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Série : Numb3rs
Création : 16.07.2009 à 21h25
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Episode que, fidèle à mon habitude (désolée pour mon égoïsme) j'écris seule. Un poseur de bombe sévit à Los Angeles. Les frères Eppes parviendront-ils à le stopper? » Cissy
Cette fanfic compte déjà 81 paragraphes
- Bon, c’est pas tout ça !
Don avait maintenant surmonté son moment de faiblesse et il revenait à l’essentiel.
- Maintenant que tu as récupéré ta sacro-sainte sacoche, tu vas peut-être enfin me dire ce que tu as découvert !
- Oui. Ben tu sais, j’aurais fort bien pu te le dire sans avoir ma sacoche. Je suis tout de même capable de me souvenir des conclusions auxquelles je suis arrivé sans avoir besoin de relire mes travaux tout de même !
- Charlie…
La voix de Don était chargée de menaces, mais son frère n’en avait cure.
- En fait les recherches en elles-mêmes n’ont vraiment de valeur que pour quelqu’un qui peut les comprendre, continuait-il. Et, sans vouloir te vexer, je ne suis pas certain que tu y comprendrais quoi que ce soit. Mais c’est toujours utile de les avoir, surtout si on s’aperçoit qu’on a fait fausse route. Ainsi on peut tenter de trouver l’erreur à partir de…
- CHARLIE !!! explosa Don, partagé entre l’agacement et le rire, conscient que son frère en rajoutait sciemment.
- D’accord. Je crois avoir compris le mobile de ton bomber.
- QUOI ???? Attends, tu es sérieux là ?
- M’as-tu déjà vu ne pas l’être ? s’indigna Charlie.
- Tu me permets de jouer mon joker ? plaisanta Don. Bon allez, dis-moi, vite ! C’est quoi son mobile ? La vengeance ? La folie ? La recherche de la célébrité ?
- Rien de tout cela mon cher frère.
- Charlie bon sang ! Accouche !
Le mathématicien sourit : allons, il avait assez fait lanterner son aîné, se vengeant ainsi de ses petites réflexions précédentes.
- C’est un mobile vieux comme le monde : l’appât du gain !
- Quoi ? Mais de quoi tu parles Charlie ?
- J’ai découvert que ton bomber avait soutiré de l’argent à au moins une des trois victimes de chaque série d’attentats.
- Mais… on l’aurait vu… Tu es sûr de toi ?
- Parfaitement sûr. Tiens regarde.
Charlie fouilla dans sa sacoche et en sortit une liasse de papiers qu’il avait imprimé la veille au soir.
- Là, je suis tombé là-dessus hier soir : un virement de 250 000 $ de Benjamin Alscot vers un compte crypté le soir même de l’explosion.
- Mais enfin, David a contrôlé ses comptes, il n’a rien vu.
- Evidemment parce que le virement a eu lieu plusieurs heures plus tard.
- Mais ça n’a peut-être rien à voir Charlie. Benjamin Alscot possède plusieurs agences dans le pays, il a peut-être fait un virement !
- Tu te doutes bien que j’ai vérifié ! s’indigna Charlie, vexé que son frère le croit si peu professionnel. J’ai consulté les comptes des autres victimes. A chaque fois une ou deux ont effectué un virement important sur un compte off-shore quelques heures après l’explosion. Tiens regarde…
Les deux frères se plongèrent dans l’étude des feuillets et Charlie entourait à chaque fois les lignes concernées.
- Bon sang, Charlie ! dit Don lorsqu’ils en eurent fini. Tu te rends comptes de ce que ça signifie ?
- Ben… que ton poseur de bombe n’est qu’un vulgaire maître chanteur non ?
- Oui. Et ça c’est un point important. Jusqu’à présent nous cherchions un point commun entre les victimes sans pouvoir le déceler. Et pour cause ! Avec ça, on va pouvoir avancer autrement… Charlie !
Le mathématicien rougit de joie au son de la voix à la fois ravie et pleine d’admiration de son frère. Ca le payait de ses effort plus que tout autre chose au monde.
- Encore une chose, ajouta-t-il.
- Quoi ?
- Il n’y a pas eu de virement lors des trois premières explosions, ce qui confirme ma thèse d’un second bomber prenant le relais à Washington où, pour la première fois, il y a eu extorsion de fonds.
- Mmm ! opina Don qui restait les yeux rivés sur les relevés annotés.
- Tu crois que tu pourrais identifier les comptes ? demanda-t-il soudain.
- Pfff ! C’est un travail titanesque ! Il y a au moins trois comptes différents dans trois banques off-shore différentes et transitant par un nombre incalculable de relais. Ton bomber n’est pas un amateur…
- C’est impossible alors ? s’enquit Don, sachant qu’il venait de prononcer le mot magique.
- Rien n’est impossible, tu devrais le savoir, répliqua alors son frère. Mais ça va être un travail de longue haleine. J’aurais besoin d’Amita sur ce coup-là.
- Appelle-là !
- Pas avant midi. Elle a cours toute la matinée. Je ne peux pas la déranger.
- Bon… Mais vous vous y mettez aussitôt que possible d’ac ?
- Oui, esclavagiste ! maugréa Charlie, heureux de voir que son frère semblait soudain soulagé d’un poids, à l’idée que son enquête repartait enfin.
- Il y a juste une chose que je ne comprends pas, reprit-il.
- Quoi ?
- Et bien, à part Alscot, toutes les victimes ayant versé de l’argent sont mortes…
- C’est logique, répliqua Don. Ce type est trop intelligent pour prendre le risque d’être dénoncé. Il fait vraisemblablement chanter les victimes en leur prouvant qu’il est l’auteur des explosions précédentes et, une fois qu’elles ont payé, il les assassine à leur tour pour éviter qu’elles puissent aller porter plainte.
- C’est horrible, s’indigna Charlie. Ce type est vraiment un monstre.
- Oui, un véritable monstre. Mais aussi quelqu’un de très malin et qui ne prend aucun risque comme le démontre la mort de quatre témoins potentiels. Ce qui me ramène à ma préoccupation première.
- Laquelle ?
- Comment ce type fait-il pour se tenir au courant des progrès de l’enquête ? Comment identifie-t-il les témoins possibles ? Comment fait-il pour ne pas éveiller la suspicion de la police ?
- C’est vraisemblablement quelqu’un qu’on ne s’étonne pas de voir autour des enquêteurs : journaliste, technicien, avocat… Il connaît le système donc c’est quelqu’un d’instruit. Et sa couverture est indétectable.
- Tu pourrai cerner son profil ? Je veux dire, nous donner la probabilité qu’il soit dans telle ou telle branche ?
- Don… Je ne peux pas tout faire !
- Non, bien sûr… Mais ça pourrait nous faire avancer.
- Je sais. Je crois même que ce serait plus utile que de trouver où va le compte parce que je doute qu’on puisse remonter jusqu’au coupable par ce biais. Ce type est trop malin pour se faire prendre ainsi.
- D’accord. Alors tu planches sur ce versant. Moi je vais demander qu’on lance une recherche sur toutes les personnes qui se sont intéressées ou qui ont été mêlées de près ou de loin à cette enquête depuis le début. Et je verrai bien si certains noms se recoupent.
- Et si c’est le cas, communique-les moi. Je pourrai ainsi affiner mon analyse.
- O.K. Merci petit frère. Tu as vraiment fait un super boulot. Je crois que si on arrête notre type, ce sera grâce à toi. Je file au bureau. Tu me promets de ne pas bouger sans m’en avertir ?
- Mais oui maman, répondit son frère avec un haussement d’épaules et un sourire résigné.
*****
Au moment où son frère s’apprêtait à sortir, il hésita un moment puis, s’approchant de lui, il lui lança :
- Don…
- Quoi ?
- Est-ce que tu as pensé à la probabilité que…
- Que quoi ?
- Et bien que, pour être ainsi au courant du développement de l’enquête, ton bomber soit…
Il s’arrêta, inquiet de la réaction que pourrait avoir son frère en entendant ce soupçon qui lui était venu en énumérant les professions possibles permettant d’avoir un lien direct avec le dossier et qui lui paraissait si monstrueuse qu’il n’osait la formuler à voix haute.
Mais Don avait compris parce qu’il y avait pensé aussi, et ce fut lui qui termina la phrase :
- … un agent ?
- Oui.
Charlie avait juste murmuré le mot, à la fois honteux de cette pensée et immensément soulagé que son frère aussi ait envisagé cette possibilité.
- Figure-toi que je ne cesse d’y penser, et que ça me hante !
La souffrance qui perçait dans le ton de son aîné lui serra le cœur. Il comprenait ce que celui-ci ressentait à l’idée qu’un de ses collègues puisse tremper dans cette abomination.
- Un simple calcul de probabilités nous permettra assez vite d’y voir plus clair, lui dit-il alors.
Don hocha la tête puis un sourire éclaira son visage tandis qu’il ironisait :
- « Simple » ?
Charlie eut une grimace expressive :
- Oui, enfin, façon de parler ! Mais je devrais pouvoir resserrer assez vite autour d’une théorie valide.
- D’accord frangin. Fais au mieux.
Charlie se contenta de hocher la tête et Don sortit. Alors qu’il se dirigeait vers le garage, il entendit la porte s’ouvrir de nouveau et il se retourna. Son frère passa la tête dans l’entrebâillement et l’interpella :
- Ah ! Et… Charlie…
- Quoi ?
- N’oublie pas que tu as été secoué hier. Alors tâche aussi de te reposer ! Promis ?
- Promis ! dit-il, touché que son frère se préoccupe encore de sa santé et ne veuille pas qu’il en fasse trop, même pour lui apporter enfin des réponses, alors qu’il y avait tant à faire sur cette enquête et que la possibilité qu’un agent soit impliqué devait effectivement le tourmenter.
CHAPITRE XXXI
Rues de Los Angeles
Don roulait lentement vers le bureau, réfléchissant profondément à la tournure que prenait cette enquête : une tournure qu’il n’aimait pas, mais alors pas du tout. C’est à ce moment-là que son téléphone sonna :
- Eppes ?
- Don…
La voix contrainte de David lui fit immédiatement comprendre qu’il n’allait pas apprécier ce que celui-ci allait lui dire.
- Benjamin Alscot est mort !
- Quoi ? Mais comment ?
- Une bombe dans sa voiture !
- Enfin, il n’était pas sous surveillance ?
- Si, mais lorsqu’il s’en est aperçu il a porté plainte auprès du procureur afin de faire lever la protection.
- Et tu n’as pas cru bon de m’en avertir ?
- Don… Tu n’aurais rien pu faire d’autre qu’obtempérer à l’ordre direct qui nous a été donné. Tu avais besoin de repos après ce qui s’était passé et…
- Et qui a pris cette décision ?
- Moi !
La voix de Mike intervenant dans la conversation ne le surprit pas outre mesure. Il se doutait déjà qu’aucun de ses subordonnés n’aurait pris cette initiative sans lui en parler.
- Tu as eu tort Mike, j’aurais peut-être pu convaincre cet homme.
- Tu n’aurais rien pu faire d’autre que ce que j’ai tenté Don. Ou alors tu n’as pas confiance en moi ?
- Bien sûr que si et tu le sais très bien.
- Je suis allé le trouver, je lui ai expliqué qu’il était peut-être en danger. Il n’a rien voulu savoir. Et lorsque l’injonction nous a été délivrée, il n’y avait rien d’autre à faire qu’à obéir.
- J’aurais pu essayer de biaiser, le faire protéger à distance, malgré lui.
- Don, ce type est trop fort pour se laisser prendre ainsi au piège. S’il voulait que Benjamin Alscot meure, il se serait arrangé pour l’atteindre, tôt ou tard et sans se soucier du nombre de morts qu’il aurait pu faire au passage.
Don rumina quelques instants ces paroles pleins de bon sens.
- Oui, tu as raison. Bon, écoute, Charlie a eu une idée…
- Oui, laquelle ?
- Je t’en parlerai chez Alscot, rejoins-moi là-bas.
- Quoi ? Mais que veux-tu faire là-bas ?
- Je t’expliquerai. David, tu t’arranges pour m’obtenir un mandat de perquisition de son domicile.
- Pour quel motif ?
- Celui que tu veux : obstruction à la justice, dissimulation de preuves, idiotie congénitale si tu veux mais j’ai besoin de ce mandat ! rugit Don qui commençait à perdre patience.
Les morts s’accumulaient sans qu’il puisse rien faire pour arrêter le maniaque et il commençait sérieusement à s’énerver de cet état de choses. Charlie venait de lui donner, peut-être, une prise intéressante et il n’allait pas la lâcher comme ça.
- O.K. boss, dit David. Tu auras ton mandat.
- Mike, tu me rejoins chez Alscot ?
- J’y serai avant toi ! Mais j’aimerai bien savoir ce qu’on cherche tout de même.
- Je te le dirai sur place. Allez, au boulot les gars ! On doit absolument coincer ce malade.
Il raccrocha et continua sa route. Mais il ne prêtait pas réellement attention au trajet. Son visage restait tourmenté et il se mordait machinalement la lèvre. Les pensées qui lui traversaient la tête à ce moment là n’avait pas l’air de lui être agréables, loin de là.
CHAPITRE XXXII
Domicile de Benjamin Alscot
Une vingtaine de minutes plus tard, Don stoppait devant le domicile de Benjamin Alscot. A son arrivée, il vit Mike sortir d’un véhicule garé le long du trottoir. Son ami tenait un papier à la main :
- Hello Don ! Tout va bien ? Tiens, David a fait des miracles, voici ton mandat, signé, en bonne et due forme !
- Super ! Merci. Ca va vieux et toi ?
- Et bien, mis à part que je n’ai pas beaucoup dormi la nuit dernière, tout baigne.
- Désolé de vous avoir laissé tomber les gars.
- Tu n’as pas à t’excuser Don. N’importe qui aurait fait la même chose à ta place.
- Oui, mais c’est moi qui dirige cette enquête…
- … conjointement avec moi, précisa Mickaël, arrachant un sourire amusé à son collègue.
- Conjointement avec toi, j’allais le dire. Ce n’était donc pas très professionnel de vous laisser vous débrouiller seuls ainsi.
- Don, on est tout à fait capables de se débrouiller sans toi je te signale. Il était bien plus important que tu t’occupes de ton frère. Au fait, comment va-t-il ?
Don fut touché de l’intérêt sincère qui s’entendait dans la voix de son ami, sachant combien les relations de celui-ci avec Charlie étaient délicates.
- Ca va : il est un peu endolori mais son cerveau s’est déjà remis en route…
- Alors, rigola Mike, c’est l’essentiel.
- Tu l’as dit.
- Justement, est-ce que tu vas enfin m’expliquer quelle idée à eu ton frère ? Et ce que nous faisons-là ? Ne me dis pas que tu penses que ce malade va être assez stupide pour se pointer chez Alscot ? C’est ça l’idée de ton frangin ?
- Non, en fait Charlie a vraisemblablement découvert le mobile de notre bomber.
- Quoi ?
Abasourdi, Mike arrêta Don par le bras et lui fit face.
- Répète-moi ça un peu ?
Don sourit de l’incrédulité proche de la stupeur qui vibrait dans le ton de Mike. Il remit cependant l’explication à plus tard car ils arrivaient à la porte de la maison. Par acquit de conscience, Don sonna. Mais, comme il s’y attendait, personne ne vint ouvrir. Cela était logique dans la mesure où Benjamin Alscot était célibataire. Sa famille, composée de ses parents et de deux sœurs, qui avait été avertie de son décès, ne tarderait sans doute pas à arriver, mais, pour le moment, les lieux étaient à eux.
Don sortit un passe de sa poche et ouvrit la serrure sans trop de difficultés: visiblement, Benjamin Alscot ne s’était pas senti en danger. Au moins jusqu’à ces derniers jours. C’est d’ailleurs la réflexion que se fit aussi Mickaël :
- Et bien, on ne peut pas dire qu’il ait investi dans un système de sécurité.
- Bah ! Ce quartier est fort tranquille. Il devait s’y sentir en sécurité.
- Ouais… Il aurait peut-être mieux fait d’assurer ses arrières, grommela Mike.
Les deux hommes pénétrèrent dans le grand hall d’entrée. Celui-ci était meublé assez succinctement de meubles anciens visiblement de grand prix. Devant eux, un grand escalier s’élevait vers l’étage. A droite s’étendait un grand espace à vivre meublé, lui aussi, de meubles anciens et précieux. A gauche, c’était la cuisine. Au fond, s’ouvrait un vaste espace qui était vraisemblablement l’atelier de conception de l’architecte : des maquettes meublaient les tables, des esquisses au fusain ornaient les murs. Des chiffres s’alignaient sur des tableaux. Don pensa que cet espace aurait plu à son frère.
Mais ce n’était vraisemblablement pas là qu’il trouverait ce qu’il cherchait. Il fit donc signe à Mike qui le suivait sans mot dire, rongeant apparemment son frein mais ayant selon toute vraisemblance décidé qu’il devait laisser l’initiative à son ami et que celui-ci, de toute façon finirait bien par lui dire la raison de leur présence ici.
L’un derrière l’autre, les deux agents gravirent l’escalier et se trouvèrent alors dans un vaste espace éclairé par une verrière sur le toit. Des classeurs couraient le long du mur du fond, un grand bureau, équipé du dernier cri de la technologie informatique, faisait face à l’escalier, les murs opposés au bureau étaient garnis de rayonnages où s’alignaient toutes sortes de livres. Visiblement, c’était là le bureau de l’architecte, la pièce qui intéressait les agents au premier chef.
Malgré tout, il prirent la précaution de vérifier les portes qui s’ouvraient de chaque côté de l’escalier. Celles de droites se révélèrent donner sur une grande chambre à coucher, munie d’un vaste dressing, vraisemblablement la chambre d’Alscot, et une vaste salle de bain. Celles de gauches découvrirent deux autres chambres reliées par une deuxième salle de bain commune.
Don fit signe à Mike et les deux agents remirent leurs armes dans leurs étuis : ils les avaient sorties par habitude, pour appliquer le règlement plus que par véritable crainte de trouver un intrus dans les lieux. Mickaël suivit docilement son ami qui se dirigeait vers le bureau.
*****
- Bon et si tu me disais ce qu’on cherche exactement, tu ne crois pas que ce serait plus simple pour que je t’aide ? questionna Mike en le voyant se mettre à fouiller dans les papiers qui s’entassaient dans des corbeilles mais aussi sur les côtés de la vaste table.
- Oh c’est vrai pardon. En fait on cherche tout ce qui pourrait s’apparenter à une lettre de menaces, du chantage, la preuve qu’il ait versé de l’argent sur des comptes off-shore…
- Quoi ?
A nouveau Mike l’arrêta par le bras et se planta en face de lui.
- Attends… Tu es en train de me dire que le mobile de ce malade c’est le fric ?
- D’après Charlie oui.
- D’après Charlie hein ? Et il ne te vient pas une seconde à l’esprit que Charlie puisse se tromper ?
Un soupir à la fois de lassitude et d’exaspération échappa à Don.
- Mikey, on a déjà eu cette conversation. Tu ne trouves pas qu’on tourne en rond là ?
- Désolé Don, mais là c’est un peu trop pour moi. Ce type a tué près de soixante-dix personnes ! Alors je veux bien croire qu’il s’agit d’un malade, d’un désaxé, d’un vengeur dont le mobile nous échappe… Mais l’argent !
- Pourtant, je t’assure que la théorie de Charlie tient la route. Et puis il y a eu effectivement des virements suspects chez bon nombre de victimes.
- Bon nombres ? C'est-à-dire ?
- Au moins une sur trois à chaque fois, parfois deux sur trois…
- D’où la théorie…
Mike laissa sa phrase en suspens pour que Don complète.
- …que notre bomber fait chanter ses victimes. La première explosion est vraisemblablement juste un avertissement. Soit il choisit ses victimes au hasard, soit parce qu’elles ont un lien avec les autres. Ensuite il doit entrer en contact avec les victimes suivantes en leur envoyant un message du genre : « Voici ce que je suis capable de faire, si vous ne voulez pas subir la même chose, versez telle somme sur tel compte avant tel jour… »
Mike n’avait pas l’air convaincu.
- Ecoute… Je ne doute pas que Charlie ait fait un magnifique boulot. Mais… On n’a trouvé aucun lien entre nos victimes.
- Alors peut-être qu’il choisi les premières au hasard. Si on venait te présenter les preuves qu’on a fait sauter une ou plusieurs personnes en te menaçant de te faire subir, à toi et ta famille, le même sort, tu crois que ça changerait quelque chose pour toi de connaître ou non les premières victimes ? Tu crois que tu ne serais pas tenter de céder d’abord et de réfléchir après ?
- Mais… Si vraiment ils paient, pourquoi les éliminer quand même ?
- Pour ne pas laisser de témoin, pour que personne ne comprenne ses réelles motivations, peut-être par simple sadisme. On ne le saura qu’en l’arrêtant.
- Tu m’as l’air bien sûr de toi.
- Ecoute, maintenant qu’on a un mobile, il va être plus facile de circonscrire un profil. Et puis on sait aussi autre chose.
- Ah oui ? Quoi donc ?
- Ce type nous touche de près.
- Comment ça ?
- Comment est-ce qu’il a pu identifier Carter ? Et comment a-t-il fait pour localiser Charlie ? Il faut qu’il soit au courant de tous nos faits et gestes.
- Attends tu es en train de dire quoi là ? Que ton bomber a un agent chez nous ?
- Pas forcément, mais il se tient au courant des progrès de l’enquête, d’une manière ou d’une autre.
- Quoi ? Tu penses qu’il y a une taupe qui le renseigne ?
- Je ne sais pas.
- Don, ça ne tient pas la route. Je poursuis ce malade depuis cinq ans. Je n’ai jamais eu la même équipe avec moi.
- Pas un agent n’a travaillé à chaque fois avec toi ?
- Pas un. Le seul nom qui ressortira sur chaque enquête, c’est le mien.
Le ton de Mike se durcit soudain quand il remarqua le regard de Don sur lui.
- Quoi ? Dois-je me considérer comme suspect, monsieur l’agent spécial Don Eppes ?
- Mikey, arrête de dire des sottises !
Mais Don n’était pas complètement franc en disant ces mots. Déjà dans la voiture l’idée lui avait effleuré l’esprit, qu’il avait repoussée avec horreur. Pourtant ç’aurait expliqué tellement de choses !
Mickaël dut sentir la réticence dans le ton de son ami car soudain, sa voix se mit à trembler :
- Don, tu n’es pas sérieux là… Tu n’a pas pu penser que…
Don ne pouvait pas supporter la peine qu’il lisait dans les yeux de son compagnon. Bien sûr que Mickaël ne pouvait rien avoir à faire avec cette horreur. Comme s’il ne suffisait pas que la hiérarchie le taxe d’incompétence, voilà que lui ajoutait encore à son stress en lui laissant entendre qu’il figurait parmi les suspects potentiels.
- Ecoute, je sais bien que tu n’es pour rien dans tout ça Mike. Mais soit quelqu’un passe effectivement des infos à cet assassin, vraisemblablement contre de l’argent, soit c’est le bomber lui-même qui nous côtoie de près sans que nous y prêtions attention. Tu n’as vraiment aucune idée ? Je ne sais pas moi : un technicien que tu aurais sollicité à plusieurs reprises, un journaliste qui s’intéresserait à l’affaire, un gratte- papier quelconque qui t’aurait demandé des rapports… N’importe quoi peut nous être utile Mikey. Comme tu l’as dit toi-même, tu es le seul qui ait enquêté sur tous les cas, donc tu es le plus à même d’avoir remarqué ce type.
Mickaël se laissa tomber sur la chaise de bureau, l’air accablé :
- Tu es en train de me dire que, depuis toutes ces années, non seulement j’ai été incapable d’arrêter ce salopard, mais qu’en plus il était tout près de moi et que je n’ai pas été fichu de le repérer ?
- Mike…
- Décidemment je crois que les patrons ont raison : je ferais mieux de leur remettre ma démission !
- Arrête, Mikey, tu sais très bien que tu n’y es pour rien.
Don s’approcha de son ami et lui posa la main sur l’épaule. Il ne pouvait pas le laisser se dévaloriser ainsi. Il avait vraisemblablement fait tout ce qu’il pouvait. Si seulement on avait mis une véritable équipe à sa disposition !
- De toute façon, Charlie va être capable de nous présenter un panel de professions susceptibles de donner accès au dossier. Cela rafraîchira sans doute ta mémoire et alors…
- Charlie va être capable de ça hein ?
Le ton de l’agent était amer à l’idée qu’un mathématicien pouvait faire mieux que lui dans son domaine.
- Je te dois des excuses Don.
- Des excuses pourquoi donc ?
- J’étais persuadé que tu te leurrais quant à l’efficacité de ton frère sur ce cas, mais visiblement je me trompais.
- Bah, tu n’es pas le premier qui a des doutes sur le fait d’utiliser les maths pour résoudre des cas criminels, et je suppose que tu ne seras pas le dernier. T’en fais pas. Le principal c’est de savoir reconnaître ses torts.
- Mais tu avais raison, ton frangin fait vraiment un super boulot.
- Je sais.
- C’est vrai, on a plus avancé ici en une semaine qu’en cinq ans. Grâce à lui on a un mobile et peut-être bientôt une liste de suspects…
- Oui, enfin, il ne pourra pas non plus faire de miracles tu sais. Il faudra lui fournir les éléments adéquats et tu es le plus à même de le faire.
- Compte sur moi.
- Bon c’est pas tout ça, si on finissait notre perquiz.
- C’est vrai.
CHAPITRE XXXIII
Domicile de Benjamin Alscot
Il y eu un instant de silence tandis que les deux hommes compulsaient en silence les papiers qui étaient disséminés à droite et à gauche. On ne pouvait pas dire que l’architecte brillait pas son organisation dans le classement des documents !
- Tout de même, reprit soudain Mickaël.
- Oui ?
- Je n’arrive pas à croire que ce soit l’argent le mobile.
- Mikey, ne me dis pas que, depuis le temps que tu es au F.B.I., la vénalité des gens t’étonne encore. Tu sais très bien que certaines personnes sont capables de tout pour du fric.
- Quand même ! Imaginer que ce type a tué près de soixante-dix personnes pour… combien a-t-il pu récolter en fait ?
- Difficile à dire…
- Attends : ici il a tué huit personnes, neuf en comptant la grand-mère, et tout ça pour 250 000 dollars ?
A ces mots, un grand froid envahit Don. Il se retourna brusquement vers son ami tandis qu’une sueur glacée descendait le long de son échine.
- Comment ? Qu’est-ce que tu viens de dire ? souffla-t-il d’une voix rauque.
Mike le regarda, sans comprendre la raison de son bouleversement évident.
- Quoi, ce que je viens de dire ? Je n’arrive pas à imaginer qu’il ait pu tuer tant de gens pour…
- Non, après ça, les neuf personnes qui sont mortes pour…
- 250 000 dollars, oui. Et alors, où est le problème ?
- Le problème ?
Don reculait doucement, les yeux braqués sur son ami, ne voulant pas croire à ce qui arrivait.
- Le problème… c’est que je ne t’ai jamais dit ce montant.
- Quoi ? Mais si, bien sûr tu…
- Non Mickaël, non ! Je n’ai pas mentionné la somme versée par Ascot.
- Et bien c’est que je l’aurai vue ailleurs. Oui ! Je me souviens ! C’était sur le relevé de banque que m’a montré David hier : même qu’on s’était demandé à quoi correspondait ce virement. Sauf que nous, nous n’avions pas un petit génie pour nous permettre de comprendre.
- A quelle heure t’a-t-il montré ce relevé ?
- Don, tu peux me dire à quoi ça rime tout ça ? Ne me dis pas que tu crois que je trempe dans cette horreur !
Mike s’avançait vers lui et Don sortit soudain son arme, la braquant sur son ami :
- Non Mikey, tu ne bouges pas ! Réponds à ma question maintenant !
- Don, tu fais une grave erreur…
- Et bien, si je fais une erreur, je l’assumerai. Réponds Mike : à quelle heure as-tu vu ce relevé ?
- Don… Si tu crois que je regarde ma montre toutes les cinq minutes ! Attends… C’était au moment où on t’a tous fait notre rapport… Non, juste un peu après puisqu’il ne t’en a pas parlé à ce moment-là. Oui, c’est ça ! Après que tu sois parti rejoindre Charlie. Je ne sais pas moi, vers 18 h 00.
- Perdu Mike ! Le mouvement n’est apparu qu’aux alentours de 21 h 00 ! Tu n’as pas eu l’occasion de le voir !
- Don, arrête de dire n’importe quoi ! Baisse cette arme et discutons !
- Pas question Mikey ! Bon sang ! Pourquoi est-ce que je ne l’ai pas deviné avant ? Quoi de mieux que d’être celui qui mène l’enquête pour détourner les soupçons et éliminer les gêneurs ? Pour éviter de faire les rapprochements qui pourrait s’imposer du genre : à chaque fois de fortes sommes sont virées des comptes des victimes ? Mais pourquoi Mike, pourquoi ?
- Pourquoi ?
*****
Soudain l’homme ne se donna plus la peine de nier. Il se redressa, un sourire cruel aux lèvres et Don vit alors se confirmer ses pires craintes, ce qu’il avait pressenti depuis sa conversation avec son frère, mais qu’il avait voulu à toutes forces nier, par fidélité à son passé, par amitié pour l’agent.
- Mais ton précieux petit frère te l’a dit Don. Pour le fric ! As-tu au moins la moindre idée de ce que j’ai amassé durant ces années ? Près de deux millions de dollars mon pote ! Plus d’argent que tu n’en verras jamais dans ta chienne de vie où, le mieux que tu aies à espérer, c’est une pension minable après avoir passé des années à courir après des malfrats bien mieux protégés que toi et ceci si tu ne termines pas au cimetière avant d’avoir droit à ta pension !
- Des gens sont morts Mike !
- Et alors ? Pourquoi auraient-il eu le droit de vivre mieux que moi ? En quoi étaient-ils plus dignes que moi d’avoir de l’argent, d’être heureux ? Tu sais bien que ça a toujours été mon but : sortir de cette crasse dans laquelle j’ai été élevé. J’ai cru que le droit me le permettrait, je me suis trompé. Et puis il y a eu cette affaire, et là j’ai touché le jackpot !
- Evidemment Charlie avait raison : il y a eu un premier bomber.
- Evidemment, ton génial petit frère avait raison là encore ! Et oui, il y a bien eu un premier bomber. C’est lui qui m’a donné l’idée…
- Je présume que tu l’as identifié et éliminé…
- Bravo Don ! Je vois que tu sais aussi penser sans Charlie. Et oui, il ne m’a pas fallu trop longtemps pour l’identifier ce minable. Figure-toi qu’il faisait sauter ses cibles par idéalisme : pour lui elles contribuaient à la dégradation de notre planète. Il leur envoyait des avertissements puis passait aux actes. Ces idiots n’ont jamais cru devoir s’inquiéter des menaces. Bref, il m’a donné un schéma. J’ai repris son petit business en l’améliorant. Et moi, ce n’est pas la dégradation de notre planète qui me préoccupait.
Il fanfaronnait, heureux de pouvoir enfin se montrer sans masque, fier d’avoir ainsi, pendant des années, posé une énigme insoluble à l’une des meilleurs forces de police du monde.
- Tu es en état d’arrestation Mickaël.
- Il va falloir que tu me tires dessus si tu veux m’arrêter Don. Je n’ai pas l’intention d’aller moisir en prison en attendant l’injection létale. J’ai près de deux millions de dollars qui m’attendent dans une petite île paradisiaque est j’ai bien l’intention d’en profiter.
En disant ces mots, le traître s’avançait vers Don qui recula à nouveau, jusqu’à ce qu’il sente la balustrade de l’escalier derrière lui. Mickaël continuait à avancer et les deux hommes se trouvèrent face à face, de chaque côté de la rambarde, le grand escalier s’ouvrant entre eux deux.
- Alors, qu’est-ce que tu attends… Tire Don ! Fais ton devoir brave petit agent du F.B.I. !
- Mikey, je ne veux pas tirer sur toi.
La voix de Don était tremblante : il savait qu’il devait arrêter cet homme, coûte que coûte, mais il savait aussi qu’il ne pourrait jamais tirer sur son ami d’enfance.
- Pourtant il va falloir que tu le fasses si tu veux m’arrêter. Ou alors tu me laisses partir.
- Ca, c’est hors de question…
- D’accord, alors tire vieux parce que si c’était l’inverse, sois sûr que je ne te laisserais aucune chance !
L’homme s’était rapproché, insensiblement, et soudain son pied parti, fulgurant, venant heurter le poignet armé de Don qui poussa un cri de douleur tandis que son arme lui échappait et tombait sur le sol. Avant qu’il ait pu se baisser pour tenter de la rattraper, Mickaël avait reculé d’un pas et désormais c’était lui qui tenait l’agent au bout de son automatique.
- Ne bouge pas Don. Parce que, comme je te l’ai dit, moi je n’aurai pas tes scrupules.
- Tu vas tirer sur moi Mike ?
- Si tu m’y obliges je n’hésiterai pas Don. Alors ne bouge pas.
- Tu sais très bien que je n’ai pas le droit de te laisser filer Mikey.
- Je n’irai pas en prison Don. Personne ne m’y mettra, ni toi ni un autre. Mais je préfèrerai n’avoir pas à tirer sur toi, crois-moi.
- Et que crois-tu qu’il va arriver ? A l’heure qu’il est je suis sûr que mes agents sont sur ta piste. Charlie ne va pas tarder à découvrir le pot aux roses, s’il ne l’a pas déjà découvert d’ailleurs.
- Charlie hein ?
- Oui, Charlie.
- C’est drôle cette confiance que tu as en ton frère. Il y a vingt ans, c’est en moi que tu avais confiance.
- Il y a vingt ans j’étais un gamin idiot. Depuis j’ai appris à faire la part des choses.
- Alors il n’y a aucune chance pour que tu me laisses partir hein ?
- Aucune chance Mikey.
- Je ne te laisserai pas m’arrêter Don, jamais. J’ai mis assez d’argent de côté maintenant pour profiter de la vie et ni toi ni personne ne m’en empêchera.
- Même si tu me tues Mike, il y aura toujours quelqu’un à tes trousses. Tu ne t’en tireras pas.
- Sauf si je suis mort.
- Quoi ? De quoi tu parles ?
- J’avais un plan, depuis longtemps déjà. Lorsque le moment serait venu, je comptais être la dernière victime du bomber et ensuite, celui-ci aurait définitivement disparu. Toi et ton frère m’avez obligé à mettre ce plan en œuvre un peu plus tôt que prévu. Mais j’ai tout ce qu’il me faut finalement, alors il est temps.
- Et comment comptes-tu t’y prendre ? Mes hommes ne sont pas des amateurs tu sais.
- Je sais. J’ai pu en juger. Mais le temps qu’ils découvrent le pot aux roses, si jamais ils le découvrent d’ailleurs, je serai hors de leur portée, définitivement.
Mike se tut quelques instants, dans son regard il y avait comme une prière.
- Don… Tu peux me laisser partir : il n’y a que toi qui est au courant. Qui t’en voudra si je t’échappe ?
- Dans tes rêves Mike.
- Mais pourquoi ? Nous sommes amis…
- Non Mikey. Nous étions amis, lorsque nous étions gosses. Mais tu as choisi la mauvaise voie et moi, maintenant, je dois t’arrêter. Tu as tué plus de soixante personnes Mike ! Et tu as tenté de tuer mon petit frère !
- Voilà donc la vraie raison hein ? Que j’ai tué soixante ou cinq cents personnes t’importerait peu en fait ! Tout ce qui compte à tes yeux, c’est que ton cher petit frère a failli y laisser sa peau ! Si j’avais su qu’il te mettrait sur la piste, je l’aurais éliminé bien plus tôt. J’ai eu tort : je ne t’ai pas cru quand tu m’as dit combien il était doué, je n’ai pas pensé qu’il représentait un danger. Don ! Qu’est-ce qu’il est pour que tu risques ta vie pour lui ?
- Il est mon frère Mike. Et jamais personne ne pourra s’en prendre à lui sans me trouver sur son chemin. Je pensais que, depuis le temps, tu le savais mieux que personne.
- Alors c’est ça… Tu as choisi son camp.
- Je n’ai choisi aucun autre camp que celui de la justice. Et toi, tu as choisi le camp adverse. Et c’est pour cela que je ne peux pas te laisser partir, que je ne dois pas te laisser partir.
En disant ces mots, profitant d’un moment où l’homme avait abaissé son arme, saisissant l’opportunité, Don se précipita sur son ex-ami. Mais il avait sous-estimé les réflexes de celui-ci. Avant qu’il ne l’ait atteint, Michael releva son arme et fit feu. Don sentit une brûlure intense au niveau du bras gauche, juste à la lisière de l’épaule. Il y porta la main. Dans le même temps, déséquilibré par le choc, il plongea dans l’escalier sans pouvoir se retenir. Un cri lui échappa lorsque son dos entra violemment en contact avec la première marche. Il tenta vainement de se raccrocher mais ne put que continuer à dévaler les marches, ressentant douloureusement dans le corps chaque choc contre le carrelage. Une douleur fulgurante traversa son genou, lui arrachant un nouveau cri. Et puis soudain la chute cessa. Il se retrouva au pied de l’escalier, étourdi, endolori, tentant tant bien que mal de remettre ses idées en ordre. Deux pieds entrant dans son champ de vision attirèrent soudain son attention. Incapable de se défendre, il leva les yeux vers Mickael qui se tenait au-dessus de lui, l’arme pointée dans sa direction. Il tendit la main vers lui, comme pour empêcher le mouvement qu’il pressentait, comme pour se défendre, geste dérisoire face à une arme.
- Désolé Don, tu n’aurais pas dû vouloir m’arrêter.
Comme dans un brouillard il vit l’agent prendre son arme par le canon et se pencher sur lui. Il eut l’impression que sa tête explosait au moment où la crosse de l’automatique entra en contact avec son occiput, puis la nuit l’envahit.
CHAPITRE XXXIV
Domicile de Benjamin Alscot
Mike se pencha sur le corps inanimé : rapidement il fouilla sa victime, lui arrachant son bipper dont il ôta la pile et son téléphone portable qu’il éteignit avant de retirer d’une main experte la carte sims de manière à ce qu’il soit impossible de le localiser. Ensuite, il sortit tranquillement de la maison et regarda autour de lui : rien ne bougeait. A cette heure de la journée, ce quartier résidentiel était désert. Cela faisait parfaitement son affaire.
Déjà un plan se dessinait dans son esprit : il était temps qu’il disparaisse. Ce n’était pas la première fois qu’il se le disait depuis qu’il était arrivé à Los Angeles. Nulle part ailleurs il n’était passé si près de la catastrophe. Tout ça à cause d’un fichu mathématicien. Il serra les poings de rage : il aurait aimé pouvoir rendre la monnaie de sa pièce à Charlie ! Mais inutile d’y compter : le professeur était sous bonne garde et il ne pourrait pas l’approcher.
Le plus urgent maintenant c’était de se mettre à l’abri ! Il savait ce qu’il avait à faire. Il y avait déjà longtemps qu’il avait prévu une solution de repli lorsque le moment serait venu. Bon, c’était un peu plus tôt que prévu, il n’avait pas atteint les deux millions qu’il s’était fixé comme objectif lorsqu’il s’était lancé dans cette machination, mais il n’en était pas loin. Et mieux valait vivre en paix avec près de deux millions de dollars que de mourir pour avoir absolument voulu dépasser ce seuil.
Un nouveau regard circulaire lui confirma qu’il n’y avait pas âme qui vive dans les parages. Il approcha alors au maximum le véhicule de Don de la maison et le gara à l’arrière, sous le porche, de telle façon que personne ne pouvait voir ce qui se passait entre la porte et la voiture. Il alla ensuite chercher l’agent toujours inconscient et l’installa sur le siège passager où il le sangla de manière à ce qu’il ne bouge pas et que sa posture paraisse tout à fait naturelle. Il avait préalablement nettoyé sommairement le sang qui ruisselait sur le côté droit de son visage et lui avait passé une veste qui cachait ainsi le sang qui maculait sa manche.
Il rentra ensuite à nouveau dans la maison et nettoya rapidement les traces de sang à terre. Puis il sortit et monta à la place conducteur. Il jeta un nouveau coup d’œil à Don qui ne bougeait pas : malgré lui sa main remonta à la carotide pour vérifier s’il y avait bien une pulsation. C’était le cas, elle était un peu faible mais régulière. L’agent était simplement évanoui.
*****
Il sortit alors son téléphone de sa poche et forma un numéro :
- Sinclair, répondit la voix de David.
- David, c’est Mike.
- Oh! Mike!!! Où en êtes vous ? Vous avez trouvé quelque chose chez Alscot ?
- Non, rien de probant. Et de votre côté ?
- Pas grand-chose… Charlie vient d’arriver.
- Ah !
A ces mots, un flot de rage froide envahit Mickaël : s’il avait pu tenir le mathématicien entre ses mains !
- Et qu’a-t-il encore inventé notre petit génie ?
- Et bien il semble qu’il ait une théorie sur une taupe…
- Oui, Don m’en a parlé… Il a une idée précise ?
- Il en est encore à aligner les calculs avec les éléments que nous lui fournissons. Mais tu le connais, il trouvera la solution.
- Bien sûr…
- Tu peux me passer Don s’il te plaît ?
- Don ?
- Ben oui, vous êtes bien ensemble non ?
- Oui, mais il est parti nous chercher des cafés.
- Comment ça, vous n’êtes plus chez Alscot ?
- Non, on a fini. La perquiz n’a rien donné. Mais comme on était en manque de caféine l’un comme l’autre. Il m’a dit de vous appeler pour avoir des nouvelles.
- Et ben tu vois, rien de bien palpitant encore.
- Et tu as un message particulier à lui transmettre ?
- Non, ça peut attendre que vous rentriez. Vous revenez directement là ?
- Ah ben non, justement, c’est aussi pour ça que je vous appelle. Ca va être un peu plus long que prévu.
- Comment ça ?
- Et bien par rapport à la recherche de Charlie, Don veut que je lui fournisse des renseignements sur les gens que j’ai côtoyé au cours de l’enquête.
- Oui, nous avons lancé aussi une recherche de notre côté.
- Mais certains noms n’apparaîtront pas dans les fichiers informatiques. Je les ai juste consignés dans mes carnets personnels.
Il entendit David soupirer à l’autre bout du fil et comprit ce que l’agent pensait : pourquoi fallait-il toujours qu’il y ait des collègues qui veuillent absolument garder des éléments par devers eux, comme lors des heures les plus sombres de la guerre des polices ? C’était comme ça que certains éléments se perdaient, que d’autres étaient jugés irrecevables, ça n’arrangeait vraiment pas leurs affaires. D’un autre côté, cette démarche était aussi parfois dictée par la nécessité de protéger un témoin.
Mickaël sourit : si David, l’honnête David, le probe David avait pu imaginer, ne serait-ce qu’un instant ce que lui-même pensait à ce moment-là, ce dont il s’était rendu coupable, ce qu’il s’apprêtait à faire, il ne se serait pas contenté de soupirer.
Il continua son explication :
- Donc on va aller chercher mes carnets chez moi.
- Chez toi ? Mais c’est à au moins une heure du bureau…
- Un heure dix très exactement, et, à cette heure-ci, je dirai plutôt une heure et demie.
- Ca veut dire que vous ne serez pas là avant trois heures ??!!!
- Bien, je vois que tu es doué en calcul toi aussi !
David rit.
- Pourquoi, poursuivit Mike, il y a un problème ?
- Non, pas de problème, mais est-il vraiment nécessaire que vous y alliez tous les deux ?
- Ben écoute, tu peux demander ça à Don, c’est sa décision, pas la mienne.
- Ah…
- Peut-être qu’il me soupçonne et qu’il veut me garder à l’œil, osa le criminel avec un cynisme remarquable.
A nouveau David rit et Mickaël joignit son rire au sien avec un sang-froid incroyable, amusé aussi à l’idée de la réaction qu’aurait l’agent s’il savait à qui il s’adressait.
- Bon alors dans ce cas, évidemment rien à dire ! Est-ce qu’il faut lui envoyer des renforts ?
- Bah… Je pense qu’il arrivera bien à s’en tirer. Bon, de toute façon, s’il y a quelque chose, tu nous appelles.
- Compte sur moi.
- Et puis, peut-être qu’à notre retour Charlie aura trouvé la solution !
- Rigole pas vieux, il en est bien capable !
- Je sais, Charlie est un vrai génie ! Je vais vraiment finir par devoir intégrer cette notion.
L’amertume qui perçait dans le ton de Mickaël n’échappa pas à David.
- Tu as toujours un problème avec Charlie ?
- Mais non, aucun problème. Seulement que veux-tu, quand j’ai quitté Los Angeles Charlie n’était qu’un gamin horripilant à force de nous gaver avec ses théories mathématiques. Et quand je reviens, tout le monde ne jure plus que par lui ! Il faut bien que je m’y fasse…
- Oh tu sais, il peut rester tout aussi horripilant d’après Don.
- Ben ça me rassure. Bon allez, je vois Don qui arrive, il faut qu’on y aille.
- O.K. Oh Mike…
- Oui…
- Si jamais tu trouvais quelque chose de vraiment important, appelle-nous. Je crois que plus vite il aura les éléments en sa possession, plus vite Charlie y verra clair.
- T’inquiète. Je n’aurai garde de faire attendre Charlie. A plus tard David.
- Oui, à plus tard.
Mickaël mit fin à la conversation, jeta à nouveau un regard vers son ami toujours évanoui puis il démarra la voiture et s’éloigna de la maison de Benjamin Alscot.
La maison que le F.B.I. avait mise à sa disposition se situait dans un petit lotissement paisible, lui aussi fort peut fréquenté en ce milieu de matinée. Au passage, Mike entrouvrit la fenêtre du véhicule pour faire un petit signe à l’un de ses voisins : un retraité, incurable curieux, qui passait ses journées dans son jardin à épier ce qui se passait.
C’était important que l’homme puisse témoigner qu’il avait bien vu l’agent arriver et, vue la curiosité du bonhomme, Mike savait qu’il n’avait pas manqué de remarquer son passager, même si, compte tenu de la distance, il n’avait par contre pas pu juger de l’état de celui-ci. Mais lorsqu’on l’interrogerait, ce qui ne manquerait pas d’arriver car, si la police n’allait pas à lui, lui irait à la police, il dirait avoir vu deux agents rentrer dans la maison louée par ce si obligeant monsieur qui ne manquait jamais de le saluer au passage.
Mike actionna la télécommande qui ouvrait le garage et rentra à l’intérieur. Il descendit du véhicule et fit le tour pour ouvrir la portière passager. Il chargea le corps inanimé sur ses épaules et descendit à la cave.
CHAPITRE XXXV
Bureaux du F.B.I.
David raccrocha le téléphone, un peu soucieux : il avait vaguement l’impression que quelque chose ne tournait pas rond. Il se dirigea vers le bureau où, impavide, Charlie continuait à aligner ses équations. Depuis qu’il était arrivé, escorté par son garde du corps, il refusait obstinément de prendre du repos malgré les réitérations des agents qui n’oubliaient pas qu’il avait subi un choc la veille. Ils étaient d’ailleurs étonné de la capacité de récupération du mathématicien, ne soupçonnant pas que l’impression qu’ils étaient sur le point d’aboutir agissait sur lui comme la meilleure des médications.
Charlie se tourna vers lui, l’air interrogateur :
- Tu as eu Don ?
- Oui, il revient d’ici trois heures environ.
- Quoi ? Trois heures ? Mais qu’est-ce qui se passe ? Il a trouvé quelque chose ?
- Non rien chez Alscot. Il est parti avec Mike pour chercher des éléments chez lui.
- Comment ça des éléments ?
- Des noms qui n’apparaissent pas dans les dossiers officiels.
- Comment ça ? Pourquoi ?
- Charlie, tu sais comment ça marche.
- Ben non, pas vraiment tu vois.
- Bon, lorsqu’on mène une enquête, on est parfois amené à dissimuler l’identité de certains témoins…
- … pour les protéger.
- Entre autre choses oui. Ca peut-être aussi pour d’autres raisons que je ne vais pas perdre de temps à t’énumérer. Mais du coup, Mike s’est souvenu qu’il y avait des éléments qui te seraient sans doute utiles et ils sont donc partis les récupérer.
- Comment ça, tous les deux ?
Le front de Charlie était soucieux d’un coup.
- Quoi ? Quelque chose te tracasse ? demanda David.
- Ca ne paraît pas très logique : pourquoi aller perdre son temps à deux là où un suffirait amplement ?
- Ben, Mike a dit que Don voulait le garder à l’œil, essaya à son tour de plaisanter l’agent.
Mais Charlie ne rit pas de la boutade, lui.
- MIKE a dit ? Attends, tu as parlé à Don ?
- Non, Don était allé acheté des cafés.
- Tu n’as pas parlé directement à mon frère ?
David commençait à s’inquiéter du souci manifeste qui s’entendait dans le ton du mathématicien. Avant qu’il ait pu ajouter quoi que ce soit, Colby, Nikki et Liz, qui s’était faite remplacer auprès d’Amita par, avait-elle précisé à Charlie, une autre collègue féminine, entrèrent à leur tour dans la pièce. Ils se rendirent aussitôt compte de la tension qui y régnait.
- Quoi, il se passe quelque chose ? interrogea Liz.
- Non, rien. Simplement Don et Mike sont partis rechercher des éléments dans la maison de Mike et Charlie pense que…
- Charlie ne pense rien ! coupa le mathématicien sèchement. Ou plutôt quand il pense il aimerait qu’on le laisse s’exprimer par lui-même si tu permets.
- Hé Charlie, répliqua David, qui commençait à en avoir assez de l’attitude du consultant. Je veux bien comprendre que tu sois énervé, surtout après ce qui t’est arrivé hier soir. Mais ce n’est pas une raison pour t’en prendre à moi ou pour nous faire une crise de nerf sous prétexte que ton frère ne rentrera que dans trois heures !
- Dans trois heures ? Pourquoi ça ? questionna Nikki, sans se préoccuper de l’air excédé de Charlie. Ils ont trouvé quelque chose ?
- Non, comme je le disais, ils vont récupérer des éléments chez Mike. Ce n’est pas la porte à côté.
- Et ils y sont allés tous les deux ? s’étonna Colby à son tour, arrachant un soupir exaspéré à David qui commençait à en avoir par-dessus la tête d’entendre cette question qu’il s’était lui-même posée.
- Ben oui, tous les deux… Pourquoi, tu as quelque chose à redire à ça ?
- Non, simplement ça paraît quand même un peu…
- … illogique, souffla Charlie ironiquement.
- Oui, si on peut dire… C’est vrai quoi. Pourquoi faudrait-il deux agents expérimentés pour ramener quelques documents ?
- Don avait peut-être simplement envie de passer un peu de temps seul avec son ami, émis Liz. Après tout ils se sont peu vus en tête à tête depuis l’arrivée de Mike.
- C’est en effet plausible, admit David, ravi de voir que quelqu’un était capable de prendre cette nouvelle avec naturel.
- Oui, sauf que David n’a pas parlé à Don.
- Charlie, Don ou Mike, c’est la même chose ! rétorqua David.
- Ah non ! Permets moi de te dire que ce n’est pas du tout pareil ! contrat le consultant. Don n’a rien à voir avec ce… ce…
- Et voilà, en fait tu es jaloux, rien de plus ! constata David.
- Jaloux ?
Cette fois-ci, Charlie sortit littéralement de ses gonds !
- Non monsieur je ne suis pas jaloux ! Mais il me semble que vous oubliez tous un point essentiel.
- Ah oui lequel, demanda Colby, désireux avant tout de calmer le jeux.
- Quel que soit le moyen qu’il emploie, votre bomber a un pied chez vous. C’est comme ça qu’il a pu atteindre Carter et moi aussi. Et dans ce cas, le premier suspect est…
- STOP ! cria David. Charlie bon Dieu, ne me dis pas que tu soupçonnes Mike d’être complice de notre bomber.
- Ah non ? Pourtant ce serait parfaitement logique que ce soit lui. Quoi de plus facile d’être toujours où il faut, de savoir qui piéger et quand, sans prendre le moindre risque, qu’en étant aussi chargé de l’enquête ?
- Charlie, je crois que tu as vu trop de films de série B, ironisa alors Liz.
- C’est vrai Charlie, soupçonner un agent du F.B.I. c’est tout de même un peu gros, appuya Nikki.
- Elles ont raison, il faudra autre chose que des équations pour convaincre les patrons sur ce coup-là, conclut Colby.
Le mathématicien les regarda les uns après les autres : il comprenait leur réaction et d’autant plus que lui-même ne croyait pas vraiment à l’hypothèse qu’il venait d’émettre.
- Non, vous avez raison. Je n’ai aucun preuve de ce que j’avance. Simplement je ne sais pas… Ca paraît tellement évident.
- Justement, n’est-ce pas trop évident ? insinua David.
- Si bien sûr que c’est trop évident. L’agent félon qui est chargé de l’enquête sur ses propres exactions ! Liz a raison, ça fait un peu série B.
Un sourire vint enfin détendre les lèvres de Charlie.
- D’accord les gars ! On oublie. N’empêche que Don va m’entendre pour être parti se balader en nous laissant tout le boulot !
- Là, compte sur nous pour t’appuyer, plaisanta Liz, heureuse de le voir se détendre.
- Et justement, le boulot ne va pas avancer à discuter. Vous avez des éléments pour moi ?
Chacun s’empressa alors de lui donner les données récoltées et il se mit à les mettre en chiffres. Les quatre agents quittèrent alors la pièce pour voir s’ils pouvaient trouver d’autres éléments à lui fournir.
*****