HypnoFanfics

Promo 88

Série : Numb3rs
Création : 05.05.2009 à 17h53
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie se rendent à la soirée du 20ème anniversaire de leur promo. Bien sûr rien ne va se dérouler comme ils le pensaient. Episode sans enquête (désolée Orkhadia), que j'écris seule. » Cissy 

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Chapitre 54

 Hôpital, Los Angeles

Quels étaient les appuis de Robin à l’hôpital ? En tout cas, contrairement à ce qu’Alan craignait, les deux frères furent réunis dans le service de chirurgie thoracique dès le lendemain. Par faveur exceptionnelle, Charlie avait été autorisé à y séjourner, bien qu’il dépende de la neurologie. Mais le Dr Helssworth avait bien compris qu’il serait plus simple pour elle de soigner son patient s’il était délivré de son angoisse pour son frère, et la seule manière qu’il soit totalement tranquille pour ce dernier était de lui permettre de rester auprès de lui.

C’est ainsi qu’après vingt heures de séparation, Don et Charlie se retrouvèrent dans la même chambre. L’aîné bougonna en semblant s’offusquer de devoir supporter de cohabiter avec son frère, mais chacun put déceler dans sa voix la joie qu’il avait de se retrouver ainsi avec lui. Et pour éviter que Charlie ne passe son temps à se tordre le cou pour apercevoir son frère, le médecin avait fait placer les lits l’un contre l’autre. Ce n’était pas ce qu’il y avait de plus pratique, mais si ça permettait aux patients de se sentir mieux, elle pensait que la légère gêne occasionnée n’était rien au regard du résultat obtenu.

Dans l’après-midi, tous les amis des deux garçons vinrent leur tenir compagnie un petit moment. Ils ne s’attardèrent cependant pas : les blessés avaient encore besoin d’un maximum de calme.

Robin prit congé la première : on venait de l’appeler pour une affaire un peu compliquée dont ne se sortait pas son collègue. Rassurée maintenant sur l’état de l’homme qu’elle aimait, elle était prête à reprendre le collier. Elle avait cependant prévenu son supérieur qu’elle exigeait d’avoir au moins deux heures à consacrer à son fiancé dans la journée et, celui-ci avait bien compris qu’il avait tout intérêt à accepter ce marché.

Liz et Nikki s’éclipsèrent ensuite, ayant une investigation à mener et Larry les accompagna, devant, pour sa part, donner une conférence le soir même. David et Colby prirent à leur tour congé après avoir eu une conversation avec les deux frères. Don, redevenu chef l’espace de quelques minutes, leur avait demandé un rapport succinct sur ce qu’il était advenu des otages et de leurs agresseurs. C’est ainsi qu’ils avaient appris la mort de Norton Bates et des trois Skeleton qui les avait secoués malgré tout. C’était d’anciens condisciples à eux qui venaient ainsi de perdre la vie, même s’ils étaient les artisans de cette mort.

Don s’inquiétait pour Charlie : après tout, Norton Bates avait été son meilleur ami pendant cette année de terminale.

- Ca va aller ? demanda-t-il à son petit frère.

- Bien sûr ! Pourquoi ça n’irait pas ? s’étonna celui-ci.

- Et bien, Norton était ton ami et…

- Ecoute, je vais peut-être paraître sans cœur, mais je m’aperçois que Norton n’était pas vraiment un ami : il était quelqu’un qui m’écoutait à une époque où trop peu de monde, à mon gré, le faisait.

- Pardon ? Tu peux répéter ce que tu viens de dire ? s’étrangla son aîné.

- Tu sais bien ce que je veux dire Don. Bien sûr qu’on m’écoutait quand je parlais mathématiques, bien sûr que les adultes n’avaient d’yeux que pour moi. Mais à treize ans, j’aurai voulu compter pour ceux dont je partageais le quotidien. Et c’est pour ça que j’avais l’impression que personne ne faisait attention à moi et que je me confiais à celui que je croyait un ami. L’autre soir, j’ai découvert qu’en ce qui le concernait, il ne se sentait pas vraiment mon ami, il l’a avoué. Et puis de toute façon…

- Quoi ?

- Quand bien même il aurait été le meilleur de mes amis, ce qu’il a fait ce soir-là lui aurait ôté tout droit à ce titre. Il a failli te tuer Don, et ça, jamais je ne pourrai lui pardonner.

- Il a failli te tuer aussi Charlie.

- Non ! Ce n’était pas après moi qu’il en avait. En fait, ce qu’il voulait, c’était me priver de l’ami le plus précieux que j’aurai jamais et ça, ça c’est impardonnable.

Don ne répondit rien, ému de ces mots. Mais sa main alla chercher celle de son cadet et la serra affectueusement. Charlie répondit à l’étreinte en se laissant aller sur les oreillers : il se sentait vidé. Il tourna la tête et s’aperçut que Don aussi s’était étendu, tout aussi épuisé que lui.

- C’est fini maintenant : on est là, tous les deux.

- Oui… Donnie… Tu te souviens ?

- Quoi ? demanda Don d’une voix lasse.

- Maman… Est-ce que c’était réel ?

- Je ne sais pas Charlie… Vraiment je ne sais pas.

- En tout cas, tu as tenu parole et je t’en remercie.

- Bah… Je n’allais pas te laisser tout seul non ? Qu’est-ce que tu ferais sans moi ?

Il s’attendait à entendre son frère protester vigoureusement. Mais celui-ci se contenta de lui serrer de nouveau la main en murmurant :

- C’est vrai, qu’est-ce que je ferais sans toi ?

- Et moi sans toi… finit alors Don.

Les deux frères échangèrent un regard empli d’affection.

Lorsqu’Alan rentra dans la chambre, après un bref passage à la cafétéria, il retrouva ses deux fils profondément endormis, la tête tournée l’un vers l’autre, la main dans la main.


Cissy  (20.06.2009 à 18:33)

Chapitre 55

 Maison des Eppes

- Dis-moi Don, pourquoi tu ne m’as rien dit ?

- Quoi ? De quoi tu parles Charlie ?

Les deux frères étaient allongés côte à côte sur le lit de Don, dans la chambre de celui-ci.

Ils étaient rentrés chez eux trois jours avant, après vingt jours d’hospitalisation. En fait, Charlie aurait dû rentrer beaucoup plus tôt. Deux jours après la réunion des deux frères dans le même service, le Dr Helssworth avait fait savoir à ce dernier qu’il allait pouvoir rentrer chez lui. Celui-ci avait alors jeté un regard soucieux vers son frère endormi :

- Et Don ?

- Vous savez très bien que ce n’est pas moi qui m’occupe de votre frère.

- Mais vous êtes médecin, vous avez forcément une idée du temps qu’il va lui falloir pour pouvoir rentrer aussi.

- Ecoutez, d’après ce que j’en sais, votre frère a tout de même été sérieusement secoué. Je doute que le Dr Harding le laisse sortir avant au moins une semaine.

- Une semaine ? Mais…

- Charlie, votre frère est en de bonnes mains ici. Il ne risque rien. Quant à vous, vous allez bien, tout risque est désormais écarté, nous ne pouvons pas vous garder plus longtemps.

- Oui, je sais.

A ce moment-là, le Dr Harding était justement entré pour ausculter Don. Celui-ci avait ouvert les yeux le temps de l’examen puis avait presque aussitôt replongé dans un sommeil fiévreux.

- Qu’est-ce qu’il a docteur ? s’était enquis Charlie, anxieux de l’état léthargique de son frère.

- C’est le contrecoup de ce qu’il a subi, avait répondu le médecin.

- Il devrait aller mieux non ? Ca fait déjà deux jours maintenant.

- Ca fait seulement deux jours Dr Eppes, avait corrigé le praticien. Et n’oubliez pas que votre frère a subi un traumatisme majeur. Il faut lui laisser le temps de récupérer. Ce qui m’inquiète un peu, à vrai dire, c’est ce pic fiévreux. Je vais ordonner de nouvelles analyses.

- Vous craignez une infection ?

- Théoriquement les antibiotiques que nous lui administrons devraient écarter tout danger, mais je préfère être prudent.

- Bien sûr. Et, à votre avis, quand pourra-t-il sortir ?

- Ecoutez, soyez patient. Même s’il n’était pas fiévreux, je ne pourrais pas envisager de le laisser sortir avant au moins une semaine et peut-être même deux.

- Tant que ça ?

Le médecin avait poussé un soupir d’agacement : il pouvait comprendre la position de Charlie, mais celui-ci devait aussi admettre qu’il faisait de son mieux et que rien ne servait à vouloir presser les choses.

- Dr Eppes, vous ne voudriez pas que votre frère rentre trop tôt, au risque de rechuter, n’est-ce pas ?

- Non ! Bien sûr que non !

- Alors laissez-lui le temps et faites-nous confiance.

Charlie n’avait pas insisté, comprenant qu’il indisposait le médecin qui prenait son inquiétude pour son frère pour ce qu’elle n’était pas : de la défiance à son égard. Lorsqu’Alan était revenu auprès d’eux, quelques minutes plus tard, il lui avait fait part des nouvelles.

- Génial ! s’était exclamé son père à l’annonce de sa sortie prochaine.

- Ouais…

Le manque d’enthousiasme évident de Charlie lui avait fait comprendre ce qui se passait.

- Charlie, Don sera très bien ici, tu le sais.

- Bien sûr mais…

- Mais quoi ?

- Je préfèrerais pouvoir rester près de lui. Je me sentirais plus rassuré.

- Charlie, tu ne peux pas surveiller ton frère comme s’il était un enfant en bas âge, il ne le supportera pas.

- Tu as raison.

Le mathématicien n’avait rien ajouté, semblant résigné à devoir sortir et laisser son frère derrière lui. Celui-ci, à son réveil, quelques heures plus tard, s’était gentiment moqué de sa réaction et Charlie avait souri en semblant enfin prendre son parti des événements.

Mais le lendemain, lorsque l’infirmière était venue les réveiller le matin, elle s’était aperçue que Charlie avait de la température. Le Dr Helssworth avait ordonné une série d’analyses qui n’avait rien révélé : cependant il n’était pas question de laisser le patient partir si son état s’aggravait. Et elle avait donc décidé de prolonger l’hospitalisation du cadet tant qu’on n’aurait pas compris la raison de son pic fiévreux.

Tandis qu’Alan et Don s’inquiétaient de cet état de chose, Charlie lui semblait tout à fait serein : finalement, il allait rester là où il le voulait. Dans les deux jours qui avaient suivi, l’état de Don s’était sensiblement amélioré et celui de Charlie avait suivi la même voie. Et puis, le jour suivant, alors que le Dr Harding commençait à envisager la sortie de Don pour deux ou trois jours plus tard et que le Dr Helssworth parlait de mettre Charlie dehors le lendemain, la température de Don s’était de nouveau élevée et, comme par hasard, Charlie avait été la proie de migraines térébrantes dans les vingt-quatre heures qui avaient suivi. L’IRM ordonné à nouveau par son praticien n’avait révélé aucune anomalie.

Tout le monde, et Don le premier, avait alors compris que Charlie somatisait à l’idée de quitter son frère et qu’il allait développer toute une série de symptômes tant que son aîné ne serait pas sur le point de sortir aussi. Cela avait d’autant plus motivé Don à s’en sortir au plus vite et en quelques jours, son corps avait combattu l’infection et il s’était résolument engagé sur la voie de la guérison.

 

*****


Cissy  (20.06.2009 à 18:34)

Enfin, était venu le jour de la délivrance : Alan, radieux, avait pu ramener ses deux enfants chez lui. Don restait encore un peu faible, handicapé par son bras en écharpe pour éviter des mouvements brusques qui auraient tiré sur sa cicatrice toute fraîche ; Charlie, lui, était parfois encore en proie à de violents maux de tête, mais leurs médecins respectifs avaient assuré le père que tout allait rentrer dans l’ordre. A condition, évidemment, que les deux garçons se montrent raisonnables.

Et c’était là que le bât risquait de blesser, avait songé Alan, parce que la raison ne figurait pas vraiment au nombre des indéniables qualités de ses fils. Durant les deux premiers jours, il les avait contraint à un repos strict limitant même les visites de leurs amis. Seules Amita, enfin revenue d’Inde, rétrospectivement affolée de ce qui s’était produit, et Robin, avaient eu le droit de rendre visite à leurs amoureux, sous réserve de ne pas les « surmener », selon les termes du père. Chacun avait bien compris à quel genre de « surmenage » il faisait allusion et les deux jeunes femmes avaient violemment rougi tandis que les deux frères échangeaient un regard à la fois amusé, embarrassé et quelque peu ulcéré du comportement hyper protecteur que leur père avait adopté à leur égard.

 

Ce jour-là, Alan avait réuni tous les amis de ses deux fils pour une grande fête en l’honneur des convalescents. Avec un plaisir non dissimulé, Don et Charlie s’étaient aperçus que leur père avait invité Amadie, Freddy, Steven et Caradoc. Les six rescapés avaient parlé longtemps de ce qui s’était produit, tentant par là même d’exorciser l’horreur vécue. Et puis, petit à petit, les blagues avaient fusé, de part et d’autre, et, en fin de soirée, un observateur non averti aurait simplement vu dans cette petite réunion, une joyeuse assemblée d’amis, heureux de se retrouver ensemble pour fêter un quelconque événement somme toute assez anodin, simple prétexte à passer une bonne soirée ensemble.

Vers vingt-trois heures, la mimique expressive d’Alan avait fait comprendre aux invités qu’il était temps de prendre congé pour laisser les deux garçons se reposer. Ceux-ci avaient bien protesté, pour la forme, surtout du départ de leurs fiancées. Mais Alan était resté inflexible : ils avaient encore besoin de repos, pas question de mettre leur guérison en péril par des imprudences de quelque sorte que ce soit.

Ainsi donc, les deux frères s’étaient trouvés dûment conviés à regagner leurs chambres respectives. Alan était monté aider Don à se dévêtir, celui-ci restant encore très handicapé par son bras. Puis il l’avait laissé après avoir déposé un baiser rapide sur son front, malgré les récriminations de son aîné. Une petite halte dans la chambre du cadet où il avait effectué le même geste, mieux reçu ici, et il était redescendu ranger un peu le salon.

 

*****

 


Cissy  (20.06.2009 à 18:35)

A peine son père avait-il tourné les talons que Charlie s’était aventuré hors de sa chambre à pas de loup et avait ouvert la porte de celle de son frère. Celui-ci, qui commençait déjà à s’endormir avait alors sursauté :

- Charlie ? Qu’est-ce que tu veux ? Ca ne va pas ?

Don s’était dressé sur son lit.

- Non, non. Mais…

- Quoi ?

- Je peux venir un peu avec toi ?

- Charlie ! Ce n’est pas vraiment le moment là. Et puis si papa nous surprend…

- Ne me dis pas que tu as peur de papa, toi, le valeureux agent du F.B.I. !

- Et bien figure-toi que le valeureux agent du F.B.I. se sent comme un tout petit garçon quand son père se met en colère. Et puis, je crois qu’on devrait un peu le ménager non ? Il en a vu de toutes les couleurs ces trois dernières semaines.

- Tu as raison. Je peux venir quand même ?

Don avait souri :

- O.K. Mais pas longtemps hein ? Et puis d’ailleurs qu’est-ce que tu veux ?

Le mathématicien, souriant, s’était approché du lit.

- Allez, laisse-moi un peu de place !

- Tu rigoles ! Si tu veux te coucher tu as ton lit !

- Quoi ! Tu peux bien te pousser deux minutes !

Avec un soupir faussement exaspéré, Don avait obtempéré à la prière de son frère. Et celui-ci, triomphant, s’était glissé sous la couverture, à côté de son aîné. Le silence s’était établi quelques minutes. Et puis, Charlie avait posé sa question :

- Dis-moi Don, pourquoi tu ne m’as rien dit ?

- Quoi ? De quoi tu parles Charlie ?

- Le lycée. Pourquoi tu m’as caché que tu me protégeais pendant tout ce temps ? Pourquoi tu m’as laissé croire que tu t’en fichais ? Pourquoi…

- Stop ! intima Don en levant la main en signe de défense. Charlie… Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? J’avais dix-huit ans. Je ne sais pas vraiment…

- Don ! J’aimerais que tu ne me prennes pas pour un idiot tu veux?

- Loin de moi cette idée mon cher petit frère.

- Non, sérieusement, je voudrais comprendre.

- Mais il n’y a rien à comprendre Charlie.

- Bien sûr que si ! Il y a toujours quelque chose à comprendre ! répondit le scientifique dans un sourire.

- Je crois que… En fait, je savais que les choses pourraient être très dures pour toi avec certains idiots du lycée. J’ai juste voulu te préserver un peu. C’était mon rôle de grand frère.

- Mais pourquoi me l’avoir caché ?

- Et bien… Pour que tu ne deviennes pas plus insupportable que tu ne l’étais déjà, dit-il en souriant soudain.

- Quoi ?

- Ben oui ! Si tu avais su que je te protègerais, quoi qu’il advienne, tu te serais comporté comme un petit tyran. Et j’aurais passé mes deux dernières années de lycée à me battre pour toi ! Alors que j’avais beaucoup mieux à faire…

- Les filles… insinua Charlie, souriant à son tour.

- Et oui, les filles. Et crois-moi elles étaient beaucoup plus attirantes que toi à mes yeux !

Charlie eut un rire bref, puis reprit :

- Don… sérieusement.

A son tour, Don redevint grave.

- Je ne sais pas quoi te dire Charlie. Comme je te l’ai dit, c’était mon rôle de grand frère de te protéger. Mais malgré ça, je ne voulais pas de toi dans mes jambes. Et puis je crois que je pensais qu’il était bon que tu apprennes à t’occuper de toi tout seul. Tu devais apprendre à livrer tes propres batailles, sans toujours compter sur les autres : ton indépendance était à ce prix.

- Mais tu gardais un œil sur moi…

- Et oui, je gardais un œil sur toi, normal.

- Oui, je peux comprendre ça.

- Vraiment ?

- Vraiment.

- Explique-moi…

- Quoi encore ?

Il y avait un soupçon de lassitude dans la voix de l’aîné.

- La liste, elle existait vraiment ?

- La liste ? De quoi tu parles Charlie.

- La liste des élèves protégés, celle sur laquelle je figurais d’après ce que j’ai pu comprendre ce soir-là. Comment as-tu su ? Comment as-tu fait ?

- Charlie, qu’est-ce que tu veux que je te dises ? Je crois que je n’en sais rien moi-même. Je savais juste que le lycée pourrait être difficile pour toi, alors j’ai parlé à quelques personnes.

- Quelques personnes ? Des amis ?

- Oui, mais aussi certaines petites brutes que je soupçonnais être capable de s’en prendre à toi. Tu sais ce n’est pas très difficile d’intimider ou d’influencer ce genre de petit caïd quand tu fais partie des élèves populaires.

- C’est vrai, j’oubliais : super Don !

- C’est ça, Super Don, répéta celui-ci en riant. Mais super Don aimerait vraiment dormir Charlie, alors si tu pouvais remettre ton interrogatoire à plus tard…

- Tu ne perds rien pour attendre tu sais ?

- Je sais oui, malheureusement.

Il y eut un instant de silence. Puis le cadet ajouta :

- Merci Don, merci pour tout.

- Arrête Charlie. Tu n’as pas à me remercier. Je n’ai pas fait grand-chose tu vois.

- Tu as fait beaucoup. Beaucoup plus que ce que j’ai jamais cru. Tu sais, à cette époque, par moment, je pensais vraiment que tu me détestais. Si j’avais su ça…

- Je ne t’ai jamais détesté Charlie. Jamais… Puis, moqueur il termina : parfois j’aurais pu te piler sur place tant tu étais exaspérant, mais je ne t’ai jamais détesté… plus de dix secondes.

En réponse Charlie lui envoya une bourrade affectueuse : il n’était pas dupe.

- Merci grand frère, murmura-t-il.

- Merci de quoi ?

- De prendre soin de moi depuis tout ce temps.

Don eut un sourire las.

- J’en ai autant à ton adresse frangin. Sans toi je ne serai plus là à l’heure qu’il est.

- Et sans toi, je serai mort.

- Bon, on ne va pas sortir les violons non plus, protesta Don en se laissant aller sur l’oreiller.

- D’autant que si tu en joues aussi mal que tu joues du piano…

- Ca, c’est un coup bas ! protesta l’aîné. Est-ce que je te parle de ton niveau en orthographe moi ?

- Quoi mon niveau en orthographe ? Tu veux que je parle de ton niveau en maths moi ?

- Alors je parlerai de tes aptitudes au combat !

- Et moi de… de…

Don eut un sourire moqueur :

- Oui, de… ? En tout cas, ton niveau en vocabulaire vaut celui d’orthographe apparemment.

- Pff !

Ce fut tout ce que Charlie réussit à dire, incapable, pour une fois, de trouver une répartie.

- Quoi ? Rien d’autre ? ricana son aîné.

- C’est ça, profites-en. C’est juste dû à cette balle qui a failli me traverser le crâne.

- Et dis donc, je te signale que moi aussi j’ai pris deux grands coups sur le crâne.

- Oui, mais comme il n’y a rien dedans, toi ça n’a pas fait de dégâts.

- Charlie, si tu me cherches…

Don eut un geste brusque pour se tourner vers son frère, tellement brusque qu’il lui arracha une grimace de douleur qu’il s’efforça de réprimer. En vain. Charlie s’aperçut aussitôt du mouvement et son visage se fit instantanément soucieux :

- Tu as mal ? Excuse-moi, je n’aurais pas dû.

- Arrête, tu n’y es pour rien. C’est juste qu’il faut que j’apprenne à bouger un peu plus doucement.

- Oui, comme un homme de ton âge !

C’était plus fort que lui, il fallait qu’il se moque.

- Bon, et bien l’homme de mon âge va demander au petit crétin qui est à sa droite de le laisser dormir maintenant OK ? Tu as largement passé l’âge de dormir avec moi.

- Juste deux minutes ! protesta Charlie en s’étendant paresseusement dans le lit.

- Charlie !

- Deux minutes !

- Je te préviens, dans deux minutes je te fiche dehors ! abdiqua l’aîné.

- Si tu peux…, marmonna le mathématicien à demi endormi déjà.

- Humpf !

Ce fut toute la réponse de Don qui sentit soudain le sommeil le saisir.

 

*****


Cissy  (20.06.2009 à 18:36)

Lorsqu’Alan eut terminé de ranger le salon, il se décida enfin à monter se coucher à son tour. Il entrouvrit la porte de la chambre de Charlie pour s’assurer que celui-ci allait bien. En ne le voyant pas dans son lit il eut un instant d’hésitation : son incorrigible fils était-il reparti au garage pour se plonger dans un problème qui lui était venu en tête ? Si c’était le cas, il allait l’entendre. Et puis il réalisa qu’il l’aurait vu passer. Une autre idée lui traversa alors l’esprit. Il se dirigea vers la chambre de Don et ouvrit la porte tout doucement.

Un sourire éclaira son visage à la vue de ses deux garçons endormis l’un contre l’autre : depuis combien de temps ne les avait-il pas vus ainsi ? Lorsque Charlie était petit, Don lui permettait assez souvent de partager son lit à la suite d’un cauchemar notamment, mais cela s’était interrompu à l’adolescence de l’aîné.

Flashback

La première fois que c’était arrivé, Charlie avait à peine quatre ans. Il était dans une époque de refus systématique de l’autorité et multipliait les caprices. Ce soir là, excédés par son comportement à table, alors qu’il refusait d’absorber quoi que ce soit tant qu’on ne lui aurait pas donné le beignet à la framboise qu’il convoitait, ses parents l’avaient finalement consigné dans sa chambre sans souper. On l’avait longtemps entendu pleurer et crier, visiblement plus de colère que de chagrin.

Don n’avait rien dit, se contentant de manger son repas avec son solide appétit habituel, puis il s’était levé de table, saisissant son beignet au passage en demandant à le finir dans sa chambre, parce qu’il devait apprendre une poésie avant l’heure du coucher. Ses parents avaient accédé à sa requête en lui enjoignant de faire attention tout de même à ne rien tacher. Vers vingt heures, Margaret était venue rappeler à son aîné qu’il était l’heure de se coucher. Celui-ci s’était contenté d’acquiescer de la tête et était descendu embrasser son père. Sa mère l’avait bordé affectueusement avant de déposer un baiser sur son front. Au passage elle s’était arrêté chez Charlie. Celui-ci, assis sur son lit, lui avait lancé un regard noir. Ses joues étaient barbouillées de larmes, de la morve avait coulé de son nez, mais son regard était indomptable : il n’avait nullement l’intention de céder. Il pensait que sa mère venait le chercher pour accéder à son caprice et il en fut pour ses frais.

Quand elle referma la porte sur le petit entêté, Margaret l’entendit se remettre à pleurer. Un instant elle eut la tentation de céder, puis elle se convainquit qu’elle n’agirait pas ainsi dans l’intérêt de son fils.

Vers vingt-trois heures, elle remonta avec son mari pour aller se coucher à son tour. Elle s’arrêta de nouveau près de la chambre de Charlie : plus un bruit, il s’était sans doute endormi. Elle ouvrit tout doucement la porte, mais sa précaution était inutile : le lit était vide ! Où était donc passé le petit démon ? Avec un gamin dans son genre, il fallait s’attendre à tout ! Inquiets, Alan et Margaret se mirent à inspecter la maison, le plus silencieusement possible pour ne pas risquer de réveiller leur fils aîné. Leur inquiétude augmenta quand, au bout d’une demi-heure, ils n’eurent toujours pas retrouvé le garçonnet. Ils avaient pourtant fouillé toute la maison, et même le jardin.

Et puis Margaret  pensa soudain qu’il restait une pièce qu’ils n’avaient pas contrôlée. Précautionneusement, elle entrebâilla la porte de la chambre de Don. Un rai de lumière éclaira alors le lit et un soupir de soulagement lui échappa tandis qu’elle faisait signe à son mari et ouvrait plus largement la porte. Les parents eurent un sourire attendri devant le tableau qu’ils découvrirent alors : Charlie était blotti dans les bras de son grand frère qui le maintenait contre son torse dans son sommeil. Ainsi l’aîné était allé rechercher le petit, ne supportant pas ses larmes ! Le sourire de la mère s’agrandit encore quand, à la lueur de l’éclairage du couloir, elle distingua nettement une magnifique auréole rouge tout autour de la bouche de son plus jeune !

Fin du flashback

Et voilà qu’aujourd’hui ils se retrouvaient comme dans l’enfance : Charlie confiant dans la protection de son grand frère, celui-ci tout dévoué à son cadet.

Bien sûr, Margaret n’était plus là aujourd’hui, mais Alan avait sur les lèvres le même sourire indulgent qu’à l’époque. Il se sentait le cœur tout aussi heureux que cette nuit-là, en découvrant l’étendue de l’affection de deux frères l’un pour l’autre, sûr Don veillerait toujours sur son cadet, quoi qu’il puisse se passer. Finalement, les choses n’avaient peut-être pas changé tant que ça, malgré les années écoulées.

Il s’approcha du lit et remonta tendrement la couverture sur les épaules de ses fils. Puis il se pencha vers eux en murmurant :

- Bon anniversaire aux lauréats de la promo 88 !

 

FIN


Cissy  (20.06.2009 à 18:38)

Voilà, c'est terminé.

Merci à tous ceux qui ont eu le courage d'aller jusque là.

Merci aussi à ceux qui m'ont envoyé des messages d'encouragement: c'est toujours très agréable à recevoir.

Et Merci à ceux qui ont détesté de ne rien avoir dit!


Cissy  (20.06.2009 à 18:39)

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