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Série : Numb3rs
Création : 20.03.2009 à 17h13
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Episode parallèle à "l'ombre d'un remords" (une façon d'éluder un choix cornélien). Ecrit à quatre mains avec Juliabaku » Cissy
Cette fanfic compte déjà 55 paragraphes

CHAPITRE I
Maison des Eppes
- Attends Charlie, ça ne tient pas debout !
- Ah non ? Explique-moi pourquoi, vas-y, je t'écoute !
- Et bien d'abord...
Alan poussa un profond soupir et commença à débarrasser la table. Et c'était reparti pour un tour ! Ses deux fils se disputaient à nouveau à propos d'il ne savait trop quelle théorie, l'un étant d'un avis et l'autre, évidemment d'un avis contraire. Au passage, il leva des yeux résignés vers le portrait de Margaret : décidément, leurs deux garçons ne seraient jamais sur la même longueur d'onde ! Derrière lui, le ton montait.
- Oh oh oh ! Maintenant ça suffit les garçons ou je vous prive de dessert !
Interrompus net dans leur querelle, les deux frères échangèrent un regard d'abord interloqué à la remarque de leur père, puis l'amusement céda le pas à l'étonnement et ils rentrèrent dans le jeu d'Alan.
- Ah non ! Pas question que je sois privé de dessert à cause de lui ! attaqua Don, rieur.
- Comment ça à cause de moi ? protesta Charlie. C'est toi qui as commencé !
- Non, c'est toi !
- Non ! Papa ! Dis-lui toi que c'est lui qui est en faute !
- Ah non ! Moi je suis neutre ! rétorqua Alan en levant les mains en signe de défense.
- Ca, c'est trop facile ! lui reprocha Charlie, véhément.
- Peut-être, mais c'est comme ça mon petit !
- D'ailleurs, reprit Don, trouvant un nouveau moyen de contredire son frère, rien que pour le plaisir de le faire, qui a dit que la neutralité était une position facile à tenir ? En ce qui me concerne, je pense que c'est peut-être bien plus dur que de s'engager.
- Voyons, tu ne peux pas dire ça, s'emballa aussitôt Charlie.
Alan leva les yeux au ciel : décidément, rien n'arrêterait ses deux garçons déchaînés. Mais il n'était pas inquiet, il entendait le rire dans leurs voix : une dispute pour rire, juste pour le plaisir de s'opposer une fois de plus, d'aiguiser leurs esprits respectifs aux dépens de l'autre, et peut-être avoir le plaisir de triompher dans ces joutes verbales qui les opposaient quotidiennement. Mais la sonnerie du portable de Don retentit, coupant net Charlie dans la démonstration qu'il était en train d'élaborer.
- Eppes, j'écoute !
Le silence se fit aussitôt dans la salle à manger tandis que Don écoutait attentivement son correspondant. Il jeta un coup d'œil à sa montre et se leva en disant :
- D'accord, je serai là dans vingt minutes.
Puis il ferma son portable d'un coup sec et le raccrocha à sa serrure avec une moue de déception.
- Désolé, p'pa, garde-moi du dessert tu veux ?
- Dans tes rêves, attaqua aussitôt son cadet. Je vais tout manger oui ! Ca t'apprendra à quitter la table avant la fin du repas ! Non mais quelle éducation !
- Je te signale que nous avons eu la même, répondit son frère du tac au tac.
- Oui, mais chez moi elle a porté ses fruits au moins !
- Toi, tu ne perds rien pour attendre !
- Je suis mort de trouille !
Au moment de passer le seuil, Don se retourna une dernière fois vers eux.
- Tu veux m'accompagner Charlie ?
- J'aimerais bien, mais je dois finir de corriger une vingtaine de devoirs pour demain matin, alors...
- Dégonflé !
- Comment ça dégonflé ?
- Oui, tu ne viens pas de peur que je te démontre que tu avais tort.
- Ben voyons. Je ne viens pas pour ne pas t'écraser de honte, cher grand frère. C'est uniquement ma mansuétude naturelle qui parle.
Don partit d'un grand éclat de rire et referma la porte en disant.
- Bon, ben à tout à l'heure. Et gardez-moi du dessert !
Charlie et Alan rirent de bon cœur en le regardant s'en aller. Il paraissait tellement en forme, tellement gai, lui qui semblait si souvent préoccupé, en proie à de sombres pensées.
- Bon fiston : alors, on se le mange ce dessert ? interrogea Alan.
- Et comment !
- Et tu me feras le plaisir de laisser la part de ton frère ! avertit sévèrement le père.
- Oh papa ! Ca, ça n'est pas juste ! gémit comiquement le mathématicien.
Ils se sourirent, amusés, sachant l'un comme l'autre que Charlie ne priverait jamais son frère de la part qui lui revenait : il serait plutôt du style à lui laisser la sienne en plus. Alors qu'ils s'apprêtaient à déguster leur dessert, un bruit formidable les cloua sur place, suspendant leurs gestes, tandis que la maison se mettait à trembler. Une vitre vola en éclats.
- Qu'est-ce que c'est ? cria Charlie inquiet. Un tremblement de terre ?
- Non, on aurait plutôt dit une explosion, objecta son père.
Il avait à peine fini sa phrase qu'ils se regardèrent, affolés, transpercés en même temps par la même idée atroce et chacun d'eux lut dans le regard de l'autre le doute monstrueux qui l'habitait soudain. D'un même élan, ils se levèrent et se ruèrent sur la porte.
*****
Maison des Eppes : à l'extérieur
Le cœur de Charlie battait la chamade et son esprit en ébullition n'arrivait qu'à émettre en boucle une sorte de prière : « Non, non. Ce n'est pas possible. Quelles sont les probabilités pour que... Non, non... »
Et puis la vérité leur explosa soudain à la figure. Au bout de la rue, à à peine cinquante mètres de là, un véhicule était en train de brûler, soufflé par une monumentale explosion. Autour, les gens se redressaient, hébétés et un homme appelait au secours auprès d'un corps à terre. Il leur sembla que le monde se figeait tandis que leur sang se glaçait dans leurs veine : ce véhicule, ou plutôt ce qu'il en restait, c'était celui de Don.
« Don, Donnie ! Non ! Non ! » Charlie commença par murmurer ces mots, en se dirigeant à pas lents, tel un somnambule, vers la carcasse calcinée. Et puis, au fur et à mesure qu'il approchait, son pas s'accélérait jusqu'à la course et, dans le même temps, son murmure se faisait plus fort, jusqu'à devenir cri, jusqu'à devenir un hurlement jailli du plus profond de lui. Non ! Pas ça ! Pas son frère ! Pas sous ce magnifique soleil de fin du jour, alors que tout leur souriait.
La chaleur dégagée par le brasier était insupportable et pourtant, il essaya de se jeter en avant : il devait faire quelque chose, il devait arracher son frère à cet enfer. Peut-être qu'il était encore temps ! Trois hommes se jetèrent sur lui, l'empêchant d'aller plus loin. Il se débattait farouchement en criant
- Laissez-moi passer, c'est mon frère ! C'est mon frère ! Je dois le sortir de là !
- C'est trop tard monsieur, il est mort ! Il est mort ! lui rétorqua l'un des trois hommes qui le maintenaient à grand peine.
- Non ! Non ! Il n'est pas mort, il n'est pas mort ! Laissez moi passer !
Le désespoir lui donnait une force surhumaine et il réussit à se libérer de l'étreinte qui le retenait au sol. Il s'élança à nouveau. Mais soudain une autre silhouette se dressa devant lui et il s'arrêta net.
- Non Charlie. Non, ça ne sert à rien, ça ne sert à rien.
D'un seul coup, toute sa colère tomba pour laisser la place à un désespoir infini. C'était son père cet homme qui se tenait devant lui, le visage ravagé par les larmes, les mains tremblantes, le dos courbé déjà sous un poids qui ne le quitterait plus jamais : c'était son père qu'il avait presque de la peine à reconnaître tant il était transfiguré par le chagrin. Et il l'évidence s'imposa alors à lui comme un coup de poignard.
Il s'effondra en sanglotant dans les bras de son père.
- Non papa ! Non ! Pas Donnie ! Pas Donnie !
Alan le serrait désespérément contre lui. Il se sentait tomber dans un puits sans fond fait de douleur, de révolte, d'incompréhension. Son fils, son petit garçon à lui, son rayon de soleil, ne passerait plus jamais le seuil de la porte, plus jamais il ne verrait son sourire, plus jamais il n'entendrait ce rire qui résonnait encore à ses oreilles quelques minutes plus tôt.
« Noonn ! » Son hurlement de douleur monta vers le ciel clair et il étreignit plus étroitement encore Charlie, le seul enfant qui lui restait maintenant, sa seule famille. Crucifiés, les deux hommes regardaient ce qui avait été la voiture de Don finir de brûler. Ils n'entendaient pas les personnes qui les entouraient leur parler, tenter de les éloigner de l'atroce spectacle ; ils n'entendaient pas les policiers qui arrivaient sur les lieux et commençaient à délimiter un périmètre de sécurité. Ils ne voyaient et n'entendaient plus rien. La seule vision qu'ils avaient, c'étaient ses flammes qui mouraient, dans lesquelles il leur semblait distinguer le visage tant aimé ; le seul son qui leur parvenait, c'était celui de son éclat de rire au moment où il les avait quitté.
- Tu veux m'accompagner Charlie ?
Il ne pourrait plus jamais, plus jamais l'accompagner ! Il se laissa tomber à terre : ne plus parler, ne plus bouger, ne plus respirer. Quelque part, très loin, il entendait une voix qui l'appelait. Il ne voulait pas y répondre, non. Tout ce qu'il voulait, c'était rester là, près de son grand frère.
- Tu veux m'accompagner Charlie ?
- Oui, oui Donnie. Je veux t'accompagner, je viens avec toi, attends-moi.
La voiture finissait de brûler dans le début de soirée torride. Charlie était étendu au sol, sans connaissance. Alan se tenait assis près de lui, incapable du moindre geste, de la moindre réaction. Les flammes se consumaient et avec elles c'était toute l'âme de la famille qui partait en fumée.
CHAPITRE II
Bureaux du F.B.I.
-Bon sang, il en met du temps, s'impatienta David en regardant sa montre.
- Il était où ? demanda Colby.
- Chez Charlie. Il m'a dit qu'il arrivait.
- Il faut tout de même une vingtaine de minutes pour venir de là-bas, temporisa Liz.
- A peu près oui, confirma David. Justement, ça va faire trois quarts d'heure !
- Il y avait peut-être de la circulation, supputa Nikki.
- Quoi ? A cette heure-là ?
- Pourquoi pas ? appuya Liz. Ou bien un accident.
- Bon, je le rappelle, décida Colby, on verra bien.
Il appuya sur la touche raccourci et, après quelques secondes, il raccrocha
- C'est sa boîte vocale.
Une ombre passa sur le visage de David. Liz lui demanda :
- Quoi ? Ne me dis pas que tu es inquiet ?
- Non, bien sûr, c'est juste que...
A cet instant, son portable sonna et il décrocha. Ses collègues virent son visage se contracter violemment tandis qu'il acquiesçait aux propos de son correspondant.
- D'accord, tenez moi au courant. J'attends vos précisions.
Sa voix était dure et l'équipe autour de lui était impatiente de savoir ce qui motivait sa réaction.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Colby.
- Un appel de la police au standard. Apparemment un de nos agents vient d'être tué.
- Quoi ? Qui ? Où ça ?
- On n'a pas encore les détails. Le flic qui a appelé était apparemment un bleu plutôt secoué. Il semble qu'on ait piégé le véhicule du collègue.
- Mais comment savent-ils que c'est un agent du F.B.I. ?
- Je ne sais pas au juste. La famille je crois, ou les voisins. Ils nous rappellent dès qu'ils ont plus de détails.
Justement le téléphone sonnait et David décrocha de nouveau, fébrile, tandis que les trois autres se massaient autour de lui, tentant de surprendre des bribes de conversation, leurs cerveaux en ébullition ressassant sans arrêt les mêmes questions : quel était l'agent qui avait été tué ? Le connaissaient-ils ?
Et puis, ils virent David blêmir et chanceler, sous le coup d'une émotion profonde.
- D'accord, merci, nous arrivons, dit-il d'une voix blanche.
Il raccrocha et, au regard qu'il leur lança, ils comprirent. Mais Liz ne voulait pas y croire et, souhaitant par-dessus tout s'entendre dire autre chose que la vérité, ce fut elle qui questionna.
- Alors, qui est-ce ?
Ses yeux se posèrent, tour à tour, sur chacun de ses coéquipiers et ils virent que des larmes y brillaient. Liz insista : elle savait, mais elle avait besoin de se l'entendre dire.
- David ? C'est qui ?
- C'est Don.
Il avait eu de la peine à obliger les mots à franchir la barrière de ses lèvres tremblantes. Durant quelques instants, ils restèrent tous figés, incapables de parler, incapable même d'une pensée cohérente. Pas Don, non ! Pas ce chef parfois si intransigeant, mais toujours juste et plus dur avec lui-même qu'il ne l'était avec eux. Pourquoi, parmi les dizaines d'agents que comptait le bureau de Los Angeles, avait-il fallu que ce soit lui ?
Et puis, soudain, ils retrouvèrent leurs réflexes professionnels et, d'un même élan, ils quittèrent le bureau pour se précipiter chez Charlie, là où on venait de leur confirmer que le véhicule détruit dans l'explosion était celui de l'agent spécial Don Eppes et que celui-ci était au volant quand tout s'était embrasé : il n'y avait aucune chance qu'il ait pu survivre.
CHAPITRE III
Maison des Eppes : extérieur
Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux, la police municipale avait déjà tendu les bandes jaunes pour délimiter le périmètre. Le cœur au bord des lèvres, les quatre agents avancèrent lentement vers la carcasse calcinée qui gisait sur la partie gauche de la rue, recouverte de la neige carbonique déversée par les pompiers pour étouffer les flammes.
Chacun savait ce qu'il avait à faire et, plus que la conscience, ce fut leur entraînement, l'habitude qu'ils avaient de ce type de situation qui, comme une seconde nature, envoya l'un s'entretenir avec les policiers arrivés les premiers sur les lieux, tandis que les deux autres interrogeaient les témoins.
David, paralysé, ne pouvait pas détacher son regard de ce qui restait de la voiture de son ami. Il n'arrivait pas à y croire : pas Don, pas comme ça ! Et pourtant...
Un cri soudain, l'arracha à cet espèce d'état second qui le paralysait. Il se retourna.
Amita venait de sortir de sa voiture et se précipitait en courant vers lui. Elle appelait Charlie à tue-tête. Un policier tenta de l'arrêter et David lui fit signe de la laisser passer.
- David ? Qu'est-ce qui s'est passé ? s'affola-t-elle. Où est Charlie ? Et Alan ? Et Don ? Où sont-ils tous passés ?
David s'aperçut alors qu'il était bien incapable de répondre à cette question : en effet, où étaient donc Alan et Charlie ? Colby arrivait, apportant la réponse.
- Alan et Charlie ont été transportés à l'hôpital.
- Oh mon Dieu ! Ils sont blessés ? s'inquiéta Amita.
- D'après les policiers non. Ils sont simplement sous le choc.
- Et Don ? Dites-moi qu'il va bien... supplia-t-elle.
Mais toute sa formation de scientifique lui soufflait qu'il n'en était rien. Etant donné la violence visible de l'explosion, il n'avait pas dû rester grand-chose de celui qu'elle considérait comme un grand frère, un peu distant peut-être, mais tellement attachant.
Colby se contenta de hocher négativement la tête et elle éclata en sanglots. Liz qui arrivait, elle-même très éprouvée par la mort de l'homme avec qui elle avait partagé tant de moments délicieux et pour lequel elle avait toujours une profonde tendresse, la serra dans ses bras.
- Ecoutez, Amita. Je vais aller à l'hôpital. Je vous emmène si vous voulez. »
Elle quêta l'approbation de David : désormais, c'était lui qui allait prendre en main la destinée de l'équipe. Il lui fit signe qu'elle pouvait y aller. De toute façon, ils étaient suffisamment nombreux. Et puis l'équipe scientifique n'allait pas tarder à arriver.
Les deux femmes quittèrent les lieux et se précipitèrent à l'hôpital où Larry ne tarda pas à les rejoindre, bouleversé par les événements qu'il venait d'apprendre. Ils y retrouvèrent Alan, hébété, effondré dans un fauteuil de la salle d'attente. Il parut à peine les reconnaître : il attendait des nouvelles de Charlie qui avait perdu connaissance.
- Il est blessé ? demanda Amita, anxieuse.
- Non. Je crois qu'il n'a pas supporté... Il ne pouvait pas le dire, pas encore. Alors, il eut un geste infiniment las de la main, et termina d'une voix tremblante : ... tout ça.
Amita et Larry s'installèrent près de lui, le réchauffant de leur présence. Puis on vint leur donner des nouvelles rassurantes de Charlie : il ne tarderait pas à reprendre connaissance. Tout allait bien.
Un éclat de rire hystérique secoua Alan et ses compagnons le regardèrent avec inquiétude.
- Tout va bien ! répétait-il. Tout va bien ! Mon fils, mon Donnie est mort, mais tout va bien !
- Alan, Alan, calmez-vous, le supplia Amita.
Voyant l'état nerveux du vieil homme, le médecin l'obligea à absorber un calmant qui ne tarda pas à faire de l'effet et Alan retomba dans sa prostration précédente. Lorsqu'on vint les prévenir qu'ils pouvaient se rendre auprès de Charlie, ils l'entraînèrent doucement avec eux. Il se laissa faire sans protester : il n'avait plus de forces.
Liz, s'apercevant que sa présence était, pour le moment, totalement inutile puisqu'elle ne pouvait ni réconforter la famille éplorée, ni leur poser de questions dans l'état où ils étaient, décida de rejoindre le reste de l'équipe. Don était mort, mais il leur restait un dernier devoir à accomplir envers lui : arrêter son ou ses meurtriers. Et elle espérait, plus que tout, qu'il tenterait de se soustraire à l'arrestation pour avoir un bon motif de lui coller une balle entre les deux yeux !
*****
Sur les lieux du drame, les enquêteurs finissaient leur macabre besogne. Les quelques personnes présentes lors du drame avaient été interrogées, du moins celles qui n'étaient pas trop choquées pour répondre. Comme toujours les témoignages divergeaient : autant de description des événements que de personnes y ayant assisté !
Certains parlaient d'un véhicule qui se serait arrêté à côté de celui de Don, juste avant l'explosion, juste après pour d'autres. Certains parlaient d'un individu qui se tenait là, d'autres d'un groupe d'hommes, d'autres encore se souvenaient juste avoir vu la voiture s'engager dans la rue, s'arrêter puis exploser, d'aucun disait qu'un homme en était sorti, d'autres qu'un homme y était monté, bref, rien d'exploitable. Une seule chose était certaine aux yeux de l'équipe : Don n'était sûrement pas sorti de son véhicule, sinon ils l'auraient retrouvé sur les lieux, quel que soit l'état dans lequel il aurait été. Découragés, les agents avaient cessé leurs investigations de terrain : ils allaient maintenant se pencher sur les dossiers de Don, à commencer par celui sur lequel ils travaillaient actuellement.
Les légistes en avaient aussi terminé : ils avaient soigneusement enveloppé dans un grand sac en plastique le corps qui gisait à quelques mètres de la voiture, méconnaissable. Seule une analyse d'ADN pourrait prouver qu'il s'agissait bien de Don. Mais de qui d'autre aurait-il bien pu s'agir ? C'était bien Don qui était monté dans sa voiture, c'était bien lui qui avait mis le contact et avait démarré en direction du bureau. Il ne s'était vraisemblablement pas volatilisé entre la maison et le coin de la rue ! Ils avaient même de la chance que son corps ait été éjecté en dehors du véhicule. En tout cas, pensait David accablé, il était heureux qu'Alan et Charlie n'aient pas assisté à l'horreur de voir les légistes ramasser les morceaux de corps dispersés un peu partout après avoir ensaché ce qui ressemblait vaguement à une vieille souche rabougrie après un terrible incendie de forêt. Comment aurait-il pu supporter la vue de ce qui restait de leur fils et frère ? Non, qu'au moins ils en gardent l'image intacte de l'agent en pleine possession de ses moyens qu'il était alors.
Une dépanneuse venait charger la carcasse calcinée pour la déposer au garage du F.B.I. afin de déterminer le type d'explosif employé et, peut-être, de là, remonter jusqu'au coupable.
- David ?
David sursauta : perdu dans ses pensées, il ne s'était pas aperçu que ses trois collègues venaient de le rejoindre.
- David, reprit Colby. On n'a plus rien à faire ici. On va au bureau ?
- Oui. Bien sûr.
- Si ça ne vous dérange pas, dit alors Liz, je préfèrerais retourner à l'hôpital pour voir où en sont Alan et Charlie.
- Non, non bien sûr. Et tiens nous au courant surtout, lui dit David.
- A ce propos, questionna soudain Nikki. Est-ce que vous savez si quelqu'un a prévenu Robin ?
Les quatre agents se regardèrent, interdits. Non, dans leur désarroi autant que dans leur désir de ne pas risquer de perdre une piste faute de l'avoir explorée assez vite, ils avaient totalement oublié de prévenir la fiancée de Don. Ils se décomposèrent. Qui allait avoir le courage de lui porter le coup fatal ?
- D'accord. Je m'en charge dit Nikki.
Elle était peut-être la mieux à même, en effet, de délivrer l'effroyable nouvelle. Moins attachée à Don parce qu'ayant moins partagé de choses avec lui, elle était en effet celle qui parvenait le mieux à conserver un minimum de sang-froid dans la situation présente. Pour autant, cela n'allait pas rendre sa tache plus facile ni plus agréable. Mais il fallait bien que quelqu'un le fasse et elle ne voulait pas qu'en plus du reste, ses collègues éprouvés aient à assumer cette corvée ingrate.
Elle partit donc devant pour joindre Robin tandis que David et Colby traînaient encore un peu sur place, comme s'ils espéraient que le nom du coupable allait apparaître sur le bitume fondu par la chaleur du brasier. Malgré tout, ils n'arrivaient pas à y croire : Don ne pouvait pas être parti comme ça. La nuit était désormais tombée et le quartier reprenait sa sérénité habituelle.
- Allez, dit Colby en donnant une tape sur le dos de son collègue, il faut y aller.
Sans un mot, David lui emboîta le pas et s'installa côté passager tandis que Colby prenait le volant.
CHAPITRE IV
Bureaux du F.B.I.
Tout en continuant leur chemin vers le bureau, David repensait à tous ces moments partagés avec son chef de section. Et à tout ces moments qu’ils avaient pu passer avec sa famille. A présent il s'inquiétait aussi pour les deux membres restant de la famille de Don. Il savait que, vu son âge, Alan devait être vulnérable. Mais le connaissant, il savait aussi qu'il serait fort, et ferait face à la situation.
Tandis que nos agents arrivaient au parking et sortaient dans la voiture, une pensée traversa leur esprit. Et presque en synchronisation, ils dirent :
- Je me demande comment Charlie va ?
Ils se regardèrent alors droit dans les yeux. Ce fut David qui recommença à parler.
- Don m'a raconté qu'avant que sa mère ne meure, Charlie s'était enfermé dans le garage pour résoudre des équations...
- Tu pense qu'il va recommencer ?
David se réfugia dans le mutisme, se souvenant alors des jours où Don était pris dans des fusillades, alors que Charlie commençait sa collaboration avec le F.B.I. Souvent il le prenait mal, et s'enfermait dans son petit monde. Mais cette fois, son frère était vraiment mort...
- Je crains que ça n’ait aucun rapport avec les fois précédentes.
Colby ferma la portière et actionna la fermeture centralisée puis se dirigea vers les ascenseurs. David lui emboîta le pas.
- Alors on va tout faire pour qu'il aille bien. Sinon, je crains que Don nous en veuille à jamais...
Bien qu'il ne soit pas croyant, Colby ne pouvait s’empêcher de penser que même par delà la mort, Don leur en voudrait si jamais son petit frère n'allait pas bien. Et qu'il le ferait comprendre à son équipe de n'importe quelle façon.
Et puis Charlie était un des leurs. Ils devaient tout faire pour l’aider à surmonter cette peine, et attraper celui qui était derrière tout ça.
De son côté Nikki, rentrée avant eux, avait décroché le téléphone. C’était le moment qu'elle aurait aimé éviter. Elle devait téléphoner à Robin pour la prévenir de la dramatique nouvelle.
Elle composa alors le numéro, les doigts tremblant, imaginant la possible réaction de la jeune femme.
La tonalité se fit entendre. Nikki sentit son rythme cardiaque s'accélérer, battant au rythme des tonalités.
- Allo, ici l'assistante du procureur, Robin...
- Ici Nikki, Robin...Il s'est passé quelque chose, interrompit Nikki, la voix tremblante, les larmes aux yeux.
Étonné et inquiète, Robin prit son téléphone et le serra très fortement. Sa gorge se serra, elle se mordit la lèvre. La voix de Nikki en disait long. Si c'était pour une enquête, c’était Don qui l'aurait contactée. Non, c'était plus grave, bien plus grave. Elle s'imagina alors le pire. Don ? Charlie ? L'un des deux devait être menacé.
- Je...J'ai...
La voix hésitante de Nikki trahissait ce qu'elle pensait. Mais prenant son courage à deux mains, elle prononça alors ce qu'il fallait dire.
- Robin. Nous revenons de chez Alan et Charlie. Don était parti dîner avec eux avant de continuer une enquête quand... Nous avons reçu un appel de la police, elle nous a annoncé que Don...n'était plus de ce monde
Ne voulant ni y croire, ni prononcer ces mots, Nikki avala sa salive, se sentant si mal de devoir dire ces choses-là. A l'autre bout du fil, Robin se laissa alors aller ses émotions. La douleur d’avoir perdu la personne qui comptait le plus pour elle la submergea. Elle aurait voulut le voir une dernière fois. Elle se sentait comme trahie, car la dernière fois qu'ils s’étaient vus, il lui avait promis d'aller au cinéma voir un film qui paraissait intéressant. Il devait lui téléphoner pour lui donner rendez-vous. Une nouvelle fois, Don n'avait pas tenu sa promesse, mais cette fois l'excuse était différente des fois précédentes. C'était lui la victime, c'était lui le centre de l'enquête.
CHAPITRE V
Bureaux du F.B.I.
Colby entra dans la pièce et il rejoignit rapidement Nikki, qui étudiait attentivement un rapport sur son ordinateur.
- Alors ? Du nouveau ?
- Rien de très probant, marmonna Nikki avec une moue désabusée sur les lèvres.
- Bordel ! Ce n'est pourtant pas...
Il s'interrompit, conscient qu'elle faisait de son mieux et que ce n'était pas sa faute si les résultats n'étaient pas à la hauteur de leurs espérance.
- Et si nous faisions fausse route ? questionna-t-elle.
- Comment ça ?
- Nous sommes partis du principe que le meurtre de Don avait été commandité par Farrell.
- Ca semble le plus logique. C'est lui qui a le plus à perdre actuellement. Don se rapprochait dangereusement de lui.
- Bien sûr mais, ce n'est que l'une des hypothèses.
- Je sais. C'est d'ailleurs pourquoi Liz et David se penchent, eux, sur les anciens dossiers de Don pour voir s'il pourrait s'agir d'une vengeance.
- C'est un travail titanesque.
- Je sais aussi. J'espère qu'on pourra bientôt faire appel à Larry et Amita au moins, pour nous aider.
Ils se regardèrent. Il y avait maintenant quarante-huit heures que le drame avait eu lieu et ils n'avaient pas l'ombre d'une piste. L'équipe s'était partagée en deux : David et Liz fouillaient dans le passé de Don, Nikki et lui s'occupaient de remonter la piste de l'affaire sur laquelle ils étaient juste avant l'attentat. Mais cette fois-ci, ils ne pouvaient pas compter sur les scientifiques pour leur déblayer un peu la tâche : Charlie était inaccessible et Larry et Amita restaient près de lui et Alan pour les soutenir dans leur épreuve. Ils savaient que ce serait dur : il leur manquerait à la fois la clairvoyance de Charlie et surtout le dynamisme et l'intuition redoutable de Don qui avaient tant de fois permis d'aboutir dans les enquêtes les plus ardues.
Quand il y pensait, Colby trouvait fort plausible que Farrell soit à l'origine de l'attentat. C'était le chef d'un gang raciste que le F.B.I. avait dans son collimateur depuis plusieurs semaines. Il était soupçonné de plusieurs attaques et meurtres à caractère raciste. Trois jours avant sa disparition, Don l'avait coincé et sérieusement cuisiné durant plusieurs heures. Mais l'homme n'était pas un novice et il n'avait pas craqué.
A l'issue de la garde-à-vue, Don, la rage au cœur, avait dû le relâcher faute de preuve. Colby n'oublierait jamais le regard triomphant qu'avait le malfrat en sortant, mais il avait lu aussi, au fond de ses yeux, la volonté implacable de se venger de cet agent qui l'avait humilié en l'arrêtant devant sa famille, tout d'abord, puis en lui imposant des heures d'interrogatoire éprouvant durant lequel il avait senti tout le mépris qu'il avait à son égard. Et Spencer H. Farrell n'était pas un homme qui acceptait qu'on le méprise.
Colby était donc persuadé que c'était Farrell qui était l'instigateur du meurtre : il avait le mobile, l'opportunité et une main d'œuvre docile pour accomplir ses volontés. Don mort, l'homme lavait l'affront, mais il gagnait aussi du temps. Il n'était pas assez idiot pour ne pas savoir que l'étau se resserrait autour de lui et que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne se fasse pincer. Il avait pu juger de l'efficacité et de l'opiniâtreté de l'agent qui dirigeait l'enquête : il ne le lâcherait pas. Or, il lui fallait un peu de mou, juste assez pour réussir à passer à l'étranger le temps que les choses se tassent. Il l'avait déjà fait par le passé.
La mort de Don, si elle n'arrêtait pas l'enquête, pouvait la suspendre assez longtemps pour lui permettre de prendre la fuite, en profitant de l'obligatoire flottement qu'allait provoquer la disparition du chef d'équipe.
C'était compter sans le désir de vengeance de Colby. Pour lui, il était hors de question de laisser le criminel s'en tirer. Qu'il soit pour quelque chose ou non dans la mort de Don, il devait à celui-ci de finir ce qu'il avait à cœur : mettre hors d'état de nuire un dangereux malfrat, qui ne reculait devant rien pour parvenir à ses fins.
Depuis la veille, ils cherchaient désespérément l'adresse d'une compagnie par laquelle Farrell pouvait passer à l'étranger. Le chef de gang possédait en effet, en sous-main, un certain nombre d'entreprises qui le servaient dans ses desseins malhonnêtes et xénophobes. Colby était certain qu'il se servirait de ce biais pour s'éclipser.
- J'ai quelque chose ! cria soudain Nikki, en proie à une excitation manifeste.
Colby se précipita et étudia attentivement les informations qui s'affichaient à l'écran. Son visage fatigué, marqué par ces deux jours au cours desquels il n'avait pratiquement pas dormi, se détendit et s'éclaira sous le coup de l'émotion.
- On fonce ! clama-t-il soudain.
Ils quittèrent précipitamment le bureau. Tout en se hâtant vers les ascenseurs, Colby sortait son téléphone pour appeler David et Liz : pas question de les tenir à l'écart. Eux aussi avaient le droit de participer à l'hallali.
CHAPITRE VI
A l'extérieur :
Les agents se regroupèrent autour de l'équipe de Don. Il y avait là une dizaine d'agents du F.B.I. appartenant tous à la section des crimes violents, autant d'agents du S.W.A.T. revêtus de leur tenue d'intervention et plusieurs patrouilles de la police municipale. Colby interrogea David du regard. Celui-ci lui dit :
- A toi l'honneur mon vieux. C'est toi qui a levé le lièvre, c'est ton intervention.
Colby le remercia d'un signe de tête, appréciant de le voir lui céder les prérogatives qui étaient les siennes depuis la disparition de Don.
- D'accord. Alors les gars, voilà comment on s'y prend.
Tranquillement, d'une voix claire et forte, en mots nets et concis, il leur détailla le plan de l'intervention, assignant à chacun un poste précis, s'arrangeant pour minimiser au maximum les risques pour chacun. David le laissait faire, impressionné malgré lui par le professionnalisme de l'agent encore si jeune pourtant dans le métier. Mais ses années dans l'armée l'avaient habitué à prendre le commandement et à planifier des opérations. En regardant son collègue, David eut l'intuition, comme cela lui était déjà arrivé, qu'il serait un jour un grand agent. Digne de Don en tout cas, oui, c'était ça le terme : Colby était digne de Don.
L'agent avait terminé son briefing et chacun s'apprêtait à prendre sa part dans l'opération qui était maintenant imminente. Les quatre adjoints de Don, avant de rejoindre leurs places respectives échangèrent un long regard, puis leurs poings se touchèrent rapidement :
- Pour Don ! dit Colby.
- Pour Don ! répondirent David, Nikki et Liz.
Puis ils se lancèrent dans l'action.
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- F.B.I. ! Plus un geste ! Jetez vos armes ! F.B.I. !
Ils s'étaient rués en vociférant les sommations, comme on le leur avait enseigné lors de leur stage de formation. Surpris par leur irruption, la plupart des membres du gang furent désarmés sur place, incapables de se défendre. Il y eut quelques échanges de coups de feu, mais apparemment, aucun policier n'était touché.
Colby avançait droit devant lui, couvert par Liz qui s'attachait à ses pas. Il n'avait qu'une pensée en tête : trouver Farrell. Soudain il vit celui-ci courir juste devant lui et il se lança à sa poursuite en hurlant :
- Farrell ! F.B.I. ! Arrêtez-vous immédiatement où je tire ! F.B.I. !
L'homme se retourna et lâcha une rafale. Colby se jeta à l'abri. Du regard, il s'assura que Liz en avait fait autant, puis, courbé pour échapper aux tirs, il continua sa progression. Cet homme ne lui échapperait pas, jamais ! Devant lui, il voyait le criminel courir, s'efforçant de le distancer. Mais là, il ne savait pas à qui il avait à faire ! Il accéléra encore l'allure et la distance entre son gibier et lui diminua. Soudain il vit le malfrat se retourner de nouveau. Mais cette fois-ci il était prêt. Il tira le premier et il vit Farrell s'effondrer dans un grand cri, en étreignant son épaule.
Il se précipita vers lui et le tint un instant en joue, tandis que Liz, essoufflée, écartait l'arme du criminel d'un coup de pied. Pendant un moment, en contemplant le sinistre individu qui geignait à terre, l'envie irrépressible de l'abattre comme un chien enragé lui traversa la tête. Après tout, Farrell avait bien ainsi exécuté ou fait exécuter sans pitié plusieurs personnes, dont Don. Mais en se souvenant justement de Don, il sut qu'il ne tirerait pas sur l'homme désarmé : Don ne l'aurait pas voulu et il se devait de lui être fidèle. Il rengaina son arme et s'accroupit auprès de Farrell qu'il retourna sans ménagement sur le ventre, sans se soucier de ses plaintes. Puis il lui ramena brutalement les poignets dans le dos, lui arrachant un cri de douleur qui ne lui fit ni chaud ni froid.
« Spencer Farrell, vous êtes en état d'arrestation. Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz.... »
Les paroles tellement connues lui vinrent machinalement aux lèvres tandis qu'il relevait Farrell et le poussait devant lui, à la rencontre du groupe de David qui arrivait à son tour.
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