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Série : Numb3rs
Création : 16.03.2010 à 08h52
Auteur : dangie
Statut : Terminée
« Crossover Numb3rs/Dr House, bonne lecture » dangie
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Chapitre 1
Princeton, ruelle donnant sur Van Doren Street
C'est les hurlements qui l'avaient sorti du profond sommeil dans lequel il avait sombré. Des hurlements de terreur, des hurlements à vous faire exploser les tympans, à vous hérisser les poils dans le dos, à vous filer des cauchemars jusqu'à la fin de vos jours. Pourtant, dès qu'il avait posé la tête sur la couverture piquée aux mites qui lui servait de lit, exténué, il s'était immédiatement enfoncé dans le sommeil. Les cris perçants l'avaient brusquement réveillé et il s'était levé tout de suite.
Machinalement, il jeta un coup d'œil sur sa montre, enfin sur son bras...il y avait bien longtemps que sa montre n'était plus à son poignet, il y avait bien longtemps qu'il avait du se résoudre à la mettre en gage pour ne pas mourir de faim. Pourtant, il lui arrivait encore de faire machinalement ce geste.
Rapidement, il sortit de l'abri précaire qu'il s'était construit et se précipita dans l'allée, manquant de justesse d'écraser Buddy, son compagnon d'infortune. Il couru en direction des hurlements...vers l'immeuble juste au coin de la rue. Là, il vit les flammes qui sortaient par les fenêtres, là, il vit la jeune femme qui hurlait au deuxième étage.
Sans réfléchir, il se rua à l'intérieur. Il connaissait cette jeune maman, il l'avait déjà vu entrer dans l'immeuble tenant par la main un petit garçon aux boucles brunes. Elle ne le connaissait pas, elle n'avait peut-être même jamais remarqué sa présence, elle ne soupçonnait même pas son existence. Pourtant, il ne lui en tenait pas rigueur. Il savait qu'il devait la sauver, elle et son petit garçon. Il le sentait au plus profond de ses tripes. C'était une évidence.
Il s'élança dans les escaliers, grimpant les marches quatre à quatre. Plus il montait, plus la fumée se faisait épaisse, plus la chaleur devenait intense, plus l'air devenait irrespirable, plus ses poumons le brûlaient. Il continua quand même, jetant toutes ses forces dans la bataille. Arrivé sur le palier du deuxième étage, il s'arrêta un instant, le temps de décider dans quel appartement il devait aller. Son instinct lui dit de choisir le deuxième à gauche.
Rapidement, il s'approcha de la porte, saisit la poignée qu'il lâcha aussitôt...la poignée était brûlante. Sans se décourager, il occulta la douleur, recula de deux pas et balança un grand coup de pied dans la porte qui céda tout de suite. Dans l'appartement, la fournaise était encore plus intense. Accroupi, il s'avança à l'intérieur, tentant de se repérer. La moitié de la petite pièce était en flamme et l'autre disparaissait derrière un rideau de fumée. Il pouvait à peine distinguer le bout de ses doigts, mais il se dirigea vers la lumière qui filtrait à travers la fumée, il espéra que c'était la fenêtre par laquelle la jeune femme avait hurlé.
Il fut rapidement récompensé quand il aperçu un petit corps allongé sur le sol. Il saisit le petit garçon, le serra dans ses bras, cherchant du regard sa mère. C'est elle qui vint vers lui et lui toucha le bras. Les doigts serrés fermement, elle s'agrippa à lui.
- Venez, dit-il simplement entrainant avec lui la jeune femme.
Ensemble, ils descendirent les escaliers et réussirent à sortir de l'immeuble en feu. A peine à quelques mètres de la porte, la jeune femme s'affala sur le trottoir, épuisée. Il allongea le petit garçon par terre pour s'occuper de sa mère. Elle lui fit un bref signe de la tête indiquant qu'elle allait bien. Il se concentra alors sur le petit bonhomme. Par contre lui, ne respirait plus, son cœur ne battait plus...
Il n'eut pas le temps de se demander ce qu'il devait faire. Il bascula la tête du garçon en arrière, pinça ses narines noircies de suie et souffla deux fois dans sa bouche. Puis, il posa en grimaçant ses deux mains brûlées sur la poitrine du garçon et débuta un massage cardiaque. Il ne se souvenait pas où il avait appris ces gestes, pourtant ils lui étaient revenus tout seuls, instinctivement. Dans sa tête, il commença à compter..1...2...3...Plus rien ne comptait à part sauver la vie de ce gamin...4...5...6...Il entendit des bruits de pas qui se rapprochaient...7...8...9... le hurlement d'une sirène au loin...10...11...12...Il allait enfin avoir de l'aide...13...14...15...Les pas se rapprochaient de plus en plus...16...17...18...Un homme courait vers lui...19...20...21...L'homme criait quelque chose...22...23...24...Il ne comprenait pas ce que cet homme hurlait, tout ce qui importait c'était de sauver ce petit garçon aux boucles brunes...25...26...27...Les pas lourds de l'homme résonnaient juste derrière lui, il pouvait presque sentir les relents fétides de son haleine chargée d'alcool...28...29... " Qu'est-ce que tu lui fais, salopard?" a-t-il le temps d'entendre hurler avant que la batte de base-ball ne l'atteigne violemment sur la tempe droite.
Il s'écroula sur le trottoir, son sang se répandant sur le bitume, sa tête à quelques centimètres de celle du gamin. Le brouillard se forma autour de lui, il cligna plusieurs fois des yeux, tout tournait au ralenti autour de lui, il ne pouvait plus rien distinguer. La sirène s'arrêta brusquement, il eu le temps de deviner les gyrophares des pompiers qui dansaient tout près. Il savait que le gamin allait être sauvé, il pouvait partir rassuré...
Chapitre 2
Hôpital de Princeton Plainsboro, service des urgences
Le Docteur Allison Cameron se massa longuement la nuque, elle était épuisée. Quand elle était arrivée ce matin là, le Docteur Lisa Cuddy lui était quasiment tombée dans les bras. Plusieurs médecins des urgences étaient absents aujourd'hui, rattrapés par l'épidémie de grippe qui sévissait depuis quelques jours. La Directrice devait réquisitionner tout le personnel disponible pour faire face à cette crise. Comme le Service Diagnostic dirigé par le Docteur Gregory House était désert en ce moment, Cuddy avait fait appel à Cameron et Chase pour combler le manque aux urgences tandis que Le Docteur Eric Foreman devait tenter de mettre de l'ordre dans la multitude de dossiers en souffrance du Dr House.
Contrairement à ce que Cuddy avait imaginé, Cameron s'était facilement laissée convaincre de changer momentanément de service. La jeune femme comptait sur une journée entière sans supporter la mauvaise humeur incessante de House...c'était sans compter sur celle des dizaines de personnes qui attendaient aux urgences. C'est avec le sourire que Cameron avait expliqué à la jeune maman au regard suspicieux qui attendait depuis des heures que son bébé de 9 mois n'avait rien d'autre qu'un rhume des plus banal. C'est avec le plus grand calme qu'elle avait écouté les jérémiades de cet avocat incapable de remettre ses mocassins hors de prix à cause d'un ongle incarné.
Entre frustration et satisfaction, exaspération et réflexion, Cameron n'avait pas vu passer la journée. Quand Chase était venu lui dire qu'il partait, elle avait été tentée de lui demander de l'attendre pour qu'ils aillent boire un verre ensemble. Elle s'était finalement ravisée en jetant un œil sur la pile de dossiers qui attendaient sa signature. Elle mettait la touche finale au dernier dossier quand les ambulances transportant les victimes d'un incendie étaient arrivées.
Un petit garçon gravement intoxiqué que les pompiers avaient miraculeusement réussi à réanimer sur place. Sa maman, moins touchée mais complètement paniquée à l'idée d'abandonner son fils ne serait-ce que cinq minutes. Un homme qui avait dignement fêté la restitution de son permis après six mois de suspension pour conduite en état d'ivresse et qui prétendait haut et fort qu'il avait sauvé le petit garçon d'un pervers sexuel...Et le prétendu pervers.
Pourquoi cet homme avait-il spécialement retenu son attention? Elle n'avait plus rien à faire aux urgences puisque l'équipe de nuit était, miraculeusement, au complet, pourtant, le visage de cet homme était resté gravé dans sa mémoire.
Elle l'avait vu passer devant elle. Ses cheveux noirs hirsutes, le sang qui avait coulé de sa blessure à la tête, son visage disparaissant quasiment entièrement derrière une barbe en bataille. Ses vêtements usés jusqu'à la corde étaient déchirés par endroits. Tout en lui indiquait clairement qu'il vivait dans la rue.
Pourtant, dès qu'il avait repris conscience, Cameron crut déceler dans son regard une lueur qui lui était familière, une étincelle qu'elle avait déjà rencontré quelque part. Consciencieusement, ce regard perçant avait fait le tour de tout ce qui l'entourait, enregistrant chaque détails, mémorisant chaque visage.
Cameron ne pouvait détacher son regard de cet homme, à la fois si mystérieux et si familier...jusqu'à ce que Cuddy se matérialise devant elle.
- Je pense que vous pouvez rentrer chez vous, vous avez fait un excellent travail...je ne sais pas comment j'aurais fait sans vous! commença Cuddy, visiblement aussi épuisée que Cameron.
- J'ai bien apprécié, en fait, répondit la jeune médecin coupée dans sa contemplation.
- Alors, ne restez pas trop longtemps, vous avez intérêt à être en forme demain...vous repartez avec House! termina la directrice avant de se diriger vers la sortie.
Cameron observa une dernière fois l'homme allongé sur le brancard, soupira longuement et récupéra ses affaires avant de quitter, à son tour l'hôpital.
Chapitre 3
Los Angeles, maison familiale des Eppes
Alan Eppes s'était toujours levé tôt. Les mots "grasse matinée" n'avaient d'ailleurs plus court dans son vocabulaire personnel depuis la première grossesse de Margarett...et d'autant plus ces dernières semaines. Chaque jour, dès que l'aube pointait ses premières lueurs, il se levait rapidement, trop content de laisser derrière lui les longues heures d'insomnie et d'angoisse. Sans bruit, il descendait l'escalier et se dirigeait vers la cuisine pour préparer sa première tasse de café. Il aurait l'occasion d'en avaler encore au moins deux avant qu'Amita ou Charlie ne le rejoigne. Il avait du temps devant lui pour préparer le petit déjeuner du jeune couple...du temps qu'il passait à son poste d'observation. C'était devenu un rituel, une habitude qu'il avait prise et qui maintenait l'espoir toujours vivant.
Ce matin n'était pas différent des autres matins depuis des semaines. Serrant sa tasse de café, le cœur battant la chamade, il s'assit devant la fenêtre et attendit...De temps en temps, il jetait un coup d'œil à sa montre, mais Harry était toujours à l'heure, réglé comme une montre suisse. Il observa le petit garçon arriver du bout de la rue, ralentissant à peine devant chaque maison pour jeter le journal. Il attendit qu'Harry ait tourné au coin de la rue pour se lever. Il se retint de courir vers la porte, se dirigea vers la cuisine pour se verser une deuxième tasse et regarda la pendule le temps de finir son café. Sept minutes s'étaient écoulées depuis qu'Harry était passé, et Alan estima que c'était un délai suffisant et sortit.
Il ramassa fébrilement son journal. Comme tous les matins, il fût tenté de l'ouvrir tout de suite. Il se força à freiner ses ardeurs tout en examinant discrètement les alentours. Ca faisait maintenant plusieurs jours qu'il ne distinguait plus les agents en planque devant sa maison ou au coin de la rue. Avaient-ils abandonnés l'idée que Don puisse revenir ici? ...ou est-ce juste un piège pour que son fils se prenne dans le filet tendu?
Cette pensée effleura Alan qui en sourit. Comment pouvaient-ils croire que Don se laisserait faire aussi facilement? D'ailleurs, comment pouvaient-ils penser que Don ait trahi ses convictions? Alan, lui, ne l'imaginait même pas. Il ne voulait pas y penser. Il préférait se raccrocher à ce qu'il connaissait. Il connaissait Don, il savait comment fonctionnait le plus grand de ses fils.
Rentré dans la maison, il ouvrit rapidement le journal, jeta les pages sports qui d'habitude attiraient en premier son attention, pour se concentrer sur les petites annonces. Si Don devait lui donner des nouvelles, Alan était certain que c'est ce moyen que choisirait son fils pour communiquer.
Ce procédé pouvait bien être démodé, digne d'un film d'espionnage des années 60, mais à l'heure des e-mails et du tout électronique, Alan espérait que Don se souviendrait de ces vieux films qu'ils regardaient ensemble il y a maintenant une éternité.
Chapitre 4
Hôpital de Princeton Plainsboro, bureau du Docteur Lisa Cuddy
Cette journée s'annonçait prometteuse pour le Docteur Lisa Cuddy. Elle était arrivée à résoudre son problème de gestion du planning médical...du moins jusqu'à la prochaine épidémie de gastro-entérite...ou de flemmingite aigüe. C'est avec le sourire et de bonne humeur qu'elle entamait cette journée...jusqu'à ce que son calme fût troublé, son sourire effacé par le pas claudiquant du Docteur House entrant, comme à l'accoutumée, sans frapper dans son bureau.
- Ne me dites pas que Cameron retourne aux urgences encore aujourd'hui! s'indigna celui-ci d'une voix dure.
- Bonjour, moi aussi je suis contente de voir que vous allez bien, rétorqua Cuddy imperturbable.
- Je plaisante pas, j'ai besoin d'elle!
- Pourquoi faire? Vous avez aucun patient!
- C'est elle qui prépare le meilleur café, alors ne me dites pas qu'elle va aller perdre son talent dans vos urgences!
- Ce ne sont pas "mes" urgences, mais celles de l'hôpital...donc les vôtres aussi et non, je n'ai pas besoin d'elle aujourd'hui.
- Bien, parce qu'il faudrait pas que ça devienne une habitude.
- Pourquoi? Parce que vous pourriez plus lui demander de vous remplacer aux consultations?
- Où est-ce que vous allez chercher des trucs pareils, c'est pas du tout mon genre, affirma House le plus sérieusement possible.
- Alors, vous aurez tout le temps d'assurer votre service! se réjouit Cuddy.
- Je vous ai pas dit à quel point ma jambe me fait souffrir aujourd'hui, se lamenta House en grimaçant... Ca doit être à cause du changement de temps...je sens que la neige va bientôt pointer le bout de ses flocons...
- C'est fascinant, vous vous êtes transformé en grenouille météo et vous attendez que votre princesse vienne vous embrasser pour vous libérer, s'amusa Cuddy, un sourire éclairant son visage.
- Je croyais que vous aviez plus que largement dépassé l'âge des contes de fée...rétorqua House avant que la porte du bureau ne s'ouvre sur Cameron, un dossier à la main.
- J'ai un patient, commença-t-elle.
- Bien, se réjouit House, très bien! Je suis vraiment désolé, reprit-il en se tournant vers Cuddy, mais je vais pas pouvoir assurer les consultations...j'ai du travail qui m'attend...une vie à sauver...termina t-il en s'enfuyant dans le couloir.
Cameron accéléra l'allure pour le rattraper.
- J'ai vraiment un patient, répéta Cameron en stoppant House.
- J'en doute pas, mais je n'examinerai aucun dossier tant que j'aurais pas bu un café, reprit celui-ci en écartant la jeune femme de son passage et en continuant sa progression vers son bureau.
Chapitre 5
Hôpital de Princeton Plainsboro, bureau du Dr House
House déposa sa tasse de café brûlant sur la table, saisit son feutre noir et s'approcha du tableau blanc. D'un regard, il embrassa toute la pièce, Chase et Foreman qui attendaient que Cameron se lance.
- Il s'appelle Charlie, commença la jeune femme sans ouvrir le dossier posé devant elle.
- Tiens, il a pas de nom de famille? constata Chase.
- Chut! souffla House, c'est une star du rock!
- C'est un SDF...poursuivit Cameron.
- C'est beaucoup moins glamour, renchérit House.
-...Il a des céphalées et des vertiges depuis plusieurs semaines...
- Il a peut-être des problèmes d'hypertension, tenta Chase.
- Sa tension est tout à fait normale, répondit Cameron.
- Il a peut-être, tout simplement, besoin de lunettes?
- Sa vue est excellente, rétorqua la jeune femme.
- Il y a tellement de causes possibles, souffla Foreman...On peut pas dire que les SDF soient particulièrement attentifs à leur état de santé...jusqu'à ce qu'ils arrivent dans les services d'urgence...
- Il a été frappé à la tête hier soir, leur appris Cameron, mais ses symptômes sont plus anciens.
- Qu'est ce qui s'est passé? demanda House intéressé, qu'est-ce qu'il a fait pour qu'on lui tape dessus?
- Il a sauvé un petit garçon et sa maman d'un incendie...
- Ah oui? Et un coup sur la tête c'est la nouvelle récompense pour les bons samaritains? Vous comprenez maintenant pourquoi je viens jamais en aide à la veuve et l'orphelin, admit House.
- Un type complètement saoul l'a agressé...poursuivit Cameron.
- Voilà qui tue tout le suspens, une bagarre entre ivrognes!
- Il ne boit pas et le type a cru que Charlie embrassait le garçon...alors, qu'il lui faisait du bouche à bouche!
- Et c'est ce "Charlie" qui vous a raconté ça?
- C'est la mère du gamin, c'est elle qui a dit que Charlie avait sauvé la vie de son fils.
- Alors un bon samaritain qui réanime les enfants, résuma House...ne me dites rien, mais le dernier qui a fait ça, il a pas fini crucifié? Votre type a eu une chance d'enfer de se prendre juste un petit coup sur la tête.
- Il sait faire les gestes de première urgence, ...c'est un ancien pompier? Ou un médecin? Un infirmier? intervient Chase.
- Il ne s'en souvient pas..commença Cameron.
- Comment ça ? Il a oublié qui il est ou il a simplement oublié pourquoi il boit?
- Je vous ai déjà dit qu'il ne boit pas et...il est amnésique! s'énerva Cameron.
- Quoi? Il est amnésique et il sait faire le bouche à bouche? Qu'est-ce qu'il sait faire d'autre? Ne me dites pas qu'on a "John Doe" aux urgences, celui qui sait tout sur tout...sauf son nom et qu'on ne m'a rien dit! ironisa House.
- Il sait comment il s'appelle...
- La police peut lui prendre ses empreintes pour savoir qui il est? tenta Chase.
- Ses mains ont été brulées dans l'incendie...
- Ah mince, y'a pas un truc infaillible pour identifier les criminels?...Un truc qui commence par un "A" et fini par un "N"? plaisanta House en levant les yeux au ciel dans un simulacre de concentration intense.
- Quand ils ont cru que c'était un pervers sexuel, les policiers lui ont fait un prélèvement ADN, mais il faut attendre 2 voir 3 jours pour avoir les résultats, intervient Cameron.
- Quoi? 2 à 3 jours? Qu'on appelle tout de suite CBS, Jerry Bruckeimer, Anthony Zuicker...Depuis le temps qu'on nous raconte qu'on peut faire une analyse ADN en quelques heures, je pense avoir été dupé pendant des années, s'indigna House.
- Il faudrait qu'il soit fiché quelque part pour qu'on ai une réponse, coupa Chase
- Je reconnais le fan de séries policières...ou l'habitué des commissariats. Au fait, vous êtes enregistré dans quelle base de données? interrogea House en se tournant vers Foreman.
- De quand date son amnésie? demanda le neurologue sans relever les sarcasmes de son patron. Est-ce qu'on sait si c'est avant les maux de tête ou...
- On va pas commencer un débat philosophique sur lequel est le premier de la poule ou de l'œuf...s'emporta House.
- Tu penses pas qu'il peut simuler? continua Foreman. C'est un SDF, il commence à faire vraiment froid, ici il a un lit chaud, quelque chose à manger...
- Il voulait partir ce matin, c'est moi qui l'aie convaincu de rester un peu plus, répondit Cameron.
- Il a peut-être une fracture du crâne, consécutive à une chute...un coup antérieur, tenta Chase...ça pourrait expliquer ses vertiges et ses céphalées...
- Ou une tumeur au cerveau, continua Foreman.
- Ah, enfin quelque chose. On peut dire que vous êtes longs à la détente...c'est incroyable le temps qu'on peut perdre à raconter des inepties! remarqua House. Faites-lui une radio du crâne pour voir s'il y a une fracture...si y'a rien, faites une I.R.M. pour voir si y'a une tumeur...Si y'a une tumeur dites-lui qu'il a intérêt à se trouver un nom, s'il veut pas qu'on confonde sa tombe avec celle du perdant d'une émission de télé-réalité...
Chapitre 6
Hôpital de Priceton Plainsboro, salle de radiologie
Qu'est-ce que je fais encore là? J'ai pourtant l'impression que je me laisse pas faire d'habitude et là, j'arrive pas à croire que je me suis laissé convaincre aussi facilement par cette fille...Ou alors c'est son sourire, ses yeux, le ton de sa voix, l'attention avec laquelle elle prend soin de moi...Ca me fait bizarre cette impression de ne pas lire la pitié ou le dégout dans le regard des autres, de compter pour quelqu'un, d'avoir de l'importance...J'veux pas dire que Buddy n'est pas important à mes yeux, qu'il ne compte pas pour moi comme je compte pour lui...Sans lui, je serais certainement mort sur cette voix ferrée...et enterré dans une fosse commune...Buddy, c'est mon pote, mon ami...mon seul ami...Mais, je suis pas contre une présence féminine...et son regard! Je sais pas pourquoi il me frappe autant...pourquoi mon cœur se serre quand je me plonge dans ses yeux?
Je sais pas...je sais plus... je crois que je suis tellement fatigué...fatigué d'avoir aussi mal, fatigué de ces migraines qui ne me quittent jamais, qui m'empêchent de penser...fatigué d'arpenter cette ville que je suis persuadé de connaitre à la recherche d'un endroit qui me serait familier, de personnes qui me reconnaitraient...fatigué de me réveiller en hurlant, le corps inondé de sueur et de ne pas arriver à me souvenir du cauchemar qui me hante...ou alors, j'ai pas envie de me souvenir...j'ai pas envie de savoir pourquoi mon cœur s'emballe quand je croise une voiture de police...enfin, j'avais pas envie. C'est pourquoi je me suis laissé faire quand je les ai vu arriver avec leur coton-tige...j'ai envie de savoir maintenant qui je suis...J'en ai marre de m'enfuir, j'en peux plus de courir, j'en peux plus de me terrer comme un animal traqué...
Si ça se trouve, j'ai une femme et des enfants quelque part, si ça se trouve, j'ai une famille, des amis, un boulot...si ça se trouve, y'a des gens qui m'aiment quelque part...des gens que j'aime...si ça se trouve, j'ai une vie ailleurs...si ça se trouve, j'avais une vie de merde!...C'est vrai que ma vie maintenant , c'est le paradis! Si la jolie docteur, cachée derrière sa console ne m'avait pas dit de ne pas bouger, je crois que je me mettrais à hurler de rire...J'ai pas l'air ridicule avec cette magnifique chemise de nuit qui laisse tout deviner de mon anatomie? A fixer cette machine qui me bombarde la tête de rayons nocifs espérant découvrir ce qui se trame là-dedans? Est-ce qu'elle va réussir à décrypter mes souvenirs? Est-ce qu'elle va parvenir à me redonner ma vie?
Chapitre 7
Hôpital de Princeton Plainsboro, chambre de Gavin Miller
Le Docteur Grégory House se faufila subrepticement à l'intérieur de la chambre de Gavin Miller, 73 ans, hospitalisé depuis 15 jours, dans le coma depuis 32 heures, suite à une énième attaque cardiaque. Sa famille, occupée à se disputer son héritage, n'avait pas encore eu le temps de suspendre son adhésion au service de télévision de l'hôpital et House comptait bien ne pas laisser passer cette aubaine pour profiter de son feuilleton préféré. A peine entré, il commença à fouiller la table de nuit à la recherche de la télécommande et, c'est finalement, cachée sous un bric-à-brac qu'il la dénicha enfin.
- C'est Cuddy qui vous a briefé? demanda House au vieil homme inconscient.
Armé de sa précieuse trouvaille, il s'assit confortablement dans le fauteuil, installa ses jambes sur le lit et s'apprêtait à allumer la télé, quand la porte s'ouvrit brusquement.
- Vous voyez pas que cet homme a besoin de calme, sermonna House aux nouveaux arrivants.
- Parce qu'avec vous il est au calme? demanda Foreman.
- C'est vous qui faites du bruit, assura House, et puis moi, je fais juste une bonne action.
- Une bonne action? s'étonna Chase.
- Et oui! Bobby regarde ce feuilleton tous les jours, je voulais pas qu'il le manque sous prétexte qu'il est inconscient...c'est peut-être la dernière fois qu'il le voit, chuchota House.
- Il s'appelle Gavin, rectifia Cameron en jetant un œil sur la pancarte au pied du lit.
- Oui! Je sais... Bobby, c'est son surnom...pour les intimes, affirma House, alors maintenant laissez-nous.
- On a les résultats pour Charlie, poursuivit Cameron.
- Alors, tumeur ou fracture? Fracture ou tumeur?
- Aucun des deux, il a une balle dans la tête, affirma la jeune femme.
- Une balle? s'étonna House, mais ce "Charlie" devient enfin intéressant...Où ça la balle?
Cameron lui confia la radio qu'elle avait apporté. House leva le cliché vers la lumière et remarqua immédiatement le petit bout de métal, juste derrière la tête, fiché dans le crâne.
- Depuis combien de temps il a ça?
- On pense plusieurs semaines, le cuir chevelu est complètement cicatrisé, on sent à peine une petite bosse.
- La balle est au niveau de l'os, elle n'a pas pénétré le cerveau, mais ça peut expliquer ses maux de tête, affirma Foreman.
- Oui, mais pourquoi l'amnésie? demanda Chase.
- Il a pu tomber quand on lui a tiré dessus...et se cogner la tête...ce qui pourrait expliquer les vertiges et la perte de mémoire...séquelles d'un traumatisme, tenta Cameron.
- Comment il s'est fait tirer dessus? demanda House...Attendez, ne me dites rien...il s'en souvient pas. Ca sert le coup de l'amnésie...si c'est vraiment une amnésie! Allez, assez discuté, préparez un bloc qu'on lui enlève cette balle...et appelez la police. Ils vont peut-être accélérer les analyses ADN s'ils savent qu'ils ont affaire à un criminel.
- C'est lui la victime, c'est lui qui a reçu une balle! s'exclama Cameron.
- C'est çà! Et moi je suis Mère Théresa! Y'a que les criminels qui se cachent après s'être fait tirer dessus, conclu House. Maintenant, laissez Bobby profiter de sa série.
Chapitre 8
Los Angeles, maison de la famille Eppes
Charlie Eppes éteignit avec rage son réveil. Il dormait depuis moins d'une heure quand cet engin de malheur s'était manifesté. D'un geste las, il se tourna dans le lit et constata, mécontent, qu'Amita n'était déjà plus là. Il fallut quelques dixièmes de secondes pour que son cerveau si brillant d'ordinaire ne démarre et se souvienne que la jeune femme l'avait prévenu qu'elle partirait tôt ce matin pour préparer ses cours. De plus en plus exténué, il se décida à se lever et se dirigea d'un pas traînant vers la salle de bain.
Les yeux fermés, il laissa longuement l'eau brûlante couler sur son visage, ses épaules, tout en sachant qu'il faudrait bien plus qu'une douche bienfaisante pour dissiper toutes les tensions accumulées. Au bout d'un temps infini, il descendit enfin rejoindre son père à la cuisine.
- Salut, souffla Charlie la voix déjà fatiguée.
- Salut, lui répondit Alan visiblement dans le même état. Tu veux que je te prépare quelque chose?
- Non, ça va papa, je vais juste prendre un café, continua Charlie en se dirigeant vers la source de caféine, seule chance pour lui de s'extirper de la fatigue qui l'engluait.
En passant, le regard du jeune mathématicien rencontra le calendrier. Il ne pût s'empêcher de calculer: 6 semaines, 2 jours, 21 heures...
Six semaines, deux jours et vingt et une heures que Liz avait franchi cette porte pour leur annoncer la nouvelle qui avait anéanti leurs vies: Don avait disparu.
Hélèna Davidovitch, le témoin qu'il était chargé de convoyer ainsi que le Marshall Marc Russel avaient été retrouvés morts, abattus d'une balle dans la tête. Don, lui était introuvable. Les agents dépêchés sur place avaient fouillé la scène de crime avec précision, mais ils n'avaient rien trouvé...pas même une infime trace de sang.
Même si les nouvelles n'étaient pas encourageantes, Alan et Charlie s'étaient raccrochés à l'idée qu'il restait une minuscule chance pour que Don n'ait rien...
Quelques heures plus tard, l'espoir s'était transformé en cauchemar...quand une dizaine d'agents du FBI avaient fait irruption dans leur maison munis d'un mandat de perquisition. Les balles retrouvées dans le corps du Marshall et d'Hélèna provenaient de l'arme de Don...et le fait qu'aucune trace de sang de l'agent du FBI n'avait été retrouvée sur place jouait maintenant en sa défaveur. Don était devenu le suspect numéro 1 des meurtres d'un Marshall des Etats-Unis et d'un témoin sous protection, seule capable d'envoyer derrière les barreaux toute une organisation criminelle.
Même si Charlie avait répété des centaines de fois que son frère ne pouvait pas avoir fait une chose pareille, qu'il n'était pas aussi stupide pour commettre un meurtre avec son arme de service, la procédure était maintenant lancée et rien ne pourrait désormais l'arrêter.
Le FBI avait décidé que Don était une taupe à la solde de Tony Scandelli. De ce fait, Charlie avait définitivement perdu son accréditation, toute la famille Eppes et son entourage avaient été mis sur écoute et surveillés dans l'attente que Don reprenne contact avec eux.
Charlie soupira longuement. Plus les semaines passaient, plus le sort de Don semblait scellé. S'il n'était pas dans le coup, pourquoi les tueurs n'avaient-ils pas abandonné son corps sur place comme les autres? S'il était vivant, pourquoi ne refaisait-il pas surface? Charlie ferma les yeux tentant de faire le vide dans son esprit, mais rien n'était capable d'occulter l'horrible vérité : soit Don était un traitre, il soit était mort...
Chapitre 9
Hôpital de Princeton Plainsboro, bloc opératoire
Il fait froid dans le bloc opératoire. En tout cas, lui a froid. Depuis qu'il vivait dans la rue, il pensait que son corps s'était habitué au climat rude de Princeton, même si d'après Buddy, l'hiver n'avait pas encore dévoilé toute sa force... Pourtant, dès qu'il s'était réveillé dans la chaleur agréable et rassurante de l'hôpital, une idée avait commencé à germer dans sa tête malmenée...Il aimait les températures caniculaires, la plus petite parcelle de sa peau réclamait du soleil, de la chaleur...Puis, une autre idée avait fait son chemin à travers les méandres embrumés de son esprit...Même s'il voulait quitter cet endroit au plus vite, l'ambiance qui régnait au sein du service des urgences de l'hôpital Princeton Plainsboro ne lui était pas indifférente...Ce mélange de calme teinté d'adrénaline, ces drames mêlés d'espoir, ce cocktail détonnant de précision et de confusion ne lui était pas étranger, presque naturel, voire instinctif...
Depuis, il n'avait cessé de tenter d'insérer cette nouvelle donnée au sein de l'immense équation aux multiples inconnues qu'était sa mémoire sans arriver au moindre résultat. Et puis, la jolie médecin était revenue avec les résultats de sa radio et avait fait voler en éclat le semblant de souvenir qu'il pensait avoir reconquit...Il avait une balle dans la tête!
Cette nouvelle aurait du le réjouir : dans quelques heures, tout au plus quelques jours, les douleurs se seraient envolées en même temps que le morceau de métal fiché dans son crâne. Mais, lui, n'avait aucune idée de la façon dont il avait "ramassé" cette balle. Est-ce qu'un pompiste lui avait tiré dessus alors qu'il s'enfuyait après le braquage d'une station service? Avait-il été la victime d'un règlement de compte entre deux gangs rivaux? Avait-il simplement été au mauvais endroit au mauvais moment et reçu une balle perdue? ...Et surtout, était-il du côté des bons ou des méchants?
La présence de cette balle dans son crâne ouvrait une nouvelle brèche dans la muraille infranchissable qui entourait ses souvenirs et donnait du relief à cette peur qui le tenaillait, cette boule d'angoisse qu'il sentait monter en lui à chaque fois qu'il apercevait des policiers. Il était certainement un criminel en fuite, il avait certainement commis des choses monstrueuses que sa mémoire occultait complètement.
Jusqu'à présent, il s'était laissé faire pensant que tous les examens et la sollicitude de la jeune médecin allaient enfin lever le voile sur son passé, mais au lieu de cela, de nouvelles interrogations avaient vues le jour, des interrogations qui lui redonnaient l'irrépressible envie de s'enfuir. Pourtant, il n'arrivait à faire aucun geste. Il était désormais installé sur une table aussi froide qu'une table d'autopsie, encerclé par des hommes et des femmes affairés à le relier à tout un bataillon de machines de torture. Découragé, déstabilisé, il chercha à travers les visages masqués du personnel du bloc opératoire le regard de la jeune femme. Il aurait voulu trouver un point de repère pour éviter de penser à cette balle et à toutes ses implications...Et le froid l'avait saisit...et cette pensée l'avait rattrapé comme une évidence : il n'avait jamais vécu dans cette ville...Comment était-il arrivé jusqu'ici? D'où venait-il? Où vivait-il? Et pourquoi le nom de Princeton était-il resté gravé aussi solidement en lui?
Il sentit sa tête tourner à tenter de combler le vide de sa vie, il sentit son cœur ralentir doucement dans sa poitrine, sa vision se troubla...Si bien qu'il n'entendit pas l'agitation autour de lui.
- Bradycardie, annonça l'infirmière d'une voix forte. Pouls à 40!
- Une réaction aux anesthésiques? demanda Chase accourant aussitôt.
- Il n'a encore rien eu! affirma l'anesthésiste
- Qu'est-ce qui se passe?
- Le pouls faiblit encore...asystolie...
- Adrénaline! Vite!... lança Chase...
Il ne sentit pas la drogue passer dans ses veines, il ne sentit pas les électrodes du stimulateur lui traverser le cœur...