HypnoFanfics

Interdit aux moins de 16 ans

Traumatisme

Série : Numb3rs
Création : 11.03.2009 à 16h21
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Beaucoup de larmes dans cet épisode très violent que j'écris seule. Ames sensibles d'abstenir. » Cissy 

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AVERTISSEMENT :

Plus dans la lignée "Esprits Criminels" que "Numb3rs", cet épisode comporte quelques scènes très dures.

A ne pas mettre entren toutes les mains. A éviter pour les adorateurs de Charlie.

Elles seront signalées par des astérisques suivant le titre du chapitre.


Cissy  (11.03.2009 à 16:23)

CHAPITRE I

 Maison des Eppes

Don était installé dans la salle à manger. Sur la grande table s'étalaient des feuilles, des photos, une multitude de schémas qu'il consultait alternativement. Alan leva les yeux des mots croisés qu'il était en train de faire, installé dans son fauteuil favori :

- Don ! La maison n'est pas une annexe du bureau je te signale !

- Je sais papa. Mais cette affaire... Je dois absolument y voir clair.

- On est dimanche Donnie, tu dois aussi souffler un peu. Je croyais que c'était ton jour de repos cette semaine.

- Oui, c'est le cas.

- Alors permets-moi de te dire, fiston, que tu as une drôle de conception du repos.

- Juste quelques minutes papa. Dès que j'aurais mis tout ça au clair, on pourra aller se promener.

- Oui, c'est ce que tu as déjà dit il y a deux heures.

- Quoi ? Non, attends...

- Tu sais que tu es pire que ton frère quand il est plongé dans ses équations ? Aucune idée du temps qui passe. Le monde pourrait bien s'écrouler autour de lui qu'il ne verrait rien. Et bien toi, c'est tout pareil, en pire !

- N'exagère pas tout de même !

- Oh mais je...

La phrase d'Alan fut interrompue par l'ouverture de la porte. Charlie arrivait, resplendissant de bonne santé, un sourire radieux sur le visage. Alan fut le seul à percevoir le sursaut de Don à la vue de son jeune frère et à vort son visage s'assombrir. Cependant, il fit mine de n'avoir rien remarqué et il accueillit son fils cadet avec un sourire :

- Alors Charlie, bonne promenade ?

- Excellente ! C'était tout simplement fabuleux.

- Je croyais que tu devais être absent jusqu'à ce soir.

- Oui, je le croyais aussi. Mais Larry a trouvé le moyen de tomber à l'eau. Donc nous avons dû rentrer pour qu'il se change. Du coup Amita s'est souvenue qu'elle devait rendre un projet d'étude demain matin à la première heure et elle est repartie pour le bureau en me laissant choir comme une vieille chaussette. Donc, je me suis dit que mon vieux père allait me tenir compagnie.

- Ton VIEUX père ? s'indigna Alan.

- C'est juste une façon de parler papa, en toute affection.

- Et bien laisse-moi te dire, jeune insolent que...

Mais pour la seconde fois de l'après-midi, Alan ne put pas terminer sa phrase. Soudain, Charlie s'aperçut de la présence de son frère qui ramassait à la hâte les documents épars sur la table.

- Tiens Donnie ? Mais... Tu ne m'as pas dit que tu venais.

- Non ! Pourquoi ? J'aurais dû ? Je dois te demander la permission de venir maintenant ?

- Don ! s'exclama Alan sur un ton sévère tandis que Charlie répondait :

- Bien sûr que non. Mais si j'avais su que tu venais, je serais resté là. Ca fait un sacré bout de temps que nous n'avons pas eu l'occasion de passer un peu de temps ensemble.

- J'ai trop de boulot en ce moment Charlie, rétorqua Don en se réfugiant derrière son excuse favorite.

- Je pourrai sans doute t'aider..., commença Charlie.

- Charlie... On en a déjà parlé.

- Les garçons !

La voix d'Alan était à la fois alarmée mais aussi résignée : il savait qu'il ne pourrait pas juguler la dispute qui s'annonçait, une fois de plus. Il espérait seulement qu'elle ne prendrait pas de proportions trop importantes. Depuis les derniers événements, il tremblait à la pensée que ses fils en arrivent à rompre toute relation tellement leurs rapports étaient devenus contraints et tendus.

- C'est bon papa. Ne t'inquiète pas. Il n'y a pas à discuter de toute manière.

- Il n'y a pas à discuter de toute manière, répéta Charlie en singeant cruellement son aîné. MOSSIEUR l'agent spécial Donald Eppes a décidé et ça s'arrête-là, c'est tout ?

- Exactement ! Ca s'arrête là et c'est tout !

- Donnie... Laisse-moi t'aider... !

La voix de Charlie s'était faite suppliante. Il avança vers la table et tenta de jeter un coup d'œil aux documents que son frère avait apportés. Un instant, Don parut sur le point de céder, puis son visage se ferma à nouveau et il rabattit, d'un mouvement sec, la couverture du dossier qui était ouvert devant lui, de manière à ce que la seule chose qu'en puisse voir Charlie, ce fut la couverture cartonnée sur laquelle se dessinait le logo du F.B.I. et la mention « Agent in charge's eyes only ».

- C'est impossible Charlie et sais très bien pourquoi.

- Non, justement ! Et c'est ça le pire. Je ne comprends pas ta décision.

- Si tu ne comprends pas, alors c'est que tu n'es pas aussi malin qu'on le dit !

- Don ! Ca suffit maintenant !

La voix d'Alan s'élevait à nouveau, sévère cette fois-ci. Mais Charlie, lui, ne se fâcha pas :

- Peut-être que c'est ça. Peut-être que je ne suis pas aussi malin qu'on le dit. Donc à toi de m'éclairer et de m'expliquer. Je t'écoute.

Le visage buté de son aîné, son mutisme face à sa demande directe, sembla soudain déclencher sa colère.

- D'accord, tête de mule ! Ne dis rien ! N'explique rien ! Mais si tu ne veux pas que je m'intéresse à ton travail, alors aies au moins la décence de ne pas l'apporter sous mon toit comme pour me narguer !

Don explosa à son tour 

- Ne t'inquiète pas ! Je n'ai pas l'intention de te narguer longtemps comme tu dis ! Je te signale que tu n'étais pas censé rentrer de l'après-midi.

Interdit, Charlie le regarda et soudain une immense tristesse envahit son regard :

- C'est pour ça... C'est donc pour ça que tu es là ! Parce que tu savais que je n'y serais pas !

La colère de Don fondit à son tour en entendant la souffrance qui vibrait dans la voix de son cadet.

- Non... Non Charlie... Je suis juste venu tenir compagnie à papa. Ce que je voulais dire, c'est que, si j'avais su que tu rentrerais si tôt, je n'aurais pas amené mes dossiers ici.

Il lui sembla que Charlie ne l'avait même pas entendu :

- Alors on en est là Donnie ? Tu ne supportes même plus de me voir ? Tu t'arranges pour passer juste quand je suis absent, exprès ?

- Charlie... Non ! Ne fais pas ça ! Je t'en prie !

- Quoi ? Je fais quoi ?

- Tu détournes les choses. Tu les arranges à ta manière. Tu sais très bien que ce n'est pas contre toi. C'est juste que je ne peux plus accepter ton aide.

- Tu ne VEUX plus, c'est différent.

- D'accord. Je ne veux plus. Mais ça ne change rien entre toi et moi petit frère ! Je ne cherche pas à t'éviter.

- Ah non ? Vraiment ? Dis-moi combien de fois on s'est vu ces trois dernières semaines hein ? Dis-le moi pour voir. Et après, ose me redire que tu ne m'évites pas...

- Charlie...

Don n'eut pas le temps de finir sa phrase. Le mathématicien avait tourné les talons et se dirigeait vers le garage. Le bruit de la porte qui se refermait sèchement résonna aux yeux de l'aîné comme une condamnation définitive.

 


Cissy  (11.03.2009 à 16:27)

CHAPITRE II

Maison des Eppes 

D'un geste las, il se retourna vers son père figé, bouleversé par la scène qui venait de se dérouler devant lui, s'attendant à lire une condamnation sans appel dans ses yeux. Mais Alan posait sur lui, au contraire, un regard empli de compassion comme s'il comprenait parfaitement les affres par lesquelles il passait.

- Papa, tu sais bien toi que ce n'est pas ce qu'il pense.

- Je le sais oui, Donnie. Mais mets-toi à sa place. Vous aviez une relation si complice, si étroite : la relation dont il rêvait depuis sa plus tendre enfance. Et soudain, tout est remis en question, du jour au lendemain.

- Je ne veux plus qu'il prenne de risques papa.

- Je sais chéri. Mais tu ne peux pas le protéger de tout. Ton frère est un adulte maintenant, tu dois enfin en prendre conscience.

Don sembla méditer ces paroles quelques instants puis il se dirigea vers la table de la salle à manger en disant :

- Je crois que je vais rentrer.

Il n'avait pas fini de rassembler les pièces de son dossier que son père était déjà devant lui, posant ses mains sur la pile de feuilles qu'il s'apprêtait à remettre dans le porte-document qui gisait sur la chaise. Son ton se fit ferme, excluant toute protestation :

- Pas question ! Tu as dit que tu passais l'après-midi avec moi et je me faisais une joie de profiter un peu de toi. Alors tu passes l'après-midi avec moi.

Don hésita un instant, jetant un regard vers la porte close qui donnait accès au garage :

- Mais... Charlie...

- Charlie est très bien où il est. Tel que je le connais, il est déjà plongé dans une équation du genre : comment faire comprendre à mon grand frère qu'il se conduit comme un idiot, même si ses raisons sont les meilleures du monde ? Et il en a au moins pour le reste de l'après-midi.

Un petit sourire vint détendre les traits tendus de son fils : c'était ce qu'il espérait. Il continua.

- Et puis, pas de discussion, tu manges ici ce soir ! Ainsi tu prouveras à ton frère qu'il se trompe, que tu ne cherches pas à l'éviter.

L'expression qu'il lut sur le visage de Don montra à Alan combien celui-ci, contrairement à ce qu'il affirmait haut et fort, redoutait de passer du temps en compagnie de son jeune frère : que pourraient-ils bien se dire ? Comment réussir à combler le fossé qui s'était creusé entre eux de manière si brutale ? Mais, une fois encore, l'agent du F.B.I. ne trouva pas le moyen de résister à la force de persuasion tranquille de son père : l'habitude prise depuis l'enfance d'obéir sans discuter quand il employait un certain ton, le désir réel de parvenir à parler à son petit frère, le besoin d'avoir une chance supplémentaire de normaliser enfin les choses ? Quelle que soit sa raison pour cela, il céda et dit :

- D'accord. Mais on mange assez tôt parce que je voudrais me coucher de bonne heure. Demain je dois me lever aux aurores. J'ai un entretien à propos de notre suspect.

- Promis. A dix-neuf heures, tout sera sur la table, tu as ma parole. Bon et maintenant, finis donc ce que tu étais en train de faire et ensuite on va se la faire cette promenade ?

Don le regarda, incertain de la conduite à tenir. Il coula à nouveau un regard en coin vers le garage : et si Charlie revenait dans la pièce ? Son père comprit aussitôt son inquiétude.

- Je te dis qu'il ne réapparaîtra pas avant au moins trois ou quatre heures ! Tu peux me croire. Je le connais comme si je l'avais fait !

A nouveau un léger sourire vint éclairer le visage soucieux de l'aîné. Convaincu, il se réinstalla devant son dossier et reprit son étude attentive. Alan, de son côté réintégra son fauteuil et reprit sa grille de mots croisés. Mais il ne la lisait pas, il n'avait même aucune idée de ce qu'il y avait dessus. Il repensait à ce qui venait de se passer et il tremblait à l'idée de ce qui aurait pu advenir : ses fils, dans l'éclat de la colère, étaient capables de dire des choses irrémédiables. Depuis trois semaines, depuis que tout ça était arrivé, il vivait dans la terreur d'une scène horrible entre ses garçons, qui les conduirait à reprendre chacun leur chemin, comme avant. Et ça, il savait qu'il ne pourrait pas le supporter. Plus maintenant, plus après tout ce qu'ils avaient traversé ensemble depuis la mort de Margaret.

Il savait que, l'un sans l'autre, ses fils étaient incomplets, imparfaits. Ils n'étaient jamais aussi efficaces que lorsqu'ils s'appuyaient l'un sur l'autre, les compétences exceptionnelles de l'un venant compléter l'intelligence aigue de l'autre, les défauts de l'un trouvant leur contrepoids dans les qualités de l'autre et inversement. Et si Don était sérieux, si plus jamais ses deux garçons ne devaient collaborer ensemble, il savait que cela créerait un vide insurmontable chez chacun d'entre eux, un vide qui deviendrait vite un gouffre qui les séparerait inéluctablement.

Pourtant, il comprenait la réaction de son fils aîné. Et ce d'autant mieux que ça avait aussi été sa réaction première : Charlie devait définitivement cesser de collaborer avec le F.B.I. Mais la réaction de Don n'était pas seulement celle d'un protecteur, elle était surtout dictée par cet insurmontable sentiment de culpabilité dont, malgré tout ce que chacun pouvait lui dire, et Charlie le premier, il ne parvenait pas à se débarrasser.

Et entre ses remords et son désir de mettre son petit frère à l'abri de tout, Alan avait bien peur que rien n'arrive à le faire changer d'avis étant donné son entêtement naturel. Pourtant, il était persuadé que Don faisait fausse route, à tous les égards, tant en se sentant coupable qu'en s'obstinant à surprotéger son frère. Mais comment lui faire comprendre ? Comment parvenir à lui faire admettre son erreur ?

Il le comprenait tellement. Après ce qu'ils avaient vécu, comment aurait-il pu en être autrement ?

 


Cissy  (11.03.2009 à 16:32)

CHAPITRE III

 Trois semaines plus tôt, bureaux du F.B.I.

- Don, on a encore un nouveau cadavre !

L'agent du F.B.I. leva les yeux vers David, incrédule.

- C'est pas vrai ! Encore un ! Et c'est lui, tu es sûr ?

- Pas de toute malheureusement. Même mode opératoire, même type de victime.

- Bon sang ! Mais la dernière remonte à seulement quatre jours !

- Je sais, son rythme s'accélère de plus en plus, comme s'il ne pouvait plus se retenir.

- Bon, allons-y. C'est où cette fois ?

Tandis que son collègue lui donnait les informations requises, il endossa sa veste et se dirigea vers les ascenseurs, accompagné de David et Liz. Colby et Nikki étaient partis enquêter sur un suspect possible. Ils les rejoindraient plus tard.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et ils virent alors Charlie qui s'apprêtait à en sortir.

- Quoi ? Vous partez ? Mais tu m'avais dit de passer dès que j'aurais des conclusions.

- Je sais Charlie et je t'en remercie. Mais là tu vois, on vient de retrouver encore un cadavre.

- Quoi, encore un ? s'émut à son tour le mathématicien.

- Oui, encore un.

- Et vous êtes sûrs que...

- Qu'est-ce que tu crois ? s'impatienta son frère. Evidemment que c'est bien lui.

- Justement, j'avais délimité un périmètre...

- O.K. Charlie, on verra ça plus tard.

- Mais là, je crois que je tiens vraiment quelque chose. Il y a enfin une constante...

- Ah oui ? Laquelle ?

- Il y a toujours une église à environ trois pâtés de maison du lieu où les corps sont déposés.

- Tu es sûr ?

- Certain ! Ca ne m'a pas sauté aux yeux tout de suite parce que...

Se rendant compte que son frère allait se lancer dans l'une de ses explications à rallonge, Don lui coupa la parole.

- D'accord. Ecoute, tu nous expliqueras ça à notre retour. Pour le moment on doit aller sur les lieux du crime.

- Je peux vous accompagner ?

- Charlie... Tu sais bien que je n'aime pas que tu assistes à...

- Je te promets que je n'approcherai pas tant que le corps n'aura pas été enlevé. Mais voir les lieux peut me permettre d'affiner mon analyse. Ca peut être important. Et puis, tu m'y as déjà emmené la fois d'avant et celle d'avant et...

A nouveau, Don lui coupa la parole.

- D'accord. Mais tu me promets que tu ne bouges pas avant mon feu vert.

- J'aurais parié que tu dirais ça ! Je commence à le connaître ton refrain !

- Charlie, je ne plaisante pas. Tu restes dans la voiture, c'est clair ?

- Promis mère poule !

Don eut une grimace qui amusa fort ses subordonnées qui s'efforcèrent cependant de ne pas montrer le plaisir qu'ils prenaient à voir leur chef tout puissant être ainsi nargué par son petit frère. Ils n'avaient pas envie de se retrouver assignés à la paperasserie jusqu'à la fin des temps !

- Alors on y va.

- Attends ! Juste le temps de déposer mon barda et je vous suis. Je ne vais pas m'encombrer de tout ce fatras.

C'est seulement alors que Don sembla s'apercevoir qu'outre son inséparable portable devenu un véritable appendice de sa personne, Charlie avait les bras encombrés de cartes, courbes et graphiques divers qui menaçaient dangereusement d'atterrir sur le sol du bureau. Il héla un de ses agents et lui demanda de porter les documents dans la salle où Charlie développait généralement ses théories. L'agent s'empara des documents et se trouva abreuvé d'une foule de recommandations par le mathématicien, qui craignait, visiblement, qu'un de ses précieux papiers se volatilise entre le moment où il se séparait de ses notes et le moment où il les retrouverait.

Don coupa cours à sa litanie en ordonnant :

- Bon, il sait ce qu'il a à faire Charlie. Crois-moi il va poser absolument tout au bon endroit et rien ne bougera avant ton retour. C'est clair ?

- Oui mais, il faut que...

- Agent Splosgy, vous avez bien compris que tout doit être déposé dans le bureau B ?

- Oui monsieur.

- Alors exécution !

- A vos ordres !

- Et surtout... commença Charlie, comme si le fait de perdre ses travaux de vue un seul instant était un vrai crève-cœur pour lui.

Don perdait patience !

- Ecoute Charlie, tu choisis. Ou tu restes ici pour veiller sur tes trésors, ou tu fais confiance à l'agent Splosgy et tu ramènes tes fesses dans ce foutu ascenseur avant que les portes ne se referment. On n'a pas que ça à faire !

Charlie sembla hésiter un instant, son regard volant vers l'agent qui déjà s'éloignait puis revenant vers le visage de son frère. Il prit une grande inspiration et décida :

- D'accord, j'arrive !

Puis il s'engouffra enfin dans l'ascenseur sous le regard soulagé des différentes personnes qui s'y trouvaient déjà et qui commençaient à penser qu'ellesallaient passer la matinée au niveau 8 du building.

- Quand même ! soupira Don quand son frère prit place à ses côtés.

Mais il ne put s'empêcher de jeter un regard d'affection sur son cadet tandis que la cabine les descendait tranquillement au sous-sol où ils récupérèrent leurs voitures de fonction, Charlie s'empressant de monter aux côtés de son frère tandis que Liz et David faisaient route ensemble.


Cissy  (12.03.2009 à 17:41)

CHAPITRE IV

 Trois semaines plus tôt : Los Angeles, une impasse

Sur les lieux du crime, la police avait déjà délimité un périmètre de sécurité. Obéissant à la volonté de son frère, Charlie resta sagement dans la voiture, à pianoter sur son ordinateur pendant que les agents passaient sous le liseré jaune afin de s'approcher de la scène proprement dite. Sans avoir besoin de se consulter, les trois agents prirent des directions différentes. Liz se dirigea vers le policier qui semblait commander sur les lieux, David alla retrouver ceux qui encadraient une femme d'un certain âge, visiblement bouleversée : sans doute celle qui avait découvert le corps, quant à Don, il alla tout droit vers le drap qui recouvrait une forme inerte. A ses côtés se tenait le médecin légiste avec lequel ils collaboraient depuis le début de cette horrible affaire.

- Salut toubib ! Alors, c'est encore un coup de notre homme ?

- Sans aucun doute agent Eppes. Euh... bonjour. Oui, nous avons à faire à notre malade. Les mêmes traces, les mêmes stigmates, une mise à mort identique.

- Noyade là aussi ?

- Comme les onze autres, oui.

- Et... la victime a aussi été...

- Violée, sans aucun doute. Quant à vous dire à combien de reprises cette fois-ci, il faudra attendre l'autopsie.

Le visage de Don se ferma tandis qu'il passait ses gants en latex et s'agenouillait près du corps pour le regarder. Il souleva le drap et une immense compassion l'envahit en observant la victime, la douzième du maniaque qu'ils poursuivaient depuis sept semaines maintenant.

Il leur avait fallu trois victimes à plus de dix jours d'intervalle pour émettre l'hypothèse qu'ils avaient à faire à un tueur en série. Lors de la découverte des deux premiers cadavres, c'était la police qui s'était chargée de l'enquête. Mais lorsqu'une troisième victime ayant subi les mêmes sévices avait été identifiée, le dossier était passé au F.B.I. Mais depuis sept semaines, les enquêteurs piétinaient : l'homme était du genre méthodique et organisé. Il ne laissait rien au hasard et aucune trace n'avait permis de se mettre sur sa piste : pas de fibres, nulle trace d'ADN, aucun témoin ayant assisté à l'enlèvement des victimes... Strictement rien. Et malgré l'aide de Charlie qui avait localisé un premier périmètre possible, celui-ci, trop vaste en raison du peu d'indices recueillis, n'avait pas permis d'identifier le moindre suspect.

Malheureusement, le nombre de victimes et la fréquence des agressions allait en s'accroissant. Le dernier corps avait été découvert seulement trois jours avant. Il reposait toujours à la morgue, ses proches trop choqués, n'ayant pas encore eu le temps de s'occuper des formalités de l'inhumation. Charlie avait accompagné les agents sur les six derniers lieux où les corps étaient déposés, escomptant à chaque fois, par l'observation de ceux-ci, trouver un point commun qui leur permettrait, peut-être d'avoir enfin un début de réponse. Evidemment la multiplication du nombre des victimes permettait, petit à petit de resserrer le maillage du lieu d'habitation ou de travail le plus probable du tueur, mais fallait-il espérer qu'il y eût encore plus de morts pour enfin arrêter ce monstre ?

Don connaissait chaque détail de la sordide affaire. Le tueur s'en prenait à des hommes âgés de vingt-cinq à trente-cinq ans environ, plutôt frêles physiquement, tous blancs et en majorité bruns de cheveux : seulement trois blonds et un roux parmi les victimes recensées. Il gardait ses victimes deux jours environ. A un moment donné de leur captivité, sans qu'on puisse déterminer quand, il leur coupait les cheveux à ras. Selon le légiste, durant les premières heures la victime était battue sur l'arrière des jambes, le bas du dos et les fesses : les stries, balafres et lacérations relevées sur ces parties du corps prouvaient qu'on les flagellait violemment avec ce qui était vraisemblablement des verges de bois souple. Les marques de ligatures aux poignets prouvaient que la victime se trouvait vraisemblablement attachée pendant qu'elle était impitoyablement fouettée de la taille aux genoux après avoir été débarrassée de ses vêtements : en effet, aucune fibre textile n'avait jamais été prélevée dans les entailles ce qui prouvait qu'aucun tissu ne s'interposait entre la peau et la trique qui s'abattait dessus.

Ensuite les choses étaient moins claires mais il était quasi-certain que l'agresseur obligeait sa victime à prendre un bain durant lequel elle le frottait énergiquement sans doute avec une brosse si on en croyait les écorchures et dermabrasions relevées sur toute l'étendue du corps. En même temps il leur maintenait apparemment la tête sous l'eau à maintes reprises, soit pour les rendre moins combatifs, soit par simple sadisme, soit, si on partait du principe qu'il les lavait pour les purifier, pour être sûr que cet acte de purification aille à son terme.

Tout laissait à penser que c'était lorsqu'il avait achevé cette tâche, entre huit et quinze heures après leur enlèvement, qu'il sodomisait ses proies à plusieurs reprises, minimum deux et, jusqu'à cinq fois pour la dernière victime. Il les lavait ensuite de nouveau et passait leur corps au détergent afin de ne laisser aucune trace d'ADN sur eux, puis il les noyait dans la baignoire, à moins que, tout simplement, ils s'y laissent couler à bout de forces, de douleur et de honte. Ensuite il les enroulait dans un drap immaculé et les déposait dans une rue que, jusqu'au matin même et à la réflexion de Charlie, ils avaient supposé être choisie au hasard.

Seule l'étude approfondie des corps avait pu permettre d'établir cette chronologie et le professionnalisme sans faille du Dr Lester, la légiste chargée du dossier. C'était elle qui avait établi la chronologie d'après le degré de cicatrisation des blessures relevées sur le corps : cela, sans doute, chacun de ses confrères en aurait été capable. Mais c'était aussi elle qui avait réussi à prouver qu'il y avait eu au moins deux bains administrés aux malheureuses victimes. En effet, trois d'entre elles présentaient deux types de prélèvements aqueux au niveau des poumons : dans l'un l'eau n'était additionnée que de sels de bains traditionnels, dans l'autre du détergent relevé dans les poumons de toutes les autres victimes. Sans cette étude pointilleuse, il leur aurait manqué un élément qui avait peut-être de l'importance, ou peut-être pas après tout. Mais il était toujours mieux de savoir exactement comment fonctionnait un tel malade quand on voulait l'empêcher de nuire.

 *****

Don laissa retomber le drap sur la victime : un jeune homme brun qui devait avoir à peine vingt ou vingt cinq ans si on en croyait son visage encore juvénile. Mais il savait qu'il ne fallait pas simplement se fier aux apparences. Par exemple Charlie : à le voir qui aurait imaginé qu'il était l'un des génies les plus réputés en matière de mathématiques et qu'il allait allègrement sur ses trente-trois ans quand à voir son comportement on lui en aurait à peine donné dix-huit ? Don sourit légèrement à cette évocation, imaginant par avance les cris d'orfraie que pousserait son frère s'il osait avancer les mêmes arguments à voix haute. Puis il reprit son sérieux : l'heure n'était franchement pas à la détente !

- C'est bon, vous allez pouvoir l'emmener, dit-il au légiste. Et j'attends votre rapport le plus rapidement possible.

- Pour hier, oui je sais. Ne vous inquiétez pas, je connais mon boulot.

- J'en suis conscient docteur. Je suis très conscient de tout ce que vous faites, croyez-moi.

Elle hocha simplement la tête, en signe de remerciement, puis fit signe à ses assistants d'approcher avec le brancard sur lequel était placé la housse mortuaire dans laquelle, en quelques minutes, ils enfouirent le corps.

Don regarda la scène puis se secoua tandis que David et Liz s'approchaient de lui pour lui faire leur rapport : rien de nouveau. Personne n'avait rien vu, rien entendu. La malheureuse femme qui sortait son chien avait eu le choc de sa vie en apercevant d'abord un bras inerte émerger d'un drap d'un blanc irréprochable puis le corps nu que l'on devinait sous le tissu. Elle ne risquait pas d'emprunter à nouveau cette ruelle de sitôt !

Justement, à propos de cette ruelle. Charlie avait dit quelque chose lorsqu'ils avaient quitté le bureau ! Ah oui !

- Avez-vous vérifié s'il y a une église dans les environs ?

Liz et David se regardèrent, contrits. Eux aussi avaient pourtant bien relevé la remarque du mathématicien, mais, une fois sur les lieux, elle leur était totalement sortie de la tête. Un jeune policier qui avait entendu la réflexion répondit à leur place :

- Oui monsieur, il y a l'église Ste Anne, à trois pâtés de maisons dans cette direction.

Donc, Charlie avait bien raison ! D'ailleurs il n'en avait pas douté. Et c'était un point important que venait de soulever son cadet. Apparemment la religion devait jouer un rôle dans le rituel sadique du tueur. Une fois encore, Don se demanda comment on pouvait concilier des sentiments religieux et une telle cruauté : les deux étaient totalement antonymiques. Mais allez savoir ce qui se passe réellement dans un cerveau dérangé ? En tout cas, il était urgent d'aller examiner les documents apportés par Charlie. Il allait d'abord le laisser faire un petit tour des lieux, comme il le lui avait demandé : après tout ça ne coûtait rien de lui donner l'opportunité de faire les constatations qu'il estimait nécessaires. Et puis, qui sait ? Charlie n'abordait pas du tout les choses sous le même angle qu'eux et à cause, ou grâce à cela, il pouvait remarquer des anomalies qui ne leur sauteraient pas aux yeux. C'était déjà arrivé. Donc, les plans attendraient encore quelques minutes. De toute façon, ils n'allaient pas s'envoler dans l'entre fait.

Les plans n'allaient pas s'envoler non, par contre Charlie...


Cissy  (12.03.2009 à 17:50)

CHAPITRE V

 Trois semaines plus tôt : Los Angeles, une impasse

Don se dirigea vers sa voiture, pour signifier à Charlie que la voie était libre et qu'il pouvait aller examiner la scène de crime. Son étonnement fut grand lorsqu'il s'aperçut que l'habitacle était désert. Seul l'ordinateur portable gisait sur le siège passager. Il regarda autour de lui, se disant que son frère avait pu avoir besoin de se dégourdir un peu les jambes. Mais il ne le vit nulle part. Il s'étonna. Bien sûr Charlie avait un peu tendance à contrevenir aux ordres, rien que pour montrer son indépendance, mais, en règle générale, il ne se le permettait jamais dans des circonstances comme celles-ci. D'une part parce qu'il était capable d'en apprécier toute la gravité et donc savait que les lieux n'étaient pas indiqués pour des caprices et pour la scène de reproches que ceux-ci allaient immanquablement entraîner, d'autre part parce qu'il respectait et aimait trop son frère pour le mettre dans l'embarras devant des subordonnés. Il était le chef et devait apparaître comme tel aux yeux de tous. Et si son petit frère commençait à remettre son autorité en question, il ouvrait la brèche aux autres. Alors, même si l'envie ne lui en manquait pas parfois, jamais Charlie ne discutait les décisions de son frère lorsque des tierces personnes se trouvaient présentes. Il attendait alors d'être seul avec lui ou, à tout le moins, seul avec les équipiers habituels de Don qui, au fil des mois, étaient devenus peut-être pas tout à fait des amis, mais quelque chose s'en approchant terriblement.

Ces pensées lui traversant l'esprit, Don commença à s'inquiéter de l'absence injustifiée de son jeune frère. A moins qu'il ne soit allé prendre un café dans une échoppe proche. Mais il eut beau regarder, rien alentours ne lui permis de déceler le genre d'établissement auquel il pensait. Le quartier était visiblement plus résidentiel que quartier d'affaires et donc les petites échoppes et autres marchands ambulants de vente à emporter n'étaient pas légion. Il s'aperçut que Liz l'avait rejoint. Elle s'étonna à son tour :

- Où est Charlie ?

- Aucune idée ! dit-il en chassant d'un mouvement impatient un insecte qui venait bourdonner autour de sa joue.

- Il est parti dans la ruelle sans que tu lui donnes le feu vert ?

- Non ! On l'aurait vu. Je sais qu'il n'est pas bien gros, mais tout de même !

En même temps qu'il parlait, la portée des mots qu'il venait de prononcer lui apparut, leur donnant une tout autre connotation et un terrible pressentiment lui serra le cœur comme dans un étau. Liz le vit pâlir soudain et s'inquiéta.

- Quoi ? Don, tu ne te sens pas bien ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Non... Non... C'est juste... Je suis idiot ! C'est cette affaire qui me travaille !

- De quoi tu parles ?

- En même temps que je te parlais. Je me disais que Charlie correspond tout à fait au profil des victimes de ce malade. Pas très grand, plutôt fluet, entre vingt-cinq et trente-cinq ans, brun...

- Arrête de te faire un film Don ! Ton frère correspond au profil comme à peu près 40 à 50 % des types de la ville. Et puis tu crois vraiment qu'on s'attaquerait à lui alors que le coin grouille de flics ?

- Je sais, tu as raison, je suis stupide. Je crois que cette affaire commence vraiment à me taper sur les nerfs.

Elle le regarda avec affection : elle était la seule de l'équipe à pouvoir se permettre ce genre de regard chargé à la fois de compassion et de compréhension. Ce qu'ils avaient vécu ensemble les rendait très proches l'un de l'autre, même s'il n'y avait plus rien qu'une profonde amitié entre eux. Ils se comprenaient à demi-mots.

- On aurait les nerfs à vif à moins que ça patron. Combien de temps as-tu dormi depuis sept semaines hein ? Trois, quatre heures par nuit ? Sans compter la pression des médias et le chef qui ne te lâche plus depuis quelques jours.

- Il veut des résultats. Il a raison. Nous en sommes déjà à douze victimes ! Je commence à croire que je devrais passer la main !

- Arrête de dire des idioties Don. Tu sais très bien que tu as fait tout ce que tu pouvais. Quand on n'a rien, on n'a rien ! Que veux-tu que d'autres trouvent ? Sans compter la perte de temps qu'engendrerait obligatoirement une passation de pouvoir. Et pendant ce temps, combien de malheureux mourront ? Si on en croit ce dernier cas, ce type laisse passer à peine vingt-quatre heures entre ses attaques puisque nous avons découvert le dernier corps il y a trois jours et qu'il garde ses victimes quarante-huit heures avec lui.

- C'est vrai. Je me demande jusqu'où ses pulsions vont s'accélérer.

- Jusqu'à ce qu'il commette une erreur et que nous lui mettions la main dessus.

- Mais jusqu'à présent il n'a fait aucune erreur.

- Il en fera, tôt ou tard et tu le sais.

- Oui, mais combien de pauvres types subiront cette horreur d'ici là ?

- Don... Ne commence pas à culpabiliser.

- Je sais, je sais... Mais...

- Et puis, nous avons un atout de taille dans notre jeu, tu sembles l'oublier.

- Ah oui ? Lequel ?

- Le génial professeur Charles Eppes qui va, j'en suis sûr, nous localiser ce boucher avant qu'on ait eu le temps de dire ouf.

Ainsi ramené à son inquiétude diffuse, Don dit :

- Oui et bien justement, j'aimerais bien savoir où il est le génial professeur Charles Eppes. Je te promets qu'il va m'entendre celui-là !


Cissy  (13.03.2009 à 18:50)

Liz et lui avaient beau scruter les alentours, aucune trace de Charlie. La jeune femme commençait elle aussi à trouver ça bizarre.

- Ecoute, on n'a qu'à demander aux agents chargés de surveiller le périmètre. Ils ont peut-être vu quelque chose.

- Tu as raison. Allons-y.

Le second agent à qui il s'adressèrent leur répondit.

- Oui, un jeune homme brun, les cheveux bouclés, à peu près ma taille ?

- En effet, il devait m'attendre dans mon véhicule et on ne le voit nulle part.

- Non, il est parti avec votre collègue.

- Notre collègue ?

Don sentit un grand froid l'envahir, tandis que Liz, cette fois-ci, pâlissait aussi.

- Oui enfin... J'ai cru que c'était un de vos collègues...

Le jeune policier commençait à perdre pied sous le regard scrutateur des deux agents, il avait l'impression d'avoir commis une faute horrible qui allait oblitérer définitivement sa carrière.

- Vous n'avez rien fait de mal, le rassura Liz, comprenant les pensées qui lui passaient par la tête. Racontez-nous seulement ce que vous avez vu.

- Et bien, cet homme s'est approché de la voiture et il s'est entretenu avec...

Il s'interrompit, ne sachant pas très bien qui était le passager dont les agents du F.B.I. s'inquiétaient.

- Le Dr Eppes, continua Liz, Don semblant totalement incapable de prononcer le moindre mot, comme s'il vivait un cauchemar éveillé.

- Oui, il s'est entretenu avec le Dr Eppes et celui-ci est descendu de la voiture et l'a suivi. A ce moment-là j'ai dû m'occuper de trois jeunes gens qui essayaient de se faufiler sous le cordon de sécurité pour aller photographier le corps, sous prétexte que c'était fun, et, lorsque je me suis retourné, il n'y avait plus personne.

- Vous aviez déjà vu cet homme ? Il faisait partie de notre équipe ?

- A vrai dire, je ne sais pas. Non, je ne l'ai jamais vu auparavant. Mais comme il portait un blouson du F.B.I. j'ai pensé que...

- Un blouson du F.B.I. ? Vous êtes certain ? la voix de Don avait claqué comme un coup de fouet.

- Oui monsieur, certain. Je ne ferais pas erreur sur ce point.

- Mais nous ne sommes que trois agents du F.B.I. sur ces lieux : l'agent Sinclair, là-bas, l'agent Warner et moi-même, personne d'autre ! précisa Don sur un ton tel qu'il donnait à penser qu'il rendait le jeune policier directement responsable du fait qu'un imposteur s'était fait passer pour un agent du F.B.I.

- Nous ne vous reprochons rien, le rassura Liz en jetant un regard désapprobateur à son supérieur. Simplement, pourriez-vous nous décrire cet homme ?

- Je ne sais pas trop. La quarantaine apparemment bien avancée. Des cheveux bruns, déjà striés de blanc, une barbiche en pointe. Oui, je crois que je pourrais le reconnaître.

- Très bien.

Liz fit alors un geste pour attirer l'attention de David qui s'entretenait avec un autre agent un peu plus loin. Ignorant ce qui était en train de se passer, celui-ci approcha tranquillement.

- Oui ?

Puis soudain, il prit conscience que quelque chose n'allait pas. Don était livide, comme figé sur place et Liz, était pâle, un rictus nerveux tordant le coin de sa bouche.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Charlie a disparu.

Il la regarda, l'air incrédule.

- Disparu ? Mais enfin, c'est impossible. Il doit être...

- Si on te dit qu'il a disparu, c'est qu'il a disparu ! explosa Don, ne parvenant plus à se maîtriser. Je suis persuadé que c'est ce malade qui l'a enlevé. Si jamais il le touche...

- Don, Don ! Calme-toi. Tu n'en sais rien, essaya de le rassurer Liz.

Mais elle-même ne pensait pas à ce qu'elle disait. Quelles probabilités y avait-il pour que Charlie soit entraîné par une personne totalement étrangère à l'affaire sur laquelle ils travaillaient ? Comme Don tentait de se reprendre, elle se tourna vers David : le temps des explications viendrait après, pour le moment ils n'avaient pas une minute à perdre s'ils voulaient retrouver Charlie avant qu'il ne subisse le sort atroce des autres victimes, à supposer bien sûr que son ravisseur, si ravisseur il y avait, soit bien le criminel qu'ils poursuivaient.

- Ecoute David, on t'expliquera ça plus tard. Ce qui compte c'est que cet agent a vu l'homme qui a abordé Charlie : il doit pouvoir en faire un portrait robot. Tu l'emmènes au labo, et vite !

Un instant David fut tenté de dire à la jeune femme qu'étant le plus ancien des deux, c'était à lui de lui donner des ordres et non l'inverse. Et puis l'urgence de la situation lui fit comprendre que ce n'était pas le moment de perdre de précieuses secondes dans des absurdités de ce genre. Il se contenta donc d'entraîner l'agent avec lui, après avoir alerté ses supérieurs du fait qu'ils avaient besoin de lui comme témoin dans un possible enlèvement.


Cissy  (13.03.2009 à 18:54)

Lorsqu'ils furent partis, Liz s'approcha doucement de Don qui restait tétanisé sur le trottoir, le regard perdu dans le vague, comme insensible à ce qui l'entourait.

- Don... dit-elle en lui effleurant le bras.

Il tourna vers elle un regard tellement perdu qu'il lui fit mal.

- Ce n'est pas possible Liz, dis-moi que ce n'est pas possible...

- N'allons pas trop vite Don. Charlie est peut-être vraiment avec un des nôtres après tout.

- Tu y crois vraiment toi ?

Non, elle n'y croyait pas. Tout agent sur les lieux auraient été aux ordres de Don et n'aurait donc rien fait sans lui en rendre compte et ce d'autant plus si ça impliquait son jeune frère dont chacun connaissait l'importance qu'il tenait dans sa vie.

- D'accord. Ce type était vraisemblablement un imposteur. Mais ça n'a peut-être aucun rapport avec...

Elle eut un geste vague pour faire comprendre que ça n'avait peut-être aucun rapport avec toute cette horreur. Il se contenta de répondre, avec un accent poignant de désespoir dans la voix :

- Tu y crois vraiment toi ?

Là oui, elle pouvait tout de même y croire un peu, et elle s'empressa de le lui dire.

- C'est possible Don. Ca peut n'avoir strictement rien à voir. Cet homme a pu l'entraîner pour lui parler : tiens, pourquoi pas un journaliste ? Charlie s'est déjà fait piéger par eux.

- Mais si c'était un journaliste, il serait déjà revenu ! Même pour un scoop les journalistes n'enlèvent pas les consultants du F.B.I.

- Ou alors quelqu'un qui lui en voudrait pour des raisons tout autre : un concurrent, un parent d'élève...

- Alors il l'aurait reconnu et se serait étonné de son accoutrement. Il ne l'aurait pas suivi ainsi...

- Don...

- Non Liz. Arrête de me bercer ! Dans le meilleur des cas tu as raison et Charlie est tombé entre les mains de quelqu'un qui veut se venger soit de lui, ce qui est hautement improbable, soit de moi ou du F.B.I. ce qui est plus plausible. Dans les deux cas, de toute façon, il est en danger. Mais la pire des éventualités, c'est qu'il soit tombé entre les mains de ce... de ce...

Il ne trouvait pas les mots pour qualifier l'individu qu'il poursuivait. Depuis le début de cette affaire il avait toujours eu du mal à les trouver : psychopathe, sociopathe, sadique, boucher, bourreau... aucun ne paraissait assez violent pour décrire ce qu'était l'homme capable de faire subir à ses victimes ce qu'il leur faisait subir. Et à l'idée que son petit frère, ce petit frère qu'il aurait dû protéger comme la prunelle de ses yeux, était peut-être entre les mains de cet être là, à la pensée de ce qu'il allait subir s'ils ne le retrouvaient pas à temps, il lui semblait qu'un séisme d'une intensité jamais atteinte le ravageait entièrement.

Liz le regardait avec inquiétude. Elle comprenait ce qu'il ressentait. Elle aussi, elle aimait Charlie, et si vraiment leur hypothèse se confirmait, elle imaginait sans peine ce qu'il allait endurer et c'était un véritable crève-cœur pour elle. Mais elle savait aussi que Don ne se pardonnerait jamais ce qui venait de se produire. Quel que soit le ravisseur de son frère, l'agent ne pourrait jamais se pardonner d'avoir laissé kidnapper son petit frère quasiment sous ses yeux.

- Allez viens, on rentre. Ici on ne peut rien faire de plus.

Mécaniquement, comme vidé de toute énergie, de toute volonté, Don lui emboîta le pas. Elle lui prit les clés, l'aida à s'installer du côté passager et vit ses yeux se remplir de larmes à la vue du portable qui gisait sur le siège et qu'elle s'empressa de remettre à l'arrière : un portable, tout ce qui restait de Charlie. Elle se glissa ensuite derrière le volant.

- Don... Ta ceinture...

Il la regarda, comme si les mots ne l'atteignaient pas, puis, lentement, il se sangla sur le siège. Elle démarra alors : direction le F.B.I.

- On va le retrouver Don, tu sais qu'on va le retrouver.

Il tourna vers elle un regard où elle lut l'horreur : bien sûr qu'ils allaient le retrouver. Fasse seulement que ce ne soit pas trois jours plus tard, nu, enveloppé dans un linceul d'un blanc immaculé !

 


Cissy  (13.03.2009 à 18:57)

****CHAPITRE VI****

 Trois semaines plus tôt : endroit inconnu

 Charlie ouvrit les yeux, ne comprenant rien à ce qui s'était passé : que faisait-il là ? Où était-il ? Comment était-il venu ?

Il voulut passer sa main sur son front pour tenter de s'éclaircir les idées et s'aperçut avec horreur qu'il en était incapable. Il ne comprenait pas. La nausée le submergea et il vomit son petit déjeuner. Il se sentit mieux juste après et pris soudain conscience, avec terreur de sa position.

Il était plaqué contre une grande croix de marbre blanc, ses poignets entravés à chaque extrémité des branches supérieures le maintenant debout, écartelé sur l'objet. Une sueur froide se mit à ruisseler le long de son dos. Il essaya de se débattre pour desserrer les liens mais n'arriva qu'à s'écorcher profondément la peau. La douleur cuisante, pareille à une brûlure, le dissuada de continuer ses efforts.

Il se torturait l'esprit pour se souvenir de ce qui s'était passé. S'efforçant de surmonter sa panique, il s'obligea à retrouver ses réflexes cartésiens pour faire le point sur la situation.

Visiblement on l'avait enlevé : ça c'était le premier constat. Qui ? Difficile à dire. Comme il n'imaginait pas qu'on puisse lui en vouloir personnellement, ça avait sans doute à voir avec le F.B.I. en général ou avec Don. C'était déjà arrivé. Dans le second cas, il avait une chance : si on voulait faire chanter son frère ou le faire souffrir à travers lui, celui-ci interviendrait peut-être à temps. Dans le premier cas, si son agresseur voulait simplement s'en prendre à un agent lambda, alors il était mal barré. Ca c'était le second point.

Troisième question : comment avait-il atterri là ? A force de concentration, il finit par se rappeler cet agent qui s'était approché de la voiture. Il ne se souvenait pas l'avoir jamais vu avant, mais il ne connaissait pas tous les collaborateurs de son frère. Il avait descendu la vitre, pensant que l'homme venait lui apporter des instructions de Don.

- Est-ce que c'est mon frère qui vous envoie ?

- Votre frère ?

- Oui, l'agent Eppes.

- En effet. Il demande que vous alliez prendre un café. Il en a pour plus longtemps que prévu. Il m'a demandé de vous accompagner.

- Plus longtemps que prévu ? Est-ce qu'il y a quelque chose de particulier cette fois-ci ?

- Je n'en sais rien monsieur. Je ne peux que vous dire ce qu'il m'a dit.

- Oui mais... Remerciez-le de ma part. Je n'ai pas vraiment envie de café.

- Ecoutez monsieur... Eppes.

- Charlie...

- Ecoutez Charlie. Vous n'avez peut-être pas envie de café, mais moi, je n'ai rien pris depuis cinq heures ce matin et je dois avouer que...

- Et bien allez-y !

- Je ne peux pas quitter la scène de crime sans motif, alors...

- Alors, vous voudriez bien que je vous serve d'alibi.

- Si cela ne vous dérange pas. Puisque vous n'avez rien de mieux à faire.

Rien de mieux à faire ! C'était bien des agents fédéraux de dire ça. Pour eux, tant qu'on n'était pas plongé dans des dossiers criminels, en train de poursuivre un malfaiteur à travers les rues, de braquer un criminel ou d'étudier des comptes-rendus d'autopsie, on ne faisait rien ! Inutile d'essayer de leur faire comprendre combien l'inactivité apparente du corps était compensée par l'hyperactivité développée par le cerveau durant ses raisonnements les plus abstraits. Malgré son léger agacement, Charlie sourit :

- O.K. Trente secondes que je sauvegarde et je vous suis agent...

- Stobler. Kenneth Stobler.

- Alors je suis à vous agent Stobler. On va se le boire ce café ?

Sans se douter un instant du piège, il avait suivi l'homme durant une centaine de mètres puis s'était étonné.

- Il vaudrait peut-être mieux ne pas trop nous éloigner. Mon frère peut m'appeler d'un moment à l'autre.

- Ne vous inquiétez pas. Je lui ai dit que je vous emmenait au Milly's Breakfeast, au coin là-bas.

- Où ça ?

- Là-bas ! avait répliqué celui-ci en pointant le doigt.

Charlie s'était alors tourné dans la direction indiquée par l'agent. Au moment où il allait s'étonner de l'absence de l'établissement annoncé, il avait senti une piqûre à l'épaule gauche. Etonné, il avait regardé l'agent qui reculait de trois pas : il tenait une seringue à la main.

- Mais, qu'est ce que...

Déjà tout dansait une sarabande effrénée autour de lui. Il avait vu, comme dans un brouillard, les mains de son compagnon se tendre vers lui, il avait senti sur sa joue le froid rugueux du skaï d'une banquette de voiture, puis plus rien.

 

*****

 


Cissy  (14.03.2009 à 19:04)

Et de trois ! Voilà pour le comment. Il s'adressait des reproches amers. Comment avait-il pu être aussi naïf ? Se laisser embarquer comme un idiot ? Don lui avait pourtant dit qu'il viendrait le chercher lui-même. Et Don faisait toujours ce qu'il disait. Et puis il avait bien vu que seuls David et Liz les avaient accompagnés et qu'il n'y avait aucun autre agent sur les lieux. Et cette histoire de café ? Il se souvint aussi de la manière dont l'homme l'avait abordé. Il ignorait visiblement jusqu'au nom de Don, c'était lui qui le lui avait donné. Et il l'avait appelé monsieur Eppes et non professeur ou docteur. Tous les agents lui donnaient l'un de ces deux titres, peut-être pour le distinguer de son frère, peut-être pour lui faire comprendre qu'il n'était pas des leurs, peut-être tout simplement par déférence, qui saurait jamais ? Et rien de tout cela ne lui avait paru bizarre. Bon sang, il n'aurait vraiment que ce qu'il méritait ! Don allait être furieux contre lui !

En pensant à son frère, son cœur se serra soudain : il imaginait bien l'inquiétude qui devait être la sienne à cet instant. Il savait combien son frère pouvait se montrer protecteur à son égard, combien il répugnait à le laisser venir sur le terrain avec lui. Comment allait-il réussir à affronter cette double réalité : il avait été enlevé alors qu'il était sur une scène de crime à quelques mètres de lui seulement ? Tel qu'il le connaissait, Don allait culpabiliser comme un malade, se reprochant de n'avoir rien fait, rien vu, rien senti, de l'avoir laissé venir avec lui, de l'avoir pris comme consultant et que sais-je encore ? Lorsqu'il mettait le doigt dans l'engrenage de la culpabilité, son grand frère n'y allait pas avec le dos de la cuiller et tout lui était bon ! Alors il devait absolument se sortir de là, pour lui bien sûr, mais aussi pour Don car il savait que celui-ci ne pourrait pas se pardonner s'il lui arrivait quoi que ce soit.

Comme ramené à la réalité par cette dernière pensée, il entreprit de considérer sa position actuelle pour tenter de comprendre les motivations de son ravisseur. Bon, la croix, d'accord. Il était crucifié sur une croix de marbre blanc comme on en voyait sur les calvaires. Sauf que celle-ci était à l'intérieur d'une grande pièce. Autant qu'il le pouvait, étroitement plaqué contre le marbre comme il l'était, il fit tourner sa tête pour examiner les lieux. C'était une pièce assez grande, meublée seulement de la croix et d'une immense baignoire à pieds apparents qui trônait en plein milieu. A part quelques draps de bain blancs, soigneusement pliés sur une chaise, il n'y avait rien à sa droite.

Avec d'infinies précautions et non sans douleurs au niveau de ses bras entravés, Charlie tourna la tête de l'autre côté. A environ deux mètres de lui s'ouvrait une porte. Aucune fenêtre, rien, pas un meuble : la pièce était totalement vide à l'exception de la croix, de la baignoire et de la chaise. A moins qu'il n'y eut d'autres choses derrière lui, mais là, il était dans l'incapacité de le voir.

Après cette exploration de son environnement, il entreprit de faire le point sur lui-même. Bon, apparemment il était entier. Un peu vaseux à cause du sédatif qu'on lui avait injecté, mais il se sentait de mieux en mieux à mesure que le temps passait. De mieux en mieux pour ce qui était de l'état mental bien sûr, parce que sa position commençait à lui devenir pénible : ses bras vigoureusement écartelés dans le prolongement des épaules s'ankylosaient tandis que ses mains, insuffisamment irriguées du fait des liens qui lui sciaient les poignets, commençaient à le lancer douloureusement. Il s'obligea à remuer les doigts pour tenter d'accélérer la circulation et sentit bientôt des fourmis courir dans chacune de ses phalanges. Bon, rien d'irrémédiable de ce côté-là non plus. Passons au reste du corps.

Il s'aperçut alors qu'il avait les pieds libres : pas de corde aux chevilles. C'était plutôt bon signe. Il avait les pieds libres et... nus... Soudain, il sentit, sous leur plante, le froid du carrelage. On l'avait déchaussé ? Et puis, les dernières brumes se dissipant, il réalisa qu'il n'y avait pas que ses pieds qui étaient nus. La panique s'empara de lui en constatant qu'il ne portait plus aucun vêtement. Comment n'avait-il pas senti tout de suite le froid du marbre sur sa peau ? Qu'est-ce qui clochait chez lui pour n'avoir pas immédiatement pris conscience de l'abomination de sa position ? Il était nu, plaqué sur une croix sans aucune chance de se libérer.

 

*****


Cissy  (14.03.2009 à 19:07)

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