HypnoFanfics

It Waits

Série : Supernatural
Création : 26.04.2013 à 21h43
Auteur : Hecate 
Statut : Terminée

« Attention, Les apparences peuvent être trompeuses. Juste une chasse banale qui passe d’un peu compliquée à complètement hors de contrôle ^^ Mais comme on dit : A bon Winchester, bon monstre. » Hecate 

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Chapitre 29.

 

 

Il ne sut combien de temps il s’était tenu au dessus de son cadet, ses mains à demi sur son visage et son cou, et avait espéré que son petit frère reprenne ses esprits ; mais ses attentes ne furent malheureusement récompensées durant ses minutes interminables : Sam ne reprit pas connaissance.

En contre partie, sa respiration s’était nettement améliorée - plus de sifflements, juste un va-et-vient non-saccadé de son abdomen - et un teint qui avait repris quelques couleurs que Dean qualifiait de moins ‘morbides’. Même si l’inconscience de son petit frère le rendait lui-même fiévreux, le fait que l’état de ce dernier progresse dans le bon sens - tout au moins physiquement - lui permettait de garder un semblant de calme par rapport à la situation.

 

Il entreprit donc de quitter le ‘chevet’ de Sam - après avoir pansé, désinfecté, rebandé ou même ‘attelé’ toutes ses blessures - pour se concentrer sur la sécurité du bâtiment, avec tout de même un œil attentif de temps à autre sur son cadet toujours allongé.

 

 

L’avantage pour le moins positif de ce poste restait que l’atelier qui contenait les outils et le générateur - ainsi que certaines armes fortement appréciables - était accolé au bâtiment, séparé par une simple porte de bois. Dean n’avait donc pas besoin de sortir de la maison et laisser son frère sans surveillance le temps de récupérer le nécessaire pour barricader l’endroit : à savoir pointes, marteau ou tout autre maintient nécessaire.

 

Il dégonda donc les portes intérieures et récupéra les différentes planches ou morceaux de bois utiles pour obstruer fenêtres ou tout passage défaillant aidant à une entrée en force de la créature. Il mit un certain temps avant de sécuriser entièrement l’endroit et encore plus pour remettre le courant à l’intérieur de la bâtisse : le générateur étant globalement endommagé suite à une évidente altercation passée entre la bête et les Rangers - dont certains morceaux restaient encore éparpillés ici et là, refoulant une fois de plus cette odeur fortement déplaisante de chair en décomposition.

 

 

Ceci étant fait, la lumière ainsi que le courant étant remis en état de fonctionnement, Dean redressa l’un des bureaux qu’il n’avait pas utilisé pour colmater les ouvertures, et récupéra l’ordinateur portable préalablement au sol, collé au planché par du sang séché. Il posa l’engin sur la table, l’essuya légèrement, et brancha le câble de la batterie du lap-top - visiblement arraché de sa prise initiale - et croisa les doigts pour que ce dernier s’allume sans difficulté. ‘Yatsee’, l’écran s’illumina et malgré un démarrage forcé en ‘mode sans échec’, la page de garde Windows s’ouvrit pour son plus grand bonheur.

 

 

-          « D’n ? »

 

 

L’euphorie d’avoir un ordinateur en état de marche n’était rien en comparaison d’entendre la voix de son petit frère ; et c’est donc en moins d’une seconde que Dean se retrouvait penché au dessus de la tête de son cadet après avoir discerné l’appel d’un semblant de son prénom grogné par ce dernier.

 

 

-          « Sammy ?... Hé, hé… tu m’entends ?

-          Hum… qu’est ce… qui s’est passé? » Sam essaya désespérément de se redresser mais c’était sans compter sur une main puissante sur son torse qui l’encourageait dans le sens inverse.

-          «  Hé, reste allongé un moment tu veux. T’es resté dans les vapes un sacré bout de temps…

-          Combien ?

-          J’en sais rien, p’t’être bien une heure, une heure et demie… » En fait son cadet était resté inconscient depuis une heure, trente-sept minutes et une bonne quarantaine de secondes, mais Dean n’avait pas réellement envie d’avouer son inquiétude au point d’avoir compté chaque minute interminable où son petit frère n’avait ni ouvert les yeux ou dit le moindre mot.

-          « Merde…

-          Mais non… j’en ai profité pour refaire un peu la décoration … juste deux-trois touches perso. »

 

 

Sam tourna alors la tête à droite pour vérifier les dires de son frère et scruta donc les environs de ses yeux fatigués : il n’y avait plus une fenêtre ou même la moindre fissure qui n’était pas colmatée en double voir triple épaisseur.

 

 

-          « Tu devrais te reconvertir en décoratrice d’intérieur… » Le plus jeune sourit grandement tout en continuant son état des lieux, remarquant alors les lumières allumées et le PC portable sur la table à environ trois mètres de lui - le tout en essayant évidement une deuxième tentative dans l’espoir de s’assoir en bon têtu Winchester qu’il était.

-          « La ferme… » Dean rendit instantanément le rictus enjoué à son frère avant de l’aider finalement à se positionner très doucement assis sur le canapé, une main dans son dos, l’autre soutenant son épaule droite. «  T’as faim ?... ouais bien sur que t’as faim. J’ai cru voir des gâteaux en démontants les portes des placards tout à l’heure… reste tranquille un moment je vais aller te chercher ça. »

 

 

Le cadet souleva les sourcils devant les ‘questions-réponses-spéciales-grand-frère’ qui ne lui offraient en définitive aucune chance de donnait son propre avis. Il le regarda alors s’éloigner vers ce qui semblait être une petite pièce - vraisemblablement la cuisine - qui n’avait plus de porte de séparation - probablement casée maintenant devant l’une des fenêtres - avant de repousser l’énorme couverture et d’essayer maladroitement de se lever lui-même de son assise.

Il avait, ce qui semblait être, des attelles de fortune accolées de chaque côté de sa cheville - pieds de chaise plus scotch adhésif… ‘Merci Dean’ - mais le fait de poser ses orteils au sol réveillait incontestablement la douleur fulgurante qui irradiait toute sa jambe. Il avança donc à cloche-pied jusqu’à la petite table devant lui, attrapa le reste d’une chaise au sol - dépourvue dorénavant de dossier mais qui avait, elle, gardé miraculeusement ses quatre pieds - et s’installa le plus délicatement possible devant l’ordinateur.

 

 

 

-          « Bon alors t’as le choix entre des ‘pitch’ périmés et des petits ‘Lu’ mous parce que le paquet est entamé… Alors ? » Dean revenait à grande enjambées de la cuisine et releva la tête de ses provisions pour s’apercevoir que le canapé était vide. Il tourna finalement les yeux, les dents serrées pour retrouver son frère qui pianotait déjà sur le portable, assis bancal sur une chaise modifiée en tabouret. « Non mais sérieux ? Je t’ai laissé à peine trente secondes…

-          Dean, j’ai perdu assez de temps… il faut trouver ce que c’est que cette bestiole et surtout comment l’exterminer !

-          Sammy… c’était pas une sieste que tu viens de faire d’accord ? C’est pas du temps de gaspillé, c’est ton corps qui essayait de survivre ! T’es salement amoché bordel, et t’étais à deux doigts de suffoquer mec, t’aurais pu ne pas te réveiller parce que c’est ce qui peut se passer quand on tombe dans les vapes avec une commotion cérébrale ! Si t’es assis en train de parler, c’est uniquement grâce aux médocs que je t’ai donné…. T’es loin de péter la forme. Alors me dis pas que t’as ‘perdu du temps’… parce que si tu te ménages pas plus que ça, c’est pas du temps que tu vas perdre, c’est ta putain de vie ! »

 

 

Sam baissa la tête puis reprit le regard de son grand frère qui lui n’avait pas bougé d’un milimètre.

 

 

-          « Ok, d’accord, je vais me ‘ménager’ » Il appuya sur le dernier mot toujours ses yeux braqués sur son grand frère « … Mais Dean, si on trouve pas vite comment tuer cette chose, là, dehors, on y passe tous les deux… parce qu’on se fera bouffer par cette merde et à ce moment là on se foutra bien, toi et moi, de ma commotion cérébrale…

-          On va trouver comment la buter… mais j’ai juste besoin que tu ralentisses la cadence, parce que j’y arriverais pas tout seul, j’ai besoin de toi. » Dean avait laissé tomber la colère, pour une fois de plus laisser place à l’émotion, mais reprit vite ses mimiques du ‘pas-d’effusion-de-sentiment’ « Tu sais à quel point j’aime pas les recherches pourtant…

-          C’est pour ça que c’est moi qui vais les faire…

-          Uniquement si tu y vas mollo… et que tu manges !

-          Ok, alors file moi un ‘pitch’ … et récupère le journal de papa… c’est moi qui tape sur le clavier et c’est toi qui fais marcher tes neurones.

-          Parce que tu crois que j’en ai encore ?

-          Ouais c’est vrai, c’est pas sûr… mais on va quand même essayer !

-          Va te faire….» Dean ouvrit alors la pochette du gâteau moelleux et l’enfourna sans un mot supplémentaire dans la bouche de son cadet en souriant, avant de récupérer le journal tant précieux de leur père dans son sac.

 

L’ainé déposa alors l’objet sur la table ainsi que son téléphone portable et récupéra une petite commode qu’il nettoya sommairement du sang dont elle était couverte, avant de l’installer à côté de son cadet et de s’assoir dessus en deuxième bon tabouret.

 

 

-          « Peterson a du nous joindre d’ici lors de son dernier appel… j’ai retrouvé son téléphone satellitaire dans l’une des chambres en fouillant tout à l’heure. » Lança-t-il alors, en ouvrant le journal personnel de son père.

-          «  Pas de traces de lui, Nicols ou des autres Rangers d’ici ?

-          Tu veux dire à part les trainées de sang, les morceaux ou les entrailles un peu partout dans le poste…

-          Mouais,… mais on sait jamais, l’un d’eux aurait pu survivre et se planquer.

-          Non, j’ai rien trouvé qui pourrait aller dans ce sens. En plus le sheriff nous as bien dis que tout le monde était mort avant que la communication soit coupée. Et franchement je doute que ce bon vieux Georges et son adjoint aient également survécu… son appel semblait un peu dans l’urgence…

-          Mais moi, cette bestiole m’a gardé en vie, pourquoi ? Je faisais partie d’une sorte de garde-manger ?... J’veux dire peut-être que Nicols et lui sont eux aussi quelque part dans ces grottes et …

-          Ok, t’emballe pas d’accord ? Un problème à la fois.

-          Dean…

-          Hé, moi aussi j’ai envie de les sauver, mais faut d’abord zigouiller cette saloperie. En plus on sait même pas s’ils sont encore en vie. On est peut-être assis sur l’un de leurs boyaux à ce qu’on en sait franchement…

-          Dean !

-          Ecoute, on se fait cette merde et après on vérifie les survivants d’accord ? … Bon elle est où ta légende ? » L’aîné tournait les pages avec acharnement sans trouver quoique ce soit d’intéressant.

 

 

Sam attrapa alors le journal et en quelques secondes trouva ce qu’il recherchait. Il remit ensuite le cahier sous le nez de son grand frère pour qu’il puisse prendre connaissance de la ‘fameuse’ légende.

 

 

-          « Peterson a dit aussi qu’on était tombé tout droit dans un piège… » Continua le cadet en fronçant les sourcils.

-          « Ouais, c’est bien ce que j’ai compris aussi…

-          Comment ? Je veux dire comment une créature sanguinaire connait notre destination et met au point : un piège ?

-          Ça demande réflexion, c’est sûr.

-          Exactement ! Dean… cette chose est intelligente. Et je parle pas d’instinct primaire de n’importe quelle bestiole. Elle nous a étudié et nous a attiré là où elle le voulait… on parle de capacités, de discernement et de raisonnement dont font preuve les êtres humains.

-          Alors quoi, tu penses que c’est un croisement avec un homme ? … Putain faut en vouloir quand même, quoique la zoophilie ça existe… » Dean souriait niaisement à sa blague de mauvais goût, le tout en continuant à lire sa page.

-          « Non, je pense que cette créature est humaine à la base… » Répliqua Sam sérieusement sans prendre en compte les éternelles inepties de son frère.

-          « Répète ça !?

-          Je crois que c’est un humain qui peut se transformer en … choses.

-          Style quoi ? Un shapeshifter version animalière ?

-          Ouais, sauf qu’un shapeshifter laisse une sorte de mue quand il se transforme. Là y a que dalle qui reste, à part quelques détails de sa précédente métamorphose directement sur lui.

-          Donc plus comme un familier ou… un skinwalker.

-          Sauf que le familier n’a qu’une seule option de transformation et quoiqu’il en soit, franchement on est loin de l’animal de compagnie du skinwalker. Ici le chien-chien ressemble plus à un loup-garou enragé de trois mètres de long.

-          Alors quoi ? Est-ce que c’est une nouvelle mutation comme le font les Wendigos avec le temps ou alors on a le droit à une authentique bestiole surnaturelle mais qu’on avait jamais vu jusque là.

-          La deuxième proposition… définitivement !... Et je crois que j’ai trouvé ! » Fit Sam en tournant le portable vers son grand frère.

 

 


Hecate  (14.11.2013 à 23:26)

Chapitre 30.

 

 

Dean quitta des yeux le journal de leur père pour fixer l’écran de l’ordinateur où un article du magazine ‘Le Point’ démontrait l’existence d’une ‘éventuelle’ créature surnaturelle. Il s’avança alors légèrement et glissa le portable juste sous son nez avant de commencer sa lecture en fronçant les sourcils:

 

 

-          « Une créature ‘métamorphe’ terrorise un petite ville d’Afrique du Sud depuis quelques semaines. Un monstre changeant constamment de forme trouble depuis un mois les jours tranquilles de la petite ville sud-africaine de Steytlerville (sud), a rapporté lundi l'agence Sapa. Si l'on en croit ces informations, le monstre a été signalé à deux reprises dimanche soir, selon l'adjudant Zandisile Nelani, de la police du Cap oriental. Un homme portant une veste noire est d'abord apparu près d'une taverne. Un habitant qui s'approchait a constaté qu'il n'avait pas de tête. L'inconnu s'est ensuite transformé en un chien méchant aussi gros qu'une vache, a raconté le policier. Le monstre se serait ensuite montré à plusieurs personnes dans la même rue, se transformant en un gros singe avant de disparaître. La police de Steytlerville avait déjà reçu la semaine dernière des dépositions d'habitants signalant la présence de ce monstre changeant de forme à volonté. Un témoin a expliqué qu'il a été successivement un homme en costume, un cochon et ensuite une chauve-souris. D'autres ont dit qu'il volait. Le monstre avait auparavant été vu par des paroissiens: il regardait par les fenêtres de l'église, lors d'un service. Sa première apparition remonte à un mois, alors qu'il s'était invité à deux enterrements. L'adjudant Zandisile Nelani a indiqué que les habitants, apeurés, avaient demandé qu'une réunion soit organisée avec la police. Celle-ci a donné son accord de principe, à condition qu'on arrive à photographier le monstre, comme preuve de son existence. Une photo du monstre se reposant sous un arbre a été prise: il a forme humaine, mais un animal inconnu est apparu quand la photo a été développée, a-t-il ajouté. "C'est une chose très étrange qui se passe à Steytlerville, mais personne n'a été blessé", a conclu le policier…’ (*)

-          Tu trouves pas qu’on a des similitudes avec notre bestiole actuelle ? » Fit Sam en récupérant l’ordinateur devant lui. « Cet article est paru il y a deux ans de ça. Cette chose a été traquée et puis on en n’a plus jamais entendu parler…

-          … J’aimerais bien voir sa gueule en chauve-souris...

-          Dean,… sérieusement ?

-          Ouais ouais… » L’ainé souleva les sourcils en bon rêveur qu’il était pour reprendre une attitude plus ‘concentrée’. « Bon effectivement ça colle pas mal avec la merde qui a tendance à bouffer tout le monde. D’ailleurs on parle pas de morts dans ton article…

-          Non, juste des animaux dépouillés un peu plus loin à la page deux. » Sam faisait défiler le reste de l’éditorial sur son écran, s’attardant sur les éléments les plus importants selon lui.

-          « La notre a pourtant une tendance à bouffer les intestins humains comme des spaghettis bolognaise, et ça c’est sans compter le dessert : organes, muscles, et le digestif à l’hémoglobine...

-          Mais rappelle-toi, Hamilton nous avait parlé d’animaux dépecés avant que les jeunes randonneurs soient portés disparus. Quelque chose a du se passer pour que la créature se mette à dévorer de la viande humaine.

-          Ouais, mais quoi ?

-          Bonne question. Peut-être que les randonneurs l’ont surprise en plein déjeuner animalier et du coup elle a éliminé les témoins…

-          Ouais ça se tient mais quand même, je sens qu’il y a autre chose derrière tout ça…

-          De toute façon faut d’abord s’assurer qu’on a bien à faire à ce truc là avant de se précipiter… fais voir le journal de papa. » Sam relut les notes de son père et acquiesça d’un signe de tête, affirmant sa théorie «  Ecoute ça : ‘Selon la légende : le Peuchen est une créature de la mythologie mapuche et Chilote concernant le Chili méridional du seizième siècle. Il s'agit d'un esprit malin métamorphe, crainte par les populations locales, et capable de prendre l'apparence d'une autre forme animale. Il a souvent été décrit en tant que serpent volant colossal et produisant des sifflements étranges. On l'a couramment accusé de sucer le sang des moutons ou d’éviscérer ses proies animales. Reclus dans des milieux très peu peuplés, le Peuchen, contrairement à ses semblables métamorphes comme le loup-garou, reste une des créatures surnaturelles très peu connue. (**)

-          Ouais mais là comme tu disais - enfin essayais de dire - tout à l’heure : là-dedans on parle d’esprit, pas de bestiole…

-          Oui mais c’est une légende du seizième siècle Dean ! Quand on parlait d’esprit malin à cette époque, on pouvait faire référence à toute sorte de créatures : monstres, fantômes ou même démons ! Un esprit malin était considéré comme quelque chose de diabolique, de mauvais. L’esprit n’avait pas la même signification que nous en ce temps là : ce n’était pas forcément quelque chose d’immatérielle…

-          Alors en gros ils pouvaient faire référence à des trucs comme notre ami là-dehors …

-          Ouais… et en plus regarde » Sam pointa du doigt les petites annotations à peine lisibles en bas de la page du journal de leur père « Il a ajouté des lieux où il pensait qu’on avait eu affaire à ce - ou ces - ‘Peuchen’  : ‘Puente Alto, Chili 1597 - Ecatepec, Mexique 1728 - Sabadell, Espagne 1919 et … Steytlerville, Afrique du Sud’ il y a deux ans… ça correspond à l’article ! Dean c’est ça, le truc là-dehors c’est un Peuchen : un homme qui se transforme à volonté en animaux difformes…

-          Ouais super, on sait qu’il arrive à se transformer entre un truc moche et un truc laid - chose qu’on a déjà vu de nos propres yeux tout à l’heure dans la grotte - … mais ça nous dit pas comment le buter, et papa n’a rien mis de plus là-dedans » Dean tourna la page suivante du journal qui, à son plus grand regret, passait à tout autre ‘chose’.

-          « Sauf que maintenant on a son nom et je vais pouvoir faire plus de recherches associées à ce ‘Peuchen’… dans les légendes anciennes ou chiliennes, y aura forcément des infos supplémentaires… »

 

 

Sam recommença donc à pianoter ardemment sur son ordinateur mais c’était sans compter sur quelques étourdissements qui l’empêchaient significativement de lire correctement les mots sur l’écran - sachant que chacun d’eux apparaissaient maintenant en double. Il fronça donc les sourcils, plissa les yeux et s’essuya le front discrètement des gouttes de sueurs qui commençaient à tomber de son front et sur ses tempes, ces dernières devenues contre sa volonté un étau se resserrant inévitablement.

 

 

-          « Sam ? » Malgré les efforts démesurés de son cadet à cacher - une fois de plus - sa condition physique ‘déplorable’, Dean n’eût même pas besoin de lever les yeux du journal de leur père - toujours désespérément à l’affût d’un renseignement quelconque sur ce peuch-machin-chose - et posa sa main sur le front de son frère sans bouger d’un pouce le reste de son corps.

-          « Qu’est-ce que tu fous ? » Sam retira expressément la main de son ainé, ne comprenant pas - ou plutôt faisant semblant de ne pas comprendre - l’attitude de ce dernier.

-          « Ta fièvre a remonté… et c’est pas en tournant la tête et en faisant comme si tout allait bien que tu réussiras à me berner.

-          Dean…

-          Arrête de souffler, tu veux ? Ça te fait peut-être chié que je sois constamment sur ton dos mais si t’étais pas sans arrêt entrain de me répéter le : ‘je vais bien’ et de faire comme si ta tête n’allait pas exploser, là, tout de suite, alors que t’es de toute évidence encore dans un état pitoyable, ben peut-être que je serais moins en train de te ‘soûler’ constamment… Putain, Sammy, t’as le droit de dire quand ça va pas !

-          Mais on est si près du but, je suis sûr qu’on va trouver comment…

-          Et alors ?! Voyons voir que je récapitule : ‘Cool on va peut-être trouver comment exploser la merde qui t’as mise dans cet état… oh, mais attend : ça servira plus à rien puisque tu seras déjà mort avant de pouvoir te servir des tes supers infos !

-          Arrête le mélodramatique Dean…

-          Je plaisante pas Sam. » L’aîné fixa son petit frère droit dans les yeux et attendit ‘patiemment’ sans un mot supplémentaire la capitulation de ce dernier.

-          « Ok, d’accord,… j‘ai l’impression que ma tête va exploser et je vois double… c’est bon, t’es content là ?

-          Non, ton état empire ! … Les médocs que je t’ai donnés ne suffisent plus et je peux pas te refaire une autre injection sans risquer un arrêt cardiaque…

-          Ben pas d’autres injections alors. … Ecoute, il doit bien y avoir des ‘Dolipranes’ ou au moins des trucs à base de paracétamol pour faire baisser la fièvre et diminuer mon mal de crâne dans la pharmacie ?

-          Ce que t’as besoin c’est que je te sorte de là et que je t’emmène à l’hosto… le paracétamol ça suffira pas.

-          Ça suffira le temps de trouver les dernières infos et d’exploser la créature…

-          Non, écoute j’ai réfléchi : il y a les 4x4 dehors, on s’en sert pour filer d’ici, on te soigne et on revient se faire cette merde.

-          Et en attendant elle décime toute la ville ?!

-          Non, j’en sais rien… on fait évacuer les habitants, putain, on trouve un truc…mais Sam, … » Dean souffla, il n’avait pas besoin d’ajouter quoique ce soit et n’en n’avait de toute façon pas l’intention, l’intensité de son regard parler pour lui, et son frère savait qu’il ne s’en sortirait pas s’il n’avait pas de soins au plus vite. L’inquiétude de Dean était justifié et son cadet le savait très bien « On prend le tout terrain de Peterson et je t’amène au moins au doc d’Alridge, après on avise…

-          Les routes sont bouchées je te rappelle. » Sam grimaça sur la réflexion qu’il venait de faire. Quand à Dean il ne comprit pas tout de suite les yeux interrogatifs de son frère.

-          « Quoi ?

-          T’es un génie ! »Lança le cadet en regardant fixement son frère d’un air impressionné.

-          « Euh…

-          Ben les routes… elles sont sensées être barrés par des arbres à cause de la tempête !

-          Ouais… j’avais oublié ce détail…

-          Non, non, c’est bien !

-          Hein ?

-          … Je veux dire : si c’est vraiment le 4x4 de Peterson qui est garé à côté du poste comme tu l’as dit, comment il est arrivé jusqu’ici alors qu’on a laissé les deux bagnoles sur la route en haut de la vallée à des dizaines de kilomètres. D’après Nicols le seul moyen pour arriver à nos destinations respectives, c’était d’y accéder en marchant…

-          Ben de toute évidence, ils ont du trouver un passage, parce que c’est le tout-terrain de Peterson qui est dehors, je l’ai bien reconnu. »Dean pencha la tête sur le côté pensant un :’du coup on va pouvoir filer d’ici…bien !’

-          « D’où le : ‘t’es un génie’… je crois que - sans forcément le vouloir - t’as mis le doigt sur un truc.

-          Quoi ? Quel truc ?

-          On sait maintenant que notre bestiole est humaine à la base ; on sait aussi qu’elle nous a piégés, qu’elle savait notre destination. Et rappelle-toi le dernier appel de Peterson : il a bien employé le pronom ‘il’ avant le mot ‘piège’. Il est d’ailleurs lui-même tombé dans ce piège et il a essayé de nous prévenir  ‘qui’ était vraiment le monstre!

-          Donc si je récapitule : le sheriff a compris la supercherie - probablement pendant qu’il se faisait lui-même avoir. Il a réussi à s’en sortir - comment, j’en sais rien - mais il et a essayé de nous prévenir par radio, seulement le téléphone satellitaire avait été trafiqué… alors il est reparti chercher de l’aide….

-          Ouais il a du dégager un passage dans les bois et ramener le 4x4 pour venir nous chercher, j’en sais rien, mais…

-          Ou peut-être qu’il y a toujours eu un passage et que c’est ce cher Stevie qui se fout de notre gueule depuis le début ! » Sam acquiesça frénétiquement aux dires de Dean, ils avaient tous les deux compris qui était derrière tout ça, ils savaient maintenant qui se transformait en créature mangeuse d’homme.«  … Putain t’as raison : j’suis un génie !»

 

 

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(*) Il s’agit d’un véritable article paru sur le site ‘lepoint.fr’, même si quelques mots ont été retouchés ou rajoutés.

(**) Merci Wikipédia pour ce petit descriptif du ‘Peuchen’ : là encore il s’agit d’un authentique sujet dans l’encyclopédie mais une fois de plus il a été ‘réajusté’ par mes soins pour les besoins de ma fic.


Hecate  (26.11.2013 à 21:10)

Chapitre 31.

 

 

 

Le vent avait recommencé à siffler intensément à l’extérieur, faisant craquer la maison de bois de temps à autre en ce milieu d’après-midi, rappelant incontestablement la saison froide et ses désavantages associés. L’intérieur de la bâtisse, en revanche, contrastait agréablement avec ce temps monotone de décembre. Le générateur ronronnait tranquillement dans la remise accolée au poste, offrant lumière et chaleur constante à l’intérieur de la cabane de grand format, au milieu de cette forêt hivernale. Il ne manquait plus qu’un bon feu crépitant dans la cheminée et l’endroit aurait pu être présenté comme lieu de permission paisible et confortable pour vacanciers en mal de nature. Mais c’était sans compter sur le mobilier détruit ainsi que les trainées de sang et morceaux de chair en décomposition laissés en décoration de mauvais goût par une créature monstrueuse mangeuse d’hommes.

Dean s’était relevé, excédé, de son tabouret-commode et faisait maintenant les cent pas, poussant de temps à autre du pied les dits morceaux de restes humains, évitant ainsi les craquements d’os ou de cartilage fortement déplaisant sous ses chaussures.

 

 

-          « Putain, j’arrive pas à croire que ce fils de pute nous ait mené en bateau depuis tout ce temps… je savais qu’il y avait un truc qui tournait pas rond chez lui mais …

-          J’ai mal orienté… mes recherches au début,… je cherchais un monstre… pas un homme qui se changeait en monstre. » Sam continuait de pianoter désespérément sur son clavier à la recherche de l’information qui lui permettrait de tuer le Peuchen. Il fermait les yeux de temps à autre, se concentrant sur sa respiration, de plus en plus saccadée. Il sentait, en plus de cela, son grand frère derrière lui, furibond, mettant des coups de pieds à tout objet sur son chemin invisible, le rendant lui-même encore un peu plus nerveux de le voir dans cet état.

-          « On a tous les deux été dupé Sammy, va pas te mettre ça sur le dos d’accord ? Cette merde c’est tout nouveau pour nous… . Quand je pense que je le prenais pour un pauvre gars qui n’avait pas l’étoffe d’un adjoint - et encore moins d’un Ranger - il s’est bien foutu de notre gueule ! Il a bouffé tous ses coéquipiers l’enfoiré.

-          Ouais… je suppose que … que le poste numéro trois doit être… dans le même état que celui là… étant donné qu’on n’a pas entendu parler d’eux depuis… depuis qu’on est dans la région…

-          Y a des chances en effet… . » Dean continuait de faire le tour de la pièce principale pour se calmer les nerfs, secouant la tête de temps à autre, prouvant à quel point les choses se mettaient en place dans son esprit. « …La première fois, au ravin, quand Hamilton à contacter le bureau du sheriff et que personne ne prenait la ligne, et que c’est ce connard qui a répondu au bout d’un moment… c’est qu’il venait juste de réduire en bouillie Baker et que ça lui a pris un certain temps pour renter au poste et répondre à l’appel : c’est pour ça qu’il était essoufflé ! Et quand on l’a trouvé dans la neige, blessé et à poil, il venait de se battre avec Hamilton et s’était pris un coup de chevrotine dans sa sale gueule de monstre, d’où les blessures sur son visage ! Alors qu’il s’est fait passer pour la victime cet enfoiré de merdeux… Ses fringues qu’on avait retrouvés n’étaient pas dépecées parce que la bête l’avait attaquée, c’est parce que c’était lui qui s’était transformé pour tous nous becter !

-          Dean… calme-toi, ça ne sert rien de te mettre… dans un état pareil… 

-          … Ce bâtard faisait semblant de tomber dans les pommes Sammy ! En fait il nous écoutait, j’en suis sûr. Il nous étudiait pour mieux savoir quand nous avoir !

-          Je te l’accorde mais…»Le cadet avait de plus en plus de mal à parler mais essayait tout de même de rester concentré sur sa conversation avec son frère - qui ne lui laissait finalement pas beaucoup la parole - et sur sa quête d’informations.

-          « On avait barricadé le poste : super, …sauf qu’on avait enfermé le monstre à l’intérieur avec nous, bordel ! … Et pendant qu’on était entrain de se triturer les méninges sur des recherches qui aboutissaient à que dalle, lui se faisait un petit plaisir culinaire avec ce qui restait du corps d’Hamilton… c’est pour ça qu’on n’a rien entendu quand la soi-disant bestiole est rentrée… c’est parce qu’elle était déjà à l’intérieur ; et après ça il s’est fait sa petite mise en scène pour faire croire que la méchante bébête avait emmené le corps de ce pauvre Ranger par la fenêtre…putain !

-          Ça explique aussi… la façon dont la lucarne et les renforts étaient éparpillés au sol,… il les a…. explosés de l’intérieur … rien n’est passé… par la… par la fenêtre de cette chambre finalement… j‘aurais du mieux examiné la scène…

-          On n’avait pas le temps pour ça et en plus je te rappelle que t’étais dans un sale état à ce moment là… c’est pas avec une commotion qu’on a l’esprit clair ! Et pour ma part j’étais trop concentré à re-sécuriser la pièce pour nous garder en vie… » Dean était toujours en mouvement pour essayer d’expulser sa rancœur. Il n’arrêtait pas de se ressasser les événements de ces derniers jours. Sa fatigue évidente accumulée à son obsession le rendait exacerbé.

-          « C’est noté que … enfin qu’il faut qu’il mange pour se … guérir, … » Sam n’arrivait pratiquement plus à voir les bonnes touches sur son ordinateur tellement sa vue se floutait de minutes en minutes. Mais il avait finalement trouvé un site référençant les plus vieilles légendes de chaque pays. Il voulut en faire part à son frère - d’où sont intervention sur la capacité de régénération du monstre par la nourriture - mais son incapacité à respirer normalement l’empêchait grandement de s’exprimer - sans compter que son aîné continuait sa réflexion à voix haute, sa colère le rendant involontairement aveugle de son ‘entourage’.

 

-          « Ouais ça semble logique. Finalement à chaque fois qu’il a été blessé, il s’est empressé de becter quelqu’un, au risque finalement de se faire démasquer… mais ça n’empêche que nous on n’a rien vu !

-          Dean…

-          Ça me fait penser à l’ours que j’ai trouvé dans le bois hier : il y avait des empreintes fraiches de pas humain autour de la carcasse, et du coup ça pouvait pas être les Rangers vu qu’ils étaient déjà tous morts depuis un certain temps…

-          D’n…

-          Si ça se trouve, comme on disait tout à l’heure, Peterson s’est défendu et a peut-être blessé ce p’tit con d’adjoint et ce dernier n’a pas eu d’autres choix que de bouffer le premier truc venu pour se remettre de ses blessures…pauvre ours… enfin, j’en sais rien, c’est qu’une théorie : qu’est-ce que t’en penses ?... Sam ? »Avec l’absence évidente de réponse, Dean se retourna enfin vers son cadet. Il se rendit alors compte que son frère était sur le point de tomber de son tabouret et malgré la distance qui le séparait de lui - étant à l’autre bout de pièce - il ne mit qu’un quart de seconde pour rejoindre ce dernier et éviter sa chute sur le coté. « Merde ! Sammy ?

-          j’crois que …les ….effets des… desdes médocs …ont totalement… disparu…. »

 

 

Dean attrapa son cadet sous les bras et le tira jusqu’au canapé. Ce dernier serrait les dents sous la douleur du déplacement mais se laissa tout de même faire car il n’avait de toute façon plus la force de protester.

 

 

-          « Ok, on fait comme tout à l’heure d’accord, t’essayes de te détendre et tu te concentres sur ta respiration : inspire par le nez et expire par la bouche… voilà, c’est ça, doucement. » L’ainé releva le tee-shirt de son frère et détacha soigneusement les bandes qui entouraient son torse.

 

 

Dans un premier temps, le fait de desserrer le bandage permit à Sam de faire entrer plus d’air dans ses poumons. Seulement le deuxième effet ne se fit attendre et c’est la quinte de toux qui prit le dessus. Dean roula son frère sur le coté, passant sa main dans son dos pour essayer de le relaxer et après quelques gouttes de sang s’échappant de sa bouche, ce dernier se remit sur le dos totalement exténué.

Tout le côté droit du torse de Sam était de couleur bleuté et malgré les efforts de l’ainé à rester stoïque fasse à l’état de son frère, ses yeux trahissaient largement son inquiétude.

 

 

-          « A quel point… c’est… moche ? » Lança le plus jeune entre deux inspirations.

-          « Je dirais pas que c’est moche, ça dépend des goûts en fait. Disons que si tu aimes la couleur pourpre-violacé… ben, c’est tout bon…. » Dean réajusta le bandage en souriant malgré la situation plus que préoccupante, mais il savait que son comportement ‘détaché’ réconforterait son frère.

-          Je … préfère… les couleurs chaudes perso…

-          Ah ben c’est raté pour ce côté-là,… mais si tu veux que je te remonte le moral : t’as le teint un peu jaunâtre…

-          Me… fais… pas … rire. » Les yeux de Sam étaient brillants et malgré le fait qu’il préférait rester dans cette ambiance du ‘tout va bien, pas de quoi s’inquiéter’ une fois de plus, son sourire se dissipa et il reprit avec plus de sérieux. « Œdème pulmonaire hein ? »

 

 

Dean hocha la tête, sans un mot supplémentaire, en guise de réponse, posa une main sur l’épaule de son frère en réconfort avant de se diriger vers la salle de bain. Une fois à destination, il se passa les doigts dans ses cheveux, essuya son visage transpirant et ouvrit une fois de plus la pharmacie. Il était éreinté, il n’avait pas dormi depuis un temps infini selon lui, et l’énervement d’avoir découvert qu’un gamin d’à peine vingt ans était en fait une bête féroce qui se baladait sous leur nez depuis le début, essayant de les tuer à multiples occasions, lui avait fait oublier la condition de son petit frère. Comment avait-il pu oublier Sammy et laisser sa colère l’emportait ? Il attrapa alors l’objet qu’il cherchait et reprit contenance, accompagné de l’expression du ‘grand frère qui gère’ avant de rejoindre son cadet.

 

 

-          « J’avais vu du Salbutamol dans la pharmacie tout à l’heure mais le mélange avec mon premier cocktail était fortement déconseillé. »Il tendit l’appareil respiratoire à Sam avant de récupérer la couverturepour le couvrir «  Ça va juste t’aider au niveau des bronches, te soulager un peu, mais ça fera rien de plus…

-          C’est déjà …pas mal… merci… » Le cadet prit une insufflation et toussa légèrement mais se calma très vite.

-          « Ce que je veux dire Sammy, c’est que tu dois voir un médecin : tout de suite !

-          Ben je voudrais pas… être défaitiste, mais… on est fortement limité au niveau des docs ici. » Sam respirait déjà mieux, même s’il savait que ça ne durerait pas longtemps.

-          «  Y en a un à Alridge, faut juste que tu tiennes jusque là

-          Attend j’ai…

-          Pas de ‘attends’ d’accord ? On prend le 4x4 de Peterson et on y va ! » Dean repartit d’un pas sûr en direction de la table pour récupérer ses affaires.

-          « … j’ai trouvé… comment le tuer ! » L’ainé, bien décidé à partir, se retourna malgré tout pour fixer son frère, les sourcils levés. « Ça te prendra à peine …quelques minutes pour lire ce qu’il y a sur l’ordi… Aller, vas-y, on pourra … se préparer comme ça. » Sam utilisa évidemment l’arme des ‘yeux de chiens battus’ et attendit en observant son frère l’air penaud.

 

 

Dean serra les dents mais se pencha tout de même vers l’écran pour y regarder le contenu.

 

 

-          « Ok ! Mais après on y va ! » Il fit glisser son doigt au centre du clavier, faisant alors défiler la page web : « ‘Le Peuchen, légende du seizième siècle, monstre métamorphe…’ et blablabla, ‘ne supporte pas les sons aigus et ultra-sons…’ : merci de nous prévenir mais ça on le savait déjà, ‘…que sous forme animal’ : donc s’il se pointe sous forme humaine, on peut se brosser avec notre musique de hard quoi…. Bref, passons. …Ah ! C’est là que ça devient intéressant, écoute ça : ‘cette créature est plus faible sous forme humaine, elle guérit donc plus lentement et doit alors se transformait et se nourrir pour une guérison plus rapide. Ce n’est que sous forme humaine qu’elle peut donc être abattue. Selon la légende, le monstre ne peut être décimé que grâce à l’armedu Machi (chaman) : un pieu en bois chilien baigné dans le sang d’une victime du Peuchen.’(*)… Putain de merde…

-          Ça va poser problème…

-          Tu crois ? Non parce que le sang d’une victime de cette saloperie : c’est bon, on patauge dedans…. Mais par contre : ‘un pieu en bois chilien’ ? Déjà comment on trouve du bois chilien au milieu des montagnes d’Amérique du nord ?... » Dean souffla et ferma l’ordinateur portable de dépit.

-          « Ben… on sait qu’on peut le tuer au moins… c’est déjà ça !

-          Le problème c’est qu’on n’a pas trop ce qu’il faut pour le faire… et je vois pas comment se procurer : un putain de bout de bois… chilien ! » Dean ferma les yeux, essayant de se détendre quelques secondes. Il prit finalement sa veste, déposa un fusil à côté de Sam avant de se diriger vers la porte. «  De toute façon, pour l’instant ça change rien au plan : on se barre d’ici et je t’emmène voir un médecin… après on avisera. » Il mit son blouson sur son dos, enleva la barricade devant la porte d’entrée avant de poser sa main sur la poignée « Je vais voir si les clés sont sur le 4x4, sinon je le démarrerais… manuellement. J’en ai que pour quelques minutes, je fais au plus vite… mais si y a quoique ce soit : tire un coup avec le fusil, d’accord ? » Il regarda son frère acquiescer avant de charger sa propre arme et d’ouvrir la porte la tête baissée.

 

 

 

Lorsqu’il releva les yeux, il se trouva en face du jeune adjoint au sheriff : Steve Nicols, debout à l’encadrement de la porte sur le perron extérieur, à juste une cinquantaine de centimètres de lui, l’air hagard.

 

**********************************************************************

 

(*) Il s’agit encore d’un véritable écrit sur le Peuchen toujours sur Wikipédia…    Et oui c’est dommage mais c’est réellement avec du bois chilien qu’on le tue et je n’avais vraiment pas envie de supprimer cette information pour faciliter la tâche de nos boys… tant pis pour eux ^^

 


Hecate  (04.12.2013 à 14:43)

Chapitre 32.

 

 

 

Le temps semblait s’être arrêté. Il n’y avait plus un bruit. Pas d’oiseaux gazouillants dans la forêt alentour, pas de craquements de toute sorte dus aux nombreux animaux sauvages se baladant dans la nature hivernale, ou du travail du bois de ce poste de Ranger pourtant soumis au caprice de la météo instable. Même le vent s’était tu, retenant son souffle glacial devant un tableau indéfinissable mais pour le moins inquiétant.

 

Dean était droit comme un ‘i’, son arme dans la main gauche le long de son corps - sa main droite venant de lâcher la poignée de la porte - ses yeux braqués sur un jeune homme d’à peine vingt ans aux allures tellement innocentes, que n’importe qui aurait eu envie de l’accueillir chaleureusement à demeure par ce froid polaire pour le réconforter. N’importe qui… sauf les frères Winchester.

 

 

Mais il ne s’était finalement passé que quelques secondes, seulement le langage du corps de son frère fit redresser Sam de son canapé pour se placer assis dans un premier temps, alarmé, son regard toujours immuablement fixé vers l’entrée de la bâtisse. Son ainé, n’était toujours pas sorti du poste comme il s’y attendait, il ne bougeait plus mais serrait son arme au point que ses jointures au niveau de ses doigts étaient d’un blanc terrifiant. Il ne voyait pas ce qu’il y avait au-delà de cette porte, mais savait que ce n’était pas une peinture du paysage hypnotique d’Amérique du nord qui pouvait mettre son grand frère en mode ‘vengeance sanglante’ comme son expression corporelle le laissait supposer. Il n’eût pourtant pas le temps de se questionner d’avantage que cette voix douce, et limite enfantine, retentit comme un écho acide et cacophonique jusqu’à ses oreilles rouges de fièvre.

 

 

-          « Merci mon Dieu, vous êtes vivants ! »

 

Steve Nicols. Le Ranger, adjoint au sheriff - Peuchen de surcroit, responsable d’un nombre épouvantable de meurtres sanguinaires - se tenait donc sur le perron en face de Dean, balançant sans ménagement des platitudes sur son soulagement de le voir sain et sauf. Les deux frères auraient pu s’esclaffer nerveusement devant la situation plus qu’absurde, mais leur étonnement mélangé à l’anxiété qu’ils pouvaient ressentir, les firent réagir différemment. Sam attrapa donc son fusil, son doigt instantanément sur la gâchette, même s’il n’avait toujours pas ce ‘fils de pute’ en visé. Quant à Dean, il resta devant l’encadrement à scruter intransigeant son ennemi.

 

Ce dernier ne se démonta pas pour autant. Il baissa la tête en bonne victime apeurée et força le passage pour entrer dans le bâtiment, avant de continuer sa plainte et son désarroi. Le plus vieux des Winchester profita que ce ‘p’tit con’ lui tourne le dos une fois passé, pour remettre son arme dans sa main droite, et rallumer son portable dans son blouson, prêt à enclencher ‘la berceuse’, juste au cas où - même si pour le moment, ce ne serait pas d’une grande utilité puisque ‘cette merde’ était sous forme humaine.

 

 

-          « On s’est fait attaqué par le monstre avec le sheriff. Peterson ne s’en est pas sorti… » En faisant quelque pas de plus dans la pièce, Steve, les larmes aux yeux, se tourna pour découvrir le cadet, se mettant debout à coté du sofa, malgré son état, un fusil à la main. « Sam ! Mon Dieu, mais que vous est-il arrivé ? » Son étonnement démesuré traduisait finalement férocement ses pensées : ‘putain, mais comment ça se fait qu’il est toujours pas crever celui-là...’ mais garda tout de même ses petits yeux ronds qui se voulaient choqués d’inquiétude pour le plus jeune des frères.

 

 

Dean serrait les dents. ‘Se pourrait-il que cet enfoiré ne sache pas que Sam et lui l’aient démasqué… fort probable, vu son comportement’.

 

 

-          « On s’est également fait attaquer. » Lança donc l’ainé. ‘Autant entrer dans son jeu : avantage Winchester’. Il savait que son petit frère en était finalement arrivé aux mêmes conclusions que lui - rien que par un simple regard en sa direction - et continua donc son échange ‘courtois’ avec ce cher Stevie. « Mais cette saleté de bestiole n’a pas l’air très futée, car il semble qu’elle ne soit pas capable de garder son butin très longtemps… » Dean ne bougea pas d’un centimètre et confirma ses propos en montrant l’adjoint de son doigt. « Ben ouais, d’abord on file sous son nez, et visiblement vous avez également réussi à lui échapper… Je dirais donc qu’elle doit avoir l’intelligence d’un escargot en rut … sans vouloir être injurieux envers l’escargot, bien sûr. » Rajouta-t-il avec un sourire des plus sournois - mais malgré tout un peu crispé.

 

 

Touché. L’arrogance du monstre transforma ses yeux de petit saint apeuré en amande effilée colérique. Le jeune Ranger continua malgré tout dans son élan et joua la carte de l’officier prêt à venger ses amis et collègues.

 

-          « Elle a quand même tué Jim, jack, tous les Rangers d’ici et maintenant Georges : elle ne m’a pas l’air si stupide que ça… et elle va évidemment payer pour ses crimes !».

 

 

Oh que oui elle va payer’. Dean avait de plus en plus de mal à garder son calme et ses doigts toujours crispés sur son arme commençaient à glisser lentement vers la gâchette.

 

 

-          «  Et..., comment … vous êtes-vous enfuis Steve ? Sachant que vos collègues n’ont pas eu… cette chance, vous avez l’air … de vous en être sortis sans trop de dommages… » C’est Sam qui prit la parole malgré une respiration toujours très ‘problématique’. Seulement cette fois - et en dépit de son état physique très malmené - c’était son tempérament assassin de chasseur qui le poussait à ‘s’exprimer’.

-          « Justement la chance, probablement. Cette chose est entrée ici, comme si elle savait qu’on allait venir et elle nous a attaqués. J’ai juste eu le temps de la voir décapiter le Sheriff - mon Dieu - et elle m’a projeté contre le mur… et ensuite c’était le noir total. Je me suis réveillé dans une grotte nauséabonde avec une grosse bosse derrière la tête et quand j’ai compris que j’étais seul, je me suis échappé … . Je me suis dit que revenir ici était ma seule chance. »

 

 

Ça fait beaucoup de ‘chance’ effectivement’. Sam - toujours le fusil en main à ses côtés - regardait le jeune homme d’un œil inquisiteur. Son histoire paraissait toutefois tellement réel et pour le moins plausible. Il relâcha ses doigts un instant et fronça les sourcils : ‘Se seraient-ils trompés ? Après tout, son frère et lui en avaient déduit que c’était bien l’adjoint du sheriff qui les menait en bateau depuis le début, celui qui se transformait en monstre… mais ce n’était finalement que théorie, ils n’avaient en réalité aucune preuve tangible qu’il s’agissait effectivement de lui - des évènements étranges, des vêtements déchirés, une fenêtre détruite de façon plus que louche, certes, mais il ne pouvait être sûr à cent pour cent. Peut-être que cet homme était réellement une victime ; peut-être que tout n’était que coïncidence à son sujet…’. Le cadet s’essuya le front des gouttes de sueur menaçant de tomber de son front brulant. ‘La fièvre : ce n’était peut-être que ça qui le faisait douter. Ou au contraire, peut-être qu’elle l’aidait à se poser les bonnes questions ?’ Sa perception des choses s’embrouillait au fur et à mesure que son état se détériorait. Il tanguait légèrement mais essayait tout de même de se faire voir ‘valide’. ‘Il y avait de façon une chose de totalement sûre : les coïncidences, ça n’existent pas dans le monde des Winchester.’ Et il ne lui suffit finalement que de déposer son regard anxieux sur son grand frère pour savoir que ses interrogations internes n’étaient que fabulations. Les yeux de son ainé étaient confiants. Eperdument menaçants et définitivement colériques, mais confiants. L’instinct de Dean était sans faille et si ce dernier savait qu’ils ne s’étaient pas trompés sur leur ennemi alors lui ne devait pas en douter non plus. Sa confiance en lui était totale. Il remit donc son doigt sur la gâchette sans plus de réflexion à le faire perdre pieds.

 

 

Dean ne referma pas la porte, d’abord parce qu’il ne voulait pas détourner des yeux l’homme en face de lui, et également parce qu’une porte ouverte constituait un moyen de fuite plus ‘accessible et rapide’ - et même si le froid lui tenaillait le dos, sa colère compensait largement la chaleur que son corps aurait pu réclamer.

Il étudia la situation attentivement sans pour autant baisser sa garde. Devant lui se tenait donc le responsable de tous leurs malheurs récents. Il se jouait d’eux, prétendant être la victime, se comportant comme un Ranger peiné de la mort de ses ‘amis’. Il tournait autour de la table où se trouvait l’ordinateur portable, faisait glisser ses doigts longilignes le long du bois encore maculé du sang qu’il avait lui-même versé. N’importe qui aurait pu croire qu’il était effectivement un rescapé d’une bête sanguinaire et que sa chance résidait uniquement dans l’horreur d’avoir vu ses collègues tomber les uns après les autres. Un jeune homme aux yeux si doux. Et son histoire à déchirer les cœurs se tenait en tout point. L’ainé suspectait que même Sam se posait des questions à propos de ‘cet enfoiré’. Son petit frère avait froncé les sourcils, relâché temporairement son doigt sur son fusil et essuyé son front de son bras gauche le faisant tanguer légèrement : ‘sans aucun doute : un Sammy en pleine réflexion’. Mais son dernier coup d’œil en sa direction lui fit de toute évidence reprendre ses esprits. ‘Non, effectivement les coïncidences n’existent pas avec eux, et oui, son instinct est sans faille.

 

Sam se trouvait donc sur sa gauche, à seulement quelques mètres. Dean hésitait à se rapprocher de lui, le protégeant d’une manière ou d’une autre, mais en contre partie, ils seraient alors tous deux au même endroit et donc ne formeraient qu’une seule et même cible : ‘Mauvais choix’. Il était donc préférable au contraire de se distancer, encerclant alors ‘ce cher Nicols’ en bon chasseur qu’ils étaient. Il fit donc deux pas de côté sur sa droite, essayant d’être le plus détaché possible, et de paraitre aussi amical et ‘attendrit’ qu’il pouvait l’être devant une abomination, afin de choisir avec exactitude le bon moment pour passer à l’offensive.

 

 

-          « L’ordinateur fonctionne ? Vous avez pu contacter de l’aide ? » L’adjoint avait contourné la petite table, toujours en mode inoffensif.

 

Le seul avantage que les frères Winchester avaient vraiment face à la situation, était sans aucun doute celui de connaitre l’identité de la créature sans que cette dernière ne le sache. Seulement en moins d’une seconde cet avantage partit en fumée au même titre que leur calme. Steve Nicols avait ouvert l’ordinateur portable.

 

 

Avant même que l’adjoint au sheriff n’eut le temps de lire les premières lignes du sujet à l’allumage de l’écran, Dean avait déjà enclenché le chien de son arme.

 

Seulement il ne suffit que de voir le titre de l’article en cours pour que les traits d’un jeune Ranger apeuré deviennent celui d’un tueur. Ses yeux se noircirent en une fraction de seconde, des rides se dessinèrent sur son visage et un sourire malicieux s’étira jusqu’à ses oreilles. Il entendit le cliquetis d’une arme et releva la tête sachant pertinemment ce qui allait se passer. ‘Fini la comédie… enfin un peu d’actions’.

Il se prit une balle entre les deux yeux, ce qui n’effaça en rien son rictus. Sa tête partit en arrière comme si son cou n’était fait que d’élastiques. Un petit trou rouge relativement discret se distinguait entre ses sourcils ; quand à l’arrière de son crâne, il était éparpillé, accompagné de bout de cervelle, sur le mur qui se trouvait juste derrière lui. Lorsqu’il redressa sa tête pour l’aligner dans le prolongement de son corps, la moitié arrière de son crâne n’était plus, seul des bouts d’os proéminaient avec les quelques cheveux restants teintés de sang.

 

 

-          « Savez-vous à quel point c’est douloureux ? Je vais être obligé de manger l’un de vous de suite pour me rétablir… moi qui pensait vous garder au frais pour noël, je suppose qu’il me faudra chasser quelqu’un d’autre… »

 

 

Et il se encaissa du plomb plein le visage, le défigurant un peu plus.

C’est Sam qui avait finalement tiré, fatigué du monologue d’un monstre arrogant, il avait visé comme il avait pu - sa fièvre le faisant toujours voir flou - et avait déchargé son fusil sans remords.

Dean avait profité que Nicols replace son œil crevé ressortit de son orbite - pendant sans prétention par son nerf optique, lui aussi bien endommagé par le plomb - pour récupérer sa machette à l’intérieur de son sac juste à côté de la table. L’adjoint au sheriff se retourna alors, entendant la longue lame se frotter contre les autres armes en sortant du paquetage, et se retrouva nez à nez avec l’ainé des Winchester, qui ne prit pas le temps de plus de réflexion pour trancher d’un geste direct le cou - enfin ce qu’il en restait - du jeune homme. La tête se mis à rouler jusqu’au pied de Sam qui fit une grimace de dégout, avant de donner lui-même un coup de pied dedans, l’envoyant plus loin, évitant un contact direct avec le dernier œil du faux Ranger. Quant à son corps, il s’écroula de tout son long, écrasant par la même occasion, la table et l’ordinateur juste devant lui.

 

-          « Rien de mieux qu’une bonne décapitation ! » Sourit Dean à son frère, encore maculé de sang gluant de sa victime. «  Après tout jusque là, on en connait pas beaucoup qui résiste après avoir la tête tranchée ! » Continua t-il en se dirigeant vers son cadet, essuyant sa lame contre sa manche, toujours une mine de grande satisfaction sur son visage.

-          « … Dean ?

-          Ouais t’inquiète, on va bruler les morceaux qui restent au cas où...

-          …euh ?!

-          Euh quoi ? » L’ainé leva enfin la tête vers son frère et compris immédiatement que quelque chose n’allait pas.

 

 

Les Yeux de Sam étaient fixés sur le corps étendu derrière lui. Et comme son regard le laissait présager, ce n’était pas une expression de victoire qu’il dégageait, mais belle et bien de terreur. Dean se retourna alors et comprit le désarroi de son cadet.

 

Le corps n’était plus aussi inerte qu’il devait l’être. Les habits du ‘mort’ commençaient à se déchirer laissant visible la peau nue qui se boursouflait comme du plastique chauffé à blanc. Des griffes déchirèrent le bout des doigts pour sortir en plusieurs lames, longues d’au moins quinze centimètres, déchiquetant au fur et à mesure le parquet comme s’il ne s’agissait que d’une simple feuille de papier. L’épiderme prit alors une couleur noir de jais laissant petit à petit des poils hérissés sortir en bouquet par les crevasses sanglantes se refermant comme par magie. Le corps s’allongea, des pattes musclées se formèrent sous une cacophonie de craquements d’os et de chair en mutation, et à peine quelques secondes plus tard, un embryon de tête s’extirpa du cou du monstre se façonnant comme de la pate à modeler sanguinolente.

 

Dean n’attendit pas la fin de la transformation - même si le spectacle était pour le moins hypnotique. Il récupéra sa machette et décapita la nouvelle tête, pour qu’une autre prenne sa place encore plus vite. Il laissa donc tomber la lame et ramassa son arme sur le sol pour vider le chargeur dans le corps du monstre … sans effet également. Il attrapa alors le bras de son frère, qui lui aussi avait déchargé son fusil dans la carcasse terrifiante, avant de se diriger vers la porte, heureusement ouverte.

 

 

-          « Ok, on décampe… aller Sammy, on bouge… vite ! » Dean lâcha momentanément son cadet - qui continua d’avancer malgré tout - pour recharger son arme et attraper son portable dans sa poche de blouson. Mais il ne fit pas dix mètres à l’extérieur de la bâtisse qu’une douleur lancinante à ses mollets le fit chavirer en avant. Il lâcha le téléphone dans sa chute - l’envoyant hors de porté de ses doigts - et se retourna expressément. Son jean était devenue rouge écarlate. Au dessus de lui se trouvait la gueule d’un loup difforme, grognant, pointant ses crocs recouverts de bave et de sang - son sang - à juste une trentaine de centimètres de son visage. Il pouvait voir du coin de l’œil, son petit frère à quelques mètres de lui, paralysé d’effroi. Il lui fit un léger signe négatif de la tête, lui ordonnant de ce fait de ne pas venir à son secours, lui offrant l’occasion de s’échapper…

 

-          « Dean !!!!!! »

 


Hecate  (13.12.2013 à 15:01)

Chapitre 33.

 

 

En dépit du fait que Sam Winchester écoutait - la plupart du temps - les ordres de son grand frère, quand il s’agissait de la survie de ce dernier, le cadet obéissait autant qu’un adolescent de quinze ans en conflit intérieur : sa discipline ou son assujettissement s’abaissaient donc au point inexistant et son tempérament grimpait en mode esprit contradictoire. Il avait donc tendance à faire l’inverse de ce qu’on pouvait lui demander, et c’est donc devant le signe de tête de Dean lui ordonnant clairement de fuir, qu’il se mit à courir… vers lui.

Au dessus de son ainé se tenait un monstre aux allures de loup mutant, énorme, d’au moins cinq fois plus qu’un loup ordinaire, une musculature tout aussi démesurée, sans parler de ses dents ou de ses griffes qui sortaient tout droit d’un mauvais film d’horreur. Seulement aussi invraisemblable qu’elle pouvait l’être, cette chose avait réellement tué un nombre incalculable de personnes en les déchiquetant, les éviscérant, puis les mangeant, et elle s’apprêtait à en faire de même avec son frère - ce qui n’était absolument pas une option envisageable pour Sam.

Dean semblait être blessé au niveau arrière de ses jambes et ses bras en croix étaient maintenus par les pattes avant de la créature contre le sol glacé. Il n’avait pas la moindre possibilité de déplacement et donc aucune chance de fuite. Il ne restait donc plus qu’une seule solution qui s’offrait au cadet : une diversion. S’il parvenait à atteindre l’arme de son frère - qui avait ‘gentiment’ été éjecté à quelques mètres de son propriétaire par un coup de pattes de la bestiole - il pourrait alors vider le chargeur sur ‘cette saleté’, ce qui la mettrait sans doute en rogne et s’attaquerait alors à lui - enfin probablement - et ce qui permettrait donc de libérer Dean de ses entraves et récupérer son portable à environ soixante dix centimètres de son bras gauche - et avec lui leur seule chance de survie. L’opération reposait donc sur un gros ‘si’, ce qui était égale à faible réussite additionnée à très peu d’espoir, mais Sam tenta quand même le coup - c’était ça ou alors ils attendaient sagement de mourir tous les deux pulvérisés : option qu’il jugea de non satisfaisante.

 

 

Même si au fond de lui, Dean ne s’avouait jamais vaincu, la situation n’était guère à son avantage, et la seule pensée qui lui donnait cet infime espoir, était que Sam avait encore une chance de survie - même si lui n’en avait plus aucune. Seulement c’était sans compter sur ‘une tête de mule’ en guise de petit frère qui n’écoutait que quand il en trouvait la nécessité, et qui fit donc totalement l’inverse du message - pourtant explicite - qu’il lui avait lancé deux secondes plus tôt. Un signe négatif de la tête ne signifiait pas : ‘viens te jeter dans la gueule du loup - sans mauvais jeu de mot - pour mourir à ma place’. Ce simple geste énonçait clairement un : ‘tire-toi d’ici et sauve ta peau’. Mais Sam n’avait de toute évidence pas compris le fameux message - ou plutôt avait fait semblant de ne pas le comprendre - puisque son cadet avait hurlé son nom et s’était mis à courir - Enfin s’il pouvait appeler ça courir, puisque sa cheville attelée de toute part de le faisait plus claudiquer comme un enfant. Seulement au lieu de partir vers les 4x4 comme il lui avait suggéré de la tête, il se dirigeait en sa direction : mauvais plan.

 

 

-          «  Mais qu’est-ce-que tu fous ? … Barre-toi ! Maintenant ! » Aucune chance pour que cette fois Sam n’ai pas compris le ‘mémo’… enfin sauf s’il faisait semblant de ne pas l’entendre - ce que bien sûr il fit.

 

 

Pendant cet infime laps de temps, Steve Nicols attendait patiemment, ses crocs dégoulinant de bave et ses pattes broyant petit à petit les avant-bras du chasseur étendu au sol juste en dessous de lui. Il aurait pu ronronner tellement la situation était plaisante.

Il savait repérer les points faibles de ses proies. Pour Baker, pas de doute, depuis son accident avec le Grizzli, il était beaucoup moins alerte du danger, ce qui lui avait valu une bonne décapitation suivie d’une désintégration de vengeance. Pour Jack Hamilton, c’était son tempérament qui l’avait mis en défaut : trop sûr de lui, probablement trop d’expérience et donc pas assez de vigilance. Ce ‘tas de muscles’ l’avait pourtant expulsé par la fenêtre de la salle de bain avec un coup de chevrotine en pleine face, mais sur le moment il lui avait arraché sa jambe, et peu après il avait dévoré le reste de son corps déjà froid, étendu sur un lit au premier étage du poste numéro un. Le sheriff - tout comme un dénommé sergent Jones du poste trois - faisaient, pour leur part, beaucoup trop confiance à leurs officiers, et même s’il les avait, pour l’instant, gardé en vie - contrairement à ce qu’il avait raconté - il avait réussi à les métriser sans trop de difficulté - enfin jusqu’à ce que Peterson se fasse la malle pendant qu’il chassait les deux autres ‘sacs à viande’ dans la forêt, et ramène, par la même occasion, le 4x4 au poste pour les sauver. Mais à son retour, il avait quand même remis la main dessus et l’avait attaché dans la grotte cette fois. Les deux derniers Rangers du deux n’avaient pas eu autant de chance : la faim de ses dernières blessures avait coûté aux ‘malheureux’ un éparpillement de leurs intestins et autres cartilages peu gouteux à l’intérieur de la bâtisse - c’est vrai qu’il n’avait pas réellement de bonnes manières quand il mangeait.

Pour Sam et Dean, leur point faible respectif était inévitablement Dean et Sam. Et même si sa première tactique était justement de les séparer - diminuant leur force et leur complicité dans leur chasse - le fait de les voir à l’instant présent, essayant de se sauver mutuellement en dépit de leur propre vie, prouvait à quel point ils étaient liés et dépendants l’un de l’autre. Résultat : il fallait en avoir un en danger pour appâter le deuxième.

Il attendait donc. Mais pas trop longtemps. Juste le temps de laisser le plus jeune s’approchait un peu plus.

 

 

 

Et Sam arriva enfin au niveau de l’arme de son frère, qu’il récupéra aussitôt avant de mettre en joue le monstre. Il avait peur de viser à côté, et de toucher Dean par la même occasion - car sa vue ne s’améliorait définitivement pas avec sa mauvaise condition physique - mais il prit quand même le risque ; de toute façon il n’avait pas vraiment le temps de cogiter. Il vida la moitié du chargeur et atteignit finalement sa cible dans quatre vingt dix pourcent des cas - les dix pourcent restants se logeant dans le bâtiment juste derrière. La puissance des coups fit reculer la bête légèrement, délivrant les bras de son ainé provisoirement. Si la fièvre ne le faisait pas délirer, Sam aurait pu jurer voir la créature sourire : un rictus enjoué agrémenté de fines amandes sournoises le fixant avec envie. Elle finit finalement par grogner mais le cadet des Winchester ne savait pas si elle était en colère après lui ou si elle en était satisfaite. C’est lorsque qu’il vit finalement un des ongles effilés de la bête s’étendre pour atteindre les cinquante centimètres de longueur, pour ensuite le planter dans le flanc gauche de son ainé - le clouant définitivement au sol - qu’il comprit avec effroi qu’il s’agissait en fait de la deuxième solution.

 

 

-          « Noooonnnn !!! » Sam fit deux pas de plus en avant, essayant d’atteindre le portable, les larmes aux yeux.

 

 

Steve Nicols arracha hâtivement son ongle à l’extrémité de son doigt, laissant le pieu de kératine en bonne brochette humaine planté dans le sol. Un autre prit automatiquement sa place le temps qu’il se rua sur le deuxième frère. Sam n‘eût même pas le temps de faire une enjambée supplémentaire que la bête était déjà sur lui. Il redressa l’arme en riposte automatique mais ne put tirer que deux coups supplémentaires avant de ressentir un choc puissant à l’estomac, l’envoyant valser dans les airs. Il atterrit lourdement, le souffle totalement coupé, contre une taule à moitié rouillée, avant de glisser vers le sol. En relevant la tête il s’aperçut qu’il était adossé à la broyeuse à bois.

 

 

-          « Sam…my !! » Dean regardait impuissant son petit frère se faire malmener une fois de plus. Il posa sa main droite sur le pieu qui lui transperçait son côté gauche, et tenta dans un déchirement douloureux de le retirer de son corps. Aucun organe n’avait du être touché sinon la mort l’aurait déjà emporté. Mais malgré cela, la douleur restait abominable et il perdait une quantité très importante de sang qui ne lui assurait pas un long futur.

 

 

Sam tendit le bras sur la droite pour atteindre le panneau de commande. Il réussit à poser son doigt tremblant sur le bouton rond vert lumineux, qu’il enclencha automatiquement. Un ronronnement assourdissant retentit lorsque l’énorme machine se mit en route. A plusieurs mètres de lui, son frère vivant, essayait de se défaire de son entrave. La dernière chose qu’il vit fut la gueule du monstre s’approchait de ses jambes qu’il ne sentait même plus. Il finit par se laisser glisser sur le côté et s’abandonner à l’inconscience.

 

Dean réussit à retirer l’ongle de sa chair qu’il garda précieusement dans sa main ensanglantée. Il se mit d’abord sur le coté puis à quatre patte, les dents serrées sous la douleur fulgurante. Il releva la tête pour voir son frère inconscient au pied du broyeur professionnel, et le monstre juste au dessus lui, prêt à abattre sa main meurtrière sur son visage. Il s’élança sur la chose malgré sa souffrance et planta l’ongle tranchant dans sa nuque. Nicols se retourna dans un rugissement et du revers de la main, envoya Dean s’écraser contre un arme. Lorsque ce dernier releva les yeux, incapable de bouger le reste de son corps, il vit la patte de l’adjoint se lever une fois de plus dans le but de tuer définitivement son cadet. Cette fois, il était bien trop loin et bien trop faible pour empêcher l’inévitable et sauver Sam. Il ne voulait pas voir son frère mourir, il cria juste son nom puis sous l’absence de réponse de ce dernier, ferma les yeux pour laisser couler une larme chaude sur sa joue glacée.

 

Et un coup de feu résonna. Il rouvrit les yeux instantanément.

 

Deux hommes se dressaient aux abords de la forêt. Peterson se trouvait à seulement quelques mètres de la scène, un fusil en joue sur son officier transformé en monstre. À ses côtés, un autre individu au visage ensanglanté, plus jeune - une quarantaine d’années - mais également Ranger compte tenu de sa carrure, de sa plaque accrochée à sa veste et de ses habits - malgré qu’ils soient déchirés par endroit.

 

Le sheriff tira une deuxième fois dans la foulée et la bête gronda tout en reculant malgré elle sous la puissance du tir, s’écartant de sa proie qui était deux secondes plus tôt à portée de griffes. Le second Ranger s’approcha de Dean qui lui fit signe du doigt de récupérer son portable au sol. L’homme s’exécuta, repartit en arrière et ramassa le téléphone.

 

 

-          « Appuyez… sur … play. » Dean avait du mal à reconnaitre sa propre voix. Elle était cassée et défaillante, et de toute évidence trop faible pour que le Ranger ne puisse l’entendre.

 

 

Ce dernier se redressa et eût juste le temps d’entendre son collègue crier son nom et de le mètre en garde.

 

 

-          « Jones !!! Derrière toi !!! » Peterson avait tiré une troisième fois voyant la créature se diriger vers le sergent rescapé.

 

 

Nicols se débattait sous les coups douloureux de la chevrotine mais lorsqu’il vit le dénommé Jones ramassé le téléphone, des ailes se déployèrent sur ses flancs et il s’envola rapidement vers son ancien prisonnier. Il atterrit lourdement sur le sergent, l’empêchant d’actionner la déchirante musique.

 

Le sheriff essaya de recharger son fusil avec les deux balles restantes aussi vite qu’il le pouvait, mais les cris d’agonie de son officier résonnaient déjà dans la montagne.

 

La bête avait commencé par enfoncer ses crocs dans l’épaule droite du Ranger du poste trois, déchirant les muscles et les tendons de son bras au fur et à mesures qu’il tirait sur la chair. L’homme se débâtait avec acharnement et essayait désespérément de ramper jusqu’à son officier supérieur dans l’espoir d’avoir de l’aide. Mais lorsque les griffes se plantèrent dans ses genoux, il se retourna sur le dos, scrutant l’abomination qui finalement allait avoir raison de lui. En moins d’une seconde, les dents de la créature se transformèrent en un bec crochu terrifiant qui picora son abdomen, jusqu’à le déchirer complètement, pour attraper ses intestins et les enrouler autour de sa langue noire terreuse. L’homme agonisant, regarda le sheriff une dernière fois avant de succomber dans un râle de souffrance.

 

Peterson rabattit le canon de son fusil et tira une fois de plus sur la chose qui venait de déchiqueter le dernier de ses collègues. Nicols fit un pas en arrière sous la détonation et posa l’une de ses pattes sur la main du défunt Ranger. Main qui emprisonnait le portable. Sous la pression, le téléphone se mit en route et ‘Whole Lotta Rosie’ reprit en cacophonie. Le Peuchen hurla et recula, se débattant sous l’effroyable mélodie, se transformant en multitude d’animaux plus terrifiant les uns que les autres. Avant qu’il ne puisse s’échapper, le sheriff tira son dernier coup de feu en plein torse qui propulsa le monstre devant la broyeuse à bois.

 

Et c’est Dean qui l’envoya valser en enfer.

 

Il avait réussi à se déplacer jusqu’à son arme - que Sam avait laissé tomber dans sa chute - et avait tiré les deux dernières balles, une fois de plus en pleine tête de ‘cet enfoiré’. Le son strident de la musique, ajouté aux balles reçues entre les deux yeux, firent chavirer Nicols dans la bouche de la machine, qui l’avala non sans mal, dans un bruit métallique assourdissant. Deux secondes plus tard, une mixture de multitudes de petits morceaux de chair, de plumes, de poils et d’os imbibés de sang, étaient recrachés, giclant sur des mètres carrés à l’arrière du broyeur assassin. Cette fois le monstre - maintenant éparpillé - ne se releva pas.

 

Dean regarda sans émotion la fin de la créature, tomba d’abord à genou, puis s’étala sur le ventre sur la terre gelé, rejoignant son frère dans la noirceur de l’inconscience.

 


Hecate  (22.12.2013 à 21:47)

Chapitre 34.

 

 

La première chose qu’il sentit fût le vent. Un vent violent, froid et tourbillonnant. Il était accompagné de ce ronronnement lointain. Il ne s’agissait pas de la broyeuse à bois, mais bien d’un autre moteur distinct. Le son de ce vent sifflait en rythme, comme… des hélices. C’était donc cela qui l’avait privé de son apaisante inconscience : un hélicoptère s’était posé non loin de lui.

Et puis ce fût au tour des voix de résonner, elles aussi lointaines - mais ce n’était peut-être que sa condition physique qui le plongeait dans cette bulle renvoyant chaque bruit en fins échos. Il y avait celle de Peterson, grave et autoritaire, mais il n’arrivait toujours pas à distinguer de mots précis de ce brouhaha glacial.

 

 

L’instant d’après il était allongé sur le dos sur ce qui semblait être une civière - dure mais confortable à la fois - enroulé dans une couverture au bruit de papier journal et restreint d’un collier pour girafe autour du cou. Il avait du avoir un moment d’absence puisqu’il ne savait pas quand ni comment il était arrivé là. Mais les voix résonnèrent de nouveau dans sa tête. Il discerna celles de deux femmes - l’une très proche, probablement au dessus de lui - en pleine conversation active - dont il avait bien évidemment loupé le début.

 

 

-          «  … Avec perforation abdominale flanc gauche. Perte importante de sang. Tachycardie, Pouls : 130 en constante augmentation ; tension : 8.6 en chute. Hypothermie. Besoin urgent transfusion et préparez le bloc !... Vous allez avoir du boulot les mecs. »

 

 

Il y eût ensuite un son strident - il aurait pu le reconnaitre même en étant totalement inconscient, mais il leur avait toutefois sauvé la vie à plusieurs reprises - c’était ce cliquetis suraigu de l’une de ces ‘foutues’ radio satellitaire. Et puis la femme avait du relâcher le bouton avant de reprendre, mais bien plus fort cette fois.

 

 

-          « Katy, t’en est où avec le tien ?! 

-          Ils tentent de le réanimer dans l’hélico mais il est plat depuis plus de trois minutes… »

 

 

Son cœur s’emballa alors instantanément : ‘Sammy !’. Il tenta de crier le nom de son cadet mais échoua au même titre que d’ouvrir les yeux ou même de bouger le moindre doigt.

 

 

-          « Wow wow ! J’ai besoin d’un coup de main ici ! Le mien est en train de nous faire une crise de convulsion ! Mike, tiens-le le temps que je lui fasse une injection… »

 

 

Et puis tout devînt loin de nouveau : les voix, la douleur, la peine et la peur.

 

 

-          « Sheriff Peterson, vous montez avec nous ! on va avoir besoin de vos lumières sur ce qui s’est passé ici… »

 

 

Ce fût les derniers mots que Dean Winchester entendit avant de sombrer de nouveau dans un sommeil imposé.

 

 

 

Et les sons revinrent petit à petit : des bips horripilants et rythmés plus aigus les uns que les autres. Puis vînt la lumière, totalement aveuglante, renvoyant une image blanche teintée de quelques zones gris pâle. Mais c’était preuve qu’il avait donc réussi à ouvrir les yeux. Ses doigts, malgré qu’ils soient engourdis - plus deux visiblement bandés ensembles - vinrent arracher un tube fortement déplaisant se trouvant juste devant ses narines. Dean tenta de se redresser sur ce qui semblait être un lit… d’hôpital sans aucun doute.

 

 

-          « Hé ! Doucement mon gars… » Une main se posa sur son torse le calant sur son oreiller. « Tu devrais te ménager un peu, tu reviens de loin… 

-           …Sssamm ?! » Sa voix était dans le même état que ses yeux et ses muscles, totalement endolorie et fortement hasardeuse.

-          « Ton frère va … enfin, disons qu’il va mieux. »

 

 

Georges Peterson se tenait juste à côté du lit du plus vieux des Winchesters. Le tutoiement avait remplacé le vouvoiement et son ton amical - mais toujours aussi bourru - avait fortement rassuré Dean - et ses paroles encore plus. Le ‘il va mieux’ teintait comme une douce symphonie aux oreilles du patient et les bips devenus rapides commencèrent doucement à s’espacer pour reprendre un rythme régulier et calme. Son petit frère était vivant.

 

 

-          « …Où il…? 

-          Hé… je vais répondre à toutes tes questions mais va d’abord falloir que tu te laisses examiner par le doc, OK ? Tu viens de te réveiller d’une sacrée longue sieste mon garçon… »

 

 

Et sur ces paroles, le Ranger sortit de la pièce, raccompagné par une infirmière pour laisser place au susnommé ‘doc’.

 

Les fameux examens furent insidieusement longs pour Dean mais ce n’est finalement qu’au bout d’un petit quart d’heure que son médecin attitré, ainsi que deux infirmières, débranchèrent l’électrocardiogramme et le quittèrent en lui promettant une chambre près des soins intensifs - donc plus près de son cadet - visiblement pas aussi en forme qu’il l’aurait voulu. Cette disposition était évidement accompagnée de conditions telles que : laisser sa dernière perfusion en place, minimiser le temps de parole et toute activité quelle qu’elle soit ; en bref : un repos total. L’ainé des Winchester avait eu beau poser d’autres questions, il n’avait eu que de minces nouvelles de son frère - coma artificiel et respirateur était tout ce qui était resté incruster dans son crâne - et le ‘il va mieux’ de Peterson à son réveil résonnait maintenant comme un tambour à ses tympans révélant que son petit frère était arrivé dans cet hôpital probablement avec un pied dans la tombe. Après avoir donné un faux nom de famille ainsi que de fausses informations les concernant Sam et lui, il les avait donc laissé partir en leur demandant le retour du sheriff à son chevet. A peine deux minutes plus tard, il était de nouveau en compagnie du barbu à la carrure démesurée.

 

 

-          «  T’as l’air plutôt en forme pour un gamin resté inconscient depuis trois jours, perforé par un monstre sanguinaire…

-          Ce n’est pas le cas de Sam… » Dean avait toujours cette voix rauque mais de plus en plus assurée néanmoins.

-          « Il va s’en remettre. Les médecins sont confiants.

-          J’ai besoin de le voir…

-          Désolé, mais les ordres des docs sont clairs : pas de déplacement le temps qu’ils ne l’ont pas dit. Va falloir être patient.

-          C’est pas vraiment mon fort.

-          J’avais remarqué. »

 

 

Dean hésita un instant, s’appliquant à un plan de fuite, mais il savait très bien qu’il ne ferait pas le poids contre un Ranger surdimensionné. Il prit donc sur lui, passa sa main sur son visage et fixa le sheriff toujours un peu flou, l’incitant à lui parler pour lui faire passer le temps. Il n’entendit cependant pas grand-chose du récit de l’homme. La fatigue - et les tranquillisants qu’on avait du lui injecter sans qu’il le sache - eurent raison de lui après ses trois premiers mots.

 

 

 

A la fin de la journée, Il fût transféré deux étages plus bas mais n’eût toujours pas le droit de voir Sam. Les infirmières lui promirent qu’au moindre changement chez son cadet, il serait averti aussitôt. Mais il lui fallut attendre près de douze heures supplémentaires pour que ce ‘satané’ médecin vienne enfin lui apprendre que son frère avait fait d’énormes progrès et qu’en conséquence, il le débrancherait de son respirateur et le ferait sortir de son coma dans les heures à venir. Au petit matin du jour suivant, c’est Georges Peterson lui-même qui l’emmena en fauteuil roulant au chevet de son petit frère… enfin.

 

 

La chambre était plus grande que celle où Dean avait élu ‘domicile’ durant sa convalescence. Les mêmes équipements étaient disposés autour du lit de Sam, plus d’autres qu’il ne connaissait pas. Le respirateur était toujours présent à quelques mètres, malgré qu’il soit hors fonctionnement, mais l’électrocardiogramme, lui, crachait ces ‘saletés’ de bips horripilants, lui redonnant spontanément cette migraine fortement désagréable.

Il cala les roues de son fauteuil juste à côté du lit blanc et étudia son cadet avec minutie. Un pansement large couvrait une partie de son front et de sa chevelure en bataille. Il avait un nombre important d’ecchymoses sur le cou et ses avant-bras - pratiquement les mêmes que lui - sa cheville était plâtrée, posée sur un coussin au dessus des couvertures, elles-aussi entièrement blanches, et lui recouvraient le reste de son corps - ce dernier probablement tout aussi enchevêtré de bandages en tout genre. D’après les médecins, Sam n’avait repris connaissance que quelques secondes par intermittence, mais de plus en plus souvent, et jusque là, ils n’avaient pu comprendre qu’un seul mot de sa part : ‘Dean’. Ce dernier attendit donc - encore une fois - que son frère émerge de son repos trop long à son goût.

Bien trop long puisque qu’une infirmière lui demanda de retourner dans sa chambre pour qu’il puisse prendre son déjeuner. Son regard noir dissuada la jeune femme d’un quelconque compromis et on lui apporta donc son repas de midi dans la chambre de son cadet. Mais Dean ne toucha pratiquement pas à sa purée lyophilisée et à sa gelé de groseille mouvante malgré les recommandations de Peterson, qui s’absenta donc après coup.

 

Et les bips si irritants et monotones devinrent aussi agréables qu’une bonne bière désaltérante après une chasse. Ils s’emballèrent légèrement, preuve d’un réveil imminent, et les paupières de Sam s’ouvrirent de moitié.

 

 

-          « Sammy ?! »

 

 

Pas de réponse si ce n’est que la main du patient attrapa le tube transparent au dessous de ses narines et l’arracha d’une traite en laissant retomber lourdement son bras sur le matelas. Trois infirmières suivies de son médecin entrèrent aussitôt pour s’approcher du lit du cadet. Dean fût mis de côté contre sa volonté et regarda de loin tout le petit monde s’affairer autour de Sam. Tout comme lui, son petit frère eût sa dose d’examens et après un sourire sommaire du corps médical, ainsi que quelques explications et conseils - comme : ne le fatiguez pas trop - il se retrouva enfin seul avec un cadet conscient.

 

 

-          « D’n … » Les yeux du plus jeune des Winchester étaient entièrement ouverts maintenant, mais sa voix restait aussi incertaine que sa vue. Ses pupilles étaient toujours dilatées et son regard changeait constamment de direction sans pouvoir fixer plus de quelques secondes le même point.

-          « Hé !... Il était temps Sammy. Pour un peu j’aurais dit que tu faisais ta feignasse…

-          Va t’faire…

-          Ouais moi aussi j’suis content de te voir. » Dean se leva de sa chaise roulante, une main sur son abdomen, accompagné d’une grimace de douleur, pour s’assoir sur le bord du lit de son frère. « Comment tu te sens ?

-          Je… pète le feu. » Répondit le cadet en toussant douloureusement.

-          « Ouais je vois ça…

-          Qu’est-ce qui s’est passé ?» Sam tenta de se redresser mais son corps refusa catégoriquement de le suivre.

-          « Hé, doucement tu veux ?! » Dean replaça son frère sur son oreiller avant de remonter légèrement son dossier. « Là, c’est mieux comme ça ? »

 

 

L’intéressé acquiesça d’un signe de tête et prit une grande inspiration lorsque la porte s’ouvrit après un frappage discret. Peterson entra dans la chambre, un sourire dissimulé derrière sa barbe.

 

 

-          «  Retour au business ?

-          Sheriff … vous êtes vivant ? » Sam resta coi devant l’intrusion du Ranger qui semblait, lui, en bien meilleur état que son frère ou lui-même.

-          «  Fais pas cette tête là fiston, on dirait que t’as vu un fantôme…

-          Mais Nicols il nous a dit qu’il vous avez… oh Nicols, est-ce qu’il est… ? Où est… et est-ce que…?

-          Ok, Sammy, quand t’arriveras à faire des phrases complètes, on passera à la leçon suivante : comment rester conscient pendant une chasse.

-          Je pense que c’est une leçon que vous devriez prendre en commun dans ce cas. » Georges Peterson s’approcha alors du lit avant de pousser le fauteuil roulant vide de l’aîné et de prendre place sur une chaise en plastique.

-          « Rectification : je suis tombé après la chasse… » Dean prit son air offusqué avant de fermer les yeux, balancer sa tête comme un enfant et lever sa main pour encourager le Ranger à reprendre la parole.

-          « Mouais… . Quoiqu’il en soit, je pense qu’une mise au point s’impose histoire de voir plus clair sur les événements passés. » Sam et son aîné acquiescèrent en attendant le début du récit. Peterson prit une grande inspiration avant de rouvrir la bouche pour retourner dans les souvenirs. « Quand nous sommes arrivés au poste numéro deux, Steve et moi, mes gars étaient déjà morts. Enfin c’est ce que j’ai supposé, et à raison, en voyant tous les morceaux éparpillés de chair humaine. J’ai aussitôt voulu vous prévenir mais Nicols m’en a empêché. Son sourire… mon Dieu, son sourire s’étendait jusqu’à ses oreilles alors que les larmes coulaient sur mes joues en voyant les restes de mes collègues. J’ai compris trop tard que mon adjoint s’était bien foutu de nous. Il m’a pris mon arme et m’a tout expliqué. Je ne sais pas pourquoi il a préféré me parler avant de m’exécuter. Peut-être pour me prouver sa grande intelligence, ou peut-être parce qu’on avait quand même tissé des liens lui et moi… mais enfin, bref, quoiqu’il en soit, il s’est mis à déballer les horreurs qu’il avait fait. Que c’était lui qui avait bouffé toutes ces personnes, qu’il avait réussi à berner tout le monde, y compris moi-même. » Le sheriff baissa la tête avant de continuer devant les frères attentifs « Il a commencé à m’expliquer son plan, qu’il vous voulait vivants, par vengeance ou par fierté, je ne sais pas, mais il avait monté son piège depuis le début. Vous attirer dans cette forêt, disperser les traces pour vous séparer et vous avoir plus facilement. Couper toute transmission radio pour éviter les ultra-sons et les échanges entre vous. En capturer un pour appâter l’autre dans sa tanière où il avait tous les avantages de son côté…

-          Ça a plutôt bien marché je dois dire. Comment a-t-il fait pour trafiquer les radios satellitaires ? » Demanda Dean, les dents serrées, en fixant le Ranger.

-          « Il avait mis un minuteur le jour d’avant dans chaque appareil pour les détruire au moment voulu avant de revenir au poste un et de nous offrir sur un plateau ses … ‘découvertes’.

-          Comment est-ce que vous vous en êtes sortis ? » Sam s’accouda sur son lit pour fixer son interlocuteur.

-          « Il m’avait enlevé mon arme mais pas ma radio… et son orgueil à me dévoiler son plan s’est retourné contre lui : j’ai appuyé aussi fort que je le pouvais sur le bouton de transmission du téléphone et je me suis enfui pendant qu’il se débâtait avec les sons aigus. J’ai récupéré sa radio pendant que la mienne poussait la chansonnette et me suis dirigé vers les 4x4 de mes défunts collègues. Comme d’habitude, les clés étaient dessus - ils ne risquaient pas qu’un ours ou qu’un écureuil leur vole leur voiture. Seulement les réservoirs avaient été vidés. Je suis alors parti en courant sur le sentier. La route n’était pas condamnée évidemment - encore un joli tour de la part de mon adjoint. C’est sur le chemin que j’ai essayé de vous contacter, mais les interférences m’empêchaient de vous comprendre et le piège s’est refermé sur nous : ces foutus téléphones par satellite ont rendu l’âme comme il l’avait prévu. J’ai réussi à atteindre la route haute et à revenir à mon 4x4. Comment ? Je ne sais pas. Je pensais que ce cher Nicols m’aurait achevé sur le chemin…

-          Si comme vous le dîtes Steve avait tout planifié, il devait s’en tenir à son chrono. Sam et moi étions déjà séparés quand nous avons reçu votre message. Il devait s’attaquer à l’un de nous avant que l’on comprenne la supercherie et qu’on se rejoigne…. Il vous a laissé vous échapper le temps de s’en prendre à Sam… » Dean cracha ses mots, la fureur faisait gronder sa voix déjà bien rauque.

-          « Ouais ça se tient. Quoi qu’il en soit, je suis revenu avec mon tout terrain, mon dernier fusil et une boite de munitions sous le bras pour vous venir en aide…

-          Pourquoi ? » Demanda Sam incrédule «  Pourquoi vous êtes revenu en sachant qu’il y avait de fortes chances que cette chose vous tue ?

-          Cette chose, comme tu dis, je l’ai aimé comme un fils pendant tous ces mois. Je l’ai pris son mon aile pour qu’il devienne un Ranger et qu’il prenne ma suite à ma retraite. Cette chose… a tué mes collègues et amis, ainsi que des habitants de MA ville. J’étais à deux heures d’une quelconque civilisation, pas de moyen de communication… il ne me restait qu’une seule option : essayer de vous sauver et de venger tous ces morts. 

-          Et croyez-moi quand je vous dis qu’on est plus que reconnaissant sur ce point. » Dean fixa l’homme dans les yeux, un regard rempli de gratitude pendant que Sam baissait la tête accompagné de ses yeux de chiens battus. «  Il vous a quand même chopé sur le retour hein ?

-          Ouais. J’ai garé le 4x4 au poste deux sachant qu’il n’y avait pas d’autres moyens d’atteindre les grottes qu’en marchant. Il faisait nuit et j’avançais à tâtons. Et c’est là qu’il m’est tombé dessus. Je lui ai défoncé le crâne avec mon arme mais il m’a projeté contre un arbre et je me suis réveillé dans une des salles de ces foutues cavernes. Je sais pas pourquoi il m’a pas tué tout de suite… garde manger ?

-          Probablement ! …C’est donc pour ça que j’ai pu atteindre les grottes sans me faire moi-même avoir. Il s’occupait de vous à ce moment là…

-          Content de t’avoir permis d’avancer mon gars…

-          Et moi donc ! » Sourit Dean pour détendre un peu l’atmosphère.  «  Comment vous vous êtes échappé ?

-          Nicols n’avait probablement pas pensé que je connaissais ces mines bien mieux que lui. J’ai joué dans ces cavernes étant tout gosse et je connais l’endroit comme ma poche. J’ai défait mes liens à l’aide de la paroi de la grotte et ensuite je me suis mis à votre recherche. Mais une grande majorité des salles étaient vides. Seule l’une d’entres-elles contenait le sergent Jones du poste trois - encore inconscient mais bel et bien vivant - et une autre où il avait entreposé les différentes armes qu’il nous avait dérobé.

-          On devait déjà être partis à ce moment là… » Fit Sam en se retournant vers son frère, qui acquiesça d’un signe de tête.

-          « Il n’y avait plus que les souterrains miniers, bien plus en profondeurs, que je n’avais pas exploré. Mais les éboulements du dernier tremblement de terre d’il y a quelques semaines avait bien obstrué les entrées. Je suis donc ressorti avec Jones et on a pris de nouveau la direction du poste deux quand il fût capable de marcher.

-          Je ne me rappelle pas vous avoir vu au poste… qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? » Le cadet des Winchester essaya de se redresser mais son frère le cala sur son oreiller avant de continuer.

-          « T’étais déjà dans les pommes quand ils sont arrivés… et prêt à te faire ratatiner par cet enfoiré ; mais le sheriff lui a explosé la caboche… ça lui a pas plu. Jones a essayé de… enfin il…

-          Il ne s’en est pas sorti. » Finit par soupirer le sheriff. «  Mais il nous a permis d’envoyer ce monstre en enfer.

-          Comment ? » Insista Sam.

-          «  La broyeuse à bois… » Dean sourit à son frère sachant pertinemment que ce dernier avait eu l’idée de s’en servir avant de perdre connaissance puisque c’est lui qui l’avait mis en marche. «  Comment tu savais que ça allait fonctionner Sammy ?

-          J’en savais rien. Mais quand je me suis retrouvé accolé à la machine, je me suis dit que s’il y avait un moyen de balancer le Peuchen à l’intérieur alors on avait une chance. Après tout, les broyeuses à bois n’existaient pas au seizième siècle…

-          Ben t’avais raison, ça l’a réduit en bouillie… . Il nous en faudrait une sous la main en permanence, je pense que ça doit exploser pas mal de nos monstres habituels. Ça éviterait qu’on se décarcasse à chaque fois pour trouver l’arme en bois de machin chose, trempé dans des solutions plus merdiques les unes que les autres…

-          Sauf qu’une broyeuse à bois… ça prend un peu de place Dean.

-          C’est pas faux. » Répliqua l’aîné en servant un verre d’eau à son cadet qui recommençait sérieusement à tousser.

-          « Ce que je ne comprends pas c’est : pourquoi ? Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ?... » L’immense Ranger se leva pour se diriger vers la fenêtre. « Pourquoi attendre tout ce temps ? Qu’est ce qui s‘est passé pour que Nicols s’en prenne à des humains ?

-          Pour le : ‘pourquoi ici ?‘, je dirais que la région est idéale pour un monstre en mal de se faire un nid douillé. Y a presque personne, des espaces immenses et des cavernes pour se planquer… » Dean récupéra le verre de Sam et s’en servit un à son tour.

-          « Et pour le reste je pense que quelque chose à déclencher sa faim meurtrière » Continua Sam. « Un évènement important, ou quelque chose qui s’est passé qui l’a fait changer et l’a poussé à tuer, non pas des animaux sauvages mais bel et bien des hommes.

-          Comme une rupture?» Intervint le Sheriff en se retournant vers le plus jeune des frères.

-          « Sa petite copine ? » Demanda Dean « Ils se sont séparés et ça l’a mis en rogne ?

-          Peut être qu’elle a su pour Nicols et que c’est pour ça qu’elle est partie ?

 

-          Si elle est vraiment partie…. Imagine qu’il se soit mis en colère quand elle l’a largué et que du coup il l’a bouffé. Elle avait pas de famille, et personne qui l’a connaissait. Si ça se trouve elle est morte et c’était sa première victime… après ça il a pas pu se passer de la viande humaine…

-          Ouais ça se tient.

-          Mais ça on le saura jamais… »

 

 

 

Peterson se dirigea vers la porte de la chambre en lançant un dernier sourire aux deux hommes. Il posa sa main sur la poignée avant de se faire stopper par Dean.

 

 

-          « Merci pour… vous savez : nous avoir sauvé la vie et tout ça...

-          J’espère franchement ne jamais te revoir toi et ton frère ; ça voudrait dire qu’on a encore une merde sur les bras…

-          J’espère ne pas vous revoir non plus. » Répondit l’ainé en serrant la main du vieil homme. « Qu’allez-vous faire maintenant ?

-          Prendre une retraite anticipée. Va falloir recréer les trois postes de Ranger et j’ai franchement pas envie de reformer des petits merdeux qui font pas la différence entre une merde d’écureuil et une bouse de vache.

-          Ça se comprend…

-          Mais dans un premier temps va d’abord falloir que je finisse mon rapport sur toute cette affaire.

-          Qu’est-ce que vous allez dire ?

-          La vérité : une épidémie a atteint nombre de nos animaux. Ils sont devenus extrêmement agressifs et les plus gros ont attaqué les postes les uns après les autres par surprise…. Après je broderais peut-être un peu pour les détails.

-          C’est pas un peu gros ?

-          Les scientifiques vont être obligés de faire des examens, des recherches et des analyses sur plusieurs espèces dans la forêt, ça va leur prendre des mois, peut-être plus… D’ici là l’histoire sera enterrée. » Le Ranger sourit avant d’ouvrir finalement la porte. « Prenez soin de votre frère…»

 

 

Dean acquiesça et laissa partir le futur ex-sheriff d’Alridge. Lorsqu’il se retourna, Sam avait les yeux fermés. Il s’était endormi. Sa respiration était calme, sa bouche semi- ouverte laissait entrer l’oxygène paisiblement. Il s’en était fallu de peu, cette fois encore, pour qu’ils ne ressortent pas vivants de cette chasse.

Il se rassit alors sur le bord du matelas de son cadet, baissa le dossier de son lit d’hôpital et remonta ses couvertures blanches sur son torse : comment le protéger avec toutes ces choses là dehors ?

 

 


Hecate  (05.01.2014 à 20:03)

Epilogue.

 

 

Elle souffrait. Horriblement. Les premiers signes avaient commencé depuis un moment maintenant, mais plus le temps s’écoulait et plus la douleur était vive et rapprochée. Elle était allongée dans cette pièce de roche tout au fond d’un trou. Il faisait humide et il faisait froid. Tellement froid. Elle était seule, désespérément abandonnée et laissée à son propre sort. Il lui avait juste laissé des bougies qui brulaient les unes après les autres depuis un temps infini. De plus en plus de bougies au fur et à mesures que les jours puis les semaines passaient. Au début il lui emmenait des animaux morts. Elle n’arrivait pas à les faire cuire mais elle les dépouillait quand même pour pouvoir les manger. Mais elle avait faim, de plus en plus faim. Et puis, une fois,  il était revenu avec un homme: c’est lui qui l’avait tué, pour elle, c’est ce qu’il lui avait dit. Il était jeune, de bon gabarit : un randonneur de toute évidence. D’après sa montre toujours en marche, c’était il y a environ un mois. Son besoin de viande fraiche grandissait furieusement au fur et à mesure que le temps passait et que son ventre s’arrondissait. Et donc malgré elle et la répugnance qu’elle pouvait éprouver à l’égard du cadavre, elle en mangea. Au début elle avait été dégoûtée. L’odeur, le sang coagulé, la chair en décomposition… mais elle avait tellement faim qu’elle aurait mangé n’importe quoi au final. Petit à petit elle cura chaque os et chaque cartilage, le moindre morceau de viande ou d’organe restant terminèrent dans son estomac. Et elle en redemanda d’autres… et il lui en ramena d’autres. Des fois juste des morceaux : un bras, des intestins… . Mais elle le soupçonnait de se servir avant de lui emmener sa nourriture quotidienne. Elle était devenue cannibale. Elle pouvait le dire ou même le crier, personne ne l’entendrait de toute manière - elle avait déjà essayé évidement - mais au fond, elle était devenue un monstre.

Comment en était-elle arrivée là ?

Les Ranger avaient recruté, et pour son plus grand plaisir, le nouveau était jeune, de son âge et vraiment très attirant. Ça lui changeait de tous ces vieux pequenots qui lui faisaient des sourires malsains. Au bout de trois jours ils finirent ensemble dans le même lit. Il était tellement gentil et attentionné. Finalement elle n‘avait pas regretté sa fuite dans se trou paumé d’Alridge. Enfin jusque là. Les semaines passèrent et dés le premier mois les choses se compliquèrent. Même si elle était heureuse avec lui, leur relation restait pour le moins récente. Elle avait été si bête, elle ne pensait que ces choses arrivaient uniquement dans les livres ou les films. Il avait suffit que d’une fois. Elle l’avait évidemment caché au reste de la population, trop honteuse de son sort. Mais elle était tellement amoureuse qu’elle accepta de le garder… pour lui. Visiblement il rêvait d’avoir des enfants.

Au début, rien ne se voyait vraiment. Mais au bout de cinq mois, ses formes prirent de l’ampleur et malgré les vieux pulls larges qu’elle avait ressortis, son ventre commençait à attirer les yeux. Prétendant être souffrante, elle resta chez elle pendant un temps et puis tout se dégrada très vite. Il ne s’occupait plus vraiment d’elle, enfin si en un sens puisqu’il n’avait d’attention que pour ce qui grandissait en elle. Il lui dictait ce qu’elle devait faire dans la journée, ce qu’elle devait manger - uniquement de la viande - quand dormir, quand bouger, quand parler.

Et elle essaya de partir de nouveau mais il était trop tard. Il lui en empêcha et lui montra son vrai visage, sa vraie nature. Il l’empêcha d’hurler, de se débattre, de fuir, et la séquestra en définitive chez lui. Pas dans sa maison de nouvel adjoint au sheriff. Non, son vrai chez lui. Les mines abandonnées. Il l’avait placée dans ce trou bien plus profond que les autres. Une partie des galeries s’étaient effondrées lors du dernier tremblement de terre mais il avait trouvé un passage et l’avait laissée finir sa ‘gestation’ comme il lui avait dit, en bonne reproductrice qu’elle était. Elle avait essayé de s’échapper mais sa condition ne lui permettait pas de grimper. Elle avait essayé de crier mais là encore ça avait été peine perdu. Alors elle s’était résignée à mourir. Seulement la ‘chose’ à l’intérieur de son corps la changeait au fur et à mesure et c’est comme ça qu’elle en est arrivé à dévorer de l’humain. Il lui avait dit qu’elle en avait besoin… pour lui, pour sa descendance, les protéines, un maximum de protéines. Rien de mieux que la viande humaine selon lui.

Et maintenant ? … maintenant elle avait mal. Terriblement mal. Elle savait ce qui allait se passer. Les contractions se rapprochaient. Il n’y en aurait plus pour très longtemps. Elle se mit en position. Elle pleurait sous la douleur et poussait aussi fort qu’elle le pouvait. Et elle la sentit. Cette déchirure fulgurante qui paralysa ses membres et la fit suffoquer. Il y eu un cri. Il ne venait pas d’elle mais de son bébé - enfin plutôt de cette créature qui ne ressemblait en rien à un nouveau né humain. Et la douleur revint et s’intensifia. Un deuxième monstre sortait de son corps tremblant et transpirant. Et puis se fût la fin de l’affliction. Les larmes continuaient de couler sur ses joues blanches mais elle laissa son corps s’allongeait et se détendre. A ses côtés deux petits loups difformes et menaçants se chamaillaient. L’un d’eux grimpa sur la paroi. Il voulait sortir et n’aurait probablement aucun mal à le faire, d’autant plus que le deuxième venait de se faire pousser des ailes sur ses flancs. Et puis ses deux enfants se regardèrent un instant et tournèrent leur tête vers elle : leur maman. Un sourire terrifiant s’étira sur leur face et une langue sortit de leur bouche respective pour humidifier en cercle leurs babines noires dégoulinantes de bave. Ils avaient faim et ils avaient faim maintenant.

Elle ferma les yeux en espérant qu’ils attaqueraient la jugulaire en premier… l’agonie durerait mains longtemps. Seulement ce ne fût pas le cas.

 

 

FIN.

 


Hecate  (05.01.2014 à 20:17)

 


Hecate  (05.01.2014 à 21:04)

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