HypnoFanfics

Promo 88

Série : Numb3rs
Création : 05.05.2009 à 17h53
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie se rendent à la soirée du 20ème anniversaire de leur promo. Bien sûr rien ne va se dérouler comme ils le pensaient. Episode sans enquête (désolée Orkhadia), que j'écris seule. » Cissy 

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Chapitre 16

 

Ce ne fut que le premier de l'un des voluptueux moments qu'il passa durant les mois suivants auprès de Tracy. Elle lui apprit à lui procurer du plaisir et lui en donna en retour, ô combien ! Il se rappelait avec nostalgie de leurs étreintes. Si depuis il avait connu d'autres extases encore plus intenses peut-être, jamais il n'avait retrouvé la plénitude ressentie durant ses premières expériences.

Ce fut aussi la première des punitions qu'engendra sa relation avec la jeune fille. Lorsqu'il rentra chez lui ce soir là, le corps repu, l'esprit ravi des moments de pur plaisir qu'il venait de vivre et plus amoureux que jamais, sa mère, au bruit de la porte s'ouvrant se retourna vers lui d'un bloc. Elle était très pâle et, en le voyant, elle posa brusquement le combiné du téléphone qu'elle tenait à la main.

- Où étais-tu ? questionna-t-elle brusquement.

Soudain, il prit conscience que la nuit était venue : il était déjà plus de vingt heures, bien plus tard qu'il n'était autorisé à rentrer en semaine, sauf en cas d'entraînement prolongé, même si on ne lui avait pas expressément demandé, comme c'était le cas ce jour-là, de rentrer pour dix-sept heures.

- J'étais chez Lucy.

- Ne me mens pas Don ! J'ai appelé chez Lucy. Personne n'a répondu !

Que pouvait-il dire à cela ? Pouvait-il avouer à sa mère qu'ils avaient bien entendu le téléphone sonner mais que le plaisir impérieux qui était le leur à ce moment-là ne leur avait pas laissé le loisir de répondre à cet appel ? Pouvait-il lui faire comprendre ce qui venait de se passer ? Il s'étonnait d'ailleurs qu'elle ne puisse pas lire sur son visage et dans ses yeux le changement radical qui s'était produit en lui au cours de ces heures inoubliables.

- On n'a pas dû entendre, essaya-t-il de se justifier, incertain de la conduite à tenir.

- Arrête tout de suite ! Je veux savoir où tu étais tu m'entends ! Pourquoi as-tu laissé ton petit frère tout seul ?

C'était donc ça le nœud du problème ! Pas l'inquiétude qu'elle avait pu ressentir en se demandant s'il ne lui était pas arrivé quelque chose, mais le fait que le petit génie ait dû rester seul quelques heures, comme si, à dix ans, il n'était pas capable de veiller sur lui tout seul ! C'est d'ailleurs ce qu'il rétorqua à sa mère, avec la mauvaise foi de ceux qui n'ont pas la conscience tranquille. Elle pâlit et le regarda tristement, et un instant il s'en voulut. Puis la colère la domina de nouveau.

- Très bien, monte dans ta chambre immédiatement ! Nous verrons ce qu'en dira ton père à son retour.

L'algarade qu'il avait reçu le soir même lui restait encore en mémoire, de même que l'air triomphant de Charlie quand il avait fait part à son père de sa capacité à se garder seul désormais ! « Bon sang, il n'aurait pas pu se taire ! » avait-il alors pensé. Mais, de toute façon, sa mère était trop fâchée contre lui pour ne pas avertir son père de sa conduite.

Entre temps, il avait réussi à élaborer un mensonge branlant sur une partie de base-ball tardive quelque part dans un parc de la ville. Ses parents n'y avaient sans doute cru qu'à demi. De toute façon, quelles que soient ses raisons, il méritait d'être puni pour avoir désobéi et menti et la sanction était tombée, nette : interdiction de toute sortie en dehors de celles imposées par ses matches.

Lorsque, la mort dans l'âme, il avait annoncé à Tracy cette tuile qui leur tombait dessus, elle n'avait fait qu'en rire. De toute façon, lui précisa-t-elle, il était hors de question qu'on sache qu'ils étaient ensemble. Ces mots lui avaient tout fait oublier : « ils étaient ensemble », lui et cette fille de terminale si populaire dont chaque garçon rêvait. Et rien que pour ça, il aurait affronté les pires dangers. C'est d'ailleurs plus ou moins ce qu'il fit dans les semaines suivantes en séchant des cours l'après-midi, et même des entraînements, pour pouvoir la retrouver dans les endroits les plus insolites afin d'assouvir leur désir mutuel.

 

*****

 


Cissy  (13.05.2009 à 17:30)

Et les punitions commencèrent à s'accumuler, dispensées par les professeurs à cause de ses absences et de ses mauvais résultats dus à son manque de travail, puis par l'administration et même par le coach qui finit par le mettre sur la touche. Enfin, ses parents, mis au courant de ses incartades à répétition, redonnèrent un tour de vis sérieux. Inquiets cependant de ce changement radical dans le caractère de leur aîné, ils essayèrent de savoir ce qui arrivait. Puis ils songèrent à l'alcool et à la drogue, malgré les dénégations énergiques du garçon. Enfin, à bout d'arguments et de patience, ils le soumirent à des horaires très stricts et à un contrôle permanent qui ne lui laissa plus le loisir de rencontrer sa muse.

Il prit alors l'habitude, une fois la maison endormie, de passer par la fenêtre de sa chambre en suivant la corniche qui courait le long du mur, jusqu'à l'arbre qui s'étendait au coin de la maison. De là, c'était un jeu d'enfant que de se laisser glisser au sol et de rejoindre Tracy qui l'attendait au coin de la rue, dans sa voiture. Ils s'éloignaient de la ville, puis faisaient l'amour avec un plaisir sans cesse renouvelé, leur désir décuplé par la sensation que les adultes faisaient tout pour entraver ce que Don, dans son exaltation adolescente, prenait pour l'amour éternel et qui n'était, en tout cas pour la jeune fille, que du désir sexuel.

Ces fugues répétées auraient peut-être duré des mois si, un soir, le risque quotidien qu'il prenait, n'avait fini par lui coûter cher. Aujourd'hui, il pensait qu'il aurait dû, à cette époque, demander à Charlie de lui établir les probabilités qu'il avait de répéter cette folie inlassablement sans qu'il ne lui arrive jamais rien. Ce soir-là, moins vigilant que d'habitude, ou plus impatient de rejoindre sa belle, son pied glissa et il tomba en criant. Lorsqu'il entra durement en contact avec le sol, un autre cri, de douleur cette fois, lui échappa tandis qu'il saisissait sa jambe à deux mains.

Il vit avec effroi la lumière s'allumer dans la chambre de ses parents qui se trouvait juste au-dessus de son point de chute. Puis sa mère se pencha à la fenêtre, elle sembla un moment interdite, hésitant à reconnaître son fils dans la forme prostrée au sol, puis elle poussa un grand cri d'angoisse et disparut dans la maison. Don l'entendit crier :

« Appelle une ambulance, vite ! »

Elle était auprès de lui moins de deux minutes plus tard, le serrant dans ses bras, s'affolant du sang qui coulait de son front, tentant éperdument de le distraire de la douleur atroce qui lui fouaillait la jambe.

- Ca va aller mon ange ! Tout ira bien !

A ce moment-là, Alan sortit à son tour de la maison et Don leva sur lui un regard inquiet. Son père était visiblement en colère.

- Bon sang ! Mais à quoi ça rime ? Qu'est-ce que tu faisais ? Tu es devenu dingue ou quoi ?

- Arrête Alan, tu vois bien qu'il est blessé ! Ce n'est pas le moment !

Sa mère le défendait, incapable de lui reprocher quoi que ce soit, trop inquiète pour lui, désespérée de le voir souffrir sans pouvoir le soulager. D'ailleurs, la colère d'Alan tomba à son tour en voyant le visage blafard de son garçon qui retenait à grand peine des larmes de souffrance. Il se laissa tomber à son tour près de lui en balbutiant :

- Ce n'est pas grave mon grand ! Ca va aller, tu verras, ce ne sera rien !

Don se laissait aller dans la chaleurs de leurs bras : il souffrait, mais en cet instant, il se sentait bien. Ses parents l'aimaient finalement.

Il dut cependant faire face à leur colère lorsqu'ils furent rassurés sur son état de santé. Quinze points de suture eurent raison de la plaie qu'il s'était faite au front et on lui emprisonna la jambe dans un carcan de plâtre contre lequel il pestait régulièrement : il en avait pour au moins six semaines ! Et comme si la punition de ne plus pouvoir jouer au base-ball n'était pas suffisante, ses parents ne le lâchaient désormais plus. Ils le déposaient et le ramenaient au lycée eux-mêmes et Alan avait posé un cadenas sur la fenêtre de la chambre désormais condamnée dès qu'il était l'heure de se coucher. C'est tout juste s'ils ne l'enfermaient pas à double tour la nuit pour s'assurer qu'il ne quitte pas le domicile ! Il avait beau les traiter de geôliers, ils n'en démordaient pas. Puisqu'il avait, une fois de plus trahi leur confiance, il n'avait que ce qu'il méritait.

 


Cissy  (13.05.2009 à 17:30)

Chapitre 17

 Flashback, 1985

Cependant, après un temps de désespoir, il retrouva le sourire, grâce à Tracy bien sûr. Jamais à court d'idées, celle-ci lui indiqua un moyen très simple de se retrouver. Il demanda, et obtint, la permission d'assister tout de même aux entraînements, assis sur le banc de touche, sous prétexte, ainsi, de ne pas perdre trop de temps dès lors qu'il pourrait de nouveau marcher normalement. Puis, une ou deux fois par semaine, au bout de quelques minutes, il se plaignait de douleurs et le coach l'envoyait à l'infirmerie d'où il pourrait appeler ses parents.

Arrivé là-bas, il disait à l'infirmière qu'il préférait les attendre en se reposant : il n'était pas à une heure près ! Tracy lui avait appris l'infirmière, avait l'habitude, entre seize et dix-sept heures, de rejoindre l'un des surveillants dans un petit local à l'écart. Bien évidemment, elle pensait à emmener son biper au cas où, mais elle laissait, pour l'occasion l'infirmerie vide. S'il y avait des élèves présents dans les locaux, elle s'assurait qu'ils allaient bien puis elle leur disait devoir s'absenter quelques minutes.

Et, trop préoccupée par ses petits rendez-vous clandestins, l'infirmière ne fit jamais le rapprochement entre la présence du jeune Don Eppes, légitimée par sa jambe cassée (non mais qui avait jamais vu qu'on obligeât un enfant avec une jambe dans le plâtre à participer à un entraînement de base-ball ?) et les malaises récurrents de Tracy Mac Donald, dus vraisemblablement au stress de la dernière année.

Dès que la brave femme s'éclipsait, Tracy quittait la chambre où elle était censée se reposer pour gagner celle où Don l'attendait impatiemment. A cause du plâtre qui rendait ses mouvements maladroits, c'est toujours elle qui menait la manœuvre. D'ailleurs, elle aurait sans doute fait la même chose s'il avait été valide. Ils eurent sept ou huit rendez-vous où la jouissance pour Don fut toujours aussi vive. Il aurait voulu la voir plus, mais elle lui disait que c'était déjà beau qu'ils arrivent à se voir deux à trois fois par semaines étant donnée la surveillance étroite dont il était l'objet.

En fait elle commençait à se lasser de lui : ce n'était pas si simple d'avoir des relations suivies avec un si jeune garçon. Elle était majeure, avait le permis, elle était libre de ses mouvements, ses parents n'étant pas très regardants du moment que ses résultats scolaires étaient corrects et qu'elle respectait, en apparence, le couvre-feu en semaine. Lui, n'avait pour lui que son enthousiasme et sa vigueur d'adolescent, tout le charme des premières fois. Mais au fur et à mesure qu'il prenait de l'expérience, il ressemblait de plus en plus aux autres et ce qui l'avait attiré chez lui commençait petit à petit à s'estomper.

Alors elle rata un rendez-vous, puis deux, puis un soir, alors qu'il se laissait aller sur l'oreiller dur du lit d'infirmerie en poussant un soupir de bien-être après leur étreinte sauvage, elle se releva doucement alors qu'il tentait de la retenir pour prendre encore un peu de plaisir et commença à se rhabiller. Il se souleva sur le coude, inquiet :

- Qu'est-ce qu'il y a ? Ce n'était pas bien ?

Elle le regarda bien en face. Plus que tout, cette dernière phrase venait de lui faire comprendre combien il était devenu semblable aux autres. Au début, jamais il n'aurait osé poser ce type de question, trop effrayé de la réponse qu'elle pourrait lui faire, trop conscient d'avoir tant à apprendre. Maintenant, il était devenu l'un de ses petits mâles trop sûrs d'eux et du pouvoir que leur procurait ce petit bout de chair supplémentaire entre les cuisses, qui se prenait pour un étalon.

- Si, c'était bien, très bien même.

- Alors viens...

- Non Don !

Le ton de sa voix l'inquiéta. Elle l'appelait rarement Don. En général, elle lui donnait un tas de petits surnoms idiots, continuant surtout à l'appeler bébé, comme lors de leur première étreinte, et ceci malgré ses récriminations au sujet de ce surnom qu'il trouvait ridicule étant donné son âge.

- Tracy...

Elle lui jeta un long regard empreint de compassion. Elle savait qu'elle allait lui faire du mal et aurait voulu que ça n'arrive pas. Mais elle ne savait pas mentir. Elle était comme elle était, trop délurée peut-être, incapable de brider une sexualité exigeante, mais elle était honnête : jamais elle ne faisait semblant, en amour moins qu'en toute autre chose.

- Ecoute Don. On a eu de bons moments tous les deux.

- Tracy, s'il te plaît...

Elle comprit qu'elle devait trancher net, très vite :

- C'est fini Don. Fini.

- Mais pourquoi ? Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Tu n'as rien fait. C'est comme ça. Ne m'en veux pas.

Elle était sortie avant qu'il puisse rien objecter, le laissant à son désespoir.

Ce soir-là, il était rentré anéanti et Margaret avait tout de suite perçu le désarroi chez son garçon. Elle pouvait être fâchée contre lui, lui en vouloir de son attitude des derniers mois, être désarçonnée par son changement de comportement, mais elle ne pouvait pas supporter de le voir souffrir. En regardant son visage pâle, ses lèvres qui tremblaient, son regard morne, elle eut soudain la révélation de ce qui l'avait changé et elle se traita d'idiote de n'y avoir pas pensé plus tôt. Le soir même, elle en parla à son mari, qui, lui aussi, sembla tomber des nues :

- Amoureux ? Donnie ?

- Ca expliquerait tout !

- Et, tu crois que... Enfin, tu penses qu'il a...

Il ne termina pas sa phrase, mais elle comprit, parce qu'elle s'était posée la même question et, au vu de ce qu'elle avait constaté, elle pensait connaître la réponse.

- C'est vraisemblable, répondit-elle.

- Mais enfin, c'est encore un enfant !

- Il a quinze ans Alan, quinze ans !

- C'est si jeune !

- C'est jeune oui, surtout pour souffrir. »

Ils étaient tous les deux conscients de l'immense douleur qui habitait leur fils. Alors, petit à petit, heureux d'avoir enfin compris ce qui s'était passé, soulagés de s'apercevoir que, comme il le leur avait assuré, leur fils ne s'adonnait ni à l'alcool ni à la drogue, ce qui d'ailleurs leur avait été confirmé par les examens sanguins effectués après sa chute, ils lui rendirent sa liberté, sachant que c'était le mieux qu'ils pouvaient faire pour l'aider à traverser cette épreuve.

Et quand il put reprendre les entraînements, Don avait retrouvé tous les privilèges dont il jouissait avant. Mais il fallut encore plusieurs mois avant qu'il ne retrouve aussi sa joie de vivre. Et jamais ses parents ne surent quelle était la fille qui lui avait donné à la fois tant de bonheur et de souffrance.

Puis Tracy était partie, son diplôme en poche, à la fin de cette année scolaire et il n'avait plus entendu parler d'elle que de loin en loin. Ses liens avec Lucy s'étaient distendus d'eux-mêmes, parce qu'il n'avait plus de raison d'essayer d'entrapercevoir Tracy et qu'au contraire il faisait tout pour l'éviter, pour éviter la souffrance. Alors, petit à petit, Lucy avait cessé de l'inviter chez elle, cessé même de lui parler au lycée.

L'année suivante, ils n'avaient plus qu'un cours en commun et ils avaient fini par ne plus faire que se croiser. Il n'avait jamais su si elle avait compris ce qui s'était passé entre celui qui aurait pu être son petit ami et sa sœur aînée.

 


Cissy  (13.05.2009 à 17:31)

Chapitre 18

 Gymnase, lycée de Pasadena, 2008

- Lucy Mac Donald ! Ca alors!

- Lucy Spencer maintenant.

- Mariée ?

- Mariée, quatre enfants, professeur de géographie. Et oui, le temps passe.

- Viens, raconte-moi ça !

Et il se lança dans une conversation à bâtons rompus avec son ancien flirt tandis que le fantôme de sa première grande passion amoureuse flottait au-dessus de leurs têtes. Il finit d'ailleurs par demander, l'air innocent :

- Et ta sœur ? Comment s'appelait-elle déjà ? Ah oui, Tracy ! Qu'est-ce qu'elle est devenue ?

Elle lui lança un regard scrutateur, blessée, malgré le temps passé, par cette allusion qui lui faisait se demander si Don s'était vraiment intéressé à elle durant toute leur conversation, ou s'il n'avait fait qu'écouter par politesse en attendant le moment de s'enquérir de l'ancienne reine du lycée.

Elle se doutait qu'il s'était passé quelque chose entre Don et Tracy à l'époque où elle avait cru commencer une grande histoire d'amour avec lui. Elle n'avait rien dit, trop discrète, trop timide pour se battre. De toute façon si Tracy avait décidé de s'attacher le garçon, rien de ce qu'elle aurait pu dire ou faire n'y aurait rien changé. Sa sœur aînée obtenait toujours ce qu'elle voulait.

Et cette question, jaillie vingt-deux ans plus tard venait de répondre à cette interrogation. L'air un peu trop détaché de Don lorsqu'il l'avait posée, l'apparent oubli du prénom qui sonnait effroyablement faux, tout ça lui fit comprendre que ses soupçons d'alors étaient amplement justifiés.

- Alors c'est bien ça, dit-elle, il y a eu quelque chose entre vous.

Don eut l'air embarrassé et elle rit.

- Allons agent Eppes, je vous signale que, depuis le temps, il y a prescription. Et puis nous n'étions pas mariés que je sache ! Nous n'étions même pas officiellement petits amis.

- Ca aurait pu venir.

- Oui, ça aurait pu venir, mais il y avait Tracy.

- C'est vrai. Il y avait Tracy. Je suis désolé si je t'ai fait du mal Lucie.

- Arrête Don. Tu ne m'as pas fait de mal, enfin pas vraiment. C'est vrai qu'à l'époque la pilule a été un peu dure à avaler, mais nous avions quinze ans, nous n'étions que des gosses. Et je suis bien placée pour savoir que quand ma sœur voulait quelque chose, elle s'arrangeait toujours pour l'obtenir. Tu ne faisais pas le poids mon pauvre !

- Je ne sais pas si c'est très flatteur ce que tu es en train de dire, plaisanta l'agent.

- Tu vas me dire que c'est toi qui a fait les premiers pas peut-être ?

- Euh... Pas à franchement parler...

- Voilà. Ca c'était Tracy. Avec les garçons c'était un véritable vampire : elle prenait, elle utilisait, elle jetait. Tant pis pour les naïfs qui croyaient à une belle histoire d'amour !

- On dirait que tu lui en veux beaucoup.

- Non, même pas. Dans son genre, elle était honnête. Elle ne cachait ni son désir, ni son plaisir, ni sa lassitude. Tu savais exactement à quoi t'en tenir.

- Tu as raison.

- Et puis elle a payé tellement cher pour ces quelques années de plaisir insouciant.

Don devint grave.

- Que veux-tu dire ?

Les yeux de Lucy s'était remplis de larmes.

- C'est vrai que tu n'en as rien su. Tu étais déjà parti pour Stockton et on ne t'a pas beaucoup revu dans le coin ensuite.

- Lucy, que s'est-il passé ?

- Ca s'est passé en 90. Tracy était en quatrième année à l'université et son comportement avec les hommes était resté tout à fait le même que du temps où elle était au lycée. Elle a fait la connaissance d'un étudiant qui devait avoir quatre ou cinq ans de plus qu'elle. Un beau type, grand, bien découplé, un peu dans ton genre physiquement, mais malheureusement pas le même genre de caractère.

Elle s'interrompit quelques instants et Don l'encouragea à continuer son récit.

- Comme d'habitude, l'idylle pour elle a duré deux mois, sa moyenne. Mais pour lui leur histoire était loin d'être terminée. Quand elle lui a annoncé que tout était fini il a fait une véritable crise et il l'a frappée. Elle a aussitôt porté plainte et il a été condamné à une forte amende. On lui a aussi délivré une injonction pour ne pas s'approcher de Tracy à moins de cent mètres.

- Et alors ? Il a continué à la harceler ?

- Environ six mois plus tard, alors qu'elle sortait avec son deux ou troisième flirt après lui, il les a attendu à la sortie d'un cinéma, un soir, avec trois de ses copains.

Don sentit un grand froid l'envahir, il avait peur de comprendre ce qui allait venir.

- Ils les ont embarqués tous les deux et les ont emmenés dans le désert, dans une caravane que l'un d'eux y possédait. Là, ils ont tué le garçon sous les yeux de Tracy, malgré ses supplications : ils l'ont battu à mort. Ensuite, ils se sont amusés avec ma sœur, durant trois jours.

Don ferma les yeux, il imaginait bien de quel genre « d'amusement » parlait Lucy et une rage rétrospective l'envahissait à l'idée de ce qu'avait pu subir son premier grand amour.

- On a retrouvé Tracy deux jours plus tard, déambulant nue dans le désert, à moitié morte de soif et brûlée par le soleil. Ses blessures physiques ont pu être guéries, mais elle ne s'est jamais totalement remise du choc psychologique.

- Qu'est-elle devenue ? interrogea Don, la gorge serrée.

- Elle a fini par entrer dans une institution religieuse. Tu imagines ça toi, tenta-t-elle de plaisanter, un sanglot dans la voix, Tracy Mac Donald en nonne ?

- Mais elle est en paix au moins.

- Je l'espère, si tu savais comme je l'espère !

Ils se turent, tous les deux occupés à ressusciter dans leur esprit la Tracy triomphante des jours de gloire, la jeune fille splendide qui faisait tourner la tête de tous les garçons qui l'apercevaient. C'était ça, pensa soudain Don, le côté difficile de ces réunions d'anciens élèves. A la joie de revoir certains amis, de connaître les réussites des uns, s'opposait le chagrin de s'apercevoir que d'autres n'avaient pas eu la chance qu'ils méritaient ou avaient prématurément disparu. Soudain il se demanda s'il avait bien fait de venir. Il y avait des choses qu'il n'avait pas envie de savoir.

 

*****


Cissy  (14.05.2009 à 20:46)

Lucy dut comprendre les pensées qui l'agitaient à ce moment-là car elle mit la main sur son bras en disant :

- Et voilà ! Je suis toujours l'affreux bonnet de nuit d'antan. Trois minutes de conversation avec moi et tu sombres dans la dépression.

Il rit, malgré lui.

- Arrête Lucy, nous avons eu de sacré moments de fous rires tous les deux !

- C'est vrai, souviens toi...

Et, la nostalgie envolée, en individus réalistes qui savaient que se lamenter sur des événements vieux de plus de quinze ans ne servait à rien et qu'on pouvait compatir au sort d'une personne sans s'enfermer dans la dépression, ils se mirent à égrener les souvenirs de leurs délires communs, riant aux larmes à l'évocation de certains de leurs délires d'alors.

- Tu sais, je crois que ça aurait pu coller nous deux, finit par dire Lucy.

- Peut-être. Mais crois-moi, tu n'aurais pas tes quatre adorables enfants si tu étais restée avec moi.

- Pourquoi ? Tu n'aimes pas les gosses ? Tu n'en veux pas ?

- Bien sûr que si. Il faut juste que je trouve le temps de les faire.

- Oui, je présume que ton métier n'est pas trop compatible avec la vie de couple.

- C'est le moins que l'on puisse dire.

- En tout cas, une chose m'étonne.

- Ah oui ? Quoi donc ?

- Il me semble t'avoir vu arriver avec ton petit frère.

- En effet. Et alors ? Nos petites amies nous ont laissé tombés comme de vieilles chaussettes. Quoi d'étonnant à ce qu'on arrive ensemble ?

- A l'époque, tu te serais fait couper une jambe plutôt que d'accepter d'emmener ton frère quelque part.

- Tu exagères un peu tout de même ! répliqua-t-il.

Elle comprit qu'elle l'avait vexé et enchaîna :

- Je suis désolée Don, je ne voulais pas te blesser.

- Non, tu n'as pas à t'excuser. Mais depuis tout à l'heure, on ne cesse de me répéter la même chose, alors je commence à en avoir assez. J'ai l'impression de m'être conduit comme un véritable bourreau envers mon petit frère.

- Allons, tu sais bien que ce n'est pas vrai Don, tu le sais fort bien.

- De quoi parles-tu ? demanda-t-il, intrigué par l'intonation de sa voix.

- Et bien, à l'époque j'ai entendu dire certaines choses...

- Et quoi donc ?

- Comme quoi tu aurais volé à son secours à plusieurs reprises.

- Bah, des bêtises ! dit-il, gêné.

Elle comprit qu'il n'avait pas envie de s'attarder sur le sujet et elle changea de sujet de conversation, revenant à son propos initial.

- En tout cas, vous avez l'air de bien vous entendre à présent.

- Oui, c'est vrai. Je n'aurais jamais cru ça possible. Mais Charlie et moi, on est vraiment des frères et c'est génial.

Elle intercepta le regard plein d'affection qu'il posa sur son cadet en prononçant cette phrase et elle en fut émue. Elle comprenait que les frères Eppes, eux, avaient eu la chance de pouvoir se découvrir et l'intelligence de saisir cette chance. Aujourd'hui on sentait entre eux une réelle complicité.

 


Cissy  (14.05.2009 à 20:47)

LES OTAGES

 

Chapitre 19

 Gymnase, lycée de Pasadena

Don, penché sur le lavabo, essayait vainement de faire partir la tache qui déparait sa cravate. Quel idiot ! Comment avait-il pu avoir l'idée saugrenue de prendre un toast avec du ketchup dessus alors qu'il n'avait pas de serviette et une de ses plus jolies cravates autour du cou ? Il aurait pourtant dû savoir comment cela allait se terminer ! Et ça n'avait pas loupé ! Une grosse goutte de sauce était venue délicatement se poser sur le vêtement, y formant un motif qui, pour être d'un très joli rouge, n'en était pas moins plutôt incongru et faisait passablement négligé.

Evidemment, il avait fallu que l'incident se passe sous les yeux de Laurie-Ann, la magnifique Laurie-Ann qui avait fait saliver tellement de garçons de terminale et qui n'aurait pas demandé mieux que de céder au sémillant Donald Eppes. Mais à cette époque-là, Don n'avait d'yeux que pour Val Eng, au grand dam de son petit frère qui se voulait amoureux de la jolie fille. Lorsque Laurie-Ann avait reconnu Don dans la foule, elle s'était précipitée vers lui :

- Don Eppes ! J'espérais bien que tu serais là !

Elle n'avait pas beaucoup changé : quelques rides en plus bien sûr, mais toujours une silhouette époustouflante et, Don le sentit très vite, toujours prête à céder si jamais il le voulait. D'ailleurs, elle passa très vite à l'attaque, interrogeant :

- Val est dans les parages ?

- Val ? Non, pourquoi ?

- Et bien, à l'époque tu semblais en pincer pour elle, alors je me suis dit que...

- Et non ! Figure-toi que Val s'est mariée il y a deux ans. Et pas avec moi.

- Donc tu es libre ?

Au moins elle n'y allait pas par quatre chemin.

- Encore perdu ! J'ai une femme superbe dans ma vie.

- Elle est là ce soir ?

- Non, elle a été retenue à son boulot.

- Ah bien, alors... peut-être que tous les deux...

C'était franc, c'était direct. C'est aussi ce qu'il avait toujours aimé chez Laurie-Ann.

- Désolée Laurie, Robin est moi c'est sérieux. Alors je suis flatté mais...

- D'accord Don ! Décidemment, je joue de malchance avec toi. Mais je ne désespère pas...

Alors qu'il cherchait quoi répondre, le ketchup avait fait intrusion dans leur conversation et la jeune femme s'était moquée de lui, sans méchanceté. C'était aussi l'une de ses qualités : certes elle aimait le sexe et ne s'en cachait pas, elle ne louvoyait pas et annonçait clairement la couleur, mais en aucun cas elle ne se formalisait d'un refus. Pour elle, négocier une étreinte était aussi naturel que de demander n'importe quel service et donc un refus n'avait rien d'outrageant en ce qui la concernait.

Après quelques mots d'excuses, Don avait filé aux toilettes.

 

*****


Cissy  (15.05.2009 à 18:09)

Bon, le désastre ne se réparerait pas avec quelques gouttes d'eau. Il imaginait déjà les moqueries de Charlie : il allait encore en entendre de toutes les couleurs ! Il n'avait plus qu'une solution. Avec un soupir, il dénoua sa cravate et la glissa dans la poche de sa veste. Puis il déboutonna le premier bouton de son col. Un coup d'œil au miroir le rassura : ça faisait peut-être un peu moins solennel, mais ça n'enlevait rien à son charme. Au contraire peut-être.

Au moment où il s'apprêtait à quitter les lieux, le bruit d'une chasse d'eau que l'on tire lui fit comprendre qu'il n'était pas seul dans le local. Dans le miroir, il vit sortir le « clone » et soupira intérieurement. Parmi tous les participants à cette soirée, il fallait qu'il se trouve dans ces lieux avec l'un de ceux qui le mettait le plus mal à l'aise. En le regardant dans le miroir, il avait l'impression de replonger vingt ans en arrière et de voir sortir son père, à moins que ce ne soit son oncle...

Comment un jeune homme pouvait-il accepter ainsi de se laisser totalement dominer par la personnalité de ses ascendants, et ce d'autant qu'en matière de personnalité, on ne pouvait pas dire que les T-Twins étaient charismatiques ? Et puis son regard fut soudain attiré par ce que le garçon, inconscient du regard de l'agent braqué sur lui par l'intermédiaire de son reflet dans la glace, était en train de replacer à sa ceinture, sous sa chemise. Il frémit : qu'est-ce que ce gosse faisait là avec une arme ?

A ce moment-là, le regard du jeune homme croisa le sien et le garçon eut un sursaut : visiblement il ne s'était pas aperçu avant de sa présence dans la pièce. Mais, il ne lui fallut que très peu de temps pour comprendre que Don avait vu son arme et son regard se durcit. L'agent comprit alors qu'il devait agir très vite : quelle que soit la raison pour laquelle il était armé, le garçon n'avait pas l'intention de laisser cet état de chose s'ébruiter et déjà sa main volait vers le pistolet, dans l'intention évidente de réduire un témoin gênant au silence. Il avait seulement eu la malchance de tomber sur un agent du F.B.I. entraîné.

Avant même qu'il ait pu effleurer la crosse de son arme, Don était sur lui et le maintenait dans une clé impeccable tandis que sa main allait récupérer le semi-automatique entrevu dans le miroir.

- Alors petit, qu'est-ce que tu comptais faire avec ce joujou ?

- Rien du tout monsieur. C'est juste que je le garde sur moi, toujours.

- Tu as un permis pour ça ?

- Oui, dans ma veste, dans la salle.

- D'accord, et bien on va aller voir ça tout de suite.

- Vous ne direz rien à mon père ?

- Pourquoi ? Il n'est pas au courant ?

- Il n'aime pas que je me promène avec ça.

- Et il a raison. Tu n'en as pas besoin.

- On ne sait jamais quand on en aura besoin monsieur. Vous voulez bien me le rendre ?

- Ecoute, si ton permis est en règle, je te le rendrai à la fin de la fête. Comme je viens de te le dire, tu n'en as pas besoin d'ici là. Par contre, si tu n'as pas de permis...

A ce moment-là, Don perçut le danger. Une lueur venait de s'allumer dans les yeux du gamin et il comprit qu'ils n'étaient plus seuls. Mais, pour une fois, ses sens avaient un temps de retard et un coup brutal lui sabra la nuque avant qu'il ait eu le temps de se retourner pour apercevoir l'intrus. Il tomba à genoux tandis que l'arme lui échappait des mains. Il vit le jeune homme se précipiter dessus pour la récupérer. Comme dans un brouillard, il entraperçut deux paires de chaussures identiques émergeant de quatre jambes de pantalons strictement similaires. Il n'eut pas le temps d'en voir plus. Se pendant sur lui, le gamin lui chuchota à l'oreille :

- Vous voyez monsieur que j'ai le droit d'avoir une arme.

Puis il lui asséna un violent coup sur le sommet du crâne et Don, avant de plonger dans la nuit, eut une pensée incongrue :

- Me faire avoir aux pattes par les T.T. ! J'ai vraiment pris un coup de vieux !

 


Cissy  (15.05.2009 à 18:10)

Chapitre 20

 Gymnase, lycée de Pasadena, dans les toilettes

Devant le corps inerte de l'homme, les trois hommes restèrent silencieux un moment. Puis, Théophraste, à moins que ce ne soit Théophile, administra une gifle retentissante au gamin.

- Petit imbécile ! Il fallait vraiment que tu te fasses prendre !

- Papa, geignit l'adolescent en portant la main à sa joue en feu. Je ne pouvais pas deviner qu'il serait là quand je sortirai.

- Mais tu pouvais éviter d'exhiber ton arme.

- Ca va, temporisa Théophile (ou Théophraste). Le principal c'est que ce gêneur ne puisse rien dire.

- Justement, on en fait quoi ?

- Il n'y a qu'à l'enfermer dans le local de ménage jusqu'à ce qu'on passe à l'action.

- Bonne idée tiens.

Aussitôt dit, aussitôt fait. L'un des jumeaux sortit du sac qu'il tenait en bandoulière deux paire de menottes en plastique et ils garrottèrent étroitement leur victime, lui réunissant les poignets dans le dos puis attachant ensemble ses chevilles. Ensuite l'un d'eux lui fourra un mouchoir dans la bouche et, récupérant la cravate tachée qui dépassait de sa poche de veste, il la noua autour de manière à ce qu'il ne puisse pas se débarrasser du mouchoir.

Ensuite les trois hommes transportèrent Don évanoui dans le local où le personnel de ménage entreposait son matériel et le laissèrent là après avoir réuni ses poignets et ses chevilles avec une troisième paire de menottes qu'ils rivèrent dans le même temps à un tuyau d'évacuation, de manière à ce que, s'il reprenait connaissance, il ne puisse pas taper dans les murs avec ses pieds ni s'approcher des divers seaux et balais et les faire tomber, attirant ainsi l'attention des occupants des toilettes.

De toute façon conclut l'un des Théo après s'être penché sur l'homme inconscient, il était vraisemblablement dans le potage pour un moment : un énorme hématome apparaissait déjà sur sa nuque et du sang coulait abondamment de son cuir chevelu éclaté sous le coup de crosse de Théobald.

- J'espère tout de même qu'il n'est pas trop amoché : c'est l'aîné des Eppes.

- Oui, ce serait vraiment dommage qu'il manque la fête.

- Sûr. Tu peux être sur que ça rendrait le chef enragé.

Théobald eut l'air inquiet.

- Pourquoi ? Il tient particulièrement à ce type là ?

- A un point dont tu n'as pas idée imbécile !

- Tu ne te rends pas compte de la panade dans laquelle tu nous as peut-être mis.

Le garçon baissa les yeux sous la double colère de ses parents. Mais il avait l'habitude d'être rabaissé par eux : un jour pourtant il leur montrerait ce qu'il valait.

- Bon, allez, on file d'ici.

Un dernier regard pour vérifier que rien ne trahissait ce qui venait de se passer : tout était en ordre. Le sang qui avait coulé sur le carrelage avait été soigneusement nettoyé et plus aucune trace de l'agression n'était visible.

Calmement les trois hommes refermèrent la porte et retournèrent à la salle de bal.

 


Cissy  (15.05.2009 à 18:11)

Chapitre 21

 Gymnase, lycée de Pasadena

Charlie venait de quitter Steven Ross. Il se sentait étouffer : Don, il devait trouver Don et sur le champ !

Il devait avoir une conversation avec son frère et pas plus tard que tout de suite ! Il fit le tour de la salle du regard : aucune trace de Don ! Bon sang, ou pouvait-il bien être passé ?

A ce moment-là un larsen fit sursauter toute l'assemblée. Puis une voix s'éleva qu'il reconnu comme celle de Norton Bates. Il fut surpris : son ancien partenaire ne lui semblait pas le type d'homme à vouloir se donner en spectacle. Mais après tout, que savait-il exactement de lui ? Quel homme était-il devenu depuis vingt ans ? Lui-même avait tellement changé. Pourquoi n'en aurait-il pas été autant de Norton ?

Il tourna son regard vers l'estrade sur laquelle, comme il s'y attendait, Bates venait de prendre le micro en main.

- Chers camarades : nous sommes tous ici réunis pour fêter la vingtième année de notre glorieuse promotion 1988. Voici bientôt deux heures que nous nous repassons en boucles nos souvenirs magnifiques de cette époque. Chacun se rappelle une anecdote qu'il a vécu, les anciennes gloires se ressourcent au souvenir de leurs succès d'antan. Et notre mémoire sélective ne nous ramène que les souvenir agréables, les amitiés, les fous rires, les succès, la camaraderie. Qui a envie de se rappeler des brimades, des humiliations, des violences, de la solitude...

Au fur et à mesure qu'il parlait, un malaise s'emparait de l'assemblée à écouter ce ton à la fois sarcastique et désespéré, cette voix survoltée, presque hystérique. Charlie se rapprocha de l'estrade, se demandant comment tout cela allait se terminer, quel était le but de ce discours. Il avait bien perçu l'amertume qui couvait sous le ton faussement badin de Bates lorsqu'ils avaient parlé, mais il n'aurait pas cru que celui-ci aurait le cran de révéler ainsi ce qu'il ressentait devant tous. Il espérait simplement qu'il n'irait pas trop loin et ne gâcherait pas la soirée.

Il aperçut, aux côtés de Norton, les jumeaux et un frisson le parcourut de nouveau à voir ces deux êtres si semblables entre eux et si semblables à ce qu'ils étaient vingt ans auparavant. Leur fils (comment savoir qui était le père et qui était l'oncle ?) se tenait à trois pas derrière eux et le quatuor avait un je ne sais quoi de menaçant qui le tétanisa d'un seul coup. Il chercha son frère du regard : il devait lui parler, quelque chose se préparait.

Mais Norton continuait de parler et, plus il parlait, plus l'assemblée se sentait mal à l'aise de cette rancœur qui fusait dans chacun de ses mots. N'y tenant plus, Bailey Bludford s'interposa soudain :

- C'est bon Norton. Tu nous as dit ce que tu avais à dire. Maintenant, si tu laissais la place aux musiciens ?

- Mais comment donc ! ironisa soudain Norton. Puisque vous voulez de la musique, messieurs, faites-nous donc entendre vos instruments !

Charlie sentait que la menace se précisait, il aurait voulu quitter la pièce, mais ses pieds lui semblaient rivés au sol.

A la réplique de Norton, les trois hommes se baissèrent quelques instants, fouillant dans un sac à leur pied. Quand ils se redressèrent, un cri d'épouvante échappa à l'assemblée : ils braquaient devant eux trois armes automatiques qu'ils se mirent à décharger au-dessus des têtes. Aussitôt la plupart des participants se jetèrent au sol tandis que d'autres essayaient de se ruer vers les sorties. Ils s'aperçurent alors que celles-ci étaient défendues par trois autres hommes armés et refluèrent vers le centre de la pièce.

- A terre, hurlait Norton dans le micro. Et la ferme !

Il fallut quelques minutes pour que le silence se fasse dans la grande pièce. Au bout d'un moment, cependant, on n'entendit plus que quelques sanglots étouffés et des halètements de terreur. Tous les participants à la soirée étaient étendus au sol, les mains sur la nuque et chacun, au plus profond de lui, suppliait le ciel de les tirer de là.

Puis, Norton fit signe à ses complices qui firent un tri sommaire parmi les otages : ils en gardèrent une quarantaine et laissèrent sortir les autres : visiblement, ils ne voulaient pas s'encombrer de trop d'otages.

Lorsque les portes eurent été refermées, l'homme reprit :

- Bien ! Alors je vais vous dire ce que j'attends de vous. Asseyez-vous tous, en tailleurs, les mains sur la nuque. Toi, dit-il en poussant brutalement Bailey en bas de l'estrade, rejoins les autres.

L'homme ne se le fit pas dire deux fois et il s'empressa de s'asseoir à côté de Mélanie. Comme les autre, Charlie obtempéra aux ordres.

 


Cissy  (16.05.2009 à 17:14)

Chapitre 22

Siège du F.B.I. 

Au bureau du F.B.I., la soirée s'annonçait calme. Colby et Liz venaient de partir à l'instigation de David qui comptait rester encore un peu, profitant de cette trêve pour mettre à jour le rapport que Don lui avait réclamé le matin même. Nikki, quant à elle, était d'astreinte : elle était allée se chercher un café et n'allait sans doute pas tarder à revenir.

A ce moment-là le téléphone sonna. David darda un regard furieux sur l'appareil : il pressentait que le calme de la soirée venait de voler en éclat !

- Sinclair ! dit-il d'une voix sèche en décrochant.

Au fur et à mesure que son correspondant lui parlait, il pâlissait.

- D'accord, on fonce ! se contenta-t-il de dire.

Il attrapa sa veste à la volée et se précipita vers les ascenseurs en hurlant :

- Nikki, dépêche-toi, on y va !

La jeune femme sortit de la salle de repos, son café à la main, l'interrogeant du regard :

- Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Prise d'otage au lycée de Pasadena.

- Quoi ?

- On vient de prendre en otage les anciens du lycée qui fêtait le vingtième anniversaire de leur promotion.

Elle le regarda, interdite :

- Mais...

- Oui, conclut-il abruptement, c'est la soirée à laquelle assistent Don et Charlie ! Appelle Liz et Colby qu'ils nous rejoignent là-bas.

Sans plus un mot elle lui emboîta le pas tout en attrapant son téléphone. Tandis que l'ascenseur les descendait au parking, David se demandait quelle était cette malédiction qui semblait les poursuivre : pour une fois que son chef prenait une soirée de détente, il fallait qu'il se trouve au beau milieu d'une prise d'otages. Son cœur se serra : pourvu que Don et Charlie s'en tirent bien.

Arrivés au parking, ils s'engouffrèrent dans le véhicule de service de David et foncèrent vers le lycée, sirènes hurlantes.

- Colby et Liz nous rejoignent. Liz sera même sur place avant nous : apparemment elle traînait dans un bar du coin.

- Parfait !

Ce fut tout ce qu'ils se dirent durant le trajet, uniquement concentrés sur la même idée : qui étaient les preneurs d'otages ? Que voulaient-il ? Où étaient Don et Charlie ? Une chose était sûre, ils ne faisaient pas partie des personnes que les malfaiteurs avaient laissées sortir du gymnase sinon ils se seraient déjà manifestés. Pourvu qu'il ne leur soit rien arrivé de grave. Mais David avait un mauvais pressentiment : il connaissait parfaitement les statistiques sur l'espérance de vie d'un agent fédéral pris en otage et il savait que jamais Charlie ne laisserait quiconque faire du mal à son frère sans s'interposer. Son visage se contracta : il devait absolument sortir ses amis de ce guêpier !


Cissy  (16.05.2009 à 17:15)

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