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Mort sous protection

Série : Numb3rs
Création : 20.03.2009 à 17h13
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Episode parallèle à "l'ombre d'un remords" (une façon d'éluder un choix cornélien). Ecrit à quatre mains avec Juliabaku » Cissy 

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CHAPITRE XXXI

 Tribunal Fédéral, Los Angeles

Pendant ce temps-là, dans la salle désormais désertée à l'exception des membres du jury, du juge, des huissiers, du greffier, de l'accusé et des avocats de la défense et de l'accusation, le bras de fer entre procureur et défenseurs se poursuivait.

A la question du juge lui imposant d'attester que la défense connaissait l'identité du témoin qu'il comptait appeler à la barre, le procureur venait de répondre :

- Nous avons communiqué ce nom à la défense dès les premiers jours d'enquête Votre Honneur.

- Votre Honneur, je peux vous assurer que...

D'un seul regard, le juge fit taire l'avocat tandis qu'il semblait attendre des précisions de la part du procureur.

- En fait, le témoin que nous allons appeler figure sur la liste de la défense depuis le départ.

- Soyez plus clair Maître.

- Il se trouve que notre témoin est l'un des cinq témoins figurant sur la liste préliminaire.

- Mais... Ils sont morts il me semble.

Pour la première fois depuis le début des débats, le juge Accabolt semblait perdre pied. Sobieski, lui avait pâli, comme s'il venait d'être mis devant une réalité inconcevable.

- C'est ce que nous avons voulu faire croire Votre Honneur.

- Seriez-vous en train de me dire que ces témoins sont vivants ?

- Malheureusement non Votre Honneur. Seul l'un d'entre eux a survécu à la tentative d'assassinat dont il a été victime, bien qu'il ait été sérieusement blessé. Nous l'avons alors mis à l'abri en faisant croire à tout le monde qu'il avait péri dans l'opération.

- Votre Honneur, cela est totalement...

L'avocat n'arrivait même plus à trouver ses mots tant il était stupéfait de ce qui arrivait. Quand à son client, son teint virait au grisâtre : il venait de comprendre qu'il avait été joué !

- Cela est totalement... légal, termina le juge narquois. L'accusation avait tout à fait le droit de mettre son témoin à l'abri. Plus que le droit, je dirais même qu'elle en avait le devoir.

- Mais en agissant ainsi, en nous cachant qu'il avait survécu, elle nous a privé de l'occasion de l'interroger pour nous assurer de sa crédibilité.

- Et bien, vous aurez tout le loisir de l'interroger dans ces lieux, dès qu'il aura terminé de déposer.

- Votre Honneur ce n'est pas régulier... Nous pourrions avoir besoin d'enquêter suite aux révélations de ce témoin.

- Auquel cas je vous accorderai du temps maître. D'autres objections ?

- Aucune Votre Honneur !

Vaincu, l'avocat se rassit. Sobieski se pencha alors et s'adressa à lui de manière virulente, à voix basse. L'avocat se contenta de hausser les épaules dans un geste d'impuissance. Pour le moment ils ne pouvaient qu'attendre et voir venir.

- Maître, vous pouvez introduire votre témoin. Il est bien ici j'espère ?

- En effet Votre Honneur. Nous l'avons fait entrer dans le plus grand secret et il était confiné dans une pièce du tribunal en attendant votre décision.

- Et si je n'avais pas prononcé le huis clos ?

- Nous avions confiance Votre Honneur.

Le juge sourit légèrement à ce compliment subtil. Après tout, être impartial ne l'empêchait pas d'être humain malgré tout.

- J'ai une autre requête à avancer Votre Honneur, continua le procureur.

- Je vous écoute.

- Nous demandons que le garde du corps de notre témoin puisse assister aux débats.

- Il y a assez peu de chance qu'on attente à la vie de votre témoin dans cette enceinte maître.

- J'en suis conscient Votre Honneur, mais...

- Après tout, si la défense n'y voit pas d'objection...

Les avocats se contentèrent d'un geste de dénégation. Ils semblaient anéantis par la tournure que prenaient les événements, eux qui étaient si sûrs, en entrant dans le tribunal, d'avoir gain de cause.

- Dans ce cas... Huissier, faites entrer le témoin, ordonna le juge.

L'huissier sortit, suivi par les yeux anxieux de Sobieski. Pour la première fois, celui-ci comprenait qu'il avait peut-être bien perdu la partie. Il le comprit plus encore envoyant entrer deux hommes à la suite de l'huissier. L'un d'eux était l'agent Laurton et la lueur de triomphe qu'il lut dans les yeux de ce dernier lui fit comprendre que son cas était sans doute encore plus désespéré qu'il ne le croyait. D'ailleurs, il en prit conscience en reportant ses yeux sur l'autre homme. C'était un homme entre trente et quarante ans, brun, de taille moyenne, le bras gauche retenu en écharpe et dont le visage portait une profonde entaille à la joue et un hématome encore très visible sur le front. Il était pâle mais visiblement déterminé. Il s'avança lentement vers l'huissier et prêta serment d'une voix forte et ferme. Puis il s'installa dans le siège des témoins. Sobieski ne le quittait pas des yeux : il avait déjà vu cet homme, mais il y avait des mois de cela... C'était un peu avant son arrestation. Et il lui semblait qu'il n'était pas tout à fait ainsi... C'était... Oui, il était blond à l'époque... Et soudain il se souvint : Lars Saurvesson ! C'était ça ! et donc... Un juron lui échappa qui lui valut un nouvel avertissement du juge.

Son avocat se tourna vers lui pour lui demander qui était cet homme et ce qu'il pouvait savoir sur lui, mais un coup d'œil au visage de son client lui fit comprendre que ce n'était sûrement pas le moment de s'enquérir de ces détails que, de toute façon, il allait entendre dans les minutes qui venaient.

L'huissier déclarait :

- Veuillez décliner vos noms, prénoms et profession.

Sobieski réprima un gémissement de rage en entendant l'homme confirmer ce qu'il savait déjà :

- Eppes, Donald, agent spécial au F.B.I.

 


Cissy  (09.04.2009 à 18:06)
                        CHAPITRE XXXII

 

Maison des Eppes

En route vers la maison des Eppes, après avoir quitté le tribunal, Colby et David étaient en train de se poser la question de savoir si ce témoin allait faire toute la différence. Mais peu importait ce que cela faisait : il fallait à tout prix faire payer ce crime à Sobieski.
David regarda son collègue.


- Colby. Il vaut mieux renoncer. Nous n'avons aucune preuve, rien qui permette de confondre l'assassin de Don. Il vaudrait mieux...
- David. J'ai promis à Alan que je trouverai des preuves contre lui. Je ne laisserai pas cette affaire en suspens tant que je n'aurai pas vu ce fumier croupir dans une prison pour le reste de sa vie.
- Je comprends ta motivation, mais nous avons bravé des interdits, et tout cela nous a mené à rien.
- Alors on réessayera, encore et encore. Jusqu'à ce que je trouve...


David resta muet, impressionné, mais aussi inquiet de l'attitude de son collègue.
Le voyant ainsi Colby se reprit :


- Désolé vieux, ce n'est pas se que je voulais dire. Nous allons continuer l'enquête, et si nous ne trouvons pas d'autres indices, alors je laisserai tomber. Mais je veux encore tenter ma chance. Parce que si ce témoin ne donne rien, alors ce mec sera libre de ses mouvements et je ne me le pardonnerai pas.
- Le juge pense que nous avons outrepassé nos fonctions. C'est pour ça qu'il n'a pas voulu que nous assistions à l'audience alors qu’il aurait pu nous le permettre en qualité d’agents fédéraux.
- J'en parlerai à Laurton, pour avoir le plus d'informations possibles. Et nous reprendrons tout depuis le début si nécessaire.

*****


Dans la seconde voiture, Liz et Nikki étaient d'abord restées silencieuses, fermées. Ce fut Nikki qui brisa le silence.


- J'espère qu'ils vont le coller en taule ce monstre. J'espère que personne ne va permettre de le faire sortir.
- Nous devons penser positivement, et rester confiantes en l'avenir. Le juge a l’air réglo. Je crois qu'il va payer.
- Mais pas assez, ils ne vont pas tenir compte de la vie de Don qui a été sacrifiée !


En entendant cela, Liz repensait à tout ce qu'elle avait vécu avec cet homme. Comment pouvait-on ne pas prendre en compte la mort de cet agent ? Comment pouvait-on permettre à ce criminel de sacrifier cet homme pour le simple plaisir de l'argent ?


- Si Don était à notre place, il aurait prouvé sa culpabilité et il lui aurait sûrement donné une leçon.


Nikki repensa alors à la manière dont aurait réagi Don. Il aurait sans doute été capable de flanquer ne raclée à Sobieski et lui aurait donné des coups pour lui faire comprendre qu'il n’aurait pas dû s'en prendre à ses collègues. Certes il aurait sûrement enfreint le règlement. Mais cela lui aurait été égal. Oui, il aurait tout fait contre ce criminel, pour eux.


- Très bien. On va chercher tous ceux qui l'ont aidé, et on trouvera, oui on trouvera un moyen de le coller en prison pour tous les crimes qu'il a commis. Et surtout pour celui-là !

 


juliabaku  (10.04.2009 à 17:41)

CHAPITRE XXXIII

 Tribunal fédéral Los Angeles

L'agent Laurton regardait et écoutait Don qui, calmement, d'une voix posée, répondait aux questions précises du procureur. Bien que le juge ait prononcé le huis clos, il avait été admis à rester dans la salle, au titre de garde du corps du témoin. Il tenait par-dessus tout à être là, à voir le visage de Sobieski lorsque celui-ci comprendrait que le jeu était fini et qu'il l'avait perdu !

Le jeu ! Il eut un rictus d'amertume. Quel genre de type était-il devenu à pouvoir ainsi qualifier de jeu plus de trois ans de quête acharnée durant laquelle tant de personnes avaient perdu la vie et tant d'autres avaient vu la leur bouleversée pour ne pas dire détruite ? Même cet agent qui, en ce moment même, de sa voix bien timbrée et claire, creusait le trou dans lequel Sobieski allait se trouver enterré jusqu'au cou, n'avait pas vraiment idée de tout ce qui s'était produit, de toute la minutieuse machinerie qui avait été mise en branle pour parvenir à ce résultat.

Aujourd'hui Edwin Laurton aurait dû être fier de lui : il avait mené à bien, une fois de plus, la mission que le gouvernement lui avait assignée. Et la crise qui en était résultée entre les patrons du F.B.I., furieux d'apprendre que leur agent soi-disant mort était en fait placé sous protection à leur insu, et ceux de la C.I.A. qui avaient défendu leur stratégie et la nécessité d'un strict secret y compris vis-à-vis des hautes sphères du bureau, ne lui faisait ni chaud ni froid : que les gros poissons se dévorent entre eux ! Mais l'amitié qu'il ressentait pour Don lui laissait un goût amer dans la bouche : il l'avait trompé, il lui avait menti et il savait que, lorsqu'il l'apprendrait, l'agent ne voudrait plus jamais rien avoir à faire avec lui. Il se secoua : c'étaient les risques du métier ! On ne faisait pas ce qu'il faisait pour tisser des liens avec les autres. A la C.I.A. on était seul, tout le temps : ne faire confiance à personne, ne dépendre de personne. C'étaient ses clés pour rester en vie, et ça lui avait plutôt bien réussi jusqu'ici.

Il se sentait fatigué d'un seul coup. C'avait été une rude bataille.

 

*****

 


Cissy  (11.04.2009 à 18:03)

Flash back

Il se rappelait encore de leur rage, trois ans plus tôt : cela faisait déjà des mois qu'ils travaillaient sur le réseau de Sobieski. Celui-ci était devenu l'ennemi public n°1 pour eux, à l'insu de toute la société américaine. Par ses contacts, par ses manœuvres, il devenait chaque jour plus puissant et plus dangereux. Il ne reculait devant rien : tout était bon pour faire de l'argent. Les mots honneur, patriotisme, humanité, pitié lui étaient totalement étrangers. Il aurait mis son propre pays à feu et à sang pour son profit personnel. Le petit jeu incessant qu'il menait avec les groupes terroristes les plus dangereux de la planète devenait extrêmement risqué et les services secrets voulaient y mettre un terme.

Ils avaient deux options : la première faire abattre Sobieski mais, outre que celui-ci était particulièrement prudent, un de ses lieutenants pouvait très bien prendre la relève et tout serait à refaire ; la seconde était de faire en sorte de le faire travailler pour eux. Ainsi ils pourraient contrôler ce qu'il vendrait et à qui il le vendrait. De plus, ils auraient ainsi une mine d'informations inestimable sur qui préparait quoi, à quel endroit du globe. La deuxième option avait bien entendu recueilli leurs faveurs.

Mais il était bien difficile de réussir à intimider Sobieski et les morts s'accumulaient sur son passage : innocents pris entre deux feux, gêneurs aux yeux du criminel ou agents démasqués qui, eux, mourraient dans des circonstances effroyables. Et puis la chance avait semblé enfin leur sourire. Environ trente mois auparavant, un des principaux lieutenant de Sobieski s'était fait piéger et, pour sauver sa peau, il avait accepté de collaborer.

C'est ainsi qu'il leur avait parlé de Lars Saurvesson, un intermédiaire entre un groupe terroriste de premier plan et Sobieski. Ils devaient se rencontrer quelques mois plus tard et lui était chargé de tout organiser. C'était l'occasion ou jamais de tenter à nouveau d'introduire un agent dans la place. Ils avaient donc passé en revue leurs agents capables de se faire passer pour ce Lars Saurvesson : un type de taille et de corpulence moyennes, de grands yeux noisettes, un visage fin et des cheveux blonds. Le problème était que Sobieski savait exactement à quoi ressemblait son contact, donc, pas question de lui refiler n'importe qui : il fallait qu'il y ait une réelle ressemblance. Par ailleurs, le gars était censé connaître parfaitement deux villes des Etats-Unis pour avoir exercé longtemps dans la première et avoir été élevé dans la seconde : Albuquerque et Los Angeles. Il avait aussi beaucoup voyagé à travers le pays.

La poisse avait de nouveau fait son apparition : aucun agent de la C.I.A. ne correspondait totalement à l'aspect physique et, si à maintes occasions, l'agence avait eu recours à la chirurgie esthétique pour donner l'apparence voulue à un agent, le temps, en l'occurrence leur manquait cruellement. Celui qui dirigeait alors l'enquête avait lancé une recherche sur d'autres agents fédéraux et le nom de l'agent Don Eppes était sorti du chapeau : connu pour sa probité, sa loyauté et son efficacité, il correspondait tout à fait au profil de Saurvesson. On aurait même pu dire qu'il en était son sosie, n'eut été la couleur de ses cheveux. Mais des cheveux, cela se décolore ou se teint ! Par ailleurs, il avait exercé et à Albuquerque et à Los Angeles, ville dans laquelle il avait d'ailleurs été élevé, à l'instar de Saurvesson, et la période durant laquelle il avait été chargé de retrouver les prisonniers évadés l'avait amené à parcourir les Etats-Unis dans tous les sens. Il semblait donc tout à fait apte à remplir le rôle auquel on le destinait.

Ce n'était pas l'agent Laurton qui avait pris contact avec Don à l'époque. Cette mission avait été dévolue à un de ses collègues qui était revenu de son entretien avec l'agent du F.B.I. un tant soi peu découragé : visiblement celui-ci ne voulait rien entendre. Non pas qu'il ait peur, d'autant plus que, fidèle à son habitude, la C.I.A. s'était bien gardée de lui donner certains détails, comme le genre de mort qui l'attendait si jamais il était démasqué. Laurton se souvenait encore, plus de trois ans après, de la rage folle et de l'immense compassion qui l'avait envahi à la découverte du corps du dernier agent qu'ils avaient réussi à infiltrer dans l'organisation du criminel. Le malheureux avait dû mettre des jours à mourir dans d'atroces souffrances : Sobieski pouvait se montrer pire qu'un animal.

Non, ce qui empêchait Don d'accepter la mission, c'était la peur d'inquiéter sa famille. Il avait déjà travaillé sous couverture et savait très bien ce que cela voulait dire : aucun contact avec qui que ce soit de connaissance durant tout le temps de la mission. Et il ne voulait pas infliger ça à sa famille, il disait n'en avoir pas le droit. On ne pouvait pas le contraindre à accepter : après tout, il jouait sa vie et s'il s'inquiétait pour les siens, il ne serait pas sur ses gardes autant que le nécessitait l'opération délicate à laquelle il participait.

Le directeur d'enquête en personne s'était alors déplacé pour rencontrer Don. Il avait réalisé qu'il n'y aurait rien à en tirer : l'agent insistait sur le fait qu'il avait déjà fait vivre des heures difficiles à sa famille pendant qu'il traquait les criminels en fuite et qu'il s'était promis que ça n'arriverait plus. Et puis la mort de sa mère le rendait d'autant plus protecteur envers son père et son frère et il se refusait à leur infliger l'angoisse de le savoir dans une situation dangereuse sans jamais être sûrs qu'il allait bien. Par contre, le directeur n'avait décelé aucune fausseté dans l'excuse avancée par Don pour refuser : il ne s'agissait en aucune façon de peur pour lui-même, qui aurait pourtant été bien compréhensible ; son unique but était bien de protéger les siens.

Bon, ils avaient encore quelques semaines devant eux. Et l'efficace machinerie de la C.I.A. s'était mis en action sans tarder. Charlie avait reçu une proposition de la NASA que le jeune mathématicien pouvait difficilement ignorer : travailler avec Amita et Larry sur des calculs en vue d'organiser le prochain vol spatial, c'était tout simplement grisant et il ne pouvait être question de refuser, même si le fait de devoir s'installer en Floride durant dix à douze semaines ne le tentait pas particulièrement. Mais le moyen de tourner le dos à un tel défi ? Alan, quant à lui, s'était trouvé sollicité par les promoteurs d'un grand centre commercial de Boston : on avait entendu parler de lui, de ses compétences et il était l'homme qu'il leur fallait pour les deux mois à venir. Tenté, il avait hésité à quitter ses fils si longtemps, mais, lui non plus n'avait pas su résister à l'appel de sa vocation.

Et Don, en l'espace de trois jours, s'était retrouvé confronté à un père et un frère tout aussi excités l'un que l'autre, se renvoyant la balle dans leur enthousiasme mutuel tandis que lui, comprenant que tout ceci n'arrivait pas par hasard, réalisait que les deux mois suivants allaient être bien difficiles en ce qui le concernait. Un moment, Charlie et Alan s'étaient d'ailleurs inquiétés de lui : qu'allait-il devenir durant tout ce temps sans au moins l'un des deux à ses côtés ? Ce à quoi il leur avait rétorqué qu'il était bien assez grand pour veiller sur lui et qu'ils ne pouvaient pas refuser les opportunités qui s'offraient à eux.

Bien évidemment, ils s'étaient promis de se téléphoner souvent. Bien évidemment, les appels avaient été plus que rares, chacun étant terriblement occupé. D'ailleurs, sans qu'ils en aient réellement conscience, ni Alan ni Charlie n'avaient jamais parlé en direct à Don. Il semblait que celui-ci soit toujours absent lorsqu'ils appelaient et, inversement, qu'il appelle toujours lorsque eux-mêmes étaient indisponibles.

Là encore, la C.I.A. avait fait des merveilles, avec l'accord de l'agent déterminé à éviter la moindre inquiétude à sa famille. Il avait enregistré plusieurs messages différents ainsi que des listes de phrases qu'il était à même de prononcer. Son téléphone était resté dans les services techniques de Langlee. Ainsi les messages de son père et son frère étaient écoutés et, en fonction, on leur renvoyait l'un de ceux qu'il avait enregistrés ou on en « fabriquait » un à l'aide d'un logiciel sophistiqué en s'appuyant sur la base des mots qu'il leur avait laissée. Apparemment, trop pris par leurs occupations pour se rendre compte de l'improbabilité de ne jamais réussir à lui parler en direct, ni Charlie ni Alan n'avaient pas eu le moindre doute durant cette période.

La C.I.A. avait aussi fait en sorte d'écarter chacun des membres de l'équipe de Don pour avoir aussi le champ libre de ce côté-là. C'avait été beaucoup de travail, beaucoup de manœuvres en sous-main, mais ça avait payé. Parce que l'agent Eppes avait rempli sa mission bien au-delà de ce qu'ils attendaient de lui et que, en grande partie grâce à lui, Sobieski avait enfin été appréhendé. Le plus ironique de l'histoire était que le criminel n'avait jamais soupçonné le soi-disant Lars Saurvesson d'être un agent inflitré. Quant au vrai Saurvesson, même Laurton ne sut jamais ce qu'il était advenu de lui.

 


Cissy  (11.04.2009 à 18:04)

CHAPITRE XXXIV

 Tribunal de Los Angeles

Un instant, l'agent Laurton revint au présent : la salle du tribunal, vide de toute présence à l'exception de toutes les parties prenantes au procès. Don parlait toujours : il répondait alors à une question sur les circonstances de son « décès ». Par sa bouche, Laurton se retrouva alors plongé trois semaines auparavant.

 *****

 Trois semaines avant : clinique de la C.I.A.

Don se réveilla lentement. Il avait la tête lourde et la bouche sèche. Il voulut tendre le bras pour attraper son réveil et un cri de douleur lui échappa. Il entendit soudain une porte s'ouvrir et une voix féminine lui demanda

- Vous êtes réveillé agent Eppes ?

Il ouvrit les yeux, et questionna à son tour :

- Qui êtes-vous ? Que faites-vous dans ma chambre ?

Elle éclata d'un rire clair avant de répondre :

- Mais vous n'êtes pas dans votre chambre.

Et soudain, il prit conscience de ce qui l'entourait : murs blanc cassé, ameublement minimal, poste de télévision rivé en hauteur, le décor typique d'une chambre d'hôpital. S'il en eut encore douté, le moniteur installé à son chevet et la perfusion qui aboutissait quelque part sous la chemise dont il était vêtu auraient fini par le convaincre.

Il tenta de se relever et un gémissement de souffrance lui échappa : son bras était épouvantablement douloureux. Elle s'approcha de lui, compatissante et l'aida à se redresser.

- Vous avez mal ?

- Ca va aller, dit-il en grimaçant. Mais que s'est-il passé ? Qu'est-ce que je fais là ?

- Ecoutez, l'agent Laurton va venir vous expliquer tout ça. En attendant, voulez-vous boire quelque chose ?

- Oui, je veux bien, j'ai soif.

Elle approcha un verre de sa bouche de manière à ce qu'il puisse saisir la paille entre ses lèvres. Il but longuement et se laissa retomber sur les oreillers avec un soupir d'aise. Il se sentait mieux. La jeune femme quitta alors la chambre en lui disant :

- Je vais avertir le docteur Clark que vous êtes réveillé. Et l'agent Laurton aussi.

Avant qu'il ait pu lui poser une autre question, elle s'était éclipsée et il resta seul, en proie à des interrogations obsédantes.

Que faisait-il là ? Que s'était-il passé ? Il tentait vainement de se remémorer les événements qui l'avaient conduit dans ce lit. A force de torturer sa mémoire, il finit par se souvenir avoir quitté la maison après le repas, être monté dans sa voiture pour se rendre au F.B.I où il y avait apparemment du nouveau sur l'affaire Farrell et puis... le trou noir !

A ce moment-là, un médecin entra dans la chambre. Grand, bien découplé, il avait un visage ouvert qui inspirait confiance.

- Agent Eppes, comment vous sentez-vous ?

- Ca va. Mon bras me fait un peu mal.

- Oui, c'est normal, il est brisé en trois endroits et des morceaux de métal se sont aussi profondément incrustés dans la chair, sectionnant l'artère radiale et provoquant de profondes blessures et brûlures. Il va vous falloir un petit moment avant de récupérer votre mobilité.

- Mais qu'est-ce qui s'est passé ?

- Vous ne vous souvenez pas ?

- Rien du tout !

- Votre véhicule a explosé.

- Mon véhicule ?

Il plissa le front, tentant de ramener les souvenirs à lui, en vain.

- Je suis sérieusement blessé ? s'inquiéta-t-il.

- Et bien vous nous avez fait très peur. Outre les fractures de l'humérus et du cubitus, vous souffriez d'une grave commotion cérébrale ainsi que d'un traumatisme crânien. Par ailleurs, un morceau de métal avait entaillé l'artère radiale et vous aviez perdu énormément de sang : nous avons dû vous transfuser. Vous avez aussi une plaie profonde sur la joue qui a nécessité plus de quinze points de suture, de nombreux hématomes sur le corps et une meurtrissure sérieuse au front. Mais tout rentrera dans l'ordre petit à petit. Vous ne devriez garder aucune séquelle.

- Je suis là depuis longtemps ?

- Il y a déjà quatre jours. Nous vous avons plongé dans un coma artificiel durant quarante huit heures pour éviter tout risque d'œdème cérébral. Et puis nous vous avons laissé vous réveiller tranquillement.

- Est-ce que mon père et mon frère sont là ?

- Non, vous n'avez pas reçu de visite.

Il le regarda, incrédule. Il était impossible qu'il n'ait reçu aucune visite ! A moins qu'on ne les ait interdites. Mais même dans ce cas, il s'étonnait qu'Alan et Charlie aient accepté sans broncher de quitter l'hôpital. D'un autre côté, qu'auraient-ils pu faire de plus pour lui alors qu'il était dans le coma ?

- Est-ce que je peux appeler chez moi ? Ma famille doit s'inquiéter.

- Oui. Ecoutez, vous parlerez de ça avec l'agent Laurton.

- Quoi ? Il commençait à s'agacer. Qui est cet agent Laurton ? J'exige d'appeler ma famille, vous ne pouvez pas m'en empêcher.

Il se redressa et un cri de douleur lui échappa. Il retomba en arrière, le souffle coupé, la sueur au front tant la souffrance était intolérable. Il eut l'impression que la pièce se mettait à tourner autour de lui. Comme dans un brouillard, il vit le médecin injecter le contenu d'une seringue dans le fil du goutte-à-goutte et la douleur se dissipa. Il distingua à nouveau ce qui l'entourait. Il comprit qu'on venait de lui injecter un antalgique.

- Ca va mieux ? interrogea le médecin.

- Oui. Qu'est-ce que vous m'avez donné ?

- Un peu de morphine. Mais évitez de trop vous agiter d'accord ?

Il se contenta de hocher la tête, épuisé, tandis que la douleur continuait de le déserter, petit à petit. Il sentit qu'il sombrait et eut un grognement de protestation : il ne voulait pas dormir, il voulait comprendre. Mais le sommeil l'emporta, balayant toutes ses questions.

 

*****

 


Cissy  (11.04.2009 à 18:06)

Les choses lui revinrent en mémoire sitôt qu'il ouvrit les yeux, quelques heures plus tard. Il se sentait plus fort. Il s'aperçut que son bras était désormais plié en écharpe sur son torse, sans doute pour l'empêcher de le bouger et de raviver la douleur. Mais il n'avait pas l'intention d'être imprudent. Sa dernière expérience lui avait suffi à cet égard. Seulement, cette fois-ci, il voulait des réponses. On ne se défilerait pas une fois encore. Au moment où il tournait la tête pour localiser le bouton d'appel, il s'aperçut qu'il n'était pas seul dans la pièce. Un homme d'une quarantaine d'année se tenait à son chevet. Assez grand, musclé, le visage dur, les cheveux coupés très courts, vêtu d'un costume cravate très strict, il détecta aussitôt l'agent gouvernemental. Un collègue du F.B.I. peut-être ? En tout cas quelqu'un capable de répondre à ses questions.

Lorsqu'il vit ses yeux braqués sur lui, l'homme prit la parole.

- Enchanté de vous voir revenu parmi nous agent Eppes.

Et avant que Don n'ait pu lui poser la question qui lui brûlait les lèvre, il enchaîna, en lui mettant sous les yeux sa carte officielle.

- Agent Edwin Laurton C.I.A.

Don le regarda, effaré. La C.I.A. ? Mais qu'est-ce que la C.I.A. pouvait bien foutre là ? Et puis une grimace lui échappa : si la C.I.A. était dans le coup, ça sentait mauvais. Son regard devait parler pour lui car l'homme continua.

- Vous devez vous demander où vous êtes et ce que vous faites là non ?

- Juste un peu, tenta-t-il de blaguer.

L'ombre d'un sourire éclaira le visage de l'agent, qui se reprit très vite.

- Vous êtes dans l'une de nos cliniques privées.

- Comment ça ? Vous voulez dire que je ne suis pas à l'hôpital ?

- Non, ç'aurait été trop dangereux de vous hospitaliser dans un établissement public. Vous n'y auriez pas été en sécurité.

- Je n'y comprends rien. Où est ma famille ?

- Justement, j'y viens. Si vous voulez bien me laisser vous expliquer.

Don alors se tut et laissa l'homme lui raconter les événements qui avaient abouti à sa présence en ces lieux.

*****

 


Cissy  (11.04.2009 à 18:07)

Il n'avait pas à lui rappeler les événements qui s'étaient déroulés deux ans plus tôt, ils étaient encore frais à sa mémoire. Il lui expliqua donc que, depuis deux ans, la C.I.A. s'efforçait de retourner Sobieski afin d'en faire un agent à leur solde dont les accointances avec de multiples groupes terroristes rendraient la collaboration particulièrement intéressante. Le criminel avait le choix entre collaborer ou finir ses jours dans un pénitencier fédéral, à moins qu'il ne soit condamné à mort, ce qui était loin d'être exclu étant donné le nombre de ses crimes.

Mais l'homme était rusé. Il savait que sa condamnation dépendait avant tout de cinq témoins directs, à des niveaux divers, de certaines de ses exactions. Sans eux, il n'y avait plus qu'un large faisceau de présomptions, insuffisant en tout cas pour qu'il soit condamné à mort. Et, avec les moyens dont il disposait, quelle que soit la peine de prison prononcée à son égard, il avait bien l'intention de fausser compagnie à ses geôliers le plus vite possible. Et ensuite, ils n'avaient que peu de chance de remettre la main sur lui.

La C.I.A. était consciente de ce risque et c'est pourquoi, depuis deux ans, elle exerçait une surveillance étroite sur le criminel, retenu dans l'un de ses bâtiments avec l'accord du juge, lui interdisant toute tentative d'évasion. Mais le procès approchait désormais et, légalement, il devait être présenté à la justice. Ensuite, il serait obligatoirement interné dans un pénitencier où, si strictes qu'elles soient, les mesures de sécurité ne seraient pas à la hauteur de celles du bâtiment où il était pour le moment retenu, et d'où d'ailleurs ses avocats faisaient leur possible pour le faire sortir.

Deux ans que durait ce jeu du qui perd gagne entre le redoutable criminel et la non moins redoutable agence, chacun pensant pouvoir manipuler l'autre à son profit. Chacun pensant marquer des points et se montrer plus malin que l'autre. Et puis, de manière tout à fait inattendue, Sobieski avait repris l'avantage. Quatre des cinq témoins directs, dont l'ancien lieutenant qui avait permis l'infiltration de Don, avaient été abattus, bien qu'officiellement victimes d'accidents, malgré la protection dont on les entourait.

La C.I.A. avait alors conclu qu'il y avait une taupe parmi eux. Une équipe s'était alors mise sur la trace du traître et n'avait pas tardé à le démasquer. Il avait été arrêté, interrogé et éliminé. Mais il avait avoué avoir donné à Sobieski les coordonnées du cinquième témoin. Il se trouvait que celui-ci ignorait toujours que le Lars Saurvesson qu'il avait connu n'était pas celui qu'il semblait être. Mais juste avant d'être arrêté, l'agent circonvenu avait révélé à son contact le vrai nom du soi-disant Saurvesson : Don Eppes, du F.B.I.

Aussitôt qu'ils avaient pris conscience de la gravité de la situation, une équipe avait été dépêchée pour mettre l'agent à l'abri, sans faire de vagues. Ils s'étaient dit que, la meilleure solution était de le faire passer pour mort. Ainsi, plus de risques. Se croyant désormais à l'abri, Sobieski serait pris au piège le jour du procès et n'aurait plus d'autre choix que de collaborer.

Cela faisait donc plusieurs jours qu'à son insu Don était suivi par des agents de la C.I.A., chargés à la fois de veiller sur lui et d'identifier le ou les tueurs lancés à ses trousses. Lorsqu'ils avaient vu une jeune femme poussant un landau s'arrêter plusieurs minutes à hauteur de la voiture de Don, ce jour-là, ils avaient compris très vite à quel type de tâche elle s'afférait. Elle n'avait pas fait cent mètres qu'une équipe la cravatait en douceur et l'emmenait. Elle n'opposa d'ailleurs aucune résistance : c'était une professionnelle, elle connaissait les risques du métiers et les avait acceptés en connaissance de cause dès l'instant où elle avait choisi cette curieuse profession.

Et puis les choses avaient failli mal tourner. Don était sorti de chez lui, alors que les agents ne s'attendaient pas à ce qu'il reparte avant plusieurs heures de là, voire le lendemain, comme cela lui était déjà arrivé. Entre temps, ils pensaient pouvoir remplacer l'engin explosif par un autre de leur composition qui leur permettrait de faire croire à la mort de l'agent sans pour autant le mettre en danger. Mais Don les avait pris de court : il était monté en trombe dans sa voiture tandis que ses suiveurs restaient coincés derrière un camion qui manoeuvrait maladroitement. L'agent Laurton, présent dans ce véhicule avait alerté un collègue. Celui-ci s'était précipité vers la voiture de Don, qui parvenait au bout de la rue. En agitant son badge, il avait arrêté l'agent. Sur le qui vive, celui-ci avait baissé sa vitre et demandé :

- Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?

- C.I.A. J'ai besoin de vous parler agent Eppes.

- Quoi ? Maintenant ?

- Oui, c'est urgent. Descendez de votre véhicule.

- Et pourquoi ?

- Agent Eppes, nous avons toutes les raisons de penser qu'on a piégé votre voiture.

Don avait cessé de discuter, se tenant toujours en alerte, mais comprenant que, si l'homme avait raison, il n'avait pas intérêt à s'attarder dans les parages. Ils avaient à peine fait quelques pas rapides que la voiture explosait : le minuteur était visiblement arrivé en bout de course. Don et son compagnon avaient été projetés à plusieurs mètres de là tandis que des cris s'élevaient autour du véhicule qui brûlait.

Le fourgon dans lequel les autres agents avaient pris place s'était arrêté à hauteur des deux hommes inconscients. Ils avaient tout de suite compris qu'il n'y avait rien à faire pour leur collègue qui se trouvait le plus près de la voiture. Alors, profitant de la panique ambiante, prenant des risques insensés, avec le sang froid indispensable dans leur métier, du moins si on voulait rester en vie, ils s'étaient approchés du véhicule qui brûlait pour déposer au plus près le corps sans vie puis ils avaient embarqué Don inerte sans que personne ne remarque leur manège.

Le tout leur avait pris moins de deux minutes. Don avait le visage ensanglanté : une profonde blessure entaillait sa joue. Son bras gauche, visiblement fracturé et sérieusement brûlé laissait échapper le sang en flot impressionnant. Laurton avait compris tout de suite que, vraisemblablement, l'artère radiale était lésée et il avait enlevé sa veste pour faire un point de compression afin d'éviter que le blessé ne se vide de son sang. Il avait poussé un cri de rage

- Bon Dieu, c'est pas vrai !

Puis il avait donné l'ordre de mettre le cap sur l'hôpital le plus proche. Si Don mourait, c'était Sobieski qui gagnait.

 

*****


Cissy  (11.04.2009 à 18:09)

Don écoutait toujours attentivement le compte-rendu de son vis-à-vis.

- Aux urgences les médecins se sont occupés de vous et dès que vous avez été stabilisé, on vous a fait transférer dans cette clinique, qui nous appartient, afin qu'il n'y ait pas de fuites. Et puis on a fait passer notre agent mort pour vous.

- Quoi ? Comment ça ?

- L'agent Sloane était complètement défiguré par l'explosion : il avait à peu près votre taille, votre poids, votre coupe et votre couleur de cheveux. Ses vêtements avaient entièrement brûlé... C'était facile. Il nous a simplement suffit de le rapprocher au plus près du brasier.

- Mais l'ADN ?

- Vous oubliez à qui vous avez à faire, agent Eppes.

Effectivement, rien de plus simple pour eux que de truquer les résultats soit à l'insu du légiste, soit en faisant pression sur lui, le plus légalement du monde, sous prétexte de sécurité nationale.

- Mais... Ma famille ?

- Rassurez-vous ! Votre famille et vos amis savent ce qu'il en est vraiment. Mais vous comprenez bien qu'ils ne peuvent pas communiquer avec vous, ce serait beaucoup trop dangereux.

- Je ne comprends pas.

- Don, vous permettez que je vous appelle Don n'est-ce pas ? Après tout, nous sommes du même bord.

Il se contenta d'acquiescer de la tête.

- Pour tout le monde vous êtes mort. C'était le seul moyen que Sobieski se croit à l'abri. Son procès s'ouvre dans trois semaines : il aura alors la plus mauvaise surprise de sa vie.

- Trois semaines !

- Ce n'est pas très long Don. Ca vous donnera le temps de vous remettre de vos blessures. Et ensuite vous pourrez reprendre tranquillement votre vie.

- Mais je pourrai téléphoner chez moi au moins ? Juste prévenir mon père et mon frère que je vais bien.

- Rassurez-vous, nous les tenons au courant de votre état de santé. Ils ont bien compris la nécessité de vous garder à l'écart. D'ailleurs votre père vous fait dire de ne pas faire votre mauvaise tête et de vous plier, pour une fois dans votre vie, à ce qu'on vous demande. Il a très peur pour vous.

Don sourit à ses mots qui ressemblaient bien à Alan. Il imaginait bien le calvaire que devait vivre sa famille à le savoir en danger sans pouvoir s'approcher de lui. Charlie devait être dans tous ses états.

- Et si je refuse ? Si je décide de rentrer chez moi ? Après tout je suis tout à fait capable de prendre soin de moi-même.

- Pas tant que ça, sinon vous ne seriez pas là, Don. En tout cas, pas dans cet état. Et puis, pensez à votre famille. Croyez-vous vraiment que Sobieski les épargnera s'il veut vous atteindre ?

Don n'avait pas pensé à cet aspect des choses. Effectivement, si le criminel voulait l'abattre, il ne reculerait devant rien, et surtout pas devant le risque de blesser Alan ou Charlie, ou pire.

- D'accord. Mais vous me donnez votre parole que ma famille n'est pas en danger ?

- Votre famille ne risque rien Don. Tant que vous serez mort, personne ne risquera rien.

- Je vais rester ici durant ces trois semaines ?

- Non, sitôt que vous n'aurez plus besoin de soins médicaux, on vous transfèrera dans une de nos maisons sécurisées. Vous y serez très bien, et très bien gardé.

- Je dois me considérer comme prisonnier ? déclara-t-il, agacé par ces mots.

- Non. Vous devez vous considérer comme invité. 

Il en fut comme l'agent Laurton l'avait annoncé. Au bout de cinq jours, l'état de Don fut jugé suffisamment satisfaisant pour qu'il quitte l'hôpital. Il suffirait de lui changer ses pansements tous les jours et on l'avait muni d'antalgiques au cas où son bras le ferait souffrir. Pour le reste, il n'avait qu'à prendre son mal en patience. On l'installa dans une magnifique demeure avec piscine, dont de toute façon sa blessure l'empêchait de jouir, mais clôturée par un mur haut de plus de trois mètres sur les trois côtés du terrain, le quatrième étant délimité par une paroi rocheuse.

Tranquillisé sur le sort des siens, persuadés qu'il ne s'inquiétaient pas pour lui, Don décida de prendre son mal en patience et de profiter, autant qu'il le pouvait, de ses vacances forcées.

Jusqu'au jour, où, enfin, on était venu lui annoncer qu'il témoignerait dès le lendemain. Dans la nuit, il avait été ramené à Los Angeles, dans la suite luxueuse d'un palace : décidemment, l'agence ne reculait devant rien pour assurer sa sécurité et ses moyens financiers étaient visiblement supérieur à ceux du F.B.I. !

Lorsqu'il avait pénétré dans la salle d'audience désertée, le procureur ayant demandé et obtenu le huis clos, il s'était délecté de la mine déconfite de Sobieski qui comprenait, d'un seul coup, qu'il avait échoué.

- Et oui mon vieux, avait-il pensé à part lui, on ne se débarrasse pas de moi comme ça et ce que tu as essayé de me faire va te coûter cher.

D'autant plus cher que les blessures apparentes de l'agent impressionnèrent désagréablement le jury et que la femme recrutée pour exécuter cette besogne, sachant pertinemment où était son intérêt, n'hésita pas à désigner fermement le commanditaire de l'acte odieux durant lequel un agent de la C.I.A. avait trouvé la mort, un agent du F.B.I. avait été grièvement blessé et un passant dans la rue très sérieusement commotionné. Rien que pour cet acte Sobieski encourait la peine de mort dans l'état de Californie. Son compte était bon !

 


Cissy  (11.04.2009 à 18:11)

                                   CHAPITRE XXXV

 

Maison des Eppes

Dans la maison des Eppes l'ambiance semblait un peu plus sereine. Robin était venue aider Amita et Larry pour soutenir Alan. Amita était en cuisine en train de préparer le repas. Larry continuait à chercher des liens supplémentaire pour aider Colby, comme s'il était hypnotisé par cette affaire. Robin se contentait de rassurer Alan, en lui certifiant que chacun allait faire du mieux qu'il pouvait.
Soudain, quelqu'un frappa à la porte. Larry sortit de son petit monde, et alla ouvrir la porte. Colby, David , Liz et Nikki entrèrent.
Ils saluèrent chacune des personnes présente. Ne voulant pas trop fatiguer Alan, ils lui demandèrent de rester assis. Qu'il ne se dérange pas. Amita arriva et apporta alors des tasses de café et des petits gâteaux. Elle les posa sur la petite table, invitant les visiteurs à s'installer.


- Nous sommes venus vous dire comment s'est passée l’audience, commença Colby.


Sur les nerfs, Alan voulait savoir ce qu'il allait dire, ce qu'ils avaient réussi à faire ou non.

- Le procureur a demandé un huis clos, continua Colby.
- Un huis clos ? Pourquoi ? s'exclama Alan
- Apparemment il resterait encore un témoin en vie, et pour la protection de celui-ci, il faut qu’il soit entendu sans qu’il y ait personne dans la salle, de manière à ce que les complices de Sobieski ne puissent l’identifier et attenter à sa vie.
- Le juge a accordé ce huis clos ?
- Il a beaucoup réfléchi. A la demande du procureur, il a demandé à nous voir dans son bureau, répondit Colby.
- Pourquoi ?
- Pour l’aider à établir la dangerosité de Sobieski et le risque qu’il représente pour le témoin de l’accusation.
- Alors, vous lui avez parlé de Don ?
- Oui, nous avons dit qu'il avait sûrement commandité le meurtre de Don. Mais qu’il n'y avait pas assez de preuves pour pouvoir lui mettre ce crime supplémentaire sur le dos, reprit alors David.
- Et ?
- Il a accordé le huis clos.
- Mais qui est ce témoin ?
- Aucune idée.
- Est-ce qu’au moins il permettra d’envoyer ce meurtrier en prison ?
- D'après le peu d'informations que l'on a, il ira très probablement en prison.
- Peut être, mais pas pour le crime qu'il a commis sur mon fils. Mon pauvre petit Don... Son meurtrier n'aura rien pour ce crime !!! Je trouve ça inadmissible.
- Au moins il sera déjà en prison et ne pourra plus faire de mal à quiconque, termina Nikki.
- Et puis, pour l'instant, nous ne pouvons pas intervenir d'avantage sur le procès en cours.
- Mais la mort de mon fils ne sera pas vengée. C’est comme s'il était mort pour rien.
- Ne désespérez pas. S’il avait été jugé pour la mort de Don, Sobieski aurait vraisemblablement été acquitté faute de preuves. Et comme on ne peut pas être jugé deux fois pour le même crime, il risquait de s’en tirer définitivement, même si nous avions eu quelque chose contre lui plus tard. Ainsi nous gardons une chance. Nous allons continuer l'enquête, il suffit d'être patient monsieur Eppes, conclut Liz.

 


juliabaku  (12.04.2009 à 09:59)

CHAPITRE XXXVI

 Tribunal Fédéral, Los Angeles

- Enfin, c'est terminé.

- Bravo Don. Grâce à votre témoignage, nous le tenons. Merci.

- Vous n'avez pas à me remercier, je l'ai d'abord fait pour moi. Maintenant je n'ai plus rien à craindre de ce type. Je vais enfin pouvoir rentrer chez moi.

- Oui, bien sûr.

Quelque chose dans l'intonation un peu contrainte de son interlocuteur attira l'attention de Don.

- Quoi ? Il y a quelque chose que j'ignore ?

- Au sujet de votre famille...

- Quoi ma famille ?

L'inquiétude lui mordit le cœur. Est-ce qu'il s'était passé quelque chose qu'on ne lui avait pas dit ?

- Ecoutez, Don. On ne vous a pas dit toute la vérité.

- Comment ça ? Où sont mon père et mon frère ? Vous m'aviez dit qu'ils m'attendraient après mon audition. Alors où sont-ils ?

- Ils ne sont pas là.

- Pourquoi ? Vous ne les avez pas prévenus que c'était aujourd'hui que je témoignais et que tout ça serait terminé ?

- A vrai dire... non !

- Mais pourquoi bon sang ? Ca fait trois semaines que je n'ai pas vu mon père et mon frère, vous pouviez comprendre que j'avais hâte de les retrouver, et je pense qu'il en est de même pour eux.

- C'est justement là que le bât blesse...

- Comment ça ? Expliquez-vous nom de nom !

- Ecoutez Don. Je ne sais pas trop comment vous dire ça...

- Mais vous allez vous décider à la fin ! Vous me rendez dingue ! Que s'est-il passé ?

Et puis soudain un doute horrible lui traversa l'esprit, il blêmit et vacilla.

- Oh non ! Pas ça ! Ne me dites pas que...

- Quoi ?

- Il ne leur est rien arrivé n'est-ce pas ? Sobiesky ne les a pas fait tuer ? Hein ? Vous les avez bien protégés, comme vous me l'aviez promis ? Dites-moi qu'ils vont bien !

Il avait hurlé ces derniers mots, en proie à une angoisse atroce.

- Non, ne vous inquiétez pas. Il ne leur a rien fait, je vous l'assure. Ils vont bien ! ... Enfin physiquement, ajouta-t-il.

Don, qui venait de pousser un puissant soupir de soulagement le regarda, à nouveau inquiet.

- Comment ça physiquement ? Qu'est-ce que vous sous entendez par là ? Qu'ils ne vont pas bien moralement ?

- C'est à peu près ça oui...

- A peu près ça ? Mais pourquoi n'iraient-ils pas bien moralement ? Ils étaient inquiets pour moi ? Mais vous les avez rassurés non ? Vous les teniez bien au courant, régulièrement, de mon état de santé tout comme vous me donniez de leurs nouvelles ?

Don le regarda droit dans les yeux, et tout à coup, un terrible soupçon naquit en lui. D'une voix blanche, il demanda.

- Vous leur avez bien dit que j'étais vivant n'est-ce pas ? Ils savent que je suis en vie ? Vous ne leur avez pas laissé croire que...

Mais au fur et à mesure qu'il parlait, il lisait dans les yeux de son vis-à-vis les réponses à ses questions et soudain il explosa :

- Non ! Ce n'est pas vrai ! Mais comment est-ce que vous avez pu ? Comment vous avez pu leur infliger ça ? Je vous faisais confiance ! J'étais sûr qu'ils savaient que j'allais bien ! Comment est-ce que vous avez pu faire ça ?

Il ne trouvait rien d'autre à dire pour témoigner de son désarroi à l'idée de ce qu'avaient pu endurer ceux qu'il aimait.

- Et mon équipe ? Ils sont au courant eux, au moins ?

Il lut la même réponse dans les yeux de l'agent et un juron lui échappa.

- Mais pourquoi bon Dieu, pourquoi ?

- Il fallait que ça fasse vrai, Don. Sobiesky ne devait à aucun moment douter de votre mort. La meilleure solution c'était que nul n'en doute, et surtout pas ceux qui vous aiment.

- Mais vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ?

Chez Don, le chagrin commençait à laisser la place à une colère terrible.

- Nous n'avions pas le choix Don.

- Vous n'aviez pas le choix ? Pas le choix ?

Son poing se détendit brusquement et vint frapper l'agent en pleine face. Celui-ci se retrouva au sol, le nez en sang. Il esquissa un geste de défense, mais Don n'avait pas l'intention de le frapper de nouveau.

- Salopard ! se contenta-t-il de crier. Ne vous représentez jamais devant moi !

- Don, attendez ! Attendez !

Mais Don était déjà loin : il courait à perdre haleine à travers les longs couloirs du palais de justice taraudé par une seule idée : il devait rentrer chez lui. Il devait retrouver Alan et Charlie, leur dire qu'il allait bien, leur ôter ce poids qui devait les écraser depuis bientôt trois semaines. Il descendit les marches en courant et arrêta un taxi auquel il jeta l'adresse de la maison. Tandis qu'il roulait à travers les rues de Los Angeles, il sentait son cœur battre à tout rompre sous l'effet de la colère mais aussi du chagrin et de la culpabilité. Comment avait-il pu se rendre complice d'une telle infamie ? Comment avait-il pu être assez naïf pour prendre pour argent comptant ce que lui disaient les espions qui le gardaient ? Il aurait pourtant dû savoir que la C.I.A. ne reculait devant rien pour parvenir à ses fins, pas même devant la souffrance infligée à des innocents. Il grimaça : sa main lui faisait mal ; il y était vraiment allé de bon cœur en frappant ce traître. Espérons qu'il ne se l'était pas fracturée : il aurait l'air malin avec le bras gauche en écharpe et la main droite plâtrée !

 

*****

 


Cissy  (13.04.2009 à 16:45)

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