HypnoFanfics

Cauchemar

Série : Numb3rs
Création : 14.04.2009 à 17h47
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Le tout premier épisode que j'ai écrit, il y a quelques mois. Il prend place juste après la fin de la saison 4. » Cissy 

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CHAPITRE 7

  Rues de Los Angeles

Don avait saisi sa veste, récupéré son arme et ses menottes dans le tiroir où il les rangeait lorsqu'il passait la soirée avec son père et Charlie, et était sorti précipitamment, ulcéré. Décidément, Charlie ne changerait jamais : toujours vouloir avoir raison, entêté comme pas permis ; et cette manière de le prendre systématiquement de haut, comme s'il était totalement stupide ! On l'y reprendrait, tiens, à vouloir essayer de discuter avec lui ! Cette fois-ci c'était clair : chacun de son côté et basta !

Et puis, petit à petit, tandis qu'il roulait, l'absurdité de cette querelle lui apparut. Bien sûr Charlie était entêté et sûr de lui, mais aurait-il été ce qu'il était sans ces défauts ? D'ailleurs, on pouvait très bien lui attribuer exactement les mêmes. C'était vraisemblablement pourquoi ils se heurtaient si souvent. Il se souvint de sa mère qui s'emportait parfois contre leurs querelles et finissait pas s'écrier « Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mettre au monde deux pareilles têtes de mules ? Vous finirez par me rendre folle ! »

Finalement, Charlie avait simplement été fidèle à lui-même, fidèle en amitié, fidèle à ses convictions, et si quelqu'un avait eu tort dans cette histoire, c'était lui, Don. Non pas qu'il remette en question sa décision : même s'il en admettait l'injustice, il restait convaincu de son bien fondé, c'était ainsi. Par contre, connaissant son jeune frère, il aurait dû envisager une telle réaction et tout faire pour l'en empêcher. Quoique... lorsque Charlie avait quelque chose dans la tête... Il frappa impatiemment son volant du plat de la main : c'était trop bête à la fin !

Attrapant son portable, il appuya sur le numéro de son frère puis raccrocha aussitôt. Tel qu'il le connaissait, Charlie ne décrocherait pas : il devait encore être trop furieux et avec son entêtement coutumier... Il sourit à cette même réflexion qui l'ulcérait un quart d'heure plus tôt.

Après avoir jeté un coup d'œil à son rétroviseur, il fit demi-tour sur l'avenue, décidé à retourner s'expliquer avec son frère : et sans s'énerver cette fois-ci. Puis, au bout de quelques centaines de mètres il s'arrêta le long du trottoir, indécis. Etait-il vraiment judicieux de revenir maintenant ? Il était tard et ils étaient fatigués tous les deux, ce qui était sans doute entré en jeu dans leur incapacité à communiquer sereinement. D'autre part, rien de démontrait que Charlie aurait envie de lui parler si tôt après leur prise de bec.

Il eut un rire bref, sans joie : qui aurait dit que lui, Don Eppes, aurait le trac de se retrouver face à son petit frère ? Pourtant c'était un peu ça : il craignait que leur querelle ne laisse des traces indélébiles, non pas tant par sa violence (Dieu sait qu'ils en avaient eu d'autrement plus animées !) que par tout ce qu'elle sous entendait de confiance à reconstruire de part et d'autre. Et si Charlie était déjà couché ? Le mieux était encore de l'appeler pour voir sa réaction. Il décrocha le téléphone de sa ceinture et composa le numéro de son frère. « Vous êtes bien sur le téléphone de Charles Eppes. Je suis actuellement indisponible : vous savez ce qui vous reste à faire... 

- Ecoute Charlie, c'est trop bête. Je ne supporte pas de me disputer avec toi. Moi aussi j'adore qu'on travaille en équipe et, accréditation ou pas, je n'ai pas envie que ça change. Maintenant, c'est à toi de voir petit frère. Je ne veux surtout pas que tu te sentes frustré par notre collaboration. Il faudra vraiment qu'on en parle calmement tous les deux. Je comprends que tu ne veuilles pas me parler pour le moment, mais, s'il te plaît, rappelle-moi dès que possible. S'il te plaît Charlie... »

Don raccrocha son téléphone, le tripota quelques instants puis, d'un geste machinal, il le glissa dans la poche de sa veste. Pourquoi Charlie n'avait-il pas décroché ? Etait-il déjà monté se coucher ? Oui mais, le connaissant, il savait très bien qu'il n'aurait pas encore été endormi. Il avait pu, tout bonnement, laisser son portable en bas et ne pas l'avoir entendu sonner. Ou bien il était sous la douche. Ou bien... et c'était ce que Don redoutait, il avait simplement refusé l'appel, ne désirant pas lui parler.

De toute façon, quelle que soit la raison pour laquelle son frère n'avait pas répondu, cela ne l'avançait pas plus : devait-il ou non retourner chez celui-ci ? D'autant que la fatigue, un moment dissipée par l'énervement, lui tombait à nouveau dessus. Il n'était qu'à une dizaine de minutes de la maison et à plus de quarante de son appartement. D'un autre côté, il n'avait vraiment pas envie de se prendre à nouveau la tête avec Charlie. Don détestait cette indécision qui lui ressemblait si peu : retourner ? Rentrer chez lui ? Attendre et voir venir ? Après tout, Charlie allait avoir son message, la balle était dans son camp. Mais n'était-ce pas plutôt à lui de faire le premier pas ? Comment arriver à faire le bon choix ?

 

*****

 


Cissy  (18.04.2009 à 16:22)

Le choix fut fait à sa place de manière brutale. Sa portière s'ouvrit violemment et, avant qu'il ait eu le temps de réagir, un jet âcre lui inonda le visage, le faisant tousser et suffoquer. Il s'efforça de retenir sa respiration afin d'inhaler le moins possible de l'anesthésique et il tenta de porter la main à son arme mais, avant qu'il ait achevé ce geste, il sentit qu'on la lui enlevait : un homme qu'il n'avait même pas vu entrer dans l'habitacle était à ses côtés et, après avoir saisit l'arme, débouclait sa ceinture de sécurité. Il sentit une main qui fouillait dans sa poche et comprit qu'on lui arrachait son portable. Il essaya de se débattre tandis qu'on l'arrachait à son siège mais ses forces l'abandonnèrent et il se laissa propulser à l'intérieur d'un van qui venait de se garer à côté de son véhicule. Dans une demi-conscience il entendit un homme donner l'ordre de démarrer puis plus rien.

Lorsqu'il revint à lui, il comprit qu'ils étaient en train de rouler. Il était allongé dans un coin du van, la radio diffusait du rap à tue-tête : il avait toujours détesté cette musique. Ce soir, il avait une bonne raison pour ça. Il essaya de bouger prudemment les membres et s'aperçut qu'il n'était pas entravé : ses ravisseurs semblaient bien sûrs d'eux !

Il entrouvrit les yeux et jeta un coup d'œil à travers ses cils, feignant d'être toujours évanoui. Un homme était debout à l'avant du fourgon, s'accrochant aux sièges sur lesquels étaient assis deux autres individus. A sa ceinture était passée une arme que Don reconnut comme étant la sienne. Trois hommes, plus le chauffeur, cela faisait beaucoup ! Il décida d'attendre un peu, de récupérer ses forces avant de tenter quoi que ce soit. En tout cas, il ne leur laisserait pas le plaisir de le prendre sans se défendre. Qui pouvait l'avoir enlevé ? Il passa en revue les dossiers sur lesquels il travaillait actuellement : rien qui pouvait laisser présager un tel risque : kidnapper un agent du F.B.I. était plutôt une manœuvre suicidaire ! Alors, une vengeance ? Un criminel qu'il aurait arrêté ? La famille d'un malfrat emprisonné ?

Ses pensées furent interrompues par l'arrêt du van. Un bruit de porte qu'on ouvre et le véhicule roula encore quelques mètres puis s'arrêta, moteur coupé. La portière latérale du van fut ouverte de l'extérieur. Don comprit qu'ils étaient arrivés et qu'il devait saisir sa chance maintenant.

Il se détendit d'un seul coup, et, de ses deux poings réunis, il frappa à la nuque l'homme qui lui tournait le dos, l'étourdissant. Il essaya ensuite de se saisir de son arme mais, avant qu'il ait pu achever ce geste, l'un des hommes assis à l'avant était sur lui. Ils s'empoignèrent dans un corps à corps féroce. Don remonta son genou qui vint heurter violemment les testicules de celui qui tentait de le ceinturer. Ce dernier poussa un cri de douleur et bascula sur le côté. L'agent se releva aussitôt et se précipita vers la portière ouverte, bousculant celui qui se tenait dans l'embrasure. Ce dernier perdit l'équilibre et Don en profita pour s'extraire du véhicule et s'élancer à l'extérieur.

Il s'aperçut alors qu'il était dans un entrepôt. Il devait trouver la sortie, au plus vite ! Il contourna un camion frigorifique qui se trouvait-là, sur lequel était écrit : « Fields et fils, viande en gros ». Fébrilement, sa main alla chercher le biper à sa ceinture pour actionner le bouton de déclenchement du GPS : on pourrait ainsi le localiser, où qu'il soit. Heureusement, ses ravisseurs n'avaient pas penser à cet objet. Il le saisit, l'arma et le ramena dans sa poche tout en avançant à la recherche d'une issue.

« Attrapez-le bon sang !

- Pourquoi n'était-il pas attaché ?

- Ce truc était censé le faire dormir près d'une heure !

- Ne le laissez pas filer !

- Rappelez-vous qu'il me le faut vivant ! »

Il entendait les exclamations qui s'entrecroisaient. La dernière phrase le fit respirer : au moins, il savait que sa vie n'était pas en danger, du moins pas dans l'immédiat. Quoi que veuillent ses kidnappeurs, il n'avaient pas l'intention de le tuer tout de suite et il comptait bien profiter de l'avantage, tout relatif, que cela lui donnait.

Comme il se retournait, un coup violent à la tempe le rejeta en arrière, à demi-inconscient : un cinquième homme, qu'il n'avait pas vu, sans doute resté dans l'entrepôt à attendre ses complices, venait de le frapper, l'envoyant au sol. Plus que la volonté, ce fut alors son entraînement de combattant, comme une seconde nature, qui prit le relais. Sa jambe se détendit alors, dure comme une barre à mine et son pied vint frapper ce nouvel agresseur juste sous la rotule. L'homme poussa un hurlement de douleur et s'effondra au sol en tenant son genou à deux mains. Mais il était déjà trop tard. Le chauffeur et deux des autres hommes étaient sur lui.

Il sentit qu'on bloquait son bras dans une clé brutale et il hurla à son tour en sentant son épaule se déboîter sous la pression. Des larmes de souffrance se mirent à ruisseler sur son visage tandis que l'un des hommes le maintenait au sol d'un genou douloureusement enfoncé dans ses reins pendant que l'autre lui arrachait sa veste avant de lui tordre violemment les bras dans le dos. Des menottes vinrent encercler ses poignets, et un gémissement lui échappa lorsque ses tortionnaires les serrèrent au maximum. Puis ils le redressèrent sur les genoux.

Un coup de poing en plein visage lui arracha un cri de douleur tandis qu'un coup, porté à la nuque le précipitait à nouveau à terre. Il vit le sol venir à sa rencontre dans une brume ensanglantée.

« Ce salopard m'a niqué le genou ! »

Un coup de pied dans les côtes vint ponctuer la réflexion.

« Ça suffit maintenant ! Mort il ne nous sert à rien ! »

Juste avant de perdre connaissance, Don se demanda à quoi il pouvait bien servir.

 

*****


Cissy  (18.04.2009 à 16:23)

Combien de temps s'était écoulé lorsqu'il reprit conscience ? Il n'en avait pas la moindre idée. Il essaya de se redresser et le mouvement lui arracha une plainte : son épaule le faisait terriblement souffrir. Il resta étendu, attendant que la douleur se calme, essayant d'analyser la situation.

Il était allongé sur un sol froid et dur et un vrombissement incessant, dont il ne parvenait pas à déterminer l'origine, résonnait à ses oreilles. Ses poignets étaient étroitement entravés par des menottes et un bâillon obstruait sa bouche. Il secoua la tête, tentant de dissiper le voile qu'il avait devant les yeux. Ce mouvement déclencha une sourde douleur au niveau de la nuque et de la tempe. Il se souvint alors qu'il avait été frappé et aperçut qu'une traînée de sang sur le plancher où il gisait : apparemment sa blessure à la tempe avait beaucoup saigné et, à ce qu'il pouvait en juger, elle ne saignait plus ; c'était plutôt bon signe.

Il essaya une nouvelle fois de se relever en serrant les dents pour dompter la souffrance de son épaule blessée : il devait absolument faire le point sur sa situation. Il se rendit alors compte qu'il était pieds nus et que ses chevilles étaient entravées par une fine cordelette de nylon, serrée elle aussi au maximum. Décidément, ses ravisseurs avaient décidé de ne plus lui donner une chance cette fois-ci ! Au prix d'un terrible effort, il parvint à s'asseoir et s'appuya contre ce qui, dans un premier temps, lui sembla être un mur. Il regarda alors autour de lui.

Il se trouvait dans une petite pièce : deux mètres sur trois à vue de nez, quoiqu'il n'ait jamais été particulièrement doué pour estimer les superficies. Il faisait frais, presque froid. Pas un meuble : au plafond, et sur les murs, une série de esses pendaient sur des sortes de portiques. Et le ronronnement ne cessait pas.

Un choc brutal le projeta au sol, lui occasionnant un nouvel élan de douleur à l'épaule. Il comprit alors : il se trouvait dans un camion réfrigéré qui roulait ! Qui roulait et dont la climatisation fonctionnait ! Don venait de se rendre compte que la température semblait avoir baissé depuis son réveil. Ou peut-être que, sous l'action conjuguée de la douleur et de la perte de sang, il était plus sensible au froid, d'autant qu'il avait fait extrêmement chaud ces derniers jours. Il réussit à nouveau à s'adosser à la paroi, serrant les dents pour résister aux longs élancements de son épaule. Malgré la douleur et l'inconfort de sa position, ses idées s'éclaircissaient, il lui semblait qu'il redevenait capable de penser.

Qui l'avait enlevé et pourquoi ? C'était la question qui le taraudait. Si on avait voulu le tuer, il serait déjà mort. D'ailleurs, les mots surpris dans l'entrepôt semblaient confirmer qu'on n'en voulait pas à sa vie pour le moment. Mais que voulait-on de lui ? Où l'emmenait-on ? Il se mit à nouveau à passer en revue les dossiers sur lesquels il avait travaillés et ceux en cours, essayant de faire émerger un nom de cette trop longue liste.

Si seulement il avait pu joindre Charlie ! Celui-ci aurait bien trouvé un moyen de circonscrire cette liste à deux ou trois noms seulement. Cette pensée, à la fois logique et incongrue étant donné sa situation, fit dévier sa réflexion sur les réactions qu'allait engendrer sa disparition. Ses collègues allaient vite déclencher l'alerte : dès qu'ils se rendraient compte de son absence, ils partiraient en chasse. Et leur ténacité habituelle serait décuplée par la volonté de sortir un équipier d'une situation précaire. Bien évidemment, ils feraient appel à Charlie pour faire le tri auquel il pensait quelques secondes plus tôt et aussi pour permettre de le localiser.

Il eut alors l'une de ces intuitions fulgurantes auxquelles il avait appris à faire confiance : on ne l'emmenait nulle part ; on allait le détenir dans ce camion, sans doute celui qu'il avait entrevu dans l'entrepôt, pour égarer les recherches. Ses kidnappeurs avaient dû faire le même raisonnement que lui et aboutir aux mêmes conclusions : le F.BI. allait solliciter l'aide de Charlie pour le retrouver et celui-ci aurait beaucoup plus de mal à le localiser s'il changeait sans arrêt d'endroit : il est en effet bien plus difficile de débusquer une proie en mouvement qu'une proie statique. Mais il pouvait avoir confiance : s'il y avait un homme au monde capable de cerner les tenants et les aboutissants de cette affaire, c'était Charlie. Et celui-ci serait d'autant plus efficace qu'il se sentirait plus impliqué.

Et si au contraire, cette implication trop profonde le perturbait au point qu'il en perdre son habituelle efficacité ? Don imaginait très bien l'angoisse qui serait celle de son frère lorsqu'il apprendrait son enlèvement. Il savait ce qu'il aurait ressenti à sa place. Peut-être au fond valait-il mieux qu'on ne le mêle pas à cette enquête. Comment, sensible comme il l'était, Charlie pourrait-il gérer un échec étant donné l'implication funeste que celui-ci risquait d'avoir ? Don savait très bien que jamais Charlie ne se pardonnerait de n'avoir pas pu permettre de le retrouver. Et son père ? Il avait toujours essayé de lui cacher les facettes les plus noires de son métier, sachant combien ce père aimant pourrait s'inquiéter s'il était au courant de certains détails. Comment allait-il supporter la disparition de son fils ? Il ne voulait pas que sa famille souffre à cause de lui.

Le camion freina brutalement. Don fut à nouveau douloureusement projeté au sol. Il gémit. Il sentait le sang couler sur ses poignets entamés par l'acier des menottes trop serrées. La cordelette de nylon commençait à s'incruster dans les chairs de ses chevilles ajoutant à son calvaire. Il se doutait que celui-ci ne faisait malheureusement que commencer, sans soupçonner pour autant ce qu'il allait endurer dans les heures à venir.


Cissy  (18.04.2009 à 16:24)

CHAPITRE 8

 

 Dans Los Angeles

Alan raccrocha son téléphone d'un geste impatient et consulta sa montre : il était déjà près de dix heures trente et c'était la troisième fois qu'il laissait un message à Don, toujours sans réponse. Il n'aurait su expliquer pourquoi il se sentait confusément inquiet. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'il ne parvenait pas à joindre son fils, toujours si occupé.

Il avait tenté de l'appeler dès huit heures, sûr qu'à cette heure-là il ne risquait plus de le réveiller après sa courte nuit. Environ une heure après, il avait de nouveau essayé et puis, libéré par l'annulation d'un rendez-vous, il venait à nouveau de tenter sa chance. Toujours pas de réponse. Il avait beau se raisonner en se disant que, s'il était arrivé quelque chose, il en aurait été le premier informé, il ne pouvait se débarrasser de cette espèce d'angoisse qui le poursuivait depuis le matin : cette impression qu'une catastrophe était en marche dont rien ne pourrait arrêter la progression.

Après tout, puisqu'il était désormais libre jusqu'au début de l'après-midi, il pouvait bien en avoir le cœur net. Il décida donc de se rendre au siège du F.B.I. pour y voir son fils : ainsi, si l'absence de réponse venait du fait que ce dernier refusait de lui parler, craignant peut-être un sermon, il ne pourrait pas l'éviter s'il se présentait devant lui. Evidemment Don risquait de s'agacer de voir son père débarquer sans prévenir, telle une mère poule soucieuse de l'absence d'un de ses poussins, mais Alan était prêt à en courir le risque.

De toute façon, il savait très bien comment gérer les colères de son garçon. Il suffisait qu'il trouve une bonne excuse à sa présence : une invitation à déjeuner par exemple. Bon, évidemment, il était encore un peu tôt pour déjeuner, mais il pourrait toujours prétendre qu'étant libre (ce qui était vrai), il venait s'enquérir de l'heure à laquelle un déjeuner commun serait éventuellement possible. Et puis, la circulation étant ce jour-là plutôt dense, il mettrait bien trois quart d'heures avant d'arriver au F.B.I. et sa demande semblerait alors moins incongrue.

Après avoir retiré un badge visiteur à l'accueil, Alan s'engouffra dans l'ascenseur qui montait à l'étage où se trouvait le bureau de Don. Il pénétra dans le lieu qui lui était devenu si familier et chercha à localiser son fils. Il n'était pas à son bureau et il ne l'apercevait dans aucune des pièces dont les baies vitrées s'ouvraient sur l'alignement central des box.

« Tiens M. Eppes... Qu'est-ce que vous faites-là ? Comment va Don ? l'apparition brusque de David Sinclair et de Colby Granger auprès de lui le fit tressaillir. Puis, l'étrangeté de la question qui venait de lui être posée lui apparut soudain.

- Comment ça : comment va Don ? demanda-t-il, le cœur étreint par un mauvais pressentiment.

- Ben oui, reprit Colby. Il a quoi exactement ? Il semblait pourtant en forme hier soir.

- Qu'est-ce que vous voulez dire ? Don n'est pas là ?

- Je pensais que vous le saviez : son arrêt maladie nous est parvenu vers sept heures trente. Il est arrêté pour cinq jours. Je croyais qu'il était chez vous d'ailleurs puisque le fax venait du bureau de Charlie.

- Du bureau de Charlie ?... A vrai dire, je n'ai pas vu Don ce matin, alors peut-être que... Excusez-moi. »

Son portable venait de sonner, il s'aperçut que l'appel venait de Charlie et décrocha, fébrile :

« Charlie ? Est-ce que tu vas me dire ce qui se passe ?

- Comment ça ?

- Oui, je suis au F.B.I et...

- Tu es où ? Alan eut un choc en percevant une véritable panique dans la voix de son cadet.

- Je suis au bureau, je voulais voir Don et David me dit qu'il est malade.

- Oui, c'est un peu compliqué. Rentre à la maison qu'on en parle.

- Qu'est ce qui se passe ?

- Ecoute papa, il faut que je te parle, maintenant. Dis à David, dis lui que...

- Que quoi ?

- Je ne sais pas. Papa, tu dois rentrer. Je t'attends à la maison. Et... papa...

- Oui ?

- Surtout fais en sorte que ni David ni Colby ne t'accompagnent.

- D'accord, j'arrive. » Il raccrocha et se tourna vers les deux agents qui avaient suivi la conversation à la fois intrigués et inquiets.

« Tout va bien ? s'enquit David, alarmé par la soudaine pâleur qui avait envahi le teint d'Alan.

- Oui, oui... Enfin je crois. Charlie m'attend à la maison.

- Don est là-bas ?

- Sans doute. Je n'y comprends rien. En tout cas, il se passe quelque chose.

- Voulez-vous qu'on vous accompagne ? proposa Colby.

- Surtout pas !

- Pardon ?

- Oui, enfin... vous avez sans doute mieux à faire. Ecoutez, je vous tiens au courant. A plus tard. »

Il sortit, laissant les deux agents passablement désarçonnés.

« Tu y comprends quelque chose toi ? demanda Colby à son équipier.

- Pas grand-chose mais ça me paraît louche tout de même.

- Tu crois qu'il est arrivé quelque chose à Don, quelque chose que ni Alan ni Charlie ne voudraient que l'on sache ?

- En tout cas, Alan n'avait pas l'air au courant non plus.

- Oui, tout de même, ça me paraît bizarre. 

- Tu as raison, dit David en se dirigeant vers le bureau et en décrochant le téléphone.

- Tu fais quoi ?

- Je lance une recherche sur la voiture de Don. On verra bien.

- Attends... Tu crois que c'est vraiment nécessaire ? Tu imagines la réaction de Don s'il l'apprend ?

- Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? Toi aussi tu penses qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, n'est-ce pas ?

- Oui mais de là à...

- Ecoute, si on se plante, on en sera quitte pour un savon. Et si vraiment il est arrivé quelque chose, tu sais bien que, plus tôt on le saura, plus vite on pourra se mettre en chasse et plus on aura de chance de succès.

- D'accord. Vas-y. »

A onze heures trente, l'agent David Sinclair, du bureau du F.B.I de Los Angeles lançait une recherche sur un véhicule tout terrain de couleur noire dont il précisa soigneusement l'immatriculation et les caractéristiques à son interlocuteur. A onze heures quarante cinq, un appel en provenance de la police locale lui apprit que le véhicule avait été localisé devant un cinéma : aucun mouvement alentours. Colby et lui se précipitèrent à l'adresse indiquée.

 

*****


Cissy  (19.04.2009 à 18:27)

Maison des Eppes

Alan arriva chez lui dans un état d'inquiétude extrême. Don malade ? Il ne se souvenait même plus de la dernière fois où c'était arrivé. Don détestait par-dessus tout être malade ou diminué et il faisait tout pour le dissimuler. Si vraiment il avait dû s'arrêter, c'est que son état était sérieux. Mais était-il vraiment malade ? Que cachait la panique perceptible dans la voix de Charlie ? Si la maladie de Don était grave à ce point, il aurait été hospitalisé et lui-même aurait été prévenu. Il ne parvenait plus à se raisonner et se laissait aller aux théories les plus pessimistes. Il ne prit même pas la peine de fermer son véhicule à clé et se précipita à l'intérieur de la maison.

« Donnie ? Charlie ? Vous êtes-là ? » Il se rua à l'étage, vers la chambre qu'occupait Don lorsqu'il couchait chez eux, son ancienne chambre d'enfant. Il espérait de tout son cœur qu'il y trouverait son fils endormi. Il lui sembla que son cœur s'arrêtait lorsqu'il constata que la chambre était vide. A moins que Don ne se soit assoupi dans une autre pièce...

« Papa, c'est toi ? » La voix de Charlie, lui parvenant du bas de l'escalier le stoppa dans son élan alors qu'il s'apprêtait à ouvrir les autres portes.

« Oui Charlie, j'arrive ! s'exclama-t-il en dévalant les marches. Où est Donnie ? Où est-il ? » Le visage décomposé de son fils le stoppa net à trois marches du bas de l'escalier, figé. La peur se mit à lui tordre le ventre : un simple coup d'œil sur Charlie lui confirmait qu'il était arrivé quelque chose de grave, d'irrémédiable peut-être.

« Parle Charlie ! Dis-moi où est ton frère !

- Viens t'asseoir par ici.

- Je ne veux pas m'asseoir c'est clair ! Je ne suis pas un vieil impotent que l'on doit ménager ! Je veux savoir où est mon fils et je veux le savoir maintenant, tu m'entends !

- On l'a enlevé.

- Comment ? Mais non... c'est... c'est impossible !

- Malheureusement non.

- Mais qui ? Pourquoi ? Et comment es-tu au courant ?

- Un homme m'attendait à l'université. »

Entraînant son père vers le salon, Charlie entreprit de lui raconter par le détail ce qu'il savait. C'était finalement si peu de choses. L'homme lui avait expliqué qu'ils attendaient de lui qu'il craque un code dont il avait vite compris qu'il s'agissait d'un code militaire. Il était évident que, quel que soit ce que recherchaient ces hommes, ils ne reculeraient devant rien pour mettre leurs projets à exécution.

« On doit prévenir David et Colby. Ils sauront quoi faire !

- Non papa, non ! Il m'a prévenu que si le F.B.I était alerté, Don en subirait les conséquences !

- Et que comptes-tu faire alors ?

- Leur décrypter leur maudit code et l'échanger contre mon frère !

- Parce que tu crois qu'il le libèreront lorsqu'ils auront ce qu'ils voudront ?

- Que veux-tu que je fasse d'autre ? Je refuse de mettre la vie de mon frère en danger !

- Ton frère est aussi mon fils je te rappelle ! N'as-tu donc rien appris de lui depuis le temps que vous travaillez ensemble ?

- Que veux-tu dire ?

- Tu sais très bien que, dans la majorité des cas, lorsque les ravisseurs ont obtenu gain de cause, ils tuent leur otage pour ne pas laisser de témoin.

- Oui et dans beaucoup de cas, lorsque la famille de coopère pas, ils le tuent aussi, avant même la fin du délai accordé.

- Toi qui es expert en probabilités : à ton avis, quelle est celle qui a le plus fort pourcentage de se vérifier ?

- Qu'est-ce que tu attends de moi ? Que je te dise quelles sont les probabilités pour Don de se sortir indemne de cette épreuve ?

- Charlie, tu sais très bien ce que je veux dire.

- Non je ne le sais pas. Et si tu veux savoir, je ne te comprends pas non plus. Cet homme m'a donné soixante-douze heures pour craquer le code et j'ai l'intention de le faire. Je ne risquerai pas la vie de mon frère sur des probabilités, c'est clair ?

- Et si tu te trompes...

- Je ne peux pas me tromper tu m'entends ! Je ne le peux pas ! » La voix de Charlie dérapait dans les aigus, indiquant son degré de nervosité, à la limite de l'hystérie. Alan comprit qu'il devait temporiser s'il ne voulait pas voir son fils perdre totalement son sang froid.

« D'accord Charlie, on fait comme tu veux. Au moins pendant les prochaines vingt-quatre heures. Mais à une condition.

- Laquelle ?

- Tu exiges d'avoir la preuve que ton frère est encore vivant et qu'il est bien traité.

- D'accord, tout ce que tu veux du moment que tu laisses le F.B.I. en dehors de tout ça.

- Ne t'inquiète pas. Je ferai ce qui est le mieux pour ton frère.

- Alors j'y vais : je dois me remettre au travail si je veux avoir une chance d'aboutir.

- C'est ça, vas-y. Et... Charlie...

- Quoi ?

- Ton frère va s'en sortir, tu verras.

- Le ciel t'entende ! »

 

*****

 


Cissy  (19.04.2009 à 18:28)

Charlie s'engouffra dans le garage et Alan resta quelques minutes prostré sur le canapé où il avait pris place : son petit garçon aux mains de malfrats prêts à tout ! Comment pourrait-il supporter cette incertitude : ne pas savoir s'il allait bien, s'il était bien traité ?

La vie était bizarre : il s'était parfois inquiété de la possibilité que l'on cherche à kidnapper Charlie à cause des ses grandes capacités. Un cerveau comme le sien était incomparable et plus d'une organisation, amie ou non, aurait été heureuse d'en profiter. Mais jamais, jamais il n'avait, ne serait-ce que l'ombre d'une seconde, imaginé que l'on pourrait enlever Don.

Oh bien sûr, depuis qu'il était entré au F.B.I, il avait bien pensé qu'il pourrait être blessé ou pire, mais kidnappé, ça non ! Peut-être justement parce qu'il était du F.B.I. : qui serait assez inconscient pour tenter un tel coup, sachant que cela jetterait sur ses traces l'une des meilleure police du monde ? Et voilà que c'était ce qui arrivait. Que pouvait-il faire ? Que devait-il faire pour que son garçon lui soit rendu sain et sauf ?

Il se leva lourdement et se dirigea vers le bahut sur lequel trônaient les photos qui figeaient tous les moments heureux qu'ils avaient traversé ensemble. Sa main tremblante s'empara d'un portrait de Don à sa sortie de Quantico. Il posait fièrement devant l'objectif, la main sur sa toute nouvelle arme, sa plaque crânement accrochée au tee-shirt marqué à l'effigie de l'agence où il venait d'être accepté avec les félicitations. Il se souvenait d'avoir été si fier de lui, lui l'ancien activiste qui s'était tellement opposé à cette administration où ce jour-là son fils aîné faisait ses premiers pas. Son doigt couru le long du visage qui lui souriait sur le papier glacé. Son petit, son garçon à lui, l'une des plus grandes joies de sa vie, lorsqu'il l'avait pris pour la première fois dans ses bras, petit paquet hurleur auquel il avait juré de toujours le protéger, de toujours faire de son mieux pour lui.

Alan reposa le cadre, la main plus sûre, le visage marqué d'une farouche détermination. Il savait ce qu'il devait faire. Il prit ses clés de voiture et quitta la maison rapidement.

 


Cissy  (19.04.2009 à 18:29)

CHAPITRE 9

 Dans Los Angeles

David et Colby s'étaient rapidement rendus sur les lieux où la voiture de Don avait été signalée. A leur arrivée, un officier de police leur indiqua que le véhicule était garé normalement et n'avait subi aucun dommage. Les deux agents s'approchèrent et David tenta d'ouvrir la portière conducteur, sans grande conviction. A sa vive stupeur, celle-ci s'ouvrit sans problème. Colby fit la même constatation côté passager : perplexes, les deux hommes comprirent que le véhicule n'était pas fermé à clé, ce qui n'était vraiment pas dans les habitudes de leur collègue. Leur perplexité s'accrut puis se transforma en inquiétude lorsqu'ils se rendirent compte que les clés étaient restées sur le contact : apparemment, Don avait quitté la voiture précipitamment sans avoir l'opportunité de la fermer. De là à conclure qu'il ne l'avait pas quitté de son plein gré...

« Tu y comprends quelque chose toi ? demanda David.

- Rien du tout, mais ça ne me dit rien qui vaille.

- Aucune trace de lutte, rien...

- Non bien sûr. Mais tu imagines Don abandonnant son véhicule avec les clés sur le contact toi ?

- Pas une seconde !

- Qu'a-t-il bien pu se passer alors ?

- Ça je n'en sais rien, mais j'ai bien l'intention de le savoir, figure-toi.

- Qu'est-ce qu'on fait, là ?

- D'abord je vais demander qu'on remorque la voiture jusqu'au garage : peut-être les techniciens y découvriront-ils quelque chose. Ensuite...

- Ensuite quoi ?

- Je ne sais pas très bien à vrai dire. Quelqu'un doit bien savoir ce qui est arrivé.

- A mon avis, il y a au moins une personne qui le sait.

- Qui donc ?

- Charlie.

- Tu as raison. Et bien, allons lui demander ce qu'il sait.

- Hum... Tu connais Charlie, s'il a décidé de ne rien dire...

- Enfin, s'il était arrivé quelque chose à son frère, il nous le dirait tout de même.

- Oui, sauf si on lui a demandé de ne pas le faire.

- Qu'est-ce que tu sous-entends ?

- Ecoute David, tu penses comme moi qu'il est vraisemblablement arrivé quelque chose de pas clair à Don.

- Et bien ça paraît assez vraisemblable.

- Attends : hier soir il était en pleine forme et ce matin Charlie nous faxe un arrêt de travail de cinq jours, ça te paraît logique ça ? Et pourquoi cet arrêt vient-il de Charlie ? Don aurait pu appeler non ? Tu crois un instant qu'il puisse se sentir si mal qu'il n'en soit pas capable ?

- A mon avis, s'il se sentait si mal que ça, il serait à l'hôpital. Je l'ai vu travailler avec plus de trente-neuf de fièvre une fois. Il a fallu que le patron se fâche pour qu'il consente à quitter le bureau. Et il était de retour à peine vingt-quatre heures plus tard !

- On est bien d'accord. Donc cet arrêt maladie sent mauvais. Et puisque c'est Charlie qui l'a faxé...

- Charlie sait quelque chose. Mais c'est là que je ne te suis plus. Jamais Charlie ne mettrait son frère en danger, il l'adore.

- Justement. Et si on faisait pression sur lui ?

- Je vois, du genre : si tu parles au F.B.I., ton frère est mort !

- Tout juste.

- Seulement, dans ce cas, rien ne le fera parler. Lorsque Charlie a quelque chose dans la tête...

- Tu as raison. On aura du mal à le convaincre que, si c'est bien ce que nous pensons, il fait le mauvais choix.

- Alors quoi ?

- Attends, et si on essayait de localiser le portable de Don ? Il n'est pas dans la voiture n'est-ce pas ?

- Je ne l'ai pas vu, mais je n'ai pas regardé en détail.

Mais à peine avaient-ils commencé à fouiller, que Colby poussa un soupir de découragement en plongeant le bras sous le siège passager. Il en ramena le portable de son collègue et les deux agents échangèrent un regard pessimiste : une autre chance de comprendre qui s'évanouissait. Soudain David eut comme une illumination :

- Et son biper ? Tu l'as vu ?

- Non ! Attends, cherchons bien ! » Les deux agents fouillèrent minutieusement l'habitacle et se retrouvèrent bredouilles. Le biper dont disposait chaque agent n'était pas là. Or une touche permettait, en cas de danger, de déclencher un signal GPS permettant de retrouver l'agent.

« Si Don a son biper avec lui, ça pourrait être notre chance.

- Tu veux essayer de le localiser ?

- Tout juste.

- Mais s'il a vraiment été enlevé, ses ravisseurs l'auront coupé, à moins qu'ils ne soient complètement idiots.

- Ils le sont peut-être. D'ailleurs si vraiment ils s'en sont pris à lui, ça ne prouve pas une très grande intelligence si tu veux mon avis.

- De toute façon, on n'a rien à perdre à tenter le coup. J'appelle le bureau pour qu'ils lancent la recherche le temps qu'on y retourne. »

Tout en regagnant la voiture, David lança l'appel annoncé et les deux agents reprirent le chemin du bureau.

« Il y a encore une chose qui m'étonne, dit soudain Colby.

- Quoi donc ?

- Tu as remarqué l'orientation de la voiture ?

- Comment ça ?

- Ben oui, elle était garée dans la direction de la maison de Charlie.

- Et alors ?

- Ça me paraît bizarre. Si Don rentrait chez lui et elle aurait dû être dans le sens inverse.

- Rien n'indique qu'il rentrait chez lui. On n'a aucune idée de l'heure à laquelle il a disparu. Ce pouvait être hier soir ou ce matin.

- Tu as raison. D'ailleurs c'est un détail. Par contre, je me demande comment ils ont fait pour l'obliger à s'arrêter.

- Il est certain que, s'il s'était senti en danger, il aurait passé un appel. Conclusion...

- Il ne s'est pas senti en danger.

- Tout ça est bizarre.

- Tout ça ne me dit rien de bon surtout. »

Ils roulèrent en silence jusqu'à leur immeuble, chacun ressassant ses propres pensées, inquiets du sort réservé à leur ami.

 

*****


Cissy  (20.04.2009 à 19:22)

Siège du F.B.I.

La première personne qu'ils virent en entrant dans le bureau, c'était Alan. Un seul coup d'œil à son visage défait leur confirma que leurs craintes n'étaient pas vaines.

« Je dois vous parler, tout de suite.

- C'est au sujet de Don ?

- Comment le savez-vous ?

- Et bien, disons que le coup de fil de Charlie tout à l'heure, nous a mis la puce à l'oreille.

- Venez par ici, ajouta David en entraînant Alan dans une petite pièce à l'écart.

- Alors, que se passe-t-il, reprit Colby lorsqu'ils furent installés.

La voix d'Alan tremblait lorsqu'il avoua :

- Don a été enlevé.

- C'est bien ce qu'on craignait.

- Comment ça ?

- On a retrouvé sa voiture garé à une dizaine de minutes de chez vous, portières ouvertes et clés sur le contact. Don n'aurait jamais été aussi négligent à moins d'y avoir été contraint.

- Vous avez retrouvé sa voiture ? Est-ce que... ? Alan n'arrivait pas à terminer la question mais les deux hommes comprirent tout de suite ce qui le préoccupait.

- Non, rassurez-vous, rien n'indique que Don soit blessé. Il n'y avait aucune trace de lutte. On a dû le menacer d'une arme pour qu'il obéisse mais, apparemment, on ne lui a fait aucun mal.

David se retint d'ajouter : en tout cas à ce moment-là.

- Dieu soit loué !

- Et maintenant, si vous nous racontiez ce que vous savez.

- Juste ce que Charlie m'a dit. Un homme est venu le trouver ce matin à l'université pour lui dire que lui et ses complices détenaient Don et qu'ils exigeaient de Charlie qu'il décrypte un code pour eux en échange de son frère. Il lui a donné le certificat médical que vous avez reçu en lui ordonnant de vous le faxer et a instamment demandé que le F.B.I. ne soit pas mis au courant de l'enlèvement, sous peine de s'en prendre à Don.

- Et Charlie a décidé de jouer le jeu ?

- Il est terrifié à l'idée qu'il puisse arriver quelque chose à son frère. Il se sent fautif de ce qui arrive. Il m'a demandé de ne rien vous dire.

- Et pourtant vous êtes là.

- Oui, parce que j'ai le sentiment que jamais ces hommes ne relâcheront mon fils, que Charlie parvienne ou non à faire ce qu'ils lui demandent. Je sais que Don souhaiterait que vous soyez mis au courant.

- Vous avez fait le bon choix M. Eppes. Et ce d'autant plus que nous nous doutions déjà et que nous n'aurions pas lâché l'affaire, avec ou sans votre accord.

- Mais qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

- Tout d'abord, Charlie vous a-t-il dit quelle preuve il avait que son frère était détenu par ces hommes ?

- Ils lui ont remis son insigne.

- Mais lui ont-ils apporté la preuve qu'il était toujours en vie ?

- Que voulez-vous dire ? Vous pensez que... Alan était devenu livide.

- Non, non, rassurez-vous. C'est la procédure. Je ne pense pas qu'il soit arrivé quoi que ce soit à Don, pas pour l'instant. Ils ont tout intérêt à le garder en vie tant que Charlie n'a pas rempli son office. Après...

- Après, ils le tueront, c'est ce que vous pensez n'est-ce pas ?

- M. Eppes, je ne vous ferai pas l'affront de vous mentir. C'est en effet le plus probable. Il leur sera difficile de relâcher quelqu'un qui pourrait les identifier, qui plus est, un agent fédéral. Ses chances d'être libéré ne sont pas nulles mais...

- C'est pourquoi vous avez bien fait de venir nous trouver. Ensemble nous trouverons une solution. »

A ce moment-là, un agent entra dans la pièce, les interrompant.

« Agent Sinclair, nous avons localisé le biper.

- Quoi ? Je viens avec vous !

- De quel biper s'agit-il ? s'enquit Alan auprès de Colby, resté près de lui.

- De celui de Don. Nous avions lancé une recherche lorsque nous avons retrouvé son véhicule.

- Mais alors, vous allez le retrouver.

- Ne vous emballez pas. Rien ne dit qu'il a toujours son biper sur lui.

- Mais c'est possible n'est-ce pas ? 

- Oui, c'est possible. Ecoutez M. Eppes, attendez-nous là. Je vous promets de vous tenir au courant. »

Colby quitta à son tour la pièce, mécontent de lui-même. Il s'en voulait d'avoir laissé un tel espoir à Alan, mais il n'avait pu se résoudre à lui faire part de sa réserve. Que le portable ait été localisé n'indiquait pas forcément que Don était au même endroit : on avait pu le jeter n'importe où. Et même si l'otage était là, rien n'indiquait qu'il serait encore vivant. Il était tout de même bizarre que les ravisseurs n'aient pas pensé à se débarrasser de l'objet. Mais comment se résoudre à infliger ce raisonnement à un père en proie à l'angoisse ?

 

*****


Cissy  (20.04.2009 à 19:23)

Un entrepot, zone portuaire, Los Angeles

Un groupe d'intervention mené par les deux agents se rendit immédiatement à l'adresse localisée. C'était un entrepôt dans la zone portuaire, un de ces nombreux bâtiments désaffectés qui abritaient régulièrement les opérations les plus louches.

L'édifice fut encerclé puis investi rapidement. La déconvenue de David et Colby fut complète lorsqu'ils s'aperçurent qu'il n'y avait âme qui vive à l'intérieur. Un van était abandonné au milieu. Ils se dirigèrent prudemment vers lui en lançant les sommations d'usage : aucune réponse. Les portières ouvertes révélaient qu'il n'était pas occupé.

Ils rengainèrent leurs armes tandis que le groupe se dispersait, à la recherche d'indices.

« Agent Sinclair !

- Oui ?

- On m'indique que le biper est toujours dans le bâtiment.

- Quoi ?

- D'après le technicien, le signal vient d'ici.

- Attends une seconde. »

Colby s'empara de son téléphone et appuya sur une touche. Une sonnerie retentit dans le bâtiment. Les hommes se dirigèrent vers elle. Elle sortait d'un amas d'immondices accumulé le long d'une paroi, non loin du van. Colby se pencha et tira sur un bout de tissu roulé en boule : c'était une veste.

« C'est celle de Don, je la reconnais, s'exclama Colby. Et voici son biper, ajouta-t-il d'une voix découragée en retirant l'objet de la poche de la veste.

- Et là, on dirait ses chaussures, renchérit David la voix blanche.

- Ce sont bien les siennes, confirma Colby qui s'était baissé pour examiner la trouvaille de son équipier.

- Agent Sinclair, on dirait qu'il y a du sang ici ! »

David et Colby se précipitèrent vers le policier qui venait de les interpeller. Celui-ci s'était arrêté devant une flaque noirâtre qui maculait le sol à quelques mètres du van. David se baissa et effleura la tache du bout des doigts.

« C'est bien du sang ! »

Les deux hommes échangèrent un regard angoissé : la veste, les chaussures et cette flaque de sang, tout indiquait qu'il s'était passé quelque chose de terrible à cet endroit. Don y était venu, c'était certain, mais qu'était-il advenu de lui ? Ils continuèrent la fouille de longues minutes, terriblement inquiets de ce qu'ils pourraient découvrir, s'attendant, à chaque instant à trouver le corps de leur ami recroquevillé dans un coin du bâtiment. Finalement, avec un soupir de soulagement, ils se rendirent compte qu'il n'en était rien. Mais l'angoisse n'avait pas disparu pour autant : si Don avait été tué, rien n'empêchait ses meurtriers de se débarrasser du corps dans l'océan à moins de cent mètres de là. Et dans ce cas, qui sait si on le retrouverait un jour ?

D'un autre côté, rien n'indiquait que le sang était le sien : le prélèvement effectué permettrait d'en avoir le cœur net. Mais l'un comme l'autre avaient l'intuition que c'était le cas. Ils espéraient simplement que leur équipier était simplement blessé : il y avait vraisemblablement eu lutte mais cela n'impliquait pas forcément que le pire ce soit produit. D'ailleurs, pour tuer un homme on n'a pas besoin de le dépouiller de ses vêtements : le pourquoi de ce geste ne leur apparaissait pas, mais il semblait plutôt pencher vers l'hypothèse que Don était toujours en vie.

Les deux hommes quittèrent les lieux le cœur lourd, laissant les techniciens prendre possession du site à la recherche d'éventuels indices qui leur permettraient de trouver une piste. Le voyage de retour se fit dans le silence le plus complet. Tous les deux pensaient à leur ami, prisonnier de gens sans scrupule qui n'hésiteraient sans doute pas à l'éliminer s'ils se sentaient menacés.

Ce ne fut qu'à leur arrivée qu'ils songèrent soudain qu'Alan devait les attendre à l'étage, à la fois angoissé et plein d'espoir. Ils se regardèrent, chacun cherchant dans les yeux de l'autre la solution pour rendre le moins dur possible le coup qu'ils allaient asséner à cet homme. Il espérait de bonnes nouvelles de son fils et ils n'avaient à lui apporter que de nouvelles angoisses. D'un commun accord, ils décidèrent de ne pas parler du sang retrouvé dans l'entrepôt : après tout, tant que l'on était pas certain qu'il s'agissait de celui de Don, pourquoi inquiéter son père encore davantage ?

 

*****


Cissy  (20.04.2009 à 19:24)

Siège du F.B.I.

Ils étaient à peine sortis de l'ascenseur que déjà Alan était auprès d'eux. Ils n'eurent pas besoin de lui dire un mot : il lut sur leurs visages qu'ils n'avaient rien. Il se contenta alors de les regarder et il virent que dans ses yeux venait de s'éteindre une lueur tandis que son visage se décomposait. Colby n'eut que le temps de le rattraper alors qu'il chancelait. Les deux hommes le soutirent jusqu'à la salle de repos et l'obligèrent à absorber une tasse de café.

« Vous allez mieux ? questionna David d'un ton anxieux.

- Oui ça va maintenant. Je suis désolé.

- Il n'y a vraiment pas de quoi.

- Alors, vous n'avez rien trouvé ?

- Et bien, on a retrouvé des vêtements appartenant à Don mais...

- Des vêtements ?

- Oui, sa veste, ses chaussures et ses chaussettes.

- Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

- Je ne sais pas M. Eppes, je ne sais vraiment pas.

- Mais il y a un point positif, ajouta Colby, s'efforçant de prendre un ton encourageant. Cela veut dire que Don est vraisemblablement toujours vivant.

- Vraisemblablement..., la voix d'Alan était presqu'inaudible.

- Ecoutez M. Eppes, vous savez bien qu'ils n'ont aucun intérêt à l'éliminer avant que Charlie n'ait fini son analyse.

- Je sais bien. Mais pourquoi lui enlever ses chaussures ? Que lui ont-ils fait ? Mon Dieu, qu'est-il arrivé à mon petit ? »

Il mit sa tête dans ses mains, courbé sur son fauteuil. Les deux agents ne savaient plus comment réagir devant la douleur de cet homme qu'ils appréciaient. Que dire pour le réconforter ? Comment lui apporter un espoir qu'eux-mêmes n'avaient pas ?

Et puis Alan se redressa, au prix d'un effort surhumain : il ne voulait pas se donner en spectacle. Et surtout, il n'avait pas le droit de se laisser aller au désespoir : pas encore. Son fils était vivant, quelque part, et il était de son devoir de tout faire pour le ramener à la maison. Ce n'était pas en gémissant qu'il y arriverait.

« Et le biper ? demanda-t-il d'une voix plus ferme.

- Il était dans la poche de la veste.

- Ah... Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?

- Il faut que Charlie coopère avec nous. Les ravisseurs vont garder le contact avec lui. Il doit exiger une preuve que Don est toujours en vie.

- Et s'ils refusent ?

- Ils ne refuseront pas si il déclare qu'il ne fera plus rien tant qu'il n'aura pas cette preuve.

- Et s'ils s'en prennent à Don ?

- M. Eppes, je ne vais pas vous mentir. Ça pourrait arriver, c'est un risque à courir. Mais c'est notre seule chance de remonter la piste.

- Vous avez raison. Je vais parler à Charlie.

- Nous vous accompagnons. »

Les trois hommes quittèrent ensemble le bureau, bien décidés à faire front commun pour obtenir la preuve que rien n'était encore perdu.

 


Cissy  (20.04.2009 à 19:25)

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