HypnoFanfics

Mort sous protection

Série : Numb3rs
Création : 20.03.2009 à 17h13
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Episode parallèle à "l'ombre d'un remords" (une façon d'éluder un choix cornélien). Ecrit à quatre mains avec Juliabaku » Cissy 

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Maison des Eppes

Il ne fallut pas plus de vingt minutes au chauffeur pour l'arrêter devant l'allée. Il eut un serrement au cœur en apercevant la pelouse qui avait visiblement besoin d'une bonne tonte et les feuilles mortes qui jonchaient l'allée, signe que personne ne se préoccupait de l'état du jardin. Ce n'était pas le genre de son père. Cela prouvait dans quel désarroi il devait se trouver. Il jeta un billet de vingt dollars au chauffeur et se rua à l'extérieur du véhicule sans même attendre la monnaie. Le conducteur repartit en trombe, désireux peut-être de mettre le plus vite possible un maximum de distance entre lui et ce généreux client, avant que celui-ci ne s'aperçoive qu'il lui laissait un pourboire équivalent à plus de la moitié du montant de la course.

Debout dans l'allée, Don hésitait. Pour la première fois de sa vie il avait peur de rentrer dans cette maison qu'il adorait. Qu'allait-il y trouver ? Comment expliquer ? Que pourrait-il faire pour effacer trois semaines d'un chagrin incommensurable ?

Mais il ne pouvait pas rester là. De toute façon il lui fallait affronter son retour à la vie. Il prit une grande inspiration et se dirigea vers la maison. La porte s'ouvrit sans aucun problème : elle n'était pas fermée à clé. Aussitôt entré, son impression de malaise s'accrut encore. La maison était propre mais elle paraissait si froide, comme si une chape de plomb s'était abattue sur elle, éteignant toute sa lumière, toute sa chaleur.

- Papa ? Charlie ?

Il ne s'apercevait même pas que sa voix était presque un murmure, comme s'il était entré dans une église. Il se sentait oppressé, on aurait dit qu'il n'était pas à sa place ici, qu'il n'était plus à sa place.

- Papa ? Charlie ? Où êtes-vous, c'est moi, c'est Don !

Personne ne répondait à ses appels et il se sentit soudain gagné par un sentiment de panique irrépressible : et s'ils n'étaient plus là ? Et s'il n'y avait plus personne pour l'accueillir ? S'ils étaient partis, le croyant définitivement perdu pour eux ? Il tenta de se raisonner : bien sûr que non. Jamais Charlie et son père n'auraient abandonné la maison, pas en si peu de temps en tout cas. Si peu de temps ? lui soufflait son esprit à la dérive. Trois semaines ! Trois longues semaines de deuil et de larmes ! Qu'aurait-il pensé, lui, s'il avait cru son père ou Charlie morts pendant trois semaines ? Aurait-il eu le courage de rester à un endroit où chaque recoin lui parlait d'eux, où il les entendait rire, ou il les voyait vaquer à leurs occupations habituelles ?

Mais est-ce qu'il n'était pas en train de se donner beaucoup d'importance ? objectait une autre voix dans son cerveau. Quelle suffisance que d'imaginer que sa disparition avait interrompu net la vie d'Alan et Charlie ! Dieu merci ils avaient d'autres centres d'intérêt dans la vie que lui ! Sans doute avaient-il énormément de chagrin, mais de là à imaginer qu'ils aient pu se détruire !

- Papa ? Charlie ?

Pourquoi ce silence ? Pourquoi cette absence ? Il reçut un nouveau coup au cœur lorsqu'il aperçut le bandeau de crêpe qui ornait le coin du grand portrait de lui accroché au-dessus du buffet. Tout ici respirait le deuil, le chagrin. Mais où était donc sa famille ?

 

*****


Cissy  (13.04.2009 à 16:47)

Le bruit de la porte qui s'ouvrait le fit se retourner d'un bloc. Il se figea dans le salon tandis qu'Amita, Larry et Alan entraient, portant plusieurs sacs à provision. Son cœur se serra en voyant combien son père paraissait frêle et perdu : des rides profondes s'étaient creusées sur ses joues et ses cheveux avaient totalement blanchi. Il faisait plus vieux que son âge, pour la première fois de sa vie. Il avait l'air... Il avait l'air vieux, conclut Don, vieux, fatigué et désespéré. Les trois arrivants s'étaient arrêtés sur le seuil, l'air dubitatif en voyant, en contre-jour, cette silhouette au milieu du salon.

- Qui êtes-vous ? interrogea Amita.

Et puis soudain, l'incrédulité se lut dans son regard et dans celui de Larry tandis qu'Alan laissait échapper le sac à provisions qu'il tenait et que ses mains se mettaient à trembler.

Ce n'était pas juste ! Le ciel ne pouvait pas lui imposer cette épreuve juste au moment où il commençait enfin à remonter tout doucement la pente, soutenu par les amis de Charlie. Pourquoi lui envoyer ce rêve cruel, cet espoir impossible ? Etait-il finalement devenu fou à force de douleur et de chagrin ? Ses sens l'abusaient-ils en lui faisant croire ce qu'il espérait du plus profond de son cœur sans penser un instant que ça puisse effectivement se produire. Et puis l'homme qui se tenait dans le salon fit un pas, juste un pas et tout devint réel, merveilleusement réel.

- Papa !

- Oh mon Dieu ! C'est toi ? C'est bien toi ? Je ne rêve pas ?

- Non papa, non, c'est moi. C'est Don.

La fin de sa phrase se perdit dans l'étreinte convulsive où son père l'enferma brusquement. Il le serrait contre lui à l'étouffer, comme pour empêcher quiconque de venir s'immiscer entre eux, tenter de lui arracher ce fils qu'on lui rendait. Don réprima un gémissement : son bras blessé se ressentait douloureusement de cette étreinte. Mais il n'essaya pas de s'en dégager. Il comprenait que son père en avait terriblement besoin pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. C'est d'ailleurs ce qu'il lui murmura soudain.

- C'est bien toi Donnie, je ne rêve pas ?

- Non, c'est moi papa.

- Si c'est un rêve, alors je ne veux plus jamais me réveiller. Plus jamais.

- Ce n'est pas un rêve papa, je suis là.

Alan s'écarta enfin de son fils miraculé et le tint à bout de bras, le dévorant du regard, comme pour s'assurer que c'était bien lui qui se tenait là. Amita pleurait dans les bras de Larry, mais cette fois-ci, elle versait des larmes de joie après avoir versé tellement de larmes de chagrin.

- Mais comment ? Comment ? balbutiait Alan, incapable de s'exprimer convenablement.

- C'est une longue histoire papa. Je t'expliquerai. Je suis désolé de tout ça, tellement désolé, si tu savais !

En voyant des larmes dans les yeux de son fils, Alan n'y tint plus et il le prit de nouveau dans ses bras, le berçant comme un bébé.

- Non, tout va bien mon cœur, tout va bien maintenant. Tu es là. Tout va bien.

Il ne cessait de répéter cette phrase, comme pour s'en convaincre lui-même. Tout irait bien désormais, son fils était là. Comment ? Pourquoi ? Quelle était la cause du miracle ? A quoi rimaient ces semaines indicibles qu'ils venaient de vivre ? Le temps des explications viendrait bien assez tôt. Pour le moment, tout ce qui lui importait, tout ce qui comptait, c'est de pouvoir tenir contre lui son garçon qu'il avait cru perdu à jamais, pouvoir respirer son odeur, pouvoir entendre sa voix et se repaître de sa vue.

- Mon Donnie, mon petit. Je suis si heureux ! Si heureux !

Il arriva enfin à s'éloigner un peu, oh ! juste un tout petit peu de son garçon retrouvé. Et celui-ci se trouva aussitôt pris dans l'étreinte d'Amita puis de Larry, eux aussi incapables de trouver les mots pour décrire l'intensité des émotions qui les étreignaient à cet instant précis. Et puis soudain le regard d'Alan se fit inquiet :

- Mon Dieu, mais tu es blessé mon ange !

Il venait de remarquer le bras en écharpe, la longue balafre sur la joue et l'hématome encore visible sur le front.

- Non, tout va bien papa ! On m'a parfaitement soigné ! Je vais très bien.

- Mais que s'est-il passé ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Pourquoi cette monstruosité ?

- Je vais vous expliquer. Mais d'abord, je voudrais voir Charlie. Où est-il ?

Il s'affola du regard qu'échangèrent alors ses trois interlocuteurs.

- Quoi ? Papa ? Où est Charlie ? Dis-moi qu'il va bien !

- Oui, oui. Il va bien, s'empressa alors de répondre son père, pour calmer l'angoisse qu'il sentait soudain dans la voix de son fils. Mais...

- Mais quoi ? Bon sang, dites-moi où est mon frère !

Alan n'avait pas la force de parler. Ce fut Amita qui lui dit, d'une voix empreinte de chagrin.

- Don, Charlie a très mal réagi quand il vous a cru mort.

- Oui, ça je peux l'imaginer, et alors ?

- Petit à petit, il s'est refermé sur lui-même.

- Il ne parlait plus, expliqua à son tour Alan, il ne dormait plus, puis il a arrêté de s'alimenter.

- Quoi ?! Et alors ?

La voix de Don était maintenant empreinte d'une véritable angoisse.

- Donnie, on a dû le faire interner.

- QUOI ???!!! Mais non ! C'est impossible voyons !

- On n'avait pas le choix. Il risquait de se détruire.

- Non ! Oh mon Dieu non ! Mon petit frère !

Don se sentait déchiré par la culpabilité : son petit frère s'était laissé dériver par sa faute. A cause de lui son esprit si brillant s'était perdu dans des limbes d'où il serait difficile de le faire revenir.

- Mais, que disent les médecins ? Il va s'en sortir n'est-ce pas ? C'est juste une dépression passagère ?

- Ils pensent que c'est grave Don, très grave.

- Mais maintenant que je suis là... balbutia-t-il.

- Donnie, ton frère est parti loin, très loin, avoua Alan en pleurant, je ne suis pas sûr que ta seule présence réussira à le ramener.

- Je veux le voir, je dois le voir ! exigea soudain Don.

- D'accord, je t'y emmène. »

Alan n'essaya même pas de discuter. Et puis, au fond de lui, il ne pouvait s'empêcher de penser que le miracle allait peut-être se prolonger encore. Puisque son fils aîné était revenu, pourquoi pas aussi le cadet ?

 


Cissy  (13.04.2009 à 16:48)

CHAPITRE XXXVII

 Maison de repos, Los Angeles

Assis dans le jardin, Don, désespéré, contemplait son petit frère avachi dans un fauteuil. Le mathématicien n'était plus que l'ombre de lui-même. Une barbe déjà fournie masquait ses joues et son menton, ses cheveux ayant énormément poussé bouclaient anarchiquement sur son front et sa nuque et il avait beaucoup maigri. Mais ce qui lui faisait le plus mal, c'était son regard vide que toute intelligence semblait avoir désertée. Où était passé le génial mathématicien dont l'esprit était toujours en ébullition, à la recherche de nouvelles théories, de nouvelles hypothèses, rebondissant systématiquement sur tous les problèmes qu'on lui présentait, élaborant des schémas audacieux et innovants ? Où était-il passé ce petit frère parfois si agaçant mais dont il était si fier ?

« Oh Charlie, mon petit frère, où es-tu ? » gémit Don.

Cela faisait maintenant deux semaines qu'il était rentré chez lui. Il avait retrouvé ses amis, son bureau, son nom avait été effacé de la pierre tombale où on l'avait gravé à côté de celui de sa mère. La C.I.A. avait régularisé sa situation et récupéré le corps de l'agent dont il ne connaîtrait jamais le nom : désormais l'agent Don Eppes était de retour à la vie. Mais Charlie, lui, était resté en arrière. Le second miracle espéré par Alan n'avait pas eu lieu. Quand Don s'était présenté devant lui, le mathématicien n'avait pas frémi, n'avait pas bougé un cil. Son frère avait eu beau le prendre dans ses bras, lui serrer la main, lui parler, il n'avait eu aucune réaction. Où qu'il soit, il était hors d'atteinte.

Don se sentait terriblement coupable de ce qui arrivait malgré tout ce que pouvait lui dire son père. Le responsable ce n'était pas lui, c'était la C.I.A. qui se permettait de jouer avec la vie des gens sans se soucier des dégâts qu'elle pouvait faire. Charlie n'était pas assez solide pour supporter certaines tensions, certaines épreuves. D'après les médecins, son cerveau avait comme disjoncté. Quant à savoir si la connexion se ferait de nouveau un jour ? Enormément d'espoir de voir son état s'améliorer avait disparu en constatant que le retour de son frère n'avait rien changé à sa prostration. Son corps était là, pour le moment du moins, mais son esprit, lui, avait déserté son enveloppe charnelle.

Don passait chaque jour plusieurs heures auprès de Charlie. De toute façon, sa blessure au bras, encore mal guérie, lui interdisait de reprendre du service sur le terrain. Il se contentait donc de quelques heures de présence au bureau pour expédier la paperasserie, puis venait tenir compagnie à Charlie. Un infirmier lui avait dit qu'il lui semblait que son frère était plus calme en sa présence et il aimait à croire que c'était la vérité.

Ce jour-là, il avait décidé d'emmener le mathématicien au fond du jardin de la clinique où il était hospitalisé. C'était un après-midi d'automne ensoleillé et Don voulait profiter de ces derniers moments où il pouvait emmener son frère à l'extérieur : bientôt la pluie viendrait et ils seraient confinés entre les quatre murs de la petite chambre claire qu'occupait Charlie au premier étage du bâtiment central.

Il soufflait une brise légère qui faisait voleter les feuilles des arbres qui déjà jaunissaient. A cet endroit du parc, on avait installé un banc en fer à cheval sur une petite terrasse au centre de laquelle se dessinait un cadran solaire. De l'autre côté de la terrasse, des poissons rouges nageaient dans un bassin peu profond et il semblait à Don que Charlie aimait cet endroit. Peut-être les poissons rouges lui rappelaient-ils ses propres poissons. Qui pouvait savoir ce que pensait le malade ? Pensait-il d'ailleurs ? Son cerveau si performant émettait-il encore des ondes ?

« Charlie ! Regarde Charlie, on dirait que les ombres...

Il lui racontait tout et n'importe quoi, élaborant les théories scientifiques les plus absurdes et les plus grotesques pour tenter de le faire réagir. Il aurait tout donné à ce moment-là pour entendre son frère le contredire à nouveau, lui qui était si souvent exaspéré par cette propension qu'il avait à le faire. Il aurait donné sa vie pour se sentir de nouveau complètement stupide, tandis que Charlie lui exposait une théorie qui semblait couler de source pour lui et dont, pour sa part, il n'arrivait même pas à saisir les prémices. Pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu que ça arrive ? Pourquoi Charlie ?

Il laissa tomber sa tête dans ses mains : il n'en pouvait plus. Il ne supportait plus de se trouver face à cet étranger qui était à la fois son frère et qui ne l'était pas. Il était désespéré de constater que finalement Sobieski avait bien fait une victime dans sa tentative de meurtre : mais ce n'était pas celui qu'il visait qu'il avait tué. Non, celui qui était mort dans cet attentat, c'était Charlie, son petit frère Charlie. Et un terrible sentiment de solitude s'abattit sur lui. Les larmes se mirent à couler entre ses doigts.

- Oh Charlie ! Pourquoi ? Pourquoi toi petit frère ?

 

*****

 


Cissy  (13.04.2009 à 16:49)

C'est à ce moment-là qu'il sentit une main sur son épaule. Il se figea, n'osant pas comprendre. C'était sans doute une infirmière qui les avait rejoint. Ou Amita venue rendre visite à Charlie, ou encore son père ou Larry qui passaient aussi le voir tous les jours. Pourtant il savait que tous les trois ne devaient pas arriver avant le début de soirée. Amita avait des cours et il avait réussi à convaincre Alan d'accompagner Larry à une exposition de mécanique à laquelle il se faisait une joie d'assister deux mois plus tôt. Tant de choses s'étaient passées en moins de deux mois ! Comme si l'univers entier avait basculé ! Et tout ça par sa faute !

La main quitta soudain son épaule pour se poser sur sa tête. Il la sentait aller et venir dans ses cheveux et il retenait son souffle, de peur, par un mouvement maladroit, d'interrompre ce qui était en train de se passer.

- Donnie... Donnie... Est-ce que c'est toi ? Est-ce que tu es là devant moi ?

Et puis le doute ne fut plus permis : c'était bien sa main ! C'était bien sa voix : enrouée, faible sans doute, mais SA VOIX !

- Charlie ! Oh ! Charlie, mon petit frère !

Don prit son frère dans ses bras, l'arrachant à son fauteuil, et il le tint serré contre sa poitrine, riant et pleurant à la fois. Il sentait les mains de Charlie dans son dos, ces mains qui n'étaient plus inertes, qui répondaient à son étreinte.

- Charlie ! Charlie !

Il écarta un peu son frère pour le regarder et en plongeant dans ses yeux, il aperçut une lueur qu'il avait cru ne plus jamais y voir.

- Tu vas bien Charlie ? Dis-moi que tu vas bien, que tu me reconnais ! Parle-moi Charlie ! Parle-moi encore.

Il s'affolait soudain, se demandant s'il n'avait pas tout simplement rêvé ce moment de retour à la conscience, s'il n'avait pas pris son désir ardent pour une réalité.

Et puis il s'aperçut que la même pensée traversait l'esprit revenu de son frère.

- Est-ce que tu es vraiment là Donnie ?

- Oui, oui Charlie, c'est bien moi.

- Je suis mort ? C'est ça ?

- Non ! Non ! cria-t-il presqu'avec violence, terrifié à cette idée. Non ! tu n'es pas mort Charlie et tu ne mourras pas.

Charlie s'écarta un peu de son frère, faisant courir ses doigts sur son visage, en en dessinant le contour d'un geste encore imprécis, comme s'il voulait s'assurer qu'il n'était pas la proie d'un songe. Figé, Don le laissait faire, conscient que ce geste était indispensable à Charlie pour reprendre complètement pied dans la réalité. Celui-ci continuait son exploration tactile, descendait sur les épaules et sur le torse, comme pour vérifier que son frère était bien là, en entier, devant lui et Don émis un petit rire de protestation. Il ne savait pas trop comment réagir : à la fois il était gêné de ce geste, mais il avait peur, en l'interrompant, de replonger son frère dans le marasme dont il venait de sortir. Cependant, son rire avait attiré l'attention de Charlie dont les mains cessèrent leur mouvement tandis qu'il levait les yeux vers son frère, une interrogation dans le regard.

- Je te préviens Charlie, si tu descend plus bas, je t'en colle une !

Et soudain, Don vit le plus beau spectacle qu'il lui ait jamais été donné de voir : un sourire ironique fleurit sur les lèvres de son petit frère.

- Oh ! Désolé Don !

Puis, les yeux du mathématiciens se mirent à pétiller de malice tandis qu'il ajoutait :

- Tu as raison, on pourrait nous voir. J'attendrai que nous soyons seuls !

Don éclata d'un rire nerveux qu'il ne pouvait réprimer et Charlie se joignit à lui avant d'enchaîner, redevenant soudain sérieux :

- Mais comment ? Comment ? Je ne comprends pas.

- Alors ça, je crois bien que c'est la première fois que je t'entends dire ça ! Quel événement !

Charlie sourit une nouvelle fois : à mesure que les minutes passaient, Don pouvait voir que ses facultés intellectuelles lui revenaient, intactes, aussi aiguisées et redoutables qu'auparavant.

- Ne te réjouis pas trop vite, va. Je crois que certaines choses m'échappent mais je ne vais pas tarder à

trouver la solution.

Don comprit alors que son petit frère était définitivement revenu et il le serra de nouveau contre lui.

- Oh Charlie, si tu savais comme tu m'as manqué !

Charlie se laissait aller à la joie de cette étreinte dans les bras de son frère. Bien sûr beaucoup de choses restaient en suspens. Bien sûr il aurait besoin d'une foule d'explications pour comprendre ce qu'il faisait là, dans ce jardin inconnu, avec son frère bien aimé auprès de lui, ce frère dont la mort l'avait plongé dans un tel marasme qu'il avait cru que jamais il n'en sortirait. Mais pour le moment, il s'en moquait.

Tout ce qui comptait c'était d'être là, dans les bras de Don, de sentir celui-ci ému aux larmes, ces larmes qu'il avait versées pour lui, lui qui n'avait pas pleuré pour leur mère, ces larmes qui l'avaient sorti de ce gouffre froid et sombre où il s'était égaré depuis si longtemps. Il n'avait pu supporter ces larmes : il ne voulait pas que son frère souffre, c'était intolérable. Et chacune des larmes qui passaient entre les doigts de l'agent effondré était venue, comme un sésame, lui montrer le chemin de la sortie ; chacune d'elle, telle une goutte de lumière, avait érodé cette glace qui emprisonnait sa conscience jusqu'à la faire fondre totalement.

Entendre Don lui dire qu'il lui avait manqué, c'était le plus beau cadeau qu'on lui ait jamais fait ! Qui aurait cru qu'un jour de telles paroles sortiraient de la bouche de son frère ? Il aurait tout donné durant leur adolescence pour les entendre. Mais il avait fallu attendre si longtemps et vivre ce drame pour qu'enfin les mots convoités résonnent à ses oreilles.

- Tu m'as manqué aussi Donnie ! Désespérément ! réussit-il à dire.

Et puis ce fut tout. Les mots étaient devenus inutiles.

 

FIN


Cissy  (13.04.2009 à 16:50)

Un grand merci à JB pour ses excellentes idées et ses bannières superbes. On recommence quand tu veux...

Merci aussi de vos messages d'encouragement à la lecture de cet épisode, il est toujours utile de savoir ce que les autres pensent de ce qu'on a écrit.

Et merci à Winsister de nous laisser la place pour nos élucubrations.


Cissy  (13.04.2009 à 16:57)

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