HypnoFanfics

Un spectre du passé

Série : Numb3rs
Création : 08.02.2009 à 15h06
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Un épisode (que j'écris seule) où Charlie va se trouver confronté à un adversaire redoutable, qui va placer la barre très haut, à la fois intellectuellement et dans l'enjeu du combat. » Cissy 

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CHAPITRE XI

Quelque part, pièce anonyme 

Lorsqu'il était revenu à lui, il était allongé sur un sol froid, les pieds nus, mains attachées dans le dos, yeux bandés. Pendant un instant il s'était demandé ce qu'il faisait là, puis la mémoire lui était revenue et il avait recommencé à s'adresser d'amers reproches : comment avait-il pu être aussi idiot ? S'il mourait là, il n'aurait que ce qu'il méritait. Mais avant de mourir, il pouvait au moins essayer de se sortir de ce guêpier. Il s'était donc redressé et ce geste avait éveillé une douleur sourde au niveau de la poitrine. Pourtant, il ne pensait pas être sérieusement blessé : les côtes un peu froissées peut-être, mais rien de plus grave. Si seulement il arrivait à se libérer de ses liens, il saurait bien ensuite fausser compagnie à son geôlier. Puis il avait réalisé qu'une corde, passée autour de son cou, reposait sur ses épaules et il s'était demandé ce que cela voulait dire. Il avait alors entendu des pas s'approcher de lui et s'était raidi.

« Vous êtes réveillé agent Eppes ?

- Comme vous voyez.

- Pas trop de mal ? Vous respirez bien ? Je m'en voudrais de vous avoir blessé.

- Vous aviez pourtant une façon toute simple d'être sûr de ne pas me faire de mal, c'était de ne pas me kidnapper.

- Je sais et, comme je vous l'ai déjà dit, je suis désolé d'avoir dû recourir à cette extrémité. Mais je ne pouvais plus laisser votre frère me narguer ainsi.

- Mais enfin, que vous a-t-il fait ? Charlie est incapable de mentir ou de tricher ! Vous faites erreur sur son compte.

- Alors vous aussi vous le défendez ?

- C'est mon frère !

- Et qu'a-t-il fait pour vous votre frère hein ? Que fait-il en ce moment même, lui que vous avez mis sous protection, mais qui vous a laissé partir sans l'ombre d'une inquiétude ? Que pensez-vous qu'il fera lorsqu'il apprendra votre situation ?

- De quoi parlez-vous ? Que comptez-vous faire de moi ?

- Je vous l'ai dit : vous serez l'instrument qui me permettra de punir les vôtres.

- Mais les punir de quoi bon sang ?

- De la mort de mon fils ! Vous comprenez ? Ils ont tué mon fils !

- Quoi ??!!!

- Mon fils, cet étudiant dont je vous parlais : Aaron Lincoln Warden. Il était brillant, doux, timide et il avait un grand avenir devant lui. Voyez-vous, toute ma vie j'ai enseigné les mathématiques appliquées et la physique, et j'avais une petit renommée dans mon domaine. Mais je savais qu'Aaron serait la vraie gloire de la famille : il raisonnait de manière parfaite, ses intuitions étaient foudroyantes et son esprit d'une clarté inégalée. Il a fait des études magnifiques, toujours en tête de classe, toujours remarqué et loué. Et puis il est entré à Princeton.

Don commençait à comprendre : l'éternelle histoire de l'étudiant brillant, habitué à être le centre de l'admiration, qui tombe tout à coup sur plus brillant que lui, à tout point de vue, et qui n'accepte pas sa soudaine seconde place. « Oh petit frère, avait-il alors pensé, si tu savais ce que les esprits brillants, parfois, peuvent faire du mal autour d'eux, tu en serais malade ! »

Et le soi-disant professeur Caldwell avait continué son récit : du paradis à l'enfer, l'élévation et la chute. Aaron Lincoln Warden n'avait pas pu admettre qu'un gamin, de cinq ans plus jeune que lui, se révèle bien meilleurs qu'il n'était et il avait commencé à perdre pied, petit à petit. Il avait tenté de jeter le discrédit sur les travaux de Charlie, mais celui-ci était soutenu par ses professeurs et c'était Warden qui s'était discrédité à leurs yeux. Jusqu'à ce jour où l'accusation de tricherie était tombée sur le gamin de dix-sept ans qu'était alors le petit génie. L'affaire avait été pénible. Don n'en avait pas entendu parler : à l'époque il venait d'entrer au F.B.I. et aucun membre de sa famille ne l'avait tenu au courant des événements pour ne pas le tracasser. Alan était monté au créneau pour défendre son fils, de toute façon soutenu par l'administration. Et finalement Warden avait été démasqué et chassé de l'université. Il s'était suicidé vingt mois plus tard, incapable de remonter la pente, accusant Charlie de l'avoir spolié, d'avoir bâti toute sa théorie de la convergence de Eppes sur ses propres recherches, et de n'être qu'un petit bidouilleur, un peu doué en mathématiques, que son entourage protégeait farouchement pour lui permettre d'asseoir une réputation surfaite et imméritée. Et aujourd'hui, le professeur Eppes s'affichait dans toutes les librairies avec ses travaux sur les mathématiques de l'amitié ? C'était encore une recherche qu'il avait volée à son fils. Cela suffisait ! Il devait maintenant admettre son imposture et payer pour ce qu'il avait fait.

Don avait compris que l'homme était totalement perdu dans son délire et que rien ne servirait à vouloir lui faire entendre raison. Fragilisé par la perte de son fils, il avait remâché sa peine, son amertume et sa rancœur jusqu'à en perdre la tête. Rien de ce qu'il pourrait dire ou faire ne le ferait changer d'avis. Sa seule chance restait de réussir à s'échapper : après tout, ce ne devrait pas être trop difficile. L'homme était plutôt petit, plus âgé et bien moins entraîné que lui. Mais il avait sous-estimé son vis-à-vis. Il s'en était rendu compte lorsque, son récit achevé, l'homme lui avait dit :

« Vous savez maintenant pourquoi je dois me venger, et pourquoi vous allez mourir. Alors je suis désolé pour vous, mais il est temps que je vous explique quel va être votre rôle.

Don qui s'était assis, dos au mur, durant le long exposé du professeur, avait alors pensé que, si celui-ci s'approchait de lui, il en profiterait pour tenter de lui envoyer un coup de pied. Il espérait avoir assez récupéré de la drogue administrée pour ça. Mais l'homme n'avait pas tenté de s'approcher. Soudain, Don avait senti que la corde se resserrait autour de son cou

- C'est ça votre plan, avait-il articulé ? Vous comptez m'étrangler ou me pendre ?

- Je vous l'ai dit, agent Eppes, je ne suis pas un assassin. Non, vous aurez une chance. Simplement je me méfie de vous. Votre loyauté envers votre frère est trop évidente pour que vous ne tentiez pas de me maîtriser si je m'approche de vous. Et je ne suis pas assez présomptueux pour espérer avoir la moindre chance dans un corps à corps contre vous. Alors, si vous ne voulez pas que je resserre la corde, vous allez vous lever gentiment et grimper sur le tabouret qui est à trois pas à votre droite.

En même temps qu'il parlait, l'homme exerçait une traction sur la corde et Don, s'il ne voulait pas s'étrangler, devait suivre le mouvement. Il se leva donc et, bouillant de colère, fit ce que venait de lui ordonner son ravisseur. Il comprit que celui-ci avait dû passer la corde sur une poutre et qu'il faisait levier pour l'obliger à obtempérer, quoi qu'il lui en coûtât. Lorsqu'il fut juché sur le tabouret, il se rendit compte que la corde cessait de se tendre et il attendit, le cœur plein d'appréhension.

- Voilà, je vais maintenant vous laisser. Encore une fois je suis désolé de la position inconfortable qui est la vôtre, mais ce n'est pas moi le coupable. Et puis, si vous avez raison, si c'est moi qui me trompe, alors vous avez une chance.

- Que comptez-vous faire ?

- Rien, je vous l'ai dit. Je vais vous laisser là, sur ce tabouret. Ne faites pas de gestes trop brusques et essayez de ne pas vous endormir, sinon, vous imaginez bien que vous n'en réchapperez pas. Tant que vous resterez debout, vous ne risquez rien. J'ai enlevé vos chaussures pour que vous ayez un contact plus étroit avec le tabouret : votre équilibre sera meilleur. J'ai fixé la corde pour qu'elle ne soit pas trop tendue. Ce n'est que si vous descendez qu'elle sera trop courte et alors... D'autre part, sachez qu'il y a sous le siège une bombe au phosphore : vous en connaissez bien sûr les caractéristiques ?

Oh oui il les connaissait ! Et il se sentait proche de la panique à l'idée de la mort qui l'attendait si la bombe explosait.

- Vous avez enclenché un minuteur ?

- Non, c'est votre frère qui l'enclenchera. Si toutefois il parvient jusqu'à vous, ce dont je doute.

- Alors vous n'êtes pas un assassin, mais vous faites en sorte que je n'ai aucune chance d'en réchapper : si ne je meurs pas pendu, je meurs brûlé vif, c'est ça ?

- La bombe ne peut pas exploser sous vos mouvements : seule l'activation de la minuterie ou une rupture du contact due à une coupure du circuit électrique peut la faire sauter. Et la coupure du circuit ne peut se produire que si on force l'entrée de cette pièce qui est protégée par des codes.

- Mais à quoi cela vous sert-il ?

- A prouver l'incompétence de votre frère, je vous l'ai dit. Je vais lui laisser des indices pour vous retrouver, des indices qu'un mathématicien de haut niveau n'aurait pas trop de mal à déchiffrer. Mais, comme nous le savons tous les deux, votre frère est un imposteur et, le temps qu'il vous retrouve, si jamais il vous retrouve, il sera trop tard. J'aurai alors démontré son imposture de manière éclatante et, en même temps, je l'aurai puni de la façon la plus sévère qui soit. Il vous perdra parce qu'il ne sera pas à la hauteur.

- C'est un meurtre, professeur Warden. Vous ne vous en tirerez pas comme ça !

- Mais si. Le professeur Caldwell n'existe pas. Je n'ai pas d'identité. Vous êtes le seul à m'avoir vu.

- Mais Charlie me retrouvera.

- Alors, je l'espère pour vous. C'est beau d'avoir la foi. Mais n'espérez pas trop dans votre petit frère : il vous a toujours menti, et c'est à cause de lui que vous êtes là aujourd'hui.

- Non, c'est à cause de vous, uniquement à cause de vous !

- Inutile de continuer cette discussion : nos points de vue sont décidemment irréconciliables. Alors maintenant, excusez-moi, mais je vais devoir m'assurer que vous n'appellerez pas à l'aide. Il y a fort peu de chance pour que quiconque puisse vous entendre, mais je n'ai pas envie de courir ce risque. Risque pour vous bien sûr puisque si quelqu'un d'autre que votre frère essaie d'entrer dans cette pièce, la bombe explosera aussitôt.

Don entendit alors l'homme se rapprocher de lui. Il y eut un choc et il devina qu'il venait de poser quelque chose auprès de son tabouret. Puis il perçut un mouvement tout près de lui et comprit que l'homme avait dû, à son tour, se percher sur un quelconque objet pour se hisser à son niveau. Il lui appliqua alors une bande adhésive sur la bouche. Ce fut plus fort que lui, plus fort que la prudence : d'un violent mouvement du corps, il tenta de faire perdre l'équilibre à son agresseur pensant que si celui-ci tombait et s'assommait, il aurait une chance de lui échapper. L'homme poussa un juron vite maîtrisé et il sauta à terre : visiblement, il avait encore une belle souplesse pour son âge. Don, lui, déséquilibré par son mouvement sentit qu'il glissait inexorablement. Désespéré, il comprit qu'il allait chuter et que tout ce qu'il avait réussi à faire par ce geste irréfléchi, c'est se condamner lui-même. Au moment où il se sentait tomber, alors que déjà la corde se tendait sur son cou, entravant sa respiration, il se rendit compte qu'on le retenait fortement. Le professeur Warden était prestement remonté sur son perchoir et l'avait saisi à bras le corps pour lui éviter la chute. Quand il fut assuré qu'il avait retrouvé son équilibre, il desserra le nœud qui avait coulissé, permettant à Don de retrouver son souffle, puis il descendit et s'éloigna de lui en disant :

- Evitez ce genre de folie agent Eppes. Ne gaspillez pas votre énergie. Vous allez en avoir grandement besoin. Mais je peux vous comprendre et je ne vous en veux pas de cette tentative. Cette fois-ci, je vous laisse, alors surtout, restez calme. Adieu agent Eppes. J'espère sincèrement que vous ne m'en voudrez pas trop et surtout que vous ne souffrirez pas. Mais la punition est à ce prix, et elle m'appartient. »

Le silence était retombé et Don avait compris qu'il était seul : seul juché sur un tabouret, à la merci de la moindre perte d'équilibre, du moindre faux mouvement.


Cissy  (13.02.2009 à 17:13)

CHAPITRE XII

 Quelque part, pièce anonyme

Depuis combien de temps était-il là, en équilibre précaire, les pieds précautionneusement posés sur le bois clair ? Il n'en avait aucune idée. La fatigue commençait à se faire sentir douloureusement : ses mains ligotées s'ankylosaient, ses jambes, soumises à une rude tension, se raidissaient et il craignait l'apparition de crampes fatales. Et puis il avait chaud et soif. Le bâillon desséchait complètement sa bouche et la sueur qui coulait dans son dos accélérait la déshydratation. Le fait d'être aveuglé pesait aussi sur sa conscience du temps qui passait et sur son sens de l'équilibre. De plus, la pensée de cette bombe, située juste sous ses pieds, l'angoissait. Malgré les assertions du professeur, qui sait si elle ne risquait pas d'exploser à tout moment, lui procurant une mort particulièrement atroce à laquelle, à choisir, il préférait encore la pendaison ?

La torture psychologique se joignait à ce qui, petit à petit, devenait une torture physique, et il avait peur de flancher. Ce qui le retenait, c'était ce qu'avait dit son kidnappeur. S'il avait vraiment laissé des indices à Charlie pour le retrouver, alors il pouvait être certain que Charlie le retrouverait ! Parce que, s'il y avait une chose dont il était sûr, c'est que Charlie était réellement ce qu'il paraissait : un mathématicien de génie pour qui les nombres n'avaient aucun mystère et que les raisonnements les plus abstraits galvanisaient au lieu de le rebuter. Donc, aucun professeur Warden de ce monde ne saurait poser une énigme que Charlie ne puisse résoudre. Sauf, ajouta-t-il avec une grimace, si celui-ci était trop anxieux pour raisonner sainement et quoi de plus anxiogène pour lui que de savoir que la vie de son frère dépendait de ses calculs ? Non, il devait garder foi en lui : malgré toute la tension qui pourrait l'habiter, son petit frère trouverait la solution. Alors il devait tenir, coûte que coûte. Charlie allait le trouver et il ne voulait pas qu'il le trouve pendant au bout d'une corde et encore moins transformé en torche vivante. Il fallait lui laisser le temps d'arriver, parce qu'il arriverait. Et il devait tenir pour lui et pour leur père : il savait que ni l'un ni l'autre ne se remettraient de le perdre dans des conditions pareilles. Charlie surtout : la double culpabilité le détruirait : culpabilité d'avoir été à l'origine de son enlèvement, culpabilité de n'avoir pas permis de le retrouver à temps. Et Warden aurait alors gagné ! Il était hors de question de le laisser gagner, parce qu'il devait enfin s'apercevoir de son erreur.

Lui, Don, avait toujours essayé de protéger son petit frère. Et bien il devait continuer à le protéger encore et, le protéger aujourd'hui, ça voulait dire rester en vie et tenter d'oublier les oreilles sifflantes, la salive raréfiée qui lui donnait l'impression d'avoir une sorte de pâte désagréable dans la bouche, les épaules tétanisées par la position des bras maintenus dans le dos, et les jambes lourdes qui s'ankylosaient de plus en plus. Il avait beau tenter de faire passer, le plus doucement possible, son poids de droite à gauche pour soulager alternativement chacun des membres, il sentait ceux-ci se dérober par moment. Un peu plus tôt, il avait trébuché et ne s'était rattrapé que de justesse : une sueur glacée avait couru le long de son dos. Combien de temps tiendrait-il encore ?

Charlie, petit frère, dépêche toi de me retrouver ! Je veux tenir, pour toi, pour papa, mais dépêche-toi frangin !

Et puis soudain la crampe monta dans son mollet gauche et un cri étouffé lui échappa. Pas ça ! Pas maintenant ! Il comprit qu'il allait glisser et des larmes de frustration lui montèrent aux yeux. Ce n'était pas juste ! Cet homme ne pouvait pas gagner ! La crampe se propageait dans la jambe qui se dérobait tandis que la douleur intense le crucifiait. Au moment où il allait tomber, il eut l'impression qu'on passait un bras autour de ses épaules pour le retenir.

« Tiens bon chéri, tiens bon. Ca va passer, ton frère et ton père vont arriver. Ils ne te laisseront pas là. Tiens bon, encore un peu !

- Maman ??!! »

Il la sentait près de lui : son souffle à son oreille, son odeur si douce et surtout cette main légère qui courait sur ses cheveux. Elle était là pour l'aider et avec elle il ne risquait rien. Déjà la douleur le quittait. Elle se tenait juste derrière lui et elle avait refermé ses bras autour de sa poitrine. Il se laissa aller contre elle : c'était si bon de la sentir là, de pouvoir à nouveau se blottir dans ses bras et avoir l'impression que rien de mal ne pourrait jamais vous arriver.

- Je suis là Donnie chéri. Je ne te lâche pas.

- C'est un rêve, c'est ça ?

- C'est ce dont tu as besoin mon ange. Tu as besoin d'avoir quelqu'un près de toi en ce moment et je suis là.

- Tu restes avec moi ?

- Jusqu'à ce que Charlie arrive oui, chéri. Après je devrai repartir, tu le sais.

- Je voudrais que tu restes maman.

- Je sais mon ange. Mais tu as ton père et ton frère pour s'occuper de toi. Et ils ont besoin de toi.

- Ne me lâche pas.

- Je ne te lâche pas, ne t'inquiète pas. Repose-toi sur moi, tout ira bien. »

Il se laissa aller dans la douce chaleur des bras retrouvés : oui, tout irait bien désormais. Il était capable d'attendre des jours et des jours que son frère le retrouve ; avec sa mère à ses côtés, il était invincible.


Cissy  (13.02.2009 à 17:15)

CHAPITRE XIII

 Maison des Eppes

« Ca ne mène à rien ! Encore une impasse !

Fou de rage, Charlie envoya promener sa craie à l'autre bout de la pièce. Larry s'approcha de lui

- Calme-toi Charlie, tu vas trouver. Voyons réfléchis... Si ta ligne de calcul s'interrompt ici, par conséquent...

Reprenant courage, le mathématicien écoutait attentivement son ami lui exposer son point de vue et, d'un seul coup, la solution lui apparut : bien évidemment, l'erreur était juste à ce point de son raisonnement.

- Merci Larry ! s'exclama-t-il en reprenant fiévreusement le cours de son étude.

Il y avait maintenant plus de deux heures qu'ils planchaient sur les énigmes du ravisseur de Don et ils avaient déjà passé cinq niveaux. Mais chaque porte passée ne débouchait que sur un nouveau corridor et rien pour le moment ne leur permettait d'avoir le moindre embryon de piste quant à l'endroit où était détenu Don. Et Charlie était déchiré par l'inquiétude : son frère était-il encore vivant ? Avait-il réussi à résister à la tension, à la fatigue, juché sur ce minuscule tabouret, sachant que le moindre faux mouvement lui serait fatal ? Toutes les personnes présentes, scientifiques ou membres du F.B.I. tentaient de le rassurer : Don était solide et qui plus est, il était particulièrement entêté. Il ferait tout pour tenir, ne serait-ce que pour ne pas donner à son kidnappeur la joie de gagner. mais tout cela, pensait Charlie, ce n'était que des mots. Il était plus de vingt heures. Cela signifiait que Don subissait cette épreuve depuis plus de huit heures maintenant. Etait-il plausible qu'il soit capable d'avoir résisté ?

Il se secoua : rien ne servait d'imaginer le pire. Comme l'avait si bien dit David, tant qu'ils n'avaient pas la preuve inverse, ils devaient considérer que Don était vivant. Et la meilleure solution pour qu'il le reste, c'était de déchiffrer les maudites énigmes que ce malade avait imaginées pour le mettre à l'épreuve. Il poussa tout à coup un cri de victoire : la porte s'ouvrait ! Il venait de franchir un niveau supplémentaire. Un message s'afficha alors :

« Félicitation monsieur Eppes (son correspondant refusait obstinément de lui donner son titre de professeur). Vous venez d'arriver au carrefour. Vous avez eu soit beaucoup de chance, soit un bon assistant. Mais à partir de maintenant les choses vont se corser et ça ne vous suffira plus. »

Alors que de nouveaux chiffres apparaissaient sur l'écran, Nikki et Alan firent irruption dans le garage. Charlie tourna les yeux vers eux : que pouvaient-ils lui vouloir ?

- Charlie, il faut que tu regardes ça ! s'exclama son père.

- Quoi ? Papa, je t'en prie, je n'ai pas de temps à perdre, tu le sais.

- Charlie, j'en suis parfaitement conscient, aussi tu te doutes bien que c'est important.

- D'accord ! De quoi s'agit-il ?

- C'est une photo du ravisseur de ton frère.

- Quoi ? Mais comment ? cria-t-il en s'emparant du cliché qu'on lui tendait.

Celui-ci était visiblement l'œuvre d'une quelconque caméra de surveillance de circulation à un carrefour. C'est Nikki qui avait eu l'idée de se faire envoyer les bandes vidéos des caméras situées dans un rayon de cinq cents mètres autour de l'université et la chance leur avait enfin souri. Sur le cliché, on distinguait nettement Don, assis sur le siège passager d'une Ford et, à côté de lui, au volant, un homme d'un certain âge, d'allure distinguée. L'agent ne semblait nullement menacé et l'homme nullement menaçant d'ailleurs. Mais l'horaire indiqué par la caméra prouvait bien que le cliché avait été pris un peu avant midi, c'est-à-dire au moment de la disparition de Don.

- C'est drôle, cette tête me dit quelque chose, déclara Charlie.

- Ah ! A toi aussi ? répondit Alan. C'est la première chose que je me suis dite. Mais je n'arrive pas à me souvenir. C'est pour ça que nous sommes venus. Nous nous sommes dits que toi, peut-être...

- Je ne sais pas... hésita le mathématicien. Je l'ai vu, c'est sûr. Mais ça remonte à loin. Vous avez identifié sa plaque ?

- Malheureusement elle est invisible. Les techniciens recherchent d'autres images d'autres caméra qui pourraient nous permettre de la voir.

- Je ne sais pas, s'énerva Charlie. Ca ne me revient pas. Et puis, je n'ai pas le temps : je dois continuer ma recherche...

- Tu as raison, continue, déclara Alan. Moi, je vais regarder dans tes albums d'université, depuis Princeton, et peut-être que je réussirai à retrouver un indice qui me permettra d'identifier ce type.

- Mais vous êtes sûrs que c'est le kidnappeur de Don ? demanda soudain Larry qui s'était approché. Il ne semble pas bien dangereux et je ne pense pas qu'il soit capable d'avoir le dessus contre lui dans un corps à corps.

- Bien sûr que non ! intervint alors Nikki. Mais il a pu le droguer.

- Il n'a pas l'air drogué sur cette photo.

- Il n'était peut-être pas encore menacé à ce moment là. En fait, notre théorie est la suivante : cet homme doit être ce professeur Caldwell qui a appelé Don pour lui dire qu'il avait des informations sur votre mystérieux correspondant. Pour une raison quelconque, il a réussi à l'attirer dans sa voiture et...

- C'est ça qui m'étonne, objecta Larry. Don n'est pas un imbécile : comment aurait-il pu tomber dans un piège aussi grossier ? Et ce d'autant qu'il savait qu'il y avait des risques.

- Des risques pour sa famille, précisa alors Nikki. Pas pour lui. Et c'est peut-être justement le fait que ceux qu'il aimait soient en danger qui lui ont fait baisser sa garde.

- Oui, c'est plausible...

- De toute façon, on vérifie à l'université si...

A ce moment-là le téléphone de Nikki sonna. Elle décrocha et écouta attentivement ce que lui disait son interlocuteur. Puis elle raccrocha et regarda Alan, Charlie et Larry qui attendaient visiblement ses explications.

- Voilà : on a confirmation. La voiture de Don est sur le parking visiteurs de l'université et le pneu arrière gauche est à plat. Voilà pourquoi Don est monté avec cet homme.

- Mais sous quel prétexte ? insista Larry.

- Qui peut savoir ? Ce Caldwell n'est visiblement pas un imbécile. Il a préparé son plan avec une grande minutie et a dû trouver l'appât idéal pour obliger Don à faire ce qu'il voulait. Ensuite, à un moment donné du parcours il a dû le droguer pour pouvoir le transporter à l'endroit où il est retenu.

- Ce n'est pas Caldwell, s'exclama tout à coup Alan.

- Quoi ?

- Quel que soit ce type, je sais qu'il ne s'appelle pas Caldwell.

- Papa raison, d'ailleurs il n'y a aucun professeur Caldwell à l'université.

- Pourtant ce type n'est pas n'importe qui, déclara David qui venait se mêler à la conversation. Il a vraisemblablement des notions poussées de technologie et de mathématiques non ? interrogea-t-il en regardant les deux scientifiques pour avoir leur approbation.

- C'est certain, confirma Larry. Le dispositif qu'il a filmé dans la pièce où est retenu Don prouve qu'il a plus que des notions de bases en physique.

- Et son niveau de mathématiques est impressionnant, continua Charlie.

- D'autant plus, ajouta Larry, qu'il possède un atout sur nous.

- Lequel ?

- Il ne faut pas perdre de vue, que cet homme a vraisemblablement eu tout le temps de peaufiner son plan, de penser et repenser aux énigmes qu'il allait soumettre à Charlie et de les compliquer à son gré.

- Assez pour te poser problème ? s'inquiéta David.

- Si tu entends par là, pour que je ne puisse pas parvenir à les déchiffrer, non, je ne crois pas. Mais que cela me prenne du temps, oui.

Ils échangèrent un regard consterné : le temps, c'était justement ce qu'ils avaient le moins en réserve.

- Warden ! hurla d'un seul coup Alan. Emett Warden ! C'est lui, j'en suis sûr ! Il a vieilli bien sûr, mais c'est lui. Et ça colle ! Ca colle parfaitement !

- Quoi ? Tu es sûr ? interrogea Charlie.

- Regarde-le Charlie, tu ne le reconnais donc pas ?

- Tu sais, je l'ai très peu vu moi...

David et Nikki ne comprenaient rien à ce dialogue et le premier intervint :

- Et si vous me disiez de quoi vous êtes en train de parler ?

- Cet homme, déclara alors Alan, en proie à une agitation extrême, c'est Emet Warden. Il était professeur de mathématiques appliquées dans je ne sais plus quelle université de second ordre. Et son fils, Aaron, était dans la même classe que Charlie en première année d'université.

- Oh !

Les deux agents comprirent d'un seul coup où voulait en venir le père de Don.

- Il s'est passé quelque chose avec cet Aaron ?

- Oui. Il s'est très vite systématiquement opposé à moi, raconta alors Charlie, allant jusqu'à m'accuser de tricherie. Ca a été horrible.

- Mais finalement, ça s'est retourné contre lui, conclut Alan et il a dû quitter l'université. C'est à cette époque que j'ai rencontré son père : celui-ci est venu à plusieurs reprises pour tenter de me convaincre que Charlie n'était pas à sa place dans cette classe et que je ferai mieux de l'inciter à changer de voie si je ne voulais pas que ça se termine mal.

- Des menaces ?

- Pas vraiment : j'ai plutôt pensé à de l'intimidation à l'époque. Mais je ne suis pas du genre à me laisser intimider alors...

- Et qu'est devenu Aaron Warden ?

- Aucune idée ! Il a quitté l'université et on n'a plus jamais entendu parler de lui, ni de son père.

- Jusqu'à aujourd'hui, conclut David.

- Oui, jusqu'à aujourd'hui, confirma Alan, ramené d'un seul coup à toute l'horreur de la situation.

- Mais pourquoi maintenant ? s'enquit alors Charlie. Pourquoi après tant d'années ?

- Ton livre peut-être, analysa David. Tu es de nouveau sous le feu des projecteurs, alors...

- Quelle qu'en soit la raison, dit Nikki, en tout cas, il faut qu'on l'arrête ! Je vais trouver son adresse et on y file.

- Je viens avec vous ! décida Charlie.

- Non Charlie, non ! Tu dois continuer tes recherches. Imagine qu'on ne le trouve pas maintenant ? L'urgence c'est de localiser Don.

- Oui, bien sûr, tu as raison ! opina le mathématicien.

Comment avait-il pu, ne serait-ce qu'un instant, oublier la situation précaire dans laquelle se trouvait son frère bien aimé ?

- Tenez moi au courant surtout ! ordonna-t-il.

- Ne t'inquiète pas Charlie. Et toi, de même. »

Les hommes se séparèrent, Charlie et Larry se plongeant à nouveau dans la série d'énigmes qui était censée les amener à Don, les agents se précipitant dans leur voiture pour y attendre l'appel de leurs collègues du bureau et aller au domicile du professeur Warden.

Alan, lui, s'installa tristement dans le salon, se sentant, une fois de plus, terriblement inutile : il ne pouvait rien faire de plus pour son garçon et il en souffrait terriblement.

*****

« Papa, papa ! Vite ! »

L'appel de Charlie le tira de ses sombres pensées : il se précipita au garage, inquiet de l'accent de panique dans la voix de son garçon : que s'était-il passé ?

Charlie avait réussi à débloquer, une fois de plus, une porte et le message qui s'inscrivit alors fut :

« Vous êtes peut-être un imposteur, mais je dois rendre hommage à votre persévérance. Alors voici ce qui sera soit votre récompense, soit votre punition. »

Et il s'était de nouveau retrouvé connecté au site sur lequel on pouvait voir Don. A sa grande joie, celui-ci était toujours vivant, mais on pouvait voir qu'il semblait à bout de forces : il ne tiendrait vraisemblablement plus très longtemps. Affolé, il appela alors son père. A peine celui-ci avait-il franchi la porte du garage que Charlie se reprochait son appel : à quoi servirait qu'Alan assiste à ça ? Qu'est-ce qui lui avait pris de lui demander de le rejoindre ? Il ne pourrait rien faire de plus que lui et si Don devait mourir, là, sous leurs yeux, était-il vraiment nécessaire que son malheureux père en soit le témoin ?

« Oh mon Dieu, Donnie, Donnie, mon petit ! » s'exclama Alan en passant la main sur l'écran tandis qu'une larme roulait sur sa joue.

- Papa, je suis désolé, s'excusait Charlie, je n'aurais pas dû t'appeler.

- Et pourquoi non ? C'est mon fils ! J'ai le droit de savoir ce qui lui arrive il me semble ! s'emporta Alan. Je crois que je ne t'aurais pas pardonné de ne pas m'avoir appelé.

- Au moins, il est vivant, et c'est une bonne nouvelle, dit Larry, désireux de rassurer ses amis et de détendre l'atmosphère autant que faire se pouvait.

Juste au moment où il se faisait cette remarque, Don sembla soudain perdre l'équilibre, comme si ses jambes se dérobaient sous lui. Alan et Charlie poussèrent un cri d'horreur simultané : ils avaient l'impression que leur pire cauchemar allait se concrétiser là, sous leurs yeux.

« Donnie, je t'en supplie chéri, tiens bon ! gémit Alan, tandis que Charlie s'exclamait :

- Ca va aller Don, accroche-toi. Je suis là, je ne vais pas te laisser tomber.

Comme si leur fils, leur frère, avait pu entendre ces mots d'encouragement, il sembla retrouver son équilibre et se redressa soudain : le danger immédiat était passé mais l'alerte avait été chaude. Il était évident qu'il s'épuisait : il devenait urgent de le tirer de son enfer. Alors Charlie, alla chercher l'ordinateur d'Amita pour le connecter en réseau au sien. Ainsi il pouvait à la fois voir son frère et continuer à travailler sur les énigmes. Il se replongea donc de plus belle dans ses calculs tandis qu'Alan restait rivé à l'écran sur lequel il pouvait voir son fils, ne cessant de l'encourager à voix basse, comme s'il était capable de l'entendre et de puiser de la force dans les mots de réconfort qu'il lui envoyait par delà l'espace.

 


Cissy  (14.02.2009 à 18:13)

CHAPITRE XIV

 Dans Los Angeles

Pendant ce temps, les équipiers de Don se dirigeaient vers la demeure du professeur Warden dont l'adresse venait de leur être communiquée par les agents du F.B.I. Colby et Liz devaient les rejoindre sur place. Un coup de téléphone d'Alan leur apprit que, désormais, une connexion permanente semblait établie depuis le lieu de détention de son fils et ils furent grandement rassurés d'apprendre que leur collègue était toujours en vie. Amita, restée au F.B.I. se connecta à son tour sur le site pour tenter d'en remonter l'origine : si cela pouvait permettre de localiser plus vite l'endroit où se trouvait Don ! Mais elle avait peu d'espoir : le ravisseur était passé maître dans l'art de couvrir ses traces et son serveur se perdait dans une succession de relais disséminés aux quatre coins du globe. Cependant elle n'avait pas l'intention de s'avouer vaincue : la pro de l'informatique, c'était elle ! Et elle comptait bien montrer à ce criminel qu'il avait fait fausse route en s'en prenant à l'homme qu'elle aimait et à sa famille.

Bureaux du F.B.I.

 Warden ne s'attendait pas à voir débarquer le F.B.I. Il était certain de n'avoir laissé aucune trace, persuadé que nul ne pouvait l'identifier. Aussi, quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver plaqué au sol sans avoir même eu l'opportunité de comprendre ce qui lui arrivait. Une fois l'individu maîtrisé, l'équipe fouilla son domicile de fond en comble : aucune trace de Don ! Et le découragement s'installa un instant, vite remplacé par le désir de faire parler celui qui, ils en étaient persuadés, savait parfaitement où se trouvait leur ami. Mais Warden n'avait nullement l'intention de parler. Un sourire narquois aux lèvres, tout ce qu'il consentit à leur dire, avant de réclamer un avocat, fut que ce qu'il avait fait n'était que justice et que rien n'arrêtait la justice.

« Mais Charlie n'est pas un usurpateur, tenta de le convaincre Colby.

- Et bien, tant mieux pour son frère dans ce cas, répondit le prisonnier.

- S'il arrive quoi que ce soit à l'agent Eppes... commença David.

- Inutile de me menacer, agent Sinclair, rétorqua l'homme, très calme. De toute façon je n'ai plus rien à perdre, alors... S'il arrive quelque chose à l'agent Eppes, ce sera la faute de son frère et de son père, pas la mienne ! De son frère parce qu'il est un imposteur, incapable de suivre la piste que je lui ai tracée, de son père parce qu'il n'a jamais voulu prendre ses responsabilités. S'il les avait pris, aujourd'hui encore, vous auriez peut-être déjà récupéré l'agent Eppes.

- Vous êtes un malade ! s'emporta Liz.

Il eut un sourire méprisant.

- C'est tellement facile hein ? d'accuser les autres d'être des malades. C'est ce qu'on a dit de mon fils lorsqu'il a essayé de faire valoir ses droits.

- Justement, votre fils, interrogea alors Colby. Où est-il ? C'est lui qui est à l'origine de tout ça ?

- Et s'il n'y est pour rien, appuya Nikki, que croyez-vous qu'il va penser lorsqu'il saura ce que vous avez fait ?

- Je ne vous dirai plus rien, je veux un avocat. » se contenta de répondre l'homme.

David arrêta Colby au moment où il s'apprêtait à saisir le criminel par le col. Ca ne servait à rien : cet homme était persuadé de son bon droit et rien de ce qu'on pourrait dire ou faire ne le ferait dévier de sa course. Seule, éventuellement, l'intervention de son fils, si on arrivait à le convaincre de lui parler, pouvait débloquer la situation. Mais ces espoirs s'envolèrent lorsque Liz, après avoir pianoté un moment sur son clavier, découvrit que Aaron Lincoln Warden était mort en avril 1994.

« Mort ? s'exclama David atterré.

- Oui, confirma Liz. Il s'est apparemment suicidé.

- Mais Alan et Charlie ne nous ne ont pas parlé.

- Ils l'ignoraient vraisemblablement : il s'est suicidé dans un petit village perdu du Montana. Comment l'auraient-ils appris ?

- D'autant que ça s'est passé près de deux ans après son exclusion de l'université.

- Et comment s'est-il suicidé ? s'enquit Nikki.

- Il s'est pendu ! »

Elle expliqua ensuite qu'à la mort de son fils, le professeur Warden avait fait une grave dépression nerveuse et puis il était parti dans un autre état, se refaire une santé et essayer de se reconstruire une vie. Mais en vain. Les quatre agents échangèrent un regard entendu : ils comprenaient maintenant les motivations de l'homme. Celui-ci avait visiblement perdu la raison et il souhaitait se venger de ceux qu'il jugeait responsables de la mort de son fils. Et pour se venger d'eux, il avait décidé de faire mourir Don comme était mort son fils. Une manière de dire, à Alan notamment : « Mon fils s'est pendu à cause de vous, je pends le vôtre en représailles. »


Cissy  (15.02.2009 à 17:22)

CHAPITRE XV

 Maison des Eppes

Les quatre agents abandonnèrent Warden à la garde d'autres fonctionnaires : il leur tardait d'aller annoncer les derniers événements à Alan et Charlie. Ce dernier continuait de remonter, étape après étape, dans les énigmes. Mais plus il avançait, plus il semblait qu'il y avait de pistes à suivre. Warden avait-il vraiment l'intention de les conduire à son otage ? Le mathématicien finissait par en douter. Il était en proie à une culpabilité grandissante depuis qu'il avait la preuve que c'était effectivement Don qui avait raison : les menaces venaient bien de son passé à lui, et uniquement du sien. Et il se remémorait ce qu'il lui avait dit le matin même, lors de leur altercation.

Il se sentait désespéré à l'idée que son frère risquait de mourir en emportant ces mots injustes qu'il lui avait jetés, alors qu'il aurait tant voulu lui dire combien il l'aimait, combien il l'admirait et combien il comptait pour lui. Comment pourrait-il accepter que Don le quitte en le croyant capable de lui en vouloir, de le mépriser, de le détester ? Chaque fois que cette pensée lui traversait l'esprit, il se jetait de manière encore plus acharnée dans la recherche de la vérité. Mais y avait-il une vérité au bout de ce long tunnel ? De temps en temps, il lançait un regard inquiet sur l'écran auquel était rivé Alan : Don semblait tenir bon ; c'était incroyable, mais on aurait presque dit qu'il avait trouvé un appui et qu'il pourrait rester ainsi pendant encore plusieurs heures. Alan ne cessait, de son côté, de lui murmurer des mots d'encouragement, comme si ceux-ci pouvaient lui parvenir.

L'arrivée des agents interrompit un instant les recherches de Charlie et Larry. David entreprit alors de leur raconter ce qui s'était passé. Alan se décomposa en réalisant que Warden voulait lui prendre son fils comme il pensait qu'il lui avait pris le sien. Charlie, quant à lui, sentit son sentiment de culpabilité se renforcer encore.

« Tu n'y es pour rien Charlie. Ce ne sont que les élucubrations d'un esprit malade.

- Mais son fils est mort !

- Son fils est mort parce qu'il n'était pas assez solide. Si ça n'avait pas été toi, ç'aurait été quelqu'un d'autre.

- Mais c'était moi. Et à cause de moi, mon frère risque de mourir !

- Arrête ça tout de suite ! le sermonna d'un seul coup Colby. Tu racontes n'importes quoi et tu le sais ! Et si Don était là, je crois qu'il te passerait un sacré savon à t'entendre parler comme ça !

Charlie le regarda, interdit. Il avait raison : Don n'accepterait pas qu'il fasse ainsi le jeu d'un individu qui avait simplement basculé de l'autre côté de la folie. Et il se devait d'être fidèle à son frère.

- Quelque chose m'étonne, interrogeait cependant Liz. Pourquoi Don n'a-t-il jamais parlé de cette affaire ? Pourquoi n'a-t-il pas fait le rapprochement ?

- Il ne l'a jamais su, dit alors Alan. On ne lui a rien dit à l'époque.

- Comment ça ?

- Don ne vivait déjà plus ici. Il venait juste de sortir de Quantico et occupait son premier poste en tant qu'agent junior. On n'a pas voulu risquer de le préoccuper avec ça.

- Et d'autant moins qu'il ne pouvait rien y faire, d'une part, et que d'autre part, le problème semblait réglé.

- Je comprends, » dit Liz.

Son regard s'attarda sur Alan et Charlie. Finalement, ils se ressemblaient tous, les hommes de la famille Eppes, pensa-t-elle. Chacun se voulant fort, capable de se passer des autres, et désireux d'épargner au maximum tout souci à son sujet aux autres membres de la famille. Tout cet amour qu'ils avaient les uns pour les autres dissimulé sous tant de pudeur et de non-dits ! C'était touchant. Mais c'était dangereux aussi : plus que jamais elle était consciente que si Don mourait, Alan et Charlie seraient détruits, la famille serait détruite. Comment les deux hommes réussiraient-ils à vivre avec la mort de celui qu'ils adoraient, une mort dont, qui plus est, ils se sentiraient responsables ? Chacun d'eux aurait l'impression de lire, dans le regard de l'autre, les reproches qu'il s'adressait à lui-même. Et cela finirait par avoir raison de leur affection mutuelle. Elle le savait pour l'avoir déjà observé dans certaines familles. Et il n'était pas question que ça arrive à celle de Don. Même si son histoire avec celui-ci avait tourné court, elle avait pour lui infiniment de tendresse et refusait de permettre qu'on détruise ceux qu'il aimait. Elle se jura que, s'ils ne parvenaient pas à sauver son ami, au moins elle ferait tout pour sauver sa famille, en souvenir de lui.


Cissy  (15.02.2009 à 17:24)

CHAPITRE XVI

 Quelque part, pièce anonyme

« Pourquoi nous as-tu laissé maman ?

- Je n'ai pas eu le choix chéri, crois-moi. J'aurais tellement voulu rester près de vous. Vous voir grandir encore toi et ton frère. Et puis, voir vos enfants.

Il eut un petit rire.

- On croirait entendre papa. Il n'arrête pas de nous seriner qu'il veut une descendance !

- Et bien, quand on a deux fils aussi exceptionnels que les nôtres, c'est normal qu'on ait envie d'avoir des petits qui leur ressemble non ?

- Deux fils exceptionnels ? sa voix était dubitative.

- Bien sûr, et tu le sais mon ange. Tu es, à ta façon, tout aussi brillant que ton frère et tu as toujours compté autant que lui à nos yeux, même si, malheureusement on n'a pas su assez souvent te le montrer.

- Mais tu es là maintenant.

- Oui, je suis là mon amour, et je ne te quitte pas. Appuie-toi sur moi, tout se passera bien.

- Tu ne me laisseras pas tomber ?

- Je ne te laisserai jamais tomber mon ange, jamais. »

Don savait bien que tout cela n'était que le fruit de son cerveau épuisé pour soutenir son corps défaillant. Mais il se sentait bien et, dans son délire, il savait aussi que si la vision disparaissait, il plongerait vers le sol et c'en serait fini.

 


Cissy  (15.02.2009 à 17:25)

CHAPITRE XVII

 La maison des Eppes

« Je crois que... Oui ! Ca y est, j'y suis ! »

Le cri de victoire de Charlie regroupa autour de lui tous les occupants du garage : Alan, bien sûr, qui, pendant quelques instants, accepta de quitter des yeux l'écran où il restait rivé en priant de toute ses forces pour que son fils continue à résister à la fatigue qui devait l'accabler, Amita, Larry et l'équipe de Don : David, Colby, Liz et Nikki, tous dans un état de nervosité extrême. Warden avait refusé d'ajouter le moindre mot à ce qu'il avait déclaré, se bornant à répéter que seuls Charlie et Alan seraient responsables de la mort de leur frère et fils à cause de leur attitude passée et présente. Et puis il avait fini par sombrer dans une sorte d'état catatonique qui avait contraint les agents à faire appel à un médecin. Maintenant, il était hospitalisé dans un service psychiatrique et il y avait fort peu de chance qu'il soit en mesure de leur apprendre quoi que ce soit avant des heures. Or, ils n'avaient pas des heures et chacun en était terriblement conscient.

Cela faisait maintenant plus de douze heures que Don était juché sur le tabouret et c'était déjà incroyable qu'il tienne encore debout, mais il pouvait s'effondrer d'un moment à l'autre et le temps leur était compté plus que jamais. Amita avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour localiser le site où la transmission prenait son origine, mais Warden avait réussi à créer tout un réseau en écho qui rendait impossible une localisation exacte. Elle avait cependant réussi à délimiter une douzaine de points d'origine possibles que différentes équipes étaient en train de perquisitionner en ce moment même, mais sans rien de probant jusque là. Elle était alors revenue au garage pour prêter main forte à Charlie et Larry dans les énigmes de plus en plus complexes avec lesquelles ils se débattaient. Charlie était littéralement épuisé : blême, des cernes profondes sous les yeux, les cheveux en bataille, la chemise froissée, il faisait peine à voir. Mais on lisait dans ses yeux une détermination farouche : rien ne le ferait quitter son poste de travail ; il retrouverait son frère, dut il se tuer à la tâche.

Et soudain, alors qu'il y croyait le moins, il venait enfin de déchiffrer la dernière clé ! Un message s'inscrivit alors sur son écran.

« Félicitations. Alors, soit je me suis lourdement trompé, ce que je ne crois pas, soit vos assistants sont de tout premier ordre, monsieur Charles Eppes. Et sans doute croyez-vous avoir réussi ? »

A la lecture de ces mots, un gémissement de désespoir échappa simultanément à Alan et Charlie : ce qu'ils redoutaient au plus profond d'eux-mêmes, sans vouloir l'avouer, était en train de se produire. Warden n'avait jamais eu l'occasion de leur permettre de retrouver Don. La piste allait s'arrêter là et leur fils, leur frère, allait mourir parce que, quinze ans plus tôt, ils n'avaient pas su prendre la mesure du traumatisme subi par ceux qu'ils côtoyaient et parce qu'ils avaient été incapables de pressentir qu'il serait le premier visé par quiconque voudrait se venger d'eux. Les agents, quant à eux, serraient les poings de rage et Colby pensait à part lui que, quoi que puissent dire les médecins, il allait interroger à nouveau Warden et que ce dernier aurait tout intérêt à lui parler cette fois : il ne se sentait pas particulièrement d'humeur à faire des cadeaux ! Mais le message n'était pas achevé. Après une courte interruption, due, d'après Amita, à un nouveau changement de serveur pour dérouter les recherches, les mots continuèrent à défiler.

« Vous venez de démontrer que vous avez les moyens de résoudre des énigmes mathématiques. Mais je reste persuadé que cette réussite ne doit rien à vos dons inexistants. Aussi serait-il injuste que vous receviez une récompense que vous ne méritez pas. Cependant, je veux laisser une dernière chance à votre frère, lui qui, toute sa vie, a été sacrifié par vos parents à votre profit et qui ne vous en veut même pas. Parce qu'il est le seul membre de cette famille qui vaille la peine qu'on se soucie de lui, je répugne à le condamner pour vos crimes. Serez-vous apte, cette fois-ci, vous surtout monsieur Alan Eppes, de faire enfin face à vos responsabilités ? Je doute que vous soyez jamais capable d'affronter vos obligations, si vous le faisiez, vous auriez déjà retrouvé votre fils. Mais vous en êtes incapable et c'est pourquoi il mourra, s'il n'est pas déjà mort à l'heure actuelle. Vous devez donc simplement réfléchir à ceci : prenez enfin vos responsabilités, tenez vos engagements et vous le retrouverez. Et alors, si votre fils cadet est vraiment ce qu'il dit être, vous aurez peut-être la chance de retrouver votre fils aîné. C'est plus que ce que vous m'avez offert il y a seize ans. Vous saviez alors que votre fils trichait et vous n'avez rien dit, tout comme aujourd'hui vous savez fort bien où se trouve l'agent Eppes, mais vous n'en direz rien. Une dernière précision : seul Charles Eppes pourra entrer dans le lieu où son frère est détenu. Si une autre personne, quelle qu'elle soit entre avant qu'il n'ait ouvert la porte de la pièce où se trouve l'agent Eppes, la bombe explosera et le dernier souvenir qu'il aura de son frère sera d'effroyables hurlements de souffrance. Si Charles Eppes n'est pas l'imposteur que je crois, si Alan Eppes est capable, pour une fois dans sa vie, de faire face aux charges qui lui incombent, alors Don Eppes vivra. Sinon, les seuls à blâmer ce seront ses soi-disants frère et père qui l'auront, une fois de plus, laissé seul. Maintenant dites lui au revoir, ou plus sûrement adieu ! »

- Qu'est-ce que... ? commença Charlie.

- Mon Dieu non ! non !, hurla alors Alan en se précipitant vers l'écran qui s'était éteint : la connexion venait de se couper.

Don avait disparu de l'écran et ils comprirent avec désespoir qu'ils venaient de le voir pour la dernière fois peut-être.

 


Cissy  (16.02.2009 à 17:29)

CHAPITRE XVIII

Maison des Eppes 

« Réfléchissez Alan, réfléchissez ! insista Nikki. Vous devez forcément savoir quelque chose !

- Mais quoi ? Quoi ?

Le malheureux père était à bout de nerfs. Cela faisait maintenant plus de trois quarts d'heure que la connexion s'était interrompue et les agents du F.B.I. ne le lâchaient pas, lui imposant un interrogatoire serré. Le discours de Warden était parfaitement clair : Alan savait où se trouvait Don, lui seul pouvait donc les mettre sur la piste.

« Cessez de lui mettre la pression, s'interposa soudain Charlie. Vous voyez bien qu'il ne sait rien !

- Il est évident qu'il s'agit encore d'une manœuvre de ce malade, renchérit Amita. Non content de les torturer tous, il veut s'assurer que tout le monde pense qu'Alan sera responsable de ce qui arrivera à Don.

- Si je savais quelque chose, vous croyez vraiment que j'aurais pu vous le cacher ? explosa Alan. C'est mon fils que ce salopard à enlevé, c'est mon fils qui est en danger de mort, qui est peut-être mort à l'heure actuelle ! Et vous croyez vraiment que je resterais là si je pensais savoir la moindre chose qui permette de le retrouver ?

Il fondit en larmes et Charlie s'empressa auprès de lui.

- Arrête papa ! Calme-toi. Personne ne pense que tu sais quoi que ce soit. On ne te reproche rien. Warden a simplement voulu jouer avec nous, comme il le fait depuis le début de cette effroyable histoire.

- C'est ce que je commence à croire moi aussi, dit David. J'ai bien peur, malheureusement, qu'il n'ait jamais eu l'intention de relâcher Don. Il voulait simplement jouer avec vous pour vous faire souffrir au maximum et son dernier message n'est que le point d'orgue de sa cruelle manipulation.

- Pourtant... commença Liz.

- Quoi ? Que veux-tu dire ? attaqua aussitôt Charlie, agressif.

Il s'apercevait qu'il ne sauverait sans doute jamais son frère, alors qu'au moins on lui permette de protéger son père, et il ne laisserait personne de continuer avec lui le jeu atroce qu'avait imaginé Emett Warden.

- Réfléchissez Alan. Je n'insinue nullement que vous savez consciemment où se trouve Don. Je sais très bien que vous donneriez votre vie pour lui et que, si vous aviez eu le moindre début de soupçon sur le lieu où il est retenu captif, vous nous auriez aussitôt prévenus. Mais Warden, dans sa folie, a toujours suivi une certaine logique et je dirais même, un certain code moral...

- Un code moral ! s'indigna alors Charlie.

D'un mouvement de la main, Liz lui imposa le silence.

- Il n'a jamais rien dit de gratuit. Réfléchissez. Il vous accuse de négliger vos obligations.

- Et c'est là que l'on voit bien qu'il ne connaissait pas du tout Alan ! s'insurgea Larry. S'il y a quelqu'un qui sait faire face aux charges qui lui incombent, c'est bien lui. Et c'est un trait de caractère qu'il a su transmettre à ses fils.

- C'est vrai, appuya Amita. Je n'ai jamais vu Alan se dérober devant son devoir, si pénible puisse-t-il être.

- D'ailleurs ses voisins ne s'y trompent pas, continua Larry. Lorsque l'un d'eux s'absente, c'est toujours à lui qu'on confie les clés. Je l'ai déjà vu avoir quatre ou cinq maisons sur les bras à surveiller tandis que... quoi ?

Il s'interrompit d'un seul coup en voyant le regard éperdu qu'Alan posait sur lui.

- Papa ? s'inquiéta Charlie. Papa ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

- C'est ça ! Oh mon Dieu ! C'est ça ! Pourquoi est-ce que je n'ai pas compris plus tôt ?

- Quoi ? C'est quoi ? Papa ! Qu'est-ce que tu n'as pas compris ? Explique-toi !

Mais le vieil homme s'était déjà levé et se précipitait vers l'entrée, suivi par toute la troupe, à la fois inquiète de sa réaction et désireuse d'en comprendre la raison. Il alla décrocher un trousseau de clés pendu dans l'armoire près de la porte et se retourna vers eux. Son visage était décomposé mais, en même temps, résolu : il venait de comprendre.

- Les Burton ! Je suis sûr que c'est ça. Je devais y aller dans l'après-midi et puis avec tout ça...

- Quoi ? Qui sont les Burton ? interrogea David.

- Ce sont nos voisins. A trois maison d'ici, répondit distraitement Charlie.

Puis soudain son visage se figea et il se précipita vers son père.

- Tu crois que ?

- J'en suis sûr.

Alan avait ouvert la porte et se disposait à sortir. Colby le rattrapa alors et l'arrêta.

- Maintenant Alan, vous me dites à quoi vous jouez ! Je ne comprends rien à tout ça.

- Laissez-moi passer, Colby, je dois aller chercher mon garçon ! Il n'y a pas une minute à perdre.

- Alors expliquez-vous vite !

- Les Burton sont partis en Floride pour trois mois. C'est moi qui surveille leur maison. J'y passe un jour sur deux, en fin de matinée généralement. Mais cette semaine j'ai eu bien trop à faire pour ça. Je n'ai pas tenu mes engagements, c'est clair non ? Je m'étais promis d'y passer aujourd'hui et puis...

- Seigneur ! Vous croyez que Don peut-être enfermé là-bas ? comprit soudain Nikki.

- J'en suis sûr !

- Mais enfin, Alan, vous avez vu la pièce où est enfermé Don. Elle est très spéciale ! objecta David.

- Justement ! Le propriétaire précédent était un brin paranoïaque et il avait fait construire une pièce aveugle, coupée de tout, et protégée par un digicode afin de s'y réfugier en cas d'attaque. Je suis sûr qu'il est là bas ! Il faut y aller.

- Ce serait atroce ! murmura Larry. Qu'il ait pu être aussi près durant tout ce temps !

- D'accord ! On va vérifier, décida alors Colby. Donnez-moi ces clés.

- Pas question ! J'y vais avec vous ! déclara Alan.

- Alan, vous savez très bien que vous ne pouvez pas venir. Ca pourrait être dangereux.

- Mais c'est mon fils qui est là-bas !

- Et il n'accepterait pas de vous voir prendre des risques.

- Je refuse de...

- Nous perdons du temps ! intervint Liz. Alan, je vous en prie, donnez-nous ces clés.

- D'accord mais, je viens aussi. Vous ne pourrez pas m'en empêcher.

- Bien, à condition que vous restiez en arrière.

Il lui tendit alors le trousseau et les quatre agents, précédés de Charlie qui leur montrait le chemin, s'élancèrent vers la maison où ils espéraient trouver leur collègue. Alan leur emboîta le pas, aussi vite qu'il le put.


Cissy  (17.02.2009 à 18:47)

CHAPITRE XIX

Pasadena, devant la maison des Burton

Arrivés devant la maison ils inspectèrent les lieux : pas un mouvement, pas un bruit, rien qui puisse valider la théorie d'Alan et pourtant Charlie était persuadé que son père avait raison. Quoi de plus cruel, en effet, que de s'apercevoir, après l'avoir cherché partout durant des heures, que Don était en fait tout près d'eux et qu'il était mort à quelques mètres de leur maison sans même qu'ils s'en doutent. Quelle vengeance pour Warden !

- Donne-moi les clés David, j'y vais, dit Charlie.

- Pas question Charlie. Tu n'entres pas là-dedans, pas seul en tout cas, refusa l'agent.

- Tu as entendu ce qu'a dit Warden dans son message ? Si je n'y vais pas seul la bombe explosera et Don mourra.

- Mais il a pu décider de te prendre au piège aussi. C'est un malade !

- Je ne crois pas qu'il voulait s'en prendre à moi physiquement : son plan était de me faire souffrir. Mort, je ne souffrirai plus. Laisse-moi entrer.

- Charlie... intervint son père, proche de l'affolement. Non ! Pas toi, je ne supporterai pas que, toi aussi...

- Papa, tu sais bien que c'est la seule solution. Si je n'y vais pas, Don mourra.

- Mais si David a raison ? S'il a piégé la maison ?

- Je suis prêt à courir le risque. Je n'abandonnerai pas mon frère ! Tu l'as entendu, il n'y a que moi qui puisse le sauver.

- Je ne veux pas Charlie.

- Alors quoi ? Tu m'ordonnes de laisser mourir Don ? Tu pourras vivre avec l'idée, qu'une fois de plus, tu as sacrifié ton fils aîné à son génie de petit frère ?

- Charlie ! Qu'est-ce que tu racontes ?

- La vérité papa, et tu le sais. Toi et maman avez toujours tout fait pour moi, pour que je développe au maximum mes compétences. Alors je ne dis pas que vous n'avez pas aimé Don, ce n'est pas vrai, ni même que vous l'avez délaissé. Mais tu sais aussi bien que moi que vous l'avez tout de même souvent négligé à mon profit. Et je refuse que ça continue, tu m'entends ? Je lui ai déjà tant pris ! Je ne prendrai pas sa vie !

Alan regarda longuement son fils cadet. Il comprenait ce qu'il lui disait. Il savait qu'il avait raison, que Margaret et lui avaient trop souvent fait passer Charlie en priorité, même si Don ne leur avait jamais rien reproché. Mais aujourd'hui, il se rendait compte qu'il ne pourrait pas empêcher Charlie de voler au secours de son frère : il n'en avait pas le droit. Il ne pouvait pas, une fois encore, faire passer le cadet devant l'aîné, surtout au prix de la vie de celui-ci. D'ailleurs, il n'en avait pas envie. Plus que tout il voulait retrouver Don, le serrer contre lui, s'assurer qu'il était en vie et qu'il allait bien et il ne reculerait devant rien pour cela, quitte à risquer de perdre ses deux fils. De toute façon, il savait bien que le résultat serait le même s'il parvenait à empêcher Charlie de suivre son instinct et que Don perde la vie : le mathématicien ne pourrait pas lui pardonner son intervention, il ne pourrait pas se pardonner d'avoir cédé et il finirait par se détruire.

- D'accord, mais je t'accompagne ! décida-t-il soudain.

- Non papa, non, c'est impossible. Warden a dit que je devais entrer seul.

- Mais s'il t'arrive quelque chose, à toi aussi ?

- Il ne m'arrivera rien papa. Et je vais ramener Donnie auprès de nous. Fais moi confiance.

Alan le serra alors contre lui et l'embrassa en lui disant.

- D'accord, je te fais confiance Charlie. Va, et ramène-moi ton frère ! »

Le mathématicien s'engagea alors dans l'allée qui menait à l'entrée après avoir fermement décliné l'offre des agents de l'accompagner : il ne prendrait aucun risque avec la vie de Don. Ceux-ci comprirent très vite que toute protestation était inutile et, qu'en outre, elle ne faisait que retarder l'intervention. Colby équipa donc rapidement Charlie d'un gilet pare-balle (à quoi cela servirait-il si la maison était piégée ? pensait-il à part lui), et d'un système de transmission audio et vidéo, ainsi le groupe massé à l'extérieur pourrait suivre en direct ce qui se passait à l'intérieur.


Cissy  (17.02.2009 à 18:50)

CHAPITRE XX

 Pasadena, maison des Burton

Charlie pénétra dans la maison, le cœur étreint par la crainte mais animé d'une farouche détermination : si Don était retenu là, il le retrouverait et rien ne pourrait l'en empêcher. Il était prêt à donner sa vie pour lui. Sa seule crainte était qu'il soit déjà trop tard. Il repéra très vite un réseau de caméras et comprit que tout le domicile était sous surveillance : s'il n'était pas entré seul, un code d'alerte aurait vraisemblablement déclenché le dispositif explosif fixé sous les pieds de son frère. Il ne put s'empêcher d'être fasciné par le génie de l'homme qui avait mis au point un système aussi ingénieux. Quel dommage qu'il n'ait utilisé son immense intelligence qu'au service du mal ! Qui sait de quels progrès il aurait pu faire bénéficier l'humanité s'il avait choisi une autre voie que celle des rancoeurs inutiles et de la vengeance stérile, d'autant plus absurdes qu'elles étaient injustifiées ?

Il descendit au sous-sol où il savait que se trouvait la pièce en question et se trouva très vite dans une cave au fond de laquelle s'ouvrait une porte munie de trois digicodes. A peine avait-il posé le pied sur la dernière marche, qu'un système vidéo se mit à fonctionner. Le visage de Warden apparut, grimaçant. Il comprit qu'il avait à faire à un hologramme et de nouveau il reconnut l'intelligence exceptionnelle de son adversaire.

« Félicitations Charles Eppes. Je vois que vous et votre père avez fini par comprendre. Mais le plus dur est à venir maintenant. Vous êtes seul ! Personne pour vous souffler cette fois-ci ! Et je vous rappelle que, dès que vous aurez posé le doigt sur la première touche, vous n'aurez que trente minutes pour ouvrir cette porte derrière laquelle se trouve votre frère. Le moindre faux pas, la moindre tricherie et vous pourrez l'entendre hurler à travers la porte. Il ne restera rien de lui ! Si vous réussissez, alors je me serais trompé : vous mériterez votre titre de professeur. »

Charlie hésita un instant avant d'avancer vers le clavier. Comment réussir à déchiffrer les trois codes en si peu de temps ? Sur l'écran, apparaissait maintenant une série de chiffres dont il devina qu'ils étaient la clé des codes. Trente minutes ! Il avait trente minutes pour sauver son frère : les trente minutes les plus longues de sa vie ! Il prit une grande inspiration et posa son doigt sur le clavier, aussitôt, il entendit le déclenchement d'une minuterie : le compte à rebours était commencé et son enjeu c'était la vie de l'un des deux hommes qu'il aimait le plus au monde.


Cissy  (18.02.2009 à 18:01)

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