HypnoFanfics

Promo 88

Série : Numb3rs
Création : 05.05.2009 à 17h53
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie se rendent à la soirée du 20ème anniversaire de leur promo. Bien sûr rien ne va se dérouler comme ils le pensaient. Episode sans enquête (désolée Orkhadia), que j'écris seule. » Cissy 

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DEUX VERSANTS DE LA FRATERNITE

 Attention, plusieurs chapitres violents dans cette partie (34 notamment)

Chapitre 29

 Gymnase, salle annexe

Norton se sentait bien : enfin il avait sur lui l'attention de tous. Il regardait attentivement les deux groupes distincts qu'ils avaient formés dans la salle annexe. D'un côté : Charlie, Caradoc, Stéphanie, Stanley, Romuald, Philémon et Amadie. En dehors de Charlie, il avait choisi les six autres un peu au hasard d'après les souvenirs vagues qu'il gardait d'eux. Ce n'était pas des gens dont on se souvenait, juste des ombres qui passaient.

Mais il lui fallait un public, une justification à ses actes et ils étaient là pour ça. Et puis il y avait les quatre autres : et c'était une véritable jouissance que de tenir sous son joug ces anciennes vedettes. Freddy n'avait jamais fait de mal à quiconque à sa connaissance, mais justement, son succès à l'époque en était d'autant plus grand. Cyndie avait tout de l'insupportable gamine de riche plus bête que méchante et qui s'alliait toujours à ceux qui dominaient, au plus fort contre le plus faible, uniquement préoccupée d'elle-même et de son image. Et puis Steven et Nick, avec eux il avait un contentieux : après Edwin, ils faisaient partie de ceux qui l'avaient le plus maltraité à l'époque. Il savourait d'avance la revanche qu'il allait prendre sur eux.

- Bien, maintenant que nous sommes entre nous, discutons peu mais discutons bien !

Les onze otages échangèrent un regard à la fois paniqué et interloqué. Que pouvait bien leur vouloir ce type ? Pourquoi eux ? Qu'avaient-ils en commun ? Il ne tarda pas à les éclairer sur ce point :

- Alors voilà, d'un côté les bourreaux : Ross, Robinson, Lester, Valera et de l'autre les victimes : Archer, Caradoc, mon ami Charlie, Leclère, N'Gama, Rever, Sportsman.

Et pourtant, à les regarder aujourd'hui, qui aurait décelé une différence ? Ils avaient l'air tous aussi terrorisés les uns que les autres. Nick et Cyndie se recroquevillaient frileusement sur eux-mêmes, Romuald, Stanley, Philémon et Stéphanie tremblaient sans pouvoir s'en empêcher. Bien que semblant particulièrement inquiets, les autres tentaient cependant de faire bonne figure.

- Quoi ? Comment ça bourreaux et victimes ?

C'était Charlie qui ne pouvait s'empêcher d'intervenir quand tous les autres se taisaient, trop effrayés pour se manifester ou ne voulant tout simplement pas attirer l'attention sur eux.

- Oui : regardez-vous tous les sept. Vous faisiez parti des « loosers », ceux que l'on brimait, ceux que l'on humiliait, ceux que l'on torturait avec toute l'imagination perverse dont peuvent faire preuve les adolescents. Tu te souviens Charlie non ? Tu te souviens de ce qu'il t'a fait celui-là ?

Il s'était posté devant Steven Ross et le frappait violemment au ventre. L'homme s'effondra tandis que Charlie s'indignait :

- Arrête Norton ! Ca ne sert à rien, c'est du passé tout ça !

- Peut-être, mais il y a un moment où il faut payer le passé. Et à ce propos, nos bourreaux ne sont pas au complet ce soir, il manque le plus intéressant d'entre eux. Tu vois de qui je veux parler hein, petit Charlie ? Tu sais très bien qui t'a fait le plus souffrir à cette époque-là ? Tu le sais ?

Le ton de Norton Bates, totalement dénué de la moindre trace de raison, fit courir un frisson glacé sur l'échine du mathématicien. Il comprenait où celui-ci voulait en venir et, une fois de plus, il bénit le ciel que son frère se soit absenté au bon moment. Dieu sait ce que ce malade aurait pu lui faire subir. Mais son soulagement fut de courte durée.

- Mais réjouis toi petit Charlie, mon ami Charlie...

Chaque fois qu'il accolait ces deux mots : ami et Charlie, celui-ci se sentait glacé, comme si le fiel contenu dans sa voix lorsque Norton les prononçait, se déversait directement dans son sang. Comme si, tandis qu'il disait le mot « ami », il pensait à quelque chose de totalement différent, quelque chose empli de menaces à l'égard de cet « ami ».

- ... Il ne nous a pas échappé. On l'a pris juste un peu avant les autres, mais on le tient aussi ton bourreau et tu vas avoir l'occasion de régler tes comptes avec lui.

- Quoi ? Norton, de quoi tu parles ?

 

*****

 


Cissy  (21.05.2009 à 17:29)

Une lueur malsaine s'était allumée dans les yeux de Bates tandis qu'il faisait un signe aux jumeaux. Ceux-ci se dirigèrent vers les toilettes en gloussant. On les entendit ouvrir une porte puis traîner quelque chose. Ils réapparurent au bout de deux ou trois minutes, portant à demi un homme aux mains liées dans le dos, dont les jambes se dérobaient sous son poids. Charlie poussa un cri de douleur et se précipita :

- Don ! Oh mon Dieu Donnie ! Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?

Théobald et l'un des complices convergèrent vers lui comme pour l'empêcher d'aller plus loin mais un geste de Norton les arrêta sur place. Charlie rejoignit donc son frère qu'il saisit dans ses bras tandis que les T-T le lâchaient. Don tituba alors, comme incapable de se tenir debout et, sans l'aide de Freddy accouru à son tour, il se serait effondré, Charlie ne parvenant pas à le soutenir assez efficacement.

- Don, parle-moi, s'affolait le cadet à la vue du visage maculé de sang de son aîné et de ses yeux vitreux qui semblaient de pas le reconnaître.

- Allongez-le, dit soudain Amadie en se précipitant à son tour.

Les deux hommes guidèrent alors le blessé vers le sol où ils l'allongèrent doucement. Sans le quitter des yeux, Charlie enleva sa veste et la plia en deux avant de la déposer avec douceur sous la tête de son frère. Freddy, quant à lui, le roula sur le côté, dans l'intention évidente de lui délier les mains, retenues par une paire de menottes en plastique.

- Stop ! Pas ça ! ordonna alors Norton sur un ton sans réplique.

- Il est blessé, plaida Charlie. Il n'est pas un danger pour vous. Laissez-nous l'installer un peu mieux.

- Pas question ! rétorqua Bates. Il est très bien comme il est !

Comme Charlie semblait vouloir passer outre, son ton se fit plus menaçant.

- Charlie ! Je ne plaisante pas, si tu touches ces menottes il en subira les conséquences.

Un instant le mathématicien fut tenté de provoquer son ancien compagnon et de ne pas tenir compte de ses ordres. Puis il se dit qu'il n'avait pas le droit de prendre ce risque et il se contenta de remettre doucement son frère sur le dos, s'inquiétant de sa pâleur.

Amadie cependant lui prenait le pouls à la carotide d'un air très professionnel. A l'interrogation muette de Charlie elle répondit :

- Oui, je suis infirmière en réanimation. Ne t'inquiète pas, le pouls est bon. Il est juste dans les vapes. Sans doute les coups reçus... Mais ça devrait aller. Apportez-moi de l'eau, demanda-t-elle alors en direction du groupe immobile.

Bizarrement, les preneurs d'otages regardaient la scène sans s'interposer, comme s'ils n'avaient rien à redire à l'entraide qui semblait se mettre en place spontanément entre les « bourreaux » et les « victimes ». On aurait dit qu'un nouveau clivage venait de se creuser entre les anciens lycéens. Ce n'étaient plus les « bourreaux » et les « victimes », mais ceux qui agissaient et ceux qui se contentaient de se faire tout petits, espérant ainsi s'en sortir sans dommage.

C'était fascinant, songeait Norton Bates : de la part de Valéra, la réaction n'avait rien d'étonnant. Il semblait devenu l'homme qu'il promettait d'être : quelqu'un de pondéré et de capable, sans doute très compétent dans son domaine, mais profondément humain. De même l'attitude de Robinson et Lester ainsi que celle de Sportsman, Rever, Archer et Leclère était cohérente avec le souvenir qu'il gardait d'eux. Les deux premiers aussi lâches qu'ils l'étaient à l'époque, n'attaquant qu'en bande, comme les hyènes, mais incapables d'affronter un adversaire seul à seul, en face ; les autres aussi veules et sans énergie qu'ils l'étaient alors, acceptant la loi du plus fort sans même penser à se révolter comme si leur attitude servile était profondément inscrite dans leurs gènes.

Par contre, il n'aurait jamais imaginé que Caradoc ou Amadie puissent devenir des adultes si sûrs d'eux et capables de cette force tranquille qui semblaient les habiter, comme s'ils avaient réglé leurs comptes avec les démons de leur adolescence. Et Steven Ross l'étonnait aussi : il avait changé physiquement bien évidemment, mais plus que tout on sentait chez lui un changement psychologique profond. Il n'était plus le petit tyranneau de dix-neuf ans. On le sentait sincèrement désireux d'aider les autres et mal à l'aise par rapport à son attitude passée.

Depuis le début de la soirée, Norton l'avait suivi des yeux, le voyant s'attarder auprès de certains élèves qu'il avait persécutés à l'époque, auprès de Charlie notamment, avec qui il avait eu une très longue conversation. Et il lui était revenu aux oreilles, par le biais des jumeaux, que l'homme s'excusait de son attitude passée.

A le regarder s'affairer auprès de Don, obéissant sans broncher aux ordres d'Amadie qu'il avait traîné plus bas que terre vingt ans auparavant, on se rendait compte que le Steven Ross présent ce soir là n'avait rien à voir avec l'adolescent cruel qu'il était vingt ans auparavant.

 

*****

 


Cissy  (21.05.2009 à 17:30)

Mais Norton Bates n'avait que faire des évolutions des uns ou des autres. Il avait enfin l'occasion d'être le maître du jeu, rien ne le détournerait de ce rôle. Aussi, voyant le petit groupe formé par ceux qui entouraient Don tout faire pour soulager l'agent blessé, il se contenta de persifler :

- Que c'est touchant !

Mais il ne fit pas mine de les empêcher d'agir. Sans doute, cela allait dans son intérêt : il se faisait d'avance une joie de s'en prendre à Don et que celui-ci soit trop faible pour résister rendrait les choses beaucoup moins amusantes. Donc, si ses compagnons pouvaient le remettre sur pied, il n'allait pas les en empêcher.

Caradoc apporta un gobelet plastique rempli d'eau tandis que Steven Ross amenait des essuie-mains imbibés que la jeune femme appliqua doucement sur le front de Don. Sous la fraîcheur qui se répandait sur son visage, celui-ci réagit et ses yeux semblèrent retrouver un peu de vie. Il tourna soudain la tête et Charlie poussa un puissant soupir de soulagement : heureusement son frère avait la tête dure !

Pendant ce temps, Amadie examinait la large plaie qui s'étendait sur plusieurs centimètres du cuir chevelu, juste au sommet du crâne. C'était cette blessure qui avait tellement saigné et laissé des rigoles de sang effrayantes sur le visage de l'agent du F.B.I.

- La peau est juste éclatée. Il a une énorme bosse mais je crois que ça devrait aller, dit-elle tandis que Don gémissait à la palpation pourtant délicate qu'elle lui imposait.

Puis elle lui releva doucement la tête et Charlie sentit son cœur se serrer à la vue de l'immense œuf de pigeon violacé qui ornait la nuque de son frère. Amadie grimaça :

- Hum ! Je n'aime pas trop ça. Ils l'ont frappé comme des brutes ! Ils auraient pu le tuer !

Un petit rire moqueur répondit à ses réflexions. La colère s'empara de Charlie :

- Tu as entendu ? Vous auriez pu le tuer ! Pourquoi Norton ? Pourquoi ? Don ne t'a jamais fait de mal que je sache !

- Ah non ? Et comment peux-tu en être aussi sûr, dis-moi mon ami Charlie ? Est-ce que, toi, il ne t'a pas fait vivre un enfer durant toute ta scolarité au lycée ?

- Mais pas du tout ! Reviens sur terre Norton ! Arrête ça tant qu'il est encore temps ! Relâche-nous. Ou au moins relâche mon frère : il lui faut des soins !

Le ton du mathématicien avait perdu sa colère pour finir en supplication : il voulait avant tout qu'on sorte son frère de là !

Mais à nouveau Bates eut un rire dément qui fit passer un frisson sur l'assemblée :

- Non voyons... On commence juste à s'amuser. Et puis je suis sûr que tout va aller bien pour ton grand frère. Enfin... pour le moment bien sûr.

Le sous entendu contenu dans cette phrase fit frémir Charlie : il devait sortir son aîné d'ici et vite !

- Norton, tu n'as pas besoin de lui. Je suis là moi. Alors relâche-le.

- Pas question Charlie ! le ton de l'homme était redevenu sévère. Oh que non ! Vous vous trouvez dans deux camps opposés et je vous garde tous les deux !

- Mais nous ne sommes pas dans deux camps opposés, tenta d'argumenter Charlie. C'est mon frère ! Nous ne...

- Charlie...

La voix faible de Don coupa la parole à son frère qui se tourna aussitôt vers lui, soulagé de voir que la conscience lui revenait.

- Donnie, tu vas bien ?

Don essaya de hocher la tête, mais le mouvement provoqua chez lui une migraine insoutenable qui se traduisit par des vomissements irrépressibles.

Charlie s'empressa auprès de son frère, le maintenant assis, tourné de côté jusqu'à ce que son estomac fut vide tandis que Norton se moquait :

- Regardez le grand Don Eppes en train de se répandre sur le parquet ! Ah il est beau l'athlète !

Furieuse, Amadie se tourna vers lui :

- Ces vomissements peuvent être le signe d'un grave traumatisme crânien. Cet homme doit être hospitalisé le plus vite possible !

- Ben voyons, ricana le désaxé. Et puis quoi encore ?

- Norton, je t'en prie... tenta alors Charlie.

Mais ce qu'il lut dans le regard de l'homme le dissuada de continuer dans cette voie, d'autant que son frère soudain lui saisit le poignet et le serra douloureusement tandis qu'il lui disait d'une voix encore faible mais nette :

- Non Charlie, ne supplie pas cette pourriture ! Ne t'abaisse pas à ça, il en serait trop heureux !

Charlie regarda attentivement son frère, prêt à lui dire que, pour lui, il était prêt à bien pire que de supplier celui qui les détenait. Mais il comprit que ce n'était pas le moment de se lancer dans de grandes explications sur l'amour et la loyauté fraternels. Il se contenta donc d'opiner vaguement de la tête, bien décidé à faire selon son intuition pour sortir son frère de là. Il restait persuadé que Don était le plus exposé des deux : pour sa part il ne pensait pas avoir quoi que ce soit à craindre de Norton Bates.

Mais Don faisait partie du groupe contre lequel il était enragé et, affaibli comme il l'était, il risquait de faire un souffre-douleur de choix pour le dément. Et ça, Charlie ne le tolèrerait pas : il ferait tout pour protéger son frère aîné, quoi que celui-ci puisse en dire ou en penser !

- Ca va aller ? se contenta-t-il de dire affectueusement en passant un linge humide sur le visage blafard de son frère.

- Mais oui, t'inquiète. J'étais sonné mais ça va mieux.

Il semblait en effet retrouver quelques forces, sa voix devenait plus assurée et ses yeux se fixaient enfin franchement sur les choses et les gens. Malgré tout des cernes profondes soulignaient ses yeux, résultat du choc organique qu'il avait reçu. Il souffrait visiblement d'une terrible migraine, mais jamais il n'accepterait de se donner en spectacle : surtout pas devant un Norton Bates ! Il fit donc un effort pour se redresser et se tenir droit, sans l'appui de ceux qui s'empressaient autour de lui. Charlie essaya vainement de le convaincre de rester allonger mais il refusa avec tout l'entêtement dont il était capable et le cadet comprit qu'il n'obtiendrait pas gain de cause.

- D'accord tête de mule, abdiqua-t-il alors. Mais vas-y doucement hein ?

A peine ces mots avaient-ils franchi ses lèvres qu'il en mesura toute l'ironie : de toute façon, quel type d'efforts pourrait-il bien fournir dans la situation qui était la leur ? Le demi-sourire qui se dessina sur les lèvres pâles de son aîné lui fit comprendre que celui-ci avait aussi saisi l'incongruité de sa remarque et se moquait gentiment de son petit frère. Il se contenta de lui sourire en retour en posant une main affectueuse sur son avant-bras.

 


Cissy  (21.05.2009 à 17:30)

Chapitre 30

 Gymnase du lycée de Pasadéna, salle annexe

En silence, Norton regardait les deux frères Eppes et quelque chose lui mordait le cœur à la vue de cette entente, de cet amour fraternel qui transparaissait dans chacun de leurs gestes l'un envers l'autre. Cet aîné qui souffrait visiblement mais faisait tout pour dissimuler cette souffrance afin de ne pas alarmer son cadet. Et ce dernier qui s'empressait auprès de l'aîné, l'appuyant tendrement contre un mur après avoir installé sa veste de manière à ce qu'il s'assoit dessus puis revenant nettoyer les vomissures qui souillaient le sol dans marquer la moindre trace de dégoût à cette tâche rebutante. Il revenait ensuite avec un gobelet d'eau fraîche qu'il faisait absorber à petites gorgées à son aîné, s'inquiétant de savoir s'il se sentait bien. Et toujours cette même réponse du grand frère : « Ca va, t'inquiète ! »

Lui il n'avait pas connu ça avec Edwin. A l'époque où il avait fait la connaissance de Charlie, il avait, un temps, cru que leurs situations avec leurs aînés respectifs étaient similaires. Trois ans le séparaient de son frère, contre cinq pour Charlie, mais pour un observateur superficiel, les différences semblaient s'arrêter là.

Norton avait aussi été admis en terminale avec une dispense d'âge et, comme Charlie, il faisait partie des « grosses têtes » en bute aux tracasseries incessantes des « athlètes » et des « stars » du lycée. Non, ce n'était pas tout à fait vrai : ce n'était pas tant les vrais athlètes et stars les pires. Ceux-ci se contentaient le plus souvent d'être froidement méprisants, volontiers moqueurs, parfois méchants, mais rarement ils cherchaient à les humilier ou les faire souffrir pour le simple plaisir de briller aux yeux des autres. Ils n'avaient pas besoin de ça pour attirer autour d'eux une cour admirative. Non, les pires c'étaient ceux qui se situaient à la lisière de la gloire. Ceux qui n'auraient jamais assez de talent ou de charisme pour être juste sous le feu des projecteurs et qui n'avaient droit qu'à l'éclairage indirect dispensé par la réfraction de la lumière.

Ceux comme Edwin, son frère. Ceux qui n'étaient ni assez brillants intellectuellement pour être admirés, ni assez doués en sport pour faire partie des vedettes, ni assez beaux pour prétendre à la place à part qu'occupaient ces créatures si avantagées physiquement et surtout pas assez charismatiques pour attirer autour d'eux d'autres admirateurs que de seconde zone. Seconds partout, c'est un peu ainsi qu'on aurait pu résumer leur personnalité. Second partout, sauf en méchanceté, sauf dans la capacité sans cesse renouvelée d'imaginer des moyens d'humilier et de torturer ceux qui semblaient encore moins doués qu'eux dans certains domaines. Parce que, à y bien regarder, le plus souvent les persécutés avaient au moins une supériorité sur les persécuteurs, en général leurs capacités intellectuelles. Mais dans le même temps, leur infériorité physique les désignait à la vindicte de ces lâches qui avaient l'impression de se grandir en rabaissant les autres.

Ainsi était Edwin et il n'avait pas fallu longtemps à Norton pour s'apercevoir que son frère n'avait rien de commun avec Don, même s'il tentait de s'en persuader et d'en persuader Charlie par la même occasion. Malgré tout ce qui les séparait, il était visible que Don et Charlie tenaient l'un à l'autre. Et si le cadet se plaignaient souvent de son aîné, ce n'était jamais pour des coups ou des mauvais traitements, c'était uniquement pour son indifférence, son impatience ou ses moqueries.

Souvent Norton écoutait le gamin se plaindre et il pensait : « Tu en as de la chance petit génie ! » Mais jamais il ne le disait. Car lui savait ce que c'était que l'enfer, le véritable enfer, de partager la chambre d'un garçon qui le haïssait du plus profond de son être. Il ne se souvenait pas que son frère ait jamais eu un geste tendre envers lui. Du plus loin qu'il remonte dans le temps, il n'y avait eu que moqueries, bourrades, pincement et tourments et, depuis qu'ils avaient grandis, des coups, régulièrement et de plus en plus violents. Et aussi, durant l'année de terminale...

Mais de tout ça il ne parlait pas : on ne parlait pas dans la famille Bates. Norton ne parlait pas de ce que lui faisait subir Edwin, Edwin ne parlait pas de ce que lui faisait subir son père, la mère ne parlait pas de ses vingt ans de calvaire quotidien entre coups et relations sexuelles forcées. C'était la vie : les coups allait de pair avec la vie. « Sois un homme, arrête de chialer ! » C'aurait pu être la devise de la maison Bates  avec « On n'est pas des pédés ! »

En grandissant, Norton s'était d'ailleurs demandé quelle relation y il avait entre l'homosexualité et le fait d'être courageux. Mais cela allait dans le sens de l'intelligence limité de son géniteur et de son frère aîné : on s'arrêtait aux apparences. Un homme un peu efféminé était obligatoirement un « pédé », un « pédé » était obligatoirement un lâche, etc... Et toute la vie des garçons étaient régie par des clichés de ce type : un garçon ne pleurait pas, un garçon faisait du sport, un homme devait être le maître chez lui, et ainsi de suite. La seule bizarrerie qui se glissait dans cette litanie qui, le plus souvent chez les personnes du même genre continuait par : un garçon ne passe pas son temps dans les livres, était que le père Bates souhaitaient que ses fils soient brillants : désir de pouvoir se vanter de ses brillants rejetons ou volonté de les sortir de la médiocrité ou lui-même végétait ? Norton n'avait jamais pu le savoir, d'ailleurs il ne s'était jamais réellement posé la question.

Et c'est là que les choses étaient difficiles pour Edwin car, s'il ravissait son père sur tous les autres points, il faisait son désespoir en ce qui concernait les études. Et lorsque le père Bates désespérait, il cognait ! Norton par contre apprenait assez facilement, sans doute pas autant qu'il voulait le laisser paraître, mais, plus courageux en tout cas que son frère, à force de travail, il gravissait plutôt brillamment les échelons scolaires. C'est ainsi qu'il avait sauté la classe de première, dans le même temps où son frère aîné redoublait sa terminale après avoir redoublé la première.


Cissy  (22.05.2009 à 17:15)

Chapitre 31

 Flashback, 1988

Et c'est ainsi que les deux frères s'étaient, eux aussi, retrouvés dans la même classe. C'est cela aussi qui avait rapproché Norton Bates de Charles Eppes. Mais très vite l'aîné des deux s'était aperçu des différences de situation : la première était que Charlie était doué, très doué, bien plus doué que lui-même ne le serait jamais. Là où il passait une ou deux heures à rédiger un devoir, le petit génie mettait à peine vingt minutes. D'ailleurs, il n'avait que douze ans à son entrée en terminale, ayant réduit les quatre ans de lycée à deux ! Et puis il venait d'une famille unie, une famille où on ne se tapait pas dessus, une famille où on se parlait quand quelque chose n'allait pas.

A plusieurs reprises Norton avait eu l'occasion de passer du temps chez Charlie. Il lui enviait sa mère si jolie et si douce, son père d'un maintien sévère mais pourtant si courtois et si tendre sous ses airs bourrus, et même son grand frère certes impatient et condescendant le plus souvent, mais jamais violent, jamais méchant.

Pourtant à entendre Charlie à cette époque-là, son frère était peut-être l'un des pires individus que la terre ait jamais porté ! Et malgré tout, il transparaissait dans son ton lorsqu'il parlait de son aîné une admiration sans borne, un amour débordant qui ne demandait qu'à se manifester. Il suffisait que Don apparaisse et entrebâille un instant la porte qu'il tenait en général soigneusement fermée entre son petit frère et lui, pour que ce dernier se précipite aussitôt, avide de partager ces moments si rares. Et dans ces moments-là, Norton finissait par haïr le petit génie.

Au début de leur relation, se méprenant sur les réels sentiments qu'éprouvaient les frères l'un envers l'autre, il s'était dit qu'il venait de trouver une « âme sœur », quelqu'un qui l'aimerait et qu'il pourrait aimer sans restriction. Il avait décidé qu'il serait le « grand frère » du petit Charlie puisque celui que la nature lui avait donné n'était pas à la hauteur. Et lui gagnerait ainsi le frère qu'il n'aurait jamais, ayant totalement cessé de se faire des illusions sur une quelconque amélioration de ses relations avec Edwin. Ca avait marché, quelques semaines.

 

******

 


Cissy  (22.05.2009 à 17:17)

Et puis, un jour, Don avait surgi dans le jardin où les deux garçons se penchaient sur un devoir de mathématiques. Aussitôt Charlie avait levé les yeux vers lui.

- Hello les génies ! Ca bosse ?

- Ben oui, il faut bien qu'il y en ait un qui ramène des bonnes notes dans cette maison ! avait alors maugréé Charlie.

Visiblement de bonne humeur ce jour-là, Don n'avait pas relevé le sarcasme.

- Alors inutile de vous demander si vous voulez venir taper quelques balles avec moi ?

Charlie en était resté bouche bée : taper quelques balles avec lui ? Il devait rêver ! Norton, sentant le danger, avait tenté de désamorcer la situation en se moquant :

- Quoi ? Tous tes copains t'ont laissé tombé ? Le grand Don Eppes en est réduit à demander à deux pauvres cloches dans notre genre de venir partager ses jeux ? Et bien sûr, il imagine que les deux pauvres cloches vont accepter, avec une infinie reconnaissance, l'insigne honneur qui leur est fait !

- Et oh ! Rien ne vous oblige à dire oui, avait alors rétorqué Don tandis que Charlie, lui, disait sèchement à son ami :

- La ferme Nort !

Déjà Don se détournait, blessé de la réaction des garçons, lui qui pensait ainsi leur faire plaisir. Enfin, surtout à Charlie parce que l'autre petit binoclard il avait bien du mal à l'encadrer. Si son petit frère ne s'était pas entiché de lui, il l'aurait viré de leur jardin à coups de pied où il pensait. Non, ce jour-là il avait décidé qu'il pouvait bien passer un petit moment avec son frère : cela ne leur était pas arrivé depuis longtemps.

Et puis il y avait eu cet incident qui l'avait mis mal à l'aise le midi même, lorsqu'au réfectoire Charlie avait glissé et s'était retrouvé assis par terre, son plateau renversé sur les genoux, sous les quolibets de l'assistance. Don n'avait pu s'empêcher de rire du visage piteux du gamin, d'autant que celui-ci ne s'était pas fait mal. Mais le regard blessé que lui avait alors jeté Charlie l'avait atteint en plein cœur : c'était son petit frère qui se trouvait là, en bute aux moqueries de tous et lui ne faisait rien pour l'aider. Quel genre de monstre était-il donc ? Il s'était donc précipité, avec un temps de retard, pour aider Charlie qui ne l'avait pas attendu. Il s'était relevé rapidement et avait quitté le réfectoire sans se retourner.

Depuis Don s'en voulait et cherchait une façon de se faire pardonner. C'était tout ce qu'il avait trouvé : passer un peu de temps avec son cadet. Mais si celui-ci le rejetait...

- Don, attends...

La voix de Charlie l'avait retenu alors qu'il se détournait.

- Quoi Charlie ?

- Tu es sérieux ? Tu veux vraiment que nous venions avec toi ?

Non, il ne voulait pas qu'ILS viennent avec lui. Il avait envie qu'IL vienne avec lui, juste lui, juste son petit frère. Quant à l'autre, il pouvait bien aller se faire pendre. Mais il savait aussi que s'il répondait cela, alors Charlie se sentirait obligé de rester avec son ami. Il était comme ça Charlie : loyal jusqu'au bout des ongles, quoi qu'il puisse lui en coûter.

- Je me disais que c'était une bonne idée. Mais si vous avez mieux à faire...

- Norton... La voix de Charlie était suppliante. Le devoir n'est que pour lundi. On a le temps. Alors on pourrait...

Et d'un seul coup Norton avait compris que Charlie ne serait jamais son petit frère. Charlie n'aurait jamais qu'un grand frère et ce grand frère c'était Don. Personne d'autre, jamais, ne pourrait prendre cette place. Mais Norton était passé maître, depuis longtemps, dans l'art de cacher ses sentiments et ses émotions. Aussi il avait répondu, mine de rien :

- Oui, tu as raison. D'ailleurs j'avais oublié que je devais rentrer tôt. Edwin et moi on doit revoir la déco de notre chambre et si je suis en retard il va m'étriper ! Alors je vais y aller et on se revoit demain.

- Norton, tu es sûr ?

Charlie se doutait à moitié que l'excuse de Norton était bidon : lui et Edwin ne faisaient jamais rien ensemble. Mais après tout, pourquoi pas ? Don et lui ne faisait pas souvent des choses ensemble non plus et pourtant, ce jour-là...

Il aurait pu se pencher sur les probabilités d'un tel concours de circonstance : deux frères oublieux se souvenant au même moment de l'existence de leurs cadets, mais il n'en avait pas envie. D'autant moins qu'il savait ce que révèleraient les nombres et qu'alors il serait mis devant sa mauvaise conduite : il abandonnait celui qui l'épaulait de toutes ses forces depuis le début de l'année pour passer un moment avec celui qui ne se souvenait que fort épisodiquement de son existence et le plus souvent dans des circonstances désagréables !

Mais il avait tellement envie de partager du temps avec son frère !

- Oui, répondit Norton. J'y vais. Amusez-vous bien les frangins.

- O.K. A plus ! s'était contenté de répondre Don. Tu viens Charlie ?

- J'arrive ! s'était empressé le cadet en rejoignant son frère, la joie au cœur.

Norton les avait regardé quitter le jardin, côte à côte, le petit accordant son pas sur celui du grand, tellement différents et tellement semblables qu'il avait compris qu'il n'aurait jamais sa place entre eux. Et c'est à ce moment-là que sa haine pour Don avait commencé à grandir, sa haine pour Don et... quoi qu'il ait fait paraître alors, sa haine pour Charlie.

Fin du flashback

Et aujourd'hui il les tenait, tous les deux. Et ils allaient payer ! Payer pour ce qu'il avait vécu sans jamais en parler. Payer pour ce qu'ils ne lui avaient pas donné. Oui, il allait bien s'amuser avec les frères Eppes. Et quand il en aurait fini avec eux, leur lien serait à jamais brisé !

 


Cissy  (22.05.2009 à 17:18)

Chapitre 32

 Gymnase du lycée de Pasadéna, salle annexe

L'aîné des Eppes avait retrouvé toute sa conscience. Bien sûr une horrible migraine lui taraudait les tempes et il devait éviter, tant que faire se pouvait, de bouger la tête sous peine de réveiller des douleurs terrible tant au niveau de sa nuque que de sa boîte crânienne. Mais il refusait de se laisser aller, à la fois pour rassurer Charlie dont il sentait la terreur et pour ne pas donner à Bates et consort la joie de le voir en état de faiblesse : il s'était bien assez donné en spectacle à leur yeux à son gré !

Il retrouvait ses réflexes de policier, observant attentivement les hommes qui les retenaient, tentant de déceler le maillon faible, celui par qui, peut-être, il pourrait trouver une solution pour les arracher à leur position précaire. Il supputait ses chances de pouvoir tromper la vigilance de leurs gardiens. Sur ce point, il avait très vite compris qu'elles étaient nulles : pas besoin de faire faire des calculs à Charlie. A cinq contre un, quand bien même il n'aurait pas été attaché et passablement sonné par les coups reçus, il n'avait aucune chance. Et non, il n'était pas superman, contrairement à ce que son petit frère avait pu croire autrefois !

Don regardait les complices de Bates : il ne les connaissait pas ; ce n'était pas d'anciens lycéens, en tout cas, pas de la même année que lui ! La probabilité d'avoir déjà trois sociopathes dans la même promotion était suffisamment infime pour qu'il n'y en ait pas plus, songea-t-il soudain, un pâle sourire distendant ses lèvres.

Il était inquiet : nul besoin d'être très psychologue pour s'apercevoir que Bates et les jumeaux avaient complètement perdu les pédales. Rien à attendre d'eux, et d'autant moins que, depuis plus de deux heures maintenant que la prise d'otages avait commencé, ils n'avaient émis aucune revendication.

Le téléphone mural de la salle annexe avait sonné à plusieurs reprises sans qu'ils le décrochent jamais : visiblement ils n'avaient rien à dire au monde extérieur. Tout ce qu'ils voulaient, ils l'avaient réuni dans cette salle et tout allait se solder là.

Qui étaient les deux hommes ? A les voir, des laissés-pour-compte eux aussi, ramassés quelques part et soigneusement endoctrinés, quelle que soit la façon dont on s'y était pris pour cela, qui feraient tout ce que leur maître leur ordonnerait. Et leur maître, en l'occurrence, c'était Norton Bates.

Il n'arrivait pas à comprendre comment cet homme en était arrivé là : même s'il avait vécu un cauchemar durant ses années de lycées, pourquoi maintenant ? Et pourquoi ceux-là, se demandait-il aussi en passant en revue chacun des autres otages. Il avait bien saisi le concept victimes et bourreaux, mais justement, il n'arrivait pas à en déterminer l'utilité. Si Bates voulait se venger de ceux qui martyrisaient les autres, pourquoi retenir d'anciens lycéens ayant subi les brimades des premiers ? Et puis, que venait faire Freddy dans cette troupe ? Et lui ?

Il savait très bien que, contrairement à Ross et Clark, ni l'un ni l'autre n'avaient jamais fait partie de ces petites terreurs qui jouissent de la crainte qu'éprouvent certains de leurs camarades à leur égard. Il leur était même arrivé d'intervenir lorsqu'ils trouvaient que certains de leurs coéquipiers de base-ball poussaient un peu trop loin les moqueries. Mais bon, dans l'esprit malade de Bates, on pouvait encore comprendre qu'il veuille se venger de deux anciens élèves ayant connu la popularité.

Seulement pourquoi les sept autres, et surtout, pourquoi Charlie ? Il était assez aguerri pour savoir que, face à des déséquilibrés comme ceux qui se tenaient devant eux, aucun otage n'était à l'abri.

- Bon maintenant on va passer aux choses sérieuses, déclara Norton Bates à ses otages, interrompant les pensées de l'agent. Avant tout, je veux voir deux groupes distincts. Vous trois, vous n'avez rien à faire par là, regagnez votre place.

Il s'adressait à Amadie, Caradoc et Charlie qui étaient restés à côté de Don, Steven Ross et Freddy Valéra.

- A votre place, maintenant !

En même temps, qu'il parlait, il pointait son arme vers le petit groupe et, avec un geste d'impuissance, Caradoc et Amadie se levèrent et rejoignirent les quatre autres membres de leur « groupe ». Avant de s'éloigner, l'infirmière posa une main réconfortante sur le bras de Don en lui souriant. Il admira, une fois de plus le courage de la femme. Qui aurait jamais cru qu'elle deviendrait ce genre d'adulte, elle qui avait l'air d'une petite souris effarouchée durant son année de terminale ? Comme quoi on ne peut pas prévoir comment va évoluer une personne. S'il avait pu le faire, à l'époque il aurait interdit à son frère d'approcher ce dangereux psychopathe de Bates !

Charlie, lui, qui s'était assis près de son frère, se serra contre lui un peu plus. Il avait peur, peur de ce qui pourrait lui arriver, mais encore plus de ce qu'on pourrait faire subir à Don. Comment pourrait-il se défendre dans l'état de faiblesse où il se trouvait ?

- Mon ami Charlie, dis-moi un peu : quel est le mot que tu ne comprends pas dans « à votre place » ? s'enquit alors Bates d'un ton doucereux qui en était sans doute beaucoup plus dangereux.

- Je reste auprès de mon frère ! déclara alors le mathématicien d'un ton résolu.

- Oh que non, tu ne restes pas auprès de ton frère ! Parce qu'ici il n'y a pas de frère mon ami Charlie. Il y a les victimes et les bourreaux et tu ne fais pas partie des seconds il me semble ? A moins bien sûr que tu ne préfères ce camp là, avec tout ce qui va avec. Es-tu vraiment prêt à subir les conséquences de ton choix ?

Don sentit un frisson glacé lui parcourir la colonne vertébrale en entendant ces mots. Quoi qu'il ait décidé pour eux, il valait sans doute mieux faire partie des « victimes » que des « bourreaux ». Il était hors de question de laisser Charlie prendre des risques inconsidérés.

- Charlie, fais-ce qu'il te dit, ordonna-t-il soudain avec toute l'autorité dont il était capable.

- Pas question Don. Je reste là. Cette histoire de victimes et de bourreaux est stupide et tu le sais. Je n'ai pas plus été victime que tu n'as été bourreau alors...

- Charlie, s'il te plaît !

- Non Don... Norton, arrête ça maintenant. Tu as perdu les pédales, d'accord. Mais il n'y a toujours rien d'irrémédiable, alors...

Un large sourire au bord des lèvres, Norton s'approcha du mathématicien. Il dominait les deux frères de toute sa taille et, d'une voix au calme trompeur, il intima de nouveau :

- Charlie, tu vas rejoindre ta place, de l'autre côté de la pièce.

- Non, je ne bougerai pas d'ici !

Don soupira : au ton qu'avait employé son frère, il comprenait que celui-ci était en train de se buter dans son refus d'obtempérer. Charlie avait toujours détesté qu'on lui impose les choses mais il le pensait assez sage cependant pour ne pas s'opposer à un homme armé d'un automatique.

- Tu es sûr de ton choix Charlie ? interrogeait la voix doucereuse.

Malgré la peur qui commençait à s'insinuer en lui à l'écoute de ce timbre empli de menace, Charlie répondit d'une voix qu'il espérait ferme :

- Parfaitement sûr.

- Bon...

L'homme se détourna puis soudain, avant que quiconque n'ait pu réagir, il se tourna à nouveau vers eux et, se baissant, il gifla Charlie à la volée. Celui-ci s'effondra contre son frère qui poussa un cri de rage, faisant mine de vouloir se lever pour se jeter sur l'agresseur. Mais deux armes automatiques posées directement sur sa poitrine matèrent bien vite cette tentative de rébellion. Il se figea, comprenant qu'il n'aiderait pas Charlie en se faisant abattre sur place.

Il se pencha sur son frère incapable de l'aider à se redresser à cause de ses mains menottées : du sang coulait le long de la commissure de ses lèvres.

- Charlie, ça va frangin ?

- Oui, ce n'est rien.

- Bon, tu fais ce que je te dis ou je recommence ? menaça alors Bates.

- Non ! cria Don. Il va vous obéir, il va aller rejoindre les autres. N'est-ce pas Charlie ?

- Je suis aussi bien là, s'entêta le mathématicien.

- Charlie, mon ami Charlie. Je sais ce qui est bien pour toi, maintenant comme à l'époque. Tu m'écoutais à l'époque non ? Alors il vaudrait mieux que tu m'écoutes aujourd'hui. Parce que, si je dois te frapper encore pour te faire obéir, je le ferai. Pour ton bien...

- Charlie, fais ce qu'il te dit ! Arrête de faire ta tête de mule maintenant ! Tu compliques tout !

Don avait aussi élevé la voix : Charlie devait faire ce qu'on lui disait, pour sa sécurité.

Le mathématicien sembla hésiter. Il aurait voulu tenir tête à Bates, lui montrer qu'il n'avait pas peur de lui, mais il savait aussi qu'il y a un moment où s'entêter confine à la bêtise, et il avait peut-être déjà franchi ce seuil. D'un autre  côté, comment accepter d'abandonner son frère ?

- Don, je ne te laisserai pas, finit-il pas dire.

- Mais tu ne me laisses pas tête de bûche ! Je suis dans la même pièce que toi ! Alors arrête tes simagrées et obéis, pour une fois dans ta vie bon sang !

Don s'en voulait de la colère qui transparaissait dans sa voix. A l'origine cette colère était dirigée contre Bates : une colère violente qui s'était levée lorsqu'il avait osé poser la main sur son jeune frère. Mais en ce moment, elle se dirigeait vers Charlie qui se mettait en danger par son attitude bornée.

Celui-ci regarda son frère, blessé du ton qu'il avait pris. Ainsi c'était comme ça : il essayait de le protéger, et tout ce qu'il récoltait, c'était des reproches ? Don lut ces pensées dans les yeux de son cadet :

- Ecoute Charlie...

- Non ! C'est bon Don ! Tu as raison, je ferais mieux d'obéir aux ordres.

Sur ce le mathématicien se leva et rejoignit le coin qui lui avait été assigné sous le regard vainqueur de Bates.

- Tu vois Charlie que rien n'a changé depuis le lycée. Toi tu cherches toujours à l'aider et lui te rejette. Alors qui a raison hein ?

Il haussa les épaules, trop ulcéré pour répondre, s'en voulant, malgré lui, de la petite voix venue du passé qui lui demandait s'il n'y avait pas du vrai dans ce que débitait ce malade.

 

*****


Cissy  (23.05.2009 à 18:06)

Bates reprenait à l'intention de ses complices, en désignant le groupe autour de Don :

- Bon, vous m'attachez ceux-là !

- Non ! gémit soudain Clark Robinson. Ecoute Bates : laisse moi partir. Je ne t'ai jamais rien fait moi ! J'ai de l'argent, je peux...

- La ferme cloporte ! s'emporta soudain l'un des jumeaux en lui assénant un violent coup de crosse entre les omoplates. L'homme s'effondra en gémissant tandis qu'un murmure d'effroi naissait chez les autres otages.

- Bien joué Théo, il me fatiguait, se contenta de sourire Bates. Bon, faudra-t-il aussi vous calmer ou aller vous vous conduire en êtres humains dignes de ce nom pour une fois dans votre pitoyable existence ? ajouta-t-il alors à l'adresse des autres.

Comprenant qu'ils n'avaient rien à gagner à se débattre et que toute tentative de résistance était vouée à l'échec, Freddy, Steven et Stéphanie se contentèrent de tendre leurs poignets à l'homme qui s'approcha d'eux à tour de rôle pour les entraver avec des menottes plastiques qu'ils avaient sorties de leur sac. Pour finir, il se pencha sur Clark resté au sol et l'attacha à son tour. En quelques secondes, les cinq « bourreaux » se trouvèrent donc ainsi attachés, Don étant cependant le seul à être entravé dans le dos, leurs ravisseurs n'ayant pas trouvé utile de prendre le risque de le détacher le temps de le ramener à une position un peu plus confortable.

Ils étaient maintenant regroupés le long des deux murs opposés, perpendiculaires à la porte donnant sur la salle de sport. A droite de cette porte se tenaient les « victimes », à gauche les « bourreaux », pareillement assis à même le sol, et en proie aux mêmes sentiments de panique, d'impuissance, de colère d'un côté et de l'autre. Contrairement à ce qu'ils avaient dit, ils n'avaient pas disposé d'explosifs : ils avaient juste cherché à faire douter les policiers par la voix des otages libérés qui avaient dû rapporter leurs propos.

Bates, les jumeaux et leur « fils » s'étaient regroupés sur le seuil des toilettes qui faisaient face à la porte de la salle de sport, de chaque côté de laquelle se tenait l'un des complices, chacun braquant son arme sur l'un des deux groupes : comme quoi, hormis le fait de n'être pas entravé, faire partie des « victimes » n'offrait pas vraiment d'avantage, pensa Charlie avec un humour désespéré dont il ne se serait pas cru capable.

Avec la colère le quittant, il comprenait soudain ce qui avait motivé l'éclat de Don : uniquement la volonté de le mettre à l'abri, s'il existait un abri quelconque contre la folie, soliloquait-il. Il s'en voulut soudain de son mouvement d'humeur et du regard il chercha à accrocher celui de son frère. Il eut d'autant moins de mal à y parvenir que Don, depuis qu'on les avait séparés, tentait la même chose. Leurs yeux s'accrochèrent et silencieusement, il fit savoir à son frère qu'il n'était plus en colère, qu'il avait compris.

Le soulagement qu'il lut alors dans le regard de son aîné le toucha. Puis Don eut un petit clin d'œil d'encouragement, ce genre de geste qu'il avait lorsqu'ils étaient gamins et que Charlie avait peur d'affronter une situation nouvelle : « Courage frangin, tu peux y arriver, je le sais ! » Oui, ils y arriveraient ensemble.

- Bon, et bien on dirait qu'on va enfin pouvoir passer aux choses sérieuses ! déclara de nouveau Norton Bates, un sourire sadique sur les lèvres.


Cissy  (23.05.2009 à 18:07)

Chapitre 33

 Lycée de Pasadena, extérieur

- Alors on en est où ? demanda Robin d'une voix tendue.

- Rien de nouveau : ils refusent toujours de répondre, répondit David, découragé.

- A moins qu'effectivement ils ne sachent rien, répliqua Liz.

- Tu y crois toi ?

- Ca me paraît assez vraisemblable. Ce ne sont que des minables prêts à tout pour quelques dollars. Là on leur a donné l'occasion d'en gagner plus de cent mille chacun. Juste pour se glisser parmi la foule et aider à la prise d'otage jusqu'au tri, ensuite ils devaient s'éclipser en profitant du désordre causé par la fuite des otages. C'était plutôt bien vu, sans Bludford, ils seraient passés à travers sans même qu'on les remarque.

- Donc à ton avis ils ne savent vraiment rien ?

- Rien de plus que ce qu'ils nous ont dit, non.

A l'extérieur, la tension montait parmi les forces de l'ordre réunies autour du gymnase.

Lorsque les otages étaient sortis, les policiers les avaient immédiatement dirigés vers différentes équipes chargées de les débriefer afin de savoir qui étaient les preneurs d'otages, qui étaient leurs otages aussi. David, pour sa part, s'était trouvé en charge d'un couple : Bailey et Mélanie Bludford. Alors qu'ils discutaient avec eux, l'homme avait soudain pâli et c'était exclamé :

- Là-bas, c'est l'un des hommes !

- Quoi ? Que voulez-vous dire ? avait alors demandé Colby qui s'approchait, en regardant dans la direction que pointait le témoin.

- Cet homme qui discute avec votre collègue : il était avec Bates et les jumeaux. Il tenait une arme la dernière fois que je l'ai vu.

- Vous êtes sûr ?

- Tout à fait sûr ! Vous croyez vraiment que je pourrai oublier un type qui m'a braqué à dix centimètres ?

- Mon mari à raison, appuya Mélanie. Je le reconnais aussi.

- D'accord. On s'en occupe.

Il n'avait fallu que très peu de temps aux deux agents pour arrêter l'homme. A ce moment-là, deux autres hommes avaient tenté de prendre la fuite et s'étaient faits arrêter à leur tour. Ils s'étaient aussitôt enfermé dans un silence méprisant : ils avaient joué, ils avaient perdu. La diversion qu'ils avaient tenté en essayant de passer parmi les otages avaient fait long feu. Mais bon, ils savaient à quoi ils s'exposaient en acceptant de travailler pour ces barges. Seulement, étant donné les milliers de dollars à la clé, ils n'avaient pas hésité bien longtemps.

Après tout, qu'est-ce qu'ils risquaient ? Quelques années de prison pour détention d'arme illégale et menaces ? Ils n'avaient molesté personne et encore moins tué, donc ça n'irait pas chercher bien loin. Et l'argent qu'ils avaient touché mettait leurs familles à l'abri du besoin pour très longtemps. Quant à dire quoi que ce soit : ils ne savaient rien. Ils avaient simplement pu confirmer que leurs complices retenaient douze otages et avaient semblé tomber des nues lorsqu'ils avaient appris qu'un agent fédéral en faisait partie. L'un d'eux pourtant avait confirmé avoir entendu l'un des jumeau dire à Bates, au cours de la soirée, qu'ils avaient « cravaté Eppes » parce qu'il avait découvert l'arme de Théobald. Cela avait d'ailleurs activé un peu les choses : Bates avait donné le signal de la fermeture des portes plus tôt que prévu au départ.

La seule avancée notoire était donc de savoir que Don était bel et bien parmi les otages. Liz s'était elle-même chargée de porter la nouvelle à Alan, effondré.

- Qu'est-ce que vous allez faire ?

- Notre médiateur tente d'entrer en contact avec eux.

- Comment ?

- Il y a un téléphone dans la salle où ils sont retranchés. On essaie de les appeler là-bas. Mais, jusqu'à présent, ils ont refusé de répondre.

- Alors maintenant, qu'allez-vous faire ?

- Je ne sais pas Alan. Mais croyez que nous allons faire notre possible pour sortir les otages de là en vie.

Elle était repartie auprès de ses collègues qui cherchaient désespérément un moyen d'entrer en contact avec les preneurs d'otages.

- Et si on essayait un faisceau de fibres optiques ? proposa soudain Colby.

- Oui, c'est plutôt une bonne idée. D'autant qu'on peut approcher de la porte puisqu'il n'y a aucune ouverture sur la salle de sport. Donc ils ne nous verront pas arriver.

 

*****


Cissy  (24.05.2009 à 16:58)

Deux membres du SWAT furent désignés pour la manœuvre. Mais Bates étaient trop avisé pour se laisser piéger ainsi et il ne lui fallut que quelques minutes pour apercevoir les fibres. Il poussa alors un juron et décrocha le téléphone.

- Allo, je parle à qui là ?

- F.B.I., agent Eliott Lumett. Je suis le négociateur. Nous voudrions savoir ce que vous voulez.

- Ce que je veux agent Lumett, c'est que vous ôtiez immédiatement cette caméra ! Sinon j'abats un otage sur le champ. Tiens, pourquoi pas votre collège, l'agent Eppes ? Vous avez dix secondes à partir de maintenant. 10 - 9 - 8 - 7...

- Enlevez-moi cette saloperie ! hurla alors David dans son micro.

Les deux agents obtempérèrent sur le champ.

- Voilà, dit le négociateur, apaisant. Maintenant, si nous discutions.

- Il n'y a rien à discuter. Nous n'avons aucune autre demande que celle de nous laisser régler enfin nos comptes.

- De quels comptes parlez-vous ?

- Des comptes qui s'allongent au fil des années ! De tous les gosses qui sont martyrisés dans tous les lycées du pays sans que l'administration ne lève le petit doigt pour les protéger. Il est temps qu'enfin quelqu'un dénonce ces abus.

- Mais nous sommes prêts à vous écouter, il vous suffit de...

- Bla bla bla ! Vous me prenez vraiment pour un débile vous aussi ! Mais je ne suis plus le gamin qui se laissait manœuvrer figurez-vous. Alors fichez-moi la paix et laissez-nous régler nos comptes entre nous, tout ça ne vous regarde pas.

- Monsieur Bates, ça me regarde dans la mesure où vous détenez des otages. Relâchez au moins les femmes, ou les blessés, s'il y en a.

- Alors parlons peu, parlons bien : je ne relâcherai personne tant que je ne l'aurai pas décidé c'est clair ? Et si vous tentez de pénétrer ici par la force, ce sera un massacre, ça aussi c'est clair ? Nous sommes six, armés et munis d'explosifs et nous n'avons pas l'intention de nous rendre. Tous ceux qui sont là ont un rôle à jouer dans notre mise au point, et nous n'en relâcherons aucun.

- Monsieur Bates, Norton... vous permettez que je vous appelle Norton ?

- Pourquoi pas ? De toutes façons nos relations vont être fort brèves agent Lumett. Euh... Eliott... Vous permettez que je vous appelle Eliott ? singea Bates.

- Si vous voulez, je n'y vois aucun inconvénient, répondit le négociateur qui, pendant un bref instant, eut l'impression qu'il était en train de nouer un contact constructif.

Il allait très vite déchanter.

- Alors Eliott je vais être très clair. Ce que nous avons à faire ici, je le répète, ne regarde que nous. Et si vous tentez d'intervenir, nous tuerons tous nos petits camarades ici présents. Et si vous tentez encore de nous observer, vous aurez la mort de l'un d'entre eux sur la conscience : pourquoi pas, votre collègue ?

- Norton, écoutez... Vous devez comprendre que nous avons besoin de savoir ce qui se passe, si tout le monde va bien, si...

- Tout le monde va bien oui. Quand à savoir ce qui se passe, n'ayez crainte, nous allons filmer notre procès et vous pourrez ensuite le diffuser pour faire réfléchir tous les petits tyranneaux des lycées.

- Votre procès ? De quoi parlez-vous ? Norton...

- Eliott, je n'ai rien contre vous mais là, voyez-vous je suis fatigué de vous parler. J'ai beaucoup mieux à faire alors je vais raccrocher. Inutile d'essayer de me rappeler, je vais débrancher ce fichu téléphone. Ah ! Et si vous comptiez utiliser les portables de ces messieurs dames, sachez qu'on les a laissés dans le gymnase. Et rappelez-vous, à la moindre tentative, vous ne ramasserez que des cadavres.... Si vous êtes patient, peut-être bien que nous laisserons sortir certains de nos compagnons... ou peut-être pas.

- Nort...

Le négociateur s'aperçut alors que l'homme avait raccroché, comme il venait de le dire. Et, comme il venait aussi de le dire, il ne répondit plus aux différentes sollicitations qui cessèrent d'ailleurs très vite lorsque les policiers s'aperçurent que l'appareil était effectivement débranché : ils n'avaient désormais plus aucun moyen de joindre les preneurs d'otage.

 

*****


Cissy  (24.05.2009 à 16:59)

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