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Série : Numb3rs
Création : 20.03.2009 à 17h13
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Episode parallèle à "l'ombre d'un remords" (une façon d'éluder un choix cornélien). Ecrit à quatre mains avec Juliabaku » Cissy
Cette fanfic compte déjà 55 paragraphes
Lorsqu'il était rentré chez lui, il avait pris le temps de vider les sacs à provisions puis était remonté dans la chambre de Don, pour voir si Charlie y était. Aucune trace du mathématicien. La couverture qu'il avait placée sur lui avant de partir gisait au sol, tirebouchonnée.
- Charlie ? Charlie où es-tu ?
Rien, pas de réponse. Le silence. Et le sang d'Alan n'avait fait qu'un tour ! Pourvu que... Il s'était précipité dans les autres pièces de l'étage, sans succès. Larry et Amita l'avaient rejoint à cet instant et il leur avait fait part de son affolement.
- Il doit être au garage, avait tout de suite supputé la jeune femme.
- Allons vérifier.
C'est là qu'ils s'étaient aperçus que le garage était barricadé. Mais, ce qui les avait affolés, c'est le petit tas de vêtements abandonnés sur le seuil, dans lesquels ils avaient tout de suite reconnu les effets portés par Charlie le matin même.
- Mais qu'est-ce qui lui est passé par la tête ? gémit son père.
- Oh Charlie, qu'est-ce que tu as fait ? s'affolait Amita de son côté.
Et cela faisait maintenant plus de deux heures qu'ils frappaient à la porte sans qu'aucune réponse ne leur parvienne.
Lorsqu'ils eurent fini de parler, Colby était pâle. Il se leva, déterminé.
- J'y vais.
- Vous ne pourrez pas entrer Colby, il ne vous laissera pas... dit aussitôt Larry.
- On verra bien.
Il alla frapper à la porte.
- Charlie, Charlie ouvre-moi ! Charlie, c'est Colby, ouvre-moi !
Il n'y eut aucune réponse. Il eut beau s'acharner durant dix minutes, tempêter, supplier, rien n'y fit. La porte restait obstinément close.
- D'accord décida-t-il. Si tu n'ouvres pas, j'enfonce la porte.
Il quêta du regard l'approbation d'Alan. Celui-ci lui fit un signe affirmatif. Il ne pouvait plus supporter ce silence, il devait savoir.
- Reculez, ordonna l'agent.
Lui-même prit quelques pas de recul et leva le pied. Sa jambe se détendit brusquement et sa plante de pied vint frapper la porte, juste au niveau de la serrure. Le bois craqua mais ne céda pas. Il répéta la manœuvre à deux autres reprises, et, au troisième choc, la porte s'ouvrit violemment, venant heurter le mur à la volée.
Le spectacle qui les attendait leur serra le cœur. Assis par terre au milieu du garage, Charlie ne semblait même pas avoir conscience qu'ils y avaient fait irruption. Colby, qui ne l'avait pas vu depuis plusieurs jours, fut épouvanté du changement qui s'était produit chez lui. Il avait les cheveux sales, emmêlés et une barbe déjà drue recouvrait ses joues. Mais c'était le vide de son regard qui était le plus impressionnant.
- Qu'est-ce qu'il porte ? chuchota soudain Larry en remarquant l'accoutrement de son ami.
- C'est la tenue de base-ball de Donnie quand il était à l'université, répondit Alan effondré. Margaret l'avait rangée dans un carton : elle ne jetait jamais rien de ce qui avait appartenu à nos garçons !
Ils s'approchèrent du mathématicien qui ne leva même pas la tête à leur approche. Il était assis au milieu de clichés représentant tous Don à plusieurs époques de sa vie. Et ses mains tremblantes volaient de l'un à l'autre. Il en prenait un, l'examinait, puis en prenait un autre. Et entre chaque examen, il traçait sur le sol, avec la craie, une série de chiffres incompréhensibles.
- Charlie, Charlie, qu'est-ce que tu fais ? demanda doucement Alan en s'accroupissant auprès de lui.
Il se contenta de secouer la tête, comme pour chasser une mouche importune.
- Charlie, dit à son tour Amita. Parle-moi. Dis-moi ce que tu fais.
Il ne parut pas entendre, continuant son petit manège.
- Qu'est-ce qu'il écrit, questionna Larry ? Ca rime à quoi tous ces chiffres ?
Alan détourna un instant son attention de son fils pour les poser sur les signes qu'il traçait au sol, inlassablement. Il réprima un sanglot en murmurant :
- Ce sont des dates qui ont compté dans la vie de Don : là sa naissance, ici l'obtention de son diplôme, là-bas son entrée à Quantico, et sur cette ligne son arrivée au bureau de Los Angeles...
Ils se regardèrent, bouleversés : Charlie était en train d'écrire avec des chiffres toute la vie de son frère, comme si c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour le garder près de lui.
A son tour Colby s'accroupit près du mathématicien pour essayer de le ramener à la raison :
- Charlie, c'est Colby. Charlie, tu dois arrêter ça maintenant.
Et joignant le geste à la parole, l'agent arrêta la main qui continuait, inlassablement, à aligner des équations sans queue ni tête. Durant un instant, Charlie cessa son mouvement et les quatre personnes qui l'entouraient se sentirent soulagées qu'il les écoute enfin. Puis, soudain, un hurlement strident monta aux lèvres du mathématicien, leur vrillant les oreilles. Charlie hurlait à en perdre la tête. Affolé, Colby lui lâcha la main et, aussitôt, le cri cessa. A nouveau tranquille, loin de tout, Charlie reprit sa besogne absurde et inutile.
Colby se leva : il venait de comprendre qu'insister ne servirait qu'à déclencher une nouvelle crise. Larry contemplait la scène, tétanisé, ne voulant pas croire ce qu'il voyait. Amita s'était laissée tomber à genoux, et elle sanglotait à fendre l'âme.
- Je vais appeler une ambulance, murmura Colby à l'attention de Larry.
Celui-ci le regarda, hagard, puis il hocha la tête en signe d'assentiment : oui, visiblement Charlie avait besoin de bien plus que ce que eux pouvaient lui apporter.
Alan serra son fils contre lui et le mathématicien ne répondit pas à son étreinte. Larry le vit qui continuait à faire courir sa craie sur le sol tandis que son père le tenait contre lui. Alan s'aperçut à son tour de son manège et il le lâcha, comprenant que ça ne servait à rien. Il regarda son cadet avec du désespoir dans les yeux.
- Oh Charlie, Charlie, mon petit ! Où es-tu parti ?
Charlie n'entendait plus rien, plus rien que cette voix chaude qui lui demandait avec insistance :
- Tu viens avec moi Charlie ?
Oui, cette fois-ci, il l'accompagnerait au bout du monde, et leur voyage à deux n'en finirait pas.
CHAPITRE XXIII
Bureaux du F.B.I.
Laurton arriva pour la quatrième fois dans les locaux du F.B.I. Colby l'attendait et le regarda arriver.
- Qu'est-ce que je peux pour vous agent Granger ?
- Je dois voir Sobieski tout de suite.
- Vous ne comprenez pas, je ne peux pas faire ce genre de chose. Il est très protégé et...
- Ecoutez moi !!! Nous avons tout ce qu'il faut pour faire un lien entre Sobieski et notre affaire. Nous avons eu toutes les autorisations pour aller le voir, alors maintenant vous m’y emmenez !
Ne le croyant pas, Laurton voulut surtout se rassurer et téléphona directement à ses supérieurs. Ces derniers lui indiquèrent que toutes les autorisations avaient été signées, et qu'il allait devoir aider le F.B.I dans cette démarche.
Peu content, il accompagna Colby. Après avoir subi une fouille destinée à vérifier qu’il n’avait sur lui aucun gadget susceptible de permettre de le localiser, celui-ci fut emmené dans un fourgon totalement clos afin qu’il ne puisse pas voir l’endroit où était retenu Sobieski ni ses alentours. Le voyage dura plusieurs heures, Colby n'arrivait pas à déterminer le trajet qu'ils avaient emprunté et se demandait pourquoi il y avait tant de mystères et précautions pour cet individu. Puis il s’efforça rapidement de s’ôter cette idée de la tête en pensant exclusivement à interroger ce suspect caché. Enfin le fourgon s'arrêta et Colby et Laurton purent sortir.
CHAPITRE XXIV
Lieu de détention de la C.I.A.
A l’arrivée, Colby vit qu’ils étaient dans un quartier résidentiel anonyme, construit de maisons tout à fait ordinaires. Laurton et lui entrèrent enfin dans l’une d'entre elle. Mais il s’aperçut vite qu’elle était transformée en véritable forteresse. De l’autre côté d’une haute grille il remarqua des murs épais, des caméras partout. Colby comprit alors qu’il se trouvait dans l’un de ces centres semi-légal que possédait la C.I.A sur le territoire national. Le côté légal était que les avocats de certains des criminels « officiels » retenus dans ces lieux savaient où ils étaient et pouvaient venir les visiter, dans de strictes conditions de sécurité, (la première étant le transport tel que venait de le connaître Colby). L’autre versant était tous les détenus « clandestins » dont nul ne savait qui ils étaient ni d’où ils venaient et qui, derrière les portes closes, étaient soumis à des traitements souvent inhumains sans que personne ne puisse exercer le moindre contrôle puisqu’ils n’avaient aucune existence légale.
Les gardiens étaient en fait des agents de la C.I.A qui se relayaient à tour de rôle. Les mesures de sécurité étaient d'autant plus draconiennes. Dès l'entrée, ils subirent un premier contrôle : des agents les fouillèrent consciencieusement. Puis après cette première inspection, ils marchèrent silencieusement durant une dizaine de mètres avant d'arriver au corps de logis. Là une grille séparait le couloir en deux dans sa longueur. Avant de rentrer dans le deuxième corridor ainsi formé, ils passèrent un second contrôle. Les agent prirent alors leurs armes.
Enfin, les deux agents allèrent dans le deuxième couloir, ils rentrèrent dans un petit ascenseur qui les amena au sous-sol. Là, sur plusieurs centaines de mètres, s’étendait tout un réseau souterrain qui abritait la prison proprement dite, à l’insu de tous les habitants du quartier. Dès qu'ils y arrivèrent, ils subirent un troisième contrôle encore plus pointilleux que les deux premiers. Les deux agents durent se dévêtir pour subir une fouille au corps, afin de vérifier qu’ils n'avaient rien caché nulle part, même dans leur corps, pendant qu’on examinait soigneusement leurs vêtements. Colby trouvait tout cela fortement désagréable, presque humiliant, mais il se disait qu'il fallait accepter de subir cette procédure pour coincer ce monstre, pour venger Don.
Enfin après toutes ces vérifications, ils purent se rhabiller et aller dans la partie "prison" proprement dite. Colby entendit soudain un cri horrible s’échapper par une porte entrouverte, lui rappelant de mauvais souvenirs, lorsqu'il était encore dans l'armée, quand des personnes pratiquaient la torture. La porte se referma et plus un bruit n’en sortit, lui prouvant que la pièce était vraisemblablement insonorisée. Il lui revint en mémoire tout ce que l’on disait sur les prisons secrètes de la C.I.A. un peu partout dans le monde. S’il savait qu’elles existaient, il n’aurait pas imaginé qu’il y en eut une si près de Los Angeles. Interrompant ses réflexions, Laurton l'emmena dans une autre pièce.
Colby se retrouva dans une petite pièce totalement anonyme meublée d’une table et deux chaises où Sobieski arriva, enchaîné.
- Bonjour Monsieur Sobieski, Je suis l'agent Colby Granger, du F.B.I.. Nous avons étudié votre dossier.
- Ah ? Ca y est ? Vous allez enfin pouvoir prouver que je suis innocent de tout ce dont on m'accuse ?
- En réalité, on cherche plutôt à ce que l'on vous inflige la plus sévère sentence possible, afin que vous ne refassiez pas les mêmes horreurs.
- Alors comme ça vous aussi, vous jouez au fédé corrompu ? Je vous imagine bien avec une chaîne en or, ou une grosse voiture. Combien ça gagne un agent corrompu ?
- C'est bizarre, mais chaque témoin qui devait venir a été retrouvé mort juste avant votre procès.
- Bah, ils n’avaient peut être pas la conscience tranquille, et ils ont décidé de finir leur vie d'une manière ou d'une autre, pour ne pas transformer celle d'un innocent en cauchemar.
- Vous pouvez penser se que vous voulez, mais nous avons des preuves sur vous, assez pour vous faire condamner à la peine de mort. Alors maintenant vous allez me dire qui sont vos contacts et on verra ce que l'on pourra faire pour vous.
Sobieski éclata alors d’un rire sardonique, en regardant l'agent.
- Mais ouais, c'est ça. Vous savez quoi ? Si vous saviez quelque chose sur moi, je crois que vous m'auriez emmené loin d'ici, finit-il par dire.
- Je vois que monsieur garde son sens de l'humour, peu importe sa situation. Mais apparemment, vous semblez être doté d'un grand sang-froid.
- Oui, vous ne m'aurez pas comme ça ! Vous essayez toujours de confondre les innocents en leur faisant des compliments.
- Oh, mais je le pense vraiment. Je suis même épaté que vous ayez réussi un tel coup : tuer un agent du F.B.I. depuis la prison, bravo ! Je vous tire mon chapeau !
- Comment voulez-vous que je fasse ? Je n’ai de contact avec personne ici ! Et ça depuis deux ans. C’est d’ailleurs une violation flagrante de mes droits constitutionnels !
Colby sentait la moutarde lui monter au nez.
- Parce que vous, vous avez respecté les droits constitutionnels des personnes que vous avez tuées, ou qui ont été tuées à cause de vos trafics ? Parce que vous pensez que l’on a respecté les droits constitutionnels des quatre témoins qui ont été abattus, et ceux de l’agent Eppes ?
- Je compatis à la disparition d’un si valeureux représentant de l’ordre, croyez-moi.
A la façon dont il prononça ces mots, Colby eut une furieuse envie de l’abattre là, sur le champ, sans autre forme de procès : voilà qui serait une violation flagrante de ses droits constitutionnels ! Mais Sobieski continuait :
- Mais encore une fois, expliquez-moi comment je pourrais communiquer avec l’extérieur ? Vous avez bien vu quelles sont les conditions de sécurité drastiques qui s’appliquent ici.
-Et vos avocats?
- Ils ne viennent que pour me défendre face à des gens comme vous. Je n'ai rien à me reprocher.
*****
Colby renonça comprenant que l'homme ne dirait rien, même sous la torture, ce qui, de toute façon n’était pas envisageable. Tout était lisible dans ses yeux. Rien n'allait ressortir de cet interrogatoire.
Mais ce qu’il avait vu des mesures de sécurité lui avait permis de comprendre qu’en effet, il était bien peu probable que Sobieski ait pu être en contact direct avec un complice. Il émis alors l’hypothèse qu’il faudrait s’orienter vers les avocats, seuls à avoir des contacts avec lui.
- Les avocats de Sobieski ? Je ne vois pas à quoi cela vous servira, s'étonna Laurton.
- Bien sûr que si ! Ce sont ses derniers contacts avec la vie extérieure. S'il a planifié le meurtre de l'agent Don Eppes, alors il a sûrement dû passer par un de ses avocats pour pouvoir le tuer.
- Vous prenez cette affaire un peu trop au sérieux. Vous avez bien vu ! Nous avons passé des tas de contrôles avant de rentrer. Vous pouvez me dire comment les avocats pourraient passer à travers ? D’autant qu’ils ne pénètrent même pas dans la partie prison : les entretiens avec eux n’ont lieu qu’au sous-sol et Sobieski subit une fouille au corps avant et après chaque entrevue ! Et puis cela pourrait leur coûter très cher. Pourquoi prendre ce risque ?
- Peut être que l'un d'entre eux a un passé un peu trop agité ou un peu trop sombre, et qu’il a fait passer un code !
Laurton lui tendit alors quelques dossiers.
- Je me doutais que vous alliez me sortir quelque chose comme ça. Il n'y a que trois avocats. Les deux premiers sont des hommes, Maître Taylor et Maître Conrad. Maître Taylor s’est récusé il y a déjà six mois. Depuis Maître Dupont a repris l'affaire. Visiblement, elle est déterminée, mais pas assez pour commettre un crime.
Colby feuilleta les dossiers. Et se rendit compte que Laurton avait raison. Il n'y avait rien de nouveau. Et les avocats n'allaient rien donner.
- Je vous l’ai dit. Abandonnez, Sobieski n'est pas votre homme. Vous cherchez des preuves qui n'existent pas. Alors retournez à votre bureau.
Colby pensait presque que cet homme avait raison, mais il se retourna et le fixa d'un air déterminé.
- Qu'est-ce que vous nous cachez Laurton ? Pourquoi vous ne nous ne laissez pas aller voir ces avocats ?
- Je vous l'ai dit, et je vous le répète, il n'y a rien de ce côté là.
Ne croyant qu'à demi son collègue de la C.I.A., Colby était bien décidé à continuer son enquête. Le fait que Laurton semble vouloir l’empêcher de voir ces avocats voulaient bien dire qu'il y avait quelque chose à creuser par là.
CHAPITRE XXV
Chambre de Charlie
Cela faisait maintenant deux jours que Charlie ne répondait pas, il ne mangeait plus, il ne voulait plus s'ouvrir au monde. Amita était restée à son chevet durant tout ce temps. Mais elle n'avait pas une seule once d'espoir. Robin entra dans la chambre de Charlie et vit Amita en larmes auprès de son fiancé.
Robin lui mit sa main sur l'épaule.
- Amita? Vous voulez venir avec moi ? Il faudrait vous reposer.
- Non...Je veux rester avec Charlie...
Alan arriva à son tour, et regarda Amita avec compassion. Il savait que l'un de ses fils ne reviendrait jamais, et l’autre partait à la dérive.
- Allez vous reposer Amita, je vais rester avec lui.
Amita accepta, avec du mal, d’aller avec Robin.
*****
Quelques minutes plus tard : dans un café
Elles s'étaient assise dans un café, en train de boire un thé et de manger de petites sucreries. Certes le coeur n'y était pas, mais Robin voulait changer les idées d'Amita.
Robin avait eu du mal a accepter la mort de Don, mais elle commençait à en faire le deuil. Sa famille lui avait donné tout son temps pour l'aider, toute son attention pour pouvoir la consoler.
A son tour, Robin voulait faire de même pour Amita. Elle savait combien il était dur de subir ce genre d'épreuve. Mais elle se demandait comment aider au mieux Amita qui voyait son fiancé partir à la dérive. Robin, elle, avait vu l'enterrement du sien, elle avait pu réaliser qu'il était parti et qu'il ne reviendrait jamais. Elle voulait redonner espoir à Amita, peut être un espoir inutile, mais un léger espoir pour lui rendre la vie plus agréable.
- J'aimerais... J'aimerais tellement qu'il me sourie de nouveau. Qu'il expose de nouveau ses théories. Je... Je...
Elle explosa en larmes, devant tout le monde. Etonnées, tout d'abord, les personnes qui se trouvaient dans le café se détournèrent par discrétion. Robin entoura alors de ses bras la jeune professeur, pour la consoler.
Elle se réconfortait dans les bras de sa camarade.
- Pourquoi...Pourquoi cela nous arrive à nous ?
Robin comprenait totalement le problème d'Amita. Elle avait vécu presque la même chose avec Don. Les deux frères avaient eu à peu près la même vie affective. Les deux avaient eu des vies identiques en ce qui concernait leurs relations amoureuses. Leurs histoires avaient eu des hauts et des bas. Et aujourd'hui, les deux femmes en étaient arrivées là : l'une avait son fiancé mort, l'autre son fiancé parti très loin.
Robin pensait surtout à rasséréner Amita, comme s'il s'agissait d'une petite soeur. Elle embrassa alors son front, réconfortant sa petite protégée.
Intérieurement, elle se posait une question : comment pourraient-elles surmonter de telles épreuves après tout ce qui s'était passé?
- Ne vous inquiétez pas je suis sûre qu'ils vont trouver un moyen de punir ce monstre.
Amita regarda alors dans les yeux Robin. Elle savait que cette dernière avait été exclue de l'affaire parce qu'elle était trop impliquée. Comprenant qu'elle avait dû aussi vivre des jours malheureux, et surtout douloureux, elle se sentait coupable de pleurer dans les bras de cette femme. Ce devrait être à elle de la réconforter. Parce que Robin, elle, avait définitivement perdu l'homme qu'elle aimait.
- Comment faites vous? demanda Amita.
- Il faut que l'on se serre les coudes pour aider Alan et Charlie, pour nous soutenir mutuellement aussi. Je sais que votre famille est très loin, la mienne était là pour venir m'aider. Alors je me disais qu'il fallait quelqu'un pour vous, pour que vous puissiez tout dire, pour que vous puissiez aller mieux.
Reconnaissante, de l'attention que lui portait Robin, Amita sécha ses larmes. A son tour elle voulait faire quelque chose pour elle.
- Si jamais vous avez besoin de moi. Alors appelez moi.
Robin mit sa main sur les cheveux noirs d'Amita.
- Occupez-vous de Charlie et d'Alan et de vos cours. Ne vous inquiétez pas pour moi.
Elles finirent leur café, et repartirent chez les Eppes.
CHAPITRE XXVI
Bureaux du F.B.I.
Après son entrevue avec Sobieski, Colby put obtenir une injonction du juge afin d'interroger les avocats du trafiquant. David était venu avec lui, pour les interroger. Il fallait fouiller dans leur passé, il fallait trouver le grain de sable qui empêchait la machine de fonctionner, le tout petit indice qui ferait que l'affaire allait éclater.
Il s'empressa alors de les contacter un par un, les convoquant chacun au F.B.I..
Nikki et Liz avaient interrogé les deux hommes. Maître Taylor semblait avoir défendu Sobieski pour une seule et unique raison : il croyait profondément que tout homme a le droit d’être défendu, y compris le pire des criminels. Mais Sobieski s'entêtait à ne pas l’écouter, et il avait décidé ne plus le défendre. Il ne le portait d'ailleurs pas dans le coeur. Enfin plus maintenant.
Maître Conrad, quant à lui, était l’archétype de l’avocat véreux prêt à tout pour de l’argent. Il savait pertinemment ce que faisait son client, mais il s’en fichait du moment que ça lui rapportait. Et il apaisait sa conscience en se disant qu’il ne trempait pas dans les magouilles de Sobieski.
Il n’y avait donc aucune chance que l’un des deux soit coupable.
Colby, lui, avait décidé de faire l'interrogatoire de Maître Dupont en tandem avec David.
- J'aimerais savoir ce qui pousse une jeune femme telle que vous à défendre un homme comme lui ? commença Colby.
- Je ne fais que défendre mon client.
- Ah oui ? Un client qui semble avoir tué plusieurs personnes, dont un agent fédéral ?
- Vous outrepassez vos fonctions messieurs. Je crois que l'on n’a plus rien à se dire.
Mais Colby retint la jeune femme doucement.
- Je crois qu'au contraire on a plusieurs choses à se dire.
David tendit alors une feuille de compte.
- Vous pouvez nous dire d'où vous viennent ces deux cents mille dollars qui sont arrivés cette semaine sur votre compte ?
La jeune femme était elle même étonnée de voir une telle somme sur son compte. Elle ne comprenait pas tout ce que cela voulait dire.
- Nous avons besoin de savoir. Pourquoi avez-vous reçu une aussi grosse somme d'argent ? Et par qui ?
- Ecoutez je ne crois pas que je devrais vous en dire plus.
- Ecoutez, on peut vous mettre sous protection, si vous avez peur d'être tuée. On peut vous offrir une protection, répéta Colby, comme s’il pensait que l’avocate n’avait pas compris sa première phrase.
- Personne ne peut me protéger de cet homme !
David s'assit et regarda alors la jeune femme qui semblait être mal à l'aise.
- Il faut que vous nous disiez tout. Sinon, vous serez toujours en danger.
- Je ne dirai plus rien.
*****
Colby et David sortirent et se consultèrent.
- Bon David, tu vas demander à nos as de l'informatique de nous trouver tout ce qu'il y a savoir sur cette femme.
- Qu'est-ce que tu vas faire Colby?
- Je vais aller chercher s'il y a eu une personne de sa famille ou quelqu'un de son entourage qui a été menacé.
Chacun alla alors dans son coin.
Pendant plusieurs heures, David alla dans différents services afin de retrouver si cette femme cachait quelque chose, tandis que Colby allait interroger les différents voisins et amis de l'avocate.
Mais plus il cherchait, plus il rencontrait de voisins et d’amis plus il se rendait compte qu'aucun n'avait reçu de menaces. Rien ne démontrait qu'ils aient été menacés.
Alors qu'il revenait aux locaux du F.B.I. et David l’interpella.
- Hé Colby, On a trouvé quelque chose. Apparemment nos informaticiens sont vraiment doués. Ils ont découvert qu'elle aurait eu un accident en état d'ivresse, un gamin serait mort. Evidemment on n’est sûr de rien sinon elle aurait été arrêtée, mais tout concorde dans ce sens. Tiens regarde.
Colby étudia le dossier rapidement.
- O.K. Je n'avais rien trouvé moi. Donc, ça doit être pour ça.
- Oui, elle a dû être prise au piège, puis achetée pour s’assurer de son silence. Il a dû l'utiliser. Maintenant que l'on sait ça, on peut l'interroger et lui faire peur.
David hocha de la tête pour signifier son accord.
Ils rentrèrent de nouveau dans la salle d'interrogatoire où la jeune avocate attendait.
Colby tendit alors le dossier.
- Ecoutez on a découvert que vous avez été impliquée dans un accident de voiture, où un enfant a été tué.
- Et visiblement, Sobieski le savait. Si nous avons trouvé, il a dû le trouver aussi.
- C'est comme ça qu'il vous a fait chanter ? Et ensuite, il vous a payée ? Pourquoi ?
- Vous ne comprenez rien !!! hurla la jeune femme. Je n'avais pas le choix...Je ne savais pas qu'il allait me payer.
- Vous avez quelque chose à avouer ? demanda Colby.
L'avocate aux abois savait qu'elle ne pouvait plus rien cacher.
- Bon écoutez moi. J'ai été contactée par un homme qui m'a dit de faire passer un message. Mais je ne pensais pas que cela allait aussi loin. Je suis ensuite retournée à la prison, et nous avons discuté.
Je lui ai fait passer, c'était anodin : "la meilleure chose que vous devriez faire c’est de dire toute la vérité.", il m'a répondu "Je voudrai être sûr que les derniers obstacles seront levés". Rien de plus. Comment aurais-je pu deviner que c’était une condamnation à mort que je transmettais ?
*****
Sortant de la salle, Colby était maintenant persuadé que Sobieski avait vraiment un lien avec cette affaire. Qu'il avait même prévu, de longue date, des mots de passe pour toutes les actions à envisager en cas d’arrestation, et que même la C.I.A. n'avait pas prévu que tout allait se passer comme cela. Mais il savait aussi que les preuves lui manquaient encore. Cependant le témoignage de l'avocate allait leur donner une nouvelle chance d’aboutir. Quand David lui eut fait signer la déposition, Colby demanda alors à la mettre sous protection, et à la surveiller. Il confia cette mission à Liz et Nikki.
CHAPITRE XXVII
Maison sécurisée du F.B.I.
Liz et Nikki l'avait accompagnée dans une maison assez éloignée de Los Angeles. Elles avaient pris toutes les précautions possibles. Soudain la C.I.A, en la personne de l'agent Laurton, arriva.
- C'est elle ? L'avocate de Sobieski ? Agent Laurton. Nous allons nous charger maintenant de sa protection.
- Désolée, mais c'est à nous de le faire, répondit Nikki peu contente de voir un de ses témoins partir avec ceux qui avaient tenté de les orienter sur une fausse piste.
- Je crois que vous n'avez pas beaucoup de choix, après avoir violé des lois...
Mais avant que Laurton achève son explication, le son d'une détonation se fit entendre, et une balle finit son trajet entre les deux yeux de la jeune avocate.
*****
Après le retour des deux jeunes femmes au local du F.B.I., Colby alla dans l'ascenseur pour monter faire le compte rendu de l'enquête à son supérieur. Il arrêta l'ascenseur un moment. Il se rendait compte qu’une fois encore il était dans l'impasse. Les preuves, toutes circonstancielles, ne permettraient pas d'inculper Sobieski pour le meurtre de Don. Les témoins avaient tous disparus. Don n'allait pas être vengé.
Il tapa son poing contre une des parois de l'ascenseur.
- Non, ça jamais...Je ne vais pas abandonner. On va le coincer Don. On va l'avoir.
Il réactiva l'ascenseur et repartit faire le compte-rendu de la situation.
CHAPITRE XXVIII
Chez les Eppes
Dans le salon, affalé dans son fauteuil, Alan espérait grandement que les collègues de son fils allaient bientôt arriver pour lui donner des nouvelles de l'affaire, et il trouvait du réconfort dans l'idée que le meurtrier de son fils allait être enfin confondu. Amita arriva avec deux grandes tasses de café, tandis que Larry essayait tant bien que de mal d’assurer le chef de famille que la mort de Don allait être punie.
C'est alors qu'on sonna à la porte. Ne voulant nullement qu'Alan se fatigue inutilement, Amita alla ouvrir la porte. Toute l'équipe de Don entra. Saluant tout le monde, ils allèrent tout de suite vers Alan afin de lui annoncer l’évolution de l’affaire. Le coeur bien lourd, aucun n'osait vraiment commencer. C'est alors que Colby prit l'initiative de tout dire.
- Voilà, nous sommes allés voir le procureur afin de donner les preuves que nous avions sur cet homme et sur se qu'il a fait à Don.
Le coeur battant au rythme de l'horloge de la maison, Alan attendait seulement que Colby lui annonce que ce fumier allait enfin payer pour ce qu'il lui avait fait endurer, à lui et à sa famille. Amita mit ses mains sur les épaules du patriarche de la famille, pour l’assurer qu'il avait son soutien dans tous les cas de figure. Larry écoutait d'une oreille attentive la réponse qu'avait fournie le procureur.
- Il a trouvé que nos preuves étaient irrecevables, et imprécises.
Nikki enchaîna :
- Il prétend aussi que nous aurions abusé de nos fonctions pour rechercher des preuves du meurtre de Don.
A ces mots, Alan s'effondra en larmes. Tout ce travail, toutes ces recherches pour rien...Il n'aurait alors jamais la paix. Et cet homme allait s'en sortir?
- Si Robin avait été à sa place, nos preuves auraient été reçues, s'énerva David.
- C'est justement parce qu'elle est trop impliquée qu'elle ne pouvait pas être sur cette affaire, répondit calmement Liz en le regardant.
- Je reste persuadé qu’il y a un coup de la C.I.A là-dessous. Ce Laurton a dû savoir ce que l'on avait en tête. On était comme des pions, pour lui ajouta Colby.
Alan se passa les mains sur le visage. Cet homme n'allait donc pas payer pour le crime qu'il avait commis sur son fils, et sur sa famille ? Amita tenait la main d'Alan.
- Qu'est-ce que l'on fait maintenant ? demanda Alan.
Ne sachant plus quoi dire, chacun des agent se regardait, se demandant ce qu'il fallait faire, comment agir.
Amita et Larry étaient totalement dégoûtés de la tournure que prenaient les choses. Mais malgré toute cette tristesse, malgré le fait que rien n'allait, Colby gardait toujours en lui un incroyable espoir, et une flamme dans les yeux.
Il dit alors d'une voix claire et précise :
- Ne vous inquiétez pas Monsieur Eppes. Nous allons reprendre tout et arrêter ce fumier. Je vous le promets.
*****
Seul dans sa chambre, les yeux fixés au plafond, Charlie ne bougeait pas, ne parlait pas. Aucun bruit ne lui arrivait au cerveau. Aucune once de chaleur ou de conscience ne l'atteignait. Il ne faisait pas attention au monde qui l’entourait. La seule chose qu’il entendait, c’était une voix dans sa tête qui répétait inlassablement :
- Tu viens avec moi Charlie ?
- Bien sûr que je viens avec toi. Tiens ma main, on ne se lâche pas grand frère, jamais ! »
CHAPITRE XXIX
Tribunal fédéral, Los Angeles
L'équipe toute entière était présente bien avant que ne s'ouvrent les grandes portes de la salle d'audience. Pour rien au monde ils n'auraient manqué ce rendez-vous : aujourd'hui s'ouvrait le procès de Wladimir Sobieski et chacun d'eux avait posé un jour de congé pour être là, ce premier jour. Ils devaient voir le monstre qui les avait privés de leur patron et ami, qui avait détruit une famille au sein de laquelle ils allaient si souvent se ressourcer entre deux enquêtes éprouvantes. Par la suite, il était convenu qu'ils se relaieraient aux audiences et ce jusqu'à la condamnation dont ils ne voulaient pas douter.
Ils étaient agités par des sentiments contradictoires : à la fois heureux qu'enfin Sobieski soit jugé, et atrocement déçus que ce ne soit pas pour le meurtre de Don. Mais ils se contenteraient de le voir être condamné à la prison à perpétuité, en attendant de pouvoir réunir assez de preuves pour le ramener devant le tribunal pour avoir commandité l'assassinat de leur ami. Et là, il n'aurait plus d'autre échappatoire que l'injection létale ! C'était encore trop bon pour lui ne pouvait s'empêcher de penser Colby, seul à avoir rencontré ce monstre, à avoir enduré son ironie, et à avoir perçu sa jubilation intense à la fois d'avoir réussi son coup, mais aussi de leur impuissance à trouver quoi que ce soit contre lui malgré leurs certitudes.
En effet, depuis trois semaines maintenant que Don les avait quittés, et malgré tous leurs efforts, ils n'étaient pas plus avancés qu'au premier jour de l'enquête, sauf qu'ils connaissaient le coupable. Mais puisqu'ils ne pouvaient rien prouver, ils étaient aussi impuissants que s'ils n'avaient rien su. D'ailleurs cela aurait peut-être mieux valu. Ils se seraient peut-être sentis moins minables. C'était une véritable frustration que de connaître le meurtrier sans pouvoir agir contre lui.
Les quatre agents se placèrent côte à côte au troisième rang, et regardèrent avec curiosité entrer l'accusé enchaîné. Nikki, Liz et David, qui ne le connaissaient qu'en photo, frémirent de tout ce qu'il dégageait de cruauté et d'assurance. On aurait dit qu'il était certain qu'il échapperait au pire. Ils comprirent pourquoi lorsqu'ils entendirent les avocats de la défense demander, purement et simplement, l'annulation des charges qui pesaient sur leur client du fait du manque de preuves, suite au décès des cinq témoins susceptibles de corroborer les accusations qui pesaient sur lui.
Les quatre agents se figèrent : ce n'était pas possible ! Ce monstre ne pouvait pas... Dans le même temps, David se sentait infiniment soulagé que ni Alan ni Charlie ne soient là. Cela aurait achevé de les détruire : que ce criminel puisse passer à travers les mailles du filet grâce à l'élimination impitoyable de ceux qui pouvaient le perdre, c'était à désespérer de tout le système !
Cependant, le juge Accabolt n'était pas de ceux qui se laissent facilement manipuler.
- Monsieur le procureur ? Que pensez-vous de la demande de la défense ? Etes-vous en mesure de prouver la culpabilité de l'accusé ?
- Sans aucun doute votre honneur. Nous avons ici assez de preuves pour établir le lien entre monsieur Sobieski et différents meurtres ayant été commis au cours des trois dernières années. Plusieurs personnes ont témoigné contre lui et, même si, malheureusement certaines d'entre elle...
Ici on entendit distinctement le ricanement narquois de Sobieski qui semblait trouver que l'expression « certaines d'entre elles » était un doux euphémisme. Le juge demanda sèchement à la défense de contrôler son client s'il ne voulait pas être accusé d'outrage à magistrat. Le procureur, finalement heureux de l'interruption qui montrait bien le vrai visage de l'accusé qui venait de se desservir lui-même auprès du jury, horrifié de voir qu'il pouvait se moquer de la mort de plusieurs personnes, quand bien même il ne serait pour rien dans cette mort, reprenait :
- ...si malheureusement certaines d'entre elles...
Il fit une pause, comme s'il attendait une nouvelle interruption de Sobieski. Mais celui-ci, après que son avocat se soit penché vers lui lors de l'admonestation du juge, se tint coi.
- ...sont aujourd'hui décédées, il n'en reste pas moins que leurs témoignages ont été consignés par des officiers assermentés et qu'ils sont donc recevables par la cour.
- Ceci, Maître, c'est à moi seul d'en décider, rétorqua le juge.
David frémit. Certes le juge Accabolt était connu pour être intègre, mais il avait aussi la réputation, justement à cause de cette intégrité, de ne jamais pencher ni vers l'accusation, ni vers la défense. Il s'en tenait strictement à la législation et aux faits. Cela était parfois un avantage, parfois un inconvénient. En tout cas, il ne se laisserait manipuler par personne, ni par la défense, ni par l'accusation.
- J'en suis conscient Votre Honneur, répondait le procureur. Mais nous comptons démontrer la recevabilité de ces pièces. De même que nous comptons démontrer l'implication de monsieur Sobieski dans la mort de quatre des cinq témoins...
- Objection Votre Honneur ! clama l'un des avocats de la défense en se levant d'un bond.
- Nous n'en sommes pas encore aux débats Maître, lui répliqua le juge. Nous n'en sommes qu'à l'exposé préliminaire. Il me semble que vous avez assez d'expérience du prétoire pour ne pas confondre les différents stades d'un procès, je crois ?
Le ton subtilement ironique du magistrat rasséréna soudain les quatre agents : non, il n'avait pas l'intention de laisser Sobieski s'en tirer si facilement. Visiblement, il n'était pas dupe des manières de la défense.
Dompté, l'avocat se rasseyait sans un mot et le procureur reprit son exposé à l'intention du jury. Lorsqu'il eut terminé, l'un des avocats de la défense fit à son tour son exposé préliminaire en insistant lourdement sur le fait que l'accusation ne pourrait présenter aucune preuve directe, et il appuya à plusieurs reprises sur le mot DIRECTE, de l'implication du prévenu dans aucun des décès dont il avait été question.
*****
A l'issue de ces préliminaires, le juge annonça une suspension d'audience et les quatre agents se retrouvèrent dans les longs couloirs, échangeant leurs réflexions sur ce qui venait de se passer. Ils ne savaient pas trop s'ils devaient se montrer confiants ou pas. Mais ce qu'ils savaient, par contre, c'est que si Sobieski sortait libre de ce tribunal, ils ne se le pardonneraient jamais. Ils n'étaient pas naïfs. Ils réalisaient bien qu'ils n'auraient plus jamais l'occasion de remettre la main sur lui s'il était libéré à l'issue du procès. Quelles que soient les preuves éventuelles qu'ils réussiraient à réunir contre lui, il serait trop tard : réfugié à l'étranger, il serait hors de leur juridiction.
Et comment, dans ce cas, expliquer à Alan, et plus encore à Charlie, que Don ne serait jamais vengé ? Comment leur dire que sa mort aurait été complètement inutile ?
- Au fait, je croyais bien qu'on verrait l'agent Laurton, remarqua soudain Liz en regardant autour d'elle.
- C'est vrai. Lui aussi semblait pourtant impatient de voir condamner Sobieski, appuya Nikki.
- Huumm !! se contenta de grogner Colby.
- Quoi ? questionna David. Tu ne penses pas qu'il voulait le coffrer toi ?
- Je n'en sais rien. Depuis le début cette affaire pue ! Je n'ai aucune confiance dans la C.I.A. Elle n'agit que dans son propre intérêt et je ne suis pas sûr que la condamnation de Sobieski soit de son intérêt.
- Que veux-tu dire ? commença Liz.
Mais la reprise de l'audience empêcha Colby de préciser son point de vue. Les quatre agents pénétrèrent à nouveau dans l'enceinte du tribunal et retrouvèrent leurs sièges.
A nouveau les avocats de la défense présentèrent leur requête pour annulation, à nouveau le procureur protesta, et les deux hommes se lancèrent dans des arguties juridiques où l'assistance perdit rapidement pied. Finalement, le juge demanda :
- Monsieur le procureur, avez-vous ne serait-ce qu'un témoin à nous présenter ? Sinon, quoi que j'en pense, je me verrai dans l'obligation de prononcer un non-lieu.
Liz ferma les yeux, anéantie. Ce n'était pas possible ! Ce monstre n'allait pas s'en tirer comme ça ? Pas après ce qu'il avait fait à Don.
- Monsieur le juge, avant de continuer, je me vois contraint de demander un huis clos.
- Objection Votre Honneur ! explosa aussitôt l'avocat de la défense en se dressant sur ses pieds.
- Objection rejetée maître et ce d'autant que vous ne savez pas plus que moi ce qui motive cette demande. Monsieur le procureur, pourquoi un huis clos ?
La réponse du procureur le surprit, comme elle surprit toute l'assistance. Quand à Sobieski, une bombe explosant à ses pieds ne l'aurait pas plus secoué.
- Nous avons bien un témoin Votre Honneur.
- Quoi ? Qu'est-ce que ?... Je proteste Votre Honneur, clama l'avocat qui s'était fait admonesté un peu plus tôt.
- Contre quoi protestez-vous encore Maître ?
Plus que le « encore », le ton du juge Accabolt témoignait d'une lassitude voire d'un début d'hostilité à l'égard de cet avocat retors qui ne faisait pas honneur à la profession qu'il avait choisie, non par son habileté, manifeste, mais par les causes qu'il défendait, guidé par le seul appât du gain.
- Nous ne sommes pas au courant de ce témoin de dernière minute. Il y a vice de procédure. La défense doit nous informer des pièces qui sont en sa possession. Or, à aucun moment il n'a été porté à notre connaissance l'existence de témoins en dehors des cinq qui ont malencontreusement disparu depuis.
Le reniflement de Sobieski sur le « malencontreusement » donna à Colby une furieuse envie de sauter par-dessus la balustrade qui séparait la partie cour de la partie public et de se ruer sur lui pour l'assommer à coups de poings.
- Monsieur le Procureur ? Les allégations de la défense sont-elles exactes ? demanda le juge en se tournant vers l'accusation.
- Pas tout à fait Votre Honneur. Notre témoin figure bien sur la liste donnée à la défense...
- C'est faux Votre Honneur !
- Maître, vous aurez l'obligeance de bien vouloir éviter de hurler : je ne suis pas sourd. Par ailleurs, je vous serais gré de laisser votre confrère terminer ses phrases !
Ainsi remis à sa place pour la troisième fois de la journée, l'avocat sembla se le tenir pour dit, du moins pour le moment.
- Nous vous écoutons maître, reprit alors le juge. Vous dites avoir fourni l'identité de votre témoin à la partie adverse ?
- En effet Votre Honneur. Mais, je vous demande instamment, avec tout le respect qui vous est dû ainsi qu'à la cour, de prononcer le huis clos. La sécurité de ce témoin est en jeu.
Alors que l'avocat de la défense allait à nouveau protester, le juge Accabolt coupa court à toute récrimination de sa part en ordonnant d'un ton sec :
- Dans mon bureau, tout de suite !
L'assistance se leva et le juge sortit par la porte latérale, suivi du procureur et des avocats de la défense, laissant l'auditoire en proie à des sentiments confus. Les quatre agents, notamment, étaient au supplice. Que se passait-il ? Qui était le mystérieux témoin que la défense semblait sortir de son chapeau comme un prestidigitateur sort un lapin du sien ? Qui était assez téméraire pour se dresser devant Sobieski, sachant le sort réservé à ceux qui osaient le faire ?
CHAPITRE XXX
Tribunal Fédéral, Los Angeles
A ce moment-là, un huissier vint leur dire que le juge les demandait dans son bureau. Etonnés, les quatre agents se rendirent à la convocation.
- Vous nous avez demandé monsieur le juge ? demanda Colby.
- En effet. Le procureur prétend que vous pourrez m'apporter des précisions quant au danger que pourrait encourir son témoin si je n'accordais pas le huis clos.
- J'ai parlé de l'agent Eppes au juge Accabolt dit alors le procureur.
Colby lui jeta un regard reconnaissant. Finalement, même s'il avait refusé de poursuivre celui qu'ils savaient être responsable de la mort de leur ami, faute de preuves suffisantes, le procureur était bien de leur côté.
- Je proteste Votre Honneur ! déclara l'avocat de la défense.
- Je n'en doute pas maître, lui rétorqua le juge. Maintenant, si vous permettez, j'aimerai entendre ce que ces agents ont à dire.
Lorsqu'ils quittèrent le bureau du juge après lui avoir dit tout ce qu'ils savaient de Sobieski, les quatre agents se regardèrent, se demandant qui pouvait être le mystérieux témoin. Nikki émit l'hypothèse qu'il pouvait s'agir d'un criminel repenti. Colby admit que c'était le plus probable mais, dans ce cas, rien n'était gagné : ces repris de justice qui collaboraient le plus souvent en échange de remises de peine, avaient assez peu la côte auprès d'un jury. Ils ne purent pas discuter très longtemps, déjà la cour revenait.
Le visage du juge était impénétrable tandis qu'il prenait place derrière son haut pupitre.
- Bien, compte tenu des éléments apportés par l'accusation, je prononce le huis clos. Huissier, veuillez faire sortir l'assistance s'il vous plaît.
Décontenancés, abasourdis par la tournure que prenaient les événements, les quatre agents se retrouvèrent à l'extérieur du palais de justice sans avoir rien compris à ce qui venait de se passer. A ce moment-là, Colby aperçut Laurton et se précipita vers lui.
- Qu'est-ce que c'est que ce mic-mac ? interrogea-t-il.
- Je n'en sais pas plus que vous agent Granger, rétorqua Laurton.
- Comme si j'allais vous croire. Qu'est ce que vous manigancez encore ?
Il saisit l'homme par le col et David s'interposa pour les séparer.
- Viens Colby, ça ne sert à rien.
Dans un geste d'impuissance, l'agent Granger comprit qu'en effet tout ça n'aurait servi à rien. Il venait de réaliser que, vraisemblablement, la C.I.A. avait joué avec eux depuis le début. S'il y avait un témoin capable de faire condamner Sobieski, l'agent Laurton était forcément au courant. Et s'il n'avait rien dit, c'était parce que ça servait ses intérêts. Quels étaient ceux-ci ? Il ne le saurait sans doute jamais. Tout ce qu'il savait, c'est qu'ils étaient, une fois encore, impuissants à entraver le cours des choses.
- Viens Colby, Alan doit nous attendre, lui dit Liz.
Alan ! Comment lui apprendre ce qui venait de se passer ? Comment allait-il réagir en comprenant que l'assassin de son fils avait toutes les chances d'échapper à son sort, protégé par une agence gouvernementale ? Il prit une profonde inspiration et, tandis que Laurton s'engouffrait dans le palais de justice il lui cria :
- Ce n'est pas terminé Laurton, croyez-moi, ce n'est pas terminé !