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Série : Robin Hood
Création : 15.12.2014 à 10h01
Auteur : byoann
Statut : Terminée
« Il s'agit de la suite de l'épisode "Le pardon". Cet EV comporte 26 chapitres. J'écris seul merci. » byoann
Cette fanfic compte déjà 48 paragraphes
CHAPITRE XIV
« CONNAIS-TU UN ENDROIT OU NOUS POURRIONS NOUS INSTALLER ? »
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a pénombre commençait à envahir la ville de Maidstone lorsque les hors-la-loi arrivèrent, en courant, à la lisière de la forêt. En pénétrant dans le sous-bois, ils s’arrêtèrent pour se reposer et pour s’assurer que personne ne les suivait : Aucun garde à l’horizon. Ces derniers avaient préféré ramener leur chef, inconscient, dans ses appartements. |
Robin : « Il nous faut du feu. Nous n’y verrons bientôt plus sans une torche. »
Will : « Je m’en occupe. »
Robin vint alors s’asseoir près de James et de Godwin.
Robin, mettant une main sur l’épaule de James : « Ça va aller ? »
James, furieux : « Mais arrêtez de me poser cette question !... Comme si j’avais encore cinq ans ! »
Il se leva et s’écarta du groupe. Robin le laissa évacuer sa colère un peu plus loin.
Robin à Godwin : « Connais-tu un endroit où nous pourrions nous installer ? »
Godwin, se levant : « Euh… Oui…. Oui, je connais un lieu bien connu des chasseurs. On s’y repose lors des retours de chasse. C’est près de la rivière. L’endroit est dégagé. On pourra y faire un feu et il y a toujours de l’eau même en plein été.
Robin, se levant à son tour : « Parfait… Conduis-nous ! »
Robin se rendit près de Will et de Djaq qui finissait d’allumer la torche que Will avait bricolée. Godwin prit les devants et les mena un quart d’heure plus tard dans une clairière au bord de la rivière Medway.
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La bande s’arrêta au pied d’un arbre aux branches gigantesques à quelques pas du bord de la rivière. |
Épuisé, James s’effondra en larmes.
Robin : « Will ? Djaq ? Vous vous occupez du feu ?... Jean, Much et Allan ? Vous pouvez ramasser du bois ? »
Se doutant que Robin les éloignait pour pouvoir parler avec le jeune Comte, la bande accepta ses ordres sans rouspéter et ce malgré la fatigue.
Godwin : « Euh… Je vous accompagne ! »
Seul avec James, Robin s’assit à côté de lui sans dire un mot. Il attendit qu’il veuille bien se confier. C’est ce qu’il fit quelques minutes plus tard.
James, pleurant : « C’est fini, Robin !... C’est fini ! »
Robin : « Non, il ne faut pas dire ça ! »
James : « C’est fini !... J’ai signé ! »
Robin : « De quoi parles-tu ? »
James : « J’ai signé une proclamation donnant les pleins pouvoir à Simeon. Il va pouvoir restaurer l’ordre dans le comté et montrer ainsi au peuple que je suis un incapable... Il n’aura plus qu’à demander au Prince Jean la destitution de mon père de ses terres et de ses titres et les réclamer pour lui-même pour service rendu… Tu vois… C’est terminé et c’est de ma faute. Mon père va être déchu de ses titres par la faute de son propre fils !... J’ai tellement honte ! Si Andrew avait été là… »
Robin, le coupant : « Il se serait passé la même chose… Et puis cela n’arrivera pas… Nous nous y opposerons ! »
James, sceptique : « Nous ? Qui ça nous ? »
Robin : « Toi, moi et la bande ! »
James : « Mais regarde où nous en sommes. Nous sommes traqués et réfugiés dans la forêt. Que veux-tu qu’on fasse ? »
Robin : « Nous trouverons une solution… Tous ensemble, nous pouvons renverser la situation. Crois-moi ! Ce soir, tu es découragé. C’est normal avec tout ce qui s’est passé aujourd’hui… Mais nous allons nous reposer et demain matin, nous commencerons à agir tous ensemble ! Fais-nous confiance !... Tu sais ?... Nous avons connu des situations plus périlleuses ! »
James, sceptique : « Ah oui ? »
Robin, affirmatif : « Oui et nous nous en sommes toujours sortis. Tu sais pourquoi ? »
James : « Non ! »
Robin : « Parce que nous sommes une équipe… et parce que nous croyons en la cause que nous défendons… Il faut que, toi aussi, tu y croies sinon cela ne marchera pas ! »
Robin vit que Djaq et Will avaient réussi à allumer un feu et que le reste de la bande arrivait les bras chargés de bois.
Robin : « Allez… Viens te réchauffer auprès du feu car le temps est humide ce soir ! »
James se laissa conduire près du feu et s’assit avec les autres en repensant à sa conversion avec Robin. Ayant fui le château, ils n’avaient emporté ni couvertures ni nourriture. De même, leurs chevaux étaient restés dans les écuries du château. Avec les feuilles tombées aux alentours, ils se confectionnèrent des couchettes de fortune puis s’installèrent le plus confortablement possible pour profiter de la chaleur bienfaisante du feu de camp.
Much : « Tenez !... J’ai remarqué qu’il y avait quelques baies sauvages par là-bas. J’en ai cueilli un peu. Cela nous servira de dîner pour ce soir. J’irai en cueillir davantage demain matin pour notre petit déjeuner. »
Robin, avec gratitude : « Je te remercie, Much. »
Much avait trouvé une écorce d’arbre suffisamment grande pour s’en servir comme d’un plateau sur lequel il disposa les baies. Il fit passer le plat auprès de ses compagnons. Chacun put en manger quelques-unes. Robin passa le plat à son voisin James mais celui-ci refusa.
James : « Je n’ai pas faim ! »
Robin insista : « Mange. Tu te sentiras bien mieux après. »
James détestait qu’on le force à faire quelque chose qu’il ne voulait pas faire. Avec défi, il fixa Robin du regard. Mais manquant d’énergie pour s’opposer à lui, il finit par obtempérer et se servit. Il passa ensuite le plat à son voisin. Chacun dégusta son repas frugal dans le silence.
Much : « Maître ?... Vous avez un plan pour nous sortir de ce guêpier ? »
Petit Jean : « Ça va être dur ! »
Allan : « Tu m’étonnes !... Comment fait-on pour redonner confiance dans un dirigeant à tout un peuple ? »
Much : « Maître ? »
Robin n’avait pas écouté ses compagnons et son regard s’était perdu dans les flammes.
Robin, revenant à lui : « La partie va être serrée ! »
James : « C’est perdu d’avance ! »
Much : « Ça veut dire que le shérif a gagné ? »
Robin, en colère : « Hors de question ! »
Allan : « Moi, je veux bien mais t’as un plan ? »
Robin : « Oui, j’ai un plan mais je vous en parlerai demain matin. Pour le moment, nous ferions mieux de dormir. »
Morte de fatigue, la bande ne rouspéta pas. Ils s’installèrent aussi confortablement qu’ils pouvaient et s’endormirent les uns après les autres. Même James s’endormit rapidement, rompu par les évènements passés et rassuré d’avoir trouvé un allié dans sa lutte pour sauver l’héritage de sa famille. Seul Robin ne s’endormit pas tout de suite afin de peaufiner son plan pour l’exposer le lendemain matin.
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Pendant que les hors-la-loi trouvaient refuge dans la forêt d’Ashdown…

Les soldats avaient ramené leur capitaine dans ses appartements. A peine l’avaient-ils installé dans son lit que Simeon reprit connaissance. Il chercha à se lever.
Un garde : « Mon capitaine ? Ça me semble pas très raisonnable de… »
Simeon, grimaçant et se frottant la tête : « Est-ce je t’ai demandé ton avis ?... Prends autant d’hommes que possible et poursuis-les au lieu de rester planter là ! »
Le garde : « Mais… Capitaine ? Ils sont probablement déjà loin dans la forêt, maintenant ! »
Simeon : « Et alors ? Tu as toute la nuit pour me les retrouver ! »
Le garde, le saluant : « A vos ordres, capitaine ! »
Les gardes se retirèrent en laissant Simeon, seul, dans sa chambre. Celui-ci repensa aux derniers évènements. Il se revoyait triomphant dans la chambre de James avec la proclamation en main et puis, tout à coup, tout a basculé. Soudain, il se leva brutalement de son lit comme s’il avait été piqué par une abeille.
Simeon, furieux : « J’espère qu’elle n’a pas… »
Sans finir sa phrase, il se précipita vers les appartements de Jane. Sans se faire annoncer, il entra brutalement dans les appartements de la jeune femme. Les portes claquèrent contre le mur faisant sursauter les personnes présentes. Jane et Marianne se retournèrent brutalement vers l’intrus.
Jane, mécontente : « Mais que signifie ces manières, Messire Blackson ? Ne vous a-t-on pas appris à vous annoncer avant d’entrer chez les gens ? »
Simeon, mécontent : « Epargnez-moi ces simagrées, ma chère ! »
Jane, outrée : « Comment ? Mais… »
Simeon, la coupant : « Etes-vous mêler de près ou de loin à l’évasion qui vient d’avoir lieu ? »
Marianne, se portant au secours de sa cousine : « Messire Blackson, je puis vous assurer que… »
Simeon, la coupant d’un ton sec tout en regardant Jane : « Il vous sied bien de parler pour elle !... [Puis lentement, se tournant vers Marianne et d’un ton plus calme] Mais que faites-vous ici, Lady Marianne ?... Je vous croyais entrain de vous reposer dans vos appartements ? »
Jane : « Lady Marianne est venue s’assurer que… »
Simeon, l’interrompant : « Ce n’est pas à vous de répondre ! »
Marianne intervint aussitôt : « Lorsque nous avons entendu sonner le tocsin, nous avons eu peur et nous nous sommes réfugiées ici, voilà tout !... Et vous ?... Pourquoi faites-vous irruption ainsi dans les appartements d’une dame à une heure aussi tardive ? »
Simeon, reportant son regard sur Jane : « Je suis venu m’assurer d’une chose ! »
Jane : « Et laquelle, je vous prie ? »
Simeon : « Je répète ma question. Avez-vous, oui ou non, un rapport quelconque avec l’évasion de ce soir ? »
Jane, faisant mine de ne rien savoir : « Il y a eu une évasion ? »
Simeon : « Comment si vous l’ignoriez ? »
Marianne : « Comment l’aurions-nous su ?... Nous n’avons pas bougé d’ici. Nous pensions jusqu’à présent que le tocsin sonnait en raison d’une émeute dans la ville basse ! »
Simeon : « Non, il ne s’agit pas de cela. Un homme s’est introduit dans le château et a libéré les prisonniers ! »
Marianne : « Vous nous l’apprenez ! »
Simeon à Jane : « J’espère que je n’apprendrai pas que vous ayez servi de diversion lorsque nous étions dans la chambre de votre frère… Chère Lady Jane… car sinon gare… »
Jane, mécontente : « Comment pouvez-vous penser cela ? Je vous rappelle que c’est vous-même qui m’avez fait quérir afin de vous rejoindre dans la chambre de mon frère... Pour le convaincre de signer votre proclamation. »
Simeon : « D’ailleurs, vous n’avez pas été bien brillante. Je vous ai connu plus persuasive. Peut-être vous attendiez-vous à ce que nous soyons dérangés ? »
Jane : « Pas du tout. Je ne suis qu’une faible femme, Messire. Je ne m’intéresse que très peu aux affaires du comté. C’est mon frère qui s’y emploie et il ne suit pas toujours mes conseils. [D’un ton plus ferme]… Alors Monsieur... Je vous somme de cesser vos insinuations sur le champ… Et je vous prierai d’avoir la courtoisie de bien vouloir vous retirer. »
Simeon étant à court d’arguments, il n’eut pas d’autre choix que de se retirer. Il referma les portes de l’appartement de la jeune femme non sans leur avoir jeter un dernier regard noir.
Une fois Simeon parti, Annie : « Ouf… Nous l’avons échappé belle ! »
Jane : « Alors Robin et ses compagnons ont bien quitté le château ? »
Marianne : « J’en suis maintenant certaine sinon Simeon ne se serait pas mis dans cet état-là. Robin est loin maintenant. Probablement quelque part dans la forêt avec James. »
Annie : « Et Godwin ! »
Jane, surprise : « Godwin ? »
Annie : « Oui. Robin m’a demandé de le libérer en même temps que lui et ses compagnons. »
Jane, s’asseyant sur une chaise : « Oh ! Que je suis soulagée !... Mon bien-aimé est maintenant en sûreté. Ce maudit capitaine ne pourra plus lui faire de mal ! »
Impressionné par l’esclandre de Simeon, Elisabeth : « Mais il en va différemment de nous ! »
Marianne : « Ne t’en fais pas, Elisabeth. Simeon va avoir bien du fil à retordre avec Robin pour avoir le temps de songer à nous ! »
Jane : « Vous en êtes sûre ? Ne croyez-vous pas qu’il faudrait mieux que nous nous sauvions pour aller les rejoindre dans la forêt ? »
Marianne : « Non, je ne pense pas. Nous risquerions plutôt d’attirer l’attention sur eux. De plus, je pense que nous devrions rester ici et essayer d’espionner Simeon afin de renseigner Robin sur ses agissements ! »
Jane : « Mais comment ? »
Marianne : « En étant discrète et docile vis-à-vis de Simeon. »
Jane : « En jouant la comédie quoi ? »
Marianne : « Exactement ! »
Jane : « Et comment ferons-nous pour faire parvenir ces informations à Robin ? »
Marianne, souriant : « Oh mais je suis sûre qu’il parviendra à nous rendre visite. »
Jane : « Quoi ? Ici ? »
Marianne : « Oui. Il a de l’entrainement. Il le fait souvent à Nottingham. »
Annie : « Et puis James et Godwin lui indiqueront les passages à emprunter ! »
Cela sembla rassurer Jane et Elisabeth de savoir qu’elles n’étaient pas coupées de Robin et de ses compagnons.
Marianne : « Bien… Pour l’heure, il est temps d’aller se coucher. »
Marianne se leva suivie d’Annie.
Marianne : « Bonne nuit, cousine… A demain ! »
Jane, l’imitant : « Bonne nuit, Marianne et merci encore. Votre présence m’est d’un grand réconfort. »
Marianne lui adressa un chaleureux sourire puis quitta les deux femmes. Elle rentra dans ses appartements, fourbue mais ravie que leur plan se soit déroulé sans accroc. Maintenant, c’était à Robin de trouver un plan pour que la famille de Jane puisse retrouver ses droits sur le comté. Quelques minutes plus tard, elle se coucha dans son lit douillet en pensant à Robin qui devait dormir dehors dans le froid.
Marianne, en fermant les yeux : « A toi de jouer maintenant… Robin des bois ! »
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Le lendemain matin, près de la rivière Medway…

Robin fut le dernier à ouvrir les yeux. Il vit ses compagnons entourant Djaq qui leur servait le petit déjeuner.
Much, les yeux encore ensommeillés, à Djaq : « Tu t’es réveillée de bonne heure ? »
Djaq, en souriant : « Oui. J’ai déjà mangé et fait ma toilette ! »
Much, baillant : « Je ne sais pas comment tu fais… Moi, je ne suis pas du matin ! »
Robin, arrivant le dernier : « Où est Petit Jean ? »
Djaq : « Il s’est levé comme moi… Il est parti chercher du bois ! »
Allan, s’étirant : « Oh que le sol est dur ! »
Djaq : « Tiens… Prends quelques fruits et va te baigner dans la rivière…. Cela détendra tes muscles endoloris. »
Much, avec dégoût : « Dans la rivière ?... Pas question, elle est glacée ! »
Djaq : « Pas du tout !... Je dirai plutôt qu’elle est tonique. Et puis ça ne sera pas du luxe car je veux pas dire mais… vous sentez très mauvais ! »
Much, offensé : « Non, ce n’est pas vrai ! »
Robin, souriant : « En tout cas, cela nous détendra un peu avant d’exécuter mon plan. »
James, sérieux : « Quel est-il ? »
Much, bougonnant : « En tout cas, moi, je ne mettrai pas la tête sous l’eau. »
La bande commença son repas mais Robin attendit que Petit Jean les rejoigne avant d’exposer son plan. Comme le déjeuner se composait de quelques fruits ramassés par Petit Jean et Djaq dans la forêt, il fut très vite expédié.
Robin, déposant l’écorce qui lui servait d’assiette : « Bon… Voici nos objectifs. Tout d’abord, nous devons nous occuper des mercenaires qui pillent les villes et les villages du comté. Ensuite, il faut faire en sorte que la population retrouve confiance en James et sa famille. Puis enfin, il faut prendre le château d’assaut et s’emparer de Simeon et de ses complices. »
Allan, écarquillant les yeux : « Oh ben oui… Facile !... Et s’il nous reste un peu temps, on pourrait s’occuper de la paix dans le monde pendant que tu y es ! »
Robin : « J’ai conscience que c’est une tâche ardue… »
Much : « Ardue ?... Mais maître ?... C’est impossible ! »
Petit Jean : « Ils ont raison… Et puis comment redonner confiance à tout un peuple en si peu de temps ? »
Robin : « J’ai conscience des difficultés mais il faut prendre les problèmes un par un. D’abord les mercenaires !... Si nous arrivons à faire cesser les attaques, les gens seront plus faciles à convaincre. »
Petit Jean, sceptique : « Oui c’est vrai mais… »
Allan : « Et tu les trouves où, tes mercenaires ? »
Robin : « Ce sera ça notre première mission ! »
Allan : « Et puis ensuite tu fais quoi ?... Tu leur demandes bien gentiment… S’il vous plaît, messires, auriez-vous l’amabilité de quitter notre comté ? »
Robin, irrité : « Je n’ai pas de réponses toutes faites, Allan !... Nous aviserons au fur et à mesure !... Et j’aimerais que tu te montres un peu moins défaitiste ! »
Allan ne répondit pas et préféra se mettre en retrait.
Robin, d’une voix calme : « Djaq ? Qu’en penses-tu ? Tu n’as encore rien dit. »
Djaq : « Il nous faudra des armes !... De l’argent et de la nourriture afin de nous installer ici plus confortablement.»
Robin lui sourit. Il savait qu’elle pensait la même chose qu’Allan mais elle préféra se montrer plus constructive et, se faisant, elle lui indiquait qu’elle était partante malgré tout.
Robin, souriant : « Tu as raison. C’est pourquoi nous allons faire ce que nous faisons le mieux. Détrousser quelques riches voyageurs et nous équiper. »
Will : « Je peux fabriquer des flèches… en grand nombre, si l’on m’aide. »
Much : « Je t’aiderai ! »
Will : « Merci Much ! »
Robin : « Très bien. Pendant ce temps, nous autres, nous attaquerons les voyageurs. Vous êtes d’accord ? »
Petit Jean : « Tu peux compter sur moi ! »
Robin : « Allan ? »
Allan, contraint : « Bien sûr, tu peux aussi compter sur moi. [Se tournant vers James et Godwin]… Et où doit-on se rendre pour trouver des voyageurs dans cette forêt ? »
Godwin : « Moi, je sais. Sur la route du Sud. Elle relie Londres au port de Douvres. Nous y trouverons certainement de riches marchands ! »
Robin, se réjouissant : « Parfait ! Eh bien, allons-y ! »
Djaq, se mettant en travers de ces compagnons : « Pas si vite, Messieurs ! »
Les garçons, irrités : « Quoi ?... Qu’est-ce qu’il y a encore ? »
Djaq : « Vous devez d’abord allez vous baigner. »
Les hommes rouspétèrent mais Djaq insista.
Djaq : « Cela vous détendra… [Et d’une voix basse] Et cela calmera certaines humeurs. »
Pendant que ses compagnons acceptèrent bon gré mal gré d’aller se baigner, Robin resta un moment près de Djaq.
Robin, lui souriant : « Tu es la meilleure ! »
Puis il rejoignit ses hommes. Il savait que Djaq voulait que ses compagnons, grâce à ce moment d’intimité, se parlent afin de faire retomber les tensions qu’elle avait ressenties après le petit déjeuner. Après avoir retiré leur tunique, Will, Much, Allan et James s’étaient légèrement écartés des uns des autres avant d’entrer dans l’eau. Lorsqu’ils furent dans l’eau jusqu’aux genoux et n’ayant aucun ustensile pour se laver, ils s’aspergèrent le haut du corps puis ressortir afin de se laisser sécher au soleil quelques minutes. Robin choisit de se placer entre Allan et Will. Après avoir retiré son vêtement et s’aspergé le torse, Robin vit qu’Allan n’avait pas suivi les autres. Il était resté dans l’eau le regard perdu dans le vide. Robin s’approcha lentement de lui. Il devina l’objet de son angoisse.
Robin : « Tu penses à Annie, n’est-ce pas ? »
N’ayant ni vu ni entendu Robin s’approcher, Allan sursauta : « hein ?... Quoi ? »
Robin : « Tu t’inquiètes pour Annie ? »
Allan regarda en direction de ses compagnons mais ceux-ci remettaient déjà leur tunique et s’apprêtaient à retourner vers le foyer pour se réchauffer. Il reporta son attention sur Robin qui lui faisait face.
Allan, baissant la tête : « Oui ! »
Robin : « Je m’inquiète aussi pour Marianne, tu sais ! »
Allan, s’empressant de rétorquer, plein d’espoir : « Alors ?... Allons les chercher au château et ramenons-les ici ! »
Robin : « Avec aussi peu d’hommes ?... Ce serait du suicide… J’y avais songé aussi ! »
Allan : « Je suis désolé mais je ne peux pas m’empêcher de penser à elle ! »
Robin : « nous ne sommes pas les seuls à nous inquiéter pour la femme qu’on aime. »
Allan, curieux : « Ah oui ?... Qui ça ? »
Robin : « James et Godwin s’inquiètent tous les deux… pour Lady Jane… mais pour des raisons différentes. »
Allan : « Godwin ?... et Lady Jane ? »
Robin : « Oui ! »
Allan : « Qui te l’a dit ? »
Robin : « Il n’y a qu’à l’observer lorsqu’il parle d’elle. Il a le regard ! »
Allan : « Quel regard ? »
Robin, souriant : « Ben celui que tu as lorsque tu regardes Annie ! »
Allan, souriant : « Pff ! »
Robin, redevenant sérieux et lui mettant une main sur l’épaule : « En tout cas, je te promets que si la situation devient trop périlleuse au château pour Marianne, Annie ou Jane, nous tenterons une opération pour les sortir de là. Je t’en fais la promesse ! »
Allan, rassuré : « Merci Robin… et… Euh… Pardon d’avoir été si négatif tout à l’heure ! »
Robin, souriant : « T’en fais pas… et puis je reconnais que mon plan est… ambitieux. »
Allan, espiègle : « Ah ce n’est pas le mot que j’aurais employé ! »
Robin lui répondit en l’aspergeant.
Allan, hurlant : « HAAAAAAAA !... Elle est glaciale ! »
Robin : « Si on sortait pour aller se réchauffer auprès du feu ? »
Allan, acquiesçant : « Oui, cela me parait une bonne idée ! »
Les deux hommes se tinrent par les épaules et sortirent de l’eau en rigolant comme des enfants. Lorsqu’elle entendit hurla Allan, Djaq vint voir de quoi il en retournait. Mais quand elle vit que les deux hommes se rhabillaient et s’avançaient vers elle, elle sourit, contente que son petit stratagème ait réussi. Elle se dépêcha de revenir près du feu. Ragaillardie par leur baignade, l’humeur de la bande était au beau fixe. Ils se réchauffèrent un peu avant de s’atteler à la lourde tâche qui les attendait.
Much : « Mais comment va-t-on trouver les mercenaires ? »
Robin : « Nous devrons les suivre quand ils attaqueront à nouveau. »
Djaq, surprise : « Quoi ? Tu veux laisser faire une attaque sans intervenir ? »
Robin : « Non. Seulement deux d’entre nous les suivront. Les autres feront tout ce qu’ils pourront pour défendre les villageois. »
James : « Je serai de ceux là ! »
Robin : « Non. Toi, je veux que tu les suives avec Allan ! »
James : « Quoi ?... Mais je veux me battre ! »
Robin : « Tu te battras mais… »
James, vexé, le coupant : « C’est parce que j’ai été blessé que tu me crois incapable de me défendre ? »
Robin : « Non pas du tout mais Allan aura besoin de toi. Il ne connaît pas la région comme toi ! »
James, ne lâchant pas l’affaire : « Mais Godwin connaît la région aussi bien que moi ! »
Robin : « Mais les villageois ne reconnaîtront pas un simple soldat de la garde de Monsieur le Comte. Alors que toi, oui… Tu as bien vu ce qui s’est passé lors de notre entrée dans la ville, hier ? »
Djaq : « Robin a raison. Tu seras plus utile avec Allan ! »
Les arguments de Robin eurent raison de la résistance du jeune homme. James finit par accepter les ordres. Il hocha la tête en guise d’acceptation.
Petit Jean : « Ils n’attaquent qu’à la nuit tombée ! »
Robin, se levant : « Oui, c’est pourquoi, en attendant, nous allons devoir nous équiper… Godwin, mon ami, montre-nous le chemin. »
Will : « Tu viens Much ? On va aller chercher du bois pour fabriquer nos flèches. »
Much, souriant : « Du bois ?... Tu es sûr que tu ne m’entraînes pas dans la forêt pour autre chose ? »
Will, ne comprenant pas : « Comme quoi ? »
Much, espiègle : « Du miel, par exemple ! »
Will, irrité : « Mais vous allez arrêter avec ça !... Allez… Dépêche-toi au lieu de dire des bêtises ! »
Il le prit par la nuque et le poussa violement devant lui.
Much, faisant mine d’être offensé : « Et doucement… C’est comme ça que tu traites Djaq habituellement ? »
Agacé, Will se lança immédiatement à sa poursuite mais Much, ayant prévu le coup, le devança et détala comme un lapin.
Robin, souriant : « Bon… En attendant d’avoir nos flèches, il va falloir nous contenter de nos épées. »
Petit Jean : « Et de ça ! »
Pendant sa ronde du matin, Petit Jean avait dégoté un morceau de bois afin de remplacer son bâton confisqué lors de son arrestation et qui était resté avec les armes de ses compagnons au château.
James : « Puis-je venir avec vous ? »
Robin : « Oui, bien sûr mais… tu ne participeras pas à l’attaque. Il ne faudrait pas que l’on te reconnaisse. Si la population venait à apprendre que le Comte de Kent s’acoquine avec des bandits de grand chemin, il sera difficile de leur faire retrouver confiance en toi, n’est-il pas vrai ? »
James, déçu : « Tu as raison ! »
Godwin prit les devants et les emmena vers la route du Sud.
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Pendant que Robin et ses compagnons se détendaient dans la rivière Medway, Simeon arrivait au quartier général du shérif sur la route d’Ashford occupé depuis le départ de ce dernier par Gisborne…
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Simeon fut introduit par un serviteur dans la grande salle au moment où Gisborne prenait son premier repas de la journée. |
Gisborne, souriant : « Messire Blackson !... Prenez un siège et venez vous joindre à moi. »
Mais Simeon n’était pas d’humeur à festoyer. Il déclina son offre.
Simeon, le visage fermé : « Non, merci. Je préfère rester debout ! »
Alors que la veille, il avait le contrôle de la situation et qu’il se permettait de tenir la dragée haute à Gisborne, l’évasion de Robin et de sa bande avait complétement rebattu les cartes. Et ce matin-là, il fut contraint de faire profil bas en venant jusqu’au bras droit du shérif de Nottingham pour essayer de sauver la situation. Gisborne en profita pour le lui faire sentir dès son arrivée.
Gisborne : « Allons prenez place ! »
Il fit signe à un serviteur de tirer une chaise pour son hôte. Le domestique l’installa face à Gisborne, légèrement en retrait de la table, comme un élève devant son professeur.
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Gisborne, perdant son sourire et d’un ton sec : « Asseyez-vous ! » |
Simeon s’exécuta à contrecœur.
Gisborne, se comportant comme un grand seigneur : « Bien !... J’ai envoyé un courrier hier soir au shérif de Nottingham afin de l’informer des derniers évènements… Et je crains qu’il n’apprécie pas ! »
Simeon : « Mais je ne pouvais pas savoir que… »
Gisborne, l’interrompant : « Le shérif se fiche de ce que vous savez !... Je vous avais expressément demandé d’exécuter Robin et toute sa bande dès leur arrestation mais vous ne m’avez pas écouté… Vous vous êtes crus déjà seigneur du château mais vous ne l’êtes pas !... Vous ne le serez que lorsque le Comte de Kent sera destitué de son titre !... Et cela ne se fera que par l’intermédiaire du shérif. Par conséquent, ses ordres doivent être exécutés sans discuter… Et en son absence, c’est moi qui les donne. C’est bien compris ? »
Simeon, ravalant sa fierté : « C’est compris ! »
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« Et je vous prie de ne plus l’oublier ! » |
Simeon ne répliqua pas. Il préféra attendre la fin de la réprimande. Gisborne continua de fixer en silence le capitaine des gardes du Comte de Kent. Celui-ci se sentit mal à l’aise. Gisborne fit durer le supplice quelques instants puis il prit un ton plus serein.
Gisborne : « Bien… Maintenant que tout est parfaitement clair entre nous, nous devons trouver une solution rapidement afin que je puisse rassurer le shérif sur l’objectif qui nous a été fixé. »
Simeon : « Nous devons retrouver le Comte et Robin. »
Gisborne : « Le petit Comte n’est plus une menace. Il a signé la proclamation… Donc vous avez tout pouvoir pour agir en son nom. Par ailleurs, il s’est engagé à verser régulièrement un dédommagement au shérif. Tant qu’il sera dans les bois avec Robin, il ne pourra pas honorer ses engagements. Nous pourrons le faire mettre aux fers pour dette… Non… Le plus urgent, c’est Locksley. Nous devons trouver un moyen pour le neutraliser. »
Simeon : « Mais comment ? »
Gisborne, réfléchissant : «… Nous allons agir comme avec le Comte. Il faut lui faire perdre la confiance des villageois. Il faut amener la populace à dénoncer Robin et ses compagnons. »
Simeon : « Dénoncer ? »
Gisborne : « Oui !... Il faut les faire passer pour des pillards !... Vous allez organiser un nouveau pillage dans un village tout près d’ici. Faites en sorte qu’on croie qu’il est conduit par un chef du nom de Robin des bois. »
Simeon, surpris : « Mais je croyais que les pillages devaient cesser maintenant que j’ai pris le contrôle du château ? »
Gisborne : « Oui mais Robin est ici. Il faut absolument le neutraliser avant qu’il ne devienne gênant. »
Simeon : « D’accord mais si les pillages se poursuivent, la population n’aura pas plus confiance en moi qu’en Monsieur le Comte. »
Gisborne : « C’est pourquoi ils devront avoir lieu dans des villages près de Maidstone et non pas dans la ville basse. Si possible dans des villages tout près de la forêt d’Ashdown ainsi les gens croiront plus facilement que Robin est venu ici pour piller… Je m’arrangerai pour accréditer cette thèse lorsque mes hommes et moi viendront aider les survivants… Je leur parlerai des méfaits que Locksley a commis à Nottingham. Je leur dirai qu’il est venu ici pour réitérer ses exploits, répondant ainsi à l’appel de son ami le Comte de Kent ! »
Simeon : « Vous croyez qu’un seul pillage devrait suffire ? »
Gisborne : « Nous verrons bien comment la population l’accueillera la prochaine fois qu’il interviendra ! »
Simeon, surpris : « Ah oui ? Mais comment ? »
Gisborne, sourire en coin et énigmatique : « J’ai mes sources !... Nous ferons autant de pillages que nécessaire ! »
Gisborne leva son verre en souriant à Simeon. Ce dernier força un sourire.
Gisborne, désignant la porte avec sa tête : « Je crois que vous avez vos ordres ! »
Simeon perdit son sourire : Il n’était plus qu’un simple exécutant au service de Gisborne. Et pour un homme vaniteux et ambitieux comme lui, cela s’avéra difficile à accepter. Cependant, il avait encore besoin du shérif et de Gisborne pour arriver à ses fins alors il se contenta de regarder froidement Gisborne en se promettant de le pourfendre dès qu’il n’aurait plus besoin de lui. Simeon se leva et fit un signe de tête à Gisborne.
Simeon, se levant : « Messire Gisborne ! »
Gisborne : « Blackson ! »
Se dirigeant vers la sortie, Simeon, dans sa tête : « Tu ne perds rien pour attendre ! »
Le capitaine des gardes du Comte de Kent sortit de la pièce. Intérieurement, il fulminait de rage d’avoir été traité de la sorte. Un des serviteurs, devant le visage crispé de Simeon, alla chercher son cheval sans qu’on le lui demande. Simeon arriva dehors en même temps que son cheval était amené devant la porte. Il grimpa en selle sans rien dire puis il talonna sa monture. Escorté par deux gardes, il retourna à Maidstone.
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CHAPITRE XV
« NON, TOUT EST CALME ! »
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e bien-aimé de Lady Jane avait conduit Robin et ses compagnons aux abords de la route du Sud afin d’attaquer les riches marchands venant de Douvres et se rendant à Londres. La pêche avait été bonne. Plusieurs bateaux avaient dû débarquer quelques heures plus tôt puisque c’est une caravane entière qui avait emprunté la route de Londres. Ce fut une aubaine pour les hors-la-loi. Etant en grand nombre, les marchands n’avaient pas jugé utile de recruter des gardes pour leur sécurité, pensant que leur nombre suffirait à décourager les brigands. De plus, cela revenait fort cher. |
Sous l’œil de James qui n’y participa pas, Robin isola et attaqua l’arrière du convoi. Les hors-la-loi trouvèrent à peu près tout ce qu’il leur fallait : Couvertures, toiles, ustensiles de cuisine et même quelques armes mais seulement deux arcs. Ils soulagèrent évidement les marchands de la totalité de leur bourse.
Un marchand : « Ayez pitié, Messire. Laissez-nous au moins un peu d’argent… De quoi nous restaurer ? »
Robin : « Habituellement, nous prenons qu’un dixième de ce que transporte les voyageurs mais, dans le cas présent, nous vous prenons bien moins puisqu’il te reste toute ta marchandise. Alors nous devons prendre vos bourses… Tu te rattraperas sur les ventes des articles que nous vous laissons. Tu vois ?… Nous pouvons nous montrer généreux ! »
Les hors-la-loi regagnèrent leur campement de fortune, le cœur léger, laissant les marchands ahuris. Ces derniers se souviendront longtemps de ces brigands. Habituellement, les bandits prenaient toute la marchandise qui avait de la valeur à leurs yeux. Mais là…
Un marchant, les regardant partir : « Ben ça alors ! »
Un comparse : « Qui-y-a-t-il ? »
Le marchand : « Ils n’ont même pas touché à mes bijoux ! »
Le comparse : « Et tu t’en plains ? »
Le marchand : « Non !... Mais je ne suis pas prêt de les oublier ceux-là… Drôle de voleurs que ces hommes-là ! »
En effet, les hors-la-loi n’avaient que faire des bijoux dans le plan que Robin avait exposé à ses compagnons. Cependant, Allan s’intéressa tout particulièrement à un collier qu’il aurait aimé offrir à Annie. Mais Robin le fixa intensément du regard lui, faisant comprendre qu’il n’accepterait pas qu’il le garde. Alors, un peu déçu, il remit le collier au marchand et continua son chemin vers un autre chariot pour voir ce qu’il contenait.
Une fois qu’ils eurent détroussé les voyageurs, les hors-la-loi retournèrent au campement. Ils s’installèrent plus confortablement. Aidés de Will, Petit Jean et d’Allan, Robin tendit une toile au pied de l’arbre afin de se protéger des intempéries. Djaq et James installaient des couvertures sur tous leurs matelas composés de feuilles d’arbres. Pendant ce temps, Much s’activait autour du foyer. Il sécurisa la zone du feu avec des pierres puis, au-dessus des flammes, il fabriqua un trépied auquel il suspendit une marmite.
Much : « Bon… Si je veux pouvoir préparer un bon ragoût. Je vais devoir aller à la chasse. »
Robin, derrière lui : « Tiens, tu avoir besoin de ça. »
Il lui tendit le deuxième arc qu’ils avaient ramené de la caravane des marchands.
Robin : « Tu peux le garder. Je me réserve l’autre… [D’une voix forte] A moins que quelqu’un y voit un inconvénient ? »
Personne n’émit d’objection. Much accepta avec fierté l’arc et partit à la chasse, emportant quelques flèches que Will et lui avaient fabriquées.
Allan, revenant de l’abri qu’il venait de terminer : « Robin… Il va nous falloir des chevaux si on veut suivre les mercenaires quand ils attaqueront ! »
Robin : « Oui et ça, ça va nous poser un problème ! »
Will : « Much et moi avons terminé les flèches. »
Il pointa du doigt un tas de flèches rangées soigneusement au pied de l’arbre.
Robin : « Bon travail. Merci, Will. »
Will : « De rien… Si tu le permets, je vais faire une ronde…. Histoire de me dégourdir les jambes. »
Robin, lui tapotant le dos : « Oui. Vas-y ! »
Allan s’affala sur sa couverture tandis que Robin s’installa sur la sienne. Djaq et James les imitèrent. Petit Jean les rejoignit.
Allan : « Ouf… Que ça fait du bien s’asseoir. On n’a pas arrêté depuis ce matin ! »
Petit Jean : « Où est Much ? »
Robin : « Parti nous chercher à manger ! »
Djaq : « Maintenant que nous sommes bien armés, quelle est la suite de ton plan, Robin ? »
Robin : « On va s’occuper de ces mercenaires qui pillent la région. »
Allan : « Tu veux vraiment attendre qu’ils attaquent la ville ce soir ? »
Robin : « Nous n’avons pas le choix. James et toi, vous resterez à l’écart. On essaiera de vous dégotter deux chevaux afin que vous puissiez les suivre. »
Allan : « Entendu ! »
Robin : « Mais surtout ne les affronter pas !... James ? »
James : « D’accord ! »
Robin : « Quoi qui se passe. Vous ne devez pas les affronter. Votre mission consiste seulement à trouver leur quartier général et dès que cela sera fait vous revenez immédiatement à Maidstone !... C’est compris ? »
Allan et James, hochant la tête : « Compris ! »
Petit Jean : « Et nous, on fait quoi en attendant ? »
Robin : « Nous essayerons d’aider au mieux la population au nom du Comte de Kent ! »
Petit Jean : « Ouais… Espérons que ces mercenaires ne soient pas trop nombreux ! »
Robin : « Oui, espérons ! »
Un peu plus d’une demi-heure plus tard, Much revint de sa chasse avec deux lièvres. Il exhiba fièrement son butin.
Much, ravi : « En moins d’une heure ! »
Robin, souriant : « Tu es un champion, Much ! »
Allan, espiègle : « Oui… Maintenant montre-nous si tu peux les apprêter pour notre repas en moins d’une heure car je meurs de faim ! »
Pour une fois, Much ne s’offensa pas de la remarque d’Allan. Il se mit plutôt au travail car lui aussi avait très faim. Trois quarts d’heure plus tard, le ragoût mijota dans la marmite.
Much, tournant la cuillère : « il n’y a plus qu’à attendre Will ! »
Allan, tendant son écuelle : « Ben tant pis… Commence à servir. Cela le fera sûrement venir ! »
Much : « Malotru !... Nous attendrons que tout le monde soit là ! »
Une voix masculine, derrière lui : « Vous m’attendiez ?... Ça, c’est gentil ! »
C’était Will qui revenait de sa ronde.
Allan : « C’est moi qui aie insisté… Much voulait commencer à manger sans attendre ! »
Pendant que les autres rirent, Much, outré, voulut répliquer mais Robin s’adressa à Will.
Robin : « Rien à signaler ? »
Will, s’asseyant parmi ses compagnons : « Non, tout est calme ! »
Allan, impatient : « Bon ben puisque tout est le monde est là. Tu peux commencer à servir, non ? »
Much, faisant mine d’être offensé : « Puisque c’est comme ça, tu seras le dernier servi !... Les dames d’abord ! »
James fut surpris par les dernières paroles de Much et quand il vit Djaq tendre son écuelle, il écarquilla les yeux. Il avait toujours pensé que Djaq était un homme.
James, ébahi : « Parce que c’est… »
Robin, tout bas à son voisin : « Oui, Djaq est une femme. »
James : « Pourtant je l’ai vu se battre comme… »
Robin, souriant : « Comme un homme ? »
James hocha la tête.
Robin : « On peut être une femme et se battre comme un homme. L’un n’empêche pas l’autre ! »
Robin laissa le jeune homme méditer sur cette pensée. Dans son entourage, la seule femme que James connaissait était sa sœur et celle-ci détestait la violence. Il était tout naturel que cela perturbe un peu le jeune Comte.
Le repas se déroula dans une atmosphère bon enfant malgré ce qui les attendait le soir même. A la fin du repas, Will manifesta le souhait de retourner faire une ronde, mais, cette fois, Djaq s’invita. Robin accepta. Les deux amants partirent sous les bruyantes acclamations de leurs compagnons. S’étant occupé de l’installation des fourneaux, Much fut naturellement corvée de vaisselle. Quant à Petit Jean, il partit dans la forêt pour ramasser du bois. Il ne restait plus au camp qu’Allan, Robin et James. Robin les regarda l’un après l’autre. Ses hommes lui parurent silencieux tout à coup. Ils avaient tous les deux les yeux perdus dans le vague. Si Robin savait à quoi où plutôt à qui pensait Allan, il en allait autrement de James.
Robin : « Tu es bien songeur, James ! »
James, souriant et baissant la tête : « Je pense à ce qui se serait passé si Andrew avait été encore là ! »
Robin, sérieux : « Ne doute pas qu’on réussisse ! »
James, peu convaincant : « Oh mais je n’en doute pas ! »
Afin que le jeune homme ne sombre pas dans la mélancolie, Robin essaya de changer de sujet.
Robin, plus jovial : « A cet instant, que serais-tu en train de faire à Maidstone s’il n’y avait pas eu tout ça ? »
James, réfléchissant : « Hum… Je serais entrain d’harceler Andrew pour ma leçon d’escrime ? »
Robin, intéressé : « Ta leçon d’escrime ? »
James : « Oui. Depuis quelque temps, il m’apprenait à me battre à l’épée… Jane détestait ça d’ailleurs. »
Robin y vit l’occasion de le divertir. Il le provoqua gentiment.
Robin : « Et tu es plutôt bon ? »
James : « Ben je sais que je n’ai pas brillé pendant les combats que nous avons menés ensemble mais Andrew disait que je me débrouillais pas mal ! »
Robin : « Eh bien, voyons ça ! »
James : « Quoi ? Maintenant ? »
Robin : « Tu as peur ? »
James, fier : « Non !... Je suis ton homme ! »
Voyant qu’Allan n’écoutait que d’une oreille distraite, il décida de l’impliquer dans le combat. Ainsi il cesserait de s’inquiéter pour Annie.
Robin : « Allan ? »
Allan : « Hum ? »
Robin : « Veux-tu m’aider à donner à ce jeune homme une leçon d’escrime ? »
Allan : « Oui, pourquoi pas ! »
Les trois hommes se levèrent et allèrent s’installer au milieu de la clairière. Robin demanda aux deux protagonistes d’effectuer un combat amical afin de pouvoir observer le niveau de James. Ce dernier possédait un bon niveau mais il se battait d’une manière trop scolaire. Il lui manquait encore l’instinct du combattant. Robin demanda à James s’il voulait bien combattre contre lui. L’ayant vu se battre lors de l’attaque de la caravane, James fut impressionné de se retrouver face au chef des hors-la-loi. Mais fier comme un paon, il n’allait certainement pas le montrer à son adversaire en refusant le combat. Alors il accepta. Mais Robin s’aperçut que James était beaucoup plus tendu avec lui que lors de son combat avec Allan. Alors, pour le décrisper, il le bouscula un peu. Robin se battait différemment d’Allan mais James adopta la même technique qu’avec son premier opposant. Il n’adaptait pas son jeu en fonction de son adversaire.
Les trois combattants passèrent ainsi une bonne partie de l’après-midi à s’exercer à l’épée. Finalement, à bout de souffle, le jeune homme demanda grâce. Le chef des hors-la-loi mit fin à la leçon.
Robin : « Cela suffit pour aujourd’hui ! »
Il entraîna les deux hommes vers le campement. James s’affala sur sa couverture en soufflant bruyamment.
James : « Je suis épuisé ! »
Robin : « Tu manques d’endurance mais c’est normal à ton âge !... Ton niveau est bon mais tu te bats toujours de la même façon. Tu devrais adapter ton style en fonction de ton adversaire. »
James, se rasseyant : « C’est ce qu’Andrew n’arrête pas de me dire ! »
Robin, souriant : « Et il a raison ! »
James : « J’espère que sa mission en France se passe bien ! »
Robin, rassurant : « Ne t’en fais pas. Je le connais. Il se montrera très prudent. »
James : « Ce que j’aimerais qu’il soit là ! »
Allan, faisant mine d’être offensé : « Parce que nous, on sert à rien ? »
James : « Non. Non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire… [Se tournant vers Robin]… Heureusement que vous êtes là. Je n’aurais pas pu affronter ça tout seul !... J’ai eu beaucoup de chance de vous rencontrer dans la forêt de Sherwood. »
Allan : « D’ailleurs, tu nous as pas dit pourquoi le shérif t’a obligé à venir jusqu’à Nottingham personnellement. Tu aurais très bien pu envoyer Blackson ! »
James : « Impossible. Le shérif a ordonné que je lui apporte personnellement la somme conclue tous les mois à Nottingham. »
Robin : « Hum… C’est logique. Il t’éloigne momentanément du comté et Blackson a le champ libre pour effectuer ses manœuvres afin de te discréditer encore davantage aux yeux de la population. »
Allan : « Malin, notre shérif ! »
James, honteux : « Pas tant que ça. En fait, c’est de ma faute ! C’est moi qui l’ai forcé à prendre une telle décision. »
Robin : « Comment ça ? »
James : « Cela s’est passé le lendemain matin après que j’ai signé la reconnaissance de dette… »
****
Au petit matin, dans la ville basse, alors que, des maisons incendiées la vieille, de la fumée s’échappait encore, le shérif de Nottingham donnait des ordres à ses soldats…
Le shérif, debout, dans sa calèche : « Vous trois… Fouillez les décombres de cette maison. Vous… Aidez ces malheureux à se mettre à l’abri. Quant aux autres, procéder à la distribution des vivres et des couvertures… »
A l’autre bout de la rue, James arriva au triple galop. Le shérif s’empressa de descendre de sa voiture et aida une veille femme blessée à s’asseoir sur un tabouret.
James, furieux : « Que faites-vous ici ? »
Le shérif, d’une voix timide : « J’essaie d’aider ces pauvres malheureux avec le peu de moyen que j’ai en ma possession. »
James : « Vous n’avez rien à faire ici ! »
Le shérif, faisant mine d’être surpris : « Je ne comprends pas votre agressivité, Monsieur le Comte. »
James : « Je vous avais dit de ficher le camp de mon comté ! »
Le shérif : « J’avais bien compris mais devant un tel spectacle de désolation, je me suis dit que ces pauvres gens avaient besoin d’être secourus. C’est pourquoi, je me suis permis d’apporter quelques vivres et des couvertures. Et mes soldats peuvent ici et là secourir des personnes encore ensevelies sous les décombres… Et vous ?... Qu’avez-vous apporté pour soulager ces malheureux ? »
James ne sut quoi répondre. Il se reprocha immédiatement d’avoir réagi aussi promptement. En effet, dès qu’il eu appris que le shérif se trouvait encore en ville, il avait pris son cheval et, furieux de s’être fait humilié et extorqué de l’argent la veille, il avait galopé en direction de la ville basse sans emporter au moins une escorte qui aurait pu venir en aide aux sinistrés.
James, se sentant encore piégé par le shérif, hurla : « FICHEZ-LE-CAMP IMMEDIATEMENT ! »
James s’attendit à ce que le shérif résiste, mais, contre toute attente, il obtempéra. Profitant que la foule s’était rassemblée autour d’eux, le shérif se montra docile.
Le shérif : « Très bien… Comme Monsieur le Comte le voudra ! »
Un homme, dans la foule : « Non ! Restez !... Aidez-nous ! »
Le shérif : « Je suis sincèrement navré mais je me dois d’obéir à votre seigneur et maître… [A ses gardes] Messieurs, nous rentrons à Nottingham ! »
Pour montrer au peuple à quel point, il respectait la hiérarchie, le shérif s’approcha du Comte pour le saluer. Il lui prit la main alors que James était toujours sur son cheval et la lui baisa en guise de soumission. Puis il s’adressa à James en aparté.
Le shérif, tout bas : « Dans ce cas, mon cher Comte, puisque vous me chassez de vos terres, vous devrez venir m’apporter… chez moi… l’argent que vous me devez ! »
James, sur le même ton : « Ne vous inquiétez pas, vous l’aurez votre argent. Je vous enverrai Blackson ! »
Le shérif, souriant à James puis à la foule mais toujours en aparté à James : « Non !... Je tiens à ce que ce soit vous qui me l’apportiez sinon je double la somme…Comme cela vous aurez tout le temps de réfléchir à votre comportement durant le trajet… Au plaisir de vous revoir à Nottingham… Monsieur le Comte ! »
Sur ce, le shérif n’attendit pas la réponse de James. Il fit demi-tour et se dirigea vers sa voiture. Ses soldats l’attendaient déjà.
Le shérif, dans sa voiture : « Au revoir, mes amis… Et bonne chance ! »
Le cocher fouetta les chevaux et la voiture s’ébranla lentement en direction de la sortie de la ville. Le shérif souriait et saluait la foule qui s’agglutinait sur son passage. Dès qu’il fut sorti de Maidstone, le shérif perdit son sourire.
Le shérif, mécontent : « Maudit soit-il !... Il me le paiera… Plus vite, cocher ! »
La voiture augmenta son allure en direction de Nottingham.
****

James : « Si je m’étais montré plus réfléchi, il n’aurait pas quitté Maidstone. »
Robin : « Mais il aurait trouvé un autre moyen pour t’obliger à t’éloigner de la ville ! »
James : « Tu crois ? »
Allan : « Oui et puis sans cela, tu ne nous aurais pas rencontré… En fait, on peut dire que c’est grâce au shérif que nous sommes ici !... Pas vrai ? »
James, souriant : « Oui, c’est vrai ! »
Robin : « Alors t’en fais pas pour ça. Cela te fera une expérience de plus ! C’est comme ça qu’on apprend ! »
James, avec un timide sourire : « Sûrement ! »
A ce moment-là, Will et Djaq revinrent de leur ronde dans la forêt.
Allan : « Alors ça s’est bien passé ? »
Will, sur la défensive : « Quoi ?... Comment ça ? »
Allan : « Euh je veux dire… Vous n’avez rencontré personne ? »
Will, les joues rouges : « Non… personne. »
Djaq étouffa un sourire et suivit Will jusqu’à leurs couvertures. Contrairement à ce que craignait Will, Allan ne chercha pas à en savoir davantage. Pourtant, pour le reste de la bande, il était évident qu’il s’était passé quelque chose entre eux dans la forêt. Quant à Much qui, après avoir fait la vaisselle, avait paresseusement passé le reste de l’après-midi à se reposer aurait aimé en savoir davantage. Mais personne ne les interrogea car Robin avait demandé que l’on respecte leur intimité. Allan et Much laissèrent donc le couple tranquille non sans avoir échangé un regard entendu. Petit Jean, après avoir ramassé du bois pour au moins deux jours, avait tenu compagnie à Much suivant ainsi, de loin, la leçon d’escrime de James. Quand toute la bande se retrouva autour du feu, Robin décida qu’il serait temps de passer à l’action.
Robin : « Bien… Puisque tout le monde est là, nous devrions mettre à exécution notre plan. Nous allons manger un morceau puis partir pour Maidstone. »
Much : « Quoi ? Maintenant ?... Mais il est encore très tôt ! »
Robin : « Mais je préfère être sur place avant la nuit. Il sera plus facile de circuler dans la ville basse, sans se faire repérer, au milieu de la foule plutôt qu’à la tombée de la nuit dans une ville quasiment déserte ! »
Much : « Entendu. Je vais faire réchauffer le reste de ragoût de ce midi. »
Robin : « Cela sera parfait, mon ami ! »
Much se mit immédiatement au travail sous le regard de ses compagnons.
Robin : « James ? Allan ? Vous vous tiendrez à la lisière de la forêt et vous savez ce que vous avez à faire ? »
Allan : « Oui mais on n’a pas de chevaux ! »
James : « Je connais un marchand à la sortie de la ville. Il nous en prêtera deux sans problème. J’irai le voir. »
Robin : « Non. Will s’y rendra ! Je préfère que tu ne sois pas vu en notre compagnie. Je ne veux prendre aucun risque. Indique à Will où il peut trouver ce marchand et il lui parlera en ton nom. »
James, résigné : « Entendu ! »
Robin : « Pour les autres, nous nous disperserons dans la ville basse afin de ne pas attirer l’attention. Ne prenez pas de risques inutiles. N’intervenez que pour sauver la population. Ne vous occupez pas des incendies et des vols pour l’instant. Nous ne sommes pas assez nombreux. Nous nous en occuperons dès que les pillards seront repartis… Vous avez bien compris ? »
La bande : « Compris ! »
Petit Jean : « Et si nous rencontrons les hommes de Gisborne ? »
Robin : « Je doute qu’ils viennent. En tout cas, ils ne viendront pas tout de suite. Ils ne voudront pas que la population les assimile aux pillards ou ne fasse de rapprochement avec le pillage de la ville. Nous aurons donc un peu de temps avant leur arrivée. Je me posterai sur les toits et je vous avertirai lorsqu’il faudra se replier dans la forêt. Après tout, si Gisborne veut jouer les bons samaritains, nous n’allons pas lui gâcher ce plaisir, pas vrai ? »
Will : « Pourtant, il serait bon que la population sache que Gisborne est de mèche avec les pillards ! »
Robin : « Tu as raison, Will !... Mais pour l’instant, il nous faut découvrir le repère de ces bandits afin de les chasser. Ensuite, nous nous occuperons de la réputation de Gisborne. »
Much : « C’est prêt !... Allez chercher vos écuelles pour que je vous serve ! »
Allan : « Oui maman ! »
Toute la bande se leva et aller chercher leur assiette puis les uns derrière les autres, ils attendirent que Much les servent un à un. Le repas se déroula dans le calme, mais avec un soupçon d’inquiétude quant au plan imaginé par Robin. Quand ils eurent terminé de se restaurer, ils se préparèrent à partir pour la ville basse. Les uns affutèrent une dernière fois leurs épées, les autres vérifiaient le contenu de leur carquois et Petit Jean prit son grand bâton avec lui. Quand ils furent tous prêts, ils se mirent en route.
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CHAPITRE XVI
« C'EST LA FORÊT QUI BRÛLE ? »
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e camp n’était qu’à une quinzaine de minutes des premières maisons des quartiers de la ville basse de Maidstone. Mais, arrivée à un croisement, la bande s’arrêta quelques instants pour s’orienter. |
Will, inquiet : « Robin, regarde ! »
Robin se tourna dans la direction indiquée. Il vit alors de la fumée s’élever au-dessus de la forêt.
Much, inquiet : « C’est la forêt qui brûle ? »
Djaq : « Non, je ne crois pas. Il y aurait plus de fumée et nous verrions des animaux affolés, fuyant les flammes. »
Will : « Alors c’est quoi à ton avis ? »
Robin à Godwin : « Y’a-t-il un village par là-bas ? »
Godwin : « Oui, c’est le village de Sittingbourne ! »
Much : « Oh non ! Alors ça veut dire qu’on arrive trop tard ? »
Robin, passant devant Much : « J’en ai bien peur, mon ami ! »
Much : « Qu’est-ce qu’on fait ? »
Robin : « On y va. Nous aiderons les villageois survivants. »
Robin emprunta le chemin menant au village sinistré ; suivi par toute la bande. Mais après avoir franchi l’angle droit de la route qu’ils suivaient, ils s’arrêtèrent brusquement lorsqu’ils virent un groupe d’hommes armés, arriver droit devant eux.
Robin : « Cachons-nous ! »
Toute la bande se précipita dans les fourrés. Ils virent alors passer devant eux une dizaine de mercenaires entourant un groupe de villageois.
Much, tout bas : « Mais où les escortent-ils ? »
Djaq, sur le même ton : « Robin, tous les villageois sont des hommes. »
Robin : « J’avais remarqué… Je crains qu’ils ne soient leurs prisonniers, Much ! »
James : « Ozias m’a rapporté des rumeurs comme quoi en plus de piller nos terres, les mercenaires emmenaient de force les jeunes et les plus vigoureux hommes des villages. »
Robin, regardant la troupe passée : « Ils recrutent de force des hommes dans la fleur de l’âge pour en faire des mercenaires. Ils vont sûrement les emmener à leur camp. »
James : « Oui. Ils vont les ramener à leur campement pour tester leur valeur. S’ils réussissent, ils les embarqueront sur leur bateau et les expédieront dans leur pays. »
Much : « Et s’ils échouent ? »
James, baissant la tête : « Ils seront exécutés sur le champ. Au Sud du comté, nous avons déjà retrouvé les cadavres d’une dizaine d’hommes en pleine forêt. »
Much : « Mais c’est horrible ! »
Djaq : « Il faut arrêter ça ! »
Allan : « Tu veux qu’on les suive pour savoir où est leur campement ? »
Djaq : « Robin ! Nous devons libérer ses hommes. Leurs familles ont besoin d’eux. »
Allan : « Oui mais si on fait ça, on ne pourra pas découvrir le lieu de leur campement. »
Djaq : « Mais si on fait rien, leur village manquera de bras pour semer et récolter les champs. La famine frappera leur famille et leur village. Nous devons les secourir. »
Ecoutant les arguments des uns et des autres, Robin : « James ? »
James réfléchit puis : « Il faut les secourir. C’est mon rôle de veiller à la sécurité de la population du comté de Kent ! »
Robin, souriant et tapotant l’épaule de James : « Très bien… Dans ce cas, allons-y ! »
Allan : « Mais… Et le camp des mercenaires ?… Comment va-t-on le trouver ? »
Robin : « T’en fais pas. Nous trouverons un autre moyen. Pour l’heure, nous allons libérer ces hommes. Tous ensemble. »
James : « Tous ensemble ? »
Robin, lui souriant : « Oui. Tous ensemble. Tu viens avec nous cette fois. Il est temps que le peuple de Kent voit leur seigneur se battre à ses côtés. »
James se releva et dégaina son épée en souriant. Fier de pouvoir enfin prendre une part active dans les évènements, il attendit impatiemment les ordres de Robin.
Robin, se relevant : « Nous allons passer par les sous-bois pour les rattraper puis nous les attaquerons tous ensemble. Petit Jean et Much vous prendrez l’arrière du convoi. Allan, Will et Djaq le milieu. James, Godwin et moi, nous nous occuperons des hommes de tête. Des questions ? »
Toute la bande secoua négativement la tête
Robin : « Dans ce cas, c’est parti ! »
La bande fila à travers le sous-bois pour rattraper le convoi de prisonniers. Puis quand il fut sûr que toute le monde était en place, Robin ordonna l’attaque.
Robin : « AVEC MOI ! »
Toute la bande se rua sur les mercenaires en hurlant. Ceux-ci, surpris, mirent un petit moment à réagir ce qui permit à la bande de prendre l’avantage. Les prisonniers attachés ensemble par une chaîne se mirent à l’écart et attendirent avec angoisse la fin du combat. Ayant retenu la leçon de sa première altercation avec des bandits, James attaqua sauvagement ses adversaires tout en assurant ses arrières. Au début de l’affrontement, Robin garda toujours un œil sur le jeune homme, mais, voyant que celui-ci se débrouillait fort bien, il cessa de le surveiller. Avec une moyenne de deux mercenaires pour un hors-la-loi et grâce à l’effet de surprise, ces derniers vinrent à bout de la résistance des bandits. Ne voulant pas risquer la vie de ses hommes, leur chef ordonna le repli. La bande exulta de joie.
Much : « Ouais !... On leur a mis la pâtée ! »
Robin : « Tout le monde va bien ?... James ? »
Djaq : « Oui. Tout le monde est indemne ! »
James : « Je vais bien aussi ! »
Allan : « On aurait dû les poursuivre pour voir où est-ce qu’ils vont ! »
Robin, se tournant vers Allan et, avisant les hommes enchaînés derrière lui : « Occupons-nous d’abord de ces malheureux ! »
Allan : « D’accord… Comme tu veux. »
Robin et Allan rejoignirent le reste de la bande qui s’occupait déjà de rassurer les prisonniers qui pensaient qu’ils venaient de changer de geôlier.
Robin : « Nous allons vous libérer ! »
Un prisonnier, surpris : « C’est vrai ? »
Robin : « Bien sûr… Nous ne sommes pas des mercenaires ni des bandits de grands chemins… Nous œuvrons pour le Comte de Kent. »
Le prisonnier, se refrogna : « Oui… C’est par sa faute si nous en sommes là ! »
Robin : « Ne dis pas ça…. »
Le prisonnier, le coupant : « Depuis les premières attaques, il n’a rien fait pour nous venir en aide. Il n’a rien fait lorsque ces bandits ont brûlé ma maison en tuant ma femme et mes enfants… Il n’a rien fait lorsque ces sauvages m’ont réduit en esclavage ! »
Robin : « Crois-tu ? »
Le prisonnier, crachant par terre en guise de réponse puis : « Ouais !... Tu n’auras qu’à lui dire ça ! »
Robin : « Eh bien… Pourquoi ne lui dis-tu pas toi-même… James ?… Approche. »
James avait entendu les récriminations du prisonnier alors c’est avec un peu d’appréhension que le jeune homme vint se placer à côté de Robin.
Robin : « Voici le Comte de Kent ! »
Le prisonnier, ébahi : « C’est vous ?... Vous êtes là ?... Mais je vous ai vu vous battre contre eux ! »
Robin : « Il s’est joint à nous afin de faire cesser les violences qui règnent dans son comté. »
Le prisonnier, fixant James : « Oui bon… Je vous croirai quand je serai libre de mes mouvements. »
Robin : « Tout de suite… Much ? »
Much, embarrassé : « Euh… Moi je veux bien mais… Comment fait-on pour les libérer ?... On n’a pas la clé. »
Petit Jean essaya de briser la chaîne avec un caillou mais il n’y parvint pas.
Allan : « Peut-être avec ceci ? »
Much, se retournant et surpris : « Tu as la clé ?... Tu pouvais pas le dire plus tôt ? »
Allan s’était battu avec le mercenaire chargé des prisonniers.
Allan, espiègle : « Ben, tu ne me l’as pas demandé. »
Much, arrachant la clé des mains d’Allan : « Donne-moi ça ! »
Much ouvrit le cadenas qui retenait prisonnier les villageois. Tous furent soulagés d’être enfin libres et remercièrent chaleureusement leurs sauveurs. Ils furent impressionnés de trouver parmi eux le jeune Comte.
Robin à James : « Tu vois… Ta côte de popularité remonte déjà ! »
James : « Mais je crains que cela ne soit pas suffisant. »
Robin, souriant : « C’est un début. »
Allan : « Robin ? Que fait-on à présent ?... On va quand même à Maidstone ? »
Robin : « Non. L’attaque ayant déjà eu lieu à Sittingbourne, les mercenaires n’attaqueront pas Maidstone. C’est trop proche et comme nous ne savons pas où et quand ils vont frapper, nous retournons au camp avec nos amis… Prends la tête du convoi avec Will… Direction notre campement ! »
Allan : « Entendu. »
Allan traversa le groupe de villageois.
Allan, s’arrêtant à côté de Will : « Viens Will… Nous devons prendre la tête… [Aux villageois]… Suivez-moi, les amis… Le chemin de la liberté, c’est par là… En avant ! »
Les deux hommes se frayèrent un chemin entre les villageois qui ne cessèrent de les remercier chaleureusement de les avoir sauvés.
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Alors qu’un homme venait de lui serrer la main pour le remercier, Allan remarqua quelque chose tombant de la poche de l’ex-prisonnier. Il s’arrêta pour le ramasser. |
Avec stupeur, il fixa l’objet qu’il tenait dans sa main.
Allan, regardant autour de lui avec inquiétude : « Oh non ! »
S’apercevant qu’Allan ne le suivait plus, Will, se retournant : « Ben alors, tu viens ? »
Allan fixa avec angoisse son compagnon sans lui répondre.
Will, revenant vers lui : « Ben qu’est-ce qui t’arrive ? »
Allan reporta son attention sur l’objet qu’il tenait toujours dans la paume de sa main grande ouverte. Will suivit son regard. Au même moment, Djaq et Petit Jean rejoignirent les deux hommes qui étaient censés prendre la tête du convoi.
Djaq : « Que se passe-t-il ? »
Petit Jean : « Y’a un problème ? »
Will, regardant la paume d’Allan : « Qu’est-ce que c’est ? »
Allan, scrutant le convoi : « ça ?... Ce sont des ennuis… Où est Robin ?... Je dois absolument lui parler ! »
Sans dire un mot de plus, il fonça rejoindre Robin à l’arrière du convoi ; suivi par le reste de la bande. Robin, voyant revenir ses compagnons, s’inquiéta.
Robin : « Que vous arrivent-ils ? »
Will : « Je ne sais pas… Allan a trouvé quelque chose. »
Robin : « Oui ?... Qu’est-ce que c’est ? »
Allan, embarrassé, tendit sa main : « ça ! »
Robin fixa l’objet puis dévisagea Allan sans comprendre pourquoi son compagnon était si troublé.
Much : « C’est un bout de bois… Y’a pas de quoi fouetter un chat ! »
Allan : « Ce n’est pas un simple bout de bois. »
Will, prenant l’objet et l’examinant attentivement : « Non, Much. Allan a raison. Ce n’est pas un simple bout de bois, il y a quelque chose de graver dessus. On dirait une espèce de symbole. »
Allan : « C’est un signe de reconnaissance ! »
Robin, intrigué : « De reconnaissance ? »
Petit Jean : « Comme nos insignes ? »
Allan : « Oui. »
Much, souriant : « Hein !... Et pour qui ? »
Robin fixa Allan attentivement attendant impatiemment sa réponse.
Après quelques instants d’hésitation, Allan, fermant les yeux : « Les hommes de Gisborne ! »
Toute la bande, surprise et inquiète : « Quoi ? »
Robin : « Tu veux dire qu’un homme de Gisborne se trouve parmi ces villageois. »
Allan : « Oui, j’en suis sûr. »
Robin : « Tu peux me dire lequel est-ce ? »
Allan : « Oui. C’est lui, là-bas. »
Allan désigna un homme dans la quarantaine discutant avec d’autres villageois. Il avait l’air d’un homme paisible qui ne demandait qu’à rentrer chez lui pour s’occuper de sa famille. Toute la bande fut plutôt sceptique.
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Much, prenant l’insigne que Will lui tendait : « Mais comment peux-tu en être aussi sûr ? » |
Allan, honteux, baissant la tête et d’une voix timide : « Parce que euh… c’est le symbole que j’inscrivais à l’entrée de l’auberge quand je voulais… euh… »
Embarrassé de devoir parler de cette période de sa vie qu’il voulait faire oublier, il ne termina pas sa phrase.
Much, sans tact : « Vendre tes amis à Gisborne ? »
Allan baissa la tête et ne répondit pas. Robin le fixa en intégrant ce nouvel élément. Devant le silence de Robin, Allan pensa que ce dernier ne le croyait pas.
Allan : « Je te jure sur ma vie que c’est la vérité. »
Robin : « Je te crois. »
Much : « Qu’est-ce qu’on fait, maître ? »
Djaq : « Si nous les ramenons au camp, le traître nous dénoncera à Gisborne. »
Robin à Godwin : « Sittingbourne se trouve loin d’ici ? »
Godwin : « Non… A environ une heure de marche d’ici. »
Much : « Oh non ! Une heure ?... Pfff »
Robin : « Très bien. Nous les ramenons chez eux… »
Petit Jean, pour les autres : « Entendu ! »
Robin à Much : «… Ben quoi ?... Cela te fera du bien un peu d’exercice avant te coucher ! »
Robin à Allan, à propos de l’insigne : « Si tu le permets, je le garde ! »
Allan : « Aucun problème. »
Will et Allan repartirent prendre la tête du convoi des ex-prisonniers et leur annoncèrent qu’ils rentraient chez eux. Malgré la fatigue, les villageois étaient ravis de retourner dans leur foyer. Le trajet dura une heure et demi. Robin ordonna de s’arrêter régulièrement pour ménager les villageois qui avaient eu beaucoup d’émotions pour la journée. Par ailleurs, la fin du voyage se fit dans l’obscurité. En effet, il faisait nuit noire quand ils arrivèrent à destination. Les retrouvailles avec leur famille furent touchantes et donnèrent du baume au cœur aux hors-la-loi. Afin de les remercier, les villageois offrirent l’hospitalité à leurs sauveurs. Pendant que les hors-la-loi discutaient de leur installation dans diverses familles du village pour passer la nuit, l’homme qui avait perdu son insigne s’éclipsa discrètement. Robin, le surveillant sans cesse, appela Allan et James.
Robin : « Allan ?... James ? Suivez-le… Et surtout pas d’imprudence ! »
Allan : « T’en fais pas ! »
Robin, lui tendant l’insigne : « Tiens… Prends ça ! Tu en auras peut-être besoin ! »
Allan, sur la défensive : « Quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »
Robin : « Tu en auras peut-être besoin pour suivre l’espion de Gisborne ! »
Allan, prenant l’insigne avec appréhension : « Ouais… Si tu veux. »
Robin : « Allez-y… Ne perdez pas de temps. »
Allan et James suivirent le chemin que l’espion de Gisborne avait pris quelques minutes plus tôt. Par chance, c’était la pleine lune et il pouvait voir comme en plein jour. Ils n’eurent donc aucun mal à le rattraper. Les deux hommes se faufilèrent discrètement derrière chaque arbre et chaque buisson qu’ils rencontraient tout en suivant l’espion de Gisborne.
James, tout bas : « On dirait qu’il retourne à Maidstone ! »
Allan : « Dommage ! Nous qui voulions connaître le repaire des mercenaires ! »
James : « Qu’est-ce qu’on fait ?... On continue ? »
Allan : « Oui… On doit vérifier s’il travaille bien pour Gisborne ! »
Les deux hommes poursuivirent l’espion à travers la forêt jusqu’à une route qui la traversait. Ce dernier accéléra alors le pas. Allan et James arrivèrent à la lisière de la forêt.
Allan : « C’est quoi cette route ? »
James : « Elle va de Maidstone à Ashford…. C’est sur cette route que le shérif de Nottingham a loué une maison. »
Allan : « Ah oui ? Donc, il travaille bien pour Gisborne. Suivons-le. On va essayer de connaître les plans de Gisborne. »
James : « Entendu… Mais restons à la lisière de la forêt. Ce sera moins voyant. »
Ils continuèrent ainsi de suivre l’espion jusqu’à ce que celui-ci arrive devant une grande maison à la sortie de la ville de Maidstone. Allan et James se postèrent dans les sous-bois à un endroit où ils pouvaient voir l’entrée de la maison. L’homme frappa à la porte.
Allan : « Parfait ! D’ici, nous avons une excellente vue. »
James : « Oui mais on est trop loin pour entendre leur conversation. »
Allan, tout en regardant la maison : « Dès qu’il sera à l’intérieur, nous essayerons nous cacher dans le massif de fleurs au pied du mur. »
En attendant qu’on lui ouvre la porte, l’homme fouilla dans ses poches. Visiblement, il cherchait activement quelque chose qu’il ne trouva pas.
Allan, faisant sauter l’insigne dans sa main : « A mon avis, c’est ça qu’il cherche ! »
James, inquiet : « Mais s’il ne l’a pas, ils ne le laisseront pas voir Gisborne, non ? »
Un homme ouvrit la porte. Les deux comparses échangèrent quelques mots puis on referma la porte laissant l’espion dehors.
James : « Tu vois ? »
Allan : « Oui, je vois. Mais attends !... Il ne bouge pas. A mon avis, ils l’ont fait attendre. Viens !… On va se rapprocher. »
Allan regarda bien la topographie des lieux.
Allan : « On va longer ce bâtiment-là et se cacher dans le massif de fleurs. »
Profitant de la nuit, ils traversèrent la route au niveau de l’habitation voisine très éloignée de l’entrée du manoir. Puis ils longèrent le mur jusqu’à la clôture délimitant les deux propriétés. Là, ils firent bien attention avant de traverser l’étroit passage qui permettait le ravitaillement des cuisines.
Allan, tout bas : « Je vais m’assurer qu’il n’y a personne ! »
Il emprunta l’étroit passage jusqu’au coin de la maison afin de s’assurer qu’aucun garde ne leur tomberait dessus. Dissimulé dans l’ombre, il scruta la cour arrière du manoir. Celle-ci se trouvait éclairée par des torches accrochés aux murs du manoir et de l’écurie ainsi que par un brasero devant la grange permettant aux deux soldats qui l’a gardée de pouvoir se réchauffer. Hormis les gardes, il ne vit personne d’autre. Il se retourna vers James et lui fit signe que la voie était libre. James traversa le passage et se jeta dans le massif de fleurs. Allan le rejoignit aussitôt. Ils rampèrent le plus rapidement possible afin de se rapprocher de la porte d’entrée juste à temps pour voir arriver deux hommes de derrière la maison. Allan et James reconnurent immédiatement l’un d’entre eux. Il s’agissait de Gisborne mais ils ne reconnurent pas le deuxième homme.
James, tout bas : « Qui est l’autre homme ? »
Allan fit signe à James de se taire afin d’entendre la conversation entre les trois hommes.
Gisborne : « Tu désires me parler ? »
Le villageois : « Oui, Messire. Je m’appelle Aymeric. Je suis le meunier de Sittingbourne. Je suis venu vous donner des informations. »
Gisborne, se croisant les bras : « Des informations ? »
Aymeric : « Oui, Messire. »
Gisborne : « Je t’écoute. »
Aymeric : « Il s’agit du hors-la-loi qui se nomme Robin des bois. Il est en ce moment même à Sittingbourne. »
Gisborne : « Ah oui mais pourquoi te croirais-je ? »
Aymeric : « Mais Messire ?... Je vous ai déjà fourni des informations par le passé et je … »
Gisborne, le coupant : « Je ne t’ai jamais vu ! »
Aymeric : « Mais votre capitaine des gardes… »
Gisborne : « Il n’est pas ici ! »
Aymeric : « Il m’a dit qu’en échange d’informations ma famille serait à l’abri du besoin… »
Gisborne : « Pourquoi n’as-tu pas ton insigne ?... J’ai déjà hébergé un traître… Pourquoi devrais-je te faire confiance ?... Tu pourrais aussi bien m’entraîner dans un guet-apens tendu par Robin et ses hommes ! »
Dans le massif de fleur, Allan baissa la tête. Si Gisborne se montrait aussi méfiant à l’égard d’Aymeric, c’était par sa faute puisqu’il l’avait trahi en l’empêchant de tuer Robin en Terre Sainte.
Aymeric : « Mais Messire, je vous jure que non… J’ai dû perdre mon insigne pendant le sauvetage… Je vous jure… »
Gisborne : « Le sauvetage ? »
Aymeric : « Oui, Messire. J’ai été fait prisonnier par les mercenaires avec les autres hommes de mon village et c’est Robin et sa bande qui nous ont délivrés. Les villageois ont voulu les héberger pour la nuit afin de les remercier. Ils s’y trouvent encore. »
L’homme à côté de Gisborne, mécontent : « Bande de scélérats ! »
Gisborne : « Du calme ! »
| « Je dois retourner à mon campement afin de prendre des nouvelles de mes hommes… » | ![]() |
Gisborne : « Pas question !... J’ai besoin de toi ici ! »
L’homme : « Ce n’est pas ce qui était convenu. Nous devions piller les villages et recruter des hommes pour notre cause ! Nous ne sommes pas là pour votre bon plaisir. »
Allan et James surent alors que l’homme se trouvant aux côtés de Gisborne n’était nulle autre que le chef des mercenaires.
Gisborne, sèchement : « Vous n’êtes là que sur ordre du shérif de Nottingham. Vous pouvez brûler, piller et tuer qui vous voulez mais uniquement lorsqu’on vous en donne l’ordre. Est-ce que c’est bien compris ? »
Le mercenaire, étouffant un cri de colère : « J’ai compris ! »
Gisborne, se tournant vers Aymeric : « Toi !... Retourne dans ton village et tiens bien ta langue ! »
Aymeric, se courbant : « Oui, Messire. »
Puis le villageois prit ses jambes à son cou et repartit pour Sittingbourne.
Le mercenaire, regardant Aymeric s’en aller : « Nous devrions attaquer son village cette nuit pour tuer les hors-la-loi. »
Gisborne : « Non. J’ai besoin de toi et tes hommes pour piller encore quelques villages. »
| « Vous n’en avez pas assez ? » | ![]() |
Gisborne : « Non. Nous devons montrer à la populace à quel point le shérif de Nottingham est bon et à quel point le petit Comte est incompétent ! »
James sentit la colère monter en lui et voulut s’en prendre à Gisborne mais Allan l’arrêta avant de se faire repérer.
Le mercenaire : « Très bien !... Quelle sera notre prochaine cible ?... La ville basse ? »
Gisborne : « Non. Allez plutôt à Aylesford, demain matin, à l’aube… Et soyez sans pitié !... J’irai sur place dans la matinée avec mes hommes afin de montrer à la population à quel point le shérif de Nottingham se soucie d’eux. »
| « Nous pouvons prendre les hommes avec nous ? » | ![]() |
Gisborne : « Et même les enfants, si ça te chante ! »
Le mercenaire fit un signe de tête en souriant à Gisborne avant de repartir vers son campement. Celui-ci regarda partir son complice en souriant puis rentra dans le manoir. Allan fit signe à James de se retirer. Prudemment, ils firent le chemin en sens inverse. Une fois à la lisière de la forêt, Allan exposa son plan.
Allan : « Tu vas rentrer prévenir Robin pour l’attaque. Moi, je vais suivre le mercenaire… Je vous rejoindrais à Aylesford. »
James : « Non. C’est moi qui devrais suivre le mercenaire. »
Allan : « Pas question, c’est trop dangereux ! »
James : « Mais tu ne connais pas le chemin. »
Allan, lui souriant et commençant à s’éloigner : « Je n’aurais qu’à suivre les mercenaires ! »
Sur ce, il se retourna et courut pour rattraper le mercenaire. Ne pouvant plus contester sa décision, James n’eut d’autres choix que de s’en retourner à Sittingbourne.
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CHAPITRE XVII
« NOUS VOULONS LE SHERIF ! »
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orsque James arriva à Sittingbourne, la nuit était bien avancée et tout le monde dormait à poing fermé. Par chance, il avait suivi l’installation des hors-la-loi dans le village et connaissait l’emplacement de la maison où logeait Robin. Il tambourina à la porte. |
James, à voix basse : « Robin ?... Robin ? »
Le chef des hors-la-loi se réveilla en sursaut et reconnut immédiatement la voix du visiteur nocturne. Il se leva et se dirigea vers la porte. Le maître des lieux, anxieux, le rejoignit.
Avant d’ouvrir, Robin au villageois : « Ne vous inquiétez pas. C’est l’un de mes hommes. »
James : « Robin ?... »
Robin, ouvrant la porte : « James ? »
James : « Il faut que je te parle ! »
Robin s’avança dehors puis referma la porte derrière lui pour ne pas importuner davantage leurs hôtes.
Robin, inquiet : « Mais où est Allan ? »
James : « Il suit le mercenaire pour connaître l’emplacement de leur camp… »
Robin, le coupant : « Le mercenaire ? »
James : « Oui. L’espion de Gisborne nous a conduit jusqu’au manoir du shérif sur la route d’Ashford. Et Gisborne se trouvait en compagnie du chef des mercenaires. Alors quand il est parti, Allan l’a suivi. »
Robin : « Et pourquoi n’es-tu pas resté avec lui ? »
James : « Il m’a demandé de te prévenir. L’espion nous a donné à Gisborne… »
Robin commença à s’inquiéter et regarda les alentours comme s’il craignait une attaque surprise.
James : «… T’en fais pas. Gisborne ne s’intéresse pas à nous. Il a ordonné au mercenaire d’attaquer le village d’Aylesford, demain matin, à l’aube ! »
Robin : « Aylesford ?... C’est loin d’ici ? »
James : « Ben… Il y a bien deux ou trois heures de marche... si on fait vite ! »
Robin : « Il nous faudrait des chevaux ! »
Une voix masculine, derrière lui : « Prenez les nôtres ! »
Le villageois qui hébergeait Robin sortit de sa maison et s’avança vers les deux hommes.
Le villageois : « Nous vous offrons tous les chevaux que nous possédons. Si ça peut vous permettre d’éviter à d’autres de subir ce que nous avons subi, alors allez-y… Prenez-les… Je vais prévenir les autres chefs de famille pour qu’ils vous apportent les bêtes qu’il nous reste ! »
Robin : « Je te remercie l’ami pour ta grande bonté. »
Le villageois : « Non, c’est tout à fait normal. »
Le villageois partit réveiller les habitants du village pendant que Robin faisait de même avec ses hommes. En trois quart d’heure, ses compagnons étaient fin prêts, montés sur les chevaux prêtés généreusement par les villageois. Ces derniers leur souhaitèrent bonne chance. Robin les remercia tous de leur générosité puis il ordonna le départ pour Aylesford. Malheureusement, malgré les chevaux, les hors la-loi n’arrivèrent qu’à l’aube. En effet, le campement des mercenaires était proche du village d’Aylesford contrairement à Sittingbourne.
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A l’aube, à Aylesford …
Robin et ses compagnons y arrivèrent trop tard pour stopper l’attaque. Celle-ci avait déjà commencé lorsqu’ils s’arrêtèrent à la lisière de la forêt pour observer la scène.
Much, arrêtant son cheval : « On arrive trop tard. L’attaque a déjà commencée ! »
Robin, descendant de cheval : « Laissons les chevaux ici !... James ?... Tu restes ici ! »
James : « Quoi ?... Mais avec Allan absent, tu as déjà un homme en moins. Ils sont beaucoup trop nombreux pour… »
Robin, sur un ton autoritaire : « Raison de plus !... Tu gardes les chevaux ! »
Il lui donna les rennes de son cheval. Devant le ton employé par Robin, James ne répliqua pas et, à contrecœur, il prit les rennes.
Robin au reste de la bande : « Surtout ne prenez pas de risques inutiles et… »
Djaq, l’interrompant : « Tu nous l’as déjà dit… Tout se passera bien, Robin ! »
Robin : « Très bien… Dans ce cas… Allons-y ! »
Toute la bande se porta au secours de la population sous le regard impuissant de James. La bataille faisait rage. Les hommes du village redoublèrent d’efforts lorsqu’ils virent qu’on venait à leur aide. Mais ils ne savaient pas très bien se battre et ils ne disposaient pas d’armes adéquates. Ils ne se défendaient qu’avec leurs propres outils : Marteaux, faux, pioches et pelles. Cependant, Robin remarqua que les mercenaires ne tentèrent pas de tuer les hommes. Ils s’évertuaient à les épuiser puis à les désarmer. Quelques-uns déjà étaient rassemblés dans un parc à bestiaux sous bonne garde. Robin décida de s’y attaquer. Il se mit en retrait des combats et banda son arc en direction des gardes. Il tira une flèche qui atterrit dans la botte de l’un d’eux qui poussa une violente complainte. Les deux autres mercenaires se portèrent à son secours. Mais eux aussi durent faire face à un feu nourri de flèches qui se fichèrent au sol devant eux et dans leurs bottes. Puis un homme se pointa devant eux.
Robin : « Bonjour Messieurs !... Il est grand temps d’aller dormir… »
Le mercenaire qui se tenait le pied en hurlant de douleur releva la tête. Petit Jean qui avait vu Robin bandait son arc vint lui donner un coup de main ou plutôt un coup de bâton. Devinant les intentions de son chef et après avoir assommé le mercenaire le plus à l’écart, Petit Jean s’était glissé derrière les deux derniers qui faisaient face à Robin.
Robin, souriant : «… N’est-ce pas Jean ? »
Les mercenaires, se retournant : « Hein ? »
Petit Jean leur asséna un violent coup à la tête avec son bâton. Assommés, les deux hommes s’écroulèrent sur le sol.
Petit Jean, souriant : « Entièrement d’accord ! »
Robin aux villageois : « Vite ! Dépêchez-vous... Réfugiez-vous dans la forêt ! Nous vous couvrons. »
Les villageois ne demandèrent pas leur reste et filèrent en direction du sous-bois. James leur fit signe de venir à lui.
James : « Par ici !... Vous ne risquez plus rien ! »
Il les accueillit en les pressant de venir se cacher derrière lui. Il se promit alors de les défendre si l’un des mercenaires décidait de venir pour les reprendre. Pendant ce temps, Petit Jean et Robin, une fois qu’ils furent sûrs que les hommes qu’ils venaient de libérer ne risquaient plus rien, repartirent au combat. Et ils n’étaient pas de trop car le combat commençait à épuiser leurs compagnons. Toutefois, devant tant de résistance et ayant perdu leur butin, le chef des pillards décida de battre en retraite.
Le chef des mercenaires : « ON SE REPLIE ! »
Ses hommes cessèrent le combat les uns après les autres et rejoignirent leur chef à l’écart du village. Attendant que tous ses hommes soient autour de lui, le chef, assis sur son cheval, fixait avec haine l’homme qui lui avait ravi son butin.
Le chef, dans sa tête : « Tu me le paieras, Robin des bois. A notre prochaine rencontre, je ne t’épargnerai pas… Et peu importe ce que dira Gisborne ! »
Une fois que la majorité de ses hommes furent auprès de lui, il mit son cheval au galop et prit la direction de son campement. Cependant, il n’avait pas remarqué qu’il lui manquait un homme. En effet, alors qu’il avait ordonné le repli, l’un d’eux avait cessé le combat et s’apprêtait à le rejoindre quand il vit un jeune homme, épée à la main, à la lisère de la forêt protégeant des villageois apeurés. Ceux-là même qu’ils devaient ramener dans leur campement. Pensant pouvoir se débarrasser aisément de leur gardien et ainsi ramené leurs prisonniers à son chef, dans l’espoir d’avoir une récompense, le mercenaire fila en direction de James. Heureusement, ce dernier le vit arriver. Il jeta un coup d’œil aux alentours afin de s’assurer que le mercenaire n’avait pas un complice tapi dans l’ombre. Puis quand il en fut certain, James sortit du sous-bois afin d’être plus libre de ses mouvements. Le mercenaire fut un peu surpris par son comportement mais il engagea tout de même le combat, certain de l’emporter.
Alors que les combats avaient cessé dans le village et que les mercenaires commençaient à prendre la fuite, les hors-la-loi poussèrent un cri de victoire. Epuisés, ils se regroupèrent autour de Robin.
Much, essoufflé : « Pouhhh… On les a quand même eus finalement ! »
Will : « Oui, ça tu l’as dit ! »
Robin : « Il n’y a pas de blessés ? »
Djaq : « Nous non, ça va mais il y a eu des morts et des blessés parmi les villageois ! »
Robin : « Will et toi, voyez ce que vous pouvez faire pour ces malheureux. »
Will allait signaler son accord lorsqu’il vit le combat entre James et le mercenaire.
Will, pointant son doigt en direction de la forêt : « Robin ! »
Le reste de la bande voulut rejoindre James, mais Robin s’agenouilla, banda son arc et s’apprêta à tirer. Finalement, sa flèche ne partit jamais car James venait de mettre un terme au combat en transperçant son adversaire avec son épée. Ils partirent le rejoindre afin de le féliciter. Les villageois que James avait protégé l’entouraient déjà quand Robin et le reste de la bande arriva à sa hauteur.
Robin : « Bien joué ! »
James, épuisé mais souriant : « Je savais que tu viendrais à mon secours. »
Robin : « Mais je n’en ai pas eu besoin… Tu vois… Je te l’avais dit que tu apprendrais de tes erreurs. »
Fier de lui, James souriait de toutes ses dents. Puis d’un seul coup, il s’écroula sur ses jambes.
James, essoufflé : « Ouf… Finalement… Je suis mieux assis ! »
Toute la bande rit tandis que Djaq se pencha sur lui.
James : « Non, ça va… J’avais juste envie de m’asseoir ! »
Robin, souriant : « Maintenant tu devras travailler ton endurance, mon jeune ami ! »
James : « Oui… Ben on verra ça demain, hein ? »
Much, regardant vers la forêt : « Ben c’est qui ça ? »
Toute la bande se mit en position défensive, excepté James qui resta au sol tout en restant vigilant.
Will, se détendant : « C’est Allan ! »
Much : « Mais qu’est-ce qu’il a ? »
En effet, Allan courut d’une façon erratique jusqu’à eux. Quand il fut à leur hauteur, il éprouva des difficultés à s’exprimer.
Much : « C’est maintenant que t’arrives ? »
Allan, essoufflé et faisant de grands gestes avec ses bras : « Mais tu… tu… tu sais d’où… d’où est-ce que… je… je viens ! »
Il s’arrêta à nouveau et souffla bruyamment.
Allan, se pliant en deux : « Je… Je sais où… où est le… le… le camp des… des mercenaires. »
Il avait couru comme un fou du campement des mercenaires jusqu’à Aylesford afin de ne pas perdre de vue les bandits. Mais ces derniers étaient à cheval et ils avaient rapidement distancé le hors-la-loi. Cependant, comme la horde de mercenaires faisaient beaucoup de dégâts dans les champs et les bois en les traversant, il n’avait pas été très difficile pour Allan de les pister jusqu’au village. Mais bien entendu, il arriva après la bataille.
Much, reprochant : « T’aurais pu arriver plus tôt ! »
Allan : « Je… Je te ferais remarquer que… que… [Expirant fortement] que les mercenaires sont à cheval… eux ! »
Much, réfléchissant : « Ah oui, c’est vrai ! »
Robin : « Merci de nous avoir prévenu pour l’attaque. »
Allan, appréciant enfin le compliment : « De rien. »
Robin : « Alors tu sais où se trouve leur campement ? »
Allan : « Oui… [Il souffla profondément]… C’est pas loin d’Ashford. »
Robin : « Bien. Nous pourrons alors leur rendre une petite visite. »
Much : « Oui mais… Pas maintenant ? »
Djaq : « Nous devons d’abord nous occuper des villageois, Robin. »
Robin : « Je sais. Ensuite nous retournerons au camp pour nous reposer. Cela me laissera le temps de trouver un plan. »
Un des villageois que Robin avait sauvé : « En tout cas, si vous avez besoin de nous pour chasser ces brigands, vous pouvez compter sur nous. »
Robin, surpris : « Je te remercie mais cela peut s’avérer dangereux. »
Le villageois : « Nous le savons mais nous préférons nous battre plutôt que de nous cacher à chaque fois qu’ils viennent. Nous voulons les chasser de chez nous une bonne fois pour toute ! »
Les hommes qui l’accompagnaient le soutinrent bruyamment.
Robin, lui mettant la main sur l’épaule : « Je te remercie, l’ami. Je vais réfléchir à ta proposition. [À ses compagnons]… Venez… Allons aider ces malheureux. »
Accompagné des villageois, toute la bande repartit vers le village. Les hommes, libérés par Robin, se jetèrent dans les bras de leur famille. Si l’accueil des hommes prisonniers par les mercenaires avaient été chaleureux, il en allait autrement des autres villageois. Le reste des habitants regardèrent avec méfiance ces étrangers. Mais surtout, les regards noirs étaient tous tournaient vers le jeune Comte. Ressentant un malaise, ce dernier s’en aperçut mais trop tard, un homme l’alpaga violement.
Un villageois : « Eh toi ?... Tu es bien le Comte de Kent ? »
En entendant le ton agressif employé par le villageois, Robin se rapprocha de James.
James : « Oui, c’est moi ! »
Le villageois, menaçant : « Que fais-tu là ? »
James, peu sûr de lui : « Je viens pour aider un peu… »
Le villageois : « Pour aider un peu ?... Non mais vous entendez ça, vous autres ? Monsieur le Comte vient pour aider ! »
Petit Jean : « Calme-toi, l’ami. »
Le villageois, ignorant Petit Jean : « « Monsieur vient pour aider alors que tout est de sa faute ! »
James : « Ma faute ? »
Le villageois : « Oui, parfaitement ! Cette attaque n’aurait jamais eu lieu si vous aviez laissé le shérif de Nottingham nous défendre contre ces barbares ! »
Les autres villageois approuvèrent.
James : « Non, c’est faux ! »
Le villageois, s’énervant : « C’EST LA VERITE !... VOUS L’AVEZ CHASSE DE VOS TERRES CAR VOUS N’AVEZ PAS SUPPORTE SA POPULARITE. ET MAINTENANT, C’EST NOUS QUI LE PAYONS… ET NOUS LE PAYONS DE NOTRE SANG ! »
Autour de lui, les habitants du village l’approuvèrent bruyamment.
Le villageois, encouragé par la réaction des autres : « Peut être devrions-nous lui montrer ce que c’est que de le payer de son sang ! »
Les autres villageois : « OUAIS ! »
Mais un villageois s’interposa. Il faisait partie de ceux que Robin avait sauvés des mercenaires.
L’ex-prisonnier : « Non… Non… Vous vous trompez. Il nous a sauvés la vie mes compagnons et moi quand les mercenaires nous ont attrapés. Il est de notre côté. Vous ne pouvez pas faire ça ! »
Le villageois : « Tu mens !... En tout cas, moi j’ai perdu ma femme dans cette attaque et mes enfants lors de la précédente !... [Au reste des villageois]… Ce sera peut-être toi la prochaine fois ou toi… ou peut-être ta femme ou ton fils… Ça ne s’arrêtera jamais ! A moins que le shérif de Nottingham ne revienne !... Obligeons le Comte à faire revenir le shérif ! »
Le reste du village : « OUAIS !... ON VEUT LE SHERIF ! »
Les habitants du village se regroupèrent dangereusement autour de James et des hors-la-loi.
Much à Robin : « Ils veulent la protection du shérif ? Qu’est-ce qui faut pas entendre ! »
Robin : « Ils sont désespérés, Much ! »
Voyant les villageois se rapprochaient encore, Djaq : « Oui mais des gens désespérés peuvent devenir très dangereux. »
Robin : « Djaq a raison. Sortons-nous vite de là ! »
Il attrapa James et le tira par derrière pendant que ses compagnons formèrent un cercle défensif autour d’eux. La foule resserra encore son étreinte.
La foule : « Il est à nous ! »
Petit Jean, menaçant de toute sa hauteur les habitants devant lui : « Ne nous obligez pas à vous manquer de respect ! »
La foule, scandant : « Nous voulons le shérif !... Nous voulons le shérif ! »
Allan, pas très rassuré : « Eh bien… Vous n’avez qu’à lui envoyer une petite lettre. Je suis sûr qu’il se fera un plaisir de vous répondre… Mais nous, nous sommes pressés… On doit vous quitter ! »
La foule : « Vous n’irez nulle part avec le Comte… Nous voulons le shérif ! »
Robin à ses compagnons : « Tenez-vous prêts à courir ! »
Fatigué d’avoir couru jusqu’au village, Allan, désapprouvant : « Courir ? Mais pour aller où ? »
Robin : « Courir jusqu’aux chevaux ! »
Allan, soulagé : « Oh ! Je préfère ça ! »
Robin : « Attention… Maintenant ! »
Rapide comme l’éclair, les hors-la-loi coururent jusqu’à leurs chevaux, bousculant les villageois se trouvant sur leur passage. Pris par surprise, ces derniers se mirent à leur poursuite mais beaucoup abandonnèrent lorsqu’ils virent le Comte monter en selle. Quelques-uns, plus téméraires, les suivirent mais Petit Jean se retourna brusquement et leur fit face. Les villageois s’arrêtèrent. Ils n’étaient pas sûrs de vouloir se mesurer au colosse.
Petit Jean, menaçant : « Partez ! »
Allan : « Et moi je monte où ? »
Robin, sur son cheval : « Monte avec moi ! »
Il lui tendit la main et l’aida à grimper sur la croupe de son cheval.
Robin : « Jean ? »
Au même moment, un jeune villageois chargea Petit Jean. Ce dernier n’eut aucun mal à le désarmer puis à le faire tomber à terre. Ebahi, le jeune homme n’osa plus bouger.
Petit Jean, au-dessus de lui : « PARTEZ… MAINTENANT ! »
Les autres villageois s’enfuirent sans demander leur reste. Quant au jeune téméraire, toujours au sol, il regarda avec terreur Petit Jean.
Petit Jean, faisant semblant de se jeter sur lui : « Grrr ! »
Affolé, le jeune homme se mit à ramper nerveusement sur le sol. Puis parvenant à se remettre debout et sans regarder en arrière, il courut sans arrêter jusqu’au village.
Much, souriant : « Jean ?... Toi non plus, tu n’as pas changé. Tu es toujours aussi courtois ! »
En sécurité dans les sous-bois, la bande put se détendre et sourire à la plaisanterie de Much. Robin attendit que Petit Jean soit en selle avant de leur faire part de la suite des évènements. James, à ses côtés, fut le seul à ne pas rire. Encore sous le coup de l’émotion, il encaissait mal la réaction des villageois. Robin s’en aperçut.
Robin : « T’en fais pas pour les villageois. Ils ont perdu des êtres chers et ils avaient besoin d’un bouc-émissaire… Je te promets que nous ne repartirons pas avant d’avoir restauré l’honneur de ta famille. Et tu sais ?... Je n'abandonne jamais, rien ni personne ! »
Much : « Robin a raison… Ils changeront d’avis lorsque les mercenaires seront partis grâce à toi ! »
Robin, regardant si Petit Jean était monté sur son cheval : « Justement Much puisque tu en parles… Nous allons nous occuper de ces mercenaires sans tarder ! »
Much : « Oh !... Mais vous aviez dit qu’après avoir aidé les villageois, nous rentrions nous reposer un peu ! »
Robin, espiègle : « Ah bon ?... J’ai dit ça, moi ? »
Much : « Vous l’aviez dit ! »
Allan, regardant nerveusement autour de lui : « Bon, je ne voudrais pas jouer les trouble-fêtes mais nous devrions en discuter ailleurs. Gisborne ne devrait pas tarder ! »
Will, inquiet : « Parce qu’il doit venir ? »
Allan : « Oui. Il veut montrer à la population à quel point le shérif est un grand seigneur comparé à… »
Il s’arrêta, embarrassé par la présence de James mais tout le monde comprit qu’il s’agissait d’une manœuvre pour discréditer le jeune Comte.
Djaq : « Mais on ne va pas abandonner ces malheureux ? »
Much : « D’après leur réaction, je ne crois pas qu’ils aient envie de notre aide ! »
Allan : « Oui et puis je ne crois pas que tu puisses aider grand monde lorsque tu te balanceras au bout d’une corde ! »
Djaq : « Mais on pourrait au moins essayer de… »
Petit Jean, la coupant : « Trop tard ! »
Toute la bande regarda dans la même direction que Petit Jean. Gisborne et ses hommes venaient d’entrer dans le village. Il avait apporté un chariot rempli de vivres et distribua quelques bourses aux habitants qu’il rencontrait.
Will : « Mais d’où peuvent bien provenir cet argent et ces vivres ? »
Robin, regardant le manège de Gisborne : « C’est sûrement l’argent volé aux habitants du comté de Nottingham ! »
Much à Will : « Tu sais ?…. Pendant qu’on courrait comme des lapins fuyant les chasseurs ! »
Will, regardant Gisborne : « Il se prend pour Robin des bois, ma parole ! »
Soudain, Robin, souriant : « Will, tu es un génie ! »
Will, ne comprenant pas : « Ah oui ?... Pourquoi ? »
Robin : « Nous allons, nous aussi, jouer à Robin des bois mais, cette fois… au nom du Comte James de Kent ! »
Much : « Mais on n’a rien à distribuer ? »
Robin : « Gisborne a ce qu’il faut, lui ! »
Will : « Mais on ne sait même pas où il stocke sa marchandise ! »
Allan : « Moi, je sais ! »
Much : « Ah ouais ?... Et comment tu sais ça, toi ? »
Allan : « Lorsque nous avons suivi l’espion de Gisborne, il nous a conduit au manoir du shérif et j’ai remarqué, derrière la maison, une grange gardée par deux soldats. Je suis sûr que c’est là que les vivres sont entreposés ! »
Robin : « Parfait… Eh bien il n’y a plus qu’à ! »
Much, désespéré : « oh maître ?... Vous ne songez tout de même pas à dévaliser Gisborne chez lui ? »
Robin, souriant : « Ben pourquoi pas ?... Puisque Gisborne est occupé ici à jouer les bons samaritains. Nous… Nous allons en profiter pour lui voler toute sa marchandise. Après tout, c’est notre travail de voler aux riches pour donner aux pauvres, non ? »
Much, peu convaincu : « Oh si si. Bien sûr ! »
Robin : « Bon… Eh bien, allons-y ! »
Il talonna son cheval et la bande le suivit. Allan montra à Robin le chemin du manoir du shérif. Ils filèrent à bride abattue sur la route d’Ashford. Trois quart d’heures plus tard, Allan indiqua à Robin le quartier général du shérif.
Allan : « C’est le manoir, là-bas. »
Robin, arrêtant son cheval à une bonne distance de la demeure : « Arrêtons-nous ici ! »
Allan descendit ; suivi de Robin et de toute la bande.
Allan : « La grange se trouve derrière. »
Robin : « Il faudrait savoir combien il y a de gardes. »
Allan : « Viens… On peut s’approcher de la maison par là-bas. »
Il lui indiqua le chemin qu’il avait emprunté avec James quelques heures plus tôt.
Robin au reste de la bande : « Attendez-nous là…. Prévenez-nous si Gisborne revient ! »
Petit Jean alla se placer derrière un arbre à proximité de la route pour surveiller les éventuelles allées et venues tandis que les autres se cachèrent dans le sous-bois regardant Allan et Robin partirent en direction de la demeure.
Much : « Oh que je n’aime pas ça ! »
Djaq : « Much, tais-toi… Ils seront prudents ! »
Will : « Oui et puis Gisborne est occupé ailleurs, alors ? »
Much : « N’empêche que je n’aime pas ça. Si jamais… »
Djaq lui donna un coup dans l’estomac pour le faire taire. Much, vexé, ne répliqua pas. Ils attendirent ainsi dans le silence le retour de leurs compagnons. Quelques minutes plus tard, Allan et Robin revinrent.
Djaq à Much : « Tu vois ?... Tu t’inquiétais pour rien ! »
Much ne répondit pas. Robin leur fit son rapport dès que Petit Jean les rejoignit.
Robin : « Eh bien… Gisborne est un sot… D’après ce qu’on a vu, il n’y a pas plus de trois gardes sans compter les domestiques…. Car il faut être un sot pour laisser un trésor comme celui-là sans une bonne escorte… N’importe qui peut le voler. »
Much : « Ouais peut-être… Ou peut-être pense-t-il que seul un simple d’esprit aurait l’idée de venir ici pour le voler ! »
Robin, souriant : « Je te remercie pour le compliment, Much ! »
Much, gêné : « Non euh… Je ne disais pas ça pour vous, maître ! »
Robin : « Ah bon ? Pour qui d’autres alors ? »
Much : « Euh… Je disais simplement que… qu’il faudrait être… fou enfin euh…. »
Will, souriant : « Tu ferais mieux de te taire, Much ! »
Much : « Mais j’en ai marre que tout le monde me dise ça !... Je ne peux jamais exprimer le fond de ma pensée… Enfin c’est vrai, quoi ! »
Petit Jean, agacé : « Much ? »
Much : « Quoi ? »
Petit Jean : « La ferme ! »
Much, vexé : « D’accord ! »
Robin : « Bon… Allons-y ! »
Ne pouvant emprunter l’étroit passage menant aux cuisines sans risquer d’attirer l’attention, toute la bande contourna le manoir en passant par la forêt et se faufila jusqu’à la grange située à l’arrière. Pendant qu’Allan alla au-devant des deux soldats gardant l’entrée du bâtiment, le reste de la bande se cacha de l’autre côté de l’édifice à l’abri des regards de la sentinelle.
| « Bonjour messieurs !... Ceci est une réquisition ! » | ![]() |
Les deux soldats dégainèrent leurs armes et s’avancèrent vers l’intrus pour lui faire un mauvais parti, mais Will et Petit Jean se faufilèrent derrière eux et les assommèrent. Ils transportèrent les soldats à l’intérieur. Le reste de la bande les rejoignit. L’intérieur de la grange était rempli de victuaille en tous genres : Farine, pain, viande et légumes s’entassaient dans des caisses pratiquement jusqu’au plafond du rez-de-chaussée.
Much siffla puis : « Eh ben dis-donc… Il y a de quoi nourrir tout le comté pour au moins une année là-dedans. »
Robin : « Jean ? Va chercher un de nos chevaux et attèle ce chariot. Will, Djaq, Allan, Godwin et James commençaient à charger les caisses ! »
Petit Jean : « Ouais mais si y’a d’autres gardes, ils risquent de nous tomber dessus ? »
Robin : « Nous allons nous en occuper. »
Much, inquiet : « Quand vous dites ‟nous″, cela ne veut pas dire uniquement vous et moi, n’est-ce pas ? »
Robin, souriant et espiègle : « Mais bien sûr que si mon ami… Allez viens ! »
Munis d’un arc et du bâton de Jean, Robin et Much traversèrent rapidement la place, longèrent le mur arrière du manoir et vinrent se poster de chaque côté de la porte donnant sur la cour. Lorsque Jean ramena son cheval, cela attira évidement l’attention de la maisonnée. Robin écouta attentivement à l’intérieur. Visiblement, il y avait encore au moins deux gardes puisqu’il entendit un homme demandait à un autre d’aller voir ce qui se passait dans la cour. Par geste, il indiqua à Much qu’il restait deux gardes mais celui-ci ne comprit pas le message. Much voulut le faire savoir à Robin et s’avança vers lui quand un garde se pointa à la porte.
Sortant du manoir, un garde apostropha Much, croyant avoir affaire à un domestique : « Hé toi ?... Que fais-tu ici ? »
Robin, tapotant l’épaule du garde : « Hep ! »
Le garde tourna la tête vers Robin. Much en profita pour l’assommer.
Robin, empêchant le garde de s’écrouler à terre : « Beau travail, Much ! »
Robin déposa son fardeau au pied du mur et se posta à nouveau à côté de la porte.
Much : « Mais qu’est que vous faites ? »
Robin, le tirant violemment vers lui : « Le dernier homme, Much ! Tu oublies toujours le dernier homme ! »
Quelques secondes plus tard, un deuxième soldat se présenta mais cette fois-ci, celui-ci avait eu le temps de voir le hors-la-loi se camoufler derrière la porte. Il se présenta alors armé face aux intrus. Robin dégaina son épée et engagea le combat. Much tenta de l’assommer à plusieurs reprises mais le garde s’esquiva à chaque fois. Finalement après avoir épuisé son adversaire, Robin réussit à amener celui-ci devant Much qui lui donna alors un grand coup sur le crâne. Robin déposa le soldat à côté de son comparse.
Robin : « Ligote-les, s’il te plaît. Je vais voir s’ils ont fini de charger le chariot. »
Pendant que Much ligotait les deux soldats, Robin retourna dans la grange. Avant d’arriver, il put entendre des éclats de voix.
Petit Jean : « C’est à Robin de décider ! »
James : « Je veux y aller ! »
Robin : « Mais que se passe-t-il ? On vous entend depuis la cour ! »
Djaq : « James veut fouiller le manoir ! »
Robin, se tournant vers le jeune homme : « Pour quelles raisons ? »
James : « Pour l’argent ! »
Robin : « Quel argent ? »
James : « Celui que le shérif distribue après chaque pillage afin de me discréditer… Je veux lui enlever toutes les possibilités de me nuire. »
Will : « Et tu crois qu’il est caché là ? »
James : « Ben où veux-tu qu’il soit ? Au château ? Sûrement pas. Je suis sûr qu’il est ici. Si on ne s’en empare pas, Gisborne pourra toujours racheter des vivres et les distribuer comme avant ! »
Le dernier argument acheva de convaincre Robin.
Robin : « Il a raison. Tout ceci n’aura servi à rien. »
Will : « Mais tu sais même pas où il est ? »
Robin : « Tant pis ! Nous fouillerons tout le manoir s’il le faut. Nous commencerons par le grenier. Je vais avec lui. Vous autres… Continuez de charger le chariot puis attendez-nous à la lisière de la forêt et prévenez-nous si Gisborne revient. »
Allan : « Je viens avec vous ! A deux nous fouillerons plus vite pendant que le troisième fera le guet. »
Robin eut un instant d’hésitation mais devant l’air déterminé d’Allan, il accepta.
Robin : « Entendu ! »
Allan fut enchanté que Robin accepte de faire cette mission avec lui, même s’il avait dû s’imposer. Robin l’avait pris avec lui sur son cheval pour lui montrer le chemin du manoir et, maintenant, ils allaient faire cette fouille ensemble. Il se réjouissait à l’idée que Robin commençait enfin à lui redonner sa confiance, comme avant.
Les trois hommes regagnèrent le manoir et y entrèrent prudemment pendant que les autres finissaient le chargement. Sachant que Gisborne passerait la matinée au village d’Aylesford, la majorité des domestiques se trouvaient, par chance, dans leurs quartiers à l’autre bout du manoir. Les hors-la-loi ne rencontrèrent personne mais ils grimpèrent tout de même prudemment l’escalier menant au grenier. Les trois hommes y rentrèrent rapidement et commencèrent à fouiller la pièce.
Au bout de quelques minutes, Allan, tout souriant : « Ah ça !... Je l’ai déjà vu quelque part ! »
Il montra du doigt à Robin une caisse sur le sol. Celui-ci s’accroupit. Allan l’imita.
Robin : « Oui. C’est l’emblème de notre shérif adoré. »
Allan, ouvrant la caisse : « Je parie que l’argent est à l’intérieur. »
La caisse n’était pas verrouillée. Allan l’ouvrit avec empressement. Il découvrit des petits sacs remplis d’argent.
Allan : « Bingo !... On est doué, hein ? »
Robin ouvrit une des fenêtres du grenier et fit signe à Petit Jean d’apporter le chariot au-dessous de la fenêtre à côté d’un tas de paille.
Robin à James et Allan : « Aidez-moi à passer les sacs par la fenêtre. »
Robin se tint à la fenêtre attendant qu’Allan, près des caisses prenne un des sacs puis le lance à James qui le lui remit. Robin n’attendit pas que Petit Jean et les autres soient fin prêts. Il lança le sac par la fenêtre. Ce dernier atterrit sur le tas de paille. Et Petit Jean n’eut qu’à le ramasser avant de le déposer dans le chariot. Ils procédèrent ainsi jusqu’à ce que toutes les caisses du shérif soient vides.
Allan, donnant le dernier sac à James : « Et voilà le travail ! »
James remit la bourse à Robin.
Robin, lançant le dernier sac, à Petit Jean : « C’était le dernier. Rejoignez- nous à la lisière de la forêt ! »
Petit Jean, lui faisant un signe de la main : « Entendu ! »
Robin referma la fenêtre. Petit Jean tira son cheval par la bride et le mena vers la forêt tandis que Godwin, Much et Djaq restèrent à l’arrière aussi bien pour assurer leur sécurité que pour vérifier qu’ils ne perdent rien en route tant le chariot était bondé.
Dans le grenier, la joie d’Allan ne dura pas. Dans leur hâte de trouver l’argent, les hors-la-loi oublièrent de surveiller la porte. Le bruit des pas dans le grenier et celui des caisses que l’on déplaçait sur le parquet avaient attiré l’attention de l’intendant. Celui-ci ouvrit la porte.
L’intendant : « Mais qu’est ce que vous faites là ? »
Surpris, les hors-la-loi n’eurent même pas le temps de répondre que, déjà, l’intendant refermait violement la porte et les renfermait à clé. Il descendit précipitamment les escaliers en hurlant.
L’intendant : « GARDES… A MOI… AU SECOURS… »
Pendant ce temps, Petit Jean et les autres avaient atteint la lisière de la forêt. Quand ils entendirent les hurlements de l’intendant, Petit Jean voulut se précipiter vers le manoir. Mais Will l’arrêta.
Will : « Non, attends !... Gisborne revient ! »
En effet, sur la route, un convoi arrivait avec à sa tête un homme vêtu de noir : Gisborne.
Much, inquiet : « Oh non !... Ils sont faits comme des rats ! »
Gisborne arriva en trombe dans la cour. Il vit immédiatement les portes grandes ouvertes de la grange et aucun garde à l’horizon. Se doutant qu’un vol ait été commis, il descendit de cheval en hurlant et fonça à l’intérieur de la grange.
Gisborne, mécontent : « GARDES !... GARDES !... »
Mais aucun garde n’accourut. Seule son escorte le rejoignit. Ce fut à cet instant que son intendant, ayant entendu la voix de son maître, fit irruption dans la cour.
L’intendant : « MESSIRE GISBORNE !... MESSIRE GISBORNE ! »
Celui-ci sortit précipitamment de la grange et vint à sa rencontre.
Gisborne : « Eh bien, que t’arrive-t-il ? »
L’intendant : « Monseigneur… Des bandits, dans le grenier ! Je les ai renfermés à clé ! »
Gisborne devina immédiatement l’identité des intrus. Il porta alors son regard vers les étages supérieurs du manoir.
Gisborne, sourire en coin : « Cette fois-ci Locksley, tu es perdu ! »
Il dégaina son épée et fonça vers le manoir.
Gisborne, en courant : « GARDES !... AVEC MOI ! »
Lorsqu’il arriva à la porte du manoir, les deux gardes que Much et Robin avaient assommés se présentèrent devant lui. L’escorte de Gisborne les avaient découverts, ligotés et camouflés, au pied du mur.
Gisborne, avant de s’engouffrer à l’intérieur : « Vous deux restez ici et ne laisser sortir personne ! »
A l’intérieur du manoir, c’était la panique. Lorsque l’intendant les eût renfermés, Allan essaya de défoncer la porte à coup d’épaule. Mais ce fut peine perdue, la porte tint bon.
Allan, inquiet : « Rien à faire !... On est coincé ! »
Robin : « Trouvons quelque chose pour forcer cette porte ! »
Ils cherchèrent parmi tout le bric-à-brac que contenait la pièce un objet suffisamment lourd pour qu’une fois, lancé contre la porte, celle-ci cède. Mais soudain, ils entendirent une voix familière. Ils arrêtèrent immédiatement leur recherche.
Robin et Allan, se regardant : « Gisborne ! »
Robin, se postant à la fenêtre : « C’est bien lui ! »
Allan : « Ben dis donc, il a fait vite ! »
Robin : « On doit absolument sortir d’ici ! »
Paniqués, James et Allan bloquèrent la porte avec ce qu’ils trouvèrent. Robin regarda par la fenêtre pour voir si une issue était possible. Au-dessous de la fenêtre du grenier, un tas de foin attendait qu’on vienne le rentrer dans la grange.
Robin, ouvrant la fenêtre : « Venez !... On va passer par ici ! »
Allan et James se pressèrent de le rejoindre tandis que les soldats de Gisborne commençaient à enfoncer la porte.
Allan, se penchant par la fenêtre : « Non mais j’espère que tu plaisantes ? T’as vu la hauteur ? »
Le manoir comptait deux étages d’habitations et le grenier se trouvait encore au-dessus.
Robin : « Tu as une autre idée ? »
Allan : « Ben là… Tu me prends un peu de court mais… »
Soudain, la porte du grenier céda dans un grand fracas. L’escorte avait eu finalement raison de l’amoncellement de caisses vides bloquant l’accès. Les gardes se précipitèrent vers les hors-la-loi. Gisborne fit son entrée en triomphant.
Gisborne : « Tiens. Tiens. Tiens. Locksley et son larbin… Comme on se retrouve ! »
Robin : « Tu ne nous tiens pas encore, Gisborne ! »
Puis tout se passa à la vitesse de l’éclair. Sachant qu’ils ne pourraient pas tous s’échapper en sautant par la fenêtre avant que les soldats ne soient sur eux, Allan profita que Robin ait capté l’attention de Gisborne et de ses hommes pour pousser le chef des hors-la-loi par la fenêtre.
Allan, lui criant : « SAUVE-TOI, ROBIN ! »
Les hommes de Gisborne se précipitèrent sur les hors-la-loi pour les empêcher de fuir. Ils s’emparèrent d’Allan et de James et les plaquèrent contre le mur adjacent. Les mains en l’air, les deux hommes attendirent, résignés, la réaction de Gisborne.
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A l’extérieur…
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Robin bascula dans le vide et tomba lourdement dans le foin. |
Puis il roula sur le sol. Surpris par le geste d’Allan, il prit quelques instants pour reprendre ses esprits. Lorsqu’il releva la tête vers le grenier, Gisborne était penché à la fenêtre.
| Gisborne, aux deux soldats se trouvant dans la cour : « GARDES ! ATTRAPEZ-LE ! » | ![]() |
Mais Robin se releva rapidement et courut rejoindre le reste de la bande à la lisière de la forêt.
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A l’intérieur…
Gisborne, reportant son attention sur Allan : « Tu vas me payer ça, Allan ! »
Il s’approcha très près du visage de son prisonnier.
Gisborne, froidement : « Nous avons un vieux compte à régler tous les deux. »
Allan, provoquant : « Hou ! J'attends ça avec impatience ! »
James, surpris, regarda les deux hommes. Ceux-ci se dévisagèrent sans sourciller. Allan soutint fièrement son regard bien qu’il savait ce que Gisborne allait lui réserver. Mais contre toute attente, Gisborne tourna les talons.
Gisborne, marchant vers la sortie : « Vous deux… Ligotez-les tous les deux. Les autres… Venez avec moi. On va essayer de récupérer la marchandise qu’ils nous ont volé. »
Même s’il se doutait qu’il n’arriverait pas à retrouver le reste de la bande, Gisborne pensa à la réaction du shérif lorsqu’il apprendra que l’argent et les vivres ont été dérobés. Il devait absolument tenter quelque chose. Mais c’était peine perdue. A la minute où Robin rejoignit ses compagnons, ceux-ci se tenaient déjà en selle, prêts à partir. Robin ordonna immédiatement le départ.
Robin, montant à cheval : « Allons-nous en et vite ! »
Much : « Mais Allan et James ? »
Robin : « Ils se sont faits prendre ! »
Cela jeta un froid sur l’équipe. Tous savaient que Gisborne allait faire payer à Allan son intervention en Terre Sainte.
Djaq, inquiète : « On ne peut pas les laisser là-bas ! »
Robin : « Pour l’heure, nous ne pouvons pas faire grand chose pour eux. Il faut absolument mettre le butin en sûreté. ! »
Ils regardèrent le manoir avec hésitation.
Robin, pressant : « Nous reviendrons ce soir pour les sortir de là ! »
Djaq, regardant le manoir : « J’espère qu’il ne sera pas trop tard. »
A cet instant, ils virent de l’agitation devant le manoir.
Robin : « Dépêchons-nous ! »
Il talonna son cheval et partit au galop. Son geste fit sortir la bande de sa torpeur puis, le cœur lourd, ils suivirent leur chef : Ils avaient l’impression d‘abandonner deux des leurs !
Avec le chariot plein de vivres, ils mirent un peu plus d’une heure pour rentrer à leur campement. Dans un silence mortuaire, ils détachèrent le cheval du chariot. Puis ils vinrent s’installer devant le feu que Much ralluma. Ils avisèrent alors les deux places vides parmi eux.
Robin : « Nous allons manger un morceau puis nous irons faire une livraison à Sittingbourne. »
Djaq : « Et pour James et Allan ? »
Will, mécontent : « Nous aurions dû essayer de les libérer tout de suite au lieu de nous enfuir… »
Robin, mécontent, le coupant : « On ne s’est pas enfui, Will !... Mais il y a des moments où il faut savoir battre en retraite pour pouvoir revenir en force… Et c’est ce que nous ferons ce soir… Après la livraison… Avec un plan bien préparé ! »
Much : « Hum !... On en avait un, un plan bien préparé mais ça n’a pas empêché que deux d’entre nous y restent ! »
Petit Jean, agacé : « Much, la ferme ! »
Il se leva et prit l’arc de Much.
Petit Jean : « Je vais chasser ! »
La bande le laissa partir sans rien dire.
Djaq, prenant un panier au passage : « Moi, je vais chercher des fruits. »
Will : « Je t’accompagne. »
Une fois encore, le reste de la bande approuva en silence leur décision. En temps normal, Allan aurait moqué ses deux compagnons mais il n’était plus là. Le silence se fit encore plus pesant. Robin perdit son regard dans les flammes, cherchant un plan pour sauver le jeune Comte et son compagnon. Much fixa Robin : Il savait que ce dernier ferait tout pour les libérer. Il n’osa pas le déranger. Il reporta alors son regard vers les flammes en cherchant lui-aussi un moyen de sauver ses amis.
Dans la forêt, Will indiqua à Djaq une clairière où poussait des fraises, des mûres sauvages et autres fruits forestiers. Les deux amants remplirent leur panier dans un silence pesant. Will regarda Djaq avec inquiétude. Il voyait bien qu’elle s’inquiétait énormément pour leurs deux amis.
Will : « Ça va aller, Djaq ? »
Trop angoissée pour répondre, Djaq ne lui fit qu’un signe affirmatif de la tête. Will saisit alors le panier des mains de Djaq et le posa au sol. Puis il la prit délicatement dans ses bras.
Will, d’une voix douce : « Allez… Viens là. »
Djaq se laissa faire. Elle ne comprenait pas sa propre réaction. D’habitude si combative, elle se sentit désemparée. Réconfortée dans les bras de son bien-aimé, elle lui livra ses angoisses.
Djaq : « Je m’inquiète beaucoup pour Allan et James. »
Will : « Tu n’as pas de raison de t’en faire. James est le Comte de Kent. Gisborne n’osera pas lui faire de mal. Il a encore besoin de lui. »
Djaq, se détachant de lui et angoissée : « Et Allan ? Gisborne va lui faire payer sa trahison en Terre Sainte… Et j’ai peur qu’il… »
Emue, elle ne finit pas sa phrase mais Will avait bien compris. Elle enfouit son visage dans son cou. Ce dernier partageait ses inquiétudes quant au sort d’Allan. Ne sachant pas quoi lui répondre pour la réconforter, il la serra davantage contre lui. Dans le silence de la forêt, les deux amants se réconfortaient mutuellement en se blottissant l’un contre l’autre. Au bout de quelques minutes, Djaq se détacha de son compagnon.
Djaq, ayant repris son aplomb et essayant de donner le change : « Bon… Il faut qu’on ramène les fruits au camp sinon ils vont encore se demander ce qu’on fabrique. »
Will, lui souriant gentiment : « Oui... Allons-y ! »
Will ramassa le panier d’une main et de l’autre, il prit celle de Djaq. Puis ils se dirigèrent vers le campement. Sur le chemin, Will réfléchit à la situation d’Allan.
Will : « Tu sais… Je suis sûr que ça ira pour Allan. Gisborne voudra l’interroger mais Allan est solide. Je suis certain qu’il lui résistera aussi longtemps qu’il le faudra... Du moins… Le temps que nous arrivions. »
Djaq : « Tu crois ? »
Will : « Oui !... De plus, Gisborne va passer le reste de l’après-midi à essayer de retrouver sa précieuse marchandise ! »
Djaq : « Il pourrait forcer Allan à lui révéler l’emplacement du camp ! »
Will, sûr de lui : « Il ne dira rien ! »
Djaq : « Oui… Tu as probablement raison. Il n’a jamais rien dit lorsque nous étions à Sherwood. Alors il n’y a aucune raison pour qu’il crache le morceau ici ! »
Will, souriant : « Tu vois ? »
Un peu rassurés, les deux amants arrivèrent à proximité du camp. Djaq lâcha la main de Will et lui ravit le panier. Elle se dirigea vers le foyer afin de déposer les fruits dans un plat. Pendant ce temps, son compagnon rejoignit Much qui apprêtait déjà un lapin que Petit Jean avait ramené.
Will à Petit Jean : « Déjà ?... Tu es le plus rapide des chasseurs que je connaisse ! »
Much : « Oh ça va !... Il a eu beaucoup de chance, c’est tout !... Moi aussi, j’aurais pu ramener du gibier en moins de cinq minutes si j’avais eu de la chance comme lui ! »
Djaq, souriant : « Bien sûr, Much. On n’en doute pas ! »
Quelques minutes plus tard, le repas fut servi. Tout le monde mangea en silence en pensant à leurs compagnons retenus prisonniers par Gisborne.
Robin, reposant son écuelle : « Bon… Voilà ce que je vous propose : Nous allons à Sittingbourne faire la livraison. Puis, nous revenons ici, en début de soirée, avec quelques hommes prêts à nous aider. Et là, nous élaborerons un plan pour sauver nos compagnons. »
Petit Jean, ferme mais serein : « Très bien ! »
Le reste de la bande hocha la tête en guise d’assentiment.
Robin : « Parfait !... Si tout le monde est d’accord, nous pouvons y aller. »
Ils rangèrent leurs affaires pendant que Petit Jean et Will sellèrent les chevaux. Une fois parée, toute la bande prit le chemin de Sittingbourne.
![]()
En arrivant au village de Sittingbourne…
Robin, descendant de cheval : « Après leur avoir données l’argent et de quoi manger, nous devrons convaincre les hommes de nous aider à sauver James et Allan. »
Much : « Oh… Ça devrait pas poser de problème. On a qu’à demander à ceux que nous avons sauvés des griffes des mercenaires ! »
Much avait raison. Une fois que les provisions et quelques bourses eurent été distribuées, les hors-la-loi n’eurent aucun mal à convaincre quelques villageois de les aider. Cinq hommes s’étant déjà servi d’une épée se portèrent volontaires afin d’aider leurs sauveurs. Après avoir été, pour la énième fois, remerciés pour leurs bons soins, les hors-la-loi, accompagnés des cinq volontaires, reprirent le chemin de leur campement. Robin resta silencieux pendant tout le trajet. Il préparait déjà son plan de sauvetage.
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Une heure plus tard, au campement…
Les hors-la-loi se réunirent autour du feu. Robin exposa son plan.
Robin : « Nous ne savons pas combien d’hommes Gisborne dispose à l’intérieur du manoir. Le mieux est de créer une diversion afin d’éloigner le plus de soldats possible et ainsi je pourrai pénétrer dans le manoir afin de libérer James et Allan. »
Much, inquiet : « Vous voulez y allez seul ? »
Robin : « Oui ! »
Djaq : « N’y vas pas seul. Emmène au moins l’un de nous pour couvrir tes arrières. »
Robin : « Pas question ! La dernière fois, nous étions trop nombreux et nous avions attiré l’attention sur nous… Mais la meilleure des couvertures que vous puissiez m’offrir, c’est du temps en éloignant les soldats le plus longtemps possible. »
Much : « Moi, je veux bien… Mais quel genre de diversion ? »
Will : « Nous pourrions mettre le feu à la grange. Elle se situe à l’arrière de la cour suffisamment loin des autres habitations… Et puis comme ça, nous ferons deux pierres deux coups ! »
Much : « Comment ça ? »
Will : « Nous offrons à Robin une diversion et le shérif ne pourra plus s’en servir pour stocker le produit de ses rapines ! »
Le reste de la bande approuva son idée.
Much : « Mais nous ?... Que ferons-nous pendant que vous serez dans le manoir ? »
Robin : « J’aurai probablement besoin de vous quand nous sortirons. Nous serons certainement obligés de forcer le passage. Lorsque nous attaquerons les gardes de front, j’aimerais que vous les preniez à revers. »
Much, avalant de travers : « J’espère qu’ils ne seront pas trop nombreux ! »
Robin : « Je l’espère aussi !... Je sais que c’est un plan risqué mais je n’ai rien d’autre à vous proposer !... Vous êtes d’accord ? »
Les autres hors-la-loi approuvèrent ce plan tout comme les cinq volontaires.
Robin aux villageois : « C’est Petit Jean qui vous guidera pendant l’opération. Obéissez bien à ses ordres !... Entendu ? »
Les cinq volontaires : « Entendu ! »
Robin, souriant : « Très bien... Nous pouvons nous préparer à partir »
Il se leva, imité par toute la bande puis se posta devant Will.
Robin : « Will ?... Tu veux bien leur donner une épée chacun ? »
Will : « Oui, bien sûr… [Aux villageois] Venez avec moi, je vais vous donner des armes. »
Robin, regardant Will s’éloigné avec les cinq hommes : « Jean… Surtout fais-bien attention à eux. Nous ne savons pas ce qu’ils valent au combat ! »
Petit Jean, rassurant : « T’en fais pas ! »
Les hors-la-loi se préparèrent pour l’opération de sauvetage. Ils affutèrent leurs lames et remplirent les carquois à ras bord. Puis une fois que chacun fut armé et monté sur son cheval, Robin ordonna le départ pour le manoir de la route d’Ashford.
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CHAPITRE XVIII
« AIE CONFIANCE EN ROBIN ! »
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endant que Robin exposait son plan pour libérer Allan et James, ces derniers prenaient tranquillement leur repas. Enfin, surtout Allan car James, lui, n’avait pas le cœur à se nourrir. |
James, assis à côté d’Allan : « Mais comment tu peux manger dans un moment pareil ? »
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Allan, la bouche pleine : « Grompf… Chomp… Crontch… Il faut manger pour conserver ses forces ! » |
James, rejetant son écuelle avec son pied : « J’ai pas faim ! »
Allan : « T’as tort !... Grompf… Chomp… Le pain est délicieux… Crontch… et le fromage est succulent ! »
James : « Je t’ai dit que j’ai pas faim et puis je n’arrive pas à manger avec les mains attachés. »
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« Hum… Oh ça… Grompf… Chomp… C’est par ce que tu n’as pas l’habitude... Grompf… Chomp… En tout cas, moi, ça ne me gêne pas ! » |
En effet, Gisborne avait fait ligoter les deux hommes et était parti à la recherche de Robin. Il n’avait pas réapparu au manoir et les domestiques, ayant eu pitié d’eux, avaient donné à chacun des prisonniers une écuelle remplie de pain et de fromage, accompagnée d’une bouteille de vin. Les soldats ont vu là une occasion de boire un coup à moindre frais. Ils prirent la bouteille et s’installèrent sur le palier devant la porte d’entrée du grenier, laissant la nourriture aux prisonniers. Seuls, assis sous les combles, les mains attachés par devant, les deux hommes purent ainsi prendre leur dernier repas de la journée.
Mais James angoissait trop pour pouvoir avaler quoi que ce soit. Il savait qu’au retour de Gisborne, la récréation serait terminée. Ce qu’il ignorait c’est que celui-ci, après avoir cherché Robin et sa bande pendant des heures dans la forêt d'Ashdown, avait abandonné la poursuite et avait filé tout droit à Maidstone afin d’ordonner à Simeon de traquer les hors-la-loi à sa place pendant que lui s’occuperait des prisonniers. Mais pour l’heure, Gisborne était absent et pour Allan, il fallait profiter de ce moment de répit car il savait que lorsqu’il reviendrait, il lui ferait payer très chère sa trahison. Mais il savait également que Robin et le reste de la bande ne les laisseraient pas tomber d’autant plus que James était lui-aussi retenu prisonnier.
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Allan, mangeant avec appétit : « Grompf… Chomp… Crontch… T’angoisse pas… Chomp… Crontch… Robin va venir nous sortir de là ! » |
James, sceptique : « Tu crois ? »
Allan : « Hum… Certain ! »
James : « Tu ne crois pas qu’il aurait déjà dû intervenir ? »
Allan : « Grompf… Non… Chomp… Crontch… Il devait d’abord semer Gisborne… Puis aussi… Chomp… Ramenez le chariot au campement Grompf… Je suis sûr qu’ils ne vont pas tarder… C’est pour ça… Chomp… Crontch… qu’il faut prendre des forces… Grompf… T’es sûr que t’as pas faim ? »
Souriant, James lui fit signe que non.
Allan, ramenant l’écuelle de James avec son pied : « Bon… Dans ce cas ! »
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Il commença à dévorer la nourriture de James comme s’il n’avait pas mangé depuis une semaine. |
James, souriant : « On croirait voir Much ! »
Allan, s’arrêtant de manger : « Alors c’est ça, c’est pas gentil ! »
James eut un léger sourire mais ce dernier s’effaça très rapidement. Allan devina son angoisse.
Allan, plus sérieux : « Aie confiance en Robin ! »
James : « Tu n’as aucun doute toi ? »
Allan eut une hésitation. James souffla profondément puis regarda son compagnon comme s’il voulait lui dire quelque chose mais qu’il n’osait pas.
Allan : « Quoi ?... Qu’est-ce qu’il y a ? »
James : « Rien ! »
Allan : « Non, allez… Parle ! Ça te soulagera ! »
James, hésitant : « Je croyais que… Robin allait revenir tout de suite. »
Allan : « Comment ça ? »
James : « Quand je l’ai vu passer par la fenêtre et, ensuite, s’enfuir avec les autres… Je sais pas… Euh... J’ai cru qu’il… »
Allan, s’arrêtant de mastiquer et le regardant sérieusement : « T’abandonnait ? »
James, surpris : « Oui, c’est ça »
Allan posa son écuelle au sol.
Allan, sérieux : « Je sais ce que tu ressens… J’en ai moi-même fait l’expérience. »
James : « Ah oui… A quelle occasion ? »
Allan, hésitant : « Euh… Ça n’a pas d’importance... »
Allan ne voulut certainement pas qu’il apprenne qu’il avait déjà ressenti ce sentiment d’abandon quand il se trouvait, lui-même ligoté, dans la salle de torture du château de Nottingham, et, qu’à cause de cela, il avait trahi Robin et sa bande.
Allan, regardant James droit dans les yeux : «… Je peux te dire que Robin n'abandonne jamais, rien ni personne ! »
James, baissant la tête, honteux : « Je sais mais je… »
Allan, lui donnant un coup d’épaule : « Et puis on peut nous aussi tenter quelque chose. »
James, reprenant espoir : « T’as un plan ? »
Allan : « Euh oui… Enfin presque. »
James, sceptique : « Oui, je vois ! »
Allan : « Tout ce qu’il faut, c’est gagner du temps pour que Robin et les autres puissent venir nous délivrer ! »
James : « Oui, mais comment ? »
Allan : « Oh c’est facile… En général, quand on se fait arrêter, ils viennent toujours nous narguer avant de nous enfermer à triple tour dans une cellule. Puis, ensuite, ils reviennent nous voir pour nous forcer à dire ou à faire quelque chose... »
James : « Oh oui, je vois ! C’est rassurant ! »
Allan : «… S’il ne nous pende pas avant, évidement !... Bon, l’idéal serait de s’enfuir avant la dernière partie ! »
James, ironique : « Tu crois ? »
Allan : « Oui, bon… Alors tu vois ? Là… On s’est fait attraper. Maintenant Gisborne va venir nous dire quand on est fichu puis il va nous emmener ailleurs probablement dans une cellule du château de Maidstone… Et là, on pourra s’enfuir et Robin nous y aidera…. J’en suis certain ! »
James, peu convaincu : « Oui… A condition que Gisborne ne décide pas de nous exécuter sur le champ ! »
Allan : « Euh…Oui, évidement !... Mais je ne pense pas. Il voudra d’abord profiter de sa victoire… Tu verras… Ils font toujours ça ! »
James : « On dirait que t’as souvent vécu ça ? »
Allan : « Oui, ça m’est arrivé quelque fois ! »
James : « Et cela c’est toujours passé ainsi ? »
Allan, hésitant : « Euh… Presque… toujours ! »
James, intrigué : « Presque ?... Que s’est-il passé ? »
Allan : « Oh je préfère ne pas en parler… Ce n’est pas un moment dont je suis particulièrement fier. »
James : « Ah oui et pourquoi ? »
Allan : « Tu es bien curieux ? »
James : « Je ne suis pas curieux !... J’aime comprendre les choses ! »
Allan lui sourit mais ne répondit pas. James insista.
James : « Alors ? »
Allan, embarrassé : « Oh… Euh… C’était il y a environ deux ans… Gisborne m’avait coincé dans une auberge. J’ai été conduit au château de Nottingham. Là, il m’a torturé pour me faire avouer où était le campement… Mais je n’ai rien dit… Alors il m’a proposé un marché. »
James : « Un marché ?... Mais tu as refusé ? »
Allan, honteux, baissant la tête : « Non, j’ai accepté ! »
James : « Quoi ?... Mais c’était quoi ce marché ? »
Allan, regardant James par intermittence : « Je devais… Je devais avertir Gisborne des opérations de la bande ! »
James, se reculant : « Quoi ?... Tu as trahi Robin ? »
Allan, hésitant : « Oui… en quelque sorte ! »
James, furieux : « Comment ça ‟en quelque sorte″ ? »
Allan : « Je n’ai jamais donné l’un des nôtres à Gisborne et je n’aurais pas permis qu’on fasse du mal à l’un entre eux. »
James : « Alors quel est l’intérêt d’un tel marché dans ce cas ? »
Allan : « Gisborne s’engageait à ne faire aucun mal à la bande et, en échange, je livrais… quelques informations afin que quelques convois échappent à nos embuscades. Ainsi… Gisborne pouvait sauver la face devant le shérif et nous… nous pouvions continuer à aider les pauvres !... C’était du donnant-donnant. »
James, n’en croyant pas ses oreilles : « Du donnant-donnant ?... Bien sûr, tu recevais une petite commission ? »
Allan : « Oui. Je ne le nie pas mais je te le répète. Jamais, je n’aurais permis qu’on s’en prenne à Robin ou à un autre membre de l’équipe. »
James, dégoûté : « Je trouve ça… Pff… Vendre ses amis pour de l’argent ! »
Allan : « C’est facile pour toi de dire ça… Tu vis dans un château où l’on comble le moindre de tes désirs. Mais tout le monde n’a pas la chance que tu as ! »
James baissa la tête. Il se rendit compte qu’il raisonnait encore comme un enfant gâté.
Allan, baissant la tête : « Ceci dit… J’en suis pas très fier… J’ai très vite regretté d’avoir conclu ce marché. Je me suis rendu compte que j’avais fait une énorme erreur ! »
James : « Tu l’as avoué à Robin ? »
Allan : « Non… J’ai pas eu le courage… Mais Robin a fini par l’apprendre. »
James : « Mais il t’a pardonné puisque tu es là, aujourd’hui ? »
Allan, souriant : « Pas tout à fait ! »
Allan lui raconta alors la réaction de Robin lorsque celui-ci avait appris qu’il le trahissait…
*******
Deux ans plus tôt, à l’auberge ‟Trip to Jerusalem″ de Nottingham…
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Allan, respirant bruyamment, implore : « Donne-moi une seconde chance, s’il te plaît... » |
Allan, poursuivant : « … Je n’aurais jamais permis à Gisborne de faire du mal à l’un d’entre nous. Je ne lui ai jamais rien dit de cet ordre-là. »
Robin s’aperçoit qu’Allan ne se rend pas compte de ce qu’il a fait.
| « Les mensonges inoffensifs, les trahisons innocentes, cela n’existe pas… Allan ! » | ![]() |
Allan : « Non Robin, cette fois j’ai changé. Qu’est-ce que je peux faire pour que tu me croies ? »
Robin secoue la tête négativement : « Rien non ! Le plus drôle… C’est que je pense que tu me dis la vérité. »
Allan : « Mais c’est vrai ! »
Robin, désabusé : « Peut-être mais comment veux-tu que je te fasse encore confiance ? »
Il lâche Allan qui l’implore.
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« Robin, je te le jure. Sur ma vie, je te le jure… » |
Robin sort précipitamment sa dague de sa ceinture. Allan se tait et s’écarte vivement en regardant Robin. Il n’arrive pas à croire qu’il le menace avec sa lame. Allan recule jusqu’au poteau. Robin semble hésiter sur la marche à suivre. Il regarde ailleurs puis fixe de nouveau Allan et lui place sa lame sous la gorge.
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« Ne me tue pas… Je t’en supplie. » |
| Robin, fixant Allan du regard, ne répond pas. Il hésite encore. | ![]() |
Puis d’un coup sec, il sectionne son insigne. Allan se crispe et ferme les yeux. Puis il rouvre les yeux. Il est en sueur. Robin s’approche de lui, l’agrippe une nouvelle fois et pose sa lame sur sa joue gauche. Robin s’adresse à Allan d’une voix basse et dangereusement calme.
| « T’as de la chance que je te laisse une vie sur laquelle tu puisses encore jurer. » | ![]() |
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Allan, résigné, se tait. Il attend la suite des évènements. |
Robin continue sur le même ton : « Arrange-toi pour que, plus jamais… plus jamais je ne retombe sur toi. »
Allan sait que c’est fini. Il regarde derrière Robin pour ne plus avoir à soutenir son regard. Il attend avec angoisse le départ de son ancien compagnon. Ce dernier, silencieux, fixe toujours Allan puis se retourne et s’en va. Allan, soulagé, se frotte le cou et, toujours sous le choc, regarde Robin quitter les lieux.
*******
Deux ans plus tard, dans le grenier du manoir du shérif sur la route d’Ashford…
James : « Oh… je vois ! »
Allan : « Une fois, il a même tenté de me tuer… Heureusement, Marianne est intervenue. Elle l’a empêché de m’achever. »
James : « Et tu es revenu dans la bande malgré ça ? »
Allan, souriant : « Oui, je voulais vraiment revenir. »
James : « Mais pourquoi ? »
Allan : « Je ne voulais plus travailler pour Gisborne. J’ai compris qu’il m’avait utilisé uniquement pour servir ses propres intérêts. J’ai réalisé qu’il n’hésiterait pas à me sacrifier si cela le servait. Robin, lui, n’était pas comme ça. J’aurais fait n’importe quoi pour revenir dans l’équipe. Mais je ne savais pas comment m’y prendre. »
James, ne comprenant pas : « Tu voulais quand même revenir alors que Robin avait tenté de te tuer ? »
Allan, souriant : « Je ne lui en voulais pas. En le trahissant, je l’avais blessé et puis il ne voulait que protéger Marianne… Et puis tu sais… J’ai moi-aussi tenté de le tuer une fois. »
James, abasourdi : « Alors là… »
Allan : « Le shérif nous avait forcé à nous battre l’un contre l’autre. J’ai réussi à le désarmer. Il était à ma merci et j’aurais pu… mais je n’ai pas pu… Je n’ai pas pu aller jusqu’au bout ! »
James : « Et malgré tout ça, Robin a accepté que tu reviennes dans la bande ? »
Allan : « Ça n’a pas été sans mal… Je te raconterai un jour… Mais il a fini par comprendre que j’avais vraiment changé et peut-être… [Il poussa un profond soupir]… peut-être qu’un jour il me fera de nouveau confiance… comme avant. »
James : « Parce que ce n’est pas encore le cas ?... Pourtant, tu es avec lui. Je t’ai vu te battre à ses côtés. »
Allan, souriant : « Oui, il m’a pardonné mon erreur mais pour ce qui est de la confiance, c’est plus compliqué… Une fois qu’on l’a perdu, il est difficile de la retrouver, tu sais. »
James, déçu : « Oui, je vois. »
Allan, espiègle : « Mais je ne désespère pas ! Et je... »
Allan fut interrompu par des bruits provenant de la cour.
James, à l’écoute : « Qu’est-ce que c’est ? »
Allan, perdant son sourire : « Oh… Je crains que notre récréation ne soit terminée ! »
En effet, Gisborne arrivait. Il revint avec le reste de la troupe. Sans un mot, il descendit de cheval et entra à l’intérieur du manoir. Il monta directement au grenier. Lorsque les gardes le virent arriver, ils s’empressèrent de cacher la bouteille de vin et vinrent se poster devant la porte. Voyant qu’il était en colère, ils s’empressèrent de lui ouvrir. En arrivant face à ses prisonniers, Gisborne vit les écuelles posées au sol.
Gisborne, mécontent, au soldat qui l’accompagnait : « Vous leur avez donné à manger ? »
Le garde : « Ben euh… »
Gisborne, giflant le soldat : « Imbécile ! »
Il regarda les prisonniers avec un sourire en coin puis s’adressa à Allan.
Gisborne : « Maintenant, les choses sérieuses vont commencer…. [À ses hommes]… Emmenez-les à la cave… [Fixant Allan avec malice]… Nous y serons mieux pour bavarder. »
Allan, faisant un clin d’œil à James : « Tu vois l Je te l’avais dit ! »
Deux soldats sectionnèrent la corde qui rattachait les prisonniers au mur mais laissèrent celles qui entravaient leurs mains. Ils poussèrent les prisonniers devant eux. Deux hommes précédaient James puis venait ensuite Allan et enfin Gisborne et deux gardes fermaient la marche. Lorsqu’ils furent en haut de l’escalier, Allan aperçut, au bas de celui-ci, une porte sur la gauche par laquelle les domestiques allaient et venaient sans cesse. Il en conclut alors qu’il s’agissait probablement des cuisines. Il échafauda rapidement un plan. C’était leur seule chance. Il descendit l’escalier et attendit que les deux gardes de devant soient passés devant cette porte. Puis tout se passa à une vitesse vertigineuse. Il jeta James contre la porte qui, mal fermée, s’ouvrit aussitôt. Celui-ci bascula de l’autre côté. Allan allait le suivre mais malheureusement, il n’en eut pas le temps. Une main s’abattit sur son épaule. Il repoussa violemment celui qui le retenait d’un coup d’épaule, referma la porte et fit tomber une chaise et un chandelier sur pied en travers bloquant ainsi l’accès des cuisines aux gardes.
Gisborne : « ARRETEZ-LE ! »
Deux des soldats l’agrippèrent brutalement et le plaquèrent sur le mur d’en face. Gisborne, furieux, descendit les quelques marches qui restaient. Entendant la voix de leur maître, d’autres soldats arrivèrent sur les lieux.
Gisborne : « Le petit Comte s’est échappé… Rattrapez-le ! »
Un garde : « Oui, Messire ! »
Les soldats partirent à la recherche du fuyard. Pendant que certains faisaient le tour du manoir par devant, les autres débloquèrent la porte afin de couper par les cuisines. Ils restaient seulement Gisborne et deux gardes qui tenaient fermement Allan.
Gisborne : « Manqué !... Tu croyais pouvoir m’échapper comme ça ? »
Allan, ironique : « Non pas du tout mais c’est mieux ainsi. C’est plus intime comme ça ! »
Gisborne, souriant : « Oui. C’est vrai que nous avons à parler… à parler du bon vieux temps !... [Aux gardes]… Emmenez-le ! »
Les soldats emmenèrent brutalement le prisonnier vers la cave. Même si Allan avait manqué son évasion, au moins, James était libre. Il pourrait prévenir Robin de l’urgence de la situation.
Pendant qu’on emmenait Allan à la cave, James avait réussi à atteindre la forêt. En effet, lorsqu’il se retrouva derrière la porte donnant sur les cuisines, il fut d’abord surpris car il ne s’y attendait pas. Mais il réagit promptement et courut aussi vite que possible vers la sortie en faisant tomber tout ce qu’il pouvait derrière lui afin de ralentir d’éventuels poursuivants. À cette heure-ci, la cuisine grouillait de domestiques afin de préparer le repas pour le maître du logis. Il bouscula tout le monde et, devant la pagaille qu’il mettait en s’enfuyant, les serviteurs râlèrent sur son passage. Soudain, il arriva à une petite porte qui donnait sur l’extérieur. Il faisait nuit mais il pouvait apercevoir deux gardes qui visiblement semblaient chercher quelque chose ou quelqu’un dans l’étroit passage ravitaillant les cuisines. Renonçant dans l’immédiat à sortir, il avisa une petite porte sur sa gauche. Il entra dans la pièce et s’y cacha le temps de trouver une solution. C’était une toute petite salle où était entreposé tout le matériel de cuisine. Il trouva un couteau et coupa ses liens. Puis il vit, accrochés sur une paterne, un tablier et une toque de cuisinier. Il les enfila par-dessus ses vêtements, prit un des nombreux paniers entreposés sur une étagère et sortit à l’extérieur. Il prit la précaution de mettre un couteau dans le panier au cas où. Sur le pas de la porte, il regarda la position des gardes. Deux gardes surveillaient l’entrée du passage sur la route d’Ashford, bloquant ainsi sa fuite. Il choisit alors de tenter sa chance à l’arrière du bâtiment. Il rasa le mur jusqu’au coin du manoir. Tout comme Allan l’avait fait quelques heures plus tôt, il scruta discrètement la cour arrière. Par chance, les gardes s’éloignaient du poulailler qui, lui-même, n’était pas très loin de la lisière de la forêt. Il s’y dirigea tranquillement afin de ne pas éveiller les soupçons. Mais un garde se retourna, l’aperçut et l’apostropha.
Le garde : « Eh toi ?... Où vas-tu comme ça ? »
Le garde arriva à sa hauteur et plaça sa torche près du visage de James. Ce dernier lui répondit en baissant la tête comme si la lumière l’incommodait.
James, montrant son panier : « Je vais au poulailler chercher quelques poules pour le repas de ce soir. »
Le garde : « Ah… Bon, très bien… Tu peux y aller. »
James ne répliqua pas et poursuivit son chemin vers la basse-cour. Le garde le regarda pendant quelques minutes puis se dirigea vers ses comparses. James arriva à la hauteur du poulailler. Il fit mine d’y pénétrer puis quand il vit que le garde ne s’occupait plus de lui, il enleva son costume de cuisinier, laissa tomber le panier mais préféra garder le couteau qu’il coinça dans sa ceinture. Il tourna les talons et se fondit discrètement dans le décor jusqu’à la forêt. Une fois à l’abri dans le sous-bois, il y pénétra assez profondément afin de contourner le domaine du shérif pour regagner la route d’Ashford. Lorsqu’il s’y retrouva, et à une bonne distance du manoir, il courut en direction du campement des hors-la-loi. Cependant, il faisait nuit et la luminosité de la lune était très faible. Il eut beaucoup de mal à avancer rapidement. Il dut plusieurs fois s’arrêter afin d’essayer de se repérer avant de repartir en courant. Soudain, il sentit qu’il devait s’arrêter. Tout semblait pourtant calme mais il ressentit comme un danger. Il ralentit alors son allure puis s’arrêta au milieu d’une trouée. Il fit un tour sur lui-même pour voir si des soldats ne le poursuivaient pas. Mais il n’y avait rien. Tout était calme. Soudain, une bande de brigands se jeta sur lui. Il n’eut pas le temps de prendre son arme, coincée dans sa ceinture. Un homme d’une grande force le ceintura par derrière. Le colosse le bascula sur le côté afin que la faible lumière de la lune éclaire son visage. C’est alors qu’il fut surpris, et soulagé, de se retrouver en face de Robin.
Robin, tout aussi surpris : « James ? »
James, surpris : « Robin ? »
Much : « Quoi ? C’est James ? »
Reconnaissant lui-aussi le jeune Comte, Petit Jean le libéra.
Robin : « Mais que fais-tu ici en pleine nuit ? »
James : « Je me suis enfui du manoir du shérif. »
Djaq, regardant autour d’eux : « Et où est Allan ? »
James, baissant les yeux : « Euh… Il est resté là-bas. »
Much : « Comment t’es-tu échappé ? »
James : « Au moment où ils nous ont déplacé, Allan m’a poussé vers les communs pendant qu’il retenait les gardes… Je suis passé par les cuisines puis ensuite je me suis fait passer pour un cuisinier qui devait aller chercher des poules pour le repas du soir. »
Will : « Mais au lieu d’aller chercher des poules, tu as pris la poudre d’escampette ? »
James, souriant : « Ouais, c’est ça ! »
Robin, sérieux : « Sais-tu où Allan est retenu ? »
James, se retournant vers Robin : « On nous emmenait à la cave quand je me suis échappé. »
Much, inquiet : « Maître ?... Si y’a du grabuge, vous ne pourrez pas vous en sortir par la fenêtre comme la dernière fois ? »
Robin, réfléchissant : « Je le sais bien, Much… Je le sais bien. »
James : « Parce que vous veniez nous libérer ? »
Much : « Ben évidemment ! »
James, pour lui-même : « Il avait raison ! »
Robin : « Tu sais très bien que nous n’abandonnons jamais personne. »
Much : « Ouais, ça c’est notre crédo… C’est pour ça qu’on nous appelle les gentils ! »
James : « Je vois ! »
Much : « Mais pourquoi tu n’arrêtes pas de dire ça ? »
James : « Parce que j’aime bien comprendre ceux qui m’entourent !... Et tu vois… ça, c’est mon crédo ! »
Toute la bande se mit à rire, excepté Much qui ne goûta que mollement à la plaisanterie du jeune homme.
Robin, redevenant sérieux : « Bon en tout cas, on ne change rien à notre plan. »
Petit Jean : « Robin ?... Si Allan est à la cave, il sera difficile de parvenir jusqu’à lui. Tu auras besoin de nous tous pour t’épauler. »
Robin : « J’ai surtout besoin que vous fassiez diversion. »
Godwin : « Monsieur le Comte et moi pouvons le faire pour vous… Comme ça, vous serez plus nombreux pour délivrer votre compagnon. »
Djaq : « Petit Jean a raison. Emmène-nous avec toi. C’est plus prudent. »
Robin regarda ses compagnons les uns après les autres. Malgré la faible luminosité, il vit de la détermination sur leur visage.
Robin, rassuré : « Très bien… Nous irons tous ensemble mais nous devons être le plus discret possible. Je veux éviter l’affrontement autant que possible. D’accord ? »
Ils se tournèrent tous vers Much.
Much, surpris : « Quoi ? »
Will : « Il faut être discret, Much ! »
Much : « Oui ben, j’avais compris… Je suis très discret, moi ! »
Will : « Mais bien sûr… Tout le monde sait ici que tu es la discrétion réincarné, Much ! »
Much, offensé : « Je suis bien plus discret que bon nombre d’entre vous et… »
Much s’interrompit lorsqu’il vit se planter devant lui Petit Jean qui lui fit les gros yeux.
Much : « Bon d’accord, je me tais ! »
Robin, redevant sérieux : « Bon, allons-y. On ne doit pas perdre de temps sinon c’est Allan qui en pâtira. »
Much : « Vous avez raison. »
Robin : « Djaq ?... Rallume la torche afin qu’on y voit plus clair. »
Cette demande était parfaitement inutile puisqu’elle s’attelait déjà à rallumer le flambeau qu’ils avaient éteint quand ils se sont postés en embuscade lorsqu’ils eurent entendu James courir vers eux. Une fois la lumière revenue, ils reprirent leur chemin. Ils retrouvèrent leurs chevaux qu’ils avaient abandonnés un peu plus loin. Robin fit monter James avec lui puis ils repartirent au galop.
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Pendant que James retrouvait les hors-la-loi dans la forêt, Gisborne avait descendu Allan à la cave…
Il fut amené brutalement dans le sous-sol et plaqué contre l’un des piliers.
Gisborne, à ses hommes : « Commencez l’interrogatoire… [À Allan, en souriant]… Je te laisse avec tes nouveaux amis… Je vais me restaurer. Je reviendrai pour le dessert ! »
Allan, ironique : « Prenez votre temps surtout ! »
Gisborne, sourire en coin : « Toujours le même… Toujours le mot pour rire… On verra si tu auras toujours envie de rire après que je me sois occupé de toi… En attendant ce délicieux moment, amuse-toi bien. »
Gisborne remonta l’escalier et fila vers la grande salle laissant Allan, seul, avec ses deux bourreaux. Ceux-ci commencèrent leur besogne en déchirant brutalement la tunique de leur prisonnier puis ils lui délièrent les mains. Mais ce n’était pour le libérer. Plaqué contre un des piliers de la cave, ils lui ligotèrent les mains derrière le dos.
Allan : « Bon… Ecoutez les gars !... Si on discutait un peu, avant ? »
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L’un des gardes se planta devant lui et le gifla. |
Allan, encaissant le coup : « Bon ben… Je pense que ça veut dire non ! »
Le garde : « Non… »
Le garde lui donna un violent coup de poing dans l’estomac.
Le garde, riant : «… Ça ! Ça veut dire non ! »
Il approcha son visage de celui de son prisonnier puis le prit par les cheveux.
Le garde : « Messire Gisborne veut avoir des renseignements alors tu vas me dire tout ce que tu sais à propos de Robin des bois ! »
Allan, ironique : « Qui ça ?... Robin des bois, tu dis ?... Hum… Je connais pas ! »
Le garde fit un geste de la tête à son comparse. Celui-ci frappa Allan.
Le garde, souriant : « Alors ça te revient, maintenant ? »
Allan, provocateur : « J’admets que tu as des arguments frappants mais, désolé, ça ne me revient pas du tout ! »
Le garde : « Dans ce cas, nous allons passer aux choses sérieuses ! »
Il lâcha son prisonnier et se dirigea vers une table où avaient été disposés des instruments de tortures. Il revint vers Allan muni de l’un deux.
Allan, devenant blême : « Oh là !… Je sens que la soirée va être longue ! »
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