HypnoFanfics

Solitudes

Série : Numb3rs
Création : 21.02.2009 à 15h30
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Une plongée (douloureuse) dans l'enfance et l'adolescence de Don. Episode un peu statique, en flash-backs, que j'écris seule. » Cissy 

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CHAPITRE I

Une chambre d'hôpital


Don reprenait progressivement connaissance, et en même temps que la conscience, lui revenait l'impression que quelque chose d'abominable s'était produit, quelque chose d'irrémédiable dont le souvenir se dérobait. Il ouvrit les yeux et s'étonna de ne pas reconnaître l'endroit où il se trouvait : une petite chambre peinte en vert pâle meublée d'un lit, d'une table de chevet et d'un téléviseur accroché au mur. Puis il aperçut la perfusion qui était branchée à son bras et le moniteur sur lequel ses constantes vitales s'affichaient. Il comprit alors qu'il se trouvait à l'hôpital mais n'arriva pas pour autant à se remémorer ce qui avait bien pu se produire. Seule lui restait, diffuse, cette impression d'irréparable qui avait suivi son retour à la conscience : un événement terrible s'était produit que son cerveau ne semblait pas vouloir ramener à la surface pour le moment. Il chercha des yeux un bouton d'appel : s'il se trouvait à l'hôpital, il y en avait obligatoirement un à portée de main. Il l'aperçut alors, à quelques centimètres au-dessus de sa tête.

C'est lorsqu'il voulut bouger la main droite qu'il se rendit compte que son bras, emprisonné dans un bandage épais de l'épaule au poignet, était retenu en écharpe. Pourtant, il n'avait pas vraiment mal : les calmants, sans aucun doute. C'était aussi sans doute à leur action qu'il devait cette sensation cotonneuse dans laquelle son cerveau s'engluait. Il lui fallait se secouer, retrouver ce qu'il faisait là et depuis quand il y était. Il tenta alors de bouger le bras gauche et s'aperçut que son avant-bras portait aussi un bandage, mais que ce membre là pouvait remuer sans entrave.

Abandonnant l'idée de sonner, il décida de se rendre compte d'abord de l'étendue et de la gravité de ses blessures. A tâtons, sa main remonta le long de son visage et rencontra un nouveau bandage au niveau du front, puis un large pansement sur la nuque. Il rabattit alors le drap sous lequel il n'était vêtu que d'une légère chemise d'hôpital et tenta de déceler d'autres traumatismes. C'est à ce moment-là qu'il prit conscience d'avoir comme un poids énorme pesant sur le bas de son corps, l'impression d'être engourdi des orteils à la taille. Une sueur froide coula le long de son dos : c'était impossible, ce ne pouvait être qu'une sensation due aux anesthésiques ; à moins qu'il ne soit en train de faire un horrible cauchemar. Il mobilisa toutes ses forces, toute sa volonté dans un seul but : faire bouger ses jambes, ne serait-ce que d'un centimètre. Mais ses membres lui refusèrent tout service, le bas de son corps était totalement inerte. L'horrible réalité le submergea soudain et la panique déferla en lui comme un raz-de-marée puissant :

« Noonn !! »

Le hurlement presqu'animal qu'il poussa alors amena dans sa chambre une femme d'un certain âge, vêtue d'une blouse blanche.

« Agent Eppes ! Vous êtes enfin réveillé ! »

Elle s'aperçut rapidement que son patient n'était pas en état de lui répondre, en proie à une crise de panique incontrôlable. Elle sonna immédiatement le médecin qui accourut et qui, voyant l'état du blessé, s'empressa de lui injecter un calmant qui ne tarda pas à faire son effet.

Don sentit son corps s'alourdir, ses paupières se fermer, la panique reflua petit à petit et il perdit conscience en murmurant :

« Pourquoi ? »


Cissy  (21.02.2009 à 15:35)

CHAPITRE II

 Chambre d'hôpital

Lorsqu'il s'éveilla de nouveau, la chambre était plongée dans la pénombre. Seule une veilleuse, au-dessus de la porte, diffusait une faible lueur à la clarté de laquelle il réussit à distinguer l'interrupteur qu'il actionna. Une lumière crue envahit alors la pièce. Un instant, il eut l'espoir d'avoir simplement fait un atroce cauchemar : ce n'était pas possible, il ne pouvait pas se trouver à l'hôpital, sans aucun souvenir de ce qui s'était passé, ses jambes lui refusant tout service. Il y avait forcément une explication, un remède... Mais la réalité s'imposa de nouveau cruellement à lui quand il se rendit compte que ses membres inférieurs n'étaient qu'un poids mort au bout de son corps : il était paralysé !

Mais comment ? Pourquoi ? Que s'était-il passé ? Pourquoi ne se souvenait-il de rien ? Pourquoi son père et Charlie n'étaient-ils pas là, auprès de lui, pour le soutenir dans cette affreuse épreuve ? Qui pourrait lui apporter les réponses à ses questions ? Sa main gauche remonta alors vers le bouton de sonnette qu'il avait repéré lors de son premier réveil et il l'actionna. Presqu'aussitôt la porte s'ouvrit :

« Agent Eppes, vous avez sonné ? »

 Cette fois-ci, c'était un infirmier qui venait d'entrer : âgé d'une cinquantaine d'année, il avait un visage brutal qui déplut fortement au malade. Cependant, il n'avait personne d'autre à qui poser les questions qui le taraudaient.

- Oui, je veux savoir ce que je fais ici, depuis combien de temps j'y suis, et où est ma famille.

- Ecoutez, il vaut mieux que vous voyiez tout ça avec le Dr Landsfort.

- Qui est-ce ?

- Notre directeur.

- Directeur de quoi ?

- De la maison de soins où vous vous trouvez.

- Une maison de soins ? Je ne suis pas à l'hôpital ?

- Non. Vous avez été transporté ici dès que votre état a été jugé suffisamment bon.

- Mais quand ? Depuis combien de temps ? Expliquez-moi, je ne comprends rien ! Où est ma famille ?

Il s'agitait, tentait vainement de s'asseoir, et sentait la panique l'envahir à nouveau. Il ne comprenait pas.

- Calmez-vous agent Eppes. On vous expliquera tout demain. Pour le moment, vous feriez mieux de dormir un peu : c'est le meilleur moyen de vous remettre. Vous avez été longtemps dans le coma.

- Longtemps ? Depuis quand ? Quel jour sommes-nous ?

Mais au lieu de répondre à ces questions angoissées, l'homme s'approcha et injecta le contenu d'une seringue dans le fil du goutte-à-goutte.

- Nous reparlerons de cela demain agent Eppes, vous devez dormir maintenant.

- Je ne veux pas dormir ! protesta Don. Je veux des réponses ! Je veux savoir ce qui s'est passé ! Je veux savoir où est ma famille !

Mais déjà l'anesthésique faisait son effet et il se sentit partir. Il gémit encore :

- Où est ma famille ? Papa ! Charlie ! Où êtes-vous ? J'ai besoin de vous ! »

Une larme roula sur sa joue, et il plongea à nouveau dans le sommeil.

 


Cissy  (21.02.2009 à 15:37)

CHAPITRE III

 Chambre de la maison de soins

« Bonjour agent Eppes ! Comment vous sentez-vous ce matin ? »

Don ouvrit les yeux, éveillé par la voix sèche de l'infirmière qu'il avait vue... quand ça ? Il ne parvenait pas à savoir combien de temps avait pu s'écouler depuis qu'il avait ouvert les yeux au beau milieu de ce cauchemar qui semblait ne pas vouloir finir.

« Je veux savoir où je suis, et ce qui m'est arrivé ! Je veux savoir pourquoi mon père et mon frère ne sont pas auprès de moi !

- Ne vous inquiétez pas de ça ! Le Dr Landsfort viendra tout vous expliquer dans la matinée.

- Mais enfin, pourquoi ne répondez-vous pas à mes questions ?

- Ce n'est pas à moi de le faire, agent Eppes. Le Dr Landsfort tient à vous expliquer la situation lui-même. Moi, je vais faire votre toilette, changer vos pansements et ensuite vous prendrez votre petit déjeuner.

- Je ne veux pas qu'on fasse ma toilette, ni prendre de petit déjeuner ! Je veux savoir ce qui se passe ! Pourquoi est-ce que je suis là ? Pourquoi mes jambes me refusent-elles tout service ? Que s'est-il passé ?

- Agent Eppes, vous devez vous calmer, sinon je vais être obligée de vous administrer une nouvelle dose de calmants et ça ne répondra pas à vos questions !

- Non, non ! S'il vous plaît ! Plus de calmants ! »

Il ne voulait plus qu'on l'endorme. Il devait rester conscient s'il voulait avoir la moindre chance de reconstituer le puzzle, renouer ces fils qui se dérobaient. Il décida alors de cesser ses questions : visiblement la femme n'avait aucunement l'intention d'y répondre. Il s'efforça alors de dominer son angoisse et de faire refluer la colère qui l'envahissait devant cette inhumanité : comment pouvait-elle ne pas comprendre son anxiété ? Comment pouvait-elle se contenter d'appliquer les ordres sans une once de compassion envers lui ? Ne pouvait-elle pas comprendre dans quel état de fébrilitéil se trouvait, isolé dans un lieu inconnu, coupé des gens qu'il aimait, blessé et peut-être infirme ? Quel était ce lieu, cette soi-disant maison de soins où on ne se préoccupait pas d'apporter un minimum de réconfort moral aux malades, se contentant de leur bien-être physique ?

Il n'essaya plus alors d'entamer la conversation avec l'infirmière, se contentant de la regarder vaquer à ses occupations. Elle ouvrit une porte dont il comprit qu'elle devait être celle de la salle de bain et il entendit l'eau couler. Elle revint alors avec une cuvette qu'elle posa sur la tablette roulante alignée le long du mur et qu'elle fit rouler jusqu'au lit. Là, elle rabattit le drap et il eut un murmure de protestation quand elle entreprit de lui enlever sa chemise d'hôpital, tandis que son bras valide tentait de l'empêcher d'aller plus loin. Elle le rabroua sèchement tout en reposant le bras sur le lit.

« Cessez de faire l'enfant, agent Eppes ! Je suis infirmière, alors des hommes nus, hein ? Croyez-moi que ça ne me fait plus rien. D'ailleurs, je vous connais déjà par cœur si vous voulez tout savoir ! »

Il cessa de protester : ça ne servirait à rien. Et puis elle avait raison, pour lui elle n'était pas un homme mais une tâche à accomplir et apparemment, s'il devait en croire ses mots, ce n'était pas la première fois qu'elle s'occupait de lui. Il ne put cependant s'empêcher de se sentir terriblement humilié d'être ainsi exposé, nu, aux regards de cette femme, de devoir endurer ses mains sur lui tandis qu'elle le nettoyait avec bien plus de délicatesse qu'il n'en aurait attendu de quelqu'un qui s'apparentait plus à un sergent major dans l'armée qu'à un ange de miséricorde. Elle travaillait vite, avec des gestes mesurés et professionnels et, malgré la gêne qu'il avait pu ressentir, il se sentit mieux une fois qu'elle eut fini son office. Elle entreprit alors de changer ses pansements et ce fut l'occasion pour lui de découvrir qu'il portait des blessures sur le ventre et les cuisses dont il n'avait pas pris conscience jusqu'à cet instant.

« Qu'est-ce que j'ai ? Vous pouvez au moins me dire ça ? supplia-t-il.

- Je suis désolée agent Eppes, je ne suis pas habilitée à parler de votre état de santé avec vous, je ne suis qu'infirmière. Un médecin viendra vous voir qui pourra, bien mieux que moi, répondre à toutes vos questions. »

Lorsqu'elle eut posé la dernière bande, elle lui remit une chemise propre. Elle rabattit ensuite le drap sur lui et retapa les oreillers dans son dos avant d'aller vider la cuvette.

« Voilà. Vous êtes propre maintenant. On va vous apporter le petit-déjeuner dans quelques minutes. Avez-vous besoin de quelque chose ?

- Oui, de réponses ! dit-il d'un ton amer.

- Ce n'est pas à moi de vous les apporter, je suis désolée. » répondit-elle en quittant la chambre, le laissant de nouveau en proie à ses questions angoissantes et à un sentiment d'absolue solitude.


Cissy  (22.02.2009 à 14:38)

CHAPITRE IV

 Chambre de la maison de soins

« Agent Eppes ? Bonjour, je suis le Dr Glanzer.

- Glanzer ? Mais... Enfin, on m'avait parlé d'un certain Dr Landsfort.

- Oui. Le Dr Landsfort est le directeur de cet institut. Quant à moi, je suis le neuro-chirurgien qui vous a opéré.

- Un neuro-chirurgien ? S'il vous plaît, docteur, dites-moi ce qui m'est arrivé !

- Vous n'en avez aucun souvenir ?

- Rien, rien du tout ! C'est affreux ! Je suis là depuis je ne sais combien de temps et je ne sais rien de ce qui s'est passé.

- Ecoutez, je pense que le Dr Landsfort sera le mieux à même de vous expliquer certaines choses. En ce qui me concerne, je suis là pour vous parler de vos blessures.

Don le regardait, incapable de dire quoi que ce soit, tétanisé par la peur de ce qu'il allait entendre. L'homme continua en compulsant le dossier qu'il avait apporté.

- Alors... Je suis aussi ici au nom des confrères qui se sont occupés de vos brûlures...

- Mes brûlures ?

- Oui, vous avez des brûlures étendues sur l'intégralité du bras droit, l'avant-bras gauche, le ventre, le dos et les cuisses. Par ailleurs, vous avez des plaies profondes sur le front, le cuir chevelu sur l'arrière de la tête, et sur la nuque. Mais tout ça, ça guérira avec le temps. Non, le vrai problème, celui pour lequel je suis intervenu, ce sont vos jambes.

- Mes jambes ? Oui, je ne parviens pas à les bouger, mais personne ne m'a rien dit.

- J'avais donné des consignes à cet effet. Je devais vous en parler moi-même. Comme vous avez pu vous en rendre compte, vos jambes sont malheureusement paralysées.

- Docteur, dites-moi que c'est juste momentané. Je vais pouvoir marcher à nouveau n'est-ce pas ?

- Ecoutez, agent Eppes...

L'air embarrassé du chirurgien parla pour lui et un cri de désespoir échappa à Don.

- Non ! Non ! Ce n'est pas... Je ne veux pas !

- Calmez-vous. Vous agiter ne servira à rien. Je vais être franc avec vous. Vous n'avez aucune chance de recouvrer un jour l'usage de vos jambes. Vous êtes paraplégique agent Eppes.

Don devint livide et une nausée dévastatrice le secoua. Le médecin approcha de lui un haricot dans lequel il vomit le peu de nourriture qu'il avait réussi à avaler lors du petit-déjeuner. Il lui demanda alors, d'une voix désespérée :

- Mais que s'est-il passé ?

- Vous avez été pris dans une explosion et votre colonne vertébrale a été gravement endommagée. La moelle épinière a été sectionné au niveau de la troisième vertèbre lombaire.

- C'est... c'est irrémédiable ?

- Malheureusement oui. Mais vous avez eu de la chance : lorsque vous serez habitué à votre nouvel état, vous pourrez mener une vie normale !

- De la chance ! s'exclama-t-il d'un ton amer. Je suis agent au F.B.I. ! Vous croyez vraiment que c'est une chance de savoir que plus jamais je ne pourrai mener la vie qui était la mienne ?

- Tout est relatif agent Eppes. Vous, au moins, vous êtes en vie.

Quelque chose dans le ton de son interlocuteur attira son attention.

- Que voulez-vous dire ?

- Rien. Je crois que ce n'est pas à moi de vous parler de ces choses-là.

- Attendez ! Pourquoi est-ce que personne ne répond à mes questions depuis que je suis réveillé ? Vous avez parlé d'une explosion ? C'était où ? Que s'est-il passé ? Il y a eu des morts, c'est ça ?

- Ecoutez...

A ce moment-là, la porte s'ouvrit à nouveau sur un nouvel arrivant, lui aussi vêtu d'une blouse blanche. A sa vue, le Dr Glanzer poussa un soupir de soulagement.

- Ah ! Dr Landsfort ! Je suis heureux de vous voir ! J'ai fait part à l'agent Eppes de mes conclusions sur son état de santé. Pour le reste, je crois que vous serez le mieux à même de lui exposer la situation. Il n'a apparemment aucun souvenir de ce qui s'est produit.

- Aucun vraiment ?

- Non, rien, répondit l'agent. Et personne n'a rien voulu me dire.

- C'étaient en effet mes instructions. Je vais répondre à vos questions agent Eppes, dit-il tandis que le Dr Glanzer s'éclipsait après avoir marmonné de vagues salutations, visiblement fort soulagé de n'avoir pas à continuer plus avant un entretien qui lui pesait.

Pour le moment, Don ne voulait pas penser à son état de santé : il voulait comprendre. Plus tard, il pourrait toujours retrouver le Dr Glanzer et se renseigner plus en détails sur la possibilité ou non de recouvrer l'usage de ses membres. Curieusement, en cet instant, ce n'était pas ce qui le préoccupait le plus. Puisque quelqu'un semblait enfin vouloir répondre aux questions qui le hantaient, il devait saisir l'occasion, le reste attendrait.


Cissy  (22.02.2009 à 14:41)

CHAPITRE V

 Chambre de la maison de soins

Lorsqu'ils furent seuls dans la chambre, Don prit le temps d'observer plus attentivement son vis-à-vis.

Il était déjà relativement âgé : plus de soixante-dix ans vraisemblablement. Grand, bien découplé, il avait une chevelure grisâtre clairsemée et une barbe soigneusement taillée qui lui donnait un air un peu dur. Il s'approcha du lit et Don put lire, sur le badge épinglé à la blouse : Dr Landsfort, psychiatre.

- Un psychiatre ? s'étonna l'agent. Mais où est-ce que je suis ? Que m'est-il arrivé ? Qu'est-ce que je fais ici ?

- Vous êtes dans l'établissement de soins que je dirige. On vous y a amené il y a trois semaines.

- Trois semaines ? Mais comment est-ce possible ?

- Vous étiez alors dans le coma, mais sans avoir pour autant besoin de réanimation. Vos constantes vitales étaient satisfaisantes, il n'y avait pas de soins particuliers à vous administrer, vous étiez donc bien mieux ici qu'à l'hôpital. C'est pourquoi, après quatre semaines d'hôpital, on a signé votre transfert pour mon établissement.

- Sept semaines ! Vous voulez dire que je suis resté inconscient sept semaines ? Mais c'est impossible, je m'en souviendrais !

- Vous avez été grièvement blessé agent Eppes. Votre corps avait besoin de se remettre du traumatisme subi. Votre transfert ici...

Il l'interrompit :

- Mais qui a donné l'ordre de transfert ? Mon père ? Mon frère ? Pourquoi ne sont-ils pas venus me voir ? Vous ne les avez pas prévenus que je suis réveillé ?

- Doucement agent Eppes. Prenons les choses dans l'ordre, voulez-vous.

Don remarqua bien que le médecin n'avait pas répondu à ses questions directes, mais il lui sembla préférable, pour le moment du moins, de le laisser suivre son chemin sans protester : c'était sans doute le meilleur moyen d'obtenir les réponses qu'il cherchait.

- Voilà, vous avez été blessé lors d'une intervention. Il y a eu une explosion...

- Une explosion ?

- Oui : vous n'en gardez vraiment aucun souvenir ?

Don ne répondit pas tout de suite. Il ferma un instant les yeux pour tenter de se souvenir : oui, il voyait bien cette énorme déflagration, cette lumière aveuglante qui lui avait blessé les yeux, il lui semblait ressentir une chaleur suffocante et la souffrance d'une brûlure, entendre des cris d'effrois et de douleur autour de lui, mais ça paraissait, si flou, si lointain, comme ces vagues souvenirs d'odeurs ou de couleurs qu'on ne parvient pas à cerner complètement et qui cependant vous hantent.

- Je ne sais plus. Si, je crois... Il y avait d'autres agents, nous étions entrés dans cette maison et puis... C'est trop dur ! s'exclama-t-il soudain.

- Don, vous permettez que je vous appelle Don ?

- Si vous voulez, ça m'est égal, répondit-il d'un air las.

- Regardez-moi Don. Regardez-moi bien et souvenez-vous !

Il plongea ses yeux dans ceux de l'homme et soudain il ne vit plus que ces pupilles qui le fixaient attentivement et il eut l'impression qu'il ne pouvait pas leur échapper. Et brusquement, il eut l'impression de remonter le temps. Il se retrouva dans cette maison : il devait absolument y retrouver quelque chose, quelque chose d'extrêmement précieux. Son équipe était à ses côtés, ainsi que plusieurs agents du SWAT. Ils étaient arrivés à cette porte : c'était celle qui les intéressait. Il savait que ce qu'il cherchait se trouvait derrière et rien de ce qu'on aurait pu lui dire ou faire n'aurait pu l'empêcher d'ouvrir cette porte.

Et puis soudain l'explosion qui l'avait rejeté au loin dans un maelström de bruit, de chaleur, de souffrance. Des cris autour de lui, le souffle d'un brasier qui le faisait suffoquer. Il se souvenait avoir hurlé des noms, s'être débattu pour retrouver... quoi ? qui ? Pourquoi ce souvenir le fuyait-il encore ? Pourtant il revivait la scène comme s'il y était : il entendait les cris de douleur autour de lui, il ressentait la chaleur de l'incendie et la brûlure des flammes sur lui... Il brûlait ! Il se mit à se débattre en hurlant et soudain il sentit une main sur son front.

- Calmez-vous Don. Ce n'est rien, juste un souvenir, vous êtes en sécurité. Calmez-vous. »

Il plongea de nouveau dans la nuit.

 


Cissy  (22.02.2009 à 14:45)

CHAPITRE VI

 Chambre de la maison de soins

Encore des heures de gâchées ! Ce fut la première pensée qui s'imposa à lui lorsqu'il ouvrit à nouveau les yeux. Il se souvenait vaguement d'avoir hurlé alors que les souvenirs affluaient à sa mémoire. On lui avait vraisemblablement de nouveau administré un anesthésique. Mais pourquoi ? Quel intérêt pouvait-on avoir à l'abrutir de drogues ? Comment pouvaient-ils penser que cela l'aiderait à se remémorer ce qui s'était passé ? Comment imaginer un instant que ça l'aiderait à se sentir mieux ?

L'impression soudain qu'il n'était pas seul dans la chambre lui fit ouvrir les yeux. Un homme était en effet assis à son chevet. Dans la demi-pénombre du soir tombant, il mit un moment à le distinguer vraiment et l'espace d'un instant, l'espoir qu'il puisse s'agir de son père ou de Charlie fit battre son cœur un peu plus vite. Et puis il s'aperçut qu'il n'en était rien et de nouveau il sentit fondre sur lui un sentiment d'abandon indicible. Pourquoi ceux qu'il aimait n'étaient-ils pas près de lui ? Comment pouvaient-ils l'abandonner à son sort dans l'état où il se trouvait ? Qu'avaient-ils donc de plus important à faire que de le soutenir dans ce qui serait sans doute l'épreuve la plus cruelle qu'il rencontrerait jamais dans sa vie ? Et puis soudain, la peur qu'il ne soit arrivé quelque chose le submergea : quelles étaient en effet les probabilités pour que ni Alan, ni Charlie ne soient à son chevet ? Il ne pouvait pas douter une seconde de l'affection qu'ils lui portaient. Alors pourquoi cette apparente indifférence à son égard ? Les empêchait-on de venir le voir ? De nouveau, les questions emplissaient son esprit, ces questions auxquelles personne ne semblait vouloir répondre. Peut-être que cet homme...

Il tourna alors son regard vers la silhouette qui se dessinait en contre-jour. A son tour, l'homme, se sentant observé, leva les yeux sur lui. Don ne le connaissait pas. C'était un homme âgé d'environ cinquante ans, vêtu d'un costume cravate strict, le visage sévère et, avec un malaise indicible, l'agent lut dans son regard une sorte de mépris et comme une condamnation. Cet homme lui en voulait : pourquoi ? Il secoua la tête, découragé. Tous ces pourquoi, qui semblaient n'avoir jamais de fin, finiraient par le rendre dingue ! L'homme cependant s'approchait de lui.

« Agent Eppes ? Vous êtes réveillé ?

- On dirait oui ! répondit-il, un peu narquois.

- A votre place, je ne ferai pas d'humour : la situation ne s'y prête guère agent Eppes.

- Je ne sais pas à quoi se prête la situation, vu que personne ne m'explique ce qui s'est passé. Alors, vous me permettrez, monsieur...

- Oh pardon ! Agent spécial Aloysus Slatter, des affaires internes du F.B.I.

Les affaires internes ! Mais que s'était-il donc passé ? Pourquoi les affaires internes s'intéressaient-elles à lui, lui que personne d'autre ne semblait intéresser ?

- Vous sentez-vous capable de répondre à quelques questions agent Eppes ? continuait l'enquêteur.

- Si vous répondez aux miennes.

- Je croyais vous avoir déjà dit que la situation ne se prêtait pas à l'humour, agent Eppes.

- Excusez-moi, mais, comme je vous l'ai, moi aussi déjà dit, étant donné que je ne sais pas du tout de quoi il retourne...

- Vous essayez de me dire que vous n'avez aucun souvenir de ce monumental fiasco ?

- Quel fiasco ? De quoi parlez-vous ? Je sais juste qu'il y a eu une explosion.

- Une explosion oui. Une explosion qui a tué un civil et cinq de nos agents et en a blessé six autres dont trois, vous compris, grièvement. Accessoirement elle a aussi tué un criminel pour être tout à fait précis.

Don le regarda, atterré.

- Non, mais...

Il ne trouvait pas ses mots.

- Vous ne vous souvenez vraiment pas ? insista l'agent Slatter.

- Je revois juste une explosion, pour le reste...

- Voilà qui est bien pratique !

- Comment ça ? Que voulez-vous dire ?

- Et bien, si vous ne vous souvenez de rien, vous ne pouvez pas être tenu pour responsable, n'est-ce pas ?

Le visage de Don se contracta, il devint livide.

- De quoi parlez-vous, agent Slatter ? Soyez plus clair voulez-vous ? Si vous me reprochez quelque chose, dites-le franchement.

- Franchement ? Vous voulez vraiment que je vous mette les points sur les i ? Comme vous voudrez agent Eppes. Alors oui, je vous reproche quelque chose. Tout le F.B.I. vous reproche quelque chose. On vous reproche d'avoir exposé toute une équipe pour votre propre profit, d'avoir fait fi des règles de sécurité les plus élémentaires, de vous être jeté comme un chien fou dans un piège qu'un enfant de deux ans aurait déjoué et d'avoir provoqué la mort de six hommes dont cinq de vos collègues ! Voilà, c'est assez franc pour vous comme ça ?

Don le regardait, blême, la sueur perlant sur son front, sous le bandage qui le dissimulait. Un frisson glacé le parcourut tandis que les mots s'imprégnaient en lui comme ces odeurs entêtantes dont on a tant de mal à se débarrasser. Et ces mots-là, il savait déjà qu'il ne s'en débarrasserait jamais, qu'ils allaient le hanter le reste de sa vie. Il ne parvenait pas à y croire. Ce n'était pas possible ! C'était un cauchemar, un horrible cauchemar qui se prolongeait. Mais il allait finir par se réveiller. Comment aurait-il pu être responsable d'un tel carnage ? Lui ? Lui qui, plus que tout, essayait toujours de protéger ses hommes ? Lui qui craignait tellement de perdre un seul d'entre eux ? Il fixa l'agent Slatter d'un air hagard, et soudain, comme un rideau qui se déchire, la vérité afflua à son cerveau et le submergea sans qu'il puisse y résister.


Cissy  (23.02.2009 à 19:16)

CHAPITRE VII

 Chambre de la maison de soins

« Don, il vaudrait mieux attendre encore. Ca peut être dangereux !

Il toisa David, l'air impatient.

- Ecoute David, je ne perdrai pas une minute de plus d'accord ! J'y vais. Maintenant, libre à toi d'attendre là !

- Tu sais très bien que je te suivrai Don. Tu le sais parfaitement. Chacun de nous te suivra. »

Il les regarda tous, l'un après l'autre : Colby, Nikki, Liz, David bien sûr, et les dix agents du SWAT venus leur prêter main forte dans ce qui était l'une des affaires les plus délicates qu'il ait eu à mener. L'homme qui vivait dans cette maison était un déséquilibré dangereux qui avait déjà fait sauter plusieurs bombes dans Los Angeles, provoquant la mort de plusieurs dizaines de personnes. Tout le F.B.I. s'était mobilisé pour le retrouver et Don s'était retrouvé chargé de l'enquête. Très vite Charlie avait pu restreindre le nombre de suspects potentiels, mais, avant que les vérifications n'aient eu lieu pour identifier le coupable, celui-ci, mis au courant de l'aide apporté par le mathématicien, l'avait kidnappé.

Don avait alors vécu un véritable enfer à se demander où pouvait bien être son petit frère, s'il était en vie, s'il allait bien, s'il était convenablement traité. L'idée de ce que pouvait lui faire subir ce sociopathe qui le tenait en son pouvoir le rendait fou d'angoisse. Comment vivre avec cette effroyable sensation d'avoir causé le malheur de ceux qu'il aimait, d'avoir exposé Charlie à l'horreur ? Comment réussir à rassurer son père, effondré à l'annonce de la disparition de son cadet, et qui pourtant n'avait pas accablé l'aîné des reproches, voire des insultes que ce dernier pensait mériter ? Comment affronter le regard éperdu d'Amita, celui désemparé de Larry ? Ses équipiers avaient tout fait pour le soutenir dans cette épouvantable épreuve, mais, à mesure que le temps passait et que l'espoir diminuait, il s'était senti de plus en plus impuissant, de plus en plus coupable et sa clairvoyance habituelle avait fini par s'en ressentir.

Et puis ils avaient enfin remonté la piste et ils étaient là, devant cette maison dont ils étaient certains qu'elle abritait le déséquilibré et, Don l'espérait du fond du cœur, son otage. Pas un mouvement, rien qui laisse entendre que l'homme les avait entendus, ni même qu'il s'attendait à les voir débarquer, sans doute trop sûr d'être tellement plus intelligent qu'eux, qu'ils ne pourraient jamais le localiser, et ce d'autant plus qu'il les avait privés de leur atout principal en leur enlevant Charlie.

Don était sur des charbons ardents : son petit frère était là, tout près, blessé peut-être, peut-être même mourant, et lui il restait sur ce trottoir, à attendre le feu vert d'une équipe de déminage qui n'était même pas encore sur les lieux. C'en était trop ! Il ne pouvait plus attendre ! Le matin même, en quittant la maison, il avait promis à Alan de lui ramener Charlie. Il se souvenait encore de la manière dont son père avait alors posé la main sur son épaule : ses yeux étaient rougis par les nuits sans sommeil, son teint plombé et une barbe de plusieurs jours lui couvrait les joues ; mais il n'y avait aucun reproche dans son regard lorsqu'il lui avait simplement dit :

« Je te fais confiance Donnie. Je sais que tu me ramèneras ton frère ! »

Et au moment où son fils aîné avait franchi le seuil, il avait ajouté :

« Prends garde à toi fiston, je t'en supplie ! ».

Don se refusait à décevoir son père une fois de plus : car quoi que celui-ci en ait dit, il était persuadé qu'il l'avait déçu en ne protégeant pas son jeune frère. Comment n'avait-il pas pressenti ce qui allait arriver ? Comment avait-il pu être aussi aveugle, mettre ainsi son frère en première ligne sans lui assurer la moindre protection ? Mais dorénavant c'était terminé ! Dès qu'il l'aurait retrouvé, il ne pouvait en être autrement, ce n'était pas possible, il lui signifierait que leur collaboration devait prendre fin : il ne pouvait supporter l'idée de lui faire courir de nouveau des risques. Et Charlie pourrait bien dire ce qu'il voudrait, ce serait comme ça et pas autrement !

Pressé de retrouver son frère, Don avait alors décidé d'entrer dans la maison sans plus attendre, malgré les objections de David qui pressentait le piège possible. Mais c'était Don qui commandait, et aucun de ses subordonnés n'avait la moindre intention de l'abandonner. D'ailleurs, Charlie était aussi des leurs et ils étaient eux aussi impatients de s'assurer qu'il allait bien et de l'arracher aux mains de son ravisseur.

« C'est bon, tout le monde est prêt ?

- On te suit chef ! »

Il échangea un rapide sourire avec Liz : toujours calme, sûre d'elle-même, et tellement fiable ; c'était un réel plaisir de travailler avec elle. Suivi du reste de l'équipe il s'approcha du domicile de celui qui, pour lui, n'était déjà plus un suspect mais un coupable. A son signal, l'agent muni du bélier défonça la porte et les policiers investirent alors le domicile en hurlant les sommations d'usage. Rien ne leur répondit et il crurent alors qu'il n'y avait personne, en tout cas personne en état de leur répondre, dans la demeure.

Don pensa que son cœur allait s'arrêter : son frère n'était pas là ! Qu'est-ce que ce malade avait bien pu faire de lui ?

Colby s'approcha et lui dit :

« Attends, ne te décourage pas trop vite. Charlie est peut-être enfermé quelque part !

- Tu as raison, s'exclama-t-il, reprenant aussitôt espoir. Allez les gars, on fouille tout ! »

Une partie de l'équipe était montée au premier étage tandis que lui et les autres visitaient le rez-de-chaussée : rien ! Puis il avait ouvert une porte et découvert un escalier qui menait à un sous-sol. Son équipe, ainsi que deux agents du SWAT l'avaient alors rejoint et ils étaient descendus prudemment, leurs armes braquées devant eux.

Ils avaient débouché dans une petite pièce sur laquelle s'ouvraient trois portes : les deux premières n'avaient rien révélé d'anormal. Simplement une buanderie et un débarras rempli de toutes sortes de rebus hétéroclites. La troisième porte était fermée à clé et leurs cœurs avaient bondi : peut-être Charlie était-il derrière ? Don avait appelé son frère mais aucune réponse ne lui était parvenue. Proche de l'affolement, sans prendre aucune précaution, il avait alors tiré dans la serrure. La porte, en s'ouvrant, avait dévoilé une scène qu'il ne pourrait jamais effacer de son esprit : Charlie était bâillonné et ligoté sur une chaise, il semblait à bout de forces et on lisait dans ses yeux un désespoir incommensurable. La panique s'empara de Don lorsque son regard capta les explosifs sanglés sur le torse de son petit frère. Et puis son attention se porta sur l'homme qui se tenait derrière celui-ci, un détonateur à la main. Son regard dément lui fit comprendre en une fraction de seconde ce qui allait se passer. Il n'eut même pas le temps de crier : une boule de feu le heurta de plein fouet et il fut propulsé en arrière avec une brutalité inouïe. Son dos heurta violemment une surface dure et il s'effondra tandis qu'il sentait sur lui le souffle dévorant des flammes qui se mirent bientôt à le brûler. Autour de lui, ce n'était que cris et désolation. Il hurla, de douleur et de désespoir, puis il lui sembla que la maison s'effondrait sur lui et tout devint noir.


Cissy  (23.02.2009 à 19:17)

CHAPITRE VIII

 Chambre de la maison de soins

Don leva des yeux hagards sur l'agent Slatter : tout cela avait envahi sa mémoire à la vitesse de la lumière. Comment avait-il pu oublier, ne serait-ce que l'espace d'une seconde, ce qui était arrivé, ce qu'il avait fait ? Ses yeux se remplirent de larmes.

« On dirait que la mémoire vous revient, se contenta simplement de dire l'agent. Il n'y avait pas une once de compassion dans sa voix. Son ton était à la fois vindicatif et accusateur et on y décelait aussi une touche de mépris. Don comprenait cette réaction : par son inconscience, son impatience, il avait provoqué une véritable tragédie. Et quoi que puisse penser cet agent de lui, il ne pourrait jamais se montrer aussi impitoyable envers lui qu'il le serait lui-même.

- Je ne voulais pas ça... tenta-t-il d'expliquer.

- Encore heureux ! Si seulement vous aviez suivi la procédure ! Mais non ! Il a fallu que vous fonciez, sans vous soucier de rien d'autre que de sauver votre frère. Sa vie valait-elle celle de cinq de vos hommes agent Eppes ? Qu'en aurait-il dit, lui, si vous lui aviez posé la question ? Vous pensez vraiment qu'il aurait accepté ce sacrifice ?

Bien sûr que non ! Jamais Charlie n'aurait pu admettre qu'un seul homme perde la vie pour qu'il puisse conserver la sienne. Charlie ! Soudain l'évidence lui apparut, comme un coup de poignard en plein cœur !

- Charlie ! Oh mon Dieu ! Mon petit frère ! Il est mort ? C'est ça ? Il est mort ?

Comment pouvait-il en être autrement alors qu'il se trouvait directement au contact de l'explosif ?

- Et oui ! C'est ça l'ironie de la chose ! lui asséna alors cruellement l'agent Slatter. Vous n'avez même pas réussi à le sauver ! Tout ce carnage aura été vain !

Les yeux agrandis d'horreur, Don laissait l'horrible réalité s'insinuer dans son esprit à la dérive : son petit frère était mort, mort par sa faute ! Parce qu'il n'avait pas été capable d'attendre un peu, de prendre le minimum de précautions requises dans ce cas. Et avec lui, d'autres avaient perdu la vie : il s'aperçut soudain qu'il ne savait pas quelles étaient les autres victimes.

- Qui ? interrogea-t-il tandis que des larmes, qu'il ne cherchait pas à dissimuler, roulaient sur ses joues.

- Qui quoi ? s'étonna son accusateur.

- Qui d'autre est mort dans cette explosion ?

Il y avait tellement de souffrance dans sa voix que, pour la première fois depuis le début de l'entretien, l'agent Slatter parut s'humaniser un peu.

- Les agents Granger et Bétancourt ont été tués sur le coup ainsi qu'un des agents du SWAT qui était avec vous.

Colby ? Nikki ? Il ne les verrait plus jamais, ne pourrait plus jamais échanger des vannes stupides avec celui qui, au fil des mois, était devenu un ami. Nikki, qu'il connaissait mal encore, avait tellement de promesses en elle : à cause de lui tout était réduit à néant.

Mais l'agent Slatter continuait.

- L'agent Erikson, du SWAT, et les agents Sinclair et Warner ont été très grièvement blessés. L'agent Erikson a mis deux jours à mourir et l'agent Sinclair cinq.

David ? David aussi ? Il avait décimé son équipe ? Et Liz ? Liz ?

- Liz ? Elle est en vie, n'est-ce pas ? Vous m'avez dit qu'il n'y avait eu que cinq agents tués alors, elle est en vie ?

Sa façon maladroite de poser la question, uniquement engendrée par son effroyable sentiment de culpabilité et son anxiété pour cette femme qu'il avait aimée et pour qui il avait toujours énormément de tendresse, déclenchèrent à nouveau la colère de l'agent Slatter.

- Vous vous entendez agent Eppes ? Il n'y a eu QUE cinq agents tués ? Parce que ça ne vous suffit pas. Vous voulez que je vous raconte la mort de l'agent Sinclair ? Il a souffert le martyr pendant cinq jours avant de s'éteindre, à bout de forces. Même plongé dans le coma par les médecins, il souffrait encore ! Quant à l'agent Warner, oui elle est en vie. Avec vous c'est la seule de ceux qui se trouvaient au sous-sol qui ait survécu. Je sais que c'était une très jolie fille. Et maintenant, si elle se remet, ce sera un objet de pitié pour tous ceux qui la verront. Elle est défigurée, on a dû l'amputer des deux jambes et d'un bras. Mais réjouissez-vous, elle au moins vous ne l'avez pas tuée ! Pas plus que l'agent Clash qui était juste au-dessus et qui a subi un traumatisme crânien et ne sera vraisemblablement plus jamais normal.

Il s'interrompit brusquement, conscient que Don le regardait avec horreur. Il comprit qu'il s'était laissé dominé par ses émotions : juste ce qu'il reprochait au blessé allongé en face de lui. Après tout, ne pouvait-il pas comprendre ce qui s'était passé en lui ? C'était son frère qui se trouvait en danger et il n'avait pas réussi à se maîtriser, rongé par l'inquiétude pour celui qu'il aimait. Pouvait-on vraiment le blâmer pour ça ? Devait-il vraiment l'accabler et le culpabiliser d'avantage encore en lui révélant ces détails atroces ? L'agent Slatter n'était pas un monstre pourtant, mais cette tuerie l'avait profondément bouleversé et d'autant plus que les agents Erikson et Clash ainsi que deux autres blessés, heureusement plus légers, comptaient parmi ses meilleurs amis. Alors il s'apercevait d'un seul coup qu'il avait simplement cherché à faire mal à Don, comme si la souffrance de celui-ci pouvait diminuer la sienne. Et il était allé trop loin. Après tout, Don n'avait-il pas déjà assez payé comme ça ? Il avait perdu son équipe et surtout son jeune frère et il ne remarcherait plus jamais : sa vie était brisée. Fallait-il vraiment qu'il en rajoute encore ?

Il aurait voulu pouvoir lui dire tout cela, mais il n'était déjà plus temps. Submergé par cette réalité qu'il ne pouvait pas admettre, horrifié par tout ce qu'il venait d'entendre, crucifié par la culpabilité, Don se mit soudain à trembler de tous ses membres puis des convulsions violentes le terrassèrent tandis que ses yeux se révulsaient. L'agent Slatter appela aussitôt des secours et l'infirmière alerta le Dr Landsfort. Celui-ci accourut dans la chambre.

« Qu'est-ce que vous lui avez dit ? s'exclama-t-il tout en injectant un médicament directement dans le cou de son patient qu'on avait débarrassé de sa perfusion le matin même.

- Rien que la vérité docteur. Mais j'y suis peut-être allé un peu fort.

- Rien qu'un peu ? Mais enfin, il n'était pas en état d'entendre la vérité, pas encore ! Il a subi un traumatisme majeur et vous... Sortez d'ici immédiatement, et n'y revenez pas sans mon accord ! »

Contrit, l'agent se dirigea vers la porte. Il se retourna sur le seuil. Don semblait calmé : il frissonnait toujours mais n'était plus la proie de convulsions. Son regard cependant semblait perdu dans le vide, comme déconnecté d'une réalité inadmissible. Le Dr Landsfort s'empressait auprès de lui, rebranchant une perfusion, prenant son pouls et sa tension. Il jeta un regard froid à l'agent resté sur le seuil.

« Vous pouvez être fier de vous. Vous venez peut-être de donner à ce malheureux un coup dont son esprit ne se remettra sans doute jamais ! »

A ces mots, l'agent tourna les talons et disparut. Le Dr Landsfort se pencha alors sur Don et lui murmura :

« Courage agent Eppes ! Rien n'est jamais aussi noir qu'on peut le croire. Vous avez encore toute une vie devant vous, vous verrez... »

Les mots parvenaient à Don, sans qu'il comprenne vraiment. Une vie ? Que pouvait valoir la vie de solitude absolue qui l'attendait dorénavant ?


Cissy  (23.02.2009 à 19:19)

CHAPITRE IX

Chambre de la maison de soins 

« Agent Eppes ? Comment vous sentez-vous ce matin ?

Don jeta un regard vague sur l'infirmière qui s'adressait à lui de son ton neutre et professionnel. En fait, peu lui importait la réponse, pensa-t-il. Elle faisait simplement son travail et cette phrase rituelle en faisait tout bonnement partie. Attendait-elle vraiment une réponse ? Sans doute pas, sinon elle ne la lui aurait pas posée à lui. Comment pouvait-elle penser qu'il se sente, responsable de la mort de six personnes : collègues, amis et surtout son propre frère ? Non, il ne voulait plus y penser, il ne voulait plus penser à rien. Lui qui, la veille, s'insurgeait qu'on lui injecte des calmants, aurait voulu qu'on lui en administre de nouveau, juste pour ne plus penser, ne plus rien sentir, ne plus souffrir. L'infirmière respecta son mutisme et lui fit sa toilette puis changea ses pansements sans qu'il réagisse.

Lorsque le Dr Landfort entra dans la chambre, quelques heures plus tard, il s'aperçut que le plateau du petit déjeuner, intact, était resté sur la table roulante. Allongé sur son lit, les yeux fixés au plafond, Don ne réagit pas à l'entrée du médecin. Celui-ci s'installa près de lui et le contempla quelques instants, puis il lui ordonna :

« Don, je sais très bien que vous m'entendez. Je sais aussi que vous n'avez pas envie de parler. Mais je veux que vous me regardiez, maintenant !

Comme si la voix de l'homme l'empêchait de conserver son libre arbitre, Don tourna la tête vers le psychiatre qui le regardait attentivement et qui lut dans ses yeux un désespoir infini ainsi qu'une impression de solitude atroce.

- Don, vous devez me parler. Ca ne sert à rien de vous enfermer dans le silence, dans la culpabilité. Vous avez fait ce que vous pensiez être le mieux.

- Est-ce que mon père est venu me voir ?

Ce fut la seule réponse à ce que le médecin venait de dire : comme si Don n'avait rien écouté de ces mots, poursuivant son propre dialogue intérieur pour aboutir à cette question, cruciale pour lui. Le Dr Landsfort le regarda, l'air gêné. Don comprit alors que, bien sûr que non, son père n'était pas venu. Et il le comprenait. Comment pourrait-il venir au chevet de celui qui l'avait privé de son fils chéri ? Comment imaginer, ne serait-ce qu'une seconde, que son père pourrait lui pardonner la mort de Charlie ? Celui-ci était tout pour lui et depuis longtemps. Lui, Don, n'avait jamais été qu'un pâle faire-valoir de son génie de petit frère : bien sûr son père l'aimait, mais il aurait eu beaucoup moins de mal à se passer de lui que de Charlie. La mort de celui-ci avait dû l'anéantir et il en était le seul responsable. Pourquoi, mais pourquoi n'avait-il pas attendu les démineurs ? En quoi quelques minutes de plus ou de moins auraient-elles eu un impact sur la suite des événements ? Bien sûr, à ce moment-là, taraudé par l'angoisse au sujet de son frère, il n'avait pas pu tenir ce raisonnement, et il s'en voulait tellement aujourd'hui. Par sa faute, Charlie était mort de manière horrible et Alan n'avait même pas eu un corps pour se recueillir. Don savait très bien, sans qu'on ait eu besoin de le lui dire, que, étant donnée la force de déflagration et le placement des charges explosives, il n'avait rien dû rester de son frère : juste quelques lambeaux de chairs et d'os. Quelques grammes de chairs et d'os se répétait-il inlassablement, voilà tout ce qui était resté du génie qui avait illuminé sa vie pendant trente-trois ans. Et c'était lui, lui seul, le coupable de cette tragédie. Alors comment le père de Charlie pourrait-il jamais accepter de croiser à nouveau son regard, de se trouver dans la même pièce que celui qui avait tué son fils, aussi sûrement que s'il avait appuyé sur la détente d'une arme ? A ce moment-là, Don ne pensait même plus qu'Alan était aussi son père à lui. Il ne le voyait plus que comme le père de Charles Eppes, l'un des plus grands mathématiciens que la Terre ait porté, disparu à cause de l'incurie d'un agent du F.B.I. trop sûr de lui. Et bien évidemment, comme dans ces accidents où l'ivrogne s'en sort sans une égratignure tandis que l'innocente famille qu'il a heurtée est décimée, il était le seul à s'en sortir sans dommages !

C'est tout ce raisonnement qu'il s'entendit exposer au psychiatre, comme incapable de le garder pour lui.

Mais la réponse du Dr Landsfort ne fut pas celle qu'il attendait. L'air gêné le psychiatre dit :

« Je croyait que l'agent Slatter vous avait tout dit.

- En effet. Il n'aurait pu être plus clair ! Et il avait cent fois raison !

- Il ne vous a pas parlé de votre père ?

- Non, bien sûr que non ! Pourquoi ? Il aurait dû ?

Et en même temps qu'il posait la question, Don sentit un grand froid l'envahir, comme à l'approche d'un danger diffus dont on ne sait ni quand, ni d'où il va venir, mais qu'on pressent redoutable.

- Qu'y a-t-il que je ne sache pas Dr Landsfort ?

Celui-ci resta silencieux quelques instants : Don comprit qu'il se demandait s'il devait être franc avec lui. Il dut décider que oui car il reprit bientôt la parole.

- Ecoutez Don. D'après ce qu'on m'en a dit, votre père a appris par la télévision ce qui s'était passé à la maison du poseur de bombes.

- Comment est-ce possible ?

- Apparemment, dans l'affolement dû aux événements, personne n'avait pensé à le faire prévenir.

- Seigneur !

Il imaginait parfaitement la scène : son père, inquiet de n'avoir pas de nouvelles de lui, dévoré d'angoisse au sujet de Charlie, qui allumait la télévision, juste pour passer le temps, pour meubler le silence qui s'était abattu sur la grande maison. Et soudain, devant ses yeux terrifiés, défilaient des images filmées sur les lieux de la catastrophe.

« Lors de l'arrestation du bomber qui terrorisait Los Angeles, une violente explosion a décimé une équipe du F.B.I. »

Ce devait être un commentaire dans ce genre qui introduisait le reportage. Et peut-être avait-on donné des noms.

Il tenta de se concentrer sur le récit du Dr Landsfort.

- Votre père s'est alors précipité aux urgences où on lui a appris que vous étiez dans un état critique. Ce n'est que quelques heures après, alors qu'il attendait de vos nouvelles, qu'un agent est venu lui apprendre la mort de Charlie : c'est l'agent Sinclair qui, en reprenant connaissance quelques instants, avait annoncé la nouvelle que les autres ignoraient encore.

A ce moment de l'histoire, le Dr Landsfort parut hésiter.

- Et alors ? Quoi docteur ? Comment a-t-il réagi ? Il m'a maudit, n'est-ce pas ? Il a dit qu'il ne pourrait jamais me pardonner ce que je venais de faire ?

- Non, non, agent Eppes. Cela aurait peut-être mieux valu d'ailleurs.

- Que voulez-vous dire ?

Et puis ses yeux s'agrandirent en lisant dans ceux du médecin une vérité qu'il refusait de connaître.

- Oh non ! non ! Je vous en prie, pas ça !

- Je suis désolé Don. Lorsqu'on lui a appris la nouvelle, votre père a fait une crise cardiaque.

- Il est mort ? C'est ça ? Il est mort ce jour-là lui aussi ?

- Non. Il n'est pas mort tout de suite. En fait, votre père est décédé il y a deux semaines, sans avoir vraiment repris connaissance.

- Papa ! Papa est mort, lui aussi ! J'ai tué toute ma famille !

- Vous n'avez tué personne Don, arrêtez de culpabiliser sans raison.

- Sans raison ? Mon frère est mort parce que je n'ai pas été capable de prendre la bonne décision au bon moment et avec lui cinq de mes collègues sont morts et deux resteront handicapés à vie !

- Vous aussi Don.

- Moi ? Mais qui se soucie de moi ? Je n'ai que ce que j'ai mérité ! Et si mon père est mort c'est parce qu'il ne pouvait pas survivre à la perte de son fils préféré. Comment vouliez-vous qu'il fasse sans Charlie à ses côtés ? C'était son rayon de soleil, sa grande fierté, sa seule joie depuis la mort de notre mère. Et je l'ai tué ! Alors c'est comme si j'avais tué mon père aussi. Je n'ai plus rien maintenant, plus personne, plus personne ! »

Il éclata en sanglots convulsifs et le médecin comprit qu'il ne parviendrait pas à lui faire entendre raison, en tout cas pas ce jour-là. Il saisit une seringue et enfonça l'aiguille dans le fil de la perfusion. Don sentit l'anesthésique se diffuser dans son corps : c'est ça, ne plus penser, ne plus bouger, ne plus respirer... Puisque désormais il était seul, à quoi bon lutter ?


Cissy  (24.02.2009 à 19:20)

CHAPITRE X

 Chambre de la maison de soins

« Don, regardez-moi. Regardez-moi Don !

Le Dr Landsfort était de nouveau au chevet du malade. Celui-ci, réveillé depuis quelques heures d'après l'infirmière, était figé sur son lit, les yeux rivés sur le plafond, sans paraître prêter la moindre attention à ce qui l'entourait et le psychiatre savait qu'il était urgent de le sortir de cet état catatonique dans lequel il se laissait sombrer petit à petit.

« Regardez-moi répéta-t-il.

Comme incapable de résister à cette voix, l'agent tourna la tête vers lui et soudain il se sentit happé par le regard perçant du médecin, incapable de se soustraire à l'aimant de ses pupilles. Il aurait voulu détourner les yeux, ne plus le voir, ne plus l'entendre, pouvoir rester avec ses pensées, avec ses fantômes, mais il en était incapable.

« Comment vous sentez-vous Don ?

Malgré lui, l'agent s'entendit répondre.

- Seul. Je me sens abominablement seul.

- Pourtant, c'est un sentiment auquel vous êtes habitué : ça n'a rien de nouveau pour vous.

- Comment ça ? Je ne comprends pas... balbutia-t-il.

- Mais si vous me comprenez. Vous savez bien que vous vous êtes toujours senti seul. Alors en quoi la solitude d'aujourd'hui diffère-t-elle de vos autres solitudes ?

- Je n'ai plus personne aujourd'hui.

- C'est aussi un sentiment que vous avez déjà connu, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ? répéta-t-il plus fort devant le mutisme de l'agent. Et celui-ci, à nouveau, répondit comme en dépit de sa volonté.

- Oui, c'est vrai.

- Racontez-moi Don. Racontez-moi la première fois où vous avez ressenti ce sentiment.

- A quoi bon ? tenta-t-il de protester. Ca n'a rien à voir avec ce qui se passe aujourd'hui.

- Au contraire Don. Bien au contraire. Alors cessez de résister et racontez-moi. »

A nouveau il se sentit impuissant à détourner son regard de celui du médecin et les mots lui vinrent aux lèvres de manière mécanique.


Cissy  (24.02.2009 à 19:21)

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