HypnoFanfics

Erreur de trajectoire

Série : Numb3rs
Création : 24.10.2008 à 23h19
Auteur : dangie 
Statut : Terminée

« En sortant d'un restaurant, Amita, Charlie et Don sont pris pour cible par un tueur fou... » dangie 

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Chapitre 11

 

- Où es-tu? cria Amita dès qu'il eut décroché.

Charlie prit une profonde inspiration, ferma les yeux. Comment avait-il fait pour oublier que la femme de sa vie l'attendait? Comment avait-il fait pour la laisser seule?

- Je suis désolé Amita...répondit-il simplement.

- Comment ça désolé? Où es-tu? insista la jeune femme.

- Je suis dans un taxi.

- Un taxi? Mais où vas-tu?...Qu'est ce qui se passe?... Pourquoi tu ne veux plus aller voir ton frère?...Charlie?

- ...Je ne peux pas...

- Comment ça tu ne peux pas?...Pourquoi tu ne peux pas?...Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis?

-...Amita, je suis vraiment désolé...c'est trop dur...

- Charlie, dis-moi où tu es et je viens te chercher!

Mais, Charlie ne répondit pas...ça lui était totalement impossible.

- Charlie, reprit Amita de plus en plus inquiète...je ne veux pas t'obliger à faire quelquechose que tu ne veux pas faire...je veux juste être avec toi...j'ai besoin d'être avec toi...

- ...Je vais au bureau de Don...je dois voir Megan...

- Megan?...Mais pourquoi?

A l'autre bout du fil, Charlie sentit le trou noir l'attirer encore plus profondément. Il ferma de nouveau les yeux, se força à respirer calmement pour reprendre le contrôle de lui-même. Le chauffeur de taxi ralentit en voyant le jeune homme assis sur sa banquette arrière, blanc comme un linge, la sueur ruisselant sur son visage et se promit de faire installer sans faute la climatisation dans sa vieille voiture.

- Monsieur? ...Vous allez bien? demanda le chauffeur, inquiet pour la propreté de ses sièges.

Charlie ouvrit les yeux et se contenta d'hocher la tête, les mots restant coincés dans sa gorge. Ce simple geste parût suffire au chauffeur qui reprit sa route, un peu plus vite, pressé de se débarrasser de ce client pour le moins bizarre.

-...Je ne peux pas te dire...je suis désolé...

- Tu ne peux pas ou tu ne veux pas?

- Je ne peux pas...

Amita sentit la panique s'emparer de son esprit. Qu'est-ce qui avait pu se passer dans un laps de temps aussi court pour que Charlie soit dans un état pareil? Qu'est-ce qui pouvait être pire que de voir son grand frère perdre tout son sang dans ses bras?

- Je te rejoins là bas! termina t-elle avant de raccrocher pour ne pas laisser à Charlie le temps de répliquer.


dangie  (27.10.2008 à 14:15)

Chapitre 12

 

Le taxi avait déposé Charlie à huit cent mètres de l'immeuble du FBI. La circulation était infernale à cette heure de la journée et la moindre petite avancée se gagnait au prix d'une attente considérable. Bien que Charlie ne soit pas particulièrement pressé d'arriver à destination, il avait tenu à descendre de la voiture avant que sa tête n'explose. Il ne pouvait tenir une seconde de plus dans la moiteur étouffante du taxi alors que tout son corps n'était qu'un bloc de glace.

Il s'était retrouvé sur le trottoir au milieu des piétons pressés, des employés impatients qui marchaient rapidement tentant de rattraper le retard perdu dans les embouteillages. Charlie, lui, le dos vouté, avançait comme un automate au milieu de cette foule de gens sûrs d'eux-même. S'il avait été un peu plus attentif, il aurait pu apercevoir, bloquée deux voitures derrière le taxi qu'il venait de quitter, une Dodge bleue-nuit, dont l'occupant l'observait s'éloigner d'un oeil noir.

Arrivé au pied de l'immeuble du FBI, Charlie s'arrêta, leva les yeux vers l'imposant bâtiment et sentit de nouveau son coeur se glacer. La chaleur débutante de cette matinée ensoleillée ne pouvait rien contre le froid qui s'insinuait en lui et qui ne le quitterait jamais. A cet instant précis, il se dit que c'était certainement la dernière fois qu'il franchirait les portes de ce bâtiment...après ce qu'il avait à leur dire, plus personne ici ne voudrait plus lui parler.

D'un pas hésitant, il entra. Phil, le gardien lui fit un petit signe amical de la tête. Charlie, honteux, y répondit timidement. Quand il ressortirait, Phil n'aurait certainement pas la même sympathie pour lui. Il entra dans l'ascenseur en évitant au maximum de croiser le regard des agents du FBI, des collègues de Don. Ceux qui connaissait le mathématicien ne furent pas surpris de son attitude distante, mettant le regard perdu et désespéré de Charlie sur le fait que son frère soit, en ce moment même, entre la vie et la mort à l'hôpital.

Tout le monde respecta son silence. Le jeune homme avança dans les couloirs pour se rendre jusqu'au bureau de Don. Il se sentait observé, épié, il avait l'impression que tout le monde se retournait sur son passage, lui lançant des regards furieux, maudissant jusqu'à sa présence en ces lieux. Etait-ce le fruit de son imagination, ou la dure réalité de ce qu'il pensait de lui? Tout les collègues de Don ne savaient encore rien de ce qu'il était venu leur annoncer, pourtant, Charlie avait déjà l'impression de lire dans leurs yeux tous les reproches, toute la haine qu'ils allaient ressentir à son égard dans quelques instants.

En le voyant arriver, la mine sombre, le visage complètement ravagé par l'angoisse et le désespoir, Megan vint immédiatement à sa rencontre.

- Charlie! Mais qu'est-ce que tu fais là? Comment va Don?

- Mon père est avec lui, commença Charlie d'une voix qui ne parvenait pas à masquer toutes les émotions qui le submergeaient.

- Viens t'assoir...tu es épuisé...tu devrais aller te reposer...Don aura besoin de toi quand il se réveillera, assura Megan d'un ton qui se voulait rassurant.

Charlie obtempéra et se retrouva installé dans le fauteuil de son frère. Il leva vers elle ses yeux rougis. L'amie de Don aurait-elle encore ce regard compatissant et bienveillant quand il aurait enfin pu dire ce qui l'amenait ici? Il en doutait fortement, il en était même sûr...et perdre l'amitié de Megan voulait aussi dire perdre l'amitié de Larry...s'en était vraiment trop pour le jeune homme déjà anéanti.

Pendant que Charlie tentait vainement de reprendre son courage à deux mains, David et Colby s'étaient approchés et le jeune homme maudit leur sollicitude. Il lui était déjà assez difficile de tout avouer devant Megan, mais soutenir le regard insistant de trois paires d'yeux, lui était tout simplement, insoutenable.

La gorge serrée, la voix nouée, le corps glacé, il baissa la tête, sorti son téléphone et le tendit à Megan.

- ...Je suis si désolé...murmura t-il enfin.

Les trois agents, surpris, observèrent d'abord Charlie sans comprendre tout de suite la raison de son désarroi, puis leurs regards tombèrent sur le message affiché :

"TON GRAND FRERE NE SERA PAS TOUJOURS LA POUR TE PROTEGER!!!"

 


dangie  (27.10.2008 à 14:22)

Chapitre 13

 

Incrédule et horrifiée, Megan resta muette, son regard passant de Charlie au message affiché et inversement. Le jeune mathématicien garda la tête baissée, il ne voulait surtout pas croiser le regard accusateur des amis de Don, ce regard qu'ils ne manqueraient pas de lui lancer. Finalement, David rompit le silence pesant qui s'était installé.

- Charlie, comment tu es venu jusqu'ici? demanda t-il posément.

Le jeune homme releva la tête, complètement perdu. Pourquoi David s'inquiétait-il de savoir comment il était arrivé alors que Don avait été blessé par sa faute...que Don allait peut-être mourir à cause de lui ? Il allait peut-être perdre son grand frère alors qu'ils commençaient seulement à mieux se connaitre. Cette pensée déchira encore plus le coeur du jeune homme. Il aurait voulu pouvoir aller se cacher, courir et s'échapper de cet endroit où il aimait tant venir avant, mais tout son corps semblait être attaché à ce siège où Don avait passé tellement d'heures.

- En taxi, mais pourquoi est-ce que tu demandes ça?... Qu'est-ce que tu veux dire? demanda Charlie désorienté.

- Est-ce que tu as remarqué si quelqu'un te suivait? poursuivit David.

- Le taxi m'a déposé pas loin d'ici... J'ai pas fait attention...

- Charlie, tu es en danger...tu aurais très bien pu te faire tuer...continua Colby.

Ils avaient raison...et ils avaient tord. Charlie était déjà mort...mort depuis qu'il avait ouvert ce message...ces quelques mots l'avait tué plus sûrement que la plus meurtrière des armes. Il se moquait éperdument qu'une nouvelle balle l'atteigne finalement...elle aurait certainement été la bienvenue...la délivrance qu'il espérait pour libérer son coeur et son âme de cet étau qui le broyait, de ce froid immense.

- Charlie, fit Megan d'une voix douce...Charlie, écoutes-moi...regardes-moi...

Megan s'agenouilla devant le jeune homme et prit doucement son menton pour le forcer à relever la tête. Elle plongea son regard dans le sien. Les yeux de Charlie était brillants de larmes mais la source semblait tarie, du moins pour le moment.

- Charlie, je ne prétendrais pas savoir ce qui se passe dans ta tête...mais, je sais ce que c'est de se sentir coupable...de se sentir responsable d'une chose aussi horrible qu'on pense ne jamais s'en remettre...qu'on préfèrerait tout quitter...être mort...

Hésitant, le jeune mathématicien n'osait croiser le regard de Megan, pourtant, le ton doux, chaleureux de l'amie de Don l'incita à tenter l'aventure. Etonné, Charlie n'y décela aucune haine, aucune ranceur, pourtant cela n'apaisa pas toute la culpabilité qui ne le quitterait plus jamais.

- Charlie, est-ce que tu as une idée de qui ça pourrait être? questionna Megan.

Le jeune homme balança lentement sa tête de gauche à droite.

- Je n'en sais rien...je n'en ai aucune idée, souffla t-il finalement.

- Charlie, on va avoir besoin de toi ...continua Megan.

A ces mots, le jeune mathématicien se leva vivement, beaucoup plus vivement qu'il ne l'aurait cru possible.

- Je ne peux pas... je ne peux pas, hoqueta t-il...j'ai déjà fait assez de mal comme ça! murmura t-il avant de s'élancer vers la sortie.

De nouveau, sa respiration si fit plus difficile, il avait beau inspirer autant qu'il le pouvait, il avait l'impression que l'oxygène n'atteignait pas ses poumons et encore moins son cerveau. Il devait sortir de cet endroit au plus vite, pourtant ce n'était pas du tout l'avis des collègues de Don. En quelques enjambées, Colby le rattrapa et l'obligea à s'arrêter. Le petit prof d'université ne pouvait rien contre la force et la maitrise de l'ancien Marine, Charlie dût bien vite déclarer forfait.

- S'il te plait, laisses-moi, supplia le jeune homme.

- C'est pas possible, s'exclama Colby en entrainant Charlie à l'écart dans la salle de repos.

Lorsqu'il lui lâcha enfin le bras, Charlie frotta vigoureusement son poignet douloureux.

- Je suis désolé, commença l'agent du FBI,...je ne peux pas te laisser partir...enfin pas tout seul... et pas comme ça!

Charlie se doutait de ce qui allait suivre mais il ne voulait surtout pas en entendre parler.

- Ecoutes, j't'aimes bien, mais je le fais pas pour toi...continua Colby.

Là, le jeune homme releva la tête et pu voir le sourire contrit de son interlocuteur.

- ...Je le fais pour moi!...Si jamais ce type arrive à toucher ne serait-ce qu'un seul de tes cheveux, Don va m'étrangler de ses propres mains.

Cette remarque arriva à soutirer un léger sourire à Charlie mais qui s'effaça aussitôt. Il revoyait Don prenant sa défense au collège, le grand frère au secours du gamin égaré au milieu des terminales...jusqu'à ce jour où il avait reçu les balles qui lui étaient destinées.

Le jeune homme ferma les yeux pour tenter de stopper un nouveau sanglot qui montait irrésistiblement dans sa gorge. Il sentait que ses dernières digues allaient bientôt céder et il ne voulait surtout pas être encore là quand le grand déferlement se ferait, il voulait être seul pour cacher sa peine, pour cacher sa honte.

Docile, il se laissa entrainer jusqu'à la réserve des armes où Colby lui enfila un gilet pare-balle par dessus sa chemise.

- Tu veux que je te ramène chez toi? demanda Colby doucement.

Charlie cru entendre son sauveur, il n'aurait pas supporté de retourner à l'hôpital...Il n'aurait pas supporté de soutenir le regard de son père, devoir lui expliquer que tout était de sa faute... Il n'aurait pas supporté de voir son frère adoré, son idole allongé sans défenses, son frère toujours en mouvement, si plein de vie et d'énergie réduit à l'immobilité.

Tenir Don au creux de ses bras tandis que la vie s'échappait doucement...sentir au fil des minutes son souffle devenir plus laborieux, ses muscles perdre de leur fermeté avait déjà été une épreuve terrible pour le jeune professeur...mais savoir que tout était arrivé à cause de lui était tout simplement insupportable.

- Oui, finit-il par dire timidement.

- Bien! On va passer par le sous-sol...reprit Colby.

- Amita devait me rejoindre ici, se souvint Charlie.

- Megan lui expliquera tout et on va la mettre sous protection elle aussi!

- Tu crois qu'elle pourrait aussi...?

- Avec un type assez fou pour ouvrir le feu en pleine rue, on ne sait jamais. On doit prendre le maximum de précautions!

Devant l'air horrifié de Charlie, Colby se fit plus rassurant.

- Je ne pense pas qu'il s'en prenne à elle mais on va quand même prendre les devants...et pour ton père aussi.

Charlie suivit en silence son nouvel ange gardien.

 


dangie  (28.10.2008 à 16:45)

Chapitre 14

L'après-midi avançait doucement et Alan Eppes n'avait pratiquement pas quitté le chevet de son fils ainé. Il avait vu défiler infirmières et médecins, passant successivement pour refaire un pansement, changer une perfusion, surveiller heure par heure que Don résistait toujours aussi bien.

Le chirurgien était également venu et Alan avait cru déceler dans son regard fatigué de l'étonnement face à la combativité de Don. Il ne lui en tenait pas rigueur car Alan savait par expérience que l'optimisme n'était pas une vertu très présente dans le milieu médical. Il est vrai que côtoyer la mort tous les jours, se battre à chaque instant contre cet ennemi aussi redoutable qu'impitoyable pouvait rendre pessimiste...voir détaché...un peu comme Don qui se protégeait des horreurs qu'il rencontrait au quotidien devant cet air blasé et revenu de tout.

Pourtant, le chirurgien était parti en invitant Alan à parler à Don pour maintenir un certain lien avec le réel. Mais le père n'avait pas attendu les conseils médicaux pour discuter avec son fils. Il n'avait fait que ça depuis des heures si bien qu'il en avait presque perdu la notion du temps. De toute façon, dans l'espace clos et aseptisé du service de réanimation, le temps semblait comme suspendu, suspendu entre deux mondes, entre le passé et l'avenir, entre les regrets et les espoirs.

Alan Eppes n'échappait pas à cette règle. Il avait tant et tant parlé qu'il en avait oublié de boire ou de manger. Seule sa gorge sèche le lui rappelait, mais il n'y faisait pas attention, profitant de chaque instant avec Don, ne voulant pas le laisser ne serait-ce qu'une minute.

Pourtant, en attendant dans le couloir pendant qu'un interne pratiquait un examen clinique complet sur Don, il avait fait une entorse à la règle qu'il s'était fixée. Alors que, les yeux dans le vide, appuyé contre le mur, il se rappelait des anecdotes qu'il devait à tout prix raconter à Don, une jeune infirmière s'était approchée de lui. Elle lui avait tendu un gobelet chaud, qu'Alan faillit refuser poliment, mais la jeune femme avait insisté.

- Vous devez penser à vous aussi, Mr Eppes, sinon, c'est vous qui serez hospitalisé quand votre fils se réveillera !

- Je crois que je ne peux rien avaler, répondit Alan.

- Essayez au moins, reprit-elle en lui tendant une nouvelle fois le gobelet.

Alan avait accepté plus pour faire plaisir à la jolie jeune fille qui s'occupait de Don que pour combler le vide de son estomac. Il avait approché le gobelet de son visage, prêt à respirer l'arôme revigorant du café, tout en se disant que, finalement, la caféine lui ferait certainement le plus grand bien, mais c'est une odeur de légumes et d'épices qu'il avait découvert. Il avait hésité, mais la jeune infirmière l'avait encouragé.

- Goutez!

C'est ce qu'il avait fait et là, il s'était retrouvé des années en arrière, dégustant la soupe que sa mère lui préparait. Le potage avait exactement le même goût, délicieusement assaisonné, parfait.

- Ca vient de la cafétariat? avait-il questionné intrigué.

La jeune femme lui avait renvoyé un sourire énigmatique.

- Allez savoir?...Vous devriez aller faire un tour dehors...prendre un peu l'air, avait-elle conseillé.

- Je ne veux pas laisser Don...avait tenté Alan.

- Je vais rester avec lui, ne vous inquiétez pas...je prendrai soin de lui.

Alan pensa qu'il pouvait faire confiance à une jeune femme qui préparait une soupe aussi savoureuse que sa regrettée mère.

- Il parait qu'il fait très chaud dehors, faites attention, avait prévenu la jeune infirmière avant de disparaitre dans la chambre de Don.

Et il avait écouté les conseils. L'air chaud, saturé de pollution l'avait cueilli au moment où il était sorti. Il s'était quand même forcé à rester un quart d'heure à l'extérieur, à marcher quelques pas, à avaler une barre de céréales. Il avait tenté de joindre Charlie sur son portable mais l'appareil ne semblait pas en service.

Où était passé Charlie? Qu'avait-il de plus important à faire que d'être auprès de son frère? Pourquoi ne s'était-il pas arrangé pour être joignable à tout moment? La colère supplanta l'inquiétude dans la tête d'Alan Eppes. Très vite, il refoula ce sentiment qui lui ressemblait si peu et repartit vers l'intérieur.

Arrivé dans la chambre de Don, il avait retrouvé la jeune infirmière qui l'attendait.

- Vous allez bien, Mr Eppes? avait-elle demandé dès qu'il était entré.

- En fait, je suis un peu perdu. Je viens de rencontrer l'interne dans le couloir. Il m'a parlé de taux de prothrombine, je crois, de facteurs de la coagulation, de fonctions hépatiques...je n'y ai rien compris...sauf qu'il a terminé en disant : "C'est bien"...Est-ce que ça veut dire que Don va mieux?

- Le médecin ne vous a rien expliqué?

- Je pense qu'il l'a fait...dans son jargon.

- Venez vous assoir! reprit la jeune infirmière dans un sourire. Vous savez que les chirurgiens ont du retirer une partie du foie de votre fils?

- Oui, ils me l'ont expliqué, et qu'il allait se régénérer tout seul...avec du temps.

- Vous avez tout compris...en attendant, certaines fonctions du foie sont perturbées, notamment l'élimination des toxines, la coagulation...c'est pourquoi, on craignait une nouvelle hémorragie.

- D'accord, mais qu'est-ce qui a changé?

- Les dernières prises de sang montrent que les fonctions hépatiques s'arrangent un peu, le risque est moins présent...

- Donc, c'est mieux!

- Oui.

- Et il va se réveiller quand ?

- Il faut d'abord qu'il élimine tous les produits injectés pendant l'opération, ça peut prendre du temps vu l'état de son foie. Pour l'instant, je ne sais pas, admit la jeune fille...mais, il n'a pas de fièvre, donc pas d'infection...c'est aussi un des risques...donc...c'est plutôt...encourageant.

Alan souffla longuement, il savait que le réveil de Don risquait de prendre du temps mais il n'avait pas imaginé que ce serait aussi long.

- Je vous remercie pour vos explications...et pour votre soupe.

L'infirmière sourit une dernière fois avant de quitter la chambre. Alan se retrouva de nouveau seul avec Don. Il observa un moment la poitrine de son fils qui se soulevait au rythme mécanique et régulier du respirateur.

- Cette fille est très gentille, tu sais Donnie...et très jolie...tu devrais vérifier par toi-même.

Mais, Don n'en fit rien.


dangie  (28.10.2008 à 16:49)

Chapitre 15

 

La nuit tombait lentement quand la porte de la chambre de Don s'ouvrit doucement. Légèrement assoupi, Alan Eppes sursauta en entendant le petit déclic. Mais ce n'est pas Charlie qui apparu, c'était Liz Warner, le visage grave, son beau sourire qui avait fait craquer Don disparaissant derrière un masque d'angoisse.

- Bonjour, Mr Eppes, dit-elle d'une voix douce.

- Je suis content que tu sois là, assura Alan un franc sourire aux lèvres.

- Comment va t-il? reprit Liz en s'approchant de Don.

- Les médecins disent qu'il va un peu mieux...j'ai pas vraiment vu la différence... et puis il n'est toujours pas réveillé!

- Il a beaucoup de sommeil à rattraper, vous savez!...tenta de plaisanter Liz.

- Tu as raison!

Liz s'approcha encore plus, posa sa main sur l'épaule d'Alan, sentit sous ses doigts toute la tension et la crispation de ses muscles endoloris par cette nuit et cette journée d'enfer.

- ...Et vous aussi, vous devriez allez vous reposer! reprit la jeune femme.

- Une personne m'a déjà donné ce conseil

- C'est une personne avisée alors!

- Il faut croire! dit Alan en se levant difficilement de sa chaise. Merci d'avoir fait tout ce chemin pour être avec Don...

- C'est tout naturel, Mr Eppes! Je vais rester avec lui, je vous promet de bien veiller sur lui, je m'occupe de tout, ne vous inquiétez pas...

Alan observa Liz. Don et elle étaient si semblables, si complémentaires et aussi si différents. Après beaucoup d'expériences malheureuses, il avait cru que son fils avait enfin trouvé la perle rare, mais leurs relations s'étaient dégradées. Même si Don ne lui avait rien dit, comme d'habitude, il savait que leur amour avait laissé la place à une amitié solide...assez solide pour que Liz laisse tomber son travail. Alan enlaça la jeune femme, il savait que Don était entre de bonnes mains.

- Je te fais confiance... mais est-ce que tu sais où est Charlie?

- Je crois qu'il est chez vous, répondit Liz tentant de dissimuler sa gêne.

- A la maison?

- Un agent va vous y conduire, poursuivit Liz.

- Je peux très bien prendre un taxi! répliqua Alan qui sentait la colère le rattraper.

- Mr Eppes, reprit Liz, laissez-moi m'occuper de ça aussi...s'il vous plait.

Alan était trop fatigué pour discuter, il accepta la proposition. Il avait beau se dire que la jolie agent du FBI lui cachait quelque chose, il était bien trop épuisé pour tenter de trouver quoi.

- Merci d'être là, souffla Alan, épuisé.

- C'est normal, répondit Liz dans un sourire.

- Non, je sais que c'est pas tout à fait normal...et je le regrette...mais, je suis soulagé de savoir que Don est avec toi...tu nous appellera si y'a quoi que ce soit?

- Bien sûr, ne vous inquiétez pas...et aller vous reposer un peu...vous en avez besoin.

Alan ne releva pas la remarque de la jeune femme, il savait qu'il avait une tête à faire peur. Même s'il doutait qu'il puisse fermer l'oeil, il avait également un autre problème urgent à régler...une question sans réponse qui le rongeait depuis des heures : pourquoi Charlie n'était pas là? Que faisait-il alors que son frère ne respirait que grâce à une machine?

Alan soupira longuement avant de se rapprocher du lit de Don. Il caressa tendrement les cheveux de son fils ainé et se pencha sur lui.

- Je te laisse avec Liz...je reviens très vite mon grand...j'espère que tu me laissera pas encore parler tout seul la prochaine fois qu'on se reverra...à tout à l'heure, murmura Alan.

Il laissa à regret le plus âgé de ses fils pour retrouver peut-être le plus mystérieux de ses garçons.

Une fois Alan partit, Liz s'approcha du lit de Don. Tendrement, elle passa une main dans ses cheveux, caressa sa joue.

- Tu m'as manqué, souffla t-elle.

Elle avait rêvé de retrouvailles plus romantiques, moins dramatiques. Elle s'imaginait courant comme une adolescente dans le terminal de l'aéroport, s'élançant dans les bras de Don...Ils auraient oublié tout ce qu'ils s'étaient dit avant qu'elle quitte la ville...Il aurait, au bout d'un petit ruban rouge, la clef de l'appartement qu'elle lui avait rendue...

Elle reprit bien vite ses esprits...elle était loin d'être fleur bleue et Don n'était pas du genre à revenir sur des décisions qu'il avait prises. Elle s'assit en soupirant sur la chaise laissée vacante par Alan, ferma les yeux, prit la main de Don dans la sienne. Tout ce qu'elle espérait maintenant c'était que Don se réveille, qu'il jette sur elle un regard réprobateur en lui demandant ce qu'elle faisait là....Elle aurait été tellement heureuse d'entendre sa voix...même si s'était pour lui dire que leur amour était fini.

 


dangie  (29.10.2008 à 17:32)

Chapitre 16

Dès qu'il mis un pied sur le trottoir devant la maison, en apercevant de la lumière dans le garage, le sang d'Alan ne fit qu'un tour. Il se précipita à l'intérieur, passa en coup de vent dans l'entrée sans prêter attention à Colby et Amita qui préparaient du café dans la cuisine et entra en trombe dans l'antre de Charlie.

- Ne me dis pas que tu es encore sur ton problème insoluble? hurla Alan plus fort qu'il ne l'aurait cru.

Surpris, Charlie lâcha la boite en carton qu'il tenait et se retourna pour affronter son père.

- Comment va Don? dit-il précipitamment.

- Parce que tu te préoccupes de la santé de ton frère maintenant!

- Je suis désolé, papa!

- Désolé! T'es désolé de quoi? De ne pas aller voir ton frère? De le laisser tomber? De ne même pas t'arranger pour être joignable?

- Mon portable est au FBI... tenta Charlie.

- Au FBI? Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire?

- Je suis désolé, papa, répéta Charlie des sanglots dans la voix.

Devant la détresse de son fils, la colère d'Alan s'essouffla. Il cru revoir le petit garçon perdu qu'il avait si souvent vu revenir du lycée.

- Excuses-moi, Charlie, je ne voulais pas...reprit Alan en s'approchant de son fils pour l'enlaçer.

Enfoui dans les bras de son père, Charlie aurait voulu faire durer ce moment, occulter tout ce qui allait suivre, se perdre dans l'oubli. Mais, il devait être honnête, responsable.

- Papa...j'ai quelque chose à te dire, souffla le jeune homme en s'écartant de son père.

Il ne savait pas par où commencer, il ne savait pas où trouver le courage de tout avouer à Alan, il ne savait même pas où trouver l'air pour remplir ses poumons.

- Papa...c'est pas Don qui était visé...c'est moi! lâcha finalement Charlie.

- Toi? C'est pas possible! décida Alan catégorique.

Pourtant, Charlie ne faisait jamais des suppositions à la légère, il soupesait toujours toutes les possibilités, n'avançant une théorie qu'après y avoir réfléchit longuement. Alan dû se résoudre à l'inacceptable.

- Comment tu le sais?

- J'ai reçu un message sur mon portable...

- Tu es sûr? demanda Alan toujours incrédule.

- Certain!

Alan dû s'assoir précipitamment sur une des caisses qui encombraient le garage. Il en avait le souffle coupé, un uppercut directement dans l'estomac ne l'aurait pas plus sonné. Cette journée n'en finirait donc jamais...s'il ne perdait pas Don, c'était peut-être Charlie...S'il perdait Don, il perdait aussi Charlie qui ne se relèverait jamais de cette épreuve.

- Papa, tu vas bien?

- Ils l'ont arrêté? demanda simplement Alan.

- Non!

- Mais, tu es encore en danger! paniqua Alan à bout de force.

- Colby est là...ne t'inquiètes pas papa.

Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à ne lui dire de ne pas s'inquiéter ? Bien sûr qu'il s'inquiétait! Il ne pouvait pas faire autrement! Il avait même dépassé le stade de l'inquiétude, le stade de l'angoisse...il était complètement paniqué, terrorisé...Cette peur allait le ronger de l'intérieur comme le cancer l'avait fait avec Margarett...Et, en même temps, il était si fatigué, si épuisé qui doutait qu'il puisse un jour se lever de cette caisse.

- Viens papa, proposa Charlie en lui tendant la main.

Alan s'agrippa à cette bouée de sauvetage et se remit debout. Soutenu par son fils, il se dirigea vers l'entrée de leur maison. Ils montèrent ensemble les escaliers jusqu'à la chambre d'Alan.

 

Après avoir accompagné son père jusqu'à sa chambre, avoir vérifié trois fois qu'il s'était bien endormi, Charlie était redescendu se réfugier une nouvelle fois dans le garage. Il savait qu'Amita et Colby étaient là, leurs présences le rassurait mais il ne voulait surtout pas soutenir leurs regards, sentir la pitié ou l'incompréhension dans leur yeux. Car il était persuadé que c'est ce qu'ils ressentaient.

Assis seul sur le vieux divan défoncé, Charlie avait tenté de faire le point sur toute cette histoire. Qu'aurait fait Don à sa place? Il se serait certainement rué dehors, cherchant tout azimuts un indice même infime, laissant éclater sa colère et sa frustration. Mais, Charlie n'était pas Don et il ne le serait jamais.

Il tenta de se raccrocher à ce qu'il connaissait : la logique, rien que la logique...et les statistiques. Le téléphone utilisé pour envoyer le SMS était un portable à carte pré-payée, impossible à retracer. La logique était en sa défaveur...Megan, David et toute l'équipe dépêchée par le sous-directeur disséquaient tous les dossiers que Charlie avait traité avec le FBI. Sa collaboration en tant que consultant ne remontait pas à longtemps et la grande majorité des criminels qu'il avait contribué à mettre derrière les verrous n'était pas prêt de sortir de prison. Là encore les statistiques ne jouaient pas avec lui...Que dire de son travail pour la NSA, il était tellement secret que même Don ne savait rien des affaires qu'il avait traité. Il était tout simplement impensable que de telles informations aient été divulguées.

Qui pourrait lui en vouloir autrement ? Il savait, sans fausse modestie, qu'il était plutôt apprécié comme professeur...et puis, on ne tirait pas sur les gens pour une mauvaise note! Charlie était perdu...son esprit était comme anesthésié, paralysé...et si épuisé qu'il s'endormit profondément.

 


dangie  (29.10.2008 à 17:34)

Chapitre 17

Le soleil perçait à travers les petites fenêtres de la porte de garage quand Charlie s'éveilla. Courbaturé par ces quelques heures dans le divan inconfortable il se leva et s'étira longuement. Le moindre de ses muscles était douloureux, pourtant il se força à sortir et se dirigea vers la cuisine. Il trouva du café tout chaud et se servit une grande tasse accompagnée de deux aspirines. La maison était silencieuse, son père devait encore dormir ou était déjà parti pour l'hôpital.

Sans bruit, il monta à l'étage et prit une douche brulante. Il laissa l'eau couler longuement sur ses muscles endoloris, puis il se rasa, tenta de se coiffer. Il devait être un minimum présentable pour aller voir Don, sinon son frère allait prendre peur en se réveillant.

Fin prêt, il sortit de la maison et monta dans sa voiture, il était tranquille, il savait ce qu'il avait à faire. Il arriva bien vite à l'hôpital et se dirigea d'un pas assuré vers le service de réanimation. Comment connaissait-il le chemin et le numéro de la chambre de Don? Il n'en avait aucune idée...son père avait du lui dire hier...car Charlie savait exactement où il allait.

Arrivé dans le service, le silence l'accueillit. Il s'avança lentement, soudain hésitant. Au bout du couloir, dans une petite salle aux vitres fumées réservée aux familles, il aperçu les ombres d'un groupe de personnes serrées les unes contre les autres. Ils écoutaient un médecin leur expliquant pourquoi leur fils, leur ami n'avait pas survécu. Même de loin, il pouvait entendre leurs sanglots et il compatit à leur peine...

Puis, il s'avança un peu plus...Don était là, allongé, immobile... Le respirateur à côté de lui ne fonctionnait plus, les moniteurs étaient éteints, les perfusions débranchées...Charlie s'approcha les jambes flageolantes, l'air lui manquait, son coeur s'accéléra dans sa poitrine...il toucha le bras de Don...sa peau était aussi froide qu'un glaçon...déjà la vision du jeune mathématicien se troublait, le rythme de ses pulsations devint infernal...

Un petit bruit le fit sursauter, il se retourna vivement....Dans un coin de la chambre, installée sur un fauteuil, sa mère le regardait. Elle souriait, de ce sourire rassurant dont Charlie se souvenait. Elle se leva et s'approcha de lui. Tendrement, elle lui effleura la joue. Il sentit un doux frisson le parcourir de la tête aux pieds.

- Je l'emmène avec moi, Charlie, il sera bien, dit-elle simplement de sa voix chaleureuse.

Don apparu alors, il s'avançait, le sourire aux lèvres. Il portait le costume qu'il avait l'autre soir, cravate noire et chemise immaculée. Charlie le trouva tout simplement magnifique. Il en avait le souffle coupé. Don prit la main de sa mère, tout les deux se regardèrent avec un sourire complice.

Puis, Don reporta son attention sur Charlie, il souriait toujours et ce sourire éclairait son visage jusqu'à le rendre presque transparent.

- Au revoir, p'tit frère, murmura Don avec un signe de la main.

Charlie aspira l'air goulûment, avidement, il ouvrait et fermait la bouche sans que la moindre petite parcelle d'oxygène arrive jusqu'à ses poumons, son coeur battait si vite qu'il n'entendait plus que ça... Au bord de l'évanouissement, il eut un dernier sursaut.

- NON! NON! hurla t-il...

- Charlie! Réveilles-toi, le secouait Amita affolée.

Le jeune homme se débattit en hurlant. Puis, la lumière se fit enfin dans son esprit. Il enfoui sa tête dans les cheveux d'Amita, respira leur doux parfum, s'enivra de cette odeur rassurante. Petit à petit, il se calma, sa respiration reprit un rythme moins effrénée, les battements dans sa poitrine se firent moins douloureux.

- Tout va bien, assura Amita.

- Don...souffla Charlie.

- Il va mieux...Liz vient d'appeler, il respire tout seul...les médecins pensent qu'il devrait bientôt se réveiller.

Charlie observa attentivement le visage d'Amita, cette nouvelle était vraiment trop belle pour être vraie. D'une main tremblante, il caressa la joue douce et lisse de la jeune femme. Elle aussi était vraiment trop belle pour être vrai.

- Charlie? Tu vas bien, s'inquiéta Amita.

- Tu es réelle? Tu n'es pas une simple projection de mon esprit?...

Amita pinça durement l'avant-bras de Charlie. Il le retira tout de suite et frotta sa peau douloureuse.

- Satisfait?

- Tout à fait, répondit Charlie dans un léger sourire.

 


dangie  (30.10.2008 à 16:06)

Chapitre 18

 

Quand Charlie entra ce matin là dans la cuisine suivi d'Amita, l'ambiance était plus détendue, pas encore joyeuse mais moins pesante. Colby préparait du café tandis qu'Alan s'affairait devant le plan de travail. Malgré les cernes largement creusées sous les yeux de son père, la barbe qui lui mangeait une bonne partie du visage, Charlie avait quand même l'impression que le poids des années qui pesait hier sur les épaules d'Alan s'était un peu allégé.

- Charlie, s'écria t-il en se retournant, tu as pu dormir un peu?

Pourquoi son père s'inquiétait-il de savoir s'il avait dormi? Avait-il oublié leur conversation de la veille? Avait-il oublié que son grand fils, son Donnie, était à l'hôpital par sa faute, uniquement par sa faute à lui? En tout cas, lui, ne l'avait pas oublié...lui, ne l'oublierait jamais.

- Ca va papa, répondit-il d'une toute petite voix.

- Qu'est-ce que tu veux que je te prépare? Des oeufs? Des céréales? Du bacon? Des fruits? ...

- Papa! Je crois que je ne pourrais rien avaler!

Alan, la mine soudain plus grave, entraina son fils hors de la cuisine.

- Charlie, ton frère va mieux...c'est une bonne nouvelle!

- Papa, tout est de ma faute...

- Charlie arrêtes!

- Non! Ce type m'en voulait à moi... C'est moi qui ai invité Don dans ce restaurant, s'il avait été en service, il aurait porté son gilet pare-balle, il aurait ...

- Charlie arrêtes maintenant, cria Alan en attrapant son jeune fils par les épaules. Ca suffit!

Le jeune homme ne résista pas longtemps. Sa capacité de révolte n'était pas loin du néant.

- Papa...Comment est-ce qu'il pourra me pardonner ?

-Ecoutes Charlie, tu ne pourras pas effacer ce qui s'est passé, tu ne pourra pas revenir en arrière, même la plus élaborée de tes équations...

- Je sais papa, dit le jeune homme les yeux toujours fixés sur ses pieds.

-Ecoutes Charlie, reprit Alan, ton frère passe sa vie à protéger celle des autres...celle d'inconnus. Comment crois-tu qu'il aurait réagit s'il n'avait pas pu protéger la tienne?...Ca me fait mal de te dire ça... parce que je pensais que c'était moi...et ne le répète surtout pas à Don...mais, tu es la personne la plus importante dans la vie de ton frère...

Charlie releva un peu la tête, surpris.

-Tu sais, continua Alan, Don redoute tous les jours que ta collaboration avec le FBI ne te mettes en danger, c'est sa hantise... il ne veut pas t'impliquer...

- C'est moi qui lui ai proposé en premier!

- Oui, mais c'est lui qui continu à venir te voir...

- J'aime travailler avec lui, avoua Charlie dans un murmure.

- Je sais...et Don aime aussi travailler avec toi. J'étais déjà fier de vous deux, de ce que vous aviez fait de vos vies...mais, depuis ces quelques années où vous travaillez ensemble, je suis très heureux...plus qu'heureux même, des liens qui se sont tissés entre vous...Vous êtes vraiment devenus des frères...

- Tu crois qu'il va pouvoir me pardonner? souffla Charlie.

- Je crois que le problème n'est pas là...mais, est-ce que toi tu arrivera à te pardonner?


dangie  (04.11.2008 à 16:37)

Chapitre 19

 

Pendant tout le trajet vers l'hôpital, Charlie n'avait pas ouvert la bouche. Il avait laissé les autres se charger de la conversation et personne ne lui avait demandé son avis sur la question cruciale du jour : qu'est-ce que Don aura envie de manger quand il se réveillera? Les propositions allaient bon train et Charlie les trouvait toutes aussi saugrenues qu'impossibles. Tout ce que Don aura envie quand il ouvrira enfin les yeux, c'est de l'étrangler pour tout le mal qu'il lui a fait. Charlie en était persuadé, convaincu, aussi sûr que 2 et 2 font 4.

Quand ils arrivèrent à l'hôpital, Megan et David patientaient déjà dans une petite salle réservée aux familles. Les deux agents stoppèrent immédiatement leur conversation lorsque Charlie, le dos vouté passa la porte. Le jeune homme, absorbé dans ses pensées, ne s'aperçut même pas de la gêne des collègues de Don. Ils avaient manifestement quelque chose de nouveau, ils savaient quelque chose qui risquait d'achever Charlie. C'est pourquoi, l'apparition de Larry, les bras chargés de café, fut la meilleure des diversions.

- Il va falloir que j'y retourne...j'en ai pas assez pour tout le monde, conclut celui-ci dépité.

- Restez ici, Larry, intervint Alan. On vient de prendre un café à la maison. Je crois qu'on a notre dose, au moins pour l'instant...mais, il en faudra un double pour Liz.

La jeune femme arrivait, elle aussi. Elle était épuisée, de larges cernes gris creusaient son visage, elle tenait à peine debout. Le décalage horaire associé à cette nuit blanche avait eu raison de sa résistance.

- On ne peut pas aller voir Don? s'inquiéta Alan.

- Ils sont en train de faire sa toilette, on doit attendre un peu, répondit Liz la voix légèrement éraillée.

- Je crois d'ailleurs que c'est assez exceptionnel que vous ayez pu rester tout le temps avec lui... remarqua Larry.

- Le médecin a dit qu'il fallait qu'on lui parle, on peut pas faire ça au téléphone s'exclama Alan.

- Papa! intervint Charlie.

Alan regarda son fils, étonné que celui-ci ait enfin recouvré la parole.

- Je plaisantais, Charlie...vous aviez compris la plaisanterie, Larry?

- Je n'en attendais pas moins de votre part, Alan...je suis content de vous retrouver !

L'atmosphère un peu détendue, tout le monde trouva une place dans la salle exiguë.

- Comment avance l'enquête? fit Liz en levant à peine les yeux de son gobelet de café.

- Oui? renchérit Alan, vous avez des nouvelles?

Megan et David se regardèrent un instant...qui allait avoir assez de cran pour dégoupiller la prochaine grenade, qui allait avoir le coeur de crucifier Charlie? Megan décida de s'y prendre par la douceur.

- Nos investigations avancent un peu, commença t-elle.

- Ca y est, vous l'avez arrêté? intervint Alan.

- Pas encore, pour l'instant, on a juste éliminé ceux qui n'auraient pas pu faire le coup, reprit David. Les quelques personnes qu'on a pu considérer comme suspectes avaient toutes un alibi en béton.

- Je suis désolée Charlie, mais je ne pense pas que nous trouverons notre tireur parmi les criminels que tu as contribué à mettre en prison, assura Megan...d'autant que si ça venait de l'un d'eux, il en voudrait aussi à Don...et nous l'aurait fait savoir.

- Vous avez eu d'autres messages sur mon portable? interrogea Charlie anxieux.

- Oui, avoua Megan. Deux nouveaux sont arrivés cette nuit...

- Qu'est-ce qu'ils disaient, s'impatienta le jeune mathématicien.

Megan prit une profonde inspiration avant de répondre.

- C'étaient tous des messages de menace envers toi...il n'était pas du tout question de vengeance contre le FBI...

- Quoi exactement?

- Il parlait d'une histoire de trajectoire...que Don avait coupé la bonne trajectoire...

- C'est peut-être quelqu'un de l'Université? osa Larry.

Charlie blêmit. Même s'il n'avait pas complètement occulté cette possibilité, il avait préféré se réfugier derrière quelque chose qu'il aimait, quelque chose qu'il connaissait bien : les statistiques. Et les statistiques étaient de son côté. Il était évident qu'il avait énormément plus de risques de croiser des criminels pendant les enquêtes qu'il menait avec le FBI que dans sa salle de cours ou sur le campus.

Pourtant, à la lumière des nouveaux messages envoyés par le tireur, la proposition de Larry était loin d'être saugrenue, elle prenait même de plus en plus de force, de plus en plus de poids. Une force si grande que Charlie était plaqué contre son siège, un poids si immense qu'il pesait sur sa poitrine l'empêchant de parler, l'empêchant de respirer, l'empêchant de penser...

Le silence se fit dans la petite salle. Personne n'osa dire un mot, de toute façon, Charlie n'entendait plus rien, ne sentait plus rien...Il était le seul responsable du malheur qui s'était abattu sur sa famille...il était le seul coupable...le seul à blâmer...le seul à haïr...

 


dangie  (04.11.2008 à 16:39)

Chapitre 20

Le temps s'était arrêté, la terre s'était ouverte pour laisser apparaitre les abysses infinies, la puissance des enfers. Debout au bord du précipice, Charlie oscillait dangereusement les yeux rivés vers l'abime. C'était une chute dans le vide, dans un néant sans limites, sans repères, sans air, sans lumière...Il aurait voulu se laisser aspirer pour tout oublier...pour ne plus exister...

Enfermé dans sa bulle de solitude et de culpabilité, Charlie ne réagit pas tout de suite quand la main de son père se posa sur son épaule. Alan dû le secouer pour que le jeune homme lève enfin la tête, son regard se perdant dans le vide.

- Charlie, tu peux aller voir Don, murmura Alan.

Le jeune homme se leva. Comme un automate, il se dirigea vers la chambre de son frère. A chaque pas, ses pieds devenaient de plus en plus lourds. Il avait déjà fait ce chemin pas plus tard que cette nuit et il savait ce qu'il y avait au bout, pourtant il avançait toujours mètre après mètre, pas après pas. Sans vraiment s'en rendre compte, il se retrouva debout à côté du lit de Don. La chaise occupée par Alan puis par Liz était toujours à la même place, Charlie s'y assis. Il ne pouvait plus tenir debout, ses jambes ne le portaient plus.

Doucement, il releva la tête, détaillant le corps de son frère...La main posée immobile sur le lit...la poitrine qui se soulevait régulièrement, tranquillement...les pansements qui cachaient les blessures...le visage de Don, paisible, endormi. Charlie pensa brusquement qu'il n'avait jamais vu son frère aussi fragile, aussi vulnérable...comme il n'avait jamais vu sa mère quand elle était malade. Cette pensée serra encore plus le coeur du jeune mathématicien. Il ferma les yeux, les larmes qui avaient attendues des heures pour couler prirent leur revanche et déferlèrent sur ses joues.

- Don, je suis tellement désolé...tellement désolé...tout est de ma faute...

La voix nouée, Charlie ne pu continuer, il plongea son visage dans les draps à quelques centimètres de la main de Don, toujours aussi immobile, impassible...

 


dangie  (04.11.2008 à 16:41)

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