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Série : Numb3rs
Création : 16.03.2010 à 08h52
Auteur : dangie
Statut : Terminée
« Crossover Numb3rs/Dr House, bonne lecture » dangie
Cette fanfic compte déjà 48 paragraphes
Chapitre 20
Los Angeles, bar de la 25ème rue
L'ambiance était plutôt bonne enfant dans ce bar fréquenté presque uniquement par des flics. C'est ici que David et Colby avaient pris l'habitude de se retrouver depuis qu'ils ne passaient plus une partie de leurs soirées libres chez les Eppes. Ce soir était différent, puisque Ian Edgerton était de retour en ville et les avait contactés pour leur donner rendez-vous. Colby et Ian avaient été heureux de se retrouver. Ils se rendaient bien compte qu'ils n'auraient peut-être plus jamais l'occasion de travailler ensemble. Ils avaient déjà descendu quelques bières quand David les rejoignit.
- Alors? Qu'est-ce que tu faisais? demanda Ian.
- J'en peux plus des rapports. Je crois que je vais devenir fou, répondit David en commandant, lui aussi une bière.
- C'est ça le boulot de chef d'équipe. Une fois que tout le monde est parti, le boulot est pas encore terminé, constata Ian.
- Ouais! Je sais pas comment Don faisait, je lui tire vraiment mon chapeau, résuma David en se laissant tomber sur une chaise. T'as des nouvelles? Pourquoi tu voulais nous parler? demanda-t-il en observant Ian.
Edgerton bu une longue gorgée de bière avant de se lancer.
- J'ai retrouvé le blouson de Don au pied d'une chute d'eau...je pense qu'il est mort.
- Comment tu peux être sûr que c'est le blouson de Don? questionna David ne voulant pas l'admettre.
- Charlie l'a reconnu...
- Charlie a pu se tromper, tenta David. Cette histoire l'a complètement anéanti. Il est fatigué en ce moment, il a très bien pu se tromper...
- Je sais qu'au départ je ne pensais jamais dire ça un jour... mais je fais confiance à Charlie surtout en ce qui concerne son frère. Pour plus de sécurité, j'ai fait analyser le blouson par le labo scientifique. Il ont retrouvé une trace de brûlure sous le bras droit qui fait penser à une marque faite par une taeser ou une matraque électrique...et du sang sur le col. Il va falloir attendre un peu pour avoir la confirmation, mais ils peuvent dire que le sang est du même groupe que celui de Don.
Les trois hommes gardèrent le silence un instant, chacun essayant d'intégrer cette nouvelle. Jusqu'à maintenant, David avait été tellement occupé, tellement submergé de travail, qu'il n'avait complètement occulté cette hypothèse. Don avait longtemps représenté une sorte de modèle pour lui ... fort, sûr de lui, acharné, consciencieux, juste. Un chef qui savait reconnaitre quand il avait tort, un chef qui savait encourager et féliciter son équipe. David espérait arriver à imiter ce chef là même si cela demandait un courage, une volonté et une résistance qu'il doutait de pouvoir conserver.
De son côté, Colby sentit monter en lui une colère sourde, qui l'alcool aidant, devenait de plus en plus envahissante, oppressante. Depuis le premier jour, il se doutait que Don était mort. Avec tout ce qu'il avait du traverser, avec son transfert dans une unité qu'il détestait au plus au point, il espérait que Don était mort...il lui en voulait tellement.
- Comme ça on est fixé, lança Colby tout en avalant la dernière gorgée d'une énième bouteille.
- Ca te fais rien? s'indigna Ian, moins éméché.
- Quoi? On savait bien que toute cette histoire allait mal finir! continua Colby en se levant.
- De quoi tu veux parler? intervint David.
- Cette fille! Vous avez pas remarqué comme Don la couvait, je suis sûr qu'il se l'est faite! continua Colby tentant de faire quelques pas en vacillant.
- Quoi? Mais qu'est-ce que tu racontes? s'énerva Ian en se levant à son tour.
- Arrête, tu vois bien qu'il a trop forcé sur l'alcool, s'interposa David en se glissant entre ses deux amis. Colby, ça suffit!
- Attends, il est pas au courant! Il faut que Ian sache toute l'histoire. Ca va effriter le beau piédestal du grand Don Eppes, mais la dernière fille que Don a mis dans le programme de protection des témoins a d'abord passé dans son lit...avant de finir une balle dans la tête! expliqua Colby de plus en plus remonté.
- Toute cette histoire n'était pas la faute de Don... assura David.
- Ouais! Peut-être, mais cette histoire là, c'est entièrement sa faute! s'exclama Colby d'une voix si forte que les autres policiers présents dans le bar commencèrent à observer la scène.
- Bon, maintenant ça suffit, siffla David.
Il empoigna Colby par la veste et l'entraina dehors. Ian, parvenant difficilement à se maitriser, les suivit dans la rue.
- C'est facile pour toi, reprit Colby en se tournant vers David, toi, tu as récupéré une place de chef d'équipe! Peut-être que tu lorgnais dessus depuis un moment?
- Me cherche pas Granger ou tu vas me trouver, s'énerva David à bout de nerf.
- Moi,j'ai passé deux semaines a être interrogé tous les jours...
- Comme nous tous, coupa David.
-... Ils ont épluché mes comptes, mes relevés téléphoniques...j'ai été suspecté comme le plus grand des paria et maintenant je me retrouve dans un bureau de misère à éplucher des dossiers du matin au soir. Ca fait des jours que j'ai pas vu le soleil...et tout ça c'est de la faute de Don!
David, bouillant de colère, ne parvient plus à se contenir. D'un geste brusque, instinctif, il décocha un uppercut directement dans la mâchoire de Colby. L'ancien Marine, surpris, se retrouva assis par terre, du sang coulant de sa lèvre fendue. Les deux amis, auparavant si proches, si complices, se lancèrent un regard hargneux, haineux, personne ne voulait battre en retraite.
- Désolé, siffla finalement David en quittant les lieux.
Chapitre 21
Hôpital de Princeton Plainsboro, bureau du Dr House
Le cerveau encore entenaillé entre les vapeurs d'alcool et le hurlement vrombissant des bolides survitaminés, House se traina péniblement jusqu'à son bureau. Ses trois assistants l'attendaient dans un silence religieux...suspect.
Chase observait distraitement ses deux comprimés d'aspirine se dissoudre lentement au fond de son gobelet. Le jeune homme, le teint pâle, les cernes assombrissant son visage, laissait son esprit divaguer. Pourquoi dépenser un fric fou pour une bouteille hors de prix pour se retrouver la tête enserrée dans le même étau qu'avec les tords-boyaux de ses beuveries estudiantines? Cette dépense, il le devait bien à son père, il le devait bien à sa mère qui avait soigné sa dépression avec le même remède.
Cameron, les traits tirés, avait le regard perdu dans la contemplation de la ville qui s'étendait par la fenêtre. Elle avait très peu fermé l'œil, encore moins dormi, l'esprit sans arrêt assailli par le souvenir de son mari la suppliant de le laisser partir. Elle ne voulait surtout pas s'attacher de nouveau : ne pas s'attacher pour ne pas souffrir. C'est pourquoi sa relation avec Chase lui convenait si bien...pas de sentiments, juste des pulsions. Même si elle se doutait que sa nature profonde allait bientôt reprendre le dessus, elle se satisfaisait de cette situation provisoire. Et dans cette situation provisoire, elle ne devait pas s'attacher à un patient, encore moins à ce patient particulier au passé si trouble. Elle devait au plus vite trouver la solution à "l'énigme Charlie" et le premier verrou, le plus vital, le plus urgent était de découvrir la maladie dont il souffrait.
Seul Foreman semblait satisfait de sa soirée, encore plus de sa nuit. Pourtant, il effaça rapidement son sourire béat en voyant arriver son patron. Lui avait la tête des mauvais jour. Y avait-il d'ailleurs des bons jours avec lui?
A peine passé la porte, House se dirigea vers la machine à café et se versa une grande tasse de breuvage brûlant. Après quelques gorgées, il observa ses assistants toujours muets. Ce silence était-il une marque de respect pour son mal de crâne carabiné...ou le signe évident qu'ils n'avaient aucune nouvelle avancée dans leur diagnostic?
- Alors, notre inconnu n'a toujours pas recouvré la mémoire? aboya House.
- Il se souvient d'une "Hélèna", répondit Cameron.
- C'est qui? Sa femme? Sa fille? Sa mère?Sa sœur? Sa maitresse? Sa mère qui est aussi sa maitresse...ou sa sœur qui est aussi sa maitresse?Allez, me dites rien, il a oublié ce petit détail, se moqua House.
- Elle est morte, intervint la jeune femme. Son amnésie peut être due à un syndrome post-traumatique?
- Ou c'est juste une façade. Et la chélation? s'impatienta House.
- Le traitement n'a rien donné. Les taux des métaux ne sont pas vraiment significatifs...d'autant plus qu'on ne connait pas l'alliage de la balle...commença Chase, levant le nez de son gobelet d'aspirine.
- Quoi? Vous ne connaissez pas la composition de ce projectile? Vous n'avez pas contacté Horatio et ses superbes lunettes? Je suis sûr qu'avec rien qu'un coup d'œil en penchant la tête sur le côté, reprit House en mimant le geste, il peut nous dire en quoi cette balle est fabriquée, le calibre, le numéro de série de l'arme qui l'a tiré, le deuxième prénom du type qui l'a vendu...
- On pourrait pas avancer un peu au lieu de se perdre dans votre programme télé? interrogea Cameron.
- Hey! Horatio c'est un dieu! s'indigna House. Je me demande s'il va pas choper un torticolis avec toute ses poses?...
- Ca suffit vos enfantillages! s'emporta Cameron d'une voix forte.
- Hey, la furie, on se calme. Les hurlements c'est mon privilège personnel...et si vous continuez, Chase aura l'impression de coucher avec son patron.
La remarque eut précisément l'effet escompté : laisser Cameron sans voix, attirer Chase dans la contemplation assidue du dessin qui ornait son gobelet. Foreman, lui, ne laissa rien transparaitre de sa surprise. Il était étonné plus par la capacité de son patron de percer à jour les secrets les mieux gardés que par cette relation elle-même. Feindre l'étonnement aurait renforcé House dans son sentiment de toute puissance et ça, Foreman n'était pas prêt de l'admettre.
- Le chien de son ami l'a léché au visage alors qu'il avait une plaie, intervient le neurologue. Il a pu lui transmettre des virus?
- Quoi? La rage? Est-ce que le chien est malade? questionna House.
- Non.
- Et l'autre SDF?
- C'est une force de la nature. Il peut très bien développer les mêmes symptômes à distance, essaya Foreman.
- Ce type vit avec son chien depuis plus longtemps que ce Charlie. Si le chien était malade, il lui aurait déjà transmis...force de la nature ou pas, trancha House. Faut sortir de votre psychose, tous les SDF n'ont pas la rage. Je pensais que prendre votre pied allait réveiller un peu vos neurones...à moins que vous ayez pas pris votre pied? continua t-il, un large sourire lubrique sur son visage.
Foreman ne réussit pas à cacher son étonnement et encore moins son mécontentement. Il y a bien longtemps qu'il avait appris à vivre avec les sarcasmes d'House, mais se laisser surprendre aussi facilement, lui était difficilement supportable.
- Les sandwichs qu'il a mangé étaient peut-être avariés ou contaminés par une bactérie, une toxine, lança Chase. Listériose, salmonelle, toxine botulique...la liste est longue.
House souleva un sourcil d'intérêt.
- Quand je vous dis qu'il faut pas toucher à ce qu'ils servent dans les trains! Hémocultures, recherches de toxines avant de lancer les antibiotiques, lâcha House avant de s'écrouler sur son fauteuil.
Il soupira longuement, avala une gorgée de café pendant que ses assistants se levaient et se dirigeaient vers le couloir.
- La prochaine fois, uniquement pur malt et deux aspirines avant de se coucher, termina t-il avec un regard en coin pour Chase, puis, il reprit en fixant Cameron: la drogue et l'alcool peuvent induire une toxicité cardiaque. Pas de traces de piqûre? Et son ami, qu'est-ce qu'il dit de son alcoolisme?
- Je vous ai déjà dit qu'il ne buvait pas, son bilan hépatique l'a prouvé et pas de traces de drogues ni dans son sang, ni dans ses urines, expliqua la jeune femme. Qu'est-ce qui vous faut de plus?
- Je devrais pas vous apprendre que les menteurs courent les rues. Même s'il n'a rien pris récemment, une intoxication ancienne peut donner des symptômes cardiaques, renchérit House en se levant.
Il avala deux Vicodin et quitta à son tour son bureau.
Chapitre 22
House claudiqua rapidement vers la chambre de leur patient. S'il voulait découvrir si ce type était un imposteur, il devait le voir par lui-même et tout de suite. Depuis le couloir, House observa cet homme qu'il n'avait pas encore vu, son regard fixé sur les dessins, les croquis que Cameron avait rapporté de son abri, le regard hanté par les questions sans réponses qui s'accumulaient.
- Pas de sueurs? De fringale?...commença d'entrée House.
- Vous êtes qui?
- Je suis le Docteur House...
- Vous êtes médecin? Pourquoi vous avez pas de blouse?
- C'est parce que je suis pas un vrai médecin. Mais on s'en fout, puisque vous êtes pas un vrai patient!
- Qu'est-ce que vous voulez? s'impatienta le patient couché dans son lit.
- Savoir à quoi vous vous shootez? Plus vite on le saura et plus vite vous pourrez partir et échapper à la police!...
Les deux hommes se jaugèrent un instant du regard, chacun tentant de déceler la faille de l'autre.
- Je prends quoi? Héro? Coke? Crack? Amphèt? Extasie? Et vous, vous tournez à quoi? Morphine? Fentanyl?... Je vis dans la rue, j'ai déjà du mal à pas mourir de faim. Où est-ce que vous croyez que je trouverai le fric pour m'offrir une dose?
- C'est justement ce qui vous a peut-être conduit dans la rue. C'est facile de prétendre être amnésique...
- Parce que vous croyez que je fais semblant de pas savoir comment je m'appelle, de pas savoir d'où je viens, de pas savoir si j'ai une famille?...
House observa son patient. Il semblait plutôt sincère, il avait presque envie de le croire. Pourtant, il n'arrivait pas se faire une idée précise de cet homme. Il cachait manifestement quelque chose, quelque chose de terrible, quelque chose qu'il avait oublié ou qu'il souhaitait oublier. S'il arrivait à mettre le doigt dessus, il pourrait sûrement débloquer cette situation.
- Vous n'avez peut-être rien pris depuis un moment, mais si vous avez consommé de la drogue avant, ça pourrait être responsable de vos problèmes cardiaques...
- Je vous dit que je me souviens pas! Ce que je suis sûr, c'est que j'ai pris depuis six semaines!
- Et pour vos maux de tête? Vous allez pas me dire que vous avez rien essayé?
- Le médecin du dispensaire m'a prescrit du paracétamol...puis de l'ibuprophène.
- Et rien de plus fort? tenta House méfiant.
- Je veux pas entendre parler de morphine, assura le patient, si c'est à ça que vous pensez.
- Pourquoi? demanda House intéressé.
Un silence s'installa entre les deux hommes. House attendit sans un mot avant que son patient ne reprenne.
- Je sais pas...Y'a certains trucs que je sais...sans comprendre pourquoi, souffla t-il d'une voix faible...
- Vous avez peut-être pris de la drogue, mais vous ne vous en souvenez pas, tenta une nouvelle fois House.
- Faut vous le dire en quelle langue? Si vous ne me croyez pas, faites un prélèvement sur mes cheveux. Si j'ai pris de la drogue, vous le saurez!
House observa attentivement l'homme étendu sur le lit. La colère et la résignation qu'il pouvait lire dans ses yeux l'ébranla plus qu'il ne l'avouerait jamais. Ce patient ne mentait pas pourtant House savait à qui il avait affaire.
Chapitre 23
Hôpital de Princeton Plainsboro, cafétéria
James Wilson savourait une salade tranquillement installé sur une table à l'écart. Dans ce petit recoin, House aurait du mal à le débusquer...C'était sans compter sur le flair infaillible de celui-ci et sa grande propension à subtiliser le repas des autres.
- C'est un flic, s'exclama House en s'asseyant en face de son ami.
D'un geste rapide, House saisit une fourchette sur la table voisine et se servit dans l'assiette.
- Carottes, maïs, betteraves! Tu pourrais pas passer du côté des carnivores?
- Qui est policier? demanda Wilson sans tenir compte des remarques de son ami.
- Mon patient! s'exclama House, celui qui se fait appeler Charlie.
- L'amnésique? Tu sais pas ce qu'il a mais tu sais qui il est?
- Je te dis que c'est un flic, assura House.
- C'est ça, il a une tête de flic, il a un tatouage sur le bras avec marqué" Me cherchez pas de noises, je suis policier" ironisa Wilson en éloignant sa salade.
- Il a tout d'un flic...Je le sens.
- Tu sais que c'est en général les gens qui ont quelque chose à se reprocher qui « sentent les flics »? constata Wilson.
- J'ai rien fait de répréhensible depuis au moins... trois heures, constata House après un rapide coup d'œil sur la montre de son ami.
- Qu'est-ce qui te fait croire que c'est un policier? Il te faut plus qu'une simple impression, renchérit l'oncologue en picorant de nouveau dans sa salade.
- Il sait faire le bouche à bouche, le massage cardiaque, c'est des trucs que les flics savent faire..Ils apprennent ça à l'école de police pour récupérer tous les mecs qu'ils descendent par erreur...
- C'est pas les seuls, les pompiers, les infirmiers, les médecins, les militaires...énuméra Wilson. Y'a pas que les policiers qui apprennent à faire les gestes de premiers secours.
- Il en connait tout un chapitre sur les différents type de drogues, continua House.
- C'est peut-être un dealer? C'est pas toi qui pensait qu'il se droguait? Les junkies savent en général ce qu'ils s'injectent...ou se mettent dans le nez...
- Il a deviné que je prenais quelque chose, continua House toujours aussi convaincu.
Wilson sourit en observant son ami, lui, curieusement gardait tout son sérieux.
- Il t'as vu arriver avec ta canne, tes cernes sous les yeux...demandes plutôt qui ne se doute pas que tu te shootes?
House réfléchit un instant.
- Bon, ok, je t'accorde ce point... mais il sait que la drogue se retrouve dans les cheveux, renchérit House triomphant.
- On l'apprend à la télévision, répondit Wilson.
- T'as pas vu ses dessins?
- Quels dessins? demanda Wilson troublé.
- Les plans, les croquis qu'il a fait de la ville. Il gardait ça dans son abri...affiché sur le mur. Cameron lui a rapporté dans sa chambre...On croirait une enquête de police, c'est clair, détaillé, précis...je t'assure, on se croirait dans un film policier, assura House.
- Arrête maintenant! Ce type recherche qui il est, c'est normal qu'il laisse rien au hasard. Tu ferais certainement la même chose si tu étais à sa place, continua Wilson. Il est perdu dans un univers qu'il ne connait pas, au milieu d'inconnus, de parfaits étrangers...et surtout, il a contracté une maladie que tu n'arrives pas à déterminer...
- Hey! Je te permets pas de douter de mes capacités, s'insurgea House.
- C'est pas ça, se reprit Wilson. Je dis juste que tu l'aimes pas parce qu'il se laisse pas faire, qu'il sait te répondre...alors puisque tu l'aimes pas et que tu aimes pas les flics, tu en déduis que c'en est un.
- J'aime pas les flics, ça s'est sûr...admit House, mais là je suis certain que c'en est un.
Wilson avait parfois du mal à faire confiance à son ami. Lui qui voyait des menteurs partout avait aussi une fâcheuse tendance à écorner la vérité, pourtant quand House avait des certitudes, il venait rarement chercher l'approbation vers lui. A moins que tout ça ne soit que des suppositions.
- Il y a certainement des tas d'explications pour que cet homme agisse de cette façon... reprit Wilson.
- Va voir sa chambre... enlève le lit et les moniteurs et tu croirais que Jack Malone ou Gideon vont arriver dans la pièce, affirma House.
- Jack Malone et Gideon, c'est des agents du FBI, expliqua Wilson. Je croyais que c'était pas vraiment le genre de truc que tu regardais à la télé?
- Quoi? Je préfère les soaps! Et alors,y'a pas de mal à se tenir informé...mais, me dis pas que c'est un fed? Un flic, j'ai déjà du mal, mais le FBI, là c'est trop! s'exclama House en se prenant la tête dans les mains.
- C'est un agent du FBI, annonça Cameron en arrivant, il s'appelle Don Eppes!
Chapitre 24
Vol Américan Airline n°247, entre Los Angeles et Princeton
Alan Eppes n'en finissait pas de sourire. Depuis des semaines, ce sourire avait déserté son registre personnel d'expressions. Depuis quelques heures, ce sourire était accroché sur son visage et rien ne pourrait venir le déloger. Don était vivant...
A l'aube, David s'était garé devant la maison, il était descendu de voiture accompagné d'Ian Edgerton. Assis à son poste d'observation habituel, le cœur serré par une angoisse qui s'était amplifiée durant la nuit, Alan les avait vus arriver le souffle coupé. L'air lui faisait cruellement défaut, la petite boule qui n'avait cessé de grossir depuis la veille s'était brusquement transformée en une bombe d'acide pur qui le rongeait de l'intérieur. Voir les agents du FBI débarquer chez lui de si bonne heure, alors que ça faisait maintenant des jours qu'il n'avait aucune nouvelle, ne pouvait signifier qu'une seule et unique chose, une chose terrible, une chose innommable. Comme un automate, il s'était levé. Il n'avait aucune conscience de l'énergie qui le maintenait encore en vie. Il avançait vers la porte comme dans un brouillard, ses yeux commençant malgré lui à se remplir de larmes. Il n'était plus maître de son corps, son monde venait de s'écrouler. Les yeux hagards, les mains tremblantes, il avait ouvert la porte.
Le sourire radieux que David lui avait renvoyé resterait à jamais gravé dans sa mémoire.
- Alan, Don est vivant! avait lancé celui-ci sans préambules.
- Tu es sûr? avait questionné le vieil homme dans un souffle.
- Certain, Alan! Les analyses ADN ont parlé, il est à Princeton.
Un monde nouveau s'était soudain ré-ouvert, un monde où Don avait repris sa place, un monde où Don existait autrement que dans ses souvenirs. Alan s'était senti partir, submergé par l'émotion et par un bonheur si intense qu'il en devenait presque douloureux. David s'était précipité, inquiet et l'avait réceptionné dans ses bras. Entre sanglots et rires, Alan avait enlacé l'agent du FBI, laissant ses larmes couler sur la veste de David. Celui-ci, aussi ému, lui avait rendu à la pareille cette étreinte si inattendue, si inespérée. D'ordinaire plus réservés, les deux hommes avaient laissé couler leur joie immense. A circonstances exceptionnelles, réponse exceptionnelle. Ian, les avait observés, un peu en retrait, un sourire satisfait sur le visage.
Alertés par les cris, Amita était accouru. En voyant Alan et David rirent aux éclats, elle s'était précipitée pour chercher Charlie qui dormait encore, assommé de désespoir.
- Viens vite, avait crié Amita en sautant sur le lit.
- Quoi? Laisse-moi dormir encore un peu, j'ai pas envie de me lever, avait répondu Charlie en se couvrant la tête avec le drap.
- Viens je te dis! avait répété Amita en arrachant brutalement le drap, un sourire radieux accroché sur son visage.
Charlie était sortit du lit en se trainant, les cheveux ébouriffés, les yeux assombris par de larges cernes. Encore empaqueté dans un carcan de douleur, il avait levé les yeux vers la jeune femme qui ne pouvait s'empêcher de sauter sur place.
- Tiens, avait-elle fait en lui tendant un T-shirt.
Le jeune homme s'était exécuté sans un mot et l'avait suivie quand elle avait quitté précipitamment la chambre. L'esprit pas encore tout à fait réveillé, une drôle de sensation avait fait surface dans sa tête. Il n'arrivait pas à mettre un nom sur cette sensation mais elle était agréable et totalement différente de ce qui occupait ses pensées depuis des semaines. Puis, il était arrivé en haut de l'escalier et avait découvert son père, David et Ian pris dans une grande discussion mêlée de rire nerveux.
- Ton frère est vivant! avait hurlé Alan quand son jeune fils était entré dans son champ de vision.
Complètement incrédule, la bouche ouverte, Charlie avait scruté attentivement toutes les personnes présentes qui lui renvoyaient toutes un sourire si large qu'il en fut totalement déstabilisé. Il avait eu tellement de difficultés à se faire à l'idée que Don avait définitivement quitté sa vie. Depuis l'annonce de la disparition de son frère, Charlie avait traversé dans la douleur toutes les phases du deuil allant du déni le plus total, en passant par la colère, la sidération pour parvenir jusqu'à l'acceptation de l'insoutenable réalité. Le chemin avait été si éprouvant autant physiquement que mentalement, qu'il était totalement vidé, exsangue de toute vie, de tout courage. Encaisser cette nouvelle, intégrer cette donnée si inespérée dans la trame qu'il s'était efforcé de reconstruire lui demandait un effort si intense qu'il pensait ne pas y parvenir sans y perdre la raison.
Ses jambes se firent plus molles, il se sentit partir...et si son corps le lâchait, son esprit ne tarderait pas à le faire. Amita l'avait alors enlacé, laissant couler les larmes qu'elle avait retenues pendant ces six semaines. Cette étreinte lui redonnait la force qui lui faisait défaut. Cette nouvelle aussi déroutante soit-elle était aussi la plus extraordinaire, la plus magnifique, celle qu'il n'osait plus espérer.
Les jambes en coton, il avait descendu les escaliers soutenu par Amita, s'était à son tour perdu dans les bras de son père, puis son regard avait croisé celui de Ian.
- C'est vrai? avait simplement demandé Charlie.
- Oui, ton frère est vivant, avait simplement répondu Ian.
Les agents du FBI avaient alors expliqué les résultats de la recherche ADN lancée par la police de Princeton sur un SDF soupçonné d'attouchement sexuels et qui prétendait s'appeler Charlie. Les policiers ne s'attendaient pas à tomber sur un agent du FBI porté disparu et recherché pour un double meurtre. Le bureau de Los Angeles avait immédiatement été prévenu et David s'était fait une joie d'annoncer la nouvelle à la famille de l'agent Eppes. Alan et Charlie étaient désormais installés dans le premier avion en partance pour Princeton...
Le jeune mathématicien regarda distraitement par le hublot, impatient d'apercevoir les faubourgs de la ville qu'il avait découvert alors qu'il n'était encore qu'un adolescent.
- Tu veux manger quelque chose? demanda Alan en voyant l'hôtesse s'approcher d'eux.
- Non, répondit Charlie, je crois que rien ne passera.
- Charlie, il va falloir que tu manges un peu.
Le jeune homme se retourna vers son père, l'angoisse pouvait se lire sur son visage fatigué.
- Papa, Don est hospitalisé avec une balle dans la tête...
- Charlie, arrête! Ton frère est vivant, c'est tout ce qui compte pour le moment, assura Alan.
- Mais, les médecins ne savent pas ce qu'il a...
- Ian s'est renseigné sur ce Dr House, il m'a dit que c'était un des plus grand spécialiste du pays...
- Et s'il avait une maladie très grave...comme maman, murmura Charlie.
Alan observa son fils qui semblait si désespéré. Lui n'avait pas du tout imaginé cette possibilité, trop heureux de retrouver Don.
- Charlie, ne soit pas défaitiste. Ce docteur va le soigner et si le traitement est long, on ramènera Don à la maison. On sera de nouveau ensemble...
- Mais si Don ne nous reconnait pas? David a dit qu'il était amnésique, s'il ne se souvenait pas de nous? continua Charlie de plus en plus alarmé.
-Arrête Charlie, répéta Alan. Ca ne sert à rien de s'inquiéter. On va bientôt retrouver ton frère et pour l'instant, c'est la seule chose à laquelle tu dois penser.
Chapitre 25
Hôpital de Princeton Plainsboro, chambre n°629
-Agent Eppes? Je suis l'agent Lelic et voici mon collègue, l'agent Melvin.
Don ouvrit péniblement les yeux. Chaque geste, le plus infime fût-il, relevait d'une épreuve de force. Chacun de ses muscles pesait une tonne. Il lui semblait avoir entendu une voix près de lui, mais il n'avait pas compris un traitre mot de ce qu'elle avait dit. Au prix d'un effort insensé, il tourna la tête vers cette voix. Deux hommes se tenaient devant lui, droits comme des I. A sa droite,le premier, plutôt grand, mince presque maigre l'observait d'un regard dur. Pommettes hautes, joues creuses, tout son visage semblait avoir été découpé à la serpe. A sa gauche, le deuxième, petit, rond, un cou large sur un torse non moins imposant paraissait plus sympathique. Celui-ci, d'un geste brusque flanqua son insigne juste sous le nez de Don.
« F.B.I. » c'est tout ce que Don eu le temps de lire. Que faisait le FBI ici? Il s'attendait à ce que la police vienne un jour où l'autre le chercher et le conduire en prison, mais le FBI? Curieusement, il n'avait pas peur. Alors que la simple vue d'un uniforme de police le faisait tressaillir, se retrouver en face de deux agents du FBI ne l'inquiétait pratiquement pas...il se sentait presque en terrain de connaissance, pourtant il ne pouvait empêcher son cœur de battre la chamade.
Derrière les deux hommes, Don aperçu la jeune médecin au regard doux. Cette simple présence suffit à l'apaiser totalement. Mais, Cameron paraissait inquiète, troublée, déçue. Don voulu la rassurer, lui faire comprendre qu'il allait bien, que tout allait bien. Les yeux braqués sur elle, il tenta un sourire tout en esquissant un geste de la main...mais sa main refusait de se lever...pire, son poignet lui faisait mal. La douleur était différente de celle qui parcourait ses mains bandées. Elle était accompagnée d'un cliquetis qui lui sembla familier. Déboussolé, angoissé par les prémices d'un nouveau symptôme dans la maladie inconnue qui le faisait souffrir, ses yeux se posèrent sur sa main...Il pouvait tout à fait la bouger, excepté qu'une paire de menottes fixée à son lit entravait ses mouvements. La panique déferla dans ses veines.
- Mais? Qu'est-ce qui se passe? questionna-t-il effaré.
- Agent Eppes, vous êtes en état d'arrestation pour les meurtres de Marc Russel... commença le plus gros, Lelic.
...Russel est mort? Russel le boulet? Russel l'incompétent?
Des flashs crépitèrent devant ses yeux...La gueule du premier de la classe bougonnant, geignant sur le siège passager, râlant devant la porte d'une chambre de Môtel...l'étonnement dans sa voix suppliante...son regard vide perdu dans le néant...le sang s'écoulant de sa tête par un trou béant sur sa tempe.
- Russel...murmura Don.
-...et celui d'Hélèna Davidovich, enchaina Melvin.
Hélèna? Hélèna son petit ange? Sa petite fée?
De nouveaux flash palpitèrent dans sa tête...un container tout droit sortit d'un cargo, une odeur pestilentielle faite d'excréments, de transpiration, de sang, le corps menu d'une jeune femme...Hélèna recroquevillée dans un coin, sa respiration hachée, laborieuse...Hélèna couchée dans un lit d'hôpital Lles pansements enserrant son crane, les perfusions se diluant dans ses veines...Hélèna sur la banquette arrière d'une voiture, son expression mi-craintive, mi-curieuse, la lueur dans ses yeux, la lumière sur son visage, la chanson de sa voix...Hélèna qui hurle, sa lutte acharnée, désespérée...le reflet du soleil déclinant sur l'insigne de police épinglée sur le torse du bourreau...le révolver se posant sur sa tempe...les larmes s'écoulant doucement sur ses joues rosies par le froid...
NON, NON...
Les images s'entrechoquèrent dans sa tête, se bousculèrent comme une foule déchainée tentant de s'extirper d'un brasier. Seul les plus puissants forcent le passage, piétinant les plus faibles. Les flashs défilèrent devant ses yeux. Son passé qu'il cherchait vainement depuis des semaines le heurtait de plein fouet. Un passé peuplé de peur, de cris, d'horreur, de violence, de sang. Il aurait voulu pouvoir replonger dans le néant, dans l'oubli, oublier cette vie, mais tout lui revenait comme un uppercut en plein visage, violemment, brutalement.
Pourtant, il était maintenant certain d'une chose : non, il n'avait pas tué Hélèna. Même si la responsabilité de son meurtre lui incombait totalement, même s'il ne pourrait jamais se défaire de la culpabilité qui allait le ronger jusqu'à la fin de ses jours, il n'avait pas tué Hélèna...il aurait pu, tout au plus, étrangler Russel, lui faire ravaler sa suffisance, lui faire avouer sa traitrise. Mais, il n'avait rien fait de tout cela, il avait assisté, inerte, impuissant, à l'exécution d'Hélèna par ces deux policiers. Pourquoi n'avait-il rien tenté pour la sauver? Pourquoi n'avait-il pas bougé le petit doigt? Avait-il été paralysé par la peur ou la simple lâcheté? Pourquoi n'avait-il rien fait? Tout tournait dans sa tête, se mélangeait, se dispersait, mais il n'avait pas tué Hélèna.
- Ce n'est pas moi qui ai tiré, affirma Don en cherchant Cameron du regard.
- Et comment tu expliques que ce soit ton arme qui ai servi à les descendre? s'emporta Lelic d'une voix dure, d'un coup beaucoup moins sympathique.
- Ils me l'ont prise.
- Et qui donc? siffla Lelic.
Des flashs crépitèrent de nouveau devant les yeux de Don...une armoire à glace au sourire froid, un regard bleu acier, pénétrant, des mains gigantesques, une force décuplée par la haine.
- Les policiers, murmura Don.
- Ce sont des policiers qui les ont abattus? se moqua Melvin, un rictus dédaigneux s'imprimant sur son visage.
L'uniforme gris, les galons sur les épaulettes, la plaque...Tout voltigeait devant ses yeux comme des instantanés, des photos prises sur le vif et qu'on ferait défiler à toute allure. Pourtant, son regard habitué à saisir au vol des détails infimes se fixa sur une chose.
- « Dunham »! C'est le nom qu'il y avait sur sa plaque, souffla Don à bout de force.
- A qui tu veux faire croire ça? s'énerva Melvin.
Le souffle court, son cœur s'affolant dans sa poitrine, Don lutta pour lui répondre mais les flashs se succédaient devant ses yeux à une vitesse infernale...Hélèna, son sourire, sa voix chantante...Hélèna qui hurle, se débat...Hélèna qui le fixe à travers les vitres de la voiture...Hélèna, sa tête qui explose et lui qui ne bouge pas... Il ne peut supporter plus longtemps son inaction, il voudrait réparer ce qu'il a laissé faire, il voudrait se faire pardonner...
Don s'agrippa aux montants de son lit, tenta de se redresser, mais son regard se troubla, les flashs n'en finissent pas de palpiter devant ses paupières pourtant, lui, a perdu le fil. Son esprit s'enferme dans un « no man's land » où seule la douleur a le droit de cité.
- Arrête ton cinéma Eppes! Ca prend pas avec moi, hurla Melvin hors de lui se rapprochant pour secouer Don.
Cameron s'interposa rapidement écartant d'un geste décidé les deux agents et saisissant la sonnette pour appeler de l'aide en urgence.
- Vous voyez pas qu'il convulse! Sortez immédiatement et laissez-nous travailler!
Chapitre 26
Hôpital de Princeton Plainsboro, bureau du Dr House
- Convulsions, on peut pas dire qu'il fasse dans l'originalité, annonça House en notant cette nouvelle donnée sur son tableau blanc. Après le cœur, de retour au cerveau, il aurait pu se diversifier un peu!
- Une hypertension intracrânienne a pu causer le bloc de branche et maintenant les convulsions, proposa Foreman.
House claudiqua à travers la pièce, réfléchissant.
- HTIC due à quoi?
- Une tumeur au cerveau? continua Foreman.
- On en revient à notre point de départ, c'est le chien qui se mord la queue, constata House.
- Tant qu'on ne sait pas ce qui cause le problème cardiaque, on ne peut pas retirer la balle...avança Chase.
- Et tant qu'on a pas retiré la balle, on ne peut pas faire d'IRM, termina Foreman.
- C'est ce que je me tue à vous dire, c'est le chien qui se mord la queue,! répéta House d'une voix forte tout en fusillant du regard ses deux assistants masculins. On ne peut pas compter sur l'IRM, on le savait déjà depuis un moment. Faites un peu marcher vos méninges et qu'on avance un peu! s'énerva House.
Les trois assistants s'observèrent un instant.
- Une méningite? proposa à son tour Cameron. Il a des céphalées de plus en plus importantes, une raideur de nuque. La fièvre peut être masquée par le paracétamol qu'on lui donne contre ses céphalées.
House s'arrêta dans sa marche et releva un sourcil intéressé.
-Une méningite pourrait expliquer les céphalées, l'HTIC et maintenant les convulsions, mais ne colle pas du tout avec l'amnésie, intervint Foreman.
- L'amnésie est peut-être un symptôme totalement indépendant des autres...une autre pathologie, tenta Cameron.
- Ou alors entièrement feinte pour se sortir d'un mauvais pas, insista House pas encore déterminé à se laisser convaincre par les divagations d'un agent du FBI. Il faut éliminer une méningite, alors arrêtez le paracétamol pour voir s'il chauffe...faites-lui un fond d'œil pour éliminer une hypertension intracrânienne et une ponction lombaire.
- On n'arrive pas à équilibrer son traitement antalgique, il ne pourra jamais rester immobile pour la ponction, annonça Chase défaitiste.
- Mettez-le sous morphine! s'exclama House d'une voix forte.
- Il refuse catégoriquement.
- Il refuse? Dites-lui que c'est pas parce que c'est un agent fédéral qu'il peut faire la loi ici! D'ailleurs, est-ce qu'il a encore sa plaque? Ca m'étonnerais pas...un type qui a buté deux personnes peut très bien reprendre son poste...une petite tape sur les doigts et c'est reparti!
- Pour l'instant, on ne sait pas ce qui s'est passé, répliqua Cameron. Une enquête est en cours...la seule chose dont il se souvient, c'est que ce n'est pas lui qui a tué cette fille.
- Il est peut-être innocent, pourtant y'a deux agents dans mon service qui le surveillent jour et nuit... et puis, c'est toujours facile le coup de l'amnésie, constata House. Une fois qu'il est démasqué, il va se souvenir de ce qui s'est passé.
- Le coup qu'il a reçu sur la tête peut précipiter le retour de ses souvenirs, affirma Foreman.
- Il peut aussi se souvenir de ce qui l'arrange, surtout quand on vient l'accuser de deux meurtres...et puis, il se souvient pas de sa famille. Qu'est-ce qui s'est passé entre eux? interrogea House s'attendant à du croustillant.
- Ils sont très unis, commença la jeune femme. J'ai eu son père au téléphone, il y a une heure, il prenait le premier avion avec le jeune frère de Don. Les derniers évènements de sa vie devraient refaire surface en premier, mais il n'a aucun contact avec son père et son frère depuis plus de six semaines. Les souvenirs plus anciens reviendront certainement plus tard. Tout va sans doute se précipiter quand il les verra, assura Cameron comme pour se convaincre elle-même.
House jeta à son assistante un regard défaitiste. Pourquoi ne voyait-elle pas que cet homme était un meurtrier? Pourquoi prenait-elle encore sa défense alors que les preuves de sa culpabilité étaient si évidentes? Et les preuves de son innocence ne reposaient que sur la mémoire défaillante d'un patient touché par une balle dans le crane. L'incorrigible bienfaitrice avait encore frappé et lui ne voulait certainement pas se laisser berner par les quelques « souvenirs » qui pourraient refaire surface à un moment si opportun.
- Pourquoi est-ce qu'il refuse la morphine? continua House, si c'est une des rares choses dont il se souvient, c'est que ça a certainement une signification et puisque lui ne nous est d'aucun secours, il suffit d'aller demander à sa famille...quand est-ce qu'elle arrive d'ailleurs sa famille? Ils ont pas l'air si pressés de retrouver leur rejeton.
- Sa famille vit à Los Angeles, contra Cameron. Son père et son frère seront là dans quelques heures...et son frère s'appelle Charlie...C'est un nom qui est resté gravé dans sa mémoire. Et son frère est un petit génie, il est entré à l'Université de Princeton à 14ans, c'est une tête! affirma la jeune femme pour piquer au vif son patron.
- Et bien on verra quand il sera là le petit génie...et le père? Il fait quoi là dedans avec un fils surdoué et un agent fédéral??? Il prend des antidépresseurs? plaisanta House avant de quitter la pièce.
Chapitre 27
Quelque part au nord de Phillipsburg
Je cours, je cours aussi vite que mes jambes peuvent me porter, avec l'énergie du désespoir. La douleur envahit chacun de mes muscles. Mon corps n'est que souffrance et mon cœur me semble si lourd que je pense qu'il va exploser...Hélèna est morte et je l'ai abandonnée derrière moi. Pourtant, tout ce qui m'importe maintenant, c'est de sauver ma peau! Mon égoïsme me dégoute. Je devais protéger mon ange et j'ai failli à ma tâche.
Les balles sifflent à mes oreilles. Des balles sortant de mon arme! Ces salopards me tirent dessus avec mon arme! Mon impuissance me donne envie d'hurler de rage, de tout renverser sur mon passage...d'exploser la tête de ces types qui me prennent pour cible. Mais c'est ma tête qui explose! La douleur me transperce le crâne, pourtant je continue de courir. Je sens un liquide chaud couler lentement dans mon dos mais tout ce qui m'importe c'est d'arriver jusqu'à cette rivière.
A grandes enjambées, je franchis les berges et plonge dans l'eau. Le froid me saisit immédiatement, j'en ai le souffle coupé, mon cœur tressaute dans ma poitrine...j'ai presque l'impression qu'il va s'arrêter. Mes jambes pèsent des tonnes, je me débats dans les rapides mais le courant m'emporte plus vite que je l'aurais imaginé. Les deux types s'arrêtent sur la rive et m'observent batailler pour rester à la surface. J'ai le temps d'apercevoir le sourire satisfait de l'armoire à glace avant de sombrer sous la surface. Je bloque ma respiration tout en luttant de toutes mes forces pour rester conscient, lucide.
Mes mains cherchent fébrilement la fermeture éclair de mon blouson. A force d'agitation, je réussit à me libérer du carcan qui m'entrainait vers le fond. Comme dans un rêve, je regarde ce blouson qui symbolise une grande partie de mon passé, s'éloigner dans les flots. A bout de souffle, le cœur cognant à mes oreilles, je parviens à remonter jusqu'à la surface. J'aspire avidement une goulée d'air glacé qui entre dans mes poumons, me brûlant les entrailles. La douleur est si intolérable que je pourrais en hurler. Le temps semble suspendu, le paysage défile à une vitesse impressionnante. Le froid m'encercle totalement s'insinuant au plus profond de ma peau, de mes muscles, de mes os. Mes jambes et mes bras s'engourdissent, la souffrance a presque disparu remplacée par une sensation de lourdeur extrême. Mon corps est balloté dans le courant sans que je puisse rien faire. Mon genou droit heurte une pierre, pourtant je ne sens pas l'onde de douleur, anesthésié par le froid...la fatigue qui me rattrape.
La forêt a remplacé le paysage désertique où j'ai laissé Hélèna, les nuages noirs m'ont rattrapés...par contre, les deux types ont disparus. Je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle, parce que le courant lui redouble, un grondement monstrueux se devine au loin. La rive n'est qu'à quelques mètres qui me semblent des kilomètres, pourtant je ne veux pas abandonner. Un remous d'eau glacée entre dans ma bouche. Je tousse jusqu'à m'en arracher les poumons. Dans un effort désespéré, je me débats contre les rapides. Je nage comme un fou, comme un forcené...la berge est toute proche. Des troncs d'arbres arrachés penchent jusque dans l'eau...c'est peut-être ma seule chance de m'arracher à ce courant qui m'emporte vers la mort. Le tronc se rapproche rapidement, trop rapidement pour que mes bras engourdis s'en saisissent en premier...c'est ma tête qui heurte le bois dur. Un carillon résonne dans mon crâne, tout devient flou autour de moi. La douleur est si intense que j'ai l'impression d'avoir mis ma tête dans une cloche et qu'un carillonneur fou s'en donne à cœur joie.
Mes pieds rencontrent un enchevêtrement de branches sous la surface. Je réussis à me hisser sur le tronc que j'enserre de toutes mes forces. Un brouillard se forme, une pluie glacée commence à se déverser...je me croyais sorti de l'eau et voilà qu'elle me poursuit. Je ferme les yeux rattrapé par le désespoir...le froid qui m'enserre, m'enveloppe...
- Don! Don! fait une voix lointaine.
Je ne sais pas qui est ce Don. Moi, je m'appelle Charlie!
- Don! On est là!
Deux hommes m'étudient attentivement. Leurs visages me semblent familiers pourtant je ne parviens pas à me souvenir de ce qu'ils viennent faire dans ma vie.
- Donnie, c'est papa et Charlie. On est là mon ange!
- Non! Mon ange est mort.
-Qu'est-ce que tu racontes? fait l'homme plus âgé.
Je ne comprend pas qui est cet homme aux yeux apeurés et qui est ce « Charlie »? Charlie c'est moi! Je voudrais leur dire qu'ils se trompent. Pourtant une partie de moi a envie de se jeter dans les bras de ce vieil homme au regard fatigué, une partie de moi à envie d'espérer que ma famille, mon père, m'a retrouvé. Mais, j'ai peur, j'ai peur à en crever, je suis terrorisé par ces personnes qui me touchent, me fixent. Je voudrais leur expliquer ce vide qui a englouti toute ma vie, je voudrais leur expliquer le trou béant qui me ronge les entrailles mais je ne parviens pas à leur répondre, les mots restent bloqués dans ma gorge. Une douleur naissant dans mon cou irradie jusque dans ma tête, ma vision se trouble, mon corps est secoué de tremblements, mon souffle se fait court...il fait froid...un froid glacial...je ne supporte pas le froid. Tous mes membres se mettent à trembler sans que je puisse rien faire pour me calmer, mon cœur palpite dans ma poitrine ...j'ai froid...j'ai froid à en crever...
Chapitre 28
Hôpital de Princeton Plainsboro, bureau du Dr House
- Frissons, fièvre, désaturation...il m'a enfin écouté quand je voulais un peu d'originalité. annonça House en notant cette nouvelle donnée sur son tableau blanc. Après le cœur, de retour au cerveau, et maintenant un choc septique.
- L'infection qui était latente sous paracétamol sans donner d'hyperthermie reflambe depuis qu'on a suspendu le traitement.
House claudiqua à travers la pièce, réfléchissant. Ses neurones réveillés fonctionnaient à 120%. Les trois assistants s'observèrent un instant.
- Pour l'instant les hémocultures n'ont rien révélé, il faut encore du temps. De toute façon, on ne peut toujours pas écarter une méningite infectieuse étant donné le fait qu'on n'a pas encore pu réaliser la ponction lombaire, proposa à son tour Cameron. Il a des céphalées qui deviennent de plus en plus invalidantes et les douleurs se propagent aux épaules, aux bras...
House s'arrêta dans sa marche et releva un sourcil intéressé...mais fatigué.
- On en revient toujours au fait qu'on a besoin de cette ponction et vu que le fond d'œil est normal, on peut plus attendre. Il faut se lancer
- Le problème reste toujours la douleur...tenta Chase défaitiste.
- Mettez-le sous morphine! s'exclama House d'une voix forte.
- Il refuse toujours catégoriquement.
- Il refuse? Ecoutez, j'ai pas envie de me battre avec un type capable d'exécuter deux personnes d'une balle dans la tête. Alors dès qu'il est réveillé, que sa famille aille lui parler et le faire changer d'avis...et si jamais le petit génie n'arrive pas à le convaincre, dites à l'agent fédéral Eppes que si je viens dans sa chambre, ça sera avec une batte de baseball et je l'assomme le temps de la ponction...les battes de base ball, il connait...ça va peut-être lui rappeler des « trucs » termina House un petit sourire moqueur naissant sur son visage.
Chapitre 29
Hôpital de Princeton Plaisboro, couloir devant la chambre 257
Charlie Eppes était resté un long moment scotché à la vitre le séparant de son frère. Les anti-convulsivants avaient plongé Don dans un sommeil agité. Le jeune mathématicien se refusait d'imaginer par quels fantômes les rêves de son frère étaient hantés. Il ne pouvait que supposer le calvaire qu'avait traversé Don, seul au milieu d'une ville qui était aussi synonyme de l'abandon d'une mère...Leur mère qui avait dû se résoudre à un choix cornélien : privilégier le plus jeune de ses fils pour lui permettre de suivre une scolarité à la hauteur de ses capacités et laisser le plus âgé se débrouiller seul avec son père.
A cette époque, toutes les questions, toutes les discussions, toutes les attentions étaient centrées sur lui : le petit génie. Comment concilier vie de famille et éloignement? Comment lui permettre de développer dans les meilleures conditions ses capacités exceptionnelles? Comment subvenir aux frais occasionnés par des études dans l'une des plus prestigieuse facultés du pays...située à des centaines de kilomètres de leur domicile? A ce moment là, Charlie avait cru égoïstement qu'il méritait tous les sacrifices que sa famille lui concédait...Maintenant, il savait que le ciment qui les unissait ce n'était pas lui mais Don.
Depuis ces dernières semaines, la famille Eppes n'existait plus que dans la théorie. Dans la pratique, elle n'était plus que la réunion improbable d'êtres du même sang qui communiquaient uniquement pour satisfaire les besoins les plus primaires. Chacun s'était enfermé dans ses espoirs fous, ses désillusions, ses angoisses. Ils avaient été incapables de formuler ouvertement les pensées qui les habitaient, ils avaient été incapables de partager les terreurs qui les hantaient. Maintenant, ils étaient enfin réunis. Pourtant, la magie qu'Alan avait tant espéré retrouver n'avait pas encore, tel le phénix, renait de ses cendres. Les liens qui les unissait il y a six semaines semblaient aujourd'hui aussi en friche que la mémoire de Don.
Sur la demande insistante de son père, Charlie était parti à la cafétéria pour chercher de quoi résister au décalage horaire. Alan s'était installé dans le couloir d'où il pouvait observer son fils ainé qui somnolait par intermittence. Pour l'instant, Les seules paroles que Don avait échangées avec eux se résumait à l'incompréhension de trouver des étrangers penchés au dessus de lui. La détresse qu'il avait pu lire dans les yeux de son fils avait fait chavirer le cœur d'Alan. Son fils bien aimé avait bel et bien disparu : l'homme qu'il avait devant lui ne ressemblait pas au Don qu'il connaissait si bien. Alan n'avait pas envisagé la possibilité que son fils ne le reconnaisse pas, la possibilité que son fils ait changé. Pour lui, la seule chose importante était que Don soit vivant. Maintenant, les inquiétudes que Charlie avait formulées dans l'avion revenaient le frapper de plein fouet. Il prenait désormais pleinement conscience de son manque de discernement, que l'euphorie qui l'avait gagné depuis la visite de David s'était définitivement envolée.
L'état de Don était certainement plus grave que ce qu'on leur avait annoncé en premier lieu. Mais qu'est-ce qui pouvait être plus sérieux que le fait d'avoir une balle dans la tête? Tout tournait dans l'esprit d'Alan à une vitesse folle, une vitesse si folle qu'il était incapable d'imaginer quoi que se soit. Découragé, il prit sa tête dans ses mains et soupira. Le cauchemar n'aurait donc jamais de fin?
- Monsieur Eppes? fit une voie mélodieuse juste devant lui.
Alors qu'il avait fermé les yeux une fraction de seconde, une jeune femme s'était matérialisée dans le couloir et l'observait d'un œil compatissant. Alan avait déjà aperçu cette femme: elle faisait partie de la ribambelle de blouses blanches qui avait accouru lorsque Don avait été secoué de frissons si violents que son cœur de père avait failli se décrocher. C'était son collègue, un jeune médecin blond au regard fatigué qui était venu les informer de la situation. Alan se demandait où était passé ce toubib si jeune qu'il l'aurait imaginé sortant tout juste de la fac de médecine. Dans ces occasions, il constatait amèrement que lui avait plutôt l'air de sortir de la préhistoire face à ces médecins de plus en plus jeunes. Dans la panique des évènements, Alan n'avait pas vraiment saisi qui était cette femme, pourtant le sourire qu'elle lui renvoyait le mit immédiatement en confiance. Pendant un court instant, dans la lumière rasante de cette fin d'après-midi, Alan fut même troublé par l'aura qui émanait de cette jeune femme. La lueur dans ses yeux, l'étincelle dans ses prunelles, le laissèrent un moment sans réponse.
- Monsieur Eppes? Vous allez bien? s'inquiéta la jeune femme.
- Oui, assura Alan replongeant dans son angoisse.
- Je suis le Docteur Cameron, c'est moi qui m'occupe de votre fils.
- Où est le Docteur House?
- Il est très occupé, mentit Cameron. Je suis son assistante.
Alan n'avait pas vraiment envie de savoir ce qui empêchait ce fameux Dr House de venir voir son fils. D'après les renseignements que Ian avait eus du FBI, ce médecin était peut-être le plus compétant dans son domaine, mais aussi le plus irascible, le plus désagréable, le plus antipathique. Tous les qualificatifs qu'il avait entendus n'avaient rien de flatteurs mais tout ça importait peu tant qu'il sauvait Don.
- Comment va mon fils? Qu'est-ce qui s'est passé tout à l'heure? demanda Alan.
- Nous pensons que Char...pardon, Don a une méningite, se reprit Cameron.
Elle avait encore du mal à appeler son patient par son vrai prénom. Elle l'avait découvert en tant que « Charlie » et il resterait encore « Charlie » pour longtemps.
- Une méningite? s'inquiéta Alan affolé.
- Pour être tout à fait certains et pouvoir lui délivrer le bon traitement, nous devons pratiquer une ponction lombaire, continua la jeune femme.
- Une ponction lombaire? s'inquiéta de nouveau Alan, de plus en plus paniqué.
- Nous devons prélever du liquide céphalo-rachidien dans sa colonne vertébrale pour l'analyser...
- C'est dangereux?
- C'est une procédure tout à fait banale, elle peut cependant être douloureuse...
- Si c'est si banal que ça, pourquoi j'ai l'impression que vous attendez mon consentement? Don n'est plus capable de le donner? Qu'est-ce qui se passe exactement? s'emporta Alan de plus en plus paniqué.
- Non, Don est tout à fait en mesure de donner son accord, assura Cameron, le seul inconvénient réside dans le fait qu'il doit rester parfaitement immobile pendant l'examen et pour l'instant, il n'est pas en mesure de maintenir la position adéquate à cause de ses douleurs.
- C'est pas moi qui suis docteur, s'énerva Alan. On est au 21ème siècle, vous n'avez pas des médicaments pour le calmer?
- Nous avons tout un arsenal, répondit Cameron calmement, mais Don ne veut pas en entendre parler.
- Entendre parler de quoi? demanda Alan complètement perdu.
- Il ne veut pas de morphine, concéda la jeune femme.
- De morphine? Il aurait besoin de morphine? s'inquiéta le père en jetant un regard terrifié vers son fils ainé.
Ce seul mot « morphine » déclencha une sirène d'alarme dans l'esprit d'Alan. Derrière la barbe qui lui mangeait les joues, les cheveux en bataille, il avait au premier coup d'œil remarqué les cernes noires sous les yeux de Don, son visage émacié, son corps qui semblait avoir perdu au moins 10 kilos. Il avait supposé que ces signes étaient dus au manque de nourriture, au manque de sommeil. Don vivait dans la rue depuis des semaines d'après ce que David leur avait raconté et avec son travail au centre d'accueil pour les sans-abris, Alan connaissait bien ce qu'enduraient ces hommes et ces femmes. Il connaissait leurs conditions de vie et ce qu'elles entrainaient sur leur physique. Pourtant, l'évocation de la morphine par la jeune médecin renvoyait Alan des années en arrière...Il ne pourrait supporter une nouvelle épreuve comme celle qu'il avait déjà endurée. Pourquoi les craintes de Charlie revenaient le heurter aussi durement? Pourquoi n'avait-il rien vu venir? Pourquoi s'était-il aussi facilement laisser entrainer vers la voie qu'il espérait, oubliant tout le reste? Ils avaient retrouvé Don mais combien de temps lui restait-il? Son cœur se serra dans sa poitrine, ses yeux s'embrumèrent...
- Monsieur Eppes, la morphine est utilisée dans de nombreuses pathologies...pas uniquement pour les cancers, le rassura Cameron.
Alan quitta un instant des yeux son fils pour observer la jeune femme qui s'était assise à côté de lui.
- Vous savez? C'est Don qui vous en a parlé? Il se souvient de sa mère? interrogea Alan.
- Non, Don ne s'en souvient pas...Mais sa mémoire est en train de revenir, il y a de grandes chances pour que tout rentre dans l'ordre bientôt...
- Dans combien de temps?
- Quelques heures, quelques jours...on ne peut pas savoir.
- Si Don ne vous a pas parlé de sa mère, comment savez-vous ce qui s'est passé?
- Le FBI nous a transmis son dossier médical avec tous ses antécédents personnels et familiaux. C'est une aide très précieuse pour nous, répondit Cameron un sourire éclairant son visage.
- Vous dites que Don n'a aucun souvenir de sa mère, je ne comprends pas pourquoi il refuse la morphine alors?
- Don a quelques certitudes...des convictions dont il ne connait pas les fondements mais qui ont certainement leurs origines dans son passé. Ce doit certainement être consécutif à des évènements marquants. Nous comptions sur vous pour nous en apprendre plus, continua Cameron attendant anxieuse une réponse qui puisse combler les blancs.
Alan reporta son attention sur son fils. Il ferma les yeux, soupira longuement. Les images qu'ils espérait ne jamais revoir reprirent vie devant ses yeux...