Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : Numb3rs
Création : 21.02.2009 à 15h30
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Une plongée (douloureuse) dans l'enfance et l'adolescence de Don. Episode un peu statique, en flash-backs, que j'écris seule. » Cissy
Cette fanfic compte déjà 46 paragraphes
CHAPITRE XL
Hôpital Central, Los Angeles
Les résultats du scanner arrivèrent, apportant un nouveau motif d'angoisse pour la famille et les amis de Don. L'examen révéla en effet un important œdème de la moelle épinière : Don était bel et bien paralysé et les médecins ne pouvaient pas, en l'état actuel des choses, émettre un diagnostic sur une guérison possible. Etant donné la quantité de drogues qu'il avait reçue, il valait mieux éviter toute intervention pour le moment, sauf si elle devenait indispensable.
Alan et Charlie étaient terriblement abattus par ces nouvelles. Eux qui avaient espéré que le cauchemar se terminerait aussitôt qu'ils auraient retrouvé Don ! Mais ils voulaient garder espoir. Ce n'était pas en se laissant aller qu'ils aideraient le malade, surtout si celui-ci devait garder des séquelles de son éprouvante captivité. Dès qu'on les prévint qu'il était installé dans une chambre, ils se précipitèrent à son chevet. Alan put enfin serrer dans ses bras son fils endormi : le médecin leur avait dit qu'il allait dormir au moins vingt-quatre heures avant d'avoir un début de réveil. Mais qu'importait qu'il ne réponde pas à son étreinte : le fait de pouvoir le tenir à nouveau dans ses bras, le sentir respirer contre lui était déjà une victoire.
« Ca va aller mon ange, tu verras, lui chuchota-t-il à l'oreille. Il ne gagnera pas ! »
Non, il ne pouvait pas gagner. Si Don restait infirme, le Dr Rochfield aurait réussi en partie son horrible vengeance, et ça, pensait Charlie, c'était hors de question. Il s'installa de l'autre côté du lit et saisit la main de son frère, regardant intensément son visage livide, les cernes profondes qui lui mangeaient les joues recouvertes d'une barbe de vingt-quatre heures. Il murmura à nouveau, comme pour lui-même :
« Je serai toujours là pour toi Donnie, toujours ! Tu ne seras plus jamais seul grand frère, plus jamais, je te le promets ! »
Puis ses yeux se fermèrent, sans qu'il s'en aperçoive.
David entra précautionneusement dans la chambre : il venait de s'entretenir à son tour avec le médecin et il avait obtenu l'autorisation de jeter un coup d'œil sur le malade, à condition de ne pas s'attarder dans la chambre. Don, à plat dos sur le lit, le bras relié à un goutte-à-goutte, l'index droit enserré dans un doigtier qui indiquait ses constantes, dormait profondément. Installés dans des fauteuils à sa droite et à sa gauche, ayant chacun saisit une de ses mains, Alan et Charlie étaient eux aussi plongés dans un sommeil réparateur après tant d'heures d'angoisse. Il referma la porte et alla dire à ses collègues qu'ils pouvaient rentrer : il resterait là avec Amita et leur donnerait des nouvelles dès qu'il en aurait. Liz refusa de partir et s'installa aux côtés de la mathématicienne, sur l'un des canapés de la salle des familles qui était vide. Les deux femmes, épuisées, ne tardèrent pas à s'endormir et David finit par les imiter.
CHAPITRE XLI
Hôpital Central, Los Angeles
Don s'agita dans son sommeil, il gémit et poussa un cri. Aussitôt, son père et son frère se dressèrent auprès de lui, arrachés au sommeil profond dans lequel ils avaient sombré.
- Tout va bien Donnie, je suis là, chéri, lui dit Alan tandis que Charlie s'exclamait :
- Ca va Donnie, ce n'est qu'un cauchemar. Tout va bien.
Pendant un instant, ils eurent l'impression qu'il ne les avait pas entendu, puis il ouvrit les yeux et, bouleversés, ils lurent dans son regard une terreur intense. Pourtant, en découvrant leurs deux visages penchés sur lui, cette lueur disparut, remplacée par un étonnement sans borne, comme s'il ne parvenait pas à croire ce qu'il voyait.
- Papa... Charlie... C'est vous... Est-ce que je suis en train de rêver ?
- Non, Non, mon ange ! s'exclama son père en s'asseyant au bord du lit tout en lui étreignant la main. On est là. Tout va bien maintenant.
- Vous êtes vraiment là ?
Il n'avait pas l'air de parvenir à y croire, de réaliser que tout cela n'avait été qu'une atroce mise en scène. Il semblait avoir totalement oublié qu'il leur avait déjà parlé lorsqu'il avait été libéré, qu'il avait vu ses coéquipiers en bonne santé, et qu'il s'était assuré que son père et son frère allaient bien.
- On est vraiment là, Donnie. Tu vois, nous allons très bien, tout les deux.
- Je ne comprends pas... Où est le Dr Lindsfort ?
Il commençait à s'agiter et ils se penchèrent sur lui, inquiets.
- Tout va bien répéta son père. Chut... Tout va bien.
Il le serra contre lui et Don après s'être débattu quelques secondes, lui rendit son étreinte, cessant de se poser des questions, se contentant simplement de jouir de ce moment qu'il avait cru ne plus jamais connaître. Il se blottissait dans les bras de son père et il se sentait bien, incroyablement bien, lui qui pensait que jamais plus il ne pourrait se sentir en sécurité. Alan garda son fils dans ses bras un petit moment, caressant doucement ses cheveux alors que Charlie, assis de l'autre côté du lit, lui passait une main compatissante dans le dos, dans un massage lénifiant. Bientôt le souffle de Don se régularisa, son corps se fit plus lourd dans les bras de son père et ils comprirent qu'il s'était rendormi. Ils le rallongèrent sur les oreillers avec infiniment de douceur et reprirent leur veille vigilante à son chevet.
CHAPITRE XLII
Hôpital Central, Los Angeles
- Non ! Non ! Charlie !
Don venait de se dresser en hurlant. Alan, qui se trouvait dans la salle de bain, se précipita auprès de lui.
- Donnie, tout va bien mon grand ! Tout va bien.
Il avait l'impression de répéter ces mêmes mots depuis des lustres : « Tout va bien ». Comme pour s'en convaincre tout autant que son fils. Celui-ci fixa sur lui des yeux encore emplis de peur.
- Papa ? C'est toi, c'est bien toi ?
- Bien sûr Donnie. Je suis là près de toi.
Les yeux de Don faisait le tour de la pièce.
- Et Charlie ? Où est Charlie ?
- Il est parti prendre un café. Il ne devrait pas tarder.
- Il va bien ?
- Il va très bien Donnie. Nous allons tous très bien.
Don se laissa aller sur les oreillers, semblant rassuré, répétant, comme pour s'en convaincre :
- Il va bien...
A ce moment-là, Charlie entra dans la pièce et il comprit aussitôt ce qui venait de se produire. Le regard de son père était éloquent. Il s'approcha du lit et saisit la main de son frère pour la porter à sa bouche.
- Charlie... Charlie...
Don semblait incapable de dire autre chose et, bouleversé, son frère vit des larmes rouler sur ses joues.
- Tout va bien Donnie, lui dit-il à son tour. Tu vois, je suis là. Et David, Liz, Colby et Nikki attendent de tes nouvelles.
- Ils vont bien, vraiment bien?
- Oui. Tout le monde va bien. Tout ceci n'était que l'atroce mise en scène d'un esprit pervers.
- Je ne comprends rien, ça paraissait tellement vrai, tellement vrai...
- Cet homme était très fort chéri, il t'a drogué pour t'obliger à croire à toutes ces horreurs.
- Cet homme... Le Dr Landsfort, c'est ça ?
- C'est ça oui. En vérité il s'appelait Samuel Rochfield.
- Mais pourquoi ? Pourquoi ?
- Pour se venger de moi, avoua Alan, la voix tremblante.
- Pourquoi ?
- Je t'expliquerai quand tu iras mieux mon ange. Il faudrait que tu boives un peu, les médecins ont dit que ça aiderait à éliminer la drogue.
- La drogue ?
Il paraissait déjà avoir oublié ce qu'on venait de lui expliquer et le cœur de Charlie se serra. D'habitude son frère était si prompt à réagir, si vif d'esprit, que c'était un calvaire de le voir ainsi, à demi hébété, comprenant à peine ce qu'on lui expliquait.
- Oui. Tu as été drogué. Et cet homme en a profité pour te faire croire que nous avions été tués, papa, moi et toute ton équipe...
- C'est vrai, je me souviens...
Il fit une pause, semblant vouloir rassembler ses idées.
- J'ai soif.
Charlie lui tendit aussitôt un verre fermé duquel sortait une paille et le porta à sa bouche tandis qu'Alan le soutenait tendrement en position assise. Il but quelques gorgées et sembla retrouver un peu d'énergie.
- Ca fait combien de temps ? demanda-t-il alors d'une voix tremblante.
Ils comprirent aussitôt le sens de sa question.
- Une semaine répondit son père.
Il le regarda, incrédule.
- Non... Mais... Je croyais qu'il s'était passé des mois !
- Ca faisait partie de son plan, expliqua Charlie. Te faire perdre tous tes repères temporels pour t'amener à te sentir encore plus vulnérable.
- Mais, comment ? comment est-ce possible ?
- Toujours la drogue, Donnie, intervint Alan à son tour. Il t'administrait de puissants narcotiques puis des réactifs quelques heures après de manière à te faire croire que toute une journée ou une nuit s'était passée entre ton endormissement et ton réveil. Il a ainsi réussi à accélérer le temps à sa guise.
Il passa une main tremblante sur son visage. Puis, d'un air étonné, il regarda cette main, la droite, comme si quelque chose lui échappait dans le fait de pouvoir l'utiliser :
- J'étais blessé, mon bras... Qu'est-ce que... ?
- Non. Ca aussi faisait partie de son plan, reprit alors Alan. Pour que tu crois avoir été pris dans une explosion, il a simulé des blessures.
- Oui. Alors... Mes jambes ?
Son ton était plein d'espoir et soudain Alan et Charlie se sentirent étreints par un horrible sentiment d'impuissance. Depuis trente-six heures maintenant qu'il était hospitalisé, aucune amélioration ne semblait s'être produite dans l'état de ses jambes, et les médecins commençaient à envisager l'opération. Mais ils n'eurent pas le temps d'expliquer cet état de fait à Don. Celui-ci s'aperçut soudain que ses membres ne répondaient toujours pas à ses sollicitations et une lueur d'effroi envahit ses yeux.
- Mais... Vous m'aviez dit que tout était faux ?
- Laisse-moi t'expliquer, commença Alan.
- Mes jambes ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas bouger les jambes ? Pourquoi vous m'avez menti ?
- Donnie... essaya de dire Charlie.
Mais il n'était plus temps de parler : l'esprit encore embrumé par les drogues, affaibli par les heures horribles qu'il venait de passer, Don n'était pas en état de supporter ce genre de choc et ses nerfs le trahirent. Il explosa en larmes, cris et tremblements incontrôlables et les médecins, accourus à son chevet, durent se résoudre à lui administrer un calmant, malgré le risque que lui faisait courir l'introduction de drogues supplémentaires dans son organisme, pour éviter que la crise ne finisse à nouveau par des convulsions qui auraient été plus dangereuses encore dans la mesure où il avait déjà eu deux attaques de ce genre en quelques jours. Il sombra aussitôt dans un état léthargique au plus profond duquel son esprit continuait à affronter d'horribles visions s'il fallait en croire son agitation et les frissons qui le parcouraient à intervalles réguliers. Effondrés, rongés par un effroyable sentiment d'impuissance et un regain d'inquiétude, Alan et Charlie reprirent leur garde attentive, comprenant soudain combien la guérison risquait d'être longue.
CHAPITRE XLIII
Hôpital Central, Los Angeles
Don ne reprit connaissance que le lendemain, en fin d'après-midi. Il ouvrit calmement les yeux au moment où l'infirmière venait prendre sa température. Elle le salua d'un gentil sourire et il répondit d'une voix calme. Charlie se pencha à son tour sur lui :
- Tu vas bien Donnie ?
Cette fois-ci, son frère ne sembla pas étonné de sa présence. Apparemment, il avait enfin intériorisé le fait que rien de ce qu'il avait cru vivre n'était vrai.
- Et toi ?
- Moi, je vais très bien.
- Où est papa ?
Il y avait de l'inquiétude dans la voix de Don et Charlie comprit qu'il ne pouvait pas s'empêcher de penser que peut-être...
- Il est allé se changer.
A force d'insistance, les médecins avaient enfin réussi à leur faire admettre que rester ensemble au chevet de Don, sans s'accorder aucun répit, n'était pas raisonnable. Qui prendrait soin de leur malade s'ils s'épuisaient tous les deux ? Ils avaient alors consenti à s'absenter, à tour de rôle, quelques heures dans la journée, le temps d'aller prendre une douche, changer de vêtement et se détendre un peu chez eux. Charlie l'avait fait le matin même, quittant la chambre de son frère pour la première fois depuis trois jours, et Alan, accompagné d'Amita, s'était résigné à faire de même deux heures plus tôt : il ne devrait pas tarder à revenir.
- Et les autres ?
Il comprit aussitôt le sens de la question.
- Ils vont bien, tous, mais ils ont dû retourner au bureau. Il y a déjà plus de trois jours que tu es là.
- J'aimerais les voir.
- Quoi, maintenant ?
- Oui. Je crois que ça me ferait du bien.
Sans plus discuter, Charlie alla appeler Colby et celui-ci, heureux d'avoir enfin une bonne nouvelle, l'assura que lui et ses trois collègue seraient là dans quelques minutes. Ils arrivèrent en effet très vite. Don les accueillit avec un pâle sourire : il semblait encore très faible, mais son regard n'était plus vitreux, il avait apparemment toute sa conscience.
- Vous êtes là, vraiment.
- Et oui, tenta de plaisanter Colby. Où voudrais-tu qu'on soit, franchement ?
Mais sa voix sonnait faux tellement il était ému de voir que Don paraissait aller mieux et de l'émotion tangible qui habitait celui-ci à s'apercevoir qu'ils étaient tous bel et bien vivants.
Charlie ne les laissa pas s'attarder trop longtemps, son frère avait avant tout besoin de calme et de repos. Mais cette courte visite les avait rassurés et ils purent reprendre enfin le chemin du bureau l'esprit tranquille : ils avaient eu la joie de pouvoir enfin s'assurer que leur chef et ami allait mieux et que tout semblait devoir s'arranger. Cette même joie habitait Don au même moment tandis que son frère lui faisait ingurgiter un verre d'eau puis l'aidait à s'allonger de nouveau.
A ce moment-là, Amita et Alan rentrèrent dans la chambre et ils se réjouirent de voir que le malade paraissait, pour la première fois depuis longtemps, vraiment conscient : on le sentait, cette fois-ci, sur la voie de la guérison. Alan serra affectueusement son fils dans ses bras et Amita l'embrassa fraternellement. Puis ils s'éloignèrent de quelques pas et il les regarda tous les trois, groupés à côté de son lit, tandis qu'un soupir de soulagement lui échappait.
- Alors tout le monde va vraiment bien ?
- A part toi, oui, répondit Charlie.
- Mais je vais aller mieux bientôt.
- J'en suis sûr Donnie, j'en suis sûr.
- Et de toute façon, même si je ne remarchai jamais, le plus important c'est que tu sois là, toi et papa et David, Liz, Colby, Nikki et Amita aussi bien sûr, ajouta-t-il avec un regard affectueux vers la jeune femme. C'est vrai, ajouta-t-il après un silence, que peuvent valoir une paire de jambes à côté d'un petit frère comme toi ?
Et il saisit la main de son frère dans une étreinte où passait tout le désespoir qu'il avait ressenti lorsqu'il avait réalisé qu'il ne le verrait plus jamais.
Charlie fut profondément ému de cette déclaration : son frère venait, en quelques mots, de lui accorder une place qu'il n'aurait jamais cru avoir dans sa vie. Il porta sa main à ses lèvres.
- Mais tu verras que tu remarcheras Donnie, ce n'est pas possible autrement.
- Beurk ! protesta comiquement Don en lui arrachant sa main. C'est dégoûtant et puis arrête de m'appeler Donnie !
- Pardon... Donnie...
Tandis qu'Alan et Amita partaient d'un franc éclat de rire, moins dicté par la drôlerie toute relative de la scène que par l'intense soulagement qu'il ressentait de cette preuve d'un retour imminent à la normale, Don, déjà à moitié endormi râla :
- Pas... Donnie...
Charlie rit doucement : son frère redevenait vraiment lui-même, enfin !
CHAPITRE XLIV
Hôpital Central, Los Angeles
- Salut Don. Comment ça va ce matin ?
- Ca va mieux.
L'agent surprit alors le coup d'œil que jetait son ami sur ses jambes. Il comprit la question qu'il n'osait formuler.
- Rien de nouveau, dit-il.
- Mais ça reviendra, tu verras, l'encouragea David.
- J'espère oui, je l'espère vraiment.
David échangea un long regard avec Alan assis auprès de son fils. C'était déjà le quatrième jour d'hospitalisation de celui-ci et son état s'améliorait régulièrement : certaines drogues avaient d'ores et déjà disparu de l'organisme et le taux de présence des autres s'était drastiquement réduit. Mais ses jambes ne répondaient toujours pas. Le scanner, passé le matin même, avait révélé que l'œdème ne se résorbait pas et les médecins commençaient à parler très sérieusement d'opération.
Il semblait cependant que Don ne prenait pas vraiment la mesure de la gravité de son état : il était étrangement serein, peut-être encore trop sous l'effet des drogues et de l'horreur qu'il avait traversée pour réaliser vraiment ce que voudrait dire pour lui de ne jamais plus pouvoir marcher. A moins que, comme il l'avait dit, cela lui paraisse secondaire à côté du désastre qu'il avait cru réel. Il pourrait vivre, même s'il restait paraplégique, entouré de l'amour des siens qu'il avait cru perdus à jamais, il ne l'aurait pas pu sans eux, paraplégique ou non.
David ne s'attarda pas longtemps : il savait que Don devait avant tout prendre du repos. Il venait juste les informer de la conclusion de leur enquête : ils avaient découvert que les deux complices de Rochfield était en fait un couple de déséquilibrés qu'il manipulait depuis longtemps déjà et qui aurait fait n'importe quoi pour lui. Ils avaient enlevé Don alors qu'il arrivait chez lui. Le Dr Rochfield, qui s'était révélé être le médecin informateur que Don était allé voir, avait versé un anesthésique dans le café qu'ils avaient bu à la terrasse d'un estaminet lors de leur entretien pour lequel il s'était grimé de manière à ce que, par la suite, l'agent ne le reconnaisse pas. De toute façon, les drogues qu'il lui avait injectées lorsqu'il le tenait en son pouvoir l'empêchaient à la fois de penser clairement et de faire appel à sa mémoire visuelle.
Le criminel savait où habitait l'agent, il avait choisi sciemment le lieu et l'heure du rendez-vous pour que celui-ci soit contraint, aussitôt après leur entretien, de rentrer chez lui. L'anesthésique avait été savamment dosé pour que Don ne risque pas de perdre connaissance avant d'arriver chez lui. Bien sûr Rochfield avait couru un risque, l'agent aurait très bien pu décider de retourner au bureau, ou de partir ailleurs. Mais, de toute façon, il suivait le véhicule de sa victime et avait envisagé d'autres opportunités de s'emparer de lui une fois que la drogue aurait fait son effet. Don avait ressenti un léger étourdissement au moment où il avait posé pied à terre pour entrer dans son immeuble. Il s'était dirigé en titubant vers la porte, puis il avait senti des bras le maintenir, sans comprendre ce qui se passait. Une intraveineuse avait fait le reste et les trois complices n'avaient plus eu qu'à faire disparaître le corps dans leur voiture. Là, Rochfield avait délesté Don de ses effets personnels qu'il avait ensuite déposés chez lui pour égarer les recherches.
Quand aux faux Dr Glanzer et agent Slatter, il s'avérait qu'il s'agissait de deux acteurs aux abois, comme il en existait des dizaines à Los Angeles, qui avaient accepté, moyennant rétribution, de jouer un rôle dans ce qu'on leur avait présenté comme un thriller à petit budget. On leur avait ainsi fait croire qu'ils jouaient une scène et que Don était lui aussi un acteur. Le Dr Rochfield les avait fait longuement répéter leur rôle avant de les mettre en présence de son prisonnier. S'ils avaient eu des doutes, ils s'étaient bien gardé de les exprimer, trop heureux de gagner quelques centaines de dollars pour quelques minutes de tournage. On ne pouvait pas retenir grand-chose contre eux.
Par contre, le matin même, le Dr Rochfield avait été inculpé d'enlèvement, séquestration, torture et tentative de meurtre sur un agent fédéral : il n'était pas prêt de revoir la lumière du jour !
Lorsqu'il quitta la chambre, Alan échangea un long regard avec son garçon, adossé à ses oreillers.
- Tu as besoin de quelque chose ?
Don le regarda droit dans les yeux.
- J'aimerai des réponses.
- Comment ça ?
- Je veux comprendre papa. Pourquoi cet homme t'en voulait-il à ce point ? Qu'avais-tu fait pour qu'il te poursuive ainsi de sa haine ?
Alan hésita longuement. Devait-il révéler à son fils ce qui lui était arrivé, il y avait si longtemps de cela ? Quel risquait d'être le traumatisme de cet aveu ? Puis il se rappela les mots du Dr Bradford. Celui-ci lui avait conseillé, si Don insistait pour savoir la vérité, de la lui dire. Il pensait que le pire pour lui serait de ne pas comprendre la raison de ce qu'il avait vécu. D'après lui, la révélation d'un événement vieux de trente-deux ans dont il ne gardait aucun souvenir risquait moins de le bouleverser que de pas pouvoir saisir tous les tenants et aboutissants de cette affaire, lui qui détestait ne pas tout avoir sous contrôle.
Alors, sur un ton d'abord hésitant, puis qui s'affermit au fur et à mesure qu'il racontait, Alan réussit enfin à faire part à son fils de ce qui s'était passé. Lorsqu'il eut finit, il leva les yeux vers Don, inquiet à l'idée de lui avoir fait subir un choc supplémentaire après tout ce qu'il venait déjà de vivre. Mais celui-ci n'avait pas l'air choqué, juste soulagé.
- Je comprends maintenant.
- Tu m'en veux ?
- De quoi ?
- De t'avoir raconté cette horreur. De n'avoir pas mieux veillé sur toi à cette époque.
- Arrête papa ! Tu as si bien veillé sur moi que je n'avais aucun souvenir de cet épisode. Et puis, pour ce qui est de me raconter des horreurs, tu ne parviendras jamais à atteindre un millième de ce que m'a fait croire Rochfield, alors...
Alan saisit la main de son fils dans les siennes et la porta à sa joue.
- Je te demande pardon Don.
- Non ! Non papa ! Tu n'y es pour rien voyons. Tout est la faute de cet homme ! Toi tu n'as fait que vouloir me protéger.
- Ce n'est pas de cela que je parle Donnie.
- De quoi alors ?
- Donnie... Je te demande pardon d'avoir pu te laisser croire que je te préférais ton frère, que je parviendrais bien plus facilement à me remettre de ta perte que de la sienne.
- Quoi ? Mais de quoi tu parles papa ?
- Chéri, Rochfield a filmé ses entretiens avec toi.
Don le regarda et pâlit. Il lui revenait soudain en mémoire des bribes de phrases, des choses qu'il avait dites.
- Ca ne voulait rien dire papa. Je n'étais pas conscient de ce que je racontais...
- Non, justement. C'est ton cœur qui parlait. Tu es persuadé que si je devais choisir un de mes enfants, c'est ton frère que je choisirais.
- Non, ce n'est pas ça papa...
Don était mal à l'aise, désireux d'échapper à cette conversation qui l'amenait sur le terrain des sentiments où il se sentait toujours si maladroit.
- Tu n'as pas à t'en défendre Donnie. Il n'y a rien de mal à ça. D'ailleurs, c'est ma faute.
- Arrête papa ! Je ne veux pas t'entendre dire ça.
- Tu sais que j'ai raison Don. Je ne suis pas trop à l'aise avec ces choses là, alors je ne dis rien, pensant que les gestes suffisent.
- Papa...
- Non, laisse-moi terminer, chéri. Mais les gestes ne suffisent pas toujours. Il y a des mots qu'on a besoin de s'entendre dire, même quand on est un homme. Alors je veux que tu m'écoutes bien : je t'aime Donnie. Je t'aime tout autant que Charlie et tu dois en être persuadé. Vous êtes ce qui m'est le plus précieux au monde et je ne pourrai pas me remettre de la disparition d'aucun d'entre vous.
Pour être bien sûr que son fils le comprenait, il ajouta en lui saisissant le visage entre les mains :
- D'aucun tu comprends, mon ange ?
En entendant ce surnom, Don tressaillit et ses yeux s'embuèrent de larmes. C'était la première fois qu'il l'entendait depuis la mort de sa mère : il pensait que personne d'autre qu'elle ne pourrait jamais lui susurrer ces deux mots avec autant d'amour dans la voix. Et, en voyant les yeux de son père posés sur lui, il se rendit compte soudain qu'il y lisait autant d'amour qu'autrefois dans les yeux de sa mère, d'amour et... son cœur s'emballa : il n'osait donner un nom à cette lueur qu'il avait l'impression de voir pour la première fois dans le regard d'Alan.
- Une dernière chose : ta mère et moi avons toujours été fiers de toi, de ce que tu étais, de ce que tu faisais. A aucun moment tu ne nous as déçus. Et si on a pu te laisser croire que tu n'étais pas à la hauteur de nos espérances, que pour nous tu n'arriverais jamais à la cheville de ton frère, alors je te demande pardon, en son nom et au mien. Je suis immensément fier de toi Donnie, bien plus que je ne pourrai jamais te le dire. »
Incapable de parler, ému aux larmes, plus peut-être par ce qu'il lisait dans les yeux de son père que par les mots que celui-ci prononçait, Don se contenta de se jeter dans les bras d'Alan qui le serra longuement contre lui, en proie à une sensation de bonheur indicible. Tout n'était pas gagné sans doute, mais son fils était là, contre lui et désormais il n'y aurait plus d'ombres entre eux.
- Je suis là, mon ange, chuchota-t-il, et tu ne seras plus jamais seul, plus jamais. »
CHAPITRE XLV
Hôpital Central, Los Angeles
Dans son demi sommeil, Don revivait l'un des derniers souvenirs ravivé par son ravisseur : la mort de sa mère. Il était à nouveau envahi par cette terrible impression de solitude qu'il avait ressentie à ce moment-là, en pensant que jamais plus personne ne poserait sur lui ce regard empli d'amour et de compréhension.
Il sentit soudain une main légère sur son front, et il eut l'impression qu'elle était là, à nouveau, près de lui. Et lorsqu'il ouvrit les yeux, la première chose que Don vit, ce fut le regard de Charlie fixé sur lui. Avec un choc au cœur, il reconnut dans ce regard celui que sa mère avait eu juste avant de mourir : le même amour infini emplissait les yeux de son petit frère. Et soudain, il comprit qu'il ne serait plus jamais seul au monde. Charlie était là et il ne le laisserait jamais tomber. Il lui sourit, soudain apaisé et se rendormit aussitôt. Alan rentra à ce moment-là dans la chambre.
- Il dort encore ?
- Il en a tellement besoin.
- C'est vrai, mais c'est tellement étrange de le voir si calme.
- Il ira bien papa, tu verras, il ira très bien.
- Je l'espère.
A ce moment-là, Don s'agita et soudain Charlie s'exclama :
- Regarde !
- Quoi ?
- Ses jambes !
Alan fixa les jambes de son fils et ses yeux se remplirent de larmes : Don bougeait les jambes dans son sommeil, il n'était plus paralysé. Tout allait enfin rentrer dans l'ordre. Charlie se jeta dans les bras de son père et les deux hommes restèrent longuement enlacés, ne se lassant pas de contempler Don qui dormait et sachant, désormais, qu'il allait se remettre de toute cette horreur. Puis Alan sortit de nouveau pour prévenir le médecin de la constatation qu'ils venaient de faire.
Il avait à peine passé la porte que Don se mit à s'agiter, comme en proie à un cauchemar et Charlie comprit qu'il était en train de revivre l'une des atrocités que Rochfield avait insinué dans son esprit. Il étendit la main pour le réveiller, l'arracher à ce songe affreux. Puis il pensa qu'il devait le laisser dormir encore, c'était important pour qu'il récupère totalement. Don se débattait, et il gémissait dans son sommeil : peut-être se sentait-il à nouveau seul, perdu, isolé de tous. Charlie s'étendit alors contre lui, le prit doucement dans ses bras en faisant attention de ne pas l'éveiller. Il sentit soudain son frère se lover contre lui comme s'il avait perçu sa présence à travers les voiles épais de son sommeil. Il resserra alors son étreinte autour de lui et déposa un baiser sur sa nuque. Don se laissa aller, détendu, avec un soupir d'aise : il se sentait enfin en sécurité. Charlie ne bougeait plus de peur de l'arracher à ce moment de bien-être. C'est ainsi qu'il s'endormit à son tour.
Alan, revint quelques minutes après : il voulait annoncer à Charlie que le médecin, prévenu que les jambes de Don bougeaient à nouveau, mais aussi que celui-ci dormait, avait demandé qu'on le prévienne lors du prochain réveil de son patient. Après tout, un examen n'avait rien d'urgent puisque tout semblait rentrer dans l'ordre et la priorité était que le malade dorme afin d'éliminer toute trace de drogue de son organisme. Dès qu'il serait réveillé, on lui ferait passer un nouveau scanner pour vérifier que tout allait bien. En rentrant dans la chambre Alan aperçut ses fils enlacés qui dormaient paisiblement et il s'installa tout près d'eux Sa main se posa sur celle de Don et il lui murmura tendrement :
« Je suis là chéri, tout ira bien désormais. Charlie et moi nous veillerons sur toi. Et je te promets que tu ne seras plus jamais seul ! »
Puis il s'enfonça un peu plus dans le profond fauteuil et se prépara à veiller sur le sommeil de ses enfants.
FIN