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Série : Robin Hood
Création : 18.02.2010 à 17h39
Auteur : Evangeline
Statut : Terminée
« Attention cette fic contient des spoilers. Elle se situe juste après le dernier épisode de la saison 2... C'est reparti pour une nouvelle aventure! Bonne lecture! » Evangeline
Cette fanfic compte déjà 49 paragraphes
Chapitre 1
Bivouac des hors- la- loi
Palestine
2 janvier 1195
On n’entendait que le silence.
La nuit était tombée sur les dunes d’Alzergia.
Tout était calme.
La chaleur du jour avait laissée place à l’air glacial de la nuit.
Dans le camp, un feu avait été allumé.
Petit Jean, Allan et Much étaient assis autour du feu. Personne ne parlait. Chacun était perdu dans ses pensées. Le feu se reflétait dans leurs yeux. Ils avaient l’air tous les trois abattus. Ils avaient chacun une assiette dans les mains. Mais personne ne mangeait.
Au bout d’un moment, Much soupira et se leva. Il prit une autre assiette et y déposa des fruits et de la viande séchée. Puis il se tourna vers ses deux amis qui le regardaient.
- Je vais le voir, leur dit- il.
Les deux autres hochèrent la tête. Much commença à s’éloigner en direction de la silhouette assise en haut de la dune. Allan et Jean le suivirent du regard puis commencèrent à manger. Dans le silence le plus complet…
*
Assis en tailleur sur le sable frais, Robin scrutait le ciel. Il scrutait le ciel et ses milliers d’étoiles. C’était un spectacle magnifique ! Et tellement apaisant ! C’était la seule chose qui l’apaisait depuis quatre jours.
Quatre jours…
Cela faisait quatre jours que Marian, l’amour de sa vie, celle avec qui il aurait dû passer le restant de ses jours, avait été assassinée...
Assassinée par Guy de Gisborne.
Robin ressentait une haine terrible pour cet homme. Il ne pensait plus qu’au jour où il pourrait se venger. Il ne pensait plus qu’à ça.
Et à Marian…
A chaque fois qu’il fermait les yeux, il la voyait.
Son beau visage, ses grands yeux bleus pétillants, son merveilleux sourire. Il sentait encore son parfum, il entendait encore sa voix… Chaque jour de plus sans elle était un vrai supplice pour lui !
Il avait mal! Tellement mal!
Comme il aurait voulu que la douleur s'arrête!
Mais elle était toujours là.
La douleur lui martelait la poitrine à chaque instant.
Il était à bout. Il n'en pouvait plus.
La seule chose qui le faisait tenir c’était la certitude qu’un jour, il se vengerait de l’homme qui lui avait prit sa femme. Il repensa alors aux derniers moments qu’il avait passés avec elle. Là, en plein milieu du désert, ils s’étaient unis l’un à l’autre. Unis pour le meilleur… et pour le pire…
- Maître ?
La voix de Much fit sortir Robin de sa torpeur. Il se rendit compte alors que des larmes coulaient le long de ses joues. Il s’empressa de les essuyer.
- Much…
Il tourna la tête vers son compagnon qui l’avait rejoint sur la colline de sable.
- Je ne voulais pas vous déranger, s’excusa Much. Mais je vous ai apporté à manger…
Il tendit l’assiette à Robin. Ce dernier secoua la tête.
- Non merci. Je n’ai pas faim.
Much s’agenouilla à côté de Robin et soupira. Il s’attendait à cette réponse.
- Maître vous devez manger. Vous devez reprendre des forces. Vous n’avez presque rien mangé depuis…
- Depuis qu’elle est morte, l’interrompit Robin.
Il ferma les yeux. Il la vit. Il rouvrit aussitôt les yeux.
Much tendit une nouvelle fois l’assiette en avant.
- Faites un petit effort, supplia- t- il. Elle…Marian ne voudrait pas que vous vous laissiez mourir de faim…
Robin le regarda dans les yeux.
- Much…S’il te plaît ! Laisse moi ! Je sais que tu t’inquiètes pour moi…mais j’ai besoin d’être seul. C’est tout ce dont j’ai besoin…
Devant le regard suppliant de Robin, Much céda.
- Bon…Mais si vous avez faim, n’hésitez pas à nous rejoindre autour du feu…
Il se leva, jeta un dernier coup d’œil à Robin qui s’était remis à contempler le ciel, puis il s’éloigna. En redescendant la colline, Much se promit que la prochaine fois, il forcerait Robin à manger. De gré ou de force ! Après cette bonne résolution, il se rassit autour du feu et commença à manger…
*
*
« Mon Dieu qu’ai- je fais ? ». « Qu’ai- je fais ? ».
Depuis quatre jours, Guy de Gisborne ne se posait plus que cette question.
Depuis qu’il avait commis l’irréparable.
Depuis qu’il avait tué Marian.
Il ne cessait de revoir la terrible scène dans sa tête. Il l’avait vu arriver vers lui dans sa belle robe blanche. Elle avait ouvert les bras et s’était interposée entre lui et le Roi.
Le Roi.
Le Roi était à terre après avoir reçu une flèche. Il ne restait plus pour Gisborne qu’à donner le coup de grâce. Un seul coup rapide pour qu’il voie toutes ses envies de pouvoir devenir réalité.
Mais Gisborne n’avait pas eu le temps de frapper. Marian était arrivée pour protéger le Roi, pour l’empêcher de tuer l’Angleterre, avait- elle dit.
Gisborne se prit la tête entre les mains. Après, tout s’était transformé en cauchemar.
Il lui avait parlé du pouvoir et de son désir de l’épouser. Mais elle avait répliqué qu’elle préférait mourir plutôt que de l’épouser. Et elle avait lâché qu’elle allait se marier avec Robin des Bois. Qu’elle aimait Robin des Bois. Ca avait été un tel choc pour Gisborne qu’il n’avait pas réagi tout de suite. Et puis là, au milieu du désert, en la voyant prête à mourir pour le Roi et en l’entendant avouer son amour pour Robin, il avait compris que quoi qu’il fasse, elle ne lui appartiendrait jamais. Là, sans prévenir, quelque chose se brisa en lui. Sans s’en rendre compte, incapable de se contrôler, partagé entre un sentiment de profonde tristesse et de rage immense, il s’était avancé brusquement. Il avait sentit son épée s’enfoncer dans le ventre de Marian. Il avait sentit son corps chaud tout près de lui, il avait vu la lueur dans ses yeux bleus, s’estomper peu à peu.
Gisborne s’était mis à trembler et avait émis une plainte. Qu’avait- il fait ? Il avait lâché la jeune femme. Cette dernière s’était écroulée à ses pieds, l’épée toujours plantée dans le ventre.
- Marian !!!
Gisborne avait entendu Robin hurler.
Il avait reculé, en pleurant.
- Gisborne !!!
Gisborne avait jeté un dernier regard à Marian puis s’était précipité vers le shériff, tout en sachant pertinemment que plus rien ne saurais jamais comme avant…
Gisborne releva la tête et essuya les larmes qui coulaient le long de ses joues. Il irait en Enfer pour ce qu’il avait fait, ça il en était certain ! Il secoua la tête. Il n’avait pas voulu ça ! Surtout pas ! Mais il avait cru que Marian l’aimait autant que lui l’aimait. Alors qu’en faite, elle était amoureuse d’un autre.
De son pire ennemi.
Robin des Bois.
Gisborne serra les poings. C’était autant la faute de Robin que la sienne si Marian était morte. Il était aussi responsable. Et il allait payer pour ça !
- Gisborne !!!
La voix du shériff fit sortir Gisborne de ses pensées. Il se leva. Qu’est- ce qu’il lui voulait encore celui là ? Gisborne en voulait aussi au shériff. Après tout, c’était lui qui avait envoyé Marian auprès de Robin dans le désert.
Gisborne tenta de se ressaisir. Il devait se calmer. Le shériff était encore le shériff. Lui, il n’était rien.
Il sortit de la tente et se dirigea vers celle du shériff. En passant, il jeta un coup d’œil au campement. Il y avait quatre tentes : une pour le shériff, une pour lui et les deux autres pour leur escorte.
Ils avaient commencé le long voyage qui les ramènerait en Angleterre…
*
Le shériff n’avait jamais autant pensé à Robin des Bois que ces jours- ci. Et il n’avait jamais eu autant envie de le tuer que ces jours- ci ! Son plan, son magnifique plan pour assassiner le Roi avait échoué ! Et tout ça à cause de Robin des Bois !!! De Robin des Bois et de cette pestiférée de Marian ! Au moins, ce problème là était réglé puisque Gisborne s’était débarrassé d’elle. Le shériff savait qu’il valait mieux ne pas en reparler à Gisborne et pourtant c’était la seule chose qui le rendait heureux. Marian morte, Robin devait être anéanti ! Pour son plus grand plaisir !
Mais ce n’était pas suffisant. A cause de Robin, le Roi était toujours en vie, au courant de sa traîtrise et les chevaliers noirs étaient discrédités. Alors, il devait payer. Payer de sa vie son échec…
- Vous vouliez me voir ?
Le shériff se retourna. Gisborne venait de pénétrer dans la tente. Le shériff ne perdit pas de temps et parla de ce qu’il avait en tête.
- Vous savez qu’en ce moment je n’ai plus qu’une idée : me venger de Robin des Bois ! Et bien se sera bientôt chose faite !
Gisborne haussa les sourcils, intéressé. Le shériff tendit le bras vers le fond de la tente.
- Approchez…
Un sarrasin sortit de l’ombre et s’avança jusqu’au shériff. Il était grand et musclé. Une cicatrice lui lacérait le visage en dessous de l’œil gauche.
- Voici Karim, dit le shériff à Gisborne. C’est un mercenaire.
Gisborne croisa les bras. Il attendait la suite avec impatience. Le shériff continua.
- Lui et ses hommes ne sont pas très nombreux mais ils sont très efficaces. Ils vont nous aider à nous débarrasser de Robin. Ses hommes m’ont rapporté que Robin avait quitté la demeure de Bassam il y a deux jours. Il a donc deux jours de retard sur nous. Nous n’allons pas retourner en arrière pour le tuer mais Karim et ses hommes vont s’en charger. Car il est hors de question que Robin rentre en Angleterre et sabote mes nouveaux projets ! J’ai donc payé Karim pour que lui et ses hommes s’occupent de Robin. Pour qu’ils le fassent souffrir, avant de le tuer et de me rapporter sa tête !!!
Karim hocha la tête, visiblement ravi de la mission qu’on lui demandait d’accomplir.
Gisborne, lui, esquissa un sourire. Tout irait mieux après. Oui, il aurait sûrement mieux une fois que Robin serait mort…
Chapitre 2
Demeure de Bassam.
3 janvier.
Les premières lueurs de l’aube inondaient la grande maison. A l’intérieur, tout le monde était encore endormi.
Excepté Will.
Assis dans son lit, il réfléchissait. Il entendait la lente respiration de Djaq, qui dormait à côté de lui. Il ne pouvait s’empêcher de penser aux derniers évènements, de sa nouvelle relation avec Djaq à la mort de Marian en passant par sa décision de rester vivre en Terre Sainte avec Djaq. Il tourna la tête vers la femme qu’il aimait. Il esquissa un sourire. Un sourire triste. Il vit alors Djaq ouvrir les yeux.
- Bonjour, murmura- t- il.
- Bonjour.
La jeune femme s’étira et s’assis dans le lit.
- Ca fait longtemps que tu es réveillé ? demanda- t- elle.
Will acquiesça.
- Je n’arrivais pas à dormir.
Djaq lui posa une main affectueuse sur le bras.
- Dis moi ce qui te tracasse.
Will soupira.
- Je pense à Robin, avoua- t- il. J’imagine ce qu’il doit ressentir…Je ressentirais la même chose s’il t’arrivait quelque chose…J’ai tellement mal pour lui.
Il regarda Djaq dans les yeux.
- Il y a des moments où je me dit qu’on aurait mieux fait de repartir avec lui…pour le soutenir…et pourtant, je suis super heureux d’être ici…avec toi…
Djaq hocha la tête.
- Je comprends. Tu t’en veux. Tu t’en veux d’être heureux alors qu’à côté Robin est anéanti.
Elle se rapprocha de lui.
- Mais tu as le droit au bonheur. Tout comme moi. Ce qui s’est passé est …horrible. Mais nous devons continuer à vivre. Robin ne voudrait pas que tu t’empêches de vivre, ajouta- t- elle…Et Marian non plus…
Il y eut un moment de silence. Finalement, Will serra Djaq contre lui.
- Je t’aime, lui souffla- t- il.
- Moi aussi je t’aime…
Les deux jeunes gens restèrent enlacés quelques minutes, puis ils décidèrent de se lever. C’était une nouvelle journée qui commençait. Une nouvelle journée pour profiter pleinement de la vie…
Mais ça n’allait pas durer…
Quelques heures plus tard, Bassam pénétra dans la maison en trombe.
- Saphia !!!
- Je suis dans la volière…
Bassam se précipita vers le fond de la maison. Il surgit brusquement dans la volière faisant fuir trois pigeons. Djaq se tourna vers lui et vit aussitôt que quelque chose n’allait pas.
- Que se passe- t- il ?
Bassam se mit à faire de grands gestes.
- C’est ton ami…Robin…Il est en danger…Il va tomber dans un piège !!!
Djaq lâcha le pigeon qu’elle tenait dans les mains.
- Quoi ?
- Le shériff a engagé des hommes. Il ne leur a donné qu’un seul ordre : que Robin ne quitte jamais notre pays vivant…
- Oh mon Dieu !
Djaq se précipita hors de la volière.
- Will ! cria- t- elle.
Le jeune homme accourut aussitôt.
- Nous partons immédiatement ! s’exclama Djaq. Robin est en danger !
Il n’en fallut pas plus à Will pour courir chercher ses armes.
Quelques minutes plus tard, Will et Djaq se trouvaient dans l’entrée, prêts à partir. Bassam tendit un bout de papier à Djaq.
- Tiens, trouve cet homme. Il pourra vous aider…Surtout soyez prudents ! ajouta- t- il.
- Merci, dit Djaq en se serrant contre lui. Nous reviendrons dès que cette histoire sera réglée, assura- t- elle.
Elle s’écarta et lui sourit pour le rassurer. Puis, elle sortit de la maison. Will se rapprocha de Bassam.
- Ne vous en faites pas, murmura- t- il. Je veillerais sur elle…Vous avez ma parole.
Bassam lui prit la main et lui adressa un regard remplit de gratitude.
- Will ?
- J’arrive.
Will rejoignit Djaq dehors. Les deux jeunes gens adressèrent un dernier signe à Bassam, puis ils se dirigèrent vers leurs cheveux qui les attendaient quelques mètres plus loin. Ils montèrent en selle.
- Prête ? demanda Will.
Djaq hocha la tête.
- Oui allons- y. Il n’y a pas de temps à perdre…
Les deux cavaliers lancèrent leurs montures au galop en ne laissant derrière eux qu’un nuage de poussière…
*
*
- Robin, je t’en prie ! Ralenti !
Allan s’arrêta tout essoufflé. La marche forcée dans les dunes de sables ne lui réussissait pas du tout ! Much et Jean le rejoignirent et regardèrent Robin qui venait de stopper à quelques mètres devant eux. Il revint vers eux, furieux.
- Vous devez avancez plus vite ! s’exclama- t- il. Nous devons les rattraper ! Je veux retrouver Gisborne au plus vite ! cracha- t- il.
Ses trois interlocuteurs se consultèrent du regard. Depuis cinq jours, Robin n’arrêtait pas de changer d’humeur. Un coup, il était abattu, anéanti et l’instant d’après il bouillonnait de rage et de colère. Et alors que la veille, il s’était réfugié dans la solitude et la tristesse, ce matin, son désir de vengeance avait repris le dessus et il s’était empressé de se remettre en route, suivi par ses trois compagnons…
- Robin nous avons marché toute la matinée, commença Jean. Nous devons faire une pause…
- Pas question ! s’emporta Robin. Nous devons continuer ! Je dois continuer !
Le désespoir perça dans sa voix. Les autres le fixaient d’un air désolé. Robin eut envie de hurler. Pourquoi personne ne comprenait sa douleur ? C’est alors qu’il sentit une étrange sensation. Sa vision se brouilla. Il regarda ses compagnons. Ils étaient flous. Il cligna des yeux.
- Maître ? sinquiéta Much en voyant Robin pâlir.
Ce dernier cligna de nouveaux les yeux. Tout s’assombrissait. Il se sentait très fatigué tout d’un coup.
- Je dois le retrouver, murmura- t- il.
Et il s’évanouit.
Jean le rattrapa juste avant qu’il ne touche le sol.
- Maître ! cria Much. Qu’est- ce qu’il a ?
Jean posa délicatement Robin sur le sable.
- Il a besoin de se reposer et de manger, répondit- il. Il n’a plus de force. Allan ?
Allan hocha la tête et sortit de son sac, la carte que Bassam leur avait donné juste avant de partir. Il la consulta du regard.
- Il y a un relais pour les caravanes à 2 km d’ici, dit- il.
Jean prit Robin sur ses épaules.
- Alors en route. Gisborne attendra…
Et il commença à avancer. Allan rangea la carte.
- Robin ne va pas être content quand il va voir qu’on a pris du retard…
Much haussa les épaules.
- On s’en fiche ! L’important c’est qu’il aille mieux !
Chapitre 3
Robin la voyait dans la lumière.
La lumière était partout. Une lumière claire et chaleureuse.
Et au milieu de cette lumière, elle était là.
Marian.
Marian était là, dans une sublime robe blanche et elle était tellement belle !
Robin se rapprocha. Marian le regardait avec douceur.
- Que fais- tu là ? lui demanda- t- elle.
Robin tendit la main et tenta de la toucher. Mais il ne rencontra que du vide.
- Je veux rester avec toi…
Marian sourit.
- Tu ne peux pas rester. Tu dois repartir. Tu as encore tellement de choses à accomplir…
- Pas sans toi c’est trop dur…
Marian commença à s’éloigner.
- Marian ?
Robin voulut la suivre. Mais ses jambes refusèrent de bouger.
- Marian !
La jeune femme était de plus en plus loin.
- Je t’attendrais toujours mon amour, murmura- t- elle.
Et elle disparut.
- Marian !!!
Robin se réveilla en sursaut.
Un rêve.
Ce n'était qu'un rêve.
Il soupira et se frotta les yeux.
Il lui fallut un moment pour comprendre où il se trouvait.
Il était dans un lit sous une grande tente. Il faisait sombre mais Robin aperçut l’ombre d’un feu à l’extérieur. Des éclats de voix lui parvinrent. Il s’assit dans le lit. Où était- il ? Que s'était- il passé ? Il s’apprêtait à se lever quand il sentit une présence à l’entrée de la tente. Il tourna la tête. Une jeune femme venait de pénétrer dans la tente. Elle s’approcha, une bougie à la main.
- Ah, vous êtes enfin réveillé !
En l’entendant parler sa langue, Robin crut entendre parler une autre personne : elle avait le même accent que Djaq. Il l’étudia du regard alors qu’elle allumait d’autres bougies à l’intérieur de la pièce. Il remarqua tout de suite qu’elle était incroyablement belle. C’était une jeune sarrasine entre 25 et 30 ans. Elle avait de longs cheveux noirs et de grands yeux pétillants, qui contrairement à ce que Robin aurait cru n’étaient pas noirs mais bleus. Elle portait une longue robe verte qui mettait sa silhouette en valeur. En la voyant bouger dans la tente, il vit qu’elle se mouvait avec grâce.
La tente était maintenant éclairée par la douce lueur des bougies.
Robin se leva.
La jeune femme se tourna vers lui, un sourire aux lèvres.
- Je m’appelle Yasmina, annonça- t- elle. Avez- vous bien dormi Messire Robin ?
Ce dernier hocha la tête et demanda :
- Où suis- je ? Que m’est- il arrivé ?
- Vous êtes au relais de caravanes des dunes d’Alzergia. Vos amis vous ont conduit ici après votre malaise. Vous avez dormi presque 12 heures.
Robin se rappela alors ce qui s’était passé. Il comprit aussi qu’il avait encore perdu du temps par rapport à Gisborne. Il soupira. Yasmina souleva l’entrée de la tente.
- Je vais prévenir vos amis que vous êtes réveillé et je vous rapporte à manger.
- Je préfère sortir prendre l’air, répliqua Robin. Si ça ne vous dérange pas…
- Alors suivez moi…
Robin sortit à la suite de la jeune femme.
Il se retrouva en plein milieu d’un campement de nomades. Il devait y avoir une dizaine de tentes. Plusieurs feux avaient été allumés. Les dromadaires et les chevaux étaient à l’écart quelques mètres plus loin. Les hommes se trouvaient pour la plupart autour des feux. Ils mangeaient et dansaient. Yasmina ouvrit les bras et engloba tout le campement.
- Voici ma grande famille, dit- elle. Venez…
Yasmina se dirigea vers le plus grand des feux. Robin aperçut Much, Allan et Petit Jean. Quand ils le virent, ils se levèrent tous les trois en même temps.
- Robin !
Ils se précipitèrent vers lui.
- Vous allez bien ? demanda Much.
Robin hocha la tête. Il ne savait pas trop quoi dire. Il était partagé entre deux sentiments : d’un côté, il était furieux contre ses compagnons, car ils avaient encore perdu du temps mais d’un autre côté, ils s’inquiétaient pour lui et il savait qu’ils avaient eu raison de s’arrêter. Et après tout, c'était de sa faute à lui, si ils avaient perdu du temps.
- Vous êtes fâchés ? demanda Much inquiet.
- Non Much, répondit Robin. Je ne suis pas fâché contre vous. Je suis fâché contre moi. Je nous ai ralenti…
Ses trois compagnons gardèrent le silence. Ils préféraient ne rien ajouter car ils ne savaient pas comment Robin allait réagir. En ce moment, il valait mieux ne pas le contredire.
Yasmina regarda Robin.
- Venez. Il est temps que vous mangiez…
*
Robin et ses amis s’assirent autour du feu.
Ce n’est que quand il eu une assiette de ragoût entre les mains que Robin réalisa qu’il était mort de faim. Son malaise l’avait peut- être ralenti mais cela lui avait remis les idées en place : il ne devait pas se laisser mourir de faim s’il voulait se venger de Gisborne… Il prit la cuillère que lui tendait Much et s’empressa de la plonger dans son assiette. La première bouchée était délicieuse. La deuxième fut excellente. Ce ragoût était un vrai délice. Du coin de l’œil, il s’aperçut que les autres l’observaient. Ils devaient surveiller qu’il finisse toute son assiette. Mais il avait tellement faim et c’était tellement bon qu’il n’y avait aucun risque pour qu’il en laisse dans son assiette !
Rassurés de voir que Robin mangeait, les autres se servirent et commencèrent à manger. Yasmina, elle, se dirigea vers deux sarrasins qui parlaient plus loin et se mit à discuter avec eux. Tandis qu’il mangeait, Robin laissa son regard dériver sur l’ensemble du campement. La plupart des gens ne faisaient pas attention à eux. Ils mangeaient, dansaient et riaient de bon cœur. La bonne humeur irradiait dans tout le campement. Il y avait surtout des hommes mais Robin vit qu’il y avait aussi quelques femmes et quelques enfants. Et tout le monde semblait joyeux et de bonne humeur.
Au bout d'un moment, Yasmina se dirigea vers eux, suivi d'un vieux sarrasin et d'un jeune garçon.
- Robin, je vous présente mon père Assan, dit- elle un grand sourire aux lèvres.
Robin se leva et salua Assan. Il vit avec stupeur et incompréhension qu'Assan le regardait avec une lueur de profonde gentillesse et de respect dans le regard.
- Et voici mon jeune frère Caleb, ajouta Yasmina en se tournant vers le jeune sarrasin d'une quinzaine d'années.
Robin le salua aussi et constata avec surprise que lui aussi savait parler anglais.
Assan et ses enfants restèrent avec Robin et ses compagnons quelques instants puis ils se levèrent et se dirigèrent vers d'autres nomades. Avant de partir, Yasmina se tourna vers Robin et ses compagnons:
- Donc c'est toujours d'accord pour demain? On prend la route ensemble?
Robin regarda Much d'un air surpris. Ce dernier afficha un air gêné:
- Pour l'instant nous allons dans la même direction, expliqua- t- il à Robin. Alors Yasmina à, proposer que nous fassions un bout de chemin ensemble...on a pensé que c'était une bonne idée, ajouta- t- il en jetant un coup d'oeil à Jean et Allan.
Robin regarda ses compagnons puis regarda Yasmina qui attendait sa réponse. Il soupira. Ses gens les avaient accueilli, ils s'étaient occupés de lui... Il ne pouvait pas refuser leur proposition. Et pourtant, il savait que ça allait encore les ralentir... Néanmoins il répondit:
- Oui nous partirons ensemble demain.
Yasmina s'éloigna visiblement satisfaite. Much regarda alors Robin d'un air anxieux.
- Non, je ne vous en veux pas Much, assura Robin.
Much poussa un soupir de soulagement tellement fort que Robin ne put s'empêcher de sourire. Il posa la main sur l'épaule de son ami.
- Ca va Much ne stress pas...
Puis il se tourna vers ses deux autres compagnons:
- J'ai été si horrible que ça ses derniers jours pour que vous craigniez autant ma réaction? demanda- t- il.
Jean et Allan haussèrent les épaules, n'osant sans doute pas répondre.
- Un petit peu..., répondit alors Much. C'est que vous changez tout le temps d'humeur...alors on ne sait jamais à quoi s'attendre, ajouta- t- il.
Robin acquiesça.
- Je comprends... Je suis désolé. Mais vous savez...ce n'est pas facile...
Much secoua vivement la tête.
- On sait très bien que c'est dur... mais ne vous inquiétez pas, on ne vous en veut pas, dit- il en répétant la phrase de Robin.
Ce dernier esquissa un sourire puis lâcha:
- Tu as de la chance que se soir je sois relativement de bonne humeur sinon...je ne sais pas ce que je t'aurais fais subir...
Much ne put s'empêcher de déglutir. Jean et Allan éclatèrent de rire.
- Là c'est moi qui te taquine Much, repris Robin.
Alors que Much souriait, Robin alla se resservir en ragoût en pensant qu'il avait bien fait de détendre l'atmosphère entre lui et ses compagnons. Après tout, rien n'étaient de leur faute...
*