HypnoFanfics

Promo 88

Série : Numb3rs
Création : 05.05.2009 à 17h53
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie se rendent à la soirée du 20ème anniversaire de leur promo. Bien sûr rien ne va se dérouler comme ils le pensaient. Episode sans enquête (désolée Orkhadia), que j'écris seule. » Cissy 

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Chapitre 46

 Hôpital, Los Angeles

Une infirmière vint les trouver qui les guida vers la salle d’attente du bloc opératoire, différente de celle des urgences. Elle était plus petite et ils y étaient seuls. Avant d’y aller, Alan demanda qu’on y vienne le tenir au courant de l’évolution de l’état de Charlie et l’infirmière promit de faire savoir où le trouver dès qu’on le demanderait.

Ils s’installèrent donc pour ce qui allait être l’une des plus longues attentes de leur vie. Nikki et David ne tardèrent d’ailleurs pas à les rejoindre. Puis, au bout d’une heure environ, on vint avertir Alan que Charlie était désormais installé dans une chambre en soins intensifs et que, s’il le désirait, il pouvait se rendre auprès de lui.

Un instant le malheureux eut l’air perdu, comme incapable de prendre une décision. Bien sûr il voulait voir son cadet, mais, dans le même temps, son cœur lui dictait de rester là, au plus près de l’aîné qui était entre la vie et la mort. Robin comprit aussitôt son dilemme :

- Allez-y Alan. Ne vous inquiétez pas. Si on vient nous donner des nouvelles de Don, je vous préviendrai aussitôt.

- Mais de toute façon, le rassura Larry, je pense qu’il y en a pour un moment vous savez. Ce type d’opération à risques  est toujours très long !

Liz le regarda, bouche bée, n’en revenant pas de sa maladresse ! Il les ferait donc toutes ! Larry remarqua le regard choqué de la jeune agente et, soudain, avec retard, la phrase qu’il venait de prononcer lui arriva aux oreilles. A nouveau il porta une main consternée à sa bouche. Décidément il les accumulait. Il savait que c’était dû à sa grande fébrilité : lorsqu’il était particulièrement inquiet ou énervé, les bêtises s’échappaient de ses lèvres comme la vapeur d’un autocuiseur, sans que rien ne puisse les retenir. C’était consternant mais il n’y pouvait rien.

Sans prendre la peine de relever la remarque, Alan emboîta alors le pas à l’infirmière qui le guida jusqu’à la chambre de Charly.

Il y entra le cœur serré : son fils gisait sur le dos, lui aussi extrêmement pâle, moins toutefois que son aîné remarqua-t-il, un peu rassuré. Un bandage immaculé enserrait sa tête et des fils apportaient l’oxygène à ses narines tandis qu’une perfusion, branchée à son bras gauche, diffusait dans son organisme les médicaments dont il avait besoin ainsi que des calmants pour éviter les migraines qui risquaient de le crucifier à son réveil.

- Charlie, c’est papa mon poussin. Comment tu vas ?

Il s’assit auprès de son garçon qui ne réagissait pas  sa voix.

- Tu dois guérir vite Charlie. On va avoir besoin de toi. Don va avoir besoin de toi. Il ne va pas très bien tu sais…

Sa voix trembla en prononçant ces mots, puis il se reprit : Charlie n’avait pas besoin de savoir combien l’état de son frère était précaire, pas encore du moins. Il devait, lui aussi, garder l’esprit serein pour se battre pour son propre compte avant de penser à lutter pour d’autres.

- Mais, il va s’en sortir. C’est Don, il ne baissera pas les bras. Seulement je sais qu’à son réveil il voudra te trouver près de lui, alors tu dois te battre pour t’en sortir aussi chéri. Ton frère ne supporterait pas que tu ne te réveilles pas, et moi non plus. Et puis pense à Amita hein ? Comment pourrait-on lui apprendre ça quand elle rentrera d’Inde ? Tu n’as pas le droit de la laisser tomber ainsi, ce ne serait pas digne de toi…

Il continua à lui parler ainsi, de tout et de rien, juste pour avoir l’impression de garder un lien avec son garçon.

 

*****


Cissy  (08.06.2009 à 22:40)

Au bout d’un moment, il entendit la porte s’ouvrir. En se retournant, il vit Larry sur le seuil. Il se leva aussitôt, mort d’inquiétude :

- Don ?

- Non, non… Tranquillisez-vous Alan. On n’a pas encore de nouvelles de Don.

A nouveau, en se rendant compte, rétrospectivement de son discours, Larry s’adressa de violents reproches. Comment pouvait-il associer un « tranquillisez-vous » avec « on n’a pas de nouvelles ». Alan ne pourrait pas être tranquille tant qu’il n’aurait pas de nouvelles et encore, à supposer que celles-ci soient bonnes. Il évita de s’attarder sur sa énième bourde de la soirée et enchaîna, espérant qu’Alan n’avait pas remarqué le hiatus.

- Je suis venu voir comment allait Charlie et vous proposer de rester près de lui. Comme ça vous pourrez retourner attendre des nouvelles de Don.

Le regard d’Alan se chargea de reconnaissance envers l’ami de son fils. Depuis plusieurs minutes en effet il se reprochait à nouveau de n’être pas auprès de son aîné. Mais il n’avait pas la force de laisser son cadet seul : éternel dilemme qui résumait celui qui avait été si souvent le sien durant l’enfance de ses fils. Larry le soulageait ainsi d’un grand poids.

- Merci Larry. Je vous suis très reconnaissant.

- De rien Alan. C’est la moindre des choses, vraiment. Comment va-t-il ?

Tiens ? La malédiction était donc levée qu’il venait enfin de dire une phrase sans proférer de sottise ?

- Je ne sais pas trop. Il est toujours dans le coma mais, d’après les médecins, ses constantes sont bonnes alors…

- Ca va aller Alan. Vous verrez. Vos deux fils vont s’en tirer. Ils sont bien trop têtus pour laisser un Norton Bates avoir raison d’eux.

Alan sourit : même si elle ne reposait sur rien, cette phrase était ce qu’il avait, plus que tout, besoin d’entendre et elle rachetait, de loin, toutes les maladresses de langage qu’avait accumulées Larry depuis le début de cette soirée de cauchemar.

- Merci Larry. Bon, je vous laisse mais, vous me prévenez au moindre changement.

- Sans aucun doute Alan. Je vous tiens au courant, comptez-y.

Et tandis que le père remontait vers le bloc opératoire, le physicien s’installa au chevet de son ami dont il pris la main avant de se lancer dans une longue dissertation sur la physique quantique dont il était persuadé qu’elle aurait le pouvoir d’accrocher l’esprit vagabond de Charlie pour le retenir dans ce monde.


Cissy  (08.06.2009 à 22:40)

Chapitre 47

 

Hôpital, Los Angeles

Il y avait maintenant plus de six heures que Don était en salle d’opération et Alan n’en pouvait plus de cette angoisse qui le crucifiait. Il était retourné à plusieurs reprises voir Charlie : mais le mathématicien n’avait toujours pas émergé de l’inconscience.

Et le fait d’être sans nouvelles de Don devenait insupportable. David avait essayé de le rassurer en lui disant que, plus longue était l’intervention, meilleures étaient les chances de son fils : c’est qu’il tenait bon ; il l’avait rabroué sèchement en lui demandant ce qu’il en savait. Il sentait ses nerfs sur le point de le trahir.

Soudain, quatre personnes firent irruption dans la pièce, un peu gênées.

- Monsieur Eppes, dit un homme dont le visage s’ornait de plusieurs hématomes.

Il leva vers eux des yeux fatigués, que lui voulait-on encore ?

- Oui, c’est moi.

- Je sais oui. Nous nous connaissons déjà.

Il le regarda, cherchant dans sa mémoire.

- Je suis Freddy, Freddy Valéra.

Un instant, Alan parut ne pas comprendre, puis soudain son visage s’éclaira :

- Freddy ! Oui, bien sûr. L’un des meilleurs amis de mon Donnie.

Puis soudain il réalisa :

- Oh mon Dieu ! Vous étiez, vous aussi aux mains de ce… de ce…

Il n’arrivait pas à trouver de mots assez forts pour qualifier l’homme qui venait peut-être de le priver de ses deux enfants, qui venait peut-être de le tuer sans qu’il l’ait même approché.

- Oui, nous étions avec Don et Charlie. Voici Amadie, Caradoc et Steven. Nous voulions des nouvelles de Charlie et de Don. Comment vont-ils ?

Alan regarda longuement les anciens compagnons de ses fils. Si Amadie semblait indemne, Caradoc, lui aussi, arborait un œil au beurre noir qui ne laissait aucun doute sur la violence des preneurs d’otages. Quant à Steven Ross, un large pansement recouvrait sa tempe et son teint blafard et ses cernes profondes témoignaient du calvaire que lui aussi avait enduré.

- Charlie est en soins intensifs, quant à Donnie… On l’opère en ce moment même.

- Mais… Ca va aller ? souffla Freddy d’une voix incertaine.

- Oui ! Oui, bien sûr ! s’exclama Alan.

Puis soudain son visage se décomposa et il se laissa retomber sur le fauteuil qu’il venait de quitter :

- En vérité, je n’en sais rien, rien du tout !

Il mit sa tête dans ses mains, accablé et Liz s’approcha de lui, compatissante :

- Ils vont s’en sortir Alan, vous verrez.

Devant les regards interrogatifs des quatre nouveaux venus, ce fut David qui les mit au courant de l’état exact des deux frères. Lorsqu’il eut terminé son compte-rendu, Freddy se contenta de dire :

- On peut attendre avec vous ?

Alan leva vers eux un visage ravagé :

- Bien sûr, se contenta-t-il de dire.

Les quatre compagnons s’installèrent et la longue attente reprit, de plus en plus insoutenable à mesure qu’elle se prolongeait.


Cissy  (09.06.2009 à 22:34)

Chapitre 48

 Hôpital, Los Angeles

- Monsieur Eppes ?

Alan sursauta, arraché au sommeil qui l’avait enfin terrassé. Dans la salle d’attente, tous les occupants, plus ou moins avachis dans les fauteuils et les canapés, se redressèrent, les yeux ensommeillés. La fatigue avait fini par avoir raison de leur angoisse.

Alan se dressa brusquement pour faire face au chirurgien qui venait de l’interpeller. L’homme avait le visage tendu, l’air épuisé, impassible, et le cœur du père se serra douloureusement. Il craignait de comprendre ce qu’on venait lui apprendre.

Un coup d’œil à la pendule lui indiqua que plus de dix heures s’étaient écoulées depuis qu’on avait emmené son fils. Le jour qui éclairait maintenant la petite pièce ne devait plus rien à la clarté des néons. Le soleil s’était levé sur Los Angeles depuis plusieurs heures mais Alan avait l’impression que, pour lui, le soleil ne se lèverait plus jamais. Dix heures ! Et il pressentait que son fils venait de perdre la bataille :

- Oui. Comment va mon garçon ? réussit-il à articuler d’une voix blanche, presque au bord du malaise.

Il sentait, sans les voir, que les autres occupants se massaient autour de lui. La main de Robin se glissa dans la sienne, tremblante, et il comprit que la jeune femme partageait son angoisse.

Le regard du chirurgien, se posant sur le groupe massé devant lui, était suffisamment parlant pour qu’Alan insiste :

- Vous pouvez parler devant eux. Ce sont tous des amis de Donnie.

- Dans ce cas…

Le chirurgien prit son ton le plus professionnel pour commencer.

- Voilà, votre fils présentait de graves blessures au thorax.

Qu’il abrège ! Tout cela il le savait ! Une seule chose importait à ses yeux…

Mais l’homme poursuivait, suivant le manuel du parfait « porteur de mauvaises nouvelles ».

- Nous avons tout fait pour le maintenir en vie…

Alan ferma les yeux et chancela : Colby se précipita pour le soutenir. On y était. Maintenant allait suivre le « Malheureusement, votre fils… »

- Son cœur s’est arrêté de battre à deux reprises, mais nous avons pu le réanimer.

Alan rouvrit les yeux, incrédule : qu’est-ce que ce type essayait de lui dire ?

- On vient de le transporter en salle de réveil.

Le cri de joie qui s’ébaucha sur certaines lèvres fut coupé net par l’expression du chirurgien : aucune trace d’une quelconque victoire dans son regard.

- Vous voulez dire que… que mon fils est vivant ? réussit enfin à questionner Alan d’une voix tremblante.

- Oui… Enfin, pour le moment…

- Comment ça ?

- Ecoutez Monsieur Eppes. Je ne vous cacherai pas que son état est très inquiétant, très précaire. Un nouvel arrêt cardiaque pourrait lui être fatal. Votre fils est très faible. Il a perdu beaucoup de sang et la blessure était particulièrement grave.

- Mais vous l’avez soigné.

- Oui, nous avons refermé la plaie et réparé le poumon. Grâce au ciel la balle n’a pas atteint le muscle cardiaque lui-même mais votre fils est sous respirateur artificiel, il est actuellement dans le coma.

- Mais il a une chance ?

- Il y a toujours une chance monsieur Eppes, cependant, je ne vous mentirai pas : celles de Don sont faibles, très faibles.

- Il s’en sortira !

La voix de Robin, ferme, claire, comme si elle était au prétoire, les fit sursauter et ils admirèrent la détermination qui émanait d’elle. En même temps songeait Liz, cette assurance ne lui permettrait pas de faire face au pire si jamais celui-ci survenait. Il est bien plus difficile de s’adapter à une situation si on est convaincu que le contraire va se produire.

- Don s’en remettra, vous verrez.

Elle tentait de convaincre Alan, qui ne demandait pas mieux, et tous ceux qui étaient présents, chirurgien compris.

- J’espère que vous avez raison, dit ce dernier. Il est vrai que l’agent Eppes est solide. D’autres n’auraient pas survécu à une telle blessure. Le fait qu’il soit encore en vie, même sous assistance respiratoire, est déjà en soi un miracle.

- Est-ce que je peux le voir ? demanda Alan.

- Pas encore. Mais dès que nous l’aurons transféré en soins intensifs, je vous ferai signe.

- Vous allez le mettre en soins intensifs ?

Le chirurgien le regarda, interloqué par la question. Cet homme n’avait-il rien compris de ce qu’il venait de lui expliquer.

- Bien évidemment ! Que pensiez vous donc…

- Non ! l’interrompit Alan. Ce n’est pas… Je veux dire par là que, mon second fils est aussi en soins intensifs, alors, si vous pouviez les mettre pas trop loin l’un de l’autre…

Le praticien lui jeta un regard apitoyé : c’est vrai, on lui en avait parlé au bloc. Cet homme avait deux fils dans le coma à l’heure actuelle. Il n’aurait souhaité ça à personne. Et pourtant, il lui appartenait de lui administrer encore le coup de grâce.

- Je vais voir ce qu’on peut faire. Mais, Monsieur Eppes, vous devez bien être conscient que rien n’est gagné pour Don.

- Oui, je comprends.

- Je ne suis pas sûr. La mort n’est que la pire des options, mais il y en a une infinité entre le décès et la guérison totale.

- Que voulez-vous dire ?

- Monsieur Eppes, étant donné la gravité de ses blessures et ses trois arrêts cardiaques, votre fils pourrait garder de graves séquelles neurologiques. Nous avons tout fait pour que le cerveau reste irrigué mais…

Alan ferma les yeux : il n’avait pas vraiment envisagé cette hypothèse. Pour lui, tout se résumait en deux mots : vivre ou mourir. Ce qu’il y avait entre les deux ne lui avait même pas traversé l’esprit.

- Quelles genres de séquelles ?

- Ca peut aller d’une simple incapacité motrice mineure…

- Une incapacité motrice mineure ? releva Liz. Mais ça veut dire quoi « incapacité motrice mineure » quand on est agent du F.B.I. à votre avis ?

Sans relever l’interruption, le chirurgien continua :

- A un trouble neurovégétatif chronique. Je ne peux pas vous dresser un tableau clinique des risques encourus. Nous ne pourrons malheureusement évaluer les possibles séquelles qu’au réveil de votre fils, s’il se réveille.

- S’il se réveille, répéta Alan d’une voix blanche.

Il sembla méditer quelques secondes, les yeux baissés,  puis regarda à nouveau le praticien.

- Quand serez-vous fixé ?

- Pour le pronostic vital, les quarante-huit prochaines heures vont être déterminantes. Ensuite, tout dépendra du temps que votre fils passera dans le coma. Et, comme je vous le disais, nous ne pourrons évaluer d’éventuels dommages permanents qu’à son réveil.

- S’il se réveille, répéta Alan amer.

- Alan, il s’en tirera !

Cette fois-ci, c’était Colby qui prenait la parole. Il n’était pas sûr lui-même de ce qu’il disait, mais il savait que c’était ce qu’Alan avait besoin d’entendre à ce moment précis.

- Bien, je vais prendre des dispositions avec le chef de service de soins intensifs au sujet du transfert de Don. Une infirmière viendra vous prévenir quand vous pourrez vous rendre auprès de lui mais…

Une nouvelle fois son regard fit le tour de toutes les personnes présentes

- Seule la famille est autorisée à rester auprès des malades en soins intensifs, je suis désolé.

- Ne le soyez pas docteur, vous n’y pouvez rien, répliqua Alan. Et merci pour tout.

Le médecin eut un petit geste désabusé :

- J’aurais voulu faire plus, croyez-moi.

- Vous avez déjà fait beaucoup docteur. Mon fils est encore en vie et ça, croyez-moi, ça compte !

L’homme eut un sourire fatigué et tourna les talons. Dans la salle il y eut un grand silence fait à la fois de soulagement et d’inquiétude : rien n’était perdu mais rien n’était gagné non plus, malheureusement, et les heures d’angoisses n’avaient apparemment pas fini de s’aligner.

 

*****


Cissy  (10.06.2009 à 18:19)

Alan prit une grande inspiration : son fils était en vie, c’est tout ce qui comptait. C’était plus que ce qu’il espérait quelques minutes plus tôt. Alors le reste attendrait… Il ne voulait penser qu’à ça : son fils vivait, ses deux fils vivaient ! Il serait toujours temps de se préoccuper des conséquences éventuelles plus tard. Pour le moment il avait mieux à faire.

- Ecoutez, inutile que vous restiez là. Vous avez entendu le chirurgien : vous ne serez pas admis auprès de Don alors…

- Nous n’allons pas vous laisser, Alan, protesta David.

- David… On vous attend au bureau. Et dans le cas contraire, vous devez aller vous reposer. Ici vous ne servez à rien. On va bientôt venir me chercher pour que je vois Don et vous ne pourrez pas venir. Tout va bien. Je vous promets de vous tenir au courant de son état de santé.

Ils hésitaient, partagés entre la raison et l’envie de rester malgré tout, se disant qu’ils n’avaient pas le droit d’abandonner le père de leurs amis.

Finalement Alan sut les convaincre qu’il était inutile qu’ils restent tous là et, un par un, ils prirent congés. Seules restèrent avec lui Robin et Liz. La première avait bien l’intention d’être classée dans la « famille » étant donnés les liens qui l’attachaient à Don, la seconde restait en tant que représentante du bureau. Les agents avaient décidé que l’un d’entre eux resterait toujours à disposition de la famille Eppes jusqu’à ce que l’état des deux blessés soit déclaré satisfaisant. Pas question de laisser Alan seul, quoi qu’il puisse dire !

La jeune agente obligea ses deux compagnons à absorber un café bien chaud et un beignet aux pommes qu’elle alla chercher à la cafétéria. Elle réussit à les convaincre en leur démontrant que, s’ils s’effondraient à bout de forces, ils ne seraient d’aucune utilité ni à Don, ni à Charlie.

Puis, vers onze heures, on vint avertir Alan que Don était installé dans le services des soins intensifs. Il se précipita avec Robin qui fut autorisée à entrer au titre de « femme » du blessé.

Arrivé dans la chambre, Alan eut l’immense bonheur de voir qu’on avait réuni ses deux garçons dans la même pièce. Un immense élan de gratitude envers le chirurgien le souleva : il faudrait qu’il pense à le remercier de son geste. Il savait que ce n’était sans doute pas si facile d’obtenir ce type « d’avantage ». Il appréciait à sa juste valeur le fait de pouvoir rester auprès de ses deux garçons. Il ne savait pas comment il aurait pu supporter d’être auprès de l’un sans savoir ce que devenait l’autre.

A son entrée dans la chambre, Larry, qui se tenait toujours au chevet de Charlie, se leva : lui aussi avait les traits tirés par une nuit sans sommeil. Mais, fidèle à sa promesse, il n’avait pas relâché sa surveillance une seule minute.

- Comment va-t-il ? questionna Alan.

- Rien de changé ! C’est plutôt bon signe, voulut encourager le physicien.

- Oui, ou le contraire… remarqua Alan tristement.

Puis il s’approcha du lit où gisait Don, le cœur serré de le voir si pâle, presque diaphane, relié à tous ces fils qui, certes lui apportaient la vie, mais, à ses yeux, n’étaient que des instruments de torture. Comment supporter de voir ainsi son enfant relié à ces machines, incapable de respirer seul, lui qui était si indépendant ? Un épais bandage entourait la nuque de Don et, au sommet du crâne, on avait rasé ses cheveux pour suturer la plaie qu’il portait. Les marques de coups sur ses épaules, son visage et ses bras se détachaient de manière encore plus crue sur la blancheur de sa peau.

Sa main tremblante vint caresser doucement les cheveux de son garçon, puis il lui déposa un baiser léger sur le front :

- Ca va aller mon ange, tout ira bien, tu verras.

A son tour Robin s’approcha du lit pour embrasser doucement Don sur les lèvre :

- Tu as intérêt à te réveiller très vite Eppes ! Tu sais que je déteste attendre !

Puis plus aucun mot ne fut prononcé. Au bout d’une vingtaine de minutes, l’infirmière en chef vint prévenir qu’une seule personne était autorisée à rester auprès des blessés. Il n’y eut pas de conciliabule pour savoir qui allait rester et Robin et Larry prirent congé après avoir salué les deux hommes inconscients et encouragé Alan en lui disant qu’ils reviendraient très vite.

Resté seul, Alan sentit soudain le poids des années peser plus lourd sur ses épaules. Comment en étaient-ils arrivés là ? La veille au soir il avait deux fils plein de vie, en pleine santé, qui s’apprêtaient à passer ensemble une bonne soirée. Et ce matin, il se retrouvait avec deux corps inertes qui ne s’animeraient peut-être plus jamais.

Il s’installa dans le fauteuil entre les deux lits et prit une main de chacun de ses fils dans les siennes :

- Vous n’avez pas le droit de me faire ça les garçons, vous m’entendez ? Alors dépêchez-vous de vous réveiller que je vous ramène à la maison.

Seul lui répondit le bruit du respirateur de Don et les bips des deux moniteurs indiquant les constantes vitales de ses garçons. Il lui semblait que ces bips se confondaient, comme si les cœurs de ses deux fils battaient exactement au même rythme. Leurs cœurs battaient, il vivaient, et c’était tout ce qui importait pour le moment.

Bercé par ces bips réguliers, épuisé par sa nuit d’angoisse, Alan finit par s’endormir au creux de son fauteuil, sans même s’en apercevoir.


Cissy  (10.06.2009 à 18:20)

Chapitre 49

 Hôpital, Los Angeles

Un mouvement sortit Alan de son sommeil anxieux. Il ouvrit les yeux. Durant quelques fractions de seconde, il se demanda ce qu’il faisait là. Puis la mémoire lui revint et l’angoisse en même temps. Son regard vola d’abord vers le lit de Don : celui-ci n’avait pas bougé. Rien n’indiquait un mieux dans son état : sa poitrine se soulevait régulièrement, mais son père savait que cela n’était dû qu’à l’action de la machine qui le maintenait en vie. Avec un soupir, il reporta son attention sur Charlie et comprit alors ce qui l’avait tiré du sommeil.

Le mathématicien s’agitait et marmonnait des formules incompréhensibles. Alan se pencha aussitôt sur lui, mettant la main sur son front pour vérifier s’il avait de la température, bien que le moniteur n’en indique pas. A ce contact, Charlie ouvrit les yeux :

- Charlie ! Charlie, tu m’entends ?

En même temps qu’il parlait, Alan actionnait le bouton d’appel pour les infirmières. Charlie fixait son regard sur son père, semblant ne pas comprendre ce qu’il faisait là :

- Papa ? Qu’est-ce qui se passe ? Où est-ce que je suis ?

Il chercha à se relever et Alan appuya les deux mains sur ses épaules pour l’en empêcher tout en répondant :

- Tu es à l’hôpital. Reste allongé, le médecin va venir.

- A l’hôpital ? Mais qu’est-ce que je fais à l’hôpital ?

Charlie avait l’air complètement perdu.

- Tu ne te souviens pas ?

- Non ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

A ce moment-là, le médecin fit irruption dans la pièce. Il se trouvait au bureau des infirmières lorsque l’appel avait retenti et s’était directement dirigé vers la chambre. Dans son service, lorsqu’on appelait une infirmière, il savait que, la plupart du temps, il allait être demandé dans la foulée surtout lorsqu’il s’agissait de blessés dans un état aussi sérieux que ces deux patients. Il avait donc directement emboîté le pas à l’infirmière qui s’était levée pour répondre à l’appel.

En voyant Charlie éveillé, il demanda à Alan de quitter la pièce quelques instants tandis que l’infirmière tirait un rideau entre son lit et celui de son frère. A son corps défendant, Alan dut obtempérer aux ordres. Il n’avait aucun intérêt à s’opposer aux médecins. Il était tout à fait conscient du privilège qui était le sien à pouvoir rester auprès de ses fils et du fait qu’on pouvait fort bien le prier de s’en tenir, comme les autres familles, aux horaires de visite. Il ne devait donc surtout pas se montrer importun aux yeux du personnel médical.

« Allez donc prendre un café, lui conseilla le médecin en se penchant sur Charlie. Vous en avez besoin et mon examen va prendre un peu de temps. »

 

*****


Cissy  (12.06.2009 à 17:32)

Alan quitta donc la chambre et se dirigea vers le distributeur de boissons situés au bout du couloir. En passant devant la salle d’attente, il s’entendit interpeller

- Alan, tout va bien ?

Il leva les yeux, et, étonné et touché, il découvrit Robin, Larry et Colby qui se levaient à son approche.

- Mais… Qu’est-ce que vous faites-là ? Je croyais vous avoir dit de rentrer.

- C’est ce que nous avons fait, dit Larry. Mais après une bonne douche, un repas chaud et quelques heures de sommeil, nous nous sommes dits que nous pourrions revenir prendre des nouvelles.

- Mais on n’a pas voulu nous laisser entrer, termina Robin.

- Je te mettrai tous ces gens en taule ! grommela Colby entre ses dents.

Alan avait du mal à comprendre ce qu’on lui racontait. Il regarda sa montre, un peu perdu :

- Mais quelle heure est-il donc ?

Il s’aperçut alors qu’il était plus de dix-sept heures. Il n’avait pas vu le temps passer, parlant à ses enfants en espérant les voir sortir de leur inconscience, dans une attente anxieuse que n’interrompait que la venue régulière des infirmières passant relever les constantes de ses fils jusqu’à ce qu’à bout de force, n’ayant plus de salive dans la bouche, il plonge malgré lui dans un sommeil agité durant lequel il n’avait cessé à aucun moment d’entendre les signaux émis par les deux moniteurs. Il sursauta en s’apercevant qu’il avait ainsi somnolé une petite heure : bravo pour le garde malade ! se reprocha-t-il in petto.

- Alan… Est-ce que vous avez mangé au moins ? s’inquiéta alors Robin, se rendant compte qu’il paraissait totalement déconnecté.

- Mangé ?

- D’accord, décida Colby. Bon, en route pour la cafétéria. Et vous nous direz comment vont Charlie et Don.

A l’énoncé de leurs noms, Alan marqua un temps d’arrêt et sembla vouloir retourner en arrière :

- Je dois rester auprès d’eux, je ne peux pas les laisser. Charlie vient de se réveiller et…

- Quoi ? l’interrogation joyeuse de Larry le fit soudain prendre conscience de ce qu’il venait de dire.

- Oui, Charlie est réveillé.

- Magnifique ! Et Don ?

Alan hocha la tête, désemparé, ramené à son anxiété terrible au sujet de son fils aîné.

- Rien de nouveau.

- C’est plutôt bon signe alors, tenta de l’encourager Colby. Et pour Charlie ? reprit-il, voulant par là détourner Alan de ses idées noires.

- On l’examine en ce moment. Le médecin m’a dit d’aller prendre un café en attendant.

- Je pense que vous avez besoin de bien plus qu’un café, Colby a raison, dit Robin. Vous ne veillerez pas sur vos garçons si vous vous effondrez. Allez manger un peu et prendre l’air.

- Et puis vous avez besoin d’une bonne douche : je me suis permis de passer chez vous prendre quelques vêtements pour vous et les garçons quand ils sortiront, dit alors Larry en lui tendant deux sacs : l’un assez volumineux contenant le nécessaire pour ses fils, l’autre plus petit ne contenant qu’un change pour lui.

Il remercia le physicien, profondément touché de son geste. Pourtant il n’arrivait pas à se décider à quitter le couloir, à s’éloigner de ses enfants.

- Allez-y Alan, insista Robin. Je reste là et je vous promets de ne pas les quitter.

- Je voudrais savoir ce que pense le médecin.

- Il vous le dira quand vous reviendrez. Soyez raisonnable Alan. Deux têtes de mule qu’on ne peut pas raisonner suffisent dans votre famille non ?

Alan eut un pâle sourire :

- Vous avez raison. Mais surtout, vous me tenez au courant.

- Vous avez ma parole.

Colby et Larry accompagnèrent donc le chef de famille, qui, après avoir encore longuement hésité, se décida finalement à écouter la voix de la raison et à leur emboîter le pas.

Ils revinrent environ trois quarts d’heure plus tard. Alan s’était restauré, à son grand étonnement d’ailleurs. Il avait pourtant l’impression d’être incapable d’avaler une bouchée, mais ses compagnons avaient commandé trois repas complets et, après les deux premières bouchées, il avait sentit son estomac se desserrer. Pas au point d’absorber tout ce que Colby avait posé sur son plateau, mais assez pour restaurer ses forces après plusieurs heures de jeûne et d’angoisse.

Puis, après une halte dans les sanitaires où il avait pris une douche et avait changé de vêtements, il avait repris le chemin du service de réanimation, toujours encadré de Colby et Larry.

Arrivé dans la salle d’attente, ils s’aperçurent que Robin avait disparu et demandèrent à l’infirmière où se trouvait la jeune femme :

- Elle est auprès de son mari et de son beau-frère, lui répondit alors la femme.

Les trois hommes échangèrent un sourire fugace : bien sûr, comme seules les familles étaient autorisées auprès des patients, elle avait trouvé ce biais pour pouvoir rester un peu auprès de  l’homme qu’elle aimait. Et puis, ce n’était pas vraiment un mensonge et Alan espérait bien que, d’ici peu, cette légère entorse à la vérité deviendrait réalité.

A condition que Don s’en sorte… ajouta aussitôt au fond de lui une horrible petite voix qu’il aurait aimé faire taire.

- Le docteur Helssworth vous attend dans son bureau pour vous parler de votre fils, Charlie, continuait l’infirmière à l’intention d’Alan.

- Merci mademoiselle, j’y vais tout de suite.

 

*****


Cissy  (12.06.2009 à 17:34)

- Oh ! Monsieur Eppes, je vous en prie, entrez, dit le médecin alors qu’Alan, après avoir frappé à la porte, ouvrait à son invitation et se présentait sur le seuil.

- Voyez-vous un inconvénient à ce que mes compagnons assistent à notre entretien ? demanda alors Alan. Je préfèrerai n’avoir pas de compte-rendu à leur faire, c’est plus simple pour moi qu’ils entendent directement ce que vous avez à dire.

- Aucun problème, répondit le médecin. Asseyez-vous donc.

Larry et Alan prirent place dans deux fauteuils situés face au bureau du médecin, tandis que Colby s’appuyait à un guéridon situé à droite de la porte.

- Comment vont mes fils ? interrogea Alan d’une voix tendue.

- Il n’y a aucun changement en ce qui concerne Don.

- C’est plutôt une bonne nouvelle alors ? demanda Colby.

- Oui et non…

- Comment ça ? La voix d’Alan était tendue.

- Et bien, que son état soit stable est encourageant bien évidemment. D’un autre côté, il n’y a aucune amélioration visible. Il est toujours incapable de respirer seul et la fonction rénale n’est pas rétablie.

- Autrement dit, il est toujours en danger, conclut Alan d’une voix blanche.

- Malheureusement oui. Mais vous saviez que les prochaines quarante-huit heures seraient cruciales n’est-ce pas ?

Alan hocha la tête, accablé. Bien sûr qu’on le lui avait dit. Mais pour autant, il ne pouvait pas s’empêcher d’espérer un miracle. Quarante-huit heures avant de savoir si son fils vivrait : cela semblait une telle éternité ! Il sentit Larry poser une main compatissante sur son bras et releva la tête. Il n’avait pas le droit de flancher, pas maintenant. Il prit une profonde inspiration et questionna alors :

- Et pour Charlie ?

- Alors par contre, les nouvelles sont plutôt encourageantes. Il est parfaitement conscient, même s’il souffre d’un terrible mal de tête, et ne semble présenter aucune séquelle à part…

- A part ???

Larry venait d’intervenir, une note de panique dans la voix. Alan aussi s’était figé sur son siège : et si on allait leur dire que Charlie ne serait plus jamais comme avant ? Qu’il ne raisonnait plus de cette manière si particulière qui était la sienne ? Que les mathématiques lui étaient devenues aussi hermétiques qu’elles l’étaient en général au commun des mortels ?

- Et bien, il semble qu’il souffre d’amnésie rétrograde.

- Amnésie ? s’affola Alan.

- Non, rien de grave, temporisa aussitôt le médecin. Il a simplement oublié les événements d’hier soir. Pour le reste il se souvient parfaitement de qui il est, ce  qu’il fait et il m’a même développé une partie de ses travaux sur l’émergence cognitive lorsque je lui ai fait part de cet état de chose. Je peux vous garantir que son cerveau semble fonctionner parfaitement : je n’ai pas vraiment compris tout ce qu’il m’a dit, mais ça m’a semblé positivement brillant. Non, il a juste occulté les derniers événements. Ses souvenirs s’arrêtent vers dix-sept heures hier, au moment où il est rentré chez vous et reprennent à son réveil cet après-midi.

- Mais à quoi est due cette amnésie ? interrogea Larry. A sa blessure à la tête ?

- Ce peut en effet être physiologique. Mais ça peut aussi être psychologique. Le cerveau érige une barrière pour se protéger des événements indicibles. Et votre fils a vécu des heures particulièrement difficiles. Son frère a été maltraité et abattu sous ses yeux, il y a de quoi ébranler plus d’un système nerveux.

- Mais vous pensez que la mémoire va lui revenir ?

- Peut-être, peut-être pas. Difficile à dire pour le moment.

- Pour le reste, ça va aller ? questionna Alan.

- Comme je vous l’ai dit, tout devrait bien aller. Je l’ai tout de même programmé pour une IRM de contrôle demain en fin de matinée. Ainsi nous serons fixés. Et si, comme je l’espère, il n’y a rien de particulier, nous pourrons le transférer dans le service neurologie.

A ces mots, Alan blêmit. Il n’avait pas pensé à cette éventualité. Bien évidemment, il était ravi que son cadet aille mieux. Mais si on le changeait de service, il allait de nouveau être déchiré entre ses deux garçons. Il savait que le temps qu’il passerait avec l’un il se tourmenterait pour l’autre et se ferait des reproches de ne pas être auprès de lui.

- Vous ne pourriez pas les laisser ensemble ? s’enquit-il presque timidement, connaissant déjà la réponse.

Le médecin posa un regard compatissant sur lui, comprenant ce qu’il ressentait, mais il ne pouvait pas déroger au règlement :

- Malheureusement c’est impossible, dit-il. Si votre fils est sorti d’affaire, nous ne pouvons pas le garder en soins intensifs. Vous comprenez bien que, d’une part, nous pouvons avoir besoin de ce lit à tout moment, et que, d’autre part, l’assurance refusera de prendre en compte des frais d’hospitalisation dans un service inadéquat.

- Bien sûr, je comprends.

- Ne vous inquiétez pas Alan, on trouvera une solution pour que vos garçons aient toujours quelqu’un auprès d’eux, le rassura Colby.

- Merci, répondit-il, reconnaissant.

- Et puis, ajouta Larry. Ne vous mettez pas martel en tête pour ce qui n’a pas encore eu lieu. Après tout, Charlie peut avoir besoin de rester encore un moment ici et…

Il s’arrêta, bouche bée, comprenant soudain la portée de ce qu’il venait de dire au regard horrifié que les autres portaient sur lui. Puis il s’empourpra de honte en s’apercevant qu’il venait, ni plus ni moins, d’émettre à demi-mot le souhait que l’état de Charlie reste assez alarmant pour qu’on doive le garder en soins intensifs.

Conscients du malaise du physicien, personne ne commenta sa nouvelle gaffe et Alan prit congé du médecin en le remerciant encore et en lui serrant la main. Toutefois, lorsqu’ils quittèrent la pièce, Colby fusilla Larry du regard et celui-ci répondit à son reproche muet par une mimique penaude.

En sortant du bureau, Colby annonça qu’il retournait au F.B.I. donner des nouvelles à ses collègues mais que David ou Nikki viendraient très vite prendre la relève. Larry, encore honteux de sa maladresse, se contenta de bredouiller quelques vagues excuses avant de partir, de s’enfuir plutôt, informant qu’il avait une conférence à donner qu’il ne pouvait pas remettre mais qu’il reviendrait dès les premières heures du jour le lendemain et demandant à Alan de bien saluer Charlie pour lui.

 

*****


Cissy  (12.06.2009 à 17:35)

Lorsque ses deux compagnons eurent disparus, Alan retourna auprès de ses fils. Robin était assise dans le fauteuil situé entre les deux lits. Elle était tourné vers Don et tenait sa main dans les siennes. En s’approchant, Alan constata qu’elle avait les yeux rouges : elle avait pleuré. Il lui posa la main sur l’épaule pour la réconforter. Elle s’en voulut de ne pas se montrer plus forte : c’était à elle de réconforter cet homme dont les deux enfants, sa seule famille, étaient en danger, même si Charlie paraissait en bonne voie.

- C’est dur de le voir ainsi, murmura-t-elle cependant, la voix brisée.

- Je sais. On est tellement habitué à le voir maître de la situation.

- Oui. Il s’arrange toujours pour nous faire croire que tout ira bien. Il ne se plaint jamais et ne veut surtout pas qu’on s’inquiète pour lui.

- Et pourtant on s’inquiète quand même.

- Oui, on s’inquiète quand même.

Ils se turent un instant, perdus tous les deux dans la contemplation du visage blafard de celui qu’ils aimaient, priant du plus profond de leur être pour qu’il revienne parmi eux. Puis Robin poussa un profond soupir, semblant s’efforcer de reprendre le contrôle de ses émotions.

- Charlie s’est endormi, mais le médecin m’a dit que ça allait.

- Oui, je l’ai vu.

Alan fit alors un compte-rendu succinct de ce que lui avait dit le médecin.

- Il ne se souvient vraiment de rien ?

- Apparemment pas.

Elle jeta un regard incertain vers le mathématicien, puis revint vers le lit de Don.

- Même pas de…

Alan eut un geste découragé. Il s’apercevait que la même pensée les avait traversé. Si Charlie ne se souvenait de rien, ça allait être à eux de lui annoncer l’horrible nouvelle de l’état précaire de son frère. Comment allait-il prendre ça, lui qui idolâtrait littéralement son aîné, bien qu’il s’en défende ? Puis il haussa les épaules : inutile de se mettre martel en tête par avance. De toute façon, même s’il se souvenait de tout, il aurait bien fallu mettre Charlie au courant de l’état de Don qu’il ignorait forcément. Attendre et voir, attendre et espérer… c’était devenu sa devise pour le moment.

L’infirmière, entrant dans la chambre pour changer la perfusion de Don, leur fit remarquer que le règlement n’autorisait les visites que d’une personne à la fois et Robin prit rapidement congé en précisant qu’elle reviendrait le lendemain matin. Comme Alan s’étonnait qu’elle puisse se libérer pour la deuxième journée consécutive, elle précisa avoir posé trois jours de congés pour être auprès de l’homme qu’elle aimait et de sa famille. Il lui fut infiniment reconnaissant de ce geste dont il savait qu’il n’avait pas dû être facile. Et sa reconnaissance s’accrût encore lorsque, quelques minutes plus tard, un brancardier apporta un lit de camp dans la chambre. Il savait que c’était à l’influence de Robin qu’il devait de n’être pas refoulé à la fin des visites, comme les autres parents de malades. Et, sans en avoir la confirmation, il se douta que c’était à elle qu’il devait cette nouvelle entorse dans le sacro-saint règlement hospitalier. Quels étaient les arguments développés par la juriste ? Sans doute ne le saurait-il jamais. Mais elle prouvait, une fois de plus, qu’elle était une redoutable négociatrice.

Après avoir jeté un dernier coup d’œil à ses fils, Alan s’étendit sur le lit de camp et, malgré son inquiétude, il ne tarda pas à s’endormir, percevant au plus profond de son sommeil le rythme obsédant du réanimateur qui maintenait Don auprès de lui.


Cissy  (12.06.2009 à 17:36)

Chapitre 50

 Hôpital, Los Angeles

- Papa ?

Alan, qui se tenait devant la fenêtre, regardant pensivement à l’extérieur se retourna, plein d’espoir. Il eut un moment de déception en s’apercevant que l’appel ne venait pas, comme il l’avait espéré du lit de Don, mais de celui de Charlie qui, étendu à plat dos, avait les yeux fixés sur lui. Malgré tout, un franc sourire éclaira le visage du père.

- Charlie ! Comment vas-tu chéri ?

- Papa : qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est ce que je fais là ?

- Tu ne t’en souviens plus ?

- Non. Je me souviens avoir passé une journée plutôt calme et puis…

- On a tiré sur toi, Charlie.

- Quoi ? Mais comment ? Qui ? Pourquoi ?

- Attends, du calme d’accord ? Je vais t’expliquer.

Tout en parlant, Alan s’était assis dans le fauteuil toujours placé entre les deux lits. Mais, tandis qu’il parlait à Charlie, son regard revenait, malgré lui sur Don. Il y avait maintenant vingt-deux heures de passées : pas encore tout à fait la moitié du chemin ! Et aucune amélioration n’avait encore eu lieu dans l’état de son fils aîné. Il se sentait épuisé, à bout de force, n’ayant dormi que par intermittence sans plonger vraiment dans un sommeil réparateur.

- Papa !

- Oui, Charlie.

Le ton impérieux de son cadet l’obligea à fixer à nouveau son attention sur lui. Charlie regardait aussi en direction du lit et Alan s’attendait à l’entendre lui demander des nouvelles de Don. Mais au lieu de ça, le mathématicien dit :

- Explique-moi, je ne comprends pas.

- Tu ne te souviens vraiment de rien ?

Alan aurait tout donné pour n’avoir pas à être celui qui ferait revivre à Charlie l’épreuve qu’il venait d’endurer. Mais il savait aussi qu’il devait répondre à ses questions. Il s’étonnait cependant de son manque de réaction à la vue de son frère inconscient. Il aurait pensé que ç’aurait été sa première préoccupation. Peut-être était-il encore trop groggy pour prendre vraiment conscience des choses ? Peut-être au contraire avait-il déjà analysé la situation et conclut qu’il était inutile d’ennuyer son père avec des questions alors que la situation parlait d’elle-même ? Qui saurait jamais ce qui se passait dans la tête du génie ?

- De rien papa. J’ai besoin de savoir. Qui a tiré ? Pourquoi ?

Charlie s’aperçut qu’à nouveau son père regardait vers le lit voisin.

- Arrête de faire ça s’il te plaît !

- Arrête de faire quoi ?

Alan fixait de nouveau les yeux sur lui, sincèrement étonné.

- Ca ! Tu t’intéresses plus à mon voisin qu’à moi ! C’est tout de même un comble ! C’est moi, Charlie, ton fils qui suis dans ce lit, blessé ! Et tu es sans arrêt tourné de l’autre côté !

- Charlie !

Alan était complètement abasourdi de cette réaction qui cadrait si peu avec la personnalité généreuse de son fils. Soudain il eut peur qu’il ne s’agisse d’une réaction due au traumatisme crânien. Dans l’une de ses nombreuses gaffes, Larry avait mentionné la possibilité d’un changement radical de personnalité suite à ce type de blessures. Est-ce que c’étaient les prémisses d’un tel changement qui s’amorçaient dans cette colère qui ressemblait furieusement à une crise de jalousie si peu dans le tempérament de Charlie, et d’autant moins lorsqu’il s’agissait de son frère ? Il avait en effet tellement l’impression de lui avoir trop souvent volé l’attention des autres durant leur enfance, qu’il était le dernier à s’offusquer de le voir être le centre d’attention, les rares fois où cela arrivait.

- C’est vrai quoi : je ne veux pas paraître m’accorder plus d’importance que je n’en mérite. Mais est-ce que c’est trop demander que de pouvoir bénéficier de ton entière attention durant quelques minutes. Tu pourras toujours t’occuper de cet étranger après. Il me semble que je devrai passer en priorité non ?

- Un étranger ?

Cette fois, Alan commençait vraiment à s’inquiéter. Est-ce que Charlie n’avait pas reconnu son frère ? Est-ce que son amnésie était plus grave qu’il n’y paraissait ?

- Ecoute, je vais appeler le médecin et…

- Je n’ai pas besoin d’un médecin papa ! J’ai besoin de comprendre ce qui s’est passé.

Charlie tenta de se redresser et Alan s’empressa auprès de lui pour l’obliger à rester allongé. Le mouvement avait déclenché une onde de douleur et le mathématicien ferma les yeux, le souffle court, tandis que son père faisait courir sa main dans ses cheveux pour l’apaiser.

- Ca va aller Charlie, respire ! Ca va passer.

Et soudain, tandis qu’il se tenait ainsi, à son niveau, Alan comprit : d’où il était, Charlie ne voyait pas le visage de son voisin de lit ! Il ne voyait qu’un corps, depuis la taille, recouvert de draps blancs, le haut étant masqué par le moniteur cardiaque. Un grand froid l’envahit quand il réalisa que Charlie n’avait pas identifié son frère. Il ignorait encore que celui-ci était dans le coma. Et ça allait être à lui de lui asséner l’horrible nouvelle. Alan ne savait pas s’il en aurait la force.

Il ferma les yeux un moment, cherchant à rassembler son courage. Il devait trouver les mots pour parler à son fils. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il s’aperçut que Charlie le fixait, l’interrogation dans le regard :

- Papa ? Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que tu as ?

- Charlie…

 

*****


Cissy  (13.06.2009 à 23:10)

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