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Série : Numb3rs
Création : 24.10.2008 à 23h19
Auteur : dangie
Statut : Terminée
« En sortant d'un restaurant, Amita, Charlie et Don sont pris pour cible par un tueur fou... » dangie
Cette fanfic compte déjà 27 paragraphes
Chapitre 1
- Exceptionnel!
- Tu en doutais?
- Pas du tout, j'te fais confiance depuis le temps, répondit Don Eppes à son jeune frère Charlie en sortant du nouveau restaurant chic et branché qui venait d'ouvrir ses portes. Cette soirée de juin s'annonçait calme et belle et pour Amita et les deux frères Eppes le dîner avait été fabuleux.
- C 'est dommage que Papa n'ai pas pu venir aujourd'hui.
- En fait, je l'ai invité la semaine prochaine...avec Larry, et je comptais t'inviter avec Liz une prochaine fois, avoua Charlie.
- T'as aussi invité Papa dans ce restau ? s'étonna Don un peu troublé.
Les deux frères se regardèrent, Don cherchant dans l'expression du visage de Charlie la réponse à sa question, Amita amusée les observa en souriant.
- ...Alors, soit t'as trouvé l'équation pour gagner à la loterie à tous les coups, soit les ventes de ton livre sont plus importantes que tu le dis. Dans les deux cas, t'as tenu ton grand frère à l'écart et ça, c'est une faute très grave, annonça Don le plus sérieusement du monde.
Amita et Charlie se lancèrent un regard complice ce qui énerva encore plus l'agent du FBI.
- Qu'est ce que j'ai encore dit de si marrant ?
- T'as beau être un super enquêteur, là, t'as tout faux, commença Charlie. Je connais le chef de ce restaurant...enfin, son neveu est un de mes étudiants...
- Et ? s'impatienta Don.
- Le chef m'a demandé d'optimiser les temps de cuisson, de préparation...
- T'as pas fait ça ? s'indigna Don.
- Fait quoi ? J'ai juste trouvé une équation...
- Non, Charlie! La cuisine est un art, tu peux pas réduire un art à quelques équations...
- Excuses-moi! s'étrangla Charlie, j'ai mal entendu...difficile à croire venant d'un gars qui considère une pizza peperroni comme le summum de la gastronomie!...
- J'ai changé, pt'it frère, assura Don dans un sourire.
- ...Et je te remercie de limiter mon travail à "quelques équations", répliqua Charlie, mais je n'ai fait qu'harmoniser les à-côtés, le talent et l'inspiration du chef n'étaient pas des données prises en compte...
- Alors, si...
Don ne finit pas sa phrase et plongea sa main dans la poche de sa veste pour en ressortir son téléphone qui sonnait joyeusement.
- Salut, fit-il.
Charlie et Amita se mirent en route quelques pas devant Don en grande conversation avec Liz Warner à l'autre bout du pays.
- Je ne sais pas si c'était une bonne idée de lui parler de Liz, murmura Amita.
- Pourquoi ? demanda Charlie sur le même ton en jetant un regard en arrière sur son frère.
- T'es pas au courant ? Elle est partie pour un mois à Washington...Ils sont un peu en froid...Don et elle ont eut une discussion assez houleuse sur ce travail qu'on lui proposait...
- Comment tu sais ça ? s'étonna Charlie.
- T'as beau être un aussi grand mathématicien que ton frère est un grand enquêteur, mais en ce qui concerne les relations humaines, t'es pas vraiment le plus doué, si je peux me permettre, répondit Amita dans un sourire.
Pendant que les deux jeunes mathématiciens marchaient un peu devant lui, Don, le téléphone collé à l'oreille, observait une Dodge bleue-nuit stationnée à une vingtaine de mètres. Deux silhouettes se devinaient derrière le pare-brise. Don répondait distraitement à Liz mais son attention était concentrée sur cette voiture et ses occupants.
Quand le véhicule démarra et commença à remonter lentement la rue dans leur direction, Don coupa la communication. Quand la vitre côté passager descendit sans bruit et que le canon d'une arme apparut comme par magie, Don s'élança en hurlant.
- A terre ! Charlie attention!
Les détonations claquèrent, sèches, rapides, assassines.
Chapitre 2
La voiture accéléra et disparut bien vite au coin de la rue, laissant derrière elle un calme inquiétant, un calme de mort. Les quelques passants présents se relevèrent rapidement et les téléphones portables se mirent immédiatement à fonctionner.
Amita releva timidement la tête. En ouvrant les yeux, elle découvrit Charlie, couché face contre terre, les bras crispés autour de sa tête, le corps secoué de tremblements.
- Charlie? appela t-elle doucement. Charlie ? s'inquiéta la jeune femme un peu plus fort.
Les jointures blanchies des mains de Charlie reprirent lentement une couleur plus rosée, la tension dans ses bras diminua
- Charlie ? Tu n'as rien ? demanda Amita la voix nouée en posant une main sur la tête du jeune homme et en caressant tendrement ses cheveux bouclés.
Charlie releva à son tour la tête et se tourna vers son amie, le regard hanté uniquement par une terreur indicible.
-Charlie! articula la jeune femme en lui effleurant la joue constellée de minuscules taches de sang.
Le jeune mathématicien toucha à son tour son visage et observa complètement perdu ses doigts rougis. Son esprit, d'ordinaire si vif, mit un temps infini pour comprendre et intégrer l'horrible réalité. Puis, il se retourna vivement pour découvrir son frère allongé sur le trottoir, le corps légèrement tourné vers la rue.
A genoux sur le sol, le jeune frère approcha une main tremblante de l'épaule inerte de son ainé, hésita un dernier instant avant de le toucher, puis aggripa le bras de Don et le tira à lui. Avec une lenteur infinie, le corps de l'agent du FBI bascula jusque dans les bras de Charlie qui le serra contre lui, tentant désespérément de retenir la vie qui filait entre ses doigts.
Amita, posa, à son tour sa main sur l'épaule de Charlie et il releva la tête.
- Les secours vont arriver...Laisses-lui un peu d'air...parvint-elle à articuler la gorge sèche.
Du bout des doigts, elle chercha dans le cou de Don, la preuve qu'il était toujours en vie. Elle sentit avec soulagement que son pouls battait encore, rapide, filant, fuyant. Elle desserra le noeud de cravate et défit les premiers boutons de la chemise blanche prêtée par Alan au plus grand de ses fils.
- Don...Don...Don...plasmodia Charlie en se balançant doucement d'avant en arrière.
ll lui semblait que jamais aucun autre son ne pourrait plus sortir de sa gorge, comme il n'avait pas pu prononcer un mot quand sa mère était tombée malade. Comme en transe, Charlie ne réagit pas quand les voitures de police arrivèrent sur place, leur gyrophares éclairant toute la rue.
Puis, une autre sirène déchira la nuit et l'ambulance arriva enfin. En voyant les infirmiers se précipiter, Amita posa tendrement sa main sur l'épaule de Charlie et l'invita à lâcher Don. Le jeune homme déposa délicatement le corps inerte de son frère sur le sol et se releva pour se réfugier dans les bras de son amie.
Ils restèrent enlacés sur le trottoir pendant que les ambulanciers s'occupaient d'une main experte de Don. Lorsque celui-ci fut solidement attaché sur le brancard, Amita dessera quelque peu l'étreinte de Charlie pour le regarder droit dans les yeux.
- Charlie, tu vas aller avec Don...il a besoin de toi, fit-elle.
Docile, le jeune homme se laissa entrainer, il grimpa à la suite de son frère à l'arrière de l'ambulance et s'assit tout à côté de Don. Les portes claquèrent brusquement, ce qui fit à peine cligner des yeux Charlie qui regardait, hypnotisé, la chemise prêtée par leur père. Cette chemise blanche très classe, très chic, désormais inutilisable.
Chapitre 3
Amita resta, là, seule, figée sur le trottoir à quelques mètres du restaurant, regardant fixement, hébétée, le sang répandu sur le sol à ses pieds. C'est la sonnerie insistante du téléphone de Don qui la sortit brutalement de sa transe. Comme dans un rêve, elle ramassa le portable et décrocha.
- Don? Qu'est-ce que tu fais? Tu devais me rappeler tout de suite! dit la voix énervée et angoissée de Liz à l'autre bout de la ligne.
- Liz...articula Amita.
- Qui est-ce ? Où est Don? demanda Liz soudain alertée.
-...C'est Amita...Liz, Don a été blessé, souffla Amita au bord des larmes.
- Co...comment va t-il?
- Il vient de partir avec l'ambulance. Charlie est avec lui.
- Est ce qu'il est...?
- Il était vivant...mais, je crois que c'est grave, Liz...très grave!
- Qu'est-ce qui s'est passé?
- Il y a eu des coups de feu...je sais pas...je crois que ça venait d'une voiture, mais j'ai rien vu, sanglota Amita...je suis désolée!
- Amita, écoutes-moi! Est-ce qu'il y a des policiers avec toi? s'enquit Liz qui reprenait ses réflexes d'agent fédéral.
- Oui!
- Alors, restes où tu es, ne bouge pas, je préviens Megan...je prends le premier avion.
- D'accord, acquiesça la jeune femme en séchant ses larmes.
- Amita?
- Oui?
- Préviens-moi, dès que tu as des nouvelles.
- Je le ferai.
Les deux jeunes femmes raccrochèrent et se retrouvèrent seules au milieu d'inconnus, séparées par des milliers de kilomètres mais unies par un même drame.
Avançant à toute allure dans les rues de Los Angeles, l'ambulance filait toutes sirènes hurlantes. A l'intérieur, Charlie, indifférent aux mouvements du véhicule n'avait toujours ouvert la bouche et ce silence commençait à inquiéter l'infirmier qui soignait Don.
- Monsieur?...Monsieur, vous allez bien? demanda t-il avec sollicitude.
Charlie se contenta de hocher la tête en signe d'assentiment.
- C'est votre ami? continua l'infirmier.
Charlie détourna enfin son regard de Don.
- C'est mon frère, murmura t-il les yeux débordant de larmes, la gorge nouée par l'angoisse.
- Comment s'appelle t-il?
Charlie ferma les yeux, les larmes s'écoulant sur ses joues diluèrent le sang qui s'y trouvait.
- Don, il s'appelle Don.
- Et vous? continua le jeune homme imperturbable.
- Charlie, répondit celui-ci.
- Qu'est-ce que vous faites dans la vie ?
- Je suis professeur à l'université.
- Ah oui! Qu'est-ce que vous enseignez?
- Les mathématiques.
- Waouw, les maths! Ca à jamais été mon point fort...Charlie? Je peux vous appeler Charlie?
- C'est ce que tout le monde fait...à part mes étudiants, et mes collègues.
- Alors, vu que je serais jamais l'un ni l'autre!
Cette remarque arracha à Charlie un sourire sans joie.
- Charlie, reprit l'infirmier,... vous vous en sortez très bien!
Celui-ci leva la tête et lança au jeune infirmier un regard reconnaissant. L'ambulance ralentit doucement puis s'arrêta définitivement. La porte arrière s'ouvrit et le deuxième ambulancier aida son collègue à descendre le brancard.
Charlie sortit à son tour. Il aurait voulu suivre Don, ne pas le quitter, savoir ce qui lui arrivait, mais ses pieds refusaient obstinément de bouger d'un millimètre. Une agitation extrême régnait autour de lui, mais, lui, ne pouvait faire un geste. Complètement paralysé, désorienté, il observa le monde entier qui tournait sans lui, puis, brusquement, il fit volte-face. Sans un regard en arrière, il couru d'abord doucement puis de plus en plus vite. Il devait à tout prix s'éloigner de cet endroit. Ses poumons, sa gorge, tous ses muscles le brûlèrent à un point qu'il n'avait encore jamais ressenti, pourtant, cette douleur n'était rien comparée à celle qui enflait dans sa poitrine, au plus profond de son coeur, au creux de son estomac.
Au bout d'un moment, Charlie s'arrêta, épuisé, à bout de force. Il n'avait aucune idée du lieu où il se trouvait. Cependant, ce parc sous les étoiles lui sembla un endroit idéal. Il s'assit sur un banc, le regard fixé au loin...surtout ne pas penser...surtout ne pas penser...
Chapitre 4
Depuis combien de temps était-il là? Une demi-heure? Plusieurs heures? Il n'en avait pas la moindre idée. Les larmes avaient eu le temps de sécher sur ses joues mais il ne s'en était même pas rendu compte. Le ciel étoilé au dessus de sa tête était clair, limpide, tranquille. Puis, tout à coup une main se posa sur son épaule, une main ferme et forte.
- Tu peux tu vanter de nous avoir fait courir, fit Colby Granger dans un sourire qu'il voulait rassurant.
Charlie leva vers lui un regard d'une tristesse infinie. Amita était là, elle aussi. Tous les deux, la mine sombre affichaient tout de même un immense soulagement.
- Don? demanda Charlie la voix étranglée.
- Les chirurgiens sont en train de l'opérer, répondit Amita. Megan, Larry et David sont avec lui...
-Comment vous avez fait pour me retrouver? s'étonna Charlie qui lui même ne savait pas vraiment où il se trouvait.
- Un jeune type qui coure comme un dératé, ça passe pas vraiment inaperçu! plaisanta Colby, l'ambulancier t'as vu partir vers l'est, et le SDF au coin de la 20ème t'as vu se diriger vers le parc...voilà, c'est tout simple en fait.
- Charlie,intervint Amita, il faut que tu ailles prévenir ton père.
Charlie replongea dans la contemplation de ses chaussures, complètement désemparé.
- Charlie, murmura Colby en s'agenouillant devant le jeune homme, le forçant à le regarder dans les yeux. Crois moi, je sais que c'est difficile, c'est sans doute la chose la plus difficile de notre métier...mais, ton père ne mérite pas d'apprendre une telle nouvelle par des étrangers...si tu veux, je vais venir avec toi.
Le jeune homme n'osait pas en croire ses oreilles.
- Tu ferais ça? balbutia t-il incrédule.
-Bien sûr! Je vais pas te laisser tomber!
Charlie se leva péniblement et emboita le pas de ses amis vers la voiture garée à quelques mètres de là.
Pendant le trajet qui les mena jusqu'à la maison familiale, personne ne brisa le silence, chacun enfermé dans ses pensées. Colby ne pouvait décidément pas imaginer perdre un chef tel que Don. Ils avaient eu quelques différents par le passé, pourtant, de tous les supérieurs qu'il avait côtoyé, Don était certainement le plus compétent et le compréhensif.
Quand à Amita, la jeune femme s'inquiétait pour l'ainé des frères Eppes, plus elle apprenait à le connaitre, plus elle l'appréciait. Cependant, ce qui l'angoissait le plus, c'était l'impact que cette tragédie allait avoir sur Charlie. Charlie, à la fois si doué et sûr de lui lorsqu'il s'agissait de parler mathématiques et si fragile et si incertain quand il évoquait ses relations avec son frère.
Pour sa part, Charlie regardait les immeubles et les maisons défiler devant ses yeux sans y faire attention. Il ne voulait surtout pas penser à ce qu'il devrait dire à son père, il ne voulait surtout pas penser à ce qu'il devrait faire après.
Chapitre 5
Les lumières étaient encore allumées dans la maison familiale. Colby gara sa voiture juste devant et stoppa le moteur. Le calme régnait dans le quartier et le courage que Charlie avait ressenti en quittant le parc, s'était complètement envolé, liquéfié. La sueur dégoulinant le long de son dos, sa respiration se fit plus laborieuse, plus hachée.
- Je suis là, murmura Colby. Prends une grande inspiration et lances-toi, ne recules pas le moment, sinon ça sera encore plus dur.
Charlie s'exécuta et sortit lentement de la voiture. D'un pas hésitant, il s'avança vers la maison, jeta un regard derrière lui, mais, il n'était pas seul, Amita et Colby le suivaient. Il monta les quelques marches péniblement et ouvrit la porte.
Une douce quiétude l'accueillit et, immédiatement, il s'en voulu de venir troubler ce calme. Son père arriva du salon, le sourire aux lèvres, il avait hâte de savoir ce que valait ce fameux restaurant dont tout le monde parlait. Le sourire sur le visage d'Alan Eppes s'évanouit aussitôt qu'il croisa le regard de Charlie. Les yeux à nouveau baignés de larmes, celui-ci ne pu articuler aucun son, mais son expression parla pour lui.
- Où est-il? demanda Alan simplement
- On va vous y conduire, répondit Colby, venant au secours de Charlie.
- Est-ce qu'il est...? reprit Alan d'une voix blanche.
Il ne pu finir sa phrase, mais tout le monde comprit immédiatement de quoi il voulait parler.
- Il est à l'hôpital, au bloc opératoire...on a pas d'autres nouvelles pour l'instant, continua Colby, le seul capable de parler.
Alan s'approcha de Charlie, l'enlaça, le serrant fort. Le jeune homme s'abandonna dans la chaleur rassurante des bras de son père. Puis, Alan posa son front tout contre celui de son jeune fils.
- Viens, lui dit-il simplement en se séparant à regrets de Charlie.
Alan s'empara d'une veste et sortit précipitamment suivit de Colby puis d'Amita. Charlie resta un instant, hébété au milieu de l'entrée de sa maison, hésitant sur le chemin qu'il devait prendre. Il observa tout autour de lui, ces lieux qu'il aimait tant, chargés de tant de souvenirs. Ses yeux se posèrent sur la photo de sa mère, son sourire figé sur le papier glacé. Si elle était encore là, elle aurait su quoi faire, elle aurait su ce qu'il devait faire...
Puis, il repensa à ce que Colby venait de lui dire : "Prends une grande inspiration et lances-toi!". C'est ce qu'il fit...il éteignit conciencieusement les lumières, referma la porte et rejoignit son père et ses amis qui l'attendaient dans la voiture.
Chapitre 6
Les heures s'égrainaient doucement, lentement. Sur la pendule de la salle d'attente du service de chirurgie, les aiguilles avançaient inéxorablement...mais, toujours aucune nouvelle de Don. Moins de vingt minutes plutôt, le sous-directeur était passé, assurant à Alan et à Charlie que le FBI faisait l'impossible pour localiser et arrêter les tireurs. En ce moment même, dix agents avaient été réquisitionnés pour ressortir et éplucher tous les dossiers traités par Don depuis son entrée dans le service. Il avait dépêché une autre équipe pour interroger tous les témoins qui pourraient leur fournir des informations sur la voiture. Ils allaient forcément mettre la main sur l'individu qui avait fomenté cette vengeance.
Alan avait écouté d'une oreille distraite les explications bien huilée du patron de son fils, hochant la tête de temps en temps, cependant, son attention était concentrée ailleurs. Depuis ce jour lointain où Don leur avait annoncé qu'il voulait entrer au FBI, la peur n'avait pas quitté Alan Eppes. Les premiers temps, son coeur s'emballait dès que le téléphone sonnait, il n'écoutait plus la radio de peur d'apprendre qu'une fusillade avait éclatée.
Puis, au fur et à mesure, Alan avait compris que Don mesurait et maitrisait parfaitement les risques inérants à son travail, qu'il avait besoin de cette décharge d'adrénaline pour se sentir vivant, que sa vocation était de servir les autres. L'angoisse et la peur n'avait pas disparues de la vie d'Alan Eppes, il avait juste appris à vivre avec elles, comme on apprend à vivre avec une maladie chronique, redoutant les rechutes, appréciant chaque jour de répis.
Aujourd'hui était donc un jour de rechute, Margarett n'était plus là pour le calmer et Alan avait les nerfs à vif, sursautant au moindre bruit, jetant de fréquents coup d'oeil à Charlie, qui assis juste à côté d'Amita semblait porter tout le malheur du monde sur ses épaules.
Alan aurait voulu prendre son jeune fils dans ses bras mais il sentait que le jeune homme s'était de nouveau enfermé dans sa bulle...cette bulle où il s'était déjà réfugié quelques années auparavant et où personne n'avait accès. Pourtant, la situation était différente aujourd'hui, Charlie avait Amita auprès de lui, il n'était plus seul pour affronter cette épreuve.
Quand un médecin épuisé fit son entrée, Alan comme monté sur une pile électrique, se leva d'un bond pour venir à sa rencontre.
- Vous êtes de la famille de l'agent Eppes? commença le chirurgien d'un ton las.
- Je suis son père, répondit Alan immédiatement, et voici son frère, continua t-il en désignant Charlie qui s'avançait à son tour.
Le médecin toussota et pris une profonde inspiration.
- Mr Eppes, l'état de votre fils est sérieux...très sérieux...
- Il va s'en sortir? demanda fébrilement Alan.
- Mr Eppes, reprit le chirurgien, est-ce que vous savez si votre fils avait émis des souhaits en ce qui concerne...
- Qu'est-ce que vous voulez dire? s'étonna Alan complètement perdu.
- Je voudrais vous faire comprendre que l'état de votre fils est extrêmement préoccupant...précaire... Une des balles a touché l'intestin, nous avons pu réparer les dommages mais les risques d'infection sont encore élevées...L'autre balle s'est logée dans le foie, provoquant une hémorragie très importante que nous avons eu beaucoup de mal à maitriser...Sa situation est loin d'être stabilisée...il a fait deux arrêts cardiaques...la prochaine alerte pourrait lui être fatale...ou le laisser dans un état végétatif permanent.
Alan, sonné, s'assit sur un des fauteuils inconfortables de la salle d'attente, le sol s'était soudain dérobé sous ses pieds. Charlie, désespéré, se retourna face au mur, laissant couler les larmes qui débordaient de ses yeux.
- Docteur, articula finalement Alan, Don est un homme courageux, qui s'est toujours battu de toutes ses forces sans jamais abandonner...alors, faites comme lui.
Alan baissa la tête épuisé, lui qui ne s'était jamais vraiment sentit vieux, il ressentait le poids des années le rattraper. Il ferma les yeux tentant de retenir les larmes qui montaient inexorablement...
Don...certainement le plus fort d'entre eux...Don qui avait sacrifié sa vie à Albuquerque pour revenir s'occuper de sa famille...Don plus solide qu'un roc ne rouvrirait peut-être jamais les yeux pour lui dire "je vais bien papa...ne t'en fais pas...je m'occupe de tout."
Alan tendit la main pour prendre celle de Charlie. Il craignait que le plus jeune de ses fils ne perde tout espoir. Mais, le jeune homme n'était plus là. Tournant vivement la tête, il vit Charlie s'éloigner du petit groupe. Déjà, sa silhouette voutée disparaissait au bout du couloir. Amita tenta de le rattraper mais Alan la retint.
- Non, laisses-le, il a besoin d'être seul, murmura t-il.
Chapitre 7
Finalement, l'aube était arrivée, apportant avec elle, une journée qui promettait d'être radieuse, caniculaire. Megan, David et Colby étaient retournés au siège du FBI pour prêter main forte à l'équipe déjà à pied d'oeuvre depuis le milieu de la nuit.
Larry était reparti vers l'université. Il devait prévenir que ni Charlie, ni Amita ne seraient présents aujourd'hui. Lui-même n'avait aucune envie de se retrouver devant des dizaines d'étudiants et de collègues pour cette conférence, mais, il s'y était engagé il y a plusieurs mois et il ne pouvait plus annuler.
Amita avait rejoint Charlie à l'extérieur de l'hôpital. Ils avaient vu apparaitre et s'élever au-dessus de la brume un soleil resplendissant. La beauté du spectacle n'eut aucun effet sur leur moral en berne.
- Tu veux aller voir Don? tenta la jeune femme au bout d'un moment.
- Je ne sais pas si je vais y arriver, souffla Charlie du bout des lèvres.
- Mais si!...
- Amita...depuis que je suis tout petit, Don a toujours représenté pour moi la force et le courage...dans ma tête, il était invincible...c'était un héros...
- Charlie, ton frère n'a pas changé...
- Je sais...c'est juste que...je ne sais pas s'il aimerait que je le vois comme ça...
- Charlie, je connais Don depuis moins longtemps que toi, mais je suis sûre qu'il serait rassuré de te savoir à ses côtés...de savoir que tu n'as rien.
- Mais, s'il ne peut pas m'entendre?
- Tu ne peux jamais savoir!
Charlie observa son amie avec attention, il aurait voulu avoir des preuves scientifiques de ce qu'elle avançait, des preuves logiques. Finalement, il se laissa convaincre. Alors, qu'ils se dirigeaient d'un même pas vers l'entrée, le téléphone du jeune homme se mit à sonner.
- Réponds, fit Amita, pendant ce temps, je vais nous chercher des cafés, je te retrouve ici.
Charlie hocha la tête tout en regardant le message s'afficher.
Chapitre 8
A l'intérieur, Alan avait, enfin, eu la permission de voir son fils. Il avait suivit, d'un pas hésitant, l'infirmière qui l'avait conduit jusqu'à Don. Arrivé dans le service de réanimation, il avait constaté avec soulagement, que l'atmosphère ici était totalement l'opposée de celle qui régnait dans l'unité de soins palliatifs où Margarett était morte. Tout ici respirait l'urgence et la course contre la mort, même les murs semblaient transpirer du combat que menait chaque minute toutes les personnes présentes. Alan fut à la fois, impressionné et soulagé...cette ambiance était totalement ce que Don aimait, il était dans son élément.
Alan, s'approcha doucement du lit. Il eut le plus grand mal à reconnaitre son fils si actif derrière ce corps immobile relié à tout un bataillon de machines sophistiquées qui le surveillaient et le maintenait en vie, le teint pratiquement aussi pâle que les draps dans lesquels il était allongé.
- Oh, Donnie! murmura Alan en passant tendrement une main dans les cheveux en bataille de Don, aussi indomptables que son fils ainé.
Il sentit son coeur et ses yeux déborder...Depuis combien de temps n'avait-il pas fait ce geste qu'il faisait si souvent avant ? Quand Don rentrait crotté de la tête aux pieds de son entrainement de base-ball avec ce sourire malicieux accroché sur son visage...pour le féliciter après une victoire...le réconforter après une défaite...le consoler quand, accaparée par son petit frère, l'absence de sa mère devenait trop pesante ...
Le petit garçon n'avait jamais versé une larme. Au souvenir, de ce gamin si fier, si fort, si indépendant, Alan sécha les siennes qui s'écoulaient sur ses joues. Il regarda autour de lui et saisit une chaise posée contre le mur. Il s'installa tout près du lit de son fils. Avec une douceur infinie, il prit la main de Don dans la sienne, la posa tout contre sa joue. La chaleur de sa paume réchauffa un peu le coeur meurtri d'Alan. Dans un fol espoir, il avait cru que ce seul contact allait réveiller son fils bien aimé, mais il n'en fut rien.
Alors, Alan fit ce qu'il n'avait pas fait depuis longtemps, quelque chose dont il ne se savait pas encore capable de faire. Il ferma les yeux et pria. Il pria le ciel de ne pas lui prendre son fils. Il lui avait déjà enlevé l'amour de sa vie, il ne pourrait pas supporter une nouvelle perte.
Chapitre 9
Moins de cinq minutes plus tard, Amita était de retour devant l'entrée de l'hôpital, deux cafés fumants à la main. Elle eut beau scruter le moindre recoin de l'immense hall, Charlie était introuvable. Un peu dépitée, elle repartit à l'extérieur espérant le trouver à l'endroit où il s'était réfugié quelques instants plutôt. Mais, là non plus, personne.
Légèrement énervée, pas encore inquiète, elle rebroussa chemin et prit la direction des ascenseurs pour monter jusqu'au service de réanimation. Alors que la cabine entamait une lente ascension, Amita commençait à se demander si c'était ça la rançon pour vivre avec un surdoué des mathématiques, un petit génie comme aimait à plaisanter Don.
Elle connaissait Charlie depuis un moment maintenant, l'aimait depuis quasiment aussi longtemps, cependant, elle avait toujours autant de difficultés à prévoir les réactions du jeune homme. Lui qui aimait que les choses soient posées, analysées, décortiquées, se retrouvait complètement désarmé devant une situation aussi inatendue que dramatique. Sa famille était sans doute, son trésor le plus précieux, son bien le plus cher, son repère le plus important, son phare dans la tempête. L'ouragan menaçait d'être dévastateur si jamais Don ne s'en sortait pas. C'était une possibilité qu'Amita ne pouvait envisager, c'était une donnée qui ne devait pas entrer dans l'équation.
Au fur et à mesure de sa progression, Amita doutait de plus en plus que Charlie soit allé voir son frère sans l'attendre, mais elle se raccrochait à cette idée pour ne pas céder à la panique. Elle jeta un rapide coup d'oeil par la paroi vitrée, le temps d'apercevoir Alan assis au chevet de Don. Pour rien au monde, elle n'aurait voulu les déranger. Même si chaque jour qui passait, elle sentait qu'elle faisait de plus en plus partie de la famille Eppes, à cet instant précis, Amita ne se trouvait pas à sa place.
Elle rebroussa chemin une nouvelle fois, laissant les deux hommes tout à leur intimité. Elle sortit rapidement, l'angoisse montant de plus en plus au fond de sa gorge. Une fois dehors, elle saisit rapidement son téléphone et composa le premier numéro mis en mémoire.
Chapitre 10
C'était impossible...totalement irréel...irrationnel. Son esprit ne pouvait pas concevoir une chose semblable, pourtant, plus il lisait le message affiché sur son téléphone, plus l'horrible réalité prenait corps dans sa tête...dans son coeur...au plus profond de son être.
Tout d'abord, il ne voulait même pas jeter un coup d'oeil sur ce maudit téléphone. Si Amita ne lui avait pas dit de répondre, il n'aurait certainement pas prêté attention à un quelconque message, d'autant qu'il n'avait aucune idée de l'expéditeur. Pourtant, il avait regardé, distraitement, se disant que c'était l'occasion de passer quelques secondes sans trop penser à Don, quelques secondes de répit avant d'affronter ce qui l'attendait.
Puis la petite enveloppe s'était ouverte et ce qui s'était affiché sur l'écran était si inacceptable qu'il ne pouvait tout simplement pas y croire...il ne voulait pas y croire. Il détourna les yeux un instant, pensant à un cauchemar, mais quand il regarda de nouveau, le même message était toujours là, toujours aussi inconcevable.
Une vague glacée commença à monter et le submergea en quelques dizièmes de secondes. Larry avait du laisser trainer un de ses chers trous noirs car Charlie se sentit aspiré par l'immensité du froid et du vide sidéral. Il avait de plus en plus de mal à respirer...il avait besoin d'air...il avait besoin de confier cet objet qui lui brûlait les mains à des personnes compétentes...parce que lui ne se sentait pas compétent.