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Série : The Wheel of Time
Création : 19.06.2025 à 12h45
Auteur : sanct08
Statut : Terminée
« Moiraine Damodred est de retour chez elle et est confrontée à l'amertume que sa mission et les récents évènements ont éveillé en elle (saison 2). » sanct08
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Cet OS a été écrit dans le cadre du défi HypnoFanfics 4
Amertume
La nuit était tombée depuis longtemps maintenant mais Moiraine ne parvenait pas à trouver le sommeil. Les derniers évènements l’avaient bien trop secouée pour que son esprit soit apaisé. Et revenir à la demeure familiale n’avait rien arrangé ! Elle avait conscience qu’elle n’avait pas d’autres choix mais elle détestait devoir renouer avec son passé. S’il y avait bien une chose de laquelle elle n’était pas fière, c’était son nom de famille et l’héritage qui allait avec. Comment vivre en paix en sachant que votre oncle avait déclenché l’une des guerres les plus meurtrières de l’Histoire par simple égoïsme et ambition ? Enfermée à la Tour Blanche, elle avait vécu le conflit comme simple spectatrice. Alors Acceptée, elle ne savait de la guerre que ce qui arrivait sous forme de rumeurs ou ce que les Aes Sedai acceptaient de révéler à leurs élèves. Elle n’était cependant pas ignorante au point de ne pas connaître la raison qui avait provoqué le conflit : la taille d’une pousse de l’Avendesora, le mythique arbre de vie, offert des siècles auparavant par les Aiels à la famille régnante du Cairhien. En compagnie de sa jeune sœur, Moiraine avait eu la chance de goûter à la paix absolue que le végétal dispensait à tout être vivant qui se trouvait sous son immense ramure. Elle avait également occasionnellement grimpé aux branches de l’arbre, sans Anvaere qui était moins farouche qu’elle, et récolté quelques réprimandes pour son comportement inadéquat pour une jeune fille de son rang. Penser à la mégalomanie de Laman, son oncle, et à ce qu’elle avait engendré faisait encore naître la honte en elle. Une honte intense, inégalable et éternelle. La folie mégalomane de Laman avait provoqué la chute de la maison Damodred et mit fin brutalement à l’existence dorée qu’elle avait connue pendant 22 ans (dont 6 passés à la Tour). Seuls des lambeaux de son insouciance d’antan subsistaient encore… Moiraine soupira involontairement d’aise en se remémorant ce qu’elle avait ressenti en ce temps-là. Que ne donnerait-elle pas aujourd’hui pour retrouver cette paix ! Depuis cette époque funeste, elle avait coupé tous les ponts avec sa famille et elle en payait aujourd’hui les frais. Anvaere, sa jeune sœur, ne l’avait pas accueillie à bras ouverts à son arrivée à Cairhien et Moiraine avait dû faire preuve d’autorité et rappeler son droit d’aînesse ainsi que son titre de cheffe de la famille Damodred pour faire taire ses récriminations. Elle n’était pas fière de sa réaction… Elle savait qu’Anvaere l’avait toujours adorée et qu’elle avait très mal vécu leur séparation. Le départ de Moiraine, à 16 ans, pour la Tour Blanche où elle devait suivre une formation pour devenir Aes Sedai avait été un déchirement pour sa frangine. Finis les moments de partage sororaux, les éclats de rire et les heures entières consacrées à se préparer pour la moindre fête donnée au Palais du Soleil. Moiraine avait enterré leur enfance et Anvaere ne le lui avait jamais pardonné.
Aujourd’hui, l’Aes Sedai devait faire face à des décennies de rage et de frustration. L’accueil de sa jeune sœur avait été très froid, révélateur du fossé qui s’était creusé entre elles. Elle poussa un long soupir de lassitude. Elle était fatiguée. Elle n’aurait osé l’avouer devant qui que ce soit parce qu’elle avait l’habitude de taire ses émotions mais elle avait atteint ses limites. Les derniers mois avaient été très éprouvants pour elle et elle avait plus que jamais l’impression de ne pas avoir de contrôle sur les évènements. Elle avait l’impression que le monde entier lui tournait le dos, à moins que ce ne soit elle qui tournât le dos au monde entier… Elle avait rejeté Lan, refusait de s’ouvrir à Siuan, avait forcé ses protégés à affronter leurs destins et ne parvenait pas à renouer le dialogue avec sa sœur. Sans qu’elle ne les ait senties venir, des larmes coulaient maintenant sur ses joues. Des larmes d’épuisement et de rage. Elle était furieuse contre son comportement avec son Champion (qui était pourtant l’une des personnes auxquelles elle tenait le plus au monde), furieuse contre elle-même pour sa peur d’être écartée de sa mission par la femme qu’elle aimait (alors qu’elles avaient œuvré main dans la main pendant ces 20 dernières années), furieuse contre la Roue qui se jouait d’elle…
Tout à coup, sans trop bien savoir pourquoi, elle se surprit à quitter sa chambre et à prendre la direction du boudoir dans lequel Anvaere avait installé tout le mobilier de leur défunt père. Sans doute avait-elle besoin de se sentir réconfortée et le lieu de travail de son père avait souvent été son refuge. En pénétrant dans la pièce, elle constata qu’Anvaere avait même poussé le vice jusqu’à aménager la pièce à l’identique du bureau de leur paternel. Moiraine avait toujours aimé passer du temps en compagnie de son érudit papa avec lequel elle partageait d’ailleurs sa passion de la lecture et de l’Histoire. Enfant, elle adorait l’écouter lui parler du monde d’avant la Dislocation et lui raconter les mythes fondateurs des diverses civilisations. Dalresin trouvait en sa fille une auditrice attentive, curieuse et vive. Aucun détail, même infime, ne lui échappait jamais. Le père de famille s’enorgueillissait de l’intelligence de sa pupille et ne ratait jamais une occasion de faire savoir à quel point il était fier d’elle. Son comportement avait poussé les siens à affirmer, sans doute avec raison, que Moiraine était son enfant favori. Celle-ci s’en défendait mais elle devait bien admettre qu’il avait toujours été plus attentif à son quotidien qu’à celui de sa sœur. Plus jeune, ce comportement la gênait. A présent, il la peinait même si elle refusait toujours de reconnaître officiellement que tout le monde avait raison. Cette différence de traitement n’avait pas aidé à réconcilier les 2 femmes. Perdue dans ses pensées, Moiraine laissait ses pas la conduire à travers la pièce. Bientôt, elle se retrouva face au portrait de son père suspendu au-dessus de la cheminée. Le sourire bienveillant du défunt raviva la douleur de sa perte chez sa fille qui se laissa choir dans son fauteuil préféré positionné devant l’âtre. Le tissu capitonné conservait encore l’odeur du tabac à priser qu’affectionnait Dalresin ainsi que de vagues effluves du parfum d’Alina, sa mère. Elle se revit soudainement toute petite fille assise sur les genoux de son père en train d’admirer la soyeuse chevelure que sa mère aimait à peigner devant ses filles et la tension qu’elle avait accumulé ses derniers mois eut enfin raison d’elle. Revenir au Cairhien lui permettait de renouer avec son humanité et de laisser tomber le masque qu’elle portait depuis sa rencontre avec les jeunes gens de Champ d’Emond. Celui d’une femme sûre d’elle-même, sans failles et presque omnisciente. Une femme que, à l’instar de son Champion, rien ne semblait pouvoir abattre. Elle se mit à sangloter de manière incontrôlable et se prit le visage entre les mains pour cacher cette marque de faiblesse. Elle n’aurait su dire combien de temps elle resta là à se morfondre sur son sort mais les mots doux et rassurants que sa mère lui marmonnait pour la consoler après un cauchemar ou les berceuses que chantait son père pour l’apaiser ne quittèrent pas un instant son esprit, renforçant son besoin de redevenir une enfant que rien ne préoccupe. Une enfant sur les épaules de laquelle ne reposait pas le destin d’un homme à peine sorti de l’adolescence et qui devait sauver le monde. Ou le détruire et provoquer une catastrophe d’une ampleur inégalée. La fatigue finit par prendre le dessus et elle plongea dans une sorte de semi-sommeil. Elle sentit alors que quelqu’un posait une couverture sur elle en même temps qu’une voix douce lui assurait que tout allait rentrer dans l’ordre. Dans un premier temps, elle pensa que ses parents avaient quitté leur sommeil éternel pour venir l’épauler avant de réaliser l’ineptie de cette idée. Elle reconnut alors le parfum de lys que portait toujours Anvaere. La vieille dame se tenait à ses côtés et faisait preuve d’une tendresse nouvelle compte tenu de la teneur glaciale de leurs récents échanges. Moiraine leva vers elle un regard plein de reconnaissance et d’amour et lut dans les yeux de sa sœur une volonté sincère de l’aider à traverser la tourmente dans laquelle elle était engluée.
« En dépit de tout ce qui nous sépare, toi et moi serons toujours sœurs. J’ignore ce qui te tracasse mais, pour une nuit, cessons de nous battre froid. »
Moiraine lui sourit et, comme au bon vieux temps, Anvaere s’assit à ses pieds et posa sa tête sur les genoux de sa grande sœur. Automatiquement, celle-ci commença à lui caresser les cheveux, un geste qui lui procura un immense bien-être. Elle ne prenait conscience que trop tardivement qu’avoir coupé les ponts avec elle lui avait été nocif. Envers et contre tout, elles restaient soeurs. Moiraine se promit alors que, si elle survivait à l’Ultime Bataille, elle ferait tout son possible pour se rapprocher d’elle.
FIN