HypnoFanfics

Promo 88

Série : Numb3rs
Création : 05.05.2009 à 17h53
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie se rendent à la soirée du 20ème anniversaire de leur promo. Bien sûr rien ne va se dérouler comme ils le pensaient. Episode sans enquête (désolée Orkhadia), que j'écris seule. » Cissy 

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Chapitre 23

 Gymnase, lycée de Pasadena

Assis par terre, Charlie regardait fixement Norton Bates et les jumeaux toujours juchés sur l'estrade, suivi du « clone ». Les trois hommes discutaient, l'air détendu : cet air qu'on s'attendait à voir sur les visages de personnes se retrouvant après plusieurs années. La seule différence était qu'on s'attendait moins à voir des armes automatiques dans leurs mains. Il fit le tour de la salle du regard : à chaque issue il y avait un homme armé. Inutile de penser s'échapper. Mais il savait que l'alerte n'allait pas tarder à être donnée, si elle ne l'était pas déjà. Ceux qui avaient été relâchés avaient dû avertir les autorités. On viendrait bientôt à leur secours.

Il se creusait la cervelle pour savoir ce qui avait motivé le geste des trois hommes : l'envie de vengeance ? Si longtemps après, était-ce réellement possible ? Il se souvint alors des regards et des sourires qui l'avaient mis mal à l'aise lors de sa conversation avec Norton. Il s'en voulait : il aurait dû mettre Don au courant de ses impressions à son sujet. Quoique, connaissant son frère, il n'était pas sûr qu'il en aurait tenu compte. En effet, il n'accordait pas beaucoup d'importance aux pressentiments de son cadet. Il lui semblait l'entendre d'ici :

- Ecoute Charlie, pour ce qui est des maths, je ne mettrai jamais ton raisonnement en doute. Par contre, tu me permettras de douter de tes impressions. Les intuitions ça n'a jamais été ton fort !

Bien sûr, les intuitions, elles étaient strictement réservées à monsieur l'agent spécial Don Eppes !

Et au fait, où était-il, Don ? Il regarda désespérément autour de lui dans l'espoir d'apercevoir le visage familier : rien ! Qu'est-ce que cela voulait dire ?

Et puis l'idée lui vint que son frère était peut-être sorti quelques instants : il savait combien son aîné détestait la foule et les ambiances surchauffées. Là, il avait été servi. Donc il n'y avait rien d'improbable à ce qu'il se soit éclipsé un moment pour prendre l'air. Et la prise d'otages avaient eu lieu dans l'entre fait. Ainsi son frère y avait échappé.

Un puissant soupir de soulagement lui échappa à l'idée que Don était à l'extérieur. D'une part, on ne risquait pas de lui faire le moindre mal : il se souvenait en effet de l'acrimonie manifestée par Norton envers lui, et, en dehors de ça, il existait beaucoup de gens chez qui le fait de tenir un agent fédéral en leur pouvoir excitait les instincts les plus brutaux ou sadiques. D'autre part, il était ainsi persuadé que la résolution de la crise reposait entre les mains de l'agent le plus compétent qui soit. Don ferait tout pour résoudre cette affaire en minimisant les risques. Il ne mettrait pas les otages en danger.

Oui, se dit Charlie en se détendant soudain. Avec Don aux commandes il n'avait rien à craindre : son grand frère allait le sortir de là, comme toujours !

 


Cissy  (17.05.2009 à 16:36)

Chapitre 24

 Maison des Eppes

- Echec et mat ! On dirait que vous n'êtes vraiment pas au jeu ce soir Alan, dit Larry en posant sa pièce sur la case de la victoire.

D'autant moins au jeu, pensait-il, que, contrairement à son habitude, le père de Charlie ne songeait même pas à protester contre sa défaite, lui qui n'avait pas la réputation d'être le meilleur perdant du monde !

- Non, je pense à mes garçons.

- Ne me dites pas que vous êtes inquiet tout de même ? s'étonna le physicien.

- Bien sûr que non. Mais, ça m'a fait tout drôle de les voir ainsi ce soir.

- Comment ça ?

- Oui. J'ai eu l'impression à la fois d'être reporté vingt ans en arrière et cependant pleinement conscient du temps présent.

- Oh ! Concept fort intéressant Alan : le passé et le présent qui se rejoignent. Nous savons tous que certains savants sont persuadés que le continuum espace-temps...

- Larry, vous voulez un café ? demanda prosaïquement Alan, désireux de couper court à l'envolée lyrique de son partenaire de jeu.

Celui-ci, coupé net dans son élan le regarda avec un petit sourire au coin des lèvres :

- Serai-ce un effet de mon imagination ou n'êtes-vous pas follement passionné d'exposés sur le continuum espace-temps ?

- Ecoutez Larry, je ne doute pas que ce concept soit très intéressant, mais je vous avouerai que je n'ai pas franchement la tête à un cours de physique ce soir.

- Bien sûr, bien sûr... opina le physicien, l'air un peu vexé tout de même.

- J'espère que vous ne vous froisserez pas de... s'inquiéta soudain Alan.

- Nullement Alan, nullement, se défendit aussitôt Larry. Bon, et bien allons donc nous concocter ce délicieux mélange chimique appelé café. Saviez-vous que..., continua-t-il en emboîtant le pas à Alan qui se dirigeait vers la cuisine.

Celui-ci eut un soupir résigné : décidemment, cet incorrigible bavard de Larry avait décidé de le faire profiter de l'un de ses exposés, quel qu'en soit le sujet, et quoi qu'il en pense. Il n'y avait que lorsqu'ils étaient plongés dans une partie d'échecs qu'il parvenait à le faire taire, et encore !

- Euh... Larry, pourriez-vous allumer la télévision ? demanda-t-il soudain. Ca va être l'heure des informations.

- La télévision ? Les informations ? s'étonna le physicien coupé une nouvelle fois dans son élan, sur un ton qui laissait à penser qu'il ignorait totalement la signification de ces deux mots.

- Ah oui ! Bien sûr ! Si vous voulez ! J'y cours ! s'exclama-t-il soudain lorsque ses cellules grises eurent cesser d'émulsionner de manière anarchique pour lui permettre de reprendre le contrôle de son raisonnement.

Tandis qu'Alan souriait avec indulgence, toujours amusé de voir à quel point cet homme brillant pouvait parfois paraître déconnecté de la plus simple des réalités, Larry se précipita vers la télévision. Il s'arrêta, interdit, semblant chercher désespérément quelque chose.

- Alan...

- Oui Larry ? lui répondit celui-ci de la cuisine.

- Savez-vous où se trouve la télécommande ?

- Sur le meuble, juste en face de vous.

- Sur le meuble, juste en face de moi. Oh ! Exact ! D'un autre côté : comment pouviez-vous savoir que je me trouvais juste en face de...

- Larry, raisonna Alan qui repassait la porte, deux tasses fumantes dans les mains, dans la mesure où la télé est dans ce meuble, il y avait de fortes chances que, pour l'allumer, vous vous postiez en face d'elle non ?

- Bien sûr ! Où avais-je la tête ? Vous savez que vous auriez fait un redoutable scientifique ?

- J'en suis persuadé Larry, mais je ne suis pas sûr de mettre la même connotation que vous à redoutable...

Avant que le physicien ait pu répondre, l'écran s'était allumé sur un regroupement de voitures de police, gyrophares clignotants, dans ce qui était, de toute évidence un quartier de Los Angeles. On voyait des badauds attroupés le long des bandes jaunes délimitant le périmètre de sécurité et des hommes en armes qui s'agitaient dans tous les sens.

- Oh ! On dirait qu'il se passe quelque chose, déduisit naïvement Larry.

- Chut ! Ecoutez, lui ordonna Alan.

« On ne sais pas encore qui sont les preneurs d'otages, ni ce qu'ils veulent. Tout ce que l'on sait c'est que... Attendez... On dirait que.... Oui, plusieurs personnes sortent du gymnase : il semble que ce soit des otages qui ont été libérés et...

- Quelle horreur ! gémit Larry. Mais où va donc ce monde ?

Il se tourna vers Alan et s'affola de le voir livide, les mains tremblantes, tétanisé devant l'écran :

- Alan ? Mon Dieu, vous ne vous sentez pas bien ? Alan, qu'est-ce qui vous arrive ?

Il posa sa tasse de café et s'approcha de son hôte, inquiet de son manque de réaction. Alors qu'il lui touchait le bras, le regard d'Alan accrocha le sien : il était empli d'une inquiétude proche de la panique.

- C'est le lycée des garçons...
- Quoi ?

- Je le reconnais : c'est le gymnase...

- Seigneur, vous voulez dire que ?

- Je ne sais pas... Je... Attendez, je les appelle !

Il chercha désespérément son portable du regard puis se souvint l'avoir posé sur la table de la cuisine où il se précipita. Il ressortit avec l'appareil à la main. Au moment où il allait appuyer sur le raccourci clavier pour avoir Don, le bandeau déroulant au bas de l'écran confirma ses craintes :

Prise d'otages au lycée de Pasadena durant la réunion des anciens de la promo 88

- Seigneur ! gémit Larry en s'effondrant sur le canapé.

Fébrilement, Alan, après quelques secondes d'immobilité, forma le numéro de Don. Il écouta quelques secondes et raccrocha :

- C'est sa boîte vocale, j'essaie d'avoir Charlie.

Tandis que Larry le regardait, plein d'espoir, il appuya sur la touche n°2 et porta à nouveau le récepteur à son oreille. Il le laissa retomber, découragé :

- C'est aussi sa boîte vocale !

- Ca ne veut rien dire, tenta alors de le rassurer Larry. Même s'ils sont sains et saufs, vous les connaissez : ils vont s'investir dans ce cas sans penser à...

Mais la voix du physicien manquait terriblement de conviction.

- J'y vais ! déclara alors Alan en tournant le dos.

- Alan, vous n'y pensez pas... Ils ne vous laisseront pas passer. Ici, au moins vous pourrez...

- J'y vais, répéta-t-il, l'air buté. Ma place est là-bas, auprès de mes fils !

Larry comprit qu'il ne pourrait rien dire pour l'empêcher de se rendre sur les lieux du drame.

- D'accord, je vous accompagne, déclara-t-il alors.

Les deux hommes sortirent en trombe de la maison et se précipitèrent vers le lycée. En route, sur ce trajet qu'il avait fait tant de fois des années auparavant, Alan ne pouvait s'empêcher de trembler en pensant à ses enfants : lui qui s'était fait une telle joie de les voir partir ensemble pour cette soirée en se disant qu'elle leur permettrait enfin de gommer tout ce qu'il y avait eu entre eux à cette époque, de faire le point sur leur relation d'alors et, par là même, d'améliorer encore leur relation actuelle. Lui qui, pour une fois, ne s'était pas inquiété de ne pas les avoir auprès de lui, n'ayant pas à se demander quel danger affrontait peut-être son fils aîné et si son cadet n'en faisait pas un peu trop.

Et voilà, le destin fondait sur eux dans les circonstances les plus anodines. Il avait terriblement peur : et si on s'en prenait à ses petits ? Quelque part il tentait de se rassurer en se disant que Don veillerait sur Charlie et inversement. Mais cela était-il rassurant ou non ? Qui sait jusqu'où chacun des frères était prêt à aller pour protéger l'autre ? En tant qu'agent fédéral, Don était une victime désignée de tout malfaiteur et jamais Charlie ne laisserait tomber son grand frère. Alan avait peur comme jamais il n'avait eu peur de sa vie et une prière muette monta à ses lèvres : « Je vous en prie, je vous en prie, laissez-moi mes enfants, sans eux je ne suis rien. »

 


Cissy  (17.05.2009 à 16:37)

Chapitre 25

 Gymnase, lycée de Pasadena

Il y avait maintenant vingt bonnes minutes qu'ils étaient assis au sol, les mains sur la nuque tandis que les trois hommes continuaient à palabrer sur l'estrade. Charlie commençait à sentir des fourmis dans les jambes. Il bougea légèrement afin de changer de position. Mais, si mesuré qu'ait été son geste, il attira aussitôt l'attention de Norton.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a Charlie ? Tu ne te sens pas bien ? questionna aussitôt Bates.

Le mathématicien déglutit difficilement en s'adressant d'amer reproches pour avoir ainsi attiré l'attention sur lui.

- Si, j'ai juste un début de crampe. La position n'est pas très confortable tu sais.

- Ah oui ? Désolé vieux. Mais bon, tu en as connu d'autrement inconfortables à l'époque hein ? Tout comme moi ou comme mes amis ici présents. Parce que parmi tous ces braves gens à l'époque il n'y en aurait pas eu un qui se serait élevé contre les petite brutes qui s'en prenaient à nous. Tant qu'on ne les touchait pas, eux, qu'est-ce qu'ils en avaient à faire hein ?

Au fur et à mesure qu'il parlait, sa voix s'enflait, prenait des proportions inquiétantes de par les aigus qui s'y glissaient. Charlie le regardait, abasourdi : ce serait donc ça le fin mot de cette horreur ? Le simple désir de se venger, vingt ans plus tard ? Non, il devait faire erreur ! Mais il dut bientôt admettre que sa théorie était la bonne. Sur un ton de plus en plus hystérique, Norton passait en revue toutes les brimades, insultes, humiliations et violences subies par les uns ou les autres dans ce lycée. Et la liste pathétique se déroula durant un long moment. Au passage Charlie reconnut certains des épisodes qu'il avait lui-même subis, avec Steven Ross, et il frémit à leur évocation tandis que leur auteur, assis à quelques pas de lui, baissait la tête, honteux de s'entendre rappeler ses bassesses de l'époque.

- Norton, tenta alors Charlie. Ca ne sert à rien. Tout cela est du passé, c'est derrière nous maintenant. Nous avons tous changé, nous ne sommes plus les adolescents d'alors. La vie s'est souvent chargée de nous faire payer nos mauvaises actions, d'une façon ou d'une autre. Arrête ça maintenant, tant qu'il en est temps sinon tu vas gâcher ta vie !

A ces mots, un même éclat de rire échappa aux jumeaux, à leur fils et à Norton Bates.

- Gâcher ma vie ! Mais ma vie a été gâchée déjà ici, à cet endroit même ! Du moment où j'ai mis les pieds dans cet endroit maudit ma vie a été gâchée tout comme celle de Théophile et Théophraste.

Il fallut un moment à l'assemblée pour faire le lien entre Théophile et Théophraste et les jumeaux. On n'avait si peu l'habitude de les entendre désigner sous leurs prénoms.

- Et rien n'a changé : les gens ne changent pas. Je n'ai pas changé, ils n'ont pas changé, regardez-les !

Ah ça, pour les regarder, ils les regardaient, et un même frisson parcourut toutes les nuques à les voir comme surgis d'une machine à remonter le temps, impression encore renforcée par la présence du troisième Skeleton.

- Et les choses n'ont pas changé dans ce maudit lycée. Prenez Théobald, il y est scolarisé et que croyez-vous qu'il subisse de la part de ses condisciples, vos enfants le plus souvent hein ? Les mêmes choses, exactement, dans la même indifférence de ses camarades de classe et de l'administration qui ferme les yeux pour avoir la paix ! Alors il faut bien que ça s'arrête un jour. Il faut bien qu'il y en ait qui fassent enfin comprendre au pays, au monde entier que ces pratiques innommables doivent cesser une bonne fois pour toute. Nous allons donner ici une leçon qui aura l'effet d'un électrochoc. Chacun doit comprendre que, tôt ou tard, on doit payer pour ses erreurs. Et les circonstances atténuantes de la jeunesse ne marchent pas avec moi : la jeunesse n'excuse pas l'égoïsme, la vanité, la cruauté, le sadisme.

Charlie soupira, il ne servait à rien d'essayer de raisonner avec ce dément. Il s'étonna soudain du terme qui lui était spontanément venu à l'esprit. Mais c'était bien ça qui résumait le mieux l'image que donnait de lui Norton Bates à cet instant : un dément ! A nouveau il frissonna et ses pensées s'envolèrent vers Don : « Allez grand frère, sors-nous vite de là, je ne sais pas de quoi ce malade est capable ! »


Cissy  (18.05.2009 à 16:56)

Chapitre 26

 Bureau de Robin Brooks

Robin sortait de son bureau, fatiguée mais heureuse d'être enfin parvenue à un accord qui satisfasse les deux parties. Le meurtrier qu'elle poursuivait venait enfin, sur les conseils de son avocat, d'accepter de plaider coupable. Il n'y aurait pas de procès et c'était tant mieux. Outre les milliers de dollars qui seraient ainsi économisés, cela lui permettrait d'avoir peut-être enfin un peu de temps pour elle et Don. Il lui semblait qu'il y avait des siècles qu'ils n'avaient pas eu de temps rien qu'à eux. Elle languissait de le retrouver, de se blottir dans ses bras et de faire l'amour avec lui. Depuis combien de temps n'en avaient-ils pas eu l'opportunité ?

Elle chassa les pensées salaces qui commençaient à l'assaillir d'un geste de la tête : il fallait vraiment qu'ils prennent le temps de se retrouver, le manque commençait à être intolérable. Un moment elle se demanda comment il faisait, lui qui était tellement sensuel, pour supporter cette abstinence forcée qu'ils vivaient depuis deux semaines. Et le doute vint la tarauder : peut-être avait-il trouvé une charmante assistante, une jeune collègue ou que savait-elle encore, pour lui tenir compagnie et réchauffer sa couche quand sa compagne était indisponible ?

Et puis elle se traita d'idiote. Don l'aimait, même s'il ne savait pas toujours bien le lui montrer. Elle savait qu'il tenait à elle et qu'il ne ferait rien qui puisse mettre leur relation en danger. Ils allaient doucement, peut-être trop d'ailleurs, mais elle le sentait enfin totalement investi dans leur relation, et Don Eppes était un homme loyal et droit. Elle savait qu'il ne pourrait pas lui mentir, du moins à ce sujet, sans qu'elle s'en aperçoive aussitôt.

Elle se souvenait de son ton déçu lorsqu'elle l'avait appelé au début de la soirée pour se désister. Et pourtant il n'avait émis aucun reproche. Bon, c'est vrai qu'il aurait été mal venu de le faire étant donné le nombre de fois où lui-même avait dû reporter un rendez-vous. Mais elle avait connu certains hommes que ce type de mauvaise foi n'aurait pas rebuté. Non, elle était bien avec lui, très bien même et d'ailleurs...

Elle jeta un coup d'œil à sa montre : finalement elle avait mené les choses rondement et il était à peine vingt-deux heures. En se dépêchant, elle pouvait se changer vite fait : elle avait toujours avec elle une tenue de rechange au cas où. Combien de fois s'était-elle trouvée coincée au bureau plus de vingt-quatre heures d'affilée ? Et le plus souvent pour terminer devant un juge. Dans ce cas, il était primordial d'avoir une mise soignée. Pas question de présenter une requête vêtue d'un tailleur froissé par des heures de station sur une chaise ou taché suite au repas pris sur le pouce. C'était parfois à des petits détails du genre qu'on gagnait ou perdait une cause.

 

*****


Cissy  (19.05.2009 à 17:47)

Flashback

Elle se souvenait de ce juge psychorigide auquel elle avait eu à faire quelques années auparavant, alors qu'elle était encore débutante. Visiblement il penchait vers la défense et elle sentait l'affaire lui échapper. Pourtant, déjà, elle avait fait l'effort d'être présentable : pas du genre aguicheuse non, juste propre, nette, très « procureur en pleine possession de ses moyens » malgré les trente-six heures non stop qu'elle venait de passer entre le poste de police, le domicile du suspect, la salle d'interrogatoire et la prison fédérale où l'homme était enfermé, sans compter l'atmosphère confiné du petit bureau qu'elle occupait alors.

A la voir, maquillée sobrement et vêtue d'un tailleur de coupe très classique qui lui allait à merveille, nul n'aurait pu se douter qu'elle n'avait pas dormi depuis tant de temps et n'avait eu droit qu'à une douche rapide prise dans les toilettes pour femmes réservées au personnel pour chasser tant que faire se pouvait la fatigue qui l'écrasait.

Elle débattait pied à pied sur un point de droit que depuis d'ailleurs elle avait oublié, s'efforçant de faire prédominer la voix de la victime, par la sienne, mais elle sentait que, petit à petit, elle perdait la partie et elle en enrageait ! Et puis, soudain, elle avait vu les yeux du juge se fixer sur la consoeur qui lui faisait face : une femme plus âgée qu'elle et dont l'expérience en faisait une redoutable adversaire. Le juge avait détourné le regard, mais, comme malgré lui, ses yeux revenait toujours sur la femme, sur le même point et, interloquée, Robin eut l'impression, durant un moment, qu'il reluquait la poitrine de l'avocate ce qui aurait été particulièrement étonnant d'une part de la part de ce juge, d'autre part parce que la poitrine de ladite avocate s'apparentait plus à ce qu'il est convenu d'appeler des « œufs au plat » qu'à ces poitrines voluptueuses qui attirent les regards des mâles.

L'avocate finit aussi par prendre conscience du regard fixe du juge posé sur elle et elle baissa le regard pour vérifier ce qui pouvait bien ainsi distraire l'attention de l'éminent membre de la cour. Elle s'empourpra en constatant qu'une magnifique auréole de mayonnaise déparait la soie grège de son chemisier de prix.

De ce moment, elle perdit pied, déconcentrée par cet infime détail eut égard à l'importance de la cause qu'elle défendait. Mais il lui semblait que, de minute en minute, cette petite tache devenait un gouffre qui attirait toute l'attention sur elle. Finalement Robin obtint gain de cause et, même si elle avait un peu mauvaise conscience de la façon dont cela s'était passé, il lui sembla y voir tout de même une sorte de justice immanente.

Mais elle n'avait jamais oublié la leçon qui lui avait été donnée ce jour-là : comme quoi une minuscule tache peut tout faire basculer ! Depuis elle veillait toujours scrupuleusement sur sa mise et n'avait jamais mis les pieds dans le bureau d'un juge sans s'être regardée très attentivement dans une glace à la recherche de la plus petite anomalie dans son aspect.

 

*****

 


Cissy  (19.05.2009 à 17:47)

Fin du flashback

Enfin bref, se dit-elle en remettant les pieds sur terre après cette incursion dans le passé, elle devait avoir dans son sac une tenue qui lui permettrait de ne pas faire honte à l'homme de sa vie quand elle le rejoindrait à sa soirée des anciens de la promo 88. Elle fonça sous la douche pour se rafraîchir et dix minutes plus tard, elle mettait la dernière main à son maquillage et se contemplait avec indulgence dans la glace : bon, ça devrait plaire à son homme. La petite robe toute simple qu'elle avait choisie mettait en valeur une silhouette dont elle devait s'avouer, en toute modestie, qu'elle n'avait rien à envier à celles de certaines stars de cinéma.

Elle anticipait déjà le regard heureux de Don en la voyant arriver et, espérait-elle avec un frisson de plaisir au creux des reins, la nuit qui s'ensuivrait. Elle comptait bien qu'ils ne rentreraient pas trop tard : pour elle, elle était tranquille jusqu'au surlendemain matin et elle savait que Don avait posé son congé jusqu'à midi le lendemain, donc une longue, longue nuit en perspective, qui allait leur permettre de rattraper tout ce temps perdu.

Allons, voilà qu'elle se laissait encore envahir par des pensées qu'aurait fortement désapprouvé sa brave femme de mère ! Mais après tout elle était une femme de son époque : elle se donnait à fond dans son travail et ne se cachait pas d'éprouver du plaisir dans les relations sexuelles. Elle devait s'avouer qu'avec Don le sexe était particulièrement délicieux, peut-être parce que lui aussi adorait cela, ça lui était même indispensable, ou tout simplement parce qu'il était à la fois si doux et si fougueux, ou... Qu'importait en fait ? En tout cas, elle avait terriblement envie de lui et comptait bien assouvir ce désir avant que la nuit n'ait laissé place à l'aube.

Comme dit le dicton : l'homme propose et Dieu dispose. Et au moment où elle vit arriver son assistant à toute vitesse, Robin gémit, comprenant que le plan qui avait germé dans son esprit allait voler en éclat aussitôt que le jeune homme ouvrirait la bouche. Elle ignorait cependant à quel point ce serait le cas ! N'étant pas au courant de l'emploi de temps de Don ce soir-là (pourquoi l'aurait-il été ?) c'est en toute innocence et sans aucune précaution que Clark lui fit part de la prise d'otages en cours au lycée de Pasadena où était réunie la promotion 88.

Robin sentit son cœur s'arrêter de battre : Don ! Pourvu que... Elle enfila sa veste et se précipita dans sa voiture, direction le gymnase, bien loin de la joie qu'elle se faisait de ce trajet quelques minutes auparavant.

 


Cissy  (19.05.2009 à 17:48)

Chapitre 27

 Gymnase, lycée de Pasadena

Curieux, Charlie regardait les jumeaux apporter un livre à Norton Bates. Celui-ci se mit à le feuilleter, en prenant un air qui se voulait sans doute mystérieux, mais qui n'était qu'empreint de sadisme et d'une jouissance à maintenir l'assistance sous son contrôle. Lui qui avait si longtemps souffert de ne pas exister, ou de n'exister que pour de mauvaises raisons, il prenait là une revanche éclatante !

Norton Bates tournait les pages, doucement, et, régulièrement, son regard fouillait la foule des anciens assis par terre, comme à la recherche d'un visage. Charlie finit par comprendre qu'il feuilletait l'annuaire de leur année de terminale et qu'il cherchait à identifier, dans les adultes présents, les adolescents d'alors. A quoi rimait ce curieux rituel ? se demanda alors le mathématicien. Mais étant donné la tournure des choses, il n'en augurait rien de bon.

Soudain Bates reprit la parole au micro :

- Bon, alors vous allez m'écoutez attentivement. Je vais appeler certains d'entre vous. A l'appel de votre nom, vous vous lèverez, vous poserez vos portables sur la petite table à ma droite et vous irez vous asseoir dans la salle annexe.

La salle annexe : c'était une petite salle qui servait pour entreposer du matériel. De dimensions modestes, elle n'avait que deux issues : l'une sur la grande salle du gymnase, l'autre sur les toilettes. Pour une prise d'otages, elle était mille fois plus adéquate que celle dans laquelle ils se tenaient actuellement ; d'une part parce qu'elle était bien plus petite et donc plus facile à surveiller, d'autre part parce qu'elle ne présentait aucune ouverture directe sur l'extérieur. Qu'est-ce que cela voulait dire ? En tout cas Charlie ne pensait pas que c'était bon signe.

Norton continuait sa péroraison :

- Au cas où certains d'entre vous seraient tentés de ne pas s'identifier, je leur déconseille cette attitude : nous finirons bien par les reconnaître et ils devront payer le prix de leur lâcheté ! C'est bien clair pour tout le monde ?

Les otages hochèrent gravement la tête et quelques sanglots fusèrent ici et là dans l'assemblée. Charlie observait les visages blafards autour de lui et il se demanda combien d'entre eux était en train de prier pour n'être pas appelés. Quoique, après tout, être appelé était-il plus dangereux que de ne pas l'être ? Qui pouvait savoir ce que ce malade avait dans la tête ?

- Bien, vous allez attendre nos amis ? demanda alors Norton en se tournant vers les T-T.

Sans un mot, ceux-ci se dirigèrent vers la salle annexe, suivis comme une ombre par Théobald qui semblait incapable d'une action ou d'une pensée individuelle. Charlie frissonna de nouveau en regardant ce garçon qui ressemblait à un être totalement décérébré : n'était-ce pas d'ailleurs ce qu'il était, petit fantôme cantonné dès sa naissance à un rôle dans lequel il n'avait aucune latitude, aucune existence en tant qu'être à part entière ? Charlie le plaignait de tout son cœur. Mais que pouvait-il y faire, encore moins dans la position précaire qui était la sienne actuellement ?

- Romuald Archer.

Une main tremblante se leva vers le fond de la salle. Un homme se dressa timidement, ne sachant visiblement pas quoi faire de lui-même. Une femme s'accrochait à lui en pleurant qu'il repoussa gentiment. Norton reprit alors la parole :

- Ne vous inquiétez pas madame, il ne lui arrivera rien. Romuald, tu vas dans la salle annexe, merci.

Puis il appela, non sans buter sur le patronyme impossible :

- Caradoc Carabitcholatchevitch.

Charlie se souvenait de Caradoc. C'était le type même de l'élève qui n'aurait laissé aucune trace dans aucun esprit n'eut été ce nom imprononçable agrémenté d'un prénom tout aussi hasardeux. C'était un garçon plutôt effacé à l'époque, moyen en tout : en taille, en corpulence, en intelligence. Il ne faisait pas de bruit, n'embêtait personne, faisait tout pour se rendre invisible. Mais, invariablement, son patronyme attirait l'attention sur lui. Les petits génies du lycée l'avaient évidemment surnommé Caca, ce dont il ne semblait pas s'émouvoir outre mesure. En tout cas, lui aussi en avait connu de dures à l'époque. Charlie se souvenait avoir assisté à des séances de brimades organisés par Steven Ross ou quelques autres tyranneaux du même acabit. Et il se souvenait aussi avoir parfois envié le détachement avec lequel Caradoc endurait ces humiliations, comme si tout cela glissait sur lui. Charlie s'était toujours demandé si c'était parce qu'il était vraiment imperméable à ce type d'attaque ou si c'était la preuve d'une intelligence beaucoup plus fine que celle qu'on lui prêtait.

- Hé, tu entends quand on te parle ?

Une bourrade l'arracha à ses pensées. Perdues dans celle-ci, il ne s'était pas rendu compte qu'on venait de l'appeler, à son tour :

- Charles Eppes.

Il se leva en tremblant un peu, s'en voulant de cette faiblesse et de ce manque de courage manifeste. Jamais Don n'aurait tremblé lui ! Il hésita un instant à protester puis il se dit que, outre que ça ne servirait sans doute à rien, il n'avait pas envie de s'abaisser à ça. Il jeta donc un dernier regard sur les personnes à terre qui le regardèrent en retour, certains avec compassion, d'autres avec dans les yeux une lueur de soulagement : c'était lui et pas eux. Certains mêmes détournaient leur regard, comme si le regarder leur était impossible, la peur sans doute qu'il ne lise dans leur yeux leur peur abjecte. Bailey et Mélanie, qui étaient proches de lui, lui adressèrent, eux, un regard d'encouragement. Il haussa les épaules et se dirigea vers la salle annexe. Et puis après tout, n'était-ce pas lui qui allait ainsi avoir la bonne place ? Qui pouvait savoir ? Il entendait Norton continuer sa litanie :

- Philémon Leclère, Amadie N'Gama, Stanley Rever, Stéphanie Sportsman...

A chaque fois, l'homme ou la femme appelé se levait sans un mot et rejoignait la salle. Aucun ne tenta de se dérober : conscience qu'ils seraient débusqués et peur de ce qui pourrait se passer alors ? Habitude d'obéir au plus fort qu'ils avaient contracté durant leurs années de lycée ?

Charlie n'avait pas tardé en effet à reconnaître, dans ce groupe, les « loosers » de son époque, ceux avec qui il s'était souvent retrouvé dans le coin de la cafétéria qui leur était réservé, aux places qu'ils devaient occuper dans le car scolaire sous peine de sanctions de la part des petits chefs, dans les quelques séances d'humiliations collectives que certains organisaient parfois. Quoique, pour sa part, il ne se souvenait que d'une de ces séances alors qu'il venait d'arriver au lycée à onze ans à peine. Cela ne s'était plus jamais reproduit depuis, sans qu'il sache pourquoi. Mais il savait qu'elles existaient : il avait surpris un jour une conversation entre Caradoc et Norton sur quelque chose qui s'était passé la veille. Il se souvenait aussi que Philémon était là, ainsi qu'une petite noire disgracieuse qu'il eut de la peine à reconnaître dans la sublime créature qui venait de les rejoindre dans la salle.

 

*****

 


Cissy  (20.05.2009 à 17:04)

Ils étaient maintenant sept, séparés du reste du groupe, et dans leurs yeux on lisait la même question : pourquoi nous ? Que nous veulent-ils ?

Mais Norton semblait n'en avoir pas fini : ils entendaient sa voix qui raisonnait encore dans les enceintes :

- Donald Eppes.

A l'énoncé du nom de son frère, le cœur de Charlie se serra. Ce n'était pas logique : pourquoi lui et Don dans la même pièce ? Et puis il se souvint que son frère n'était pas dans l'assistance et il respira plus librement : quoi que leur veuillent ces malades, Don était à l'abri. Norton répétait, d'une voix irritée :

- Donald Eppes !

Rien ne répondit et, sur un signe de tête de son père, Théobald alla murmurer quelques mots à l'oreille de Bates qui répondit :

- Ah oui, c'est vrai, j'oubliais !

La réflexion parut bizarre à Charlie, mais il n'eut pas le temps de s'appesantir dessus. Norton appelait ensuite :

- Cyndie Lester, Clark Robinson, Steven Ross, Freddy Valera.

Les quatre personnes se dirigèrent vers la salle annexe. Clark Robinson essaya bien de parlementer, mais un coup violent décoché dans l'estomac coupa net ses velléités de révolte. Deux des hommes qui surveillaient les issues se dirigèrent vers lui pour le prendre par les bras et l'amener dans la petite salle où il resta prostré, les mains sur son abdomen, à la recherche de son souffle.

Charlie l'observait presque avec curiosité : lui aussi il s'en souvenait. L'un des lieutenants de Ross à l'époque, l'un de ceux qui s'étaient acharnés sur lui durant quelques semaines. Et, contrairement à Steven, il ne semblait pas que la vie lui ait permis de s'amender. Il avait toujours l'air brutal de l'homme habitué à voir les autres plier devant lui avec un je ne sais quoi de hâbleur qui ne le rendait pas éminemment sympathique.

Il se souvenait aussi de Cyndie Lester, l'ex-petite amie de Steven. Ce ne pouvait pas être une coïncidence : trois de ses tourmenteurs d'alors dans la même pièce que lui, retenu par les mêmes gens dont ils ignoraient les motivations. A quel jeu jouait Norton ? se demanda-t-il pour la énième fois.

- Bien, disait à ce moment même son ex compagnon d'infortune. Vous autres, vous pourrez sortir dans environ cinq minutes : juste le temps pour moi et mes amis de nous enfermer dans la petite salle. Et vous veillerez à dire à la police qui doit être à l'extérieur que nous voulons avoir la paix ! C'est une réunion intime entre vieux copains, on n'a besoin de personne d'autre. D'ailleurs, pour y veiller, nous allons mettre des explosifs à la porte et aux quatre coins de la salle. Si la police entre, tout saute, c'est bien clair ?

A ces mots, un vent de panique souffla sur le groupe réuni dans la petite pièce et deux des personnes amorcèrent un mouvement vers la sortie, vite découragés dans leur élan par un rappel à l'ordre de l'un des jumeau, assorti d'un petit tapotement sur l'arme qui ne laissait aucun doute sur ses intention en cas de persistance dans le mouvement défendu.

Norton vint les rejoindre et ferma lui-même les portes. Charlie s'aperçut alors que trois des cinq complices étaient resté à l'extérieur. Il comprit qu'ils allaient se glisser parmi les otages et disparaître dans la confusion créée par l'irruption de ceux-ci à l'extérieur. C'était bien pensé, ils avaient toutes les chances de s'en sortir ainsi. La police ne les soupçonnerait pas et, les otages, tout à leur soulagement d'être enfin libres et de s'en tirer à si bon compte, risquaient de ne même pas s'apercevoir que des intrus se trouvaient parmi eux. Ou, s'ils s'en apercevaient, le temps qu'ils donnent l'alerte il serait trop tard.

Mais les malfaiteurs faisaient une énorme erreur s'ils pensaient pouvoir s'en tirer ainsi. Avec tout autre chef d'opération ç'aurait pu fonctionner, mais avec Don à l'extérieur ils n'avaient aucune chance. Don était bien trop intelligent pour se laisser avoir comme ça. Il ferait en sorte de filtrer minutieusement tous les sortants et les malfaiteurs seraient démasqués. Ensuite... Et bien ensuite...

« Bon sang Donnie, sors-nous de là frangin ! »

 


Cissy  (20.05.2009 à 17:05)

Chapitre 28

 Lycée de Pasadéna, extérieur

Assis aux côtés d'Alan, Larry songeait, à part lui que la « place du mort » n'avait, en ce qui le concernait, jamais aussi bien porté son nom. Le père de Charlie, si prudent habituellement, conduisait comme s'il ignorait tout et du code de la route et des lois les plus basiques en matière de corrélation masse / vitesse / distance de freinage. Tétanisé par la peur, le physicien ne sut jamais par quel miracle ils étaient parvenus indemnes jusqu'aux abords du lycée.

Alan gara son véhicule dans une rue adjacente et en jaillit comme un diable d'une boîte, sans même prendre la peine d'enlever la clé du contact. Larry, comprenant l'état d'esprit du malheureux père s'abstint de le rappeler à l'ordre. Jugeant que perdre aussi son sang froid n'aiderait pas son compagnon, il s'efforça de reprendre un souffle régulier de manière à apaiser les battements désordonnés de son cœur malmené par la conduite peu orthodoxe d'Alan puis il sortit à son tour de la voiture en prenant soin de récupérer les clés et de fermer l'habitacle. Après tout, statistiquement, c'était dans les attroupements qu'il y avait le plus de risques d'être volé, même si, paradoxalement, c'était aussi là qu'on trouvait le plus de représentants des forces de l'ordre.

Il chercha des yeux Alan, mais celui-ci avait déjà disparu en direction du lycée. Sachant que, de toute façon, c'est là-bas qu'il le retrouverait, Larry se mit en route à son tour. Il ne tarda pas à le rejoindre, bloqué derrière le ruban jaune défendu par un agent de police plutôt rogue avec lequel il tentait vainement de parlementer.

- Mais je dois passer...

- Désolé monsieur, j'ai des ordres. Personne ne passe !

- Mes fils sont là-bas !

- Peut-être, mais d'autres personnes sont déjà dans votre cas et on ne les a pas laissées passer. Vous pouvez aller vous adresser à l'agent Sylluvan qui pourra vous amener dans la zone de regroupement des familles et...

- Je ne veux pas aller avec les familles ! s'exclama Alan à bout de nerf. Je veux savoir ce qui est arrivé à mes fils, s'ils vont bien. Je veux parler au responsable de...

En même temps il tentait de franchir le cordon et l'agent l'empoigna à bras le corps.

- Monsieur, s'il vous plaît, je comprends votre inquiétude mais vous devez rester derrière le cordon, sinon je me verrai dans l'obligation de vous arrêter ! intima-t-il.

Larry posa une main apaisante sur le bras d'Alan, tentant de le calmer :

- Ecoutez Alan, le mieux ce serait peut-être !

Mais l'aîné des Eppes n'était pas en état d'écouter les arguments de la sagesse. Il se dégagea brutalement de l'étreinte du physicien et s'adressa à nouveau au policier d'une voix forte :

- M'arrêter ! Vous osez me menacer de m'arrêter ! Mes deux fils sont là-bas et tout ce que vous savez faire c'est...

A ce moment-là, Larry aperçut une silhouette connue se détachant dans l'éclat des phares.

- Liz ! Agent Warner ! se mit-il à hurler, en sautillant sur place d'une manière qui aurait paru tout à fait comique en d'autres circonstances.

Dans un premier temps, il eut l'impression que la jeune femme ne l'avait pas entendu. Mais l'agent avec lequel elle s'entretenait, avait lui, entendu un appel et, placé face à lui, il ne pouvait manquer de voir la drôle de danse qu'effectuait l'énergumène situé à quelques dizaines de mètres derrière le cordon de sécurité.

- Je crois qu'on vous appelle, dit-il en pointant son doigt vers Larry.

Liz se retourna et identifia aussitôt le physicien. Génial ! Ca pourrait être utile d'avoir un scientifique sur place. Elle se dirigea donc vers Larry. Ce ne fut qu'arrivée à quelques pas qu'elle s'aperçut qu'Alan était là aussi. Elle se précipita aussitôt vers l'agent qui maintenait le vieil homme dans une poigne de fer :

- Qu'est-ce qui se passe ici ? Lâchez-le immédiatement !

- Mais, il essayait de passer... tenta de se défendre le policier.

- Oui. Son fils est un collègue. Laissez-le passer, ainsi que son ami. Je vous remercie, répondit Liz, soucieuse de ne pas froisser l'homme qui, après tout, ne faisait que son devoir.

C'était fini le temps des agents fédéraux magnifiques trouvant naturel de déverser des ordres pleins de morgue sur les pauvres petits flics locaux. L'agent se contenta de hocher la tête en portant la main à sa casquette. Si elle en prenait la responsabilité...

 

*****

 


Cissy  (21.05.2009 à 17:26)

- Alan, qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-elle en accompagnant les deux hommes vers le centre du dispositif.

- Je ne pouvais pas rester chez moi. J'avais besoin de savoir. Est-ce que vous avez des nouvelles de mes garçons ? demanda-t-il d'une voix tremblante.

- Ecoutez, on n'est pas très sûrs. Les preneurs d'otages viennent de libérer la grande majorité des participants à la soirée mais...

- Mais...

- Charlie et Don n'en faisaient pas partie !

- Oh mon Dieu !

Le teint déjà pâle d'Alan vira au gris et un instant la jeune femme eut l'impression qu'il allait faire un malaise. Elle l'attrapa par le bras et l'entraîna vers l'une des voitures de patrouille qui se trouvaient là, le forçant à s'asseoir à l'intérieur.

- Dites-moi ce que vous savez, supplia-t-il lorsqu'il eut repris ses esprits.

En quelques mots, elle lui fit part de ce qu'ils avaient appris par les personnes libérées : ceux qui les menaçaient étaient d'anciens condisciples désormais retranchés avec plusieurs otages dans une petite salle annexe. Parmi ces otages figuraient Charlie, de source sûre. Les choses étaient plus floues en ce qui concernait Don.

- Comment ça ? Il est forcément là !

- Oui. Il était là, c'est sûr. Mais les deux organisateurs de la soirée ont dit qu'il n'était pas parmi eux lors de la prise d'otages.

- C'est impossible. Don n'aurait pas laissé Charlie...

- Il a pu s'absenter quelques instants et la prise d'otage aura eu lieu dans l'entre fait, supputa Liz.

- Mais il serait revenu. Jamais il ne laisserait son frère !

- A moins qu'il ne soit trop occupé, émis le physicien d'un air détaché.

- Comment ça ? questionna Alan, presque agressivement.

- Alan, loin de moi l'idée de porter un jugement sur Don mais je sais comment se passe ce genre de soirée. Un bel homme arrive seul et par la grâce d'un moment, il se retrouve projeté vingt ans plus tôt, retrouvant sa jeunesse et toute l'ardeur qui va avec. Et il suffit qu'une ancienne flamme lui offre un sourire un peu appuyé pour que...

- Théorie intéressante mais fausse ! dit une voix derrière Larry.

Celui-ci se retourna et se décomposa en découvrant Robin qui avait surpris ses paroles.

- Robin, je ne voulais pas dire...

- Je sais très bien ce que vous vouliez dire Larry. Je connais la réputation de Don, croyez-moi. Mais je peux aussi vous assurer qu'il ne serait pas tombé dans ce piège.

Et pourtant la jeune femme ne pouvait empêcher une vilaine petite voix de susurrer en elle : et s'il avait raison ? Si, l'espace d'un soir, le Don Eppes, bourreau des cœurs de terminale, avait ressurgi au détour d'une conversation avec l'ancienne capitaine des pom-pom girls ou l'ancien membre de l'équipe féminine de natation ? Qui pouvait savoir ? Et ce d'autant que l'abstinence qui lui pesait à elle devait se faire ressentir bien plus douloureusement chez lui.

Non, elle ne pouvait pas y croire. Il y avait vraisemblablement une autre raison à l'absence apparente de Don.

- Mais où peut-il être alors ? gémit Alan.

- Je pense qu'il est à l'intérieur, déclara alors Liz.

- Mais vous dites que les témoins...

- Oui, les témoins ne l'ont pas vu mais, lorsque celui qui dirige l'opération a nommé les otages qu'il comptait garder, il a appelé Don.

- Et alors ?

- Alors, l'un de ses complices est venu lui murmurer quelque chose à l'oreille à quoi il a acquiescé.

- D'accord ! s'impatienta Alan. Mais ça veut dire quoi concrètement pour mon fils ?

- On pense que, peut-être, ils le tenaient avant le début de la prise d'otage, et, dans le feu de l'action, l'homme aura un instant oublié cet état de fait.

- Quoi ? Soyez plus claire, pria Alan au bord de la crise de nerf.

- Il est possible que, pour une raison ou une autre, Don ait percé à jour le secret de ces hommes et qu'ils l'aient alors mis hors d'état de nuire. Ou bien, le sachant agent fédéral, ils se sont emparés de lui avant l'action pour éviter qu'il ne leur mette des bâtons dans les roues lors de celle-ci. Mais tout nous laisse penser que Don est dans les lieux.

- Sur quoi vous basez-vous pour affirmer ceci ? demanda alors Larry, toujours cartésien.

- Tout d'abord sur le fait que son véhicule est toujours là. Donc il n'a pas bougé.

- Mais il aurait pu emprunter la voiture de...

- Larry, laissez tomber votre hypothèse foireuse de Don partant se taper une ancienne petite amie dans les fourrés voulez-vous ? tonna soudain Alan dont la grossièreté inhabituelle trahissait plus que tout le reste l'état de nerfs dans lequel il se trouvait.

- Excusez-moi Alan, dit le physicien contrit. Vous avez raison, je ne devrais pas... Mais il y a peut-être une autre hypothèse...

- Laquelle ? demanda Robin, de la lassitude dans la voix.

- Et bien, Don a peut-être effectivement échappé à la prise d'otages et il se cache en attendant le moment propice pour intervenir.

- Larry, vous regardez trop la télé. On n'est pas dans piège de cristal, rétorqua Liz. Don n'aurait aucune chance : les ravisseurs sont au moins huit, armés de fusils d'assaut. Lui n'a même pas son automatique : il ne prendrait pas un tel risque !

- Mais alors, vous pensez que mes deux fils sont aux mains de ces hommes ?

- Je le crains oui, Alan, je suis désolée.

- Et que veulent-ils ?

- On n'en sait strictement rien. Tout ce qu'on sait c'est qu'ils semblent commandés par un dénommé Norton Bates...

- Quoi ? Norton ? Le petit Norton ? Vous plaisantez !

Alan revoyait le gamin qui avait passé tant de soirées à la maison. Il avait quatre ans de plus que Charlie et on lui aurait donné le même âge, voire moins. C'était un gosse effacé, effrayé, si peu sûr de lui que c'en était pathétique. Il se souvenait de la gratitude du garçon lorsqu'il lui adressait un mot gentil, lorsqu'il lui permettait de partager leur repas, lorsqu'il venait gentiment se pencher sur leurs devoirs auxquels il ne comprenait goutte, mais juste histoire de passer un petit moment avec lui. C'était une erreur ! Ca ne pouvait pas être Norton.

- Pourtant c'est bien lui.

- Mais pourquoi ? Pourquoi ? gémit le malheureux père.

- Ca a l'air compliqué. On dirait qu'il veut se venger des années noires qu'il a connues au lycée.

- Se venger ? Mais de qui ? De Don ? De Charlie ? Je suis sûr que Charlie ne lui a jamais fait de mal : ils étaient amis à l'époque. Quant à Don, je pense qu'il l'ignorait tout comme il s'efforçait d'ignorer son jeune frère. Mon fils n'était pas du genre à s'acharner sur plus faible que lui, ça je vous le garantis !

- Je vous crois Alan, s'empressa de dire Robin, comme s'il était crucial qu'il s'entende dire que son fils était quelqu'un de bien, l'inverse risquant de concourir au drame.

- Alors pourquoi ? Je n'y comprends rien !

Il se laissa aller, la tête dans les mains et les deux femmes et Larry échangèrent un regard plein de compassion.

- Ecoutez Alan, tenta alors Liz. Vous seriez peut-être mieux chez vous. Je vous promets de vous tenir au courant.

Il leva vers elle un regard choqué :

- Pas question ! Je reste ici ! Je veux savoir ce qui se passe. Je veux avoir des nouvelles de mes enfants.

Liz comprit qu'il n'y avait pas d'autre alternative que de lui permettre de rester.

- D'accord. Ecoutez, je vais vous laisser là. Larry et... elle fit un signe à un jeune agent qui arriva au pas de course ... et l'agent Chen vont vous tenir compagnie. Je vous promets de vous tenir au courant, dès que nous aurons des nouvelles. Maintenant excusez-moi, mais je dois y aller.

- Oui, bien sûr.

Et, tandis qu'elle s'éloignait, il l'interpella.

- Liz...

- Oui, Alan...

- Je vous en prie, sortez-les de là !

Elle observa un instant de silence avant de lui dire :

- Nous allons faire de notre mieux Alan, je vous le promets.

Puis elle s'éloigna aux côtés de Robin pour aller prendre des nouvelles de l'évolution des choses et prévenir ses coéquipiers de la présence d'Alan et Larry dans le périmètre.

 


Cissy  (21.05.2009 à 17:26)

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