HypnoFanfics

Interdit aux moins de 16 ans

Traumatisme

Série : Numb3rs
Création : 11.03.2009 à 16h21
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Beaucoup de larmes dans cet épisode très violent que j'écris seule. Ames sensibles d'abstenir. » Cissy 

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CHAPITRE XIV

 

Trois semaines plus tôt : hôpital, service des urgences

Don tournait en rond comme un lion en cage. Il y avait déjà près d'une heure qu'on l'avait séparé de son frère pour examiner celui-ci. Liz était restée près de lui tout le temps, tentant de le rassurer.

- Il n'a rien de grave Don, tu verras.

- Mais comment pourra-t-il se remettre de cette horreur ? Il est si fragile Liz !

- Pas tant que ça Don. Tu verras qu'il va nous étonner.

Il s'impatientait, l'examen lui paraissait durer des heures.

- As-tu demandé un kit de viol ?

Il la regarda, les yeux ronds, presque choqué de sa demande, pourtant légitime.

- Bien sûr que non ! répliqua-t-il presqu'avec violence. Je ne vais pas lui faire subir ça en plus !

- Don...

- Tu as bien vu : nous sommes arrivés à temps. C'était juste, mais nous sommes arrivés à temps !

- Mais si jamais...

- Non ! D'ailleurs il m'a dit qu'il ne l'avait pas touché. Et je le crois Liz, je le crois.

- D'accord, si tu es sûr !

- Oui, je suis sûr !

 

A ce moment-là un médecin sortit de la salle d'examen et Don se précipita :

- Comment va mon frère docteur ?

- Tout va bien, rassurez-vous. Il ne souffre d'aucune blessure grave, physiquement en tout cas : des écorchures, des égratignures, des boursouflures et lacérations dues aux coups, mais tout devrait rentrer rapidement dans l'ordre. Il aura sans doute le séant plutôt endolori durant les jours à venir, un peu de mal à se déplacer à cause des raideurs que vont engendrer ses blessures, et des démangeaisons fort désagréables dues à la cicatrisation, mais rien de plus. Nous lui avons administré un antalgique et je vais lui en prescrire pour les deux ou trois jours à venir.

- Il souffre ?

- Un peu, c'est évident. Son agresseur l'a tout de même sérieusement malmené et, si les blessures ne sont pas graves, elles sont tout de même douloureuses. Mais, comme je vous le disais, c'est l'affaire de deux ou trois jours. Ensuite, il ira vraiment mieux.

- Vous êtes sûr qu'il n'a rien de grave ?

- Je vous l'ai dit : physiquement il va bien. Et comme, d'après ce que l'on m'a dit, vous êtes arrivés juste à temps pour empêcher un viol, il ne devrait pas garder de séquelles psychologiques trop sérieuses.

- Mais il pourrait en garder toutefois ?

- Ecoutez, je ne connais pas bien votre frère, d'une part, et de l'autre je ne suis pas psychiatre. Mais il m'a semblé être plutôt équilibré et j'ai l'impression qu'il arrivera à surmonter le traumatisme de ce qu'il a vécu : votre arrivée rapide lui a évité le pire.

- Rapide...

Le ton de Don était amer. Il n'arrivait pas à se pardonner d'avoir mis tant de temps à retrouver Charlie. Il n'arrivait pas à se pardonner tout ce qui était arrivé, tout simplement.

- Agent Eppes, écoutez, je dois aller voir d'autres patients. Votre frère vous attend. Si cela peut vous rassurer, je vais vous donner le nom d'un excellent thérapeute. Le cas échéant, vous pourrez lui adresser votre frère.

- Oui. Merci docteur. Vous le gardez pour la nuit ?

- J'aurais aimé, mais il ne veut pas en entendre parler.

- Vous pensez que ce serait préférable ?

- De toute façon, il a l'air bien décidé à rentrer chez lui.

- Mais si vous pensez qu'il vaut mieux qu'il reste, alors il restera docteur.

- Ecoutez, discutez-en avec lui et tenez-moi au courant.

- D'accord. Merci docteur.

- Je vous en prie.

 

*****

 


Cissy  (17.03.2009 à 19:12)

Don pénétra dans la pièce. Charlie était assis sur la table d'examen, les jambes pendant dans le vide, le regard fixe. Son frère le contempla longuement : il était pâle et avait les yeux cernés. Des hématomes apparaissaient sur ses bras, son visage et ses jambes qui dépassaient de la courte chemise d'hôpital. Don eut un haut le cœur en apercevant les profondes marques de ligature qui zébraient ses poignets et les marques des coups qu'il pouvait distinguer sur le bas du dos, dans l'échancrure du léger vêtement.

- Charlie, Charlie, comment vas-tu frangin ?

- Oh Don !

Charlie tourna la tête vers lui et Don aperçut ses yeux embués de larmes. Il se précipita vers son frère et le prit dans ses bras.

- Tout va bien petit frère, tout va bien.

Charlie s'accrocha désespérément à lui, cachant son visage dans son épaule.

- Emmène-moi d'ici Donnie, je t'en prie.

- Non, Charlie, sois raisonnable, tu devrais plutôt passer la nuit ici.

- Mais je me sens bien Don. Tout ce que je veux, c'est rentrer à la maison auprès de toi, de papa et d'Amita et oublier ce cauchemar.

- Charlie, je crois qu'il vaudrait mieux que tu dormes ici. Je peux rester près de toi si tu veux.

- Donnie, je t'en supplie. Je veux rentrer à la maison, s'il te plaît.

Don fut incapable de résister à la supplication contenue dans la voix de son frère, à ses yeux implorants, à ses mains qui tremblaient.

- D'accord, d'accord Charlie. Je te remmène à la maison petit frère.

- Merci Donnie.

- Tu n'as pas à me remercier Charlie.

- Mais si. Merci d'être là pour moi Don, et merci de m'avoir sorti des pattes de ce bourreau.

- C'était bien le moins que je puisse faire non ? Je suis tellement désolé Charlie...

- Don, tu n'y es pour rien, tu m'entends, pour rien du tout !

Voyant son frère désemparé, Charlie voulut faire un peu d'humour pour tenter de détendre l'atmosphère.

- En tout cas, désormais tu ne pourras plus dire que...

- Que quoi... ?

- Et bien que je n'ai pas reçu assez de fessées dans ma vie ! Crois-moi, celle-ci a rattrapé toutes celles auxquelles, d'après toi, j'aurais injustement échappé durant toute mon enfance et mon adolescence.

Mais au lieu de faire rire son frère, son trait d'humour eut l'effet inverse. Don gémit :

- Oh Charlie !

Et soudain il fondit en larmes à son tour : il hoquetait, comme incapable de se maîtriser. Et plus il essayait d'endiguer ce flot ininterrompu, plus les sanglots le submergeaient. Un instant interdit, Charlie blêmit en voyant son grand frère, ce roc inébranlable, aussi bouleversé. Ce fut lui, cette fois-ci qui le prit dans ses bras, le serra contre lui tout en passant une main apaisante dans ses cheveux.

- Chut, Donnie, Chut ! Tout va bien maintenant, tout va bien.

 

*****

 


Cissy  (17.03.2009 à 19:12)

Au prix d'un terrible effort sur lui-même, Don parvint enfin à reprendre le contrôle de ses nerfs à vif. Il inspira et expira longuement à trois reprises et, lorsqu'il fut à peu près certain que sa voix ne tremblerait pas, il reprit la parole.

- Excuse-moi Charlie.

- Pas de quoi Donnie. Et puis, c'est plutôt flatteur de te voir pleurer pour moi.

- Non, pas ça, enfin si, ça aussi. Mais surtout, excuse-moi de n'avoir pas mieux veillé sur toi petit frère.

- Quoi ?

- Oui, je n'aurais jamais dû t'entraîner là-bas. Je n'aurais jamais dû te laisser sans protection alors que ce malade rôdait dans les parages. D'autant que tu correspondais totalement au profil des victimes.

- Don ! Tu ne pouvais pas le savoir ! Tu ne pouvais pas deviner qu'il nous surveillait.

- C'est une éventualité qui n'est jamais à exclure. J'aurais dû l'envisager !

- Tu ne peux pas tout prévoir Don.

- Mais à cause de moi tu as vécu un enfer Charlie et il s'en est fallu de si peu pour que...

Soudain sa conversation avec Liz lui revint en mémoire. Et le doute s'installa, intolérable. Charlie lut l'effroi dans les yeux de son aîné.

- Don ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Charlie, écoute... Je sais que c'est difficile d'en parler mais, je dois être sûr...

- Quoi ?

- Charlie... Est-ce que tu peux me jurer que...

Son frère le regardait, ne comprenant visiblement pas où il voulait en venir. La voix de Don, chargée d'émotion, était à peine perceptible tandis qu'il s'obligeait à continuer :

- Est-ce que tu peux me jurer que cet homme ne t'a pas... qu'il n'a pas eu le temps de...

Et soudain Charlie comprit : c'était donc ça qui hantait son frère par-dessus tout !

- Non, non Don ! Je te l'ai déjà dit, je peux te le jurer : il ne m'a pas...

Il hésita un instant avant de prononcer le mot qui lui faisait horreur, mais il comprit qu'il devait présenter les choses de telle façon que son frère n'ait plus aucun doute à ce sujet. Il savait que s'il lui en restait, ça le détruirait petit à petit.

- Il ne m'a pas violé Don, vous êtes arrivé juste à temps.

- Tu es sûr, vraiment sûr ? Tu me le dirais n'est-ce pas si...

- Bon sang Don ! Il me semble que si quelqu'un sait ce qui s'est passé, c'est moi. Alors si je te dis que ce malade ne m'a pas violé, c'est qu'il ne m'a pas violé !

Il ne savait pas s'il était réellement en colère ou s'il jouait en partie la comédie pour réussir enfin à convaincre son frère. Mais, en même temps qu'il prononçait ces mots, il se sentait mieux, comme si, lui aussi, prenait soudain conscience que ce qu'il redoutait par-dessus tout ne s'était pas produit.

- Pardon Charlie, pardon ! Mais j'avais besoin d'en être certain. C'était déjà tellement horrible de savoir qu'il t'avait battu, qu'à cause de moi tu avais vécu un terrible calvaire, et...

- Chut ! Je ne veux plus y penser. Et toi non plus tu ne dois plus y penser. Vous êtes arrivés à temps et je suis là. Je vais bien Donnie. Et, encore une fois, tu n'es responsable de rien. Combien de fois devrai-je te le dire avant que tu n'en sois persuadé ?

Son frère n'ayant absolument pas l'air convaincu, Charlie reprit :

- S'il y a un coupable ici, c'est moi !

- Quoi ? Arrête de dire n'importe quoi Charlie.

- Mais si Don. Enfin, j'aurais dû savoir que tu ne m'aurais pas envoyé un agent alors que tu avais dit que tu viendrais me chercher. J'aurais dû remarquer son attitude ambiguë, le fait qu'il ne connaissait pas mon titre et que c'est moi qui lui avais donné ton nom. J'aurais dû me rappeler que vous n'étiez que trois agents du F.B.I sur le terrain et que je vous connaissais parfaitement tous les trois. Et enfin, j'aurais dû, avant tout, lui demander de me montrer son insigne. Alors tu vois, je ne peux m'en prendre qu'à moi de ce qui s'est passé. Toi, tu n'as rien à y voir.

- Oh Charlie !

A nouveau, Don enlaça son frère et celui-ci se laissa aller dans les bras rassurants. Il lui semblait que les heures qu'il venait de vivre n'étaient qu'un épouvantable cauchemar, que rien n'était vrai. Cependant, lorsqu'il se mit debout, la douleur qui se propagea du bas de son dos à ses jambes lui rappela combien c'était épouvantablement réel, malheureusement. Don l'entendit gémir et le sentit chanceler. Il le rattrapa d'une main ferme et s'inquiéta :

- Tu as mal ? Tu ne te sens pas bien ?

- Non, ne t'inquiète pas. Ca va aller. C'est juste que... Ca tire un peu tu vois. Allez, emmène-moi d'ici, je veux rentrer à la maison.

- D'accord. Laisse-moi le temps de te trouver de quoi t'habiller. Tu ne comptes tout de même pas sortir comme ça ?

Charlie eut une grimace d'affolement.

- Ah non alors ! Mais, mes vêtements sont restés là-bas...

- Je sais, mais il y a une boutique juste en face de l'hôpital. Je vais t'acheter ce qu'il te faut.

- Don, ne me laisse pas.

- Charlie, c'est juste pour quelques minutes...

- S'il te plaît, Donnie.

Don comprit alors que, malgré ses allégations, son frère n'allait pas si bien que ça et qu'il avait besoin de sa présence. Il le regarda : si frêle dans sa chemise blanche, ses cheveux coupés courts lui donnant l'air encore plus fragile, presque enfantin. Il capitula :

- D'accord. Je vais envoyer Liz. Elle attend dans le couloir. Donne-moi deux minutes.

- Mais tu reviens ?

- Promis Charlie. Le temps de lui demander de te trouver de quoi te rendre décent et de mettre la main sur ton toubib pour qu'il te signe ton exeat et nous partons.

- D'accord. Dépêche-toi.

- Compte sur moi.

 

*****


Cissy  (17.03.2009 à 19:13)

Il ne fallut en effet pas plus de cinq minutes pour que Don donne des instructions à Liz qui partit sur le champ, puis pour qu'il avise le médecin de sa décision de remmener son frère chez lui s'il ne s'y opposait pas. Le médecin lui réitéra l'assurance que l'état de Charlie ne nécessitait pas d'hospitalisation, surtout si, comme c'était le cas, il ne se trouvait pas seul chez lui. Il lui signa donc sur le champ l'autorisation de sortie de Charlie.

Muni du papier, Don retourna auprès de son frère dont le regard s'éclaira dès qu'il le vit franchir le seuil, comme s'il avait craint qu'il ne revienne pas. Environ quinze minutes plus tard, Liz entra à son tour, portant dans un sac tout le nécessaire pour permettre à Charlie de s'habiller. Celui-ci fut touché de voir qu'elle avait pensé à choisir des vêtements amples de manière à ce que le port en soit le moins douloureux possible. La jeune femme quitta ensuite la pièce et Don aida son frère à s'habiller.

Son cœur se serra à la vue des marques que portait le corps du mathématicien : il avait l'impression qu'il n'avait pas un centimètre carré de peau intacte de la taille aux genoux. Malgré la douceur dont il faisait preuve, Charlie frémit de douleur à plusieurs reprises : sa peau irritée et écorchée supportait mal le contact des vêtements, si doux soient-ils. Lorsqu'enfin il fut habillé, Don lui dit :

- Tu es prêt, on peut y aller ?

- Et comment ! J'ai hâte de quitter cet endroit et de mettre tout ça derrière moi.

Don savait que ce ne serait pas si simple de mettre tout ça derrière eux, comme disait Charlie. Alors qu'ils quittaient l'hôpital, il tenta de détendre l'atmosphère en disant à son frère :

- Désormais lorsqu'un agent t'aborde, même s'il a toute la panoplie du F.B.I., tu lui demandes sa carte avant de le suivre d'accord ?

- Promis grand frère. C'est aussi valable pour toi ?

- Idiot va !

Sa main remonta vers la tête de son cadet pour lui ébouriffer les cheveux et, à nouveau, il eut cette drôle de sensation en sentant la peau du crâne sous ses doigts. « Oh Charlie ! Mon petit frère ! Qu'est-ce qu'il t'a fait ? »


Cissy  (17.03.2009 à 19:14)

CHAPITRE XV

 

Trois semaines plus tôt : maison des Eppes

Il ne leur fallut pas plus de vingt minutes pour arriver chez eux.

- Et papa ? demanda alors Charlie. Qu'est-ce qu'il va dire ? Il est au courant ?

- Non. Je n'ai pas voulu l'inquiéter avant d'être sûr que...

- Que vous alliez me retrouver à temps, compléta Charlie.

- Oui.

- Et il ne s'est pas inquiété ?

- Il n'en a pas eu le temps. Tu as disparu à neuf heures. Nous t'avons récupéré vers dix-sept heures trente. Rien d'anormal pour lui.

- Mais là, il va être vingt et une heures. A mon avis, il est en train de tourner comme un lion en cage. Je crois que nous allons en prendre pour notre grade !

- Allez viens, ne le faisons pas attendre plus longtemps.

Don fit le tour de la voiture pour aider son frère à descendre. Celui-ci étouffa un gémissement lorsqu'il se retrouva sur ses jambes : son corps s'ankylosait de plus en plus et chaque mouvement devenait plus douloureux.

- Ca va aller Charlie ? s'inquiéta Don.

- Mais oui. Du moment que tu ne me demandes pas de courir !

- Pas de danger.

Les deux frères se turent pendant qu'ils se dirigeaient vers l'entrée. Ils étaient également inquiets de la réaction de leur père.

Celui-ci, dans un premier temps, s'affola de l'état dans lequel était Charlie. Avant de lui donner des explications, Don lui fit comprendre que l'urgence était de monter le mathématicien dans sa chambre : il était exténué et il devait dormir. Une fois son fils cadet douillettement installé dans son lit, dûment bordé et profondément endormi sous l'action des antalgiques et du léger sédatif prescrit par le médecin, vint l'heure des explications.

Ce fut un moment difficile, douloureux pour Don. Comment apprendre à son père qu'il avait failli à son devoir, qu'à cause de lui, de sa bêtise, de son inattention, Charlie avait vécu un véritable enfer et qu'ils avaient été à deux doigts de le perdre. Lorsqu'il eut fini de lui faire le compte-rendu des événements de la journée, il se tut, baissant la tête et s'attendant à voir fondre sur lui toute la colère, toute la peur rétrospective qui devaient habiter son père.

Mais c'était mal connaître le doyen des Eppes. Durant tout le temps que Don avait parlé, il avait tremblé d'effroi et de souffrance à imaginer son petit garçon aux mains de ce maniaque, mais en même temps il observait le comportement et les mimiques de son aîné et il était conscient de l'effroyable séisme qui l'avait secoué. Il reconnaissait chez lui tous les stigmates d'un profond traumatisme fait de colère, de terreur, de douleur et, par-dessus tout, d'un sentiment de culpabilité d'une intensité telle qu'Alan se demanda s'il parviendrait jamais à le surmonter.

Alors il n'eut pas un mot de reproche pour Don : d'ailleurs qu'aurait-il pu lui reprocher ? D'avoir emmené son frère avec lui sur le terrain ? Ce n'était ni la première ni la dernière fois que cela arrivait. Qui aurait pu prévoir que le tueur était sur les lieux à chaque fois ? Qui aurait pu se douter qu'il aurait l'incroyable audace d'enlever un consultant du F.B.I. dans un endroit infesté de policiers ? Qui pouvait imaginer un tel sang-froid, une telle cruauté ? Alan passa du temps à rassurer son fils, à tenter de lui faire comprendre qu'il n'y était pour rien et, qu'au contraire, grâce à son intervention aussi rapide que possible, il avait réussi à éviter le pire et Charlie était avec eux, sain et sauf, ne souffrant que de blessures, certes douloureuses, mais légères.

Il essaya de trouver les mots pour le débarrasser de ses remords inutiles mais il se rendit vite compte que Don n'était pas réceptif à ses arguments et il soupira. Il n'y avait plus qu'à espérer que le temps ferait son œuvre. Au moment où ils se levaient pour aller se coucher à leur tour, un hurlement retentit, venant de la chambre de Charlie. Don se rua à l'étage, montant les marches trois par trois tandis que son père le suivait le plus vite qu'il pouvait.

Dressé dans son lit, Charlie hurlait, en proie à une terreur sans bornes. Don se précipita vers lui et le prit dans ses bras en lui murmurant :

- Là, là, Charlie, tout va bien petit frère, tout va bien, ce n'est qu'un cauchemar.

Charlie, au son de cette voix ouvrit des yeux pleins d'effroi.

- Don, c'est toi ?

- Bien sûr que c'est moi. Qui veux-tu que ce soit voyons ? Et papa est là aussi.

Justement Alan venait s'asseoir à son tour au bord du lit de son fils, passant une main apaisante dans son dos.

- Là, tout va bien fiston.

- J'ai cru que j'étais encore là-bas, expliqua Charlie. J'étais encore là-bas et tu n'arrivais pas et il me...

- Chut, chut ! Je suis arrivé Charlie. Tu es en sécurité. Il ne te fera plus jamais de mal. Personne ne te fera plus jamais de mal.

Charlie fondit alors en larmes dans les bras de son père et de son frère. Par-dessus sa tête pressée contre sa poitrine, tandis qu'il s'efforçait de lui murmurer des mots d'apaisement, Don lança un regard désespéré à son père : son cadet se remettrait-il jamais de ce qu'il venait de vivre ?

Petit à petit les sanglots de Charlie s'apaisèrent. Alan lui fit ingurgiter un bol de lait avec du miel qu'il était allé préparer pendant que Don l'apaisait de la voix et du geste. Puis ils l'aidèrent à se recoucher et restèrent près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme de nouveau.

Lorsqu'enfin son souffle se fit plus régulier, que son corps se détendit, les deux hommes sortirent de la chambre. Avant de fermer la porte, Don jeta un dernier regard sur son frère endormi. Et ce qu'il lut dans ce regard emplit Alan d'appréhension : la culpabilité était toujours là, plus forte que jamais. Le père comprit alors que, de ses deux fils, le plus traumatisé n'était peut-être pas celui qu'on pensait.


Cissy  (18.03.2009 à 18:31)

CHAPITRE XVI

 

Deux semaines plus tôt : maison des Eppes

Charlie s'était remis physiquement assez vite : au bout d'à peine une semaine, il ne souffrait plus du tout de ses égratignures, écorchures et hématomes qui se résorbaient petit à petit. Entouré de l'amour des siens : son père plus attentif que jamais, Amita au petits soins ayant subi la plus grande frayeur rétrospective de sa vie, Larry rempli de compassion, il ne semblait pas avoir été trop marqué par la terrible épreuve qu'il avait subie. Bien sûr, il faisait souvent des cauchemars, mais, d'après le thérapeute qu'Alan inquiet avait consulté, cela était normal. Tant qu'il continuait à bien dormir, qu'il s'alimentait convenablement et que son comportement était normal (à ce moment-là, Alan s'était demandé ce que « comportement normal » pouvait bien signifier dans le cas de quelqu'un comme Charlie), il n'y avait pas à s'inquiéter outre mesure.

Et Alan s'efforçait effectivement de ne pas donner aux choses plus d'importance qu'il ne le fallait. Il ne pouvait pas s'empêcher toutefois de trembler pour son fils : que se passerait-il la prochaine fois qu'il collaborerait avec le F.B.I ? A quels dangers pourrait-il se trouver confronter ? Don serait-il toujours là pour intervenir in extremis et l'arracher à l'horreur ?

Durant un moment, il avait été tenté de demander à ses fils de cesser de collaborer. Puis il s'était dit qu'il n'en avait pas le droit. Ses deux garçons avaient trouvé leur équilibre dans leur entraide mutuelle. Ils s'entendaient mieux qu'il ne l'aurait jamais cru possible. Combien de fois Margaret et lui avaient-ils déploré le fossé qui séparait leurs enfants ? Ils les chérissaient autant l'un que l'autre, mais ils savaient que Don s'était bien souvent senti délaissé, dévalorisé par rapport à son petit frère si remarquable. Et cela avait distendu les liens entre leurs fils. Il se souvenait combien son épouse en avait souffert : elle en parlait encore, quelque temps avant sa mort, s'inquiétant de ce qui se passerait lorsqu'elle ne serait plus là. Sa présence avait en effet le pouvoir d'empêcher ses fils de se dresser l'un contre l'autre : elle craignait plus que tout qu'elle partie, ils ne se déchirent et ne se tournent définitivement le dos.

Et c'était l'inverse qui était arrivé. Les deux frères s'étaient retrouvés : bien sûr il y avait eu des heurts, et il y en avait encore, très régulièrement : leurs tempéraments entiers et impétueux entraînaient forcément des tensions. Mais ils s'étaient découverts, ils avaient appris à se connaître, à s'écouter, à s'estimer et à se comprendre. Ils étaient devenus des frères, des amis et ce grâce à leur collaboration dans les enquêtes du F.B.I.

Charlie avait enfin pris la mesure de la difficulté de la tâche à laquelle s'était attelé son grand frère, des tensions qui pesaient sur lui, des responsabilités écrasantes qui lui incombaient. Don, lui, s'était rendu compte que le monde de son frère n'était pas, comme il le croyait, fait d'abstraction et d'inutilité et qu'il pouvait, en toute occasion, compter sur l'appui de son cadet. Et au fil des mois, tandis qu'il voyait leurs liens se resserrer, Alan s'était réjoui de cette entente qu'il n'osait plus vraiment espérer.

Alors non, il ne se sentait pas le droit de risquer de détruire ce que ses fils avaient tissé. Ce que Charlie venait de subir n'était qu'un malheureux concours de circonstances et nul doute que ça ne se reproduirait jamais. Il n'était pas allé jusqu'à demander à son mathématicien de fils d'établir des calculs de probabilité à ce sujet, mais il était bien persuadé que celles-ci auraient de toute façon abondé dans son sens. Rien de ce qu'il pourrait dire ou faire ne changerait le fait que ses fils pourraient toujours courir des risques. Don en particulier était exposé en permanence, et pourtant il n'aurait jamais pu exiger de lui qu'il abandonne cette carrière qui faisait partie intégrante de lui. Et puis, Charlie pouvait tout aussi bien être blessé dans un accident de voiture en allant à son travail, un accident d'avion lors de l'un de ses nombreux déplacements pour aller donner une conférence à un endroit ou à un autre, être pris pour cible par ces tireurs d'université et de lycée qui semblaient se multiplier partout dans le monde, et que sais-je encore ?

Le risque zéro n'existe pas, se disait Alan, s'efforçant de garder son objectivité. Alors oui, ce qui était arrivé était horrible. Mais Charlie était là, il allait bien et semblait ne pas avoir subi de traumatisme majeur. Alors à quoi bon remuer le couteau dans la plaie en essayant de changer les choses ? Rien ne ferait que tout ça n'existerait plus, et tout indiquait que ça ne se reproduirait jamais. C'est pourquoi, quand huit jours après les événements il avait pu profiter de son premier vrai repas avec ses deux fils, il n'avait pas émis l'hypothèse d'une cessation de la collaboration de Charlie avec son frère.

Il regardait ses deux fils avec amour : ils étaient là, tous les deux. Et pourtant son front était soucieux. Ils étaient là, oui, physiquement. Mais il lui semblait que Don était bien loin de là : nerveux, tendu, plongé dans un mutisme de mauvais aloi, contrairement à Charlie qui paraissait détendu, heureux, comme si rien n'avait eu lieu.


Cissy  (18.03.2009 à 18:32)

CHAPITRE XVII

Deux semaines plus tôt, maison des Eppes 

C'était la première fois, depuis plus d'une semaine, que Don pouvait enfin passer un long moment avec eux. En tout cas, c'était ce qu'il avait prétendu : trop de travail depuis ce qui s'était passé. A peine clôturé le dossier de ce malade, dossier qui lui avait d'ailleurs valu une admonestation pour « emploi immodéré de la force face à un suspect », trois affaires successives leur étaient tombées sur les bras et il s'était trouvé trop débordé pour passer du temps auprès d'Alan et Charlie.

Bien sûr, il passait, chaque jour, prendre des nouvelles de son petit frère, l'embrasser ainsi que son père. Mais il ne s'attardait jamais plus que le temps, éventuellement, de renouveler son taux de caféine dans le sang. Pas une fois en huit jours il n'avait accepté de partager leur repas. Il avait fallu qu'Alan se fâche presque pour qu'il cède et soit présent ce soir-là. Mais à voir la tête qu'il faisait, Alan se demandait s'il avait vraiment bien fait de lui forcer la main. Peut-être avait-il besoin d'encore un peu de temps.

Son père n'avait pas été dupe de ses excuses : il savait ce qui le rongeait. Il continuait de se sentir coupable de ce qui s'était passé et rien de ce que lui ou Charlie pouvaient lui dire ne le détournait de ce sentiment irrationnel. Et il ne supportait pas de voir son petit frère, de contempler, jour après jour, les stigmates de ce qu'il avait subi : les hématomes sur le visage, les poignets meurtris et surtout ses cheveux coupés à ras dont pourtant Amita avait dit qu'ils lui donnaient l'air sérieux et professoral qui lui manquait parfois. Au point que Charlie se demandait s'il n'allait pas conserver cette coupe, en un peu plus soigné toutefois. Et puis Don ne pouvait pas s'empêcher de penser que son père, même s'il ne lui disait rien, devait lui en vouloir de ce qui s'était passé. Il jugeait le regard des autres sur lui à l'aune de ce qu'il pensait lui-même de sa responsabilité et, partant de là, il ne pouvait que les penser critiques, accusateurs, déçus et en colère.

Alan et Charlie faisaient assaut de blagues et racontaient toute sorte d'anecdotes pour essayer de détendre l'atmosphère, amener enfin un sourire sur le visage tendu de Don qui n'avait pratiquement pas desserré les lèvres de la soirée. Pour tenter de le faire participer à la conversation, Charlie lui demanda soudain :

- Et le boulot ? Comment ça va ?

Alan sentit tout de suite le raidissement qui s'emparait de son aîné alors qu'il répondait laconiquement :

- Ca va.

- Tu as l'air bien occupé. On ne te voit plus beaucoup.

- C'est vrai, on a beaucoup d'affaires en ce moment.

- Et sans moi, vous avez du mal à vous en sortir, non ?

Charlie avait voulu plaisanter, mais le regard que lui lança alors son frère le mit terriblement mal à l'aise :

- On arrive à s'en sortir Charlie. On s'en est sorti avant toi, on s'en sortira après.

- Don... essaya d'intervenir son père.

- Non, il a raison papa. Donnie, je ne voulais pas dire que sans moi vous étiez incapables de...

- Et bien heureusement, le coupa son frère. Parce que, désormais, il faudra bien qu'on se passe de tes services.

Un long silence plana tandis que Charlie prenait petit à petit conscience de la signification de ces mots :

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? questionna-t-il soudain, la voix durcie.

- Charlie, tu ne peux plus continuer à travailler pour nous, et tu le sais.

- Ah oui ? Et en quel honneur ?

- Enfin ! Tu es idiot ou quoi ? Après ce qui a failli arriver, tu crois vraiment que je risquerais à nouveau ta sécurité en te permettant de continuer ta collaboration ? Mais tu me prends pour qui à la fin ?

- Don... Mais enfin... C'est stupide. Il n'y a aucune raison pour qu'un tel événement se reproduise. Les probabilités seraient de l'ordre de...

- Je me fiche de tes probabilités, explosa Don. Elles pourraient être de l'ordre de trois mille milliards de quadrillions que je m'en ficherais tout autant ! Je ne prendrai pas ce risque. Tu ne travailleras plus pour nous et ce n'est pas négociable !

- Ah oui ? Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire, je te signale ! Je suis adulte et capable de prendre soin de moi. Alors si je veux...

- Si tu veux, rien du tout ! Au F.B.I. c'est moi le patron ! Et je ne veux plus de toi ! C'est clair ? Je ne veux plus de toi !

Sur ce, Don était parti en claquant violemment la porte, laissant son frère et son père abasourdis de cette sortie et de cette violence qu'ils ne lui connaissaient pas.

Devant l'air désarçonné et troublé de Charlie, Alan avait doucement posé sa main sur son bras :

- Ne t'inquiète pas fiston. Ton frère est encore sous le choc. Mais ça lui passera, tu verras. Ca lui passera. Et il reviendra te chercher, forcément.

- Tu crois ? Tu crois vraiment ?

C'était comme l'appel d'un petit garçon qui supplie son père de lui réaliser son plus grand rêve.

- Mais oui, tu verras. Il ne pensait pas ce qu'il disait.

Mais Alan se trompait. Au cours des deux semaines qui suivirent, les visites de Don s'étaient espacées de plus en plus. Et, lorsqu'il passait, son père n'avait pas été sans remarquer que, le plus souvent, Charlie n'était pas là : un peu comme si l'aîné évitait de se trouver en tête à tête avec son jeune frère. Et toute les tentatives du père pour faire comprendre à son fils qu'il faisait fausse route en interdisant à son frère de collaborer avec lui s'étaient heurté à un mur. Alan avait dû se résoudre à abandonner sous peine de voir son fils s'éloigner définitivement. Du temps, il fallait lui laisser du temps. Mais le temps n'exigerait-il pas encore du temps ? Alan se faisait du souci : comment cela allait-il se terminer ?


Cissy  (18.03.2009 à 18:34)

CHAPITRE XVIII

 

Maison des Eppes

Et voilà : encore une fois une dispute, encore une fois une impasse ! Est-ce que ces fils ne sauraient jamais prendre le temps de discuter calmement ?

Don continuait de prendre des notes, apparemment absorbé par son dossier, mais Alan le surprit, plus d'une fois, le crayon en l'air, le regard tourné vers le garage, comme s'il luttait intérieurement contre une petite voix qui lui disait qu'il devait enfin tourner la page de l'horreur et aller vers l'avant. Et puis il soupirait et se plongeait à nouveau dans ses papiers. Et de promenade, il n'en fut même plus question !

Vers dix-huit heures, Alan posa sa grille de mots croisés, qu'il n'avait même pas remplie à moitié et demanda à son fils :

- Bon, je vais préparer le repas ? Tu as envie de quelque chose de particulier ?

Don, cette fois-ci visiblement totalement immergé dans l'étude d'un document qui semblait particulièrement intéressant, leva vers lui un regard un peu vague, semblant reprendre pied dans la réalité.

- Quoi ?

- Manger ! Miam miam ! Toi comprendre ?

Les yeux de Don s'arrondirent de stupeur devant la manière de lui parler de son père, qui joignait le geste à la parole, comme s'il avait en face de lui un faible d'esprit :

- A quoi tu joues ?

- J'essayais juste de te faire revenir sur terre. Je ne sais pas ce qu'il y a sur ce papier, mais ça a l'air bigrement intéressant.

- Oui. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose là... Mais, c'est un peu complexe. Beaucoup de chiffres et... Il va falloir que j'aille voir nos analystes.

- A oui. C'est idiot alors que tu as sous la main le meilleur qui soit.

- Papa... On en a déjà parlé.

- Je sais. Et on en reparlera encore.

- Ecoute, si c'est pour t'entendre me faire des reproches toute la soirée, je préfère encore rentrer.

- Je ne te faisais pas de reproches Donnie. Juste une réflexion. Il me semble qu'un père a encore le droit de faire des réflexions à son grand fils non ?

- Bien sûr, mais...

- Mais rien du tout tête de mule ! Bon, alors, qu'est-ce que tu veux manger ?

- Je n'en sais rien. Fais comme pour toi !

- Fais comme pour toi ! Ah on n'est pas aidé ! grommela Alan en disparaissant dans la cuisine suivi par le regard pensif de Don.

Il en ressortit quelques minutes plus tard en annonçant qu'il allait faire deux ou trois courses. Don opina de la tête puis se tourna à nouveau vers la feuille qu'il étudiait et ses sourcils se froncèrent. Il y avait une anomalie dans ces comptes, il en était certain, sans pouvoir mettre le doigt dessus. Et, à l'heure qu'il était, leurs analystes étaient indisponibles, ou ceux qui l'étaient avaient été réquisitionnés en urgence et donc étaient occupés sur des affaires de premier plan. La sienne avait beau être importante, elle ne serait pas classée comme prioritaire.

A ce moment-là, il vit s'ouvrir la porte qui menait sur le garage. Il posa rapidement la feuille et referma prestement la chemise en posant son avant bras dessus, comme si son frère allait venir la lui arracher de force.

 


Cissy  (19.03.2009 à 16:52)

CHAPITRE XIX

 

Maison des Eppes :

Charlie rentra dans le salon, pâle, les yeux un peu rouges et Don sentit son cœur se serrer. Le sentiment de culpabilité qui l'étreignait en permanence depuis trois semaines revint s'installer à toute vitesse au creux de son ventre, formant une boule qui l'étouffait parfois.

- Hello frangin, comment vont les calculs ? risqua-t-il toutefois d'une petite voix.

Il avait à peine terminé sa phrase qu'il se traitait d'idiot : non mais qui avait jamais vu pareille entrée en matière ? S'il voulait lui dire combien il était désolé, il n'avait qu'à prononcer ces mots : « Je suis désolé » Ca marchait toujours paraît-il. Et s'il ne voulait pas lui parler, et bien il lui suffisait de se taire. « Comment vont les calculs ? » Non mais, à quoi ça rimait ?

Pourtant, Charlie sourit, soulagé sans doute que Don lui ait adressé la parole en premier. Lui-même aurait bien été incapable de trouver comment entamer la conversation. Alors si stupide que puisse être l'entrée en matière, elle avait l'immense avantage, au moins de lui tendre la perche.

- Cahin-caha. Je crois que je ne suis pas très en forme.

Aussitôt Don s'inquiéta :

- Tu ne te sens pas bien ? Tu as mal quelque part ?

- Non ! Je vais très bien. Donnie, il faut que tu arrêtes de t'en faire pour moi.

- Je ne peux pas Charlie, je suis désolé, mais ça, je n'y arrive pas. Tu es mon petit frère, je dois veiller sur toi.

- Mais je suis grand maintenant Don. J'ai ma vie et tu ne peux pas être sans arrêt derrière moi. Tu ne peux pas me protéger de tout.

- Je sais, bien sûr que je le sais. Je ne suis même pas capable de te protéger lorsque tu es sous mon nez !

Et soudain, sous le regard bouleversé de son cadet, Don fondit en larmes. Charlie ne l'avait jamais vu pleurer ainsi, sauf à l'hôpital, lorsque son frère était venu le rejoindre dans la salle de soins.

Il fit rapidement les quelques pas qui le séparaient de lui et le prit dans ses bras.

- Don, Donnie... Mais qu'est-ce que tu as ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Parle-moi grand frère, parle-moi.

Il sentait son frère trembler dans ses bras et, un moment, il eut la tentation d'appeler leur père. Lui il saurait quoi faire pour calmer cette douleur qu'il ne comprenait pas. Et puis il pensa qu'il devait y arriver : il avait l'occasion de prouver à son frère qu'il était toujours capable de lui être utile et que lui aussi pouvait être parfois le protecteur, que ce n'était pas toujours à Don de s'ériger en rempart.

- Qu'est-ce qu'il y a Donnie ? C'est le travail ? Tu as perdu un agent ? Donnie... Parle-moi.

Don tentait de retenir ses larmes, comme honteux de se laisser ainsi aller. Sa main fouilla désespérément dans sa poche, à la recherche d'un mouchoir qu'il ne trouva pas. Aussitôt Charlie sortit le sien et, plutôt que de le lui donner, il lui essuya lui-même les yeux puis porta le mouchoir à son nez en lui disant :

- Allez souffle !

A ce moment-là, son aîné lui arracha le carré de tissu des mains en protestant :

- Non mais ! Je n'ai plus deux ans !

Un sourire vint aux lèvres du cadet : il avait obtenu la réaction escomptée. Son frère se calmait et ils allaient peut-être enfin pouvoir parler calmement tout les deux. Intérieurement, il se fit la promesse de ne pas prendre la mouche, quoi que puisse lui dire son aîné. Il s'assit près de lui et lui demanda à nouveau :

- Que se passe-t-il Donnie ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Je suis tellement désolé Charlie ! Tellement désolé !

 

*****

 


Cissy  (19.03.2009 à 16:53)

Pendant un moment, Charlie le regarda comme s'il avait perdu la raison. Il ne comprenait pas où voulait en venir son frère. Et puis soudain son visage se figea, ses lèvre s'arrondirent sur un cri de stupéfaction qu'il ne formula pas. Comme dans un éclair, il venait de comprendre ce qui torturait son frère ! Comme un rideau qu'on déchire, il voyait soudain se dévoiler la raison de ces visites de plus en plus rares, de ces conversations contraintes qu'ils avaient les rares fois où ils se croisaient, de ce refus de le laisser collaborer.

- Oh Donnie ! gémit-il. Non, ne me dis pas que...

Son frère ne répondit pas, tête baissée, les mains douloureusement crispées sur la table, comme incapable d'articuler une parole. Charlie le força à relever la tête pour le regarder dans les yeux.

- Alors c'est ça ? C'est bien ce que je crois ? Tu t'en veux encore pour ce qui est arrivé ?

- Comment veux-tu que je ne m'en veuille pas Charlie ? Comment veux-tu que je me pardonne ce qui s'est passé ? Comment pourrais-tu me le pardonner toi-même ?

- Donnie... On a déjà parlé de ça, tu n'es pas coupable.

- J'aurais dû le savoir, j'aurais dû être là. Je n'aurais pas dû te laisser...

- Seigneur ! Mais comment arriver à te faire comprendre ?... Arrête ! Tu vas te détruire si tu continues comme ça !

- Je n'aurai que ce que je mérite !

- Cesse donc de dire des bêtises !

Ses bonnes résolutions de ne pas se mettre en colère venaient de voler en éclat devant l'entêtement de son frère à s'auto-flageller.

- Maintenant ça suffit Don ! J'aimerais que tu te montre un peu raisonnable et que, pour une fois dans ta vie, tu te serves de ton cerveau !

Devant la violence de l'algarade, Don se tint coi, oubliant même de protester contre le « une fois dans ta vie » qui n'aurait pas manqué, dans d'autres circonstances, de le faire réagir violemment.

- Tu ne peux pas être partout Don. Tu ne peux pas à la fois étudier les lieux d'un crime et veiller sur moi. Tu ne peux pas me surveiller comme si j'étais encore en bas âge. Je suis capable de prendre soin de moi. Tu es un excellent agent mais tu ne peux pas prévoir toutes les perversité d'un cerveau criminel, parce que tu n'es pas un criminel justement. Alors tout ça... Te sentir coupable, t'accuser, t'en vouloir le restant de tes jours, non seulement ça ne changera rien à ce qui s'est passé, mais en plus, c'est insultant pour moi. C'est ... Oui, c'est ça, c'est cruel... Parce que ça m'oblige encore et encore à revivre cette horreur pour te rassurer. Parce que ça m'empêche de tourner la page. Et c'est insultant parce que tu penses que je devrais t'en vouloir. Que, alors que tu n'as commis aucune erreur, je devrais oublier toutes ces fois où tu es venu à mon secours. Tu me penses capable de rayer d'un trait de plume tous nos bons souvenirs à cause de mes propres bêtises. Et ça, c'est... c'est insultant. Je me sens insulté !

- Charlie, non, je ne voulais pas t'insulter, tu le sais.

- Alors arrête ! Arrête ça maintenant ! Tout de suite ! Tu n'y es pour rien. POUR RIEN ! Tu m'entends ?

- Mais je suis ton frère, j'aurais dû...

- J'aurais dû... J'aurais dû... Et moi j'aurais dû ne pas suivre ce faux agent. J'aurais dû attendre que tu viennes me chercher, comme tu me l'avais ordonné. J'aurais dû me rendre compte de l'imposture. J'aurais dû lui demander sa plaque. J'aurais dû, peut-être aussi, rester au bureau, mais j'avais envie d'être avec toi et j'aurais dû...

- Arrête Charlie. C'est bon je crois que j'ai compris.

- Ah oui ? Tu es sûr ?

- Oui.

Un silence s'établit. Puis Don demanda, presque timidement.

- Charlie ?

- Quoi ?

- Tu es sûr que tu ne m'en veux pas ?

Un moment Charlie fut sur le point d'éclater. Puis il comprit que son frère avait besoin d'entendre les mots clairement.

- Non Donnie. Non je ne t'en veux pas. Au contraire. Je te suis reconnaissant d'être arrivé à temps. Tu sais, tout le temps que j'étais là-bas, je savais que tu viendrais. Je savais que tu me trouverais avant qu'il soit trop tard. Parce que je savais, parce que je sais, que j'ai la chance d'avoir le meilleur des grands frères, le meilleur qui soit, et qui est en même temps le meilleur des agents.

- Oh Charlie !

Et les deux frères se retrouvèrent à nouveau enlacés, jusqu'à ce que, tout à coup, Don écarte brusquement son frère de lui et lui demande, sur un ton sévère :

- Et maintenant si tu m'expliquais cette vilaine petite réflexion ?

- Une réflexion ? Quelle réflexion ? s'étonna Charlie, cherchant désespérément quelle phrase parmi celles qu'il venait de dire, son frère avait pu prendre en mauvaise part.

- Le : sers toi de ton cerveau pour une fois !

- Oh...

- Parce que je te signale que je n'ai peut-être pas 192 de Q.I. comme monsieur...

- 172, rectifia Charlie, modeste, tandis que son frère continuait, sans se soucier de l'interruption :

- Mais je ne suis tout de même pas le dernier des crétins !

- Loin de moi cette idée !

- Et si tu crois que je ne suis pas capable de raisonner aussi bien que toi... Enfin, presque...

Et un sourire vint fleurir sur les lèvre de Don, à la fois amusé et enfin apaisé. Les deux frères se regardèrent et partirent d'un franc éclat de rire : le premier depuis une éternité leur parut-il. C'était un fou rire nerveux dans lequel passait toute la tension qu'ils avaient subie au cours du mois écoulé. Au fur et à mesure qu'ils riaient à avoir mal aux côtes, les larmes roulant sur leurs joues, ils se débarrassaient des derniers sentiments de culpabilité, de rage, de douleur, de terreur, qu'ils avaient pu garder au fond d'eux. Lorsque le rire s'éteindrait, ils seraient redevenus définitivement eux-mêmes.

 


Cissy  (19.03.2009 à 16:53)

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