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Série : Numb3rs
Création : 20.03.2009 à 17h13
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Episode parallèle à "l'ombre d'un remords" (une façon d'éluder un choix cornélien). Ecrit à quatre mains avec Juliabaku » Cissy
Cette fanfic compte déjà 55 paragraphes
Bureau du F.B.I.
Les quatre agents étaient réunis dans la petite cuisine du F.B.I. Ils dégustaient un café, en silence, perdus chacun dans ses pensées. L'intervention avait été un succès : quatre blessés chez les malfaiteurs, pas une perte côté policier. Farrell avait été emmené à l'hôpital et ils l'attendaient d'un moment à l'autre. La balle n'avait fait qu'effleurer l'épaule, enlevant un gros bout de chair, mais sans pénétrer à l'intérieur. Et Colby se félicitait de la précision de son tir : ainsi le criminel n'aurait pas besoin de soins de longue durée et ils allaient pouvoir l'interroger dès qu'on l'aurait pansé. Et cette fois-ci il parlerait. Pas question qu'il s'en tire après ce qu'il avait fait.
- Et si ce n'était pas lui ? osa soudain suggérer Nikki.
- C'est forcément lui, rétorqua Colby. Qui d'autre ?
- C'est vrai qu'il est celui à qui le crime profite le plus, appuya Liz.
- Et puis, il voulait se venger de Don, c'était visible, opina David à son tour.
- Oui, il n'empêche que je ne suis pas sûre...
- Et pourquoi donc ?
Le ton de Colby était presque agressif.
- Je ne sais pas. Ca ne colle pas trop avec le personnage.
- Comment ça, ça ne colle pas avec le personnage ? Quinze meurtres directs ou commandités en moins de six mois, des actes de barbarie, de torture, simplement dictés par le racisme et l'intolérance, pillages, vols, viols et j'en passe... Alors le meurtre d'un pauvre petit agent fédéral, c'est de la roupie de sansonnet pour un type comme lui !
- Oui mais, il est tellement prudent, tellement méticuleux. Il savait que ça nous rendrait enragés cette affaire.
- Mais il s'est laissé dominé par ses émotions et c'est ce qui le perdra.
- J'espère, j'espère que vous avez raison.
Un agent se présenta alors, dispensant Colby de répondre : on venait d'amener Farrell en salle d'interrogatoire, il était tout à eux !
*****
Pourtant, dix heures plus tard, épuisés par le long interrogatoire durant lequel ils n'avaient pas ménagé le criminel, les agents durent s'avouer que Nikki avait raison. Il n'était pour rien dans la mort de Don. Bien sûr, ils avaient enfin réussi à le coincer : entre les preuves saisies sur les lieux de son arrestation et les hommes du gang qui se mettaient à table afin d'éviter la peine de mort pour certains et pour d'autres simplement s'attirer la clémence du procureur, son compte était bon.
Et c'était une belle victoire à dédier à Don : la mise hors d'état de nuire du dernier des criminels qu'il avait poursuivi et dont l'arrestation lui tenait tellement à cœur. Mais ce n'était pas la victoire dont ils rêvaient, ce n'étaient pas la victoire qui aurait vu le meurtrier de leur chef et ami enfin livré à la justice. Et malgré ce succès, ce qui les submergeait à ce moment-là, c'était le sentiment d'un épouvantable échec.
- C'est pas vrai ! hurla Colby, à bout de nerfs, en envoyant rageusement promener la pile de gobelets qui se trouvait là.
Ils avaient fait fausse route ! Tout était à reprendre à zéro. Et après plus de trois jours, ils savaient que les choses seraient encore plus compliquées.
CHAPITRE VII
Bureaux du F.B.I.:
Cela faisait maintenant deux jours que Colby, avec l'aide de ses collègues, reprenait tous les anciens dossiers de Don. Mais l'ardeur à cette tache ne semblait pas la même pour tous. David et Liz semblaient ne plus être aussi motivés que durant les premières heures de l'enquête. Nikki restait optimiste malgré l'ambiance glaciale qui s'était installée dans les locaux du F.B.I.. Colby, lui, était sûrement le plus motivé de tous pour retrouver l'assassin de Don.
Il avait passé en revue les quinze ans de fidélité de celui-ci au F.B.I. La liste de ceux qui voulaient la peau de cet agent était très longue. Il avait pu ainsi voir un dossier parlant d'un ancien pédophile qu'il avait arrêté après six agressions. Ce dernier avait proféré des menaces de morts envers lui et sa famille. Croyant au début qu'il s'agissait d'une bonne piste, Colby fit des recherches sur son sujet. Mais rien ne concordait : il était en prison, avec un comportement exemplaire. D'ailleurs, lui même dirait plus tard à la presse que le fait d'aller en prison lui avait permis de comprendre son erreur.
Puis venait l'affaire des douze bijouteries. Là il s'agissait d'un gang qui avait volé surtout pour effrayer la population de Los Angeles. Leur chef Rave Romuald semblait être un parfait suspect. Colby savait que ce dernier n'avait jamais reconnu les vols, et pire qu'il les avait mis sur le compte d'un autre gang. Mais toutes les preuves et les témoins avaient permis de délivrer à ce criminel un aller simple en prison. Colby pensa alors que cela pouvait être une vengeance des membres du gang. Mais cela ne collait pas non plus : ils se seraient plutôt servis d’armes automatiques, ou de couteaux. Et s'ils avaient vraiment envie de lui faire du mal, ils s’en seraient pris d'abord à sa famille plutôt qu'à lui directement.
Et il y avait l'affaire des ciseaux, celle des femmes enlevées, celle du trafic d’organes...Plus il recherchait, plus il remarquait que la liste des suspects était trop longue pour pouvoir être vraiment utile. Cela allait un peu dans tout les sens. D'un côté, il y avait la possibilité des vengeances directes où un criminel qui avait eu à faire à lui aurait put le tuer, puis de l'autre, il y avait la possibilité d'une vengeance par la famille ou les amis de victimes qui trouvaient le F.B.I incompétent et qui l’accusaient d’avoir laissé les tueurs massacrer leur famille. Ils auraient préféré rejeter la faute sur les agents du F.B.I plutôt que sur le véritable tueur.
CHAPITRE VIII
Bureaux du F.B.I.
Lassé, épuisé par ces recherches ne menant nulle part, Colby ne savait plus que faire. A ce moment là, le sous directeur arriva avec un homme aux cheveux blonds. Surpris dans un premier temps, Colby se redressa pour rejoindre le sous directeur qui lui avait fait signe de venir le trouver.
- Je sais que vous avez repris l'enquête à la place de l'agent Sinclair. Voici l’agent Dimitri qui a collaboré avec l'agent Eppes pour certaines affaires. Il est venu dés qu'il a su qu'il était mort. Peut être pourra-t-il vous aider lors de votre enquête ?
Ne refusant aucune aide extérieure, Colby accueillit le nouveau venu avec reconnaissance. Grâce à lui peut-être, l'enquête allait un peu avancer.
Après quelques consignes données par le sous-directeur pour lui permettre de suivre cette enquête, Colby installa le nouveau venu avec les autres. Il lui tendit plusieurs dossiers des affaires de Don qui paraissaient avoir les plus fortes probabilités d'être en lien avec son meurtre.
- Voilà, nous avions pensé à deux possibilités. Soit, c'est une vengeance personnelle et le tueur a dû ou sortir de prison, ou embaucher quelqu'un pour faire son sale boulot. Soit, il peut s'agir aussi des victimes qui sont mécontentes du travail du F.B.I, et vu que Don supervise beaucoup d'enquêtes, ils se seraient dit que cela allait frapper un bon coup de l'attaquer comme ça.
L’homme feuilleta les dossiers rapidement, puis sembla se souvenir de quelque chose.
- Cela me rappelle cette affaire. Où l'on a travaillé pour traquer un gros trafiquant d'armes...Comment il s'appelait déjà...Ah oui, l'affaire Sobieski, c'est ça. Don et moi avions été appelés pour le rechercher. Cela avait commencé tout d'abord par un carnage incroyable dans un des ports de la ville. Il avait tout simplement engagé des hommes pour faire le sale travail à sa place parce que ces hommes et ces femmes avaient découvert la cachette de son dépôt d’armes. Ensuite quand Don et moi avons enquêté un peu plus loin sur cet homme, nous avons trouvé que la plupart de ses hommes de main, au moment où ils allaient se rendre à la police, se faisaient descendre. Puis, nous avons eu un contact nous disant où il se trouvait. Mais c’était un piége, et cela a provoqué la mort de trois agents. Après, Don a réussi à infiltrer le réseau et nous a permis de remonter la piste pour retrouver ce monstre et nous avons pu l'arrêter.
- Mais pourquoi vous pensez à lui ? demanda David.
- Je m'en souviens surtout parce qu'il avait dit quelque chose de percutant. Oui, il avait menacé calmement un agent de le tuer, parce qu'il avait réussi à persuader sa femme de témoigner contre lui. Et puis, il se trouve que Don, durant son infiltration a assisté directement à un meurtre commis par Sobieski, devenant du même coup un témoin direct contre celui-ci. Pourtant…
- Quoi…
- D’après ce que j’en sais, Sobieski n’a jamais eu l’occasion de faire le lien entre l’homme qui avait rejoint son équipe et l’agent Don Eppes du F.B.I.
- Donc, il est toujours en prison ? Et il y a des témoins pour déposer contre lui ?
- Il y en avait !! précisa le collègue de Don.
- Comment ça, avait ? s'étonna Nikki, agacée par le manque de clarté de l’agent Dimitri.
- Une semaine après l’arrestation de Sobieski, on a retrouvé le corps sans vie de sa jeune femme dans sa maison. La C.I.A n'a rien fait pour éclaircir cette affaire.
- La C.I.A !!!! réagit à son tour Liz surprise par le fait qu'elle n'avait pas l'habitude de voir Don dans ce genre d'affaire.
- Oui. Après cette affaire, je n'ai plus eu d'information. D'ailleurs pendant toute l'enquête, je n'avais pas eu de nombreux renseignement. J’en connais uniquement les grandes lignes.
- Donc, vous ne savez pas qui était aux commandes à la C.I.A ? risqua Colby, en espérant un nom.
Le collègue hocha négativement de la tête.
- Par contre, dit soudain Nikki, une chose m’étonne.
- Quoi donc ? questionna Colby.
- Il y a deux ans vous travailliez bien déjà ensemble non ?
- Oui.
- Comment se fait-il alors que vous n’ayez visiblement aucune connaissance de ce dossier ?
Etonnés, David et Colby se regardèrent. En effet, comment se faisait-il que… ? Et puis soudain la mémoire leur revint.
A cette époque là, l’équipe s’était trouvée séparée durant environ deux mois. David était parti dans une affaire de gang de rue et de fusillade en chaîne, car il avait visiblement une certaine expérience de la rue et de ses dangers. ses supérieurs avaient voulut qu'il les aide pour cette affaire très sérieuse. Colby, lui, était parti sur une affaire sous couverture pour le compte du F.B.I.. Il devait arrêter un trafic de drogue, en se faisant passer pour un acheteur. Pendant deux mois ils avaient établi une étroite surveillance autour des suspects. Et grâce à Colby, ils avaient réussi à démanteler tout le réseau. Megan devait prendre une équipe en charge, pour remplacer un collègue blessé, et travailler comme chef pour permettre de savoir si elle serait capable un jour d'avoir sa propre équipe. D'après Colby, Don, quant à lui avait été demandé pour animer des sessions de travail à Quantico à partir de ses expériences personnelles sur le terrain.
Enfin, c’est ce qu’ils avaient cru à l’époque : ils réalisaient maintenant qu’en fait leur ami avait alors été envoyé en mission d’infiltration. C’est évidemment pour ça qu’il ne leur avait jamais donné signe de vie durant cette période et ça expliquait aussi l’avalanche de coïncidences qui avait abouti à la séparation momentanée de l’équipe : la C.I.A. devait y avoir veillé.
CHAPITRE IX
Bureaux du F.B.I.
Se disant qu'il n'avait pas beaucoup d'options, Colby se précipita vers son téléphone. Etonné, David lui demanda :
- Qu'est ce que tu fais ?
- Je vais demander des éclaircissements sur cette affaire. Allo, ici l'agent Colby Granger.
Au correspondant qui lui répondit, Colby indiqua, en quelques mots la nécessité de pouvoir entrer en contact avec une personne capable de lui parler d’une ancienne affaire. On l’orienta vers un nouvel interlocuteur, puis un autre. Il finit ensuite par être mis en relation avec une jeune femme à laquelle, après avoir, une fois de plus exposé le cas sur lequel il travaillait, il précisa :
- J'aimerai parler avec l'agent qui travaillait sur l'affaire Sobieski.
La jeune femme répondit alors qu'il lui était impossible de répondre à sa requête, se contentant de lui redire la même histoire que l'agent Dimitri. Il n'eut même pas un nom, ni la moindre précision sur cette affaire. Et quand il insista en disant que l'affaire était sans doute liée au meurtre d’un agent fédéral, on lui répondit que la C.I.A allait le rappeler plus tard.
N'étant pas satisfait de cette réponse, Colby en colère raccrocha le téléphone. Comprenant qu'il n'avait pas d'autre solution, il téléphona alors à un de ses amis des renseignements. Ce dernier lui avait promis, après avoir appris qu'il enquêtait sur le meurtre d'un collègue, de faire du mieux qu'il pourrait pour avoir les informations qui pourraient lui être nécessaires.
Il ne fallut que quelques heures pour que son ami lui fournisse certains renseignements. C'est alors que tout devint clair pour Colby : Sobieski était vraisemblablement l'homme qu'il cherchait. D’après ce qu’on en savait, les quatre témoins directs sur lesquels l’accusation comptait pour faire condamner le trafiquant étaient morts les uns après les autres dans d’étranges accidents. Le seul qui restait en vie, jusqu’à cinq jours auparavant, c’était Don. Sobieski allait être jugé bientôt, et visiblement, comme il n'y avait plus de témoins contre lui, il allait s'en sortir sans aucun problème. A Nikki qui s’étonnait que quatre témoins sur cinq aient été victimes d’un accident et Don, lui, d’un meurtre évident, Colby répondit que, sans doute pressé par l’imminence du début du procès, Sobieski n’avait pas eu le temps de finasser. De plus, la profession de Don était de celles qui pouvaient conduire à une mort violente et les suspects potentiels si nombreux qu’il pouvait penser que les enquêteurs ne remonteraient jamais jusqu’à lui. C’est d’ailleurs ce qui serait vraisemblablement arrivé sans l’agent Dimitri.
Pour Colby tout était clair. Maintenant il devait trouver des preuves pour faire accuser cet homme de ce meurtre, et lui faire payer ce crime.
CHAPITRE X
Bureaux du F.B.I.
- David, il faut y aller.
Plongé dans ses dossiers, David leva la tête, regardant Nikki qui venait de l’interpeller ainsi d’un air interrogateur.
- Quoi ?
- David : il va être l’heure.
Derrière elle il aperçut Colby et Liz, le visage grave et soudain il blêmit, horrifié d’avoir, durant quelques instants, oublié que ce jour-là on enterrait leur chef. Il se leva et saisit sa veste puis il emboîta le pas à ses coéquipiers.
Durant tout le trajet qui les emmenait vers la cérémonie funèbre, ils n’échangèrent aucun mot, chacun perdu dans ses pensées.
*****
David ressentait une tristesse immense, il n’aurait pu décrire ce qu'il pensait. Cet homme, ce chef d'équipe avait toujours su lui apprendre de grandes choses. Bien qu'au départ l'ambiance n'ait pas toujours été au beau fixe, il savait que l'un et l'autre pouvaient se faire confiance. A un point tel que parfois David devait faire revenir Don sur terre. Car de temps à autre, Alan se confiait à lui, et il passait le message à Don. Il avait servi d'intermédiaire peut-être, mais s'était rapproché plus étroitement de son ami. Il se souvenait que, même dans les situations les plus délicates, faisant ressurgir du passé des blessures que l'on pensait oubliées, David pouvait compter sur Don pour lui parler et pour pouvoir garder un certain sang froid. Cependant, l'agent Sinclair avait apporté à l'équipe un certain cadre, afin de ne pas trop outrepasser les règles, et de ne pas se faire épingler par la hiérarchie. Il avait tout de même laissé Don permettre à Charlie d’intervenir quand ce dernier avait perdu son accréditation, mais combien de fois l'avait-il défendu auprès de ses supérieurs ? Combien de fois s'était-il dit que, malgré le fait qu'il enfreignait parfois les règles, il avait toujours abouti à un résultat impeccable ?
Mais cette fois, alors qu'il était chargé de l'affaire, David ne savait pas comment réagir, comment agir. Aucun règlement, aucune loi, aucune règle ne lui permettait de reprendre le droit chemin. Seule la vision de Don, cet homme au grand coeur, à la force incommensurable, au sang-froid à toute épreuve, à l'amitié si précieuse, restait dans son esprit. Et lui, il ne pourrait jamais l'oublier : Don Eppes, le meilleur agent de tous les temps.
*****
Colby avait un peu la tête ailleurs. Ses souvenirs revenaient, lui offrant l'image d'un homme qui avait besoin d’avoir confiance en ses subordonnés, et que ces derniers aient confiance en lui. Il ne pensait pas tout de suite à son petit monde, à sa propre personne, mais bien à son équipe. Quand il parlait d'une affaire, jamais, au grand jamais il n'employait le mot "je", mais toujours le "nous".
Et quand une sanction devait être prise, il acceptait d’endosser toute ses responsabilités. Certes il n'aimait pas les injustices, mais il savait prendre des décisions qui n'étaient pas faciles, et pouvait faire le sale boulot s'il le fallait pour avancer dans une enquête afin de sauver des vies.
Mais Don était bien plus que ça. Plus qu'un chef incroyable, plus qu'un frère admirable, plus qu'un fils formidable, c'était aussi un ami loyal. Un ami qui voulait que tout le monde se sente bien. Un ami sur l’épaule duquel on pouvait poser son fardeau pour raconter les choses que l'on avait vues ou vécues. Colby se souvenait, qu'une fois, il avait raconté comment cela se passait en Afganistan, ce qu'il avait ressenti : les morts, la torture des innocents, les gestes parfois déplacés de certains supérieurs, et lui, qui se trouvait au milieu de tout cette haine. Don, lui, l'écoutait, sans bouger, sans juger, attentif à chacun des mots de son ami, s'imaginant tout ce qu'il avait pu voir, ce qu'il avait pu ressentir, et à quelles horreurs parfois il avait dû faire face : les fusillades, les amis tombés au combat. Et après qu’il lui ait exposé tout ces faits, Don avait mis sa main sur son épaule. Son regard voulait tout dire. Il voulait montrer sa compassion, mais aussi sa confiance en cet homme qui, malgré tout ce qu'il avait vécu, avait permis de sauver des tas de personnes.
Prenant les devants, regardant ce cercueil, imaginant ce que pouvait penser Don en ce moment, Colby finit par dire :
« T'inquiète vieux. On les aura. »
CHAPITRE XI
Maison des Eppes
- Charlie, Charlie il faut aller te changer maintenant...
Charlie leva des yeux vides vers Amita, ne comprenant rien à ce qu'elle lui disait et elle soupira en s'installant tendrement près de lui. Elle posa la main sur son bras et répéta, doucement :
- Il faut te changer Charlie. C'est bientôt l'heure.
- L'heure ? L'heure de quoi ?
Atterrée, elle se rendit compte qu'il avait totalement oublié que, ce jour-là, on enterrait Don. Cela faisait six jours que l'agent avait été tué dans l'explosion de sa voiture. Six jours de larmes et de souffrance durant lesquels elle et Larry n'avaient pas quitté Alan et Charlie, s'efforçant, malgré leur propre chagrin, de les soutenir dans la terrible épreuve qu'ils traversaient. Effondrés, les deux hommes semblaient totalement brisés, c'était comme si la vie les avait quittés en même temps qu'elle quittait Don. Mais c'était surtout Charlie qui inquiétait Amita. Il ne réagissait pas. Il refusait de parler de son chagrin. Il restait prostré, ne quittant quasiment pas le garage. Il fallait l'obliger à se nourrir, à se laver, à se changer, comme un gamin.
Il avait énergiquement refusé de s'impliquer dans l'organisation des obsèques. En fait, il semblait être dans le déni le plus total. Il ne pouvait pas admettre la mort de son frère. Lorsqu'il était revenu à lui, à l'hôpital, il n'avait d'abord pas compris ce qu'il faisait là. Amita sanglotait à son chevet et Larry le regardait d'un air bouleversé. Quant à Alan, prostré dans un fauteuil, il semblait bien loin de là.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai eu un accident ? avait-il demandé.
- Oh Charlie, Charlie !
Amita s'était jetée à son cou en pleurant. Larry s'était approché de lui et lui avait serré la main tandis qu'Alan le regardait, l'air incertain, sans qu'un mot ne franchisse ses lèvres.
- Vous en faites des têtes ! Allons, visiblement je ne suis pas mort alors reprenez-vous, avait-il tenté de plaisanter pour détendre cette atmosphère lourde qui l'angoissait.
Mais, du plus profond de son subconscient, il sentait monter une déferlante, un séisme qui allait apporter un bouleversement insupportable dans son existence. Il pressentait que quelque chose était arrivé, quelque chose de terrible et qui n'avait rien à voir avec un accident. Ce n'était pas lui qui était en cause. Pas lui...
« Tu viens avec moi Charlie ? »
Il lui semblait entendre la voix chaude, pleine de vie, de son frère et il se dressa soudain sur les oreillers, s'attendant à voir sa silhouette se profiler sur le seuil de la chambre. Et la réalité le rattrapa dans un ouragan de douleur.
- Don ! Non ! Où est Don, où est-il ? hurla-t-il soudain.
Il lut l'indicible réponse dans les yeux éteints de son père, dans le regard éperdu de Larry, dans les larmes qui brouillaient le teint d'Amita.
« Tu viens avec moi Charlie ? »
Il ne pourrait plus jamais aller avec lui, nulle part. Plus jamais. Son grand frère, son idole, était parti sans lui, pour toujours. Il avait fondu en larmes dans les bras d'Amita puis, chancelant, il s'était levé et avait rejoint Alan pour se blottir contre lui. Il avait physiquement besoin de contact avec la seule famille qui lui restait désormais.
*****
Mais depuis six jours, contrairement à son père qui s'efforçait de surmonter son effroyable chagrin, ne serait-ce que pour se montrer digne de son fils disparu, Charlie se laissait de plus en plus dériver et tous s'inquiétaient pour lui. La veille, son père lui avait rappelé que les obsèques de Don avait lieu le lendemain, et, visiblement, il l'avait totalement oublié. A moins qu'il ne veuille tout simplement pas s'en souvenir.
- Charlie, on enterre Don tout à l'heure. Tu dois venir avec nous.
Son visage se contracta douloureusement au rappel de la tragédie qu'il voulait à toutes forces occulter de ses pensées.
- Non, non. Amita, ça, je ne pourrai pas. C'est au-dessus de mes forces !
- Charlie, tu dois venir. Pour Don, et pour ton père. Il faut que tu sois là !
- Non ! Non !
Cette fois-ci, c'était un véritable hurlement qui avait franchi ses lèvres. Il ne pouvait pas, cela lui était impossible. Tant qu'il restait là, terré dans son garage, il lui semblait que la réalité ne pouvait pas le rattraper ; il pouvait encore croire que Don allait franchir le seuil pour l'interroger, un sourire dans la voix :
- Tu viens avec moi Charlie ?
Mais s'il allait là-bas, s'il voyait tous ces visages affligés, s'il voyait pleurer son père et tous ceux qui aimaient Don, s'il voyait la longue boîte de bois que l'on descendrait doucement dans la fosse fraîchement creusée, alors les choses deviendraient épouvantablement irréversibles. Et ça, il ne pouvait pas l'accepter, pas encore, pas maintenant !
Au cri qu'il poussa, Alan fit irruption dans le garage. Il avait revêtu un costume sombre et son visage portait les stigmates de ces six jours de chagrin. Six jours déjà sans son fils chéri et il avait l'impression qu'une éternité s'était passée. Une éternité sans lui ! Il s'avança pour prendre son cadet dans ses bras.
- Charlie, s'il te plaît. Viens. Pour moi...
Charlie regarda son père et lut l'immensité de sa souffrance au fond de ses yeux. Il n'avait pas le droit de le laisser souffrir ainsi sans l'aider. Ses épaules se voûtèrent et il capitula :
- D'accord. Je vais me changer.
Il monta lourdement jusqu'à sa chambre, suivi d'Amita qui voulait l'aider à choisir les vêtements qui convenaient. Il redescendit une vingtaine de minutes plus tard, lui aussi habillé d'un costume sombre, un désespoir infini dans les yeux. Alan le serra contre lui :
- Allons-y maintenant.
Mais, au moment de passer le seuil, tout son corps se révulsa à l'idée d'aller là-bas, dans ce grand terrain où on allait abandonner son frère pour toujours.
- Charlie ?
Pas là-bas non, pas là-bas ! Il se mit à trembler de tous ses membres.
- Je ne peux pas. Papa, je suis désolé, je ne peux pas !
- Charlie, essaya de le convaincre Amita.
- Non Amita. Laissez-le. Je comprends.
Il déposa un baiser sur le front de son fils et lui murmura :
- Ce n'est pas grave Charlie. Ne t'en fais pas.
Puis il se détourna, encadré par Amita et Larry. Charlie les regarda s'éloigner, rejoindre David, Liz et Colby qui les attendaient au bout de l'allée. Puis il rentra lentement dans la maison et retourna dans le garage.
- Tu viens avec moi Charlie ?
La silhouette de son frère se découpait dans la lumière qui traversait la fenêtre du garage. Il lui sourit.
- Oui, je viens avec toi frangin. Je n'ai pas l'intention de te quitter.
CHAPITRE XII
Lieu de prière
L’assemblée était recueillie. Chacun avait dit un mot sur l’homme qu’elle venait saluer aujourd’hui et chacun, au plus profond de ses pensées, repassait les souvenirs qu’il avait de l’agent disparu.
Larry et Amita se souvenaient de nombreuses histoires que Charlie leur avait racontées, avant qu'ils ne rencontrent son frère. D'après Charlie, c'était un homme admirable, grand, fort, puissant. Même s'il n'était pas toujours présent chez eux, Don était un modèle pour lui. Le modèle d'un grand frère qui semblait énormément compter. Puis, quand les deux frères avaient commencé à coopérer, Larry et Amita avaient pu enfin comprendre ce que Charlie aimait en ce frère travaillant au F.B.I.. Ce modéle, qui faisait penser à Amita à la véritable image du grand frère : toujours inquiet pour son petit frère, mais en même temps légèrement jaloux. Ce dernier avait senti tout de suite l'alchimie qui passait entre Amita et Charlie. Et il n'avait pas hésité à le faire remarquer. Pour elle, il était comme un grand frère qui protégeait sa petite soeur. Une petite soeur fragile et mignonne qui travaillait avec son petit frère. Il ne faisait aucun doute qu'il la protégerait toujours pour éviter de voir Charlie dans un désespoir immense. Mais aurait-il pensé que sa propre mort aurait eu la même conséquence, voire pire, sur Charlie ?
Larry quand à lui se souvenait de ces différents moments où il avait croisé les deux frères plus jeunes. Charlie et Don se disputaient assez souvent pour un oui ou pour un non. Aucun des deux ne voulait céder à l'autre, et Larry, bien qu'étant le meilleur ami de Charlie, devait parfois lui rappeler que Don n'avait pas toujours tort. Cet homme et lui se ressemblaient. Ils étaient souvent très concentrés dans leur travail, voire parfois trop, car ils oubliaient leurs aventures amoureuses. Oh c'est vrai que Charlie était pareil, mais Don et Larry se ressemblaient tellement ! Ils ne rentraient que très peu chez eux. Ils ne se fixaient pas d'objectifs faciles à atteindre. Mais malgré tout dans leur métier ils étaient vraiment de grand hommes. Oui c'était le mot exact pour qualifier au mieux Don Eppes : un grand Homme.
*****
Vers la fin de la cérémonie, Alan Eppes s'approcha du cercueil. Une grande impression de solitude l'envahissait. Il sentait ses jambes flageoler. La dernière fois que cela lui était arrivé, c'était quand sa femme était morte. Charlie n'avait pas assisté non plus à son enterrement. Mais Don était là pour le soutenir, pour lui permettre de dire le dernier au revoir à sa femme. Pour accepter de ne plus la revoir, avant sa propre mort. Maintenant il devait faire face à cette nouvelle épreuve seul. Quand Don était là, il lui avait tenu la main. Il l'avait aidé à aller jusqu'au cercueil. Et tout bas, il murmurait à son père : « Je suis là papa. Je suis là. Si tu n'as pas envie de le faire, tu me le dis. »
Mais comme à son habitude, ne voulant pas montrer ses émotions, Alan avait fait des efforts pour ne rien montrer. Il avait murmuré à son tour à son fils. « Ca va aller Don. Je peux le faire. »
Don avait apparemment compris que son père avait besoin à ce moment là de quelqu'un pour l'aider. De quelqu'un sur qui se reposer, et en qui avoir confiance pour déverser toutes ses larmes. C'est ce qu'il avait fait d'ailleurs quand ils étaient rentrés, Charlie étant toujours dans son garage. Les deux hommes avaient pris un verre de whisky, et l’avaient bu. Tout doucement, Alan avait commencé à parler de sa femme à Don, lui racontant leur rencontre, leur premier flirt, comment ils avaient réussi à consolider leur couple, les disputes entre leurs familles respectives…
Mais maintenant il se sentait seul. Il regrettait déjà amèrement le temps qu'il n'avait pas passé avec son aîné, pour se consacrer au développement des qualités de son cadet. Mais malgré tout, il avait passé tellement de bons moments avec Don. Même quand Margaret n'était plus là, Don était toujours présent pour lui : pour l'aider, le soutenir, pour pouvoir canaliser toute cette peine. Mais maintenant qui allait prendre le relais ?
Le voyant défaillir, Nikki alla prêter main forte au père de son chef. Elle était peut être la plus récente recrue du groupe de Don. Mais elle avait aussi sa place. Et cela même si elle ne remplacerait jamais Megan Reeves. C'était d'ailleurs ce que pensait Don au départ. Qu'elle allait juste remplacer Megan. Mais en voyant son caractère et son goût pour le risque, Don avait dû canaliser rapidement cette boule de nerfs. Tout doucement, entre ces deux collègues, une amitié venait de naître. Ils avaient tous les deux des tendances à aller au devant des risques, malheureusement parfois aux détriments d'une mission. Cependant le fait qu'ils aient cette ressemblance avait favorisé leur entente. Certes elle ne le connaissait pas bien, et ne le connaîtrait jamais mieux. Mais c'était déjà pour elle un homme qui était grand. Et comme pour honorer sa mémoire elle soutint Alan durant cette épreuve. La mise en terre de l'agent Don Eppes.
CHAPITRE XIII
Cimetière
Il faisait beau. Comme par une cruelle ironie du destin, c'était l'une des plus belles journées qu'il y ait eu depuis six jours. Un de ces jours ensoleillé ou on a envie de sourire à la vie : le ciel était d'un bleu magnifique, une petite brise soufflait qui permettait d'apprécier encore plus cette chaleur pas trop étouffante. Et par contraste avec ce jour magnifique, la tristesse qui assombrissait leur cœur était d'autant plus lourde, alors que l'assemblée se tenait, muette et recueillie, devant la fosse où Don reposait désormais aux côtés de sa mère bien aimée.
Debout près de la tombe, Robin, en larmes revoyait l'homme qu'elle aimait, sûr de lui, conquérant. Elle revivait ce soir, il lui semblait qu'il y avait des siècles de cela, où il était venu frapper à sa porte à la fin de l'enquête sur la mort de Nikki Davis, son ex petite amie.. Elle était installée dans son salon, à relire ses notes sur un procès qui commençait deux jours plus tard, à mille lieues de penser qu'il pourrait venir. Il lui semblait qu'avec ce qui s'était passé au cours de ces derniers jours, plus rien n'était possible entre eux.
Puis il était venu, il avait fait ce premier pas, lui qui était si circonspect pour tout ce qui concernait les relations humaines. Lorsqu'il était entré dans la maison, passant devant elle avec cet air un peu arrogant, trop sûr de lui (elle avait appris depuis que ce n'était qu'une apparence qu'il se donnait), elle n'avait eu qu'un désir : qu'il la prenne dans ses bras et lui fasse l'amour. Elle le désirait comme elle avait rarement désiré un homme. Et son désir à lui devait être tout aussi impérieux puisqu'il était à peine rentré qu'il l'embrassait à pleine bouche. La suite était écrite d'avance et leurs ébats cette nuit-là furent intenses, presque violents tant ils se donnèrent de plaisir mutuellement.
Ce n'était que le prélude d'une aventure qui semblait s'installer dans le temps, jusqu'à ce qu'elle prenne peur. Jusqu'à ce qu'elle parte un beau jour et que, pour une stupide histoire de pince à cheveux rapportée avec elle, elle ne décide de mettre fin à leur relation.
Elle n'oublierait jamais le regard qu'il lui avait lancé lorsqu'elle lui avait fait part de sa décision. Oh, il n'avait pas protesté, il n'avait pas tenté de savoir pourquoi, il n'avait surtout pas supplié. Il était bien trop fier, bien trop pudique pour ça. Mais elle savait qu'il avait eu mal. Et puis ils s'étaient retrouvés. Malgré la tension qui avait présidé à ces retrouvailles, malgré les soupçons qu'il avait eu à son égard et qui l'avaient blessée, ils s'étaient retrouvés. Elle se souvenait de la manière dont il l'avait serrée dans ses bras lorsqu'il lui avait sauvé la vie. Elle se souvenait aussi combien elle s'était sentie bien, blottie contre sa poitrine, en sécurité. Et lorsqu'ils étaient finalement remontés dans la chambre, ils avaient aussitôt retrouvé les gestes d'intimité, et le plaisir était revenu, intact, peut-être encore plus fort.
Elle se souvenait de son attitude lorsqu'il lui avait assuré que, pour ce qui le concernait, il était prêt à s'engager dans une vraie relation avec elle. Il avait l'air tellement sûr de lui, lui qui pourtant n'était jamais aussi hésitant que dans tout ce qui concernait l'affectif. Etait-elle aussi sûre d'elle qu'il semblait l'être de lui ? Mais elle ne voulait pas qu'ils se séparent à nouveau : il lui avait manqué, bien plus qu'elle n'aurait pu le dire. Elle avait su très vite qu'elle avait fait une erreur en rompant leur relation, mais comment le lui dire ? Et puis, son procès de toute façon la retenait loin de Los Angeles.
Aujourd'hui, debout près de cette tombe fraîchement retournée, alors que les larmes brouillaient sa vue, elle regrettait ces longs mois perdus. Si elle avait eu le courage d'affronter ses peurs, si, par habitude, elle n'avait pas fui devant le tour sérieux que prenait leur relation, ils auraient eu six mois de plus pour se connaître, s'apprécier, s'aimer. A cause d'elle tant de temps avait été gâché, tant de temps qu'ils ne retrouveraient jamais plus maintenant. Don était mort. Il était couché sous la terre froide, dans une boîte en bois et plus jamais, plus jamais elle ne l'entendrait, plus jamais elle ne sentirait ses mains sur sa peau, plus jamais elle ne frémirait sous ses caresses. Tant de jours perdus, tant de regrets que rien jamais n'apaiserait.
- Je t'aime mon amour. Je ne t'oublierai pas.
Du bout des doigts, elle envoya un baiser vers la tombe fraîche, puis elle se détourna et quitta le cimetière. A mesure qu'elle marchait, son visage éploré se durcissait jusqu'à devenir presqu'effrayant de sévérité. Elle venait de se faire la promesse qu'elle ne connaîtrait aucun répit tant que les responsables de la mort de l'homme qu'elle aimait n'auraient pas payé pour leur forfait.
*****
Liz, elle, debout de l'autre côté de la tombe, se souvenait de la première fois où elle avait aperçu Don, six ans auparavant. Elle était assise à côté de Janet, sa copine, celle avec laquelle elle avait tout partagé depuis leur première année d'université : les bons comme les mauvais moments, les flirts et les ruptures. C'était ensemble qu'elles avaient décidé de poser leur candidature au F.B.I., et c'était ensemble qu'elles avaient été admise à participer au stage de formation.
Ce premier jour, terriblement excitées à l'idée de ce qui les attendait, elles avaient rejoint les quelques trente autres stagiaires dans le grand amphithéâtre de l'académie de Quantico. Le sous-directeur du F.B.I., qui s'était dérangé pour l'occasion, venait de leur faire un laïus interminable sur la beauté de leur futur métier, la nécessité de se montrer fidèle à leurs augustes prédécesseurs, etc, etc... Liz devait s'avouer qu'elle avait décroché au bout de quelques minutes.
Le pompeux discours avait ensuite été suivi d'un exposé par le directeur de l'académie. Celui-ci, en termes clairs et concis, détaillait les obligations de chaque stagiaire, les règles à respecter scrupuleusement sous peine de renvoi immédiat, l'emploi du temps qui allait être le leur et, cette fois-ci, la jeune femme avait écouté très attentivement.
Cet exposé terminé, le directeur avait enchaîné.
- Je vais maintenant vous présenter les différents instructeurs qui vous accompagneront tout au long de votre formation. Ils seront là pour vous apprendre les différentes techniques dont vous aurez besoin dans l'exercice de votre future profession, mais aussi pour répondre à vos interrogations et, peut-être, à vos doutes. N'hésitez pas à faire appel à eux. N'oubliez jamais qu'eux aussi, un jour, ont été à votre place.
Avait alors suivi la longue litanie des noms : instructeur de droit international, instructeur de close-combat, instructeur de tir, instructeur de procédure pénale. Liz avait vite fini par mélanger les noms et les responsabilités. Et puis, tout à coup, alors qu'elle compulsait ses notes pour savoir si la blonde rondouillarde était instructrice en procédure ou en close-combat, elle entendit Janet murmurer
- Ouaouh canon !
Elle avait alors relevé la tête, juste à temps pour voir le directeur tendre la main vers un jeune homme brun, bien découplé, le visage un peu fermé cependant, qui fit deux pas en avant tandis que son supérieur annonçait :
- Agent spécial Don Eppes, instructeur en techniques d'intervention.
- Je crois que je vais adorer les techniques d'intervention ! lui avait susurré Janet à l'oreille en gloussant.
- Tu as déjà oublié la règle n°1 ma belle !
- Ah oui ? Laquelle ?
- Pas de rapprochement entre les stagiaires et les instructeurs !
- Elle existe cette règle-là ? Tu es sûre ?
- Certaine.
- Bon ! Mais tu sais, à mon sens, une règle ça peut toujours être contourné.
Liz avait étudié attentivement le fin visage un peu sévère.
- A mon avis, je ne pense pas que ce soit son point de vue.
- On verra bien. Et puis au pire des cas, je ne serai pas tout le temps stagiaire, hein ? »
Oui, elle le revoyait debout sur cette estrade, bien plus jeune que la plupart des autres instructeurs. Et ensuite, il y avait eu toutes ces semaines ou, parfois, elle l'avait détesté tellement il était dur et intransigeant. Mais elle comprenait aujourd'hui ce qui le motivait : un agent mal formé c'était un agent en danger. Elle avait tant appris avec lui ! Et aujourd'hui, il ne restait plus rien de lui que ces quelques restes qu'on commençait à recouvrir de terre.
Les larmes brouillèrent son regard tandis qu'elle murmurait :
- Je n'oublierai jamais tout ce que tu m'as appris, tout ce que tu m'as donné. Et je te jure que ceux qui ont fait ça vont payer. On se reverra un jour agent spécial Don Eppes.