HypnoFanfics

L'épreuve

Série : Numb3rs
Création : 13.09.2009 à 18h33
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Un épisode écrit il y a déjà quelque temps, dans lequel, pour changer, Don se trouve en difficulté... » Cissy 

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Chapitre XIV

 

-  Tiens ? Pas de garde du corps aujourd’hui ? s’étonna David alors que Don sortait de l’ascenseur.

- C’est ça ! Moque-toi de moi ! Et bien non, plus de garde du corps ! Charlie s’est enfin décidé à oublier son cauchemar.

- Ou alors il a décidé de te laisser à ton triste sort !

- Non mais tu me fais quoi là ? rigola Don. Allez, soyons un peu sérieux : on en est où exactement ? 

Son collaborateur lui fit un point succinct sur l’avancée de l’enquête et il se mit les différentes équipes au travail, le cœur étreint par un mauvais pressentiment : toute son intuition lui disait que les malfrats allaient repasser à l’attaque très prochainement ; il voulait absolument les coincer à ce moment-là. Ils avaient fait bien assez de mal comme ça, il était plus que temps de les mettre hors d’état de nuire !

Il se pencha à nouveau sur le dossier de Mc Stylsen, le chef de bande. C’était un individu redoutable : il avait cinquante-sept ans et tout un passé de violences derrière lui. Pendant un temps, ses penchants sadiques et belliqueux avaient trouvé leur exutoire dans l’armée où il avait fait partie des commandos pendant plusieurs années, ses supérieurs fermant les yeux sur ses exactions dans la mesure où il obtenait des résultats.

Puis il avait fini par en être chassé pour manquement à l’honneur, agression sexuelle, torture et viols sur des civils mais aussi sur des membres de son unité, jeunes soldats trop timides ou trop fiers pour se plaindre de ce qu’ils avaient enduré. Jusqu’à ce que l’un d’eux ose enfin briser la loi du silence. Mais, trop fragile pour supporter le procès, la victime s’était suicidée et, malgré les preuves accumulées, Mc Stylsen n’avait été condamné qu’à quinze ans de réclusion durant lesquels il s’était fait une réputation de pointeur  : les gardiens comme ses co-détenus le craignaient comme le diable. Mais personne n’osait se plaindre des mauvais traitements qu’il leur faisait endurer : les seuls qui l’avaient tenté avaient été retrouvés fort opportunément suicidés  et aucune preuve n’avait jamais pu être établie contre le caïd du bloc D.

Et puis, au bout de quinze ans, il avait été libéré, ayant payé sa dette à la société  et il avait très vite monté une première bande qui avait fait régner la terreur en Arizona durant sept mois avant d’être décimée par les autorités locales.  Mais Mc Stylsen avait réussi à s’enfuir.

Il avait complètement disparu pendant plusieurs années : on le soupçonnait d’avoir exercé des activités de mercenaire et de tueur à gages pour le compte de gouvernements étrangers ou de groupes mafieux.

Et puis, trois ans plus tôt, on avait fini par l’identifier comme le meneur du redoutable gang que le F.B.I. traquait depuis sans relâche.

Oui, cet adversaire-là était particulièrement vicieux et dangereux : il ne se laisserait pas prendre sans combattre. Don comprenait soudain la raison des cauchemars de son frère : celui-ci savait combien le chef de bande était redoutable et son imagination fertile jointe à son affection pour son frère avait fait le reste.


Cissy  (28.09.2009 à 19:35)

Chapitre XV

 

-  Don, on a quelque chose !  Colby venait de faire irruption dans le bureau de son supérieur, visiblement excité.

Don leva la tête, gagné à son tour par la fébrilité qu’il percevait chez son subordonné. L’un des membres du gang avait été repéré à Venice : c’était la première fois qu’on avait la chance de les apercevoir avant qu’ils ne passent à l’attaque ; il fallait en profiter.

Très vite, on organisa une filature discrète de l’individu et, en quelques heures, on localisa un certain nombre de points de rencontres et de refuges potentiels pour chacun des dix membres du gang. Charlie, appelé à la rescousse dès le premier moment, permettait aux équipes de terrain d’ajuster leurs recherches et de gagner du temps. Visiblement l’équipe était sur le point de commettre un nouveau hold-up.

Don était partagé entre le désir de prendre tout le monde en flagrant délit et celui de procéder à un vaste coup de filet avant que des innocents ne soient mis en danger. Ce qui l’ennuyait, c’est qu’on n’avait toujours aucune idée d’où pouvait bien se terrer Mc Stylsen.

Finalement, on l’informa que chacun des gangsters sous surveillance se mettait en route et Don en déduisit aussitôt qu’ils allaient se réunir pour mettre au point leur prochaine attaque. Il ne fallut pas bien longtemps à Charlie pour déterminer l’endroit où la rencontre allait avoir lieu en se basant sur les horaires et les points de départs de chacun.

-  On y va ! 

Charlie jeta un regard soucieux à son frère qui passait déjà son gilet pare-balles.

- Fais attention à toi Don !

- Ne t’inquiète pas frangin ! Tout ira bien !

Alors qu’il s’engouffrait dans l’ascenseur, David, qui devinait ce qu’il ressentait, murmura rapidement au mathématicien

- T’en fais pas, Colby et moi on veille sur lui. On te le ramènera sain et sauf. 

Charlie lui sourit avec gratitude, trop bouleversé pour pouvoir dire quoi que ce soit. Il ne pouvait s’empêcher de se laisser aller à l’angoisse : et si ses cauchemars ne mentaient pas ? Et si son frère devait mourir ce jour-là ? Et si c’était la dernière fois qu’il le voyait ?

Il se morigéna, essayant de refouler ces pressentiments stupides : Don n’était pas seul. Il avait toute une équipe autour de lui et il n’était pas idiot non plus. Il ne prendrait pas de risques inconsidérés ! Il devait cesser de se mettre martel en tête pour rien ou il allait devenir dingue !


Cissy  (29.09.2009 à 18:34)

Chapitre XVI

 

Don était en train de donner ses ordres à l’équipe qui l’entourait. Une escouade du SWAT s’était présentée dont il connaissait plusieurs membres sur lesquels il savait pouvoir s’appuyer sans réserve. De même, plusieurs unités de la police de Los Angeles les avaient rejoints : l’opération devait être rapide, brutale et efficace. Pas question de permettre à certains de ces malfrats de s’échapper au risque de les voir recommencer leurs exactions ailleurs !

Une à une les équipes chargées de filer les suspects arrivaient, preuve que chaque membre du gang venait bien rejoindre les autres : il ne faisait aucun doute qu’une nouvelle attaque se préparait. Le problème était qu’on n’avait toujours pas localisé Mc Stylsen et que Don tenait par-dessus tout à lui mettre la main dessus. A quoi servirait d’arrêter les autres si lui s’échappait ? Il disparaîtrait, comme il l’avait déjà fait, et reformerait un nouveau gang, encore plus dangereux que celui-là. Non, sa priorité, c’était de prendre le chef  avec les autres.

-  Il va bien finir par les rejoindre, supputa Colby.

- C’est sûr. Mais plus nous restons là, plus les risques d’être repérés sont grands, répondit Don.

- Attends, on n’est pas non plus au pied de leur immeuble ! Le car de commandement est à trois rues de là, sur un parking de plusieurs centaines de places, les tireurs d’élite savent se planquer parfaitement et aucune de nos équipes ne semble avoir été repérée, objecta David.

- Je sais bien, dit Don. Mais il y a je ne sais quoi qui me chiffonne. L’impression que quelque chose ne tourne pas rond.

- La fameuse intuition epsienne ? insinua Colby perfide.

- A moins que ce ne soit les cauchemars de Charlie qui te troublent malgré toi, avança David.

Don les foudroya du regard : il n’appréciait guère ce genre de réflexion devant des tiers, qui plus est, l’heure n’était pas vraiment à la plaisanterie. Les deux agents se rendirent compte qu’ils étaient allés trop loin.

- Désolé Don, reprit Colby. C’était juste histoire de détendre un peu l’atmosphère.

- Bon. David, tu vas aller au car de commandement : tu coordonnes les liaisons. Moi je m’occupe de l’équipe de pointe et Colby…

- Je peux me permettre une suggestion ? l’interrompit David.

- Vas-y !

- Je pense qu’il vaudrait mieux que ce soit toi qui ailles au car de commandement. Tu as une vue plus globale de l’action à mener.

Don regarda son équipier droit dans les yeux : celui-ci soutint son regard, l’air tout à fait convaincu de ce qu’il racontait.

- Et tout ça n’a bien entendu rien à voir avec Charlie et ses cauchemars ?

- Rien du tout ! Enfin, ça paraît tout à fait cohérent comme démarche non ?

- O.K., abdiqua Don. Mais vous faites gaffe les gars ! Je n’ai pas envie de passer ma soirée à écrire des lettres de condoléances à vos familles.

- T’inquiète. Va vite te mettre au sec dans le car. On attend les ordres chef ! 

Don, après avoir répété ses instructions, quitta donc le groupe pour se rendre dans le car de commandement. En le regardant s’éloigner, Colby, avant de rejoindre son équipe, donna une bourrade dans le dos de son équipier.

-  Bien joué David, fine stratégie ! Mais je ne te savais pas superstitieux !

- Je ne le suis pas. Mais pourquoi prendre des risques ? 


Cissy  (30.09.2009 à 16:23)

Chapitre XVII

 

De l’intérieur du car de commandement, Don dirigeait ses équipes. Finalement, David avait eu raison de lui démontrer que sa place était plus à cet endroit qu’en première ligne : c’était sans doute un peu frustrant pour l’agent de terrain qui était en lui, mais c’était la position idéale pour le chef de section qu’il était avant tout maintenant. Et puis, il était évident que c’était beaucoup plus confortable. En effet, la pluie qui tombait depuis trois jours, semblait redoubler d’intensité depuis quelques heures et les agents à l’extérieur étaient déjà complètement trempés.

Il appelait chaque équipe pour vérifier sa position, s’assurer que tout semblait dégagé pour elle et qu’il n’y avait en apparence aucun risque. Mais toute sa formation d’agent lui soufflait que le risque était bien présent. Il ne pouvait s’empêcher de ressentir une menace diffuse. Il tenta de se raisonner : peut-être David avait-il raison : les cauchemars à répétition de son petit frère avaient fini par l’atteindre inconsciemment.

L’un des agents, introduit dans l’immeuble où étaient entrés les malfaiteurs, put bientôt confirmer que ceux-ci étaient réunis ensemble dans une grande salle du rez-de-chaussée : c’était l’endroit idéal pour les coincer sans risquer de mettre en danger des innocents. Mais Mc Stylsen n’était toujours pas en vue. Don donna donc l’ordre d’attendre encore un peu ; il ne pouvait se résoudre à risquer de voir le chef du gang passer à travers les mailles du filet.

Cependant, il dut se résigner à donner le signal de l’attaque lorsqu’un observateur lui fit savoir que les malfaiteurs qu’il avait en visuel s’apprêtaient à se séparer et à quitter leur lieu de réunion. Il ne pouvait plus tergiverser : si les hommes sortaient, l’arrestation deviendrait plus difficile et plus dangereuse. Et pour n’avoir pas voulu perdre le chef, il courait le risque de perdre aussi plusieurs membres du gang.

-  Go ! Go !  intima-t-il dans son micro.

Puis, posant celui-ci, il s’apprêta à rejoindre ses équipes sur le terrain. Maintenant qu’on en était à l’action pure, son rôle ici devenait tout à fait secondaire et l’agent qui l’assistait dans le car pouvait très bien faire office de coordinateur, aidé des deux techniciens qui, depuis le début de l’opération, s’occupaient des appareillages sophistiqués que les policiers avaient employés pour rester en contact discret avec les bandits.

C’est alors que la porte arrière du car s’ouvrit brusquement. Les quatre occupants se tournèrent vers la silhouette ruisselante qui s’encadrait à contre-jour dans l’ouverture, mais seul Don eut le réflexe de sortir son arme. Cependant, il avait déjà un temps de retard et une balle l’atteignit à l’épaule, lui faisant lâcher son pistolet tandis qu’il s’effondrait au sol. Le jeune agent qui se tenait à ses côtés comprit alors ce qui se passait, mais il était déjà trop tard. L’individu dirigea son arme vers lui et fit feu, l’atteignant en pleine tête.

Au sol, Don tentait désespérément de récupérer son arme qui avait glissé sous l’une des consoles. Bien qu’il n’ait pas pu le reconnaître formellement, il savait que le tireur n’était autre que Mc Stylsen. Celui-ci les avait bien eus ! Alors qu’ils s’attendaient à le voir rejoindre ses complices, il était en fait déjà positionné pour s’attaquer à eux. Et sa pire crainte allait se réaliser : le plus dangereux des malfaiteurs allait s’échapper et il venait de faire encore un mort en la personne de l’agent qui était tombé à quelques centimètres de lui et dont la blessure d’où échappaient des flots de sang et de matière grise ne laissait aucun doute sur l’issue fatale.

Mais Mc Stylsen n’en avait pas terminé. Comme dans un cauchemar, Don le vit diriger son arme vers les deux techniciens, pourtant désarmés. Il cria, comprenant ce qui allait se produire. Les techniciens, un homme et une jeune femme se dressèrent, les mains levées pour montrer à l’agresseur qu’il n’avait rien à craindre d’eux. Il y eut une rafale et ils s’effondrèrent le long de la cloison qui séparait la cabine de la caisse. Ils restèrent là, à moitié assis, avec le regard étonné de quelqu’un qui ne comprend pas ce qui vient de se produire.

Don ne s’attarda pas sur eux : il devait reprendre son arme, il devait abattre ce criminel. Il ne pourrait pas se pardonner de le laisser s’échapper. Encore moins après ce qu’il venait de faire ! Son pistolet n’était plus qu’à quelques centimètres quand il hurla soudain : Mc Stylsen était monté dans le car et lui écrasait la main de tout son poids, l’empêchant par là même de saisir l’arme à sa portée. Il leva les yeux vers le malfrat et aperçut son sourire sadique tandis qu’il dirigeait le canon de son semi-automatique sur sa tête. Il réalisa soudain que les cauchemars de Charlie étaient en train de se concrétiser à ce moment précis. Il n’eut qu’un instant pour penser :

-   Je suis navré petit frère, vraiment navré de te faire ça. J’aurais dû t’écouter. 

Puis ce fut le noir total.


Cissy  (02.10.2009 à 19:40)

Chapitre XVIII

 

-  Ca va David ?

- Oui, pas une égratignure. Et toi ?

- Tout est O.K.

- On les a tous ?

- Il n’en manque pas un ! Sauf Mc Stylsen malheureusement !

- Oui mais on va bien finir par l’avoir.

- Surtout maintenant qu’il n’a plus d’équipe. 

Les deux agents sortaient lentement de l’immeuble qui s’était transformé en souricière pour les dix hommes de main de Mc Stylsen. Ils avaient le sourire aux lèvres : pas un blessé parmi les forces de police. Encerclés comme ils l’étaient, les bandits avaient vite compris qu’ils n’avaient pas intérêt à résister.

-  Que fait Don ? s’étonna soudain Colby. Il devrait déjà être là.

- Il est peut-être avec les équipes dehors.

- Je l’appelle, attends…  Don ! Alors, ça y est, on les a tous ! Succès sur toute la ligne. Tu fais quoi là ? 

Aucune réponse.

- Don ?!!

Colby regarda David, interloqué, pas encore inquiet.

- Tu crois qu’il y a un problème de liaison ?

- Agent Sinclair à Agent Eppes. Réponds-moi Don. 

Seul le silence répondit à l’appel de David et celui-ci échangea un regard déjà angoissé avec Colby.

- Ce n’est pas normal…

- C’est peut-être juste un problème de faisceau, suggéra Colby qui ne voulait pas se laisser aller à la panique.

- Oui, et bien j’en aurai le cœur net ! Et tant pis si on m’accuse de superstition ! .

David se mit à courir en direction du parking où était situé le car de commandement, bientôt suivi par Colby, sous l’œil étonné des autres agents qui se demandaient quelle mouche pouvait bien piquer leurs collègues. Outre que l’intervention était terminée et qu’il n’était plus temps de courir, la direction qu’ils prenaient était à l’opposé de celle où il se passait quelque chose.

Cependant, l’officier qui commandait l’équipe du SWAT pressentit qu’il se produisait peut-être quelque chose et il emboîta à son tour le pas aux deux agents en intimant l’ordre à deux de ses hommes de le suivre.

A peine eurent-ils posés le pied sur le parking que Colby et David eurent la preuve que leur pressentiment était justifié : la portière arrière du car était ouverte, ce qui était contraire à la plus élémentaire des règles de sécurité. D’autre part, plusieurs personnes se tenaient à quelques mètres du véhicule, l’air à la fois apeuré et curieux. Il s’était donc bien passé quelque chose.

Les deux agents ressortirent les armes qu’ils avaient rangées dans leurs étuis et s’avancèrent prudemment vers le véhicule, couverts par les trois hommes du SWAT qui les avaient rejoints. David fut le premier à avoir un visuel sur l’intérieur du car. Ses quatre compagnons le virent alors blêmir. D’un geste preste il remit son arme dans son étui et se précipita à l’intérieur en criant :

-  Appelez une ambulance, vite ! 

Colby s’avança pour voir ce qui avait bouleversé son partenaire et se jeta à son tour en avant. L’officier du SWAT fut le suivant à découvrir l’horrible spectacle : dans le car inondé de sang, il y avait trois corps. Il était assez expérimenté pour savoir que l’ambulance n’était plus nécessaire. D’une voix blanche, il décommanda le véhicule en demandant l’envoi d’une équipe scientifique, précisant que trois agents venaient d’être abattus.

A l’intérieur, Colby et David se regardaient, désemparés, atterrés par la situation. Il n’y avait plus rien à faire pour les deux techniciens et leur collègue. Leurs pensées se tournèrent alors avec angoisse vers leur supérieur.

-  Don ! Bon sang, où est Don ?

- Il a dû l’emmener comme otage !

- Mais qui ?

- Qui d’autre que Mc Stylsen ? Ce salopard nous a eu !

- Qu’est-ce qu’il va faire de Don ? 

David ne répondit pas à la question alarmée de son collègue. Il venait d’apercevoir une arme sur le sol : il reconnut aussitôt celle de Don. En se baissant pour la ramasser, il vit une traînée de sang qui ne pouvait pas appartenir à l’un des agents décédés. La position de leurs corps, l’évidence de leur mort instantanée, excluaient qu’ils aient pu perdre du sang à cet endroit-là. La conclusion s’imposait : Don était blessé. Blessé et prisonnier d’un malfaiteur violent et sadique qui n’avait rien à perdre !


Cissy  (03.10.2009 à 21:29)

Chapitre XIX

 

Charlie était resté aux bureaux du F.B.I. Il savait que c’était contraire à toute logique et que Don risquait de lui passer un sérieux savon à son retour, mais il voulait absolument être là quand l’équipe reviendrait. D’après les échos qu’il en avait par les agents restés en liaison avec ceux partis sur le terrain, on avait lancé un assaut pour arrêter les malfaiteurs. Il s’attendait donc à voir revenir très vite l’équipe : il était anxieux de savoir si tout s’était bien passé et s’ils avaient eu la chance de coffrer tout le monde.

Cependant, alors que, les trois premières heures, des communiqués tombaient très régulièrement, plus rien ne passait depuis environ une demi-heure. La dernière communication faisait état de l’arrestation de la totalité des hommes de main, et ceci sans aucune victime, d’aucun côté. La plupart des agents se réjouissaient de la conclusion de l’enquête mais Charlie n’était pas tout à fait tranquille. Rien n’avait filtré sur Mc Stylsen et il savait que celui-ci était sans doute plus redoutable que ses dix hommes réunis ! Et puis surtout, pourquoi ce silence soudain ?

Il avait essayé d’appeler Don, mais celui-ci était sur boîte vocale. Jusque là, rien que de très normal, essayait de le tranquilliser Amita qui l’avait rejoint. Après un tel coup de filet, Don, en tant que directeur des opérations, devait avoir mille choses à régler, mille détails à superviser et le dernier de ses soucis était sans doute de répondre au téléphone.

Bien que sachant que son amie avait très probablement raison, Charlie ne pouvait s’empêcher d’être inquiet. Il avait l’impression qu’il se passait quelque chose qu’on refusait qu’il sache.

-  Arrête de t’en faire Charlie, bon sang !

- C’est plus fort que moi Amita. Je sens qu’il se passe quelque chose de pas net !

- Ce n’est pas vrai ! Tu ne sens rien du tout ! Tu es toujours sous l’impression de tes cauchemars et n’essaie pas de dire le contraire !

- Tu as peut-être raison, dit-il, un sourire contrit au bord des lèvres. Mais je ne peux pas m’en empêcher.

- Ecoute, je suis sûre que ton frère va très bien. Il ne va pas tarder à franchir le seuil et j’ai comme l’impression qu’il n’a pas fini de se moquer de toi et de tes soi-disant intuitions ! 

Alors qu’elle achevait ces mots, Amita s’aperçut soudain que l’agent qui était en relation avec l’équipe de terrain parlait au téléphone, la mine grave, presque défaite. Une certaine agitation semblait tout à coup s’emparer du bureau et elle vit plusieurs agents se précipiter à leurs boxes pour prendre leurs armes et sortir précipitamment tandis que celui qui téléphonait raccrochait. Le regard qu’il lança dans leur direction lui serra le cœur et elle comprit qu’il se passait effectivement quelque chose de grave.

Elle se tourna vers Charlie : celui-ci, occupé à griffonner quelques équations sur un bloc-notes ne s’était aperçu de rien. Devait-elle lui parler de ce qui, après tout, n’était qu’une impression, alors qu’elle-même venait de se moquer de ses pressentiments ? Il levait la tête vers lui, le sourire aux lèvres.

- Je sais, je suis incorrigible.

Son sourire s’éteignit devant le regard qu’elle lui jeta, sa pâleur inhabituelle.

- Amita ? Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu ne te sens pas bien ?

Elle ne pouvait plus reculer.

- Je crois qu’il se passe quelque chose Charlie.

- Quoi ? De quoi tu parles ? 

A son tour, le mathématicien regarda ce qui se passait à l’extérieur de la salle et il fut frappé du changement d’atmosphère perceptible. Sur la dizaine d’agents présents quelques minutes avant, il n’en restait plus que deux, en grande conversation. Leur mine ne laissait rien présager de bon. Charlie pâlit notablement et se précipita fébrilement à l’extérieur.

-  Qu’est-ce qui se passe ? Il est arrivé quelque chose ?

Les deux agents le fixèrent, l’air gêné.

- On ne peut rien vous dire, docteur Eppes. Vous devez attendre le retour de l’équipe.

- Où est mon frère ? Qu’est-il arrivé enfin ? Il me semble que j’ai le droit de le savoir ! 

Devant l’air fermé des deux hommes, il comprit qu’il ne tirerait rien d’eux.

-  Très bien, puisque c’est ainsi, je vais aller moi-même aux nouvelles !

Il se détourna, et se dirigea vers les ascenseurs. Il se sentit alors saisi par le coude.

- Désolé docteur Eppes, nous avons des ordres. Vous ne pouvez aller sur le terrain pour le moment.

- Pourquoi ? Bon sang ! Vous pouvez me dire ce qui se passe tout de même non ? Est-ce que mon frère est en danger ?

- Ecoutez, je ne peux rien vous dire de plus pour le moment. Tout ce que je sais, c’est qu’il y a eu des coups de feu ! Charlie devint livide.

- Des coups de feu ? Qui a tiré ? Il y a des blessés ? Comment va mon frère ? 

Les deux hommes se regardaient, partagés entre le désir de soulager l’inquiétude manifeste du consultant et celle d’obéir à l’ordre formel d’attendre le retour de l’agent Sinclair. De toute façon, ils ne savaient pas grand-chose, sinon qu’il y avait trois morts et un disparu parmi les leurs. On ne leur avait pas donné le nom des victimes : que pouvaient-ils donc dire à Charlie ? Cette information, aussi laconique qu’horrible ne pouvait que le mettre dans un état d’angoisse proche de la panique.

 

*****


Cissy  (04.10.2009 à 18:19)

Tandis qu’ils hésitaient sur la conduite à tenir, les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur David et Colby, toujours revêtus de leurs gilets pare-balles. Un seul coup d’œil à la mine sévère et bouleversée des deux agents confirma à Charlie qu’il était arrivé quelque de grave. Il se précipita vers eux, suivi d’Amita.

-  David, Colby ! Que s’est-il passé ? C’est Donnie ? C’est ça ? Il est arrivé quelque chose à mon frère ?

- Viens par ici Charlie, lui répondit Colby en lui saisissant le bras, pour l’entraîner dans le bureau dont il venait de sortir.

Le mathématicien se dégagea d’un geste brusque et fit face aux deux agents.

- Non ! Je n’irai nulle part ! Dites-moi ce qui se passe ! 

Les deux agents hésitaient encore. Ils se sentaient terriblement coupables et impuissants : ils savaient qu’ils allaient plonger Charlie dans un cauchemar encore pire que ceux qui l’avaient hanté les deux nuits précédentes. Lequel d’entre eux allait avoir le courage de lui porter ce coup ? Charlie lut sur leurs visages ce qu’ils n’osaient pas lui dire. Il recula soudain, livide, le poing crispé sur la bouche.

-  Oh mon Dieu non ! Donnie ! Non ! Il est…

- Non, non, Charlie ! s’empressa David. Il n’est pas mort ! 

Mais Charlie n’écoutait plus. Il avait l’impression qu’un brouhaha insupportable emplissait sa tête. Ses oreilles se mirent à tinter, sa vue se brouilla, la nausée le submergea et il s’effondra en vomissant. David et Colby eurent beaucoup de mal à lui éviter la chute. Ils l’entraînèrent dans la salle de repos où ils l’installèrent dans un fauteuil. Tandis qu’Amita s’empressait auprès de lui, Colby préparait une tasse de café fort alors que David s’emparait d’un torchon qu’il imbiba d’eau avant de le passer sur le front et la nuque du mathématicien. Celui-ci sembla alors reprendre pied dans la réalité et Colby l’obligea à avaler le café. Après quelques gorgées, Charlie se mit à tousser et repoussa la tasse.

-  Ca va maintenant ! dit-il.

Puis, les yeux pleins de larmes, il ajouta :

- Dites-moi ce qui s’est passé !

- Tout d’abord Charlie, Don n’est pas mort. Enfin, on ne le pense pas !

- Comment ça ? de quoi vous parlez ?

- Charlie, écoute-nous sans nous interrompre, d’accord ? 

Amita lui pressa la main pour l’inciter à ne pas répondre et il se résigna à écouter le compte-rendu des deux agents.

Chacun des mots qu’ils prononçaient l’atteignait en plein cœur. Il lui semblait que le cauchemar dans lequel il venait de plonger ne se finirait jamais. Un instant, il eut l’espoir que ce ne soit que ça : un nouveau cauchemar. Bien sûr ! Il allait se réveiller à nouveau, bouleversé certes, mais son frère irait bien. Tout ça n’était pas réel ! Ces mots qu’il n’assimilait plus : otage, Mc Stylsen, disparu… tous ces mots faisaient parti du même mauvais rêve. Il leva un regard vide vers les agents qui s’inquiétèrent.

-  Charlie ? Charlie, ça va ?

Amita explosa :

- Comment voulez-vous qu’il aille alors que vous venez de lui apprendre que son frère a été kidnappé par un dangereux psychopathe !

- C’est un cauchemar…. C’est forcément un autre cauchemar… dit Charlie d’une voix éteinte.

- Charlie, Charlie, écoute-moi…

La jeune femme se jeta à genoux auprès de lui et se mit à couvrir son visage de baisers. Elle s’affolait à l’idée que l’homme qu’elle aimait était en train de perdre tout contact avec la réalité.

- Charlie… Ce n’est pas un cauchemar mon amour. Ton frère a été enlevé mais on va le retrouver tu vas voir, rien d’irréparable ne s’est produit. N’est-ce pas ? ajouta-t-elle en se tournant vers les agents, quêtant de l’espoir auprès d’eux.

- Non, bien sûr. Don est vivant, sinon Mc Stylsen ne l’aurait pas emmené !

La phrase sembla enfin percer la bulle dans laquelle Charlie s’était réfugié.

- Il est vivant ? Vous en êtes sûrs ?

- Oui Charlie. 

David espérait sincèrement ne pas mentir à cet instant précis. Qui savait si Don était toujours en vie au moment où ils parlaient ? Bien sûr Mc Stylsen n’avait aucun intérêt à le tuer, sinon il l’aurait achevé dans le car de commandement : s’il l’avait emmené c’était vraisemblablement pour lui servir d’otage mais pouvaient-ils en être totalement sûrs ?

D’une part, la blessure de l’agent pouvait être assez grave pour mettre sa vie en danger s’il n’était pas soigné rapidement ; d’autre part, étant donné ses antécédents, qui sait si Mc Stylsen ne l’avait pas simplement emmené dans le but de s’amuser  un peu avec lui avant de le tuer ? Et chacun des deux agents avait une idée très précise du genre d’amusement qui attendait leur collègue si c’était ce que son ravisseur avait en tête ; et chacun d’eux priait au plus profond de lui pour que Don soit mort plutôt que de subir les horreurs que cet homme était capable de lui infliger.

Mais tout ça, ils ne pouvaient pas le dire à Charlie sous peine de le voir sombrer totalement. Or, ils allaient avoir désespérément besoin de lui pour retrouver au plus vite Mc Stylsen et son otage.

-  Tu m’avais promis de veiller sur lui !

Les larmes qui coulaient sur le visage du mathématicien rassurèrent les agents : le plus dur était passé, Charlie venait de reprendre ses esprits. Mais la première phrase qu’il prononça augmenta le sentiment de culpabilité de David.

- Je suis désolé Charlie.

- On ne pouvait pas prévoir que ça se passerait comme ça, intervint Colby. Don était dans le car de commandement : c’est à priori l’endroit le plus sûr qui soit lors d’une intervention ! Situé à l’écart de l’action, il n’y avait aucune raison d’imaginer que ce pourri nous jouerait un tour pareil !

- Excuse-moi David, je sais bien que ce n’est pas ta faute mais…. oh mon Dieu, Donnie ! Qu’est-ce que cet homme va lui faire ? 

Les deux agents ne pouvaient pas répondre à cette question qui les taraudait eux-mêmes et Charlie le comprit. S’efforçant de retrouver son calme, il demanda :

- Savez-vous s’il va bien au moins ?

David et Colby échangèrent un regard indécis : devaient-ils dire la vérité ? Mais Charlie était trop intelligent pour se méprendre sur leur hésitation.

- Oh non ! Il est blessé, c’est ça ?

- On pense que oui. On a retrouvé des traces de sang qui étaient vraisemblablement les siennes ; mais on n’en sera sûr qu’après analyse.

David omit de spécifier qu’un témoin de la scène avait précisé avoir vu un homme armé extraire du véhicule, dans lequel il venait de tirer, un agent, reconnaissable à son gilet au sigle du F.B.I, qui ne donnait aucun signe de vie.

- Mais vous êtes sûrs qu’il est vivant ? insista Charlie.

- Selon toute probabilité. Sinon pourquoi Mc Stylsen se serait-il encombré de son cadavre ?

Charlie frissonna à l’association du mot cadavre et de son frère.

- Vous avez une idée du véhicule qu’il a prit pour emmener mon frère ?

- Oui. D’après les témoins de la fusillade, ils sont partis dans un camping-car.

- Quelqu’un a relevé l’immatriculation ?

- Juste deux chiffres et une lettre. Et encore, le témoin n’est pas formel sur l’un des chiffres. D’après lui, ce pourrait aussi bien être un 5 qu’un 3 ou un 8, voire un 6 !

- Oui mais tout de même, étant donné le type de véhicule, ça réduit considérablement les recherches ! 

Charlie s’était maintenant totalement ressaisi. Ce n’était pas le moment de se lamenter : aux dernières nouvelles son frère était toujours en vie ; il était donc encore temps d’intervenir. Tous ses efforts devaient converger vers la localisation du ravisseur plutôt que vers des lamentations stériles. Il se leva, décidé à agir plutôt qu’à gémir. Il devait retrouver son frère, et s’il n’y arrivait pas à temps, il se faisait le serment qu’il retrouverait Mc Stylsen, où qu’il se terre, et qu’il le tuerait de ses propres mains, quand bien même ce devrait être le dernier acte qu’il accomplirait sur cette terre.


Cissy  (04.10.2009 à 18:19)

Chapitre XX

 

Alan vaquait à ses occupations. Après ses cours de la journée, il était rentré chez lui vers seize heures. Il était un peu plus de dix-huit heures et il se mit à préparer le repas. Charlie et Amita ne tarderaient sans doute pas. Quant à Don, il n’avait donné aucune nouvelle. Par contre, en regardant les informations, il avait appris que le F.B.I. venait d’arrêter la bande de braqueurs de banques qui terrorisait le pays depuis plus de trois ans et un sourire plein de fierté avait fleuri sur ses lèvres : ses petits avaient à nouveau réussi ! Avec un peu de chance, Don allait finir assez tôt pour dîner avec eux : le dîner de la victoire !

Il tenta alors de joindre son garçon mais tomba sur son répondeur. Après lui avoir présenté ses félicitations pour l’action que, soit dit en passant, il aurait préféré apprendre de sa bouche que des médias, précisa-t-il, il lui enjoignit de le rappeler au plus vite tout en lui précisant que, de toute façon, sa part serait mise de côté. Puis il se rendit dans la cuisine où il se mit à préparer un délicieux repas, veillant à choisir ce qu’il savait que Don appréciait particulièrement.

Il était heureux du dénouement de cette affaire. Malgré lui, et bien qu’il ne veuille rien en montrer et que jamais il n’aurait accepté d’en convenir, les deux cauchemars successifs de Charlie au sujet de son frère l’avaient inquiété. Mais, comme les événements venaient de le prouver, ce n’était que des rêves et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Une fois encore son garçon, avec l’aide de son petit frère, était parvenu à arrêter de dangereux malfaiteurs et une fois encore l’inquiétude qui ne lui laissait pas beaucoup de répit depuis que Don avait choisi ce métier, s’avérait sans fondement. Après tout, son fils était sans doute né sous une bonne étoile et puis, sa mère devait veiller sur lui de là où elle était. Il devait cesser de s’en faire pour lui !

C’est alors qu’il se rendit compte que la sonnerie de son portable retentissait. Il lâcha sa préparation culinaire tout en grommelant : c’était toujours au moment le plus importun qu’il était dérangé par le téléphone. Il hésita un moment avant de répondre, d’autant que le numéro qui s’affichait lui était inconnu : puis il se décida à décrocher, bien décidé à expédier le gêneur le plus rapidement possible.

-  Allo, ici Alan Eppes

- Monsieur Eppes ? Je voulais vous donner des nouvelles de votre fils. 

La voix doucereuse de son interlocuteur lui était inconnue. Mais le ton sur lequel il avait prononcé cette phrase, pourtant plutôt banale en soit, déclencha chez lui une appréhension incontrôlée : il eut le sentiment que quelque chose d’horrible se préparait. D’un geste machinal, il déclencha l’enregistrement de l’appel. Puis il plongea dans un cauchemar éveillé.


Cissy  (05.10.2009 à 19:41)

CHAPITRE XXI

 

Don reprenait doucement conscience et tout de suite la douleur le submergea. Il gémit sous le bâillon qui lui recouvrait la bouche et s’efforça de respirer le plus calmement possible afin de maîtriser les longues ondes de souffrances envoyées par son corps martyrisé. Il s’aperçut qu’ils étaient à nouveau en train de rouler : il en déduisit que Mc Stylsen avait dû reprendre le volant après qu’il ait perdu connaissance.

Un moment la panique l’envahit à l’idée de ce que ce malade avait pu lui faire pendant son évanouissement : il tenta de localiser les différents foyers de souffrance pour s’assurer que rien d’irrémédiable n’avait été accompli, sorte de cruelle check liste dont il avait absolument besoin pour faire le point. Et son esprit le ramena à son premier réveil quelques minutes ou quelques heures plus tôt, il ne savait pas trop.

 

Lorsqu’il avait ouvert les yeux, il lui avait fallu un long moment pour comprendre ce qui s’était passé et se remémorer l’enchaînement du drame.

Dans un premier temps, il n’avait pas compris ce qu’il faisait là. Sa vue était brouillée, il  souffrait terriblement de la tête. Ce n’est que lorsqu’il avait voulu y passer la main qu’il s’était aperçu qu’il était attaché, les poignets, étroitement menottés réunis à la tête du lit, les menottes, ses propres menottes, entortillées dans un anneau scellé dans la cloison à cet endroit et les chevilles garrottées à l’aide de ce qu’il identifia comme sa propre ceinture.

En tentant de remuer pour échapper à ses liens, il avait déclenché une douleur foudroyante au niveau de l’épaule. Le souffle court, il avait attendu qu’elle s’atténue puis, prudemment, pour éviter de la réveiller de nouveau, et aussi parce que le mouvement lui faisait mal, il avait tourné la tête vers la droite. Il avait alors aperçu que sa chemise était maculée de sang et la conclusion de l’intervention lui était revenue en mémoire : Mc Stylsen faisant irruption dans le car et abattant ses trois collègues puis tournant vers lui son arme.

Contrairement à ce qu’il avait craint alors, il n’avait pas tiré sur lui une nouvelle fois : après l’avoir visé assez longtemps, s’attendant peut-être à ce qu’il le supplie de l’épargner (mais il aurait pu attendre longtemps !), il l’avait frappé violemment au front avec son arme et Don avait plongé dans la nuit. Il comprenait maintenant que Mc Stylsen comptait vraisemblablement se servir de lui comme otage : la mort des trois autres agents devait être un avertissement à ses collègues, montrant qu’il n’avait rien à perdre et qu’il n’hésiterait pas à abattre son prisonnier si on n’obtempérait pas à ses demandes. Mais Don préférait mille fois mourir plutôt que d’être l’instrument involontaire de l’évasion du criminel : d’ailleurs il ne pensait pas que ses collègues commettraient l’erreur de préférer la préservation sa petite vie à la mise hors de circulation d’un tel monstre.

Ses pensées avaient alors dérivé sur ce qu’il savait de Mc Stylsen et tout son être s’était révulsé à la pensée de ce qu’il était capable de lui faire subir. Ses pensées s’éclaircissant, il avait cherché du regard un objet quelconque lui permettant peut-être de se défaire des menottes, n’importe quoi qui lui permettrait de se défendre contre son ravisseur. Tel qu’il était, pieds et poings liés, il se trouvait  totalement à sa merci.

Il avait étudié en détail le dossier du criminel. Il savait que celui-ci ne l’épargnerait pas sous prétexte qu’il lui servait d’otage. Ses années de crimes l’avaient déjà amené à recourir à ce type d’expédients et son sadisme monstrueux avait toujours eu le pas sur son instinct de survie. Ses otages avaient toujours été retrouvés au bout de plusieurs heures ou plusieurs jours, torturés avec des raffinements de cruauté, l’imagination du criminel dans ce domaine semblant illimitée, sa capacité notamment à utiliser des objets inoffensifs du quotidien pour en faire de redoutables instruments de torture. Ils avaient surtout subi toute la panoplie des sévices sexuels : transformés en jouets sexuels par leur bourreau, ils avaient été violés à plusieurs reprises.

Deux d’entre eux avaient été retrouvés vivants. Le premier était un comptable d’une banque avait été jeté sur la voie pour empêcher les voitures de police, qui poursuivaient le van où s’étaient réfugié Mc Stylsen et quelques hommes de sa bande, de les rejoindre. Bien que n’ayant pas passé plus d’une demi-heure entre les mains du sociopathe, et alors même que celui-ci était talonné par une escouade policière, il était nu lorsqu’on l’avait jeté hors du véhicule. Il avait pu témoigner avoir été violé sous les rires salaces et les quolibets cruels des membres du gang.

Le second était un jeune policier de Miami, malheureusement tombé aux mains du maniaque lors d’une tentative d’interception. On ne l’avait retrouvé que trois jours plus tard, toujours vivant. Mc Stylsen l’avait sciemment laissé en vie, en proie à d’insoutenables souffrances physiques mais surtout morales. Durant les quarante huit heures où il était resté en son pouvoir, le malheureux avait subi des tortures atroces mais ce qui l’avait brisé, c’était les sévices sexuels et les viols à répétition. Aucun de ces deux hommes ne s’étaient remis de ce qu’il avait enduré. Le comptable avait très vite basculé dans la folie et, aux dernières nouvelles, il était toujours en institut psychiatrique. Quand au policier, malgré ses blessures, il s’était traîné jusqu’au toit de l’hôpital et s’était précipité la tête la première sur le parking situé trente mètres plus bas, incapable de supporter l’horreur qu’il avait subie.

En se remémorant ces deux cas, parmi tant d’autres, Don s’était senti glacé. Rien n’arrêterait le sociopathe qui le retenait, surtout pas ses blessures : la vue du sang risquait au contraire de déchaîner ses instincts sadiques. Et il avait désespérément cherché autour de lui un moyen d’échapper à l’abjection qui le guettait.


Cissy  (06.10.2009 à 22:05)

CHAPITRE XXII

 

Son exploration visuelle lui avait permis de se rendre compte qu’il était dans la cabine d’un camping-car. Il s’était alors souvenu de ce véhicule qui stationnait déjà sur le parking lorsqu’ils y avaient parqué le car de commandement et il avait pu reconstituer la chronologie des faits : vraisemblablement, Mc Stylsen vivait dans un camping-car, planque idéale pour échapper aux recherches, mais qu’aucun des enquêteurs successifs qui s’étaient attaqués à son gang n’avait jamais découverte ni même soupçonnée. Et la malchance, à moins que ce ne fut l’incroyable habileté de l’homme qu’ils avaient peut-être tous sous estimé, avait voulu qu’il voit arriver le car de commandement, en déduise ce qui allait se produire et, avec l’intelligence qui le caractérisait et ses capacités d’adaptation hors du commun, il avait aussitôt trouvé la parade idéale.

Don s’en voulait terriblement : il s’était laissé avoir comme un bleu et il aurait bien mérité ce qui lui arriverait dorénavant. Soudain il avait pris conscience que le véhicule s’était arrêté et il s’était raidi.

Mc Stylsen était entré dans l’habitacle, un sourire narquois sur les lèvre : il s’était dirigé vers la tablette située à gauche du lit et y avait ramassé un objet que Don identifia aussitôt comme son porte-carte, puis il était revenu vers lui et l’agent n’avait pu s’empêcher de frémir à la vue de cet homme massif dont le regard glacial prouvait qu’il était absolument insensible à toute forme d’humanité.

Mc Stylsen était de ces hommes hors du commun à la fois par leur gabarit physique, il mesurait près de deux mètres et pesait plus de cent kilos, et par leurs capacités intellectuelles : son intelligence ne faisait aucun doute. Mais le plus impressionnant chez lui était sans doute cette inaptitude à la compassion, ce besoin de faire souffrir qui avait accompagné chacun de ses actes tout au long de sa vie, d’abord de soldat, durant laquelle il avait pu trouver l’excuse du combat pour se livrer à ses activités favorites, puis de sa vie en marge de la loi où il n’eut plus aucun besoin de justifier quoi que ce soit.

- Alors… agent Eppes. Enchanté de faire ta connaissance agent spécial Don Eppes. Mais peut-être n’es-tu pas aussi ravi que moi de cette rencontre ?

Don n’avait pas daigné répondre à la provocation, assortie d’un sourire cruel. L’homme s’était alors approché de lui et l’avait brutalement saisi par les cheveux, réveillant une douleur fulgurante au niveau du front.

- Tu pourrais me répondre agent spécial Don Eppes. Tes parents ne t’ont pas appris qu’il était très impoli de ne pas répondre à quelqu’un qui s’adresse à toi ?   

Don avait réussi à réprimer le gémissement de souffrance qui lui montait aux lèvres tandis que l’homme continuait à le tirer vers lui, agrippé à sa chevelure : il avait l’impression qu’elle allait lui rester entre les mains. Mc Stylsen  se mit ensuite à le secouer brutalement en le tenant toujours par les cheveux,  et il serra les dents, refusant de lui donner la joie de l’entendre geindre : il savait que, par ailleurs, cela ne ferait qu’exciter son sadisme. Puis son tortionnaire le lâcha brutalement et sa tête alla heurter la cloison, accentuant la migraine qui le taraudait depuis son réveil.

Le sourire cruel, qui distendait affreusement la balafre reçue lors d’une rixe avec un autre soldat, s’accentua. L’homme n’était pas dupe du silence forcé de sa victime. Il s’en réjouissait : il aimait particulièrement avoir en face de lui quelqu’un de courageux. Les lâches l’ennuyaient très vite : ils suppliaient, ils pleuraient, ils tremblaient, ils gémissaient, et c’était trop facile d’obtenir d’eux tout ce qu’il voulait.

Avec des gens fiers et courageux, il savourait chaque moment : ces moments où ils le défiaient du regard, comme maintenant cet agent blessé, ces moments où ils refusaient de montrer leur souffrance, ces moments où il voyait dans leurs yeux la crainte après qu’il ait assez joué avec eux pour qu’ils sachent ce qui les attendait quand il s’approchait et que, malgré tout leur courage, leur corps se rebellait contre ce qu’on lui faisait subir, et surtout il jouissait physiquement de ce moment où il venait à bout de ce courage et de cette fierté, où à leur tour ces hommes s’effondraient. Ils avaient tous leur point de rupture et il se flattait d’avoir toujours réussi à découvrir celui-ci.

Oui, se disait-il en se penchant sur Don, il aurait bien du plaisir à briser cet arrogant agent du F.B.I. !

- Si tu ne veux pas parler, tu hurleras, avait-il dit méchamment et sa main était venu étreindre l’épaule blessée, la malaxant, la triturant en éveillant une atroce souffrance.

Don avait poussé un hurlement de douleur qu’il n’avait pu réprimer et un sourire béat avait alors envahit la face bestiale du criminel.

- En fait, nous allons nous arrêter un petit moment. Je présume que tes petits copains ont dû lancer des recherches tous azimuts pour te retrouver. 

Il lut la question dans les yeux de l’agent :

- On a roulé environ cinquante minutes. Mais vois-tu, j’ai un plan. Je présume que personne ne s’attend à ce que je fasse une halte : on doit penser que je me dirige au plus vite vers la frontière de l’état ; je suis persuadé qu’ils ont mis des barrages jusqu’au Mexique ! Mais voilà, Mackie ne se fait pas avoir comme ça ! Tu es bien placé pour le savoir agent spécial Don Eppes hein ? Mackie est ici et on le croit là-bas ; on le croit là-bas et il réapparaît ici ! Mackie est bien plus malin que tous les agents du F.B.I. réunis !

Don l’avait regardé sans parler et il se rendait compte que cet homme était avant tout un psychopathe atteint de mégalomanie. Le fait d’avoir si longtemps tenu en échec les polices de différents états, et surtout le F.B.I., lui avait manifestement donné l’illusion d’être devenu intouchable : en était-il moins dangereux pour autant ?

- Ricane tant que tu veux, pensait le prisonnier. Tu es peut-être largement plus intelligent que moi, mais  je sais qu’il y a au moins une personne à la cheville de laquelle tu n’arriveras jamais et malheureusement pour toi il s’agit de mon petit frère. Et crois-moi, grâce à lui on t’aura, n’en doute pas.   

 

*****


Cissy  (07.10.2009 à 21:50)

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