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L'accident

Série : Numb3rs
Création : 11.02.2012 à 23h19
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie sont victimes d'un accident de voiture qui va faire remonter bien des souvenirs. » Cissy 

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Préambule :

Les personnages de la série ne m’appartiennent pas. Ils sont la propriété exclusive de : Cheryl Heuton & Nicolas Falacci. Je ne tire aucun bénéfice de leur mise en situation dans cette fiction.

 

Genèse de l’histoire :

En … 2009 le quartier lançait le concours « bribes de vie » : en quatre page, imaginer une nouvelle centrée sur l’enfance ou l’adolescence des frères Eppes, mettant en exergue leur complicité. Il y eut cinq participants et à la lecture des nouvelles proposées, j’ai eu l’idée d’une fiction qui en inclurait d’autres. J’ai donc proposé aux membres d’écrire quelques nouvelles que je relierais ensuite entre elles.

Mon idée c’était de faire ce que font les scénaristes américains lorsqu’ils sont à court d’imagination : mettre les personnages dans une situation où ils se remémorent des événements de leur passé. Sauf que les Américains recyclent alors des extraits d’épisodes existants et qu’en l’occurrence je voulais de l’inédit (à l’exception des 5 créations du concours).

Les quatre participantes m'ont alors gentiment permis de réutiliser leur fiction mais aucun autre membre ne s'est manifesté. Angelgym34 et Juliabakura m’ont aussi envoyé une fiction supplémentaire chacune. Puis d’autres histoires ont monopolisé mon attention et celle-ci est restée en jachère.

Je l’ai retrouvée cet été et un peu avancée, et puis durant les vacances de Noël, ai décidé de m’y atteler sérieusement pour la mener à bien, J’avais depuis longtemps la trame en tête, il me restait juste à trouver comment insérer les histoires des quatre auteurs et à écrire celles que j’avais en tête en plus. ce qui m’a pris une quinzaine de jours. Ensuite il a fallu trouver du temps pour corriger et d’autres projets m’ont à nouveau accaparée, et puisqu’elle était terminée il n’y avait plus à mes yeux aucune urgence, donc elle est de nouveau passée au second plan.

Mais tout de même, la voilà enfin terminée…

 

Quelques repères par rapport à la série :

Au cours de la saison un sont apparues des incohérences sur la date de naissance des frères. Numb3rs a débuté au premier semestre 2005 : Charlie allait alors sur ses trente ans et Don avait cinq ans de plus que lui. Ce qui impliquait qu’ils soient nés respectivement en 1975 et 1970. Or, dans un épisode, on voit en gros plan le permis de conduire de Don qui indique 1967 comme date de naissance. D’où parfois une difficulté pour certains fans.

En ce qui me concerne j’ai tenu pour acquis que Charlie était né en mai 1975 et Don en juillet 1970. Ce sont donc les dates à partir desquelles j’ai basé mon histoire. Celle-ci se situe  pendant la liaison entre Don et Robin, donc durant la saison 2.  Don a 36 ans et Charlie 31.

 

Les OS écrits par d’autres auteurs :

Concours « Bribes de vie » :

X Files – par Angelgym34 – chapitre 3

Frère et base-ball – par Juliabaku – chapitre 5

Entre frères – Lianro  - Chapitre 23

Petits drames en série pour Don Eppes – Orkhadia – chapitre 29

 

Les OS écrits pour cette fiction :

Bagarre – Angelgym34 – chapitre 7

Deux frères et un piano – Juliabaku – chapitre 17

 

L’OS « Série Noire pour une nuit blanche » (chapitres 30 & 31) a été écrit pour le concours bribes de vie, même s’il est un peu plus long que la version parue à cette occasion qui était limitée en nombre de mots. C’est le seul que je n’ai pas écrit spécialement pour cette fiction.

 

Voilà, vous savez tout : bonne lecture.


Cissy  (11.02.2012 à 23:22)

L'ACCIDENT

Chapitre 1 : Virée à deux

 

Avril 2006 – 11 h 40 : Pasadena

Alan entendit la porte d’entrée s’ouvrir et se refermer. Il jeta un coup d’œil distrait à la pendule : 11 h 00. Qui pouvait bien venir à cette heure ? Ce n’était pas Charlie, enfermé dans le garage depuis le début de la matinée avec un amoncellement de copies impressionnant. Bon, plutôt que de se poser des questions, le mieux était encore d’y aller voir.

Il fut surpris de trouver Don, debout dans l’entrée, en train de consulter le courrier pour vérifier s’il y en avait pour lui.

- Donnie ? Qu’est-ce qui se passe ? Quelque chose ne va pas ?

- Non. Pourquoi ?

- Pourquoi ? Tu as vu l’heure ? Depuis quand tu passes à une heure pareille ?

A ce moment-là Charlie sortit de son garage et se figea en voyant son frère :

- Don ? Qu’est-ce qui se passe ? Quelque chose ne va pas ?

Don eut un sourire résigné à cette phrase, écho parfait de celle de son père.

- C’est quand même dingue ça ! Je ne peux pas venir ici sans que vous vous imaginiez tout de suite que quelque chose ne va pas ?

- Ben, désolé frangin, mais tu ne peux pas nier qu’il est rare que tu déboules à cette heure-là, rétorqua son cadet en vérifiant sa montre. Tu as un cas à me soumettre ?

- Non, aucun cas à te soumettre. Enfin ! On croirait que je ne viens ici que quand quelque chose ne va pas à vous entendre.

Le regard entendu qu’échangèrent son père et son frère ne lui échappa pas et il s’énerva légèrement :

- Quoi ? C’est ce que vous pensez ? C’est pas croyable ça !

Puis soudain il surprit le sourire dans les yeux et les lèvres qui tremblaient légèrement.

- D’accord, j’ai compris… Vous me faites marcher, sourit-il.

- C’était trop tentant !

Alan laissait enfin échapper son rire :

- Tu ne marches pas, tu cours ! continua-t-il.

- Vous me le paierez ! menaça Don d’un ton léger.

Les trois hommes échangèrent un regard empli d’affection, puis Alan revint à sa préoccupation première :

- Ca ne nous dit pas ce que tu fais là à cette heure.

- Une nouvelle affaire ? demanda Charlie.

- Non, Charlie. Si tu écoutais ce que je te dis, tu m’aurais entendu te dire que ce n’était pas le cas. En fait je viens juste vous dire que je ne mangerai pas avec vous ce midi, comme prévu.

- Quoi ? Tu passes pour nous dire ça ? Un coup de téléphone n’aurait pas suffi ? s’étonna son père.

- Il a peut-être perdu le mode d’emploi, se moqua Charlie. Ou alors il ne pouvait pas se passer de la joie de me voir et…

- C’est ça… Crois au père Noël, le coupa son frère. Non, en fait c’était sur ma route, donc je me suis dit que je m’arrêterais deux minutes pour vous dire de ne pas compter sur moi. Maintenant que c’est fait je file !

- Attends Donnie.

Son père le retenait par le bras.

- Qu’est-ce qui se passe ? Un problème ?

- Non, pas du tout. Le directeur m’envoie à Big Bear Montain pour préparer un stage de survie de Quantico.

- De quoi tu parles ? s’étonna son frère.

- Tous les ans, lors des stages de formation des agents, le F.B.I. organise un stage de survie. Cette cession, c’est à nous de l’organiser.

- A Los Angeles ? Survie en milieu urbain ? se moqua gentiment Alan.

- J’aurai préféré figure-toi. Non, le directeur a décidé de faire ça dans le parc National de San Bernardino, aux environs de Big Bear City.

- Un coin superbe, s’exclama Alan. Le lac de Big Bear est magnifique.

- Et les sentiers de randonnées sont nombreux. Ainsi que les coins très isolés…

- Oui, c’est bien ce qui attire le directeur.

- Et en quoi ça te concerne ?

- Et bien il faut organiser tout ça avec le shérif, et le directeur, lors d’une réunion, a entendu plusieurs membres des polices locales se plaindre de la manière dont les agences gouvernementales les traitaient.

- Tu veux dire avec condescendance et morgue ? insinua Alan.

- Je ne suis pas comme ça ! se défendit Don.

- Toi peut-être pas, rétorqua son frère. Mais il est vrai que bien souvent, vous autres fédéraux, vous débarquez avec vos idées toutes faites et votre supériorité supposée et vous traitez les locaux comme du menu fretin tout juste bon à vous cirer les pompes…

- Et encore, rigola Alan.

- Ca va vous deux, grommela Don.

Mais il ne pouvait leur donner entièrement tort. C’était vrai, trop souvent.

- En tout cas, pour pallier ce risque, le directeur a décidé d’envoyer un chef de section et non un agent lambda pour préparer le terrain auprès du shérif.

- Et c’est tombé sur toi ? s’enquit Alan.

- Bingo ! Comme si je n’avais pas assez à faire comme ça ! râla Don. Quatre heures aller retour, et encore, si ça roule bien, sans compter le temps sur place ! Je ne serai pas de retour avant ce soir. Et j’ai une pile de dossiers qui m’attend sur mon bureau.

- Tu n’as pas un adjoint pour s’en charger ?

- C’est exactement ce que m’a dit le directeur quand je lui ai présenté cet argument, répondit Don dépité de la remarque de son père. Et quand j’ai émis l’idée que mon adjoint pouvait peut-être plutôt aller faire les repérages, par contre, il a trouvé que c’était une très mauvaise idée.

- Plains-toi ! lui dit Alan. Pour une fois, plutôt que de passer l’après-midi à faire de la paperasse ou à courir après de dangereux malfaiteurs, tu vas aller te balader dans un coin superbe !

- Oui, mais il y a des choses que David ne pourra pas faire et je les retrouverai en rentrant. Et puis préparer ces stages, c’est franchement pas ma tasse de thé.

- J’ai une idée ! s’exclama soudain Charlie.

- Quoi ? Pour que je n’ai pas à aller là-bas ?

- Non. Mais il se trouve qu’on doit organiser une sortie avec nos étudiants. Et je ne savais pas trop où les emmener. Les environs de Big Bear City seraient parfaits !

- Je ne vois pas ce que des étudiants en math iraient faire là-bas.


Cissy  (11.02.2012 à 23:23)

- Figure-toi qu’il y a plein de domaines où les mathématiques appliquées peuvent être mises en œuvre. En l’occurrence, des calculs d’itinéraires, de dénivelés, un jeu de piste pour sortir un peu nos premières années des salles de classes.

- Je ne vois pas en quoi ton idée…

- Je t’accompagne !

- Quoi ? Tu rigoles !

- Non ! Ce sera l’occasion de passer un peu de temps ensemble. Et puis je pourrai t’aider pour tes repérages, te calculer les probabilités de risques, de difficultés, optimiser les paramètres pour que le stage se passe dans les meilleures conditions en fonction des contraintes que vous voulez imposer à vos stagiaires…

- Charlie, protesta Alan. Je te rappelle que tu as des dizaines de copies à corriger. Tu t’en es assez plaint ce matin. Il me semble aussi que ça a été ton excuse pour ne pas m’aider à tailler la haie !

Charlie eut un geste de la main, comme pour repousser un insecte importun. Visiblement, ce qui lui avait paru si important le matin venait de passer en seconde position. La possibilité de passer du temps avec son grand frère balayait tout le reste.

- Oui, et bien je reprendrai plus tard. D’ailleurs je peux aussi emmener mes copies et les corriger sur la route.

- Sauf qu’il me semble que tu as promis à Larry d’assister à son colloque sur les trajectoires cosmiques de…

- Flûte ! C’est vrai ! Le colloque de Larry !

Charlie sembla soudain fort dépité de ne pouvoir accompagner son frère, comme il s’en faisait d’avance une fête.

- Mais, si ma mémoire est bonne, ça ne débute qu’à 21 h 00, reprit-il soudain.

- En tout cas, c’est ce qui figurait sur les invitations, confirma Alan.

- Donc, en partant maintenant… Voyons, il presque midi moins le quart. Si on compte, disons cinq heures de route… et trois heures sur place… On sera largement revenus pour le colloque de Larry ! triompha-t-il.

- Merci de me demander mon avis, ironisa Don. Qu’est-ce qui te fait croire que j’ai envie de m’encombrer de toi qui va pérorer durant tout le trajet et me filer une migraine carabinée ?

Interdit, Charlie regarda son frère, et celui-ci s’aperçut qu’il venait de  le blesser.

- Charlie, je plaisantais, s’empressa-t-il de dire.

- Bien sûr ! grinça le mathématicien. Non, tu as raison. Mieux vaut que tu y ailles seul, tu seras plus tranquille !

- Charlie ! Arrête de faire le bébé…

- C’est bon Don ! T’inquiète, je ne vais pas m’imposer. D’ailleurs, comme papa disait, j’ai du boulot.

Alors qu’il tournait les talons, Don le retint.

- Ca suffit maintenant ! Alors quoi ? Tu ne comprends plus la plaisanterie ? Je n’ai fait que te rendre la monnaie de ta pièce pour ta petite fourberie à mon arrivée mon cher frère !

Plongeant ses yeux dans ceux de son frère, Charlie comprit soudain qu’il s’était fourvoyé. Il passa une main lasse sur son visage.

- Désolé frangin… Je crois que j’ai réagi un peu vite.

- Tu l’as dit oui… Qu’est-ce qui ne va pas Charlie ?

- Rien… Tout va bien… Simplement, je crois que je suis un peu sur les nerfs avec tout le boulot qu’on a en ce moment.

- A qui le dis-tu !

- Alors l’idée d’une petite virée avec toi me tentait bien. Mais si tu n’y tiens pas.

- Au contraire ! C’est une super idée frérot. Je serai ravi de t’emmener.

- C’est vrai ?

Don fut ému du ton de la voix de son frère, comme un petit enfant à qui on promet un tour de manège.

- Tout ce qu’il y a de plus vrai. Et puis en plus, comme tu le disais, tu pourras m’aider à jeter des jalons pour le stage : ce sera ça de moins que j’aurai à faire !

- Ben voyons… Et mes étudiants ?

- Tu t’en occuperas en même temps ! Tu sauras bien faire ça non ?

- Tu pars quand ?

- Sur le champ. Surtout si tu dois être rentré pour 21 h 00.

- Disons plutôt 19 h 30, le temps de me changer et d’aller à l’université. Tu crois que c’est jouable ?

- Evidemment, pour qui tu me prends ? Et puis plus tôt on rentrera, plus tôt je pourrai me remettre sur mon vrai travail.

- Non… Parce que Larry tient absolument à ce que j’assiste à son colloque et je ne veux pas le décevoir.

- Ecoute Charlie, c’est toi qui sais. Si tu as peur qu’on rentre trop tard, reste-là. C’est toi qui a demandé à venir je te signale !

- Oui…

Le mathématicien resta un instant indécis, déchiré entre sa crainte de faire faux bond à son ami et son envie irrépressible d’accompagner son frère. Il leur était si peu souvent donné de pouvoir passer du temps rien que tous les deux, sans avoir à parler du boulot de l’un ou de l’autre ! Ce serait l’occasion d’une vraie virée fraternelle…

- Non, je viens ! décida-t-il.

- Alors en route.

- Hors de question que vous partiez comme ça ! s’interposa Alan.

- Comment ça ?

- D’abord vous allez me faire le plaisir de manger.

- Papa, on n’a pas le temps.

- Je vous prépare des sandwiches. Et puis de toute façon, vous devez emporter un vêtement chaud.

- Arrête, il fait plus de vingt degrés ! protesta Don.

- Vingt degrés ici, à Los Angeles, à presque midi. Ca veut dire que là haut il ne doit pas faire plus de douze degrés. Je vous rappelle qu’on n’est qu’en avril ! Je n’ai pas envie de vous récupérer tous les deux avec une bonne bronchite, alors vous allez me faire le plaisir d’aller chercher un lainage pendant que je vous prépare de quoi manger. Et ce n’est pas négociable ! finit-il en élevant la voix, clouant le bec à son aîné qui semblait vouloir intervenir.

Don soupira en souriant intérieurement : leur père ne changerait jamais ! A le voir, on aurait pu croire que Charlie et lui étaient encore des gamins incapables de s’occuper d’eux. Mais son père n’avait pas tort : il était vrai que la température dans le parc national était sensiblement plus fraîche qu’à L.A. Bien sûr il avait un blouson dans la voiture, mais un pull ne serait sans doute pas de trop, surtout s’ils rentraient en soirée.

Les deux frères s’empressèrent donc de filer dans leurs chambres, Don ayant toujours quelques vêtements propres dans son ancien repère que Charlie avait refusé obstinément de transformer jusqu'à ce moment, comme si, quelque part, cette chambre lui permettait de garder un lien avec son grand frère. Ils redescendirent très vite et se dirigèrent vers la cuisine où Alan préparait en hâte deux énormes sandwiches à la vue desquels Don sentit soudain son estomac tressaillir d’aise. Finalement, là encore, son père avait une excellente idée.

Il était un peu moins de midi quand, dûment munis d’un sac dans lequel leur père avait entassé trois sandwiches par personne, des biscuits, des fruits, quelques bières, deux bouteilles d’eau et un grand thermos de café, sans se préoccuper des protestations de ses fils qui lui assurèrent à plusieurs reprises ne pas partir en expédition pour deux jours, Don et Charlie prirent place dans le SUV du premier.

Le mathématicien arborait un sourire ravi : il n’arrivait pas encore totalement à croire que son frère avait accepté si facilement de l’emmener avec lui, comme s’il n’avait pas encore intégré leurs nouveaux rapports, pas encore perçu le plaisir manifeste qu’avait son aîné à passer désormais du temps auprès de lui. Conscient des pensées qui agitaient son cadet, Don lui décocha un de ces sourires pour lesquels sont petit frère se serait jeté au feu :

- Prêt frangin ?

- Prêt !

- Alors en route pour l’aventure.

Il démarra en douceur, faisant un dernier signe à son père resté debout sur le seuil, un grand sourire aux lèvres. Il ignorait à quel point sa dernière phrase allait être prémonitoire.

(à suivre)


Cissy  (11.02.2012 à 23:24)

Chapitre 2 : Déluge

 

Avril 2006 – 16 h 30 : Big Bear Mountain

- Bon et bien je crois qu’il ne nous reste plus qu’à vous remercier shérif et à prendre congé. Nous nous reverrons le mois prochain.

Don tendit sa main à l’homme qui les avait accueillis en début d’après-midi et avait été d’une obligeance remarquable. Du coup, tant lui que Charlie avaient pu préparer leurs stages respectifs de manière très précise et finalement l’agent du F.B.I. était ravi de son équipée en compagnie de son jeune frère. Non seulement il avait réussi à établir des rapports très cordiaux avec le shérif, qui s’était effectivement montré fort satisfait de voir venir à lui le chef de la section des crimes violents en personne et non un agent lambda, mais en plus il pensait avoir tracé les grandes lignes d’un stage de survie de haut niveau, sans être dangereux, qui ravirait vraisemblablement son supérieur. Bien que n’étant pas carriériste, Don ne dédaignait pas toutefois de marquer des points auprès de sa hiérarchie : cela pouvait toujours servir tôt ou tard. Par exemple lorsque votre petit frère se laissait emporter par ses convictions et violait des lois fédérales…

Le seul hic était la pluie qui s’était mise à tomber une heure plus tôt, les obligeant à s’arrêter dans un relais de chasse en attendant que l’averse se calme. Malheureusement, cela ne semblait pas vouloir s’apaiser et il était près de seize heures trente. Charlie commençait à donner quelques signes d’impatience. Avec la pluie, ils risquaient de mettre plus de deux heures à rentrer et il n’oubliait pas que la conférence de Larry commençait à 21 h 00.

- Don…, commença-t-il, il faudrait envisager de renter, tu sais que…

Son frère le coupa d’un geste un peu agacé : c’était la troisième fois en moins d’une demi-heure que le mathématicien s’inquiétait du départ.

- Je sais Charlie… Tu as raison, on va y aller.

- Quoi ? Maintenant ? s’interposa le shérif. Ce ne serait pas prudent. Vous feriez mieux d’attendre la fin de l’averse.

- Mais elle semble vouloir durer, objecta Don. Et il se trouve que mon frère a, dans la soirée, un rendez-vous qu’il ne peut pas remettre. Pour ma part, je dois rendre compte à mon directeur de l’avancée de quelques-uns des dossiers en cours, sans compter qu’il va vouloir savoir si nous avons trouvé l’endroit idéal pour nos stagiaires…

- Les chemins que nous avons pris pour venir jusqu’ici risquent d’être rendus dangereux par la pluie, s’inquiéta le shérif. Ce ne serait pas prudent de partir tout de suite !

- Vous croyez ? questionna Don, déjà à demi convaincu.

- J’en suis sûr. Vue la violence de l’averse, certains chemins vont se transformer en torrents de boue et si vous partez en glissade il ne vous faudra pas longtemps pour tomber dans un précipice. Vous devriez vraiment attendre la fin de la pluie.

- Mais ça peut prendre des heures ! contra Charlie. Ca fait déjà plus d’une heure que nous sommes coincés là et ça n’a pas l’air de s’arranger. Logiquement, il serait moins dangereux de partir maintenant que plus tard non ? Parce que plus nous attendons, plus les chemins risquent de se détremper.

- Ce n’est pas faux, admit le shérif, cependant…

- Don ! l’interrompit Charlie en se tournant vers son aîné, j’ai promis à Larry… Je n’ai pas le droit de lui faire faux bond.

- Je ne sais pas Charlie, objecta son frère indécis. Si le shérif pense que c’est dangereux…

- Mais tu as un quatre-quatre ! Et tu conduis plutôt bien non ? Si nous patientons encore, il faudra ensuite attendre que les chemins sèchent avant de pouvoir reprendre la route. Je croyais que tu avais du boulot !

- C’est le cas Charlie, mais je ne vais pas nous mettre en danger pour de la paperasse figure-toi.

- S’il te plaît, Don…

L’agent du F.B.I. regarda longuement son jeune frère, partagé entre la raison qui lui soufflait d’écouter le natif des lieux et l’affection qu’il portait à son cadet qu’il n’avait pas envie de décevoir. Si finalement il décidait de rester là, nul doute que Charlie allait lui faire la tête durant des jours. Après tout, si c’était le prix à payer pour leur sauvegarde, il était prêt à le payer, mais cela était-il indispensable ?

- Qu’en pensez-vous shérif ? Les chemins risquent-ils d’être vraiment impraticables ?

- Et bien, il a fait plutôt sec ces jours-ci donc, peut-être qu’il est encore temps de passer. Si vous descendez par…

Déjà le policier étendait une carte devant lui et traçait un chemin du bout du doigt tandis que Don se penchait pour suivre ses indications. Charlie, quant à lui, piaffait d’impatience : il lui semblait qu’ils n’allaient jamais repartir et il s’inquiétait de voir l’heure avancer sans qu’ils aient levé le camp.

- … par contre soyez prudents !

- Mais c’est faisable ?

- Oui, bien sûr. D’ailleurs je vais moi aussi rentrer à Big Bear. Il faut juste que vous rouliez lentement parce que, votre frère a raison, si nous restons là, c’est un coup à être coincés jusqu’à demain matin.

- D’accord, alors on y va, décida Don, arrachant un profond soupir de soulagement à son cadet.

Cinq minutes plus tard, les deux hommes reprenaient la route à vitesse très réduite, la visibilité étant réduite par les paquets d’eau qui s’abattaient sur le pare-brise.

 

*****


Cissy  (13.02.2012 à 23:38)

- Don…

Seul un grognement lui répondit et le mathématicien se rencogna sur son siège, se plongeant à nouveau dans le silence qui régnait dans l’habitacle depuis leur départ quarante minutes plus tôt. Les tentatives de conversation de Charlie s’étaient toutes heurtées à un mur de silence et il avait fini par abandonner la partie.

Il se demandait si son frère lui en voulait de lui avoir ainsi forcé la main : il est vrai que de l’extérieur, la situation semblait nettement plus dangereuse que lorsqu’ils étaient à l’abri dans le petit chalet. Des trombes d’eau s’abattaient sur le pare-brise, réduisant excessivement la visibilité : les phares n’éclairaient pas à plus de trois mètres et Don était concentré sur sa conduite, ne quittant pas la route des yeux. Si on pouvait appeler ça une route : de minute en minute elle se transformait en chemin que la boue dévalait, rendant l’adhérence au sol fort aléatoire.

C’était peut-être cette concentration qui expliquait le silence de Don, conclut Charlie à cette étape de son raisonnement, plutôt qu’une quelconque rancoeur à son endroit. D’ailleurs il n’avait pas de raison de lui en vouloir : bien sûr il avait insisté pour qu’ils prennent la route, et lourdement insisté, mais Don avait toujours su lui tenir tête, quels que soient ses désirs, quand il pensait  qu’il était dans son droit ou, tout simplement, quand ça l’arrangeait.

Il se souvenait de cette journée, lorsqu’il avait une dizaine d’année : il voulait à toute force aller visiter une exposition itinérante qui se tenait dans la journée dans une salle paroissiale de leur quartier. Elle avait pour objet l’usage des mathématiques dans la vie quotidienne et cela le passionnait. Don, quant à lui, avait prévu de sortir avec une bande d’amis et d’aller au terrain de base-ball lancer quelques balles. Alan et Margaret travaillaient tous les deux et les garçons étaient seuls à la maison. Et Charlie avait eu beau prier et supplier, son frère n’avait nullement l’intention de renoncer à ses projets pour emmener son cadet à une expo « prise de tête » comme il le lui annonça sans ambages. Pire, plutôt que de le laisser seul à la maison, il décida de le traîner avec lui au terrain pour s’assurer que, têtu comme il l’était, son petit frère ne s’avise pas d’aller seul à son exposition, ce qui l’aurait assuré, lui, d’une semonce en règle de la part de ses parents quant aux devoirs qui lui incombaient en tant que frère aîné, du genre : éviter que le petit génie ne déambule seul dans une ville dangereuse…. S’il devait être tout à fait honnête, Charlie devait s’avouer que l’après-midi avait été plutôt amusant. Les cinq adolescents ne l’avaient pas du tout laissé de côté mais au contraire avaient fait en sorte de le mettre à l’aise et il avait éprouvé beaucoup de plaisir à établir des équations pour leur permettre d’améliorer certains de leurs lancées, se sentant très fier de les laisser surpris à chaque fois de l’exactitude de ses suggestions. Le regard plein de fierté de son frère sur lui, ce genre de regard qui veut dire « Vous voyez, ça c’est MON petit frère ! » lui était aussi allé droit au cœur.

Mais avec la mauvaise foi qui peut caractériser un enfant déçu, il n’avait eu de cesse de se plaindre auprès de ses parents le soir même de l’attitude et de l’égoïsme démesuré de son aîné qui, bien qu’ayant l’opportunité d’aller jouer au base-ball avec ses amis tous les jours, l’avait privé d’une exposition qui ne durait qu’une journée. Dans un premier temps, les reproches qu’avait adressés Alan à Don avaient réchauffé le cœur de l’affreux petit tyran qu’il était alors sans même s’en apercevoir. Puis la peine qu’il avait lue dans les yeux de celui-ci lorsque sa mère, sans se joindre aux reproches, avait posé un regard déçu sur lui, l’avait atteint en plein cœur : il venait de faire souffrir son frère. Il aurait alors tout donné pour se racheter mais le mal était fait : sans même chercher à se défendre, Don était monté dans sa chambre pour y abriter son chagrin et il n’avait pas entendu son cadet tenter de faire comprendre à ses parents qu’il avait peut-être un peu exagéré sa déception parce que l’après-midi avait été plutôt agréable tout compte fait, les grands s’étant bien plus préoccupés de lui qu’ils ne le faisaient d’ordinaire.

Seulement ni Alan ni Margaret ne semblèrent croire ses déclarations,  pensant peut-être qu’il cherchait simplement à atténuer leur ressentiment envers son frère. Ils savaient pertinemment que Charlie détestait voir Don malheureux, quand bien même il l’aurait mérité. Le lendemain, ils l’avaient emmené à la même exposition qui se tenait à l’autre bout de la ville mais Charlie n’en avait pas tiré toute la satisfaction qu’il en attendait : son attitude plutôt injuste envers son frère lui restait en travers de la gorge. Le matin même celui-ci était parti sans même lui adresser la parole, sans lui proposer de l’emmener comme ils en avaient vaguement parlé la veille avec ses amis. Et plus jamais il n’avait eu l’occasion de partager ainsi un après-midi avec son grand-frère, en tout cas avant longtemps…

 

*****


Cissy  (13.02.2012 à 23:39)

Charlie revint au présent et jeta un regard affectueux à son aîné, tendu, le regard rivé sur la route, totalement concentré sur sa conduite. Certes il ne pourrait pas l’obliger à faire ce qu’il ne souhaitait pas, quoi qu’il puisse dire ou faire… sauf que l’affection qu’il était sûr maintenant que son frère lui portait, pouvait sans doute conduire celui-ci à aller contre sa volonté ou son intuition simplement pour lui faire plaisir. Mais jusqu’à un certain point seulement… corrigea-t-il avec un sourire qui se crispa très vite tandis qu’il sentait la voiture glisser vers la droite. Sans s’énerver, Don braqua dans le sens de la glissade et très vite le véhicule se retrouva dans l’axe de ce qu’on pouvait voir du chemin boueux.

Charlie ouvrit la bouche pour dire à son frère qu’il était désolé de lui avoir ainsi forcé la main, qu’il aurait dû l’écouter et attendre la fin de l’averse, quitte à manquer la conférence de Larry. Après tout, ce dernier aurait compris et vraisemblablement aurait préféré les savoir entiers dans un abri plutôt que de risquer leur vie sur des routes détrempées pour son seul bénéfice.

Risquer leur vie… la prise de conscience qu’ils pouvaient être en danger le heurta de plein fouet. Un regard au visage tendu de son frère lui fit comprendre que celui-ci était inquiet, se reprochait d’avoir cédé. Il se rendit compte soudain de son inconséquence et de son égoïsme. Lorsqu’ils arriveraient à Los Angeles, Don risquait d’être totalement épuisé. S’ils y arrivaient…

Il chassa au loin cette pensée importune : Don était un excellent conducteur, avec lui au volant ils ne couraient aucun risque. A nouveau il ouvrit la bouche pour tenter de savoir ce que son frère ressentait, à nouveau il la ferma, ne voulant pas le distraire. Il tenta d’allumer la radio mais n’obtint que des grésillements : évidemment, rien ne passait ! Il tourna le bouton et, avec  un soupir de lassitude, s’adossa à nouveau à son siège.

- T’inquiète Charlie, ça va aller, dit alors Don sans lui jeter un regard.

- Je sais, se contenta-t-il de répondre, reconnaissant à son aîné de s’être rendu compte de son malaise et de prendre le temps de le réconforter ainsi.

Puis ils replongèrent dans le silence.

(à suivre)


Cissy  (13.02.2012 à 23:40)

Chapitre 3 : X-Files

 

Avril 2006 – 17 h 20  : Big Bear Montain

Charlie s’en voulait : il aurait dû savoir que Don ne prenait pas ses décisions à la légère. Soudain lui revenait en mémoire l’adage : mieux vaut arriver en retard que de ne pas arriver…

Mais évidemment, comme d’habitude, il n’en avait fait qu’à sa tête !!! Seulement il avait entraîné son frère avec lui…

Quand est-ce qu’il grandirait, se rendrait compte que Don était capable de beaucoup pour lui ? Il avait commencé par céder à son caprice de l’accompagner, et tout ce qu’il faisait pour le remercier, c’était l’obliger à prendre la route dans ces conditions dangereuses. Lorsqu’ils arriveraient Don serait littéralement épuisé !  S’il n’était pas venu, il aurait simplement attendu que la pluie s’arrête, quitte à repartir le lendemain…

Tout ça pour avoir voulu passer un peu de temps avec lui, comme avant, lorsque Don était ado et lui encore un gosse….

Soudain, oublieux des conditions climatiques, Charlie plongea dans ses souvenirs :

 

*****


Cissy  (16.02.2012 à 19:04)

Flashback

 (par Angelgym34)

 Juin 1987 : Pasadena

Des instants comme celui là durant notre jeunesse se sont fait extrêmement rares. Pourtant Dieu sait que j'aime passer du temps avec mon frère même s'il a tous ses amis. Mais ça, c'est notre petit rituel depuis que cette série est diffusée sur nos téléviseurs dans notre pays. Chaque jeudi soir, nous nous retrouvons dans le salon afin de la suivre. C'est également le soir que nos parents choisissent pour sortir en amoureux et nous laisser le salon. Ils savent que Don et moi ne passons pas beaucoup de temps ensemble à cause de nos trop nombreuses différences alors le fait que nous appréciions tous les deux une même série les encourage à nous laisser seuls ces soirs là.

Mon adolescence n’a pas été facile à cause de tout ce que je traversais en dehors de la maison et même parfois dans notre foyer lui-même. Il y eut beaucoup de moments que j'ai détesté durant cette période mais pas ces soirées en compagnie de mon grand frère. L'adolescence n'est déjà pas simple d'ordinaire mais dans mon cas, c'était presque l'enfer.  J'ai cinq ans de moins que mon frère et nous étions tous les deux dans la même classe. Je pouvais comprendre que pour Don, ce n'était pas évident non plus d'avoir son jeune frère avec lui d'autant que j'étais largement plus intelligent que toute la classe. Pourtant, il m'en voulait alors que je n'y pouvais rien si mes capacités en mathématiques étaient si poussées.

Je n'ai pas regardé cette série dès le début car je ne suis pas trop série fantastique avec des instants qui font peur. Je préférais regarder les émissions scientifiques, mais en général Don changeait de chaine afin de mettre ses séries ou les matchs de baseball. J'avais tellement envie de passer du temps avec lui que je ne disais rien et que je me contentais de rester dans la même pièce à regarder ce qu'il aimait, même si aucune discussion et aucun regard n'était échangé.

J'avais l'impression d'être un monstre aux yeux de mon frère et il faisait tout pour m'éviter. Il passait tout son temps avec mon père et ses amis. Maman était beaucoup présente pour moi mais je voulais autre chose. J'aurais donné n'importe quoi pour être un enfant normal et être comme Don. Il était si courageux et obstiné alors que moi, j'avais peur de tout et n'osais rien faire sans l'approbation de mes parents ou même de Don.

Mais ce soir là était différent, je savais que je ne l'aimerais pas mais je ne comprenais pas pourquoi Don avait décidé qu'il en serait autrement que d'habitude. Don avait invité trois copains à lui pour regarder NOTRE série. J'étais furieux. C'était le seul moment qu'on avait tous les deux et il avait invité des copains à lui. Et par-dessus tout, ceux que je n'aimais pas du tout. A croire qu'il le faisait exprès. J'ai donc fait comme si de rien n'était ce soir là mais j'avais l'intension de regarder tout de même la série car je l'aimais beaucoup même si elle faisait peur par moment. Je suis descendu et suis allé m'installer à la table de la salle à manger avec un cahier et un livre sous le bras. Je sentais le regard de mon frère se poser sur moi mais je n'ai pas cherché à le rencontrer.

De la place que j'avais choisie, je pouvais facilement voir la télévision. Don avait cessé de porter son attention sur moi pour se tourner vers les images qui défilaient à l'écran sur la publicité mais je sentais les trois autres regards se poser sur moi. Je me tournai alors vers eux en les fusillant des yeux. Déjà que je ne les aimais pas, là, je les détestais d'avoir gâché ma soirée avec mon frère. Il s'agissait de Jake, Mike et Brad. J'ouvrais mon cahier ainsi que mon livre pour commencer à travailler lorsque je sentis quelqu'un se pencher au-dessus de mon épaule. Rien qu'à l'odeur de son eau de toilette, je sus de qui il s'agissait. Mes membres se crispèrent. Habituellement, il aimait passer son temps à m'ennuyer lorsque nous étions seuls. Avec Don et ses amis à côté, il ne tenterait rien. Enfin, c'est ce que j'espérais de tout mon cœur en tout cas.

- Alors Eppes Junior ! Tu n'regardes pas la série avec nous ? dit Jake l'air enjoué en s'amusant avec les feuilles de mon cahier.

- J'ai du travail ! lui dis-je en tentant de cacher la peur qu'il me procurait.

- T'as la frousse en fait ! me dit Jake avec un large sourire sur les lèvres.

- Pourquoi aurai-je la frousse d'une série télévisée ? lui demandai-je, curieux.

- Tu n'connais pas X-files ? me lança-t-il, haussant les sourcils, stupéfait.

- Si ! Mais je ne la suis pas à chaque fois ! lui répondis-je en regardant mon frère qui ne s'était pas tourné, puis je repris mon livre de mathématiques appliquées

- Ca va Jake ! Fous-lui la paix et viens t'asseoir ! Ca va commencer ! intervint alors Don sans se retourner.

- J'arrive… mais ton frère va venir regarder au moins un épisode ! lança Jake en m'attrapant par le poignet pour me tirer vers le canapé.

C'est ainsi que je me retrouvais assis sur le canapé entre Jake et Don. J'avais relevé mes jambes que j'avais enroulées de mes bras, puis posé ma tête sur mes genoux. Rien que le fait d'être assis à côté de Jake ne m'inspirait pas vraiment confiance. Certaines scènes de la série me faisaient peur mais rien de bien méchant car habituellement, Don lançait une ou deux blagues pour me faire rire et détendre l'atmosphère. En revanche, je savais que cette fois allait être différente car avec ses copains présents, Don ne ferait absolument pas attention à moi et mes craintes lors de certaines scènes. Rien qu'en entendant le générique, je savais que l'épisode du jour allait être très long.

Je ne m'étais pas trompé. L'épisode avait été très long pour moi et je n'avais pas cessé de sursauter sans arrêt. Mais grâce à cet épisode, il était sûr que plus jamais je ne me regarderais les photographies de la même manière Et dire que les photos prises montraient les personnes effrayées et qu’elles mouraient quelques jours plus tard ! Ce Mulder avait été très courageux en allant sauver sa collègue Scully. Comment pouvaient-ils passer leur temps à résoudre des enquêtes de la sorte alors que, dès que je regardais cette série, je tremblais de partout et avait une irrésistible envie de faire pipi ? L'épisode était maintenant terminé. Don avait quitté la pièce pour se rendre dans la cuisine. C'est à ce moment là que je sentis la main de Jake passer derrière moi puis m'attirer contre lui en riant aux éclats.

- Alors Eppes junior ! T'as pas trop eu la trouille ? Je suis sur que tu as fait pipi dans ta culotte ! me lança Jake un large sourire sur les lèvres.

Je préférai ne rien dire et garder le silence jusqu'au retour de Don où je pourrais prendre la fuite et quitter cette pièce. Mais le destin semblait s'acharner sur moi car Don  ne revenait toujours pas. Qu'est-ce qu'il faisait ? Etait-il de mèche avec lui ?

- Je t'ai vu sursauter  dès qu'il y avait des cris, dès qu’on voyait les visages effrayés des victimes avant leur mort. Le pire était lorsque Scully a disparu. Et je ne parle pas du moment où Mulder a fracassé la porte pour entrer dans le van et sauver la meuf ! J'ai cru que tu allais te mettre à pleurer ! continua de se moquer Jake.

Je profitai de l'instant où il se mit à rire avec Brad et Mike pour tenter de m'enfuir et monter dans ma chambre ou m'enfermer dans le garage mais il avait dû le sentir car il me rattrapa par le poignet.

- Lâche-moi ! lui dis-je en le fusillant du regard.

- Jamais de la vie Charlie ! Je n’ai pas fini de m'amuser avec toi ! lança Jake en resserrant d'avantage sa poigne.

- Lâche-moi ! Tu m'fais mal ! lui criai-je presque dessus en grimaçant de douleur.

- Jake ! Fous-lui la paix ! intervint Don en revenant dans la pièce.

Je levai la tête dans sa direction pour le voir chargé d'un bol de pop-corn et furieux contre son ami. Lorsque Jake lâcha mon poignet, je ne perdis pas une seconde supplémentaire. J'attrapai mon cahier et mon livre puis me dirigeai vers le garage sous les regards de Don et ses amis.

Une fois dans le garage, j'allumai la lumière et me dirigeai vers le petit bureau dans le coin. Papa avait aménagé l'endroit où d'un côté se trouvaient les affaires de Don, et de l'autre se trouvaient les miennes. Je tentai de me concentrer sur mon exercice mais le fait de savoir cet abruti dans ma maison m'empêchait d'avancer. Je regardai alors par la fenêtre avec l'espoir de voir mes parents rentrer. Au moins, cette soirée se terminerait. J'étais tellement dans mes pensées que lorsque la lumière du garage s'éteignit, je ne m'en aperçus même pas. C'est la voix qui suivit qui me tira de mes pensées. Et cette voix, je l'avais reconnue : il n'en avait pas encore terminé avec moi.

- Tu es le prochain Charlie ! C'est ta faute ! Tu vas mourir ! lança la voix de Jake en étouffant un rire.

Je compris qu'il voulait s'amuser avec mes nerfs. Quel imbécile ! Je le supportais de moins en moins. Vivement qu'il rentre chez lui.

- Et tu trouves ça drôle Jake ? lui demandai-je, tentant de garder mon calme.

- Ouais ! Même hilarant ! dit-il en explosant enfin de rire.

La lumière se ralluma enfin et je vis Don derrière lui. Mais je n'eus pas l'impression qu'il y était dès le début. On aurait plutôt dit qu'il venait d'arriver et qu'il coupait le jeu de son ami au vu de la tête de Jake.

- Don ! Qu'est-ce que tu fous ? J'étais en train de m'amuser avec Charlie ! lui dit Jake en se frottant l'arrière de la tête.

- C'est bon Jake ! Lâche-lui les baskets et rentre chez toi ! La série est terminée maintenant ! lui dit Don en ne le quittant pas des yeux.

- Comme tu veux ! On s'revoit la semaine prochaine pour un nouvel épisode ! lui dit Jake en s'approchant de lui pour aller vers la sortie.

- N'y compte pas trop Jake ! La semaine prochaine, je fais comme d'habitude, je regarderai X-files tranquillement dans mon salon avec Charlie ! lui répondit Don en me regardant droit dans les yeux.

Il avait l'air désolé pour ce soir. Je n'étais pas prêt à lui pardonner. En tout cas pas ce soir là.

Fin du flasback


Cissy  (16.02.2012 à 19:05)

Chapitre 4 : En équilibre

 

Avril 2006- 17 h 30  : Big Beart Montain

Mais bien sûr il avait pardonné, parce qu’il ne pouvait pas rester longtemps fâché contre son frère, mais aussi parce qu’avec le recul il avait comprit que celui-ci, ce soir-là, l’avait choisi plutôt que ses copains… Et en effet, plus jamais il n’avait invité ceux-ci pour visionner LEUR série…

Don… Combien de fois avait-il cédé pour lui, s’était-il sacrifié ? Et encore cette fois-ci…

- Don…

- Quoi ?

La voix de son frère était tendue, il restait concentré sur la route…

- Rien… Juste… On est bien tous les deux…

Don tourna la tête vers lui, une fraction de seconde, l’air totalement  abasourdi par cette réflexion incongrue dans ces circonstances. Puis il reporta son attention sur la route qui devenait de plus en plus glissante alors que les trombes d’eau s’abattaient de plus belle sur eux :

- Tu sais quoi Charlie ? dit-il au bout de quelques instants…

- Non…

- Tu es complètement cinglé vieux mais…

- Mais… ?

Charlie ne sut jamais ce que Don voulait dire, car tout bascula alors.

Une masse sombre apparut dans le faisceau des phares et Don freina pour éviter le cerf qui venait ainsi de se jeter sur sa trajectoire. Sur route sèche, cela n’aurait eu aucune conséquence, mais sur la patinoire qu’était devenu le chemin qu’ils empruntaient, et malgré toute l’habileté du conducteur, le lourd véhicule se mit à glisser irrémédiablement vers la pente.

- Accroche-toi Charlie !

Ce fut tout ce qu’entendit le mathématicien avant que le monde ne se renverse dans un fracas effrayant alors que les objets se mettaient à voler dans l’habitacle. S’il n’avait pas été aussi effrayé, Charlie n’aurait pas manqué de signaler que la voiture ne roula que trois fois sur elle-même durant quelques minuscules secondes. Mais, pour les deux hommes piégés dans le véhicule, cela sembla une éternité.

Pourtant le mouvement cessa bientôt : seul subsistait un léger balancement tandis que toute la carrosserie grinçait lugubrement, comme si elle pressentait sa fin prochaine.


Cissy  (20.02.2012 à 19:51)

Charlie ouvrit précautionneusement les yeux, étonné d’être encore en un seul morceau et de ne ressentir aucune douleur particulière, si ce n’est à la poitrine, vraisemblablement causée par la ceinture de sécurité. Mais celle-ci lui ayant, selon toute probabilité, sauvé la vie, il n’allait pas se plaindre s’il arborait un bel hématome durant quelques jours.

- Charlie… Tu vas bien ?

Le professeur tourna les yeux vers son frère se maudissant de l’avoir oublié pendant la poignée de secondes où il avait rassemblé ses idées.

- Oui… ça va… Et toi ?

- Ca va, t’inquiète. On a eu du pot sur ce coup-là mon pote !

- On a surtout eu la chance que tu sois au volant.

- Humm… Pas aussi sûr que toi…

Quelque chose dans la voix de son frère l’alerta et il se focalisa sur lui, se tournant  plus franchement pour mieux le voir malgré la pluie qui entrait dans l’habitacle. C’est alors seulement qu’il s’aperçut que le pare-brise n’était plus là et que rien ne les protégeait des intempéries. Mais cela semblait secondaire.

- Don… Tu es sûr que tu vas bien ?

- Oui… Je me suis juste cogné la main sur le volant… Ca va aller…

Préoccupé, Charlie jeta un coup d’œil sur le bras que son frère tenait serré contre sa poitrine et il tressaillit à la vision du poignet déformé et déjà gonflé qu’il n’avait pas remarqué  jusque là.

- Oh Don ! Il faut te faire soigner tout de suite !

- Il faut d’abord sortir de là frangin…

Charlie détacha sa ceinture et se pencha vers son frère pour examiner le membre blessé de plus près. Le mouvement qu’il fit engendra un léger glissement tandis que le gémissement lugubre de la carrosserie s’intensifiait.

- Ne bouge pas !

L’ordre le cloua sur place et il se rencogna sur son siège en cherchant à comprendre ce qui se passait.

- Charlie… Tu vas sortir doucement de la voiture, sans faire de geste brusque.

La tension dans la voix de Don fit comprendre au mathématicien que celui-ci avait vu quelque chose que lui-même n’avait pas remarqué.

- Que se passe-t-il ? interrogea-t-il.

- Ne discute pas Charlie, sors de cette voiture !

Plutôt que d’obéir, le professeur se focalisa sur leur entourage. C’est seulement à ce moment qu’il se rendit compte de leur position précaire : ils avaient dévalé une partie de la pente et était arrêtés, par miracle, sur un surplomb étroit. L’arrière de la voiture se balançait dangereusement dans le vide tandis que l’avant donnait sur la pente raide menant à la route qu’ils suivaient quelques instants plus tôt. Il étudia rapidement les possibilités et se rendit compte qu’il pouvait vraisemblablement ouvrir sa porte et se glisser sur la petite plate-forme, entre la paroi du rocher et la pente qu’ils venaient de dévaler.  Il n’avait pas besoin de regarder vers Don pour savoir que celui-ci était du côté du vide et qu’il ne pourrait donc pas faire la même chose.

- Don… Si je sors de cette voiture elle pourrait être déséquilibrée et…

- Charlie ! Arrête de perdre du temps ! Il ne faut pas être grand mathématicien pour comprendre qu’on risque de basculer d’un moment à l’autre et que la chute sera raide ! Je ne peux pas sortir de mon côté, tu dois donc y aller en premier, je te suivrai !

- Il vaudrait mieux que tu sortes d’abord ! Ce serait beaucoup plus logique ! Ca allègerait la voiture du côté critique…

- Je ne peux pas Charlie ! Avec mon bras, je risque d’être maladroit et de faire un faux mouvement en te passant par-dessus ! D’ailleurs, il faudrait déjà que j’arrive à atteindre ma ceinture…

- Ca, je peux le faire…

Avant que son aîné ne puisse protester davantage, Charlie, en mesurant chacun de ses gestes, se pencha vers le mécanisme qui retenait son frère cloué à son siège et il l’actionna, libérant ainsi Don qui gémit malgré lui lorsque la boucle de la ceinture vint heurter au passage son bras blessé. Charlie comprit alors que, fidèle à son habitude, Don lui cachait sa souffrance, parce que ce gémissement était le signe qu’il avait mal bien plus qu’il ne l’admettait. Il retint cependant ses réflexions, sachant que le moment était mal choisi : il serait toujours temps de s’occuper de l’agent lorsqu’ils  seraient tous les deux en sécurité sur la corniche.


Cissy  (20.02.2012 à 19:52)

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