HypnoFanfics

Patient 366 37737

Série : Numb3rs
Création : 16.03.2010 à 08h52
Auteur : dangie 
Statut : Terminée

« Crossover Numb3rs/Dr House, bonne lecture » dangie 

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Chapitre10

 

Los Angeles, Calsi, bureau de Charlie Eppes

 

Amita retrouva Charlie dans son bureau juste après son cours. Le jeune homme, penché sur son ordinateur, sursauta quand Amita posa la main sur son épaule.

- Désolée de t'avoir fait peur, s'excusa la jeune femme.
- Non, je suis content de te voir...de te revoir, répondit Charlie un sourire éclairant son regard fatigué, déposant un doux baiser sur les lèvres d'Amita.

- Tu as réussi à dormir un peu?

- Un peu, oui! ...Mais, ça va, je tiens le coup, assura Charlie en désignant les gobelets de café qui encombraient sa table.

- Tu devrais peut-être faire une pause, dormir un peu, proposa Amita.
- Si je dors maintenant, ce soir, je ne serais pas fatigué. C'est un cercle vicieux...
- Tu ne crois pas que tu es déjà dans le cercle? Et puis, pense à ce qu'on pourrait faire, ce soir, si tu n'es pas fatigué? proposa Amita avec un sourire malicieux.
- Tu sais que pour toi, je ne suis jamais fatigué, assura Charlie souriant à son tour.
- Alors, fais-moi plaisir, va te reposer...et arrête de te doper à la caféine, reprit Amita en ramassant les gobelets.

- Ca m'aide pour travailler...

- Justement, tu pourrais prendre quelques jours...on pourrait prendre quelques jours...

- Il faut que je travaille, ça m'empêche de penser...

- De penser à Don? Charlie, tu ne crois plus pouvoir le retrouver?

- Il faut que je le retrouve, lâcha le jeune homme à bout de forces...Il faut qu'on retrouve son corps pour qu'il puisse rejoindre maman...

- Tu es persuadé que Don est mort? s'étonna Amita.

- J'espère qu'il est mort, souffla Charlie...Si c'est vraiment un traitre, je le supporterai pas...et ça finira par tuer mon père.

- Charlie, arrête ça! s'énerva Amita. Tu ne crois pas que Don soit dans le coup? Tu connais assez ton frère pour ne pas croire ces inepties et puis les enquêteurs ont épluché ses comptes bancaires, passer au crible ses relevés téléphoniques, fouiller son appartement, son bureau et votre maison et ils n'ont rien trouvé.

- Justement, Don est depuis assez longtemps au FBI pour camoufler tout ça...surtout avec l'aide de son frère mathématicien!

- Mais, tu n'as rien à voir là-dedans! Et il aurait utilisé son arme pour commettre un meurtre?

- Il a peut-être été pris de court? supposa Charlie sans convictions.
- Don pris de court? Où est-ce que tu as vu jouer ça? tenta de plaisanter Amita.

- Alors, pourquoi est-ce qu'il ne donne pas de nouvelles? Pourquoi est-ce qu'il laisse papa mourir à petit feu? S'il était si doué, il trouverait bien un moyen de nous prévenir? s'énerva à son tour Charlie.

- Charlie, calme-toi. La famille est très importante pour ton frère...je crois qu'il l'a déjà prouvé, alors, s'il ne donne pas de nouvelles, c'est sans doute parce qu'il ne peut pas...

- Qu'il est mort, conclue Charlie.

- Arrête! Tu dois pas perdre espoir...si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour ton père...et pour moi!

Charlie regarda attentivement le visage d'Amita, son regard ne mentait pas, son courage et son optimisme pouvait être contagieux...il rêva qu'ils soient contagieux.

- Promis, je vais essayer, souffla-t-il doucement en approchant le visage de la jeune femme pour se perdre dans ses cheveux.

 


dangie  (28.03.2010 à 23:42)

Chapitre 11

 

 

Hôpital de Princeton Plainsboro, bureau du Dr House

Le Dr House entra dans son bureau et fusilla du regard ses trois assistants qui attendaient assis autour de la table.

- Alors! Notre amnésique est un grand cardiaque? lança-t-il avant de refermer la porte. Ah oui! Attendez, il ne s'en souvient pas!

Il claudiqua jusqu'à son tableau, saisit son feutre noir et inscrivit "Bloc de branche" en dessous de "céphalées", "vertiges" et "amnésie".

- Son bilan avant l'intervention était tout à fait normal, se défendit Cameron.

- Oui! Et maintenant, si vous lui enlevez la sonde d'entrainement que Chase lui a posé, on ne saura jamais comment il s'appelle, assura House.

- Il connait son prénom, répliqua la jeune femme.

- Oui! Celui qu'il s'est inventé...ou qu'on lui a donné...ajouta House avant de se diriger vers la cafetière.

Il se servit une tasse et commença à arpenter la pièce. Même s'il ne l'admettrait jamais, ce cas avait enfin soulevé son intérêt.

- Cette balle est là depuis des semaines, peut-être des mois sans aucun symptôme... à part les céphalées et sans cet incendie, il ne serait jamais venu consulter, constata House tout en marchant.

- Il a des vertiges aussi, intervint Cameron.

- Vous avez besoin de lunettes? hurla House. Vous voyez bien que c'est déjà inscrit sur le tableau!

- Ils peuvent être dus à la fracture du rôcher qu'on a pu voir sur la radio. Elle a beau être consolidée, elle peut encore occasionner des vertiges, répondit Foreman.

- Voilà! Ecoutons le neurologue. La balle n'a touché aucun vaisseau sanguin, elle a à peine "effleuré" le crâne sans faire aucun dommage cérébral...comment est-ce qu'elle pourrait toucher le cœur?

- Si la balle est là depuis longtemps, ça peut être un empoisonnement aux métaux, proposa Chase.

House leva un sourcil d'intérêt.

- Possible... faites un dosage et si c'est positif, commencez une chélation...Pendant que vous y êtes faites-lui aussi un bilan hépatique et un test aux opiacés...

- Ce n'est ni un alcoolique ni un drogué, s'indigna Cameron.

- Il a peut-être oublié qu'il l'était...plaisanta House.

     

- Ou être exposé à des solvants ou des émanations toxiques dans l'endroit où il vit, proposa à son tour Foreman.

- Il vit dans la rue, il a pu se faire mordre par un rat, tenta la jeune femme.

- Waouw! Eh bien, vous voyez qu'on peut arriver à tirer quelque chose de vous! Vérifiez s'il a des traces de morsures, lança House avec un regard en coin pour Cameron...et allez voir où il vit...Il n'a peut-être pas de toit, mais il y a sûrement quelqu'un qui le connait...


dangie  (28.03.2010 à 23:45)

Chapitre 12

 

Los Angeles, Calsi

 

Ian Edgerton se gara sur le parking de l'Université. Des semaines qu'il n'était pas revenu à Los Angeles et la première personne qu'il voulait voir se trouvait soit dans son bureau, soit devant ses étudiants. Ian avait, bien entendu, pris des nouvelles de famille Eppes par ses collègues du FBI, mais ce qu'il devait avouer à Charlie, il devait lui annoncer face à face...

...Des mois qu'il travaillait sur cette enquête. C'est lui qu'on avait chargé de retrouver la trace du meurtrier de cette femme dont le cadavre avait été abandonné sur une colline surplombant la ville. Quand Ian s'était rendu compte que cette affaire avait des implications beaucoup plus complexes et étendues qu'il l'avait tout d'abord supposé, il s'était résolu à demander l'aide des frères Eppes.

Don, complètement débordé par son travail, n'avait pas tout de suite adhéré aux intuitions de Ian, mais quand avec le soutien de Charlie, ils avaient mis à jour un vaste trafic de jeunes femmes, son approche s'était modifiée. Ensemble, ils avaient remontés la filière partant de Russie, traversant le Pacifique par cargos et accostant dans les ports de la côte Ouest. Sous la couverture d'un banal exportateur de caviar, des dizaines de jeunes femmes, presque des enfants, embarquaient dans des containers avec la promesse d'un avenir meilleur aux Etats-Unis et se retrouvaient séquestrées et exploitées dans de prétendus salon de massages répartis dans tout le pays. Le voyage était souvent long et se terminait très mal pour celles qui tentaient de se rebeller. Elles étaient abattues d'une balle dans la tête, comme celle retrouvée dans les collines ou passées à tabac devant ses compagnes de route pour servir d'exemple.

C'est justement dans ces circonstances que le chemin d'Hélèna Davidovitch avait croisé celui du FBI. Grâce à une étude multi-factorielle tout droit sortie des méninges de Charlie, ils l'avaient retrouvée agonisante dans un container débarqué depuis quelques heures de Russie. La jeune femme était restée pratiquement une semaine dans un état précaire, mais s'était finalement rétablie. Tout d'abord terrorisée, elle s'était laissée "apprivoiser" par Don qui avait su gagner sa confiance. Une complicité s'était tissée entre la jeune femme meurtrie et l'agent du FBI exténué. Une fois totalement remise, elle avait tout raconté de son voyage, des conversations qu'elle avait surpris entre ses geôliers alors que ceux-ci supposaient qu'elle ne comprenait que le russe. Son témoignage était en mesure d'ébranler, voire de faire tomber Tony Scandelli, ayant des soutiens politiques en Californie et notable bien connu jusqu'à New-York ...C'est d'ailleurs ce qui avait tout fait basculer...

Le procureur de Manhattan voulait entendre Hélèna pour étayer son accusation contre Scandelli, déjà poursuivit à New York. C'est Ian qui devait se charger du transfert jusqu'à la côte Est...mais, la veille du départ, il avait appris que son père venait de faire une crise cardiaque. Don s'était alors proposé pour le remplacer, requête qui avait été acceptée grâce à la demande insistante d'Hélèna.

Tout était allé si vite, en quelques heures, la vie de Don et de sa famille avait basculé dans l'horreur...alors que c'est Ian qui aurait du se trouver dans cette voiture...tout lui paraissait presque irréel aujourd'hui...Maintenant, son père était sorti d'affaire. Il avait été autorisé à quitter l'hôpital et commençait déjà à faire damner les infirmières de la maison de repos, ce qui était le signe évident qu'il allait mieux. Ian avait donc décidé de s'atteler à la tâche qu'il aurait du faire il y a des semaines...

Une fois à l'intérieur du Département de Mathématique, il se dirigea immédiatement vers le bureau de Charlie, mais le jeune mathématicien n'était pas là. Ian posa la paquet qu'il tenait sur la table et partit se chercher un café en attendant.

 


dangie  (09.04.2010 à 22:46)

Chapitre 13

 

Los Angeles, Calsi, bureau de Charlie Eppes

 

Charlie avança d'un pas traînant jusqu'à son bureau. Seulement quelques heures qu'il était debout et il était déjà épuisé. Il avait 30 minutes de répits avant son prochain cours et il comptait bien les mettre à profit pour tester les conseils d'Amita et se reposer un peu. Il doutait de réussir à fermer les yeux et à se vider la tête, mais il voulait au moins essayer.

Dès qu'il passa la porte, il remarqua immédiatement le sac posé sur son bureau. Il laissa tomber son cartable et s'approcha méfiant. Le paquet était plutôt volumineux, en papier kraft...de ces paquets que les policiers scientifiques utilisent pour emballer les indices relevés sur une scène de crime. Intrigué, Charlie chercha du regard Colby ou David...même si les deux agents avaient intérêt à rester éloignés de la famille Eppes s'ils tenaient à leur carrière, les deux hommes avaient gardé le contact avec Charlie et Alan pendant ses dernières semaines, mais c'était la première fois qu'ils lui apportaient du "travail". Charlie n'eut pas le temps de pousser plus loin ses investigations.
- Pardon de te déranger, s'excusa Ian Edgerton arrivant un café à la main.

Charlie se retourna surpris et un large sourire éclaira son visage.
- Ian! Content de te revoir. Comment va ton père? commença tout de suite le jeune homme ravi de cette visite.

- Il va bien, il a même recommencé à râler, c'est donc qu'il est en forme! plaisanta Ian, mais comment se porte le tien?

- Il tient le coup, il ne dort pas beaucoup, mais ça va, annonça Charlie pas très convaincu.

- Et toi? demanda Ian inquiet devant le teint pâle du jeune homme.

- Ca va, mentit Charlie, mais qu'est-ce qui t'amène ici? Tu as une nouvelle affaire en cours? continua le jeune homme pour couper court à toute autre question le concernant.

- Non, répondit Ian en s'approchant du paquet sur le bureau... Pas une nouvelle.

- Comment ça? questionna Charlie.

- Je suis allé sur les lieux où on a retrouvé les corps d'Hélèna et du Marshall ...

- Tu as trouvé des traces? coupa Charlie ne tenant plus en place.

- Non, même si j'avais pu me rendre tout de suite sur place, je n'aurais rien trouvé...il y a eu un terrible orage ce jour là, des trombes d'eau se sont déversées sur la région...faisant disparaitre toutes les traces qui aurait pu y avoir.

- Alors? s'impatienta Charlie.

- Il y a une rivière tout près de la route où était la voiture...Je pense que Don a du s'enfuir par là...

- S'enfuir? s'étonna le jeune homme...Tu ne crois pas que Don est complice de ...

- Jamais! coupa Ian. J'ai travaillé avec ton frère sur cette affaire...et pas que sur cette affaire et je peux t'affirmer que Don n'est pas un ripoux...il a peut-être pris des libertés avec les règles quelques fois, mais je ne connais pas d'homme plus droit et honnête que ton frère...et surtout je crois qu'il tenait beaucoup à Hélèna, il ne lui aurait jamais fait de mal.

Charlie s'assit rapidement sur la première chaise à sa portée et se laissa tomber dessus. Il se prit le visage dans les mains, tentant de retenir les sanglots qui montaient dans sa gorge. Sentir qu'Ian, à qui il vouait une grande admiration ne croyait pas en la culpabilité de Don était un soutient formidable, inestimable. Il releva la tête doucement.

- J'arrive pas à croire ce que j'entends, articula-t-il difficilement entre rire et larmes.

Sentant qu'il n'arriverait pas à raisonner le jeune mathématicien et ne voulant pas le laisser s'embarquer dans des suppositions erronées, Ian ouvrit le sac, sortit un blouson noir et le posa sur le bureau.

- Est-ce que cette veste te dit quelque chose? demanda l'agent du FBI, certain de la réponse qu'il aurait.

Charlie se leva et examina le blouson attentivement, le retourna sous toutes les coutures.

- C'est celui de Don, annonça-t-il en relevant les yeux.

- Tu es sûr?

- Certain! affirma Charlie. Tu vois cet accroc là sur la manche droite, continua-t-il en pointant une déchirure de 2cm, Don se l'ai fait lors d'une randonnée dans la forêt...

- Il a pu la faire réparer, tenta Ian.

- Non! poursuivit Charlie. C'était deux jours avant qu'il parte, vous veniez de boucler votre affaire et papa a insisté pour qu'on aille faire un tour ensemble, qu'on prenne l'air...le soir, quand on est rentré, c'est là que Don a eu ton message. Tout s'est précipité ensuite, il a eu autre chose à penser qu'à cet accroc.

Ian réfléchit rapidement à ces informations qui confirmaient ce qu'il savait déjà.

- Où est-ce que tu as trouvé le blouson? reprit Charlie impatient.

- En aval de là où on a retrouvé la voiture...

- Alors, ça veut dire que Don s'est enfui par la rivière! déduisit Charlie plein d'espoir.

- Charlie, il y a beaucoup de rapides à cet endroit...tenta de continuer Ian.

- Oui! Mais Don est un très bon nageur! affirma Charlie.

- Charlie, j'ai retrouvé le blouson à près de 30km de la voiture!

- Et alors? Don est tout à fait capable d'un tel exploit! ajouta le jeune homme ne voulant baisser les bras, une lueur d'espoir éclairant son visage fatigué.

- Charlie! s'exclama Ian en le saisissant par les bras, je l'ai retrouvé au pied d'une falaise...la chute d'eau descend à pic de plus de 50mètres!

Charlie aspira l'air goulûment, les larmes s'écoulant sur ses joues. Il ne voulait pas entendre les affirmations d'Ian, son esprit ne pouvait assimiler l'horreur que la découverte du blouson de Don impliquait.

- Tu veux dire qu'il est mort? articula-t-il difficilement.

Ian hocha la tête mais n'arriva pas à prononcer un mot.

- Il faut retrouver son corps pour qu'il repose avec maman, souffla Charlie.

- La rivière a une profondeur de près de 15 mètres à cet endroit...et des courants terribles. Aucun plongeur n'a accepté de s'y risquer, ajouta Ian.

- Mais on peut pas le laisser là? sanglota Charlie.

- Son corps remontra, affirma Ian...comme son blouson...

Charlie leva vers Ian un regard chargé de larmes. Il avait déjà le plus grand mal a assimiler ce qu'il venait de comprendre. Il lui semblait qu'il venait de recevoir un coup de massue sur la tempe. Son esprit était anesthésié, groggy, paralysé. Ian lui apprenait que son grand frère adoré, l'homme pour qui il aurait donné sa vie n'était pas un traitre mais qu'il était mort depuis des semaines. Tout se bousculait si vite dans sa tête qu'il n'arrivait pas à penser, il n'arrivait pas à parler. La seule image qui venait devant ses yeux était celle du corps de Don flottant entre deux eaux, le regard vide, les cheveux voletant au rythme du courant. Les deux hommes restèrent un moment silencieux. Le tireur d'élite de Quantico ne savait comment adoucir la peine du jeune homme, de toute façon, rien ne pourrait adoucir sa peine, combler le vide immense qui s'était creusé.

- Je vais aller exposer mes découvertes au FBI, commença Ian. Avec ce que l'on sait et malgré les soutiens que Scandelli peut avoir, l'honneur de Don va être rétabli...et tu pourras sûrement récupérer ton accréditation.

- J'en veux pas, murmura Charlie.

- Je ferai tout pour que tu la récupères, assura Ian.

- Je voulais travailler avec le FBI simplement parce que j'étais avec Don...S'il avait été soigneur dans un zoo, j'aurais cherché des équations pour optimiser la reproduction des félins avec le cycle lunaire...n'importe quoi pourvu que je travaille avec mon frère...Le reste n'a plus aucune importance...

 


dangie  (09.04.2010 à 22:48)

Chapitre 14

 

Princeton, Van Doren Street

 

Cameron et Foreman garèrent leur voiture à deux pas de l'immeuble incendié. Bien que la fumée se soit dissipée depuis longtemps, l'odeur de brulé semblait avoir imprégné tout le quartier. Le feu avait été terrible, ravageur et avait complètement détruit les trois étages du bâtiment. La façade de la maison calcinée les regardait de ses yeux vides.

-Comment est-ce qu'on va savoir où il vit? lança Foreman défaitiste après avoir jeté un coup d'œil aux alentours déserts.
- Charlie m'a dit que les cris de la jeune maman l'avait réveillé, alors son abri ne doit pas être loin, répondit Cameron en se dirigeant vers la ruelle la plus proche.

Foreman la suivit à contre-cœur tout en faisant attention où il mettait les pieds. Il regrettait déjà d'avoir accepté cette mission. Il n'avait pas prévu, ce matin, qu'il devrait inspecter le repère d'un SDF et le manteau qu'il portait n'était pas vraiment adapté à un séjour prolongé dans la rue. Aussi, il décida d'accélérer le pas pour arriver au bout de ce travail le plus vite possible.

Les deux médecins avaient à peine fait quelques pas dans l'allée qu'un minuscule petit chien, tout rabougrit s'avança vers eux, les babines retroussées sur l'unique canine qui lui restait. Foreman eu le plus grand mal à ne pas éclater de rire devant le ridicule bâtard qui leur faisait face et grognait d'un regard qui se voulait menaçant.

- Qu'est-c'que vous voulez? siffla une voix dans leur dos.

Les deux médecins se retournèrent brusquement, Foreman fit un pas en arrière, sur ses gardes, prêt à se mesurer à l'individu qui les haranguait...il du lever les yeux pour voir le visage de l'homme, un colosse de près de 2mètres, sorte de boxeur poids lourd sur le déclin, les cheveux et la barbe grisonnants et lui était autrement plus impressionnant que le chien de poche qui tentait de leur barrer la route.

-Je suis le Docteur Cameron, commença celle-ci, et voici le Docteur Foreman...

- Qu'est-c'que vous voulez? répéta le géant d'un ton plus cassant.

- Nous cherchons l'endroit où vit Charlie, tenta la jeune femme pas vraiment rassurée.

- Charlie? s'étonna le colosse soudain radouci.

- Nous sommes ses médecins...expliqua Cameron.

- Ses médecins? Qu'est-ce qu'il a? C'est grave? Me dites pas que c'est à cause de ce taré qui lui a tapé dessus? Si je le retrouve celui-là, je vais lui faire bouffer sa batte, prévint le géant de sa grosse voix caverneuse.

- Non, c'est pas ça, précisa Cameron.

La jeune femme regarda brièvement son collègue, incapable de poursuivre plus loin ses explications. Le colosse pencha sa tête sur le côté, un trait soucieux se forma sur son front. Pourquoi ces jeunes médecins s'étaient-ils perdus jusqu'ici? La seule chose qui lui importait pour le moment, c'est que ces docteurs connaissaient Charlie.
- Je sais que vous pouvez rien me dire. Je sais que je suis pas de sa famille, mais Charlie ne sait pas où est sa famille...et c'est mon ami...mon seul ami, souffla le géant d'une voix suppliante.

-Vous êtes Buddy? demanda Cameron d'une voix douce.

Le colosse fixa la jeune femme, incertain, indécis, il tenta de comprendre comment elle connaissait son nom...il chercha depuis combien de temps une voix aussi mélodieuse ne l'avait pas appelé ainsi.

- Comment vous savez...

- C'est Charlie qui m'a parlé de vous, expliqua la jeune femme.

- Charlie? Est-ce que je peux aller le voir?

- Bien sûr! répondit Cameron dans un sourire.

- Où est-ce que Charlie a ses affaires? coupa Foreman brusquement avec un regard en coin pour sa collègue.

Il savait qu'il n'aurait pas du prendre sa voiture pour venir jusqu'ici et s'il laissait Cameron continuer, au retour, il devrait sans doute compter sur un passager de plus. Décidément, il était plus que temps qu'il reprenne toute cette expédition en main.

- Là! leur apprit Buddy en ouvrant les bras sur la ruelle devant eux.

- Là? demanda Foreman en désignant un abri fait de bric et de broc juste devant eux.

- Non, là c'est mon repère, expliqua le colosse. Charlie dort un peu plus loin sur la gauche.

Pressé, Foreman fit un pas en avant pour se diriger vers l'abri désigné, mais le minuscule chien lui rappela sa présence en grondant et en laissant échapper un petit aboiement strident. Buddy s'accroupit et siffla une fois. Le chien, obéissant, dressa une oreille et partit en courant dans les bras de son maitre, délaissant à regret l'intrus qui avait pénétré sur son territoire.

Foreman soupira soulagé et se dirigea immédiatement vers l'abri. Il voulait au plus vite terminer cette corvée. Il n'avait aucun intérêt que le colosse le prenne en grippe, mais d'un autre côté, il n'avait aucune envie que celui-ci et son ridicule petit chien, certainement infesté de puces s'invitent dans son rutilant nouveau bijou de technologie allemande. Pourquoi est-ce que House lui réservait toujours d'inspecter les endroits les plus répugnants qui puisse exister? Il y avait sans doute une bonne dose de sadisme dans l'attitude de son patron...mais lui avait aussi une certaine dose de masochisme pour rester encore et toujours dans cette équipe. Plus les jours passaient, plus les années défilaient, plus il se demandait si l'enseignement qu'il pouvait retirer de sa collaboration avec un des plus éminent spécialiste du pays compensait suffisamment toute l'humiliation qu'il devait subir tous les jours. Combien de temps allait-il encore accepter cette situation?

Le jeune neurologue occulta bien vite cette question pour se concentrer sur sa "mission" et résolu d'effectuer son travail avec un maximum de précision et de sérieux ...pour éviter d'avoir à remettre les pieds dans ce quartier si semblable à celui qu'il avait mis tant d'ardeur à quitter.

Déterminé, il avança d'un pas plus décidé que jamais...et il tomba en arrêt devant ce qui semblait être le refuge de Charlie. Protégé dans le renfoncement d'une porte depuis longtemps condamnée, l'abri était constitué de vieilles planches de chantier, de tôles ondulées rouillées. Le toit de la cabane de fortune était légèrement en pente pour laisser ruisseler la pluie. Chaque interstice était calfeutré par des sacs en plastique. Le tout tenait ensemble par un ingénieux système de ficelles et de cordes savamment liées. L'abri n'aurait certainement pas résister à une tempête mais il était brillamment conçu pour protéger son occupant de la morsure du vent glacé de l'hiver du New Jersey et pour empêcher l'humidité d'y pénétrer.

Foreman releva un sourcil étonné, il commença à se poser d'autres questions sur ce Charlie. Ce type devait avoir des connaissances en architecture...ou alors ce n'était pas le premier abri qu'il construisait. Dubitatif, il passa la tête à travers l'ouverture, s'attendant découvrir un fatras indescriptible de bouteilles et de cartons pourrissants et s'est un tout autre spectacle qui s'offrit à lui. Le dépouillement et la propreté de l'intérieur étaient pour le moins étonnants. Seule la vieille couverture étendue sur un matelas de cartons témoignait que quelqu'un vivait ici. La sobriété de l'endroit était quasiment monacale...mise à part l'absence de tout signe d'appartenance religieuse.

Foreman fut surpris...et ravi. L'inspection serait d'autant plus rapide. Satisfait, il se faufila à l'intérieur et remarqua seulement toutes les feuilles qui occupaient tout le côté droit de l'abri. Des feuilles recouvertes de dessins, de plans, de noms de rues, de quartiers et partout des points d'interrogation. Le jeune médecin étouffa un soupir de pitié pour leur nouveau patient. Ce Charlie faisait tout pour retrouver son passé et lui faisait l'impossible pour l'oublier.

 

 


dangie  (09.04.2010 à 22:49)

Chapitre 15

 

Pendant que Foreman se faufilait entièrement par l'étroite ouverture de l'abri, Cameron était restée à l'écart. De toute façon, il n'y avait pas de place pour deux à l'intérieur...et elle n'aimait pas vraiment les espaces confinés. De son côté, le colosse s'était rapproché de l'abri de son ami en trainant derrière lui une caisse en bois sur laquelle il s'était lourdement laissé tomber. Sous le regard médusé de Cameron, la caisse avait miraculeusement résisté au poids de l'immense carcasse. Buddy surveillait d'un air suspicieux le moindre geste qu'il pouvait apercevoir de Foreman. La jeune femme imagina soudain qu'elle aurait grand besoin de toute sa persuasion pour expliquer à Buddy que s'ils devaient emporter certaines choses, ce n'était pas un vol, mais que c'était pour le bien de leur patient.

Comment expliquer à cet homme qui semblait si susceptible et si protecteur envers son ami leur démarche médicale? Comment lui faire comprendre que le moindre indice pouvait les mettre sur une piste? Concentré, attentif, Buddy ne fit pas un commentaire. Assis sur sa caisse, le dos voûté son énorme paluche caressant d'un geste tendre le minuscule chien lové dans ses bras, le géant paraissait beaucoup moins menaçant. La douceur que cette force de la nature laissait transparaitre dans ce geste des plus anodin ouvrait une brèche dans l'armure en acier trempé qu'il affichait d'ordinaire. La suspicion qui se dégageait de son regard quelques minutes auparavant devant ces intrus qui osaient pénétrer son territoire avait brusquement laissé la place à une angoisse qui montait en lui, un questionnement sans réponse : qu'elle maladie si grave son ami avait-il contracté pour que deux médecins viennent jusqu'ici voir où il vivait? Pouvait-il à son tour attraper le même mal? Mais surtout, quand pourrait-il retrouver son ami?

Une nouvelle ride profonde s'était creusée en travers de son front, augmentant encore les sillons déjà creusés dans sa peau tannée par le soleil, le vent et le froid. Intriguée par ce soudain revirement Cameron se rapprocha de Buddy et posa doucement posa une main sur son épaule. Le géant releva vers elle ses yeux embrumés de larmes. La jeune femme fût à la fois troublée et désemparée devant la détresse de cet homme qu'elle imaginait capable de tuer un homme avec un doigt seulement...un énorme doigt gros comme un barreau de chaise, mais un doigt seulement.

- Buddy, si vous avez des informations sur Charlie, ça pourra sans doute nous aider pour le soigner, commença doucement Cameron.

- On se connait pas depuis longtemps, mais c'est mon ami, répondit Buddy dans un souffle.

- Vous le connaissez depuis combien de temps? questionna Cameron.

Le géant était peut-être la seule personne capable de combler certains blancs qui encombraient les antécédents de leur patient. Buddy souffla longuement avant de répondre, se gratta la tête, fronçant les sourcils.

- Je sais pas vraiment en fait...quelque chose comme un mois, peut-être six semaines. Je sais plus vraiment...Mais, en tout cas, c'était un peu avant Halloween. Oui! Ca je me souviens! répondit Buddy un sourire triomphant aux lèvres.

- Comment est-ce que vous avez fait sa connaissance? continua Cameron intéressée.

- C'est Mo qui l'a trouvé, expliqua Buddy arborant un sourire encore plus éclatant.

- Mo? C'est un de vos amis?

Le géant partit dans un éclat de rire guttural surprenant tout le monde et obligeant Foreman à s'extraire précipitamment de l'abri, heurtant à l'occasion le montant en bois de la cabane, choc qui arracha au neurologue un hurlement de douleur.

- Qui c'est ce "Mo" demanda Foreman frottant la bosse qui commençait à poindre sur sa tête.

- Mo, c'est lui, répondit Buddy entre deux rires nerveux en désignant le minuscule chien qui à l'appel de son nom, battit l'air de sa queue lilliputienne et entreprit de lécher le visage de son maitre. Mo, c'est le diminutif de molosse, je trouvait que ça lui allait comme un gant!

Cameron se surprit à sourire elle aussi. Le chien n'avait peut-être pas la carrure du chien de garde classique, mais finalement, il remplissait avec courage et énergie son travail. Il pouvait être digne de ce surnom. Foreman, quand à lui, n'esquissa même pas un semblant de sourire, reprit son expression « je suis un médecin concentré et consciencieux » et repartit à l'intérieur de l'abri.

- Où est-ce que Mo a trouvé Charlie? reprit Cameron quand les rires se fût calmés.

- On trainait sur les voies ferrées pas loin de la gare de triage. Je vais souvent par là. J'ai un copain qui bosse dans un wagon restaurant et il me donne les sandwichs invendus au lieu de les mettre à la poubelle, expliqua Buddy après avoir retrouvé son sérieux.

- Et Charlie où était-il?

- D'un coup, dans le noir, Mo s'est mis à grogner. J'ai pas tout de suite vu ce qui le mettait en boule et puis un homme est apparu. Il titubait, il avait du mal à marcher droit et puis il est tombé. Mo a couru vers lui et il a commencé à lui lécher le visage. J'ai eu beau le rappeler, Mo a pas bougé...alors, c'est moi qui me suis approché. Je croyais que c'était un mec bourré qui retrouvait plus le chemin de sa maison...Il savait pas où il habitait, mais il était pas saoul!

- Vous êtes sûr?

- Sûr et certain! Il sentait pas du tout l'alcool et j'ai vu tout de suite qu'il avait passé un sale quart d'heure.

- Comment ça?

- Il avait une blessure à la tête, expliqua Buddy en montrant sa tempe droite. Le sang était séché mais j'ai supposé qu'il s'était pris un sacré coup. Ses vêtements étaient sales, son pantalon était déchiré aux genoux. Il avait même pas une veste sur le dos...J'ai cru qu'il s'était fait attaquer...et dépouillé, en tout cas, j'ai vu tout de suite que c'était pas un sans-abri.

- Pourquoi? demanda Cameron de plus en plus intéressée.

- Vous savez, j'ai pas toujours été habillé de cette façon, répondit Buddy en désignant ses vêtements dépareillés, recousus, usés. Charlie, il avait un jean de qualité, une chemise qui avait l'air assez neuve...en tout cas, pas le genre de fringues qu'on a l'habitude de porter quand on vit dans la rue.

-Vous ne l'avez pas conduit à l'hôpital?
- Non, il a refusé catégoriquement. Il m'a dit qu'il aimait pas les hôpitaux. Je le comprend tout à fait, personne n'aime les hôpitaux...à part peut-être les médecins, répondit Buddy avec un léger sourire en coin vers Cameron. Et puis, il m'a dit qu'il allait bien, qu'il avait juste mal au crâne...et surtout qu'il avait faim...Alors, je lui ai donné mes sandwichs. Il a avalé ça en quelques secondes. Il m'a dit qu'il n'avait pas mangé depuis presque deux jours.

- Vous n'avez pas pensé le conduire à un poste de police?

- Si! se défendit Buddy, conscient qu'il aurait pu en faire plus. Je voulais, mais Charlie, lui il voulait pas. Quand je lui ai proposé, il est devenu tout blanc...j'ai rarement vu quelqu'un d'aussi terrorisé quand j'ai évoqué la police. J'ai essayé de lui en reparler plus tard, mais il a toujours refusé. Il ne savait pas exactement pourquoi mais il n'avait aucune confiance dans les "forces de l'ordre".

- Vous n'avez pas eu peur que ce soit un malfaiteur?

- C'est plutôt lui qui aurait du avoir peur de moi! J'ai pas toujours été un citoyen modèle pourtant, j'ai jamais fait de mal à personne...et puis, je me suis fié à Mo...Mo, il sait repérer les "types bien" à des kilomètres et Charlie, il l'a tout de suite aimé. C'est pas comme certaines personnes, renchérit Buddy avec un regard en coin pour les pieds de Foreman qui dépassaient de l'abri.

Cameron esquissa un sourire discret et reprit son interrogatoire.

- Qu'est-ce que vous avez fait ensuite?

- Je l'ai ramené ici, il n'avait pas d'argent, il n'avait aucune idée de son nom, d'où il venait...il était complètement perdu, alors je l'ai ramené ici.

- Est-ce qu'il avait d'autres symptômes à ce moment là?

- A part son mal de tête et sa difficulté pour marcher?

- Oui.

- En fait non, il tenait difficilement debout mais avec de l'aide ça allait. Il avait mal un peu partout et surtout il était très fatigué. Quand il est arrivé ici, je l'ai installé dans mon abri et il a dormi pendant presque trois jours.

- Vous ne vous êtes pas inquiété?
- Si bien sûr, je le réveillais toutes les deux ou trois heures pour voir s'il allait bien...je lui ai donné à boire et à manger régulièrement, je suis pas inconscient, s'emporta Buddy, le rouge lui montant aux joues.

- Non, je ne voulais pas dire ça...en fait, vous vous êtes très bien occupé de lui, répliqua Cameron, paniquée à l'idée que le géant monte à nouveau sur ses grands chevaux. C'est lui qui vous a dit comment il s'appelait demanda la jeune femme pour changer de sujet de conversation.

- Non, c'est moi qui l'ai appelé comme ça, commença Buddy.

Cameron fût déçue qu'House ait raison sur ce point et déçue que cette piste soit aussi une impasse dans leur recherche de la véritable identité de leur patient.

- C'est le nom qu'il a répété des dizaines de fois pendant son sommeil lors de ces trois jours. Par moments, il délirait un peu, il se réveillait en hurlant, il avait dans le regard une terreur pas possible, j'en avais froid dans le dos. Je savais vraiment pas quoi faire pour le calmer...et je me suis mis à lui dire "T'inquiète pas, Charlie est là avec toi"... et il se rendormait doucement. Quand il a été mieux, je l'ai appelé comme ça. Je pensais que ça lui dirait quelque chose...qu'il se souviendrait de quelque chose, mais ça n'a rien fait.

- Il ne s'est jamais souvenu de rien?

Buddy réfléchit longuement avant de répondre.

- Si, quand il a demandé où il était et que je lui ai répondit "Princeton", il était content parce que cette ville lui disait quelque chose...il savait pas vraiment pourquoi, mais il connaissait cette ville.

- Vous pensez qu'il habite ici?

- Franchement, j'en doute. On n'a fait le tour de pas mal de quartiers pour qu'il se souvienne de l'endroit où il vivait, mais on a toujours fait choux blanc. On est même allés à l'Université, je pensais qu'il avait peut-être fait ses études ici, mais là non plus, rien. Il avait l'air de se sentir plutôt à l'aise sur le campus, de connaitre un peu les lieux pourtant il était sûr de ne jamais être venu ici...et moi, je suis certain qu'il n'a jamais passé un hiver dans le New Jersey!

- Vous savez s'il connaissait quelqu'un ici?

- J'ai pas l'impression. Il a reconnu personne...Y'a juste ce gamin...ajouta Buddy après un moment de réflexion.

- Quel gamin? demanda Cameron sur ses gardes.
- Le gamin qu'il a sorti de l'incendie. Le soir d'Halloween, on l'a vu passer avec sa mère. Charlie ne pouvait pas détourner ses yeux de ce gamin, ensuite...je sais pas comment dire, mais il faisait attention à lui...Attention, je veux pas dire que Charlie est un pédophile, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais ce gamin avait l'air d'avoir de l'importance pour lui. Comme s'il devait le protéger.

- Vous pensez que c'est son fils?

- Non! Ou alors son ex est meilleure comédienne que la mienne! répondit Buddy un sourire amer se dessinant sur son visage fatigué. On l'a souvent vu passer avec son fils. Elle ne détournait pas la tête, elle nous a même donné un petit billet un jour où on l'a aidé avec ses courses. Elle est plutôt gentille avec nous, son gamin aussi, mais elle connait pas Charlie, ça j'en suis sûr.

- Alors, pourquoi il s'intéressait à ce gamin?

- Je sais pas, je sais vraiment pas...et je crois que Charlie ne sait pas non plus pourquoi...Est-ce que vous pensez que c'est grave ce qu'il a ?demanda Buddy inquiet.

- On ne sait pas encore, avoua Cameron. J'espère qu'avec tout ce que vous nous avez appris, on en saura plus. Vous pensez qu'il ne vit pas ici, est-ce que vous avez une idée de l'endroit d'où il vient?

- Je sais pas vraiment...pas d'un endroit avec des hivers comme ici en tout cas! Charlie c'est un mec qui n'aime pas le froid! Vous pensez qu'il a pris froid ici?

- Non, ses symptômes ne correspondent pas. Est-ce qu'il avait des douleurs à la poitrine de temps en temps? Des moments où il était essoufflé?

- Non, pas vraiment, répondit Buddy après un temps de réflexion. Une fois, qu'il a eu moins de vertiges, il allait bien...à part ses maux de tête et le fait qu'il se fatiguait vite. Même s'il voulait pas l'admettre, je voyais bien qu'il avait besoin de beaucoup de repos. Il a du mal à bien dormir avec les cauchemars qu'il fait, alors c'est pour ça qu'il a du mal à être vraiment reposé, n'est-ce pas?

- C'est possible oui, admit Cameron.

- Est-ce que vous pensez que je pourrais venir le voir?

- Oui, je pense...

Le géant jeta un regard reconnaissant à la jeune médecin qui prenait soin de son ami. Cette simple réponse réchauffa son cœur. De son immense main, il continua de caresser avec une douceur infinie son chien de poche.

 

 


dangie  (09.04.2010 à 22:51)

Chapitre 16

 

Los Angeles, maison de la famille Eppes

 

Alan Eppes s'était finalement résigné à sortir faire quelques courses, plus pour combler le vide de plus en plus inquiétant du réfrigérateur que pour prendre un peu l'air. Depuis ces dernières semaines, Alan ne s'éloignait jamais longtemps de la maison de peur de rater un coup de fil de Don. Même s'il doutait que son fils se risquerait à téléphoner, il voulait être là, juste au cas où. De plus, la cuisine qui occupait une place si importante dans la famille Eppes avait été reléguée au rang de besoin primaire, un mal nécessaire, un vide que l'on devait combler pour continuer de survivre. Toute notion de plaisir avait disparu en même temps que Don et Alan n'avait plus le cœur de cuisiner et Charlie n'avait, de toute façon, plus le cœur de savourer le moindre repas. Ce trou noir immense qui se creusait tout au fond d'eux, rien ne pourrait le combler.

L'unique lumière qui leur restait dans ce monde de ténèbres résidait dans la seule présence d'Amita à leurs côtés. Amita qui avait su garder Charlie la tête hors de l'eau. Amita qui avait su éviter que le jeune homme ne sombre dans la dépression. Depuis des semaines, elle n'avait jamais remis en doute l'intégrité de Don, elle était sans conteste un soutien indéfectible, inébranlable pour Alan et Charlie.

Les deux hommes s'étaient vite rendus compte que leur cercle d'amis s'était considérablement restreint. Après des interrogatoires poussés par l'inspection des services, tous les anciens membres de l'équipe de Don avaient été disculpés de tout implication dans la « trahison » de leur chef. Après 15 jours de mise à l'épreuve, ils avaient été affectés à des postes différents.
Liz avait quitté Los Angeles pour rejoindre Megan à Quantico. Elle avait abandonné sa casquette d'agent fédéral sur le terrain pour intégrer le cercle des instructeurs de l'Académie du FBI. David, en tant qu'agent le plus ancien, avait repris le rôle de chef d'équipe. Au bout d'à peine un mois, il se demandait déjà comment Don avait pu tenir aussi longtemps avec la masse de travail et de responsabilité supplémentaires que ce poste demandait. Il n'avait tout simplement plus un instant à lui. Colby avait rejoint la brigade financière et occupait son temps à examiner des dossiers, chose qui ne lui convenait pas du tout. Nikky, quand à elle, avait réintégré son ancienne unité. Son travail au FBI lui manquait déjà. La stratégie directoriale était bien évidente : rien ne devait subsister de "l'équipe Eppes".

Les anciens collègues de Don espaçaient de plus en plus leur visites. Rien que le fait qu'ils aient gardé le contact avec la famille d'un traitre pouvait pratiquement être assimilé à de l'insubordination par les instances dirigeantes du FBI, mais surtout, plus le temps passait, plus l'espoir de retrouver Don vivant s'amenuisait. Personne ne se sentait le courage de venir voir Alan et Charlie seulement pour leur dire que l'enquête était toujours au point mort, enquête à laquelle ils avaient d'ailleurs interdiction formelle d'y participer.

Larry, quand à lui, n'avait en rien modifié ses habitudes. Bien que l'absence de Megan lui pesait, il continuait de partager ses, désormais traditionnelles, parties d'échecs avec Alan. Pour l'ami de Charlie, l'idée que Don ait trahit ses convictions ne tenait tout simplement pas debout. Malgré qu'il n'ait aucune preuve en sa possession pour étayer sa théorie, rien ne l'avait fait changer d'avis. Pourtant, Larry n'avait jamais développé cette hypothèse avec Charlie...par manque d'occasion ou de courage, il n'aurait su le dire. La discussion n'avait tout simplement pas eu lieu et n'aurait peut-être jamais lieu.

Alan pouvait compter sur le soutien d'Amita et de Larry, la compréhension plus distante de David, Colby et Liz...par contre Robin avait coupé tous les ponts avec la famille Eppes. La jeune femme avait tout d'abord très mal supporté l'intérêt qu'Hélèna portait à Don et surtout l'intérêt que Don portait à Hélèna. Elle avait vu d'un très mauvais œil que Don prenne l'initiative de remplacer au pied levé Ian Edgerton et d'accompagner le transfert de la jeune femme vers New York. Elle avait été anéantie par l'annonce de la disparition de Don. Elle avait été abasourdie par les soupçons qui étaient nés. Elle avait été humiliée par les rumeurs qui avaient enflé sur son compte, un moment suspectée d'être, elle aussi de mèche avec Scandelli. En tant que petite amie d'un criminel recherché, sa carrière au sein du bureau du procureur avait subi un sérieux coup de frein. Robin s'était sentie trahie, bafouée, abandonnée par l'homme avec qui elle voulait finir sa vie. Elle avait décidé pour se protéger et tenter de surmonter cette épreuve, de considérer que Don était mort en même temps que Marc Russel et Hélèna Davidovitch, que le corps de l'homme qu'elle aimait reposait quelque part dans une tombe de fortune ou au fond d'un des lacs de la région, les pieds englués dans un sarcophage de ciment.

Elle n'avait aucune idée de ce qui lui était arrivé et n'avait, pour l'instant, aucune envie de le savoir. Peut-être dans quelques mois, quelques années, quand sa rancœur se serait estompée, quand sa colère se serait apaisée, elle pourrait reconsidérer toute cette affaire, elle pourrait remettre en question la culpabilité si évidente de Don...elle pourrait presque lui pardonner. Pour le moment, le pardon n'était pas d'actualité. La colère occultait tout autre sentiment et ne laissait aucune place à l'immense peine d'avoir perdu un être aimé.

Alan aurait voulu se rapprocher de Robin, lui faire partager ses convictions, lui communiquer ce que sa petite voix intérieure lui susurrait, mais il n'en avait ni la force, ni le courage. Aujourd'hui, il concentrait toute son énergie à faire vivre son fol espoir que Don allait bien quelque part, que Don allait bientôt prendre contact avec lui, que Don aurait une explication cohérente pour tout ce qui s'était passé, que Don allait lever tous les doutes sur son compte, que Don allait rétablir la vérité. Il ne pouvait penser qu'à ça, il ne voulait imaginer autre chose, il ne pouvait imaginer autre chose.

 


dangie  (13.04.2010 à 15:42)

Chapitre 17

 

Quand Alan passa la porte de sa maison, une boule d'angoisse lui serrait la gorge. Un sentiment bizarre s'était emparé de lui dès qu'il avait aperçu la voiture de Charlie garée dans l'allée. En temps normal, son jeune fils ne rentrait jamais aussi tôt dans l'après-midi et d'autant plus ces derniers temps. Ce qui, au début, avait plutôt rassuré Alan. Charlie ne s'était pas cloitré dans le garage à s'escrimer sur des problèmes réputés insolubles, des problèmes qui avaient usé la ténacité d'une multitude de mathématiciens depuis Mathusalem. Non! Charlie avait changé. Depuis ces dernières semaines, il passait tout le temps que lui prenait avant le FBI à l'Université pour aider les étudiants en difficulté ou avancer dans des travaux complètement incompréhensibles pour son père.

Depuis ces six dernières semaines, Charlie ne rentrait jamais avant la nuit, s'abrutissant de travail, oubliant sa peine en alignant des chiffres, occultant son désespoir derrière ses équations. Alan avait tout d'abord apprécié cette situation. Au moins Charlie communiquait avec les autres, même si ce n'était pas vraiment avec son père. Il occupait ses journées même si ses nuits étaient peuplées d'angoisse et de cauchemars. Mais aujourd'hui, quelque chose avait de nouveau changé...

- Charl...commença Alan en poussant la porte.
Il fut incapable de terminer sa phrase. La présence d'un sac en papier posé sur la table était on ne peut plus bizarre. L'étrange sensation qui s'était emparé de lui s'intensifia, la boule dans sa gorge devint plus pesante. Charlie n'avait pas fait les courses pour le repas de ce soir. Le sac ressemblait à celui que l'épicier donnait pour emporter les marchandises, mais il était aussi différent et pourquoi Charlie aurait-il laissé des provisions dans la salle à manger? Irrésistiblement attiré, Alan s'approcha d'un pas hésitant. Il posa ses provisions sur la table et jeta un coup d'œil à l'intérieur de l'autre sac.

Alan tendit la main et caressa doucement le tissu, son cœur se serra dans sa poitrine, l'air lui manqua, un frisson parcouru son dos. Il ferma les yeux pour retenir les larmes qui montaient en lui. Un souvenir lointain ressurgit douloureusement de sa mémoire. Il tenait le blouson de Don, ce blouson qu'il avait offert à son fils quand il était parti à Quantico. Don avait tout d'abord souri en découvrant la chaude doudoune, puis il l'avait emmené partout avec lui. Il y avait toujours fait très attention et malgré les années, le blouson était toujours impeccable. Maintenant, Alan se souvenait avec amertume de l'accroc que Don s'était fait sur la manche. Il aurait du se douter que cet accroc était un mauvais présage, que les choses allaient mal tourner. Il s'en voulait de n'avoir rien vu venir, il aurait du sentir ces choses là. Alan n'eut pas le temps de laisser son esprit culpabiliser plus longtemps qu'il entendit des pas dans l'escalier. Il leva les yeux pour voir arriver son fils, les bras chargés d'une valise.

-Qu'est-ce qui se passe? demanda Alan complètement perdu.

Charlie s'arrêta au milieu de l'escalier. Ses yeux rencontrèrent le regard désemparé de son père. Le jeune homme baissa la tête, prit une profonde inspiration et finit de descendre les marches. Une fois en bas de l'escalier, il put enfin tenter d'expliquer la nouvelle qui venait de le percuter de plein fouet. Il ne savait pas par où commencer, il n'avait aucune idée de ce qu'il devait dire.

- Je vais chercher Don, souffla Charlie la voix mal assurée.

- Don? Où est-il? Tu sais où est ton frère? s'étonna Alan soudain partagé entre l'espoir et un sombre pressentiment.

- Je vais retrouver son corps, j'ai besoin de retrouver son corps pour qu'on puisse commencer à faire notre deuil, lança Charlie à bout de forces.

- Son corps? Faire son deuil? Mais qu'est-ce que tu racontes? Arrête Charlie, ton frère est vivant et je veux pas que tu crois que ce n'est pas le cas, assura Alan. Tu dois toujours espérer, tu n'as pas le droit d'abandonner! continua-t-il d'une voix plus forte.

- Papa, annonça Chalie, Ian est allé sur place. Il pense que Don s'est enfui à la nage, dans une rivière en contre-bas de la route...

- Oui, assura Alan, c'est certainement comme ça que ton frère a pu en réchapper.

- Papa, Ian pense que Don a été emporté par les rapides...et qu'il est tombé...

Charlie, les yeux baignant de larmes, ne réussit pas à continuer son explication. Il fit quelques pas pour se rapprocher, tendit une main tremblante vers le bras de son père. D'un geste doux et lent, il serra son poignet, n'osant croiser son regard. Alan, tout d'abord bouche bée, se reprit en secouant la tête. D'un mouvement brusque, il repoussa la main de Charlie et partit d'un pas rapide vers la cuisine.

- Papa, appela Charlie, je sais que c'est difficile...c'est terrible...mais, on doit se résoudre à l'inacceptable...

- Tais-toi Charlie, hurla Alan en se retournant. Ton frère n'est pas mort et je ne veux pas que tu crois ces foutaises!

- Papa, réveille-toi! C'est tout aussi dur pour toi que pour moi, mais tu dois arrêter de te bercer d'illusions. Tu dois comme moi accepter l'évidence!

- L'évidence?s'emporta Alan rouge de colère. L'évidence pour la plupart des gens, c'est que ton frère est une honte pour le FBI, qu'il s'est allié avec un criminel, que c'est une balance qui a vendu son âme au diable, qu'il a abattu de sang froid deux personnes...

- La plupart des gens ne connaissent pas Don. Nous, nous savons que ce n'est pas la vérité...

- Et moi, je connais mon fils et je sais qu'il n'est pas mort, affirma Alan à bout de souffle.

- Papa, je voudrais tant croire que c'est vrai, mais ...insista Charlie.

- Charlie, ton frère est vivant. Je le sais...je le sens, murmura Alan.

Charlie jeta à son père un regard ahuri. Alan était plutôt un cartésien, le mathématicien ne pouvait imaginer que son urbaniste de père, habitué à envisager toutes les possibilités et à ne conserver que les plus logiques, puisse se laisser guider par sa seule intuition. Devant l'incompréhension de son fils, Alan se tourna vers Charlie et prit une grande inspiration.

- Quand ta mère était au plus mal, je suis resté longtemps auprès d'elle...très longtemps. A un moment, j'ai fermé les yeux, j'étais si fatigué que j'avais du mal à les tenir ouvert.

Charlie regarda son père qui semblait avoir vieilli de dix ans. D'un coup, il se sentit coupable de ne pas avoir partagé ces instants avec sa mère.

- Alors que j'allais m'assoupir, j'ai senti un souffle froid dans mon dos, quelque chose en moi s'est brisé, un gouffre sans fond s'est ouvert sous mes pieds... J'ai rouvert les yeux instinctivement pour voir ta mère s'éteindre à tout jamais. Je l'ai senti au plus profond de moi avant même de le voir de mes yeux. A cet instant précis, c'est comme si une partie de mon être était morte avec elle...alors si ton frère était mort, je le saurais... je le sentirais, assura Alan.

Charlie observa son père une nouvelle fois. Il aurait tant aimé croire que tout était encore possible. Il aurait tout donné pour retrouver son frère en vie, il aurait tant espéré qu'Ian se soit trompé, il aurait tant rêvé que son père ait raison. Alan, lui, ne pouvait admettre qu'une telle ignominie se soit vraiment produite. Le cycle de la vie ne devait pas se dérouler ainsi. Un fils ne devait pas partir avant son père. C'était inacceptable et lui ne pouvait l'accepter...Pourtant, le froid qui l'avait saisi quand ses doigts avaient caressé le blouson de Don n'était pas sans lui rappeler le froid qui l'avait envahi au chevet de Margarett. Il voulait à tout prix garder ce mince espoir gravé en lui, il voulait à tout prix conserver cette petite étincelle de vie.

 


dangie  (13.04.2010 à 15:48)

Chapitre 18

 

Hôpital de Princeton Plainsboro

 

Les Docteurs Allison Cameron et Eric Foreman étaient rentrés à la nuit tombée de leur expédition dans la ruelle. La jeune femme avait du user de tout son charme pour convaincre Buddy du bien fondé de leur requête: emporter les dessins qui ornaient la cabane de fortune dans l'optique de réveiller la mémoire endormie de leur patient. Le géant avait paru très septique devant cette supposition, son ami avait ses dessins sous les yeux depuis des semaines et ils n'avaient rien fait ressurgir de ses souvenirs. Comment le fait de se retrouver seul coincé sur un lit d'hôpital au milieu d'inconnus qui ne connaissaient rien de son passé et qui semblaient encore plus vagues sur son futur pouvait être d'une quelconque utilité à son ami? Buddy avait du reconnaitre que cette vie n'était pas extrêmement différente de celle qu'ils menaient ici...mis à part le fait de se retrouver au chaud et à l'abri de la faim.

En homme habitué à survivre, Buddy ne pouvait admettre qu'une femme, aussi belle soit-elle, puisse avoir raison de sa combativité. Il avait finalement baissé les armes en échange d'une autorisation personnelle, valable dès le lendemain, pour rendre visite à son ami. Buddy avait regardé la voiture s'éloigner tout en regrettant de ne pas avoir insisté davantage pour avancer sa visite...juste pour savourer la jubilation de voir le jeune médecin prétentieux devenir livide en imaginant l'intérieur de sa belle voiture souillé par des envahisseurs. Mais, le géant n'avait rien fait, savoir que son ami était entre de bonnes mains suffisait à sa satisfaction.

Foreman avait accompagné sa collègue jusqu'à l'hôpital, avait participé à leur compte-rendu auprès de leur patron des quelques informations qu'ils avaient pu recueillir puis il était parti retrouver la jolie représentante du labo pharmaceutique qui le draguait depuis une semaine.

Robert Chase, quand à lui, après un bref passage auprès de leur patient s'était assuré que l'état de celui-ci s'était stabilisé. Juste après le retour de ses collègues, il avait quitté l'hôpital pour se retrouver seul chez lui pour noyer dignement, dans un whisky de 15 ans d'âge, le premier anniversaire de la mort de son père.

Après quelques jonglages avec sa balle fétiche, House ne s'était pas attardé dans son bureau. Il devait retrouver Wilson pour se rendre au Championnat de Monster Truck. Savourer cette soirée avec son ami, avoir les tympans lacérés par les bolides rugissant sur la piste, sentir les gaz d'échappement s'insinuer jusqu'à la plus infime alvéole de ses bronches et descendre quelques verres était certainement la meilleure façon pour oublier à quel point leur patient l'exaspérait. Ce type qu'il n'avait même pas encore rencontré et qui monopolisait l'attention de Cameron. House ne voulait pas admettre qu'il était jaloux mais il était surtout en rage parce qu'il n'arrivait pas à déterminer si la perte de mémoire était un symptôme d'un mal encore indéterminé ou la simple conséquence du traumatisme crânien visible sur la radio... ou alors l'amnésie n'était que feinte et lui, le grand Docteur Grégory House, spécialiste es-mensonges n'aillait certainement pas se laisser duper et allait démasquer cet imposteur. Cet objectif était devenu son combat personnel.

Cameron, de son côté, ne pouvait imaginer rentrer chez elle sans avoir tenté de redonner à son patient un semblant de chez lui. Par la cloison vitrée, elle l'avait observé. Il était étendu sur son lit. La sonde de stimulation toujours branchée sur son cœur, ses pulsations cardiaques étaient encore lentes mais pas assez pour déclencher une nouvelle crise. Tous ses signes vitaux étaient scrupuleusement surveillés et analysés. La journée avait été riche en émotions et leur patient s'était enfin endormi. Tout semblait avoir repris un rythme quasiment normal, pourtant l'homme qu'elle avait remarqué émergeant de l'inconscient aux urgences, cet homme qui lui avait paru si familier, était bien différent de celui qu'elle avait devant elle. A l'annonce de la découverte de cette balle dans son crâne, son visage s'était considérablement modifié, son regard s'était éteint, toute forme de volonté avait paru déserter cet homme auparavant si combatif. Et cet homme là, était également si familier pour la jeune femme.

Cameron s'était sentie repartir en arrière, quelques années auparavant, elle avait déjà constaté ce changement dans le regard de l'homme qu'elle aimait...son mari qui avait baissé les bras face à la douleur et à la maladie et avait abandonné toute envie de se battre. La jeune femme ne voulait pour rien au monde revivre ce qu'elle avait enduré à cette époque...elle ne supporterait pas une pareille épreuve. Elle inspira longuement, fermant les yeux pour tenter de dissiper l'image de son mari et entra doucement dans la chambre.

Sur la pointe des pieds, elle déposa les dessins sur la table et commença à les coller sur la fenêtre. Elle pouvait sans difficulté reconnaitre les différents bâtiments dessinés, elle arrivait grâce aux plans à se représenter sans peine cette ville qu'elle connaissait. La recherche que les deux SDF avaient faites étaient plutôt organisée. Ils avaient parcouru tous les endroits important de la ville méthodiquement, attentivement. Rien n'avait été laissé au hasard. Cameron y vit un travail d'investigation poussé et consciencieux. Cela ouvrait-il une nouvelle piste pour découvrir le passé de cet homme? Pour l'instant, ils ne savaient presque rien de lui. Ils ne connaissaient pas son vrai prénom, ils ne savaient pas d'où il venait...sauf que, au vu de ses dessins, c'était un artiste méticuleux.

- Celui-là va à gauche, fit une voix dans le dos de Cameron.
La jeune femme se retourna brusquement surprise et interloquée. Son patient était maintenant bien conscient et l'observait attentivement.

- Je suis vraiment désolée de vous avoir réveillé, commença la jeune femme sentant le rouge lui monter aux joues.

- Je somnolait seulement, j'aimerais pouvoir dormir vraiment, souffla t-il d'une voix fatiguée. Vous avez du faire un sacré numéro à Buddy pour qu'il vous laisse prendre ses dessins?

-Ses dessins? Je croyais que c'était vos œuvres?

- Oh non! Les plans, c'est moi, mais les dessins, c'est Buddy. C'est un artiste, un génie. J'adore le regarder dessiner.

- Il viendra vous voir demain, annonça Cameron pleine d'entrain.

- Buddy? Je pense pas...

- Pourquoi vous dites ça?

- Buddy c'est un vrai artiste...avec tout ce que ça comporte de tourments. Il est agoraphobe...C'est comme ça qu'on dit quand on a peur de la foule?

Cameron acquiesça par un bref mouvement de la tête.

- Et il est aussi claustrophobe. Il mettra jamais les pieds dans un bus pour venir jusqu'ici...et il laissera jamais Mo tout seul.

- Vous êtes sûr?

- Certain...et je lui en veux pas. C'est une épreuve trop dure pour lui.
- Mais vous êtes son ami...

- Oui, et lui il est mon ami, mais ça ne me fait rien de me retrouver seul. Ca m'aide à faire le point.

- Et vous avez découvert quelque chose?

- Que vous devriez pas trop vous approcher de moi...

- Pourquoi vous dites ça?

Il y avait bien des brides de souvenirs qui venaient le heurter par moment, des images furtives, des flashs si brusques et si violents qu'il savait maintenant que quelque chose de terrible s'était produit...

- Je sais pas précisément, c'est juste une impression et ...Je se suis pas quelqu'un de bien...alors, vous devriez rentrer chez vous et arrêter de prendre soin de moi ou je vais finir par vous faire du mal soupira l'homme allongé sur le lit.

Avec un dernier regard pour la jeune femme, il se tourna sur le côté et remonta le drap sur lui, la conversation était définitivement close. Sans un mot, Cameron fini de disposer les dessins et sorti de la chambre.

 

 


dangie  (21.04.2010 à 07:26)

Chapitre 19

 

Quelque part au nord de Phillipsburg

 

La route est déserte, le temps radieux. De ce froid soleil d'hiver que l'on ne connait pas en Californie. Le ciel est clair mais de sombres nuages chargés de pluie obscurcissent l'horizon. Notre long périple va bientôt toucher à sa fin pourtant je n'ai pas vu passer le temps. Hélèna pelotonnée sous une couverture dort sur la banquette arrière, il n'y a que son petit nez qui dépasse. Elle a laissé la fenêtre entrouverte et le vent froid entre dans l'habitacle.

Cette petite bonne femme haute comme trois pommes pourrait déplacer des montagnes. C'est une battante, son énergie me renforce, sa vivacité me réconforte. Chaque jour qui passe, me fait l'aimer davantage. Elle sait rire de tout, elle sait rire d'un rien. C'est encore une adolescente dont les yeux brillent à la plus infime petite chose...elle s'émerveille du vol d'un oiseau, elle s'extasie devant un champ de fleurs, elle se régale d'un simple hamburger. Avec elle, ma vie reprend des couleurs, avec elle le monde semble plus beau. C'est une fée qui, d'un coup de baguette magique, balaye toute l'horreur et fait ressortir le fushia, l'ocre, le soleil que je ne voyais plus... Rien que sa présence suffit à me redonner le sourire. Je me sens libre à ses côtés, je me sens mieux que je n'ai jamais été. Elle est comme un ange tombé du ciel que je me dois de protéger de toutes les horreurs environnantes. La noirceur ne doit pas venir obscurcir son monde de couleurs chatoyantes. La violence ne doit pas de nouveau venir troubler son innocence.

S'il n'y avait qu'elle je pourrais presque me croire sur la route des vacances... sauf que, sur le siège passager, il y a Russel... Russel qui n'en finit pas de râler. Il râle parce qu'il fait froid et parce qu'avec un temps pareil, on doit rouler les vitres fermées. Il râle parce que les frites sont trop salées, il râle parce que le chauffage de l'hôtel ne fonctionne pas, il râle parce que les salles de bain sont trop petites, il râle parce que l'auto-radio ne capte pas une station qu'il aime, il râle parce qu'on a pas pris l'avion, il râle parce qu'il a attrapé un rhume...il n'en finit pas de râler et il n'en finit pas de m'exaspérer. Chacune de ses réflexions me fatiguent, chacun de ses regards m'horripilent. Avec sa gueule de premier de la classe, Russel est un fourbe, un être malsain...

Heureusement, il s'est dégoté un médicament pour stopper l'écoulement de son nez et ce remède a l'agréable effet de l'endormir...le seul inconvénient, c'est qu'il ronfle!!!C'est sûr qu'avec un compagnon pareil, on ne demande qu'une chose, c'est que le voyage soit le plus court possible...avec Hélèna, c'est tout le contraire.

Pourtant la mécanique semble vouloir faire durer le plaisir. Le voiture hoquète, le voyant d'huile vient de s'allumer sur le tableau de bord, un dernier soubresaut et nous voilà en panne sur une route déserte à au moins 15 km de la première station service. Pourquoi je n'ai pas insisté quand Russel a tenu à faire le plein? Il s'est vanté qu'il savait bichonner son bolide comme personne, qu'il allait vérifier les niveaux, laver le pare-brise...et nous voilà en rade au milieu de nulle part.

- Qu'est-ce qui se passe? grogne le boulet affalé sur le siège passager.

- On est en panne le super mécano!

- On est arrivé? demande Hélèna en s'étirant.

- Non, c'est juste un problème de moteur, t'inquiètes pas. Tu peux encore dormir.

- D'accord, me répond le petit ange de sa voix chantante.

Je sors de la voiture et ouvre le capot. Un seul coup d'œil à la jauge d'huile me conforte dans mon idée : Russel est un boulet incapable! Je bous sur place, je me contrôle pour ne pas lui enfoncer la tête dans le moteur...Respire, respire...Je me dirige vers le coffre, mais le bidon qui est censé s'y trouver est vide. Je maudis les sociétés de location et leurs publicités mensongères. Pourtant, au milieu de cette campagne désertique, une voiture vient à notre rencontre. Il se peut que se soit finalement notre jour de chance : des flics! La voiture de patrouille se gare à deux mètres de moi. Deux policiers en uniforme en descendent.

- Un soucis? demande un grand baraqué dopé aux anabolisants. L'autre, pourtant aussi grand, parait gringalet à côté de lui, effacé.

- Une fuite d'huile, vous n'auriez pas un bidon?

- On peut peut-être résoudre le problème, répond l'armoire à glace en s'avançant.

Un clignotant d'alerte s'allume dans ma tête. Je n'ai pas le temps de me demander ce qui me fait penser ça, qu'une brûlure abominable me lacère le côté droit, une douleur atroce me transperce de part en part, remonte le long de mon dos et irradie jusqu'au bout de mes pieds. Je croise le regard glacé du flic avant de m'écrouler sur le bitume. Mes jambes ne me portent plus, mes bras ne répondent pas pourtant j'entends et je vois tout ce qui se passe autour de moi. Le plus baraqué des deux flics me retourne face contre terre et s'empare de mon arme à ma ceinture, mon portable, vide mes poches avant de me laisser étendu sur l'asphalte, inerte, paralysé. L'autre reste bizarrement en retrait, comme tétanisé, le visage blême. Le plus grand s'éloigne, tenant toujours à la main la matraque électrique qui m'a cloué par terre. J'enrage de mon impuissance, j'enrage de ne rien avoir vu venir, j'enrage de ne pouvoir faire un geste.

La porte côté passager s'ouvre, couché sur le sol, j'entraperçois les chaussures de Russel qui sort de la voiture.

- Attendez! crie-t-il aux deux hommes.

- La ferme Russel, répond l'armoire à glace d'une voix grave, comme sortie d'outre-tombe.

- Mais, c'est pas ce qui était prévu... s'inquiète Russel.

Celle du premier de la classe tremble, monte dans les aigus. Je m'escrime à bouger ne serait-ce que d'un millimètre. La douleur est si insupportable que j'en ai les larmes aux yeux.

 

"BANG"

 

L'écho résonne dans la campagne déserte, résonne dans mon crâne...alors que celui de Russel est traversé par une balle. Son corps s'affale sur le bas-côté, ses yeux ouverts, vides me transpercent. Une décharge d'adrénaline phénoménale déferle dans mes veines, décuple ma volonté. Doucement, trop doucement, au prix d'un effort insensé, d'une souffrance atroce, je parviens à bouger un bras...puis l'autre...une jambe...puis l'autre. Le supplice est tel que je voudrais hurler comme une bête agonisante, mais les cris restent bloqués dans ma gorge.

J'arrive à me hisser sur les genoux, je me traine vers la portière conducteur, m'accroche à la poignée pour me lever. Lentement, trop lentement, mes jambes commencent à répondre à mes ordres. Ma tête arrive à la hauteur de la vitre. J'assiste impuissant à la violence avec laquelle l'armoire à glace extirpe Hélèna de la voiture. Elle hurle, se débat, crache, donne des coups de pied. La petite fée s'est transformée en lionne en furie. Elle baragouine quelque chose que je ne comprend pas, les trois mots de russe qu'elle m'a appris ne me servent à rien...puis son regard croise le mien. Elle continue de se débattre mais ses yeux restent rivés aux miens. Le flic la maitrise, la contraint à s'agenouiller par terre. Je me lève un peu plus pour continuer de la voir, pour continuer de fixer son regard. Le canon de mon arme se pose sur sa tempe, elle ne crie plus, seules ses lèvres bougent sans qu'aucun son ne sortent de sa bouche.

- Vas t-en! forment ses lèvres.

Une larme perle au coin de ses yeux toujours plongés dans les miens, elle sourit en me regardant. Non! Je ne veux pas te laisser. Non! Je ne peux pas te laisser! La douleur me déchire les membres quand je m'accroche au toit pour me lever totalement. Je ne peux pas m'enfuir sans toi.

 

"BANG"

 

Ses yeux pleins d'étoiles se ferment à jamais, son sourire reste figé sur son visage d'enfant.

NON! NON! NON!

Un hurlement d'animal blessé s'échappe de ma gorge, la sueur dégouline dans mon dos, je ne peux plus respirer, je ne veux plus continuer.

Mon cœur s'affole dans ma poitrine, ses battements rapides résonnent dans ma tête en une multitudes de petits bips frénétiques. Des pas résonnent sur le sol près de moi.

- Charlie, Charlie, ce n'est qu'un cauchemar, murmure une voix douce à mon oreille.

-Hélèna? Pardonne-moi, je t'ai abandonné...je t'ai laissé mourir!

De longs sanglots montent dans ma gorge.

- Charlie, vous êtes à l'hôpital de Princeton, je suis le Docteur Cameron.

Paniqué, la dure réalité reprend peu à peu sa place dans ma tête. Cette fille a le même regard qu'Hélèna mais Hélèna est morte. J' ai laissé mon ange tombé du ciel remonter vers les cieux. Hélèna est morte par ma faute, je n'ai pas su la protéger. Je suis un meurtrier, je serai banni à tout jamais...j' ai assassiné un ange... j'ai tué une fée...

 

 

 


dangie  (21.04.2010 à 07:36)

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