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Série : Numb3rs
Création : 13.09.2009 à 18h33
Auteur : Cissy
Statut : Terminée
« Un épisode écrit il y a déjà quelque temps, dans lequel, pour changer, Don se trouve en difficulté... » Cissy
Cette fanfic compte déjà 53 paragraphes
AVERTISSEMENT
Bien qu'étant ici publié sous sa version courte (expurgée), cet épisode comporte quelques scènes difficiles sans lesquelles la fiction n'aurait plus lieu d'être.
Cependant, si vous êtes particulièrement sensible, mieux vaut peut-être éviter de le lire.
Les chapitres concernés par la violence seront mentionnés au fur et à mesure...
Chapitre I
L’intervention se terminait : les malfrats étaient menottés et emmenés par les agents vêtus de leurs gilets pare-balles. Il y avait eu deux blessés parmi les malfaiteurs, aucun parmi les forces de l’ordre : ni blessé, ni mort non plus parmi les civils qui s’étaient trouvés pris entre deux feux. C’était un succès. Et une fois encore, ils le devaient en grande partie à Charlie et à ses calculs. Don se tenait à la porte de la banque où son frère avait annoncé que les braqueurs frapperaient ce jour-là. C’était une bande parfaitement organisée et terriblement dangereuse, menée par un ancien chef de section de commando marine. Cela faisait des semaines que l’équipe planchait sur ce cas et ils avaient bien cru qu’ils leur échapperaient. En trois ans, la bande avait déjà écumé soixante-douze villes dans treize états : elle restait sur place une à deux semaines, multipliant les attaques dans ce laps de temps, puis s’évanouissait totalement pour réapparaître quelques semaines ou mois plus tard dans une autre ville, un autre état. Lorsqu’elle était arrivée à Los Angeles, la première attaque avait été particulièrement meurtrière : des agents s’étaient malencontreusement trouvés sur place lors de l’agression et le bilan était tragique : trois policiers tués et cinq blessés, quatre morts et douze blessés parmi les civils présents. Etait-ce ce massacre qui avait changé leur mode opératoire ? En tout cas, la bande n’avait plus donné signe de vie durant deux semaines et l’équipe de Don, qui s’était vue confier le dossier, n’avait rien de plus à se mettre sous la dent. Puis, contrairement à son habitude, le commando avait à nouveau frappé à Los Angeles, trois attaques rapprochées, violentes qui, heureusement, n’avaient cette fois-ci pas fait de victimes. Don en devenait enragé ! Il n’avait rien : personne ne savait où logeaient les malfaiteurs, personne ne les connaissait, personne ne disait rien ! C’est alors qu’il avait mis Charlie sur le coup et celui-ci, par recoupements et analyse des attaques précédentes avait mis au point un schéma.
Confiant dans les capacités de son frère, Don avait alors tendu cette embuscade dans laquelle toute l’équipe venait de se faire prendre. Il se tenait dans l’encadrement de la porte de la banque, sous le porche monumental, son arme pendant au bout de son bras, et regardait, la fierté au cœur, son équipe qui emmenait ceux qu’il était maintenant convenu d’appeler les prisonniers. Il vit alors Charlie s’avancer vers lui : son petit frère avait suivi l’opération depuis le car de commandement installé plusieurs rues plus loin. Une concession qu’il avait réussi à arracher à Don suite à l’aide qu’il leur avait apportée. En le voyant approcher, Don eut un sourire qui éclaira son visage un peu sévère et il leva le pouce en signe de victoire. Charlie sourit à son tour et se précipita vers lui.
Il n’avait pas fait trois pas qu’il eut l’impression de plonger dans un cauchemar. Il y eut tout d’abord une détonation et il vit son frère porter la main à son bras droit en poussant un cri de douleur, tandis que son arme tombait sur le sol. Avant que quiconque ait réellement réalisé ce qui ce passait, un homme sortit de l’ombre et son bras vint entourer le cou de l’agent du F.B.I tandis qu’il élevait une arme à hauteur de sa tempe.
- Laissez-moi passer où il est mort !
En quelques secondes, tous les agents présents réagirent et le preneur d’otage se trouva entouré d’hommes pointant leurs armes dans sa direction. Il ne semblait pas en avoir cure. Charlie, quant à lui, s’élança vers l’avant en criant :
- Don ! Non !
Il sentit alors qu’on le retenait fermement : Colby l’empêchait d’aller plus loin.
- Reste-là Charlie ! Laisse-nous faire, tu ne pourrais que compliquer la situation !
- Mais c’est mon frère !
- Je le sais très bien. Mais tu dois nous faire confiance. Nous sommes les mieux placés pour résoudre ça, alors tiens toi à l’écart !
Charlie convint qu’il ne pouvait pas être d’une grande aide dans le cas présent et il consentit à reculer de quelques pas, se plaçant derrière les tireurs. Colby fit signe à deux agents de veiller à ce que le mathématicien n’intervienne pas. Il se méfiait des réactions épidermiques de Charlie. Celui-ci n’avait pas la retenue d’un agent : ses sentiments guidaient, trop souvent au gré de son frère et de ses équipiers, ses actes.
David tentait de parlementer avec le forcené qui retenait son chef en otage.
- Que voulez-vous ?
- Je veux partir d’ici et je vous donne trente secondes pour m’ouvrir le passage où il meurt !
- Vous savez très bien que nous ne pouvons pas vous laisser partir avec un otage.
- Alors tant pis pour lui !
- Et si vous le tuez, vous êtes mort !
- Et alors ? Vous croyez vraiment que je vais vous permettre de m’enfermer à vie dans une prison fédérale ? Ou rester quinze ans dans le couloir de la mort jusqu’à ce qu’un beau jour on vienne me planter une aiguille dans le bras ? Vous appelez ça vivre vous ? Je préfère encore être mort. Alors croyez-moi si je vous dis que je ne plaisante pas !
Comme les autres agents présents, David supputait ses chances de réussir à convaincre l’homme de relâcher son otage. Don, lui, ne bougeait pas, il sentait le sang couler entre ses doigts crispés sur sa blessure au bras et il se maudissait de n’avoir pas été plus prudent. Il reconnaissait l’homme qui le retenait : c’était le chef du gang, un individu redoutable, qui tenait de son passé dans l’armée une connaissance approfondie des armes et du combat. Il était évident qu’il ne plaisantait pas et qu’on devait prendre son ultimatum très au sérieux. Ce qui hantait Don, ce n’était pas la possibilité qu’il puisse mourir là, sur ces marches, mais le fait que Charlie assiste à cela. Il aurait voulu qu’on emmène son petit frère loin de là pour lui épargner ce qui risquait de se passer : il en resterait traumatisé à jamais. Mais il savait aussi que Charlie n’accepterait vraisemblablement pas de quitter les lieux sans lui.
Ils étaient dans une impasse : les agents ne pouvaient pas laisser passer le malfaiteur et celui-ci n’avait pas l’intention de reculer : plutôt la mort que la prison !
*****
Devant la détermination de l’homme, David ne savait pas comment réagir. Il entendait, dans son oreillette, les indications des tireurs d’élite postés sur les toits avoisinants : aucun n’avait pour le moment d’angle permettant d’assurer la sécurité de l’otage. L’homme n’était pas un amateur : il se dissimulait parfaitement derrière son bouclier humain de manière à ne laisser aucune prise sur lui. Que faire ? Le laisser partir était hors de question : il n’aurait rien de plus pressé que d’abattre son otage une fois en sécurité. D’un autre côté, Don semblait sérieusement blessé, il perdait du sang en abondance et devait recevoir des soins au plus vite. David tentait de se remémorer tous les conseils lors de telles situations mais il se sentait impuissant.
- Ecoutez, de toute façon, vous savez que nous ne vous laisserons pas partir avec un blessé. Alors je vous propose un échange : moi contre lui !
L’homme partit d’un bruyant éclat de rire.
- Vous me prenez vraiment pour un amateur, c’est ça ? Je croyais pourtant vous avoir démontré qu’il n’en était rien.
- David, ne l’écoute pas ! Foncez ! arrêtez-le ! De toute façon, il ne me laissera pas en vie.
- Nooon !
Le cri de Charlie parvint jusqu’à eux.
- Et fais emmener mon frère d’ici !
- Vous vous croyez où là ? Vous voulez vraiment jouer au héros ? Pourquoi pas ? Je vous avais donné trente secondes, elles sont largement passées : deuxième avertissement !
Un nouveau coup de feu claqua et Don hurla de douleur : son agresseur, d’un mouvement si rapide qu’il avait surpris tout le monde, venait de lui tirer une balle dans la cuisse. Le sang jaillit à flots. Charlie jeta une clameur de désespoir en se lançant en avant, aussitôt stoppé par les deux agents auxquels Colby avait fait signe de veiller sur lui.
Cet homme allait tuer son frère ! et c’était sa faute ! Pourquoi avait-il fallu qu’il lui permette de se trouver face à lui, sachant à quel point il était dangereux ? Pourquoi n’avait-il pas prévu qu’il se dissimulerait et prendrait un otage pour tenter de s’en sortir ? Pourquoi… ? Tous ces pourquoi tournaient en boucle dans sa tête et le rendaient fou. Il lui semblait que tout son être n’était focalisé que sur la vue de son frère, le visage blafard, un rictus de douleur tordant sa bouche, et tout ce sang qui coulait de son bras et de sa cuisse.
- Il faut faire quelque chose, David ! Il va mourir ! Je t’en prie ! Vous devez le sortir de là !
David était atterré : il ne s’était pas attendu à cette réaction. Il s’en voulait de ne l’avoir pas pressentie : l’homme était en effet prêt à tout.
- Alors ? Maintenant j’ai assez ri ! Si dans dix secondes vous n’êtes pas partis, ce n’est pas dans la jambe que je tirerai !
- Je crois que j’ai un angle ! C’est un peu risqué mais…
La voix du tireur lui parvint comme à travers une brume épaisse : devait-il permettre ce tir ? Devait-il au contraire céder au chantage ? Son regard allait du visage baigné de larmes de Charlie au visage blême du blessé qui faisait des efforts surhumains pour dominer sa douleur puis survolait les visages angoissés et furieux des agents présents.
- David, tu dois faire quelque chose, lui intima Colby arrivé à sa hauteur.
- Je sais, mais j’ai peur de faire une erreur.
- Tu sais ce que Don ferait à ta place ?
- Il ne cèderait pas ?
- Exact.
- Mais si jamais…
- J’ai un angle ! la voix l’interrompait à nouveau. Il jeta un regard éperdu autour de lui : pourquoi fallait-il que ça lui arrive ? Pourquoi devait-il, lui, prendre cette décision ? A nouveau ses yeux croisèrent les yeux suppliants de Charlie et il détourna le regard. Il prit une profonde inspiration.
- Allez-y !
Il y eut un premier coup de feu, aussitôt suivi d’un second.
Comme à travers un prisme déformant, Charlie vit l’arme du preneur d’otage tomber à terre et l’homme s’effondrer à son tour, un petit trou juste au milieu du front. Une fraction de seconde il fut soulagé, une fraction de seconde seulement.
Soudain, presque au ralenti, Don à son tour plia les genoux et glissa au sol où il ne bougea plus. Charlie resta un instant tétanisé puis il s’élança en hurlant tandis que les autres agents s’empressaient à leur tour.
- Appelez une ambulance !
- Un médecin, vite !
- C’est pas vrai !
- Il a tiré ?
Les exclamations s’entrecroisaient, se superposaient et une sorte de panique avait remplacé le calme précédent. Charlie arriva près de son frère en même temps que David.
- Qu’est-ce qu’il a, ce n’est rien, n’est-ce pas ? C’est à cause de sa blessure à la jambe ?
Son ton était suppliant : par pitié, il fallait que l’on confirme son hypothèse.
Mais David levait vers lui un regard vide et il vit les larmes rouler sur le visage gris de l’agent qui tenait la tête de Don dans ses mains. A ses côtés, Colby restait prostré, son arme gisant inutile à côté de lui.
- Non, non… Je vous en prie…
Charlie s’approcha encore un peu et c’est à ce moment-là qu’il aperçut le trou béant dans la tempe de son frère : avant de s’effondrer son agresseur avait eu le temps de tirer à son tour !
Il hurla de nouveau et se précipita sur le corps inerte qu’il saisit dans ses bras. Il se mit alors à le bercer en répétant sans arrêt :
- Don ! Don ! non, pas toi ! Je t’en prie, non ! Pas ça !
Autour de lui le temps semblait suspendu, personne ne parlait et l’horrible réalité lui parvint : son grand frère, son idole venait de mourir sur ces marches ; il l’avait laissé tout seul, parti comme il l’avait fait si souvent, en laissant le petit frère encombrant derrière lui, sans se soucier de ce qu’il pouvait ressentir. Et tout ça, par sa faute.
Il leva les yeux vers le ciel et son hurlement de désespoir fit frémir tous ceux qui l’entourait.
- NOOOONN !!!
Chapitre II
- Charlie, Charlie ! réveille-toi ! Enfin, qu’est-ce qui t’arrive ? .
Charlie émergea de son sommeil en hurlant :
- Don ! Oh mon Dieu ! Non ! Don !
Et soudain, il aperçut au-dessus de lui le visage inquiet de son père. Il passa une main tremblante sur son visage.
- C’était un rêve ? Juste un rêve ?
- Je dirais plutôt un cauchemar, tu hurlais comme un damné !
- Don ! Je dois appeler Don !
- Charlie, tu viens de faire un cauchemar, ton frère va bien. A l’heure qu’il est il doit dormir.
- Papa ! Ca avait l’air tellement vrai ! Cet homme lui tirait une balle dans la tête, à bout portant et…
- Arrête Charlie !
Le ton d’Alan était horrifié et en même temps, déjà, y pointait une anxiété déraisonnable. Il reprit sur un ton qui tenait à la fois de l’affirmation et de l’interrogation, comme s’il était en proie au doute : - - C’était un cauchemar !
- J’ai besoin de lui parler…
- Mais il est à peine trois heures du matin ! Tu ne vas pas le réveiller pour un mauvais rêve. Je veux bien croire que ça ait été terrifiant, mais enfin, sois raisonnable ! Ton frère a besoin de repos.
- Oui, tu as raison. Mais ça avait l’air tellement réel.
- Allez, vient boire un verre de lait, ça te remettra d’aplomb. Et puis raconte-moi ton cauchemar, tu verras que c’est le meilleur moyen de le chasser au loin.
- Je me souviens que c’est déjà ce que tu disais quand nous étions petits.
- Et j’avais raison.
- C’est vrai que ça fonctionnait.
Les deux hommes descendirent à la cuisine où Charlie put raconter à son père l’horrible rêve qu’il venait de faire. Celui-ci comprit combien son cadet était bouleversé par cette vison de son frère mort, heureusement irréelle, mais qui ne faisait sans doute qu’extérioriser les angoisses latentes qui étaient les leurs devant les risques inhérents au métier choisi par l’aîné des garçons. Lui aussi parfois avait ce type de cauchemar, mais celui-ci avait ceci de terrifiant qu’il s’ancrait dans une réalité concrète puisqu’effectivement Don et son équipe traquaient actuellement une redoutable bande de braqueurs de banques, répondant en tout point à la description de la bande du cauchemar. Après tout, cela n’avait rien d’étonnant : les cauchemars, comme les rêves, se nourrissent d’éléments du réel sur lesquels le subconscient greffe les données qui nous hantent et les pulsions qui nous animent.
Alan parvint enfin à convaincre Charlie que sa vision n’avait rien de prémonitoire. Le mathématicien tint tout de même à téléphoner au F.B.I. pour s’assurer que son frère n’était pas en danger. Une opératrice lui confirma que l’agent Eppes était rentré chez lui et qu’il serait joignable le lendemain à partir de huit heures.
- Tu vois ce que je te disais ! Pour un mathématicien, je te trouve bien crédule !
- Crédule ! Tu as de ces mots. Je t’assure, ça paraissait si réel !
- Mais ce n’était qu’un mauvais rêve, alors n’y pense plus. Toi qui est expert en statistiques, dis-moi un peu quelles sont les probabilités que ton rêve devienne réalité ?
- Je sais, quasi aucune.
- Exact. Je dirai même que pour quelqu’un qui refuse de croire au paranormal, parapsychisme et autre parasensoriel, tu me parais bien agité par un simple cauchemar.
- C’est bon ! On n’en parle plus OK. ?
- O.K. Bon et bien je retourne me coucher et toi ?
- Non, je crois que je n’arriverai plus à dormir. Je vais me remettre à mes recherches.
- Est-ce bien raisonnable ? Il est à peine 3 H du mat !
- Je sais, mais… Après tout, je pourrai dormir plus tard. Je n’ai pas cours avant 14 h 00.
- Pas comme moi. Bon et bien je te laisse. Et plus de mauvais rêves hein ?
- Ca, compte sur moi !
Tandis que son père allait reprendre le cours de sa nuit, Charlie tenta de se remettre à ses calculs. Mais sans arrêt lui revenait le visage blafard de son frère gisant sur les marches de la banque.
*****
Comprenant qu’il ne parviendrait pas à se mettre au travail, il décida d’aller marcher un peu : en général, ça le calmait.
Après s’être habillé, il partit au hasard devant lui, enfin pas vraiment au hasard. Il était plus de quatre heures et le ciel rosissait déjà à l’est lorsqu’il s’aperçut que ses pas l’avaient inconsciemment mené devant l’immeuble de Don. Le besoin d’être sûr avait eu raison de la logique.
Haussant les épaules, il forma le code sur le clavier de l’entrée et monta au deuxième étage où se trouvait l’appartement de son frère. Un coup d’œil à sa montre lui précisa que celui-ci devait encore dormir et il se refusait à amputer son sommeil de plusieurs heures, sachant combien celles-ci lui étaient comptées. Il se contenta donc de s’asseoir devant la porte et sortit un carnet de sa poche pour aligner quelques équations. Le sommeil eut bientôt raison de lui et il s’endormit, adossé au chambranle de la porte.
Ce fut ainsi que son frère le découvrit, deux heures plus tard, en ouvrant sa porte pour se rendre à son travail. Il eut un haut le corps puis s’affola.
- Charlie ? Qu’est-ce que se passe ? Papa va bien ?
Sorti du sommeil, Charlie eut un peu de peine à comprendre où il était et ce qu’il faisait là.
- Oui, oui. Rassure-toi, tout va bien.
- Mais qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi n’as-tu pas sonné ?
- Je ne voulais pas risquer de te réveiller.
- Me réveiller ?
- Oui, il était à peine 4 H 30 quand je suis arrivé, je me suis dit que tu dormais.
- Mais enfin, qu’est-ce qui t’a pris de débarquer à cette heure-là ? Et si c’était si urgent, pourquoi tu ne t’es pas manifesté ?
- Non, Don…
Il se trouvait soudain tellement idiot de s’être laissé bouleverser par ce rêve.
- C’est juste que…
- Que quoi Charlie ?
Don semblait perdre son sang froid : un soupçon d’agacement passait dans sa voix.
- J’ai fait un cauchemar alors…
- Un cauchemar ? Ecoute Charlie…
- Non, laisse-moi te raconter !
En quelques mots, le cadet mit son aîné au courant. A mesure qu’il parlait, le visage de celui-ci changeait, passant de l’agacement à l’attendrissement.
- Ainsi donc tu venais t’assurer que je n’étais pas mort !
- Je sais c’est un peu idiot !
- Complètement idiot tu veux dire oui ! Mais très flatteur aussi. Alors petit frère, ne t’inquiète pas, je vais très bien, O.K. ?
- Je vois oui. Tu n’es pas fâché ?
- Mais non. Seulement je dois aller bosser. Je te raccompagne ? A moins que tu n’aies ta voiture ?
- Non, je suis venu à pied.
- A pied depuis Pasadena ?
- Ben oui, marcher me fait du bien.
- Allez, viens, je te ramène !
Don hésita un instant, puis il prit son frère dans ses bras. Il sentait que celui-ci en avait besoin. Charlie enfouit son visage au creux de l’épaule de Don, répondant à son étreinte : il se sentait bien ainsi dans les bras de son grand frère. Il aurait voulu arrêter le temps à ce moment-là, sûr qu’en cet instant rien ne pouvait arriver à cet homme qu’il aimait tant.
Chapitre III
- Bon, je te laisse là ! Tu comptes passer au bureau dans la journée ?
- Ben, tant que j’y suis, pourquoi ne y aller pas maintenant ?
- Attends Charlie, tu ne vas pas venir comme ça ?
- Comment ça, comme ça ?
- Ben comme ça quoi ! Regarde-toi ! Ta chemise est froissée, tu n’es pas rasé. On croirait que tu as passé la nuit dans le caniveau !
- Merci, sympa grand frère !
- C’est la vérité mon vieux ! Qu’est-ce que tu veux que je te dise !
- Tu n’as qu’à m’attendre cinq minutes, le temps que je prenne une petite douche et que je me change et je viens avec toi.
- Je n’ai pas le temps Charlie ! J’ai promis à David d’arriver très tôt ce matin : il a des éléments à me montrer.
- Justement, ces éléments pourraient bien m’intéresser aussi alors tout compte fait tu gagnerais du temps : si j’étais là, tu n’aurais pas à m’expliquer à nouveau. Donc, le temps perdu maintenant se rattraperai plus tard. C’est logique !
- Avec toi tout est toujours logique !
- Et depuis le temps qu’on discute, j’aurais eu quinze fois le temps de prendre une douche. Allez quoi… viens… Tu en profiteras pour déguster le merveilleux café que fait papa. Et puis il sera content de te voir, tu n’es pas passé hier, ni avant-hier d’ailleurs.
- J’ai fini bien trop tard.
- Je m’en doute. Et tu risques aussi de finir tard aujourd’hui, alors il va s’inquiéter.
Don regarda son jeune frère droit dans les yeux. Il n’était pas dupe des excuses inventées par celui-ci pour le retenir et rester près de lui. Il savait que, quoi qu’il en dise, Charlie était toujours bouleversé par son cauchemar et que l’hypothèse qu’il puisse courir un danger le minait. Evidemment il n’osait pas aborder le sujet franchement, de peur que l’agent ne se moque ou, selon son humeur, ne se fâche.
Après tout, qu’est-ce que cela lui coûtait, pensa-t-il en haussant les épaules. C’est vrai qu’il n’était pas à un quart d’heure près, et son père serait très vraisemblablement heureux de le voir. Sans compter que son café était effectivement excellent ; l’eau lui venait à la bouche à y penser. On n’aurait pu en dire autant de l’infâme breuvage portant le nom de café dont il buvait des litres au bureau. Il abdiqua.
- O.K. Je t’accorde, quinze minutes. Pas une de plus !
- Compris !
Le sourire heureux de Charlie alla droit au cœur de son frère : il en fallait finalement si peu pour faire plaisir au petit génie ! Celui-ci était déjà descendu de voiture et courait à la maison : il n’avait pas l’intention de gaspiller une seule des neuf cents précieuses secondes accordées par son grand frère.
- Charlie ? Tout va bien ? Mais où étais-tu ?
Son père l’interpella alors qu’il passait devant lui comme une flèche
- Pas le temps papa, plus tard !
- Mais enfin ! Charlie !…
- Salut P’pa !
- Oh Donnie ! Comment vas-tu fiston ? Tu peux m’expliquer ce qui arrive à ton frère ? Et que fais-tu là à cette heure ? Tu ne devrais pas être au bureau ? Tu veux un café ?
Don eut un sourire amusé.
- Et bien, je vois d’où me vient ma propension aux interrogatoires. Ma parole, quelle salve ! Alors dans l’ordre : Bien, il a un quart d’heure pour se rendre présentable, je l’attends, pas tout à fait et volontiers !
Alan rit.
- Le problème c’est que je ne sais plus vraiment quelles questions j’ai posé alors éclaire un peu la lanterne de ton vieux père, tu veux.
- D’accord à condition que je puisse avoir une tasse de ce café qui embaume la maison. C’est d’ailleurs avec ça que Charlie a réussi à m’acheter.
- Ca fait plaisir de voir qu’on est apprécié à sa juste valeur ! plaisanta Alan. Autrement dit, s’il s’était juste agit de me dire bonjour, rien n’aurait pu te décider à passer ce seuil.
- Et bien…
- Fils ingrat ! Tu mériterais que je te dise qu’il n’y a plus de café !
- Par pitié, papa !
- Je suis trop bon tiens ! grommela Alan en disparaissant dans la cuisine, un large sourire aux lèvres.
*****
Don s’installa à la table avec le même sourire : il adorait ces disputes pour rire avec son père, ces moments où ils ne faisaient que se dire, par des chemins détournés, les mots que leur pudeur les empêchait de prononcer clairement.
Alan revenait avec non seulement un mug de café mais aussi une assiette de pancakes tièdes généreusement arrosés de sucre d’érable. A cette vue, l’estomac de Don lui rappela qu’il n’avait pas pris la peine de prendre un petit déjeuner, pensant se contenter d’un beignet acheté en route.
- Tu as fait des pancakes ?
- Comme tu le vois. Je sais que tu adores ça !
- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner que j’allais venir.
- Bien sûr que non. Mais tu sais, il m’arrive d’en faire parfois, peut-être qu’inconsciemment je m’attends à ce que ça t’attire. Mais la plupart du temps, ça ne marche pas.
Il regarda son fils engloutir l’assiettée comme s’il n’avait rien mangé depuis plusieurs jours et il sourit. Don, finit une dernière bouchée puis poussa un soupir d’aise.
- Je devrais venir petit déjeuner plus souvent, dit-il.
- Tu devrais venir plus souvent tout court, répliqua son père. Ca fait près de trois jours que je ne t’avais pas vu !
- Désolé P’pa, on a un boulot fou avec ces dingues qui attaquent les banques.
- Oui, ton frère m’a dit ça. Et au fait, alors, tu m’expliques un peu ce qui se passe ?
En quelques mots, Don lui narra la raison de sa présence ici, après la découverte de son frère sur son paillasson. Alan devint grave.
- Je ne pensais pas que ce cauchemar le perturberait à ce point là.
- Bah ! Tu connais Charlie !
- Justement. Lui qui est si logique, si rationnel. Comment peut-il se laisser ainsi déstabiliser par un rêve, si angoissant fut-il ?
- C’est Charlie. Ca lui passera, tu verras.
- Sans doute. Et donc tu comptes le laisser te servir de garde du corps pendant combien de temps ?
Don faillit s’étrangler avec son pancake. Son père lui tapa vigoureusement dans le dos pour l’aider à reprendre sa respiration.
- Garde du corps ?
- Ben oui, il ne te quitte pas alors…
- Papa… On va juste au bureau et tu vas voir que, d’ici ce soir, il sera retourné à ses occupations habituelles.
- J’aimerais le croire.
- Sinon, je l’y renverrai.
Puis, inquiet d’un seul coup :
- Tu crois vraiment qu’il est perturbé à ce point ? Enfin, ce n’était qu’un rêve !
- Tu sais Don, les rêves semblent parfois tellement vrais qu’on a du mal à se reconnecter avec la réalité. Mais c’est toi qui a raison. Après quelques heures passées au F.B.I., ses chers tableaux vont commencer à lui manquer.
- Amita aussi sans doute.
- Oui, Amita aussi. Tu veux encore du café ?
- Non merci, ça va aller. Bon, que fabrique Charlie ? Je lui avais donné un quart d’heure. Il ne saura jamais être à l’heure !
- Erreur grand frère ! Comme tu le vois, je suis prêt !
Le mathématicien venait de réapparaître, rasé de frais et vêtu d’un polo propre. Il avait nettement meilleure mine.
- Tu veux un café ? proposa son père.
- Désolé papa, on n’a pas le temps. Don est pressé, répliqua Charlie. Alors on y va ou pas ?
Don eut une moue amusée à destination de son père et emboîta le pas à son cadet.
- Tu manges là ce soir ? lui cria Alan alors qu’il passait le seuil.
- Aucun idée ! Il vaut mieux que tu ne m’attendes pas.
La porte se referma. Alan resta immobile un instant, plongé dans ses pensées. Puis il sourit en hochant la tête et se mit à débarrasser la table en soupirant : décidément, Don se comportait parfois comme un affreux gamin pourri gâté !
Chapitre IV
- Salut David, alors, tu as du nouveau ?
- Bonjour Don. Tiens, Charlie ! Mais qu’est-ce que tu fais là à cette heure ?
- Figure-toi que Charlie me sert de garde du corps ! rigola Don.
- Quoi ?
- Je t’expliquerai.
David regarda alternativement les deux frères, Don amusé et Charlie plutôt gêné. Puis il haussa les épaules et se dit qu’il comprendrait plus tard ce qui se passait. Pour le moment, il avait mieux à faire. D’ailleurs Don reprenait aussi son sérieux en même temps qu’il ré-endossait son rôle de chef de section : l’heure n’était plus à la plaisanterie mais à la réflexion et à l’action. Il rentra dans la salle de réunion, suivi par David et Charlie. Les trois hommes se penchèrent alors sur les nouveaux éléments apportés à l’enquête. Petit à petit, le reste de l’équipe fit son apparition.
Vers 9 H 30, Don organisa une réunion collective de tous les agents qui participaient à l’enquête. Charlie regardait son frère avec fierté : il adorait le voir ainsi dans son rôle de dirigeant : sûr de lui, à la fois compréhensif et autoritaire, distribuant les tâches en de courtes phrases explicites, donnant ses ordres d’une voix ferme et claire. On le sentait dans son élément et il était évident qu’aucun des hommes qui l’entouraient ne remettait en cause une seule seconde ni sa légitimité, ni son savoir faire. Chacun d’eux avait pour lui de l’admiration, du respect et une totale confiance dans ses décisions. Son frère était de l’étoffe dont on fait les grands chefs. C’est pourquoi il devait veiller à ce qu’il ne lui arrive rien.
Un frisson le parcourut au souvenir de son cauchemar : ça n’arriverait jamais, il y veillerait. Son regard croisa un instant celui de Don, et celui-ci eut l’intuition de ce qui angoissait son cadet. Il eut un sourire à la fois rassurant et un peu narquois et Charlie se sentit idiot tout à coup. Comment pouvait-il accorder du crédit à ce qui n’était que le fruit de son imagination alors que la réalité, sous ses yeux, lui affirmait le contraire : son frère était vivant, en pleine santé, en pleine possession de ses moyens, à la place qui était la sienne et rien ne pourrait jamais venir contrecarrer cet état de fait.
Chapitre V
- Charlie, Amita, vous êtes prêts ? Je vous raccompagne.
Charlie leva les yeux vers la pendule : déjà 22 H 30 ! C’était inimaginable ce que la journée avait passé vite. Finalement, il était resté au F.B.I : Larry l’avait remplacé pour son cours sur les matrices. Bien évidemment il avait commencé par protester bruyamment, puis avait fini par céder, comme toujours.
Les nouveaux éléments apportés au cours de la journée avaient orienté totalement différemment les recherches du consultant et il avait aligné des kilomètres d’équations pour tenter d’apporter une réponse qui le fuyait encore, à sa grande frustration. Amita était venue lui prêter main forte dans l’après-midi mais, même en conjuguant les possibilités magnifiques de leurs deux cerveaux, la lumière n’avait toujours pas jailli. Le reste de l’équipe travaillait sur le terrain et faisait des recherches informatiques.
Don venait régulièrement prendre la température de la pièce : lui non plus n’avait pas mis le nez dehors de la journée, trop occupé à coordonner les équipes de terrain et à rendre compte à sa hiérarchie de l’avancée de l’enquête. Lui aussi était frustré du peu de résultats de cette journée, même si tout son passé d’enquêteur était jalonné de ces périodes où tout semblait stagner, où rien ne se dessinait. Il savait qu’elles étaient généralement suivies de grandes avancées et surtout de cette action qui lui avait fait tellement défaut ce jour-là.
A l’heure qu’il était, il fallait se rendre à l’évidence : l’arrestation du gang n’était pas à l’ordre du jour. Alors autant aller se reposer : il fallait toujours profiter des moments de calme pour récupérer un peu de ce sommeil trop souvent compté.
- On te suit.
Charlie et Amita avaient éteint leurs ordinateurs portables et se levaient d’un même mouvement. Don sourit à les voir si proches et si semblables : c’était vraiment le couple parfait. Il espérait sincèrement que son frère allait bientôt se décider à s’installer avec la jeune femme. Elle était tout ce qu’il lui fallait : amusante, intelligente, capable de le comprendre et, ce qui ne gâtait rien, diablement sexy ! Il se morigéna à l’instant où la pensée lui vint : décidément l’absence de Robin, partie instruire un procès au Texas, depuis trois semaines, commençait à lui peser sérieusement !
- Qu’est-ce qui te fait sourire ? interrogea Charlie.
- Rien, rien du tout. Bon, on peut y aller ?
- On n’attend plus que toi.
Ils prirent congé des quelques agents encore présents à cette heure tardive et descendirent au parking où ils retrouvèrent la voiture de Don. Ils s’y engouffrèrent et vingt minutes plus tard, ils arrivaient devant la maison. La lumière qui brillait au salon indiquait qu’Alan n’était pas encore couché.
- Tu descends quelques minutes ?
- D’accord, mais pas trop longtemps !
Alan fut heureux de voir revenir ses « trois » enfants. Il leur proposa de leur préparer un repas léger qu’ils acceptèrent avec reconnaissance : les quelques sandwiches avalés à la va-vite au début de l’après-midi semblaient bien loin. Finalement il était près de minuit lorsqu’ils furent sur le point de se coucher.
Après s’être fait un peu prier, pour le principe, Don, épuisé, accepta de passer la nuit dans son ancienne chambre. Le mouvement de joie de son frère lorsqu’il finit par acquiescer à sa proposition ne lui échappa pas et il réprima un soupir : il allait devoir avoir une discussion sérieuse avec Charlie si celui-ci continuait à vouloir le coller de cette façon là. Son cadet devrait se résoudre à admettre qu’un cauchemar n’était que ça et qu’il ne pouvait pas jouer les mères poules envers son frère : celui-ci ne le supporterait pas. Il lui avait accordé une journée, c’était assez ! Il était hors de question de s’enfermer dans cette situation stupide.
- On verra ça demain, se promit Don en passant dans la salle de bain où son père lui avait préparé des serviettes propres. J’espère que d’ici là, il aura retrouvé son bon sens.
Chapitre VI
- Hum ! Ca sent fameusement bon ici ! déclara Don en faisant irruption dans la cuisine où son père, Amita et Charlie prenaient leur petit déjeuner.
- Bonjour quand même fiston ! répondit Alan d’un air réprobateur tout en se levant pour aller verser une tasse de café à son garçon.
- Oh pardon ! Bonjour la compagnie ! Bien dormi ?
- Comme un loir, répliqua Charlie, et toi ?
- Pas de cauchemar cette fois-ci si je comprends bien ?
- Aucun. J’ai dormi comme un bébé. Mais bon, les conditions s’y prêtaient sans doute, continua le mathématicien en glissant un regard tendre et malicieux vers Amita qui rougit instantanément.
- Oui, j’ai entendu ça… insinua Don, perfide.
Et la rougeur d’Amita vira à l’écarlate, ce que voyant, Charlie expédia d’une main experte sa serviette de table dans le visage de son aîné qui la lui renvoya en riant.
- Ca suffit les enfants ! Sinon vous allez aller prendre votre petit déjeuner dehors ! Non mais ! râla Alan un large sourire aux lèvres. Vous voyez ce qui vous attend Amita : même à trente ans passés ils restent de sales gamins ! Alors profitez-en avant !
La rougeur de la jeune femme s’accentua encore.
- Mais vous avez fini de la mettre mal à l’aise tous les deux ?
La fausse dispute continua tout le long du petit déjeuner puis Don se leva pour se rendre à son bureau. A son grand soulagement, Charlie ne fit nullement mine de lui emboîter le pas. Il comprit alors que l’épisode du cauchemar était désormais oublié et qu’il n’aurait pas à avoir avec son petit frère l’explication qu’il envisageait la veille, tout en la redoutant.
- Bon, et bien à plus tard.
- Tu comptes venir dîner ce soir ? s’enquit Alan.
- Aucune idée papa. Je te rappellerai. Ca va dépendre de nos malfrats. Bon j’y vais où je vais être en retard. Charlie, si tu as du nouveau tu m’appelles.
- Oui, ben ça ne sera pas avant cet après-midi de toute façon. J’ai cours toute la matinée : je ne peux tout de même pas demander à Larry d’assurer mon service tous les jours !
- Quant à moi, ajouta Amita, je ne serai pas libre avant au moins quinze heures, donc…
- Et bien bon courage ! Allez, je file !