HypnoFanfics

Interdit aux moins de 16 ans

Traumatisme

Série : Numb3rs
Création : 11.03.2009 à 16h21
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Beaucoup de larmes dans cet épisode très violent que j'écris seule. Ames sensibles d'abstenir. » Cissy 

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Le premier sentiment qui s'empara de lui, avant même l'effroi, ce fut la gêne d'être ainsi exposé aux regards. Charlie était d'un naturel plutôt pudique : peut-être étaient ce les vestiges de la sainte horreur qu'il avait de prendre une douche en présence de ses camarades, au collège et au lycée. Son corps, en effet, restait celui d'un gamin, quand ceux des autres garçons étaient déjà ceux d'adolescents puis de jeunes hommes et il se souvenait des plaisanteries cruelles qui l'avaient profondément marqué, même s'il savait, sans oser le dire, que les différences étaient tout à fait normales étant donné l'écart d'âge, et ne remettait absolument pas en question ni son développement, ni sa future virilité. Alors qu'un inconnu ait pu ainsi le dévêtir sans même qu'il en soit conscient, l'emplissait de confusion.

Mais qui ? Et surtout, pourquoi ? Soudain, avant même qu'il n'eut achevé de se poser cette question, il sut ! Et la sueur glacée qui courait le long de son dos redoubla. Bien sûr, c'était lui ! C'était cet homme qu'ils pourchassaient depuis maintenant sept semaines, enfin, cinq pour ce qui le concernait : il avait fallu tout ce temps pour que Don s'oblige enfin à le mettre sur cette affaire odieuse. Toujours son instinct protecteur qui le poussait à éviter, tant que faire se pouvait, de mêler son jeune frère aux affaires particulièrement atroces. Alors là, pour le coup, c'était raté ! Mêlé il y était !

Charlie essayait de ne pas se laisser submerger par la panique. Mais il savait ce dont cet homme était capable. En cachette de Don, dont il savait qu'il lui en aurait refusé l'accès pour ne pas le confronter à ces horreurs (ce que Charlie appelait son syndrome « mère poule »), il avait lu les comptes-rendus d'autopsie, car il pensait pouvoir y trouver des éléments susceptibles d'affiner ses recherches. Il savait donc parfaitement ce qui l'attendait, phase par phase. Et il ne pouvait pas imaginer endurer ces horreurs. Pas lui ! C'était impossible ! Il tenta de se rassurer : Don allait le retrouver, c'était sûr. Oui, son grand frère allait le retrouver et l'arracher à ce cauchemar !

A ce moment-là, la porte s'ouvrit et l'homme qu'il connaissait sous le nom d'agent Stobler apparut. Il portait une longue robe comme en revêtaient les pénitents d'antan et Charlie sentit son cœur s'arrêter.

- Alors, je vois que vous êtes réveillé professeur Eppes.

- Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?

- Je viens vous apporter la rédemption.

- Je n'ai pas besoin de rédemption.

- Bien sûr que si. Je vous connais, il y a déjà longtemps que je vous observe en silence.

- Quoi ?

- Vous étiez auprès de Ste Marie, et ensuite à St Augustin, à Ste Chantal puis à St Cyprien, St Stanislas et St Jacques de la Miséricorde.

Charlie passait en boucle ces noms dans son esprit. Et soudain il comprit : cet homme avait toujours été là. Il revenait sur les lieux où il abandonnait les corps. Etait-ce pour identifier les enquêteurs, ou pour les narguer, pour voir une dernière fois sa victime ? Pour les trois raisons peut-être ? Le savait-il lui-même ? C'était là que l'homme l'avait vu. Et aujourd'hui l'occasion s'était présentée à lui de le kidnapper : il l'avait saisie.

- Si vous m'avez vu, vous savez que je n'ai rien fait de mal.

- On fait tous du mal, tous ! Et on doit tous payer pour le mal qu'on fait.

- Je vous en prie ! Vous ne pouvez pas faire ça !

- Je fais ce qu'on m'ordonne !

- Qui vous ordonne de faire ça ? Il n'y a personne ici. Relâchez-moi, je suis du F.B.I. et...

- Vous mentez !

- Quoi ?

- Vous mentez ! Vous ne faites pas partie du F.B.I. Vous les aidez seulement.

- Oui, c'est ce que je voulais dire.

- Mais ce n'est pas ce que vous avez dit ! Vous avez menti !

- Qu'est-ce que ça change que j'ai une carte ou pas ? Je travaille pour le F.B.I.

- Je sais. Vous les aidez pour qu'ils puissent me prendre, me mettre en cage comme un fauve, interrompre ma mission.

- Votre mission ?

- Apporter la rédemption aux pêcheurs !

- Vous êtes cinglé !

- Cessez donc de mentir professeur Eppes. Soyez moi reconnaissant : grâce à moi tous vos pêchés seront lavés.

L'homme s'était levé et, paniqué, Charlie vit qu'il tenait une mince baguette à la main. Il comprit aussitôt ce qui allait arriver. L'homme leva le bras, la baguette siffla dans l'air. Charlie hurla avant même qu'elle ne touche sa peau.


Cissy  (14.03.2009 à 19:12)

CHAPITRE VII

 Trois semaines plus tôt : bureaux du F.B.I.

- Alors, vous avez quelque chose ?

Livide, les cheveux en bataille, Don semblait la proie d'une panique de plus en plus incontrôlable. Il y avait maintenant près de cinq heures que Charlie avait disparu et tout concordait vers la théorie de son enlèvement par le tueur et violeur en série qu'ils poursuivaient. A l'idée qu'à ce moment même son petit frère était peut-être battu, il se sentait terrassé par des ondes de souffrance et de colère insoutenables.

Ils avaient déterminé que, puisque l'homme avait enlevé Charlie sur les lieux où il avait déposé le corps, il se pouvait qu'il ait été là à chaque fois, à les regarder mener leur enquête en jouissant d'être dans la foule anonyme, si proche d'eux, sans qu'ils s'en doutent un instant. Comment auraient-ils pu envisager ce cas de figure ? Contrairement aux pyromanes dont la motivation première est le plus souvent de jouir du spectacle qu'ils ont déclenché, les tueurs en série s'attardent rarement sur les lieux du crime. Eux trouvent leur jouissance dans la souffrance, sexuelle ou non, occasionnée à la victime, parfois aussi dans le jeu du chat et de la souris qui s'instaure avec les représentants de l'ordre. Cet homme était atypique.

- En tout cas, il vient de commettre sa première erreur, avait risqué maladroitement Colby, lui-même affreusement inquiet pour Charlie, mais voulant réconforter son chef.

Celui-ci avait bondi : il avait failli aplatir le malheureux sur le mur du bureau.

- Charlie n'est pas une erreur ! D'accord ? C'est mon frère ! Et ce salopard le tient !

- Don, calme-toi ! s'était interposée Liz.

- Ce que je voulais dire, précisa Colby. C'est que s'il était sur les lieux du crime à chaque fois, on doit pouvoir l'identifier.

Don l'avait regardé, sans comprendre. Décidément, il donnait l'impression de tourner à vide : en tant normal, il aurait déjà tilté.

- Oui, les photos qu'on prend toujours...

Cette fois-ce le patron réapparut !

- Bon Dieu ! Pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt ?

Sur les lieux d'un crime, il était habituel que l'un des enquêteurs prennent des photos y compris des badauds agglutinés, au cas où. Ainsi, en recoupant tous les clichés pris, on pourrait peut-être en dégager un visage.

L'analyse informatique des clichés avait fait apparaître un visage : un même homme avait été photographié sur huit des douze lieux d'enquête. Ce ne pouvait pas être un hasard. Le jeune policier avait d'ailleurs formellement reconnu l'agent inconnu qui avait entraîné Charlie avec lui. A cette annonce, le dernier espoir qu'il puisse s'agir de toute autre chose s'était envolé. Livide, presque gris, Don avait balbutié :

- Excusez-moi !

Puis il s'était éloigné à pas précipités vers les toilettes. Liz, après un geste intimant aux autres de ne pas bouger, lui avait emboîté le pas. Elle n'avait eu aucune gêne à pousser la porte du local réservé aux hommes : si son ami avait besoin d'elle, peu importe où il était, elle irait aussi !

Don n'était pas en vue, mais elle avait nettement entendu les bruits caractéristiques produits par une personne en train de vomir et elle avait compris ce qui se passait. Don était sortit de la cabine dans laquelle il s'était réfugié, chancelant, le visage verdâtre, un peu de mucus à la commissure des lèvres. Elle s'était approchée de lui :

- Viens par là, assieds-toi un instant.

Sans forces il s'était laissé glissé le long du mur et avait posé sa tête sur ses genoux relevés. Le contemplant avec inquiétude, elle était allée imbiber d'eau un essuie-main et était revenu le lui passer délicatement sur le visage. Sous l'action de l'humidité, Don avait semblé reprendre un peu ses esprits.

- Ca va aller ? questionna-t-elle doucement.

- Je ne sais pas Liz. Comment veux-tu que ça aille ? Mon petit Charlie, mon merveilleux petit frère entre les mains de ce monstre ! Comment est-ce que je pourrais endurer cela ? Qu'est-ce que je vais dire à mon père ?

- Don, on va retrouver Charlie. On va identifier ce type, tu verras.

- Mais tu sais ce qu'il va lui faire. Seigneur ! Il va le battre et puis...

- Don ! Tu dois te reprendre, il le faut ! Tu n'aideras pas ton frère en te laissant submerger par la culpabilité et la panique.

- Liz !

Il se laissa aller dans ses bras en pleurant et elle le serra contre elle, incapable de trouver les mots pour le réconforter. Elle ne l'avait jamais vu aussi déstabilisé et elle n'était pas sûre qu'il soit à même de tenir le coup et de reprendre l'enquête.

Dans ce cas, décida-t-elle avec détermination, elle le ferait pour lui. Elle et David, Colby, Nikki : ils ne le laisseraient pas tomber.

- On a un peu de temps devant nous Don. Il faut le mettre à profit.

Comme il la regardait, éperdu, elle précisa.

- On sait qu'il ne... Elle hésita avant de prononcer le mot, mais elle savait qu'elle devait être claire pour qu'il la comprenne. On sait qu'il ne les viole pas avant qu'au moins huit heures ne se soient écoulées. Donc on a encore environ trois heures et peut-être plus.

- Mais il l'aura déshabillé, battu et il lui aura fait subir cet affreux supplice dans la baignoire !

- Don, on ne sait pas...

- Bien sûr qu'on sait ! On sait que les coups interviennent dans les toutes premières heures qui suivent l'enlèvement.

- Juste les coups, Don.

- Juste les coups ! La colère le reprenait. Juste les coups ! Mais c'est mon petit frère qui va les recevoir ces coups ! Tu comprends ça ? Mon petit frère !

- Je sais Don. Mais je sais aussi que Charlie est plus solide qu'il en a l'air. Il résistera aux coups.

- Et si ce n'était pas le cas ?

- Il résistera Don. Ne serait-ce que parce qu'il est têtu comme une mule et qu'il ne voudra pas donner à ce type la satisfaction de gagner.

Don émit un petit rire, désespéré, mais un rire tout de même.

- Tu as raison.

- Bien sûr que j'ai raison ! Et maintenant, tu restes là à te lamenter ou tu viens nous donner un coup de main pour épingler ce salopard ? Allez Eppes, secoue-toi bon sang !

Comme cinglé par ces mots, Don se releva soudain. Son visage avait repris un peu de couleurs mais surtout, on lisait dans son regard une volonté implacable : l'agent Don Eppes était de retour et les choses allaient avancer !

Il se rinça longuement la bouche puis se passa de l'eau sur le visage. Liz lui tendit un essuie-main pour se sécher.

- Ca va mieux maintenant ?

- Ca va oui.

- Alors on y va patron ?

- On y va.

Au moment où elle mettait la main sur la poignée de la porte, il la retint par le bras.

- Liz ?

- Oui ?

- Merci.

- Pas de quoi patron !

 

*****


Cissy  (14.03.2009 à 19:18)

Elle passa devant lui et il lui emboîta le pas. Lorsqu'ils arrivèrent dans le bureau où l'équipe était réunie, les agents poussèrent un soupir de soulagement : c'était enfin leur chef qui se tenait devant eux et il ne tarda pas à leur en fournir la preuve en distribuant les tâches d'une voix claire, brève et précise. Son visage n'était plus hagard mais il était d'une dureté impressionnante.

Lorsque chacun fut parti effectuer sa part de travail, il ne resta plus dans le bureau que David, Colby, Liz et Don. Celui-ci déclara :

- Charlie disait avoir quelque chose ce matin. On va examiner ce qu'il a apporté.

- On risque de ne pas y comprendre grand-chose ! objecta David.

Don lui lança un regard noir.

- Et bien on trouvera quelqu'un qui comprenne. Il n'y aura qu'à appeler Amita ou Larry.

- Je croyais que tu ne voulais pas qu'ils soient au courant.

- Je préfèrerai l'éviter oui, jusqu'à ce qu'on en sache plus. Je ne veux pas leur infliger la torture de savoir Charlie entre les mains de ce monstre sans avoir aucun espoir à leur donner en contrepartie.

C'était en effet la position qu'il avait exigé que tous adoptent : motus et bouche cousue envers les amis de son frère et surtout envers son père. Il était conscient que celui-ci risquait de lui en vouloir à mort de ne rien lui avoir dit, mais il ne pouvait pas se résoudre à lui faire endurer ce qu'il subissait lui-même : l'atrocité de savoir dans quelle situation abominable se trouvait Charlie sans pouvoir rien faire pour lui venir en aide. Et son père se sentirait obligatoirement encore plus impuissant que lui, qui, tant qu'il menait l'enquête, avait l'impression au moins d'agir pour son frère. Que pourrait Alan, lui, à part tourner en rond dans une maison désespérément déserte, crucifié par l'idée des sévices que son fils cadet endurait peut-être au même moment, et incapable de quoi que ce soit pour le sortir de son calvaire ?

Alors Don avait décidé de ne rien dire, et il ne dirait rien tant qu'il pourrait l'éviter. Il savait que ce serait de plus en plus difficile à mesure que le temps passerait et notamment s'ils ne retrouvaient pas Charlie avant la nuit. Mais il était hors de question de ne pas le retrouver avant la nuit. Huit heures ! Ils avaient huit heures maximum avant que l'irrémédiable soit consommé. Et il avait bien l'intention de ne pas dépasser le délai.

- Mais si c'est nécessaire, on leur dira. Je ne mettrai pas la sécurité de Charlie en jeu une fois de plus !

Tous comprirent ce que sous-entendaient ces mots et Colby tenta,une fois de plus de le convaincre :

- Don, tu n'est pas responsable de ce qui arrive.

- Ah non ? Qui a permis à Charlie de venir alors qu'il n'a rien à faire sur le terrain ? Qui l'a laissé seul dans la voiture, sans protection ?

- Don...

- C'est bon ! En tout cas je peux vous promettre une chose. Si ce salopard a touché un seul cheveu de mon frère, je le tuerai !

En regardant son regard implacable, ses subordonnées ne répondirent pas. Simplement chacun d'entre eux sentit un grand froid l'envahir devant la profonde détermination contenue dans ces paroles. Don tiendrait sa promesse, ils le savaient. Et alors quelle serait leur position à eux ? Laisseraient-ils leur chef commettre un meurtre, quitte à l'arrêter ensuite ? Ou bien feraient-ils leur devoir d'agents fédéraux : protéger la victime désarmée contre l'agresseur armé, même si la première s'avère être la dernière des ordures et le deuxième un frère éploré ? Et leur devoir d'agents fédéraux leur imposerait alors de tirer sur l'agresseur.


Cissy  (14.03.2009 à 19:21)

****CHAPITRE VIII****

Trois semaines plus tôt : endroit inconnu

Charlie gémissait. Il n'aurait jamais cru qu'on puisse autant souffrir. Tout le bas de son corps irradiait d'intenses ondes de douleur qui le torturaient. L'homme l'avait battu méthodiquement, longtemps, partant de la taille, jusqu'au genoux, sans se soucier de ses larmes et de ses hurlements de souffrance. Il avait l'impression d'être en feu. Il savait, sans avoir besoin de le voir, que sa peau était rouge, boursouflée par endroit, éclatée à d'autres et que, couverte d'hématomes bleuâtres qui ne tarderaient pas à virer au noir. Pourrait-il jamais parvenir à s'asseoir après un tel supplice ?

Et pour autant, il savait aussi qu'il n'en avait pas fini avec son bourreau. Celui-ci était sorti après l'avoir, selon ses propres mots, « corrigé », et depuis il était seul. Seul toujours plaqué sur la croix de marbre. La position engendrait aussi des douleurs de plus en plus intolérables. Parce que ses jambes se dérobaient sous lui sous l'effet de la souffrance et de la faiblesse, il ne tenait debout que grâce aux liens qui l'attachaient à la croix. Mais à cause de cela, le poids de son corps reposait sur ceux-ci et ses poignets, entamés par la corde rugueuse étaient douloureux à en pleurer.

D'ailleurs il ne se privait pas de le faire dans la solitude et la misère où il se trouvait.

- Donnie, je t'en supplie, viens me chercher.

Que faisait son grand frère ? Pourquoi n'était-il pas là pour l'aider ? Pour le protéger contre ce monstre ? Pour faire payer à ce bourreau ce qu'il lui avait fait subir ?

Il se secoua, s'interdit d'accuser ainsi son frère. Il savait que le malheureux devait être aux abois, affolé à l'idée de ce qu'on lui faisait et de ce qu'on lui ferait encore s'il ne le retrouvait pas à temps. Il imaginait la vie infernale qu'il devait faire à ses agents, les houspillant, leur demandant des éléments pour la minute d'avant sa demande, n'acceptant aucune récrimination, aucun temps de réflexion dans l'action. Il eut un petit rire étouffé, incongru dans la position où il se trouvait. Finalement, il n'enviait pas les collaborateurs de son frère en cet instant. C'était peut-être lui, tout compte fait, qui avait la meilleure place.

Un gémissement lui monta de nouveau aux lèvres :

- Oh Donnie, dépêche-toi, je t'en supplie.

Il n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis que l'homme l'avait capturé, ni depuis qu'il était sorti, le laissant à demi-inconscient à la suite des coups reçus. Mais il savait fort bien ce qui venait ensuite : le bain et... Non, ça, il ne pouvait pas y penser ! Ça, ça n'arriverait pas, jamais ! Don serait là avant ! Don ne le laisserait pas subir cette ignominie ! Don le sortirait de là ! Il avait foi en son frère plus qu'en lui-même. Don le sauverait !

La porte s'ouvrit et, un instant, le fol espoir de voir apparaître celui qu'il appelait de tout son cœur le submergea. Un instant seulement. Il gémit à nouveau en apercevant son tortionnaire devant lui. Celui-ci ne fit pas attention à lui. Il alla à la baignoire et tourna les robinets. Puis il sortit de la pièce.

Affolé, Charlie comprit ce qui l'attendait et, malgré la douleur, il tenta à nouveau de se défaire de ses liens. Epuisé, il finit par s'avouer vaincu et se laissa aller contre le marbre froid.

- Donnie, je t'en supplie, je t'en supplie.

De longues minutes passèrent durant lesquelles seul le bruit de l'eau remplissant la baignoire se fit entendre. Puis, la porte s'ouvrit à nouveau et Charlie vit apparaître la haute silhouette de son bourreau. Celui-ci s'approcha de lui et le détacha. Incapable de tenir debout, Charlie s'affaissa dans ses bras. Sans efforts apparents, l'homme le souleva et l'emporta vers la baignoire.

- Non, non... murmura Charlie se débattant faiblement.

- Ce n'est rien. Un bain te fera du bien. Il faut laver tes souillures maintenant, la rédemption est à ce prix.

L'homme le déposa dans la baignoire et Charlie hurla tant l'eau était chaude. Sur ses blessures, cela était intolérable. Sa peau rougit instantanément. Il tenta d'échapper à la poigne de son tourmenteur pour sortir, mais celui-ci le tenait fermement.

- Arrête de gigoter comme ça ! Tu as besoin d'être lavé et tu le seras !

Comme Charlie continuait à se débattre en hurlant, l'homme lui plongea brusquement la tête sous l'eau. Le mathématicien ferma les yeux, et retint sa respiration pour empêcher le liquide de pénétrer dans ses poumons. Il commençait à suffoquer lorsqu'il se sentit tiré par les cheveux : l'homme le relevait en dehors de l'eau.

- Bien, tu es calmé maintenant ?

Il se contenta de hocher la tête, vaincu. Il ne pouvait pas lutter.

- C'est bien. Mais il faut que tu sois propre, tout propre !

Et à nouveau l'homme lui plongea la tête sous l'eau. A nouveau il sentit qu'il suffoquait et il se débattit vaguement pour qu'on le ramène à la surface. Et le supplice recommença encore jusqu'à ce qu'il ne soit plus en mesure de savoir exactement combien de fois il l'avait plongé dans le liquide brûlant et combien de fois il l'en avait ressorti au moment où il n'arrivait plus à retenir sa respiration, où il allait inspirer et laisser l'eau pénétrer dans ses poumons. Deux fois il avala un peu de liquide et, lorsque son tortionnaire le ramena à la surface, il eut toutes les peines du monde à retrouver son souffle, toussant et crachant désespérément.

Au moment où il comprenait que, la fois suivante, il n'aurait pas assez de forces pour subir encore l'ondoiement, son tortionnaire lui dit :

- Maintenant je vais te débarrasser de tes souillures !

Il aperçut alors la brosse en crin dans les mains de l'homme et il fit un dernier effort désespéré pour lui échapper. Mais il savait déjà que ce serait vain. Le maintenant d'une main ferme posée sur la poitrine, l'homme approcha la brosse de son corps et commença à frotter vigoureusement.


Cissy  (15.03.2009 à 18:44)

CHAPITRE IX

 

Trois semaines plus tôt : bureaux du F.B.I.

- Don, on a quelque chose là !

Comme piqué par une tarentule, Don bondit. Enfin quelque chose ! En même temps, son regard affolé accrochait la grande horloge : déjà presque six heures de passées ! « Oh Charlie ! Mon petit frère ! »

Ils avaient passé au fichier anthropométrique la photographie du suspect mais rien de probant n'en était sorti, jusque là. L'étude du fichier des permis avait été un peu plus concluante : apparemment, trois suspects potentiels ayant quelques traits en commun avec l'homme repéré sur les lieux vivait dans l'un des deux périmètres dégagés par le mathématicien. Comme d'habitude, les travaux de Charlie étaient remarquables. Ils n'avaient pas eu besoin de faire appel à Amita et Larry : les cartes et graphiques parlaient d'eux-mêmes.

Cependant, David et Colby avaient remarqué la grande ressemblance entre l'un des trois hommes et leur suspect. Ils en avaient émis l'hypothèse qu'il s'agissait peut-être d'un parent et était allé trouvé l'homme en question. L'homme, amené par la police, s'était présenté au bureau une heure avant. Liz avait expressément demandé à ses collègues de ne rien dire à Don tant qu'ils n'étaient sûrs de rien. Dans l'état où il était, il risquait de s'en prendre à ce témoin et de le braquer. Il serait toujours temps de le mettre au courant si quelque chose de probant sortait de leur intuition. Lorsqu'on lui avait montré la photo, l'homme avait tout de suite identifié son cousin, âgé de près de cinquante ans, qu'il avait hébergé après sa sortie de l'asile psychiatrique environ trois mois plus tôt.

- Il était interné ? s'était exclamé Liz.

- Oui, Bobby avait des problèmes ?

- Quels genres de problèmes ?

L'homme leur avait alors raconté comment son cousin avait été élevé par un père fanatique qui leur imposait de longues séances de prières, pour qui tout était péché, y compris les joies les plus anodines. Bien évidemment tout ce qui avait trait au sexe était à ses yeux l'œuvre du démon. Aussi, lorsque, vingt-cinq ans plus tôt, il avait surpris son fils avec un de ses amis dans une attitude de laissant aucun doute sur leur relation, après avoir chassé le « suppôt de Satan ! » terrorisé à grands coups de fouets, il avait fait vivre, durant trois jours un véritable enfer à son fils pêcheur.

- Vous pouvez précisez ? avait demandé Colby.

- Il l'a gardé attaché plusieurs jours en le fouettant avec des verges plusieurs fois par jour. Puis il lui faisait prendre des bains durant lesquels il le frottait avec une brosse métallique afin, selon lui, de le laver de ses souillures.

Les deux agents s'était regardé : c'était le mode opératoire de leur tueur.

- Est-ce qu'il l'a violé ? avait alors questionné Liz.

Le visage de l'homme s'était fermé : ils avaient pu y lire une gêne intense et ils avaient compris ce qu'il n'osait pas exprimer.

- L'ami que mon oncle avait chassé s'est inquiété. Au bout de trois jours il est entré en contact avec la police. Et pourtant, ce n'était pas évident pour lui non plus.

- Et alors ?

- On a retrouvé mon cousin à demi-mort, il n'avait pratiquement plus de peau intacte sur le corps, à la suite des frottements avec la brosse, et de la taille aux genoux la chair elle-même était entamée. De plus, la privation d'oxygène pendant que son père le maintenait sous l'eau avait affecté son cerveau. Il a passé plusieurs jours dans le coma et il lui est resté des séquelles importantes physiquement mais surtout psychologiquement.

- Et son père ?

- Il a été condamné à quelques années de prison. Mais le plus horrible c'est que, lorsqu'il en est sorti, Bobby est retourné vivre avec lui.

- Et son petit ami d'alors ?

- Il ne lui a jamais pardonné d'avoir dénoncé son père alors qu'il lui avait sauvé la vie.

Soudain, Liz avait eu une illumination :

- C'était un garçon brun, assez mince, pas très grand ?

Il l'avait regardé, abasourdi :

- Comment le savez-vous ?

- Que s'est-il passé ensuite ? avait interrogé Colby, impatient :

- Il a passé les vingt-cinq dernières années à entrer et sortir des cliniques psychiatriques pour des délires hallucinatoires psychotiques en rapport avec la religion, compliqués par des pulsions homosexuelles non maîtrisées et non assumées. Pourtant, la dernière fois, nous l'avons cru guéri, les psychiatres étaient confiants.

- Les psychiatres sont toujours confiants, avait alors dit Colby d'un ton amer.

- Que s'est-t-il passé ?

- Il y a deux mois et demi, mon oncle est mort.

Les deux agents échangèrent un regard entendu : le facteur déclenchant ! Puis ils avaient reporté leur attention sur l'homme qui avait avoué avoir rompu toutes relations avec son cousin après que celui-ci ait tenté de s'en prendre à son fils aîné âgé de vingt-deux ans. La loyauté familiale l'avait empêché de dénoncer le fils de son oncle qui lui avait assuré que cela ne se reproduirait plus, que l'incident n'était dû qu'à l'arrêt brutal de la prise de ses médicaments, mais que, désormais, jamais plus il ne commettrait cette imprudence. Il lui avait donc accordé le bénéfice du doute à la condition expresse qu'il ne l'approche plus, ni lui ni sa famille.

A la question de savoir où vivait maintenant son cousin, l'homme fut plus que vague : quelque part dans Riverside ou Malibu peut-être. Il pourrait se trouver dans le quartier de Riverside entre Magnolia avenue, et l'Université Baptiste de Californie. Il n'était pas sûr exactement. Pour Malibu, il n'en avait aucune idée.

Au compte-rendu de ses amis, David s'étonna :

- Mais pourquoi n'a-t-on pas trace de lui dans nos fichiers ?

- Il n'avait commis aucun crime jusqu'à présent.

- Il a été interné pourtant.

- Oui. Mais sur demande de sa famille. Il n'y a pas eu de décision de justice. Et, jusqu'à présent, le fait d'être malade mental n'est pas un crime.

- Bon, tu nous chantera ton couplet sur les droits civiques une autre fois si tu veux bien, jeta Don agressivement.

David ne releva pas, comprenant dans quel état d'esprit se trouvait son chef. Celui-ci continuait :

- On sait ou loge ce type ?

- D'après les cartes et les graphiques de Charlie, la probabilité la plus grande pour le lieu d'habitation de notre tueur est Riverside et c'est là que son cousin le situe aussi. Et regarde là...

Don suivait attentivement le chemin que montrait Colby sur la carte. Et depuis près d'une heure maintenant, ils épluchaient soigneusement les rues de la zone à forte probabilité, munis des éléments qu'ils avaient en leur possession.

- On fonce ! déclara Don.

- Il vaudrait peut-être mieux attendre d'en savoir plus, objecta David. Là on risque de foncer droit dans le mur et pendant ce temps là, si on part sur une fausse piste.

- Non ! Je suis sûr qu'on tient quelque chose là. De toute façon, d'après les calculs de Charlie, on sera toujours plus près là-bas qu'ici, s'impatienta Don.

- Oui, mais...

- Mais quoi ? aboya-t-il au visage de Nikki qui avait osé commencé l'objection.

Pourtant la jeune femme ne se laissa pas démonter.

- Après tout, le cousin n'a pas été formel. Il a aussi cité Malibu. Et si Charlie s'était trompé dans ses calculs ? Imagine qu'en fait tout se passe à Malibu. Le temps de revenir de Riverside...

- Charlie ne s'est pas trompé, hurla Don à bout de nerfs. Charlie ne se trompe jamais, tu m'entends ! jamais !

Si son frère avait pu l'entendre à ce moment là ! Quelle fierté pour lui !

- Alors maintenant, continua-t-il. Si tu veux aller te baigner à Malibu, libre à toi. Moi je vais à Riverside !

Ainsi rabrouée, la jeune femme n'insista pas et, silencieuse, elle se contenta de suivre ses coéquipiers qui couraient derrière leur chef. Arrivés aux véhicules, ils s'équipèrent et elle se retrouva dans la voiture de David et Colby tandis que Liz montait avec Don qu'elle ne quittait pas d'une semelle depuis le début de la journée : elle avait trop peur de ce qu'il pourrait faire si elle relâchait sa surveillance !

- Tu sais Nikki, ce n'était pas contre toi, tout à l'heure, dit David, désireux de la rasséréner après l'algarade qu'elle venait de subir.

- Je sais bien, répliqua-t-elle. Je comprends.

- Don n'est jamais comme ça d'habitude, insista Colby. Mais là, il s'agit de Charlie et...

- C'est bon. Je vous ai dit que je comprenais, O.K. ?

Les deux agents se le tinrent pour dit et le silence régna tout le temps qu'ils mirent à atteindre Riverside, David devant déployer toute sa science de conducteur pour suivre son patron lancé comme un bolide à travers les rues de Los Angeles.

- Tiens bon Charlie, murmurait Don, les yeux rivés sur la route. J'arrive frangin, j'arrive, je vais te tirer de là. »


Cissy  (15.03.2009 à 18:52)

*****CHAPITRE X*****

 

Trois semaines plus tôt : endroit inconnu

Charlie pleurait, de froid, de peur, de douleur. L'homme l'avait enfin retiré du bain rougi par son sang. Il avait l'impression d'avoir été écorché vif. De longues éraflures marbraient son corps, quelques hématomes apparaissaient là où l'homme l'avait frappé avec la brosse, à plusieurs reprises. Puis il l'avait fait sortir de l'eau et lui avait tendu un drap de bain dans lequel il s'était enroulé, heureux enfin de pouvoir retrouver un peu de pudeur. Maintenant il était assis sur une chaise et son tortionnaire était en train de lui couper les cheveux. Il voyait tomber ses boucles autour de lui et il ne pouvait s'empêcher de pleurer tout en se disant qu'il était stupide de pleurer pour quelques bouclettes qui repousseraient, de toute façon.

Il ne profitait même pas de sa toute relative liberté, puisqu'il n'était pas entravé, pour tenter de se rebeller ou de s'enfuir. Il était trop épuisé après les coups reçus, encore étourdi par l'eau avalée durant l'atroce baignade, les membres engourdis par l'extrême chaleur de l'eau. Il se sentait littéralement sans forces, n'ayant que l'énergie de retenir sur ses épaules le grand drap de bain dans lequel il s'enveloppait frileusement. Il n'avait même pas la force d'empêcher ses larmes de couler tandis qu'il voyait ses cheveux tomber au sol.

Mais il savait bien que ce n'était pas vraiment le saccage auquel était en train de se livrer l'homme qui le faisait pleurer. Non il pleurait d'impuissance, de rage contenue, de faiblesse aussi et de peur parce qu'il savait ce qu'il y avait après... Et ÇA... ÇA... !! il ne pourrait pas le supporter, il en était persuadé.

- Je t'en supplie Donnie, je t'en supplie, dépêche-toi, sors-moi de là...


Cissy  (16.03.2009 à 18:28)

CHAPITRE XI

 

Trois semaines plus tôt : quartier de Riverside

- Rien ! Rien ! Toujours rien !

A chaque rien, le poing de Don s'abattait de plus en plus violemment sur le volant.

- Calme-toi ! Si tu te casses la main, ça n'arrangera pas nos affaires d'accord ? lui dit sèchement Liz.

Elle aurait préféré le prendre dans ses bras et le bercer pour le consoler, le distraire de sa peine et de sa peur. Mais, outre que pendant qu'il conduisait ce n'était pas vraiment indiqué dans le manuel du parfait petit agent du F.B.I., elle imaginait bien comment il prendrait cette familiarité, lui qui fuyait au maximum toutes les démonstrations d'affection, quelles qu'elles soient.

- Je sais, je sais mais nous tournons en rond et je deviens dingue !

- On va le trouver Don.

- Je sais qu'il est là, je peux le sentir ! Mais où, où se cache cette ordure ?

Un coup d'œil à sa montre et il eut un gémissement de désespoir.

- Mon Dieu, ça fait plus de huit heures maintenant !

- Don... Ca ne veut pas dire qu'il est trop tard d'accord ? On ne sait pas, à quelques heures près, à quel moment il...

- Mais il lui a déjà fait du mal, forcément, et tu le sais ! Bon Dieu je le tuerai ! Je jure que je tuerai ce fumier !

Liz était de plus en plus inquiète au sujet de Don. Il passait sans arrêt ainsi de l'exaltation vengeresse à l'abattement le plus profond et elle n'était pas sûre que, quand bien même ils arriveraient à temps pour empêcher l'effroyable de se produire, il réussisse jamais à retrouver son équilibre nerveux. D'un seul coup elle prenait vraiment conscience de la place que Charlie tenait dans la vie de Don. Il était son point de repère, le fléau de sa balance. Sans lui, il partirait à la dérive d'une manière telle qu'elle n'était pas sûre que qui que ce soit puisse le retenir, ni Robin, ni même Alan et encore moins elle ou un de ses coéquipiers. Elle se remit à prier avec ferveur pour qu'ils arrivent à temps.

- Don, Don on a quelque chose ! la voix surexcitée de Colby résonna comme un clairon dans l'habitacle de la voiture qui parcourait en tout sens le quartier résidentiel.

- On arrive ! clama Don sans demander plus d'explication.

La voix de son collègue lui avait fait comprendre plus que les mots combien la piste était sérieuse.

«  J'arrive petit frère. J'arrive Charlie, tiens bon, juste encore un peu... Je suis tout près de toi. Tiens bon frérot ! »


Cissy  (16.03.2009 à 18:29)

*****CHAPITRE XII*****

 

Trois semaines plus tôt : endroit inconnu

- Tu as le diable en toi.

- Non ! Non ! Je vous assure que...

- Tu as le diable en toi et je dois le faire sortir.

Terrorisé, Charlie était de nouveau ligoté sur sa croix. Au sol, il pouvait apercevoir ses cheveux, coupés par son tortionnaire. Il imaginait bien la tête qu'il devait avoir avec sa coupe à ras. C'est Don qui allait bien rire en le voyant ! Fermant les yeux, il se réfugia dans la vision de son frère faisant irruption dans la pièce et l'arrachant à son bourreau. Puis il le regardait en riant.

- Hé ben dis donc ! Tu t'engages dans les marines petit frère ?

- La ferme crétin !

Ou bien :

- Mon pauvre Charlie, comment tu vas faire maintenant ?

- Comment je vais faire quoi ?

- Sans tes bouclettes ? Tu vas avoir du mal à continuer ton boulot.

- Quoi ? mais de quoi tu parles ?

- Et bien oui. Toute ton intelligence était à l'intérieur non ? D'ailleurs tu vois, tu ne comprends même pas ce que je veux dire.

- C'est bon abruti ! Il m'en restera toujours plus que toi !

Non ! Il ne pouvait pas dire ça à Don. Même en plaisantant ! Ca risquait de le blesser profondément. Il savait combien son frère souffrait parfois de se sentir inférieur à lui. Et pourtant lui-même était persuadé que son aîné était extrêmement intelligent. Seulement Don n'arrivait pas à s'en persuader : toute son enfance et son adolescence il y avait eu des imbéciles pour établir un parallèle entre son potentiel, pourtant au-dessus de la moyenne, et celui de son petit frère tellement hors norme, sans se rendre compte à quel point cela pouvait être dévalorisant pour lui.

 

La voix sifflante le fit sortir de son rêve éveillé.

- Tu sais comment on fait sortir le diable ?

- S'il vous plaît...

- On le fait sortir en allant l'extirper des orifices où il se cache. Il faut aller le chercher, et y retourner, encore et encore, jusqu'à ce qu'il sorte !

- Oh seigneur !

Charlie venait de comprendre ce dont parlait l'homme. Celui-ci déjà s'approchait et arrachait le drap de bain que sa victime avait autour de la taille. Désespéré le mathématicien essaya de lancer son pied en arrière pour toucher l'homme au bas ventre et l'empêcher de l'approcher. Celui-ci ne fit qu'en rire et se plaqua sur lui en murmurant :

- Le diable, tu as le diable en toi !

- Non, non ! Je vous en prie, ne faites pas ça !

- Je dois aller chercher le diable !

L'homme s'éloigna tandis que Charlie, épouvanté, tirait sur ses cordes pour tenter de se libérer. Il entendit un bruissement et, du coin de l'œil, il s'aperçut que son tortionnaire faisait passer sa robe de pénitent par-dessus sa tête. Il ne portait rien en dessous et un gémissement de terreur s'étrangla dans sa gorge : par pitié ! Non ! Non !

L'homme s'approchait à nouveau de lui et Charlie décela dans son rire un désir irrépressible, il comprit qu'il était perdu, que rien n'arrêterait plus l'innommable.

- Non ! Don ! Donnie ! Au secours ! Je t'en supplie ! Donnie ! Aide-moi !

 

*****

 


Cissy  (16.03.2009 à 18:31)

Au moment où l'homme posait sa main sur son épaule, il entendit un fracas épouvantable. Son agresseur se retourna, interloqué, juste à temps pour recevoir, en pleine poitrine, un choc violent qui le propulsa deux mètres plus loin.

Il se retrouva sur le dos, et aussitôt Don fut sur lui, martelant son visage de coups de poings, résistant à David et Colby qui essayaient vainement de le retenir pour revenir toujours sur lui.

Liz et Nikki s'empressaient autour de Charlie à demi-évanoui de terreur. Elles le détachèrent, le soutinrent et l'enroulèrent dans le drap de bain qui gisait au sol.

- Bon sang Don, tu vas le tuer ! Arrête !

- Don ! Lâche-le ! Calme-toi !

- Il faut que j'aille les aider, dit Liz, ils n'y arriveront pas.

- Tu devrais le laisser faire, répondit Nikki.

- Ce n'est pas pour ce salopard que je m'inquiète, mais pour Don.

- Don ?

A l'évocation de ce nom, Charlie sembla sortir de son hébétude.

- Don ? Donnie ? Tu es là ?

Sa voix se fit plus forte et atteignit soudain les oreilles de son frère. Dans sa fureur homicide, celui-ci perçut la détresse qui habitait son jeune frère et soudain il lâcha l'homme qu'il était en train d'assommer. Il le rejeta violemment en arrière en disant d'un air dégoûté :

- Enlevez-moi cette ordure ! Emmenez-le avant que je lui colle une balle entre les deux yeux !

Puis il s'empressa auprès de son frère.

- Charlie, je suis là, je suis là petit frère. C'est fini. Je suis là.

En même temps qu'il le rassurait, il évaluait ses blessures du regard et son visage se décomposait au fur et à mesure qu'il découvrait de nouvelles écorchures, de nouvelles lacérations, de nouveaux hématomes.

- Tu as mal ?

- Non, non, ça va. Donnie... il allait... il allait me...

- Chut ! Chut Charlie ! N'y pense plus, c'est fini.

- Si tu n'étais pas arrivé...

- Mais je suis là Charlie, je suis là frangin et plus personne ne te fera de mal, plus jamais.

Alors seulement Charlie comprit qu'il était sauvé, qu'il venait d'échapper à ce qui pour lui constituait le summum de l'abjection et il éclata en sanglots convulsifs.

- Chut, chut, petit frère ! lui chuchotait Don sans répit en le serrant dans ses bras tout en le berçant tendrement. Chut ! Je suis là, tout va bien, tu es sauvé !

Et les larmes roulaient aussi sur les joues de l'aîné tandis que son frère s'accrochait désespérément à lui en tremblant de tous ses membres.


Cissy  (16.03.2009 à 18:32)

CHAPITRE XIII

 

Trois semaines plus tôt : domicile du criminel

- L'ambulance arrive, dit Liz en entrant dans la pièce qu'elle avait quitté quelques instants.

Sans lâcher son frère, Don lui adressa un regard de remerciement.

- Il va bien ?

- Je crois que ça va aller oui. Nous sommes arrivés juste à temps apparemment, réussit à articuler Don la voix empreinte d'une émotion qu'il n'arrivait pas à contrôler.

- Et toi ? Tu vas bien ?

En même temps qu'elle posait cette question à laquelle elle savait pourtant qu'il ne répondrait pas, elle sut que non : bien sûr qu'il n'allait pas bien. Ils avaient beau être arrivés juste à temps, il aurait peut-être encore plus de mal que Charlie à se remettre de ce qui venait de se passer. La vision de son frère cadet nu, ligoté à cette croix, alors que cet homme s'apprêtait à lui faire subir une abomination sans nom, risquait de le hanter pour toujours.

Les secouristes arrivaient dans la pièce et Don s'écarta un peu pour les laisser s'occuper de Charlie. Celui-ci frémit quand il sentit sur lui les mains des infirmiers :

- Donnie !

- Je suis là Charlie, je suis là. On va t'emmener à l'hôpital. Tout ira bien maintenant.

- Mais tu ne me quittes pas ?

- Ca tu peux y compter. Maintenant que je t'ai retrouvé, je ne te lâche plus.

Lorsqu'ils furent tous les deux dans l'ambulance qui fonçait, sirène hurlante, vers l'hôpital le plus proche, Don s'empara de la main de son frère. Celui-ci tourna les yeux vers lui et son autre main vint enlever le masque à oxygène qui lui masquait le visage.

- Donnie...

- Oui Charlie.

- Tu sais, il ne m'a pas touché. Enfin, pas comme... Tu comprends ?

- Oui je comprends Charlie.

- Il ne m'a pas touché Don, le mathématicien répétait la phrase comme pour s'en convaincre lui-même, pas encore tout à fait sorti de l'état de panique qu'il venait de traverser.

- Je sais Charlie. J'ai vu.

En lui-même, Don pensait que si cela n'avait pas été le cas, l'homme serait mort à l'heure qu'il était : rien ni personne n'aurait pu l'empêcher de l'abattre comme un chien !

- Mais si vous étiez arrivés ne serait-ce que trente secondes plus tard.

- Mais nous sommes arrivés juste comme il le fallait Charlie.

- Oui, juste comme Zorro.

Un petit rire nerveux secoua Don.

- Sauf que j'ai oublié ma cape et mon chapeau.

- Et ton masque, tu as oublié ton masque aussi, ajouta le cadet, riant à son tour.

- Oh Charlie ! Si tu savais comme j'ai eu peur !

- Et moi donc !

Don se pencha vers le brancard et serra à nouveau son frère dans ses bras, comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher. Celui-ci gémit  et l'aîné se redressa brusquement, livide :

- Oh pardon ! pardon Charlie ! Je suis désolé, je ne voulais pas...

- Non... Non... Ce n'est rien. C'est juste que ces écorchures... C'est assez douloureux tu vois.

- Charlie...

En voyant les yeux de son frère se remplir de larmes, Charlie enchaîna :

- Mais ça va aller. Je n'ai rien de grave. Tu es arrivé à temps tu vois. Juste à temps, comme toujours.

- Juste à temps, oui !

Il y avait tellement de souffrance dans la voix de Don que Charlie jugea indispensable de lui changer les idées. Il se rappela son petit délire juste avant que... il frissonna à ce souvenir.

- Tu as froid ? s'inquiéta Don.

- Non, non... Je pensais juste à un truc.

- Quoi ? Quel truc Charlie ?

Charlie hésita un instant avant de lui demander :

- Qu'est-ce que tu penses de ma tête maintenant ?

- Quoi ?

- Ben oui ! De quoi j'ai l'air avec les cheveux aussi courts ?

Un moment Don eut l'impression d'avoir mal compris. Ce n'était pas possible! Après plus de huit heures de tortures et d'angoisse, son frère ne pouvait pas simplement se préoccuper de savoir de quoi il avait l'air parce qu'on lui avait coupé les cheveux un peu court !

Mais si, Charlie le regardait d'un air grave, comme si toute sa vie était remise en cause par la réponse à cette question cruciale :

- Et bien...

Le petit sourire qu'espérait Charlie apparut soudain sur les lèvres de Don.

- Tu veux vraiment que je te dises ?

- Oui.

« Et en avant les vannes ! » pensa-t-il  Mais à cet instant, il avait besoin de ça, de plaisanter avec son frère comme si rien ne s'était passé. Seulement Don, lui, n'avait pas vraiment le coeur à la plaisanterie. Tout ce qu'il réussit à dire c'est :

- Ca te va super bien !

- Quoi ?

- Ca te va super bien ! Tu as l'air de...

- De quoi ?

- Tu as l'air... d'un génie à cheveux courts ! finit Don, à cours d'imagination.

- Pff ! C'est tout ce que tu as trouvé ?

- Pourquoi ? Tu t'attendais à quoi ?

- J'attendais beaucoup mieux que ça.

- Attends un peu que je sois en forme, tu verras !

- D'accord.

- Et maintenant remets ce fichu masque et pas de discussion !

Joignant le geste à la parole, Don replaça soigneusement le masque sur le visage de son frère. Puis il laissa sa main courir sur son front et ses cheveux. Comme c'était bizarre de ne plus sentir les boucles brunes sous ses doigts ! Mais elles repousseraient, il n'y avait aucun doute. Tout ce qu'il espérait, c'est que les cicatrices invisibles que portaient son frère disparaîtrait aussi facilement que la coupe atroce que lui avait faite son bourreau.


Cissy  (17.03.2009 à 19:10)

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