HypnoFanfics

L'accident

Série : Numb3rs
Création : 11.02.2012 à 23h19
Auteur : Cissy 
Statut : Terminée

« Don et Charlie sont victimes d'un accident de voiture qui va faire remonter bien des souvenirs. » Cissy 

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Chapitre 32 : Série noire pour une nuit blanche (partie 1)

Avril 2006 – 9 h 27 : Big bear Montain

Soudain Charlie sentit le poids du corps de son frère peser plus lourd sur lui et il se redressa, alarmé :

- Don ! Donnie ! Tu ne dois pas dormir ! Allez, ouvre les yeux ! ordonna-t-il en tapotant les joues blêmes de son aîné.

Celui-ci souleva paresseusement les paupières, grogna, puis un sifflement de douleur lui échappa tandis qu’il tentait de se redresser à son tour :

- Non, ne bouge pas ! commanda le mathématicien.

- Faut savoir ce que tu veux, geignit l’agent.

- Je veux juste que tu ne dormes pas… Mais évite de bouger s’il te plaît.

Le regard inquiet de Charlie descendit jusqu’au bandage de la jambe désormais maculé de sang. Combien de temps encore avant qu’il n’arrive plus à maintenir son frère éveillé ? Combien de temps avant que celui-ci ne glisse dans le coma puis…  Non ! On allait les retrouver avant que cela n’arrive. Ils avaient juste à tenir bon encore un peu ! A l’heure qu’il était on devait les chercher partout et le shérif savait quelle route ils avaient empruntée. Les secours n’allaient plus tarder.

Un gémissement sourd l’arracha à ses pensées moroses et il regarda son frère  qui avait posé sa main valide sur son ventre. Instantanément l’angoisse le saisit :

- Donnie… Qu’est-ce qui se passe ? Tu as mal ?

Un petit rire douloureux répondit à sa question tandis que la voix ironique de son frère rétorquait :

- A ton avis ?

- Excuse-moi. Je voulais dire : est-ce que tu as mal au ventre ?

- Juste un peu… Ce n’est rien… T’inquiète… Je vais m’accrocher.

- Tu as intérêt parce que Finagle a besoin de son papa…

Un nouveau rire qui se termina en geignement qui arracha le cœur du professeur :

- En tout cas on dirait que ça ne marche pas la loi de l’emmerdement maximum.

- Bien sûr que ça a marché. Il me semble que tout s’est arrangé non ?

- Ouais… et j’ai repris le boulot il y a trois jours ! commenta l’aîné d’un ton désabusé.

Charlie ne sut que répondre, se contentant de reprendre son frère contre lui, le sentant frissonner malgré la température douce diffusée par le feu.

- Tout va s’arranger Donnie, se contenta-t-il de promettre à voix basse, voulant à toute force y croire. Il faut juste que tu tiennes bon. Je te rappelle que tu as charge d’âme maintenant, reprit-il plus fort d’une voix qu’il tentait de rendre légère.

- Je sais… et il risque d’avoir besoin d’un baby-sitter pour quelque temps d’ailleurs, grogna Don en tentant de trouver une position la moins douloureuse possible.

- Attends, je vais t’aider, s’empressa aussitôt Charlie. Puis, dès qu’il eut installé son frère au mieux, il continua leur conversation : bah, je suis sûr que papa sera ravi de prendre soin de son « petit fils » durant quelques jours…

- Ben ça vaudrait mieux, parce que je n’ai pas l’intention de payer quelqu’un.

- Père indigne ! Quand je pense aux fortunes qu’ont dépensé les parents pour nous !

- Pour toi oui, tu veux dire, protesta Don. J’ai toujours été capable de prendre soin de moi tout seul figure-toi.

- Plains-toi… Je me souviens que certaines de ces baby-sitters, s’occupaient plus de toi que de moi pourtant, rigola le plus jeune, s’attirant un regard amusé de son aîné.

- Que veux-tu ? C’est ça d’avoir du succès !

- Je soupçonne même certaines de ces filles d’avoir accepté de venir me garder uniquement pour pouvoir te voir toi…, insista Charlie, heureux d’avoir trouvé un sujet de discussion permettant de distraire son frère de sa douleur et de son épuisement.

- Il n’y a pas eu que des filles, répliqua alors Don. Tu te souviens de Brian ?

- Vaguement oui… c’était notre baby-sitter et il est parti du jour au lendemain. Il y a eu une effroyable dispute entre vous, ça je m’en souviens parfaitement par contre.

- Mais, tu sais pourquoi ?

Charlie planta son regard dans celui de son frère, dévoré de douleur :

 - A ce moment-là non, je n’ai pas compris. Mais depuis j’ai ouvert un peu les yeux sur le monde. Je crois savoir oui…

- Et… tu vas bien ? s’inquiéta Don.

Charlie éclata d’un rire un peu contraint. C’était bien de son frère de lui poser cette question alors qu’il était sérieusement blessé selon toute vraisemblance.

- Je vais bien, grâce à toi…

Un silence s’installa que le mathématicien rompit :

- Tu as toujours veillé sur moi Don…

- Et parfois c’est toi qui as veillé sur moi frangin…

- Ah oui… tu as des exemples ?

- Tu te souviens de cette nuit où les parents sont restés coincés à Boston et où Lottie nous avait laissés seuls ?

Charlie sembla fouiller dans sa mémoire et Don poussa un soupir en déclarant :

- Décidément, pour un génie tu n’as pas beaucoup de mémoire…

- Ou peut-être que j’aime juste entendre mon grand frère me raconter des histoires, rétorqua le plus jeune.

Il trouvait surtout incroyablement réconfortant d’entendre la voix de son frère, même si elle était faible et oppressée : tant qu’il parlait c’est qu’il n’allait pas trop mal et que tout espoir n’était pas perdu.

*****


Cissy  (20.06.2012 à 18:00)

Flashback

Mai 1980 : Pasadena

Don regarda son réveil : déjà vingt et une heures trente ! Il était plus que temps qu’il se couche !  Le lendemain, il avait un contrôle d’histoire et il voulait être en forme. Il avait bien l’intention de rapporter une super note pour que ses parents soient fiers de lui pour une fois ! Bon… il finirait son devoir de mathématiques plus tard. De toute façon, il abhorrait les mathématiques ! Quant il pensait que son petit frère semblait avoir de telles dispositions pour cette matière, quelque chose lui échappait.

Justement, au moment où il fermait son cahier, un cri lui parvint de la chambre de Charlie. Il soupira : ce qu’il craignait était en train de se passer. Son cadet était à nouveau la proie d’un de ces cauchemars si fréquents chez lui. Ensuite il allait se réveiller et, fidèle à son habitude dans ce cas, ça allait être une vraie galère pour le rendormir ! Il attendit quelques secondes, priant intérieurement pour que le marmot s’assoupisse de nouveau. Mais il savait déjà que ce serait peine perdue.

De son lit, le gamin criait de plus en plus fort et bientôt Don distingua des larmes dans sa voix : ça il ne pouvait pas le supporter et il se précipita dans la chambre du petit. Il ouvrit la porte et alluma la lumière. Assis sur son lit, Charlie pleurait à fendre l’âme en appelant désespérément sa mère. Don s’empressa :

- Allons Charlie, je suis là, qu’est-ce qu’il y a frangin ?

- Maman… Je… veux… maman…

- Elle n’est pas là !

- Je… veux… maman… !

- Charlie ! Maman n’est pas là. C’est moi qui te garde !

Aïe ! La gaffe ! Lorsqu’il allait s’apercevoir que la baby-sitter était partie, il allait piquer sa crise.

Interloqué par cette déclaration, le marmot cessa soudain ses pleurs et regarda son aîné droit dans les yeux. Des larmes s’accrochaient encore à ses longs cils noirs, ses boucles emmêlées collaient sur son front en sueur et Don réprima une furieuse envie de le prendre dans ses bras.

- C’est toi qui me garde ?

- Hé oui !

- Mais… où est Lottie ?

Intérieurement, Don maudit ses parents et Lottie de l’avoir mis dans cette panade. Alan et Margaret étaient partis la veille à Boston en les confiant à leur baby-sitter habituelle. Ils devaient rentrer ce soir-là aux alentours de vingt et une heures. Vers vingt heures, la jeune fille, prise de violentes nausées, était retournée chez elle, pensant que Don pouvait bien veiller pendant une heure sur son petit frère. D’autant que le gamin dormait déjà.

A peine un quart d’heure après son départ, le téléphone avait sonné. Don avait décroché et entendu la voix de sa mère qui paraissait à la fois stressée et pressée. Avant même que son fils ait eu le temps de la prévenir de ce qui se passait, Margaret lui avait expliqué qu’elle n’avait que deux minutes pour prévenir d’un sérieux contretemps : à la suite d’ils ne savaient trop quel type d’incident, le départ de leur vol était retardé et, au mieux, ils n’arriveraient que le lendemain matin. Elle le chargeait donc d’avertir Lottie qu’elle devait rester avec eux et les déposer en classe le lendemain. Un instant Don avait été tenté de lui expliquer la situation, puis il s’était dit que ça allait inquiéter ses parents alors qu’ils ne pourraient rien faire, retenus à des milliers de kilomètres de là. Malgré tout, son honnêteté naturelle le poussait à avertir sa mère de la situation. Mais alors qu’il ouvrait la bouche pour parler, elle lui avait coupé la parole en lui disant qu’elle devait raccrocher parce que d’autres voyageurs devaient appeler leurs familles. Elle l’avait embrassé en lui demandant d’en faire autant pour son petit frère et la communication s’était interrompue.

Le garçonnet  était resté tout bête : que faire maintenant ? Se trouver tout seul pour toute la nuit était déjà assez impressionnant sans avoir en plus à gérer un petit frère qui faisait des cauchemars une nuit sur deux.

Puis il s’était secoué : il n’était plus un bébé ! Il avait déjà neuf ans, bientôt dix ! Il devait montrer à ses parents qu’il était digne de confiance. Il était donc monté sagement dans sa chambre pour finir ses devoirs. Une petite halte, pour vérifier que son frère dormait tranquillement, et il s’était enfermé dans son domaine. Pour une fois qu’il pouvait dépasser l’heure du couvre-feu, il allait en profiter !

Et voilà : ce qu’il craignait venait de se produire. Réveillé par un de ses cauchemars, Charlie avait découvert qu’ils étaient seuls : il allait lui faire une crise !

- Lottie a dû rentrer chez elle.

- Et papa et maman ?

- Ils vont arriver Charlie.

- Ils ne sont pas là ?

- Non, pas encore. Mais ce n’est pas grave : tu n’es pas bien avec moi ?

- Si mais…

- Tu vas voir, on va bien s’amuser juste tous les deux…

- Oui ?

Le gamin n’avait pas l’air si sûr de ça et Don commençait à voir poindre la peur dans ses yeux. L’empêcher de penser ! Surtout l’empêcher de penser !

- Tu veux que je t’apporte une glace ?

- Tu peux ?

- Ben oui ! Ce soir, c’est nous les rois !

- C’est nous les rois ! répéta Charlie. Alors une glace à la fraise.

- Et une glace à la fraise pour monsieur ! Une ! déclara Don en se dirigeant vers la sortie.

- Tu vas où Donnie ?

- Je vais te chercher ta glace, banane !

- Reste avec moi ! J’ai peur !

- Peur de quoi ?

- Du noir !

- Mais il ne fait pas noir. J’ai tout allumé.

- J’ai peur tout seul.

- Mais tu n’es pas tout seul Charlie, je suis là.

- Pas si tu t’en vas.

- Mais je dois bien sortir pour aller te chercher ta glace.

- C’est pas grave, je veux pas de glace. Reste avec moi.

- Charlie… Je dois aller me coucher.

- J’ai peur.

C’était reparti pour un tour ! Don ne sut jamais comment, au bout de plus d’une heure, il réussit enfin à rassurer son petit frère et à le convaincre de s’allonger. Il fallut encore une bonne demi-heure pour que la respiration du bambin se stabilise et que Don puisse, très doucement, desserrer la main qui le cramponnait. Il quitta alors la pièce et éteignit la lumière derrière lui.

Ouf ! Finalement il ne s’en était pas si mal tiré. Mais il était plus de onze heures et il ne s’était jamais couché si tard une veille d’école : ouille ! ça allait être dur le lendemain ! Et ce contrôle en plus !

Il rentra dans sa chambre et entreprit de se déshabiller. Il venait de fermer sa veste de pyjama quand il entendit soudain son frère geindre à nouveau. Mais qu’est-ce qu’il avait fait pour mériter ça ? Il retourna dans la chambre :

- Quoi ? Qu’est-ce que tu veux Charlie ?

- J’ai soif !

- Mais tu sais bien que tu ne dois pas boire le soir, sinon…

- Oui, mais j’ai soif !

Et à nouveau les grands yeux bruns se remplirent de larmes. Le moyen de résister à ça quand on est un grand frère qui, malgré tous ses défauts, adore son cadet ? Don céda :

- Seulement si je dois t’apporter à boire, je dois quitter la chambre…

- Oui. Mais vite alors.

- Oui, vite.

- Et tu laisses les lumières allumées.

- Bien sûr.


Cissy  (20.06.2012 à 18:01)

Il alla chercher un grand verre d’eau que le gamin absorba rapidement. Ce n’était pas du chiqué : il avait vraiment soif. Il jeta un regard reconnaissant à son frère et lui sourit.

- Bon, maintenant dodo Charlie, il est tard.

- Bonne nuit Donnie.

- Bonne nuit vilain petit singe !

Charlie lui fit une énorme grimace avant d’éclater de ce rire si clair dont Don raffolait. Sur le seuil de la porte, celui-ci se retourna une dernière fois et éteignit la lumière. Puis il regagna sa chambre, et se glissa dans les draps.

- Donnie… !! Donnie… !!!

Il était maudit ! Il sortit du lit : lumière, porte, lumière :

- Quoi Charlie ?

- Pipi !

- Ah non ! Tu exagères ! Tu es assez grand pour y aller tout seul Charlie, flûte !

- Il fait noir…

- Mais j’ai tout allumé.

- J’ai peur…

Comprenant que toute discussion ne ferait que retarder encore plus le temps béni de retrouver son lit, Don aida donc son frère à sortir du sien et l’accompagna dans la salle de bain. N’empêche que Charlie exagérait ! A presque cinq ans, cela faisait longtemps que lui allait aux toilettes tout seul. Et dire qu’on disait que c’était un génie ! Il était beau le génie !

- Bon, maintenant au lit ! Et tu dors Charlie ! J’ai sommeil moi !

- Moi aussi !

- Très bien, alors au lit !

- Bonne nuit Donnie !

- Oui bonne nuit Charlie.

Lumière, porte et…

- DONNIE !!!

Porte, lumière

- Quoi ?

- Un bisou.

- QUOI ?

- Tu ne m’as pas fait un bisou !

- CHARLIE !!!

Une moue, des yeux qui se remplissent de larmes, des lèvres qui tremblent et, évidemment…

- Voilà, tu es content ?

Le gosse passa ses bras autour du cou de son frère et lui planta un gros baiser humide sur la joue que l’aîné essuya avec une grimace de dégoût, tout en cachant soigneusement la joie que lui procurait cette étreinte.

- Et maintenant tu dors !

Lumière, porte, porte, lumière : enfin le lit !! Les yeux qui se ferment, le silence de la nuit et puis…

Des gémissements, des pleurs. Cette fois-ci non ! Il ne bougerait pas ! Charlie finirait bien par s’endormir. Une toux, des hoquets…

- Oh non !

Il jaillit de son lit comme un diable et, cette fois-ci sans allumer la lumière, il se rua dans la chambre voisine. Trop tard ! Le désastre était consommé. Assis sur son lit, Charlie contemplait en pleurant les vomissures qui s’étalaient sur son drap.

- J’ai pas fait exprès Donnie… Pas ma faute !

Ce n’était pas le moment de lui faire des reproches en plus !

- Je sais. Tu vas bien ? Tu as mal au cœur ?

- Non, ça va maintenant, c’est passé !

Ca, pour être passé, c’était passé ! Mais Don aurait vraiment préféré que ça ne passe pas sur les draps !

- Allez, arrête de pleurer Charlie, ce n’est pas grave.

- Mais je suis tout sale, et puis ça sent mauvais.

- On va arranger ça, tu vas voir.

Don sortit son frère du lit et l’emmena sous la douche. Il aida le gamin à se nettoyer puis il lui enfila un pyjama propre. Ensuite il l’accompagna dans sa propre chambre.

- Je vais dormir avec toi ?

- Le moyen de faire autrement ? Mais je te préviens, si tu bouges, je te remets dans ta chambre !

- Je ne bougerai pas.

- Bon, alors tu essaies de t’endormir pendant que je vais nettoyer chez toi.

- Tu fais vite ?

- Oui, promis !

Retour dans la chambre du petit génie. Don enleva les draps et les descendit dans la machine à laver qu’il mit en route. Puis il remonta dans sa chambre. Charlie l’attendait, trônant fièrement au milieu du lit.

- Bon maintenant…

 (à suivre)


Cissy  (20.06.2012 à 18:02)

Chapitre 33 : Série noire pour une nuit blanche (partie 2)

Mai 1980 : Pasadena

Clac ! Avant qu’il ait pu terminer sa phrase, un énorme coup de tonnerre éclata et la lumière s’éteignit. Cette fois-ci Charlie poussa un véritablement hurlement de terreur et Don se sentit soudain bien désarmé. Lui-même n’était pas autrement rassuré d’ailleurs de se trouver ainsi seul dans le noir, alors que l’orage se déchaînait.

- Ca va aller Charlie, ce n’est qu’un orage. Rien de grave.

Il répétait ces mots en boucle, en berçant le bambin affolé. Petit à petit les tremblements qui agitaient son frère se calmèrent et celui-ci se laissa aller dans l’étreinte de son aîné : il s’y sentait en sécurité et ses yeux commencèrent à se fermer au grand soulagement de Don.

Au moment où ils s’endormaient tous les deux, l’électricité revint et Charlie sursauta sous la clarté qui envahit soudain la chambre.

- Donnie !

- Ce n’est rien Charlie. Tu vois, la lumière est revenue ! Tout va bien aller maintenant. Il faut dormir.

En disant ces mots, Don, désespéré, fixa son réveil : déjà trois heures du matin ! Il était maudit ! Adieu tout espoir d’une bonne note en histoire !

- J’ai faim !

- Ah non Charlie ! Tu ne me fais pas ce coup là ! Je suis fatigué moi ! On dort maintenant !

- Je peux pas dormir, j’ai trop faim !

D’accord ! Pas moyen d’y couper ! De toute façon il cèderait, donc, autant le faire le plus vite possible ; et puis lui aussi devait s’avouer qu’il avait un petit creux. Voyons, le contenu du frigo…

- Un bout de pizza avec un grand verre de lait, ça te dit ?

- Oui ! Oui ! Oui !

- O.K. Je te rapporte ça !

- Tu me laisses ?

- Juste deux minutes.

- Deux minutes ?

- Promis !

On ne devrait pas promettre ce qu’on n’est pas sûr de tenir. On ne devrait pas vouloir faire en deux minutes ce qui en demande dix. C’est ce que se dit Don, l’instant suivant, alors qu’il partait en vol plané dans l’escalier, ayant manqué une marche à vouloir aller trop vite, pour que Charlie ne s’affole pas en restant trop longtemps tout seul.

Et puis il ne pensa plus, à demi assommé par le choc, une douleur atroce irradiant de sa cheville gauche. Des larmes lui vinrent aux yeux qu’il réprima difficilement : on ne pleure pas à presque dix ans quand on est tout seul à la maison et qu’on doit s’occuper de son petit frère !

Justement, le petit frère l’appelait, de plus en plus fort, de plus en plus désespérément. Mais là, désolé frangin, peux vraiment pas me relever.

- Donnie ?

Une main sur ses cheveux, de grands yeux bruns qui le regardaient avec angoisse.

- Oh Charlie ! Qu’est-ce que tu fais là ?

Il avait donc osé descendre tout seul ? L’inquiétude qu’il avait ressentie pour lui avait été plus forte que sa peur ?

- Pourquoi t’es par terre ?

- Je suis tombé.

- Tu as mal ?

- Un peu, à la cheville.

Le gamin se tut, observant son aîné à terre. Il ne pouvait pas être bien ainsi sur le sol. Une grosse bosse ornait son front et la cheville, qui dépassait de son pantalon de pyjama, avait doublé de volume.

- Faut faire le 911 !

Sidéré Don regarda son frère, le téléphone à la main, prêt à passer l’appel d’urgence comme on le lui avait appris.

- Non Charlie ! On ne peut pas !

En un éclair il lui vint à l’esprit ce qui pouvait se passer : deux enfants, seuls, en pleine nuit ! Ses parents allaient avoir des ennuis... Et puis… lui, on l’emmènerait à l’hôpital… et Charlie… ? Pas question que des étrangers lui prennent son petit frère !

- On peut pas Charlie. Ca va aller. Papa et maman vont rentrer, ils s’occuperont de moi.

- Alors il faut aller sur le canapé, tu seras mieux.

- Peux pas Charlie, j’ai mal.

- Je vais t’aider !

Brave petit frère ! Tu crois vraiment que tu peux me porter ?

- Je suis trop lourd Charlie.

Charlie regarda son frère, pensif, puis tout à coup il tourna les talons et courut dans le garage, ayant apparemment oublié qu’il avait une peur bleue du noir.


Cissy  (21.06.2012 à 19:57)

- Charlie ? Où tu vas comme ça ? Reviens !

Il revenait déjà, le skate-board de Don à la main.

- Tiens, si tu peux pas marcher, tu peux rouler !

Don regarda son frère avec de grands yeux ébahis : c’était donc vrai que c’était un génie !

Il réussit à s’installer sur la planche puis à rouler jusqu’au canapé où il se hissa en serrant les dents sous la douleur. Lorsqu’il fut enfin allongé, il chercha son petit frère du regard, voulant le remercier de son idée : il était effectivement beaucoup mieux ainsi. Mais le gosse avait de nouveau disparu.

- Charlie ? Charlie ?

- J’arrive !

La voix venait du haut de l’escalier et Don vit réapparaître son petit frère traînant avec lui deux oreillers et une couverture qu’il tendit fièrement à son aîné. Celui-ci lui sourit en retour :

- Quelle bonne idée Charlie !

- Tu t’es occupé de moi. Maintenant c’est moi qui m’occupe de toi !

- Et tu le fais très bien frangin !

Le gamin jeta ses bras autour du cou de son frère.

- Je t’aime Donnie !

- Je t’aime aussi Charlie.

L’aube blanchissait le ciel quand les deux frères Eppes s’endormirent enfin, serrés l’un contre l’autre sur le canapé du salon.

*****


Cissy  (21.06.2012 à 19:58)

Il était près de onze heures quand Alan et Margaret arrivèrent. Ils posèrent les bagages dans l’entrée et poussèrent un énorme soupir de soulagement : enfin chez eux !

- En tout cas, fais-moi penser à ne jamais plus prendre cette compagnie, dit Alan.

- Tu peux y compter ! Bon, je vais nous préparer un bon brunch et puis…

Comme sa femme s’interrompait, Alan se retourna vers elle, inquiet :

- Qu’est-ce qui se passe ?

Interdite, elle fixait le canapé et il s’approcha d’elle pour se rendre compte de ce qui arrivait.

- Mais, qu’est-ce que… ? interrogea-t-il à la vue du spectacle insolite qui s’offrait à lui.

Blottis l’un contre l’autre sous une couverture, leurs deux garçons, qui à cette heure-là auraient dû être à l’école depuis longtemps, dormaient profondément, le petit pelotonné contre le corps de son aîné qui gémissait dans son sommeil agité.

- Qu’est-ce qui se passe, où est Lottie ? s’étonna Margaret avant de s’avancer vers ses enfants.

Puis l’inquiétude la gagna en voyant son fils aîné couvert d’une sueur malsaine et l’énorme bosse bleuâtre qui déformait son front sur lequel sa main se posa :

- Oh mon Dieu Alan, il est brûlant !

- Quoi ? Mais enfin, qu’est-ce qui se passe ici ? Lottie !

La voix courroucée du père réveilla soudain les deux garçons. Avec un cri de joie, Charlie se précipita dans les bras de sa mère, mais celle-ci, après l’avoir rapidement embrassé, le repassa à son père et se pencha sur Don qui semblait émerger difficilement.

En voyant sa mère, le garçonnet tenta de se relever et un gémissement de douleur lui échappa.

- Donnie ! Qu’est-ce que tu as mon bébé ? Tu as mal ? s’affola sa mère tandis qu’Alan, déposant Charlie sur le sol, s’approchait à son tour, le visage inquiet.

- Non, ça va aller, répondit le gosse, ravalant difficilement ses larmes.

- Il est tombé dans l’escalier ! déclara alors Charlie.

- Oh mon Dieu ! s’exclama sa mère.

- Et je l’ai aidé à aller sur le canapé, et j’ai apporté les oreillers et les couvertures ! fanfaronna le bambin.

- C’est bien, c’est très bien chéri ! lui dit son père en passant une main distraite dans ses cheveux, uniquement concentré sur son aîné.

- Où as-tu mal mon ange ? demandait Margaret en même temps.

- C’est ma cheville, mais ça va aller.

- Laisse-moi voir.

Elle poussa un gémissement de douleur en voyant la cheville de son garçon déformée par un œdème impressionnant et qui avait pris une vilaine teinte entre le violet foncé et le noir.

- Oh mon pauvre bébé !

Elle était au bord des larmes en imaginant la souffrance qu’il devait ressentir. Alan avait pâli et ses lèvres se serrèrent un peu plus tandis qu’il demandait d’une voix tranchante :

- Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Et où est Lottie ?

En se mordant les lèvres pour ne pas laisser voir combien il avait mal, Don répondit :

- Elle est partie hier soir, elle était malade.

- Quoi ? Mais comment a-t-elle pu ?

- Elle ne savait pas que vous n’alliez pas rentrer, ajouta le garçon pour tenter de défendre la jeune fille contre la colère qui grandissait chez son père.

- Comment ça ? Tu ne lui avais pas dit ?

- Non. Enfin, elle était déjà partie quand maman a appelé.

- Quoi ? Elle vous avait laissés seuls ?

- Ce ne devait pas être pour longtemps, argumenta le garçon. Et puis Charlie dormait.

- Mais pourquoi n’as-tu rien dit à ta mère lorsqu’elle a appelé ?


Cissy  (21.06.2012 à 19:59)

La colère qui vibrait dans la voix de son père fut plus que Don n’en pouvait supporter. Il avait essayé de faire de son mieux, de veiller sur son petit frère comme il le pouvait. Ce n’était pas sa faute et pourtant il lui semblait que son père lui en voulait, et puis il avait mal, si mal ! Il fondit en larmes sans pouvoir se retenir.

- Non ! Non ! Mon ange, je t’en prie, ne pleure pas !

Margaret le prit dans ses bras et se mit à le bercer tout en jetant un regard de reproche à son mari.

- Ce n’est pas sa faute Alan, arrête de t’en prendre à lui.

Alan avait pâli devant les larmes de son fils. Il s’approcha et s’assit près de lui, le prenant à son tour dans ses bras.

- Mais je ne m’en prends pas à lui. Je suis simplement furieux contre Lottie. Comment a-t-elle pu laisser deux enfants seuls ? Est-ce qu’on ne peut faire confiance à personne bon sang ? Non, arrête de pleurer Donnie, arrête. Je ne suis pas fâché contre toi, allons bébé, calme-toi.

Mais le gamin n’arrivait pas à reprendre le contrôle. La nuit blanche, la douleur, toute cette tension qu’il avait ressentie devant l’écrasante responsabilité qui lui était tombée dessus, tout ça avait besoin de s’évacuer et ses nerfs le trahissaient.

Soudain il sentit une petite main s’emparer de la sienne et ses yeux se posèrent sur le visage baigné de larmes de Charlie.

- Pleure pas Donnie, pleure pas.

Il ne pouvait supporter de voir son petit frère pleurer. Il renifla vigoureusement et s’essuya les yeux, s’efforçant de faire apparaître un sourire sur son visage. Le résultat fut un piteux rictus :

- Je ne pleure plus Charlie, ça y est, c’est fini. Et toi, tu ne dois pas pleurer non plus.

- Je pleure parce que tu pleures, rétorqua le bambin.

- Mais là, tu vois, je ne pleure plus.

- Non ? Promis ?

- Promis Charlie.

- Allez viens mon ange, on t’emmène voir un médecin, intervint alors son père en se penchant pour le prendre dans ses bras.

Il trouva alors sur son chemin Charlie, dressé comme un petit coq, rouge de colère, qui le repoussa vivement :

- Non, toi tu es méchant !

- Quoi ? Charlie, qu’est-ce qui t’arrive ? s’offusqua Margaret.

La colère du gosse se retourna aussi contre elle.

- Toi aussi ! Vous êtes méchants ! Vous avez fait pleurer Donnie !

- Charlie !

Les parents étaient à la fois abasourdis et attendris de l’attachement du gamin envers son aîné. Celui-ci intervint à son tour :

- Charlie, arrête ! Ce n’est pas leur faute.

- Mais papa a crié après toi !

- Charlie, j’étais en colère contre Lottie, tenta de se justifier Alan.

- Lottie n’est pas là ! Tu n’avais qu’à aller crier chez elle ! contra Charlie avec son impressionnante logique.

- Je sais, j’ai eu tort. Mais ton frère doit voir un docteur Charlie, alors maintenant tu nous laisses faire d’accord ?

Indécis, le gamin regarda alternativement ses parents dont les visages exprimaient culpabilité et remords et celui de son frère, encore maculé de larmes et marqué par la souffrance. Il comprit soudain que ces choses-là dépassaient son entendement d’enfant et se recula. Oui, c’était aux adultes de reprendre enfin leur rôle dans ce monde qui leur avait appartenu rien qu’à eux d’eux pour quelques heures.

Margaret enveloppa soigneusement son aîné dans la couverture et son père le prit dans ses bras avec infiniment de précaution pour ne pas lui faire de mal. Puis ils se dirigèrent vers la voiture où il déposa le garçonnet dans les bras de sa mère qui venait de s’installer et dans lesquels il s’abandonna sans fausse honte, trop heureux d’être un peu couvé, cet abandon prouvant mieux que des mots combien il se sentait mal, lui qui, déjà, fuyait les effusions comme si cela était une faiblesse. Cependant, au moment où ils allaient démarrer, Don se redressa et s’inquiéta soudain :

- Et Charlie ? Vous n’allez pas le laisser seul !

Avec un sursaut coupable, Margaret et Alan s’aperçurent soudain qu’ils étaient en effet sur le point d’oublier leur cadet, leur esprit uniquement tourné vers le plus grand. A nouveau la culpabilité leur serra le cœur : mais quel genre de parents étaient-ils donc ?

Alan s’empressa de retourner à l’intérieur mais il avait à peine fait trois mètres que Charlie sortait à son tour de la maison, ayant enfilé ses chaussures et passé son manteau sur son pyjama. Il arborait un immense sourire de fierté : il avait réussi tout seul !

Comme son père se penchait vers lui pour le prendre dans ses bras, il le repoussa en disant :

- Non, je suis grand maintenant.

Et il marcha fièrement vers la voiture où il grimpa sans attendre de l’aide. Puis il boucla lui-même sa ceinture de sécurité.

Alan et Margaret eurent un sourire à la fois amusé et attendri : il leur semblait qu’en une nuit leurs enfants venaient d’un seul coup de grandir énormément. Et en même temps, ils prenaient conscience de l’affection qui unissait leurs deux garçons ainsi que de la force que chacun d’eux puisait dans l’autre.

C’est ce jour-là que les parents de Don et Charlie comprirent que leurs fils ne seraient jamais aussi forts qu’en unissant leurs efforts. Ils se complétaient à merveille et ensemble rien ne pourrait jamais leur résister.

Fin du Flashback

(à suivre)


Cissy  (21.06.2012 à 20:00)

Chapitre 34 : Sauvetage

Avril 2006  - 9 h 35 : Big Bear Montain

Charlie rit à ce souvenir : c’était à la fois si bon de se remémorer tous ces moments qui n’appartenaient qu’à eux, et, en même temps, entendre son frère lui parler, se rendre compte qu’il était capable d’un discours cohérent, que sa mémoire ne lui faisait pas défaut le rassurait au-delà de tout.

- Tu as toujours été là pour moi Donnie, murmura-t-il en resserrant son étreinte autour de son frère.

- Je suis ton grand frère, se contenta de répondre celui-ci.

Ils échangèrent un sourire plein d’affection puis Don ferma les yeux, épuisé.

- Non ! Donnie !! Tu ne dois pas dormir ! le supplia Charlie.

Don rouvrit les yeux et les fixa sur lui :

- Je sais, mais c’est difficile Charlie.

- Allons, tu as fait bien plus dur, frangin…

- Et je n’ai pas le droit à un peu de repos ?

- Tu te reposeras quand tu seras bien au chaud dans un lit…

Don sourit de nouveau et Charlie poussa un soupir de soulagement, puis soudain les traits de son frère se crispèrent et un haut-le-cœur le souleva brutalement. Il se débattit entre les bras de son cadet qui, comprenant ce qui se passait, le tourna rapidement sur le côté où il vida douloureusement son estomac des quelques bouchées et de l’eau qu’il avait péniblement réussi à lui faire avaler à force d’encouragement et de chantage affectif. Les spasmes qui le secouaient résonnaient comme autant de coup dans le cœur de Charlie impuissant à le soulager. Puis, lorsqu’ils se calmèrent enfin, il ramena son frère contre lui, le berçant doucement en essuyant sa bouche où perlait encore de la bile, s’alarmant de son teint cireux et malsain :

- Donnie… ça va aller…, murmura-t-il, voulant désespérément y croire. Tiens bon.

Seul un long gémissement douloureux lui répondit et il vit, une fois de plus, la main valide de l’agent se déplacer sur son abdomen, lui confirmant qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas de ce côté-là, quelque chose qu’il n’avait pas vu, qu’il ne pouvait pas voir et qui était donc de très mauvais augure.

- Charlie…

- Oui ? dit-il, heureux d’entendre la voix de son frère, même si elle était hachée par la souffrance.

- Charlie… Je crois que… Je ne vais plus tenir longtemps frangin, je suis désolé.

- Bien sûr que si tu vas tenir ! Tu n’as pas intérêt à me laisser tomber…

Une poigne de fer se referma sur ses doigts et il grimaça ; quelque part pourtant l’intensité de l’étreinte le rassurait : Don semblait avoir encore des forces.

- Charlie s’il te plaît écoute-moi.

Le ton péremptoire l’empêcha de protester et malgré l’étau qui se resserra subitement sur sa poitrine, il hocha la tête en signe d’assentiment, encourageant son frère à continuer :

- Je vais essayer Charlie, je te promets d’essayer encore mais… si jamais… si jamais c’était trop…

- Non tu ne dois pas penser comme ça…

De nouveau, les doigts de son frère sur les siens lui coupèrent la parole.

- Je ne pense pas comme ça Charlie, je ne veux pas te laisser. Mais je sais qu’on ne choisit pas toujours.

Don se tut un moment, tentant de rassembler ses forces et de contrôler sa respiration :

- Charlie si jamais… si jamais les secours arrivaient trop tard…

- Ce ne sera pas le cas !

- Charlie !

Il haussait le ton pour se faire entendre et un râle douloureux lui échappa qui crucifia son cadet.

- Pardon Donnie… Pardon… Je t’écoute… Je te promets que je t’écoute.

Un sourire épuisé distendit les lèvres livides et, d’une voix devenue plus faible, Don reprit :

- Je veux que tu saches que je t’aime Charlie… Tu es le meilleur petit frère qu’on puisse avoir… Je t’aime et je suis fier de toi.

Maintenant les larmes roulaient sur les joues du mathématicien : il avait tant rêvé d’entendre ces mots dans la bouche de son aîné ! Et au moment où celui-ci les lui disait, il voulait à toute force le faire taire, l’obliger à ravaler ces phrases qui semblaient former un message d’adieu qu’il ne voulait pas, ne pouvait pas accepter !

- Il faudra que tu dises à papa…

- Tu lui diras toi-même ce que tu as à lui dire !

- Charlie… s’il te plaît… Pour une fois…. Juste pour une fois… n’argumente pas… ne fais pas ta tête de mule… Ecoute ce que te disent tes chiffres… ta logique… Ecoute-moi… Je… Je suis fatigué et… Il faut que papa sache… Il faut que tu lui dises… Je l’aime… C’est…

Il s’agitait et son souffle devenait anarchique. Charlie le redressa un peu contre lui, espérant faciliter sa respiration et lui caressa doucement la tête en murmurant à travers ses larmes :

- Chut… Je le lui dirai… Je te promets que je le lui dirai. Mais tu vas t’en sortir grand frère ! Tu vas t’en sortir tu m’entends ! Je t’aime Don… Je t’aime tant ! Tu n’as pas le droit de me laisser…

La main de son frère pressa de nouveau ses doigts mais si faiblement qu’il perçut à peine l’étreinte et un nouveau gémissement lui échappa. Puis sa tête roula sur l’épaule du mathématicien et il ne bougea plus :


Cissy  (23.06.2012 à 21:41)

- Don !!! Donnie !!! s’affola Charlie qui étendit son frère sur le sol et chercha une impulsion à la carotide.

Un profond soupir de soulagement lui échappa lorsqu’il trouva le battement : faible et trop rapide, mais bien présent. Cependant il savait que l’état de Don s’aggravait de seconde en seconde et qu’on devait les retrouver très vite parce qu’il n’y avait rien qu’il puisse faire pour garder son frère en vie plus longtemps.

A ce moment précis, un bruit perça le silence environnant et il se redressa, l’oreille aux aguets, le cœur battant, ayant peur que son imagination lui fasse croire à ce qu’il voulait à tout prix voir survenir. Mais le son allait en s’intensifiant et il identifia très vite le ronronnement d’un moteur là-haut, sur la route qu’ils avaient quittée un peu plus de dix-huit heures auparavant. Affolé à l’idée que ceux qui empruntait le chemin, secours ou non, puissent passer sans les repérer dans le ravin où ils avaient échoué, il jeta des feuilles sur le feu pour qu’il se mette à fumer, commençant à tousser lorsqu’une épaisse fumée envahit leur abri de fortune. Serrant les dents, il se releva pour détacher le pan de toile qui protégeait le foyer et laisser ainsi les volutes noires s’élever dans le ciel.

Soudain le bruit de moteur disparut et son cœur sembla s’arrêter dans sa poitrine tandis que des larmes de frustrations lui montaient aux yeux : il avait été trop lent ! Ils étaient passés sans les voir et son frère allait mourir là, sans secours, parce qu’il avait été, une fois de plus, incapable de lui venir en aide.

C’est alors qu’il entendit la voix, répercutée par l’écho :

- Hé ho !!! Il y a quelqu’un ici ? Agent Eppes ? Professeur ?

Le cri qui lui échappa libéra à la fois son soulagement, sa joie et toute la peur emmagasinée depuis qu’il avait vu le lourd véhicule basculer avec son frère à bord.

Le reste se déroula un peu comme dans un brouillard : à la fois trop rapide et trop lent… Il y eut des gens près de lui parmi lesquels il reconnut le shérif, puis l’hélicoptère en vol stationnaire au-dessus d’eux : son frère sanglé dans un panier qui montait et lui, la jambe immobilisée dans une attelle, retenu dans un harnais et par les bras du secouriste, qui s’élevait dans le ciel gris, voyant leurs sauveurs devenir de petits points gris tandis que l’hélicoptère les emmenait vers le Medical University Center de Los Angeles.

Tout le temps du vol, son regard ne quitta pas le visage de son frère à demi-dissimulé sous un masque à oxygène, regardant le médecin qui se tenait à côté de lui et vérifiait ses constantes à intervalles réguliers, le visage assez grave pour raviver toutes ses craintes. Mais il se rassurait en voyant la poitrine de Don se lever régulièrement : il respirait, il vivait… Tout irait bien.

A l’arrivée à l’hôpital, il vit disparaître son frère, rapidement déposé sur un brancard et roulé vers les portes de l’ascenseur par trois soignants qui l’attendaient, et lui fut ensuite emporté dans un fauteuil par un interne et une infirmière qui lui demandaient sans cesse comment il allait quand les seules nouvelles qui l’intéressaient étaient celles de son aîné.

Une douleur fulgurante à sa jambe le ramena à la réalité et la brume dans laquelle il lui semblait se noyer se dissipa tandis qu’il poussait un cri :

- Désolé…, s’excusa le praticien qui examinait le membre blessé.

- Ca va, grogna-t-il en serrant les dents. C’est cassé ? s’inquiéta-t-il ensuite en regardant sa jambe enflée du genou qui avait doublé de volume à la cheville qui elle semblait avoir triplé et se colorait de bleu, de jaune et de noir dans un patchwork qui n’avait rien de très artistique.

- Je ne sais pas… Vous allez passer une radio, on y verra plus clair après, renseigna le médecin. Je pense qu’il s’agit juste d’une méchante entorse mais il vaut mieux en avoir le cœur net.

- Et mon frère ? s’inquiéta-t-il.

Le regard impatient du praticien lui fit comprendre que ça ne devait pas être la première fois qu’il posait cette question, même s’il n’en avait aucun souvenir :

- On l’examine dans une autre salle. L’infirmière sait que vous êtes ici. On viendra vous tenir au courant dès que possible.

- Ce n’est pas la première fois que vous me le dites n’est-ce pas ? se renseigna-t-il.

Une lueur préoccupée passa dans les yeux de l’homme qui lui demanda :

- Vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas cogné la tête ? Vous avez des vertiges ? Des nausées ?

- Non… Je vais bien… Je crois que j’étais juste… un peu hors de moi… Mais ça va…

L’homme hocha la tête, l’air assez peu convaincu. Il fit courir ses doigts le long de la cheville et Charlie poussa un nouveau cri de douleur :

- Je vais vous donner un antalgique, proposa le médecin.

- Non ! Je veux rester conscient pour avoir des nouvelles de mon frère ! protesta-t-il.

- Ca ne vous rendra pas inconscient : juste un antidouleur pour que ce soit plus supportable. Sinon vous allez souffrir le martyre lors de la radio.

- D’accord. Mais vous me promettez que ça ne va pas me rendre incohérent ?

Le praticien marmonna quelque chose où le professeur eut l’impression d’entendre : « Pas plus que vous ne l’étiez », mais il ne releva pas, se contentant de l’assurance réitéré qu’il serait capable de prendre les décisions qui pourraient être nécessaires pour les soins à apporter à son frère.

Puis il y eut la radio, la confirmation qu’il n’avait pas de fracture mais une foulure et une distorsion des ligaments du genou ainsi qu’une vilaine entorse à la cheville qui lui vaudrait trois bonnes semaines de plâtre. Au moment où une infirmière s’approcha pour poser celui-ci, le rideau du box où on l’avait ramené s’ouvrit et il se retrouva étroitement serré dans les bras de son père.

Alors il abandonna enfin ce masque de détermination et de protection qui pesait si lourd et il se laissa aller dans l’étreinte paternelle, pleurant comme un enfant en racontant l’accident, en avouant combien il se sentait coupable, combien il avait eu peur et combien il s’était senti démuni. Et comme il s’y attendait, Alan sut trouver les mots pour le réconforter, le rassurer, lui faire voir le bon côté des choses.

Puis, une fois le plâtre posé, il alla s’installer avec son père dans une salle d’attente privée mise à leur disposition exclusive, priant pour qu’arrivent vite des nouvelles de leur fils et frère.

 (à suivre)


Cissy  (23.06.2012 à 21:42)

Chapitre 35 : Premiers pas

Avril 2006 – 10 h 50 : UCLA

L’attente se prolongeait et leur angoisse grandissait.

- Tout cela c’est ma faute ! pleura Charlie.

- Arrête fils ! Tu sais bien que non seulement ce n’est pas vrai, mais surtout que Donnie n’aimerait pas que tu réagisses ainsi !

- Pourtant il ne peut rien contre la réalité des faits, s’insurgea le mathématicien. C’est moi qui aie insisté pour aller avec lui…

- Et il en était ravi, contra son père.

- C’est moi qui l’aie obligé à reprendre la route malgré les avertissements du shérif et son propre instinct.

- Et il n’a pas mis très longtemps à te céder.

- C’est moi qui l’aie fait parler durant des heures au lieu de le laisser se reposer. Il m’a plusieurs fois dit qu’il avait sommeil, demandé de le laisser juste faire un petit somme et à chaque fois je l’en ai empêché.

- Et ça lui a permis de rester conscient donc de ne pas sombrer trop vite dans le coma.

Cette fois-ci ce n’était pas Alan qui avait répondu, mais la voix grave du médecin qui les fit se retourner aussitôt :

- Docteur… Comment va mon fils ?

Charlie se redressa, tentant de se lever pour rejoindre son père. Voyant son geste, le médecin s’approcha pour l’empêcher de bouger : il avait repéré le plâtre fraîchement posé à la cheville et la genouillère enfermant l’articulation. Il se souvint alors avoir entendu dire que son patient était avec son frère dans la voiture et comprit qu’il avait sans nul doute celui-ci devant lui.

- Disons qu’il nous donne quelques inquiétudes : il souffre d’hypothermie modérée et a perdu beaucoup de sang. Nous lui avons fait passer un scanner pour déterminer la gravité de sa blessure à la tête, mais fort heureusement il n’y a pas d’hémorragie interne : il souffre cependant d’une sérieuse commotion cérébrale. Par ailleurs sa jambe droite est fracturée en plusieurs endroits, il souffre aussi de fractures au bras et poignet droits et à la jambe gauche ainsi que d’une luxation du bassin et de l’épaule droite : un chirurgien orthopédiste va le prendre en charge.

- Il lui faut le meilleur, intervint Charlie. Mon frère est agent fédéral, il faut qu’il récupère toute sa mobilité.

- Le Dr Shefort est l’un des meilleurs dans sa spécialité, lui indiqua le praticien.

- Ce n’est pas vous qui allez l’opérer ? s’enquit Alan

- Pas pour ses fractures non. Je vais intervenir au niveau de l’hémorragie interne.

- Une hémorragie interne ! s’affola le mathématicien.

- Oui… C’est ce qui nous ennuie le plus. Il semble que le saignement provienne de la rate, mais la quantité de sang ne nous a pas permis de voir exactement ce qu’il en était à l’échographie. Je vais donc devoir recourir à la chirurgie.

- Mais Donnie va aller bien ? s’inquiéta le père.

- Nous allons tout faire pour. Votre fils semble solide et j’ai bon espoir qu’il passe à travers la chirurgie.

Et cela grâce à vous, acheva-t-il, au grand ébahissement du mathématicien, en se tournant vers lui.

- Comment ça ? balbutia-t-il.

- Lorsque je suis arrivé, pardonnez-moi mais j’ai entendu ce que vous disiez. Alors je vais vous rassurer : le fait que vous ayez obligé votre frère à parler, que vous l’ayez gardé conscient toutes ces heures, non seulement n’a pas aggravé son état, mais lui a vraisemblablement sauvé la vie.

- Que voulez-vous dire ? interrogea à son tour Alan en serrant la main de son fils dans la sienne.

- Si Don s’était laissé aller au sommeil, étant donné son état de faiblesse, la perte de sang qu’il subissait, la commotion cérébrale dont il souffre,  il serait entré en état de choc et son organisme aurait tout simplement cessé de lutter. Le fait d’être conscient lui a permis de tenir… Alors cessez de vous faire des reproches là-dessus et dites-vous plutôt que si votre frère est en vie, c’est grâce à vous. Effectivement tout n’est pas encore gagné, mais j’ai bon espoir, et vous devez l’avoir aussi : c’est ce dont Don a le plus besoin. La récupération sera plutôt longue, douloureuse sans doute et il faudra que vous soyez à cent pour cent avec lui. Ce ne sera pas le cas si vous trainez un sentiment de culpabilité aussi stupide qu’inutile.

- Mais il va s’en sortir ? interrogea alors Charlie, d’une voix pleine d’espoir.

La grimace du médecin fit se glacer le sang dans les veines des deux hommes :

- J’ai bon espoir, biaisa-t-il, mais… Je ne peux pas vous faire de promesse que je ne suis pas sûr de tenir.

Puis, avant que les deux hommes puissent réagir à ses mots, il acheva :

- Je vais devoir emmener Don maintenant : l’infirmière va vous apporter les papiers de consentement.

- On peut le voir ? supplia le plus jeune.

Le chirurgien hésita quelques secondes puis secoua la tête en signe de dénégation :

- Je suis désolé mais… Je préfère éviter le risque d’un choc septique. Don est très faible et donc plus facilement susceptible d’être infecté. Je préfère ne pas prendre ce risque.

Prévenant les protestations de son cadet, Alan posa une main apaisante sur son bras et répondit d’une voix qu’il s’efforçait de garder calme :

- Nous comprenons Docteur. Merci de prendre soin de mon garçon. Dites-lui juste que sa famille est là et qu’elle l’attend.

- Je le ferai, vous avez ma parole, répliqua le médecin avant de les quitter.

Et il tourna les talons, laissant les deux hommes seuls avec leur peine et leurs craintes. Alan se rassit auprès de son fils et l’attira contre lui, comme s’il avait besoin d’avoir l’un de ses enfants dans ses bras pour faire face à ce qui se passait. Charlie se tortilla un peu, tentant de trouver une position pas trop inconfortable pour son corps perclus de douleurs : il avait une belle collection d’hématomes sur tout le torse ! Puis il se reprocha de jouer les chochottes alors que son frère était bien plus grièvement blessé que lui, que peut-être il ne s’en remettrait pas.

- Et s’il ne s’en tire pas ? balbutia Charlie d’une voix blanche.

- Il s’en tirera ! rétorqua son père sur un ton sans réplique. Donnie est bien trop têtu pour se laisser aller comme ça.

- Tu dis toujours ça, sourit le mathématicien malgré lui.

- Mais parce que c’est vrai. Je n’ai jamais vu un gamin avec autant de volonté. Déjà tout bébé…

*****


Cissy  (24.06.2012 à 20:13)

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