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Série : Numb3rs
Création : 16.03.2010 à 08h52
Auteur : dangie
Statut : Terminée
« Crossover Numb3rs/Dr House, bonne lecture » dangie
Cette fanfic compte déjà 48 paragraphes
Chapitre 40
Princeton, café en face de l'hôpital
La serveuse vint lui verser sa troisième tasse de café. Instinctivement, il la reluqua s'éloigner dans un déhanchement suggestif. Cette distraction passée, il remua machinalement le liquide brûlant pour mélanger le sucre qu'il ne rajoutait plus : il avait décidé de changer de vie et ce changement commençait par la dose de sucre qu'il mettait dans sa caféine matinale. Certains auraient pu dire que cette légère modification était minime, dérisoire, mais lui non. Il avait toujours été précis, tenace,consciencieux, méticuleux. Ses employeurs n'avaient jamais eu à se plaindre de son travail. Quand il avait un objectif, il s'y tenait coûte que coûte, quoi qu'il arrive.
Pourtant après 15 ans de bons et de loyaux services, il voulait donner une autre orientation à sa carrière, une orientation plus calme, moins stressante, moins... dangereuse. Mais avant de mettre un terme à sa carrière, il devait tout d'abord clôturer le « dossier » qu'on lui avait confié...sa seule et unique erreur, la seule ombre à son tableau de chasse.
Depuis qu'il s'était lancé dans la besogne violente mais lucrative de tueur à gages, Vasco Borden avait toujours réfléchi longuement à sa façon de faire, il avait toujours passé de longs moments à préparer ses scenarii. Mais un grain de sable était venu enrayer sa mécanique bien huilée. Un grain de sable nommé Don Eppes, un grain de sable qu'il se devait de faire disparaître, il en allait de sa réputation...
Tout avait pourtant bien commencé. Il avait tout préparé, tout programmé minutieusement comme à chaque fois. La chance avait été de son côté quand Hélèna Davidovitch avait refusé d'embarquer dans l'avion. S'il en avait été autrement, sa tâche aurait été plus ardue, mais pas impossible. Le transfert vers New York en voiture avait été une aubaine. Il avait vu ce coup du destin comme un délai supplémentaire pour planifier parfaitement son entreprise. Il avait cru que tout allait être plus facile, plus tranquille...et il avait relâché sa vigilance. Après tant d'années sans aucune anicroche, il s'était laissé gagner par l'euphorie...et il avait échoué.
Ses employeurs s'étaient chargés de soudoyer ce petit con prétentieux de Russel. Le jeune loup assoiffé d'argent ne s'était pas longtemps fait prier pour renier le serment qu'il avait prêté devant l'Oncle Sam en échange d'un confortable matelas de dollars envoyé directement sur un compte off-shore domicilié aux Iles Caïmans. Vasco avait éprouvé une immense satisfaction quand il avait explosé la tête de ce blanc bec arrogant.
Pour les repérages nécessaires à l'embuscade qu'il avait envisagée, la chance avait également été de son côté, la chance et l'inspiration. Il se demandait comment il allait résoudre le « problème Eppes », comment il allait réussir à approcher l'agent du FBI sans éveiller ses soupçons, quand l'illumination passa devant ses yeux : l'officier Dunham, grand, mince, la même carrure que lui, quoique moins musclé, bref, le pigeon idéal. Lui qui adorait se déguiser, allait se faire plaisir en « empruntant » l'uniforme et ainsi tenter d'endormir la suspicion de l'agent fédéral.
Le flic de province ne fut pas difficile à convaincre de poser lui aussi sa pierre dans l'édifice. Il avait accepté sans trop de réticence de damner le pion au FBI. Il faut dire qu'une arme braquée sur la tête de la jeune Mme Dunham était un argument des plus convaincants. Le gentil policier s'était docilement laissé entraîner dans l'aventure avec sa femme ligotée dans le coffre de sa voiture de fonction. Jusque là tout allait pour le mieux. Le scénario qu'il avait imaginé fonctionnait à merveille.
Depuis qu'il s'était lancé dans le business d'exécuter des gens, Vasco avait toujours mis un point d'honneur à ce que ses morts soient toutes différentes et surtout qu'elles ne passent jamais pour de simples exécutions banales et vulgaires. N'importe quel benêt capable de se servir convenablement d'un fusil à lunette, pouvait devenir un tueur à gages. Mais lui, son « travail » était du grand art. Jamais aucun service de police n'avait soupçonné que ses œuvres étaient des contrats. Ses victimes étaient toujours mortes dans de stupides accidents ou assassinées par un conjoint, un fils, une connaissance qui avait beau clamer haut et fort son innocence, les preuves que Vasco avait disséminé derrière lui accusaient toujours le coupable idéal. Son jeu favori était sans conteste d'impliquer les forces de l'ordre. Son dernier fait d'honneur avait été de faire accuser un agent de la DEA du meurtre d'un trafiquant d'armes. Se mesurer au FBI était un défi dont il se délectait, un défi qu'il ne voulait pas manquer...pourtant tout avait dérapé.
Tout d'abord, il n'aurait pas dû utiliser la matraque électrique pour neutraliser l'agent Eppes. Il avait pourtant pensé que c'était une bonne idée au départ. Mettre hors circuit Eppes sans laisser aucune trace, récupérer son arme, descendre Russel vraiment trop gourmand et pouvoir ensuite s'occuper de son contrat, celui pour lequel il avait été engagé : faire taire Héléna Davidovitch. Ensuite, il allait descendre Eppes avec l'arme de Russel, maquiller la scène de crime afin que tout laisse supposer que les deux agents s'étaient disputés les faveurs de la jeune femme et s'étaient entre-tués. Pour finir, il n'avait pas encore prévu comment il allait se débarrasser du couple Dunham, mais il devait bien laisser une petite part d'improvisation, c'est que qui faisait le charme de son métier. Les différents services de police seraient tellement occupés à se rejeter la faute qu'ils en oublieraient que la seule et unique personne visée dans ce massacre était Hélèna. Son contrat serait alors rempli à 100% et Scandelli pourrait alors lui verser le petit bonus stipulé dans leur accord. C'est d'ailleurs pour cette raison que ses clients choisissaient Vasco Borden : pour ne pas être soupçonnés d'avoir commandité un meurtre. C'était devenu sa marque de fabrique et aussi la raison pour laquelle il faisait payer aussi cher ses services.
Mais cette fois-ci, rien n'avait fonctionné comme il avait prévu. Pour être en concordance avec son objectif, il ne voulait pas laisser de marque de brûlure sur la peau de Don Eppes, mais il n'avait pas prévu que la matraque serait alors moins efficace. Il n'avait pas prévu que l'agent du FBI serait aussi prompt à se relever. Il n'avait pas prévu que la frêle gamine se révèlerait être une vraie lionne enragée. Il n'avait pas prévu que l'agent Eppes allait réussir à lui fausser compagnie.
Le seul qui était resté fidèle au script imaginé avait été le jeune flic tellement effaré par la violence qui se déchainait autour de lui qu'il n'avait pas bougé le petit doigt. Vasco avait presque été tenté de lui laisser la vie sauve... mais il ferait ça dans une autre vie. Lui, ne laissait jamais aucun témoin en vie, il ne laissait jamais rien derrière lui...sauf l'agent spécial Don Eppes.
Vasco avait, sans aucun doute possible, vu tressaillir l'agent fédéral quand la balle l'avait atteint, il avait pourtant cru le voir sombrer dans les eaux tumultueuses de cette rivière. Après tout s'était précipité. Il avait assommé Dunham pour stopper ses cris hystériques et pouvoir enfin réfléchir. Toutes les possibilités avaient tourné rapidement dans son esprit pour décider de la nouvelle marche à suivre.
Il s'était donc débarrassé de toutes traces de l'agent Eppes. Il comptait sur cette disparition pour le faire accuser des meurtres. Ainsi il laissait le FBI et le service des Marshalls se renvoyer la balle pour savoir lequel était responsable de ce fiasco monumental. Ensuite, il s'était occupé du cas des époux Dunham. Il avait fait disparaître le couple dans un des nombreux lacs de la région tout en faisant bien attention que les deux affaires ne puissent pas être reliées sinon la thèse de « Eppes tueur » ne tiendrait plus. Il pensait avoir réussi à brouiller toutes les pistes et jusqu'à présent, ce qu'il pouvait lire dans les journaux était plutôt en sa faveur. Mais Scandelli l'avait réveillé en pleine nuit, furieux : l'agent spécial Don Eppes avait refait surface à Princeton.
Vasco avait pris le premier avion en partance pour le New Jersey, bien décidé à honorer parfaitement son contrat. Les journaux ne s'étendaient pas sur la résurrection de l'agent fédéral, mais il soupçonnait le FBI de verrouiller toutes les informations. Pourtant, il savait qu'il était au bon endroit : il avait vu passer le jeune frère de sa cible et l'avait vu entrer dans l'hôpital. Il avait maintenant décidé d'agir au plus vite, sans faire dans la dentelle, sans mise en scène savamment orchestrée, sans fioritures, sans artifices...enfin peut-être pas tout à fait. Il adorait vraiment trop se déguiser!
Il refoula le sourire qui s'esquissait sur son visage. Il savourerait sa victoire sur une plage paradisiaque tout en sirotant un cocktail fruité et fortement alcoolisé. Pour l'instant, il devait resté concentré, méthodique. Vasco Borden ne laissait jamais aucun témoin derrière lui, Vasco Borden était un tueur implacable, impitoyable.
Chapitre 41
Quelque part au nord de Phillipsburg
Je cours, je cours sans fin, sans but sauf fuir. Mes pas martèlent le sol. Je sens mon cœur palpiter jusque dans mes tempes. Ma tête me fait un mal de chien. Chacune de mes jambes pèse une tonne pourtant je cours toujours et encore. La forêt dense et opaque cède peu à peu la place à un décor plus dépouillé et mon angoisse se démultiplie. Malgré le sentiment de me sentir enfermé comme pris au piège au milieu d'une immense toile d'araignée, l'enchevêtrement inextricable des branches et des ronces me donnait l'impression d'être à l'abri, protégé. J'avance maintenant à découvert et j'augmente mon allure, refoulant la fatigue qui me poursuit.
Au-delà du battement de mes pas sur la terre mouillée, au-delà de la douleur qui pilonne chaque recoin de mon crâne, un son régulier, vaguement familier se fraye un chemin pour parvenir jusqu'à moi. Ce bruit s'apparente à une douce musique capable de me bercer. Puis la vibration se fait plus forte, plus présente, plus proche. Un train serpente à travers le paysage escarpé. Je ressens l'oscillation de ses wagons qui s'approchent.
Une étincelle d'espoir refait surface dans ma conscience. Je tiens peut-être ma seule et unique chance de me sortir de cet enfer qui n'a pas de nom, pas de visage, pas de souvenir. J'augmente mon allure, synchronisant le rythme de mes foulées à celui entêtant du convoi qui se devine.
Au détour d'un rocher, je découvre les rails. La conviction que je suis sur la bonne voie ravive mon espoir, réactive mon énergie. Je m'arrête un instant dans ma course. J'observe les environs déserts quand soudain la locomotive se matérialise devant moi. Je me plaque au sol soudain terrorisé par la force brute du mastodonte de bois et d'acier, soudain terrorisé par la possibilité que le conducteur me voit.
Le visage dans le matelas de feuilles mortes, je regarde les wagons défiler tranquillement devant mes yeux. Le convoi est long, très long, un train de marchandises. Son allure est loin d'être rapide dans la pente raide, en tout cas, tout à fait acceptable, tout à fait à ma portée. Je me relève rapidement...trop rapidement...Ma vision se brouille, je chancelle, me rattrape au rocher. La panique gagne du terrain, je sens mon cœur battre la chamade dans ma poitrine. Je ne peux pas croire que je vais laisser passer ma chance.
Je m'oblige à garder mon calme, à respirer plus posément, plus lentement. Comme si j'avais fait ça toute ma vie, je reprends le contrôle de mes émotions, de mon corps. Je m'élance d'abord doucement, pas certain de pouvoir faire un pas sans perdre l'équilibre, puis plus vite. Je cours à côté des wagons de bois qui s'éloignent. Un instant, je sens le courage qui m'animait s'éloigner lui aussi pourtant je ne veux pas abandonner, je ne peux pas abandonner.
Dans un dernier surcroit d'énergie, un dernier surcroit de lucidité, j'attrape la poignée métallique de l'avant-dernier wagon. Je m'agrippe des deux mains à cette bouée de sauvetage. Je perds l'équilibre. Mes pieds traînent sur les pierres qui bordent la voix ferrée, mais je reste accroché, fermement, désespérément. A la seule force de mes bras, je parviens à me hisser sur le parapet. Comme dans un rêve, j'entre dans le wagon, méfiant, sur mes gardes. Une montagne de vieux papiers jaunis occupe pratiquement la totalité de l'espace disponible. Une forte odeur de poussière, d'urine, de renfermé m'assaille quand je fais quelques pas à l'intérieur. Je tends l'oreille suspicieux, ouvre grand mes yeux pour tenter de déceler une présence. De petits bruits de pas légers me font tourner la tête vers la gauche. Dans la semi-obscurité, je ne distingue rien. Le peu d'espace me fait plutôt suspecter de petits compagnons à quatre pattes. J'esquisse un sourire. Des souris ou des rats! Rien de terrifiant, rien qui ne me fasse peur.
Pour l'instant, tout ce qui m'inquiète, c'est de trouver un endroit assez grand pour m'y faufiler, m'y réfugier, m'y cacher. Dans un recoin du wagon, une telle place me tend les bras. Je m'installe comme je peux au chaud, à l'abri. Mes vêtements mouillés me collent à la peau. Je sais que je devrais les retirer, pourtant je suis tellement épuisé, tellement las, tellement exténué que je ne me sens pas le courage de tenter quoi que ce soit. Mes paupières pèsent de plus en plus lourd. Mes yeux se ferment par intermittence sans que je puisse repousser la fatigue qui me gagne.
Les parois de bois se mettent à bouger autour de moi. Le doux tangage du wagon me pousse irrémédiablement vers l'inconscience, vers le néant, vers l'oubli. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas d'où je viens, je ne sais pas où je vais...je ne sais pas qui je suis...
Chapitre 42
Hôpital de Princeton Plainsboro, chambre 257
Une douce clarté baignait la chambre quand il ouvrit les yeux. Un jour nouveau se levait, un jour nouveau plein de promesses. Don Eppes jeta un œil rapide sur la pièce. Son père dormait dans un fauteuil près de la fenêtre. Ses ronflements sonores lui arrachèrent un sourire. Alan se défendait toujours de ronfler, pourtant aujourd'hui, ce doux ronronnement avait le pouvoir de rassurer Don, le pouvoir de le rendre heureux.
Assis près du lit, la tête reposant sur les draps, Charlie était paisiblement endormi. Don admira les traits fins de son petit frère, ses cheveux coupés courts où les boucles commençaient à reprendre leurs droits. Le cœur de Don bondit dans sa poitrine : sa famille était auprès de lui, sa famille l'avait retrouvé, il avait retrouvé sa famille. Un sentiment de plénitude l'envahit complètement. Il ferma les yeux tout en serrant sur sa poitrine l'album cartonné qui ne l'avait pas quitté depuis des heures : l'album de photos rapporté par Charlie, l'album de sa vie...
...Il était déjà tard, probablement le milieu de la nuit. Don n'avait aucun souvenirs de ce moment précis, tout ce qu'il savait, c'est que l'ombre régnait autour de lui. Depuis son lit, il pouvait apercevoir les lumières sans cesse allumées du couloir de l'hôpital. Il faisait certes sombre mais l'obscurité n'était pas telle qu'il n'avait pu remarquer les silhouettes endormies près de lui. Son père et son frère ne l'avaient pas quitté...ou alors, ils n'avaient pas trouvé de chambres d'hôtel. Il se plut à penser qu'ils étaient restés pour lui tout en culpabilisant de leur faire subir cette inconfortable nuit d'autant qu'il n'avait que de vagues souvenirs d'eux. Puis, son regard était tombé sur l'album posé sur la table de nuit.
D'un geste tremblant, incertain, il l'avait saisi. Fébrile, les mains moites, il l'avait ouvert.
Des visages immortalisés sur papier glacé...un immense sapin trônant au milieu d'un salon tout illuminé... un jardin à la pelouse resplendissante jonchée de jouets d'enfants... un gamin agrippant fièrement une batte de base-ball... une femme au regard doux, bienveillant. Instantanés d'une vie qui lui était étrangère. Ces visages, ces endroits, ces moments furent tout d'abord sans aucune signification pour Don. Puis comme un enfant connaissant par cœur le puzzle qu'il réalise tous les jours, toutes les pièces avaient repris leurs places.
La chambre d'hôpital avait soudain disparu et il s'était retrouvé loin, très loin : dans cette maison qui l'avait vu grandir. Cette maison où la présence de sa mère flottait encore, cette maison où l'absence de sa mère se faisait le plus cruellement sentir. Pourtant, il adorait cet endroit. Il adorait venir s'y ressourcer, venir s'y reposer. Il savait qu'il y trouverait toujours conseil et réconfort. Comment avait-il pu oublier son refuge? Comment avait-il pu oublier les personnes qui donnaient la vie à cet endroit?
Tout lui revenait par à coup. Souvenirs entremêlés, entrelacés dans une pelote de laine qu'il devait maintenant remettre en ordre. Il se rappelait d'un enfant précoce que ses parents idolâtraient et à côté de qui, il avait l'impression d'être un attardé mental. Pourtant malgré la haine et la jalousie qu'il aurait pu ressentir vis-à-vis de ce gamin, il ne pouvait s'empêcher de faire attention à lui, il ne pouvait s'empêcher de vouloir le préserver. Il se rappelait ce jeune homme volubile expliquant à grand renfort d'équations incompréhensibles comment retrouver des trafiquants de drogue, ou autres braqueurs de banques ou tueurs en série...Par contre, il ne comprenait pas encore par quel tour de passe-passe, la paisible vie d'un génie des mathématiques était venue côtoyer la violence et l'horreur? C'est un point qu'il devrait éclaircir plus tard. Tout ce qui lui importait, c'est qu'il travaillait avec son frère. Il savait qu'une complicité était née de ce travail.
Il se souvenait des heures d'entraînement batte en main pour une carrière qu'il avait préféré abandonner. Il avait l'impression de sentir encore tout son corps fourbu après les séances de combat aux corps à corps dans la forêt de Quantico. Il se souvenait du temps maussade et de son désespoir le jour de l'enterrement de sa mère.
Il avait traversé des épreuves, des drames. Il était tombé, il avait échoué, il s'était battu mais il n'avait jamais abandonné l'espoir de faire des choses bien, il n'avait jamais abandonné l'espoir d'œuvrer pour la justice. Dans ses échecs, dans ses doutes, il savait qu'il pouvait compter sur son père et son frère, sur ses amis. Cette simple évidence suffisait à son bonheur : il allait retrouver sa vie. Une vie qui n'était peut-être pas celle qu'il avait rêvée quand il était enfant, un vie qui n'était peut-être pas la plus idéale, mais c'était sa vie et il ne voulait l'échanger contre aucune autre.
Don ferma les yeux et laissa son esprit se balader dans ses souvenirs retrouvés. Il respira à pleins poumons l'odeur qui flottait dans la chambre. Au delà des désinfectants et des nettoyants en tout genre, la douce effluve à la fois fraîche et musquée qu'il connaissait si bien le remplit d'un bonheur indicible : l'after-shave de son père. Il se souvenait de chaque minute, de chaque seconde du jour où son père lui avait appris à se raser. Il se revoyait encore penché au-dessus du lavabo la main de son père guidant la sienne encore hésitante.
Il avait retrouvé un passé. Son présent était maintenant plus dégagé qu'il y avait quelques heures. Il ne lui restait plus qu'à construire son futur. Cette perspective ne l'angoissa pas du tout. Il était confiant, serein.
Tout à son plaisir de savourer cet instant, Don s'étira en soupirant longuement, un sourire accroché sur son visage...sourire qui resta figé : la douleur était toujours là, moins présente, moins oppressante, mais toujours là. Don ouvrit les yeux, ramené brusquement dans la réalité. Il s'aperçut alors que Charlie le fixait avec un regard anxieux.
- Ca ne va pas? demanda le jeune homme angoissé.
Don offrit un large sourire à son jeune frère.
- Je vais bien p'tit génie, je vais très bien, répondit Don en hochant la tête. Tu peux te rendormir p'tit frère.
- Tu te souviens de moi? balbutia Charlie incrédule.
- Je me souviens de tout, de toi, de papa...en tout cas, de tout ce qui a de l'importance. Le reste ne m'intéresse pas. Rendors-toi p'tit frère.
Charlie sourit à son tour en reposant sa tête sur le drap. Les longues nuits d'insomnie associées au décalage horaire avaient eu raison de sa résistance. Le jeune homme était épuisé, exténué. Ses yeux papillonnèrent alors qu'il tentait de les garder ouverts. Une fraction de seconde il craignit que tout ceci ne fut qu'un rêve, puis il se laissa emporter dans les bras de Morphée rassasié de bonheur.
Don caressa doucement les cheveux de son frère. Lui aussi pouvait dormir tranquille : Charlie était près de lui.
Chapitre 43
Princeton Plainsboro, cafétéria de l'hôpital
Installé à une table près de la fenêtre, Charlie sirotait tranquillement son café. Distraitement, il regardait les passants aller et venir sur le parking de l'hôpital. Tantôt la mine sombre, inquiète, le dos vouté, tantôt arborant un sourire rayonnant, les bras chargés de fleurs et autres cadeaux, Charlie avait vu défiler devant lui toute une galerie de visiteurs pressés, apeurés, anxieux. Lui était tout simplement heureux. Heureux que Don soit sauvé, heureux qu'il soit innocenté, heureux qu'il ait recouvré la mémoire, heureux de faire de nouveau partie de la vie de son frère, heureux de pouvoir souffler, heureux de pouvoir envisager l'avenir avec plus de confiance, heureux que le cauchemar ait enfin cessé. Même si la boule qui avait élue domicile dans son estomac n'avait pas encore totalement disparu, il était simplement heureux d'être là.
La seule ombre dans ce tableau idyllique était l'absence d'Amita. Après seulement quelques jours loin d'elle, Charlie réalisait à quel point la présence de la jeune femme lui était indispensable, vitale. Il jeta un œil à sa montre, calcula en une fraction de seconde l'heure à Los Angeles avec le décalage horaire...avant de se rappeler qu'il avait omit de se caler sur le fuseau de Princeton à leur arrivée. Il sourit de sa méprise.
- Vous allez finir vos frites? demanda un homme en s'asseyant à la table voisine.
Cheveux courts, tempes grisonnantes, barbe de trois jours, l'homme s'installa en soupirant et étira sa jambe en grimaçant. Charlie crut reconnaître le Dr House, celui qu'il avait entraperçu dans la chambre de son frère pourtant il n'était sûr de rien. A ce moment là, son intérêt était uniquement centré sur Don et il n'avait pas vraiment fait attention aux autres personnes présentes. D'un geste sûr, l'homme extirpa une boite de médicaments de la poche de sa veste, en fit jaillir deux comprimés qu'il avala sans même une gorgée d'eau. Non! Ce type ne pouvait pas être le fameux Dr House. Le Dr House qui avait sauvé Don. Non! Ce type devait certainement être un patient ou un visiteur, mais sûrement pas un médecin! Charlie occulta cette idée et en sourit. Il avait décidément envie de sourire aujourd'hui.
- Vos frites? Vous allez les finir? insista l'homme.
- Non, répondit Charlie, mais elles sont froides.
- C'est pas grave, rétorqua l'homme en saisissant la barquette et en engloutissant une poignée de frites.
Charlie ne put réprimer un nouveau sourire. Tout lui semblait si léger aujourd'hui, si fantaisiste. Même cet homme envahissant devenait distrayant. Il n'avait pas souvent été aussi détendu à Princeton. Ses années d'adolescent à l'université, il les avait passées à aligner des chiffres, résoudre des problèmes, échafauder des théories mathématiques. Sa mère réussissait à de rares occasions à l'extirper de ce monde, mais il y replongeait toujours avec délectation. Il était dans son élément, entouré de condisciples qui baignaient dans la même dynamique. Pourtant, il ne s'était jamais fait de véritables amis lors de ses études à Princeton. Les autres étudiants le voyaient soit comme une bête curieuse, un phénomène de foire, soit comme un concurrent à abattre. Entre jalousie et dédain, envie et indifférence, Charlie avait traversé ces années dans un perpétuel sentiment d'insécurité. Il était sans arrêt sur la brèche, sans cesse jugé par les autres étudiants à l'affût de la plus infime erreur de sa part. Il avait toujours peur de décevoir ses parents, ses professeurs, son frère. Il n'avait jamais pu se laisser bercer par l'insouciance des étudiants lors des week-ends et des vacances. Mais aujourd'hui, il se sentait enfin libéré de ce carcan.
- Le génie que je connais ne s'avoue jamais vaincu devant une portion de frites, lança l'homme en essuyant ses doigts.
Charlie s'arracha aux souvenirs plus au moins douloureux de son passé à Princeton pour regarder son voisin qui l'observait ostensiblement intéressé. Le jeune mathématicien, lui aussi intrigué reporta son attention sur l'homme qu'il pensait être le Dr House.
- Vous êtes le Dr Hou...? commença Charlie.
- Non! rétorqua l'homme avec un sourire dédaigneux. Je suis Dr James Wilson, continua-t-il en tendant sa main vers Charlie.
- Charlie Eppes, répondit celui-ci en rendant sa poignée de main à son voisin.
Même s'il ne souhaitait pas dévoiler sa véritable identité, Charlie savait maintenant à qui il avait affaire. Le jeune mathématicien se demanda un instant la raison qui pouvait pousser cet homme que l'on décrivait comme imbu de lui-même à se cacher de la sorte.
- Anorexie... asthénie...énuméra House.
- De qui parlez vous ? interrogea Charlie inquiet.
- De vous! répliqua House comme s'il parlait à un débile mental.
- Je ne vous ai jamais dit que j'étais fatigué! constata Charlie de plus en plus intrigué.
- Vous n'avez pas besoin de le dire, ça se voit sur votre visage.
Le jeune homme n'avait pas besoin de se voir dans une glace pour donner raison à House. Il savait pertinemment que son regard était assombri par de larges cernes, conséquences de toutes ses nuits d'insomnie.
- Depuis la disparition de mon frère, je dormais mal, mais maintenant tout va bien, avança Charlie le sourire aux lèvres.
- Anorexie...asthénie...répéta House, pas de céphalées?
- De quoi parlez-vous? demanda Charlie plus inquiet pour la santé mentale de son interlocuteur que pour lui-même.
- Des maux de tête! répondit House comme s'il parlait vraiment à un débile profond.
- J'ai quelques maux de tête, constata Charlie, mais qui n'en a pas?
- Ceux qui n'ont pas de cerveau, affirma House.
Le jeune mathématicien ne put réprimer un sourire. Il était d'humeur joviale aujourd'hui et surtout son esprit entrainé à résoudre des énigmes était bien décidé à connaître les raisons du comportement de House. Il devait bien tramer quelque chose et Charlie était impatient de découvrir quoi.
- Alors on reprend : anorexie...asthénie...céphalées. C'est fort possible que ça soit les signes avant-coureur d'une pathologie. Je peux vous faire passer un scanner, je connais intimement la directrice de l'hôpital, affirma House avec un sourire en coin...ou mieux une I.R.M. à moins, bien entendu, que vous ayez aussi une balle cachée quelque part...
- Je ne crois pas que ce soit une « pathologie » familiale, assura Charlie de plus en plus amusé.
- Certes, concéda House...quoique...
- Les Kennedy! termina Charlie.
- Voilà! Tout à fait...rassurez-moi, vous ne faites pas parti de la dynastie?
- Non! assura Charlie.
- Bien, alors le fin du fin serait une I.R.M. avec injection de produit de contraste...
- Un produit de contraste? s'inquiéta Charlie.
- Oui, poursuivit House imperturbable...et dans l'idéal, je vous ferai résoudre quelques équations simples, des problèmes de robinets, de trains qui arrivent à l'heure...
- Restons dans le réaliste, plaisanta Charlie.
- Autant pour moi, concéda House, on laisse tomber les trains. On commencera par des choses simples et on compliquera au fur et à mesure.
- Et que voulez vous arriver à prouver? Tester mes capacités?
- Non, je ne doute pas de vos talents...mais je veux faire avancer la science...assura House mystérieux.
- La science? Comment exactement? demanda Charlie intrigué.
- Je veux arriver à définir une sorte de « cartographie » du cerveau humain. Avec vous, je vais pouvoir déterminer l'emplacement exact des zones activées lors du raisonnement mathématique
- Ce qui vous conduira où exactement? questionna Charlie sceptique.
- C'est l'avenir! Rendez vous compte de ce qu'on pourrait faire avec de telles connaissances, s'enflamma House...On pourrait stimuler cette zone chez les nuls en maths
- Vous ne croyez pas que le travail est encore la meilleure façon pour résoudre ce problème?
- Peut-être dans l'immédiat, mais projetez-vous dans le futur...Vous ne voyez pas toutes les perspectives que ça ouvre?
- Je vous suis très reconnaissant de ce que vous avez fait pour mon frère, mais je ne suis pas certain d'être le sujet idéal pour vos expériences...
- Bien sur, on peut vivre sans être une tête en maths, concéda House, mais imaginez un monde sans connerie ?
- Ah! Et vous avez aussi besoin de moi pour votre « cartographie »? demanda Charlie pas certain de vouloir entendre la réponse.
- Non! Je pense que j'aurais des sujets dans mon entourage...et pour ne rien vous cacher, je suis sur un gros coup...
- Ah!
- Vous savez gardez les secrets? questionna House suspicieux en observant les alentours.
- Je suis consultant pour la N.S.A. assura Charlie dans un murmure.
- Bien! Je suis en négociation avec Georges Bush, annonça House fièrement.
- Etes-vous sûr qu'il soit un candidat idéal pour vos expériences? demanda Charlie tentant de garder son sérieux.
- Vous avez peut-être raison, concéda House, la zone serait à coup sûr trop importante. On s'apercevrait que la connerie à envahit des territoires inoccupés...
- Où s'arrêtera l'esprit conquérant???
- Ou alors...on découvrira qu'il n'a pas de cerveau! avança House convaincu.
- Au moins un qui n'a pas de céphalées, remarqua Charlie en se levant, un sourire accroché aux lèvres.
Chapitre 44
Gare de Princeton
Une odeur âcre m'assaille lorsque j'ouvre les yeux : relents de déjections animales, d'humidité, de crasse. Le réveil est dur... comme le sol. L'obscurité m'entoure, l'obscurité et le silence. Le doux balancement du train s'est tu. Je suis seul retranché derrière une montagne de vieux journaux. Je sais bien que je dois me lever, chercher un autre abri mais le courage me manque. Je suis las, épuisé. C'est la peur qui me stimule, la peur d'être découvert. Je dois fuir encore et toujours.
Je lève mon bras, cherchant instinctivement ma montre, tournant la tête pour découvrir l'heure. Ce simple geste suffit à réveiller la douleur qui laboure mon crâne. Je ferme les yeux persuadé que le supplice va s'arrêter mais il n'en est rien. Découragé, à bout de forces, j'ouvre les yeux : 20h 37. C'est tout bonnement impossible! 20H37! Je ne peux pas avoir dormi tout ce temps et être toujours aussi fatigué. Ma montre doit être cassée. Incrédule, je regarde une nouvelle fois le cadran : la trotteuse continue pourtant sa course sans fin sous mes yeux médusés. Il faut bien me rendre à l'évidence et continuer d'avancer.
Je m'adosse à la paroi de bois, refoule la nausée qui me soulève le cœur. Je ferme une nouvelle fois les yeux le temps de reprendre mon souffle, le temps de calmer mon estomac. Accroché à la pile de journaux la plus proche, je parviens laborieusement à me mettre sur mes jambes. Les nausées redoublent, les murs dansent autour de moi. Je sais que le wagon est arrêté pourtant j'ai encore l'impression que tout bouge. Je respire profondément, calmement laissant à mon corps le temps de reprendre le contrôle, laissant à mon esprit le temps d'examiner les différentes alternatives qui se présentent à moi : je dois sortir d'ici, trouver de quoi manger, de quoi boire, de quoi me réchauffer et je dois fuir. Je ne parviens pas à me souvenir de qui, de quoi je dois me cacher. Ma tête me fait tellement mal que je suis incapable de poser un raisonnement logique. Tout ce que je sais à ce moment précis, c'est que je dois continuer ma course folle.
Agrippé aux montants de bois, je repousse mes dernières limites, tentant d'occulter la douleur, les nausées, les vertiges. J'ai l'impression que c'est pour moi instinctif, presque une seconde nature .Je me faufile vers la seule source de lumière à l'autre bout du wagon et je risque un pied dehors. L'air froid me cueille, il fait froid mais moins froid que dans la forêt. Mes vêtements sont désormais secs mais certainement pas adaptés aux températures qui règnent ici. Les éclairages tout près m'apprennent que je dois être dans une ville, certainement au bout d'un quai de déchargement. Il fait nuit et mon courage remonte d'un cran. L'endroit me semble calme, tranquille ce qui est d'autant plus rassurant pour moi.
Un peu plus confiant, je m'avance prudemment au milieu de l'enchevêtrement de rails. Je fais quelques pas incertains. Ma tête tourne, la douleur me laboure le crâne mais je continue d'avancer laborieusement quand tout à coup, une sirène hurle au loin... Sans que je puisse rien maîtriser, sans que je sache ce qui provoque cette réaction incontrôlable, mon cœur s'emballe dans ma poitrine, la sueur ruisselle dans mon dos. Je suis partagé entre une peur panique et une haine violente, fulgurante. Je ne peux me fier à mes souvenirs. Tout ce qui me reste, c'est mon instinct, ce que mon corps me raconte et mon corps, tout mon être me dit de fuir. Sans réfléchir plus longuement, je me mets à courir maladroitement. Je titube, me rattrapant deux fois. Un chien aboie tout près, petits cris stridents qui se rapprochent. J'accélère encore, paniqué, affolé. Mon pied butte sur les rails. Je n'arrive pas à contrôler ma chute en avant et je me retrouve allongé de tout mon long sur les pierres dures et froides.
Ma tête tourne de plus belle. Les étoiles dans le ciel dansent autour de moi. A cet instant précis, je suis persuadé que je vais mourir ici, seul, abandonné de tous comme un animal sauvage fauché sur une route de campagne. Je ferme les yeux épuisé, découragé...quand un souffle chaud et humide me frôle l'oreille. Une minuscule langue me chatouille le front, la joue.
- Hé mec! Je peux t'aider? fait une voix caverneuse tout près de moi.
Comme dans un rêve, j'ouvre les yeux pour découvrir une sorte de géant hirsute et poilu qui me domine et m'observe d'un regard inquiet, tenant entre ses bras imposants un minuscule chien.
- Hé? Tu vas bien? me répète le géant en serrant mon bras.
J'ouvre les yeux pour de bon. Je reprends doucement pied dans la réalité, dans le présent. Mon cœur bondit de joie dans ma poitrine.
- Buddy? Tu es là!
Incrédule, je sens sa main rugueuse et forte posée sur ma poitrine, je frôle son bras avant de l'enlacer tout à mon bonheur de retrouver mon ami.
Chapitre 45
Hôpital de Princeton Plainsboro, chambre257
Don desserra son étreinte et s'assit confortablement dans son lit pour examiner son ami.
Près de la fenêtre, Alan observait la scène à la fois ému et envieux : les marques d'affection n'avaient pas vraiment leur place dans les traditions de la famille. Par pudeur ou par simple évidence, chez les Eppes on s'aimait simplement sans jamais se le dire, sans jamais le montrer. Don avait sans le savoir modifié cet état de fait. Don avait changé et cette constatation remplit de joie Alan qui se fendit d'un large sourire. De son côté, Charlie débouchant dans la chambre, fut à la fois impressionné par la carrure imposante de celui qui devait certainement être le fameux Buddy, l'ami de son frère, et jaloux de la complicité qui semblait lier les deux hommes.
- Buddy, je suis tellement heureux de te revoir, lança Don le visage radieux.
- Tu vas bien? interrogea le colosse inquiet.
- Très bien, beaucoup mieux en fait! Mais viens que je te présente ma famille. Voici mon père...
-... Alan Eppes, termina Buddy dans un sourire tout en s'amusant de l'étonnement de Don. Nous nous sommes rencontrés dans le couloir pendant que tu dormais, expliqua le géant.
Don sourit à son tour, toujours aussi étonné par la capacité invariable de son ami de garder un temps d'avance.
- Et mon petit frère Charlie, continua Don en désignant le jeune homme qui s'avançait.
- Voici donc le fameux Charlie, rétorqua Buddy. Je suis très content de faire enfin votre connaissance, mentit le colosse en serrant la main du mathématicien.
Il avait beau se réjouir que Don ait retrouvé sa famille, le géant savait pertinemment ce qui allait en découler: il allait perdre son ami. Il ne pouvait refouler ce sentiment égoïste, il ne pouvait empêcher cette jalousie de s'immiscer en lui. Mais qu'importe, il savait dès le premier jour que cet instant arriverait tôt ou tard. Il avait juste rêvé pouvoir profiter de la présence de son ami un peu plus longtemps. Tout ce qui comptait maintenant, c'était que Don aille bien et Don avait l'air d'aller bien. Il paraissait peut-être un peu fatigué mais certainement plus rassuré, plus serein.
De toute façon, lui qu'avait-il fait pour son ami depuis 6 semaines? La première personne sensée l'aurait conduit à l'hôpital ou au poste de police. La première personne disposant d'un semblant de jugeote ne se serait pas contentée de la satisfaction immense, du bonheur intense de combler sa solitude, d'avoir enfin quelqu'un à qui parler, d'avoir enfin quelqu'un pour se confier.
Buddy se sentit si coupable d'avoir fait passer son intérêt avant celui de Don que l'homme fier et fort qu'il était baissa les yeux pour ne pas croiser le regard de son ami.
- Buddy, ça vous dirait une tasse de café, intervint Alan coupant ainsi le silence gêné qui s'était installé.
- Oui, murmura timidement le géant sans relever la tête.
- Charlie, viens avec moi, proposa Alan en voyant son jeune fils s'approcher de la fenêtre. On va prendre aussi quelque chose à manger pour ton frère.
Alan devinait que les deux hommes avaient des tas de choses à se dire avant que Don ne quitte la ville, avant que Don ne quitte la vie qu'il s'était construite ici. Charlie comprit immédiatement la manœuvre de son père et le suivit docilement hors de la chambre. Resté seul avec Don, Buddy inspira profondément n'osant regarder son ami.
- Hé, mais qu'est-ce que tu as fais de tes cheveux? questionna Don en s'asseyant au bord du lit pour observer de plus près le géant.
- Rien, se défendit Buddy. Je les ai juste attachés, continua-t-il en se retournant pour exhiber sa tignasse indomptable disciplinée dans un catogan.
- Et ta barbe? poursuivit Don.
- Je l'ai juste un peu taillée, répondit le géant en se détendant imperceptiblement.
- Qu'est-ce que tu as fait de ton vieux pardessus?
-Je suis passé au refuge sur Rocky Hill et ils m'ont donné cette belle veste, s'enflamma Buddy tout en tournant sur lui-même pour faire admirer sa nouvelle acquisition.
- Tu es magnifique, mais tu as oublié ce que tu m'as dit quand on s'est rencontré : « Je vais jamais dans les refuges. Là-bas, on te pique tes affaires dès que tu fermes un œil » ? interrogea Don un sourire moqueur sur le visage.
- T'es dingue, je suis pas allé dormir là-bas! se défendit Buddy. Je suis juste allé y prendre une douche et comme ils avaient un arrivage de manteaux chauds, j'en ai profité...mais, j'ai gardé ma vieille veste, ça peut toujours servir, renchérit le colosse pragmatique.
Don reconnaissait bien là son ami. Le géant était, cette fois-ci, complètement détendu. Il avait retrouvé son air jovial et avenant. Don observait, amusé, son ami tel qu'il le connaissais depuis six semaines. D'un regard, il chercha le peignoir qui traînait sur le montant au bout du lit. Buddy parut répondre à ses attentes en se précipitant pour saisir la robe de chambre et la tendre à Don. Celui-ci se contenta de poser le peignoir sur ses épaules tout en enfilant seulement le bras droit pour ne pas emmêler les fils des perfusions reliés à son bras gauche. Ainsi habillé, Don se sentait déjà moins comme un malade. Débarrassé de la sonde d'entrainement reliée à son cœur, Don était désormais plus libre de ses mouvements, même si les pastilles du moniteur cardiaque collées sur son torse ne lui permettaient pas de s'éloigner de son lit. Il devrait encore supporter ces antibiotiques pendant quelques jours, mais il allait bientôt pouvoir reporter les affaires que son père lui avait rapportées.
- Comment est-ce que tu es venu jusqu'ici? Tu n'as quand même pas pris le bus? interrogea Don.
- Ca va pas? Je vais pas aller m'enfermer dans ces boîtes de sardines sur roues! Non, j'ai marché...
- Marché? Tu as du mettre des heures, avança Don de plus en plus impressionné par les efforts déployés par son ami.
- Pas tant que ça en fait, concéda Buddy. Depuis qu'on se connaît, j'ai jamais autant marché pour faire le tour de toute la ville. Je dois te dire que ça me fait du bien. Alors venir jusqu'à l'hôpital pour te voir, c'était vraiment pas quelque chose qui me faisait peur, renchérit de colosse fier de lui.
- Qu'est-ce que tu as fait de Mo? continua Don soudain inquiet.
- Mo? souffla Buddy. Je l'ai pas emmené avec moi. Il n'a pratiquement pas quitté ton abri depuis que tu es parti. Je crois que tu lui manque beaucoup, murmura le géant tout en omettant de préciser que lui aussi souffrait du départ de son ami. Je crois qu'il attend ton retour...
- Je reviendrai pas Buddy, lâcha Don à contrecœur.
- Je sais, convint le colosse dépité, je sais. Ta vie est ailleurs. Tu as retrouvé la mémoire, tu as retrouvé ta famille...Tu vas retrouver ta vie...
- Je n'aurais jamais pu m'en sortir sans ton aide...
- Qu'est-ce que tu racontes? s'emporta Buddy, j'ai rien fait pour toi...à part t'empêcher de retrouver ta famille plus tôt...
- Arrête Buddy, coupa Don. Tu ne te rends pas compte de tout ce que tu as fait pour moi. Tu avais à peine de quoi manger et tu m'as accueilli sans rien connaître de moi. J'aurais pu être un meurtrier, c'est d'ailleurs ce que tout le monde croyait, murmura Don plus pour lui-même. Tu m'as nourri, soigné quand je n'allais pas bien. Tu m'as protégé des autres et de moi-même sans rien attendre en retour. Tu m'as empêché de sombrer dans la folie ou le désespoir. Grâce à toi, je n'ai jamais perdu confiance.
- Arrête Charl...pardon...Don, se reprit Buddy. C'est moi qui dois te remercier. Tu m'as sorti de la solitude qui me collait à la peau, de cet espèce de gouffre sans fond dans lequel je m'enfonçais. Avant de te rencontrer, je pensais me débarrasser définitivement de mes crayons et de mes blocs. Grâce à toi, je me suis remis à dessiner...et ça fait bien longtemps que je ne m'était pas senti aussi heureux. Tout ça, c'est à toi que je le dois, je ne pourrai jamais m'acquitter de la dette que j'ai envers toi.
- Buddy, fit Don en faisant assoir le géant dans le fauteuil à côté du lit.
Lui-même se réinstalla au bord du matelas de sorte que leurs visages soient au même niveau.
- Buddy, répéta Don en collant son front sur celui de son ami, je n'ai rien fait d'exceptionnel...à part réveiller l'artiste qui est en toi...Tu as un talent magnifique au bout de tes doigts et je voudrais que tu ne l'oublies plus jamais.
Le géant hocha doucement la tête tout en laissant échapper une larme au coin de ses yeux.
Don serra son ami dans ses bras. Il ne supportait pas de le voir malheureux, il supportait encore moins de le voir pleurer.
- Tu vas repartir chez toi, chuchota Buddy, en s'écartant.
- Oui, souffla Don, quand j'irai mieux, je retournerai à Los Angeles.
- La Californie! Je savais bien que tu n'étais pas d'ici. L'océan, ça m'a toujours fasciné...et un peu effrayé aussi...l'immensité...les vagues...Mais, je crois que j'aurais bien aimé m'assoir sur la jetée, tremper mes pieds dans l'eau et regarder le soleil se lever.
- Il ne tient qu'à toi...
- Tu sais très bien que ça ne se fera jamais, coupa Buddy. Et puis, qu'est-ce que tu irai t'encombrer d'un type comme moi? Je suis sûr que ça ferait tache dans ta « vraie » vie. D'ailleurs, tu m'as pas dit ce que tu faisais?
- Je suis un agent du FBI, avoua Don attendant la réaction de son ami.
- Un agent du gouvernement? C'est pas possible! Mon anarchiste de père doit se retourner dans sa tombe, ricana Buddy. Sympathiser avec l'ennemi! Tu te rends pas compte de l'affront?
- On lui dira rien, plaisanta Don, un grand sourire s'élargissant sur son visage...pour se figer instantanément.
Buddy remarqua immédiatement le teint soudain livide de son ami et lui aussi blêmit aussitôt angoissé.
- Qu'est-ce qui se passe? Tu te sens pas bien? Tu as mal? paniqua le géant.
- Non, souffla Don d'une voix blanche. Il est là...
- Qui? demanda Buddy de plus en plus inquiet tout en cherchant du regard ce qui pouvait mettre son ami dans un état pareil.
- Le type qui nous a attaqué...celui qui m'a tiré dessus...
- Tirer dessus? Comment ça? questionna le géant complètement déstabilisé.
Don, la bouche soudain sèche, partagé entre une colère sourde, animale et la logique resta un instant interdit. Il devait analyser la situation au plus vite...et pour l'instant, il n'avait pas beaucoup d'options qui s'ouvraient à lui.
- Ce grand type avec la blouse blanche près du bureau...cheveux très courts, noirs...petites lunettes...
Buddy se retourna lentement pour observer le couloir entre les lames du store qui isolait la chambre.
- Ce type c'est un médecin et il t'a tiré dessus? demanda Buddy soudain inquiet pour la santé mentale de son ami.
- C'est pas un médecin, j'en suis sûr, assura Don. C'est le type qui a abattu le témoin que je devais protéger. C'était une gamine courageuse, un ange descendu sur terre...
Il n'en fallut pas plus pour faire sortir Buddy de ses gonds. Il y avait bien des choses qu'il laissait passer par indifférence ou par simple désir de ne pas s'immiscer dans les affaires des autres. Mais il ne pouvait rester sans rien faire devant un type qui s'en prenait à des personnes vulnérables...et encore plus, un type qui s'en prenait à son ami. Plus vite qu'il n'en fallait pour le dire, le colosse bondit sur ses pieds et se précipita vers la porte.
- Buddy! intervint Don. Qu'est-ce que tu fais?
- T'inquiète pas, répondit le géant en se retournant, un sourire aux lèvres. Je vais juste prévenir la sécurité, termina-t-il en fermant complètement le store.
Buddy savait exactement ce qu'il allait faire, il savait exactement ce qu'il devait faire. Il ne lui restait plus beaucoup d'occasions pour remettre les compteurs à zéro avec Don. Ce serait peut-être la dernière chose qu'il ferait de sa vie. Même si son existence n'avait été qu'une succession d'échecs, de déceptions et de tentatives avortées, il avait l'intention de partir en beauté, de partir l'esprit tranquille, serein.
Don savait exactement ce que Buddy voulait tenter, mais il ne savait pas ce que lui devait faire. Il devait protéger toutes les personnes présentes...il devait protéger son père et son frère. D'un geste brusque, il arracha la perfusion encore fichée dans son bras et enfila complètement le peignoir. Précipitamment, il saisit les fils du moniteur cardiaque et tira d'un coup sec détachant les pastilles collées sur son torse. Rapidement, il se mit debout...trop rapidement. Un vertige aussi soudain que prévisible le contraignit à se rassoir quelques instants. Il ferma les yeux le temps que les murs cessent de danser autour de lui. Quand il les rouvrit, le Dr Cameron s'était matérialisée devant lui, alertée par les alarmes du scope hurlant devant le tracé plat s'affichant sur l'écran.
- Qu'est-ce que vous faites? demanda la jeune femme autoritaire.
- Vous avez un portable? coupa Don tout aussi directif.
- Vous ne devez pas vous lever seul, affirma Cameron tout en essayant de recoucher Don.
- Mon père a fait un malaise dans le cabinet de toilette, lança Don affolé.
La jeune femme se précipita vers la porte à droite du lit et entra dans la pièce. Sans plus réfléchir, Don bondit en avant, saisit la chaise laissée à portée et la coinça sous le bouton de porte. Essoufflé, il s'adossa contre le montant occultant Cameron qui tambourinait de l'autre côté. Il attendit quelques secondes que les murs cessent de tourner et s'avança vers la porte. Pourquoi les deux agents du FBI n'étaient donc plus là? Pendant des heures, il avait maudit leur présence, maintenant qu'il avait vraiment besoin d'eux, ils n'étaient plus là!
Dans le couloir, Buddy avançait toujours aussi calmement, sereinement. Le grand type ne semblait pas faire attention à lui. Comme un bon médecin, il observait attentivement le dossier qu'il feuilletait, indifférent aux bruits et aux personnes autour de lui. Quand il ne fut plus qu'à quelques pas, Buddy l'interpella : « Docteur, j'ai mal au bras. »
- Allez aux urgences, siffla Vasco Borden d'un ton ferme mais calme.
- J'ai vraiment trop mal, continua Buddy maintenant à quelques centimètres de sa cible.
- Casse-toi, pauvre con! souffla Borden.
Si Buddy attendait un signal lui disant que ce type n'était pas un médecin, il avait la confirmation de ce que Don lui avait dit. Un léger tintement se fit entendre sur la droite. Buddy tourna la tête instinctivement pour voir Charlie et Alan sortir de l'ascenseur. Le géant continua son exploration visuelle circulaire et ses yeux se fixèrent sur ceux de Don agrippé aux montant de la porte de sa chambre. Alors que l'agent du FBI lui criait dans son seul regard de ne pas risquer sa vie, Buddy crut y déceler un encouragement. Sans plus attendre, le géant se jeta sur Borden et le plaqua au sol. Surpris, le tueur à gages ne réagit pas tout de suite.
- Tu croyais que j'allais te laisser faire, salopard! hurla Buddy.
Malgré le poids conséquent du colosse allongé sur lui, Borden parvint à dégager son bras droit et en se contorsionnant, à atteindre son arme dissimulée sous la jambière de son pantalon. D'un geste expert, il appliqua le révolver dans l'aine de Buddy et tira deux fois. Les coups de feux se répercutèrent dans tout l'étage laissant derrière eux un silence assourdissant seulement rompu par une plainte déchirante.
- Non! hurla Don le regard rivé sur son ami et la mare de sang qui s'élargissait à vue d'œil.
Borden, les forces décuplées par l'adrénaline, se dégagea en faisant basculer Buddy sur le côté. Celui-ci, interloqué, n'opposa aucune résistance. Il avait d'abord entendu les détonations puis seulement ensuite il avait senti la douleur lui labourer le ventre puis la douce chaleur de son sang se répandant sur sa cuisse. Borden, en professionnel averti et consciencieux, se redressa rapidement pour mettre en joue Don qui se précipitait pour tenter d'arrêter le massacre. Alors qu'un sourire suffisant s'inscrivait sur le visage du tueur, une canne en bois s'abattit sur la main qui tenait l'arme. Borden lâcha le révolver qui alla mourir aux pieds de Don. House se pencha au dessus du comptoir des infirmières pour admirer son œuvre.
- Hé! Y'a que mes assistants et moi qui avons le droit de tuer ici! éructa House hors de lui.
Don avança, arme au poing, luttant contre l'envie d'en finir tout de suite avec cet homme qui avait froidement assassiné Hélèna, qui avait méthodiquement tiré sur Buddy.
- Vas-y Eppes! T'es un tueur, non? siffla Borden provocateur.
Don, mâchoires serrées, les mains tenant fermement le révolver, avança résolument vers le tueur à gages. Des images se bousculèrent dans sa tête : le regard froid de ce type et la douleur fulgurante de la matraque électrique...l'exécution d'Hélèna et le sourire vicieux presque jouissif du tueur. Tout ce précipite dans sa tête, dans son cœur. Il voudrait pouvoir laisser parler sa haine, il voudrait pouvoir évacuer toute sa peine, il voudrait pouvoir se débarrasser de cette terreur irraisonnée en vidant le chargeur sur cet être infect qui hantait ses cauchemars depuis des semaines...mais ses réflexes d'agent fédéral reprennent le dessus. Il sait que Charlie et son père l'observent. Il sent leurs présences dans son dos, il peut pratiquement entendre les battements de leurs cœurs.
- C'est toi le tueur et je veillerai à ce que tu payes pour tout ce que tu as fais, répondit Don calmement.
Alertés par les coups de feu, deux gardes de la sécurité de l'hôpital arrivèrent en courant, rejoint rapidement par Melvin et Lelic.
- C'est lui le méchant, les prévint House en désignant Borden.
Don leur tendit docilement l'arme qu'il tenait et se précipita vers Buddy. Pendant ce temps, House avait fait le tour du comptoir, enfilé des gants de latex et s'agenouillait péniblement près du géant. D'un geste précis et assuré, il appuya des deux mains sur la plaie d'où le sang giclait en saccades. Don souleva doucement la tête de son ami et plongea son regard dans le sien.
- Ca va, mentit Buddy dans un souffle.
- Tu n'as pas le droit de me laisser, assura Don catégorique.
- Je crois que c'est pas vraiment moi qui vais décider, répondit le colosse d'une voix faible.
Difficilement, Buddy leva une main pour attraper celle de Don. Le géant pensa que, bizarrement, il n'avait pas mal, en tout cas pas aussi mal que ce qu'il avait imaginé. Il savait maintenant où il allait, il savait maintenant que son existence n'avait pas été vaine. Il n'avait pas peur, il était même heureux, satisfait d'avoir honoré sa dette. Pourtant, une angoisse qui le hantait depuis des années ressurgit dans son esprit.
- Charlie, reprit Buddy sans quitter son ami des yeux, je veux pas aller dans la fosse commune...
- Ne t'inquiète pas pour ça, répondit Don rassurant.
- J'aurais aimé voir l'océan, souffla Buddy péniblement. J'aurais aimé me perdre dans les vagues...
- Je t'y emmènerai, assura Don.
- Merci, chuchota simplement Buddy.
Le regard du colosse qui semblait indestructible se voila, son sourire se figea. Son immense main desserra son emprise et tomba mollement sur sa poitrine. Don lança un coup d'œil plein d'espoir vers House. Si ce type avait trouvé de quoi il souffrait, il était certainement aussi capable de sauver Buddy. Mais, House, désabusé, relâcha la pression sur la jambe du géant d'où ne s'écoulait plus qu'un mince filet rouge vif. Frustré, il observa un instant ses mains pleines de sang avant de retirer d'un geste brusque ses gants et de les jeter rageusement.
- L'artère fémorale, annonça House en se relevant péniblement. Je suis désolé, murmura-t-il en s'éloignant la tête basse.
Don, agenouillé par terre, reposa doucement la tête de son ami sur le sol. Tendrement, il caressa ses cheveux, dégagea une mèche qui s'était prise dans les méandres de la barbe poivre et sel du colosse. Puis, en récitant tout bas une des seule prière dont il se souvenait, Don posa délicatement sa main sur les yeux fixes de Buddy et les ferma pour toujours.
- Yisgadal veyiskadach... chuchota Don sans se rendre compte que son père et son frère l'avaient rejoint.
- Qu'est-ce qu'il raconte? demanda Charlie à Alan.
- C'est le Kaddish, répondit simplement celui-ci.
Quand Don eut terminé, il serra une dernière fois la gigantesque main de Buddy dans les siennes avant de la reposer tranquillement sur la poitrine désormais inerte du géant. Puis, il se pencha en avant pour murmurer à l'oreille de son ami : « Je te promets que tu verras l'océan Buddy...je te le promets » termina Don la voix brisée. Lorsqu'il releva la tête une discrète larme s'échappa de ses yeux. Il la laissa s'écouler le long de sa joue. Elle emportait dans son sillage les souvenirs de sa vie dans la rue. Don sentit alors deux mains solides posées sur ses épaules, les mains de son frère et de son père. Il releva vers eux un regard reconnaissant.
- Merci, chuchota-t-il simplement à l'adresse de sa famille.
Chapitre 46
Toc, toc...Toc, toc...Toc, toc...
Le calme était enfin revenu dans le Service Diagnostic dirigé par le Dr Grégory House. Sitôt informé de la situation, le FBI avait dépêché toute une équipe sur les lieux pour s'occuper de l'affaire. Les techniciens de scènes de crime avaient collecté et étiqueté chaque trace et indices, relevé toutes les empreintes. Le corps de Buddy avait été transporté vers le service de médecine légale du Conté. La mare de sang avait soigneusement été épongé et nettoyé pourtant, malgré l'odeur des désinfectants celle plus insidieuse de la poudre flottait encore dans les couloirs. Le silence et la tranquillité avaient de nouveau repris leurs droits seulement troublés par le lointain son des différents appareils du service de réanimation tout proche...et par ce son entêtant, lancinant, énervant...
Toc, toc...Toc, toc...Toc, toc...
Confortablement assis dans son fauteuil, sa jambe installée dans le repose-pied juste en face, House jouait distraitement avec sa balle. D'un geste assuré, habitué, il la lançait contre le mur. La balle rebondissait sur le sol avant de retourner directement dans la main de House. Sans vraiment s'en rendre compte, il répétait inlassablement ce même geste laissant son esprit faire le point sur cette journée...
Toc, toc...Toc, toc...Toc, toc, toc.
House détourna rapidement la tête pour découvrir qui osait venir troubler sa réflexion, qui se permettait honteusement de jeter à mal sa concentration. Distrait, il ne réussit pas à rattraper sa balle qui alla mourir aux pieds de l'intrus.
- Loupé! constata Wilson en ramassant la balle et en la lançant à son ami.
- J'allais battre un record! rétorqua House d'un ton qui se voulait agressif, pourtant la fatigue était perceptible dans sa voix.
- C'est dans quelle catégorie?
- J'ai pas encore décidé.
- Où sont les juges chargés de valider ton record?
- Ils sont allés boire un verre, ils étaient épuisés de compter, assura House.
- Et toi, ça te dirais d'aller boire un verre? proposa Wilson.
- Tu veux te faire pardonner de m'avoir fait rater mon entrée dans le Guiness Book? répondit House un sourire intéressé se dessinant sur son visage fatigué
- Je veux juste savoir si tu vas bien.
- Bien sûr! assura House.
- Tu as perdu un patient...
- C'était pas mon patient, siffla House d'un ton dur.
- Ca l'est devenu dès que tu as posé tes mains sur lui.
- C'était pas mon patient, répéta House d'une voix plus faible.
- D'accord, admit Wilson. Tu as le droit d'accuser le coup, mais tu ne pouvais rien faire...
- Je sais, coupa House.
- Je sais que tu sais, rétorqua Wilson.
- Comment tu sais que je sais? demanda House, tentant de maitriser l'énervement qui montait en lui.
- J'ai appelé le médecin légiste...
- Je sais pas pourquoi ça me surprends pas que tu connaisses le numéro du médecin légiste, coupa House.
- ...Il m'a dit que tu avais assisté à l'autopsie. L'artère fémorale était complètement lacérée, tu ne pouvais rien faire pour le sauver. Tu as parfaitement le droit de ne pas être bien. Cet homme est mort sous tes yeux...
- C'est vrai que toi, tu es plutôt un habitué de ce genre de situation.
- Ne changes pas de sujet de conversation! intervint Wilson.
- C'est toi qui change de sujet. C'est toi qui commence à te sentir mal à l'aise.
- Je suis pas du tout mal à l'aise, se défendit Wilson piqué au vif. Par contre, toi tu as beau te cacher derrière ton arrogance, ta nonchalance et ton cynisme, je suis ton ami...
- Je vais bien, coupa House immédiatement.
Il devait à tout prix trouver une échappatoire, une diversion pour que Wilson cesse de le harceler.
- Je vais très bien, assura de nouveau House d'une voix qu'il voulait convaincante mais tu viens troubler ma réflexion...
Wilson attendit impatient, sans vraiment y croire, que son ami se livre enfin.
- Je me demandais avec qui je vais me servir de ça, lança House en exhibant la paire de menottes qui reposait dans le tiroir de son bureau.
- J'en reviens pas que tu ai réussi à les récupérer, s'étonna Wilson toujours stupéfait par les ressources de son ami.
- Le plus difficile maintenant, c'est de savoir avec qui les utiliser...Cuddy ou Cameron?
- Et si on réfléchissait à ce cruel dilemme devant un verre? demanda Wilson
- C'est toi qui invite? s'inquiéta House.
- Comme d'habitude, assura Wilson.
L'oncologue savait parfaitement qu'il ne tirerait rien de House ce soir et peut-être qu'il n'y parviendrait jamais. Pourtant, il n'était pas prêt à laisser tomber si facilement. Il remettrait ce sujet sur le tapis plus tard, dans d'autres circonstances. De son côté, House connaissait son ami, il connaissait sa ténacité, il connaissait aussi sa mémoire et il savait que Wilson ne le lâcherait pas. Il reviendrait à la charge mais pas ce soir. House ne pouvait que lui en être reconnaissant. Aujourd'hui, il n'avait pas envie de se battre avec lui. Il était juste fatigué, épuisé. Cette journée avait été éprouvante, plus éprouvante qu'il ne l'avouera jamais, même à Wilson.
Sa main n'avait pas tremblé quand il avait désarmé le tueur, il n'avait pas hésité un seul instant. Pourtant, quand il était retourné dans le calme de son bureau, tout avait commencé à tourner dans son esprit. Toutes les dernières heures lui étaient revenus avec une violence qu'il n'avait pas soupçonné, une violence qu'il n'avait pas imaginé. Ce n'était pas la première fois qu'il perdait un patient et ce ne serait certainement pas la dernière, mais rarement d'une façon aussi brutale. Il s'était rarement sentit aussi impuissant aussi dépassé par la vitesse des évènements, par la cruauté de cette tragédie. Mais, en aucun cas il ne laisserait personne voir ses failles, il ne laisserait personne soupçonner son humanité, pas même Wilson.
- Un verre non, mais plusieurs oui! annonça House immédiatement pour couper court à toute tentative de Wilson de le percer à jour.
- C'est moi qui choisi le bar...celui tout près de chez toi, décida Wilson prévoyant.
- C'est pas celui que je préfère. Y'a pas de filles en petites tenues...
-...et tu ne peux pas payer tes consommations en glissant un billet dans leurs strings, mais étant donné l'état dans lequel tu vas finir cette soirée, je préfère avoir la plus petite distance entre le bar et ton appartement.
- Les taxis, ça existe, constata House en récupérant sa canne.
Lentement, il déplia sa grande carcasse et s'extirpa de son fauteuil. Avec un dernier regard vers les menottes, il referma son tiroir. Il résoudrait cette question essentielle un autre jour.
- Tu sais que le FBI te doit une fière chandelle : tu as maitrisé un tueur qu'ils n'arrivaient pas à appréhender depuis des années, tu as sauvé la vie d'un de leur agent...
- Je suis tout à fait d'accord avec toi. Je pense que ça mérite mieux qu'une paire de menottes...
Chapitre 47
Los Angeles
Le soleil allait bientôt se lever quand le 4X4 noir se gara au bout de la jetée. Le conducteur inspira profondément avant de saisir délicatement l'objet posé sur le siège passager et de sortir de la voiture. L'endroit était quasiment désert, ce qui lui convenait : il voulait du calme, de la quiétude. Il ne souhaitait que la douce lumière de l'aube et le reposant clapotis des vagues. Un vent frais chargé d'embruns lui mordit les joues. Il fut tenté de remonter le col de sa veste mais il laissa cette douce brise de février lui fouetter le visage.
Lentement, il avança le long du quai jusqu'au bout du ponton. Là, il s'assit et contempla le ciel qui semblait reprendre silencieusement vie. Il inspira à pleins poumons remplissant la plus petite parcelle de ses alvéoles des parfums iodés qu'il pensait avoir oubliés. Doucement, il reprenait possession de sa vie...
...Un mois s'était écoulé depuis la mort de Buddy. Après dix jours d'antibiotiques, le Docteur Chase avait brillamment pu retirer la balle fichée dans le crane de Don. L'intervention s'était déroulée parfaitement et les suites opératoires s'étaient révélées tout à fait satisfaisantes. L'analyse balistique du projectile avait complètement blanchi Don : il avait été touché par son arme de service, arme que le FBI avait retrouvé sur les indications de Borden.
Don avait pu quitter l'hôpital deux jours plus tard totalement libre. La famille Eppes avait profité de la semaine de convalescence imposée par le Dr House à son patient, pour se retrouver. Charlie avait fait découvrir à son père et à son frère les lieux où il aimait se réfugier avec sa mère. Don avait dévoilé une partie de ce qui avait constitué sa vie pendant six semaines. Les trois hommes avaient pu reprendre vraiment contact ensemble, loin de l'agitation...avant de s'y replonger. Ensuite, ils avaient pris l'avion direction Los Angeles.
Vasco Borden avait été accusé des meurtres d'Hélèna Davidovitch, Marc Russel et de Buddy Turner en attendant de pouvoir lui imputer tous les autres contrats qui avaient jalonné sa « vie professionnelle ». Le tueur avait pu conclure un accord avec le procureur de Manhattan pour échapper à la peine capitale : il allait témoigner contre Scandelli. Sans le témoignage d'Hélèna, le malfrat ne pourrait pas être poursuivit pour tous ses trafics, les meurtres qui en avaient découlé et toutes les vies brisées mais il écoperait sans doute d'une peine à perpétuité voire de l'injection létale pour avoir engagé un tueur et organiser le meurtre d'un agent fédéral. Même si l'accusation n'aurait certainement pas besoin de son témoignage, Don s'était promis de venir à New York assister au procès. Il pouvait tout de même se raccrocher à cette piètre consolation : son ange et son ami allaient obtenir justice.
La vie avait repris doucement son cours à Los Angeles. Les marques indélébiles laissées par les événements de ces six dernières semaines seraient certainement longues à cicatriser. Don s'efforçait d'ignorer les sourires contrits des agents qu'il avait rencontrés lors de sa première visite aux bureaux du FBI...ces mêmes sourires qu'il avait remarqués lors du retour de Colby. Ses collègues et amis l'avaient accueilli chaleureusement. Don s'était appliqué à leur rendre cette affection sans pour autant parvenir à effacer tout ce qu'ils avaient dû subir par sa faute. Il s'était perdu avec délices dans les bras de Robin. La jeune femme ne lui raconterait probablement jamais ses doutes et ses désillusions. Il faudrait du temps pour que leur relation renoue avec cette confiance mutuelle qui les unissait.
Don avait dû se soumettre à un check-up complet et des entretiens psychologiques poussés avant d'obtenir l'autorisation de reprendre son poste. Le psychiatre chargé de l'examen devait lui remettre les résultats de son étude dans les heures qui suivaient. En attendant, Don avait décidé de s'acquitter de la promesse qu'il avait faite à son ami...
...Le soleil commençait à poindre à l'horizon. Le ciel prenait des couleurs chatoyantes qui promettait une journée froide mais ensoleillée. Assis au bout de la jetée, Don retira ses chaussures, ses chaussettes, retroussa les jambes de son pantalon et plongea ses pieds nus dans l'océan. La fraicheur de l'eau lui rappela les sensations qu'il avait connu à Princeton. Il refoula la tristesse qu'il sentait monter en lui, occulta sa peine pour se remémorer les bonheurs furtifs mais inoubliables qu'il avait partagés avec Buddy. Ses fous rires incontrôlables devant les caricatures dessinées par son ami, son étonnement devant les prouesses réalisées par Mo... Ces six semaines n'avaient certainement pas été les plus agréables de sa vie, pourtant il ne voulait conserver que les bons moments. Il voulait conserver ce sentiment rassurant de se sentir en sécurité retranché dans son abri sachant que Buddy veillait dehors...et Buddy avait veillé sur lui jusqu'au bout.
Don frôla l'urne qu'il avait posée près de lui et s'apprêtait à la saisir quand une voix se fit entendre derrière lui : « Je peux me joindre à toi? »
Don se retourna pour voir arriver son frère tenant dans ses bras un minuscule chien de poche.
- Je ne te dérange pas? demanda Charlie en avançant.
- Pas du tout, répondit Don en souriant. Je crois que je ne suis pas contre un peu de compagnie.
Charlie s'assit à côté de Don. Mo frétilla dans les bras du jeune homme et lécha joyeusement la main de Don.
- Je ne voulais pas te réveiller, s'excusa celui-ci en observant la mine encore froissée de son frère.
- Je ne t'ai pas entendu, c'est le petit monstre qui est venu gratter à ma porte, expliqua Charlie en désignant Mo qui posait tendrement sa tête sur le bras de Don.
- Je suis désolé, reprit celui-ci, demain je le ramène chez moi...
- T'es pas sérieux, coupa Charlie. Tu ne vas pas le laisser enfermé toute la journée dans ton appartement.
Don observa son frère qui, comme son père, s'était très rapidement attaché au petit chien et inversement. L'agent du FBI ne pu réprimer le sourire qui s'inscrivit sur son visage.
- Tu sais, Amita a complètement craqué pour lui. Tu ne voudrais pas lui faire de la peine? demanda Charlie toujours prêt à faire vibrer la corde sensible.
Don se laissa convaincre facilement. Depuis que le petit chien avait couru vers lui en aboyant de joie quand il était revenu dans la ruelle, il avait su qu'il ne pourrait pas laisser Mo tout seul à Princeton. C'est en pensant à Buddy qu'il avait tout de suite décidé de prendre le chien avec lui, même s'il ne savait pas encore comment il allait pouvoir s'en occuper. Il pensait le laisser un peu avec son père et son frère et le reprendre avec lui, mais tout ne s'était pas déroulé comme il l'avait imaginé. Le petit chien s'était tout de suite senti à l'aise dans une maison chauffée et accueillante et il avait rendu au centuple l'affection que lui avaient témoignée Alan, Charlie et Amita. L'alchimie avait tout de suite fonctionné et Don en était heureux...et soulagé.
- D'accord, reprit celui-ci, mais ne le laisse pas entrer dans ta chambre, sinon il va prendre ta place à côté d'Amita.
- Je ne le laisserai pas faire, affirma Charlie catégorique. C'est aujourd'hui que tu vas savoir si tu reprends le travail? demanda le jeune homme soudain plus sérieux.
- A 10 h 30, annonça Don espérant parvenir à dissimuler son angoisse. Et toi? Ton accréditation? Tu as des nouvelles? coupa-t-il pour entrainer son frère vers un autre sujet.
- Je ne sais pas encore si je vais me battre pour la récupérer, annonça Charlie...surtout si toi, tu ne retrouves pas ton poste...
- Tu peux travailler pour le FBI même si je n'y suis pas, lança Don. Tu as tout à fait ta place dans l'équipe...une place très importante d'ailleurs.
- Je crois que le travail ne m'intéresserait pas vraiment si toi tu ne faisais pas partie de l'équipe. On est complémentaires... ajouta Charlie en baissant les yeux et la voix.
Il avait réalisé pendant ces semaines de séparation qu'il pensait définitive, toutes les choses qu'il n'avait pas dites à son frère. Il s'était juré que s'il le retrouvait, il ne laisserait pas passer une occasion de lui dire ses sentiments. Pourtant, aujourd'hui, les mots étaient toujours aussi difficiles à prononcer.
- Si tu ne récupères pas ton accréditation, je n'ai pas non plus envie me battre pour mon poste...répondit Don les yeux rivés vers l'horizon.
- Le FBI, c'est ta vie... coupa Charlie reportant son regard sur son frère.
- ...Ma vie, c'est d'abord toi...et papa, affirma Don en fixant Charlie droit dans les yeux.
- Tu m'as tellement manqué, murmura le jeune homme réprimant les larmes qu'il sentait monter en lui.
- Je suis là et je ne compte pas repartir de sitôt p'tit frère. Je te laisserai plus, je te le promets, chuchota Don en serrant Charlie contre lui, leurs têtes reposant l'une contre l'autre.
Mo, ivre de joie, s'activa à lécher successivement les visages des deux frères...ce qui déclencha un vif éclat de rire de la part des deux hommes.
- Il y a une autre promesse que je me dois de tenir, coupa Don soudain plus grave.
- Une promesse faite à Buddy? tenta Charlie.
Don hocha la tête en signe d'assentiment et se contenta de saisir l'urne qui reposait à côté de lui. Assis au bout du ponton, les pieds dans l'eau, il concentra son regard vers l'horizon, attendant les premiers rayons du soleil.
- L'eau n'est pas trop froide? s'enquit le mathématicien inquiet pour la santé encore fragile de son frère.
- Un peu, mais ça fait partie du « rituel »indiqua Don en caressant le petit chien.
Charlie observa son frère, attendri. Il posa délicatement Mo entre eux qui attendit patiemment en regardant tour à tour les deux hommes. Le jeune mathématicien retira lui aussi chaussures et chaussettes et plongea à son tour ses pieds dans l'eau. Il réprima le frisson qui le parcourut et reprit dans ses bras le petit chien qui se pelotonna contre lui. Don inspira longuement et ouvrit l'urne.
- Tu penses que Buddy aurait aimé qu'on dise ...quelque chose? tenta Charlie indécis.
- Buddy, c'était pas un bavard. Il pouvait passer des heures à dessiner sans décocher un seul mot, raconta Don nostalgique.
- Tu crois qu'il aurait aimé ce paysage? demanda le jeune mathématicien en désignant les couleurs jaunes, roses, orangées qui semblaient émaner de l'océan irisé.
- Il aurait adoré! affirma Don qui avait retrouvé son sourire. Il aurait aussi aimé ta compagnie, reprit-il plus solennel, et moi, je suis heureux que tu sois là avec moi, termina-t-il en fixant son jeune frère droit dans les yeux.
Charlie lui répondit en hochant la tête, un sourire discret, pudique, comblé s'inscrivant sur son visage. Les deux hommes reportèrent leur attention vers l'horizon. Don leva l'urne et la retourna doucement. Les cendres de son ami se répandirent dans l'océan. Les vagues les emportèrent vers le large pour aller rejoindre le soleil.
FIN
Merci à Winsister et à Cissy qui ont du supporter mes fautes...