait qu’elle soit la seule source de lumière dans cet espace pratiquement clos, éclairait tout de même la modeste pièce. Et c’est donc pour la toute première fois depuis qu’ils avaient entamé cette chasse, que les deux frères purent observer distinctement la créature de leurs propres yeux.
Comme lors de leur initiale ‘confrontation furtive ’ - où Sam l’avait entraperçue descendant de la montagne en arrivant dans la région - la bête ressemblait plus à un loup, mais de très grande taille. Le museau et les crocs supérieurs étaient toutefois proéminents ; quand à ses yeux, ils étaient fins, de forme oblongue et de couleur carmin, ce qui rajoutait un peu plus de malignité à son caractère déjà bien acariâtre. Sa peau anthracite était entièrement recouverte d’un pelage rêche noir corbeau - malgré quelques plumes à l’arrière du crâne qui semblaient en totale opposition avec le reste de la fourrure. Elle était pourvue de quatre pattes athlétiques, même si les postérieures s’avéraient être bien plus musclées. Ses griffes, en revanche, ne ressemblaient pas à celles d’un canidé. Leur longueur et affûtage rappelaient atrocement celles d’un tigre démesurément grand - ou d’un dinosaure carnivore. Elle ne possédait pas de queue, et les oreilles, contrairement au reste, étaient de taille normale, ce qui les rendait étriquées et dérisoires. Ce qui n’était pas réellement le cas de ses dents, car en vue d’un sourire étiré qui n’avait rien d’amical, les frères Winchester pouvaient sans aucun doute, et malgré eux, compter chacune d’entres-elles avec précision. Quoiqu’il en soit, elle ne dressait pas le portrait de ceux qui avaient eu la malchance de faire un face à face avec elle en premier lieu : pas de bec crochu, de sabots, d’écailles, ou encore d’ailes cachées sous son manteau de fourrure.
La prise de notes mentales sur la description de la créature ne dura qu’un instant car cette dernière n’avait pas l’air d’humeur à exhiber son physique de tueuse en série mais plutôt à éviscérer les deux hommes qu’elle avait en face d’elle. Et c’est avec un grognement non-dissimulé qu’elle enfonça ses griffes arrières dans le sol en bon points d’appui, dans la ferme intention de sauter sur ces ‘petits-déjeuners’ sur pattes.
Dean se plaça alors devant son frère en protection, ce dernier en mauvais état, toujours allongé sur le sol. Il pointa son arme devant lui et au moment où la chose bondit en avant, il appuya par trois fois sur la gâchette. Deux des balles d’argent vinrent se loger dans le crâne du monstre et la dernière dans son cœur - enfin si cœur il y avait.
La bête, dans son élan, tomba sur le côté en hurlant. Néanmoins, une demi-douzaine de secondes lui suffit pour se relever. Malgré les trous de bon diamètres entre ses deux yeux et au milieu de son poitrail - sans compter la balafre au niveau de son cou - elle se tenait debout, sur ces deux pattes arrières, chancelante certes, mais tout à fait vivante… et loin d’être d’humeur à ‘lâcher le morceau’.
Dean tourna la tête vers son petit frère - qui tentait désespérément de se mettre debout en s’aidant contre la roche. Il l’attrapa alors par le bras pour l’aider à se relever, et d’un œil inquiet, le cala contre le mur derrière lui, lui lança un regard qui se voulait réconfortant et se retourna à son tour vers la créature avant de fouiller dans son sac. Il en ressortit une petite bombonne rouillée et attrapa son briquet dans sa veste.
S’il y avait eu plus de clarté, il aurait pu parier que cette chose monstrueuse devant lui, lui souriait sournoisement, attendant acerbe qu’il frappe de nouveau, sachant qu’il échouerait une fois de plus. Mais malgré les faits ‘non-engageants’, il ne se ‘démonta’ pas pour autant et alluma l’embout de son dispositif maison.
La créature ne s’attendait probablement pas à être entourée par les flammes en quelques secondes et elle se débattit férocement avec le feu qui, contre toute attente, lui brulait effectivement la peau. Elle n’avait jamais eu à combattre cet élément par le passé et s’en trouvait fortement contrarié. Même si ça n’allait pas la tuer, l’attaque était sans conteste très douloureuse et elle n’avait d’autres choix que d’utiliser son meilleur moyen de défense… la transformation.
Et c’est sous les yeux ébahis des Winchester que cette chose était en train de changer d’apparence.
- « Putain. De. Merde. » Fût la réaction à l’unisson de Sam et Dean, ‘scotchés’ sur la scène qui se déroulait devant eux.
Le museau s’était d’abord rétréci faisant disparaitre les dents pointues, laissant place à un bec monstrueux et crochu d’une quinzaine de centimètres. Le carmin des yeux s’était lentement transformé en jaune zébré d’ocre, entourant une pupille ronde d’un noir perçant. Les plumes peu nombreuses étaient maintenant prédominantes sur le pelage brulé, et des ailes s’étaient alors déployées entre les côtes qui craquaient affreusement sous la transmutation. L’animal difforme resta un moment sur ces quatre pattes, celles-ci se démantibulaient au fur et à mesure du changement morphologique. Seulement les cris de douleur de la bête continuaient de résonner dans les grottes, preuve que le feu toujours actif s’avérait être un ennemi redoutable. Elle abandonna donc ce nouvel aspect en faveur d’un autre. Sa peau se mit alors à craqueler, laissant les épaisses plumes disparaitre sous l’épiderme crasseux, accueillant des écailles lisses or et grises majestueuses. Son corps s’étendit, avalant les différents membres protubérants qui pouvaient encore subsister. Sa gueule s’ouvrit plus que nécessaire pour laisser pousser deux crocs supérieurs, descendant au dessous de sa face maintenant aplatie. Ses yeux, à présent verts émeraude, munis d’une mince amande noire verticale, avaient migré sur le haut de la tête au même titre que ses narines reptiliennes. Il restait quelques futiles vestiges de ses précédentes formes, mais celle qu’elle arborait actuellement ressemblait étroitement à un serpent gigantesque.
- « Ok, ça explique pas mal de choses ! » Lança Dean d’un air dégouté, fixant la créature, le tout en recherchant ardemment une nouvelle arme, sentant que les choses pouvaient dégénérer rapidement.
La bête ondula lentement et sournoisement hors du feu pour se placer devant les Winchester. Elle leva alors son corps à la manière d’un serpent à sonnette pour placer sa tête à la hauteur de celles de ses proies. Elle les scruta un moment ‘yeux dans les yeux’ et afficha une fois de plus un rictus pernicieux de satisfaction exprimant un « alors quoi … c’est tout ce que vous avez ? »
Chapitre 26.
Dean était statique, fixant contre sa volonté cette chose ‘quelque peu’ menaçante à moins d’un mètre de lui.
Au bout du compte, l’étape qui consistait à retrouver puis rejoindre son frère avait été un franc succès. Celle qui résidait dans l’extermination de la créature n’avait, en revanche, pas été une réussite catégorique - même si ce n’était pas faute d’avoir essayé. Mais celle qui avait pour but de rester en vie n’était définitivement pas en cours de validation. Le fait qu’un monstre sanguinolent à l’allure d’un serpent colossal leur fasse les yeux ‘doux’ dans le simple but de les dévorer, n’aidait pas vraiment à rester serein quand à leur survie.
Il se décala légèrement, augmentant de ce fait l’étendu du bouclier protecteur que son corps pouvait offrir à son cadet juste derrière lui, plia le bras sans geste brusque, et mit, toujours très doucement, sa main dans sa poche. La bête étudiait chacun de ses mouvements d’un œil perfide. Il savait qu’il ne faudrait pas une minute de plus avant qu’elle ne se jette sur eux.
Au moment où la tête de la créature partit en arrière pour prendre de l’élan dans le but d’attaquer, Dean, ses doigts sur son portable, appuya sur la touche désirée … et un son strident retentit en écho dans la caverne. La mélodie aigue fit reculer la bête au point qu’elle s’entortilla sur elle-même, contractant chaque partie de son corps flasque sous la douleur. L’ainé des Winchester profita de cet avantage pour sortir totalement son téléphone de sa poche et augmenter le volume considérablement. Le monstre siffla de rage et de souffrance une fois de plus avant de s’enfuir à toute vitesse par un passage plus ou moins étroit dans le plafond rocheux de la pièce.
- « Ah, ça te détend ça, hein ?! » Dean fanfaronnait en direction du trou où avait fui l’animal. Il baissa légèrement le son de la musique pour son confort personnel mais continua tout de même de faire défiler le solo de guitare pour s’assurer que la chose ne revienne pas de sitôt.
- « Dean… » Sam s’écroula au sol, le soulagement de ne pas se faire déchiqueter vivant diminua sérieusement l’adrénaline qui l’avait tenue debout jusqu’à maintenant.
L’ainé se retourna alors aussitôt en entendant la voix de son petit frère l’appeler si faiblement. Ce dernier était tombé à terre, le dos glissant contre la roche froide et humide. Le sang qui venait de son ancienne blessure à la tête - probablement rouverte pendant sa confrontation avec la créature - avait coulé sur une bonne partie de son visage. Il se tenait le ventre d’une main, elle aussi ensanglantée, ce qui n’annonçait rien de bon quant à la plaie qu’elle abritait. Il n’avait plus son blouson et le froid s’était incrusté sur ses lèvres bleuies et ses membres tremblants. Sa jambe droite était repliée - son pied à plat au sol, lui permettant un meilleur équilibre - alors que l’autre était tendue, la cheville arborant un angle qui était tout sauf naturel.
- « Sammy ? … Laisse-moi regarder. » Dean s’était accroupi pour se mettre à la hauteur de son cadet. Il posa son portable toujours en fonction audio à terre et retira la main de son frère de son abdomen pour juger l’étendu des dégâts. « Merde, tu les collectionnes, c’est pas vrai…
- Il a bien fallu que je me défende… et ça lui a pas plu ! » Sam grimaçait à chaque fois que son aîné frôlait sa peau lacérée.
- Ouais, je vois ça ! Putain je vais lui faire sortir ses trippes par le nez à cette saloperie, c’est moi qui te le dit !
- Ben c’est même pas sûr que ça la fasse crever… »Le blessé essayait de rester tranquille le temps que son grand frère finisse son inspection des éventuelles blessures supplémentaires. « Pourquoi t’as pas utilisé ton truc d’ultra-son tout de suite ? Ça nous aurait évité quelques frayeurs supplémentaires.
- Parle pour toi… moi cette saleté, elle me fait ni chaud ni froid.
- Ouais, bien sûr, si tu le dis…
- Bref,… j’aurais pu appuyer sur ce putain de bouton à n’importe quelle moment mais à la base je te rappelle qu’on est ici pour la buter, pas pour la faire fuir je ne sais où… fallait que j’essaye de la descendre avant tout. » Dean sortit son bandana déjà bien maculé de sa poche arrière de pantalon et le plaça sur les balafres de son cadet en compression « Et maintenant on sait que l’argent, le feu - ou même une lame de couteau - ça lui fait autant d’effet qu’un bâton dans le cul d’une vache : ça la fout juste en rogne. »
Sam serrait les dents sous la douleur mais se laissait tout de même faire, il fallait de toute façon en passer par là. Dean enleva alors son propre blouson qu’il déposa sur son frère, remit ensuite la main de ce dernier sur son ‘pansement maison’ pour garder une bonne pression et un certain maintient, puis récupéra ses affaires pour les replacer dans son sac, qu’il prit ensuite en bandoulière sur son épaule gauche. Une fois le tout en place, il passa le bras de son cadet autour de son cou, l’aidant à se redresser dans un premier temps, puis à le mettre entièrement debout, le tout en minimisant un maximum la souffrance qu’il pouvait ressentir. Sam arrivait à peine à poser son pied au sol - sa cheville cassée ne le lui permettant pas - et c’est donc Dean qui supportait un maximum de son poids pour le faire avancer.
Ils empruntèrent donc le même chemin par lequel l’aîné des Winchester était arrivé.
La lampe torche était dans la main droite du plus vieux, calée sur la hanche de son cadet, l’autre exhibant le portable qui émettait toujours la ‘non-douce’ mélodie en protection sonore.
- « Faut qu’on dégage d’ici vite fait. On n’est pas du tout en situation de force dans c’t’endroit de merde ; cette saloperie doit connaitre ses putains galeries comme ça poche…
- Mais Dean, on peut partir et laisser ce monstre en vie !
- C’est pas dans ton état que tu pourras faire quoi que ce soit. T’as besoin de soins, et ça urge. »
Comme à son habitude Sam baissa la tête, une expression bouleversée sur son visage aigri : mélange d’un sentiment de désolation et d’accablement.
- « Hé Sammy… regarde moi mec.» Dean s’était arrêté. Il cala son cadet contre l’une des parois pour le reposer et soulager également de ce fait sa propre épaule et ses cervicales du poids qu’elles devaient supporter. « On en sait plus sur lui maintenant et on peut réorienter nos recherches - et je suis sûr qu’on trouvera le moyen de le buter - mais pour ça, faut qu’on se sorte d’ici : en vie ! De toute évidence on n’a pas le matos nécessaire pour l’exterminer… et même si on l’avait, je vois pas comment essayer toutes nos armes sans qu’entre temps on se fasse pas becter… Mais je peux te promettre qu’on va se faire ce fils de pute…»
Les mots de son grand frère l’avaient réconforté, comme d’habitude. Sam fit donc un léger signe de tête, approuvant ses paroles, et se dégagea de sa position appuyée pour se tenir droit, prêt à repartir, prouvant ainsi sans un mot qu’il suivrait Dean dans ses décisions. Ils reprirent donc leur marche tumultueuse dans l’espoir de sortir des galeries le plus rapidement possible.
L’aîné voyait bien que son petit frère luttait pour rester concentré et avançait péniblement malgré ses blessures, et il savait aussi que ses craintes étaient justifiées. Mais sa préoccupation première à lui était sans appel : il devait le sortir de cet endroit abominable, il devait le soigner et le garder en vie…, le reste passait de toute façon au second plan.
- « En tout cas, on est en sécurité le temps que mon téléphone pousse la chansonnette…
- Ouais, enfin tout est relatif.
- Cette saloperie déteste les ultra-sons et pour l’instant mon petit montage à l’air de faire l’affaire.
- Quand est-ce que t’as fait ça d’ailleurs ?
- Je l’ai bidouillé avant d’entrer dans les grottes. Je me suis dit que ça pourrait servir…
- C’est le moins qu’on puisse dire !... D’ailleurs c’est quoi cette musique, la mélodie me dit quelque chose…
- ‘Whole Lotta Rosie’… mais j’ai légèrement augmenté les aigus du solo et je le repasse en boucle : son strident assuré !
- Tu sais faire ça toi ? »Le regard faussement outré de l’aîné fit sourire Sam malgré la douleur qui le tiraillait« Ouais, passons… j’arrive pas à croire que tu nous aies sauvé d’un monstre sanguinaire avec du AC-DC…
- Ben qu’est-ce que tu veux que je te dise mon p’tit Sammy, les créatures de nos jours, ça ne sait pas apprécier la bonne musique. »
Dean, comme à son habitude dans les situations très inconfortables, se faisait paraitre totalement serein et comptait sur son humour détaché pour détendre l’atmosphère - ce qui fonctionnait toujours très bien sur son petit frère. Seulement dés que son visage était hors de porter de son cadet, ses yeux et son expression changeaient radicalement. Une grande appréhension pouvait se lire dans son regard. Tout d’abord parce qu’il manquait déjà deux ‘barres’ sur quatre sur le petit symbole représentant sa batterie sur son écran de portable, et qu’à cette allure là, leur seul moyen de défense pour tenir la créature éloigner d’eux les lâcherait avant qu’ils ne puissent se mettre réellement à l’abri. Le deuxième ressenti était sans aucun doute le fait qu’il avait fait une promesse à son petit frère quant à l’élimination de cette chose, et franchement il n’était pas réellement sûr de pouvoir la tenir - cette saleté étant franchement coriace. Et enfin l’inquiétude la plus marquée était sans conteste dirigée vers Sam - ce dernier ne parlant d’ailleurs pratiquement plus depuis plus d’une demie heure de marche. Ses blessures étaient loin d’être anodines et même s’il lui faisait comprendre que tout se passerait bien dans le meilleur des mondes, la réalité, elle, en était tout autre.
- « Comment tu sens ? » Question de base même si Dean savait parfaitement comment son petit frère se ‘sentait’. Après tout, il avait une un trou dans le crâne, des lacérations à l’abdomen, une cheville en vrac, sans compter sur une probable hypothermie qui n’aiderait pas à empêcher une éventuelle septicémie. Le fait était qu’il avait absolument besoin de le faire parler, d’abord pour le maintenir concentré… mais surtout pour le garder conscient.
- « Ça va. »
OK, c’était pas gagné pour un discours…
- « Ça va?! C’est tout ce que t’as à dire : Ça va ? Tu te fous de moi là…
- Qu’est-ce que tu veux que je te dise Dean ?
- Honnêtement… ce que tu veux, n’importe quoi. Parle-moi de ton film préféré, de tes problèmes intestinaux ou même du nombre disproportionné de tes paires de chaussettes, j’suis prêt à tout entendre… mais quoi qu’il en soit : parle Sam !
- Mes chaussettes ?
- Quoi, tu vas pas me dire que tu les collectionnes pas ? Ton sac en est rempli du tiers…
- J’ai pas envie de parler de mes chaussettes…
- Ecoute… même si on n’est pas loin de sortir de ses fichues grottes, on a encore un sacré bout de route à faire avant d’arriver à l’Impala, et j’ai besoin que tu tiennes le coup d’accord ? Et le mieux c’est encore de discuter pour te garder éveillé.
- On n’arrivera pas à rejoindre l’Impala Dean…
- Ce que j’adore chez toi Sammy, c’est ton optimisme débordant.
- On est dans le creux de la vallée et la voiture est à des dizaines de kilomètres en amont… tu crois sérieusement que là c’est mon optimisme qui pose problème ? »
Un point pour le petit frère.
- « Sam… On peut pas rester dans cette forêt avec un monstre qu’on peut pas tuer ! On a besoin de reprendre les recherches et trouver un moyen de faire crever ce… truc qui… mute, ou je ne sais quoi…
- Je sais… je suis désolé. » Le cadet avait du mal à respirer et à se concentrer, sa conscience le rendant responsable du pétrin dans lequel il avait embarqué son frère. « … Mais je ne pourrais pas faire tout ce chemin. Il faut se rendre à l’évidence: Dean… je ne survivrais pas à cette chasse. »
Chapitre 27.
Même s’il était de loin le moins amoché des deux, les dernières paroles de son frère eurent l’effet d’un coup de poignard en plein cœur. Dean souffrait donc moralement, et comme à chaque fois dans ces cas là, son humeur était partagée entre la colère et la démonstration affective. Il ne savait donc pas s’il devait mettre un coup de poing en plein visage à son cadet pour le faire réagir et lui faire comprendre qu’il n’avait pas le droit de baisser les bras, et donc de l’abandonner par la même occasion - solution qu’il choisissait la plupart du temps - ou le prendre dans ses bras pour lui faire comprendre que le temps que lui serait là, il ferait ce qu’il faudrait, mais en aucun cas il ne le laisserait mourir, quoiqu’il lui en coûte.
Il ne fit finalement ni l’un ni l’autre. D’abord parce qu’un coup supplémentaire n’allait pas arranger physiquement son frère déjà bien mal en point, et que l’accolade fraternelle pourrait être vue comme une preuve de faiblesse, ou pire, être prise comme une quelconque abdication de sa part, lui faisant penser que ce geste serait leur dernier moment affectif.
Ces deux solutions étant incompatibles avec la situation actuelle, il se défendit donc à coup de mots.
- « Alors quoi ? C’est comme ça que ça va finir ? Tu choisis la chasse, ça tourne mal alors tu préfères crever et me laisser tout seul me démerder ! » Le faire culpabiliser n’était peut-être pas la solution la plus plaisante, ou même la plus délicate, de la part d’un grand frère - surtout que le fait de dire ce genre de choses à son cadet le faisait très certainement autant souffrir que son interlocuteur - mais c’était probablement le seul remède contre une attitude des plus défaitiste d’un Sam Winchester au bord du gouffre.
- « Mais enfin regarde dans l’état que je suis ! Merde, sois réaliste …
- Arrête tes conneries Sam … !
- Dean… t’as une chance de t’en sortir… mais pas avec moi sur le dos : je vais te ralentir et te faire tuer !
- Arrête j’te dis…
- … Mais toi tu peux continuer, tu peux survivre…
- Qui te dit que j’en ai envie ?!! »La rage consumait l’aîné des Winchester, et sa phrase résonna dans les cavernes tellement il avait hurlé sa colère.
- Quoi ? »Contrairement à son grand frère, Sam avait à peine soufflait son dernier mot.Ce n’était plus du désespoir dans ses yeux mais de l’incompréhension - enfin c’est ce que son regard aspirait à présumer, car finalement il savait très bien où Dean voulait en venir, lui-même aurait ressenti la même chose si leur place avait été inversée.
- « Je peux pas continuer sans toi Sammy… » Et merde, ça y est, lui : Dean Winchester, était entré malgré lui dans le moment ‘effusion de sentiments’. Mais quoiqu’il en soit, ses paroles avaient eu un impact pour le moins efficace puisque son petit frère le fixait douloureusement sans un mot supplémentaire. Donc autant continuer dans cette voie là… « Je ne peux pas d’accord ? On s’en sort tous les deux… ou pas du tout.
- Dean, tu peux pas dire ça…
- Je viens pourtant de le dire. »
Malgré la faible luminosité - et les cheveux de Sam qui lui cachaient une partie de son visage en dépit du fait qu’il soit immobile et fixé sur son grand frère - Dean pouvait parfaitement voir les yeux de son cadet brillaient avec intensité. Les siens ne devaient pas être bien mieux mais comme c’est lui qui tenait la lampe torche, son évidente émotion passerait probablement inaperçue. Il ne disait donc plus un mot laissant le temps à son petit frère de ressasser ses paroles dans sa tête - comme il avait l’habitude de le faire en cas de conflit interne. Technique ‘spéciale Dean’ : efficacité prouvée.
Le plus jeune des Winchester baissa puis releva alors la tête pour rechercher le regard de son ainé, mais ne percevait toujours qu’un semblant de son visage crispé, tourné évidemment vers lui, attendant probablement qu’il lâche prise. Son frangin était passé outre son côté macho et avait enlevé provisoirement sa ‘protection anti-démonstration-de-sentiments’ en lui demandant de ne pas l’abandonner et en lui disant clairement qu’il préférait mourir plutôt que de le laisser - mots concis, phrases courtes, méthode grand frère protecteur : impact certifié, effet garanti sur lui. Sam le scruta alors quelques secondes, ses yeux luisants figés. Il souffrait - physiquement et moralement - et il était totalement perdu émotionnellement, mais quoiqu’il puisse penser au moment présent et en dépit de la situation désespérante dans lequel il les avait fourré tous les deux, son grand frère était là, à le soutenir et à se battre pour lui. Il devait lui rendre la pareille, et c’est donc pour l’amour inconditionnel qu’il lui portait qu’il finit par capituler.
- « D’accord. » Dit-il d’une voix à peine audible « Qu’est-ce que je dois faire pour qu’on s’en sorte … tous les deux ? »
Le peu qu’il restait de colère en Dean venait de se dissoudre totalement. Ses yeux reflétant l’anxiété à peine deux secondes plus tôt s’étaient transformés - voir liquéfiés - pour ne laisser passer que la dévotion et l’attendrissement profond qu’il dédiait exclusivement à son petit frère. Les traits de son visage se radoucirent instantanément, ses épaules s’affaissèrent légèrement et il expira sans le vouloir toute l’air qu’il avait du retenir malgré lui depuis un certain temps. Il posa alors ses mains doucement sur les épaules de son cadet et le fixa affectueusement.
- « J’ai juste besoin que toi tu tiennes le coup ... Et je me charge du reste…
- Dean…
- Sammy, fais-moi confiance, on va s’en sortir. »
Le cadet fit un léger signe de tête affirmatif à son grand frère, suivi d’un sourire sommaire, le tout accompagné d’un regard plein de gratitude. Le problème n’était pas la confiance qu’il pouvait porter en Dean - bien au contraire, il savait que son frère le ferait passer en priorité avant quoique ce soit, y compris lui-même, ce qui était déjà un problème en soi pour Sam - le souci venait assurément de lui-même : c’était de lui qu’il n’était pas sûr. Il ne savait s’il allait ‘tenir le coup’ comme le demandait son frère, sa forme physique n’étant pas réellement dans une phase de force et de prospérité. Mais il allait essayer et se battre… pour Dean.
L’ainé posa alors sa main sur la joue de Sam - chose qu’il ne faisait pas en temps normal … attitude trop ‘efféminée selon lui - Un simple geste qui témoignait pourtant d’une multitude de sentiments : l’approbation et surtout la reconnaissance de la décision de son frère à le suivre, une démonstration camouflée de son affection pour son cadet et surtout l’ attestation qu’il prenait les choses en main et que tout se passerait bien - toujours sans ouvrir la bouche - tout ça rien que par un modeste jeu de main. Il lui fit à son tour un sourire ‘viril’, reprit alors le bras de Sam qu’il remit autour de son cou et repartit en direction de la sortie.
Ils avancèrent donc dans les couloirs de roches gelées, accompagnés de la délicate odeur de pourriture, putréfaction et défections en tout genre, le son strident du solo de guitare remasterisé en aigue perçant petit à petit leur tympans et leur offrant, en plus du reste, un mal de crâne indéfinissable, mais finirent par voir la lumière du jour au bout d’une bonne heure de marche supplémentaire.
La température à l’extérieur des cavernes était encore plus glaciale qu’à l’intérieur, mais dés que Dean posa un pied hors des grottes, il releva la tête pour prendre un bol d’air non pollué par la mort. La luminosité, malgré que temps soit plus que maussade, fit grimacer les deux frères : leurs yeux s’étant habitués aux ténèbres et à l’obscurité des lieux.
Les Winchester parcoururent une petite centaine de mètre pour atteindre la forêt avant que Dean dépose délicatement son frère contre un arbre, histoire de le reposer et de le faire manger tout en inspectant ses blessures à la lumière du jour.
- « Ok Sammy,… d’accord t’as besoin de points de suture et t’as probablement une ou deux côtes de cassés - ce qui est le cas aussi de ta cheville qui ressemble vraiment à rien - … bon et ça c’est sans parler de ton crâne à moitié défoncé mais…
- Vas-y continue, ça me remonte vraiment le moral de savoir qu’un mort-vivant pourrait se foutre de ma gueule !
- Si tu me laissais poursuivre…
- Ben je suis pas sûr d’en avoir vraiment envie.
- La ferme Sam! … Bref, je disais qu’en fait c‘est pas aussi moche que ça en à l’air…
- Tu te fous de moi là !
- Non, je vais te faire un bandage autour de ton torse pour empêcher l’infection et comprimer tes côtes, ça évitera la douleur… et pour le reste ben je vais t’aider à te déplacer comme on vient de le faire… je suis sûr que ça va aller… t’as vu pire de toute façon !
- Ah bon ? Quand ça ?
- Mais si pour ce truc là, tu te rappelles pas ?... ouais moi non plus mais quand même le principal comme on dit c’est : le temps qu’on a le moral et ben on a le physique ! » Dean était un professionnel en embrouillage d’esprit et changement de conversation. Son petit frère avait beau essayer de le suivre, finalement c’est toujours l’aîné qui menait la barque.
- « Ça n’existe pas ce dicton, tu viens de l’inventer …
- N’importe quoi, monsieur je sais tout… mange ou en plus tu vas nous faire un malaise… et arrête de gesticuler où je vais pas pouvoir poser ton pansement ! » Et voilà, Dean avait réussi à fermer le claper de son cadet - qui fronçait d’incompréhension des paroles de son grand frère - et s’occupait maintenant de ses soins pendant que le blessé dévorait sa barre de céréale.
Mais la pause fût de courte durée puisque Sam ayant finit son ‘déjeuner’ n’avait, de toute évidence pas finit de dire ce qu’il avait à dire.
- « On n’arrivera pas jusqu’à la voiture Dean…
- Ahhh, recommence pas hein, je viens de te dire que…
- Non c’est pas ça, je baisse pas les bras : je t’ai dis que je te suivais donc c’est bon, je te suis… mais j’ai réfléchi.
- Tu sais faire ça toi ?
- Oh la ferme…
- Sammy, c’est jamais bon quand tes neurones se mettent en ébullition…
- …L’Impala est bien trop loin et bien trop haute sur le sommet pour qu’on puisse l’atteindre avant que… enfin tu vois ?
- Non je vois pas, mais continue ! » Bien sur que si : Dean ‘voyait’, mais ne pouvait se résoudre à y penser.
- « Ouais bref,… il y a une autre alternative.
- Et t’as envie de partager l’info avec moi ou tu comptes juste que je trouve tout seul comme un grand… non parce que là tu vois, au cas où tu n’aurais pas remarqué, le temps qui passe n’est pas forcément notre allié…
- Ben si tu me laissais parler sans m’interrompre, je pourrais peut-être te dire à quoi je pense ! » Dean fit la moue comme un enfant avant de faire un signe de tête pour encourager son frère à parler « Donc je disais : on a une autre alternative… le poste numéro deux !
- Le poste numéro deux ?
- Ouais !
- Mais ça veut dire qu’on resterait dans le terrain de chasse favorite de cette merde.
- Oui mais on n’a pas vraiment le choix Dean ! Déjà le poste est bien moins loin que la voiture : en deux heures, grand max on y sera. » Dean affirma sans pour autant paraitre des plus enthousiaste. « On pourra faire comme au poste un, on le barricadera pour être tranquille un moment, et on aura de quoi faire des recherches avec leurs ordis… ! Et… il y aura de quoi se soigner.» Ça s’était sans aucun doute un argument majeur pour son grand frère en vue de l’acceptation de la soi-disant ‘alternative’.
- « Seulement, on n’aura pas beaucoup de temps pour les recherches sur cette saloperie Sammy, mon bidouillage sur le portable va pas tenir cent sept ans, on sera juste à côté d’elle et tu peux être sûr qu’elle va savoir où on se planque…
- Mais à ce moment là on aura déjà trouvé le moyen de l’exterminer…
- Ok, ça c’est ce que j’appelle de l’optimisme ! Même si franchement sur ce coup là, je sais pas où tu le trouves...» Dean lança un grand sourire à son petit frère le temps de finir de bander son torse. « Va pour le poste numéro deux alors… »
Malgré l’humeur plus que sereine de Dean, les faits n’étaient en fait pas si encourageants qu’il voulait le laisser entendre. Même si l’idée d’aller au poste deux des Rangers était probablement la plus adaptée, elle n’en restait pas moins la plus dangereuse. De plus, les blessures de Sam étaient loin d’être anodines et même s’il savait que son frère était très résistant, entre la perte considérable de sang, la commotion cérébrale et l’œdème pulmonaire qui manifestement pointait le bout de son nez - comme le prouvait la respiration plus que saccadée de son cadet et le bleu énorme sous ses côtes - la situation semblait réellement mal partie. Mais Dean gardait l’expression du ‘tout va très bien, pas de quoi s’affoler’ pour le moral très important de Sam, seulement à l’intérieur, il commençait à s’effondrait d’inquiétude.
Chapitre 28.
Ils marchaient maintenant depuis plus d’une heure et demie le long du cours d’eau qui devait les mener au poste des Rangers. Le soleil devait être au zénith mais l’épais brouillard verglaçant capturait chaque rayon lumineux pour ne former qu’un écran blanc épais et aveuglant, ne rendant une visibilité que d’environ un mètre ou deux de diamètre autour d’eux. Ces conditions météorologiques n’aidaient donc en rien à l’avancée déjà très laborieuse des frères Winchester, et c’est donc sous ce crachin grisâtre, qui les glaçait petit à petit, qu’ils se dirigeaient péniblement vers leur but.
Ce temps morose n’était donc pas leur allié en matière de rapidité de déplacement mais il l’était très certainement en ce qui concernait leur dissimulation dans la nature. La faible visibilité, le froid humide et l’absence totale de vent les aidaient allègrement à rester hors de porter de vue - dissipant également leurs bruits éventuels et même leur odeur - de la créature, et c’était donc un avantage que l’aîné n’avait pas négligé.
Durant le premier quart d’heure de marche, il avait regardé son téléphone toute les deux minutes et s’était aperçu qu’au bout de peu de temps, il avait perdu une ‘barre’ de plus sur son symbole de batterie. Il profita donc du camouflage que leur offrait la mauvaise météo pour éteindre provisoirement son téléphone et garder le peu de réserve d’énergie en cas de force majeure. Il espérait cependant que la bête ne les attaque pas furtivement, l’empêchant de rallumer son portable et de relancer la ‘mélodie’ à temps pour se défendre. Il le gardait donc tout de même à porter de main, prêt à remettre le dispositif en marche… juste au cas où.
Dean avait finalement cessé de faire parler son frère, d’abord parce que la respiration fortement saccadée de ce dernier l’empêchait de s’exprimer correctement, et le moindre mot sorti de sa bouche faisait perdre le peu d’énergie qu’il tentait désespérément de conserver pour la ‘randonnée’. Il restait donc le souci de le garder conscient ce qui n’était vraiment pas chose facile dans l’état où son petit frère se trouvait. C’est donc lui qui débitait un nombre indéchiffrable de mots pour le garder éveillé, le secouant de temps à autre pour s’assurer qu’il l’écoutait bien, ou l’ajustant à ses côtés pour le redresser et garantir qu’il ne s’écroulerait pas à tout moment.
- « T’as beau bouffé toutes ces salades et ces trucs sains à la mord-moi-le-nœud, que tu fais toujours le poids d’un mammouth… » Dean avait pour la énième fois réajusté le bras de son cadet autour de son cou, sur ses cervicales douloureuses, sentant que son petit frère tombait en avant. Sam sourit légèrement à la réflexion et tenta donc de se redresser, le tout accompagné d’une grimace explicite de douleur. « Faut que tu tiennes bon mec, on arrive bientôt… » Le plus jeune acquiesça alors d’un léger signe de tête, toujours sans sortir le moindre mot. « Mais il est où ce putain de poste, on devrait quand même plus être loin…
- Bonne… direction ?
- Ouais, sud-ouest comme nous l’avait dit le sheriff. Sur la carte y avait marqué que cette saleté de rivière passait normalement juste à côté… mais le problème c’est qu’on voit que dalle dans cette purée !»
Comme l’horizon n’était pas une source sûre en définitive - enfin tout au moins à plus de deux mètres d’eux - Dean se concentra alors sur le sol à moitié glacé, les empreintes des Rangers positionnés au poste y étant probablement incrustées non loin de leur bâtiment. Et c’est donc au bout d’une demi-heure de plus de marche que sa technique prouva son efficacité, puisque des traces de pas partielles, plus ou moins effacées, se faisaient de plus en plus présentes sur les lieux.
- « Je sais… ! » Sam releva la tête d’un coup, la respiration courte, comme si une illumination divine venait de traverser son cerveau.
- « Quoi ? Tu sais où est le poste ? Tu le vois ? Où ça ? Je vois rien…
- Non … pas le… poste. Je sais ce que c’est…. » La voix du cadet était faible mais se voulait ferme malgré les conditions difficiles que son corps supportaient avec difficulté.
- « Tu sais ce que c’est … : quoi ?
- La … créature !
- Quoi ?! Mais enfin qu’est ce que tu racontes ?
- Dans le journal… de papa. Il y avait une description : cet… esprit Chilien,… qui pouvait se transformer à volonté … en bestiole en tout genre… » Les lèvres de Sam, déjà bleues par le froid, se noircissaient par le manque évident d’oxygénation, et le moindre mot soufflé, l’entrainait vers une suffocation lente.
- « Sammy, tu délires : ce truc n’a rien d’un esprit. » Dean posa une main sur le front de son frère, pensant à une éventuelle ‘montée’ de fièvre.
- « Non…non… c’était une légende… à ce que j’en ai lu… rien ne dit qu’en fait ce truc n’ai pas… autre chose de… de… réel… enfin je veux dire… en chair et en… et en… » Sam ne put finir sa phrase qu’il se tordit en deux, la respiration, cette fois, totalement coupée.
- « Ok, doucement… calme-toi. » L’ainé déposa hâtivement son petit frère une fois de plus contre un arbre dans l’espoir qu’il reprenne son souffle. Ce qu’il arriva à faire légèrement avant de tenter de continuer dans sa lancée.
- « J’ai lu ça… c’était … pendant mes… recherches au poste un… hier… Ça…ça m’est… revenu… tout d’un coup… et… et…
- Stop ! Moi ce que je veux qui revienne : c’est ta respiration ! Alors fais moi plaisir : tais-toi … et concentre-toi : inspire, expire, lentement…» Dean s’était placé en face de son petit frère et faisait les mêmes mouvements respiratoires que ce dernier, accompagné de gestes avec ses mains, du haut vers le bas, à la manière d’une sage-femme qui aiderait à un accouchement sans douleur. « Ok, c’est bien, continue... » Il fixait son cadet dont les yeux luisaient suite à sa récente asphyxie mais commençait à se rassurer du fait de la reprise d’une teinte légèrement rosé de ses lèvres. « Ecoute, j’ai le journal de papa dans mon sac, une fois arrivés au poste, on regardera de plus près ta ‘légende’ et on ira vérifier sur le web - en espérant qu’ils ont des ordis et si c’est le cas : qu’ils fonctionnent toujours. En attendant, j’ai besoin que tu te concentres sur ta respiration et rien d’autre… compris ?
- Dean,… regarde… il y a…
- Mais enfin nom de Dieu Sam, t’écoute rien ma parole ! La. Ferme ! Ça t’a pas suffit de t’étouffer déjà une fois y a moins de trente seconde? »
Sam fixa alors son grand frère à la manière du ‘tu me soules’, et tendit son bras vers la gauche, sans ouvrir la bouche cette fois, par peur de représailles fraternelles.
Dean se retourna alors vers la direction indiquée et fronça les sourcils en observant une masse haute plus ou moins rectangulaire de couleur orangé se profilant à l’horizon. Quoiqu’il s’agisse, cette machine - enfin ce qu’il en distinguait à travers l’épais brouillard - n’avait rien de naturel et devait donc être déposée là par des hommes.
- « On y est ! Ça doit appartenir aux Rangers : le poste doit être juste à côté ! Aller Sammy, plus que quelques mètres…»
L’aîné des Winchester attrapa donc le bras de son frère une fois de plus pour le relever et se diriger vers leur découverte.
Ils débouchèrent quelques minutes plus tard dans une petite clairière, gelée, comme tout le reste. Au milieu se trouvait le très ‘recherché’ poste numéro deux… enfin. Une bâtisse bien plus petite que celle du sheriff, construite de plein pied, entièrement modelée de bois, toit plat, quelques fenêtres tout au plus : bref une cabane dans la forêt d’environ trente ou quarante mètres carré. Accolée à cette dernière, la fameuse machine qu’ils avaient aperçue en premier - autrefois jaune, devenue rouille - surplombait la maisonnette en bonne broyeuse à bois de professionnels.
Un chemin, ou plutôt un sentier gravillonné totalement défoncé, partait en direction du nord, se perdant dans le bois alentour. Sur le côté du bâtiment, trois 4x4 de Rangers étaient garés en épis : l’un appartenant à Peterson, les deux autres devant être la propriété des résidents du poste.
Malgré les voitures confirmant la présence des hommes sur le terrain, aucun bruit ou mouvement ne se faisait ressentir et c’est donc l’arme en main que Dean approcha précautionneusement de la porte d’entrée. Sam était accolé contre un mur, debout chancelant, s’accoudant contre des rondins de bois à ses côtés, attendant le feu vert de son ainé pour entrer dans le bâtiment.
La porte n’était pas verrouillée, il ne suffit que d’un coup de pied dérisoire pour l’ouvrir dans un grincement horripilant. Dean entra donc, inspectant les lieux d’un œil rigoureux.
La pièce principale abritait deux bureaux dont l’un était entièrement dévasté et détruit. Des bouts de chaises et autres meubles étaient éparpillés un peu partout, baignant dans les trainées de sang coagulé sur le plancher. Il y avait un canapé en tissus retourné au fond de la salle, bloquant l’une des issues intérieures. Dean ouvrit chaque porte une à une mais n’y trouva personne, à part peut-être quelques entrailles pourrissantes dans l’une des deux minuscules chambres, elles aussi saccagées. Il retourna le sofa, qu’il poussa contre le mur le plus proche, et repartit chercher son cadet à l’extérieur avant de refermer la porte d’entrée - calée d’une commode encore miraculeusement entière - et de le déposer délicatement sur la banquette.
- « Ok Sammy, la salle de bain et juste là, la pharmacie doit y être planquée... je vais aller fouillé et te ramener de quoi te remettre sur pied d’accord ? … ensuite je barricaderais tout pour qu’on est la paix au moins un temps…» Sam ne répondit pas ; en fait ses yeux étaient maintenant totalement clos, sa bouche à demie ouverte et les sifflements qui en provenaient prouvaient son incapacité à respirer normalement. « Sammy?! » Dean secoua légèrement son frère par les épaules mais il n’eût pas de réaction. Il posa alors ses mains autour de son visage, retirant ses cheveux de ses yeux, pour le faire réagir mais toujours aucun résultat - les doigts sur sa carotide, sentant son pouls léger, prouvaient qu’il était toujours en vie mais son teint blafard aurait pu démontrer l’inverse.
L’aîné courut alors dans la pièce d’eau et ouvrit le placard conséquent au dessus des lavabos. Des boites, fioles multiples, pansement, seringues vides, aiguilles ou autres bandes adhésives y étaient entreposés. Il commença à fouiller au niveau des flacons, regardant les étiquettes une à une ou lisant directement sur les emballages, pour enfin trouver la médication désirée : Epinéphrine, hydrocortisone….
Même s’il savait comment utiliser ces médicaments, le fait d’enfoncer des aiguilles dans le bras de son petit frère n’était pas réellement chose facile - surtout lorsque le dosage n’était garanti que par une simple feuille de papier pliée et rabougrie au fond d’une minuscule boite en carton. Il n’hésita pourtant pas une minute de plus pour faire le traitement avant de courir dans la chambre - celle qui n’était pas maculée de sang et de morceaux humains - pour récupérer des couvertures avec lesquels il recouvrit rapidement le corps tremblant de son cadet. Il se pencha alors au dessus de lui avant de reposer ses mains sur ses joues pâles.
- « Sammy ?! » Deuxième secouage forcé de la part de l’aîné mais toujours pas de résultat « Nom de Dieu, réveille-toi ! Sam ?!… Sammy ?!... ».