HypnoFanfics

Cauchemar

Série : Numb3rs
Création : 14.04.2009 à 17h47
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Le tout premier épisode que j'ai écrit, il y a quelques mois. Il prend place juste après la fin de la saison 4. » Cissy 

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Prologue

 

Il commençait à ne plus rien sentir. La douleur avait disparu et même le froid s'atténuait.

Quelques heures plus tôt, il souffrait terriblement : ses poignets, tordus dans le dos, entamés par le métal des menottes, et ses chevilles, dans lesquelles la cordelette de nylon mordait cruellement, le taraudaient. Son épaule gauche, vraisemblablement démise, le lançait douloureusement à chacun de ses gestes et la souffrance provoquée par sa blessure à la tempe et les lacérations de ses jambes ne lui laissait pas de répit. Le bâillon, sauvagement serré, lui blessait la commissure des lèvres et il sentait le goût du sang dans sa bouche. Ils lui avaient pris sa veste, ses chaussures et ses chaussettes, le laissant vêtu d'une simple chemise de coton et de son jean qui ne lui étaient pas d'une très grande protection contre le froid qui augmentait d'heure en heure s'insinuait dans tout son être, le mordait, le fouaillait, le tenaillait, sans qu'il puisse rien faire pour y échapper. Il n'aurait jamais cru possible qu'on puisse autant souffrir : l'impression qu'on lui plantait mille aiguilles sous la peau. Son ventre était tordu par des spasmes terribles. Il aurait tout donné pour sombrer dans l'inconscience, mais cela même lui était refusé.

Depuis combien de temps ce calvaire durait-il ? Il avait totalement perdu la notion du temps. Il avait l'impression d'être étendu là, sur ce sol glacial, depuis des jours et des jours. Il restait assez lucide cependant pour comprendre que, vraisemblablement, il ne s'était guère écoulé plus de quarante-huit ou soixante-douze heures depuis son enlèvement.

Au départ, il avait géré la souffrance. La température était fraîche, mais presque agréable finalement par rapport à la canicule extérieure. La douleur provoquée par sa blessure à la tempe était supportable et seule son épaule lui envoyait de longues ondes de souffrances durant lesquelles il serrait les dents, attendant qu'elles passent. Et puis, petit à petit, les autres douleurs s'étaient ajoutées : les menottes, la corde, le sang qui n'irriguait plus assez ses mains et ses pieds qui s'étaient mis à le torturer, les coups reçus qui avaient aggravé son état, les élancements de son épaule qui ne lui laissaient plus de répit et surtout le froid, augmentant à mesure que le temps passait.

La soif enfin s'était mise de la partie : depuis sa capture on ne lui avait donné ni à manger ni à boire. Sa bouche, desséchée déjà par le bâillon, lui donnait l'impression d'être remplie d'étoupe. Et puis il lui semblait respirer de plus en plus difficilement aussi : avaient-ils coupé l'arrivée d'air ? Il avait essayé de bouger, de se rouler par terre, malgré ses liens, pour tenter de conserver une certaine température corporelle. Mais il avait dû y renoncer à cause de la souffrance que le mouvement engendrait à son épaule. Il savait pourtant que l'immobilité c'était la mort, mais il n'avait plus la force de lutter.

Maintenant, il se sentait bien : la douleur et le froid avaient disparu. Son cerveau s'apaisait : il lui semblait qu'il s'assoupissait. Quelque part en lui, une petite lueur de conscience essayait bien de lui faire comprendre qu'il devait se battre encore, que s'il s'endormait il ne se réveillerait pas, mais il n'avait plus le courage de l'écouter. Il savait qu'il abandonnait, il savait qu'il n'en avait pas le droit mais il n'y pouvait rien ; il était allé au-delà de ses forces, au-delà de sa volonté et il n'avait plus qu'une envie : dormir et tout oublier.

Avant de sombrer dans l'inconscience il murmura : « Désolé, papa, Charlie. Je suis désolé, j'ai essayé, mais je n'en peux plus ! ».


Cissy  (14.04.2009 à 17:47)

CHAPITRE 1

 Bureaux du F.B.I.

« Et bien, voilà encore une affaire bouclée !

- Et sans l'aide de Charlie, une fois de plus.

- Dieu sait pourtant qu'il nous aurait été utile.

- Ça c'est sûr : on aurait pu gagner beaucoup de temps.

- C'est bon les gars ! Vous savez bien que depuis qu'il a perdu son accréditation, Charlie ne peut plus travailler pour le F. B. I.

- Il ne travaillait pas pour le F.B.I mais pour toi plutôt, non ?

- Justement, je ne me sens pas le droit de l'obliger à s'impliquer s'il n'y tient pas. Il a des choses bien plus importantes et passionnantes à faire à l'université. D'ailleurs, on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il a, plus ou moins consciemment, perdu son accréditation à cause de ça aussi.

- Bon, de toute façon, c'est ton frère. C'est toi qui décides.

- Sans compter que tu es le patron.

- Exactement : je suis le patron, c'est mon frère, c'est moi qui décide. Et d'ailleurs, on s'en est plutôt bien tiré, cette fois encore non ?

- Bien sûr. »

Les agents Eppes, Sinclair et Granger finissaient de ramasser les éléments du dossier qu'ils venaient de boucler : une sombre affaire de blanchiment d'argent doublée de manœuvres d'intimidation dont ils avaient enfin démêlé toutes les ficelles. Alors que Granger emportait le carton contenant les pièces rassemblées, David interrogea son chef et ami :

« Tu ne comptes vraiment plus jamais faire appel à Charlie ?

- Ecoute, je ne sais pas. On verra... Il est sûr que si la situation l'exigeait, je ferai sans doute appel à lui. Mais les choses sont plus compliquées maintenant qu'il n'est plus accrédité.

- On n'est pas non plus obligé de lui fournir des éléments top secrets. Le plus souvent, ses analyses peuvent se réaliser avec juste les éléments de l'enquête et ceux-ci ne sont pas si souvent en rapport avec la sécurité nationale.

- De toute façon, l'attitude de Charlie était dictée par sa logique et son empathie envers son collège. Jamais il ne mettrait une enquête en péril, j'en suis certain. Et jamais il ne divulguerait des secrets que nous devrions lui confier. J'ai entièrement confiance en lui.

- Malgré ce qu'il a fait ? C'était tout de même un peu te trahir non ?

- C'est vrai que, sur le moment, j'ai un peu eu cette impression. Puis j'ai compris que je me trompais. Charlie a agi en harmonie avec sa conscience : il est incapable de faire autrement. Et c'est aussi pour ça que je l'aime.

- Alors, tout va bien entre vous finalement.

- Oui. Pourquoi ? tu en doutais ?

- Et bien, disons qu'on se posait des questions. Vu qu'il ne vient plus jamais...

- Ça, c'est sa décision.

- ... Et que tu ne parles pas beaucoup de lui non plus, il faut dire.

- David, Charlie est mon petit frère. Je n'ai pas à vous faire de compte-rendu sur sa vie il me semble ?

- Non c'est sûr. Mais j'avais l'impression...

- Quoi ? L'impression que quoi ?

- Et bien, que tu n'allais plus très souvent chez lui non plus à vrai dire.

- Disons que les premiers temps, ça a un peu été le cas. C'est vrai, je ne savais pas trop quoi lui dire. Je n'osais pas lui parler de mes enquêtes, de peur qu'il s'imagine que je cherchais à lui forcer la main pour qu'il m'aide, ou qu'il culpabilise de ne plus pouvoir m'apporter son soutien. Et puis j'ai réalisé que, si ça continuait, nous allions de nouveau nous éloigner l'un de l'autre, que chacun d'entre nous allait retrouver son monde : lui les maths, moi le F.B.I. et que, si nous n'y prenions pas garde, nous nous retrouverions bientôt aussi étranger l'un à l'autre que nous l'avons été de notre entrée à l'université à la mort de notre mère. Et ça, je ne le voulais surtout pas. Alors j'ai repris le chemin de la maison et depuis trois semaines, j'y vais presqu'autant qu'avant.

- Presqu'autant seulement...

- On croirait entendre mon père ! Attends, je ne vais tout de même pas te rappeler la masse de travail qui nous est tombée dessus ces six dernières semaines !

- Pas la peine, j'étais là.

- Bien, agent Sinclair. Si votre interrogatoire est terminé, je vais peut-être pouvoir y aller. Justement, je suis attendu de pied ferme par mon père et Charlie ce soir.

- A bon ?

- Oui, on regarde le match de basket : Rockets contre Lakers et, bien entendu, Charlie a une analyse mathématique qui lui permet de définir le vainqueur. Quant à moi, ma propre analyse de terrain m'amène à m'opposer à son jugement.

- Une fois de plus !

- Que veux-tu ? Charlie et moi on s'opposera toujours : c'est dans notre nature.

- La fameuse rivalité fraternelle !

- Exactement ! Au fait, ça te dit de te joindre à nous ? Je pourrais demander à Colby de venir aussi. Ça fait un sacré bout de temps que vous n'êtes pas passés à la maison.

- Je dirais environ six semaines... Ecoute, je ne suis pas sûr que Charlie serait très heureux de nous voir.

- Et pourquoi pas ? Il ne vous en veut pas du tout. Ce n'est pas vous qui êtes en cause, tout comme ce n'était pas moi, ce que j'ai eu, il faut l'avouer, un peu de mal à comprendre.

- Et bien, si Colby est partant, pourquoi pas ?

- Si Colby est partant pour quoi ? demanda celui-ci qui revenait.

- Pour venir regarder le match de basket avec mon père et Charlie.

- Tu crois qu'on sera les bienvenus ?

- Oh non ! Toi aussi ?

- Moi aussi quoi ?

- David vient de me poser exactement la même question. Donc, comme à lui, je t'assure que Charlie n'est absolument pas en colère contre vous.

- Alors je viendrai volontiers. Mais je préfèrerai tout de même que tu t'assures qu'on ne dérangera pas.

- Moi aussi.

- OK. Puisque ma parole ne vous suffit pas... »

 

*****


Cissy  (15.04.2009 à 17:07)

Don décrocha le portable de sa ceinture et appuya sur la touche qui mémorisait le numéro de Charlie.

« Charlie, c'est moi.

- Toi, je te vois venir. Tu viens m'annoncer que tu ne peux plus venir. Je l'aurais parié !

- Non, non, on a terminé. Je serai là pour le début du match.

- Sans rire ?

- Ben oui, qu'est-ce que tu croyais ? Que j'allais te laisser gagner vingt dollars aussi facilement ?

- Quels vingt dollars ? s'enquit Colby.

- Les vingt dollars que nous avons parié lui sur Houston, moi sur L.A.

- A qui parles-tu ?

- A Colby. Justement, je me demandais si tu voyais un inconvénient à ce que lui et David viennent assister au match à la maison.

- Je vois. Tu as peur d'être mis en minorité.

- Comment ça en minorité ?

- Toi contre papa, Larry et moi. Si tu n'appelles pas ça une minorité !

- Au contraire, à trois contre un, je ramasserai soixante dollars.

- C'est ça, tu peux rêver !

- Bon alors c'est d'accord ?

- Quoi ?

- Pour Colby et David ?

- Ben évidemment que c'est d'accord. Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi tu le demandes. Tu sais très bien qu'ils sont toujours les bienvenus ici.

- Ah, vous voyez ce que je vous disais ! lança Don à l'intention de ses subordonnés qui écoutaient la conversation retransmise par l'écoute amplifiée.

- Robin vient aussi ? demanda Charlie.

- Non, tu sais bien qu'elle est retenue par la préparation de son procès.

- Oh c'est vrai, il commence dans deux jours n'est-ce pas ?

- Exactement, et c'est un gros morceau. Elle passe son temps dans ses dossiers.

- Bon, écoute : vous pensez être là dans combien de temps ?

- Vingt à trente minutes je pense. On aura le temps de prendre une bière avant le coup d'envoi, comme je te le disais.

- On vous attend.

- A tout de suite.

- D'ac. »

Don raccrocha et se tourna vers David et Colby.

« Rassurés ?

- Oui, ça va.

- Dommage que Liz ait pris quelques jours de congés, regretta Colby.

- Bah, elle se joindra à nous une autre fois.

- C'est sûr.

- Juste une chose : on est obligé de prendre ton parti ou on peut se ranger à l'avis de Charlie pour le match ?

- Vous êtes libres les gars. Si vous préférez la théorie à la pratique, c'est votre droit. Mais vous ne viendrez pas pleurer lorsque vous aurez perdu vos vingt dollars.

- Parce qu'on parie nous aussi ?

- Obligé, sinon vous n'êtes plus invités !

- C'est de l'extorsion !

- Et oui ! Il faut bien arrondir ses fins de mois. »

Un franc éclat de rire secoua les trois hommes tandis qu'ils sortaient du bureau. Ils se sentaient bien, leur affaire terminée, leur équipe soudée malgré le départ de Megan et la confiance mutuelle qu'ils se portaient renforcée par les épreuves endurées ensemble. C'était bon de décompresser de temps à autre, de pouvoir être autre chose que des agents spéciaux risquant leur vie pour servir et protéger.

Alors qu'ils arrivaient à l'ascenseur, un agent interpella Don :

« Agent Eppes, le directeur vous demande dans son bureau.

- Oh non ! Tout de suite ?

- Apparemment oui.

- Et il vous a dit pourquoi ?

- Non.

- Bon, désolé les gars mais il faut que j'y aille.

- Tu n'en as peut-être pas pour très longtemps.

- Oui, il veut peut-être simplement connaître les conclusions de notre affaire.

- J'espère bien. Pour une fois qu'on ne finissait pas trop tard.

- Tu veux qu'on t'attende ?

- Non, si jamais il y en avait pour un moment, ce serait idiot que nous manquions tous le début du match. Filez et excusez-moi auprès de papa et de Charlie. Mais dites-leur surtout qu'ils ne se fassent pas d'illusion. J'arriverai toujours assez tôt pour les délester de leur mise.

- On fera la commission, t'inquiète.

- Bon, ben à tout à l'heure.

- Avec un peu de chance, le directeur voudra aussi voir le match et il ne te retiendra que quelques minutes.

- Le ciel t'entende ! J'espère simplement qu'il ne va pas me demander de plancher sur une nouvelle affaire immédiatement.

- En tout cas, si c'est ça, tu nous oublies jusqu'à la fin de la rencontre, OK ?

- Ben voyons !... »

Les deux hommes s'engouffrèrent dans l'ascenseur qui descendait tandis que Don attendait qu'il en monte un pour se rendre au bureau du directeur.

« A tout à l'heure !

- OK ! »

 


Cissy  (15.04.2009 à 17:08)

CHAPITRE 2

Maison des Eppes 

Charlie referma son portable d'un coup sec, le sourire aux lèvres. Son père demanda :

« C'était Don ?

- Oui, il arrive avec Colby et David.

- Tu vois, je te l'avais dit. Tu me dois dix dollars.

- Et pourquoi ça mon cher père ?

- Je te rappelle que j'avais parié que ce soir ton frère serait à l'heure. J'ai gagné.

- Oui et bien attends tout de même qu'il soit là.

- Et tu dis qu'il vient avec David et Colby ?

- Exact !

- C'est bien. Ça faisait un sacré bout de temps qu'on ne les avait pas vus.

- Depuis que j'ai perdu mon accréditation en fait.

- Et ça ne te gêne pas de les revoir ?

- Non ! Pourquoi ? Ça devrait ?

- Non, non bien sûr mais...

- Mais quoi ?... Ecoute papa, ce que j'ai fait, je l'assume. Je savais que ça aurait forcément des conséquences. Mais ni Colby, ni David, ni personne de l'équipe n'y est pour rien. La décision vient de moi et de moi seul. Pourquoi devrai-je en vouloir à quelqu'un dans ce cas ?

- C'est toi qui a raison.

- Comme toujours.

- Sur ce point, je me permettrais d'émettre quelques retenues si tu permets.

- Non, sérieusement, la seule chose que je craignais, tu vois, c'est que le retrait de mon accréditation ne dresse un mur entre Don et moi.

- Je l'ai craint aussi, je l'avoue. Surtout les premières semaines.

- Tu l'as remarqué aussi hein ? Il ne venait plus aussi souvent.

- C'est vrai. Je crois que lui aussi avait peur que quelque chose change entre vous.

- Il te l'a dit ?

- Allons, tu connais ton frère ; il ne parle jamais franchement de tout ce qui touche aux sentiments.

- Ça, c'est sûr.

- Bon, c'est pas tout ça mais avec Larry en plus, ça nous met à six ce soir. Je dois préparer un peu plus de salades.

- Tu as besoin d'un coup de main ?

- Pense-tu ! Finis ce que tu étais en train de faire, je me débrouille très bien sans toi ! »

Son père disparu dans la cuisine, Charlie reprit pensivement sa craie. Mais il savait déjà qu'il n'écrirait rien : sa concentration avait disparu avec l'appel de Don. Il repensait à ces semaines passées, à ce risque qu'il avait pris pour Phil Sanjrany. Ou plutôt, pour ce qu'il croyait juste. Il ne pouvait pas admettre que son ami et collègue soit emprisonné alors qu'il n'avait violé aucune loi. En cela il différait de Don. D'ailleurs, il différait de lui sur tellement de plans que, parfois, il en venait à se dire que s'ils n'avaient pas été frères, ils n'auraient jamais pu se supporter.

En fait, ç'avait été presque le cas, finalement, durant leurs années de lycée. Son frère, si populaire, si aimé et lui, la « grosse tête » de service qu'on ne faisait que tolérer, et encore. A cette époque là, si on lui avait dit qu'un jour ils travailleraient côte à côte et deviendraient amis, il aurait bien ri. Pourtant, Dieu sait qu'il en rêvait de cette amitié avec ce grand frère tant admiré : tellement souvent il avait cherché à exister à ses yeux autrement que comme un phénomène de foire. Et voilà, qu'alors qu'il y était enfin parvenu, il avait tout mis en danger au nom de la science et de l'amitié.

Sur le moment, il n'avait pas réfléchi plus loin que son indignation et sa passion. Après il avait compris combien son geste, même s'il lui ressemblait, même s'il ne pouvait pas le regretter, avait mis en danger sa relation avec Don. Et il s'était alors demandé si ça en valait la peine. Surtout durant ces trois semaines où les visites de son frère s'étaient espacées. Il avait eu l'impression d'être reporté près de cinq ans auparavant, lorsque Don était revenu d'Albuquerque.

Et puis leur relation s'était de nouveau normalisée : Don avait repris ses visites régulières et ils avaient recommencé à sortir ensemble faire leur jogging ou jouer au bowling et même au golf ; ce n'est pas qu'il adorait ce sport, mais ça lui permettait de partager du temps avec ce grand frère si occupé. Finalement, ces moments partagés étaient peut-être encore meilleurs que ceux qu'ils passaient ensemble à traquer les criminels, car c'était des moments choisis durant lesquels ils parlaient de tout et de rien, sans but précis, juste comme le font deux frères, deux amis.

Cependant, il se demandait toujours s'il avait fait le bon choix. Bien sûr, il le savait maintenant, Don ne lui gardait pas rigueur de son attitude, mais lui ferait-il ne nouveau confiance s'ils devaient, un jour, retravailler ensemble ? Pourrait-il oublier sa « trahison » ? En fait, Charlie s'apercevait que depuis six semaines lui et son frère avaient parlé de tout : de leur travail respectif, d'Amita et Robin, de sport, de leurs parents... mais qu'à aucun moment ils n'avaient, ni l'un ni l'autre, osé aborder le sujet qu'ils avaient sur le cœur. Peur, de part et d'autre, de briser l'équilibre qui s'était instauré entre eux. Peur de s'apercevoir qu'ils avaient des positions irréconciliables qui pourraient peut-être les amener au point de rupture. Pourtant, Charlie savait que, tôt ou tard, il leur faudrait vider l'abcès, qu'il devrait exiger de Don qu'il lui dise enfin franchement comment il avait ressenti son action et s'il pensait que cela affecterait dorénavant leur collaboration.

D'ailleurs, y aurait-il même une collaboration future, en tout cas pour ce qui concernait le F.B.I. ? Son accréditation retirée lui interdisait, théoriquement, de travailler pour toute agence gouvernementale : pour elles, il n'était plus sûr. Et de toute façon, il n'était pas certain d'avoir envie de travailler de nouveau pour un gouvernement capable, au nom du principe de précaution, d'emprisonner des innocents. Peut-être devrait-il travailler sur les probabilités d'un retour à la normale ?

Il s'extirpa du canapé et saisit de nouveau sa craie, ses doigts se mirent à courir sur le tableau noir jusqu'à ce que son père l'interrompe en lui disant qu'il était temps qu'il les rejoigne au salon : Larry venait d'arriver et Don, David et Colby n'allaient sûrement pas tarder.


Cissy  (16.04.2009 à 17:06)

CHAPITRE 3

Maison des Eppes 

« Colby, David, ravi de vous revoir !

- Nous aussi M. Eppes

- Alan !

- Pardon, Alan.

- Ho ! Colby, David, ça faisait un bail ! Vous aviez perdu l'adresse ou quoi ? les interpella Charlie.

- A vrai dire, on a été plutôt occupés ces temps-ci, répondit David.

- Larry, enchanté de vous revoir, dit Colby. Comment va Megan ?

- Ecoutez, aux dernières nouvelles il me semble qu'elle allait bien.

- Dites-lui qu'elle pourrait nous appeler cette lâcheuse !

- Vous savez, son travail, son sacerdoce devrai-je dire, l'accapare entièrement.

- Je plaisantais Larry. Megan sait très bien qu'on pense à elle.

- Vous l'embrasserez de notre part quand vous irez à Washington.

- Je n'y manquerai pas.

- Au fait, Don n'est pas avec vous ? s'inquiéta soudain Alan.

- Ne vous inquiétez pas, il va arriver.

- Oui, le directeur l'a fait appeler dans son bureau juste comme nous partions.

- Oh ! Le directeur hein ? Rien de sérieux j'espère ?

- Ça, je l'ignore. De toute façon, on ne devrait pas tarder à le savoir.

- Oui, ajouta Colby. Soit il arrive, soit il nous appelle pour le rejoindre...

- Mais tout allait bien n'est-ce pas ?

- Bien sûr, aucun souci, je vous assure.

- Si vous le dites.

- En fait, intervint Charlie, tel que vous le voyez, ce qui inquiète papa ce n'est pas tant ce qui aurait pu arriver à Don que la perspective de perdre dix dollars.

- Comment ça ?

- Oui, figurez-vous que lui et moi nous avons parié sur le fait que Don serait ou non présent au moment du coup d'envoi.

- Oh ! Je comprends maintenant. A mon avis, ce sera le cas.

- Bon et bien, en l'attendant, si nous prenions quelque chose. Bière pour tout le monde ? »

Les bouteilles passèrent de main et main et chacun s'installa confortablement, qui dans un fauteuil, qui sur le canapé, piochant dans les amuse-gueules disposés sur la table. Chacun se mit à parler du match à venir, discutant des mérites de chaque joueur, débattant des chances de chacune des équipes et l'assemblée dû se résigner à subir un cours de statistiques sportives dispensé par le professeur Charles Eppes en personne. Vers vingt heures Alan s'inquiéta de nouveau :

« Je devrai peut-être appeler Don pour savoir ce qui le retarde. »

Charlie regarda affectueusement son père, il comprenait soudain que son inquiétude était réelle : son fils aurait dû être parmi eux depuis près d'une heure et il avait beau être largement adulte et qui plus est agent spécial au F.B.I. Alan restait un père inquiet dès que l'absence d'un de ses rejetons semblait inexpliquée.

« Ne t'inquiète pas, je suis sûr que Don va très bien. Il ne va pas tarder à arriver, tu vas voir.

- Je présume que tu préfèrerais tout de même qu'il n'arrive pas avant encore une bonne demi-heure, de manière à gagner ton pari.

- Ecoute, si je mets en balance la perspective de gagner dix dollars et celle de te voir te ronger les sangs pour... »

Le bruit de la porte qui s'ouvrait interrompit net la phrase de Charlie.

« Et bien, je vois que tout le monde est déjà là. Désolé pour le retard, dit Don en pénétrant dans la pièce.

- Pas de problème ! répliqua son père en le suivant du regard. Tout va bien ?

- Tout va très bien oui. Le match n'est pas encore commencé ?

- Pas encore, et tu viens tout juste de me faire gagner dix dollars. Charlie, passe la monnaie je te prie.

- Tu n'aurais pas pu arriver un peu plus tard non ? maugréa Charlie en tendant le billet à son père.

- Désolé cher petit frère. La prochaine fois, j'essaierai de faire durer mon entretien avec le chef.

- Au fait, s'enquit Colby, qu'est-ce qu'il te voulait ? »

Le visage de Don se ferma : « Je vous en parlerai plus tard, ce n'est pas vraiment le moment.

- Quelque chose ne va pas ? demanda Alan, alerté par le ton de son fils.

- Non, non, tout va bien... Je t'assure, insista Don en voyant le regard soucieux que son père posait sur lui. Mais on n'est pas venu parler boulot mais regarder le match et il n'y a rien d'urgent alors... Si vous n'avez pas tout bu, je prendrai bien une petite bière continua-t-il en prenant un ton plus léger.

- Je te l'apporte tout de suite, proposa Charlie. Qui d'autre en veut ? » Il compta rapidement les mains qui se levaient. « Larry, tu es volontaire d'office pour m'aider à ravitailler ces soiffards ! 

- Pourquoi moi ?

- Parce que tu es le seul dans cette pièce, en dehors de papa et moi, à ne pas porter un flingue. Et comme papa est déjà occupé avec les amuse-gueules...

- Justification logique mais oh combien insolite Charles ! En quoi le fait de porter une arme te dispense-t-elle de porter aussi une bouteille de bière ? » protesta Larry tout en suivant Charlie dans la cuisine. 

Les trois agents du F.B.I. restés dans le salon éclatèrent de rire. Don s'installa dans le fauteuil libéré par son frère, ce qui provoqua une passe d'armes joyeuse entre les deux garçons sous l'œil résigné de leur père.

Finalement, le cadet, comme cela était prévisible, céda sa place à son aîné et, chacun s'étant installé de son mieux, tous les regards se tournèrent vers l'écran de télévision. Tous sauf celui d'Alan qui resta encore un long moment fixé avec inquiétude sur son fils aîné ; il le connaissait trop bien pour ne pas déceler, sous l'entrain plus ou moins factice, la préoccupation qui le rongeait : qu'avait donc bien pu lui dire son supérieur pour qu'il ait l'air aussi soucieux ?


Cissy  (16.04.2009 à 17:07)

CHAPITRE 4

 Maison des Eppes

« Et voilà ! Par ici la monnaie ! annonça Don à la cantonade. Ça vous apprendra à écouter les vrais spécialistes ! Je vous avais dit que je ne pouvais pas me tromper !

- Au moins, tu as le triomphe modeste ! ronchonna Charlie.

- Et voilà ! Mon cher petit frère est vexé parce que ses sacro-saintes mathématiques n'ont pas fait le bon pronostic.

- Elles ont fait le bon pronostic ! Seulement, entre temps, les paramètres ont changé. Si j'avais su qu'ils ne feraient jouer Bynum finalement...

- Et si tu avais su qu'il y aurait une coupure de courant...

- Exactement ! La perte de concentration subie n'entrait pas dans mes calculs.

- Désolé petit frère ! Tu auras beau trouver toutes les excuses que tu voudras, le fait est que tu t'es planté et que tu as planté avec toi tous ceux qui avaient eu l'imprudence de te suivre aveuglément. Comme quoi les gens de terrain ont encore de l'avenir face aux grosses têtes !

- Cesse de m'appeler grosse tête ! Tu sais que je déteste cela !

- Bon, les interrompit David, ce n'est pas qu'on s'ennuie, mais il est déjà plus de onze heures et je me lève tôt demain alors si vous le permettez, je vais rentrer. Encore merci pour cette soirée. Je te raccompagne Colby ?

- Volontiers. Merci pour la soirée Charlie, M. Eppes. Larry à très bientôt j'espère. A demain patron, lança-t-il à l'intention de Don.

- Vous croyez peut-être que vous êtes les seuls à vous lever tôt ? Moi aussi je dois être aux aurores à l'université alors, si vous le permettez, je vais vous emboîter le pas. On se retrouve demain Charlie ?

- OK Larry, à demain, bonne nuit ! »

La porte s'étant refermée sur les trois visiteurs, Alan, Don et Charlie remirent un peu d'ordre dans le salon.

«  Et bien, je crois que je vais y aller aussi, déclara Don lorsque la pièce eut repris son apparence habituelle.

- Il est tard, répliqua son père en jetant un coup d'œil à la pendule. Tu ne préfères pas coucher là ? Tu as encore près d'une heure de route pour rentrer chez toi. Et c'est d'autant plus idiot que de dormir là te rapproche de ton bureau.

- Je ne sais pas trop... hésita Don en jetant un regard vers son frère.

- Papa a raison, intervint à son tour Charlie. Vu l'heure qu'il est, ta nuit risque d'être sérieusement raccourcie. En restant ici tu pourras dormir un peu plus longtemps. De plus, tu sais bien que ta chambre est toujours prête à t'accueillir.

- Alors dans ce cas, j'accepte volontiers. C'est vrai que je suis vanné.

- Bon, je te prépare des serviettes dans la salle de bain. Bonne nuit mes garçons.

- Bonne nuit papa, répondirent-ils en chœur.

 

*****


Cissy  (16.04.2009 à 17:08)

 

- Tu ne montes pas te coucher ? demanda Don en voyant son frère se diriger vers le garage.

- Si, dans quelques minutes. J'ai juste quelques papiers à ranger pour demain.

- Et tu vas te mettre à analyser je ne sais pas trop quoi. Total, tu y seras encore à trois heures du mat' !

- Ça ne risque pas, crois-moi. Je suis mort !

- Tiens donc. Tu sais que j'ai vu des morts qui avaient bien moins bonne mine que toi ?

- Très drôle ! Tiens, au fait, c'était quoi alors la cause de ton retard ? Tu avais tout de même l'air bien préoccupé en arrivant. A moins que tu ne puisses pas en parler, bien sûr, continua Charlie en voyant l'hésitation se peindre sur le visage de son frère.

- Non, au contraire, s'il y a quelqu'un a qui je dois en parler, c'est bien toi. Mais je ne suis pas sûr que le moment soit adéquat.

- Ah non ? Et pourquoi pas ? Allez, vas-y, de quoi s'agit-il ?

- Ben... en fait, le directeur me demandait si je pensais que l'on pouvait te rendre ton accréditation.  Apparemment, cela gêne beaucoup de monde de ne plus pouvoir faire appel à toi.»

Don remarqua aussitôt le raidissement de son frère.

« Tiens donc ! Et que lui as-tu répondu ?

- Que je n'en savais rien !

- Sympa ! Ça fait plaisir de voir que tu me fais confiance.

- Arrête Charlie ! Ce n'est pas du tout ça !

- Ah non ! Alors c'est quoi je te prie ?

- C'est... c'est beaucoup plus compliqué que ça. Bien sûr que je te fais confiance !

- Ravi de l'entendre.

- Mais je ne suis pas sûr que, toi, tu veuilles la récupérer cette accréditation !

- Content de voir que tu es capable de savoir ce que je pense.

- Oh Charlie ! Tu sais bien ce que je veux dire.

- Alors là, vois-tu, pas du tout. Tu peux développer un peu ? »

Ils se faisaient face, debout de chaque côté du bureau et l'un comme l'autre sentaient confusément qu'ils y étaient : cette fois-ci, l'explication qu'ils avaient à la fois tant espérée et tant redoutée allait avoir lieu et ils devraient faire face à ses conséquences.

« Ecoute Charlie. Tu sais très bien que, si tu avais voulu, tu aurais pu conserver ton accréditation.

- Il suffisait simplement que je me plie à tes diktats !

- Mes diktats ! Non mais écoute toi ! Il ne s'agit pas de moi ! Il ne s'agit même pas de toi, ni de ton ami Phil ! Il s'agit de savoir si on peut faire n'importe quoi, n'importe quand, n'importe comment, au gré de ses émotions !

- C'est marrant que ce soit toi qui tienne ce genre de discours !

- Charlie, tu as pensé à ce qui pourrait arriver si cette invention tombait en de mauvaises mains ?

- Et toi, tu as pensé à ce que pouvait ressentir Phil, enfermé arbitrairement, traité comme un criminel alors qu'il n'a fait qu'essayer de rendre le monde meilleur ?

- Rien que ça !

- Tu n'écoutes rien Don. Je ne voulais pas perdre mon accréditation. Mais entre mon accréditation et mes convictions, entre elle et mon intégrité, je n'ai pas hésité une seconde c'est vrai. Et puis, sois aussi un peu cohérent avec toi-même, pour une fois dans ta vie !

- Pardon ?

- Tu te souviens, lors de l'affaire Bonnie Parks ?

- Oui, tu t'es fait tirer dessus. C'est à cause de ça que ... ?

- Non. D'accord j'ai eu très peur mais... Tu ne te souviens pas de ce que tu m'as dit, juste après ? Au sujet de mon travail avec toi ?

- Si bien sûr. Mais, je ne vois pas le rapport.

- Tu ne vois pas ? Seigneur, Don, réfléchis un peu ! Et si c'était vers cette découverte que je devais avancer ? Si, effectivement, dans ce cas précis mon travail avec toi m'avait été une entrave : je n'ai fait que reprendre ma liberté.

- Ta liberté...

Le ton de Don était amer. Charlie sentit le danger.

- Don...

- Non, c'est bon, j'ai compris. En fait, depuis le début tu te sens enfermé dans mon monde. Tu ne fais ça que pour me faire plaisir mais, de ton côté tu as l'impression d'être privé de quelque chose d'essentiel.

- Non, pas du tout. Don, je te l'ai déjà dit : j'adorais travailler avec toi.

- Tu adorais..., il insista sur le passé.

- Non, j'adore... Oh et puis tu m'agaces à la fin ! On croirait que tu fais exprès de chercher à me faire culpabiliser. Je n'ai rien fait de mal !

- Tu n'as rien fait de mal, non Charlie. Tu n'as jamais rien fait de mal... Ecoute, on en reparlera demain. Je rentre chez moi.

- Mais je croyais que tu dormais ici ?

- Là tu vois, je n'en ai plus très envie ! ».

Sur ces mots, il quitta la pièce. Charlie envoya promener la pile de dossier qui se trouvait devant lui et se jeta dans le canapé à la fois furieux et malheureux. Son frère exagérait : pourquoi ne voulait-il pas comprendre ? Pourquoi continuait-il à prétendre avoir eu raison ? Pourquoi... ?

Tous ces pourquoi ne menaient à rien, il en était conscient. Bon sang ! qu'aurait-il pu dire de plus ou de moins pour se faire comprendre ? Au fur et à mesure que la colère le quittait, il se sentait coupable : il avait l'impression d'avoir terriblement déçu son frère et il ne pouvait le supporter.

Il ramassa son portable et posa l'index sur la touche mémoire lui permettant d'appeler Don directement. Puis il y renonça. C'était trop tôt. Il sentait encore la colère au fond de lui et, s'il parlait maintenant à son frère, il risquait de dire des choses qu'il ne pensait pas, des choses qu'il regretterait ensuite. Bon sang ! Pourquoi leurs rapports étaient-ils toujours aussi compliqués ? Comment pouvait-ils à la fois être si complices et si peu se comprendre ? Ne leur suffisait-il pas de s'aimer ?

Son téléphone sonnait : l'affichage lui indiqua que c'était Don. Il hésita un instant puis au lieu de décrocher, il éteignit son portable. Il n'était pas encore prêt. Il ignorait qu'il venait de faire un geste qui le hanterait longtemps.

 


Cissy  (16.04.2009 à 17:09)

CHAPITRE 5

 Maison des Eppes

A peine dans l'escalier, Charlie sentit les odeurs du café fraîchement préparé : apparemment son père était déjà debout. Il grimaça : il aurait préféré pouvoir partir sans le rencontrer. Il ne tenait pas, dès le matin, à se lancer dans une conversation dont il devinait les tenants si son père apprenait sa dispute de la veille avec Don.

« Salut p'pa ! Déjà debout ? Il est à peine six heures ! Vu l'heure à laquelle tu t'es couché, j'imaginais que tu ne serais pas levé avant encore une heure d'ici.

- Dis tout de suite que tu me prends pour un vieux croulant incapable d'assumer une soirée qui se prolonge un peu.

- Pas du tout, tu sais bien. Non, sérieusement, comment se fait-il que tu sois déjà debout ?

- J'ai une tonne de choses à faire aujourd'hui. Et puis, fiston, souviens-toi que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.

- Oui, j'ai déjà entendu ça quelque part.

- Café ?

- Volontiers.

- Et ton frère ? Il n'est pas encore levé ?»

C'était la question que Charlie redoutait.

« Et bien, finalement il est rentré dormir chez lui.

- Comment ça ?

- Ben oui quoi, il a préféré rentrer. C'est son droit tout de même. »

Alan posa la tartine sur laquelle il était en train d'étaler de la confiture et fixa son fils cadet qui, de son côté, gardait les yeux obstinément fixés sur son bol de café, comme s'il pensait y trouver la réponse au problème de P = non P.

« Charlie !

- ...

- Charlie, j'aimerai bien que tu me regardes lorsque je te parle !

- Quoi ? répliqua presque agressivement le mathématicien en croisant enfin le regard de son père. Tu veux savoir pourquoi il est parti ? Si on s'est disputé ? Et bien oui ! Voilà, tu es content ?

- Charlie, je te rappelle que je suis ton père et je te prierai de me parler sur un autre ton, c'est clair ?

- Désolé papa mais...

- Mais quoi ? Bon, tu t'es disputé avec ton frère : ce n'est ni la première, ni la dernière fois que cela arrive. C'était quoi cette fois ?

- Rien...

- Ah bon ! Vous vous êtes disputés pour rien. Original !

- Non, mais... Enfin... Voilà : il m'a dit que le F.B.I envisageait de me rendre mon accréditation.

- Ah !

- Qu'est ce que tu veux dire avec ce ah ?

- Rien. Rien de plus que ce que j'ai dit. Et toi, que penses-tu de cette éventualité ?

- Je ne sais pas. C'est vrai, d'un côté je serai très heureux de retravailler avec Don mais bon, je n'ai pas vraiment besoin d'une accréditation officielle pour ça.

- Ça simplifierait tout de même les choses : pour lui notamment.

- Oui, bien sûr. D'un autre côté....

- Quoi donc ?

- Je ne sais pas trop. Tu comprends, j'ai été tellement déçu par leur réaction à tous. J'ai peut-être peur d'être à nouveau déçu.

- Ne t'es-tu pas demandé si, de son côté, ton frère n'avait pas, lui aussi, été déçu de ta réaction ?

- Si, évidemment. Mais ça ne rend pas le dilemme plus simple à résoudre, crois-moi.

- Donc, vous vous êtes disputés.

- Tu nous connais, un mot en entraînant un autre...

- Et tu l'as laissé repartir chez lui ?

- Que voulais-tu que je fasse ? Je n'allais pas le retenir de force.

- Charlie... Ton frère avait vraiment l'air épuisé hier. Tu aurais pu trouver un moyen de le retenir si tu l'avais réellement voulu.

- J'aurais dû me douter que tu serais de son côté !

- Alors écoute-moi bien ! Je ne suis du côté de personne. Seulement, en tant que père, je pense avoir le droit de m'inquiéter si l'un de mes fils prend le volant passé minuit alors qu'il est recru de fatigue, d'accord ? Et ça n'a rien à voir avec le fait de prendre le parti de l'un ou de l'autre !

- Excuse-moi. Mais je suis sûr que tout va bien. Tu sais bien que Don est habitué à avoir des journées à rallonge.

- Oui malheureusement. Ah... Je vais tout de même essayer de l'appeler, juste pour m'assurer que tout va bien.

- Arrête papa ! Il est à peine six heures ! Il dort sans doute encore.

- Tu as raison, admis Alan en reposant le portable qu'il avait déjà en main. Je vais attendre encore une petite heure.

- Et puis, je te promets de l'appeler aussi dès que j'aurai un moment de libre.

- Journée chargée pour toi aussi ?

- C'est rien de le dire ! D'ailleurs, il faut que je file ! Au fait, je risque de rentrer assez tard ce soir alors ne m'attends pas.

- D'accord. Bonne journée fiston.

- Bonne journée. »

Charlie alla dans le garage récupérer sa serviette et son ordinateur portable. Les dossiers qu'il avait envoyés valser la veille au soir traînaient encore au sol. Il soupira en se rappelant sa dispute avec son frère. Il détestait ce poids qu'il avait sur la poitrine, cette impression d'avoir tout faux, une fois de plus. Il se mit à ramasser les papiers épars et les reposa sur le coin du bureau.

Son regard tomba alors sur son téléphone éteint et il se souvint de l'appel de Don. Il ralluma son appareil et appela sa boîte vocale. La voix de son frère résonna à son oreille, lasse, tendue : « Ecoute Charlie, c'est trop bête. Je ne supporte pas de me disputer avec toi. Moi aussi j'adore qu'on travaille en équipe et, accréditation ou pas, je n'ai pas envie que ça change. Maintenant, c'est à toi de voir petit frère. Je ne veux surtout pas que tu te sentes frustré par notre collaboration. Il faudra vraiment qu'on en parle calmement tous les deux. Je comprends que tu ne veuilles pas me parler pour le moment, mais, s'il te plaît, rappelle-moi dès que possible. S'il te plaît Charlie... »

Une boule obstrua un instant la gorge de Charlie tandis qu'il sentait les larmes lui monter aux yeux. Don avait l'air tellement perdu ! Quel idiot il était ! Si seulement il avait décroché son téléphone hier, il aurait pu convaincre son frère de revenir, et ils auraient fini par se comprendre, c'était certain. Après tout, tant pis pour l'heure matinale. Il appuya sur le numéro de son frère, le cœur battant. Deux sonneries et puis la voix si familière « Vous êtes bien sur la boîte vocale de l'agent spécial Don Eppes. Je ne peux pas vous répondre pour le moment. Merci de me laisser un message, je vous rappellerai dès que possible. » Charlie se racla la gorge. « Don, salut, c'est moi. Je voulais m'excuser pour hier. Là, je n'ai pas beaucoup de temps, je dois filer à l'université, j'ai des cours toute la matinée. Mais on pourrait peut-être déjeuner ensemble non ? Rappelle-moi. »


Cissy  (17.04.2009 à 18:21)

CHAPITRE 6

 Calsci

Après avoir stationné sa voiture à l'endroit habituel, Charlie gagna son bureau, presque en courant. Bien qu'il se soit levé aux aurores, il n'était pas en avance. Il avait toute une pile de copies à corriger avant le cours de neuf heures et il n'était pas sûr d'avoir assez de deux heures pour ça. Aussi, quand il vit un inconnu faisant le pied de grue devant la porte de son bureau, il eut une grimace d'impatience. Ah non ! Pas ce matin ! Ce n'était vraiment pas le moment : il n'avait vraiment pas une minute à accorder à qui que ce soit, d'autant moins si Don pouvait se libérer pour le déjeuner. Sa voix n'était donc pas particulièrement cordiale lorsqu'il s'enquit :

«  Je peux quelque chose pour vous ?

- Vous êtes bien le professeurs Charles Eppes ?

- En effet. Mais si vous désirez un entretien, je vous prierai de prendre rendez-vous auprès du secrétariat. Je n'ai vraiment pas une minute à vous accorder. Désolé ! » Il pénétra dans son bureau, pensant que la conversation était close. Quelle ne fut pas sa surprise et son agacement, en s'apercevant que l'inconnu lui emboîtait tranquillement le pas.

«  Ecoutez monsieur...

- Travers, Ben Travers !

- Ecoutez, monsieur Travers. Comme je viens de vous le dire, je n'ai vraiment pas une minute à moi alors...

- Laissez-moi juste vous exposer le motif de ma visite. Je suis sûr que vous changerez d'avis.

- C'est vraiment impossible aujourd'hui, je vous le répète. Si vous y tenez, nous pouvons fixer un rendez-vous... attendez... » Il se dirigea vers son bureau et ouvrit l'agenda qui s'y trouvait. L'homme s'approcha de lui et ferma le cahier.

« Pardonnez-moi professeur, mais ce que j'ai à vous dire ne souffre d'aucun retard. Donc, si vous voulez bien cesser de perdre du temps...

- Monsieur Travers, vous devez comprendre que...

- C'est vous qui ne comprenez pas professeur ! Mais peut-être que ceci vous permettra de réaliser que vous auriez grand tort de ne pas m'accorder l'entrevue que je sollicite : rendez-vous ou pas ! »

Il jeta sur le bureau un porte-carte que Charlie reconnut aussitôt : c'était le genre d'accessoire que portent tous les agents fédéraux. Il pensa alors avoir à faire au représentant d'une agence gouvernementale quelconque, qui avait besoin de ses services. Décidément, depuis la veille, il était particulièrement demandé, se dit-il, non sans un brin d'ironie. Il secoua la tête en repoussant le porte-carte, sans l'ouvrir.

« Je vois, fit-il. Si vous appartenez au gouvernement, vous devez savoir que je n'ai plus aucune accréditation pour travailler avec ses agences. Donc, quoi que vous vouliez, je suis désolé de vous dire que je ne pourrai vous être d'aucune aide. Sur ce, vous m'excuserez mais...

- Je ne suis pas agent fédéral.

- Ah non ? Pourtant, ce porte-carte...

- Vous n'avez même pas pris la peine de l'ouvrir. Vous ne l'avez d'ailleurs pas vraiment regardé, sinon vous l'auriez sans doute reconnu.

- Reconnu ? »

Un terrible pressentiment le saisit et son regard se porta à nouveau sur l'objet. Sa main tremblait en l'attirant à nouveau vers lui. Il prit une profonde inspiration et s'efforça de se détendre : il n'allait pas se mettre martel en tête voyons ? Pourtant, plus il le regardait, plus il avait l'impression de le voir, accroché à la poitrine de l'un des hommes qu'il aimait le plus au monde. « N'importe quoi ! » lui soufflait sa raison.

«  Tous ces insignes se ressemblent, quelles sont les probabilités que... »

« Et bien, professeur ? Vous ne l'ouvrez pas ? » Le ton de l'homme était plein de sous-entendus. Charlie inspira à nouveau profondément et, d'un geste plus assuré, il prit le porte-cartes en main et l'ouvrit.

Il se laissa tomber dans le fauteuil qui était derrière lui, le cerveau à la dérive, le cœur battant la chamade. Il avait l'impression que le sol tanguait sous ses pieds et que les murs du bureau dansaient une sarabande endiablée. Lorsque son malaise fut dissipé, il regarda à nouveau l'insigne qu'il tenait dans les mains : celui de son frère !

 

*****


Cissy  (17.04.2009 à 18:22)

Son cerveau entra en ébullition : voyons, il y avait mille raisons pour que cet insigne soit entre

les mains de cet homme. Mille vraiment ? Non, il ne voulait pas croire que... Don avait dû oublier sa carte et cet homme ne faisait que la rapporter. Bien sûr, inutile d'aller chercher d'autres explications.

« Je vous remercie de m'avoir rapporté cette carte. Où l'avez-vous trouvée ?

- Voyons professeur, soyons sérieux. Vous imaginez vraiment que votre frère aurait pu égarer son insigne ? »

Bien sûr que non ! Don était beaucoup trop consciencieux, trop professionnel pour commettre une telle faute. Peut-être, simplement, la carte avait-elle été volée : il la laissait dans la poche intérieure de sa veste alors...

« Bien, je pense que nous avons perdu assez de temps professeur Eppes. Vous savez très bien ce que cela veut dire : si je détiens l'insigne, je détiens obligatoirement aussi son propriétaire, vous me suivez ?

- Où est mon frère ? Que lui avez-vous fait ?

- Vous imaginez bien que je ne répondrai pas à la première question. Pour la seconde, nous ne lui avons rien fait que l'inviter à passer quelques jours avec nous. Ça n'a pas été sans mal, il faut le dire. Mais les membres de mon équipe savent être persuasifs...

- Si vous lui avez fait du mal...

- Rien qu'il ne soit en mesure de supporter, rassurez-vous !

- Je veux lui parler !

- Plus tard professeur. Vous n'êtes donc pas curieux de savoir ce que nous voulons ?

- Que voulez-vous ?

- Votre collaboration pour un projet qui nous tient à cœur. Mais nous pensions que vous nous la refuseriez si nous n'avions pas d'arguments suffisamment pertinents à vous opposer. Voyez-vous, notre projet n'est pas tout à fait légal.

- Vous m'étonnez ! railla Charlie avec amertume.

- C'est bien, vous gardez le sens de l'humour. Je sens que je vais adorer collaborer avec vous !

- Ecoutez, il est encore temps de vous en tirer. Je ne sais pas si vous vous rendez réellement compte de ce dans quoi vous êtes impliqué.

- Ah non ? Expliquez-moi donc professeur : je suis tout ouïe !

- Vous avez kidnappé un agent du F.B.I. Comment croyez-vous que cela va se passer pour vous ?

- Première erreur. Ce n'est pas un agent du F.B.I. que j'ai enlevé, si tant est que j'ai enlevé quelqu'un d'ailleurs.

- Que voulez-vous dire ?

- La personne qui a été enlevée n'est pas l'agent spécial Don Eppes, du F.B.I., mais Don Eppes, frère du génial professeur Charles Eppes ! C'est pourtant simple à comprendre. Et le génial professeur Charles Eppes a tout intérêt à mettre son génie à ma disposition s'il veut avoir un jour la chance de revoir son frère chéri. Et à faire tout ce que je lui dirai, notamment ne pas prévenir le F.B. I., ni quiconque d'ailleurs, de cet hypothétique enlèvement. Est-ce clair ?

- C'est impossible voyons. On va s'étonner de ne pas le voir arriver, c'est certain, et ses collègues vont se renseigner pour savoir où il est.

- Evidemment. Mais voyez-vous, sans avoir la prétention d'être aussi intelligent que vous, j'avais déjà pensé à ce risque et je l'ai contourné. Tenez, voici un papier qui nous évitera les questions dérangeantes. »

Il tendit à Charlie un document que celui-ci saisit : c'était un arrêt maladie au nom de Don, pour une durée de cinq jours. Il eut l'impression que son cœur s'arrêtait de battre : cinq jours ! Ils comptaient retenir son frère pour au moins cette durée. Il savait qu'il ne le supporterait pas : ne pas savoir ce qu'il devenait, s'il était blessé, s'il était bien traité... C'était impossible.

« Voyez, c'est tout simple. Il vous suffit de faxer ce certificat et personne ne s'inquiétera de l'absence de votre frère avant mercredi matin. Astucieux n'est-ce pas ?

- Et vous pensez vraiment que personne ne prendra de ses nouvelles ? Que ses collègues ne chercheront pas à le joindre ?

- A vous de les décourager. Dites-leur qu'il a besoin de repos, qu'il dort, qu'il est sous la douche... Bref, ce que vous voulez, mais personne ne doit savoir ce qui s'est réellement passé. Ce serait dommage pour lui, très dommage... Si tout se passe bien, et il n'y a pas de raison qu'il en soit autrement, votre frère vous sera rendu dès que vous aurez fini le petit travail que je souhaite vous confier.

- Qu'attendez-vous de moi ?

- Enfin une question intelligente, à laquelle je vais me faire un devoir de répondre. Mais d'abord, vous allez faxer ce certificat au F.B.I. avant que l'absence de votre frère ne les inquiète. Et, comme je vous l'ai dit, personne d'autre que vous et moi ne doit savoir ce qui se passe réellement.

- Je dois en parler à mon père.

- Personne je vous dis !

- Soyez raisonnable ! Vous avez dit vous-même qu'il fallait écarter les collègues de Don. Or, où croyez-vous qu'ils vont prendre des nouvelles de lui ? Et que se passera-t-il quand mon père leur répondra que Don se porte comme un charme, du moins à sa connaissance ?

- D'accord, mais votre père seulement c'est bien clair ? Et tâchez de bien lui faire comprendre qu'il a tout intérêt à garder précieusement ce secret s'il ne veut pas se retrouver avec un fils unique ! »

Un frisson glacé parcourut Charlie en entendant cette voix froide et sarcastique énoncer cette phrase si lourde de sous-entendus. Il se leva pour aller faxer le certificat et rédigea quelques lignes pour expliquer que Don lui avait demandé de le faire parvenir parce qu'il se sentait vraiment très mal ce matin. Il ajouta qu'il valait mieux éviter de le déranger avant le lendemain : il avait avant tout besoin de repos. Ce serait toujours vingt-quatre heures de gagnées. Mais gagnées sur quoi ?

« Parfait professeur, dit l'homme qui avait suivi tous ses mouvements et lisait par-dessus son épaule. Maintenant, nous allons pouvoir discuter de ce que vous allez pouvoir faire pour moi en échange de ce que je peux faire pour vous. »

 


Cissy  (17.04.2009 à 18:23)

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