HypnoFanfics

Patient 366 37737

Série : Numb3rs
Création : 16.03.2010 à 08h52
Auteur : dangie 
Statut : Terminée

« Crossover Numb3rs/Dr House, bonne lecture » dangie 

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Chapitre 30

 

Los Angeles, quelques années auparavant

 

La chambre baignait dans une douce pénombre. La femme qu'il aimait dormait, enfin apaisée. Après deux nuits d'un enfer rythmé par les prises successives d'antalgiques de plus en plus puissants et de moins en moins efficaces, Margaret s'était endormie, le visage reposé, les traits détendus. Le cancer prenait de plus en plus de place dans son corps, étendant ses tentacules jour après jour, déclenchant des douleurs insupportables. Convaincue par le médecin qui la suivait depuis le début et en qui elle avait toute confiance, Margaret avait accepté le traitement morphinique. Après avoir admis que la médecine ne pourrait plus rien contre la gangrène qui la rongeait, c'était un nouveau cap qu'ils venaient de franchir, un nouveau round dans le combat perdu d'avance, une nouvelle étape d'un voyage qui touchait bientôt à son terme. Doucement, la douleur s'était calmée. Laborieusement, les sillons encore à vif qu'elle avait creusé dans la mémoire de Margaret se comblaient laissant des cicatrices indélébiles.

Alan était parti plus tôt ce soir là, laissant son épouse se reposer d'un sommeil qu'il croyait apaisé. Don était arrivé plus tard après son travail. Comme tous les soirs, il s'était dirigé directement vers la chambre de sa mère. Dans le dédale des couloirs de l'hôpital, il connaissait le chemin par cœur, il aurait pu le retrouver les yeux fermés. Comme tous les soirs, il avait frappé trois petits coups rapides sur la porte avant d'entrer. C'était devenu leur code personnel, ainsi, avant même qu'il ait passé la tête dans la pièce, Margaret l'attendait un sourire aux lèvres. Comme tous les soirs, Don avait lui aussi accroché un sourire sur son visage, oubliant les horreurs qu'il rencontrait dans son travail, soucieux de ne pas troubler sa mère avec ses soucis, même si cette manœuvre ne dupait personne.

Pourtant, ce soir là, tout avait été différent. Dès qu'il avait passé la porte, Don avait su que quelque chose n'était pas normal. Sa mère dormait tranquillement dans la pénombre. Doucement, il s'était approché, tendrement, il avait déposé un baiser sur son front, s'attendant, espérant que sa mère ouvre les yeux et lui renvoie ce sourire qui lui faisait tout oublier. Mais, rien ne vint. Don fut tenté de la laisser se reposer. Il savait que les dernières 48 heures avaient été un calvaire pour elle, il l'avait vu de ses yeux, il l'avait ressenti au plus profond de son être. Maintenant, voir sa mère soulagée et enfin délivrée des souffrances qui l'emprisonnaient il y a seulement quelques heures était déjà pour lui une satisfaction. Mais quelque chose clochait, quelque chose n'allait pas comme il fallait.

-Maman, avait-il appelé doucement en caressant son front.

D'ordinaire, même fatiguée, même à bout de force, sa mère se réveillait toujours quand il arrivait. Elle avait toujours un mot doux pour le réconforter, un geste tendre pour l'accueillir. Mais ce soir, rien de tout cela. Le cœur de Don se serra dans sa poitrine, une étrange sensation s'immisça dans son esprit, un froid glacial s'insinua dans ses veines. Sa mère n'allait pas bien.

- Maman! avait-il répété plus fort, sa main serrant plus fermement celle inerte de sa mère.

-Oh, Donnie, tu es rentré de l'école? avait murmuré Margaret en tournant la tête vers son fils, avant de replonger dans l'inconscience.

- Maman, avait hurlé Don tétanisé.

Une vague de terreur avait déferlé dans les veines de l'agent du FBI sur-entrainé qui, tel un tsunami, avait tout balayé sur son passage. Dans son travail, Don maitrisait toujours la situation, il contrôlait ses émotions, dissimulait ses sentiments, mais la situation était tout à fait différente...Le souffle court, la sueur coulant dans son dos, il avait cherché des yeux la sonnette pour appeler l'infirmière. Ne trouvant pas le maudit bouton, il s'était rué dans le couloir cédant à la panique. Le regard embrumé par les larmes qui montaient irrésistiblement, il s'était heurté à la jeune femme qui venait à sa rencontre.

- Mr Eppes, je ne vous ai pas vu arriver, je suis désolée, avait commencé l'infirmière.

- Qu'est-ce qui se passe avec ma mère? Elle est à peine consciente, elle délire! avait rétorqué Don d'un ton plus dur, d'une voix plus forte qu'il ne l'aurait souhaité.

- C'est pour ça que je voulais vous voir, avait répondu la jeune femme calmement.

- Comment ça? Qu'est-ce qui se passe? s'était énervé Don.

- Mr Eppes, calmez-vous, votre mère va bien, elle dort.

- Comment ça « elle dort »? Je n'arrive pas à la réveiller! avait hurlé Don à bout de nerf.

La jeune femme avait alors saisi le bras de Don et l'avait entrainé à l'écart, loin de la chambre de Margaret.

- Votre mère est sous morphine depuis ce matin...

- Oui, je sais, mon père me l'a dit, avait coupé Don.

- ...Elle fait un léger surdosage...avait concédé la jeune infirmière.

- « Un léger surdosage »? Qu'est-ce que ça veut dire?

- Elle va bien, ne vous inquiétez pas. On a stoppé les prises de morphine pour le moment mais tout va rentrer dans l'ordre dans quelques heures.

- Elle ne se réveille pas! Qu'est-ce qui vous fait dire qu'elle va bien? avait demandé Don complètement perdu.

- Sa fréquence respiratoire est normale et votre mère est tout à fait « réveillable » si on la stimule.

-Pourquoi elle ne se réveille pas alors quand je l'appelle?...elle le fait toujours quand je viens la voir, avait murmuré Don.

La jeune infirmière l'avait observé d'un regard compatissant. Même si elle travaillait dans ce service depuis des années, elle n'arrivait toujours pas à s'habituer à la détresse qu'elle pouvait deviner dans les yeux des familles de ses patients. L'impuissance, la douleur, les regrets qu'elles lui renvoyaient ne la laissait jamais indifférente. Elle s'était d'ailleurs juré que si elle ne ressentait plus rien, il serait temps pour elle de changer de métier.

- Mr Eppes, elle va bien, elle dort. Je la surveille de près depuis que je suis arrivée et je vais continuer toute la nuit, ne vous inquiétez pas, avait répondu la jeune femme d'une voix douce en entrainant Don vers la chambre de sa mère.

Sans faire un bruit, ils avaient jeté un coup d'œil par la porte. Margaret dormait à poings fermés. Les traits crispés avaient disparus de son visage, elle paraissait enfin avoir retrouvé son calme, sa sérénité.

-La morphine, c'est un peu la même chose que l'héroïne? tenta Don. Il existe un antidote alors?

- Oui! La naloxone, répondit la jeune femme.

- Pourquoi ne pas en donner à ma mère? questionna Don.

- Mr Eppes, vous travaillez au FBI? Vous devez certainement avoir vu des personnes que l'on « réveille » quand ils sont en overdose?

Don acquiesça lentement de la tête.

- Si on utilise la naloxone, continua l'infirmière calmement, les douleurs de votre mère risquent de se réveiller d'une manière brutale, rapide.

Les images de ces junkies hurlant à vous percer les tympans quand les effets de l'héroïne sont brutalement levés lui revenaient en mémoire. Il ne voulait certainement pas que la même « aventure » arrive à sa mère adorée.

-Le Dr Taylor ne veut pas lui infliger cette épreuve, il a laissé ses consignes avant de partir et il a précisé que je dois l'appeler personnellement s'il y avait un changement...ne vous inquiétez pas, elle va bien, avait répété la jeune femme d'une voix douce.

Don avait observé sa mère sans faire un geste, complètement désemparé, complètement déstabilisé. Il ne savait que faire, que dire. Tout ce qu'il voulait, c'était retrouver sa mère comme avant. Il savait que la fin était proche, il le comprenait mais il n'avait pas encore intégré cette idée, il ne l'avait pas encore acceptée.

- Maman délire...elle croit que je suis encore à l'école...avait soufflé Don. Est-ce que la maladie a progressé?

L'infirmière l'avait observé l'homme qui lui faisait face, l'agent du gouvernement qu'elle avait vu, jusqu'à présent toujours calme, toujours impeccable, imperturbable.

- C'est un des effets possible du surdosage, dans quelques heures tout aura repris son court normal, ne vous inquiétez pas, avait répété la jeune femme.

- Est-ce que je pourrai rester avec elle jusqu'à ce qu'elle se réveille? avait demandé Don d'une voix suppliante qui ne lui était pas familière.

- Mr Eppes, les heures de visites sont déjà dépassées et l'état de votre mère ne nécessite pas une présence constante...

Don n'avait rien ajouté, il s'était contenté de fixer la jeune femme avec ce regard de chien battu que Charlie maitrisait parfaitement et qui faisait à tous les coups fondre sa mère.

- ...Je vais surveiller votre mère attentivement, ne vous inquiétez pas, avait tenté la jeune femme.

- Surveiller? Je peux le faire à votre place, c'est mon job de surveiller, avait assuré Don.

- Mr Eppes...

- Don!

- Don, je ne suis pas autorisée à laisser des parents rester si ma chef n'a pas donné son aval...

La jeune femme avait regardé autour d'elle, le couloir vide. La nuit avait déjà pris ses droits..et elle était maintenant le seule maître à bord. « Au diable le règlement » avait-elle pensé.

- Si je vous autorise à rester, il faudra pas faire de bruit...et être parti au matin...

- Pas de problème, avait triomphé Don réprimant le sourire qui montait irrésistiblement sur ses lèvres.

- Je vais vous apporter un oreiller et une couverture, vous pourrez vous installer dans le fauteuil...

- Non! Je n'en ai pas besoin!

- Je n'en voudrais de vous laisser repartir demain sans que vous ayez pu vous reposer un peu...c'est à vous que je confie ma sécurité non?

Don n'avait pas été en mesure de réprimer plus longuement son sourire. Il avait trouvé quelqu'un à qui parler, quelqu'un qui le comprenait.

- Je vous remercie, avait soufflé Don soulagé.

- Mr Eppes...

- Don!

- Don, vous êtes conscient que ce que vous faites n'est pas très « fairplay »? avait demandé la jeune femme souriant à son tour.

- Comment ça? Je ne vois pas du tout de quoi vous parlez, avait assuré Don le plus innocemment du monde.

- Me prendre par les sentiments! Vous savez que c'est pas très honnête ce que vous faites! C'est ce qu'on vous apprend au FBI? avait plaisanté la jeune femme détendue.

- C'est un des cours où j'étais le plus doué.

- Je n'en doute pas, avait concédé l'infirmière. Je vous amène tout ça très vite, avait-elle ajouté en s'éclipsant.

Don l'avait regardé disparaître au bout du couloir. Il était arrivé à ses fins... par un moyen qui était plutôt l'apanage de son frère et que lui se refusait d'utiliser. Pourtant, pour sa mère il était prêt à n'importe quelle entorse à ses règles. Il avait soufflé longuement et s'était rapproché de sa mère. D'un geste infiniment doux, il avait caressé ses cheveux, retirant la mèche qui s'était collée sur son front. Une des plus grande terreur de sa vie s'était matérialisée sous ses yeux ce soir même, une terreur qui n'était que le prémisse de celles qui viendraient dans quelques semaines et qu'il n'était pas encore en mesure d'accepter.

 

 


dangie  (29.04.2010 à 21:21)

Chapitre 31

 

Quelque part, au nord de Phillipsburg

 

Une nuit noire comme de l'encre me cerne quand j'ouvre les yeux. Un vent glacé me fouette le visage m'extirpant lentement de la torpeur dans laquelle j'ai sombré. Je suis allongé sur le tronc d'un chêne déraciné par je ne sais quelle tempête...si seulement c'était la seule chose que j'ignorais. Ses branches trempent dans l'eau déchainée à quelques centimètres de mes doigts. Mes bras endoloris enserrent encore fermement le tronc. Petit à petit, la tension dans mes mains diminue, mon emprise sur l'écorce se relâche. Progressivement, chacun de mes muscles reprend un semblant de vie. Ce réveil déclenche une onde de douleur qui déferle jusque dans la plus infime partie de mon être. Mon corps entier n'est que souffrance insoutenable. Mais celle qui surpasse toutes les autres, celle qui dévore toute réflexion, se balade dans ma tête. L'ensemble du Vème Corps de Marines refait Iwo Jima sous mon crâne. Leurs bottes martèlent mes tympans, leurs obus labourent mon cerveau, leurs drapeaux se plantent dans mes méninges.

La douleur me conforte dans ma seule et unique certitude : je suis vivant...mais pour combien de temps encore? Machinalement, mes yeux se posent sur ma montre...22h13...depuis combien de temps suis-je ici? Qu'est-ce que je fais ici? Comment suis-je arrivé ici, au milieu de nulle part?

Avec une lenteur infinie, de multiples précautions, je déplie mon corps engourdi par le froid. Je promène mes doigts sur mon crâne...mes cheveux sont poisseux de sang. Je plonge ma tête dans l'eau glacée, pour finir de me réveiller, pour nettoyer cette entaille que je sens palpiter sous mes doigts. J'observe mes vêtements...je ne suis certainement pas habillé pour une randonnée...encore moins pour du canyoning...alors, qu'est-ce que je fais ici? Cette question tourne dans mon esprit sans que je puisse trouver un semblant de réponse...Puis une évidence me heurte de plein fouet :je dois fuir...fuir le plus vite possible...fuir le plus loin possible. Plus rien ne compte que courir et me cacher.

D'un geste lent et précis, je réussis à mettre un pied sur la berge. Mes jambes douloureuses me semblent en état de marche. Je fais quelques pas prudents, puis sans un regard en arrière, j'augmente mon allure. Mes foulées prennent de l'ampleur. Sans vraiment m'en rendre compte, je cours droit devant moi à travers la forêt envahie par la nuit. Je n'entends aucun autre son que mes pas dans les feuilles mortes, mon cœur qui bat la chamade...et ce sifflement dans mon oreille. Je ne pense à rien à part courir et m'enfuir, mon instinct animal a pris le contrôle de mes émotions, de mes gestes, de mon corps. Je n'ai aucune idée du pourquoi du comment? Tout ce que je sais, c'est que je dois me cacher pour sauver ma peau...

Je cours sans me retourner sans savoir d'où je viens, sans savoir où je vais. La forêt est sombre, presque noire. J'avance sans me soucier des ronces qui fouettent mes jambes. Je vais survivre parce que je le dois...une personne très importante m'a supplié de me battre toujours et encore, elle m'a ordonné de m'enfuir...c'est tout ce qui me reste d'elle...c'est tout ce qui me reste.

 

 


dangie  (12.05.2010 à 08:22)

Chapitre 32

 

 

Hôpital de Princeton Plainsboro, bureau du Dr House

 

 

- Protoxyde d'azote! annonça Cameron en entrant dans le bureau de son patron.

- Du gaz hilarant? Si vous en avez besoin, changez d'amant et prenez-en un qui vous fera rire, répondit House en levant les yeux du dossier qu'il feuilletait distraitement.

- Pour notre patient, on va utiliser du protoxyde d'azote pour le soulager pendant la ponction. Il pourra maintenir la position suffisamment de temps pour qu'on puisse procéder à tous les prélèvements, renchérit la jeune femme sans tenir compte des remarques de House.

- Plus question de morphine?

- Non! répondit simplement Cameron.

- Parce que vous ne voulez pas le faire replonger? tenta House.

- Il n'a jamais pris de drogues, assura la jeune femme.

Devant l'air étonné de son patron, Cameron réalisa qu'elle n'avait pas posé la question. La seule réponse qu'elle avait eu venait de Don et elle n'avait jamais douté de ce qu'il lui avait raconté. Pour l'instant, tout tendait à prouver que l'homme qui avait attiré son attention était un criminel, pourtant elle n'arrivait pas à se faire à cette idée. Elle ne pouvait imaginer que cet homme là soit un criminel. Elle voulait croire en ce qu'elle ressentait, elle voulait croire en ce qu'elle avait lu dans ses yeux le premier soir. De plus, la jeune femme n'avait pas tendance à voir des menteurs partout. Pour elle, chacun de ses patients était innocent...jusqu'à ce que House démontre le contraire.

- Sa mère a fait un surdosage à la morphine au début du traitement, ça a été un événement très marquant dans la vie de Don...c'est le jour où il a réalisé que sa mère allait mourir quoi qu'il fasse... Il s'est passé plusieurs mois avant qu'il ne raconte à son père ce qui était arrivé ce soir là. Cet épisode s'est imprimé de façon indélébile dans son subconscient.

- Justement, on pourrait faire un petit tour dans son subconscient, avança House en se levant.

Il se mit à arpenter la pièce pour détendre sa jambe douloureuse. Cette idée avait commencé à germer dans sa tête depuis quelques heures et il avait de plus en plus envie de mettre à profit cette technique sur son patient.

- Comment ça? demanda Cameron méfiante.

- L'hypnose! lança House en faisant tourner sa canne dans un geste très théâtral.

- L'hypnose? Vous voulez entrer dans sa tête pour connaître l'affection dont il souffre? Vous croyez que vous allez trouver la réponse à vos questions dans les méandres de son subconscient?

- Il ne nous dira peut-être pas quelle bactérie il a ingéré, quel microbe il a inhalé, quel virus il a sniffé...mais, il pourrait nous dire qui étaient les tueurs de Kennedy? Qui a commandité le meurtre de Marylin...

- Vous avez pas bientôt fini...

- Il doit avoir ses entrées dans les dossiers secrets du FBI...enfouis dans son subconscient...avec un peu de technique et les bons médicaments, je suis certain qu'on pourrait apprendre de tas de choses très importantes...comme la raison pour laquelle il a abattu ces deux personnes.

- Mettre son esprit à nu ne vous aidera pas à trouver le diagnostic

- Y'a des chances que non, mais c'est pour ma culture personnelle, plaisanta House, un sourire crispé s'immisçant sur son visage.

- Il n'a peut-être pas besoin de vous pour réveiller sa mémoire. Il va retrouver des visages familiers, c'est certainement le déclic qu'il lui fallait...

- Rien qu'une toute petite séance, tenta House une nouvelle fois.

-Je ne vous laisserai pas risquer sa vie pour satisfaire votre curiosité malsaine. Son état est trop précaire pour le moment, s'indigna Cameron d'une voix forte. S'il vous insistez, je vais tout de suite en parler à Cuddy.

House observa son assistante: le rose qui lui montait aux joues lorsqu'elle s'emportait, cette minuscule veine qui battait sur sa tempe quand elle s'énervait. Décidément, la colère la rendait bigrement sexy, fatalement désirable, inévitablement irrésistible.

- Bon d'accord, concéda House...pas d'hypnose pour le moment...seulement, si je vous assiste pour la PL.

La jeune femme jeta à son patron un regard entendu. Elle savait exactement où il voulait en venir. Si elle voulait gagner un temps précieux, il lui suffisait d'accepter. House croirait avoir gagné alors que c'est elle qui avait remporté cette manche.

- Si vous y tenez, je vais en parler à Don.

 

 


dangie  (12.05.2010 à 08:30)

Chapitre 33

 

 

Hôpital de Princeton Plainsboro, Chambre 257

 

 

- Don Eppes, je m'appelle Don Eppes.

- C'est ça et moi, je suis ton frère, Charlie.

- Charlie, répéta Don d'une voix hésitante.

« Charlie »...d'aussi loin qu'il s'en souvienne, Charlie c'était lui. Charlie, c'était ce S.D.F. réfugié dans l'allée donnant en face du numéro 53 sur Van Doren Street. Charlie, c'était le type hirsute à la barbe en bataille qui errait dans les rues, un bloc note sous le bras, flanqué d'un géant, ancien boxeur poids lourd, suivi comme son ombre par un ridicule chien de poche...Charlie, c'était l'homme au regard perdu scrutant sans fin chaque recoin, enregistrant chaque visage, chaque immeuble dans l'espoir qu'une image, une odeur réveille sa mémoire défaillante...Charlie, c'était lui.

Tout tournait dans sa tête compressée dans un étau de douleur...une douleur qui était différente de celle qu'il connaissait depuis des semaines...une douleur qui se répandait dans tout son corps, toutes ses articulations. Il était fatigué, fatigué de ne pas parvenir à se souvenir, fatigué de ces douleurs. Il aurait voulu que tout s'arrête...et que surtout ce type arrête de parler. Cet homme était entré dans sa chambre. Il avait cru, au départ, que c'était un nouvel agent du FBI, mais ce garçon n'avait rien d'un agent comme il se l'imaginait. Mais non, cet homme c'était son frère...dont il n'avait aucun souvenir. Il ne voulait pas lui faire peur, le décevoir. Il s'était donc tu en attendant que son frère en fasse autant...ce qu'il ne semblait pas disposé à faire dans l'immédiat.

Charlie, quant à lui, savait qu'il n'avait que quelques minutes pour discuter avec Don, quelques minutes que les agents en faction devant la chambre lui avait accordées, quelques minutes pour tenter de reprendre contact avec son frère, quelques minutes pour dresser l'inventaire des lacunes qu'il allait devoir combler, quelques minutes pour juger s'il allait retrouver son frère tel qu'il le connaissait avant, quelques minutes pour reprendre espoir...ou pour tout perdre.

-Tu es un agent du FBI, poursuivit Charlie.

Cette variable, Don l'avait maintenant intégrée. Les agents qui l'observaient depuis le couloir le lui avait répété. Ils avaient accepté que Don rencontre son frère, uniquement parce que les preuves retrouvées sur le blouson commençaient à livrer une toute autre vérité que ce qu'ils avaient cru jusqu'à présent. Les soupçons étaient encore loin d'être entièrement levés, mais Lelic avait consenti un petit privilège aux frères Eppes, du fait des états de services de Don.

Oui, il était un agent du FBI...Un agent du FBI accusé d'un double meurtre.

- C'est pas moi qui ai tiré, murmura Don comme pour s'en convaincre lui-même.

- Je sais, souffla Charlie.

- Tu sais? répéta Don étonné. Comment est-ce que tu peux savoir que je suis innocent?

- Je suis ton frère...je te connais...je sais que tu es droit, honnête, foncièrement droit et juste...je te fais confiance.

Don observa ce jeune homme qui attendait tellement de lui et lui avait si peu de chose à offrir.

- Don? Tu te souviens de moi? demanda soudain Charlie angoissé.

- Vaguement, mentit Don.

Il se sentait désarmé devant ce gamin dansant d'un pied sur l'autre, attendant avec impatience une réponse positive, une réponse qui cadrerait avec ses espérances. Comment lui expliquer qu'il n'avait aucun souvenir précis de moments passés avec lui, d'instants qu'ils auraient partagés?

- Tu es tout seul? demanda Don pour changer de sujet de conversation.

- Papa est parti nous trouver un hôtel proche de l'hôpital pour qu'on puisse rester avec toi...

- Un hôtel? Vous ne vivez pas ici? s'étonna Don.

- On vit tous à Los Angeles. J'habite avec papa dans sa maison et toi aussi...presque. Tu as un appartement, mais tu passes beaucoup de temps à la maison, répondit Charlie un léger sourire s'inscrivant sur son visage.

Los Angeles...La Californie...Il se doutait bien qu'il ne vivait pas dans le New Jersey. Son frère venait lui confirmer ce que sa peau, ce que tout son corps lui avait déjà révélé: il n'habitait pas ici. Don laissa échapper un soupir de soulagement que Charlie, absorbé dans ses réflexions, ne remarqua pas.

Ses craintes étaient bien fondées. L'amnésie de Don était profonde, sévère, peut-être définitive...et lui ne faisait plus partie de la vie de son frère. Ils avaient passé la majeure partie de leurs vies à se côtoyer sans vraiment se connaître. Ils s'étaient enfin trouvés...pour se perdre de nouveau.

-Qu'est-ce que tu fais dans la vie? demanda Don pour occuper le silence qui s'était installé.

Il devait bien trouver quelque chose qu'ils aient en commun, quelque chose qui les rapproche, quelque chose qui les unisse. Son père et son frère avaient fait tout ce voyage pour venir le voir. Ils devaient un tant soit peu tenir à lui. Pourtant, il se sentait si différent de ce type qui semblait si fragile, tellement fragile qu'un simple coup de vent suffirait à le faire tomber, suffirait à le briser en mille morceaux.

- Je suis professeur de mathématiques à l'Université de Los Angeles, répondit Charlie d'une voix fatiguée.

Non! Décidément, il n'avait rien de commun avec cet homme, lui n'était pas doué pour les maths. C'était certainement une des seules choses dont il était sûr. Qu'est-ce qui avait bien pu les réunir avant? Ce gamin avait l'air aussi innocent que lui était coupable. Et oui! Il était coupable! Peut-être pas de ce dont on l'accusait, mais coupable de n'avoir rien fait pour sauver Hélèna.

Hélèna! Il ne pouvait penser qu'à elle. Son esprit restait focalisé sur cette gamine. Elle occupait toutes ses pensées, monopolisait tous ses souvenirs.

- Charlie, commença Don d'une voix hésitante, est-ce que tu peux me dire...qui est Hélèna?

- Tu ne t'en souviens pas? demanda le jeune homme surpris.

- Je me souviens de ses yeux, de sa voix...de son rire, mais, je ne sais pas ce que je faisais dans cette voiture...qui elle était vraiment, souffla Don.

Charlie observa son frère d'un regard résigné. Don avait oublié tellement de choses qu'il lui semblait impossible qu'il retrouve toute sa mémoire défaillante.

- Tu étais chargé de sa protection.

- Sa protection?

- Elle devait apporter son témoignage dans un procès à New York et tu devais la conduire jusqu'à Manhattan.

Des images défilèrent devant ses yeux, les paysages se succédèrent. Il y avait à peine une heure, il croyait qu'il était en famille sur cette route. Il croyait que ces policiers avaient abattus sa sœur...ou sa fille! C'est de cette manière qu'il appréhendait Hélèna, comme la petite fille fragile et innocente qu'il devait protéger...qu'il avait tant aimé. Prendre conscience qu'il ne la reverrait jamais était sans doute l'épreuve la plus dure qu'il ait vécu jusqu'à présent. Pourtant, son esprit d'agent fédéral le rattrapa...quelque chose ne collait pas, quelque chose n'était pas logique.

- On est parti de Los Angeles pour New York, pourquoi, on n'a pas pris l'avion?

- Hélèna ne supportait pas d'être enfermée. Elle avait à peine fait quelques pas dans le couloir de la salle d'embarquement, qu'elle a eu une crise de panique. Il fallait qu'elle sorte à tout prix.

- Ca fait combien de temps qu'on était sur la route alors?

- Vous aviez fait la moitié du chemin en train...c'était plus acceptable pour Hélèna. Tu avais réussi à la convaincre de tenter l'expérience. Mais, elle n'a pas pu aller jusqu'au bout et vous avez dû vous résoudre à terminer le voyage en voiture.

Il comprenait maintenant ce qu'ils faisaient sur cette route. Ca n'avait rien à voir avec des vacances en famille, pourtant, lui l'avait ressenti de cette façon...des vacances qui se seraient terminées en cauchemar.

Charlie, de son côté, observait son frère d'un œil attendri. Amita lui avait fait remarquer depuis le début que les relations entre Don et Hélèna étaient certainement plus fortes qu'entre un agent et le témoin qu'il était chargé de protéger. Mais, Charlie était loin d'imaginer que son frère était aussi attaché à la jeune femme, à la gamine courageuse qui avait accepté de risquer sa vie.

- Don, tu aimais Hélèna?

C'était bien l'unique chose qu'il n'ait pas oublié. Le visage de cette enfant tout juste sortie de l'adolescence, son rire résonnant dans la petite salle surchauffée d'un restaurant au bord de la route, sa voix chantant une berceuse slave que sa mère lui fredonnait il n'y avait pas si longtemps.

- Elle était mon ange...elle était ma fée... murmura simplement Don le regard perdu au loin.

 

 


dangie  (12.05.2010 à 08:36)

Chapitre 34

 

 

Los Angeles, palais de justice

 

 

Le soleil avait tiré sa révérence sur la ville des anges. La plupart des employés du bureau du procureur avaient posé leur livres de droit, éteint leurs ordinateurs et quitté les lieux. Les uns avaient rejoint leur conjoint pour un dîner romantique, les autres avaient retrouvé leurs enfants et tentaient de résoudre le problème de maths de la petite dernière, les derniers s'étaient rabattus sur le bar du coin de la rue qui ne désemplissait jamais.

Mais, comme tous les soirs, une fenêtre restait immanquablement éclairée. Un bureau où l'occupante n'avait pas de petits plats à préparer, pas d'enfant à aider, pas d'amis pour partager un verre. Depuis six semaines, Robin Brooks s'était coupée du monde...ou le monde s'était coupé d'elle. La jeune femme s'était enfermée dans une bulle de solitude où personne n'avait le droit de cité. Abrutie de travail, elle voulait absolument finir de rédiger sa plaidoirie pour le lendemain. Parvenir à envoyer derrière les barreaux pour le restant de ses jours ce meurtrier d'enfants ne comblerait pas le vide qui creusait son cœur. Elle espérait juste que cette satisfaction l'emmènerait vers quelques heures de sommeil sans rêves.

Pourtant, à la pause déjeuner, son armure avait commencé à se fissurer quand Amita avait frappé deux petits coup sur la porte de son bureau. Fatiguée, la jeune procureur avait levé les yeux du dossier qui occupait toute son attention pour jeter un œil sur la personne qui poussait la porte. Les deux amies s'étaient observées quelques secondes en silence.

- Je peux te déranger un instant? avait demandé Amita mal à l'aise.

- Oui, bien sûr, avait répondu Robin embarrassée par cette visite inattendue.

- J'ai des bonnes nouvelles! avait repris la jeune mathématicienne, un sourire timide s'immisçant sur son visage.

- Bonnes comment?

- Robin, Don est vivant, il est à Princeton, avait continué Amita. Je viens de déposer Charlie et Alan à l'aéroport, ils seront avec lui dans quelques heures...

Rien ne semblait pouvoir freiner la jeune femme dans son monologue enflammée. Comme si elle n'avait pas prononcé un seul mot pendant des semaines, qu'elle avait brusquement recouvré la parole et qu'elle voulait rattraper tout le temps perdu. Mais, Robin Brooks ne l'écoutait plus. Son esprit était resté bloqué sur la première phrase prononcée : « Don est vivant! ». Elle ne parvenait pas à intégrer cette nouvelle, elle était incapable de concevoir une autre réalité que celle qu'elle avait imaginée depuis des semaines.

- Mademoiselle Brooks, l'audience reprend dans un quart d'heure, avait coupé l'assistant du procureur en ouvrant la porte.

- Désolée Amita, il faut que j'y retourne, avait simplement ajouté Robin en saisissant sa serviette et en quittant rapidement la pièce.

La jeune mathématicienne était restée interdite quelques instants dans le bureau, ne sachant comment interpréter à cette réaction soudaine et pour le moins inattendue. Pour sa part, Robin avait rejoint au pas de course la salle de tribunal. Elle avait posé en silence ses affaires sur la table réservée à l'accusation et avait ressorti sans attendre son dossier. Elle avait relu les dépositions des témoins, épluché le rapport d'autopsie qu'elle connaissait par cœur. Se replonger au plus vite dans son affaire était sa seule bouée de sauvetage, sa seule et unique chance pour ne pas s'écrouler.

La journée avait continué son petit bonhomme de chemin et Robin pouvait remercier Robert Desmond, meurtrier récidiviste, pour avoir occupé toutes ses pensées. Mais en ce début de soirée, la fatigue aidant, une douleur lancinante s'immisça doucement sous son crâne. Elle était encore loin d'achever la tâche qu'elle s'était fixée et cette migraine allait bientôt entraver toute réflexion si elle ne la contrait pas immédiatement.

Robin ouvrit sans attendre le premier tiroir de son bureau et se mit à chercher fébrilement le tube d'aspirine qui devait s'y trouver. Sous des stylos de toutes les couleurs possibles et imaginables, sous des piles de post-it vierges et une multitude de trombones, elle découvrit enfin la petite boite cylindrique. Le bruit que celle-ci lui renvoya quand elle la saisit lui déplut au plus haut point : vide! Elle devait impérativement trouver un remède pour étouffer la douleur dans l'œuf. Désespérée, elle fouilla plus énergiquement ce tiroir, maugréant contre elle-même et son laisser-aller. Dans sa quête infructueuse, ses doigts rencontrèrent un objet qu'elle n'eut aucun mal à reconnaître. Mollement, sa colère retomba.

Le souffle court, son cœur cognant dans ses oreilles, sa main se figea sur cet objet. D'un geste lent et infiniment doux, elle posa sa main sur sa poitrine. Elle ne voulait plus jamais lâcher cet objet. Ses doigts se serrèrent involontairement, ses jointures blanchirent. Sans qu'elle puisse rien retenir, sans qu'elle puisse rien maîtriser une larme roula sur sa joue. Rattrapée par la fatigue, Robin ferma les yeux, épuisée. Paralysée, elle laissa les sanglots la submerger toute entière, elle laissa le chagrin qu'elle avait si souvent repoussé, l'envahir. Ses pleurs résonnèrent dans l'étage vide. Personne n'était présent pour voir les larmes inonder son visage, personne n'était là pour la voir serrer follement une pince à cheveux...

 


dangie  (12.05.2010 à 08:40)

Chapitre 35

 

 

Hôpital de Princeton Plainsboro, couloir du service Diagnostic

 

 

Le Docteur Allison Cameron sortit d'un pas décidé du bureau de son patron. En débouchant dans le couloir, elle aperçut au loin, Charlie Eppes adossé contre le mur, le regard rivé vers son frère allongé de l'autre côté de la vitre. Perdu dans ses pensées, le jeune homme lui sembla bien différent de celui qu'elle était venu écouter parler de son livre. A cette occasion, Charlie avait participé à une conférence dans l'université de Princeton et son intervention avait interpellé la jeune femme. Elle se souvenait de son regard amusé, de son sens de la formule pour répondre aux étudiants. Cet homme là, l'avait marqué et c'est ce regard là qu'elle avait remarqué le soir de l'incendie. Les deux frères avaient cette même lueur qui brillant dans leurs yeux, illuminait leurs regards. C'est grâce à cette étincelle, cette vivacité que Cameron s'était intéressée au bon samaritain qui vivait dans la rue.

- Il dort, commença Charlie en apercevant la jeune femme qui approchait.

- Son état s'est stabilisé...et vous? Comment vous sentez-vous?

Charlie tourna vers la jeune femme un regard fatigué.

- J'irai mieux quand Don sera rentré à la maison. Quand est-ce que vous pensez que ce sera possible?

- Pour l'instant, c'est encore difficile de l'assurer...

- Vous croyez qu'il a une méningite?

- C'est ce que nous pensons.

- C'est grave, mais il va s'en sortir? interrogea Charlie inquiet.

- C'est grave, mais curable, répondit la jeune femme dans un sourire qui se voulait rassurant.

- Mon frère est très fort, il s'est déjà sorti de situations critiques...mais, j'ai l'impression de ne jamais l'avoir vu aussi...démuni...aussi fragile, souffla Charlie. Et son amnésie? demanda-t-il rapidement comme pour occulter les images angoissantes qui se matérialisaient devant ses yeux.

- J'ai expliqué à votre père que ça peut prendre du temps aussi, mais Don semble se souvenir de quelques évènements...Il aura besoin de votre aide pour combler les vides.

- Il se souvient d'Hélèna...mais, il ne se souvient pas de nous, murmura Charlie.

- Les circonstances de la mort de cette jeune fille constituent un véritable traumatisme pour Don... ce qui pourrait d'ailleurs expliquer en partie la perte de mémoire.

- Syndrome post-traumatique?

- Tout à fait, acquiesça Cameron.

- Mais...s'il ne se souvenait pas de nous?

Charlie réprima un sanglot qui montait dans sa gorge. Il avait passé son enfance, son adolescence et une partie de sa vie d'adulte à tenter d'attirer l'attention de son grand frère. Il avait enfin réussi dans sa quête de reconnaissance et tout s'était envolé. Les liens qui les unissaient s'étaient dissous dans les rapides d'une rivière.

- Votre frère se souvient de vous...commença Cameron.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça? demanda Charlie déstabilisé.

- Peut-être pas consciemment, mais vous êtes gravé profondément dans son inconscient.

- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Don ne se souvient pas de mon prénom...

- C'est pourtant celui qu'il utilisait.

- Il m'a dit que c'est son ami Buddy qui l'appelait ainsi. Ce n'est pas lui qui l'a choisi rétorqua Charlie défaitiste.

- Don ne vous a sans doute pas expliqué pourquoi Buddy l'appelait « Charlie »?

- C'est le nom de son grand-oncle paternel, plaisanta Charlie un rire jaune montant dans sa gorge.

-...C'est le nom que Don appelait dans ses rêves...

Charlie resta un court instant sans voix avant de reprendre:

- Et moi, je n'étais pas là.

- ...Pas physiquement, mais Buddy répétait à Don que « Charlie était là près de lui ». C'est la seule chose qui calmait ses angoisses.

Charlie observa la jeune femme, incrédule. Son frère lui demandait de l'aide. Son frère était seul, perdu et c'est lui qu'il avait appelé...et il n'était pas venu à son secours.

- Vous êtes là maintenant et Don aura besoin de vous, assura Cameron doucement.

- Mais, il ne me reconnaît pas...murmura Charlie à bout de forces.

- Détrompez-vous...

- Il me regarde comme si j'étais un étranger. Je lui dis que nous sommes frères et je vois bien dans ses yeux qu'il n'éprouve rien pour moi, affirma Charlie.

- Vous vous trompez, répéta Cameron.

- Non! s'énerva Charlie. Je connais mon frère, j'ai appris à décoder ses regards, ses silences...je connais mon frère...je connaissais mon frère, souffla-t-il exténué.

- Venez avec moi! décida la jeune femme en saisissant le bras de Charlie et en l'entrainant avec lui.

Le jeune mathématicien résista pour la forme et se laissa entrainer à travers les couloirs de l'hôpital. Ils quittèrent le service pour se retrouver un étage plus haut : dans l'unité de pédiatrie. Ils stoppèrent leur marche devant une chambre où dormait paisiblement un petit garçon aux boucles brunes. Une jeune femme se reposait dans le fauteuil placé tout à côté du lit.

- Qu'est-ce que vous voulez? Vous pensez que je vais me laisser attendrir parce que ce gamin me ressemble, commença Charlie d'un ton plus dur qu'il ne l'aurait voulu. Vous pensez que je vais retourner en enfance? continua-t-il plus doucement.

- C'est l'enfant que Don a sorti d'un immeuble en feu...

Charlie observa le petit garçon. Sa colère et son impatience s'étaient évanouies.

- ...Don est entré sans aucune protection dans l'immeuble pour sauver cet enfant et sa mère...simplement parce qu'il l'avait repéré dans la rue et qu'il sentait qu'il devait le protéger.

Charlie ferma les yeux, épuisé. Quoi qu'il fasse, où qu'il aille, Don s'était toujours sentit responsable de son petit frère. Pourtant lui, qu'avait-il fait pour son grand frère? Il n'avait pas été capable de retrouver sa trace, il n'avait pas été en mesure de prouver son innocence. Que pouvait-il faire maintenant? Il se sentait tellement désarmé, découragé. Il aurait voulu qu'Amita soit là près de lui pour le conseiller, l'épauler, le soutenir. Mais, il était seul, seul avec Don.

-Qu'est-ce que je peux faire pour Don? murmura Charlie en reportant son attention sur la jeune médecin.

- Il faut lui parler, lui raconter des anecdotes, lui parler de ses amis, de son travail, lui montrer des photos...

- Des photos?

- Des photos de famille, de Noël, d'anniversaires...

- Don a déjà affiché des dessins dans sa chambre, ils n'ont pas réveillé sa mémoire.

- Ce sont des dessins de Princeton et d'après ce que je sais, il n'a jamais vécu ici, mais vous oui.

- J'ai fait mes études ici.

- Et Don savait que cette ville ne lui était pas inconnue, même s'il n'y avait pas mis les pieds, cela grâce à vous, continua Cameron avec un sourire encourageant. Il aurait pu arpenter toute la ville que cela n'aurait certainement pas pu provoquer un déclic dans sa mémoire.

- Il faut simplement que je lui apporte des photos ? demanda Charlie soudain ragaillardi.

- C'est cela, assura la jeune femme.

Elle ne pouvait pas être certaine de ce qu'elle avançait. Elle voulait y croire et elle avait envie que Charlie y croit aussi. Si elle pouvait lui redonner l'espoir que la mémoire de Don se réveille, elle pourrait peut-être faire renaitre l'espoir dans l'esprit de son patient.

 

 


dangie  (12.05.2010 à 08:45)

Chapitre 36

 

 

Hôpital Princeton Plainsboro, chambre 257

 

 

Charlie n'avait pas attendu le retour d'Alan pour courir dans le premier cyber-café du quartier et contacter Amita pour qu'elle lui envoie les photos qu'il gardait précieusement sur le disque dur de son ordinateur. Cameron était retournée voir son patient que les deux agents du FBI surveillaient consciencieusement. Où pensaient-ils qu'il pourrait aller d'ailleurs, une main attachée aux barrières du lit par les menottes, la perfusion reliée à son bras, les lunettes à oxygène fixées sur son nez, le stimulateur cardiaque rattaché à son cœur. De toute façon, Don ne semblait plus en mesure d'opposer ne serait-ce qu'une infime résistance. La fièvre, les convulsions l'avaient complètement épuisé, mais il n'y avait pas que ça. La jeune femme soupçonnait que son patient avait abandonné tout désir de lutter, toute envie de continuer le combat. Cette situation, elle ne pouvait l'accepter.

Doucement, elle fit quelques pas dans la chambre et posa délicatement le tube de pommade qu'elle avait apporté avec elle. Ce simple bruit suffit à mettre en alerte tous les sens de Don qui ouvrit les yeux brusquement et se recroquevilla dans son lit dans une posture de défense.

- Qu'est-ce que vous voulez? demanda-t-il d'une voix dure, méfiante.

- Ce n'est que moi Don, le docteur Cameron. Je suis désolée de vous avoir surpris, commença la jeune femme en souriant.

Cette simple marque d'affection suffit à calmer Don qui se détendit immédiatement. La colère se dilua dans ses veines aussi vite qu'elle était apparue.

- Je suis désolé d'avoir été agressif avec vous, s'excusa-t-il confus.

- Il n'y a pas de mal.

- Je pensais que c'était encore ces types, continua Don en désignant les deux agents postés dans le couloir.

Melvin pianotait d'un air absorbé sur son ordinateur portable quand à Lelic, le portable vissé à l'oreille, il observait Don et Cameron d'un œil soupçonneux.

- Ils ne me croient pas...je leur ai raconté tout ce dont je me souviens, mais ils ne me croient pas. Ils pensent toujours que je suis coupable. Ils pensent que je mens...

- Moi, je vous crois, intervint Cameron convaincue de l'innocence de son patient.

- Vous êtes bien la seule, mais est-ce que vous avez des résultats de toutes les prises de sang que vous m'avez faites?

- Nous n'avons rien de significatif...c'est pourquoi nous voudrions pratiquer une ponction lombaire....

- Pour trouver quoi exactement?

- Pour découvrir la cause de vos convulsions.

- Et ça consiste en quoi?

- Nous devons piquer au niveau de votre dos, pour atteindre le canal rachidien situé dans la colonne vertébrale et prélever du liquide céphalorachidien, expliqua la jeune femme posément.

- Je suppose que ce n'est pas indolore? fit Don en grimaçant tout en essayant de trouver une position qui calme les douleurs qui labouraient ses épaules.

- Pour être honnête avec vous, ce n'est pas très agréable, mais je vais vous appliquer une pommade anesthésiante à l'endroit où je vais piquer et pendant la ponction, on utilisera du protoxyde d'azote...

- Du gaz hilarant? Comme chez le dentiste?

- Comme chez le dentiste, concéda Cameron.

- Et avec cette ponction, vous saurez ce que j'ai?

- Probablement, affirma la jeune femme en tentant de paraître la plus convaincue possible.

- Et vous pensez que j'ai quoi exactement? Ou c'est encore une théorie?

- Nous pensons que vous souffrez d'une méningite...

- Ca résoudra le problème de mon cœur?

- C'est possible...mais pas certain, avoua Cameron.

- Qu'est-ce qui se passera alors? Je peux pas rester toute ma vie avec ses électrodes dans mon cœur? s'énerva Don.

- Nous pourrons vous implanter un pace-maker...

- Comme les personnes âgées?

- Il y a des gens jeunes qui vivent avec des pace-maker.

Don soupesa cette nouvelle un instant.

- Est-ce que je pourrai reprendre le travail?

- Je ne connais pas les conditions physiques nécessaires demandées par le FBI, commença Cameron voulant gagner du temps.

- Je ne vous ai pas menti, alors faites-en autant, coupa Don d'un ton ferme.

- Non, certainement pas sur le terrain, souffla la jeune femme en baissant les yeux.

Don examina Cameron qui relevait timidement la tête pour affronter son regard. Il consacrait toute son énergie, toutes ses forces pour venir à bout de cette maladie qui le clouait au lit. Il s'était juré d'utiliser tout son courage pour combattre ce mal, mais à quel prix? Les petits fragments de sa mémoire qu'il avait récupérés lui apprenaient que son travail occupait une place très importante, voire même indispensable dans sa vie. Que pourrait-il faire s'il le perdait? Il lui semblait que la fatigue l'avait de nouveau rattrapé, l'avait happé pour l'entrainer dans une spirale infernale dont il ne verrait jamais la fin. Il ferma les yeux, découragé. Il ne voulait plus rien entendre.

- Don, fit Cameron d'une voix douce, je vais vous appliquer la pommade et dans une heure, je viens faire la ponction.

- J'en veux pas de votre ponction ou de tout le reste. Vous n'êtes même pas sûre de ce que j'ai. J'ai tellement mal partout que je n'arrive pas à faire un geste sans que ce soit une véritable torture. Je vous ai fait confiance et maintenant je suis encore plus mal que quand je suis arrivé. Je suis tellement épuisé que je n'arrive pas à faire un pas. Je ne veux pas être obligé de demander de l'aide pour le moindre geste. Je veux que vous me laissiez tranquille, s'emporta Don à bout de souffle.

Cameron s'approcha davantage de son patient, posa tendrement une main sur son épaule.

- Don, je ne vous ai jamais menti et je ne le ferai jamais. Je ne peux pas vous assurer que vous traiter pour une méningite règlera votre problème cardiaque, mais il y a de fortes chances que oui...que tout soit lié. Je crois en vous...et je voudrais que vous croyiez en moi, murmura la jeune femme.

Don observa Cameron, étonné. Depuis des semaines, la seule personne en qui il avait confiance vivait dans une ruelle derrière une poubelle. Il n'avait plus l'habitude d'accorder son crédit à quelqu'un d'autre que Buddy. Pourtant l'espoir qu'il pouvait lire dans le regard de la jeune femme lui donna envie de tenter sa chance. Résigné, pas vraiment convaincu, il se tourna sur le côté et souleva sa chemise d'hôpital pour découvrir son dos.

 

 


dangie  (12.05.2010 à 08:55)

Chapitre 37

 

 

Los Angeles, bureaux du FBI

 

 

 

Il inspira profondément, ferma les yeux un court instant avant de pousser la porte. Trente et un jours qu'il n'était pas revenu ici. Pourtant il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis qu'il avait entassé ses affaires dans une boîte en carton. Rien n'avait changé ici : la même fébrilité, la même agitation, la même émulation. Il avait enfoui cette agréable stimulation sous une couche de ressentiment, une autre d'incrédulité, une autre de chagrin. Revenir dans ce bureau était une épreuve qu'il pensait insurmontable. Mais, la rumeur qui avait commencé à circuler dans les couloirs l'avait mené jusqu'ici. D'un pas assuré, il avança résolument...puis son courage se dissipa légèrement quand il l'aperçut. Se confondre en excuses n'avait jamais été le fort de Colby Granger, pourtant il était là pour ça...mais pas seulement.

Absorbé sur son écran d'ordinateur, les doigts frappant fébrilement son clavier, David Sinclair ne remarqua pas tout de suite la présence de son ami.

- Salut, lança Colby en s'éclaircissant la voix.

David suspendit son geste et reporta toute son attention vers le nouveau venu.

- Salut, répondit-il à son tour. Comment tu vas? demanda David en désignant la lèvre encore rouge et enflée de son ancien partenaire.

- Ca va. J'ai connu des jours meilleurs... et des pires aussi. Et toi? Tu n'as pas l'air de souffrir de ta main...enfin à ce que je vois.

- Ca va, répéta à son tour David.

Les deux hommes s'observèrent un instant. Un silence gêné s'installa entre eux.

- Hé Granger! Tu t'es perdu? demanda Ian Edgerton arrivant un café à la main.

- Et toi? Encore ici? rétorqua Colby.

- Une affaire à conclure...commença Ian.

- Une affaire ancienne je suppose?

- C'est ça, confirma David.

- Vous avez des nouvelles de Don? demanda Colby.

- Il est hospitalisé à Princeton. Charlie et Alan sont partis le retrouver ce matin, commença David.

- Comment va-t-il?s'enquit Colby, l'inquiétude perçant dans sa voix.

- Son état ne permet pas un transfert dans l'immédiat. Il a une balle dans la tête et une maladie inconnue pour l'instant.

- Il va s'en sortir?

- On n'en sait rien pour le moment, avoua David.

- Et pour l'enquête? demanda Colby après un temps pour digérer cette nouvelle.

- Des agents du bureau de New York ont été envoyés sur place.

- Et le blouson?

- Le labo confirme que c'est le sang de Don sur le col et dans le dos...et son ADN sur un mouchoir retrouvé dans la poche...ce qui va dans le sens de mes premières suppositions, avança Ian. Don s'est enfui par la rivière, il s'est fait tirer dans le dos. Je ne sais pas comment il a réussi à s'en sortir...mais, il a pu rejoindre Princeton.

- Pourquoi il ne s'est pas manifesté avant? demanda Colby, suspicieux, pas encore convaincu à 100%.

- Il semblerait que Don ait subit un grave traumatisme crânien entraînant une amnésie totale. D'après les dernières nouvelles, il pourrait y avoir une légère amélioration mais rien de bien précis pour le moment, expliqua David.

- Et qu'en disent les grands pontes de là-haut réfugiés dans leur tour de verre? questionna Colby avec un regard rapide vers les étages supérieurs.

- « Sans commentaires ». Pour la Direction, ils veulent le moins d'agitation possible autour de ces événements, c'est motus et bouche cousue jusqu'à nouvel ordre. Officiellement, pour ne pas accabler de nouveau la famille Eppes...Officieusement, pour éviter la honte quand l'innocence de Don sera révélée au grand public.

- Et nous? Qu'est-ce qu'on fait maintenant? demanda Colby à ses deux collègues.

- On ne peut pas reprendre l'affaire...commença Ian.

- ... Mais on peut peut-être chercher de notre côté et orienter les enquêteurs, continua David.

Colby leva un sourcil interloqué devant la réponse de son ami.

- Quoi? se défendit celui-ci. Il se pourrait que Don ait déteint sur moi.

- Concrètement, on fait quoi? demanda Colby.

Les trois hommes restèrent un instants silencieux, chacun cherchant ce qui permettrait d'avancer dans l'enquête, ce qui permettrait de réhabiliter leur ancien chef d'équipe.

- Je vais contacter l'agent qui suit l'enquête à Princeton. S'il s'agit du John Melvin que je connais, je pourrai peut-être en savoir un peu plus...et plus rapidement, annonça Ian en saisissant

son téléphone.

- Si on part du fait que ce n'est pas Don qui les a entrainés dans un guet-apens, il y a forcément une taupe quelque part. Une personne qui a informé Scandelli de l'itinéraire qu'ils allaient prendre, du véhicule qu'ils utilisaient, supposa Colby.

- Tu crois que c'est quelqu'un au sein du FBI ? questionna David avec un regard suspicieux aux alentours.

- Et si ça venait du bureau du Marshall? Plus précisément de Russel? tenta Colby.

- Russel s'est fait descendre lui aussi, contra David.

- Ce qui ne veut pas dire qu'il ne s'est pas fait avoir lui aussi, avança Ian attendant que Melvin réponde à son appel.

- S'il y a un lien financier même indirect entre Russel et l'organisation de Scandelli, je peux sans doute mettre la main dessus. Je suis devenu un expert pour chercher la petite bête, concéda Colby un sourire aux lèvres...qui se termina en un rictus de douleur.

David observa son ami discrètement. Ils avaient été si proches, si complices ces dernières années. Après cette affaire où Colby avait dissimulé sa véritable mission à tout le monde, il avait fallu du temps à David pour refaire confiance à son partenaire. Pourtant, cette relation qu'ils avaient reconstruite lui manquait plus qu'il ne l'aurait jamais avoué.

- Je suis vraiment désolé pour hier soir, commença Colby. Je me suis laissé dominé par la colère et c'est sur toi que j'ai passé mes nerfs.

- Non! C'est moi qui doit te présenter mes excuses. Je me suis emporté...je t'ai frappé et je n'aurais pas du. Je suis désolé, concéda David.

- Y'a pas de problème pour moi. C'est pas la première fois que je me fais taper dessus...et certainement pas la dernière.

- On fait la paix?

- Ca marche, répondit Colby en tendant sa main à son ami.

Les deux hommes se serrèrent la main chaleureusement.

- Tu sais, ça faisait un moment que j'en avais envie et je dois dire que ça m'a bien soulagé d'amocher ta belle petite gueule, avoua David dans un sourire.

 

 

 


dangie  (12.05.2010 à 08:56)

Chapitre 38

 

Hôpital de Princeton Plainsboro, chambre 257

 

-Alors agent Eppes, encore fatigué? demanda Lelic d'une voix forte en entrant dans la chambre.

Don se réveilla brusquement et leva vers celui-ci un regard fatigué. Il avait fermé les yeux rien qu'un court instant juste après le départ de la jeune médecin et il s'était laissé happer par le sommeil. Cette somnolence le gagnait de plus en plus souvent ces derniers temps et il s'en voulait de se sentir si faible, si vulnérable...surtout devant ces types qui l'avaient déjà jugé et condamné.

- On peut dire que vous avez de la chance agent Eppes, fit Melvin.

Don jeta un coup d'œil rapide à la montre de celui-ci pour découvrir qu'il avait dormi près d'une heure...pourtant il devait avoir dormi beaucoup plus...le temps de changer de dimension...

Il réprima le sourire qui lui venait involontairement aux lèvres. Dans ses souvenirs encore fragmentaires, il ne lui semblait pas que les agents du FBI étaient réputés pour leur humour. Qu'est-ce qui faisait supposer à ceux-là qu'il avait de la chance? Sa mémoire était plus dévastée que la Nouvelle Orléans après le passage de Katrina. Le médecin qui était censé découvrit le mal dont il souffrait était aussi camé que les gamins qui hantaient le squat tout près de son refuge. Sans les électrodes reliées à sa poitrine, son cœur risquait de ralentir dangereusement jusqu'à cesser de battre. Il était accusé d'un crime qu'il n'avait pas commis. Sa tête allait finir par imploser tellement la douleur devenait intolérable. Il était soigné par une jeune femme certes belle à se damner mais qui allait revenir bientôt lui planter une aiguille dans la colonne vertébrale. Vraiment, il ne voyait pas où ces types pouvaient déceler la moindre petite once de chance là-dedans.

- Qu'est-ce que vous voulez? répondit Don se redressant dans son lit en réprimant un gémissement de douleur.

Il voulait affronter le regard inquisiteur de ces deux hommes. Il était peut-être diminué mais il n'allait pas se laisser accuser docilement.

- Oui, agent Eppes, je peux dire que vous avez de la chance, répéta Melvin un sourire aux lèvres.

Don ravala la hargne qui montait en lui. Si ce type répétait encore une seule fois qu'il avait de la chance, il allait lui sauter à la figure et l'étrangler de ses propres mains. Qu'importe les fils divers et variés reliés à son corps, qu'importe les solides menottes qui le maintenait dans son lit, il allait étrangler ce type s'il ne se taisait pas.

- Vous avez vraiment de la chance...

Ca y est, c'était décidé, il allait tuer ce type.

- ...d'avoir des amis qui vous soutiennent, continua Melvin.

- Qu'est-ce que vous racontez? questionna Don complètement déstabilisé.

- J'ai reçu un coup de fil de Ian Edgerton...Edgerton peut-être un des meilleurs tireur d'élite du FBI. Il a été mon instructeur à Quantico, raconta Melvin et j'ai toute confiance dans son jugement. Quand Ian Edgerton me dit qu'il vous croit innocent. Je sais pas, mais j'ai tendance à le croire.

De plus en plus dérouté par ce qu'il entendait, Don s'agita dans son lit. Il ne pouvait imaginer que cette situation était réelle. Il devait certainement rêver. La douleur qui parcourut son dos lui rappela qu'il était bien éveillé.

- Edgerton m'a conseillé de chercher un peu plus loin que les apparences...et je peux dire que vous avez de la chance...

Curieusement, Don n'avait plus du tout envie d'étrangler l'agent Melvin. Il avait envie d'entendre ce qu'il avait à dire.

- J'ai retrouvé l'officier Dunham dont vous nous avez parlé...

Don sentit son cœur battre plus fort dans sa poitrine. S'ils parvenaient à faire parler Dunham, ils pourraient prouver que c'est lui qui avait abattu Hélèna.

- Son corps a été retrouvé une semaine après votre disparition.

Non! Si la seule personne qui pouvait le disculper était morte, il n'avait plus aucune chance...sans compter le fait qu'on allait certainement mettre sa mort sur son dos.

- Sans l'intervention d'Edgerton, on n'aurait probablement jamais réouvert cette enquête, enchaina Lelic.

Don observa les deux agents qui le fixaient attendant une réaction de sa part, une réaction qui le trahirait. Mais, il ne comprenait plus rien

- Qu'est-ce qui est arrivé? parvint-il à articuler difficilement.

- Ses collègues ont retrouvé la voiture de patrouille de l'officier Dunham dans un lac de la région avec au volant Dunham...et dans le coffre le corps de sa femme, tuée d'une balle dans la tête.

Cette fois-ci, s'en était trop! Ils allaient l'accuser du meurtre de Dunham et de son épouse. Comment allait-il prouver qu'il n'avait rien à voir là-dedans? Comment pourrait-il d'ailleurs prouver quoi que ce soit puisqu'il n'avait aucun souvenir d'un tel acte.

-Personne n'avait jamais fait le lien avec votre affaire puisque ces morts avaient été considérées comme le coup de folie d'un policier qui avait assassiné sa femme avant de se donner la mort. Pourtant, il y a certaines zones d'ombres qu'aucun enquêteur ne s'est donné la peine de creuser.

- D'une part, Dunham s'entendait très bien avec sa femme, enchaina Lelic, ce qui ne veut pas dire qu'on est à l'abri d'une dispute qui aurait mal tourné.

- D'autre part, vu l'état avancé de décomposition des corps après une semaine passée sous l'eau, le médecin légiste n'a jamais pu établir un rapport très détaillé. Il a été incapable de préciser l'heure de la mort des deux victimes et il n'a pas été en mesure de dire si Dunham était conscient quand la voiture s'est enfoncée dans l'eau. Tout ce que le légiste a pu confirmer, c'est que les corps devaient être immergés depuis environ une semaine, continua Melvin.

Les yeux de Don allaient sans discontinuer d'un homme à l'autre. Tout allait si vite qu'il n'avait pas le temps de bien intégrer tout ce qu'il apprenait. Pourtant, un détail le perturba. Les images redéfilaient dans sa tête et il était certain de ce qu'il avait vu.

- Les deux hommes qui nous ont attaqués étaient des policiers, intervint Don. Il étaient tous les deux en uniforme.

Il tenta de se repasser la scène pour essayer d'extirper un détail qui lui aurait échappé.

- Il y en avait un qui est resté un peu en retrait...c'est l'autre qui a tiré, mais ils étaient deux sur place, affirma Don sûr de lui.

Les deux agents fédéraux se regardèrent un instant.

- Soit Dunham était dans le coup lui aussi...commença Lelic.

- ...Ce dont nous doutons fortement, enchaîna Melvin. Soit l'assassin a utilisé l'uniforme de Dunham...

- Qui a été retrouvé dans sa voiture, continua Lelic.

Qu'attendaient-ils pour l'accuser ouvertement de ces nouveaux meurtres au lieu de tourner autour du pot? Qu'attendaient-ils pour lui asséner le coup de grâce et l'envoyer directement vers le couloir de la mort?

- ...et ils ont retrouvé autre chose dans la voiture : une matraque électrique, termina Lelic

- Vous savez comment marche une matraque électrique, agent Eppes? enchaîna Melvin.

Don n'eut pas le temps de chercher dans quel recoin de son esprit il avait rangé cette information que son corps lui apprit il connaissait la réponse. Il sentait encore la décharge se répandre dans tous ses muscles. Un frisson glacé lui parcourut le dos.

- En tout cas, l'assassin ne devait pas connaître exactement son fonctionnement, lui apprit Melvin.

Don reporta son attention sur le plus grand des deux agents. Le léger frémissement de la lèvre supérieure, il ne l'avait pas encore remarqué chez l'homme au visage anguleux, austère. Le molosse au regard froid sembla se dérider pour laisser apparaître un rictus.

- Il ne savait pas que chaque utilisation était gardée en mémoire avec la date et l'heure. Surtout, il ne savait pas que pour être efficace à 100%, le paralyseur doit être appliqué directement sur la peau. A travers votre blouson, la décharge a du vous immobiliser quelques minutes tout au plus, enchaina Lelic.

« Son blouson? » « L'immobiliser? » Don se demanda une fraction de seconde s'il avait bien entendu, si son esprit ne lui jouait pas un tour pervers. Devant l'incompréhension qui se lisait sur le visage de Don, Melvin continua son explication.

- Edgerton a retrouvé votre blouson échoué dans la rivière et les marques sur le flan droit correspondent à la matraque électrique de Dunham. L'heure d'utilisation coïncide avec le moment où le FBI a perdu le signal GPS de votre téléphone portable.

Don n'en croyait pas ses oreilles. Tout était si irréel, si impensable...et encore plus, incroyable, le large sourire, franc, chaleureux qui se dessinait sur le visage taillé à la serpe de l'agent Melvin.

- Vous pouvez vous vanter de nous avoir fait courir...et d'avoir déchaîné les passions, reprit celui-ci. Déjà que nos relations avec l'unité des Marshall n'étaient pas au beau fixe ces derniers temps, depuis que le service financier du FBI a ouvert une enquête sur les agissements de Russel, c'est encore pire. Beaucoup de gens croient en vous, agent Eppes...et moi aussi, termina-t-il en se rapprochant du lit.

Complètement stupéfait, abasourdi, Don ne put articuler aucune parole. Il était certain que cet homme allait lui taper sur l'épaule et lui dire : « Eh Eppes, c'est une blague! On vous a bien eu? ». Mais non! Les agents fédéraux n'étaient pas des comiques. Melvin s'avança encore, sortit une petite clef de sa poche et déverrouilla les menottes.

- Vous êtes libre, agent Eppes, ajouta-t-il avec un imperceptible clignement d'œil.

Le regard de Don sauta d'un agent à l'autre. Tout allait si vite. Trop vite. Même son cœur semblait ne plus avoir besoin d'une quelconque machine pour l'entraîner. Il allait certainement avoir besoin de quelque chose pour le ralentir.

- Qu'est-ce que vous lui faites? fit une voix dure, où la colère était presque palpable.

Les deux agents fédéraux se retournèrent brusquement pour découvrir Alan Eppes les yeux rivés sur les hommes qui entouraient son fils, arborant un regard noir, hargneux.

- Détendez-vous Monsieur Eppes, fit Lelic calmement. Les preuves disculpent votre fils...

- Si vous nous aviez écoutés avant, vous l'auriez su depuis longtemps, lâcha Alan que cette constatation ne calmait pas du tout.

Il s'approcha d'un pas énergique vers le lit de Don. Les deux agents fédéraux s'écartèrent docilement pour le laisser passer.

- Qu'est-ce que vous faites là? cracha une autre voix agressive, hautaine.

Les trois hommes se retournèrent en même temps pour voir entrer un individu claudiquant derrière un chariot de soin.

- C'est plutôt à vous qu'on devrait demander ça? commença Melvin.

- Moi, je suis le Dr House et là vous êtes dans mon service à importuner mon patient.

- On ne l'importune pas, répondit Lelic.

House lui jeta un regard noir, dédaigneux.

- C'est peut-être pas lui que vous importunez, mais moi oui! Alors, maintenant, sortez où je risquerais de me tromper d'agent fédéral et de vous planter cette aiguille dans le dos, fit House en exhibant une fine aiguille longue de près de 15cm.

L'effet escompté ne se fit pas attendre: le grand et costaud Melvin blêmit, le petit et gros Lelic épongea son front ruisselant de sueur. Sans se faire prier davantage, les deux agents sortirent de la chambre.

- Ca vous concerne aussi, continua House en se tournant vers Alan.

- Je suis son père. Je ne peux pas rester avec lui?

- Votre fils est un grand garçon maintenant...commença House.

Il dévisagea le père de son patient. Le vieil homme paraissait fatigué...plus exactement exténué. Un sentiment qui lui était étranger prit bizarrement corps dans l'esprit du médecin: l'empathie. Il en fut lui-même étonné.

- Vous pourrez retrouver votre fils dès que la ponction sera terminée. En attendant, vous serez mieux assis à la cafétéria à siroter un café, dit House d'une voix douce, si,différente de son ton habituel.

Alan observa Don allongé dans son lit. Il savait que cette ponction était indispensable pour poser enfin un diagnostic. Il se gendarma pour ne pas insister davantage.

- Je peux au moins lui laisser une photo? Votre assistante a dit qu'on devait lui apporter des photos pour qu'il se souvienne. Je voudrais juste lui laisser celle que j'ai dans mon portefeuille. C'est une des dernières que l'on a pris. Une ballade qu'on a fait tous les trois...juste avant...

House hocha la tête brièvement ce que Alan prit pour un assentiment. D'un pas lent, incertain, il s'approcha de Don. Un sourire timide se dessina sur son visage. D'une main tremblante, il sortit une photo de sa poche.

- Tiens Donnie! fit-il en tendant la photo à Don.

Les mots restèrent bloqués dans la gorge d'Alan. Don saisit la photo tout en observant attentivement cet homme qui, il le sentait au plus profond de son être, était important, indispensable: son père. Lui non plus ne parvint pas à mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Les Eppes, père et fils ne semblaient pas en mesure de s'exprimer autrement que par des regards chargés d'émotions.

 

 


dangie  (27.05.2010 à 15:34)

Chapitre 39

 

Hôpital de Princeton Plainsboro, chambre 257

 

Après un dernier regard pour son fils, Alan quitta à regret la chambre. Il ne se sentait pas capable de marcher jusqu'à la cafétéria. Il voulait juste attendre dans le couloir que les médecins en aient fini avec Don pour pouvoir enfin lui parler, pouvoir enfin le retrouver.

House se dirigea vers la vitre donnant sur le couloir, avec un geste brusque ferma les rideaux et se retourna pour étudier son patient. Celui-ci cligna des yeux quand le rideau le priva de la vision de son père et reporta son attention sur ce médecin qu'il voyait seulement pour la deuxième fois.

- Alors, vous êtes innocent? demanda House en remarquant les menottes qui pendaient mollement aux barrières du lit.

- Il semblerait, répondit Don simplement. J'me trompe peut-être, mais vous avez l'air « déçu » que je sois plus accusé de meurtre ou de trafic de drogues, ou de quoi que ce soit d'autre?

- J'sais pas, répondit House avec un sourire circonspect. C'est juste que vous devenez un peu moins intéressant peut-être...et puis, je crois que les menottes, ça m'a toujours fait fantasmer, ajouta-t-il avec un regard lubrique.

Don ne put s'empêcher de sourire à son tour. Il avait peut-être mal jugé cet homme...ou alors, le poids qui avait été retiré de sa poitrine le soulageait tellement qu'il avait envie de plaisanter. Il se sentait incroyablement bien, presque serein.

- Vous croyez que je pourrai récupérer ces menottes...puisque vous n'en avez plus besoin? demanda House innocemment.

Don n'eut pas le temps de répondre à cette question cruciale que Cameron et Chase entraient à leur tour dans la chambre tirant derrière eux un petit chariot contenant une bouteille de gaz reliée à un masque.

- Il vous en a fallu du temps, les blâma House dès qu'ils passèrent la porte. C'est moi qui boîte et c'est vous qu'il faut attendre.

- Il a fallu qu'on passe à la pharmacie chercher le protoxyde d'azote, se défendit Chase. Ce devait être vous qui devait y aller, non?

- Il fallait que je vois mon patient, éluda House.

- C'est le pharmacien qui nous a appelés, intervint Cameron. Il ne voulait pas vous le donner...

- Il avait peur que je l'utilise pour mon usage personnel! Y'a vraiment des gens suspicieux ici. On ne fait plus confiance à personne, constata House en se rapprochant de la bouteille. Je me demande bien où va le monde? interrogea-t-il en saisissant le masque et en aspirant une grande bouffée. Bon, allez! Assez rigolé maintenant! Au boulot! conclu-t-il en se tournant vers Don.

Cameron et Chase, pris au dépourvu, ne purent rien répliquer.

- Eh! Vous avez même pas félicité Charlie, ou Don...enfin notre Richard Kimble! Il a tiré une carte « sortie de prison », annonça House.

De son côté, Don n'avait saisi aucun traître mot de la conversation entre les trois médecins. Son regard et toute son attention étaient rivés au cliché qu'il tenait entre ses mains tremblantes. Son esprit fonctionnait à toute allure pour tenter de se remémorer ces instants. Il sentait qu'il était sur le point de tout retrouver. Il avait juste besoin de temps, de temps et de concentration.

- Don, le coupa Cameron, il faudrait que vous vous mettiez assis, les pieds en dehors du lit.

Il sortit de sa contemplation. Sans lâcher le cliché, il s'exécuta. Doucement, lentement, il essaya de prendre la position indiquée par la jeune femme. Les douleurs se firent plus intenses. Il grimaça tout en retenant les cris de souffrance qui montaient en lui. Il avait déjà traversé des moments difficiles, mais il doutait sincèrement de pouvoir obtempérer plus longtemps. Il allait tenir parce qu'il le fallait. Il allait tenir parce que son père attendait dehors. Il allait tenir parce qu'il ne voulait pas le décevoir.

Concentré, Don tenta d'ignorer la brûlure qui labourait son corps en se focalisant sur cette photo. Il ne remarqua pas Cameron et Chase préparant le matériel pour la ponction. Il ne remarqua pas non plus que House, lui aussi semblait très intéressé par cet arrêt sur image de la vie de la famille Eppes. Sur le papier glacé, le père et ses deux fils souriaient à l'objectif, un sourire large, franc, lumineux, sincère qui laissait transpirer tout l'amour qui les unissaient. House pouvait le lire dans leur façon de se tenir serrés les uns contre les autres, leurs corps ne formant qu'une seule ombre, dans leur manière de se soutenir l'un l'autre. Pourtant, dans leur union les trois hommes montraient aussi une attitude différente. Le père semblait simplement heureux, heureux de retrouver ses fils, heureux de partager ce moment privilégié avec eux. Les cernes sous les yeux de l'ainé témoignait de son état de fatigue, la lassitude dans son regard exprimait toute l'énergie qu'il avait déployée pour venir à bout d'une enquête éprouvante. L'attention aiguisée du clinicien fit attirée par le plus jeune de la famille. Derrière le sourire de circonstances, une ombre se devinait dans le regard du cadet. Comme si, le petit génie des mathématiques pressentait le drame qui allait frapper sa famille quelques jours plus tard.

- Je me souviens de cette journée, murmura Don les yeux rivés à la photo.

- C'est très bien, encouragea Cameron. Vous savez ce que vous avez fait? Où vous êtes allés?

- Pas vraiment. Je me souviens juste que j'étais bien, répondit Don, un sourire timide s'inscrivant sur son visage. Jusqu'à présent, tout ce qui me revenait en mémoire, c'était des cris...de la violence...du sang. Là, je sais que j'ai été heureux aussi, termina-t-il en réprimant les larmes qu'il sentait monter du plus profond de son corps meurtri.

Indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, Don semblait hypnotisé par le cliché, fasciné par ce qu'il redécouvrait. Le sourire sur son visage s'agrandit quand Cameron y appliqua le masque relié à la bonbonne de protoxyde d'azote.

- Don, appela-t-elle doucement, respirez calmement. Vous allez vous pencher en avant, faire le dos rond...comme les chats.

Don cligna des yeux lentement et regarda la jeune femme. Il lui semblait que la course folle du monde qui l'entourait s'était soudain ralentie. Tout paraissait plus lent, même les lèvres de la jeune femme bougeaient moins vite. Tout paraissait plus futile, plus dérisoire. Il n'entendait plus ce qui se déroulait dans sa chambre, il ne sentait pas les mains de Chase posée sur son dos nu pour repérer l'endroit exact où piquer. Il ne réagit pas quand House s'empara de la photo et quitta précipitamment la pièce.

- Mr Eppes! appela-t-il en claudiquant derrière Alan qui s'éloignait d'un pas traînant.

Alan s'arrêta immédiatement alerté par le ton dans la voix du médecin.

- Qu'est-ce qui se passe? Vous avez déjà terminé? s'inquiéta le père.

- Non, on n'a pas encore commencé, mais dites-moi où cette photo a été prise? questionna House impatient.

- C'était sur les hauteurs de Pasadena. On a fait une petite randonnée en forêt...répondit Alan sans vraiment savoir ce qui intéressait à ce point le médecin de son fils.

- En forêt? Est-ce qu'il y a eu quelque chose de particulier ce jour là? s'impatienta House.

Alan tenta de se remémorer le dernier jour qu'il avait passé avec Don, le dernier jour avant que l'innommable fasse irruption dans leurs vies.

-Don s'est pris les pieds dans une racine...

- Il est tombé?

- Non, il s'est rattrapé.

- Est-ce qu'il s'est blessé?

- Non, il a juste un peu déchiré son blouson, raconta Alan se demandant où House voulait en venir.

- Est-ce qu'il y a eu autre chose? demanda celui-ci bouillonnant sur place.

- Charlie s'est fait dévorer par les moustiques, comme toujours, plaisanta Alan.

- Et Don? questionna House de plus en plus fébrile.

- Pas plus que d'habitude...sauf...

- Sauf quoi?

- Il s'est fait piqué par une tique...

- Où? interrogea House surexcité.

- Dans le cou, montra Alan en posant son doigt sous sa mâchoire. Il...

Mais House ne l'écoutait plus. Il avait déjà tourné les talons et se précipitait vers la chambre de son patient. Dans le couloir, il attrapa une tondeuse électrique et entra précipitamment.

- Arrêtez! hurla House à ses deux assistants.

Chase, masque chirurgical sur le visage, les mains passées dans des gants stériles tenant fermement la longue aiguille suspendit son geste.

- Qu'est-ce que vous voulez? demanda le jeune homme irrité par cette intrusion.

- On n'a pas besoin de ponction, annonça House sûr de lui.

- Comment ça?

Sans dire un mot, House saisit Don par la nuque et, doucement mais fermement, le rallongea dans son lit. Celui-ci n'opposa aucune résistance et se laissa docilement faire. En jetant un coup d'œil amusé à ses assistants médusés, House mit en marche la tondeuse, la fit fonctionner un instant dans le vide avant de s'attaquer à la barbe de Don. En quelques secondes, il dégagea la cou et la mâchoire faisant apparaître une tache rougeâtre qui aurait pu ressembler à la carte de la Floride.

- Maladie de Lyme, laissa échapper Cameron stupéfaite, ça colle avec le bloc de branche, les douleurs, la méningite...

- Mais pas avec l'amnésie, constata Chase en se débarrassant de ses gants.

- L'amnésie est une conséquence du trauma crânien...probablement associé à un syndrome post-traumatique, affirma House.

- Qu'est-ce qui se passe? C'est fini? demanda Don reprenant doucement ses esprits.

- C'est fini, assura Cameron dans un sourire.

- Et? insista Don plus combatif.

- La tique qui vous a mordu vous a transmis la maladie de Lyme. Pénicilline G en intra-veineux pendant 10 jours et on pourra vous débarrasser de cette balle, répondit House.

- 10 jours? C'est pas possible avant?

- Vous êtes toujours pressés vous, les agents du gouvernement. Vous avez cette balle dans le crâne depuis des semaines, vous pouvez bien attendre encore quelques jours?

- J'ai besoin de cette balle pour prouver mon innocence, persista Don tout à fait réveillé. Je suis sûr qu'elle provient de mon arme...l'arme qu'ils m'ont volée.

- Je pense que votre innocence est déjà prouvée, constata Cameron.

Don reporta son attention sur la jeune femme, celle qui lui avait promis de ne jamais lui mentir.

- Est-ce que je pourrai reprendre le travail...après? demanda-t-il fébrilement.

- Oui, assura Cameron un large sourire s'inscrivant sur son visage.

Don sourit à son tour, satisfait, rassuré, heureux. Il ne manquait plus qu'une seule chose pour que son bonheur soit parfait.

- Qu'est-ce qui se passe? demanda Alan en entrant dans la chambre suivit comme son ombre par un Charlie essoufflé portant sous le bras les photos qu'il avait fait développer.

- Tout va bien, papa. T'inquiètes pas Charlie, souffla Don avant de sombrer dans un sommeil sans rêves, un sommeil libérateur.

 

 


dangie  (27.05.2010 à 15:36)

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